Regards historiques sur la crucifixion de Jésus de Nazareth

         Selon l’affirmation de Rudolf Bultmann, célèbre théologien, exégète et historien allemand du XXe siècle, ce que l’on pourrait estimer de sûr quant à l’existence de Jésus de Nazareth tiendrait en à peine une page. Si, depuis cette conclusion, les recherches ont permis de faire avancer notre connaissance et nos certitudes, il est du devoir de l’historien d’admettre que peu de faits sont saisissables en dehors du prisme de la foi. Devenir spécialiste des origines du christianisme – et notamment de l’historicité de Jésus – est un pari audacieux que l’on ose par passion et conviction. S’il est un point sur lequel nous pouvons être en accord avec Bultmann et qui concilie Histoire et croyance, c’est que la crucifixion de Jésus de Nazareth est à la foi le pilier de l’identité chrétienne mais également l’événement historique le plus assuré concernant la réalité physique de son existence.

         Dans l’optique de la conférence exceptionnelle qui se tiendra le 1er septembre prochain à la Maison Diocésaine de Saint-Denis relative au Suaire de Turin, il a paru important de présenter quelques rappels historiques majeurs sur les circonstances ayant entouré le procès, la condamnation et l’exécution de Jésus de Nazareth. Il n’est pas du ressort de l’historien de traiter de la Résurrection dont la réalité si évidente pour la foi du chrétien ne peut être envisagée sous l’angle de la recherche pragmatique. Il s’agit avant tout de proposer aux participants de cette conférence des clés de compréhension permettant de saisir ce qui y sera abordé.

Un procès en deux temps

           Lorsque Jésus est arrêté au Jardin de Gethsémani, il s’agit de l’initiative des Saducéens (les prêtres du Temple de Jérusalem) dont l’origine se trouve probablement dans ce que l’on appelle communément l’ « Attentat du Temple », à savoir l’expulsion des marchands et changeurs ayant provoqué sans doute une grave crise dans l’économie du sanctuaire. Le rôle de Judas l’Iscariote est difficile à cerner et pourrait faire l’objet d’une analyse à part entière ; il n’est donc pas utile de l’aborder ici. Tout le monde sera d’accord pour reconnaitre la première phase de procès si bien décrite par Jn notamment, celle de la comparution devant Anne et Caïphe. Nous tenons ici le cœur même de cette procédure : Jésus est appréhendé sur décision du Sanhédrin pour un motif ayant trait au judaïsme de son époque. Il ne faut pas oublier que si l’autorité romaine détient seule à cette époque le droit de vie ou de mort, les prêtres ont tout à fait possibilité de statuer sur des motifs religieux en tant qu’assemblée souveraine en ce domaine. Il n’y a rien donc rien d’anormal. Le Talmud présente d’ailleurs ce procès sous l’angle d’une démarche purement doctrinale. La difficulté pour les Saducéens sera de traduire cette condamnation quasi-unanime des autorités sacerdotales en langage juridique familier au Préfet (Ponce Pilate) devant lui-même être en accord avec les impératifs de la Loi de Rome (Mos Maiorum). Celui-ci est le seul habilité à prononcer une condamnation à la peine capitale mais ne peut le faire arbitrairement, au vu du contrôle strict exercé par le pouvoir impérial sur la droiture de ses représentants. Il est important de souligner ici que l’objectif des prêtres est d’obtenir une condamnation à la crucifixion (ce sur qui nous reviendrons plus bas), châtiment très employé par les Romains bien qu’ils ne l’aient pas inventé. Deux options s’offrent alors : soit le Préfet reconnaît l’accusé coupable en vertu de la Loi romaine, soit il accepte d’accorder aux autorités du Temple le droit d’exécution de manière exceptionnelle afin d’éviter tout trouble en cette période agitée de Pâque juive (Pessah). Commence alors la seconde phase du procès, celle se déroulant devant Pilate. Avec un peu d’honnêteté intellectuelle, tout lecteur du Nouveau Testament constatera que le Préfet n’a aucun motif de prononcer une condamnation à la croix concernant Jésus. Historiquement, cela se vérifie aisément car il n’est pas passible de cette mort honnie des citoyens romains dans les textes de la Loi. Pilate ne reconnaît pas en lui un séditieux avéré (seul motif qui aurait pu s’appliquer). A Rome, la crucifixion est le châtiment des esclaves et des grands criminels ; elle n’est pas décidée à la légère et est totalement exclue dans le cadre de la condamnation d’un citoyen romain (Cicéron en sera l’un des meilleurs démonstrateurs en tant qu’avocat). Sous la pression des prêtres, Pilate finira par opter pour la seconde solution : livrer l’accusé en autorisant les gardes du Temple à procéder à l’exécution. Mais pourquoi avoir réclamé à grands cris la croix alors que la peine qui aurait du être appliquée (toujours selon le Talmud) est la lapidation ?

Le châtiment et l’exécution de Jésus : retour sur un événement obscur

           Selon Deutéronome 21, 23, celui qui est pendu sur le bois (comprenons crucifié) est maudit. Cela implique dans le judaïsme du Ier siècle un effacement total de la mémoire du condamné devenu impur aux yeux de l’Eternel. En ce qui concerne Jésus, on aperçoit alors aisément l’utilité d’une telle exécution : l’enseignement dispensé par le maître deviendra caduc. La portée symbolique est d’une importance considérable. Certains ont rétorqué pendant longtemps que la croix était un supplice totalement romain dans ces contrées (Flavius Josèphe racontera son utilisation intensive par le général et futur Empereur Titus lors du siège de Jérusalem en 70 ; on peut également citer les nombreuses mises en croix épisodiques de Zélotes par les soldats ou, bien avant, les 2000 crucifiés par ordre du légat Varus à la mort d’Hérode le Grand). En réalité, il a été clairement démontré que la croix était utilisée par les autorités judéennes (notamment par Emile Puech, professeur à l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem). En définitive, Pilate n’est responsable que de deux faits : la flagellation (prescrite pour corriger un trublion) et la crucifixion des brigands relevant bel-et-bien de l’autorité impériale cette fois. C’est ce qui expliquera la présence de soldats romains au pied de la croix lorsque Jésus expire. Le Suaire de Turin montre effectivement l’image d’un homme indubitablement crucifié à la manière antique ; s’il s’agit de Jésus de Nazareth, nous sommes probablement en présence d’un témoignage unique de crucifixion judéenne. On peut néanmoins remarquer sur le corps de l’homme les nombreuses marques de flagellation. Extrêmement rigoureux et codifié, ce supplice pouvait effectivement coûter la vie à celui qui y était soumis. Les bourreaux utilisaient un flagrum, fouet à plusieurs lanières de cuir terminées par des éclats de plomb ou d’ossements destinés à déchirer les chairs du malheureux. La perte de sang devait être importante, ce qui explique l’état de faiblesse de Jésus lors du sinistre parcours vers le Golgotha. Pilate ayant concédé aux autorités sacerdotales la permission de mettre à mort l’accusé, Jésus sera placé dans le cortège expédiant deux autres « larrons » à la mort. Il porte alors le patibulum, c’est-à-dire la poutre transversale du gibet et non la croix dans son intégralité (nous le savons par les dires de nombreux auteurs antiques). Sur ce qui se passe au lieu de l’exécution, les évangiles sont extrêmement peu clairs. C’est en 1968 que des archéologues retrouveront auprès de Jérusalem les ossements d’un homme crucifié et établiront le déroulement probable de la mise à mort. Au début du siècle dernier, un médecin bien connu – le Dr Barbet – avait déjà abouti à de solides conclusions, confirmées par la découverte des ossements mais aussi le Suaire. Jésus a certainement été cloué sur le patibulum par les poignets (voire entre les os de l’avant bras) et ensuite hissé sur la poutre verticale (appelée stipes et plantée en permanence sur le lieu des supplices). La section du nerf médian au poignet entraine chez le condamné la rétraction incontrôlable du pouce au cœur de la paume ; ceci explique certainement le fait que l’homme du Suaire ne possède que quatre doigts visibles à chaque main… Ceci n’est qu’un exemple des multiples détails révélés par l’analyse minutieuse de la relique. Les pieds sont ensuite eux-mêmes cloués (le crucifié retrouvé en 1968 avait été fixé par les talons, le clou étant encore fixé dans son calcaneum). Le mort se produit ensuite par lente asphyxie, le crucifié devant se hisser pour respirer et donc s’appuyer sur ses blessures. L’agonie est estimée à une dizaine d’heures en moyenne avant que l’effort intense ne provoque une tétanie complète du corps et une incapacité à reprendre son souffle. Les évangiles relatent une période de six heures avant que Jésus meure ; Mc évoque d’ailleurs un épisode unique, celui de Pilate s’étonnant d’une mort aussi rapide. De nombreuses théories ont été évoquées, toutes défendables : arrêt cardiaque, rupture d’anévrisme, accélération de la mort par le fait d’avoir bu la boisson vinaigrée, apoplexie… On remarque que l’homme du Suaire, de même que Jésus, n’a pas subi le crurifragium ou brisement des jambes bien connu par les sources antiques, destiné à abréger les souffrances en provoquant une asphyxie quasi-instantanée. En revanche, une plaie rappelant une lance plate (lancea) est bien visible au côté gauche. Selon Jn, il en coula du sang et de l’eau ; effectivement, porté dans la région de la plèvre et du péricarde, il a été constaté que la blessure transperce une zone contenant un important œdème très certainement accentué par les efforts fournis par le supplicié. Restent les coulées de sang au front rappelant sans équivoque les épines de la couronne de dérision, détail totalement propre à l’exécution de Jésus. On pourrait également évoquer les ecchymoses, tuméfactions et traumatismes divers. Constatation ultime : l’homme n’a pas été laissé à la merci des oiseaux de proie ou des chacals, sort hélas ordinaire des cadavres abandonnés sur les croix. Deux pièces de monnaie ont été posées sur ses yeux lors de sa probable mise au tombeau, conformément à l’usage du Ier siècle. On est bien entendu tentés de reconnaître ici l’intervention de Joseph d’Arimathie ayant évité au maître de connaître le sort des condamnés anonymes. On peut également y voir l’impératif de la Pâque nécessitant un retrait rapide des corps en vertu de la Loi de Moïse. L’homme a été mis au sépulcre à la manière attestée dans les coutumes judéennes de l’époque. Mais nous entrons à présent dans un mystère qui n’est plus du ressort de l’historien et vit pleinement dans le cœur du croyant : celui du troisième jour.

         Abordé ici de manière succincte – voire lapidaire, l’épisode de la mort de Jésus est aux yeux de l’historien un événement de première importance. Il faut souligner qu’il est le seul datable avec précision (même si cela ne demeure pas sans polémiques). La présentation ici réalisée n’a qu’un objectif : donner au croyant des éléments de réponse et de compréhension, que ce soit pour la conférence qui se tiendra prochainement mais aussi pour sa réflexion de tous les jours. Le Suaire de Turin est un témoignage unique et presque insaisissable du lien existant entre la foi et l’étude des faits. Les deux ne sont pas contradictoires. L’Histoire n’a pas pour vocation de détruire la foi. L’Histoire nourrit la foi. Elle a consolidé la mienne…

Yannick Leroy




“Servir à la suite du Christ Serviteur”

Au début de cette année l’Equipe du Sedifop s’est retrouvée pour un temps de retraite et d’échange pour repartir et repartir encore, dans la foi, à la Suite du Christ Serviteur. Voici le document qui fut donné en cette occasion. Il suffit de cliquer sur le titre ci après pour y accéder…

« Servir à la suite du Christ Serviteur » (2018)




Le Christ accomplit la Loi

Après une rapide introduction à la Bible, nous verrons l’Alliance conclue avec Abraham, puis celle conclue avec Moïse au sommet du Mont Sinaï. C’est là que Dieu lui donnera ces “Dix Paroles” qui constitueront le coeur de la Loi. Nous étudierons alors tout particulièrement quatre d’entre elles, et nous verrons ensuite, avec St Matthieu, comment le commandement de l’amour, enseigné par le Christ, accomplit en fait tous les autres commandements…

Pour des raisons pratiques, ce parcours vous est présenté en format PDF. Chaque fois que le texte hébreu, pour l’Ancien Testament (AT), est cité, il est aussitôt accompagné d’une traduction littérale. Ses nuances sont parfois capitales pour l’interprétation du texte biblique. En effet, lorsque, par exemple, l’une des Dix Paroles déclare à propos des idoles, “tu ne les serviras pas”, le temps employé en hébreu suggère comme nuance : “Tu ne te laisseras pas asservir par elles”… Ainsi, “servir une idole”, quelqu’elle soit, devient synonyme d’en “devenir l’esclave”, et cela, Dieu ne le supporte pas, Lui qui nous a tous créés pour que nous soyons pleinement libres… L’amour en effet ne peut pleinement se vivre que dans l’acquiescement des libertés…

Bonne lecture à vous, et surtout, belle rencontre, de coeur, avec le Christ, dans la foi… car tel est bien le seul but que poursuit finalement toute étude biblique…

                                                                                                                      D. Jacques Fournier

Pour accéder au document, cliquer sur le titre suivant :

Le Christ accomplit la Loi 2017




“Dieu n’est qu’Amour” (P. François Varillon)

St Jean l’affirme par deux fois : « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16)…

« Dieu n’est qu’Amour », écrit de son côté le P. François Varillon. « Tout est dans le « NE QUE ». Dieu est-il Tout-Puissant ? Non, Dieu n’est qu’Amour, ne venez pas me dire qu’il est Tout-Puissant. Dieu est-il, Infini ? Non, Dieu n’est qu’Amour, ne me parlez pas d’autre chose. Dieu est-il Sage ? Non. A toutes les questions que vous me poserez, je vous dirai : non et non, Dieu n’est qu’amour.

Dire que Dieu est Tout-Puissant, c’est poser comme toile de fond une puissance qui peut s’exercer par la domination, par la destruction. Il y a des êtres qui sont puissants pour détruire… Beaucoup de chrétiens posent la toute-puissance comme fond de tableau puis ajoutent, après coup : Dieu est Amour, Dieu nous aime. C’est faux ! La toute-puissance de Dieu est la toute puissance de l’amour, c’est l’amour qui est tout puissant !

On dit parfois : Dieu peut tout ! Non, Dieu ne peut pas tout, Dieu ne peut que ce que peut l’Amour. Car il n’est qu’Amour. Et toutes les fois que nous sortons de la sphère de l’amour nous nous trompons sur Dieu et nous sommes en train de fabriquer je ne sais quel Jupiter.

Dieu Père (Giovanni Battista Cima) 2

J’espère que vous saisissez la différence fondamentale qu’il y a entre un tout-puissant qui vous aimerait et un amour tout-puissant. Un amour tout-puissant, non seulement n’est pas capable de détruire quoi que ce soit mais il est capable d’aller jusqu’à la mort. J’aime un certain nombre de personnes, mais mon amour n’est pas tout-puissant, je sais très bien que je ne suis pas capable de tout donner pour ceux que j’aime, c’est-à-dire de mourir pour eux.

En Dieu, il n’y pas d’autre puissance que la puissance de l’amour et Jésus nous dit (c’est lui qui nous révèle qui est Dieu) : « Il n’y pas de plus grand amour que de mourir pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Il nous révèle la toute-puissance de l’amour en consentant à mourir pour nous. Lorsque Jésus a été saisi par les soldats, ligoté, garrotté au Jardin des Oliviers, il nous dit lui-même qu’il aurait pu faire appel à des légions d’anges pour l’arracher aux mains des soldats. Il s’est bien gardé de le faire car il nous aurait alors révélé un faux Dieu, il nous aurait révélé un tout-puissant au lieu de nous révéler le vrai Dieu, celui qui va jusqu’à mourir pour ceux qu’il aime. La mort du Christ nous révèle ce qu’est la toute-puissance de Dieu. Ce n’est pas une puissance d’écrasement, de domination, ce n’est pas une puissance arbitraire telle que nous dirions : qu’est ce qu’il mijote là-Haut, dans son éternité ? Non, il n’est qu’amour mais cet amour est tout-puissant.

Je réintègre les attributs de Dieu (toute-puissance, sagesse, beauté…) mais ce sont les attributs de l’amour. D’où la formule que je vous propose : « L’amour n’est pas un attribut de Dieu parmi ses autres attributs mais les attributs de Dieu sont les attributs de l’amour. » L’Amour est : Tout-Puissant, Sage, Beau, Infini…

Qu’est ce qu’un amour qui est tout puissant ? C’est un amour qui va jusqu’au bout de l’amour. La toute-puissance de l’amour est la mort : aller jusqu’au bout de l’amour c’est mourir pour ceux qu’on aime. Et c’est aussi leur pardonner. S’il y en a parmi vous qui on l’expérience si douloureuse de la brouille à l’intérieur d’une famille ou d’un cercle d’amis, vous savez à quel point il est difficile de pardonner vraiment. Il faut que l’amour soit rudement puissant pour pardonner, ce qui s’appelle réellement pardonner. Il faut de la puissance d’aimer !

Qu’est ce qu’un amour qui est infini ? C’est un amour qui n’a pas de limites. Moi, je me heurte à des limites dans mon humain, dans mes amitiés humaines. L’Infini de Dieu n’est pas un infini dans l’espace, un océan sans fond et sans rivage, c’est un amour qui n’a pas de limites ! »

P. François Varillon

Extrait de « Joie de croire, joie de vivre » (Bayard Culture)

dieu-nest-quamour-francois-varillon : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au fichier PDF de cet article pour lecture ou éventuelle impression.




“Les entrailles de Miséricorde de notre Dieu” (2)

Nous vous proposons ici le texte de la Session donnée en Juin 2016 à l’Eglise de Mare à Vieille Place dans le Cirque de Salazie.

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Cette expression, “les entrailles de Miséricorde”, nous vient directement de St Luc quand il nous rapporte ce que Zacharie déclara au jour de la circoncision de son fils, Jean‑Baptiste.

I – Nous commencerons donc par relire ces lignes du « Cantique de Zacharie » que nous connaissons tous et nous verrons le sens de ce mot « entrailles ».

II – Puis, à partir de quelques textes de l’Ancien Testament, nous redirons avec le Pape François le cœur de notre foi : « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16).

III – Nous verrons que cet Amour inconditionnel et éternel ne cesse de prendre le visage de la Miséricorde, pour nous, pécheurs…

IV – Et nous terminerons, en constatant à l’aide de quelques textes du Nouveau Testament, que non seulement Dieu ne cesse d’aimer ceux qui font le mal, mais qu’en plus, leur situation personnelle le bouleverse au plus profond de lui‑même : en effet, celui qui fait le mal ne peut que se plonger lui-même dans la souffrance, et voir un seul de ses enfants souffrir, voilà ce qui bouleverse le cœur de Dieu… Dans le respect de notre liberté, il ne pourra alors que nous presser à cesser de faire ce mal qui nous détruit, pour nous inviter à apprendre, petit à petit, avec Lui et grâce à Lui, de Miséricorde en Miséricorde, à faire ce bien qui nous construit, et qui ne peut en fait qu’être l’expression d’un cœur comblé par ce « Dieu Amour », « qui se donne gratuitement » (Pape François). Le fruit de ce Don gratuit, pour celles et ceux qui accepteront de le recevoir, sera alors un cœur comblé, renouvelé, ‘recréé’, enfanté à une vie nouvelle par ce Dieu Père qui nous aime, infiniment, avec toute la tendresse d’une Mère…

I – Commençons donc par relire ces lignes de ce Cantique que Zacharie adresse à son fils Jean-Baptiste :

« Et toi petit enfant, tu seras appelé prophète du Très‑Haut ; car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut, par le pardon de ses péchés, grâce aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en Haut, pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour redresser nos pas au chemin de la paix » » (Lc 1,76-79).

Le Nouveau Testament a été écrit en grec. Le mot « entrailles » traduit le grec « splagkhna », pluriel de « splagkhnon ». Le dictionnaire Grec – Français « Bailly » donne pour splagkhnon « les entrailles »[1]

I – Au propre : 1 – Les viscères principaux – cœur, poumon, foie – de l’homme ou des animaux (Il s’agit donc, très, très concrètement… des tripes…).

                        2 – Le sein de la mère (Soulignons cette connotation maternelle, et le fait que ce « sein de la mère » est le lieu de l’enfantement, de la création).

II – Au figuré :  1 – Le cœur, l’âme, comme siège des affections.

                          2 – Entrailles, cœur, âme, terme de tendresse.

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Comme exemple du premier sens, très concret, nous pouvons donner Ac 1,18 qui évoque la mort de Judas : « Cet homme est tombé la tête la première et il a éclaté par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues ».

Mais dans les temps anciens, et notamment dans la Bible, « on localisait les sentiments dans les entrailles, puisqu’elles sont ce qu’il y a de plus intime et caché (Ps 22,15). Elles sont alors synonymes de ce que nous appelons aujourd’hui “le cœur”. Ainsi, « les entrailles du père sont bouleversées à chaque cri de son fils » (Si 30,7)… Les entrailles (hébreu, langue de l’Ancien Testament : rahamîmH) sont ainsi le siège de la compassion (Gn 43,30 ; 1R 3,26). Le singulier réhém désigne en effet « l’utérus, le sein maternel ». Dès lors, les entrailles sont d’abord le siège de la pitié de la mère pour ses enfants (Is 49,15), et l’on dit qu’elles frémissent (Is 16,11), résonnent et font du bruit (Is 43,15), bouillonnent (Lam 1,20) ou sont en ébullition (Job 30,27).

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Soulignons trois textes de l’Ancien Testament :

 

1 – Is 63,15-17 : « Regarde du ciel et vois, depuis ta demeure sainte et glorieuse.

Où sont ta jalousie et ta puissance ?

Le frémissement de tes entrailles et tes tendresses (rahamîmH) pour moi

se sont-ils contenus ?

Où sont la plénitude de ta miséricorde et tes compassions…

Pourtant tu es notre Père… (Hqui aime d’un amour maternel)

Toi, Yahvé, tu es notre Père, notre rédempteur,

tel est ton nom depuis toujours. »

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2 – Jr 31,20 : « Je l’aime, oui je l’aime, oracle du Seigneur »

(avec une nuance de tendresse maternelle).

3 – Ex 34,6 (TOB) : « Le Seigneur passa devant Moïse et proclama :

Le Seigneur, le Seigneur, Dieu miséricordieuxH et bienveillant,

lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté ».

La communauté juive d’Alexandrie a traduit ce texte en grec au 3° siècle avant Jésus Christ, et il est magnifique de constater que pour eux, la caractéristique première de Dieu est d’être « miséricordieux » : « Le Seigneur, Dieu compatissant et miséricordieux, patient, « plein de miséricorde » et vrai ».

Le Pape François fait allusion à ce dernier texte lorsqu’il écrit au tout début de son texte d’introduction à l’année Jubilaire de la Miséricorde (11 avril 2015) : « Jésus Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, « riche en miséricorde » (Ep 2, 4), après avoir révélé son nom à Moïse comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34, 6) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments ».

II – Le cœur de notre foi : « Dieu est Amour »

 

« Il n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine », c’est-à-dire ce qu’Il Est en Lui-même de toute éternité. Et nous retrouvons ici le cœur de notre foi. Le Pape François écrit d’ailleurs un peu plus loin (& 8): « Le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux, nous pouvons accueillir l’amour de la Sainte Trinité. La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude. L’évangéliste Jean affirme pour la première et unique fois dans toute l’Ecriture : « Dieu est amour » (1 Jn 4,8.16).

Cet amour est désormais rendu visible et tangible dans toute la vie de Jésus. Sa personne n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les relations avec les personnes qui s’approchent de Lui ont quelque chose d’unique et de singulier. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pécheurs, les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde. Tout en Lui parle de miséricorde. Rien en Lui ne manque de compassion. »

« Dieu est amour », « un amour qui se donne gratuitement » pour le seul bien de la personne aimée. En tout ce qu’Il Est, « Dieu est amour » depuis toujours et pour toujours. Il ne sait donc faire qu’une seule chose : « aimer ». Or, aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et tout mettre en œuvre pour l’atteindre. « La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix » (Pape François & 9). Voilà ce que Dieu veut pour tout homme sur cette terre, quel qu’il soit, car tous ont été créés par Lui « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), tous sont filles et fils d’un seul et même Père…

Grand Ilet 6

Jr 31,37-41 : « Je vais les rassembler (…), et je les ferai demeurer en sécurité… Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien… Je trouverai ma joie à leur faire du bien,… de tout mon cœur et de toute mon âme. »

Et comment Dieu se propose-t-il de « nous faire du bien » ? En nous comblant de ses bienfaits. Et quels sont-ils ? Rien de moins que ce qu’Il Est en Lui-même… La volonté de Dieu sur toute l’humanité, sans aucune exception, est que nous partagions tous sa Plénitude de vie, de paix, et de joie… C’est ce que Jésus, vrai Dieu et vrai homme, ne cesse de nous dire : « De même le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi… Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix… Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 6,57 ; 14,27 ; 15,11).

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Et Dieu ne peut pas nous donner plus que ce qu’Il Est en Lui-même… « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24) ? « Recevez l’Esprit Saint » dit le Ressuscité à ses disciples (Jn 20,22), et « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22).

« « Dieu est amour » (1 Jn 4,8.16), un amour qui se donne gratuitement », dit le Pape François. Et un peu plus loin, il ajoute : « Dans la miséricorde, nous avons la preuve de la façon dont Dieu nous aime. Il se donne tout entier, pour toujours, gratuitement, et sans rien demander en retour » (& 14). Ce que Dieu donne gratuitement, par amour, c’est en effet ce qu’Il Est tout entier, depuis toujours et pour toujours. Et « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et « Dieu est Saint » (Lv 11,44-45 ; 17,1 ; 19,2). Il s’agit donc du Don de l’Esprit Saint, le Don de ce qu’il Est en Lui-même. Et par ce Don de « l’Esprit qui sanctifie » (2Th 2,13), nous sommes tous appelés à devenir pleinement, selon notre condition de créature, ce que Dieu Est de toute éternité ! Il ne peut y avoir de vocation plus grande, plus belle… Et c’est ce que Dieu veut pour tout homme… Or, nous dit le Psalmiste : « Tout ce que veut le Seigneur, il le fait » (Ps 135(134),6 ; 115(114),3). Et comment le fait-il ? En donnant gratuitement, par amour, ce qu’il Est en Lui-même depuis toujours et pour toujours : le Don de l’Esprit Saint…

Salazie 8

III – Pour nous, pécheurs, l’Amour prend le visage de la Miséricorde

Ez 36,24-27 : (Vous qui avez profané mon Nom et qui avez été dispersés par suite de vos fautes), « je vous rassemblerai, je vous ramènerai vers votre sol…

Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ;

de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.

Et je vous donnerai un cœur nouveau,

je mettrai (Littéralement : je donnerai…) en vous un esprit nouveau,

j’enlèverai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.

Je mettrai (je donnerai) mon Esprit en vous

et je ferai que vous marchiez selon mes lois

et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes. »

Grand Ilet 9

Le Don de l’Amour, répété ici quatre fois, devient donc, pour le pécheur souillé, « une Eau Pure » qui le « purifie de toutes ses ordures »… Toutes, sans aucune exception, dès lors que l’on accepte de les présenter à Dieu, et de le laisser agir…

Et si le pécheur, privé du Don de l’Amour, et donc d’une Plénitude de Vie, fait l’expérience d’un état de mort intérieure, ce Don qui lui est toujours fait, envers et contre tout, sera pour lui « Eau Vive » « qui vivifie »… C’est ce qu’affirme Ezéchiel au chapitre suivant, en montrant Dieu agissant pour des morts enfermés dans leurs tombeaux, réduits à l’état de squelette, et donc, ne pouvant vraiment plus rien faire par eux-mêmes ! Tout ce qui arrivera pour eux ne pourra donc qu’être le fruit de l’initiative gratuite de l’Amour, et du Don tout aussi gratuit de l’Amour :

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Ez 37,4-14 : « Ossements desséchés (et donc en manque d’eau), écoutez la parole du Seigneur.

Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements.

Voici que je vais faire entrer en vous l’Esprit et vous vivrez…

Ainsi parle le Seigneur Dieu. Voici que j’ouvre vos tombeaux ;

je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple,

et je vous ramènerai sur votre sol.

Vous saurez que je suis le Seigneur, lorsque j’ouvrirai vos tombeaux

et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, mon peuple.

Je mettrai (Littéralement : Je donnerai) mon Esprit en vous et vous vivrez,      

et je vous installerai sur votre sol, et vous saurez que moi, le Seigneur,

j’ai parlé et je fais, oracle du Seigneur » (cf. (Ps 135(134),6 ; 115(114),3).

Jésus ne dira pas autre chose… Souvenons-nous du Cantique de Zacharie où il s’agit de « faire l’expérience du salut par le pardon de nos péchés », et cela grâce à « l’Astre d’en Haut », Jésus « Lumière du monde » (Jn 8,12) qui a pris l’initiative de nous « visiter » pour donner l’Esprit de Lumière et de Vie « à ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort ». Nous retrouvons en ce texte « l’Amour Don gratuit de Lui‑même ». En effet, « ceux qui habitent dans les ténèbres » le sont par suite de leurs fautes. Et s’ils connaissent « l’ombre de la mort », c’est bien parce que « tous ont péché, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes » (Rm 5,12). Mais, si « le salaire du péché c’est la mort, le don gratuit de Dieu », par Amour, « est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). Et ce Don nous est très concrètement communiqué par « le Don du Saint Esprit » (Ac 2,38), cet « Esprit qui est Vie » (Ga 5,25), cet « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), cet « Esprit qui donne la vie » (Rm 8,2). Or « Dieu est Esprit » (Jn 4,24). S’il nous donne « l’Esprit Saint », « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22), alors il se donne Lui-même, il nous donne ce qu’Il Est en Lui-même depuis toujours et pour toujours. Tel est le propre de l’Amour qui ne cesse de se donner gratuitement, par amour, donnant cette Plénitude qui est la sienne à tout homme, quel qu’il soit, pour que nous puissions tous expérimenter nous aussi cette Plénitude et connaître ainsi P1130731le vrai Bonheur… Le Christ ressuscité est ainsi « le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu (le Père) a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude », le Père la donnant au Fils de toute éternité, le Fils la recevant du Père de toute éternité en Fils « né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu » (Crédo). Et Dieu a aussi jugé bon, poursuit St Paul, « que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel »… « Tous les êtres », et donc tout homme… C’est pourquoi « paix aux hommes de bonne volonté » (Lc 2,14), à tous les hommes de bonne volonté, où qu’ils soient, quels qu’ils soient… Et le mot « paix » dans la langue de Jésus ne renvoie pas seulement à l’absence de violence, mais il est synonyme de « plénitude », et donc de cette Plénitude d’Être et de Vie qui est la sienne de toute éternité. Voilà ce qu’il est venu nous offrir en nous proposant inlassablement, gratuitement, par amour, le Don de l’Esprit Saint, l’Esprit d’Amour et de Paix… « Je vous laisse la Paix, je vous donne ma Paix… La Paix soit avec vous… Recevez l’Esprit Saint » (Jn 14,27 ; 20,19-22)… Et par ce Don, si « en lui habite corporellement la Plénitude de la Divinité, vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude » (Col 2,9-10), un état qui est synonyme pour nous de vrai Bonheur… Nous ne serons en effet pleinement heureux qu’au jour où nous accepterons de recevoir, gratuitement, par Amour, ce Don que l’Amour ne cesse de faire de Lui-même, ce Don de l’Esprit dont le fruit est « amour, joie, paix » (Ga 5,22)…

Grand Ilet 7

Nous retrouvons tout ceci dans le discours de Jésus sur la Montagne, lorsqu’il disait aux foules rassemblées autour de lui :

Mt 5,3-12 : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

(4) Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

(5) Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.

(6) Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

(7) Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

(8) Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

(9) Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

(10) Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.

(11) Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. (12) Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »

Grand Ilet 5

Le mot « heureux » intervient neuf fois, trois fois trois… Or, le chiffre « trois » dans la Bible renvoie à Dieu en tant qu’il agit… Et étant donné que Dieu Est ce qu’il Est, et il « Est Amour » (1Jn 4,8.16), il ne cesse d’agir en tant qu’il ne cesse de se donner lui-même, de donner ce qu’Il Est en lui-même… Notre bonheur, « heureux », sera donc en nous le fruit du Don de Dieu accueilli dans nos cœurs, Don de son Esprit Saint, et donc de sa Plénitude d’Être et de Vie…

Et peu après, St Matthieu nous présente ce Dieu Amour proche de tout homme, qui ne cesse de se donner gratuitement à tout homme, gratuitement, par Amour, et cela pour son seul bonheur, son seul bien…

Mt 5,43-45 : « Vous avez entendu qu’il a été dit :

Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.

Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs,

afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux,

car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,

et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. »

« Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ? « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) ? « Le Seigneur fait donc lever son soleil sur les méchants et sur les bons » en donnant la Lumière de l’Esprit aux méchants comme aux bons… « Le Seigneur Dieu est un soleil, il est un bouclier ; le Seigneur donne la grâce », « l’Esprit de la grâce » (Hb 10,29), « il donne la gloire », « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14). « Jamais il ne refuse le bonheur à ceux qui vont sans reproche » (Ps 84(83),12), c’est-à-dire à ceux qui demeurent, de cœur, tournés vers Lui, dans la force comme dans la faiblesse… Et si par malheur pour lui l’homme lui tourne le dos, Dieu, de son côté, ne cesse d’être Lui-même, Amour qui se donne, gratuitement, par amour… Et c’est le Don qu’il fait de Lui-même, le Don de l’Esprit Saint, qui viendra frapper à la porte de son cœur fermé, comme le fait la pluie sur les volets et les portes de nos maison… Et il en sera ainsi, discrètement, avec douceur, mais avec fidélité, jusqu’à ce qu’elle s’ouvre, pour le plus grand bonheur du pécheur qui trouvera enfin, avec ce Don, le vrai bonheur… « Je me tiens à la porte et je frappe… Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure. Tu nous as faits pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » (d’après Ap 3,20 et St Augustin).

Et si Jésus dit « Heureux les pauvres de cœurs, car le Royaume des Cieux est à eux », c’est bien « parce que votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32), gratuitement, par Amour. Et quelle réalité se cache derrière ce mot « Royaume » ? Un Mystère de Communion « dans l’unité d’un même Esprit » (Ep 4,3 ; 2Co 13,13), cet Esprit proposé gratuitement à tous pour le seul bien de tous : « Le règne de Dieu », le Royaume des Cieux, « n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17).

Nous avons vu comment Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Et lorsque Jésus ajoute « et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes », il redit la même chose avec, cette fois, non plus l’image de la lumière, mais celle de l’eau. En effet, Dieu est souvent évoqué dans la Bible avec l’image d’une source : « Ils m’ont abandonné, moi, la Source d’Eau vive », dit-il en Jérémie (Jr 2,13 ; 17,13). Dieu est ainsi « Source d’Eau Vive », Don de l’Eau Vive et Pure de son Esprit (Jn 7,37-39), une Eau Vive qui « tombe en pluie sur les justes » pour les vivifier, les combler, leur offrir la Plénitude même de Dieu, une Eau Pure qui « tombe aussi en pluie sur les injustes » pour les inviter, en frappant à la porte fermée de leur cœur (Ap 3,20), à lui ouvrir, à se tourner vers Lui de tout cœur. Alors, cette Eau Pure les purifiera de toutes leurs ordures (Ez 36,24-28), et leur permettra d’accueillir à leur tour la Plénitude de la vie éternelle…

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Eglise de Grand Ilet (Cirque de Salazie)

Notons avec ces images que nul homme sur cette terre n’est « juste » au sens de « sans péché »… « Tous sont soumis au péché… Il n’est pas de juste, pas un seul… Il n’est donc pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » Ainsi, nous sommes tous « des vases de miséricorde que Dieu a d’avance préparés pour sa Gloire » en les appelant à se tourner vers Lui de tout cœur, tels qu’ils sont, avec toutes leurs blessures et leurs misères, pour se laisser remplir par le Don de Dieu, le Don de « l’Esprit de Gloire, l’Esprit de Dieu » (Rm 3,9-26 ; 9,16 ; 9,23 ; 1P 4,14).

Nous sommes tous, en effet, des pécheurs qui avons continuellement besoin d’être pardonnés, lavés, relevés, fortifiés, soutenus… « La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché », écrit notre pape François (&2). Et souvenons-nous du jour de son élection, le 13 mars 2013. Le Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, écrit ainsi dans la préface du Livre du Pape François, « Amour, Service et Humilité » : « Aussitôt connus les résultats du cinquième scrutin du Conclave que nous venons de vivre, le Cardinal Bergoglio avait à répondre aux deux questions rituelles qui marquent la fin du Conclave et la levée du secret : « Acceptes-tu ton élection ? » et « Quel nom choisis-tu ? ». A la première, il a répondu : « Je suis pécheur et j’en ai conscience, mais j’ai une grande confiance dans la Miséricorde de Dieu. Puisque vous m’avez élu ou, plutôt, puisque Dieu m’a choisi, j’accepte. » »

Salazie 9

Ainsi, « Dieu veut faire miséricorde à tous » (Rm 11,32), « il veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4), « et tout ce que veut le Seigneur il le fait » (Ps 115,3 ; 135,6). « Il le fait », très concrètement, en donnant la Plénitude de son Esprit à tout homme, pour son seul bien, gratuitement, par amour… Et c’est ainsi que le Dieu qui, éternellement, est Amour, prend pour nous, pécheurs, le visage de la Miséricorde, car au cœur de notre misère, nous sommes tous invités à faire l’expérience que Dieu, de son côté, n’a jamais cessé de nous aimer, et donc de se donner à nous, gratuitement, par amour…

IV – Ces entrailles de Miséricorde sont aussi « compassion » pour le pécheur.

En effet, si Dieu nous a tous créés pour être remplis par ses bienfaits, connaître la Plénitude de sa Vie, participer à sa Lumière et à sa Gloire, le péché qui est abandon de Dieu, fermeture à Dieu, repli sur soi, ne peut que nous priver de tous ces dons… « Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu » (Rm 3,23).

Or, être privé de ce pour quoi nous avons été faits ne peut qu’être synonyme de souffrance, de mal être, de pleurs, de tristesse… « Souffrance et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal » (Rm 2,9).

Et le cœur de Dieu est bouleversé de compassion lorsqu’il voit un homme, un de ses enfants, quel qu’il soit, souffrir, et cela quelque soit l’origine de sa souffrance, qu’il en soit responsable ou pas…

Os 11,7-8 : « Mon peuple est cramponné à son infidélité.

On les appelle en haut, pas un qui se relève !

Comment t’abandonnerais-je, Éphraïm, te livrerais-je, Israël ?

Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent ».

Salazie 7

Et la Bible de Jérusalem écrit en note : « Le mot « bouleversé » est très fort ; précisément celui qui est employé à propos de la destruction des cités coupables », conséquence de leurs péchés… Osée laisse entendre que ces conséquences désastreuses sont « comme vécues d’avance dans le cœur de Dieu ».

Nous l’avons vu avec Osée, si l’homme est responsable de ses souffrances par suite du mal qu’il commet, Dieu, dans son Amour, ne peut que le presser à abandonner ce qui, en fait, malgré les apparences peut-être contraires, le plonge dans le mal être et la souffrance… Son seul désir est alors de tout nous pardonner, car Dieu ne regarde pas la faute en elle même, mais les conséquences de cette faute dans le cœur et la vie de celui qui l’a commise. Et encore une fois, son seul désir est de voir sa créature comblée par sa propre Plénitude.

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Alors, le premier cadeau qu’il fera au pécheur, sera le pardon de toutes ses fautes, et cela dans une attitude de Joie ( Lc 15 ; Rm 12,8) qui sera au même moment consolation (2Co 1,3-7), réconfort, encouragement pour celui qui accepte de répondre ainsi à l’Amour… En Lc 15, « Dieu est toujours présenté comme rempli de joie, surtout quand il pardonne » écrit le Pape François, car il ne poursuit que le bien de tous les hommes qu’il aime (Lc 2,14), et il se réjouit de voir ce « bien » triompher dans leur cœur et dans leur vie. « Nous y trouvons le noyau de l’Evangile et de notre foi », poursuit le Pape François, « car la miséricorde y est présentée comme la force victorieuse de tout, qui remplit le cœur d’amour, et qui console en pardonnant ».

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée, qu’elle a reçu de la main du Seigneur deux fois le prix de toutes ses fautes » (Is 40,1), deux fois le prix de tout ce qu’elle aurait dû dépenser à l’époque pour acheter les animaux prescrits par la Loi et les offrir en sacrifices pour le pardon de ses péchés… Déjà, avec cette image d’Isaïe, nous avons la réalité de la surabondance de la Miséricorde de Dieu si bien exprimée par St Paul : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). « En lui », le Christ, « nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence » (Ep 1,7)… « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance » (Jn 10,10).

Face à toute souffrance, fut-elle provoquée par le mal, la seule attitude de Dieu est donc de consoler, réconforter, encourager, et inviter au repentir si cela est nécessaire… « J’entendis alors une voix clamer, du trône : Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu‑avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21,3-4 ; cf. 2Co 1,3-7).

Et cette réaction de Dieu est très concrètement manifestée dans les Evangiles chaque fois que le Christ est en relation avec des personnes qui souffrent… Le verbe « être bouleversé jusqu’au plus profond de ses entrailles » est ainsi employé trois fois pour Dieu (Mt 18,27 ; Lc 1,78 ; 15,20), une fois pour le bon Samaritain (Lc 10,33), et neuf fois pour le Christ (Mt 9,36 ; 14,14 ; 15,32 ; 20,34 ; Mc 1,41 ; 6,34 ; 8,2 ; 9,22 ; Lc 7,13), et cela presque toujours pour rendre compte de son intervention miraculeuse… Ce verbe traduit d’abord une émotion physique, une authentique compassion devant l’état misérable du prochain (Lc 10,33), littéralement un mouvement des entrailles suscité par la vue (Lc 7,13 ; 10,33 ; 15,20). Traduire par « il eut pitié », écrit le P. Ceslas Spicq, serait donc presque un contre-sens ; « il fut pris (ou saisi) de pitié » serait meilleur ; le sens exact est : « il ressentit une viscérale compassion »[2]. Le Pape François écrit : « La miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux mêmes par leur fils. Il est juste de parler d’un amour « viscéral ». Il vient du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon » (& 6).

Regardons les textes où le Christ intervient. « Ce qui animait Jésus en toute circonstance n’était rien d’autre que la miséricorde avec laquelle il lisait dans le cœur de ses interlocuteurs et répondait à leurs besoins les plus profonds » (Pape François &8).

Grand Ilet 4

1 – Mc 1,40-45 (v. 41) : « Un lépreux vient auprès de lui ; il le supplie et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » (41) Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » (42) À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. (43) Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt (44) en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » (45) Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui. »

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2 – Mc 6,30-44 (v. 34) : « Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. (31) Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. (32) Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. (33) Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. (34) En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. »

Jésus voit « qu’ils étaient comme des brebis sans berger ». Alors, « bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même », il agit en Pasteur qui guide son troupeau par sa Parole, au son de sa voix, et lui indique ainsi le chemin à suivre… « Et il se mit à les enseigner longuement ». Ce « longuement » souligne sa générosité. Il répond toujours à tous nos besoins en surabondance… « Mon Dieu comblera tous vos besoins, selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus » écrivait St Paul (Ph 4,19). C’est pourquoi, il invitait à se tourner vers lui « en tout besoin » : « N’entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Ph 4,6-7).

Mais à parler longuement, l’heure avancera… La nuit tombe, et les endroits où l’on peut se ravitailler sont loin… Alors là aussi, les besoins de cette foule ne laisseront pas son cœur insensible, et ce sera la multiplication des pains…

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En St Matthieu (Mt 14,14), dès qu’il descend de la barque, Jésus voit des infirmes et leur situation le bouleverse : il les guérira tous… « En débarquant, il vit une foule nombreuse et il fut saisi de compassion envers eux ; et il guérit leurs infirmes ». « Face à la multitude qui le suivait », écrit le Pape François, « Jésus, voyant qu’ils étaient fatigués et épuisés, égarés et sans berger, éprouva au plus profond de son cœur, une grande compassion pour eux (cf. Mt 9,36). En raison de cet amour de compassion, il guérit les malades qu’on lui présentait et il rassasia une grande foule avec peu de pains et de poissons (cf. Mt 15,37). »

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Intérieur de l’Eglise de Grand Ilet

3 – Mc 8,1-10 (v. 2 ; cf. Mt 15,32) : « En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule, et que les gens n’avaient rien à manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : (2) « J’ai de la compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger. (3) Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin, et certains d’entre eux sont venus de loin. » Et ce sera à nouveau une multiplication des pains…

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4 – Mc 9,22 : ici, c’est le père d’un enfant épileptique qui fait appel à la compassion de Jésus. Il s’est d’abord adressé à ses disciples, mais ils n’ont rien pu pour lui… Alors, il vient voir directement Jésus et lui dit : « Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par compassion envers nous ! » « Jésus lui déclara : « Pourquoi dire : “Si tu peux”… ? Tout est possible pour celui qui croit. » Aussitôt le père de l’enfant s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » » (Mc 9,23‑24).

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5 – Mt 20,29-34 (v. 34) : « Tandis que Jésus avec ses disciples sortait de Jéricho, une foule nombreuse se mit à le suivre. (30) Et voilà que deux aveugles, assis au bord de la route, apprenant que Jésus passait, crièrent : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » (31) La foule les rabroua pour les faire taire. Mais ils criaient encore plus fort : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » (32) Jésus s’arrêta et les appela : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » (33) Ils répondent : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent ! » (34) Saisi de compassion, Jésus leur toucha les yeux ; aussitôt ils retrouvèrent la vue, et ils le suivirent. »

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6 – Lc 7,11-17 (v. 13) : « Par la suite, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. (12) Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. (13) Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » (14) Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » (15) Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. (16) La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » » (17) Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région. »

« Lorsqu’il rencontra la veuve de Naïm qui emmenait son fils unique au tombeau, il éprouva une profonde compassion pour la douleur immense de cette mère en pleurs, et il lui redonna son fils, le ressuscitant de la mort » (Pape François &8).

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Nous conclurons en deux points :

 

1 – « Après avoir libéré le possédé de Gerasa, il lui donna cette mission : « Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19). L’appel de Matthieu est lui aussi inscrit sur l’horizon de la miséricorde. Passant devant le comptoir des impôts, Jésus regarda Matthieu dans les yeux. C’était un regard riche de miséricorde qui pardonnait les péchés de cet homme, et surmontant les résistances des autres disciples, il le choisit, lui, le pécheur et le publicain, pour devenir l’un des Douze » (Pape François &8), ces Douze que Jésus avait choisi « pour être avec lui et pour les envoyer prêcher » la Bonne Nouvelle de l’Amour (Mc 3,13‑19).

Mare à Vieille Place 2

En accueillant pour nous mêmes le pardon de toutes nos fautes donné en surabondance par Jésus, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), « l’Astre d’en haut qui nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,76-79), en découvrant l’absolue gratuité de l’Amour qui comble d’autant plus, par amour, ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire les plus grands pécheurs (Lc 5,31-32), ceux qui, à leurs propres yeux et aux yeux des hommes, ne méritent surtout pas ce qu’ils ont reçu, nous sommes ensuite invités à travailler le plus possible avec le Christ pour que le plus grand nombre puisse aussi bénéficier gratuitement, par amour, de tous ces bienfaits… Car là se cache la vraie vie, la vraie joie, la vraie paix, un trésor devant lequel tout le reste ne peut que faire pâle figure… « Tu mets dans mon cœur plus de joie, que toutes leurs vendanges et leurs moissons » (Ps 4). « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. (45) Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. (46) Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle » (Mt 13,44-46).

Les disciples de Jésus sont donc avant tout invités à être les heureux témoins de cette Miséricorde infinie qu’ils ont accueillie pour eux-mêmes… Apparaissant à ses disciples, le Christ ressuscité leur dit (Lc 24,46-48) : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, (47) et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. (48) À vous d’en être les témoins » (Lc 24,46-48). Témoins de la Résurrection, mais aussi témoins qu’une « conversion » sincère est aussitôt comblée par « le pardon des péchés » donné en surabondance… « Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19).

2 – Nous sommes aussi tous invités à faire miséricorde à tous ceux et celles qui nous entourent, comme le Seigneur lui-même nous a faits miséricorde… Reprenons cet extrait du Pape François que nous avons déjà cité peu après le début du second point, mais que nous allons reprendre en allant plus loin, jusqu’à nous, jusqu’à notre agir qui devrait être « à l’image et ressemblance » (Gn 1,26-27) de celui de Dieu : « La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix. L’amour miséricordieux des chrétiens doit être sur la même longueur d’onde. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres » (& 9). « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36 ; Nouvelle Traduction Liturgique). « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant » (Lc 6,36 ; Bible de Jérusalem). « Soyez généreux comme votre Père est généreux » (Lc 6,36 ; TOB). Telle est l’invitation que Jésus nous lance avec ce seul texte du Nouveau Testament où la notion « d’entrailles » de miséricorde et de compassion est appliquée à un homme, un Samaritain (Lc 10,25-37) : « Et voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (26) Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » (27) L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » (28) Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »

(29) Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » (30) Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. (31) Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. (32) De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.

(33) Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. (34) Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. (35) Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”

(36) Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » (37) Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

Mare à Vieille Place 4

« En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde.  Le pardon des offenses devient l’expression la plus manifeste de l’amour miséricordieux, et pour nous chrétiens, c’est un impératif auquel nous ne pouvons pas nous soustraire. Bien souvent, il nous semble difficile de pardonner ! Cependant, le pardon est le moyen déposé dans nos mains fragiles pour atteindre la paix du cœur. Se défaire de la rancœur, de la colère, de la violence et de la vengeance, est la condition nécessaire pour vivre heureux. Accueillons donc la demande de l’apôtre : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Ep 4, 26). Ecoutons surtout la parole de Jésus qui a établi la miséricorde comme idéal de vie, et comme critère de crédibilité de notre foi : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). C’est la béatitude qui doit susciter notre engagement tout particulier en cette Année Sainte » (Pape François &9).

Et devenir de plus en plus miséricordieux pour les autres sera aussi le fruit de l’accueil de la Miséricorde de Dieu pour nous-mêmes. En effet, si nous acceptons de nous reconnaître pécheurs, de tout cœur, en reconnaissant et en offrant à Dieu en vérité toutes nos misères, Jésus, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), le fera par le Don de l’Esprit Saint, Eau Pure qui purifie, Eau vive qui vivifie (Ez 36,24-28 ; Jn 4,10-14 ; 7,37-39 ; Ga 5,25)… Et puisque cet Esprit est l’Esprit de Dieu, de ce Dieu qui « Est Amour » (1Jn 4,8.16), Amour Pur, Gratuit, et donc Amour Miséricordieux face à notre misère, ce Don reçu pour nous-mêmes ne pourra que nous pousser à aimer à notre tour avec cette dynamique propre à l’Amour : offrir son pardon à l’autre dans la seule recherche de son bien… Si l’accueil du Don de Dieu pour nous-mêmes est authentique, il ne peut en être autrement… « Pardonnez‑vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour » (Col 3,13), car « l’Amour de Dieu », l’Amour avec lequel Dieu nous aime, l’Amour Miséricordieux dont nous sommes les premiers heureux bénéficiaires, « a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Et « le fruit de Jésuscet Esprit » d’Amour ne peut qu’être « amour, joie, paix, douceur, bienveillance » (Ga 5,22)… Alors, « heureux les miséricordieux », heureux celles et ceux qui font miséricorde, car ils ne peuvent que vivre sous la mouvance de l’Esprit d’Amour et de Miséricorde, un Esprit dont le premier fruit en eux sera « joie », et donc bonheur profond… L’agir chrétien apparaît ainsi non pas comme étant avant tout le fruit de nos efforts, mais comme « le fruit de l’Esprit » accueilli gratuitement du « Père des Miséricordes », alors mêmes que, pécheurs, nous nous remettons entièrement entre ses mains… « Vous étiez morts par suite des fautes et des péchés dans lesquels vous avez vécu jadis… Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ. C’est par grâce que vous êtes sauvés ! Avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ep 2,4-10), les « bonnes œuvres » de la Miséricorde… Alors « heureux les miséricordieux », car leur attitude prouve qu’ils ont reçu en vérité la Miséricorde de Dieu pour eux-mêmes, ce Don de Dieu qui ne peut qu’être synonyme pour eux de Bonheur profond…   DJF

[1] BAILLY M.A., ” splagkhnon “, Dictionnaire Grec-Français (Paris 1930) p. 1779.

[2] SPICQ C., ” splagkhna, splagkhnizomai”, Lexique théologique du Nouveau Testament (Paris 1991) p. 1409s.

Les entrailles de Miséricorde de notre Dieu (2) : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez à cet article en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.

Pour un texte plus complet, avec notamment les expressions grecques : http://www.sedifop.com/?p=3350

 




Le Père des Miséricordes est « Source de Vie »

« Dieu est Esprit » nous dit St Jean (Jn 4,24) et il a créé l’homme « esprit » pour lui donner de pouvoir participer à ce qu’Il Est Lui-même. Notre « esprit » peut ainsi être comparé à une « capacité spirituelle » que Dieu désire « remplir » de ce qu’Il Est Lui‑même : son Esprit qui est Vie…

             Le prophète Jérémie présente ainsi deux fois « Dieu » comme étant « une Source d’Eau Vive » :

Jr 2,13 : « Mon peuple a commis deux crimes : ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive

pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau.”

Jr 17,13 : « Espoir d’Israël, Yahvé, tous ceux qui t’abandonnent seront honteux,

ceux qui se détournent de toi seront inscrits dans la terre,

car ils ont abandonné la source d’eaux vives, Yahvé. »

Le Psaume 36 présente également Dieu comme une Source :

Ps 36,10 : « En toi (Seigneur) est la source de vie,

par ta lumière nous voyons la lumière. »

 Jésus MiséricordieuxSt Jean reprendra l’image de l’Eau Vive en expliquant qu’elle représente l’Esprit de Dieu, et donc ce que Dieu Est en Lui-même :

Jn 7,37-39 : « Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria :

Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi !  

selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive.

Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui »…

Et puisque Dieu nous a tous créés pour être remplis de l’Eau Vive de son Esprit, tous les hommes ont un désir spirituel, une faim spirituelle, une soif spirituelle… Comme image, nous pouvons prendre notre corps qui a été créé pour vivre de ce qu’il reçoit : nourriture et boisson… Pour cela il dispose d’un « estomac » qui est « capacité corporelle » destinée à être remplie de ce pour quoi elle a été faite… Et lorsque notre « estomac » est vide, tout le corps réclame de la nourriture : nous avons faim, nous ne pouvons plus vivre pleinement, nous expérimentons une souffrance, un mal-être général… Par contre, quand il est plein, nous ressentons une impression de bien-être. Il en est de même de notre dimension spirituelle… Lorsque notre esprit ou notre cœur est vide des réalités spirituelles pour lesquelles il a été créé, nous expérimentons un manque, une faim, une soif de plénitude, le désir d’un bonheur profond qui n’est pas au rendez-vous, un mal-être difficile à exprimer, une tristesse générale mêlée de souffrance et d’angoisse : « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9)… Et pourtant, Dieu n’a qu’un seul désir : nous « remplir », car il nous a tous créés pour cela…

C’est pourquoi le psalmiste exprime ce désir avec l’image de « la soif de Dieu », car il est une révélation indirecte de ce pour quoi nous avons tous été créés : pour être remplis par l’Esprit de Dieu, cette « Eau Vive » qui est Plénitude de Vie, de Paix et donc Bonheur profond, la seule qui peut vraiment combler notre soif…

Cerf altéré - St Clément Rome

Ps 42,2-3 : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive,

ainsi mon âme te cherche, toi, mon Dieu.

Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant.

Quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ? »

Or, comme le disait le prophète Jérémie, en abandonnant Dieu « Source d’Eau Vive », l’homme se prive par lui-même de la Plénitude de cette Eau Vive, la Plénitude de la Vie éternelle… Mais comme nous avons tous été créés pour être comblés, pour être heureux, l’homme va se lancer dans une quête éperdue de bonheur… Et il le cherchera dans une quête effrénée des plaisirs de la vie, du pouvoir, de l’argent, des réalités matérielles… Mais s’il est sincère avec lui-même, il ne pourra que constater que le vrai bonheur n’est toujours pas au rendez-vous… Alors, faut-il « avoir » plus ? Il essaiera, sans résultat… Peut-être faut-il être plus haut placé dans la société ? Il essaiera, sans résultat… Toutes ces quêtes sont comme des citernes qu’il prend beaucoup de peine à creuser en espérant qu’un jour elles seront pleines d’eau, et donc de vie, de promesses de vie, de rassasiement, de bonheur… Mais comme l’écrit Jérémie, elles sont fissurées dès le départ … Elles ne peuvent retenir l’eau et offrir le vrai bonheur, la vraie vie… L’espérance de plénitude ne peut qu’être déçue… Pire, le fait qu’elles soient à sec est synonyme de mort…

« Le salaire du péché, c’est la mort, mais le Don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus » (Rm 6,23). « Dis-leur : Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir, maison d’Israël ? » (Ez 33,11). Le Père va donc envoyer le Fils dans le monde pour chercher toutes les brebis perdues, c’est-à-dire, tous les hommes, et cela « jusqu’à ce qu’il les retrouve ». Car, nous dit Jésus en parlant comme le prophète Ezéchiel, « il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,4-7). Et cela est vrai pour tout homme, quel qu’il soit, tout homme « créé à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,26-28), et donc enfant d’un Père Unique, « Notre Père » à tous, Le Père qui a tant veillé le retour de son fils prodigue (Rembrandt)qui veut le salut pour tous ses enfants : « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). « Dieu », en effet, « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3,16-17). Toute la mission de Jésus consiste donc à nous proposer le pardon de nos péchés et à nous permettre de retrouver gratuitement, avec lui, tout ce que nous avions perdu par suite de nos fautes. Tel est l’Amour qui ne cherche et ne poursuit que le bien de l’être aimé, et Dieu aime tout homme du même Amour : « Je vais les rassembler de tous les pays où » ils ont été dispersés par suite de leurs fautes. « En ce lieu », c’est-à-dire près de moi, unis à moi dans la communion d’un même Esprit, « je les ramènerai et les ferai demeurer en sécurité », dans la paix du cœur. « Alors ils seront mon peuple et moi, je serai leur Dieu. Je leur donnerai un seul cœur et une seule manière d’agir, de façon qu’ils soient toujours tournés vers moi, pour leur bien et celui de leurs enfants après eux. Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien et je ferai en sorte que leur cœur reste tourné vers moi pour qu’ils ne s’écartent plus de moi. » Je pourrai alors les combler pour leur seul bien, leur joie, leur bonheur… Car « je trouverai ma joie à leur faire du bien et je les planterai solidement en ce pays », c’est-à-dire tout près de moi, « de tout mon cœur et de toute mon âme », et Dieu est infini ! « Oui, je leur amènerai tout le bien que je leur promets » (Jr 32,37-43).

4ième dimanche de paques1Telle est donc toute la mission de Jésus, le Fils Unique : donner aux hommes de pouvoir retrouver avec Lui le chemin qui conduit à Dieu et donc à l’Eau Vive de l’Esprit qui ne cesse de jaillir de Lui pour combler ses créatures… « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait St Augustin. Le Christ est ainsi venu offrir aux hommes, gratuitement, par amour, cette Plénitude d’Esprit et donc de Vie pour laquelle nous avons tous été créés… En effet, « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), et le propre de l’Amour est d’être Don de soi, Don de ce qu’Il Est en Lui-même, gratuitement, par amour. C’est ce que le Père fait vis-à-vis du Fils, et cela de toute éternité : « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 5,26). Tout, tout ce qu’Il Est, tout ce qu’il a, toute la Plénitude de sa Vie, et c’est ainsi qu’il l’engendre en Fils « né du Père avant tous les siècles », lui donnant d’être « Dieu né de Dieu, Lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo), et cela gratuitement, par amour… « Tout ce qu’a le Père est à moi »… Ainsi, « comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même… Je vis par le Père » (Jn 17,10 ; 5,26 ; 6,57), en recevant du Père, gratuitement, par amour, la Plénitude de son Esprit, un Esprit qui est vie, un « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63), un Esprit qui est « Eau vive ».

Christ Forêt de Bélouve Réunion 3Dans l’Evangile selon St Jean, au chapitre 4, Jésus est ainsi présenté comme étant assis près d’un puits… Cette image visible est la révélation invisible de ce qu’Il Est de toute éternité : le Fils qui est tourné vers le Père « Source d’Eau Vive ». Voilà ce qu’il reçoit de Lui depuis toujours et pour toujours : l’Eau Vive de l’Esprit. Jésus assis près du puits est donc une image d’une réalité éternelle : le Fils près du Père, toujours tourné de cœur vers le Père (Jn 1,18), recevant du Père la Vie que le Père a en lui-même (Jn 5,26). Et il va dire « J’ai soif » à une femme samaritaine pour entamer la conversation avec elle, son seul but étant de faire en sorte qu’elle aussi reçoive gratuitement, par amour, ce que Lui reçoit du Père, gratuitement, par amour… Il va donc l’inviter à se tourner elle aussi de tout cœur vers le Père, tout comme Lui est toujours tourné de tout cœur vers Lui, recevant de Lui cette Plénitude d’Eau Vive qui l’engendre en Fils de toute éternité… Et Jésus se moque des obstacles. Son seul souci est le bien profond de cette femme. La Loi en effet interdisait à un homme d’aborder une femme seule, et les Juifs n’entretenaient pas de relations avec les Samaritains, leurs ennemis « héréditaires ». Mais Jésus fait tomber toutes ces barrières car son seul désir est de partager avec elle ce Don de la Plénitude de l’Eau Vive de l’Esprit qu’il ne cesse de recevoir de son Père et qui comble son cœur… Alors, il va lui mettre « l’eau à la bouche » et lui parler de cette Eau Vive en espérant que viendra le moment où elle aussi lui dira « J’ai soif » de recevoir cette Vie dont tu me parles…

Jn 4,10 : Jésus lui dit :

A – Si tu savais le don de Dieu Le Don de Dieu est évoqué

        B – et qui est celui qui te dit : Jésus demande à la femme

                 C – Donne-moi à boire, Donne-moi à boire

         B’ – c’est toi qui l’aurais prié La femme aurait demandé à Jésus

A’ – et il t’aurait donné de l’eau vive. Le Don de Dieu est précisé : l’Eau Vive

Jésus et la SamaritaineLe texte est très bien construit : Jésus dit à la Samaritaine « Donne-moi à boire » pour qu’un jour la Samaritaine lui dise « Donne-moi à boire »… Jésus lui révèle ainsi le Don qu’il est venu offrir à tous les hommes : l’Eau Vive de l’Esprit, la seule réalité capable de remplir nos cœurs et donc de nous offrir la vraie Vie, le vrai Bonheur… Souvenons-nous de Jn 7,37-39 lu au tout début.

Et c’est aussi la raison pour laquelle il nous invite en St Luc à demander cet Esprit avec une incroyable insistance :

Lc 11,9-13 : « Et moi, je vous dis :

                            demandez et l’on vous donnera ;

                                      cherchez et vous trouverez ;

                                               frappez et l’on vous ouvrira.

(10)                    Car quiconque demande reçoit ;

                                       qui cherche trouve ;

                                                 et à qui frappe on ouvrira.

(11) Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson,

        et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ?

(12) Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ?

(13) Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,

combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !”

Dieu est amour 2

Demander, librement, manifestera alors notre désir de recevoir… Et nous ne pourrons qu’être exaucés car « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16) de toute éternité, il ne cesse de « donner » gratuitement par Amour « l’Eau Vive de l’Esprit », le Père la donnant au Fils de toute éternité, le Père et le Fils la donnant à l’Esprit Saint de toute éternité, l’Esprit Saint ne cessant de la proposer à tout homme, Lui qui « Est Seigneur et qui donne la vie » (Crédo) en donnant l’Eau Vive de l’Esprit… La Source d’Eau Vive n’a donc pas attendu notre demande pour couler : elle coule de toute éternité… Alors, quiconque demande de tout cœur ne peut que recevoir… Demander exprimera en fait notre désir libre de recevoir… C’est ce que Dieu attend, Lui qui, dans son Amour, ne veut contraindre personne, forcer personne, n’obliger personne, alors même qu’il sait bien que ce Don de l’Esprit fera notre bonheur éternel, dès maintenant, dans la foi, et au ciel pour l’éternité… Nous avons été créés pour cela… Mais l’Amour respecte infiniment notre liberté… Il ne fera rien pour nous sans notre consentement…

sainte famille2Le Psalmiste exprime également ce Mystère de l’Amour de Dieu avec l’image du Soleil… Dieu est un Soleil, il ne cesse de briller, il ne cesse de donner la Lumière et il « Est Lumière » (1Jn 1,5)… Autrement dit, il ne cesse de donner ce qu’il est en Lui‑même… Nous retrouvons ce principe vu avec l’image de la Source : « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Eau Vive de l’Esprit » ? Il est Source, et ne cesse de donner cette Eau Vive de l’Esprit, gratuitement, par amour… Se tourner de tout cœur vers Lui, c’est donc déjà recevoir, gratuitement dans l’amour, en acceptant de nous laisser aimer tels que nous sommes… Nous retrouvons cette phrase de Ste Thérèse de Lisieux, à appliquer littéralement à Dieu qui est Amour : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». « Dieu est Esprit » ? Il donne l’Eau Vive de l’Esprit… « Dieu est Lumière », Soleil ? Il donne la Lumière, une Lumière qui est Vie, la Lumière de la Vie…

Ps 84,12 : « Le Seigneur Dieu est un Soleil…

                                              Il donne la grâce, il donne la gloire »…

Jn 8,12 : « Je Suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres,

                                    mais il aura la lumière de la vie ».

jésus enseignant 2Alors, si nous répondons à l’appel de Dieu, « repentez-vous, tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, tous les lointains de la terre » (Is 45,22), en tournant notre cœur vers la Source d’Eau Vive, nous recevrons cette Eau Vive qui donne la vie, et qui est au même moment l’eau pure qui nous purifie de toutes nos fautes. C’est ainsi que nous comprenons que la Miséricorde est le visage de l’Amour face à notre misère. Notre misère en effet ne l’empêche pas de nous aimer, bien au contraire. Puisque cette misère nous plonge dans un état de misère, de ténèbres, de tristesse, de mort spirituelle, voilà justement ce que Dieu ne supporte pas pour ses enfants, tous les hommes qu’il aime… Et leur état misérable le poussera à nous aimer encore plus, à se donner encore plus, pour nous guérir, nous purifier, nous sauver, nous combler et voie enfin sa Joie rayonner sur nos visages. Et notre joie fera sa Joie… Tout simplement parce qu’il ne cesse de nous aimer, et donc de désirer notre bien, notre bonheur profond…

Ez 36,24-28 : « Je vous prendrai parmi les nations,

je vous rassemblerai de tous les pays étrangers et je vous ramènerai vers votre sol.

(25) Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ;

de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.

(26) Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau,

j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.

(27) Je mettrai mon Esprit en vous

et je ferai que vous marchiez selon mes lois

et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.

(28) Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères.

Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu. »

ciel-LumièreCe « pays » donné, c’est « le Royaume des Cieux » donné, un Royaume qui est Mystère de Communion avec Dieu dans « l’unité d’un même Esprit » (Ep 4,3), Dieu le donnant gratuitement par Amour, l’homme étant invité à le recevoir de tout cœur, gratuitement,  dans l’Amour, en se détournant bien sûr au même moment, avec l’aide de Dieu, de tout ce qui lui est contraire…

Lc 12,32 : « Sois sans crainte, petit troupeau,

car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume ».

Rm 14,17 : « Le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson,

il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint ».

Jn 20,22 : « Recevez l’Esprit Saint. »

Ga 5,22 : « Le fruit de l’Esprit », l’Eau Vive de l’Esprit,

« est amour, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres »…

Alors, tous ceux et celles qui consentent à se laisser ainsi aimer par Celui qui, de son côté, ne désire que leur bien seront intérieurement comme un jardin tout irrigué par « l’Eau Vive de l’Esprit » :

Is 58,11 : « Le Seigneur sans cesse te conduira,

il te rassasiera dans les lieux arides,

il donnera la vigueur à tes os,

et tu seras comme un jardin arrosé,

comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas. »

 Herbe-arrosée-300x183C’est ce que dit Jésus à la Samaritaine :

Jn 4,13-14 : « Jésus lui dit :

Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ;

mais qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ;

l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. »

Et comme « un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a été donné du ciel » (Jn 3,27), celui qui a, c’est qu’il a reçu… S’il a reçu, c’est qu’il est tourné vers Dieu et ouvert à Dieu. Et comme Dieu est Source, il recevra et recevra encore : « C’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein » (Lc 6,38)…

Crucifix séminaire de RennesEt le Christ va mourir sur la croix pour que nous puissions recevoir cette Eau Vive de l’Esprit. Là encore, le corporel est signe visible du spirituel. Un soldat romain va transpercer son cœur de chair d’où s’écouleront sur la terre toute « l’eau et le sang » qui le remplissaient (Jn 19,33-35). Or dans la Bible, les deux sont symbole de vie. Ainsi, tout comme le cœur de chair est dorénavant ouvert, tout ce qui le remplissait étant versé sur la terre, donné aux hommes, en surabondance, le cœur « spirituel » de Jésus est lui aussi ouvert à tout homme, ce qui le remplit étant aussi donné à tout homme, en surabondance : « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » (Jn 10,10). Et qu’est-ce qui remplit le cœur de Jésus ? L’Eau Vive de l’Esprit qu’il reçoit du Père de toute éternité, un Don par lequel le Père l’engendre à la Vie en Fils « né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). Et si nous recevons à notre tour, par notre foi en Jésus, ce même Don, ce Don nous engendrera nous aussi à la Plénitude de la vie de Dieu, « à l’image du Fils » (Rm 8,29)…

Col 1,18-20 + 2,9-10 : « Jésus, le Fils, « est le Principe, Premier-Né d’entre les morts,

il fallait qu’il obtînt en tout la primauté,

(19) car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude

(20) et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui,

aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

(2,9) Car en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité,

(10) et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude »…

saint-espritTelle est la vocation de tout homme : participer, gratuitement, par Amour, à la Plénitude même de Dieu, une Plénitude de Vie, de Paix, de Joie… Et tout ceci se réalise par le Don de l’Eau Vive de l’Esprit…

Jn 14,27 : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix »…

Jn 15,11 : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. »

Lc 5,31-32 : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin,

mais les malades; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. »

 

Jn 20,22 : « Recevez l’Esprit Saint », et avec lui, le pardon et la Vie…

                                                                                                                           D. Jacques Fournier

Le Père des Miséricordes est Source de Vie : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez à l’article en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Retraite préparatoire à la fête de la Sainte Trinité (4) : « L’œuvre de l’Esprit Saint, Troisième Personne divine. »

« Si vous m’aimez », nous dit Jésus, « vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité », l’Esprit Saint Troisième Personne de la Trinité, « lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous », en côte à côte, en face à face, comme peuvent l’être deux personnes bien distinctes l’une de l’autre, « et il sera en vous » par le Don qu’il ne cesse de faire de Lui‑même, le Don de « l’Esprit Saint », Plénitude d’Être (« Dieu Est Esprit » (Jn 4,24)) et de Vie (« L’Esprit est Vie » (Rm 8,10)), de Paix, de Douceur et de Joie (Jn 14,15‑17 ; Ga 5,22)…

La mission première de l’Esprit Saint Seigneur à notre égard est en effet de nous donner la vie : « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » (Crédo). Il l’a déjà fait en participant, avec le Père et le Fils, à notre création. « Je crois en Dieu, le Père tout Puissant, Créateur du ciel et de la terre » (Crédo), ce Père qui a tout fait par son Fils, « tout fut par lui et sans lui rien ne fut » (Jn 1,3), et par l’Esprit Saint Seigneur… Souvenons-nous de l’image de St Irénée : le Fils et l’Esprit Saint sont « les deux mains du Père »…

Nous pressentons d’ailleurs la Présence de cet Esprit Saint Seigneur dans le second récit de la création : « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 2,7). L’image du « souffle de vie » renvoie à cette Plénitude spirituelle d’Être et de Vie qui est celle de Dieu Lui-même : « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) et « l’Esprit est Vie » (Rm 8,10). Le prophète Isaïe fait d’ailleurs un lien explicite entre « l’Esprit » et « le souffle » en un texte où il évoque le Dieu Créateur : « Ainsi parle Dieu, le Seigneur, Lui qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent » (Is 42,5). Et c’est justement dans ce Don du Souffle de Vie, de l’Esprit de Vie, que nous pressentons la Présence de cette Troisième Personne de la Trinité, cet « Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » en donnant ce qui le constitue Lui-même, sa Plénitude d’Être et de Vie, le Souffle de Vie, l’Esprit de Vie, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)…

Tout homme est donc une créature spirituelle, et c’est d’ailleurs, dans sa dimension spirituelle que se cache le mystère de sa vie. Avant que Dieu ne lui communique son Souffle de vie, il n’était qu’une ‘statue d’argile’, pour reprendre l’image du Livre de la Genèse qui évoque ainsi notre dimension matérielle de chair et de sang. Et ce n’est que lorsque Dieu a ‘soufflé’ en cette ‘statue’ que cette dernière est devenue « un être vivant »… Ce « Dieu » qui « Est Esprit » (Jn 4,24) et Vie nous a donc donné à notre tour d’être « esprit » (cf. 1Th 5,23) et vie en nous donnant d’avoir part à son propre « Esprit », à sa propre Vie. Nous retrouvons la logique de l’Amour : aimer, c’est tout donner et se donner soi-même… Ce Dieu qui, de toute éternité, Est « l’Être Vivant » par excellence nous a tous créés « êtres vivants » en se donnant lui-même, par Amour… « Tu aimes tout ce qui existe et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé » (Sg 11,24)… « Dieu a fait l’homme image de sa propre éternité », lit-on encore dans le Livre de la Sagesse (Sg 2,23), un texte que le Père Ceslas Spicq commente en écrivant : « Il faut au moins en conclure qu’ « être l’image » c’est « participer l’Être » et la Vie, donc ici celle du « Dieu vivant ».[1]

Ce Dieu Amour qui « Est Esprit » nous a ainsi tous créés « esprit » pour que nous puissions participer, grâce au Don qu’il ne cesse de faire de Lui-même, à la Plénitude de son Esprit, et donc de son Être et de sa Vie. St Luc emploie alors une expression qui lui est propre : « être rempli du Saint Esprit », « le Don de Dieu » (Lc 1,15.41.67 ; Jn 4,10). Jésus apparaît ainsi dans son Evangile comme étant lui aussi « rempli d’Esprit Saint » (Lc 4,1), et il en est bien ainsi de toute éternité, le Père lui donnant par Amour cette Plénitude d’Être et de Vie qui « l’engendre » en Fils « né du Père avant tous les siècles » (Crédo). Mais « être rempli du Saint Esprit », sous entendu par un Autre que soi-même, suppose d’être tourné de cœur vers cet Autre pour recevoir le Don gratuit de son Amour. Telle est l’attitude éternelle du Fils vis-à-vis du Père, « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18), « demeurant dans son amour » (Jn 15,10), accueillant le Don de la Plénitude de sa Vie (Jn 6,57 ; 5,26) par le Don de l’Esprit Saint, ce Don que le Père ne cesse de lui faire. Le Fils est alors « rempli d’esprit Saint » par le Père, et cela depuis toujours et pour toujours. Or, c’est pour que nous puissions recevoir le même Don de Dieu que le Fils « s’est fait chair » (Jn 1,14) et nous a rejoints dans notre condition humaine. « Si tu savais le Don de Dieu », dit-il à la Samaritaine, « et qui est celui qui te parle, c’est toi qui l’aurait prié et il t’aurait donné de l’Eau Vive », c’est-à-dire ce Don de Dieu même, le Don de l’Esprit Saint Plénitude d’Être et de Vie (Jn 4,10 ; 7,37-39). Mais pour qu’il en soit ainsi, il faut que nous acceptions, librement, de tout cœur, de nous tourner vers Dieu. D’où ces premières paroles de Jésus en St Marc : « Repentez-vous » (Mc 1,15), convertissez-vous, détournez-vous du mal, tournez-vous vers Dieu, et vous ne pourrez qu’être comblés par le Don gratuit de cet Amour qui ne cherche, ne désire, ne poursuit que votre bien. Qu’un homme, créature spirituelle, créature « esprit », en vienne à se détourner de cœur de son Créateur, et le voilà aussitôt privé de la Plénitude du Don de l’Amour, qui Est Esprit et Vie. Et c’est ainsi que la mort, au sens d’une privation d’une Plénitude de Vie, a fait son entrée dans le monde… St Paul l’évoque avec la figure d’Adam : « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché » (Rm 5,12). « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu », écrit-il encore (Rm 3,23), « Présence de Dieu se communiquant à l’homme de façon de plus en plus intime », précise en note la Bible de Jérusalem. Et l’on pourrait rajouter, par le Don de « l’Esprit de Gloire, l’Esprit de Dieu », pour reprendre une expression de St Pierre (1P 4,14). Toute l’œuvre de salut accomplie par Jésus consistera donc à nous redonner, gratuitement, par Amour, tout ce que nous avons perdu par suite de nos fautes. Le premier cadeau qu’il est venu nous offrir au Nom de son Père est donc le pardon de toutes nos fautes, en surabondance, inlassablement, car Dieu ne cesse d’Être Amour, quoique nous pensions, disions ou fassions… Et l’Amour ne cesse de poursuivre le seul bien de l’être aimé… « Dieu ne se lasse jamais de pardonner, jamais ! C’est nous qui nous lassons de lui demander pardon » (Pape François).

« Et toi, petit enfant », dit Zacharie, le père de Jean-Baptiste, en regardant son fils qui vient de naître, « tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur », le Christ Jésus, « et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu, dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix » (Lc 1,76‑79). Le premier cadeau qui nous est offert, à nous pécheurs, est donc « la rémission des péchés », le pardon de toutes nos fautes, de tous nos actes manqués… Et nous constatons que nous retrouvons aussitôt tout ce dont nous étions privés par suite de nos fautes : la Lumière au lieu des « ténèbres », la Vie, une Plénitude de Vie au lieu de « l’ombre de la mort »… Jésus est donc bien « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), avec ce double sens que prend le mot péché dans la Bible : acte et conséquences de l’acte… L’acte est ‘effacé’ par le pardon, les conséquences de l’acte sont effacées elles aussi par ce Don que l’Amour n’a jamais cessé de faire de Lui-même, un Don que Jésus nous rend capables, par ce pardon proposé et reçu, de recevoir de nouveau… Et ce Don nous est communiqué par la Troisième Personne de la Trinité, l’Esprit Saint… « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23), grâce « à l’Esprit qui est Seigneur et qui donne la Vie » (Crédo)…

Cette Vie est la Plénitude d’Être et de Vie que Lui-même reçoit du Père et du Fils en tant qu’ « il procède du Père et du Fils », le Fils recevant Lui-même cette Vie du Père en tant qu’il est « engendré non pas créé, né du Père avant tous les siècles »… Nous retrouvons toute cette dynamique dans les dernières paroles que Jésus a adressées à ses disciples peu de temps avant sa Passion : « J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de son propre chef, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous communiquera tout ce qui doit venir. Lui me glorifiera, car il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera. Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit qu’il vous communiquera ce qu’il reçoit de moi ». Autrement dit, l’Esprit Saint nous fait « accéder à la vérité tout entière », qui est celle de Dieu Lui-même, Mystère éternel de Communion de Trois Personnes divines distinctes dans l’unité d’une même Plénitude d’Être et de Vie, « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3), « en nous communiquant tout ce qui doit venir », c’est-à-dire cette Vie du Ciel même pour laquelle nous avons tous été créés. Mais cette Vie nouvelle et éternelle est la sienne : il la reçoit de Jésus en tant qu’il procède (du Père) et du Fils, et il nous la communique dans ce mouvement propre à l’Amour qui en Dieu est Don de ce qu’Il Est en Lui-même…

Le mystère premier de la vie chrétienne réside donc dans l’accueil de ce Don gratuit de l’Amour, ce Don de l’Esprit Saint, Plénitude d’Être et de Vie, Trésor commun du Père, du Fils et du Saint Esprit, Trésor qu’ils veulent offrir à toute personne humaine qui acceptera de le recevoir, dans la vérité… Pour nous pécheurs, cette vérité est celle de nos misères, de nos failles, de nos blessures, de nos faiblesses, mais rien, absolument rien n’empêche notre Père de nous regarder comme ses enfants… Et si le mal fait en premier lieu du mal à celui qui le commet, « souffrance et angoisse à toute âme humaine qui fait du mal » (Rm 2,9), un pécheur est d’abord pour Dieu un enfant en souffrance, et donc un enfant à guérir, un enfant qui demande des soins tout particuliers pour lui permettre de retrouver la paix profonde, fondement du seul vrai bonheur… Un pécheur est donc celui qui mobilise tout particulièrement l’attention de Notre Père des Cieux, ce « Père des Miséricordes » (2Co 1,3) qui, n’étant qu’Amour, ne cesse, inlassablement, de poursuivre notre seul bien… Dès lors, le plus grand pécheur, et donc le plus grand souffrant, sera celui dont l’état bouleversera le plus le cœur de Dieu, et donc qui le plus invité à recevoir ses trésors de Miséricorde, de Compassion et de Bonté, et cela bien sûr, avec un cœur droit, loyal et sincère… Autrement, cela voudrait dire que nous sommes toujours dans le péché, le mensonge, et donc… dans la souffrance intérieure… face à laquelle Dieu ne pourra qu’avoir toujours et encore cette même attitude, cette réaction propre à l’Amour qui ne cesse envers et contre tout de chercher encore et toujours le bien de l’être aimé. « Quand nous sommes infidèles, Dieu lui reste à jamais fidèle car il ne peut se renier Lui-même » (2Tm 2,13) : il Est Amour, en tout son Être, Amour Pur qui ne désire et ne poursuit, inlassablement, que le bien de celles et ceux qu’Il aime… L’invitation qu’il nous adresserait en pareil cas ne pourrait donc qu’être invitation pressante à renoncer à tout mensonge, à tout calcul, pour retrouver une conscience droite et avec elle, le Don surabondant de son pardon et de son Amour pour connaître enfin cette intensité de Vie insoupçonnée, qui est celle de Dieu Lui-même…

Et dans cette dynamique propre à l’Esprit Saint Seigneur, « donner la vie » en donnant « l’Esprit qui vivifie », ce Don spirituel n’opèrera pas simplement le pardon des péchés, le passage de la mort à la vie, des ténèbres à la Lumière, de l’angoisse à la paix, mais il apportera aussi toutes ces richesses propres à l’Amour, ces charismes qui permettront à tous les pécheurs pardonnés que nous sommes de pouvoir rendre témoignage, chacun à sa façon, à la Miséricorde toujours fidèle et surabondante de Dieu… « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier » (1Co 12,4-10), pour son bien et le bien de tous… « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jn 20,29)…

                                                                                                                  D. Jacques Fournier

[1] SPICQ C., “eikon”, Lexique théologique du Nouveau Testament (Paris 1991) p. 429-431.

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Retraite préparatoire à la fête de la Sainte Trinité (3) : “L’Esprit Saint procède du Père et du Fils… Il est Seigneur, et il donne la vie.”

Nous avons vu précédemment que depuis toujours et pour toujours, le Père et le Fils sont en face à face, le Père, dans l’Amour, se donnant en tout ce qu’Il Est au Fils, l’engendrant ainsi en Fils ; le Fils, dans l’Amour, se recevant en tout ce qu’Il Est du Père, dans l’action de grâce.

« Dieu » en effet « Est Amour » (1Jn4,8.16), et le propre de l’Amour, en Dieu, est de se donner, totalement, pour la seule Plénitude de l’autre. C’est ainsi que St Jean écrit : « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35). En grec, le temps employé pour le verbe « donner » pourrait aussi être traduit par un présent : « Le Père aime le Fils et il donne tout en sa main » (Jn 3,35). Autrement dit, c’est parce que « le Père aime le Fils », un présent qui a ici valeur d’éternité, « qu’il lui donne tout », tout ce qu’il Est, tout ce qu’il a. « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15)…

« « Aimer », pour Dieu, c’est donc « donner » ce qu’Il Est en Lui-même, sa Plénitude spirituelle d’Être et de Vie, et cela gratuitement, par amour. Et rien, absolument rien ne peut empêcher Dieu d’Être ce qu’Il est, Amour, Pur Amour, toujours donné, gratuitement, pour le seul bien de tous… Et puisque nous avons tous été « créés à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), Jésus nous invitera à agir « comme » lui, une attitude qui n’est possible, pour nous pécheurs, qu’avec le secours de sa grâce : « Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 44-45). Autrement dit, le Père « Amour » aime d’un Amour Pur aussi bien « les méchants et les bons », « les justes et les injustes » : à tous, il donne gratuitement, par Amour, en surabondance, ce qu’Il Est en Lui-même, et Il Est Esprit (Jn 4,24), et Il est Lumière (1Jn 1,5). « Il fait donc lever son soleil » sur tous en donnant à tous la Lumière de son Esprit, et « il fait tomber la pluie » sur tous en donnant l’Eau Vive de son Esprit (cf. Jn 4,10-14 ; 7,37-39). Pour « les justes » et « les bons », c’est-à-dire les pécheurs repentants ouverts en vérité à la surabondance de cet Amour, qui prendra alors pour eux le visage d’une incroyable Miséricorde, cet Esprit sera Lumière, Vie, Paix, Joie, Douceur, Tendresse dans une purification et une sanctification toujours en œuvre ici-bas… Pour « les méchants » et « les injustes », c’est-à-dire les pécheurs qui n’ont pas encore pris conscience de leurs misères, aveuglés par leur orgueil et la convoitise des biens de ce monde, le Don de la Lumière de l’Esprit, de l’Eau Vive de l’Esprit sera douce invitation à ouvrir la porte de leur cœur (Ap 3,20), à faire la vérité dans leur vie, pour passer enfin des ténèbres à la Lumière, d’une privation de Plénitude à un avant goût de cette Plénitude, dès maintenant, dans la foi, en leurs cœurs… Ils commenceront alors à pressentir dès ici-bas « où » se cache le vrai Bonheur… « C’est si bon cette Présence de Dieu ! C’est là, tout au fond, dans le Ciel de mon âme, que j’aime le trouver puisqu’Il ne me quitte jamais…  J’ai trouvé le ciel sur la terre puisque le ciel c’est Dieu et Dieu est dans mon âme » (Elisabeth de la Trinité)…

« Né du Père avant tous les siècles », le Fils est donc « engendré » par le Père (Crédo), qui accomplit à son égard un acte d’amour éternel, totalement gratuit : il se donne à Lui en tout ce qu’Il Est, l’engendrant ainsi en « Dieu né de Dieu »… « Dieu Est Amour » ? Le Père Est Amour ? En se donnant au Fils, il va lui donner à lui aussi d’Être Amour, totalement, pleinement, tout comme Lui, et cela en ‘Amour né de l’Amour’…

Mais si le propre de l’Amour en Dieu est de se donner, le Fils lui aussi, « engendré » par le Père, Amour né de l’Amour avant tous les siècles, va pouvoir se donner comme Dieu seul se donne, de tout son Être… Ainsi, en tant que le Fils se reçoit du Père en tout ce qu’il est, cette capacité à se donner sera encore pour lui un Don du Père. Nous le pressentons en Jn 17,2, lorsqu’il prie son Père juste avant sa Passion et lui dit : « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie, et que selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ». Jésus est donc bien conscient que « donner la vie » est un « pouvoir », une capacité, qu’il a reçue du Père…

Répétons-nous : depuis toujours et pour toujours, le Père est Amour et il se donne entièrement, en tout son Être, au Fils, lui donnant d’être Amour lui aussi, tout comme le Père. Le Fils, Amour, est donc lui aussi Don total de lui‑même, entièrement, tout comme le Père… Et c’est ainsi que, de toute éternité, du Don du Père et du Fils « procède » l’Esprit Saint, la Troisième Personne de la Trinité. Autrement dit, lui aussi se reçoit en tout ce qu’Il Est du Don total et éternel du Père et du Fils…

Il importe maintenant de faire une précision au niveau du vocabulaire que nous employons. « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24) dit Jésus à la Samaritaine. Le mot « Esprit », employé ici sous la forme d’un nom commun, suffit donc à décrire tout ce que Dieu Est en Lui-même, l’infinie richesse de sa Plénitude spirituelle, qui est aussi, nous l’avons vu, « Amour », et cela en tous ses aspects. Ainsi, lorsque St Jean écrit « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), la Lumière dont nous parlons est une réalité spirituelle de l’ordre de l’Amour… Tout en Dieu « Est Amour »…

Nous disons aussi souvent que « Dieu est Saint » (cf. Lv 19,2), et là aussi l’adjectif « Saint » suffit à caractériser tout ce que Dieu est en lui-même… Et cela d’autant plus qu’il vient d’un verbe, « qadash », qui, en hébreu, a comme sens premier : « couper, séparer, mettre à part ». Dieu est donc « Saint » en tant qu’il est le seul à être ce qu’il est. A ce titre, il est à part, incomparable. « A qui me comparerez-vous dont je sois l’égal, dit le Saint  (Is 40,25) ? » Réponse : à personne… Il est le seul à être ce qu’il est, Dieu unique…

Le nom commun « Esprit » et l’adjectif « Saint » peuvent donc être employés, ensemble ou séparément, pour évoquer ce que Dieu est en Lui-même, sa Plénitude d’Être et de Vie… Ainsi, le Père est Esprit, le Père est Saint, le Père est Esprit Saint. Le Fils est Esprit, le Fils est Saint, le Fils est Esprit Saint.

Mais lorsque nous évoquons la Troisième Personne de la Trinité, nous allons reprendre ces deux mêmes mots « Esprit » et « Saint » mais cette fois d’une manière différente et donc avec un sens différent : « Esprit Saint » ou « Saint Esprit » devient alors un nom propre pour évoquer « Quelqu’un » d’unique, cette Personne divine qui n’est ni le Père, ni le Fils, mais qui, tout comme le Père et le Fils, est la seule à être « qui » elle est… Le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont alors trois Personnes divines qui existent de toute éternité, en face à face les unes avec les autres, bien distinctes l’une de l’autre, leur différence étant à la base de leurs relations éternelles… Et dans le Mystère de ces relations, le Fils, en face à face avec le Père, se reçoit du Père en tout ce qu’il Est, et cela de toute éternité, gratuitement, par amour… Et l’Esprit Saint, en face à face avec le Père et le Fils, se reçoit lui aussi du Père et du Fils en tout ce qu’il Est, et cela de toute éternité, gratuitement, par amour. Alors, si « Dieu est Esprit », et si « Dieu est Saint », l’Esprit Saint, Troisième Personne de la Trinité, est donc lui aussi « Esprit » et lui aussi « Saint » en tout son Être…

Il s’agit donc simplement, lorsque nous employons l’expression « Esprit Saint », de bien faire attention à ce que nous évoquons :

  • Soit « l’Esprit Saint » nom propre, qui renvoie à une Personne divine, la seule à être « qui » elle est. A ce titre, en tant que Personne, elle ne peut qu’être en face à face avec le Père, et en face à face avec le Fils.

  • « Esprit Saint », nom commun et adjectif, qui renvoient tous les deux à ce que Dieu Est en lui-même… Alors, ces deux mots peuvent s’appliquer à chacune des trois Personnes divines, soit séparément, soit tous les deux ensemble, et cela pour évoquer ce qu’elles sont toutes les trois en elles‑mêmes, ce par quoi elles vivent et s’expriment. Cette Plénitude spirituelle est ainsi tout à la fois « dans le Père », « dans le Fils » en tant que le Fils la reçoit du Père de toute éternité, et « dans l’Esprit Saint », en tant que l’Esprit Saint la reçoit du Père et du Fils de toute éternité. C’est dans ce cadre que Jésus peut évoquer le fait sa Plénitude d’Être et de Vie est aussi celle du Père, elle est aussi « dans le Père », alors même que le Père et le Fils sont toujours en face à face. Il dira alors en St Jean : « Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14,10-11), ce qui équivaut à dire : tout ce qu’Est le Fils, le Père l’Est lui aussi, alors même que le Père n’est pas le Fils et que le Fils n’est pas le Père…

Et maintenant, puisque « Dieu est Amour », la troisième Personne de la Trinité est elle aussi « Amour », et donc Don d’elle-même, puisque le propre de l’Amour en Dieu est de se donner en tout ce qu’il Est… L’Esprit Saint « Seigneur » est donc lui aussi Don de ce qu’il Est en lui-même, tout comme le Père et le Fils. Puisque « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), l’Esprit Saint « Seigneur » donne cet Esprit, gratuitement, par amour. Et comme nous pouvons dire aussi « Dieu est Esprit Saint », l’Esprit Saint « Seigneur » ne cessera de donner l’Esprit Saint, Plénitude d’Être et de Vie, car « l’Esprit est vie » (Rm 8,10 ; cf. Ga 5,25)… Tout cela, nous pouvons le formuler avec notre Crédo : « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie », en donnant cet Esprit qui est vie. Toute l’œuvre de l’Esprit Saint, troisième Personne de la Trinité, « Amour », consiste donc à nous donner « l’Esprit Saint », Plénitude d’Être et de Vie, qui est appelée à s’unir à notre esprit pour nous donner d’avoir part nous aussi, à la Plénitude même de Dieu.

Nous avons vu précédemment que le Père fait tout par le Fils, par Celui à qui il se donne de toute éternité l’engendrant ainsi en Fils. Nous pouvons maintenant compléter et dire que le Père fait tout par le Fils et par l’Esprit Saint, qui « procède du Père (et du Fils) » de toute éternité. Le Fils et l’Esprit Saint sont ainsi comme « les deux mains du Père », selon l’image de St Irénée (Deuxième Evêque de Lyon, entre 177 et 202, date de sa mort). Le Père se donne ainsi à nous par ces deux Personnes divines à qui il se donne de toute éternité, car en se donnant à elles, il leur donne à leur tour de pouvoir se donner… Le Père nous donne ainsi la vie par son Fils, « le Pain de vie » (Jn 6,35) et par « l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » (Crédo). En effet, nous dit Jésus, « c’est mon Père qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est le pain qui descend du ciel et donne la vie au monde… Je suis venu en effet pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait en surabondance » (Jn 6,32-33 ; 10,10). Ainsi, « comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi » (Jn 6,57). Nous recevons donc la vie de Dieu, la vie du Père, par le Fils. Et cette vie nous est transmise, nous dit encore Jésus, non pas par sa chair et son sang, mais par « l’Esprit qui vivifie », c’est-à-dire par le Don de l’Esprit Saint « Seigneur », Troisième Personne de la Trinité, qui en se donnant lui-même, en nous donnant ce qu’Il Est en lui-même, nous donne sa Plénitude d’Être et de Vie, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). C’est ce que Jésus affirme après avoir insisté de manière incroyable sur l’accueil par la foi et dans la foi de « sa chair donnée pour la vie du monde » (Jn 6,51), et de « son sang versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28) : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui » (Jn 6,53-56). Et après une telle insistance, devant la réaction de certains, « mais comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? », « elle est dure cette parole ! Qui peut l’entendre ? » (Jn 6,52.60), Jésus leur dit : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien » (Jn 6,63)…

Nous le constatons donc avec cet exemple de l’Eucharistie : si le Père fait tout pour nous par le Fils et par l’Esprit Saint, c’est-à-dire s’il se donne à nous par le Fils et par l’Esprit Saint à qui il se donne de toute éternité, le Fils lui aussi fait tout pour nous par l’Esprit Saint, à qui il se donne lui aussi de toute éternité, lui donnant de pouvoir se donner. Le Fils se donne alors à nous par le Don que l’Esprit Saint « Seigneur » ne cesse de faire de Lui-même… « En vérité, en vérité je vous le dis », déclare Jésus, « celui qui croit » en sa Parole « a la vie éternelle » (Jn 6,47) par « l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » (Crédo)…

« Heureux alors ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20,29), car cette Plénitude d’Être et de Vie est bonheur profond pour quiconque accepte de la recevoir dans la vérité de sa misère reconnue et offerte au « Père des Miséricordes » (2Co 1,3), à Jésus « Sauveur du monde » (Jn 4,42), à l’Esprit Saint « Consolateur » (Jn 14,16.26 ; 15,26 ; 16,7), au Dieu Unique, Amour, Don pur et gratuit de Lui-même pour le seul bien de tous…

                                                                                                              D. Jacques Fournier

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Retraite préparatoire à la fête de la Sainte Trinité (2) : “Le Père fait tout par le Fils ; le Fils est le Serviteur du Père.”

De toute éternité, le Père et le Fils sont en face à face, le Père, dans l’Amour, se donnant en tout ce qu’Il Est au Fils, l’engendrant ainsi en Fils ; le Fils, dans l’Amour, se recevant en tout ce qu’Il Est du Père, dans l’action de grâce. Et puisque « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et que « Dieu est Saint » (Lv 19,2), « Jésus tressaille de joie sous l’action de l’Esprit Saint », « le Don de Dieu », « et il dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du Ciel et de la terre » (Lc 10,21 ; Jn 4,10)… Chacun possède donc une seule et même Plénitude d’Être et de Vie, le Père la donnant au Fils, gratuitement, par amour, le Fils la recevant du Père, gratuitement, dans l’amour. Le Père et le Fils, en face à face, sont ainsi unis l’un à l’autre dans la communion d’un même « Amour » (1Jn 4,8.16), d’un même « Esprit » (Jn 4,24), d’une même « Lumière » (1Jn 1,5), d’une même Vie (Jn 5,26). Et cet Amour, en Dieu, fait l’union des volontés. Le Fils n’a ainsi qu’un seul désir : accomplir le plus parfaitement possible la volonté du Père. Et le Père, de son côté, fait tout par et pour son Fils : « Le Seigneur fait tout pour moi. Seigneur, éternel est ton amour, n’arrête pas l’œuvre de tes mains » (Ps 138(137),8).

Ainsi lorsque nous disons dans notre Crédo « Je crois en un seul Dieu, le Père Tout‑Puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible », St Jean précise en parlant du Fils, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14) : « Tout fut par lui et sans lui rien ne fut » (Jn 1,3). La Lettre aux Hébreux commence quant à elle par ces lignes : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes » (Hb 1,2). La Lettre aux Colossiens nous dit de son côté de ce Fils qui a assumé notre condition humaine, « devenant ainsi semblable aux hommes » (Ph 2,7) : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles (la formulation de notre Crédo), Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui » (Co 1,15-17).

Si le Père a créé tous les hommes, gratuitement, par amour et par le Fils, ce même Père veut sauver tous les hommes gratuitement, par amour et par ce même Fils : « Dieu notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). St Jean écrit de son côté : « Dieu », le Père, « a tant aimé le monde », c’est‑à‑dire tous les hommes, sans absolument aucune exception, « qu’il a donné son Fils Unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu », le Père, « n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde », au sens de condamner, « mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3,16-17). St Jean appelle ainsi Jésus « le Sauveur du monde », et lui, de son côté, n’a qu’un seul désir : accomplir la volonté du Père, et donc tout faire pour que tous les hommes soient effectivement sauvés : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre », la création qu’il a lancée dans l’aventure de la vie et au cœur de laquelle il ne cesse d’agir pour son salut, « à bonne fin… Tout ce que me donne le Père », et le Père a donné au Fils le monde à sauver, « viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors ; car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour » (Jn 4,34 ; 6,37-39).

En tant que le seul de désir de Jésus est l’accomplissement de la volonté du Père, nous pouvons donc l’appeler « le Serviteur » du Père. Et c’est bien ainsi que St Luc nous le présente plusieurs fois dans son Livre des Actes des Apôtres : « Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a glorifié son Serviteur Jésus que vous, vous avez livré… Vous avez fait mourir le Prince de la vie, mais Dieu l’a ressuscité des morts ; nous en sommes témoins… Et c’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et il l’a envoyé vous bénir », le Père nous bénit donc par son Fils, « du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,11-26 ; cf. Ac 4,27.30). Le Fils est donc tout entier au Service du Père, dans l’accomplissement de sa volonté. Mais dans cette communion d’Être et de Vie qui unit le Père et le Fils, une communion qui est de l’ordre de l’Amour, tout ce que veut le Père dans l’Amour, pour notre seul bien, le Fils le veut lui aussi de tout son Être, dans ce même Amour et toujours pour notre seul bien. Et le Père apparaît alors comme étant lui aussi le Serviteur du Fils dans l’accomplissement de leur volonté commune, pour notre seul bien… C’est ainsi que le Père est tout entier au service du Fils pour que les hommes viennent à lui, croient en lui et puissent donc ainsi être sauvés par lui, l’unique « Sauveur du monde », « l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,3-6).

Le Père va ainsi se mettre au service du Fils en attirant tous les hommes à lui. Nous l’avons vu, « tout ce que me donne le Père viendra à moi ». En effet, « nul ne peut venir à moi », dit Jésus, « si cela ne lui est donné par le Père ». Oui, « nul ne peut venir à moi », dit-il encore, « si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6,37.65.44). Et « venir à » Jésus en St Jean est synonyme de « croire en lui », comme nous le montre ce parallèle en Jn 6,35 : « Je Suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » Le Père attire ainsi tous les hommes au Fils et il fait tout pour leur donner de croire en lui… C’est ainsi, notamment, qu’il lui rend témoignage, par une voix qui jaillit du ciel : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11)Et si, disait Jésus, « ma parole n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé » (Jn 14,24), de telle sorte que « ce que je dis, tel que le Père me l’a dit, je le dis » (Jn 12,50), le Père de son côté déclare, lors de la Transfiguration de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez‑le » (Mc 9,7)Et lorsque Jésus demande :« Père, glorifie-ton nom », aussitôt, « du ciel vint une voix : « Je l’ai glorifié et de nouveau je le glorifierai » (Jn 12,28). Ainsi, « le Père qui m’a envoyé », dit Jésus, « lui, me rend témoignage » (Jn 5,37). Et il le fait encore par « les guérisons, signes et prodiges qu’il opère par son saint serviteur Jésus » (cf. Ac 4,30). Oui, dit St Pierre, « Jésus, le Nazôréen, est bien cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, signes et prodiges qu’il a opérés par lui au milieu de vous » (Ac 2,22). Et Jésus en était bien conscient : « Les œuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin, ces œuvres mêmes que je fais, me rendent témoignage que le Père m’envoie » (Jn 5,36).

Le Père a donc tout créé par le Fils, et il veut tout sauver par le Fils. Dans sa mission, il agit pour lui, il est entièrement à son service, pour aider les hommes à venir à Jésus, à croire qu’il est vraiment « le Sauveur du monde », ce qui leur permettra de recevoir le pardon de toutes leurs fautes, offert en surabondance par leur Dieu et Père qui, avec son Fils, ne cherche et ne poursuit que leur bien. C’est donc bien encore avec et par son Fils que le Père travaille à se réconcilier à lui tous les hommes. Car ce n’est que dans cette relation en cœur à cœur avec leur Père qu’ils trouveront, en tant qu’ils la recevront gratuitement, par amour, cette Plénitude d’Être et de Vie que le Père veut leur communiquer à eux aussi, car c’est pour qu’ils en soient comblés qu’il les a tous créés. Et ce Don sera le même que celui qu’il offre à son Fils de toute éternité, l’engendrant ainsi en Fils « vrai Dieu né du vrai Dieu »… Il aura donc au cœur de tous ceux et celles qui accepteront de le recevoir les mêmes effets que pour le Fils : l’engendrement à la Plénitude même de la Vie de Dieu, « à l’image du Fils » (Rm 8,29). En effet, « Dieu », le Père, « s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix ». Oui, « en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez, en lui, associés à sa Plénitude » (Col 1,19-20 ; 2,9-10) ! Et dans sa seconde Lettre aux Corinthiens, St Paul écrit : « Dieu », le Père, « nous a réconciliés avec lui par le Christ et il nous a confié le ministère de la réconciliation. Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5,18-20) en accueillant la Vérité de son Amour. Et dans cette même Vérité où nous sommes déjà enveloppés par sa Tendresse, nous sommes invités à reconnaître en vérité notre péché, nos misères, et à tout lui offrir. « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils » (Lc 15,21). Alors, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) les fera vite disparaître par « l’Eau Pure qui purifie » (Ez 36,24-28), « l’Eau Vive qui vivifie », « l’Eau Vive de l’Esprit Saint », « le Don de Dieu » (Jn 4,10-14 ; 6,63 ; 7,37-39). Ainsi, « celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3,21), et « si nous marchons dans la lumière, comme Dieu est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché » (1Jn 1,7-9). Et par la médiation de son sang versé, de sa chair offerte, c’est toujours le Don de l’Esprit qui accomplit son œuvre en nous. En effet, si le sang de Jésus est bien « le sang de l’Alliance versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28), la réalité qui accomplit cette œuvre en nous, c’est bien l’Esprit qui purifie, « l’Esprit qui vivifie » : « La chair ne sert de rien, c’est l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63).

Alors, si nous acceptons de nous présenter devant lui tels que nous sommes en vérité, pécheurs, remplis de misères et de faiblesses de toutes sorte, « lui, fidèle et juste, pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité ». « Si notre cœur venait à nous condamner, devant lui nous apaiserons notre cœur, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout » (1Jn 3,19-20)… Et ce Dieu « Miséricorde Toute Puissante » (Lc 1,49-50), ce « Père des Miséricordes » (2Co 1,3), Lui qui a créé l’infini de l’univers visible qui nous entoure, Lui qui est aussi infini en Amour, agira envers nous selon l’infini de son Amour et nous ne pourrons que constater, en expérimentant son pardon, que « là où le péché à abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20)…

« Il ne s’agit donc pas de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rm 9,16). Ainsi, grâce au salut du monde « accompli » (Jn 19,30) par Jésus, le Fils, le projet créateur du Père pourra lui aussi pleinement s’accomplir : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence »… Ainsi, « après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage, en vue de la rédemption que nous obtiendrons, à la louange de sa gloire… Le Christ a en effet aimé l’Eglise », et à travers elle, l’humanité tout entière. « Il s’est livré pour elle afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église », cette humanité, « resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée » (Ep 1,3‑14 ; 5,25-27). Et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait au ciel et sur la terre, dans les mers et jusqu’au fond des abîmes » (Ps 135(134),6). Telle est la volonté du Père accomplie par le Fils et qui commence à se réaliser très concrètement dans nos cœurs et dans nos vies par le Don gratuit de l’Amour, le Don de l’Esprit Saint… « Heureux » alors, dès maintenant, dans la foi, « ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20,29)…

                                                                                                              D. Jacques Fournier

 

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Retraite préparatoire à la fête de la Sainte Trinité (1) : “Le Père et le Fils, en face à face, unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit.”

« Si Dieu était votre Père », dit Jésus à ses adversaires, « vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne viens pas de moi-même ; mais lui m’a envoyé » (Jn 8,42), « et celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît » (Jn 8,29). « Celui qui ma envoyé », le Père, « est avec moi », dit Jésus, et cela « toujours », car Jésus « fait toujours ce qui lui plaît ». Accueillir le Fils, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), celui que les hommes pouvaient voir avec leurs yeux de chair, « c’est donc au même moment accueillir le Père », « toujours » avec le Fils, mais invisible à nos yeux de chair, car « Dieu est Esprit », dit Jésus à la Samaritaine (Jn 4,24).

Nicodème avait reconnu que Jésus n’était pas seul : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui » (Jn 3,2). C’était Dieu le Père, en effet, qui, avec lui et par lui, accomplissait des miracles, signes et prodiges pour aider les foules à croire en son Fils : « Jésus le Nazôréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous », dit St Pierre à la foule (Ac 2,22). Et Jésus lui-même disait : « Les œuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin, ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m’a envoyé » (Jn 5,35). En effet, « le Père demeurant en moi fait ses œuvres » (Jn 14,10), car « le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait » (Jn 5,19‑20).

Le Fils est donc tout d’abord entièrement « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18). Dans la foi, en « Verbe fait chair », vrai Dieu (Jn 1,1 ; 20,28) mais aussi vrai homme, « Fils de l’homme » (Mc 9,31), il le regarde, il le voit, il l’écoute. En serviteur du Père, il fait ce qu’il voit faire au Père, il dit ce qu’il a vu auprès du Père, et aussi ce que le Père lui dit : « Je dis ce que j’ai vu chez mon Père » (Jn 8,38), « je dis ce que le Père m’a enseigné » (Jn 8,28).

Le compagnonnage de Jésus avec son Père est donc au cœur de son Mystère. Jésus est tout entier tourné vers le Père, il ne cesse de le regarder, de l’écouter, il est tout entier à son service, ne cherchant qu’une seule chose : accomplir sa volonté, dans une obéissance parfaite… « Et Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6)…

Mais ce Mystère d’un « être avec… », « d’un être auprès de… », « d’un être tourné vers » un Autre que Lui-même, Jésus en parle aussi avec d’autres expressions qui peuvent sembler incompatibles avec les premières. En effet, Jésus le Fils, « l’Unique Engendré » (Jn 1,18), est le seul à être « qui » il est. Le Fils n’est pas le Père, et le Père n’est pas le Fils. A ce titre, le Père et le Fils, en tant que Personnes divines uniques, sont toujours en face à face. De ce point de vue, le Père n’est pas dans le Fils, et le Fils n’est pas dans le Père : le Père, lui qui est le seul à être le Père, est face à face avec un autre que Lui-même, le Fils, qui, de son côté, est lui aussi le seul à être le Fils. Et pourtant, Jésus nous dit : « Le Père », ce Père que je ne suis pas, ce Père qui est un autre que moi-même, « est en moi et moi, je suis dans le Père ». C’est ce qu’il affirme par deux fois à Philippe après lui avoir déclaré : « Nul ne vient au Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » Jésus lui dit : Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père ! ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes » (Jn 14,6-11).

Le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père ; à ce titre, ils sont toujours en face à face… Et pourtant, « le Père est dans le Fils, et le Fils est dans le Père », nous dit Jésus plusieurs fois. Comment donc harmoniser ce qui semble si contradictoire ? Nous touchons ici aux conséquences éternelles de l’engendrement éternel du Père par le Fils, « dès avant la fondation du monde » (Jn 17,24), « avant tous les siècles » (Crédo), et donc avant que le temps n’existe… « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même… Ainsi, je vis par le Père » (Jn 5,26 ; 6,57), nous dit Jésus. Et pourquoi ? « Car le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), tout, tout ce qu’il est, tout ce qu’il a : « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15 ; 17,10). Le Père est Dieu ? Le Père aime le Fils, et de toute éternité, il se donne à lui, lui donnant ainsi gratuitement, par amour, d’être « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) ? Le Père aime le Fils, se donne totalement à lui, en tout ce qu’Il Est, lui donnant ainsi, gratuitement, par amour, d’être « Lumière née de la Lumière » (Crédo). Qui voit la Lumière du Fils voit donc la Lumière du Père, car il s’agit dans les deux cas de la même réalité spirituelle. C’est ainsi que Jésus peut dire : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9), alors même que le Père n’est pas le Fils et que le Fils n’est pas le Père… « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) ? « Tu es mon Fils Bien Aimé », lui dit le Père, « en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11), tout ce que Je Suis. Ainsi, par ce Don total que le Père ne cesse de faire au Fils, tout ce qu’Est le Père, le Fils l’Est aussi en tant qu’il le reçoit du Père. Jésus peut alors dire : tout ce qui Est « en moi », tout ce qui me constitue, ma Plénitude d’Être et de Vie, tout cela Est aussi « en toi », Père, puisque le Fils reçoit tout du Père en « Unique Engendré » (Jn 1,18), « engendré non pas créé, né du Père avant tous les siècles » (Crédo). A ce titre, même si le Père n’est pas le Fils, et si le Fils n’est pas le Père, tout ce qui Est dans le Père Est dans le Fils, en tant que le Père le donne au Fils de toute éternité. Et tout ce qui Est dans le Fils Est dans le Père, en tant que le Fils le reçoit du Père de toute éternité… En considérant donc cette Plénitude d’Être et de Vie qui le constitue tout entier, le Fils peut donc dire qu’il Est dans le Père et que le Père Est en Lui, alors même qu’ils sont toujours en face à face…

Le talent de St Jean est tel qu’il n’a besoin que de quelques mots pour exprimer ce Mystère de Communion du Père et du Fils, bien distincts l’un de l’autre, mais dans l’unité d’un même Esprit (cf Ep 4,3) : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10,30). En français, nous avons deux genres : le masculin et le féminin. En grec, il en existe trois : le masculin, le féminin et le neutre. Le masculin renvoie à des personnes de sexe masculin, avec énormément d’exceptions… Le féminin renvoie à des personnes de sexe féminin, avec énormément d’exceptions… Le neutre renvoie au domaine des choses, des réalités non personnifiées, avec énormément d’exceptions… Et en Jn 10,30, pour écrire « un », St Jean n’a pas utilisé le masculin, ce qui aurait voulu dire que le Père et le Fils n’auraient en fait été qu’une seule et même Personne, mais un neutre qui renvoie donc à une réalité non personnifiée, ici, ce que sont le Père et le Fils de toute éternité : « Amour » (1Jn 4,8.16), « Esprit » (Jn 4,24), « Lumière » (1Jn 1,5). Le Père et le Fils sont « un » en tant qu’ils sont unis l’un à l’autre dans la Communion d’un même Esprit, d’une même Lumière, d’un même Amour, en un mot d’une même Plénitude divine d’Être et de Vie, le Père la donnant au Fils de toute éternité, le Fils la recevant du Père de toute éternité…

Ainsi, le Père et le Fils sont bien l’un en face de l’autre, l’un auprès de l’autre, l’un avec l’autre, bien distincts l’un de l’autre, et pourtant, ils sont unis au niveau de leur Être même dans la communion d’une même Plénitude spirituelle (« Dieu est Esprit » (Jn 4,24), le Père la donnant au Fils, gratuitement, par Amour, l’engendrant ainsi en Fils, le Fils la recevant gratuitement du Père, dans l’Amour. La relation qui existe ainsi entre les deux est vitale, existentielle, le Fils n’étant rien sans le Père…

Alors, si, à un instant du temps, le Fils a assumé notre nature humaine, « corps, âme et esprit » (1Th 5,23), son esprit d’homme était pleinement uni à sa Plénitude spirituelle éternelle, mais cette réalité, invisible par nature à nos yeux de chair, ne se laisse percevoir qu’au regard du cœur, au regard de la foi… Et bien sûr, là où est le Fils, là est le Père, avec lui, auprès de lui, uni à lui dans la communion d’un même Esprit… Ainsi, « celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille mais celui qui m’a envoyé »…

D. Jacques Fournier

 

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