7ième Dimanche du Temps Ordinaire (Luc 6, 27-38) : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Francis Cousin)

 

« Aimez-vous les uns les autres

comme je vous ai aimés. »

 

On pourrait être surpris que je mette en exergue cette phrase, alors qu’elle ne fait pas partie du texte de l’évangile de ce jour. Mais en fait, c’est elle qui sous-tend tout le discours de Jésus.

L’amour dont Jésus a aimé ses disciples (et les autres), est le même que celui dont le Père l’aime depuis toujours, et cet amour c’est l’Esprit Saint.

Cet Esprit Saint, nous l’avons reçu à notre baptême puis à notre confirmation, et c’est lui qui devrait nous donner la force d’aimer comme Jésus nous a aimé. Je dis ’’devrait’’, non pas que je doute des capacités de l’Esprit Saint qui peut tout nous faire faire … si nous acceptons de le laisser faire en nous … et bien souvent nous ne le laissons pas faire, pour toutes sortes de raisons que nous pensons justes et raisonnables, mais qui sont en fait liées à notre égoïsme. Saint Paul le disait déjà : « Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. » (Ga 5,25).

Il est vrai que l’évangile de ce jour, on a du mal à l’entendre, parce que tout ce que Jésus dit nous paraît, à nous qui sommes humains, donc pécheurs, totalement utopique : ‘aimer ses ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, souhaiter du bien à ceux qui nous maudissent, prier pour ceux qui nous calomnient, …’, c’est contraire à la réaction humaine de base, parce qu’il y a des personnes qui me sont antipathiques et que je suis antipathique à d’autres, parce que l’on peut envier l’un ou l’autre et être envié, parce qu’on peut avoir des opinions politiques, sociétales, morales différentes, voire opposées. Toutes réactions qui font qu’il est difficile d’avoir un regard d’amour sur tous, de vouloir le bien de tous … et de porter toutes ces personnes que l’on pense différentes de nous dans la prière … sans essayer de voir le bien qui existe en eux, car il y a du bien dans chaque humain.

Et c’est vrai (C’est humain dit-on !) qu’on préfère aimer ceux qui nous aime, avoir des relations avec ceux avec qui on s’entend … mais Jésus nous dit bien : « Même les pécheurs en font autant ».

Ce qui pourrait laisser supposer que, pour Jésus, nous ne sommes pas pécheurs. Mais Jésus sait bien ce que nous valons, et que nous sommes aussi pécheurs. Sans doute faut-il l’entendre comme : « Même ceux que vous considérez comme des pécheurs en font autant ».

Mais qui sommes-nous pour juger si un tel ou un tel est un pécheur ? Seul Dieu peut juger … Mais avouez que nous n’arrêtons pas de juger, de mettre dans des cases, de vouloir séparer le bon grain de l’ivraie (on nous mettant bien sûr dans la partie ‘bon grain’ !). C’est pourquoi Jésus dit plus loin : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ».

Jésus est ambitieux pour nous. Il place la barre très haut. Il est vrai qu’il a dit aussi : « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5,48), mais on prend souvent cette phrase comme un but que nous propose Jésus, que l’on essaye d’atteindre tout en sachant qu’on n’y arrivera pas avant de mourir. (‘La perfection n’est pas de ce monde’ … ! Est-ce si sûr ?)

Tout ce discours de Jésus est comme une mise en application pratique des béatitudes que l’on trouve en Matthieu. Mais ici, c’est plus percutant, plus parlant, parce que plus dérangeant … mais peut-être aussi moins audible !

Ce discours ne s’adresse à tout le monde : dès le début, Jésus précise : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez. », il s’adresse à ses disciples, ceux qui le suivent. Et tout ce qu’il dit est comme les croix que nous devons porter pour le suivre … mais ce n’est pas facile !

Retenons deux phrases dans ce discours :

  • « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. »

C’est une phrase que l’on connaissait déjà dans sa version négative : « Ce que vous ne voulez pas que les autres fassent pour vous, ne le faites pas pour eux. ». C’était déjà restrictif, cela empêchait de faire pour les autres un certain nombre de choses mauvaises.

Mais ici, c’est encore plus difficile à faire, parce que cela nous demande de faire aux autres ce qu’on aimerait qu’ils nous fassent, des choses positives, alors que ceux-ci n’ont pas encore eu l’idée de le faire aux autres. Ce n’est plus refuser de faire le mal, mais c’est de faire le bien sans savoir si les autres sont prêts à le faire envers nous.

A priori, on serait d’accord … si on pense à ceux qu’on aime. Mais si on pense que cela s’adresse aussi à ceux qu’on n’aime pas, alors cela devient plus difficile, car c’est donner du bien avant de recevoir … sans savoir s’il y aura jamais une ‘réponse’ positive de la part de l’autre. Et généralement, on n’est pas prêt à cela !

  • « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.»

Cela nous rappelle ce sur quoi nous avons réfléchi il y a trois ans, avec les quatorze œuvres de miséricorde, corporelles ou spirituelles, qui sont à mettre en lien avec la parabole du jugement dernier (Mt 25,31.46) et ses deux fins : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » et « chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. »

Amour dans la première phrase, miséricorde dans la seconde …

Les deux sont indiscutablement liés : l’amour entraine la miséricorde, et la miséricorde, le pardon, est la plus parfaite manifestation de l’amour. Mais l’amour est toujours premier, et le premier à le mettre en œuvre est toujours Dieu.

Alors on comprend l’interrogation de Benoît XVI posée aux jeunes de la 20° JMJ : « Qu’est-ce qui pourrait bien nous sauver, sinon l’amour ? »

Seigneur Jésus,

Tu nous demandes vraiment

 des choses impossibles à nous les humains !

Enfin, pas vraiment.

Si on se laisse conduire par l’Esprit Saint

que le Père et toi nous envoient,

tout devient possible,

… si nous le voulons !

 

Francis Cousin

 

 

 

 

Pour télécharger la prière illustrée  , cliquer sur le titre suivant:

Prière dim ord C 7° A6

 




7ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Lc 6,27-38)

« Aimez vos ennemis »

En ce temps-là, Jésus déclarait à ses disciples : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent.
Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.
À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique.
Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas.
Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux.
Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.
Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant.
Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent.
Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants.
Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés.
Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »

            Voilà certainement une des pages les plus folles de l’Evangile. Elle nous entraîne tout en même temps au cœur de Dieu et au cœur de nos incapacités. Et le pont entre les deux devrait être notre foi qui, petit à petit, devrait nous permettre de poser des actes que nous n’aurions jamais accomplis par nous‑mêmes… Et pour avancer sur ce chemin si déconcertant, nous pouvons prendre le Christ comme exemple… Tout ce qu’il nous demande est en effet révélation indirecte de ce qu’il fait déjà…

            Jésus a tout d’abord une confiance totale en son Père. Il sait qu’Il est là, avec lui ; il veille sur lui et lui donne instant après instant, jour après jour, par les uns et par les autres, tout ce dont il a besoin… Et Jésus cherchera à nous introduire dans le mystère de cette confiance : « Ne vous tourmentez pas de ce que vous mangerez ou boirez… Votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît »… C’est à la lumière de cette certitude de foi que Jésus peut nous demander de donner à quiconque nous demande, de prêter sans rien attendre en retour, de laisser prendre notre tunique par celui qui nous a déjà pris notre manteau… Folie de foi…

            Et il est tout aussi humainement fou « d’aimer nos ennemis, de faire du bien à ceux qui nous haïssent »… Et pourtant, Dieu est ainsi… Avec son Fils et par son Fils, il s’est laissé insulter, mépriser, frapper, dépouiller, crucifier… Sans un mot, il a pris sur lui tout ce mal, et il l’a offert pour la guérison de ceux-là mêmes qui justement lui faisaient du mal… « C’étaient nos péchés qu’il portait dans son corps, sur le bois, afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris »…

            « Dieu est Amour », « et l’Amour avec lequel Dieu nous aime a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » au jour de notre baptême. C’est en s’appuyant sur cet Esprit de continuelle Bienveillance que nous sommes invités, petit à petit, à grandir dans cette folie de Dieu qui « Lui, est bon, pour les ingrats et les méchants »… DJF




6ième Dimanche du Temps Ordinaire (Luc 6, 17.20-26) : « Réjouissez-vous, tressaillez de joie. » (Francis Cousin)

« Réjouissez-vous, tressaillez de joie. »

« Jésus descendit de la montagne avec ses disciples et s’arrêta sur un terrain plat. ». Il avait passé toute la nuit à prier, et au lever du jour, il avait choisi parmi ses disciples ceux qu’il appela apôtres. Comme souvent dans saint Luc, avant toutes choses importantes qu’il va faire, Jésus prie son Père. Comme Moïse qui descend du Sinaï pour annoncer au peuple hébreux les dix paroles de Dieu, Jésus descend de la montagne pour donner à ses disciples sa ‘nouvelle’ loi qui accomplit celle de Moïse : les Béatitudes.

Une foule nombreuse l’attend. Pas seulement des disciples (qui sont sans doute des Galiléens), mais aussi d’autres qui viennent de Judée et de Jérusalem, des juifs donc, mais aussi des régions de Tyr et de Sidon, des non-juifs, des païens. Luc montre par-là que le discours qui va suivre ne concerne pas seulement les juifs, mais tous ceux qui sont prêts à suivre Jésus, que ce soit à cette époque, mais aussi maintenant.

Jésus lève les yeux sur ceux qui sont là ; il regarde les gens, c’est un discours face-à-face, franc, important, qu’il va faire. Pas un discours en ‘foutant’, sans regarder qui que ce soit.

Et il commence son discours, son enseignement : « Heureux … Malheur pour vous … ». Moins connues que celles de saint Matthieu, et moins nombreuses … et présentées différemment.

Ceci peut nous choquer, avec ses quatre béatitudes, mais aussi en opposé pour chacune d’elles ses quatre « malheur pour vous » …

Dieu veut le bonheur de tous, et c’est sa raison d’être. Alors pourquoi ces incantations de malheur ? Dieu ou Jésus mentirait-il ? Certainement pas. Il n’y a pas de contradictions dans le discours de Jésus. En aucune manière Jésus ne demande la malédiction sur les riches, les repus … Il ne fait que constater des situations … et certainement il s’en désole … Il en parle d’ailleurs à d’autres endroits de son évangile : « il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » (Mt 19,24). Mais aussi : « il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » (Lc 15,7).

La lecture seule de l’évangile risque de nous faire comprendre de manière trop restrictive le message de Jésus. Il faut lire ce texte avec l’ensemble des textes de ce jour.

La première lecture nous donne déjà une première clef de compréhension, avec elle aussi une opposition : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. », mais « Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance (…) il ne manque pas de porter du fruit. ». L’important n’est pas d’avoir une vision de l’homme dans le monde, mais d’avoir une vision transcendante de l’homme en lien avec Dieu. Vision confortée par le psaume : « Heureux est l’homme qui (…) se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! ».

La deuxième lecture nous donne une autre clef : notre résurrection en lien avec la résurrection de Jésus : « si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur » et plus loin « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. ».

Notre vie ne se termine pas avec la mort terrestre, mais elle continue avec la Vie Éternelle.

Un exemple nous est donné par Jésus avec la parabole du ‘mauvais riche’ et de Lazare : le riche avait vécu sa vie en ne pensant qu’à lui ; mais quand Lazare et lui moururent, c’est là qu’il se rendit compte de la présence de Lazare : « Au séjour des morts, le riche était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. » (Lc 16,23) Le riche avait eu sa consolation sur terre, mais le pauvre Lazare était reçu dans le royaume de Dieu.

Que retenir pour nous ?

C’est très simple et très facile à dire … mais beaucoup plus difficile à mettre en œuvre : croire en la résurrection de Jésus, qui ouvre la porte à notre propre résurrection, à la Vie Éternelle, et ensuite être toujours en lien avec Dieu et faire sa volonté. Ce qui n’est pas toujours facile, et peut nous exposer à des remarques acerbes ou plus de la part de certains. Mais alors « ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ».

Et si on le dit en latin, on pourrait traduire : « Gaudete et exsultate », qui est aussi le titre de la dernière exhortation apostolique du pape François sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel.

Et nous sommes tous appelés à devenir saints (cf Lumen Gentium n° 11).

Terminons avec la fin du cantique des créatures de saint François d’Assise qui nous invite à la même chose :

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur notre mort corporelle,

à laquelle nul homme vivant ne peut échapper.

Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels.

Heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés,

car la seconde mort ne leur fera pas mal.

Louez et bénissez mon Seigneur,

et rendez-lui grâce et servez-le avec grande humilité.

Seigneur Jésus,

Tu nous veux tous heureux,

mais tu nous préviens :

si nous nous éloignons de toi,

si nous sommes égoïstes,

nous risquons de ne pas être accueillis

dans la Vie Éternelle avec toi.

 

Francis Cousin

 

 

 

 

Pour télécharger la prière illustrée  , cliquer sur le titre suivant:

Prière dim ord C 6° A6

 




6ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Béatitudes

Lc 8, 17-26

Jamais, mes frères, la lecture des Béatitudes ne m’a laissé indifférent ! Elle joue même, pour moi, un rôle de révulsif car elles nous annoncent exactement le contraire de ce que le monde nous recommande. Prenez le contraire de cette lecture et vous aurez le portrait de la mentalité du citoyen-moyen de notre époque : ce qu’il pense, avec ses projets, ses désirs, ses phobies et ses ambitions.

Faisons l’expérience, inversons les Béatitudes et nous aurons ceci :  

« Heureux vous qui vous vous amusez, vous qui riez, vous qui prenez du bon temps : profitez-en ! »   

« Heureux êtes-vous si les hommes vous respectent et sont pleins de déférence à votre égard !

Mais :

« Malheureux si vous pleurez ! Malheureux si l’on dit du mal de vous, vous serez méprisés. Vous êtes des faibles et le monde au lieu d’avoir pitié de vous, vous écrasera ! »

C’est bien ce que nous entendons tous les jours à la radio, dans les réflexions de nos voisins, dans les slogans de publicité.

Or, le Christ aujourd’hui, ose nous dire le contraire : il prend le contre-pied de ce que dit “tout le monde”. Il s’élève contre les idées reçues. Bref, il nous présente un monde à l’envers.

Pour lui, oui, c’est le pauvre : celui qui a faim, celui qui pleure, celui qui est méprisé, c’est celui-là qui est heureux, alors que le riche, le satisfait, le fêtard, l’homme respecté serait le dernier des derniers.

Les Béatitudes, c’est l’inverse des valeurs mondaines, c’est le contraire de ce que tout le monde pense.

A tel point, que, si elles ne produisent pas un choc chez celui qui les entend, c’est :    

– ou bien qu’il n’a pas écouté

– ou bien qu’il est réellement vacciné à la Parole de Dieu, que cette dernière n’a plus aucun effet sur lui

– ou bien que l’on prend les paroles du Christ pour celles d’un révolutionnaire utopique et rêveur qui n’a aucune chance de recruter des disciples.   

Posons aujourd’hui la question dans un monde qui a de plus en plus soif de bonheur, qui veut devenir heureux : est-ce le riche, le satisfait, le joyeux drille, l’homme arrivé que chacun salue ou bien le pauvre, l’insatisfait, l’homme accablé par les échecs, celui que l’on méprise parce que c’est un raté de la vie ?

Pour le Christ, pas d’hésitation : ce sont ceux-là, ces derniers, ces ratés à qui le bonheur est promis et non pas aux autres.

Réfléchissons quelques instants, voulez-vous, sur ce curieux bonheur des gens malheureux et à la fin de cette réflexion, peut-être pourrons-nous rejoindre la pensée du Christ en concluant que le vrai bonheur n’est peut-être pas ce que l’on dit ou ce que l’on croit ou ce que l’on voit.

Attention, nous dit Jésus. Aujourd’hui, il y a bonheur et bonheur, tout comme il y a le paradis et les paradis artificiels.

 A quel niveau le situons-nous, ce bonheur ?

Sommes-nous exigeants sur la qualité ou nous contentons-nous d’un bonheur de pacotille ? Un peu comme dans ces bals ou carnavals  où  les  chapeaux, les  masques, les  cotillons  et  les  serpentins ne sont que du carton et du papier avec du clinquant de bazar qui ne fait illusion que quelques heures et qui le lendemain de la fête gisent lamentablement sur le sol et la poussière en attendant le coup de balai.

Parce que Jésus nous aime, il désire pour nous autre chose que les accessoires : il exige pour nous l’essentiel, le définitif, le vrai, l’inusable, ce qui ne se dévalue pas. Bref, en un mot : l’éternel et non le temporel ! En regardant le monde dans lequel il a vécu et dans lequel nous vivons, Jésus constate un fait. Quel fait ? C’est que ceux qui ont tout : l’argent, le confort, la réputation, ceux qui sont satisfaits par ce qu’ils sont, parce qu’ils ont et par ce monde tel qu’il est, ceux qui n’ont plus soif ni faim de rien d’autre : ceux-là n’ont donc rien à attendre, plus rien à aimer, plus rien à espérer, plus rien à désirer, plus rien à bâtir et à créer. Ils sont arrivés, “parvenus“. Ces pauvres bonheurs leur suffisent. Ils sont contents avec ça et ils n’ont plus qu’à se refermer sur eux-mêmes, qu’à dormir et qu’à mourir…

Aux yeux de Jésus, le bonheur consiste au contraire à créer, à bâtir, à vivre dans l’espérance active d’un monde meilleur, à s’engager pour changer ce monde ci et le recréer.

Le bonheur, il est dans la croissance, dans le désir, dans l’insatisfaction, dans la soif jamais désaltérée. Il est dans la communication avec les autres, dans le don de soi-même aux autres ; Il est dans l’amour.

Le bonheur, c’est se dépasser, d’aller toujours au-delà…

Alors, oui, soyez heureux, vous qui ne courez pas après des kits-ersatz de bonheur mais qui aspirez à un monde tout autre !

Soyez heureux, vous qui avez faim et soif d’autre chose, vous ne serez jamais des satisfaits d’ici-bas !

Soyez heureux, vous qui êtes sensibles au mal et à la souffrance des autres et qui ne pouvez pas vous empêcher de pleurer, de crier, de protester car vos cris sont des cris d’amour qui font écho au cri de Dieu !

Soyez heureux, même si l’on se moque de vous, si l’on vous tourne en dérision, même si l’on vous persécute car vous n’allez pas vous résigner, ni vous écraser, mais marcher vers la vraie vie, vers le Royaume de Dieu !

Ces Béatitudes, mes frères, avez-vous remarqué que c’est le portrait de Jésus lui-même ! Il n’y a même, que le Christ qui les ait réalisées parfaitement. Lui seul a été parfaitement pauvre, né dans une étable, entouré des gens les plus simples, n’ayant rien pour reposer sa tête, mort sur la Croix. Personne n’a su pleurer comme lui avec ceux qui pleurent, prendre sur lui les peines et les souffrances des autres, lui qui ne cessait de guérir, de relever, de réintégrer ceux que la société avait marginalisés.

Quant à sa faim, c’était notre salut : « ma nourriture » répétait-il  volontiers, « c’est  de  faire  la  volonté  de mon Père », « que pas un seul de ses petits ne se perde ». C’était là sa mission et il l’a remplie jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’à être rejeté par les siens et condamné par son peuple jusqu’à la Croix.

Dieu nous appelle à sa suite, même si c’est dur, même si on nous montre du doigt car, voyez-vous, l’Evangile n’est pas neutre. Devant ceux qui souffrent, qui pleurent, qui ont faim, nous non plus  ne pouvons rester neutres. Allons à sa suite et soyons heureux, mais du vrai bonheur !  AMEN




6ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Lc 6,17.20-26)

La Bonne Nouvelle offerte aujourd’hui à notre foi

Jésus descendit de la montagne avec eux et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.
Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.
Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme.
Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.
Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

         Cet Evangile est celui des paradoxes… La pauvreté, en effet, est souvent source de souffrances : impossibilité de se loger, de se nourrir, de se soigner correctement… Et pourtant, à tous ceux et celles qui sont confrontés à de telles épreuves et qui comptent sur lui, Jésus promet le bonheur… Notons que la béatitude est au présent : la vraie joie est offerte dès maintenant, dans la foi et par la foi, au cœur de toutes ces situations qui, pourtant, ne peuvent que générer larmes et plaintes… Et Jésus ose insister par trois fois : « Heureux les pauvres… Heureux ceux qui ont faim… Heureux ceux qui pleurent »…

            Et humainement parlant, quelles sont les vies qui sont si souvent présentées comme des modèles à imiter ? Celui qui, parti de rien, a réussi à devenir milliardaire… Celui dont la table n’est garnie que de mets délicats… Celui qui va de plaisir en plaisir… Pourtant, Jésus se lamente sur tous ceux et celles qui vivent ces situations apparemment si enviables… Et là encore, il ose insister par trois fois : « Malheureux, vous les riches… Malheureux, vous qui êtes repus… Malheureux, vous qui riez »…

            Mais quelqu’un qui parle ainsi est un fou ! « Il a perdu la raison », diront les membres de sa propre famille…

            Jésus sait que son message va à l’encontre de la plus élémentaire sagesse humaine, si celle-ci ne cherche qu’un bonheur immédiat, et donc éphémère… « Tu as un démon » lui diront certains Pharisiens… Et « du moment qu’ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de ses disciples ! » Eux aussi ne pourront qu’être « haïs, repoussés, insultés, rejetés comme méprisables »… Voilà des situations qui, humainement parlant, ne sont guère enviables… Et pourtant, nouveau paradoxe de Jésus : il déclare « heureux » ceux et celles qui vivent tout cela « à cause du Fils de l’Homme »…

            C’est en effet la relation de cœur avec lui qui apporte la seule vraie joie : celle de Dieu lui-même, celle pour laquelle nous avons tous été créés, celle que nous sommes tous invités à recevoir de sa bonté… Et cette joie est donnée avec d’autant plus d’intensité que nous pouvons connaître ici-bas des situations difficiles, injustes, inhumaines… Paradoxe de la Croix que Dieu porte avec nous en nous comblant de toutes les richesses de ses consolations…              DJF




5ième Dimanche du Temps Ordinaire (Luc 5,1-11) : « Avance au large. » (Francis Cousin)

« Avance au large. »

Les trois textes de ce dimanche nous parlent de la mission, ou de l’envoi en mission. La mission qui est justement le thème d’année de notre diocèse : « La vie est mission ! ».

Le prophète Isaïe « vit le Seigneur » dans le temple et c’est là qu’il se rendit compte qu’il n’était qu’un « homme aux lèvres impures », un pécheur, et après avoir été purifié par le charbon brûlant, il entendit l’appel du Seigneur : « Me voici, envoie-moi ! ».

Pierre, après la pèche, se rend compte de sa petitesse devant Jésus : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. ». Il entend l’appel de Jésus avec ses camarades, « et ils le suivirent ».

Paul aussi, lors de sa ’’rencontre’’ avec Jésus, est tourneboulé. Il change de vie et devient apôtre du Christ : « Je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée : cet Évangile, vous l’avez reçu. ».

Tout mission part d’une rencontre avec Dieu, avec Jésus … et de l’accueil qu’on lui réserve.

Pour Pierre – que Luc appelle de son vrai nom, Simon -, il avait accepté de prendre Jésus sur sa barque pour qu’il puisse parler à la foule. Chacun sait que la voix porte mieux sur l’eau, et cela permettait à Jésus de s’adresser à tous sans devoir crier. Mais pourquoi Jésus choisit-il la barque de Simon, puisqu’il y avait deux barques ? Sans doute parce qu’il avait déjà dans l’idée de faire de lui le responsable de son Église. On remarquera d’ailleurs que Luc, pour laisser à Pierre toute son importance dans le récit, ne parle jamais de son compagnon (ou ses compagnons : « et tous ceux qui étaient avec lui » … ; Peut-être André son frère, et d’autres ouvriers ?). Luc ne parle que de Pierre, Jacques et Jean … les trois apôtres qui étaient avec Jésus dans les moments importants.

Sans doute Pierre attendait-il la fin du discours de Jésus pour pouvoir rentrer chez lui, après toute cette nuit, infructueuse, de travail …

Mais Jésus lui dit : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pèche. ». Certainement impressionné par les paroles de Jésus, après avoir dit qu’il connait son métier, il ajoute : « Sur ta parole, je vais jeter les filets. ». (On remarquera l’utilisation des singuliers et des pluriels pour montrer l’importance accordée à Pierre).

Et c’est le miracle : il y a tellement de poissons qu’il fait faire appel à l’autre barque … et que les deux s’enfonçaient …

A la réaction de Pierre, « Éloigne-toi de moi… », Jésus fait l’inverse, il lui propose une mission : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

Avance au large Cette parole est-elle seulement valable du temps de Jésus : « En ce temps-là » ? Certainement pas ! Et saint Jean-Paul II nous le prouve en commençant sa lettre apostolique Novo millennio ineunte par cette référence : « Au début du nouveau millénaire, alors que s’achève le grand Jubilé au cours duquel nous avons célébré les deux mille ans écoulés depuis la naissance de Jésus et que s’ouvre pour l’Église une nouvelle étape de son chemin, dans notre cœur résonnent à nouveau les paroles par lesquelles Jésus, après avoir de la barque de Simon parlé aux foules, invita l’Apôtre à « avancer au large » pour pêcher: « Duc in altum » (Lc 5,4). Pierre et ses premiers compagnons firent confiance à la parole du Christ et jetèrent leurs filets. « Et l’ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons » (Lc 5,6).

Duc in altum ! Cette parole résonne aujourd’hui pour nous et elle nous invite à faire mémoire avec gratitude du passé, à vivre avec passion le présent, à nous ouvrir avec confiance à l’avenir : « Jésus Christ est le même, hier et aujourd’hui, il le sera à jamais » (He 13,8). » (NMI n°1).

Quelle est notre mission ? À chacun de voir, dans son cœur, la mission que Dieu, Jésus lui confie.

Cela veut dire qu’il faut rencontrer Dieu ou Jésus, comme Isaïe, Pierre ou Paul …

Bien sûr qu’on le rencontre : dans la prière, dans la communion, dans l’adoration … On lui parle, on lui demande des choses pour soi, pour les autres, … mais est-ce que nous lui laissons le temps de nous parler … et est-ce que nous sommes prêts à l’écouter ? À le suivre ? Est-ce, finalement, une vraie rencontre ?

Est-ce que nous sommes prêts à quitter notre rivage, notre terre ferme, notre ’’chez soi’’, nos pantoufles ou nos savates … pour aller sur la mer, sur l’eau, dans les lieux qui respirent le mal, le Malin, la mort … dans le monde ?

Pas toujours … cela dépend des moments … cela dépend pour quoi faire … On peut trouver toutes sortes de raisons pour ne pas s’engager … en fait pour ne pas vivre en chrétien !

Rappelons-nous encore saint Pierre : quand il marcha sur les eaux, « voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main et le saisit. » (Mt 14,30-31). En cas de problèmes, nous pouvons toujours compter sur Jésus. Il est toujours avec nous.

Et puis il n’est pas le seul. Il y a « les autres barques » que l’on peut appeler pour donner la main, pour aider à tirer le filet … d’autres barques, d’autres chrétiens, … et peut-être aussi des non-chrétiens, des hommes de bonne volonté

Bien souvent, nous voulons tout faire seul, sans aide. Nous sommes beaucoup trop individualistes. D’ailleurs Jésus, quand il parle à Pierre, dit : « Jetez vos filets ». Au pluriel. La mission ne se fait jamais seul, elle doit se faire avec d’autres. N’ayons pas peur de les appeler à l’aide si besoin.

Et puis, quand la mission donne de bons résultats, ne nous trompons pas. Nous avons peut-être fait un petit bout, mais reconnaissons-le avec saint Paul : « À vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi ».

Seigneur Jésus,

À chacun de nous tu dis :

avance au large, jette le filet …

 mais souvent nous n’osons pas quitter la terre ferme,

 là où on se sent bien.

Tu nous invites à l’aventure :

‘Quitte ton pays … va vers le pays que je t’indiquerai’ …

et nous préférerions nos pantoufles ?

 

Francis Cousin

 

 

 

 

Pour télécharger la prière illustrée  , cliquer sur le titre suivant:

Prière dim ord C 5° A6

 




5ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Appelés par le Seigneur

Lc 5, 1-11

« Désormais, je te ferai pêcheur d’hommes ». Telle est la déclaration de Jésus devant Pierre, à genoux aux pieds de Jésus, au milieu de tous ces poissons entassés dans la barque, avec les filets déchirés par la quantité de la prise.

La mer, chez les Juifs, n’a pas bonne réputation. Le peuple hébreu n’a jamais été marin et l’océan, pour eux, même s’il s’agissait d’une bien petite mer, comme celle du lac de Tibériade, signifiait l’inquiétude, le mouvant, l’abîme, la noyade.

La mer était le symbole des puissances mauvaises, le repaire des monstres, si bien que l’apôtre St-Jean, dans son livre de l’Apocalypse, nous décrit le monde merveilleux qui s’accomplira, à la fin des temps, en nous déclarant avec soulagement : « Alors, il n’y aura plus de mer » c’est-à-dire “Les puissances du mal seront définitivement vaincues”. Aussi,  lorsque Jésus déclare à Pierre :

« Désormais, ce ne seront plus des poissons, mais des hommes que tu retireras de la mer », le sens devient plus clair : « Désormais, ce sont des hommes, des femmes, des enfants que tu devras sauver, délivrer du mal, libérer de la mort ».

Nous n’avons pas la même idée de la mer. Il n’y a qu’à voir l’été, les foules qui s’entassent sur les plages, le nombre de planches à voiles et de bateaux, la masse des baigneurs et des skis nautiques. Mais nous savons bien, et les marins pêcheurs plus que d’autres, que la mer reste dangereuse, qu’il y a des noyades, des naufrages, des requins, des tragédies de la mer. Le symbolisme est toujours présent.

Nous aussi, nous voyons toutes sortes de choses qui risquent de nous engloutir et de nous éloigner définitivement de la terre ferme de la foi. En voici quelques exemples.

  • La course à l’argent, le souci d’avoir toujours plus, de gagner toujours plus : n’est-ce-pas la principale préoccupation des gens. On se dit :

” Il faut tenir son rang “,

” Un tel a eu de l’avancement et pas moi “,

” Les voisins ont eu une automobile dernier cri “,

” Ils viennent d’acheter une télévision  à écran plat “,

” Et cette moto que vient d’acquérir le fils de nos amis “,

” Et ce voyage à l’étranger que viennent de faire les cousins “

 et l’on court ainsi vers le ” toujours plus “.

On appelle ça, ” le progrès ” : on s’y noie, on ne pense plus qu’à ça, on fait des heures supplémentaires, on fait travailler sa femme, on se met des crédits et emprunts sur le dos, on n’arrive plus à s’en libérer, à tenir la tête hors de l’eau sans se demander : « Tout cela, qu’est-ce-que le Christ en pense ? »

L’argent, le confort, le bien-être, le matériel n’envahissent-ils pas nos vies comme un raz de marée ? Un tsunami ?

Ils deviennent même le but de notre vie alors que le Christ nous dit : « Ta vie, elle est faite d’abord pour aider les autres, pour vivre en frère avec eux, pour bâtir le Royaume de Dieu qui est aussi le nôtre ». Au lieu de cela, on se noie dans toutes sortes de soucis dont on devient prisonniers.

Jésus dit à Pierre:

« Tu seras  pêcheur  d’hommes » » : tu aideras tes frères à ne pas se noyer dans toutes sortes de préoccupations matérielles dont on  devient  vite  prisonnier. Tu les aideras à se libérer de l’argent qui  n’est  qu’un “moyen  de  vivre” et  non  pas  une ” raison de vivre “.

  • Risques de noyades, pas seulement par l’argent, mais aussi par l’intolérance. Nous devenons de moins en moins tolérants.

Etre tolérant, c’est accepter que d’autres n’aient pas les mêmes idées que nous. Nous n’approuvons pas, mais nous devons respecter les opinions différentes des nôtres. Or, actuellement, une vague d’intolérance submerge nos mentalités. Elle nous rend méprisants, hautains et dédaigneux pour ceux qui ne pensent pas comme nous.

Certes, le combat politique est normal et le pluralisme est une bonne chose. Une confrontation loyale entre des projets divers pour la commune ou pour le pays fait partie d’une règle de conduite chrétienne. Ce qui l’est moins, c’est une lutte à mort entre adversaires où toutes les armes sont bonnes pour dénigrer l’autre et l’abattre, un égoïsme qui nous rend aveugles et sourds aux autres. Oui, nous avons des responsabilités civiques, politiques, communales et Jésus nous dit: « Tu seras pêcheurs d’hommes » c’est-à-dire que tu travailleras à libérer tes frères de toutes leurs chaînes, tout ce qui tend à les engloutir. « Libère-les de l’injustice, de la méchanceté, de la jalousie, de la mesquinerie ».

  • Mais il y a une troisième cause de noyade, pire encore que celle du matérialisme ou celle de l’intolérance, c’est celle de l’indifférence, celle de Pilate qui se lave les mains devant la mort d’un innocent : « Les autres, autour de moi, ça m’est égal, je n’en suis pas chargé », « Je tire mon épingle du jeu »

« Après tout, qu’ils se débrouillent, je n’en suis pas responsable ». Il y a des gens qui sont seuls, d’autres qui sont plongés dans la pauvreté, il y  en  a qui souffrent, qui sont  prêts à se noyer, asphyxiés  qu’ils  sont  par un deuil, une séparation, une addiction, un chômage, une  hostilité,  une  méchanceté.

 

Etre ” pêcheurs d’hommes ” :

– c’est se faire le sauveteur de tous ces hommes en perdition,

– c’est sauver ses frères de toutes ces noyades,

– c’est travailler à les mettre à l’abri de tous ces dangers. Rappelez-vous ces canots, en Méditerranée, où l’équipage au péril de leur vie, va au-devant des immigrés en perdition, pour essayer d’en sauver quelques-uns ; d’ailleurs, quand un bateau est  en  péril, chaque  passager  essaie  de  se  sauver  tout  seul, “chacun pour soi”, alors qu’on devrait, plus encore, se sentir solidaires. C’est ensemble que nous devons nous sauver, nous libérer. « On ne se sauve qu’en essayant de sauver les autres ».

  • Aujourd’hui, Jésus nous dit comme à Pierre : « Je fais de toi un pêcheur d’hommes », je t’embauche pour devenir responsable de tes frères, pour les libérer de leur matérialisme, de leur intolérance, de leur indifférence. « Avance au large », c’est-à-dire : sors de tes petits soucis personnels pour être à l’écoute de ceux qui vivent à côté de toi. Tes petits soucis personnels de confort ou d’argent, c’est si peu de choses à côté des enfants de Calais qui meurent de faim, des prisonniers politiques, des martyrs du Soudan, des milliers de lépreux, des milliers de foyers qui s’entredéchirent, des chômeurs pères de familles qui cherchent un travail, du terrorisme international qui se déchaîne.

Tous, nous devons nous sentir responsables, chacun à notre place. N’oublions pas que lorsque nous paraîtrons devant le Seigneur, ce sera la seule question qui nous sera posée et à laquelle nous aurons à répondre. Le Seigneur nous demandera : « Qu’as-tu fais de ton frère ? » AMEN




5ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Lc 5, 1-11)

Tous appelés à la Vie !

En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.
Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.
Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.
Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »
Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »
Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer.
Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.
À cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »
En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;
et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras.»
Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.

  

           

            « La foule serrait  de près Jésus et écoutait la Parole de Dieu »… « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6,44), dit Jésus. Et comment fait-il ? Par le Don de l’Esprit qui se joint toujours à sa Parole, un Esprit qui est Vie (Ga 5,25), Plénitude de Vie (Ep 5,18) et donc bonheur profond, d’où ce mouvement de foule vers Jésus… « Celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34), et « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63) : « Tu as les Paroles de la vie éternelle », dira un jour Pierre à Jésus (Jn 6,68). Il expérimentait, en la vivant, cette Vie nouvelle, et c’était pour lui, comme ici pour la foule, une joie profonde : « Vous avez accueilli la Parole, parmi bien des souffrances, avec la joie de l’Esprit Saint » (1Th 1,6)…

            Pour pouvoir s’adresser à tous, Jésus monte dans la barque de Pierre et « il le pria de s’éloigner un peu »… Notons au passage comment le Seigneur et Maître s’adresse ici à sa créature : quel respect, quelle délicatesse ! Et toute la suite ne sera qu’un signe que Jésus va donner à Pierre en lui parlant le langage de sa vie quotidienne : l’eau, les filets, la pêche, les poissons… D’habitude, ces derniers remontent du fond du lac la nuit : c’est donc le meilleur moment pour les capturer. Pierre, en pêcheur professionnel, le sait bien… Mais ici, Jésus va donner un sens nouveau à toutes ces réalités si communes… La nuit va symboliser les ténèbres intérieures dans lesquelles le pécheur ne peut que se retrouver en ayant fermé son cœur à ce « Dieu » qui « Est Lumière » (1Jn 1,5). Or, dans les ténèbres, même si l’on a des yeux, on est comme un aveugle : on ne sait pas où l’on va (Jn 12,35), on ne peut rien faire (Jn 15,5). « Nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ». Mais maintenant, ils ont avec eux Jésus « Lumière du monde » (Jn 8,12), Celui-là seul qui, dans le domaine spirituel, peut agir : « La Lumière a brillé dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisies » (Jn 1,5). Avec Lui, « le Dieu qui a dit : « Que des ténèbres resplendisse la lumière », est Celui qui a resplendi dans nos cœurs », par ce Don de l’Esprit qui se joint toujours à sa Parole (Jn 4,24 et 1Jn 1,5), « pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ » (2Co 4,6). Avec le Christ Lumière, les disciples sont dans la Lumière, et c’est donc dans ce « jour » qu’ils vont lancer les filets en obéissant à son invitation : et « la grande multitude de poissons » prise ce jour-là annonce « la grande multitude » de celles et ceux qui accueilleront, grâce à l’action de l’Esprit en eux, la Parole de Lumière et de Vie proclamée plus tard par Pierre et par l’Eglise…                      DJF




4ième Dimanche du Temps Ordinaire (Luc 4, 21-30) : « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » (Francis Cousin)

 « Mais lui, passant au milieu d’eux,

allait son chemin. »

 

Deux remarques que l’on pourrait faire … Entre autres bien sûr …

La première concerne les exemples de l’Écriture que cite Jésus.

Nous n’en sommes qu’au début de sa vie publique (et on n’a pas encore parlé des évènements de Capharnaüm dont il parle …), et les exemples cités par Jésus concernent des étrangers parce que « aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays. ». Il aurait très bien pu ne parler que de « ce qui s’est passé à Capharnaüm », mais non, il parle d’étrangers, de non-juifs …

Et le premier exemple qu’il donne, celui de la veuve « de Sarepta, au pays de Sidon », nous fait penser à l’épisode de la femme de Sidon, une syro-phénicienne, qui demande la guérison de sa fille, et qui se fait répliquer de façon cinglante par Jésus : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » (Mt 15,24). Il faudra la vivacité d’esprit de cette femme pour répondre à Jésus qui lui parle du « pain des enfants jeté aux petits chiens » : « mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » (Mt 15,27). Et jésus loua sa foi et sa fille fut guérie.

Luc est le seul des évangélistes synoptiques à ne pas parler de cet épisode. Il faut dire que Luc est lui-même un étranger, parlant grec, un païen qui semble s’être converti en écoutant saint Paul, l’apôtre des Nations, dont il fut un proche et peut-être son secrétaire. Il sait donc très bien que le développement de la pensée de Jésus, sa Bonne Nouvelle, se fait aussi avec les « païens », et ne veut pas en rajouter.

Ainsi, dès le début de son évangile, l’universalité de la mission de Jésus est annoncée.

Après avoir donné ces deux exemples, « dans la synagogue, tous devinrent furieux ». Tous ces gens sont sûrs d’eux, sûrs de leurs droits. Ce sont tous des gens ’’religieux’’ : la preuve, ils sont tous à la synagogue le jour du sabbat … Dieu a fait alliance avec le peuple juif, il leur a donné la Loi par Moïse (qu’ils respectent à la lettre … !). Ce sont eux qui sont dans le ’’vrai’’ : « Le salut vient des juifs ! » (Jn 4,22), Dieu ne peut pas se préoccuper davantage des étrangers, des non-juifs, que d’eux ! Dieu est avec nous ! (ou ’’Gott mit uns’’, tristement célèbre !) …

Mais leur certitude est basée sur un sentiment de supériorité. Dieu est avec eux … mais eux ne sont pas avec Dieu …

Alors la phrase de Jésus : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » qui sonnait pour eux comme un sacrilège et qui doit être punie, et maintenant la non-reconnaissance de la primauté des juifs pour le Salut, c’en est trop. Ils veulent supprimer Jésus et l’entraînent sur un escarpement pour le tuer, « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. ». On peut penser au Golgotha, un petit escarpement où Jésus mourra … mais là encore, il ‘passa’ son chemin, ressuscitant pour accomplir sa mission …

Un chemin d’amour, de compassion, de pardon. Un chemin pour aller toujours plus avant, vers la perfection …

Alors, nous, on peut réfléchir sur notre manière d’être chrétien.

Quel est le chemin que nous prenons ?

Celui des juifs de Nazareth ? Le chemin de nos suffisances, de nos certitudes, de notre faire-valoir, de notre argent … qui ressemble davantage à un rond-point où on ne cesse de tourner en rond parce qu’on ne sait pas quel chemin prendre, parce qu’on n’a pas de but (on se sent bien, on a tout ce qu’il nous faut …) ? ou sinon revenir en arrière, d’où l’on vient … s’appuyer sur le passé … comme l’on fait les juifs de Nazareth ?

Ou on peut prendre le chemin que nos propose Jésus … avec ses écueils, ses doutes … mais avec la certitude que nous avançons vers lui, qu’il est avec nous, et que nous sommes avec lui … ?

Un chemin où on ne sait pas toujours où il nous emmène … mais qu’importe … puisque Dieu est avec nous, tout est possible, … il nous aidera à dépasser nos croix et à avancer sur ce chemin qui mène vers lui, sur ce chemin de sainteté

Seigneur Jésus,

face à la foule en furie

qui ne cherche pas vraiment à savoir qui tu es,

une seule chose te préoccupe :

remplir la mission que t’a confiée ton Père.

 Alors tu vas ton chemin,

le chemin que tu nous invites à prendre à ta suite.

Francis Cousin

 

 

 

 

Pour télécharger la prière illustrée  , cliquer sur le titre suivant:

Prière dim ord C 4° A6

 




4ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Lc 4,21-30)

L’Esprit Saint rend témoignage à Jésus 

En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d’Isaïe, Jésus déclara : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »
Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même”, et me dire : “Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !” »
Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.
En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère.
Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. »
À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux.
Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

 

  

            « Dieu est Amour », nous dit St Jean (1Jn 4,8.16), une affirmation valable pour chacune des Trois Personnes divines : le Père, le Fils et l’Esprit Saint…

            Le Père est donc Amour : « Le Père aime le Fils et il a tout donné, il donne tout, en sa main » (Jn 3,35). C’est peut-être de ce verset que Ste Thérèse de Lisieux s’est inspirée lorsqu’elle a écrit : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même », un principe à appliquer pour Dieu au pied de la lettre… Le Père est Lumière ? Il aime le Fils et lui donne tout : « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15). Le Fils sera donc lui aussi « Lumière » en tant qu’il est « Lumière né de la Lumière », et cela « avant tous les siècles »…

            Mais si « Dieu est Amour » et si le Fils est « vrai Dieu né du vrai Dieu », il sera donc lui aussi Amour. Sur la base de ce Don qu’il reçoit du Père, il va donc aimer, et « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même »… Le Père aime, il se donne, il engendre le Fils… Le Fils unique-engendré aime, il se donne et du Don du Père et du Fils « procède » « l’Esprit Saint qui est Seigneur » et qui « reçoit même adoration et même gloire » comme nous le confessons dans notre Crédo. Le Fils est « de même nature que le Père » en tant qu’il se reçoit du Père depuis toujours et pour toujours ? Il en sera de même de « l’Esprit Saint » en tant qu’il se reçoit, Lui, du Père et du Fils depuis toujours et pour toujours…

            Mais si « Dieu est Amour », l’Esprit Saint lui aussi est « Amour », et « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». L’Esprit Saint Personne divine est donc tout entier Don de Lui-même, de ce qu’il est en Lui-même. Or, « Dieu est Esprit », nous dit Jésus (Jn 4,42), et « Dieu est Saint » (Lv 11,44). Notons ici, à la différence du nom propre « Esprit Saint » qui désigne une Personne divine unique, que les deux mots « Esprit » et « Saint » sont employés en tant que nom commun et adjectif pour nous dire ce que Dieu est en lui-même : sa nature divine… « L’Esprit Saint » Personne divine donne donc « l’Esprit Saint » nature divine… « L’Esprit Saint se cache derrière ses dons » (P. Y. Congar).

            Telle est toute l’œuvre de « l’Esprit Saint » Personne divine. Et c’est ainsi qu’il rend témoignage à Jésus. Le Fils nous parle de la Vie éternelle ? Au même moment, l’Esprit Saint nous donne cette Vie éternelle en nous communiquant « l’Esprit » nature divine, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)… Quiconque ouvre son cœur à Jésus et à sa Parole, ne pourra donc qu’accueillir au même moment cet Esprit qui est Vie… Voilà ce qu’ont vécu ici les auditeurs de Jésus, et plus tard St Pierre : « Tu as les Paroles de la vie éternelle »…