25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Marc 9, 30-37)

« Si quelqu’un veut être le premier… »

 La semaine dernière, après la première annonce de la Passion, après l’intervention de Pierre, Jésus donnait trois ’’conseils’’ pour être disciples : renoncer à soi- même, prendre sa croix, et le suivre.

Cette semaine, pour la deuxième annonce de la Passion, il n’y a pas d’intervention des disciples, mais Jésus avait bien senti que derrière lui, la discussion entre eux était animée et que des désaccords se faisaient jour. Alors, arrivés à Capharnaüm, Jésus pose la question : « De quoi discutiez-vous en chemin ? ». Silence gêné. Personne ne parle.

Jésus appelle les douze, les apôtres. Il s’assoit, comme un maître qui enseigne, car il veut délivrer un enseignement, non pas à tous ceux qui le suivent, mais à ceux qu’il a choisis pour devenir ses témoins après sa résurrection, ceux qui vont le suivre jusqu’à Jérusalem. Donc un enseignement important pour les hommes que Jésus veut associer à sa mission : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. ».

En disant cela, Jésus parle pour les apôtres ; et en même temps il parle de lui-même, de la manière dont il va vivre sa Passion, « objet de mépris, abandonné des hommes… et nous l’avons méprisé, compté pour rien » (Is 53,3).

Si on compare ces deux premières annonces, on voit bien des similitudes dans les ’’conseils’’.

Se mettre à la ’’dernière place’’ est une autre manière de dire ’’renoncer à soi-même’’.

’’Être serviteur’’ est souvent vu pour nous comme une manière de ’’porter des croix’’.

L’enseignement est le même, mais dit sous une forme différente. Jésus est sans doute le précurseur de la ’’pédagogie en spirale’’.

Mais il y avait trois conseils dans la première annonce. Qu’en est-il de ce troisième conseil de suivre Jésus ?

pour la deuxième annonce, Jésus va utiliser un artifice en amenant un enfant au milieu des douze :

« Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

Accueillir un enfant, c’est accueillir Jésus, c’est accueillir le Père. Or accueillir Jésus, c’est se mettre à sa suite.

Les trois ’’conseils’’ sont donc similaires.

De plus, à l’époque de Jésus, on ne faisait pas tellement un compte avec les enfants, surtout les hommes, tant qu’ils n’étaient pas en âge de travailler. Ils étaient donc laissés à eux-mêmes. Alors, pour les apôtres (et tous les hommes), accueillir un enfant était déjà une forme de renoncement à son statut, une manière d’être serviteur.

Mais cette dernière parole de Jésus ne doit pas être comprise pour nous comme une attention à porter aux enfants, mais à tous ceux qui sont ’’petits’’ : les faibles, les malades, ceux qui sont dans le besoin, quel que soit ce besoin.

Accueillir un ’’petit’’, c’est se mettre à la suite de Jésus, concrètement. A l’inverse, ne pas accueillir un ’’petit’’, c’est ne pas suivre Jésus … Et malheureusement, cela nous arrive souvent de ne pas faire un compte avec un ’’petit’’, et donc avec Jésus, sans que nous en ayons vraiment conscience …

Seigneur Jésus,

Comme presque tous les humains,

nous voulons toujours être le meilleur,

nous montrer sous notre meilleur jour …

et toi, tu nous dis de devenir le plus humble,

de nous mettre au service des autres …

et surtout des plus faibles.

Car c’est toi qui es présent en eux.

Francis Cousin

Pour accéder à cette prière et à son illustration cliquer sur le titre suivant : Prière dim ord A 16° A6

 




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Qui est le plus grand ?

Mc 9, 30-37

 

Pour la deuxième fois, mes frères, Jésus annonce sa Passion et sa Résurrection. Dimanche dernier déjà, il l’avait dit bien haut aux disciples et Pierre s’était rebiffé : « Seigneur, à Dieu ne plaise ».

 

Jésus, voyant que ses disciples ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre : ils sont encore dans l’euphorie des miracles et des succès de Jésus et ne veulent pas entendre parler de difficultés, encore moins d’échecs… aussi Jésus insiste-t-il : « Le Fils de l’homme sera livré, ils le tueront et trois jours après sa mort, il ressuscitera ».

Toutes ces mauvaises futures nouvelles gênent les apôtres : « Ils ne comprennent pas ces paroles (souvent on ne comprend que ce que l’on veut bien comprendre) et ils avaient peur de l’interroger ». Quand on a peur de savoir la vérité, on n’ose pas poser de questions.

Ces apôtres sont tellement peu dans la perspective de la Passion que, sur la route, (Jésus est devant eux, et eux discutent derrière), non seulement ils ne discutent pas de la Passion du Christ, mais déjà ils s’attribuent les places dans la cour d’un Jésus triomphant. C’est à qui sera le plus grand, et à qui s’attribuera le plus de pouvoir : « Moi, je serai le 1er ministre, doit dire en substance Pierre ; et moi ministre des finances, assure Judas. Moi, je serai son secrétaire particulier, interrompt St-Jean ; et moi ministre du budget, dit Matthieu, l’ancien percepteur ».

Et les altercations s’élèvent. Les différents points de vue s’affrontent et Jésus, qui marche toujours devant, écoute, ne dit rien. Bientôt, ils arrivent à la maison, à Capharnaüm (vraisemblablement la maison de Pierre).

« De quoi discutiez-vous sur le chemin? », leur demande Jésus. Les apôtres ont tellement bien compris que leurs soucis n’étaient pas ceux du Christ qu’ils se taisent comme des enfants pris en faute.

Le Seigneur alors va prendre exactement le contre-pied de leur ambition : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».

C’est le monde à l’envers : être le dernier, c’est sentir le regard de mépris de tous ceux qui sont au-dessus de soi.

Etre le serviteur, c’est se faire le plus petit, se mettre au plus bas de l’échelle sociale.

Nous avons tous notre honneur, nos ambitions, notre rang à tenir, notre dignité à faire respecter, notre personnalité à affirmer et chacun, dans notre société, réclame ses droits d’où la multiplication de ces défilés, de ces manifestations, de ces revendications, du plus haut au plus bas de l’échelle sociale : « Avoir plus », « être plus », « avoir sa place au soleil », « être considéré », comme on dit dans le lyonnais.

Les paroles de Jésus sont à ce point choquantes qu’il craint à juste titre de ne pas se faire assez comprendre. Dans ce cas, il illustre, par un geste, son enseignement : il place un enfant au milieu d’eux.

L’enfant, dans ce temps-là, n’était pas le modèle de la simplicité ou de l’innocence, mais plutôt de l’insignifiance. Il est le type de celui qui n’a pas d’importance, qui ne compte pas, qui n’a pas de place dans le monde social, dont l’avis est négligeable, et cet enfant, il l’embrasse devant tous ceux qui s’étaient déjà attribués les portefeuilles de la royauté du Messie.

Cet enfant, dépouillé de grandeur, de prestige, c’est Jésus-Christ, c’est Dieu lui-même :

« Si vous l’accueillez, c’est-à-dire si vous tenez compte, non pas de son rang, de son honorabilité ou de son importance, c’est moi que vous accueillez et aussi celui qui m’envoie : Dieu, mon Père ».

Oui, c’est « le monde à l’envers » que nous propose le Christ, c’est un monde qui va à contre-courant de nos mentalités d’arrivistes et de promotion sociale. Non seulement on ne se pousse pas et on ne joue pas des coudes pour essayer de se glisser au 1er rang, mais on fait avancer les autres devant soi, en s’effaçant et en essayant de se mettre à leur disposition, de devenir leur serviteur.

Convenons-en, mes frères, tout cela va à l’encontre de tous nos instincts, de tous nos désirs et nous avons du mal, comme les apôtres, à avaler cela ! Et pourtant, il faut nous rendre à l’évidence, les paroles de Jésus, et plus encore son comportement, nous démontrent que la valeur ne dépend pas du rang, des honneurs, de la considération mais de la pauvreté, du dénuement, de l’insignifiance.

« Cette dernière place que vous fuyez de toute la force de vos vanités, moi, le Christ, je l’ai occupée à Bethléem, à Nazareth, je l’ai occupée à la Passion, rejeté, humilié, bafoué, méprisé, traité même, non plus comme un enfant qu’on écoute, mais dont on sourit, comme un objet sur lequel on crache avant de le clouer sur une Croix ».

 

Cette Croix du Christ qui est sur nos murs, nous rappelle que Jésus, lui, a choisi la dernière place mais nous continuons toujours, comme les disciples, à nous habiller de nos petites vanités, à oublier l’ordre véritable des valeurs. A notre époque, où chaque pays joue à être le plus grand, grâce à son niveau économique, technique, culturel, où les titres sont enviés, aussi bien dans les médailles d’or des sportifs, les oscars des acteurs de cinéma ou les prix Nobel de littérature, qui le Christ a-t-il envoyé pour donner deux messages au monde ?

 

 

Deux petites filles, elles n’avaient pas quinze ans, ni l’une ni l’autre : Bernadette de Lourdes et Thérèse de Lisieux. Deux enfants appartenant à des milieux différents, sinon opposés, mais dont la société ne peut que relever l’insignifiance, mais elles avaient plus à apprendre à notre époque que des experts, des agrégés, des savants ou des leaders de mouvements : deux poids, deux mesures, ceux de Dieu et ceux des hommes. Pour le christianisme, il y a des saints, il n’y a pas de grands hommes…

Seule une conversion, c’est-à-dire un retournement du cœur, peut nous permettre d’accueillir ce « monde à l’envers » qui est celui de l’Evangile et dont St-Paul nous disait qu’il est « folie aux yeux des hommes » mais « sagesse aux yeux de Dieu ».

Frères, devant la crèche, devant la Croix, reprenons nos vraies mesures :

– Avons-nous le sens des petits, des humbles, des faibles ?

– Sont-ils grands à nos yeux de la grandeur du Christ ?

– Notre action fait-elle place à la défense des petits : personnes âgées, travailleurs, sans travail, immigrés, handicapés physiques, mentaux, sociaux ?

– Acceptons-nous nos limites, nos faiblesses ?

– Avons-nous surtout conscience de cette dépendance essentielle à l’égard de celui à qui nous devons tout ?

– Savons-nous nous effacer, recherchant le service discret, anonyme?

– Recherchons-nous cette dernière place, celle du Christ, serviteur de l’Humanité ?

Laissons à Dieu le soin de nous placer lui-même :

c’est beaucoup plus sûr ! AMEN




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 9,30-37)

« La grandeur du serviteur »

(Mc 9,30-37)

 

    En ce temps-là, Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache, car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger.
Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »               Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

     

         Jésus annonce de nouveau sa Passion et sa Résurrection prochaines… Mais dès qu’il parle de résurrection, les disciples ne comprennent pas… Comment est-il possible de revenir de la mort ? « Je vous le dis maintenant, avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez » (Jn 14,29). Et en effet, après le bouleversement provoqué par les évènements de la Passion, « quand il fut relevé d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à la parole qu’il avait dite » (Jn 2,22). Jésus construit donc ici la foi future de ses disciples, car ils auront à vivre toute leur mission dans la foi…

            Pour l’instant, ils ne comprennent pas et pensent toujours que Jésus sera le prochain roi d’Israël… Qui donc, parmi eux, aura alors la meilleure place ? « Qui est le plus grand », se demandent-ils ? Voilà bien l’échelle de valeurs qui règne dans le monde… Mais « mon Royaume n’est pas de ce monde », dira Jésus… Certes, « je suis Roi » (Jn 18,33-37), mais « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mc 10,45). Or « le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Il suffit pour le disciple qu’il devienne comme son maître » (Mt 10,24-25). C’est pourquoi, dit-il ici, « si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ». C’est ce qu’il fit Lui-même tout au long de sa vie, touchant un lépreux, l’être le plus impur qui soit à l’époque (Mc 1,40-45), mangeant au milieu des pécheurs (Mc 2,15-17), pour finalement mourir au milieu de deux « brigands » (Mc 15,27), à la dernière place… Jésus est en effet « l’Astre d’en haut qui nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,78), se mettant tout entier au service des hommes, et tout spécialement des pécheurs, ces « perdus » (Lc 15,1-7), ces souffrants (Rm 2,9), avec comme unique but, leur bien, leur salut…

            « Si donc quelqu’un me sert, qu’il me suive et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26). Ici, nous le voyons avec un « petit enfant », qu’il embrasse. Or, à l’époque, l’habitude des « bien pensants », des « sages », des « intelligents » (Lc 10,21-22), était de les mépriser. Mais non… Bien au contraire, « ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 26,40), dira Jésus. Il nous montre ainsi le Chemin de la vraie Vie… A nous maintenant de le suivre… DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 25ième Dimanche du Temps Ordinaire

 » Si quelqu’un veut être le premier,

qu’il soit le dernier de tous

et le serviteur de tous ? « 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Mc 9,30-37)

Ce passage fait suite à la fameuse guérison de l’épileptique que Jésus traite comme un cas de possession, comme c’était la croyance à cette époque, montrant par là qu’il est bien le vainqueur du Mal et de la Mort. Jésus entreprend sa montée à Jérusalem ; et pour la deuxième fois, il annonce le sort qui l’attend.

Remarque

Nous gardons la méthode que nous avons suivie depuis quelques rencontres : la contemplation de Jésus. Nous sommes invités à fixer notre attention d’abord sur lui (ce qu’il fait, ce qu’il dit…) afin d’entrer dans ses pensées, son intention, selon le projet de l’évangéliste qui a écrit pour évangéliser catéchiser les lecteurs.

 

Le sens des mots 

Regardons Jésus et écoutons-le

Il instruisait ses disciples : Pourquoi Jésus fuit-il la foule désormais ?

Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes : Livré par qui ?

Trois jours après sa mort il ressuscitera : Les apôtres pouvaient-ils « entendre » cette promesse ?

Les disciples ne comprenaient pas : Pourquoi ?

Ils avaient peur de l’interroger : Pourquoi ?

À la maison : Quelle est cette maison ?

«De quoi discutiez-vous en chemin ? » : Qu’est-ce qui préoccupe les apôtres ?

Ils se taisaient  : Quelle est la raison de ce silence ?

S’étant assis, Jésus appela les Douze : Pourquoi eux ?

Le dernier et le serviteur de tous.

Prenant un enfant, le plaça au milieu, l’embrassa : Quelle est la portée de ce geste ?

Celui qui accueille en mon nom, un enfant … c’est moi… : Que symbolise l’enfant dans la pensée de Jésus ?

Celui qui m’a envoyé : De qui parle Jésus ?

Pour l’animateur 

Il les instruisait : Jésus a prêché aux foules de Galilée et il a fait de nombreux signes pour leur révéler qu’il était le Messie. Elles ne sont pas converties. Maintenant Jésus va se consacrer tout entier à la formation de ses disciples pour les amener, si possible, à accueillir un Messie rejeté par son peuple.

« Livré aux mains des hommes » : Le mot « livré » est fort. Par qui Jésus va être livré ? Ce sont les hommes qui vont le livrer à la mort : Judas (Mc 14,10 ; les grands prêtres (15,1) et Pilate (15,15).

Cependant, la formule « va être livré » est au passif : c’est une manière courante chez les juifs de dire les choses sans nommer Dieu par respect ; en fait la formule ici laisse entendre que le sort que les hommes feront à Jésus entre de façon, mystérieuse dans le dessein de dieu.

« Il ressuscitera » : cette promesse fait par Jésus ne pouvait pas consoler les disciples ; en fait ils restent sourds à l’enseignement de leur Maître : « Ils ne comprenaient pas ». Marc souligne souvent l’incompréhension des disciples devant l’effort de Jésus pour les aider à comprendre son mystérieux destin. Ils ont même « peur de l’interroger », de poursuivre toute discussion au sujet des épreuves qui attendent leur maître. Il est dur de regarder la mort en face.

« A la maison », c’est à dire chez Simon Pierre et André, dans une ambiance plus intime, à l’écart des foules. Jésus va essayer de faire progresser ses disciples à partir du thème du Messie serviteur et de son abaissement.

« De quoi discutiez-vous… » : Jésus utilise la méthode des rabbins pour former ses disciples. Les disciples « se taisaient ». Les disciples ont honte, parce qu’ils sont entrain de rivaliser pour des places d’honneur, alors que Jésus marche vers l’abaissement. Jésus intervient de façon claire pour détourner ses amis de la course au pouvoir qui les préoccupe. Il s’assit : attitude de celui qui enseigne avec autorité.

Il appelle les Douze : l’enseignement qu’il va donner vise en premier le groupe des futurs responsables de l’Église.

Au « premier », Jésus oppose « le dernier de tous » ; à celui qui commande, il oppose le « serviteur de tous » ; d’emblée le Maître à l’adresse des futurs chefs du peuple de Dieu, inverse l’ordre habituel de la hiérarchie humaine. En fait, Jésus parle de lui et de sa mission.

Il place un enfant au milieu d’eux et l’embrasse. Ce geste était contraire des mœurs de l’époque : les enfants comptaient peu : on les tenait pour des êtres insignifiants. On les rejetait de la communauté religieuse à cause de leur ignorance de la Loi. Jésus réhabilite l’enfant humainement et religieusement en le mettant dans le cercle de ses amis. Et de plus, la communauté chrétienne devra se souvenir qu’accueillir au nom de Jésus un enfant (symbole des petits, des pauvres et des exclus), c’est accueillir Jésus en personne. La poursuite des honneurs devient indécente c’est ceux qui suivent Jésus au moment où il prend l’humble route de la souffrance et de la mort.

Se faire le « serviteur » de tous, ouvrir de cercle fermé de l’Église aux plus humbles, aux plus démunis, tel est le « service » que Jésus confie à ses disciples. Et Jésus renforce le poids de cette leçon magistrale en affirmant qu’il est l’Envoyé du Père et que l’accueillir en la personne des petits, c’est accueillir Dieu lui-même.

Dieu prenant le visage d’un enfant, voilà le message inattendu, très original, de cette belle page d’évangile.

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Seigneur Jésus, ton enseignement est admirable, mais combien déroutant ! Dans notre monde où la course au pouvoir et aux honneurs paraît être la voie normale de la réussite, Toi, tu nous demandes, à nous, tes disciples de te suivre sur le chemin de l’humilité et du service. Tandis que la considération va aux gens importants, toi tu nous demande de t’accueillir dans l’accueille des petits, des pauvres, des exclus. Béni sois-tu et prends pitié de nous.

 

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

  • La Parole aujourd’hui dans notre vie

  • Qu’est-ce que nous admirons en Jésus dans cette page d’Évangile ?

  •   Quelle visage de Dieu il nous présente ?

  • – Les disciples refusent l’idée d’un Messie qui ? Pour accomplir sa mission, doit affronter la souffrance et la mort : N’est-ce pas dur pour nous tous de regarder la mort en face ?

  • – Les disciples sont préoccupés de place d’honneur, de prestige, d’être en poste de pouvoir : Quelle est notre attitude quand nous avons reçu une responsabilité au sein de la communauté de l’Église ou dans la société. Quel est notre comportement vis-à-vis des personnes auxquelles nous avons à faire ?

  • – Jésus s’identifie à un enfant en parlant de l’accueil : Quelle est la qualité de l’accueil que nous offrons aux « petits » (enfants, faibles, pauvres de toutes sortes) ? Comment les enfants sont accueillis et respectés dans nos familles, dans notre communauté paroissiale, dans notre société ?

ENSEMBLE PRIONS   

On peut faire une méditation partagée (en écho) avec le chant : Tu es le Pauvre p. 200 (carnet paroissial).

 

 

Pour lire ou imprimer le document en PDF cliquer ici : 25ième Dimanche du temps ordinaire

 

 

 




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Marc 8, 27-35)

« Le chaud et le froid. »

 Tout, dans l’évangile de ce jour, va nous faire passer du chaud au froid et inversement, parce que « [nos] pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Tout commence plutôt bien. Jésus et ses disciples marchent au nord de la Galilée, en territoire païen. Comme c’était sans doute son habitude, Jésus parle avec ses disciples, et aujourd’hui cela commence par un sondage d’opinion : « Que dit-on que je suis ? ». Les réponses sont différentes, mais cela reste toujours dans l’idée que Jésus est un prophète qui annonce le Messie, un nouveau ou un ancien qui est ressuscité.

Alors Jésus devient plus précis : « Mais vous, que dites-vous ? »

Pierre, toujours aussi impétueux, chaud-bouillant : « Tu es le Christ. ».

On aurait pu s’attendre à ce que Jésus soit content, qu’il félicite Pierre pour sa bonne réponse. Pas du tout : « hou là là, c’est vrai, mais gardez cela pour vous ; n’en dites rien à personne, ils seraient capables de me faire roi et de monter une armée pour jeter les romains hors de la Palestine. Ce n’est pas cela ma mission, je serai rejeté par les responsables religieux du pays, je serai mis à mort, mais je ressusciterai le troisième jour. ». On passe de la gloire du Messie à la tristesse de sa mise à mort.

Impossible pour Pierre. « Oh ! ça va pas ! Tu es le Christ, le maître. On doit te respecter, t’honorer, te louer. Pas te mettre à mort ! »

L’incompréhension est totale. Et Jésus rabroue vertement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! ». Le disciple doit être derrière son maître, et non devant pour se mettre en travers de sa route, s’opposer à lui.

Ce qui arrive à Pierre, cela nous arrive sans doute aussi. Oh ! on ne s’oppose pas directement à Jésus … on le respecte, on l’aime, on le prie … mais dans nos actions, est-ce qu’on respecte toutes ses Paroles ? (Voir la deuxième lecture …).

Est-ce qu’il ne nous arrive pas parfois d’arranger l’évangile à notre sauce : cela, oui pas de problème, j’y crois et je le suis. Par contre, ça, oui, mais c’est pas trop important, ce n’est pas tellement grave si on ne fait pas trop un compte avec …

Et pourtant, on ne peut pas prendre un morceau de l’évangile et pas le reste. Soit on prend tout, soit on ne prend rien. « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » (Mt 5,37).

N’avons-nous jamais entendu dans notre cœur Jésus nous dire : « Passe derrière moi, Satan ! » quand nous refusons les épreuves qui se présentent sur notre chemin, les croix qui jalonnent notre route ?

Ne nous arrive-t-il pas de nous dire : « Cette parole est trop dure, qui peut l’entendre ?» (Jn 6,60).

Sans doute si on pense que la foi est une adhésion à une idée philosophique, une théorie intellectuelle. Mais pas si on croit que la foi est une adhésion à une personne, Jésus-Christ, à son Père, et à son Esprit Saint !

Mettons-nous vraiment à la suite de Jésus, lui qui connaît le chemin, qui « est le chemin » (Jn 14,6) qui nous mène à la vie éternelle.

Ce que Jésus nous dit à la fin de l’évangile de ce jour : « celui qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile sauvera sa vie. »

Et là, on repasse du froid ou de la tiédeur à la chaleur de l’amour de Dieu qui nous aime de toujours.

Seigneur Jésus,

malgré notre bonne volonté à te suivre,

nous sommes toujours tentés par la facilité ;

c’est-à-dire par le Démon

 qui nous fait croire toutes les choses faciles

comme meilleures pour nous.

Alors que toi, tu nous dis que c’est

en surmontant l’adversité que l’on grandit …

C’est avec toi que je veux  grandir !

 

Francis Cousin

Pour accéder à cette prière et à son illustration cliquer sur le titre suivant : Prière dim ord B 24° A6

 




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Gagner sa vie

Mc 8, 27-35

En cette période de fin d’hiver, alors que nous voyons les platanes de la Plaine-des-Palmistes se couvrir de feuilles et les fruits en train de se former, en ce temps de rentrée où de nombreux visages rayonnent encore du bienfait des vacances, j’aimerais chanter la douceur de vivre et vous offrir, au nom de Dieu, un bouquet de souhaits pour la rentrée. Mais les temps sont durs et l’Evangile d’aujourd’hui est dur : il nous livre une parole austère et je crains d’apparaitre dans cette église comme un trouble-fête à plus d’un : « Celui qui veut sauver sa vie doit la perdre, celui qui la perd pour l’Evangile la sauvera, dit Jésus » Parole qui ne doit trahir ni Dieu ni l’homme, alors qu’en est-il ?

Tout en nous aspire à vivre et nous passons notre temps dans le dérisoire et puis, n’est-il pas légitime de vouloir sauver sa vie de la tristesse, de l’ennui, de la solitude, de la maladie, de la pauvreté… quand ce n’est pas de la misère ?

Qu’est-ce-que veut dire « sauver sa vie », par exemple pour un chômeur, sinon peut-être d’abord trouver un emploi et pour cette femme dont le foyer ne marche pas, garder son mari ?

Et pour tout le monde, qu’est-ce-que « sauver sa vie » sinon la défendre, « sauvegarder » ses intérêts ?

Or, ce matin, ce qu’il faut bien regarder en face, c’est que personne n’est jamais totalement désintéressé et qu’en même temps, nous avons besoin de gratuité. L’intérêt, c’est le ressort de toute activité humaine. Il va dans le sens de notre instinct de conservation et de notre dynamisme : il ne faut pas s’en désoler, c’est normal, mais cela risque aussi de tout empoisonner par le profit.

 Aussi, quand Jésus, aujourd’hui, nous demande de perdre notre vie pour lui, il nous invite à tendre vers le désintéressement qui ne peut venir que de lui, car lui seul est « amour désintéressé », lui seul est pure gratuité. C’est ce que nous appelons « la grâce ».

En face de ce Dieu qui se perd pour nous sauver, qui s’offre, qui aime, qui se donne et cela sans rien exiger en retour, en pure perte et sans même un espoir de retour, chacun de nous doit se poser cette question pratique : « Sur quoi misez-vous votre vie ? Est-ce le confort, l’argent, les biens matériels, la sécurité, le sexe, la réputation, le pouvoir?

Je vous entends répondre : « Oh non, bien sûr ! Ce à quoi nous aspirons, c’est la tendresse, l’amitié, l’amour, la joie, la beauté, la paix sur la terre et la justice ».

Comme vous avez raison ! C’est bien là ce qui donne un sens à la vie ! Mais alors que faites-vous pour atteindre ce but ? Autrement dit, quel est votre « style de vie » ? N’y a-t-il pas dans votre vie de tous les jours une contradiction entre ce que vous désirez devenir et ce que vous faites pratiquement ?

Cet homme, par exemple, bon père de famille, qui s’esquinte à faire des heures supplémentaires pour construire sa maison, par amour pour les siens, or, cet homme, le soir, est tellement épuisé et nerveux qu’il devient « impossible à vivre » pour sa femme et ses enfants. Il n’a plus le temps de vivre ni le temps de la tendresse et finalement il obtient l’inverse de ce qu’il désirait au départ. Ce n’est qu’un exemple, mais chacun pourrait transposer dans son domaine. Nous nous laissons tous engluer dans le matériel avec les meilleures intentions.

« Perdre sa vie pour la gagner », c’est alors que ça veut dire :

 « Es-tu capable de dominer ta vie quotidienne de telle sorte que tu puisses trier entre ce qui est indispensable à ta vie et ce qui est superflu ? »

 Le Seigneur ne veut pas être un rabat joie en nous rappelant cela. Il désire simplement nous libérer de l’inessentiel, de l’accessoire. Il désire nous recentrer. Il veut nous désengluer du matériel inutile dans lequel nous sommes si souvent enlisés ! Certes, la vie aujourd’hui, n’est pas facile. Les conditions de vie, mêmes matérielles, sont dures et on ne peut passer dans la vie, avec seulement une fleur au chapeau et à la bouche une chanson et il faut travailler, il faut se battre.

Mais ne sommes-nous pas comme Marthe dans l’Evangile, à nous agiter, à en rajouter, à nous créer des soucis qui n’en valent pas la peine, à être esclaves de nos désirs ? Ainsi, « perdre sa vie » pour Jésus, cela commence modestement à sauver en nous cette source de liberté qu’est la gratuité qui va de pair avec l’intériorité.

En cette société de consommation, la tentation n’a jamais été aussi vive, ni aussi forte que de vivre à l’extérieur de soi-même, à la surface de soi-même, de modeler son existence sur la mode, la publicité et nous devenons, peu à peu, sans nous en rendre compte, le produit d’un certain « type de société » qui ne cherche que son profit. On n’est plus alors qu’un consommateur et c’est bien là-dessus que l’Evangile d’aujourd’hui nous alerte : on ne sauve pas une vie creuse en compensant son vide intérieur par l’accumulation de choses, d’objets, de gadgets, de vêtements.

Lisez, ceux qui ont le temps, le livre « Les choses » de Georges Perec. Il s’agit d’un couple qui croit pouvoir remplacer la vie, par le cadre de vie. Le cadre est magnifique  mais il n’y a rien dedans : il y manque la gratuité, l’intériorité, la vie elle-même. Notre monde est un peu comme un mauvais film d’Hollywood où tous les décors en carton-pâte sont grandioses.

Les personnages y magnifiquement habillés, mais  incapables d’exprimer les sentiments humains qui font vibrer le cœur humain : gratuité, intériorité de notre vie. Je n’aurais rien dit si tout cela n’était qu’une sagesse humaine à la manière du bouddhisme qui, en fin de compte, nous dit la même chose.

Mais avec l’Evangile, qui n’est pas seulement une sagesse, mais un travail de l’Esprit Saint qui essaie de nous rendre semblables au Christ afin « d’être dans le monde sans être du monde » alors, là, c’est tout un art : l’art de vivre en chrétien.

« Acceptons-nous de perdre pour gagner? » Option radicale qui nous fait poser la question : non plus « sur quoi misez-vous votre vie mais sur qui ? », car seul l’attachement au Christ et au Christ « mort sur la Croix » peut nous donner cette force de préférer la liberté de l’Evangile aux intérêts du monde.

Que Jésus ne soit pas seulement notre « Maître à penser », mais notre « Maitre de vie » pour qu’il nous donne cette force incroyable : la force de l’amour, seule capable de nous faire perdre notre vie pour Jésus, car si la gratuité et l’intériorité s’enracinent dans l’amour de Dieu, nous sommes alors entrainés plus fondamentalement à nous demander :

« Qu’est-ce-que je dis quand je dis « J’aime Dieu », et qu’est-ce-que je fais avec lui ? » AMEN




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 8, 27-35)

«Tu es le Messie»

(Mc 8,27-35)

 

    En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? »
Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »
Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. »
Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.
Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.

     

          

           Jésus a longuement enseigné, il a guéri quantité de malades… L’heure est venue de faire un premier bilan. Maintenant que ses disciples ont vécu tout cela avec lui, « pour vous, qui suis-je ? », leur demande-t-il…

            Pierre prend alors la parole au nom de tous : « Tu es le Messie », c’est-à-dire « celui qui a reçu l’Onction du Seigneur ». Tout nouveau roi en Israël recevait en effet de la main d’un prophète ou d’un prêtre une onction d’huile qui symbolisait la grâce donnée pour le bon accomplissement de sa mission royale (1Sm 16,1-13)… Et tous attendaient, à l’époque de Jésus, un nouveau Roi, ce « Messie » promis par les Ecritures. Certes, les Romains avaient envahi la Palestine depuis plus de 80 ans. Mais Dieu avait promis à David, le premier grand roi d’Israël (1010 – 970 av JC) : « Je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles. Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais » (2Sm 7,4-17).

            Les disciples étaient donc convaincus que cette prophétie s’accomplissait sous leurs yeux avec Jésus. Mais ils croyaient qu’il serait un jour roi d’Israël comme le fut autrefois le roi David : un roi terrestre semblable à tous les autres rois terrestres…

            Jésus était conscient de ce malentendu. Aussi va-t-il commencer à leur révéler « pour la première fois » qu’il lui faudra beaucoup souffrir, être rejeté, mourir pour finalement ressusciter… C’est ainsi qu’il manifestera sa Royauté, celle de l’Amour sur toute forme de mal, car il offrira toutes ses souffrances pour le salut du monde, et notamment pour ceux qui lui ont fait tant de mal. « Père, pardonne-leur » (Lc 24,34)…

Les rêves des disciples s’effondrent… Pierre lui fait de vifs reproches. Et comme Jésus, qui est si humain, aurait voulu qu’il ait raison ! Mais la perspective d’une mission facile et humainement glorieuse en ce monde blessé par le péché est plutôt de l’ordre de la tentation : sans le savoir, Pierre tente Jésus comme Satan le fit autrefois au début de son ministère (Lc 4,1-13) : « Passe derrière moi, Satan ! », lui dit Jésus. Mais accepter la croix ne sera pas facile pour lui : « Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi. Cependant, non pas ce que moi je veux, mais ce que toi tu veux ! » (Lc 22,42). Et tout disciple devra lui aussi « renoncer à lui-même », « prendre sa croix » et suivre Jésus sans jamais oublier sa Parole : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5)…  DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 24ième Dimanche du Temps Ordinaire

« Et vous, que dites-vous ?

Pour vous, qui suis-je ? »

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Mc 8, 27-35))

Dès le premier verset, St Marc nous donne le plan de son Evangile : « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus ¬ Christ, ­ le Fils de Dieu ». « Jésus », en ce qu’il est, ce qu’il dit et ce qu’il fait est donc tout entier « Bonne Nouvelle ». Dans la première partie¬, St Marc nous montrera que Jésus est « le Christ », un mot qui vient du grec, la langue du Nouveau Testament et qui signifie : « Celui qui a reçu l’onction ». Et à l’époque, les rois étaient les premiers concernés. « Messie » vient de l’hébreu, la langue de l’Ancien Testament, et signifie la même chose… Avec la réponse de Pierre, « Tu es le Messie », nous sommes donc ici à la fin de cette première partie. Dans la seconde, Marc nous présentera Jésus comme étant « le Fils de Dieu ». Et elle se terminera par la confession du Centurion romain au pied de la Croix : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15,39).

Remarque

Nous gardons la méthode que nous avons suivie depuis quelques rencontres : la contemplation de Jésus. Nous sommes invités à fixer notre attention d’abord sur lui (ce qu’il fait, ce qu’il dit…) afin d’entrer dans ses pensées, son intention, selon le projet de l’évangéliste qui a écrit pour évangéliser catéchiser les lecteurs.

 

Le sens des mots 

  • Césarée de Philippe, est une ville païenne proche des sources du Jourdain, située à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière avec la Galilée… Jésus commencera ici son ultime voyage qui l’amènera à traverser du Nord au Sud toute la Palestine, jusqu’à Jérusalem… Et il fait un bilan : « Pour les gens, qui suis-je ? » Mais que s’est-il passé pour Jean-Baptiste (Mc 6,17-29), et pour Elie (2R 2,9-12) ? Quelle est donc la croyance qui apparaît indirectement ici, et qui existait en Israël depuis le 2°‑3° siècle avant JC ? Quel est le point commun entre toutes les personnes évoquées ? Comment Jésus avait-il donc été reconnu (cf. Lc 24,19 ; Jn 4,19) ?

  • Les disciples, eux, répondent par la bouche de Pierre : « Tu es le Messie »… Mais après sa mort et sa résurrection, ils lui demanderont : « Seigneur, est-ce maintenant, le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ?» (Ac 1,6). Que voulait donc dire pour eux « être le Messie » (cf. Lc 24,21 ; Mc 10,35-37) ?

  • C’est pourquoi Jésus « leur défendit vivement de parler de lui à personne »… Et il leur annonce les souffrances de sa Passion, sa mort… et sa Résurrection ! Mais cette vision n’est vraiment pas celle des disciples. Pourquoi, à votre avis, Jésus réagit-il ainsi en appelant Pierre « Satan» ? Se souvenir de ce qu’il a vécu au tout début de l’Evangile (Mc 1,13), et de ce qu’il vivra à la fin (Mc 1,36)… 

  • Puis Jésus leur présente les exigences fondamentales pour être son disciple. La première était déjà apparue lors de l’appel (Mc 1,16-20 ; 2,14). Que signifie « renoncer à soi-même » et « perdre sa vie » ? Et pour ce qui est de « prendre sa croix », à quoi doivent s’attendre les disciples (cf. Mc 10,30) ?

Pour l’animateur 

  • « Pour les gens, qui suis-je ? ». Que d’imprécisions dans les réponses ! Le Roi Hérode lui-même disait : « Celui que j’ai fait décapiter, Jean, le voilà ressuscité ! » (Mc 6,14-16). Cela prouve au moins que la croyance en une possible résurrection d’entre les morts était déjà solidement implantée en Israël.

            Jean-Baptiste était un prophète, c’est-à-dire un homme appelé par Dieu pour transmettre sa Parole. Elie était considéré comme l’un des plus grands de toute l’Histoire d’Israël. N’avait-il pas eu l’honneur d’être emporté vivant au ciel ? Pris pour Jean-Baptiste, Elie ou un des prophètes, Jésus, de toute façon, était au moins reconnu en sa qualité de prophète. Mais il est bien plus que cela !

  • Les disciples voyaient en Jésus un Messie « terrestre » qui libèrerait Israël de l’occupant romain, et rétablirait en Israël cette royauté légitime issue de la Maison de David qui régna de 1010 à 970 avant JC. Dieu ne lui avait-il pas promis : « Je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles et j’affermirai pour toujours son trône royal » (2M 7,12 et 7,16) ?

  • Jésus veut éviter une telle méprise, mais il sait que renoncer à cette vision d’une réussite purement humaine, matérielle, politique, sera difficile pour eux. Néanmoins, il se doit, petit à petit, de leur ouvrir les yeux. Cette première annonce de ce qui leur apparaît comme un terrible échec va être un choc pour eux tous. Certes, il leur parle aussi de sa « résurrection », mais ils n’ont jamais vu de ressuscité ! Il leur répètera tout cela, mais ils ne comprendront toujours pas (Mc 9,30-32 ; 10,32-34). Leur réaction lors des premières apparitions (Ac 1,6) montrera qu’à ce moment-là, ils n’avaient toujours pas compris…

  • Satan a tenté Jésus au début de sa mission en l’invitant justement à être ce Messie terrestre, glorieux, triomphant que tous attendaient… En lui montrant tous les royaumes de l’univers, il lui avait dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, si tu te prosternes devant moi » (Lc 4,5-8). Mais Jésus restera fidèle à son désir d’accomplir la volonté de son Père qui ne raisonne pas en termes de ‘pouvoir’ et de ‘gloire’, mais en termes de ‘service’, de ‘don de soi pour l’autre’, ‘d’humilité’, ‘d’amour’… Pierre tente donc ici Jésus comme Satan l’avait fait autrefois, et ceci doublement… En effet, d’un seul point de vue humain, comme Jésus aurait aimé que Pierre ait raison ! Mais il acceptera sa Croix, par amour de son Père et de chacun d’entre nous…

  • Être disciple de Jésus, c’est tout d’abord le suivre. « Renoncer à soi-même » c’est renoncer à toute recherche de soi, à tout égoïsme, pour se tourner vers Dieu et vers les autres. Pour le monde qui ne pense qu’argent, prestige, biens matériels, quel gâchis ! Une vie perdue. Mais pour Dieu, c’est tout le contraire. Même lorsqu’il s’agira de prendre sa croix, d’accepter pour le Christ toutes sortes d’épreuves, rien ne pourra leur enlever le Bonheur d’aimer !

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

 « Je suis venu pour qu’on ait la Vie, et qu’on l’ait en surabondance… Je vous laisse la Paix, je vous donne ma Paix… Je vous ai dit cela pour que ma Joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 10,10 ; 14,27 ; 15,11). Le Chemin que tu nous proposes, Seigneur Jésus est un Chemin de Bonheur, le Tien. « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux… Heureux les doux, ils obtiendront la Terre Promise… Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 5,3-12 ; 11,29). « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26). Tel est ton seul désir : que nous soyons là où tu es, dans la Maison du Père, que nous vivions ce que tu vis, cette Plénitude d’Esprit, de Lumière et de Vie que tu reçois du Père de toute éternité… Apprends-nous, en t’écoutant jour après jour, à nous détourner, par ta grâce, de tout ce qui nous empêche de la recevoir !

 

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

  • Et si tu nous posais aujourd’hui cette même question, « Pour vous, qui suis-je ?», que te dirions-nous ? T’avons-nous reconnu comme notre « frère », notre serviteur, toujours offert à nos cœurs pour que le meilleur triomphe dans notre vie, pour notre seul vrai Bien ?

  • « Qu’ai-je fait au Bon Dieu pour qu’il m’arrive tout cela » ? « J’ai la foi, je vais à la Messe, pourquoi m’envoie-t-il toutes ces épreuves » ? Nous l’entendons parfois, et à travers ces questions, se révèle un désir légitime de bonheur puisque Dieu nous a créés pour cela ! Mais de quel bonheur parle-t-on ? Comme les disciples ici qui ne cherchaient qu’une réussite purement terrestre ? Pensons-nous que notre foi fera disparaître, comme par un coup de baguette magique, toutes les épreuves de la vie, les souffrances, les maladies ? Jésus ne nous dit pas que nous ne vivrons jamais de croix, il nous invite à la prendre ! Et si nous l’acceptons avec son aide, nous ne pourrons que constater qu’il est là, avec nous, pour la porter. Et sa Présence sera Joie, envers et contre tout !

  • Comme nous avons du mal à « renoncer à nous-mêmes », à « perdre notre vie »… Mais sommes-nous toujours prêts à repartir, à tout offrir au Christ Sauveur qui ne cesse de « frapper à la porte » de nos cœurs (Ap 3,20) pour nous pardonner, nous purifier, nous fortifier, nous relancer ?

 

ENSEMBLE PRIONS   

Tu nous invites, Seigneur Jésus, à prendre notre croix et à marcher à ta suite, car c’est toi-même qui te proposes de la porter avec nous. Aide-nous à te dire ‘oui’ et nous goûterons, au cœur même de nos épreuves, à ce Bonheur d’Aimer que tu veux nous offrir dès maintenant et pour toujours. Amen

 

 

Pour lire ou imprimer le document en PDF cliquer ici : 24ième Dimanche Temps Ordinaire B

 

 

 




23ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Marc 7, 31-37)

 

Évangile selon saint Marc 7, 31-37

 

« Il a bien fait toutes choses :

il fait entendre les sourds et parler les muets. »

 

Les personnes qui s’exclament ainsi après la guérison du sourd qui parle avec difficulté ne sont pas les apôtres, dont on ne parle absolument pas dans ce passage, ni des disciples de Jésus. Ce sont des païens, des non-juifs qui habitent la Décapole, une région aux contours mal définies, principalement à l’est du Jourdain.

On sait que Marc écrit pour les habitants de Rome, qui sont aussi des païens, et cela lui permet de montrer que d’autres païens louaient Dieu, qui « a bien fait toutes choses », allusion à Genèse 1,31 : « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. », et aussi  louaient Jésus, reconnu comme le Messie annoncé par Isaïe : « Voici votre Dieu … Il vient lui-même et va vous sauver. Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. » (Is 35,4-5).

Cela veut dire aussi que Jésus était connu hors des frontières de la Galilée et de la Judée comme guérisseur, puisque ce sont ces personnes qui « amènent un sourd … supplient Jésus de poser la main sur lui. ».

La première chose que Jésus fait est d’emmener le sourd ’à l’écart, loin de la foule’. Pour s’ouvrir à la Parole de Dieu – et c’est ce que va faire Jésus en permettant au sourd de l’entendre -, il faut s’éloigner de la foule, se mettre dans le silence. C’est d’ailleurs ce que Jésus dit : « Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. » (Mt 6,6). Toute conversion, et nous avons besoin de nous convertir chaque jour, nécessite une rencontre personnelle avec Jésus, avec Dieu.

Cet homme qui est amené à Jésus connaît son handicap, comme toutes les malades qui lui sont amenés ou qui viennent à lui d’eux-mêmes. Comme l’aveugle-né, à la suite de la guérison duquel Jésus dira aux pharisiens : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. » (Jn 9,41).

Et nous, nous sommes bien souvent comme ces pharisiens. Pour la plupart, nous n’avons pas de handicap physique, mais nous sommes tous des handicapés de cœur.

Et nous n’en avons pas conscience !

Nous sommes des aveugles du cœur, car nous ne voyons pas le mal qui est autour de nous, la tristesse, la misère, le mensonge …

Nous sommes des sourds du cœur, car nous n’entendons pas les cris qui montent vers nous  pour parler de tout cela …

Nous sommes des muets du cœur, car nous n’avons pas le courage de réagir à l’injustice qui existe en ce monde …

Nous sommes des handicapés moteurs, car nous préférons notre « canapé [plutôt qu’] une paire de chaussures qui [nous] aidera à marcher, sur des routes jamais rêvées et même pas imaginées, sur des routes qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons, capables de propager la joie, cette joie qui naît de l’amour de Dieu, la joie que laissent dans [nos] cœur[s] chaque geste, chaque attitude de miséricorde. » (Pape François, JMJ Cracovie, veillée du 30 juillet 2016)

Demandons à Jésus de pouvoir reconnaître combien nous avons besoin de la guérison de notre cœur, combien nous sommes des handicapés spirituels.

Après nous pourrons lui dire : « Fais que je vois, fais que j’entende, fais que je parle, fais que je marche … »

Et Jésus nous dira : « ’Effata !’, c’est-à-dire : ’Ouvre-toi !’. Ouvre ton cœur à mon amour et à ma miséricorde. »

Seigneur Jésus,

notre cœur est malade, handicapé,

et nous ne le savons pas !

Aide-nous à en prendre conscience,

et guéris-nous en disant :

« Ouvre-toi !

Ouvre-toi à ma présence en toi !

Ouvre-toi à mon amour qui est de toujours. »

 

Francis Cousin

Pour accéder à cette prière et à son illustration cliquer sur le titre suivant : Prière dim ord B 23° A6

 




23ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Mc 7, 31-37

Mes frères, en entendant le récit d’un miracle comme celui qui nous est raconté aujourd’hui : celui de cet homme qui est sourd et qui est muet et que Jésus guérit, si bien qu’il se met à entendre et à parler, nous risquons de mal comprendre, de faire un contre-sens, une erreur. Cette erreur serait de nous arrêter au miracle lui-même et d’être seulement admiratifs, comme cette foule qui entoure Jésus, « vivement frappés », nous dit l’Evangile. Ils disaient « Tout ce qu’il fait est admirable ! Il fait entendre les sourds, il fait parler les muets ». Nous risquons de nous arrêter au merveilleux, à l’insolite, à l’extraordinaire. On s’extasie, on dit : « C’est formidable » et on ne va pas plus loin. Or, quand Jésus fait un miracle, son geste a toujours une signification, un sens caché qu’il faut savoir comprendre, traduire, interpréter. St-Jean, dans son Evangile, ne nous parle même pas de « miracles » quand Jésus accomplit quelque chose d’extraordinaire, il dit : des signespar un miracle Jésus nous fait signe – et chaque miracle de Jésus a une signification, c’est-à-dire qu’il veut « dire » quelque chose, qu’il désire, par ce geste, non seulement nous faire comprendre quelque chose, mais qu’il nous donne un message.

Essayons aujourd’hui de réfléchir sur ce que Jésus veut nous dire quand il guérit ce sourd-muet.

Tout d’abord, l’Evangile nous signale que c’est en « Décapole » c’est-à-dire en pays étrangers aux juifs, chez les païens, que Jésus va faire ce miracle ; ce qui veut dire que Jésus n’est pas envoyé au petit peuple juif seulement, mais à tous, à tous ces étrangers pour qui les Judaïsants de l’époque n’avaient que mépris :

mission universelle du Christ, mission universelle du chrétien, envoyé à tous, vers tous.

La Parole de Dieu n’est pas réservée à une petite caste de privilégiés qui laisserait de côté la grande masse des non-initiés : tentation que nous avons, nous aussi, de nous rencontrer entre chrétiens, le petit groupe des « bien-pensants » ayant seulement un regard de pitié et de commisération pour tous ceux qui ne connaissent pas Dieu, qui sont loin de lui et qui ne sauront jamais. Jésus est missionnaire : c’est à un païen, à un étranger qu’il va rendre l’usage de ses oreilles et de sa langue.

– « Jésus l’emmène à l’écart de la foule » : une véritable conversion, un vrai changement spirituel ne peut se faire dans le brouhaha, le vacarme. Il faut le silence, le dialogue seul à seul, un minimum de recueillement, de réflexion, de prière.

– Remarquons ensuite que Jésus va guérir les oreilles avant la langue et ce n’est pas sans importance. Vous savez qu’un sourd-muet n’est muet que parce qu’il est sourd.

Un homme qui n’a jamais entendu de sons qui n’a jamais entendu de mots, de phrases, de paroles humaines ne peut à son tour en proférer. Il faut d’abord avoir « entendu » parler avant de pouvoir « parler » soi-même.

– « Jésus lui met ses doigts dans les oreilles » : avait-il besoin d’un tel geste ? Ce n’est pas une pratique de sorcellerie mais il porte, lui aussi, une « signification » : « C’est ma force, c’est ma grâce que je te passe ». Il y a communication sensible du doigt du Seigneur dans l’oreille de ce sourd.

 

– Comment un chrétien pourra-t-il dire quelque chose de l’Evangile, quelque chose du Seigneur aux autres ? Un chrétien doit d’abord écouter la Parole de Dieu, se mettre en état d’écoute et pouvoir entendre le message du Christ, avant de pouvoir le transmettre aux autres. Si parfois, mes frères, nous sommes muets, c’est-à-dire :

 – si nous ne disons rien de notre foi à ceux qui nous entourent,

 – si les autres ne savent même pas que nous sommes chrétiens,
– si, de notre bouche, ne sort jamais une parole de l’Evangile, c’est que nous n’avons pas assez entendu, écouté la Parole de Dieu. Pour le chrétien, il y a donc aussi une priorité de l’oreille sur la bouche. Ce n’est qu’après avoir entendu la Parole de Dieu, qu’après l’avoir écoutée, réfléchie, méditée que je peux, à mon tour, la dire aux autres, la proclamer, l’annoncer.

Pourquoi trouve-t-on si peu de catéchistes pour la rentrée prochaine ? Pourquoi les chrétiens parlent-ils si peu de leur foi, entre eux et autour d’eux ? La plupart du temps, c’est qu’ils ne savent plus grand-chose du contenu de leur foi, qu’ils ne l’ont pas alimenté en lisant et relisant leur évangile. Oh, bien sûr, à la messe, on en entend un petit morceau par-ci par-là, (quand on arrive assez à l’heure pour écouter les différentes lectures), mais ce n’est pas suffisant ! Il faudrait de temps en temps se remettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Alors, alors seulement, on pourrait en parler. On écoute bien sa femme, ses enfants, ses voisins, au café ou au marché, pourquoi n’écouterait-on pas le Christ ? Il a souvent des choses bien plus importantes à nous dire.

« Puis Jésus prend de la salive, lui touche la langue, il lève les yeux au ciel, il soupire et lui dit « Effata », c’est-à-dire « Ouvre-toi ». Ses oreilles s’ouvrent, sa langue se délie et il parlait correctement. Remarquez tous ces gestes de Jésus :

la salive, les yeux levés au ciel, il soupire comme s’il faisait un effort pour chasser la mal et dit : « Effata », « Ouvre-toi », ses oreilles étant ouvertes, sa langue se délia.

Alors c’est ici, et maintenant, mes frères, que nous avons à comprendre le sens de ce miracle. C’est le Christ qui nous dit à chacun de nous, maintenant : « Effata », « ouvre-toi ».

Ouvre tes oreilles pour m’écouter et écouter les autres autour de toi. Ouvre ta bouche pour proclamer les merveilles de Dieu et annoncer le message qu’il t’a confié. « Ne reste pas sourd, ne reste pas muet. Ecoute et ce que tu as entendu, dis-le ».

Impossible, mes frères, impossible de se dire chrétien et de rester fermé sur soi, en soi, de se replier, de s’enfermer comme un sourd-muet, insensible à la parole de l’autre et incapable de communiquer l’essentiel. Rappelez-vous la lecture d’Isaïe, la 1ère lecture, il disait : « Dieu va venir lui-même vous sauver, alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds ». En faisant ce miracle, Jésus nous fait comprendre : « Ça y est ! Le Christ, le Messie est là ! Il est parmi vous ! » Ce temps du Royaume, du salut est commencé et maintenant tout s’éclaire : les hommes vont pouvoir communiquer, entendre et écouter Dieu, parler et annoncer Dieu.

Cette guérison du sourd-muet est, ce qu’on appelle, un « miracle d’ouverture » qui nous incite, nous aussi, à : nous ouvrir davantage, nous ouvrir à Dieu par une meilleure écoute de sa parole, nous ouvrir aux autres par une meilleure annonce de son Royaume.

Sommes-nous assez communicatifs ? Communicants ? Que faisons-nous pour faire passer notre foi aux autres ? Pour dire la Bonne Nouvelle ? Sommes-nous des chrétiens contagieux qui donnent envie aux autres de le devenir ? Ou bien passons-nous dans la vie comme des sourds-muets, isolés des autres parce que je ne les écoute pas et que je n’ai rien à leur dire ?

N’oublions pas, mes frères, que nous sommes porteurs de l’espérance du monde. Nous sommes, nous rappelle le Christ, la lumière dans la nuit, le levain dans la pâte, le sel de la terre. Alors, ouvrons nos oreilles, délions notre langue et annonçons comme Isaïe : « le Royaume va venir, le Messie est venu : il est là pour vous sauver ! »  AMEN