Solennité du Christ Roi – Homélie du Père Louis DATTIN

Christ Roi

Jn 18, 33b-37

 

Lorsque le pape Pie XI, en 1925, institua cette fête du Christ-Roi, cela provoqua un étonnement encore partagé par certains.

Pourtant, nous disons bien que Jésus est ‘’Seigneur’’, mais peut-être que ce mot de ‘’Seigneur’’, en parlant du Christ, s’est dévalué, usé et que nous n’y faisons plus attention.

 

 

Aujourd’hui, mes frères, essayons de reprendre conscience de cette ‘’Seigneurie’’ du Christ, de cette ‘’royauté de Jésus’’.

S’il y a eu étonnement, c’est justement parce que le Seigneur, dans toute sa vie, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, est apparu comme le contraire d’un roi, un anti roi.

.   Quoi donc !

Un roi, cet enfant, réfugié, né dans la paille d’une étable !

Un roi, ce vagabond qui va, de village en village, annoncer que les pauvres, les doux, les affamés de justice, les artisans de paix seront bienheureux , alors que justement, un Royaume s’appuie d’abord sur la richesse, la force, les privilèges et le prestige !

Un roi, ce condamné à mort au supplice de la croix : le supplice réservé aux esclaves, couronné par dérision d’une coiffe de ronces avec dans la main, un roseau tenant lieu de sceptre !

.   Un roi, c’est un homme qui est fin, qui commande, qui se fait servir, qui est entouré de toute une cour brillante et luxueuse. Or, Jésus, lui, est humble, il ne commande pas, il conseille, il lave les pieds des autres. Quant à sa cour : il est entouré d’une bande de va-nu-pieds qui ne comprend pas grand-chose à ce qu’il dit.

.   Et pourtant, vous l’avez entendu de vos propres oreilles, dans la lecture  de l’Evangile, lorsque  Pilate  l’interroge, lorsqu’il  se trouve  au 36e dessous, bafoué, méprisé et hué par la foule :

– « Es-tu le roi des juifs ? »

Jésus répond avec assurance :

–   «’’ Oui, je suis roi, mais, (faisons bien attention à ce petit ‘’mais’’), ma royauté ne vient pas de ce monde’’.» « ‘’Ah ! Si ma royauté était terrestre, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour moi. Non, ma royauté n’est pas d’ici’’. »

Pilate lui dit alors :

–   « Donc tu es roi ? »

Et sans hésiter, Jésus répond nettement :

–   « ‘’Tu l’as dit, je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui est dans la vérité, entend ma voix’’. »

.   Quel est donc  ce Royaume dont Jésus est le souverain ? Et qu’est-ce-que cette royauté dont nous célébrons aujourd’hui la fête ?

  • C’est tout d’abord, une royauté de Vérité :

« ‘’Je suis venu pour rendre témoignage à la Vérité.’’ »

Il le dit tout net, il n’est pas roi à la manière des rois de la terre : ceux qui font, tous les six mois, des promesses à leurs peuples, en leur disant que ça ne va pas très bien aujourd’hui, mais que l’année prochaine, tout sera remis en ordre.

Si l’on relisait, mes frères, tous les discours des hommes politiques, ceux qui gouvernent les pays, toutes les promesses qu’ils nous ont faites, tous ces programmes magnifiques, toutes les annonces de ‘’lendemains qui chantent’’, et cela, d’ailleurs, quels que soient leurs partis, nous dirions aussitôt : « Que tout cela est loin de la vérité ! » et nous serions tentés de reprendre le mot de Talleyrand, qui en savait lui-même quelque chose :

« C’est effrayant ce que peuvent peu ceux qui peuvent tout !

Aussi  sont-ils  obligés   de  faire  sans  cesse   des  numéros  d’acrobatie

verbale pour essayer de faire croire ce qui n’est guère crédible…

Le Christ, lui, dit au monde, sans démagogie, avec, au contraire, un appel à des exigences personnelles :

« ‘’Je suis la Vérité, je suis la lumière ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres.’’ »

Il va jusqu’à nous dire :

« ‘’…qu’il faut perdre sa vie pour la gagner, que la porte est étroite, que la route n’est pas facile et que celui qui se laisse aller est en train de se perdre.’’ ».

 

Royaume de Vérité, où ce qui ‘’oui est oui’’ et ce qui est ‘’non est non’’.

Vérité qui peut faire mal mais Vérité qui ne transige pas : épée qui tranche en nos cœurs entre le bien et le mal.

  • Royaume de Vérité mais aussi Royaume de Service.

Un roi, un gouvernant, un homme important est entouré de courtisans, de valets du régime, de fonctionnaires de toutes sortes qui se mettent à son service, qui obéissent au moindre de ses désirs, qui exécutent la plus petite volonté, gardes du corps, huissiers, nervis et gratte-papiers.

Or, que dit le roi que nous fêtons aujourd’hui :

« ‘’Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir !’’ », me mettre à la disposition des hommes, de tous les hommes, pour les sauver.

Jésus nous le dit explicitement dans l’Evangile :

«’’ Les rois de la terre agissent en Seigneur ; ils tiennent les nations sous leur pouvoir et leurs peuples sous leur domination ! Qu’il n’en soit pas ainsi pour vous ! Bien au contraire, celui qui veut être grand, qu’il se fasse le serviteur des autres, et celui qui être le premier, qu’il se fasse l’esclave des autres. C’est ainsi que le fils de l’homme est venu, non pour être servi mais pour servir et donner sa vie pour la multitude’’. »

Le pouvoir  n’est pas d’abord une affaire de droit sur les autres, mais une affaire de devoir c’est-à-dire de service et d’amour.

  • Royaume de Vérité, Royaume de service, le Royaume de Jésus

va beaucoup plus loin encore : c’est un Royaume d’Amour. Là encore la différence est grande entre les pouvoirs de la terre et celui du fils de l’homme. Les princes, les gouvernants donnent des places, des décorations, des allocations, des dignités, des subventions.

N’attendez rien de tout cela de Jésus-Christ : il n’a pas à se faire bien voir. Il n’a rien à donner ; il va faire beaucoup plus : il va se donner et donner sa vie par amour pour nous = amour gratuit, désintéressé.

Ce n’est même pas notre bien-être qu’il cherche, c’est tout simplement notre être et son salut. Il est celui qui se jette à l’eau pour sauver celui qui se noie, qui se jette dans le feu pour sauver ses enfants, qui donne sa vie pour être le sauveteur, le sauveur des hommes.

Or, « ‘’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime’’ ». Ce roi-là, c’est celui qui est en croix, pour nous, à notre place et qui crie à son père : « ‘’Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font’’ » et dont la pancarte au-dessus de sa tête sanglante proclame sur l’ordre de Pilate : « ‘’Jésus de Nazareth, roi des juifs’’ ».

Il ne croyait pas si bien dire Pilate, c’était plus encore que cela ! Pas seulement ‘’roi des juifs’’ mais ‘’Roi, sauveur du monde entier’’, qui s’offre à son père pour la rémission  de toutes les fautes des hommes de tous les siècles.

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                    Jésus, ‘’doux et humble’’ de cœur, n’est pas un roi lointain : pas besoin de lui demander une entrevue, une audience. A chaque communion, il se donne à nous, il nous donne sa vie pour que, nous aussi, à son exemple, nous puissions établir en nous et autour de nous :

  •  un Royaume de Vérité où le mensonge est aboli

  • un  Royaume   de  Service   où  nous  ayons   à  cœur   de  devenir

serviteurs des autres

  • un Royaume d’Amour où chacun pourra aimer ses frères, comme

lui-même nous aime.

                                                         AMEN




33ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Marc 13, 24-42)

 « Mes Paroles ne passeront pas. »

 

Nous arrivons à la fin de l’année liturgique, et les textes de ce jour nous tournent vers la fin des temps. Alors peut-être que les images employées dans l’évangile pourraient nous faire peur et nous plonger dans la tristesse, dans la crainte, dans le désespoir …

Alors qu’en fait, c’est à tout le contraire que ces textes nous invitent : ils nous invitent à l’espérance d’un jour, d’un monde nouveau, dans une relation nouvelle entre hommes et entre les hommes et Dieu.

C’est l’espérance de la vie dans le Paradis. Le jour où l’on verra « le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire ». Et l’évangile de Marc commence par : « Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. » (Mc 1,1).

On remarquera aussi, tout au début de ce chapitre 13, quand Jésus annonce que le temple sera détruit, que tout ce chapitre est une réponse à quelques disciples : « Et comme il s’était assis au mont des Oliviers, en face du Temple, Pierre, Jacques, Jean et André l’interrogeaient à l’écart : « Dis-nous quand cela arrivera et quel sera le signe donné lorsque tout cela va se terminer. » Alors Jésus se mit à leur dire … » (Mc 13,3-5). Et ces quatre apôtres sont aussi les quatre premiers que Jésus a choisi : « Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » (…) Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, (…) Aussitôt, Jésus les appela. » (Mc 1,16-17.19-20).

Comme si Marc voulait montrer qu’une page se ferme : toute la vie publique de Jésus se trouve entre ces deux événements. Après on entre dans une nouvelle étape : c’est la Passion de Jésus, sa mort et sa résurrection, c’est Jésus qui arrive au bout de sa mission, là où il va se révéler de manière claire, solennelle, comme le Fils de Dieu.

Au début du texte, Jésus dit : « le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont … », c’est-à-dire qu’on retombe dans le tohu-bohu initial, avant la création ; c’est la disparition de la lumière, les ténèbres envahissent le monde … et c’est à ce moment-là « qu’on verra le Fils de l’homme », malgré les ténèbres, car c’est lui « la lumière du monde (…) la lumière de la Vie » (Jn 8,12), Vie Éternelle bien sûr.

Et Jésus nous invite à nous laisser « instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche », que c’est le printemps, la naissance d’une nouvelle vie !, d’un nouveau monde, une nouvelle terre : « j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés …Et j’entendis une voix forte … : ’’Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu.’’ » (Ap 21,1-3).

Et Jésus continue : « lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. ». Une autre Parole de Jésus nous dit : « moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20), et dans l’Apocalypse on trouve : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3,20).

Toutes ces phrases sont au présent, parce que Dieu Trinité, Père, Fils et Esprit, est depuis toujours, il est maintenant, et il est pour toujours. Et il est constant dans sa pensée pour les hommes. Les seuls temps au futur sont pour les actions des hommes ou en réaction aux actions des hommes, car Dieu nous laisse libre, et n’agit qu’avec notre accord.

Nous, nous sommes dans un temps fini : nous naissons, nous vivons, nous mourrons. Nous avons un passé et un avenir. Il n’en est pas ainsi pour Dieu. C’est pourquoi Jésus peut dire que « cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. ». Le temps de Dieu n’est pas notre temps.

Alors, ne nous laissons pas aller à la peur, à la crainte de l’avenir. Jésus nous annonce une nouvelle terre, avec une nouvelle vie, que nous ne connaissons pas encore mais que nous n’avons pas à craindre parce qu’elle sera avec Dieu … si nous lui ouvrons la porte de notre cœur.

Seigneur Jésus,

Souvent on a peur de la mort, de l’après-mort !

Tu as dit : mes Paroles ne passeront pas :

Je ressusciterai le troisième jour,

Je serai toujours avec vous,

Je vous enverrai l’Esprit consolateur,

Si vous vous aimez les uns les autres vous serez sauvés,

Et bien d’autres encore …

Avec Toi, on ne peut pas avoir peur !

 

Francis Cousin

 

 

 

 

 

 

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33ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 13, 24-32)

 « Le Fils de l’Homme

viendra avec grande puissance »

(Mc 13,24-32).

En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ;
les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.
Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire.
Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.
Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche.
De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte.
Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive.
Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.
Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.         

            « Le soleil s’obscurcira, la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel. »

            Jésus semble évoquer ici la fin du monde. Mais juste après, pour nous aider à comprendre ces paroles un peu terrifiantes à première vue, il prend l’image du figuier : « Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. » Et il l’applique aussitôt à ce qu’il vient de dire : « De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. »

            Autrement dit, ses premières paroles se sont déjà accomplies à son époque ! Et Jésus précise : « Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père ».

            A quel événement ce « jour » et cette « heure » se réfèrent-ils donc ? Le contexte nous aide à répondre. Juste après, en effet, commence en St Marc une nouvelle section de l’Evangile : « la Passion et la Résurrection de Jésus. » Si tous les prophètes et les Psaumes les avaient déjà annoncées, si Jésus savait bien, à la lumière de tous ces textes (Lc 24,44-48), qu’il devait « beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, être tué, pour ressusciter trois jours après » (Mc 8,31), il ne savait ni le « jour » précis, ni « l’heure » exacte où tout cela devait arriver, ni l’identité de ceux qui le feront souffrir, le rejetteront, le tueront, etc… Jésus a découvert, en les vivant, les circonstances historiques de tous ces évènements que les prophètes avaient autrefois annoncés…

            Au jour de la Résurrection, les Apôtres, puis Paul et « cinq cent frères à la fois » (1Co 15,3-8) ont vu le Christ Ressuscité avec « grande puissance et grande gloire », une Gloire qui aujourd’hui encore s’offre au regard de la foi notamment quand l’Eglise se rassemble chaque Dimanche pour célébrer la Résurrection du Seigneur. « Quand deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». Et c’est toujours aujourd’hui que le Ciel travaille, avec et par l’Eglise, à « rassembler » tous les hommes « des quatre coins du monde », car « Dieu veut qu’ils soient tous sauvés » (1Tm 2,3-6).




32ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Fin du monde

Mc 13, 24-32

Vous connaissez, frères et sœurs, le proverbe : “Un arbre qui tombe fait plus de bruit que toute la forêt qui pousse”. Dans cet Evangile de Marc, ce que Jésus annonce, ce n’est pas seulement un arbre qui tombe, ce sont les étoiles qui tomberont du ciel, le soleil et la lune qui perdront leur éclat et les puissances célestes qui seront ébranlées. Seulement, nous devinons bien que Jésus parle ici par images, comme on le faisait souvent, à son époque, quand on voulait parler des catastrophes : guerres, persécutions, déportations.

Pensons aujourd’hui à tous les soubresauts, détresses, conflits que les médias nous rapportent chaque jour, on se demande alors : « Où est Dieu là-dedans ? Que fait-il ? Où allons-nous ? »

Tout cela, c’est l’arbre qui tombe en faisant beaucoup de bruit.

Mais dans la seconde partie de l’Evangile, Jésus attire notre attention sur toute la forêt qui pousse en silence : « Regardez le figuier : dès que ses branches deviennent tendres, vous savez que l’été est proche ; il est là, à votre porte ».

Autrement dit, au milieu des détresses, calamités et bouleversements de toutes sortes, ne vous effrayez pas, ce ne sera pas la mort de l’univers, ni le retour au néant, mais ce seront les signes d’un monde nouveau en train de naître en silence, comme un merveilleux printemps !

Tout ce qui aura précédé n’aura été que douleurs d’enfantement. « Quand une maman enfante, disait Jésus, elle est dans les douleurs, mais quand elle a mis au monde son enfant, elle est tout à la joie de serrer dans ses bras son nouveau-né ».

Les douleurs n’ont qu’un temps, elles passent. Le monde présent passera, si beau soit-il, pour qu’advienne un monde tout neuf, une nouvelle création.

Nous sommes en marche, le monde est en marche vers le but pour lequel Dieu a créé toutes choses. C’est d’ailleurs ce que nous chantons à la consécration : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta Résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire! » Oui, aussi sûrement que le printemps, puis l’été reviennent chaque année, le Seigneur reviendra rénover toutes choses.

Après avoir lu cet Evangile, il y a, me semble-t-il, des recommandations à faire.

D’abord, ne nous affolons pas, quoiqu’il arrive ! C’est vrai : la vie n’est pas un long fleuve tranquille, l’histoire du monde non plus, elle ressemble souvent à un torrent tumultueux et dévastateur. Pourquoi ? Parce que ce monde actuel est un monde inachevé et que notre vie actuelle n’est pas notre vie définitive.

Quand la vie nous apparaît sous un aspect tragique, il ne faut pas nous étonner. Ici-bas, tout est provisoire. Nous-mêmes, nous sommes fragiles, nous le savons bien. IL y a le meilleur et il y a le pire. La vie est un combat qui demande courage et persévérance.

Le monde ne se construit pas sans efforts : le monde de Dieu, non plus !

Pour progresser, pour nous construire nous-mêmes, il faut faire les renoncements nécessaires. Les sportifs le savent : pour réussir, il faut s’entraîner, se dépasser ; à plus forte raison, dans la vie chrétienne.

Bref, quoiqu’il arrive, ne nous affolons pas, gardons confiance et réveillons l’espérance de ceux qui s’affolent.

Sachons aussi préparer les signes du Monde Nouveau qui se construit dès maintenant, ici-bas et travaillons dans ce sens : se mettre au service des malheureux, partager avec les démunis, accueillir, pardonner, rétablir la paix et l’amitié, agir dans un esprit de justice et d’amour.

Tout ça, bien sûr, ça ne fait pas beaucoup de bruit, on n’en parle pas à la télé mais ce sont les bourgeons du Royaume de Dieu qui commencent à s’ouvrir :

 – c’est la forêt qui pousse en silence,

– c’est la brise de l’Esprit-Saint qui vient nous animer,

– c’est le plan de Dieu qui commence à se réaliser.

Jésus revient : il est là, à notre porte. « Attention ! Sois attentif, je suis là près de toi ! » Ai-je assez de foi pour croire à cette parole de Jésus : « Tout ce que vous aurez fait à l’un de ces petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous le faites ».

Vais-je prendre au sérieux cette question, cette seule question, au moment où Dieu pèsera ma vie :

« M’as-tu reconnu, accueilli, aidé, aimé dans cet homme affamé, sans logement, malade ou prisonnier ?

Si Jésus me demande aujourd’hui d’être attentif à sa venue, c’est parce que, déjà, il se tient à ma porte comme Lazare se tenait à la porte du riche, si proche mais si loin de son esprit et de ses yeux. Est-ce-que je sais reconnaître l’appel de Dieu dans les cris des pauvres qui me parviennent à travers ma porte ? Ouvrirai-je la porte à Dieu ?

Vais-je rester spectateur béat de ce Royaume qui se construit ou devenir un acteur engagé pour la faire grandir comme la forêt en pleine croissance ?

Quand vous avez l’impression que tout va mal, levez les yeux vers celui qui y est passé avant vous : Jésus.

C’est sur la Croix, qui semblait son échec définitif, que le Christ fut vainqueur, comme sa Résurrection l’a prouvé. Il l’avait annoncé lui-même en se comparant à la semence : « Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits ».

La mort de Jésus le Vendredi Saint et sa Résurrection le jour de Pâques, ça ne fait qu’un. De même, dans notre vie de chrétien, il y a un lien mystérieux entre nos détresses ou combats de chaque jour et ce qui en résulte ensuite, souvent par la suite comme une renaissance, une résurrection. Il ne faut jamais croire que tout est perdu, ni qu’on est plus bon à rien : on peut toujours renaître.

Lorsque quelqu’un a un abcès, on ne se contente pas de mettre un simple sparadrap. Le seul remède efficace, c’est, quand il est mûr, de crever cet abcès. Dans notre humanité, des abcès mûrissent en pleine chair : solitude, fatalisme, injustice, alcoolisme, drogue, assistanat, chômage, prostitution, manque de logement.

Un chrétien ne peut pas rester indifférent devant la misère. La solidarité, a rappelé le Pape, est une obligation. Le signe par lequel on reconnaîtra que nous sommes ses disciples, c’est à l’amour que nous nous portons. La messe nous le rappelle : elle rappelle le mystère de mort, du mal, de la misère que le Christ a porté avec la Croix pour aller jusqu’au jour de Pâques, jusqu’à sa Résurrection, jusqu’au Monde Nouveau.

La misère, la solitude, la détresse : Jésus y est passé avant nous. Rappelez-vous son agonie à Gethsémani. Quand la tempête semble nous submerger, prêtons l’oreille au Seigneur : il est là, tout proche et nous dit : « N’aie pas peur, reprends courage, tiens bon, je suis avec toi ! » AMEN




32ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Marc 12, 38-44)

 « Les veuves et leur indigence. »

 

De tout temps, Dieu a une attention particulière pour les veuves, presque toujours associées aux orphelins. Déjà dans le Deutéronome on en parle : « [Le Seigneur votre Dieu] rend justice à l’orphelin et à la veuve. » (Dt 10,18) et nombre de psaumes parlent de Dieu qui « soutient la veuve et l’orphelin ».

Dans les textes de ce jour, deux veuves.

Dans la première lecture, Elie est envoyé à une veuve à qui il demande un peu d’eau et un morceau de pain ; Elle lui donne de l’eau, mais le pain, elle n’en a pas, seulement un peu de farine et un peu d’huile qu’elle veut préparer pour son fils et elle, avant de mourir. Mais Dieu souffle à Elie la promesse que, si elle lui donne du pain, elle aura toujours de la farine et de l’huile. Ce qu’elle fait, et Dieu apporte la vie à cette famille durant tout le temps de la famine.

Dans l’évangile, Jésus enseigne dans le temple. Il dit à la foule de se méfier des scribes, qui ont fait des études, savent lire et écrire, mais n’utilisent pas leurs connaissances pour le bien des petits, qui se pavanent, cherchent les premières places à la synagogue (domaine religieux) ou dans les fêtes (domaine civil), voire même utilisent à leur profit les ‘petits’ biens des veuves … puis se rend devant les urnes pour les dons des fidèles ; là, il voit beaucoup de riches mettant de fortes sommes dans les urnes (leur superflu), et une pauvre veuve qui met deux pièces de petites valeurs, « deux fois rien » comme on dit. Il appelle ses disciples et leur dit : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres … Car … elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. ». Cette fois-ci, Jésus, Dieu, n’intervient pas … et si on suit la pensée de Jésus, cette veuve va mourir.

On peut être surpris, voire choqué, que Jésus n’intervienne pas pour aider cette veuve. Il ne lui parle même pas. Pourtant, elle a tout donné pour le temple, pour Dieu …

On pourrait discuter sur l’importance du don : ceux qui donnent beaucoup, leur superflu, pour la ‘parade’, pour ‘se faire bien voir’ … les hypocrites … et ceux qui donnent peu, parce qu’ils ne peuvent pas donner plus dans leur indigence, qui donnent par amour

Mais ceci est le don vu sous la forme de la richesse (Richesse de quoi ???), de la quantité d’argent, de bien ? …

On peut aussi voir le don sous la forme de la qualité : richesse de ce qu’on a … ou richesse de ce qu’on est … ?

Et là, la deuxième lecture nous éclaire : « [Le christ], c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. ». Par sa mort sur la croix, par sa vie donnée pour les hommes, le Christ nous ouvre à la Vie Eternelle. « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » (Jn 10,18). Jésus est déjà dans cette optique de se sacrifier en donnant sa vie pour que nous, nous ayons la Vie.

Sa réflexion sur la veuve, qu’il fait aux disciples qu’il a appelés spécifiquement, est faite pour leur montrer que, comme la veuve qui meurt après avoir tout donner de son bien matériel, lui va mourir après avoir tout donné de lui, sa propre vie.

D’ailleurs, après ce passage, Jésus quitte le temple, et n’y reviendra plus, c’est la mort du temple dans son sens symbolique, présence de Dieu parmi les hommes : « Tu vois ces grandes constructions ? Il ne restera pas ici pierre sur pierre ; tout sera détruit. » (Mc 13,2, soit deux versets après ce texte). On peut faire le parallèle avec le texte de la Samaritaine : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. (…) Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. » (Jn 4,21.23).

Mais si Jésus annonce sa mort comme don de soi pour les hommes, il annonce aussi à ses disciples qu’ils devront faire de même : donner leur vie pour Dieu après avoir annoncé l’Evangile : « Vous, soyez sur vos gardes ; on vous livrera aux tribunaux et aux synagogues ; on vous frappera, on vous traduira devant des gouverneurs et des rois à cause de moi ; ce sera pour eux un témoignage. Mais il faut d’abord que l’Évangile soit proclamé à toutes les nations. » (Mc 13,9-10). Et cette vie donnée pour Dieu leur permettra de gagner la vraie Vie : « Vous serez détestés de tous à cause de mon nom. Mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. » (Mc 13,13).

On ne peut manquer de faire référence au texte des Béatitudes qu’on a entendu à la Toussaint : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5,11-12).

Et ce que Jésus demande à ses disciples, c’est à nous aussi qu’il le demande, nous qui sommes ses disciples d’aujourd’hui : Donner.

Donner, non pas tant ce que l’on a, au risque de passer pour (ou d’être) des hypocrites, mais de donner ce que l’on est, depuis notre baptême, ou ce que l’on devrait être : des témoins de Jésus-Christ, prêtres, prophètes et rois, … se donner, totalement, comme le Christ, par amour…

Et qu’est-ce que l’amour ?

« Aimer, c’est tout donner, et se donner soi-même. » (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus).

Seigneur Jésus,

Souvent quand on parle de la charité,

on pense qu’il nous faut donner

de l’argent, des victuailles, …

mais on ne change notre cœur.

Ce n’est pas ce que tu veux :

tu veux que nous nous donnions,

comme toi tu l’as fait pour nous …

Et cela change tout …

 

Francis Cousin

 

 

 

 

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32ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Les 2 veuves

Mc 12, 38-44

 

Aujourd’hui encore, mes frères, le parallélisme est frappant entre les deux lectures de notre liturgie de la Parole : dans les deux cas, il s’agit d’une veuve, pauvre, qui ne se contente pas de faire l’aumône avec un peu de superflu mais qui, toutes deux, donnent de leur nécessaire, de ce qui leur est absolument indispensable pour vivre, et même pour continuer à vivre. Leur don n’est pas le résultat d’un surplus, de quelque chose que l’on a mis de côté pour les autres, mais atteint de plein fouet leur minimum vital et quand je dis “minimum vital”, je ne parle pas de ce qui est calculé par notre société de consommation pour vivre décemment, mais de ce minimum requis pour continuer à vivre le lendemain, tout simplement pour survivre.

Si l’on est d’un naturel généreux, il est relativement facile de donner tout ce qui ne nous est pas absolument nécessaire et l’on sait par exemple que les Français ont bon cœur pour envoyer des couvertures à Madagascar, faire vider leurs greniers ou leurs caves par les compagnons d’Emmaüs, dégorger leurs armoires en faisant des cartons de linge ou de vêtements pour le Secours Catholique.

Loin de moi, mes frères, de critiquer ou de soupçonner ce genre de charité sans aller jusqu’à dire qu’il nous rend service, sinon matériellement, du moins pour nous donner bonne conscience.
Avouons, que très souvent, il ne nous a pas trop gêné et ne nous a pas fait trop mal. Nous sommes, hélas, dans un monde où les gens, à quelques centaines de kilomètres les uns des autres, sont, les uns, trop maigres parce qu’ils ne peuvent pas manger, les autres, très maigres parce qu’ils se mettent au régime pour garder la ligne. Les uns voudraient bien un peu plus, les autres se méfient du “beaucoup trop”. Vous me direz que, dans ce cas, le résultat est le même et que tous ont la “ligne”, soit par défaut, soit par excès.

Mais, le cœur, là-dedans ? La générosité ? Le souci des autres, y trouvent-ils leur compte ? La veuve de Sarepta va puiser ses dernières gouttes d’eau et d’huile, en pleine période de sécheresse pour Elie, un étranger de passage, un homme qu’elle ne connaît pas. Puis il lui demande du pain, elle n’en a plus, sinon une poignée de farine et un reste d’huile dans un fond de vase « Eh bien soit… tu mangeras et ensuite nous mourrons ».

Quant à la veuve de l’Evangile, Jésus remarque : « Elle a tout donné, tout ce qu’elle a pour vivre ».

Dans les deux cas, il s’agit d’une offrande qui engage la vie de celui qui offre, offrande qui devient sacrifice de soi, risque de son existence même, mise en jeu de tout ce qui nous reste.

« Bienheureux les pauvres », eux seuls savent partager parce que, ce qu’ils donnent, c’est de leur vie même, qu’ils l’ôtent.

L’Evangile nous le rappelle aujourd’hui : en donnant seulement des choses, en le faisant savoir, en faisant “comme on dit” “un geste” sur un coup de cœur ou un coup de mauvaise conscience, nous n’engageons pas notre vie, nous ne nous engageons pas nous-mêmes et même on peut en retirer plus de satisfaction intérieure et d’approbation de soi : c’est encore un don qui est “payant pour nous”. En faisant cela, je peux me rassurer en me disant : « Voilà, tu as été capable de faire cela. Après tout, ce n’est pas si mal ».

« En donnant un peu de mon confort extérieur, je m’assure un peu de mon confort intérieur ». Mes frères… que donnons-nous ? Des choses ? Que faisons-nous ? Des gestes ? Ou bien le “cœur” y est-il engagé ? C’est là le test, la pierre de touche de notre générosité réelle. Suis-je capable de risquer ma vie personnelle ? En donnant : est-ce-que je me donne lorsque je donne aux autres ?

Pour une fois, l’Evangile réjouit la bonne vieille sagesse ordinaire qui dit : « La manière de donner vaut mieux que ce que l’on donne » et même en allant plus loin, on pourrait dire que « la manière de refuser vaut mieux que si l’on donnait n’importe quoi et n’importe comment », car refuser peut être parfois un signe d’amour plus vrai que de céder à une fausse pitié qui n’est qu’une manière de se débarrasser de quelqu’un qui nous gêne.

Permettez-moi, mes frères, de vous citer ce beau texte d’Isabelle Rivière. Il nous révèle que le don est d’abord une affaire de cœur, une affaire de “don de soi” qui nous engage :

« Toute la misère humaine, dit-elle, est faite d’avarice, la misère du corps ; du refus de donner son bien, la misère des âmes ; du refus de donner son temps et son cœur ».

Toutes les souffrances aiguës ou sourdes, toutes les amertumes, les humiliations, les chagrins, les haines, les désespoirs de ce monde sont une faim inapaisée, faim de pain, faim de secours, faim d’amour :

  – depuis le petit garçon qui pleure à gros sanglots parce que sa mère l’a giflé sans raison, jusqu’au trop vieux grand-père que ses petits- fils oublient toujours d’embrasser ;

  – depuis la jeune fille laide qui reste seule dans son coin jusqu’à l’épouse que son mari ne regarde jamais plus, jusqu’à la femme abandonnée qui se jette à la Seine ;

  – depuis l’amie dont l’ami a manqué exprès le rendez-vous jusqu’au garçon de vingt ans qui meurt seul dans son lit d’hôpital pendant que l’infirmière boit du café à la cuisine ;

  – depuis le petit de l’assistance publique jusqu’à l’homme qu’on va exécuter.

Tous ont souffert d’un manque d’amour, d’une lésinerie d’amour. Chacun avait droit à un morceau de la vie et du cœur d’un Autre, que cet Autre lui a refusé. Chacun avait besoin pour vivre de ce qu’un autre a réservé pour soi, qui lui était inutile et qui s’est gâté, faute d’emploi.

On peut donner certes, mais, jamais donner sans se donner. Souvent, on a plus besoin de celui qui donne que de ce qu’il donne. Est-ce-que je m’engage dans mes dons ? Est-ce-que je me donne, dans ce que je donne ?

 

Dans l’Evangile, lisez-le bien, on ne voit jamais Jésus donner quelque chose : il ne faisait pas la charité, il était charité, il était l’amour. Dieu ne donne pas, il se donne, il est inséparable de ses dons. A chaque fois qu’il donne, c’est lui qui s’offre lui-même que ce soit au Baptême, à la réconciliation, à la Communion, à la Croix.

Jésus est toujours don, mais aussi et toujours “Don de soi”. Jésus n’a rien, mais il donne tout en nous donnant sa vie, son Corps, son Sang, tout.

Rappelez-vous aussi ce boiteux qui se tenait à la porte du Temple de Jérusalem alors que passent Pierre et Jean : il mendie, il espère quelque chose. Pierre lui déclare : « Je n’ai rien, mais ce que j’ai, je te le donne ». « Au nom de Jésus, lève-toi et marche ».

« Je n’ai rien », mot de pauvreté, mais ce que j’ai, je te le donne.

C’est la réponse de la veuve de Sarepta à Elie. Ce sont les deux piécettes de la veuve du Temple. C’est aussi la réponse de Jésus à son Père : « Tu n’as voulu ni cadeaux ni sacrifices, alors j’ai dit “Père, me voici pour faire ta volonté” ».

Un chrétien, qu’il soit riche ou qu’il soit pauvre matériellement, doit avant tout donner en se donnant soi-même pour faire la volonté du Père, là où il est, par amour : c’est plus difficile, c’est aussi plus exigeant qu’une donation romantique.

Faire comme Dieu lui-même, là est la liberté, là est la vie.

Tout le reste est étranger au cœur de Dieu. AMEN




32ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 12, 38-44)

 « Elle a tout donné »

(Mc 12,38-44)

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,
les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.
Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.
Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

         

       Notre Evangile commence par une mise en garde : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners ». Ils cherchent à se faire remarquer, ils sont centrés sur eux-mêmes et non sur Dieu… « Ils affectent de prier longuement » mais ce n’est pas l’accomplissement de sa volonté qui les intéresse, mais plutôt leur propre gloire, leur intérêt personnel. Ainsi, au lieu de venir en aide aux pauvres et aux malheureux, « ils dévorent le bien des veuves »… « Méfiez-vous » d’eux pour ne pas devenir, à votre tour, leur proie…

         « Jésus, ayant achevé son enseignement, avait pénétré dans la cour des femmes. Là, à l’intérieur de l’enceinte sacrée, se trouvait le Trésor… D’après la Michna, il y avait treize troncs dans le Temple, pour recueillir les offrandes destinées aux sacrifices offerts pour tout le peuple »… « Une pauvre veuve s’avança et déposa deux piécettes », « les deux plus petites pièces de monnaie qui soient » (P. Lagrange). Aujourd’hui, elle donnerait deux pièces d’un centime d’Euro…

            Par rapport à la foule qui déposait des pièces plus conséquentes, ou aux riches qui, eux, « mettaient de grosses sommes », son offrande est totalement dérisoire… Pour un comptable qui ne cesse d’arrondir ses totaux, elle passerait inaperçue… Et pourtant, nous dit Jésus, c’est elle qui « a mis dans le tronc plus que tout le monde », car « elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Dans la discrétion et l’anonymat de la foule, son geste manifeste la richesse cachée de son cœur, un geste d’autant plus beau qu’il est totalement désintéressé. Il ne visait pas, en effet, une intention personnelle, mais sa simple participation aux « sacrifices offerts pour tout le peuple »… Telle est la seule vraie beauté qui ait réellement du poids en ce monde : celle de l’amour humble et caché qui fait des merveilles dans les circonstances les plus simples de la vie quotidienne… Quel contraste par rapport aux scribes !

            De plus, « si elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre », elle est vraiment « à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,26-28), ce Dieu qui « est Amour », et qui n’est qu’Amour (1Jn 4,8.16). Or, la caractéristique première de l’Amour est de tout donner, tout ce qu’Il Est, tout ce qu’il a (Jn 3,35 ; 16,15 ; 17,10 ; Lc 15,31). En elle, « l’Amour de Dieu est donc vraiment accompli ». Le vrai bonheur est à chercher par là…

DJF

 




Rencontre autour de l’Évangile – 32ième Dimanche du Temps Ordinaire

« Amen, je vous le dis :

cette pauvre veuve a mis dans

le Trésor plus que tous les autres… »

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Mc 12, 38-44)

Jésus est à Jérusalem, pour la dernière fois… La Passion se rapproche, il le sait et il va donner à ses disciples ses derniers enseignements…

Regardons-réfléchissons-méditons

Les scribes : « Ils étaient les spécialistes et interprètes officiels des saintes Ecritures. Au terme de longues études, vers l’âge de 40 ans, on était ordonné scribe, ce qui conférait autorité dans les décisions juridiques » (Xavier Léon Dufour). Jésus dénonce ici les attitudes de certains scribes : que cherchent en fait ceux qui agissent ainsi ? La prière était un des trois grands piliers de la foi juive, avec l’aumône et le jeune. Ils prient, mais prient-ils vraiment ?

            La Loi disait : « Tu ne prendras pas en gage le vêtement de la veuve… Lorsque tu vendangeras ta vigne, tu n’iras rien y grappiller ensuite. Ce qui restera sera pour l’étranger, l’orphelin et la veuve » (Dt 24,17-21). Or que font ici ces spécialistes de la Loi ?

            « Ils seront sévèrement condamnés », par qui, par Dieu ?

            Jésus s’identifie au plus pauvre : «  J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mt 25,35-36). Comme les scribes, nous connaissons ces paroles ; les mettons-nous en pratique ?

 Dans le Temple de Jérusalem Jésus regarde les gens déposer leur offrande. Quand ce geste se fait-il encore aujourd’hui ? Nous arrive-t-il de voir ce que donnent ceux qui nous entourent ? Nous arrive-t-il de les juger en voyant les sommes qu’ils offrent ?

            Les deux piécettes données par la veuve seraient aujourd’hui « deux centimes d’Euro ». Si nous étions témoins d’une telle scène, quelle serait très probablement notre première réaction ? Or Jésus déclare : « Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre ». Mais nous, pouvons-nous savoir cela ? Quel est celui-là seul qui peut le connaître ? Autrement dit, si nous l’avions jugée, notre jugement aurait-il été juste ? Quelle leçon pouvons-nous tirer de cet exemple, et pourquoi ?

Pour l’animateur 

Jésus invite à se « méfier » de certaines attitudes : les vêtements et les salutations qui attirent l’attention sur soi, le choix des premiers rangs dans les synagogues ou des places d’honneur dans les dîners, pour bien montrer que l’on est quelqu’un d’important… Tout cela n’est qu’orgueil et vanité, soif de paraître et d’être vu, remarqué, mis en avant, glorifié… Ces personnes se recherchent elles-mêmes, elles ne pensent qu’à elles sans se préoccuper de Dieu (elles font semblant de prier longuement), ou des autres. Pire, ces scribes sont prêts à exploiter les plus faibles, les veuves, pour leur intérêt personnel…

« Ils seront d’autant plus sévèrement condamnés »… Dieu, Lui, ne juge et ne condamne personne : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3,17). « Dieu veut que tous les hommes », tous, sans aucune exception, « soient sauvés » (1Tm 2,4). Par-delà la mort, dans la Lumière de la Vérité ces personnes ne pourront que voir en face tout ce qu’elles ont fait. Elles auront honte, elles voudront peut-être fuir pour se cacher loin de Dieu… Elles se condamneront ainsi elles-mêmes… Tel est le jugement…

Jésus est dans la salle du Trésor du Temple de Jérusalem, et il voit tous les gens qui déposent leurs offrandes… Il est vrai Dieu ; il connaît par sa relation au Père, le cœur de chacun, ce que nous, nous ignorons… Les riches donnent de grosses sommes, mais elles n’entament en rien leurs richesses. Une pauvre veuve donne deux piécettes, deux centimes d’Euro, et Jésus sait que « c’est tout ce qu’elle avait pour vivre… Elle a tout donné » pour participer elle aussi à la vie du Temple… Les hommes regardent les apparences, Dieu, Lui, regarde le cœur… Il est donc le seul à pouvoir donner un jugement juste, aussi, « ne jugez pas »…

De plus, maintenant que cette femme a tout donné, elle n’a plus rien, comme Jésus qui n’avait pas même « où reposer la tête » (Lc 9,58). Elle manifeste ainsi, à l’extrême, la confiance qu’elle a en Dieu… Il ne l’abandonnera pas… D’une manière ou d’une autre, il lui donnera de recevoir ce qui est nécessaire à sa vie… C’est ce qu’a vécu aussi Jésus, d’où son invitation : « Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et sa justice, et tout vous sera donné par surcroît » (Lc 12,22-34).

 

TA PAROLE DANS NOTRE COEUR

Jésus doux et humble de cœur, Serviteur du Père et des hommes que le Père veut tous sauver, tu te soucies de tes disciples et tu aimerais qu’ils évitent les pièges de l’orgueil, de la vaine gloire, de l’hypocrisie et du mensonge. Et tu es sans cesse avec nous, pour redresser nos pas, nous pousser vers nos frères et nous aider à travailler à leur bien. Et ce n’est qu’en nous oubliant nous-mêmes que nous pourrons pleinement goûter à ta paix et à la joie de te servir dans nos frères…

            Tu nous apprends aussi à ne pas juger sur les apparences, et à reconnaître, dans les circonstances les plus simples de nos vies, ces trésors de délicatesse, de générosité, de courage et d’amour qui peuvent être mis en œuvre par celles et ceux qui nous entourent. Avec eux et par eux, tu continues à faire en sorte que ce monde soit plus humain. Voilà ce qui réjouit ton Cœur et celui de ton Père…

ENSEMBLE PRIONS   

Refrain : « Les mains ouvertes devant toi, Seigneur,

Pour t’offrir le monde !

Les mains ouvertes devant toi, Seigneur,

Notre joie est profonde

            Garde-nous tout petits devant ta Face,

            Simples et purs comme un ruisseau !

            Garde-nous tout petits devant nos frères,

            Et disponibles comme une eau !

Refr.

            Garde-nous tout petits devant ta Face,

            Brûlants d’amour et pleins de joie !

            Garde-nous tout petits devant nos frères,

            Simples chemins devant leur pas !

 

 

 

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31ième Dimanche du Temps Ordinaire – Claude WON FAH HIN

Homélie du dimanche 4 novembre 2018

Marc 12 28–34

Jésus nous a appris que le « Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur ». Et dans tout l’Ancien Testament, Dieu n’a pas cessé, avec l’aide des prophètes, de se révéler comme étant le Dieu unique qui prend soin de son peuple, mais ce peuple à la nuque raide continue de se tourner vers des idoles. Il n’y a donc pas d’autre Dieu que Celui que nous révèle la Bible. A son peuple, Dieu dit (Jg 2,1.2) : « Je ne romprai pas mon alliance avec vous. 2 De votre côté, vous ne conclurez pas d’alliance avec les habitants de ce pays ; mais vous renverserez leurs autels. Or, vous n’avez pas écouté ma voix. Qu’avez-vous fait là ? Eh bien, je le dis : je ne les chasserai pas devant vous. Ils seront pour vous des adversaires et leurs dieux seront pour vous un piège ». C’est ainsi que bon nombre du peuple de Dieu tombent dans le piège de vouloir suivre à la fois Dieu – l’unique – et les idoles. Il est bon de rappeler ce passage sur Elie au Mont Carmel (1 R 18, 22-39) pour les chrétiens qui ne l’ont jamais entendu.

 Dans l’épisode d’Elie au Mont Carmel, Dieu montre sa puissance, tandis que Baal, qui, pour les Juifs, désigne habituellement les « dieux » de la fécondité et de fertilité, reste une idole morte. Elie dit à son peuple : « Jusqu’à quand clocherez-vous des deux jarrets?  (Autrement dit : arrêtez de suivre à la fois Dieu et les idoles). Si Yahvé est Dieu, suivez-le; si c’est Baal, suivez-le (mais il est impossible de suivre les deux en même temps). Et voilà qu’Elie propose aux 450 prophètes de baal un défi : Moi, je reste seul comme prophète de Yahvé, et les prophètes de Baal sont quatre cent cinquante. 23 Donnez-nous deux jeunes taureaux; qu’ils en choisissent un pour eux, qu’ils le dépècent et le placent sur le bois, mais qu’ils n’y mettent pas le feu. Moi, je préparerai l’autre taureau et je le placerai sur le bois et je n’y mettrai pas le feu. 24 Vous invoquerez le nom de votre dieu et moi, j’invoquerai le nom de Yahvé : le dieu qui répondra par le feu, c’est lui qui est Dieu.  Tout le peuple répondit :  C’est bien. 25 Élie dit alors aux prophètes de Baal :  Choisissez-vous un taureau et commencez, car vous êtes les plus nombreux. Invoquez le nom de votre dieu, mais ne mettez pas le feu.

26 Ils prirent le taureau, …le préparèrent, et ils invoquèrent le nom de Baal, depuis le matin jusqu’à midi, en disant :  O Baal, réponds-nous!  Mais il n’y eut ni voix ni réponse; et ils dansaient en pliant le genou devant l’autel qu’ils avaient fait. 27 À midi, Élie se moqua d’eux et dit :  Criez plus fort, car c’est un dieu (en réalité : une idole) : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage; peut-être il dort et il se réveillera! 28 Ils crièrent plus fort et ils se tailladèrent, selon leur coutume, avec des épées et des lances jusqu’à l’effusion du sang. 29 Quand midi fut passé, ils se mirent à vaticiner (= prophétiser avec emphase, avec exagération dans le ton et dans les gestes) jusqu’à l’heure de la présentation de l’offrande, mais il n’y eut aucune voix, ni réponse, ni signe d’attention (tout simplement parce que Baal n’est pas Dieu mais une simple idole) 30 Alors Élie dit à tout le peuple :  Approchez-vous de moi ; et tout le peuple s’approcha de lui. Il répara l’autel de Yahvé qui avait été démoli …32 et il construisit un autel au nom de Yahvé. … 33 Il disposa le bois, dépeça le taureau et le plaça sur le bois.  34 Puis il dit :  Emplissez quatre jarres d’eau et versez-les sur l’holocauste et sur le bois ; il dit :  Doublez, et ils doublèrent; il dit :  Triplez, et ils triplèrent. 35 L’eau se répandit autour de l’autel et même le canal fut rempli d’eau. 36 À l’heure où l’on présente l’offrande, Élie le prophète s’approcha et dit :  Yahvé, Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, qu’on sache aujourd’hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur et que c’est par ton ordre que j’ai accompli toutes ces choses. 37 Réponds-moi, Yahvé, réponds-moi, pour que ce peuple sache que c’est toi, Yahvé, qui es Dieu et qui convertis leur cœur! 38 Et le feu de Yahvé tomba et dévora l’holocauste et le bois, les pierres et la terre, et il absorba l’eau qui était dans le canal. 39 Tout le peuple le vit; les gens tombèrent la face contre terre et dirent :  C’est Yahvé qui est Dieu! C’est Yahvé qui est Dieu! ».

 

De même, Jonas qui avait désobéi à Dieu en refusant d’aller à Ninive a pu montrer que les prières des matelots qui avaient peur de la tempête ne servaient à rien parce qu’ils s’adressaient eux aussi à des idoles. La tempête s’apaise seulement lorsque les matelots envoyèrent Jonas en pleine mer car c’est à cause du « Dieu de Jonas » que la tempête a eu lieu. Il est impossible de suivre Dieu et les idoles à la fois, il est impossible d’être dans deux religions à la fois. Faire la sourde oreille n’arrangera pas la situation de ceux qui le font.

Jésus nous donne deux commandements. Le premier c’est : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur, 30 et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. 31 Voici le second: Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Non seulement, il faut choisir le Dieu unique que Jésus nous a fait connaître, il faut encore l’aimer. Choisir Dieu est une chose, l’aimer c’est autre chose. Si Jésus nous dit : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force », c’est que justement que bon nombre de chrétiens ne le font pas. On l’aime, mais un peu seulement, il ne faut que cela nous dérange trop. Une heure de messe par semaine, si ce n’est pas une fois par an, ou une heure d’adoration par mois suffira. Sainte Mère Térésa disait qu’il fallait revenir à l’Eucharistie et à l’adoration (« L’Eucharistie à l’école des saints » – P.23). La règle, dans sa communauté, ordonnait une heure d’adoration par semaine devant le saint sacrement, soit quatre heures par mois. D’un commun accord, les sœurs de sa communauté ont décidé avec Mère Térésa d’établir une heure d’adoration par jour, soit trente heures par mois. Et malgré les nombreuses activités quotidiennes, avec les lépreux, les malades, les enfants abandonnés, elles ont maintenu une heure d’adoration par jour. Constat final de sainte Mère Térésa : « depuis que nous avons introduit cette modification dans notre emploi du temps, notre amour pour Jésus est devenu plus intime, plus éclairé. Notre amour réciproque est plus compréhensif, il règne entre nous une entente plus affectueuse, nous aimons davantage nos pauvres et, chose encore plus surprenante, le nombre de vocations a doublé chez nous ». Il est alors facile de comprendre que plus on est en présence de Dieu qui n’est qu’Amour, plus on l’aimera. C’est en le fréquentant le plus souvent possible qu’on s’expose à son amour, à ses grâces, à ses bénédictions, et qu’on finira par le connaître, l’aimer et même être à son image. Etre à son exemple, chargé de son amour, de sa patience, de son humilité, afin de mieux porter sa croix et de se tourner à notre tour vers le prochain. Car l’amour Dieu ne se fera pas sans porter nous-mêmes la croix. Padre Pio nous le dit à plusieurs reprises : « Ce serait une grossière erreur de concevoir l’amour de Dieu sans la Croix. La Croix, c’est toujours le chemin le plus sûr pour aller vers Dieu. Veillons à ne pas séparer la Croix de l’amour pour Jésus. Lorsque Dieu appelle une âme à le rejoindre, c’est toujours pour la fixer avec Lui sur la Croix… ». Faut-il alors en avoir peur ? car on veut bien aimer Dieu mais non porter la croix car il est, pour nous, signe de souffrance.

D’abord Dieu ne se venge jamais. L’Abbé Pierre Descouvemont nous dit (« Guide des difficultés de la foi catholique – Cerf – P.396) : « nous réparons tous nos manques de foi, d’espérance et d’amour, lorsque, plongés dans la souffrance, nous L’écoutons nous redire son amour. Ce qui lui plaît, c’est notre foi inébranlable en sa tendresse…, (et P.51 🙂 c’est la foi que nous gardons en l’Amour du Père, alors que nous sommes en proie à la souffrance physique ou morale : cette foi à toute épreuve bouleverse en quelque sorte le cœur du Père et mérite à ses yeux le salut de nos frères. Il va sans dire que ce qui plaît à Dieu, ce n’est pas la souffrance de ses enfants, mais la confiance qu’ils gardent en Lui envers et contre tout », et peu importe ce qu’il peut avoir comme malheur, il doit garder confiance en Dieu, en sa Miséricorde.

Ensuite, il ne s’agit pas d’attendre d’être en souffrance pour porter notre croix. « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même et qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de l’Evangile la sauvera » (M 8, 34-9, 1). Jésus ne parle pas ici de souffrance, mais de porter sa croix pour pouvoir le suivre. Il ne parle pas de supplice, mais de porter sa croix en se reniant soi-même, en perdant sa vie (la vie mondaine) à cause de l’Evangile, de la Parole de Dieu. Autrement dit de changer de direction à 180 degrés : ne venons de Dieu et nous retournons à Dieu. Père Bernard Sesboüé, Jésuite, théologien très connu, nous dit : « Porter sa croix apparaît ici comme la manière nécessaire de « suivre Jésus ». « Le faire exige un renoncement à soi-même, … et conduit à « perdre sa vie ». Suivre le Christ est une invitation exigeante à renoncer aux images illu­soires de nous-mêmes qui sont le fruit de notre imagination. Nous cherchons tous plus ou moins à nous dérober à notre vérité (autrement dit, nous sommes incapables de reconnaitre que nous sommes pécheurs). Notre culture développe un réseau d’images dans les­quelles nous voulons paraître (on se croit toujours mieux que les autres). L’exaltation du moi se traduira alors par la sous-estimation, voire l’écrasement des autres. Vivre comme Jésus, c’est renoncer à toute illusion sur soi-même et se donner aux autres ». Et lui-même cite Saint Augustin (P.293) : « l’élément de souffrance n’est même pas mentionné. Le vrai sacrifice, c’est tout ce que nous faisons de bien pour Dieu et pour notre prochain pendant toute notre vie, afin de vivre dans une communion qui nous rende heureux » (“La cité de Dieu”, X, 6; trad. G.Combès, B.A. 34, p.445). La souffrance qui appartient aussi au sacrifice ne vient qu’en second lieu. En raison du péché, nous avons des attachements déréglés au monde créé, nous sommes devenus menteurs et violents, nous ne maîtrisons plus nos désirs et il nous faut lutter pour tout remettre dans la droiture de notre don à Dieu ».

Porter notre croix, c’est justement cette lutte contre soi-même, lutte intérieure pour tout remettre dans la droiture de notre don à Dieu. Il faut tout faire pour nous débarrasser du vieil homme que nous sommes…au milieu du monde de péchés, et revêtir l’homme nouveau dans le Christ Amour. Et les résultats se verront dans la bienveillance que nous devons avoir envers les uns et les autres. N’ayons pas peur de porter notre croix dès maintenant, de choisir Dieu plutôt que la vie mondaine, car, par les mérites de Jésus-Christ, et avec l’aide de Marie, nous sommes tous capables de puiser nos forces dans l’adoration du Seigneur pour suivre et aimer le Dieu unique et aimer le prochain.




Solennité de la Toussaint – par Francis COUSIN (Matth 5, 1-12)

« Ils ont lavé leurs robes,

ils les ont blanchies dans le sang de l’Agneau »

 

Maintenant, on parlerait de costumes blancs pour les hommes … mais à l’époque, le vêtement de cérémonie était la robe pour tout le monde.

Mais qui sont ces personnes dont on parle, qui sont devant le trône (de Dieu) et devant l’Agneau (c’est-à-dire devant le Fils de Dieu, Jésus-Christ) ? Ce ne sont pas seulement les 144 000 marqués du sceau, auxquels certains voudraient voir limité le nombre des personnes qui seront au Paradis. Au contraire, c’est « une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. »

Dieu aime tous les hommes depuis la Création, et ce qu’il veut par-dessus tout, c’est qu’ils puissent tous être présents dans son Paradis pour le louer et lui rendre grâce : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! ».

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » (Jn 3,16), et c’est Jésus qui est celui qui nous montre le chemin de vie, le chemin vers son Père : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jn 14,6), obéissant ainsi à son Père : « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. » (Jn 6,38-39).

Quand Jésus est mort sur le croix, lui, « l’Agneau de Dieu » (cf Jn 1,29), il était couvert de sang après la flagellation, mais ici c’est surtout le sang qui a coulé quand le soldat romain lui transperça le côté : « et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. » (Jn 19.34). Le sang qui coule représente la mort de l’homme, et en même temps l’eau représente l’eau vive, l’eau de la Vie Eternelle.

Blanchir sa robe dans le sang de l’Agneau signifie donc être tellement proche du Christ Agneau qu’on se confond avec lui, qu’on revêt le Christ : on meurt à l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau dans la Vie Eternelle.

Comment y arriver ?

Vivre selon l’évangile, dont la quintessence nous est livrée au début de l’évangile de Matthieu, dans ce qu’on appelle les béatitudes, l’évangile de ce jour.

Neuf phrases qui ont parfois choqué parce que mal comprise, qui sont un chemin vers Dieu.

Et c’est bien dit de manière claire : par deux fois la phrase « Le royaume des Cieux est à  eux » ( v. 3 et 10), « Ils verront Dieu » (v. 8), « Votre récompense est grande dans les Cieux » (v. 12).

Un texte qui est toujours d’actualité.

En effet, la dernière exhortation apostolique du pape François sur l’appel à la sainteté, « Gaudete et Exsultate », commence par la dernière phrase des Béatitudes : « Soyez dans la joie et l’allégresse … », et rappelle que « le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4). » (GE 2).

Dans cette exhortation, le pape consacre tout un chapitre (le troisième) à la mise en œuvre des Béatitudes actualisés à notre temps.

Ce chapitre commence ainsi : « Si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des Béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies.

Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur. » (GE 63-64)

Et je pense que nous nous posons tous cette question dont parle le pape.

Donc lisons, ou relisons, ce chapitre trois de « Gaudete et Exsultate ». (Le reste aussi !!!).

Seigneur Jésus,

nous vénérons tous les saints

que nous fêtons aujourd’hui,

ceux connus et ceux inconnus.

Nous sommes tous appelés à la sainteté,

mais nous ne savons pas comment faire,

nous nous en sentons indignes…

Le pape (et Toi) nous dit qu’il suffit

de vivre les Béatitudes …

Essayons … avec ton aide !

 

Francis Cousin

 

Pour accéder à cette prière et à son illustration cliquer sur le titre suivant : Prière Toussaint B A6