2ième Dimanche de l’Avent – Claude WON FAH HIN

 

2ème dimanche de l’Avent – Marc 1 1–8 – Année B

 

Le temps de l’Avent célèbre simultanément la venue du Christ à Bethléem, il y a deux mille ans, donc son incarnation, sa naissance et pour employer un langage populaire, c’est la préparation de Noël, et c’est aussi l’attente du second avènement, c’est-à-dire le retour du Christ à la fin des temps.  La plupart des gens d’aujourd’hui ne pense plus au retour du Christ, bien qu’il soit mentionné en de nombreux passages de la Bible. Et à l’époque de Pierre, des détracteurs commencent à décourager les fidèles en se moquant d’eux et en semant le doute, en accusant le Seigneur de retarder ce qu’il a promis, laissant ainsi entendre qu’en fin de compte, Il ne tiendra pas sa promesse. Or, pour Dieu, un jour est comme mille ans et mille ans est comme un jour. Cela signifie que Dieu peut présenter une chose comme très proche et parce que nous sommes dans le temps, nous allons comprendre que ce qu’il a promis cela va se faire assez rapidement, de notre vivant, alors que Dieu peut effectivement prendre son temps pour réaliser ce qu’Il a promis puisque, pour Dieu, un jour est comme mille ans. Lorsque pour nous c’est mille ans, pour Dieu c’est toujours « aujourd’hui ». Pour Dieu, il n’y a donc pas de retard dans l’accomplissement de ses promesses. Par contre ce qui est compris comme un retard chez les hommes n’est en réalité rien d’autre que la Miséricorde de Dieu. Puisque les hommes « ont la nuque raide », puisqu’ils continuent de se complaire dans le péché, qu’ils ne désirent pas au fond d’eux-mêmes se mettre véritablement à la suite de Dieu, Dieu retarde la seconde venue du Christ sur terre. A nos yeux, Dieu prend son temps pour le retour du Christ, non pas parce qu’il ne veut pas accomplir sa promesse mais parce qu’il attend que chacun de nous se convertisse (2P 3,9) : « il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir ». Le Seigneur dans sa grande miséricorde se montre patient envers nous. Il attend que nous soyons tous convertis afin que tous soient sauvés au moment de sa seconde venue sur terre. Mais comme personne ne connaît le moment du retour, il est sage de se convertir sérieusement et au plus vite. C’est dès maintenant qu’il faut se décider de changer afin de plaire au Christ et de faire sa volonté. Et ce qu’Il veut c’est que « nous aimons Dieu et notre prochain ». Et dans les deux cas, il s’agit de s’oublier soi-même et d’agir pour Dieu, pour la gloire de Dieu et en faveur du prochain. A chacun de voir comment il agit dans tout ce qu’il fait. Faire la volonté de Dieu, c’est-à-dire appliquer ses commandements d’amour doit être la première de nos préoccupations.

J’envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route. Jean Baptiste est ce messager qui prépare la route à la venue du Seigneur : « vient derrière moi Celui qui est plus fort que moi ». Et le lieu choisi n’est pas forcément là où il y a le plus de monde, c’est le désert. Il est la « voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». La signification spirituelle de la notion du « désert », ce sont les « moments de solitude dans la prière, de réflexion, de méditation, d’effort pour se désencombrer de l’inutile ». La rencontre du Seigneur se fait dans le désert, c’est-à-dire retiré du monde même si on se trouve au milieu du monde, dans la solitude de la prière, dans le secret de la méditation, dans l’étude persévérante de la parole de Dieu, dans le silence de la contemplation, dans la joie secrète de s’abandonner à Dieu et de se vider de sa propre volonté afin de lui laisser toute sa place dans notre cœur pour que sa divine volonté s’accomplisse en nous. « Se retirer du monde au milieu du monde », « solitude de la prière », « secret de la méditation », « silence de la contemplation », toutes ces expressions indiquent que le rencontre avec le Seigneur se fait intérieurement en nous, dans le secret du cœur, et non pas sur l’apparence extérieure de « nos » actions. C’est à l’intérieur de nous-mêmes que nous devons « aplanir une route pour notre Dieu », que nous devons raser la montagne d’orgueil et d’égoïsme qui sont en nous, bien aplanir au rouleau compresseur nos péchés, nos langues qui sèment la zizanie, comme le dit souvent notre Pape François, écraser nos ambitions personnelles pour faire grandir l’Eglise, le bien commun, au sein de chaque groupe, de chaque communauté ou de chaque paroisse. Il nous faut aussi combler toute vallée, combler nos ignorances en renforçant nos connaissances de Dieu (plus nous connaissons Dieu, plus nous l’aimerons parce qu’en Lui, il n’y a pas de défauts) et ainsi éloigner de nous toutes sortes de superstitions ou de mal croyance des vérités divines et de l’Eglise, accepter de sacrifier son orgueil pour plaire au Seigneur en lui laissant toute la place dans notre cœur. C’est notre cœur qu’il faut aplanir afin d’y faire une route pour le Seigneur. C’est notre cœur qu’il faut combler avec la connaissance des vérités divines et l’amour de Dieu et non pas avec des ambitions personnelles et secrètes. C’est notre cœur que nous devons surveiller, et non pas ceux des autres, afin de le purifier et garder un lien constant avec le Seigneur et ne jamais s’éloigner de Lui. Car c’est seulement lorsque nous arriverons à garder constamment le lien avec le Seigneur, c’est-à-dire l’amour de Dieu en nous, que nous pouvons sans dommage nous tourner vers les autres afin de partager avec eux l’amour reçu de Dieu en notre cœur. Sinon, nous sèmerons plus de dégâts chez les autres même si nous n’en avons pas toujours conscience. C’est pourquoi, c’est notre cœur qu’il faut travailler afin de le libérer des péchés, qu’il devienne une route bien aplanie et bien propre pour Dieu, pour qu’il puisse le recevoir plus facilement, pour qu’il devienne plus accessible à Dieu.

Une des grandes grâces reçues au désert, c’est de comprendre que l’homme dépend de Dieu, que sans Lui on ne peut rien faire et donc qu’il faut tout faire pour que l’on reste dans la grâce de Dieu. C’est tout l’enseignement de l’Eglise qui se résume à dire qu’il faut « rester dans l’amour du Christ », ce qui nous ramène au premier commandement : « Tu adoreras Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout ». C’est pourquoi, Jean Baptiste proclame un baptême pour la rémission des péchés pour être purifié et cette purification nous justifie, nous aligne sur Dieu, nous remet dans l’amour de Dieu et donc nous remet en lien avec Dieu. Mais il ne suffit pas d’être purifié un jour, il faut désirer constamment, avec la grâce de Dieu, enlever le mal qui se trouve en chacun de nous – pas chez les autres –  et c’est par la prière qu’on le fait. Si vous voulez enlever le mal chez les autres, vous pouvez le faire mais avec la langue, mais avec la prière, le jeûne, les messes et les sacrements. Et ce qu’a fait Jean Baptiste. Il n’a pas passé son temps à critiquer les gens, à dénicher leurs défauts, mais leur a dit qu’il faut se convertir par le baptême. Bien sûr son baptême n’a pas la même valeur que le baptême enseigné par Jésus, il en est parfaitement conscient, quand il dit Mc 1,8 : « Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau, mais Lui vous baptisera avec l’Esprit Saint ». Jn3,3.5 : 3 Jésus lui répondit :  En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu.  5 … à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu ».

Naître d’eau et d’Esprit :

  • L’eau: On sait d’où elle vient et où elle va. L’eau ne va pas là où elle veut : elle suit les pentes et les ravines. C’est déjà insinuer que le baptême d’eau est forcément limité puisque l’eau ne va pas, par exemple, dans des lieux bien abrités sur les hauteurs. 

  • L’Esprit : Il est représenté par le souffle du vent et est totalement libre. L’esprit ne souffle pas que sur les eaux (Gn 1,2), il souffle où il veut. Autrement dit, l’action divine ne se limite pas seulement aux chrétiens, à ceux qui reçoivent les sacrements. L’Esprit de Dieu souffle aussi sur les non-chrétiens, les musulmans, les bouddhistes, les athées (parabole du Semeur), et sur tous ceux qui ne connaissent pas Dieu. Et Dieu veut que « tous les hommes soient sauvés» (1Tm 2 ,4). Le salut est donc offert à tous. Ep 2,8 : « Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ». Reste à savoir si chacun de nous veut être sauvé ou non.

  • En Jn 5,5-6, Jésus demande à une personne qui est infirme depuis trente-huit ans : « Veux-tu guérir ? ». A première vue, la question ne se pose pas, c’est l’évidence même qu’une personne malade même avec une simple toux voudrait guérir au plus vite. Mais cette question nous permet de comprendre que Jésus ne guérit pas de force sans l’avis des malades. Il veut notre coopération, notre accord. Il en est de même pour le salut. Dieu ne nous sauvera pas sans notre accord. Et notre accord implique nous appliquons les commandements de Dieu.

  • Des questions se posent alors et qui pourraient intéresser bon nombre de personnes :  

    • Ceux qui ne seront jamais baptisés, ceux qui ne connaîtront jamais le Christ, peuvent-ils être sauvés ?

      • Réponse : Oui !

    • Comment seront-ils sauvés ?

      • Réponse : encore par le baptême.

En fait, il y a « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4,5). Un seul baptême, mais 3 formes de ce même baptême[1] :

  • Le baptême d’eau et d’Esprit: c’est le baptême rituel qu’on fait dans l’Eglise.

  • Le baptême de sang: le martyr. Ceux qui sont martyrisés en raison de la foi, sans avoir reçu le baptême, sont baptisés par leur mort violente pour et avec le Christ. C’est le baptême qu’a vécu Jésus dans sa Passion. C’est le type même du baptême : Jésus donne sa vie pour sauver les pécheurs. C’est le vrai baptême de Jésus différent de celui reçu de Jean Baptiste parce que mourir pour sauver une vie, c’est le sommet de l’amour.

  • Le baptême de désir.

  • Lumen Gentium § 16: …Ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel [33]. À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut.

  • Gaudium et Spes 22-5: C’est le baptême de sincérité. « Cela (= le salut) ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce [38]. En effet, puisque le Christ est mort pour tous [39] et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal ». Grâce au sacrifice unique du Christ, tous les êtres humains peuvent donc bénéficier de la Miséricorde de Dieu, à condition qu’ils se montrent de bonne volonté dans le cœur desquels agit la grâce divine.

Ainsi, tout homme qui, ignorant l’Evangile du Christ et son Eglise, cherche, malgré tout, la vérité (la lumière, la sagesse, la paix) avec l’aide de la grâce, et fait la volonté de Dieu, autant qu’il la connaît, peut être sauvé. C’est le baptême de l’Esprit seul qui souffle où il veut et inspire à qui il veut, un commencement de bonne volonté. Il atteint tous ceux qui ne refusent pas obstinément ce qui leur parvient de lumière. Prions avec Marie pour qu’aucun être humain ne refuse Dieu.

[1] « CROIRE » – « Vivre la Foi dans les sacrements » – Th. Rey-Mermet – Droguet & Ardent – P.66.

 

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