1er dimanche de Carême – par Francis COUSIN

Évangile selon saint Marc 1, 12-15

 

Tentation et Conversion

 

L’évangile de ce premier dimanche de carême, très court, rassemble deux événements qui se suivent dans le récit de Marc, mais qui sont habituellement séparés dans la logique du plan de l’évangile de Marc : l’épisode du désert terminant le prologue du texte, et le deuxième épisode commençant la prédication de Jésus.

Dans la première partie, dans le désert, on ne retrouve pas dans le texte de Marc les trois tentations et les dialogues entre Satan et Jésus, que l’on trouve chez Matthieu et Luc. Le texte est très concis. Et surtout, on a l’impression de Jésus subit les événements : il est poussé (littéralement ’jeté dehors’) par l’Esprit, il est tenté par Satan, il est servi par les anges au milieu des bêtes sauvages …

La notion de désert, lieu de manque, de solitude mais aussi d’introspection sur soi-même et sur son avenir, de recherche d’un autre (que l’on peut appeler Dieu), associée avec le nombre quarante, fait bien évidemment penser à l’Exode du peuple Hébreux chassé d’Égypte par Pharaon, avec à sa tête Moïse ; Et c’est dans le désert que Dieu s’est fait connaître à son peuple et a fait alliance avec lui. On peut alors penser que Jésus est montré dès le début de l’évangile comme le nouveau Moïse, celui qui après les quarante jours de désert sera celui qui va mener le peuple de Dieu dans la terre promise, pour nous le Paradis, auprès de son Père, pour qu’il y reste car « je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi » (Jn 17,24), après avoir fait avec lui « une alliance nouvelle et éternelle » (PE 3).

Mais le verbe qualifiant l’action de l’Esprit est le même utilisé par les traducteurs de la Septante à propos du renvoi d’Adam du Paradis : « καὶ ἐξέβαλεν τὸν Αδαμ » (Gn 3,24). Adam est jeté hors du Paradis, pour affronter les forces du mal et les bêtes sauvages. Alors on pourra voir en lui le nouvel Adam qui, par sa victoire sur le mal, ramènera le peuple de Dieu sur « une terre nouvelle … où la mort ne sera plus et où il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap 21,1.4), vers le Paradis retrouvé. Et l’allusion aux bêtes sauvages fait aussi penser à la prophétie d’Isaïe : « Un rameau sortira de la souche de Jessé … Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble … sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. » (Is 11,1.6.8). Jésus est vraiment montré comme le Messie, le « Christ, Fils de Dieu » (Mc 1,1), celui qui, dans le désert hostile, va vivre en paix avec les animaux sauvages et recréer la quiétude et le bonheur du Paradis.

Mais si Jésus semble subir cette période au désert, il n’en est plus de même dans la deuxième partie de l’évangile. Après cette traversée au désert, les résistances à la tentation, et surtout, même si on n’en parle pas, la proximité avec son Père et avec l’Esprit, Jésus devient actif. Il bouge et il parle. Un  nouveau monde se met en place.

Jean-Baptiste, le précurseur, est livré au pouvoir en place. Comme Jésus le sera à la fin de sa vie. Pour l’heure, Jésus reprend l’enseignement de Jean-Baptiste, mais il commence par dire que, maintenant, c’est lui, comme Fils de Dieu, qui a un message à faire passer : « Le moment est arrivé, le règne de Dieu s’est approché ».

« Le moment est arrivé, il est temps que je prenne la place que mon Père a prévue pour moi. Avec moi, le règne de Dieu s’est approché de ce monde, Dieu est présent sur la terre et se fait proche des gens, et surtout des plus petits et des plus faibles. ». Et dire que le règne de Dieu se fait proche des gens est différent que dire le règne de Dieu s’est approché, ou est tout proche (selon les traductions). Le règne de Dieu se fait proche parce que Dieu, Jésus, se fait proche des gens : Jésus, l’Emmanuel, Dieu avec nous !

Et Jésus part du désert du Néguev, au sud de la Judée, de Jérusalem, là où se trouve le Temple, où se trouvent la plupart des prêtres et des pharisiens, obnubilés par l’application de la Loi de Moïse, plutôt tournés vers le passé, pour aller vers la Galilée plus ouverte aux autres peuples, pays avec un brassage de population, d’idées, de commerces avec l’extérieur. Et déjà on sent venir l’ouverture de la Parole de Dieu au-delà du peuple juif, vers l’ensemble du monde, et du monde païen.

Après seulement, il reprendra les paroles de Jean-Baptiste que l’on connait par les autres évangélistes synoptiques : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Cette phrase que l’on a entendue lors de l’imposition des cendres mercredi dernier. Phrase dynamique. Phrase impérative. On n’a pas le choix, ou plutôt si : on peut acquiescer à cette Parole, ou la refuser. Mais on ne peut pas rester neutre, sans prendre position.

Et cette phrase est encore vraie et valable pour nous aujourd’hui. Même si on a déjà été baptisé. Car tous les jours nous avons à nous convertir, c’est-à-dire à nous retourner vers le Seigneur, et à croire en sa Parole … et en vivre …

Pour cela, nous avons ces quarante jours de carême, que l’Église nous propose chaque année, parce qu’elle sait combien nous avons besoin de faire le point sur notre manière de vivre, d’être, parce qu’elle sait combien nous sommes pécheurs, et que ce temps de désert où nous nous remettons face à nous-même et face à Dieu est nécessaire pour prendre un nouveau départ, pour nous re-convertir, pour nous permettre de regarder Dieu en face sans avoir (trop) honte de nos faiblesses, de notre péché … même si nous disons l’aimer …

En ce dimanche où nous fêtons aussi sainte Bernadette Soubirous, la voyante de Notre-Dame de Lourdes, à qui Marie a demandé de « prier Dieu pour la conversion des pécheurs » et de « baiser la terre pour la conversion des pécheurs », demandons à Bernadette de nous aider à prier pour les pécheurs, nous d’abord parce que nous sommes sans doute les premiers concernés, et tous les autres, ceux qui se reconnaissent pécheurs, et les autres … pour qu’ils puissent demander pardon pour leurs fautes, se convertir, et pour qu’ils croient en l’amour de Dieu pour eux, la Bonne Nouvelle pour eux.

Seigneur Jésus,

l’Esprit t’a poussé au désert

pour que tu puisses prendre

la mesure de ta mission,

dans le silence et la méditation.

Nous aussi nous avons besoin de faire le point,

de nous reconnaître pécheur, en ta présence,

de nous convertir à ta Parole et de te suivre.

 

Francis Cousin                     

                       

               

                       

Pour accéder à une prière illustrée, cliquer sur le titre suivant : Prière dim carême B 1° A6

Si vous désirez une illustration du texte d’évangile commenté ce jour cliquer sur le lien suivant : Parole d’évangile semaine 18-07

          

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