7ième dimanche de Pâques – par Claude WON FAH HIN

Commentaire d’Evangile du samedi 28/05/2022 et Dimanche 29/05/2022

Actes 7.55–60 ; Apocalypse 22.12–14, 16–17, 20 ; Jean 17.20–26

« (Jn 17,18) De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde ». Ce verset qui vient juste avant le texte d’aujourd’hui, nous remet dans le contexte. C’est pour ceux qui sont envoyés dans le monde pour apporter la Bonne Nouvelle que Jésus prie, mais aussi pour ceux qui croiront aux prédicateurs de la Parole. Les prédicateurs répandent la Bonne Nouvelle du mieux qu’ils peuvent, à la fois pour les croyants et les non croyants appelés à se convertir. Voici ce que dit Paul à Timothée (1Tm4, 12-16): « 12 … montre-toi un modèle pour les croyants, par la parole, la conduite, la charité, la foi, la pureté. 13 En attendant que je vienne, consacre-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement. 14 Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t’a été conféré par une intervention prophétique accompagnée de l’imposition des mains du collège des presbytres». 15 Prends cela à cœur. Sois-y tout entier, afin que tes progrès soient manifestes à tous. 16 Veille sur ta personne et sur ton enseignement; persévère en ces dispositions. Agissant ainsi, tu te sauveras, toi et ceux qui t’écoutent ». Il nous faut des prédicateurs, car « la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ » (Rm 10,17). Les prédicateurs nous sont utiles pour nous faire progresser dans la foi. Jésus prie non seulement pour les missionnaires, « mais aussi, nous dit-il, pour ceux qui, grâce à la parole, croiront en moi ». Jésus sait bien que ses fidèles sont des êtres faibles, qu’ils ont besoin de soutien et d’être encouragés.

C’est pourquoi il prie pour nous tous. Jn17,9 : « C’est pour eux que je prie; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi ». Jésus ne prie pas pour le monde, c’est-à-dire le monde qui refuse Dieu et qui préfère se mettre sous l’emprise du Prince de ce monde (Jn 12,31). Le Cardinal Walter Kasper (P.108) écrit : « L’amour de Dieu demande à être rendu (à Dieu); mais l’homme peut l’ignorer et le refuser. Étant donné que nous sommes créés pour aimer Dieu, le refus de cet amour revient pour l’homme à se renier lui-même et…à faire son malheur, c’est-à-dire à perdre la béatitude éternelle…Notre décision est une question de vie ou de mort ». La prière des fidèles est aussi une réponse à l’amour de Dieu et c’est aussi la prière de l’Eglise, médiatrice du Christ auprès du monde. C’est pourquoi Jésus prie pour ses Apôtres et par tous ceux qui, par leur apostolat, croiront en Lui. Jésus nous parle d’abord d’intimité entre son Père et Lui : v.21 : « Père, tu es en moi et moi en toi », v.22 : « nous sommes un », v.25 « Père juste…moi, je t’ai connu », et Jésus qui est seul intermédiaire entre son Père et nous, ses fidèles, son Eglise, Il veut que nous participions aussi à la vie intime qu’Il a avec son Père. V.21 « qu’eux aussi soient avec nous », 22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : 23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité ; V.24 : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde » V.26 «pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux ».

La participation des disciples, de l’Eglise, à la vie divine fait l’objet de la prière de Jésus. Il désire que la vie intime qui existe entre le Père et le Fils soit aussi prolongée dans l’Eglise, et que cette unité – étant elle-même la base de la paix – soit signe de la présence de Dieu au milieu des hommes. Devant l’importance de la Paix occasionnée par la présence de Dieu, par le fait d’être uni au Christ, Padre Pio nous dit (P.257) qu’il nous faut préserver cette paix de Dieu: « Prenons bien garde de ne jamais nous troubler pour n’importe quel sinistre malheur qui pourrait nous arriver. Ce trouble n’est jamais séparé de l’imperfection, car il a toujours son origine dans l’égoïsme et l’amour-propre. De plus, lorsque notre cœur s’inquiète, plus fréquentes et plus directes sont les attaques de l’ennemi. Il met à profit la faiblesse humaine qui nous empêche de suivre le droit sentier de la vertu. L’ennemi de notre salut sait trop bien que la paix du cœur est le signe certain de l’assistance divine, et c’est pourquoi il ne laisse perdre aucune occasion pour nous la faire perdre. A cause de cela, prenons toujours bien garde à ce point (à la paix du cœur). Jésus nous sera en aide ». Le Sanctuaire de Montligeon raconte que ce que dit une âme du Purgatoire à Sœur Marie de la Croix : « Il faut que vous soyez arrivée à une si grande union avec le Bon Dieu que rien ne vous trouble: peines, joies, succès, insuccès, bonne ou mauvaise grâce. Il faut que rien de tout cela ne vous impressionne tant soit peu, mais que Jésus domine tout en vous, que vous ayez sans cesse l’œil intérieur attaché sur lui pour surprendre ses moindres désirs ». « La paix…est, dans la Bible, plénitude de vie, salut, bien plus qu’une tranquillité psychologique (Note de 1R 5,26). Sœur Faustine nous donne un aperçu de cette paix qui nous vient de Dieu, de son union à Dieu (§143) : « Il me remplissait d’une telle paix que, même quand je voulais, par la suite, m’inquiéter, je ne le pouvais pas… Et, un jour, j’entendis dans mon âme ces paroles : « Pour que tu sois assurée que c’est Moi qui suis l’auteur de toutes ces exigences, Je t’accorderai une paix si profonde que, même si tu voulais t’inquiéter et t’effrayer, aujourd’hui ce ne sera pas en ton pouvoir ; l’amour va inonder ton âme jusqu’à l’oubli de toi. ». C’est cet amour de Dieu qui nous offre une telle paix, signe de la présence de Dieu, de son union avec nous. Et que faire alors pour que Dieu nous accorde cette paix?

Dans le deuxième texte d’aujourd’hui, Il nous dit « mon retour est proche, et j’apporte avec moi le salaire que je vais payer à chacun, en proportion de son travail ». Jésus nous paiera un salaire en proportion du travail que chacun aura fait pendant sa vie terrestre. Cette rétribution, ou ce salaire de Dieu, est un don et non pas un dû. Ce salaire est proportionnel à un mérite, un mérite qui n’a rien à voir avec un talent quelconque, ou à des œuvres remarquables. Ep 2,8 : « 8… c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi.

Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu; 9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier ». C’est par la grâce de Dieu que nous serons sauvés. Le seul mérite qu’on pourrait avoir est notre capacité à recevoir, à accepter les grâces que le Christ nous donne car il arrive que souvent nous les rejetons. Et tout ce qui vient de Dieu est grâce : participer à la messe, recevoir les sacrements, se mettre au service de l’Eglise, enseigner, répandre la Bonne Nouvelle, aimer Dieu et son prochain, appliquer les commandements de Dieu etc… « Celui qui répond au mieux au don de la foi jouit dès ici-bas d’une rétribution qui est une plus grande capacité d’union au Christ. Et lorsque survient la rencontre définitive, plus le chrétien a essayé d’aimer son Seigneur ici-bas, plus intense est son amour pour nous et plus grande en est la joie. En tout cela, Dieu est premier et donne. La proportion de notre salaire, c’est la proportion de notre capacité d’accueil…des grâces divines » (Pain du Dimanche – Année C – Achille Degeest – P.190). Aux disciples qui demandaient à Jésus (Jn 6,28.29) :  « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu?  29 Jésus leur répondit :  L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé ». Ainsi, nous participons aux œuvres de Dieu lorsque nous croyons en Jésus-Christ, lorsque nous avons la foi en Jésus-Christ. Dieu ne nous demande pas de faire des choses extraordinaires, juste croire en son Fils, croire en ce que nous raconte la Bible, y adhérer et suivre Dieu. – « Heureux ceux qui lavent leurs robes; ils pourront disposer de l’arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes » : il s’agit de ceux qui, par leur foi et leur adhésion au Christ, bénéficient de la Rédemption et sont donc purifiés de leurs péchés.

Sœur Faustine (§120) nous explique : « Quand l’âme est purifiée, que le Seigneur a établi avec elle une relation d’intimité, elle commence à tendre vers Dieu de toute sa force. Mais elle ne peut rien par elle-même. Dieu seul fait tout, l’âme le sait et elle en a conscience. Elle vit encore en exil (c’est-à dire sur terre) et elle sait bien qu’il peut y avoir encore des jours gris et pluvieux ; mais elle le voit d’une autre manière. Loin de s’endormir dans une fausse paix, elle tend au combat ». C’est justement pour rester dans cette intimité divine que l’âme se bat contre toutes les tentations. Plus on est dans l’intimité du Christ, et plus les tentations sont violentes et agressives. On peut prendre deux exemples concernant la messe et la prière. Les tentations peuvent même nous amener à une dérive dans la perception de la messe comme nous le rappelle Mgr Raymond de Centène (« Le Catéchisme expliqué » – P.193) : « On a l’impression d’avoir participé quand on a pris la parole, quand on a chanté, battu des mains, mais toute cette activité risque parfois de n’être qu’extérieure. Ce serait alors une des dérives sur lesquelles le pape Benoît XVI attire notre attention, dans un souci de ré-habiter la liturgie. Une messe vivante n’est pas forcément une messe où l’on a beaucoup chanté, où il y a une belle chorale, beaucoup d’animation, un bel orchestre.

Une messe vivante est une messe où l’on a rencontré Dieu, où l’on s’est uni au Christ et où on s’est laissé transformé par Lui. La messe doit nous entraîner à la suite du Christ pour que nous soyons une éternelle offrande à la gloire du Père et ceci nécessite une intériorisation du mystère ». Ne nous trompons pas de messe : avec ou sans belle chorale ou bel orchestre, le but est de s’unir au Christ par l’eucharistie, Pain Vivant donné par le Père à tous les disciples du Christ. 1Jn 2, 15-16 : « 15 N’aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde (en priorité par rapport à Dieu), l’amour du Père n’est pas en lui. 16 Car tout ce qui est dans le monde,­ la convoitise de la chair, la convoitise des yeux (et des oreilles)  vient non pas du Père, mais du monde ». Ne nous trompons pas de messe. On peut aussi parler des distractions pendant les prières. Qui échappe aux distractions dans la prière ? Personne, pas même les saints ! Sainte Thérèse d’Avila en parle comme d’une vraie « infirmité ». Parfois, même dans la solitude, elle ne pouvait avoir « aucune pensée fixe et arrêtée, ni de Dieu ni d’aucun bien », et son esprit ressemblait à « un fou que personne ne peut enchaîner ». Elle ne pensait « à rien de mauvais, mais seulement à des choses indifférentes ». Ainsi, pour elle, les puissances du mal s’attaquent à la mémoire, à l’imagination, à la faculté de raisonner pour les faire vagabonder et détourner notre volonté de son objectif : se fixer sur Dieu. « Dès lors que faut-il faire ? Persévérer, bien sûr ! Et ne pas donner aux distractions trop d’importance, encore moins les dramatiser. Mais ne pas s’y complaire pour autant. Tant qu’on ne reste pas dedans volontairement, les distractions spirituelles ne sont pas un péché. « Abandonner une distraction qui nous plaît pour revenir au Christ, c’est poser un acte d’amour » (Élisabeth de Baudöuin). C’est pourquoi, Jésus-Christ prie pour que nous soyons tous unis au Père et au Fils (et non pas aux distractions qui sont présentes au sein même de l’église): « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous ; je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi ; pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux ». L’union au Christ est sacrée et primordiale pour le chrétien, parce que (CEC 505) « la participation à la vie divine ne vient pas du sang, ni du vouloir de chair, ni du vouloir d’homme, mais de Dieu ». Le saint Curé d’Ars disait que « toutes les bonnes œuvres du monde réunies n’étaient rien à côté d’une seule messe, car toutes ces œuvres sont l’action de l’homme alors que la sainte messe, c’est l’œuvre de Dieu Lui-même » (Nicolas Buttet : l’Eucharistie à l’école des saints – P.65).

Demandons à Marie de prier pour que nous ayons une meilleure participation aux saintes messes, centrée sur le Christ Jésus. Et Bonne fête des Mères à Marie et aux mamans.

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