8ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

Commentaire d’Evangile du samedi 26/2/2022 et Dimanche 27/2/2022

 

Siracide 27 4–7 ; 1Corinthiens 15 54–58 ; Luc 6 39–45

Dans le premier texte d’aujourd’hui, il est dit que « dans le crible qu’on secoue, il reste des saletés, de même les défauts de l’homme dans ses discours ». Le crible est un tamis, une passoire qui permet de faire un tri entre ce qui est bon à garder ou à jeter. Le discours de l’homme agit comme une passoire, il laisse voir ce qui est bon et ce qui est mauvais dans l’homme. « La parole est un acte qui peut guérir ou blesser profondément les gens, elle peut détruire ou construire. Elle dévoile (ou révèle) le cœur et dit qui est la personne qui parle. Celui qui parle beaucoup dévoile ses qualités mais aussi ses défauts. Quand on pense à soi uniquement, souvent ce sont les défauts qui se révèlent parce que l’on ne fait pas un cas de l’autre. Et quand on pense véritablement à l’autre, ce sont les qualités qu’on met en avant, même sans en avoir conscience, parce qu’on veut le bien de l’autre » (Achille Degeest – Pain du Dimanche). Les paroles de l’homme révèlent les pensées de son cœur. Et si son cœur a plein de défauts, cela ressortira dans ses paroles. Mt 15,18-19 : « 18 ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ? 19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations ». C’est pour cela qu’il sera difficile de dire du bien d’une personne avant qu’elle n’ait parlé.  (Si 24,7) : « Ne loue personne avant qu’elle n’ait parlé ». Sœur Faustine (§92) nous dit : « Les fautes que commet la langue sont graves. L’âme ne parviendra pas à la sainteté si elle ne maîtrise pas sa langue ….(§118) : « l’âme bavarde est vide à l’intérieur. Il n’y a en elle ni vertu fondamentale, ni intimité avec Dieu. Il n’est pas question pour elle, d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure le Seigneur. Celui qui n’a jamais goûté à la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet qui trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui étaient dans les gouffres de l’enfer pour n’avoir pas su garder le silence … (§374 – IV). En un seul cas, elle sera totalement libre : pour la proclamation de la gloire de Dieu. A chaque fois que je communie, je prie Jésus qu’il daigne fortifier et purifier ma langue, pour que je ne blesse pas mon prochain …(§476) L’âme silencieuse est forte. Si elle persévère dans le silence, aucune contrariété ne la touchera. L’âme silencieuse est capable de s’unir à Dieu de la façon la plus profonde, elle vit presque toujours sous l’inspiration du Saint-Esprit. Dans l’âme silencieuse, Dieu agit sans rencontrer d’obstacle ».

Le silence intérieur dont parle Sœur Faustine n’est pas un silence morne, maussade, triste, c’est un silence rempli de Dieu, un silence qui est recueillement en Dieu. « Le langage de l’amour ne possède pas de paroles », n’a pas besoin de paroles (Sœur Faustine – 1488). Le silence devient la condition de rencontre avec Dieu. Cette attitude n’est rien d’autre que celle de la contemplation qui est un don de Dieu, répandu dans le cœur de celui qui croit (Nicolas Buttet – « L’Eucharistie à l’école des saints » – P.17). La contemplation nous introduit…sur la découverte de notre vraie nature et du but de notre vie. Saint François de Sales nous dit que « la contemplation n’est rien d’autre qu’une amoureuse, simple et permanente attention de l’esprit aux choses divines ». Le philosophe grec Cicéron découvre que « notre âme est tendue vers le Ciel. Elle est tendue vers le Ciel par la contemplation née du silence ». Et l’on revient à ce silence intérieur constamment rempli de Dieu dont nous parle sœur Faustine. Nicolas Buttet nous dit : « Il y a bonheur dans la mesure où il y a contemplation … Mais le bonheur né de la contemplation dépend de ce que nous contemplons ». Et Aristote précise que le bonheur suprême dépend de la perfection de l’objet contemplé. Ce bonheur suprême c’est donc de contempler Dieu et de Le servir, puisque Dieu est le Parfait et le Bien heureux par excellence. Cette contemplation qui se porte sur Dieu Lui-même s’appelle une contemplation théologique qu’on ne peut avoir que par la grâce de Dieu, par un don de Dieu. Cette contemplation n’a qu’un but (saint Jean de la Croix) : c’est l’union à Dieu dans l’amour. Elle produit différents effets dont la connaissance, connaissance de Dieu dans le secret du cœur, au plus profond de soi-même, mais elle vise surtout à la ressemblance d’amour avec Celui qui est contemplé. On ne peut pas contempler Dieu quand on cultive péché sur péché. Alors de temps en temps, pour ne pas dire « souvent »,  il vaut mieux demeurer dans son silence intérieur, pour mieux contempler Dieu dans le secret du cœur plutôt que de parler inlassablement au risque de blesser les uns et les autres parce que le discours de l’homme agit comme une passoire, il laisse voir ce qui est bon et ce qui est mauvais dans l’homme. Et c’est surtout ce qui est mauvais que l’autre perçoit.

Il est difficile à un aveugle d’être un guide. Et quand un être humain ne voit jamais ses propres défauts, ses propres faiblesses, ses propres péchés, comment peut-il guider les autres dans le bon chemin ? Si nous avons des difficultés à connaître nos propres péchés, nos misères, demandons à Dieu la grâce de les découvrir. Et des péchés, nous en avons bien plus que nous ne pouvons le penser. A une messe de l’Archevêque de Cochabamba, en Bolivie, et au moment du rite pénitentiel, la Sainte Vierge dit à Catalina Rivas, qui a reçu les stigmates du Christ en 1994 : « Du fond de ton cœur, demande au Seigneur de pardonner tes fautes qui L’ont offensé. De cette manière, tu seras en mesure de participer dignement au privilège d’assister à la Sainte Messe ». En une fraction de seconde, j’ai pensé : « Bien sûr que je suis en état de grâce avec Dieu car je me suis confessée hier soir ». La Sainte Vierge lui répondit : « Penses-tu que depuis hier soir tu n’as pas offensé le Seigneur ? Laisse-moi te rappeler certaines choses. Quand tu es partie pour venir ici, la fille qui t’aide s’est approchée de toi pour te demander quelque chose et puisque tu étais en retard et pressée, tu n’as pas été très délicate dans ta façon de lui réponse. Il y avait manque de charité de ta part et tu dis que tu n’as pas offensé Dieu…- Alors que tu étais en route pour venir ici, un autobus a empiété sur ta ligne et t’a presque frappée. Tu t’es exprimée d’une façon peu recommandable contre ce pauvre homme plutôt que de dire tes prières et te préparer pour la messe. Tu as manqué de charité et tu as perdu ta paix et ta patience. Et tu dis que tu n’as pas offensé le Seigneur ? Tu arrives à la dernière minute quand la procession du célébrant est déjà en route pour célébrer la messe…et tu vas participer sans t’être préparée »… J’ai répondu : »Très bien ma Mère, ne dis plus rien. Ne me rappelle pas autre chose car je mourrais de chagrin et de honte… – Mgr Fourrey (« Jean Marie Vianney, curé d’Ars », D.D.B., 1981, P.129-130) nous raconte qu’en 1822 Dieu avait donné au Curé d’ARS une très vive conscience de sa propre misère (c’est-à-dire de ses faiblesses, de ses défauts, de ses péchés). « Il en fut si effrayé qu’il pria le Tout-Puissant de répandre une lumière moins vive sur son âme, de crainte d’avoir des pensées de désespoir. » C’est pourquoi il dira un jour à la baronne de Belvey : « Ne demandez pas à Dieu la connaissance totale de votre misère. Je l’ai demandée une fois et je l’ai obtenue. Si Dieu ne m’avait alors soutenu, je serais tombé à l’instant même dans le désespoir».

Le grand Saint Curé d’Ars prêt à succomber sous le poids de ses faiblesses, de ses fautes et péchés. Si chacun veut bien se comparer au Saint Curé d’Ars, on voit bien le chemin que nous avons encore à parcourir. C’est pour cela qu’il ne faut pas juger les autres, car nous-mêmes nous avons plein de défauts et faiblesses. Et le Curé d’Ars, malgré toutes ses faiblesses, cela ne l’a pas empêché d’être saint. Tous, sans exception, nous sommes appelés à être saints, malgré nos faiblesses. A chacun de faire de son mieux pour se mettre véritablement à la suite du Christ. Et l’une des premières choses à faire, c’est de ne pas juger l’autre. Il suffit de lire les évangiles pour voir que le Christ n’a pas jugé la femme adultère qu’on voulait lapider (Jn 8,1-11), il n’a pas jugé les brigands qui étaient sur la croix à ses côtés, il n’a pas jugé ses bourreaux ; au contraire, il a même demandé à son Père de leur pardonner. L’abbé Pierre Descouvemont nous dit (Guide des difficultés de la foi catholique – P. 430) : « Comment des chrétiens peuvent-ils chanter au cours de leurs liturgies : « Je pense à Toi le jour, la nuit, ô Seigneur »… « Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse en ma bouche », alors qu’ils oublieront si rapidement Celui qu’ils auront célébré, ou qu’il leur arrivera même de médire de leur prochain sur le parvis de l’église ! ». Il vaut rester silencieux plutôt de dire ce qu’on pense des autres. Il faut s’occuper des autres que lorsqu’ils ont besoin d’aide, toutes sortes d’aide, afin de les faire progresser, de les tirer vers le haut, de les aider à s’en sortir physiquement, moralement, intellectuellement, spirituellement. Si on n’est pas dans l’action pour aider les gens, il vaut mieux rester dans le silence intérieur et avoir les yeux et le cœur fixés sur Dieu ou les choses divines. Dieu nous a donné la vie, il nous a fait don de la Vie, et à notre tour, nous devons donner la vie aux gens en les aidant à s’en sortir, en les faisant progresser, et jamais en les rabaissant car cela nous fait entrer dans cette atmosphère de mort ou de culture de mort qui ne vient pas de Dieu. Nous devons regarder notre propre intérieur pour faire le ménage et choisir les options de vie offertes par le Christ dans les évangiles ou dans la Bible entière. Lisons la Bible. Nous y trouverons mille conseils, mille sagesses qui nous donneront la paix, signe de la présence de Dieu en nos cœurs, en sachant que la Sagesse personnifiée est le Christ lui-même. Les conseils bibliques nous obligent à la réflexion sur nous-mêmes. Pour ceux qui n’auraient jamais ouvert une bible, voici, par exemple, quelques versets : Dt 31,17 : « Si ces maux (m – a – u – x) m’ont atteint, n’est-ce pas parce que mon Dieu n’est pas au milieu de moi ? » ; Ecclesiaste 9,18 : « un seul péché annule beaucoup de bien » ; Sg 4,20 et 5,1: « quand s’établira le compte de leurs péchés, ils viendront plein d’effroi…Alors, le juste se tiendra debout, plein d’assurance, en présence de ceux qui l’opprimèrent » ; Is 30,15 : « Dans la conversion et le calme était votre salut, dans la sérénité et la confiance était votre force, mais vous n’avez pas voulu ! vous avez dit « non… » ; Ez 36,26.31 : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau…Alors vous vous souviendrez de votre mauvaise conduite et de vos actions qui n’étaient pas bonnes. Vous vous prendrez vous-mêmes en dégoût à cause de vos fautes et de vos abominations… » ; Osée 11,2-3 : « Plus je les appelais, plus ils s’éloignaient de moi…ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux » ; et un dernier exemple avec Joel 2,12-13 : « Revenez à moi de tout votre cœur…revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce ». Des conseils de ce genre, il y en a des milliers dans la Bible. Ces paroles divines ne doivent pas rester des paroles extérieures à nous, mais être intégrées en notre intérieur pour nous permettre de vivre comme Dieu le veut pour nous, selon sa sagesse, ses commandements, sa volonté. Tous, nous pouvons progresser dans la foi et nous devons encourager le monde chrétien, et même des non-chrétiens à lire la parole de Dieu comme nous l’enseigne Paul en 1Tm4, 12-16 : 12 …, montre-toi un modèle pour les croyants, par la parole, la conduite, la charité, la foi, la pureté. 13 En attendant que je vienne, consacre-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement. 14 Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, … 15 Prends cela à cœur. Sois-y tout entier, afin que tes progrès soient manifestes à tous. 16 Veille sur ta personne et sur ton enseignement; persévère en ces dispositions. Agissant ainsi, tu te sauveras, toi et ceux qui t’écoutent ». Demandons à Marie de nous aider à vivre la parole de Dieu.

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