27ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

Homélie du samedi 3 Octobre et dimanche 4 Octobre 2020

27e dimanche ordinaire :
Isaïe 5 1–7 ; Philippiens 4 6–9 ; Matthieu 21 33–43

 

A l’époque d’Isaïe, les propriétaires avaient une préférence pour la culture de la vigne. Isaïe, en partant de la réalité de la vie quotidienne, nous explique, de manière allégorique, comment Dieu se conduit envers son peuple. Mon « Bien-aimé, c’est Dieu, et la vigne est le peuple choisi par Dieu. Dieu prend soin de sa vigne : Il bêche, il enlève les pierres, il plante du raisin vermeil, il bâtît une tour à la place d’une hutte faite de branchages, creuse un pressoir. Il attendait de beaux raisins de cette vigne, mais elle donna des raisins sauvages. Ce peuple choisi par Dieu n’a pas tenu compte de toutes ces petites attentions de Dieu à son égard. Dieu en attendait la pratique du droit et de la justice, il récolte l’iniquité, l’injustice. Ce thème se retrouve dans l’Evangile selon Matthieu. Comme d’habitude, Jésus évoque une parabole, qui est construit également comme une allégorie, en partant de la réalité de l’époque. Les propriétaires des vignes les confiaient à des vignerons contre une rémunération. Et pendant qu’ils travaillaient la vigne, les propriétaires partaient au loin, parfois à l’étranger. Mais ces propriétaires avaient également des émissaires, c’est-à-dire des personnes chargées d’une mission plus ou moins secrète qu’ils envoyaient auprès des vignerons. Selon le droit juif de l’époque, si le propriétaire d’un terrain mourait sans héritier ce terrain appartenait à celui qui l’occupait le premier. D’où cette réflexion des vignerons : « Celui-ci est l’héritier : venez ! tuons-le, que nous ayons son héritage ». Dans une allégorie, chaque mot important a une signification propre : Le propriétaire de la vigne c’est Dieu, et la vigne est le peuple de Dieu, Israël. V.34 : « Quand approcha le moment des fruits, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour en recevoir les fruits ». Les serviteurs sont les prophètes envoyés auprès des vignerons (homicides), c’est-à-dire des Juifs qui ne croient pas en Dieu afin de les convertir. « 35 Mais les vignerons se saisirent de ses serviteurs (les prophètes), battirent l’un, tuèrent l’autre, en lapidèrent un troisième. 36 De nouveau Dieu envoya d’autres prophètes, plus nombreux que les premiers, et ils les traitèrent de même ». C’est ici l’histoire de l’Ancien Testament, où Dieu envoie ses prophètes pour conduire son peuple selon ses commandements, mais le peuple n’est pas fidèle à Dieu et préfère se tourner vers les idoles, comme c’était le cas pour le veau d’or. Les prophètes sont maltraités.

« 37 Finalement Dieu leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils. 38 Mais les vignerons homicides (ceux qui ne croient pas en J.C.), en voyant le fils, se dirent par-devers eux : Celui-ci est l’héritier : venez ! tuons-le, que nous ayons son héritage. 39 Et, le saisissant, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent ». Et voilà le Fils de Dieu, cloué sur la croix par tous les juifs incrédules. Disons toute de suite que ce ne sont pas les Juifs, en tant que Juifs, qui ont tué le Christ, mais plutôt les pécheurs du monde entier. CEC 598 : « L’Église… n’a jamais oublié que ” les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur ” (Catech. R. 1, 5, 11 ; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45 ; Ac 9, 4-5), l’Église n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus…: « Nous devons regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la croix, à coup sûr ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal ” crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés et le couvrent de confusion ” (He 6, 6). Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’apôtre, ” s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne l’auraient jamais crucifié ” (1 Co 2, 8). Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains meurtrières (Catech. R. 1, 5, 11). S. François d’Assise ajoute : « Et les démons, ce ne sont pas eux qui L’ont crucifié ; c’est toi qui, avec eux, L’as crucifié et Le crucifies encore, en te délectant dans les vices et les péchés (S. François d’Assise, admon. 5, 3).

Jésus dit à Padre Pio : P.85 : « Mon fils, ne crois pas que mon agonie n’ait duré que trois heures, non, à cause des âmes que j’ai le plus comblées, je serai en agonie jusqu’à la fin du monde. Pendant le temps de mon agonie, mon fils, il ne faut pas dormir. Mon âme va à la recherche de quelques gouttes de piété humaine; mais hélas, je suis seul sous le poids de l’indifférence. L’ingratitude et la somnolence de mes ministres (c’est-à-dire de tous ceux qui sont au service de l’Eglise) me rendent plus pénible mon agonie. Hélas, comme ils répondent mal à mon amour ! Ce qui m’afflige le plus, c’est que ceux-ci ajoutent à leur indifférence le mépris et l’incrédulité »… « v.40 Que fera donc le maître de la vigne à ces vignerons-là ? 41 Ils lui disent : Il fera misérablement périr ces misérables, et il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en livreront les fruits en leur temps ». Le Maître de la vigne, Dieu, dit l’Évangile de Matthieu, « fera périr ces misérables ». Rappelons que Dieu est Amour, et s’Il est Amour, de Lui ne sortira que de l’amour. Dieu est Vie et ne donne que la Vie, jamais de mort. Il est venu sur terre pour nous sauver. Ceux qui, volontairement, de manière consciente, ne veulent pas suivre le Christ vont eux-mêmes à leur perte par le fait même de leur éloignement par rapport au Christ. Et comme Dieu est Miséricordieux, il faut vraiment le vouloir pour aller en Enfer. Dieu compte sur « d’autres vignerons pour avoir des fruits de la vigne ». « Le Royaume de Dieu vous sera retiré pour être confié à un peuple qui lui fera produire ses fruits ». Le peuple juif de l’époque ayant condamné le Christ à mort, c’est vers les païens que Paul se tourne pour les convertir au Christ. Et aujourd’hui, ces vignerons nouvelle génération sont ceux qui, à la suite du Christ, et avec l’aide de l’Esprit Saint, font leur maximum pour emmener avec eux tous les êtres humains, sans exception, au Royaume de Dieu. Il est vrai que la tâche du chrétien ne sera jamais facile, mais à Dieu rien n’est impossible. Le Christ, étant devenu la pierre d’angle, pierre de faîte, nous devons nous centrer sur le Christ. Le Pape François nous dit (“Amour, Service et Humilité” – P.84) : « Il nous faut toujours guerroyer sans cesse pour suivre notre Seigneur de toujours plus près.… Il y a un lien très étroit entre le fait de suivre le Seigneur, et la connaissance que nous avons de Lui. Mieux nous le connaissons, mieux nous connaissons le timbre de sa voix. P.90 : “Celui qui est disposé à recevoir le Seigneur de tout son cœur pourra Le connaître et Le suivre. En revanche, les cœurs inattentifs, dispersés, superficiels, centrés sur toute autre chose que sur l’essentiel, tuent le désir de Dieu et de communion à son Mystère…Il y a dans l’Eglise des hommes et des femmes brûlants de “grands désirs” qui, tout au long de leur vie, cherchent à suivre le meilleur des guides ». – Sainte Thérèse d’Avila nous aide dans le choix du chemin à suivre (Chemin de la Perfection – P.138) : « Le chemin qu’il s’agit de suivre est le chemin royal qui conduit au ciel. Dès lors qu’en le parcourant, on gagne un grand trésor, rien d’étonnant à ce qu’il nous semble coûter cher. Un temps viendra où vous comprendrez le peu de valeur de toutes les choses d’ici-bas, en comparaison d’un bien si précieux…A ceux qui veulent suivre ce chemin…il est pour eux d’une importance extrême, et même capitale, de prendre la résolution ferme et énergique de ne point cesser de marcher (tant) qu’ils ne soient (pas) arrivés à la source de vie. Ainsi donc, qu’ils avancent malgré toutes les difficultés, malgré tous les obstacles, malgré tous les travaux et malgré tous les murmures; que leur ambition soit d’atteindre le but ». Dieu ne conduit pas toutes les âmes par le même chemin. Pour Grignion de Monfort rien de mieux pour attirer Dieu en nous que de joindre l’oraison vocale et l’oraison mentale, en récitant le saint Rosaire et en méditant les 20 mystères qu’il renferme.

Pour Thérèse d’Avila, Le « Notre Père » et l’Ave Maria peuvent suffire à ceux et celles qui prient : « Si vous vous attachez avec zèle au Pater et si vous demeurez dans l’humilité, vous n’avez pas besoin d’autre chose…car la valeur de la prière est fonction, dans une âme, de la qualité de son comportement moral. Impossible de concevoir l’oraison comme une activité autonome qui pourrait coexister avec une vie chaotique. Les conseils ascétiques préliminaires se ramènent à trois chefs principaux: amour fraternel, détachement à l’égard des créatures, humilité veritable…(P.142) suivez seulement ceux que vous verrez imiter fidèlement la vie du Christ. Veillez à garder la pureté de la conscience, l’humilité et le mépris de tous les biens d’ici-bas. Croyez fermement ce qu’enseigne notre Mère, la sainte Eglise; et soyez assurés que vous suivez le bon chemin ».

A ceux qui auront fait un bout de chemin pour suivre le Christ, peu importe qu’il ait fait un an, deux ans, dix ans, soixante ans ou quatre-vingts ans pour certains, ou même pendant quelques secondes comme pour les derniers ouvriers de la vigne ou comme pour le bon larron, et bien qu’ils aient été imparfaits, découragés, même si à un certain moment de leur vie ils se sont éloignés du Christ, ce dernier pourra leur dire comme il l’a dit à Sœur Faustine : « §86 – Ce n’est pas la réussite que Je récompense, mais la patience et la peine prises pour Moi ». Et de manière plus personnelle, plus intime, au plus profond du cœur de chaque chrétien, il chuchotera comme il l’a fait à un moine Chartreux :« N’aie crainte ! Ce n’est pas un idéal haut, ni une morale élevée que je te propose et que tu te sais bien incapable de réaliser. Je ne te sermonne pas. Je te connais trop bien. D’accord, tu es pécheur, tu ne vaux rien, tu ne sais pas aimer ni faire de grands actes. Mais ne comprends-tu pas ? Cela n’a aucune importance. Je t’ai aimé exactement comme tu es. J’ai pris sur moi-même tes faiblesses, je les ai partagées, toutes sauf ton péché. N’en parlons plus. Tout cela est vaincu, fini. ». C’est pourquoi, Paul nous dit à son tour : « 6 N’entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. 7 Alors la paix de Dieu…prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus ». Nous devons nous préoccuper de « tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines ». Autrement dit, ayons un moral tourné vers tout ce qui est divin, car c’est l’Esprit de Dieu qui nous guide en ce sens. Ph 4,9 : « Ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi et constaté en moi, voilà ce que vous devez pratiquer. A nous de mettre en pratique les commandements de Dieu et les enseignements du Christ. A cause de nos faiblesses, demandons à Marie de nous accompagner à la suite du Christ.