18ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Père Rodolphe EMARD (Mt 14,13-21)

Le récit de la multiplication des pains est un récit que nous connaissons bien dans les Évangiles. Il nous est raconté pas moins de six fois : deux fois dans l’Évangile de Marc, une fois dans celui de Luc et une fois dans celui de Jean.

Dans l’Évangile de Matthieu, ce récit est relaté deux fois, au chapitre XIV puis à nouveau au chapitre XV. Ce dimanche, nous nous référons à la péricope tirée du chapitre XIV. Que nous apprend ce récit ? Je souhaiterais vous partager trois points :

  • Ce récit nous révèle que Dieu fait grâce

Par ses gestes, ses paroles, ses guérisons, ses miracles, Jésus nous a révélé le vrai visage de Dieu. Il nous a montré que Dieu n’est pas un être lointain et inaccessible. Bien au contraire, non seulement Dieu se fait proche et il se laisse trouver.

De même, Jésus nous a montré que Dieu n’est pas un tyran insensible à la souffrance humaine. Dieu est amour et miséricordieux et il est plein de compassion pour l’humanité.

Notre récit en est une parfaite illustration. Saint Matthieu nous révèle que Jésus fut pris de compassion envers cette « grande foule de gens » qui se présentait à lui et il « guérit [des] malades ».

La compassion de Jésus le conduit, non seulement, à manifester son identité et sa puissance divines, mais également, à rassasier la foule venue pour l’entendre : « environ cinq mille hommes ». Ce que nous devons conclure de ce premier point, c’est que le don de Dieu est abondant et gratuit pour les hommes et que personne n’en est exclue.

  • Ce récit fait écho à l’Eucharistie

Ce récit nous montre que Jésus se donne à nous sans compter. Dans l’Évangile, nous voyons les différentes manières dont il prend soin de la foule : il l’enveloppe de sa compassion, il guérit les malades, il enseigne et il ne néglige pas le besoin de nourriture.

À l’évidence la multiplication des pains annonce l’Eucharistie et ses futurs ministres. Nous retrouvons des termes de la consécration : « Il prit les cinq pains (…) et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples ».

Ce récit nous rappelle que le Christ se donne véritablement dans l’Eucharistie, dans sa Parole et son pain de Vie. En communiant au pain consacré, nous recevons la totalité du Christ, vrai Dieu et vrai homme, son corps, son âme, son esprit et sa divinité. C’est toute la personne du Christ ressuscité que nous recevons dans la foi.

Ce temps de vacances est propice pour mieux réfléchir sur notre rapport à l’Eucharistie ? Croyons-nous-en sa force pour notre route quotidienne ? Prenons-nous conscience que toute la compassion du Christ nous est donnée à chaque messe que nous célébrons ? Pourquoi nous priver d’un tel trésor ?

En bref, frères et sœurs : Dieu nous fait grâce et sa grâce est incomparable dans l’Eucharistie. Dieu se fait proche et sa proximité est immense dans l’Eucharistie. Encore faut-il nous ouvrir aux appels du Christ… Cela me permet d’aborder mon troisième point.

  • Ce récit nous révèle que Jésus compte sur nous

Dieu se donne à nous mais il compte aussi sur nous pour le transmettre aux hommes. Nous pouvons parfois sous-estimer ce fait. Oui Jésus compte sur nous !

Comme les disciples, nous sommes bien souvent tentés d’esquiver les problèmes ou les personnes qui causent ces problèmes : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! » Mais la réponse du Maître est tout autre : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Jésus compte sur nos propres apports ! Cinq pains et deux poissons que s’empressent de récupérer les disciples : un faible apport, presque ridicule mais Jésus partira de cet apport pour procéder à la multiplication et ainsi rassasier la foule.

Nous pouvons retenir deux leçons :

  • Jésus ne privilégie pas la quantité mais la qualité de notre apport : « Apportez-les moi. »

  • Personne ne peut dire, je n’ai rien à apporter dans la Vigne du Seigneur ! Aussi humble que soit notre apport, s’il est sincère, il compte pour le Christ.

À la finale de l’Évangile, Matthieu précise qu’on ramassa douze paniers des morceaux qu’il restait. Ce chiffre douze est symbolique. Il renvoie aux douze Apôtres sur lesquels Jésus s’est appuyé pour bâtir son Église. Nous sommes les membres de son Église par la grâce de notre Baptême et de notre Confirmation. Nous avons à la suite des Apôtres à annoncer le Christ Ressuscité, l’unique Sauveur du monde. Ne négligeons pas notre appartenance à l’Église catholique et apostolique.

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Pour conclure frères et sœurs, demandons au Seigneur de pouvoir mieux l’accueillir dans nos vies pour mieux le donner aux autres. Et qu’il nous donne de persévérer face à l’épreuve. Saint Paul dans la deuxième lecture nous rappelle que « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »

Et certaines réalités évoquées par l’Apôtre ne nous laissent pas indifférents suite à cette pandémie du Covid-19 qui a perturbé notre monde : « La détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? » Non, rien de tout cela ! Ayons foi frères et sœurs que rien ne peut « nous séparer de l’amour du Christ ». Qu’il nous donne sa force, sa grâce et sa paix !

Père Rodolphe Emard.