L’Ascension – Homélie du Père Louis DATTIN

Promesse

Lc 24, 46-53

Quand un adulte raconte l’histoire de Jésus à des enfants de 7 à 11 ans, ils sont dans l’émerveillement.

Au début, tout va bien : Jésus avec ses parents, Jésus sur les routes, les arrivées dans les villages, les guérisons, les miracles, quoi de plus beau ! Puis, il  y a  la  Passion, le   choc  de la mort  sur  la croix  et les premiers ‘’Pourquoi‘’ font leurs apparitions. Les enfants sont révoltés de tant d’injustice de la part des méchants. Heureusement, la Résurrection arrangeait tout.

Oui, mais voilà maintenant qu’il quitte ses amis le jour de l’Ascension ! Et les ‘’ Pourquoi ‘’ recommencent : Pourquoi n’est-il pas resté ?

Pourquoi a-t-il laissé les apôtres tout seul ?

 

Et il est vrai que cette fête de l’Ascension est déconcertante : nous célébrons dans la joie, un départ et une absence. « Les disciples, nous dit Saint Luc, retournèrent à Jérusalem pleins de joie ‘’ ».

Il n’y a qu’à voir un quai de gare, au départ d’un train, pour se rendre compte qu’une séparation de deux personnes qui s’aiment ne va pas sans une certaine nostalgie.

Il semble bien que le sens profond de ce départ n’est pas évident pour les apôtres. Pourtant, Jésus était un pédagogue patient. Il les avait avertis : « C’est votre avantage que je m’en aille ». « Je vous enverrai un défenseur qui vous rappellera tout ce que je vous ai dit ».

En fait, cette fête est un relai indispensable entre deux grands événements de Jésus-Christ et de l’Eglise : Pâques et la Pentecôte.

La Résurrection du Christ exige la fête de l’Ascension, qui accomplit Pâques et la fête de l’Ascension est indispensable pour  que puisse arriver l’événement de la Pentecôte : l’arrivée de l’Esprit Saint.

L’Ascension est une fête relai entre la Résurrection du Christ et l’avènement de l’Esprit Saint.

L’Ascension, tout d’abord, accomplit le mystère de Pâques : il y a comme un passage de relai entre le Christ et les apôtres. Mais les apôtres, eux-mêmes, ne pourraient accepter cette mission d’aller évangéliser le monde entier, s’ils n’avaient l’assurance qu’un autre relai de Jésus leur donnerait la force d’accomplir cette mission : celle de l’Esprit Saint qui va s’emparer d’eux et en faire les grands apôtres, piliers de notre Eglise d’aujourd’hui.

Jusqu’à l’Ascension, c’était le temps du Christ qui forme les apôtres.

A la Pentecôte, c’est le temps de l’Esprit Saint qui vient reprendre, réactualiser tout ce que Jésus leur avait enseigné pour faire de ces hommes le noyau de ce qui va devenir l’Eglise.

« L’un s’en va, l’autre arrive », pourrait-on dire, en se rappelant toutefois que le Christ et l’Esprit sont tous deux envoyés par le Père qui va conforter les hommes dans cette mission de salut.

Le Père nous a envoyé son Fils Emmanuel (Dieu avec nous) pour nous dire l’amour de Dieu, pour nous confier son projet d’amour. Par sa mort et sa Résurrection, il fait de nous, des êtres nouveaux mais ces hommes nouveaux, formés par le Christ, il faut encore les épauler, les assurer, les accompagner pour qu’ils puissent à leur tour annoncer l’Evangile.

Il ne faut pas moins de l’Esprit Saint, l’Esprit de Pentecôte, pour leur donner ce souffle, cet élan, cette force intérieure qui va les envoyer aux quatre coins du monde.

Autrement dit, l’Ascension célèbre le changement du mode de présence de Dieu à l’Humanité. « Je m’en vais mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins dans toute la Judée et jusqu’aux extrémités de la terre ».

L’Ascension, c’est une fin qui annonce un commencement : les dernières paroles de Jésus ne sont pas des paroles de consolation pour son départ, ce sont des paroles de mission.  « C’est vous qui serez mes témoins et je vais envoyer sur vous, ce que mon Père a promis  jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut ».

Un temps de l’histoire du salut s’achève et une nouvelle étape se prépare qui va vers la dissémination, à partir de Jérusalem, dans le monde entier.

Les dernières paroles de Jésus sont pour les envoyer et leur annoncer une force d’en haut. Désormais, les apôtres sont des hommes qui porteront en leurs mains et en leur cœur, la régénération.

Jésus s’en va vers le Père pour qu’eux, s’en aillent jusqu’aux extrémités de la terre. Il faut maintenant que ce soit les disciples de Jésus, ceux d’hier, et ceux d’aujourd’hui, qui annoncent en paroles et en actes la grande nouvelle, la bonne nouvelle jusqu’aux extrémités du monde et de l’histoire.

Jésus a accompli sa mission, à eux maintenant, à nous maintenant, d’être les témoins. Désormais, ce n’est plus la formation des disciples, c’est fait ; désormais, Jésus relayé par l’Esprit Saint, envoie les hommes eux-mêmes pour convertir le monde.

A l’Ascension, Jésus passe le témoin à ses disciples : « A vous, maintenant, de jouer » ; à eux de faire que le projet de Dieu soit manifesté aux nations.

Mais si l’Ascension accomplit la mission de Jésus, cette fête est aussi, et en même temps, une promesse : une « force » sera donnée aux témoins de Jésus ; l’Esprit Saint leur viendra d’en haut, force qui investira leur intelligence et leur cœur, force qui les revêtira.

L’Ascension prépare la Pentecôte, elle en est déjà un avant-goût.

Enfin, il y a un dernier geste qui va résumer le passage de Jésus sur la terre : « tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux ». Jésus monte vers le ciel en bénissant. Ce sera, à tout jamais, la dernière image de Jésus : des mains qui bénissent.

L’Ascension est une bénédiction céleste, une bénédiction où l’homme ressent le dynamisme  de Dieu qui est en train de l’imprégner, où il se sent respecté dans sa liberté et son pouvoir d’inventer la suite.

Et cette Ascension se prolonge dans la prière joyeuse et dans l’allégresse. Ces hommes n’ont rien d’orphelins,: ils vont être habités par l’Esprit de Dieu. Ils habitent sa maison, son temple… ils deviennent eux-mêmes ces temples de Dieu. Ils disent du bien de Dieu et ils le bénissent à leur tour.

Alors, les apôtres, comme nous-mêmes, nous n’avons plus ‘’à regarder le ciel‘’, mais notre cœur, où Jésus est désormais présent en compagnie de l’Esprit Saint pour faire de nous, maintenant, les prophètes du Monde Nouveau.

« Mon Père et moi, nous ferons en eux, notre demeure ».

Les apôtres, jusque-là, avaient reçu. Maintenant et désormais, ils ont à donner. Saint Léon n’avait pas tort de dire : « L’Ascension, c’est notre promotion, promotion de l’humanité qui dans la personne de Jésus est désormais présente en sa divinité ».

Notre nature humaine est promue au partage de l’amour de Dieu, mais le partage de cet amour, c’est maintenant à nous, les nouveaux apôtres, de le faire passer dans notre existence.

L’Ascension, c’est un mystère d’espérance : nous formons tous ensemble le Christ total, la tête est déjà dans les cieux, et nous, le corps, nous bénéficions déjà de la vie divine que nous devons partager avec les autres. AMEN

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