22ième dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

La Croix nécessaire

Mt 16, 21-27

Vous l’avez bien compris, frères et sœurs, si vous avez écouté ces 3 textes, ce n’est pas un message de bonheur, de confort ou de réussite qui vous est donné aujourd’hui par l’Église et celle-ci serait infidèle au message du Christ, si, sans cesse, elle parlait de la Résurrection sans parler jamais de la Passion qui la précède et qui devient une condition “sine qua none” pour aboutir au jour de Pâques. Souvent, je vous l’ai dit et aujourd’hui je le répète, et c’est mon devoir de prêtre de le répéter : « Il n’y a pas de Pâques sans passion, sans souffrances, sans mort à soi-même, tout comme il n’y a pas de douleurs, d’échecs, d’épreuves qui n’aboutissent à leur tour, à la Résurrection de notre vie avec celle de Jésus-Christ ».

Mais, bien naturellement, nous avons tendance à supprimer, à gommer l’un des 2 termes. Nous sommes tous pour la réussite, le succès, la vie contre la mort, la victoire de la lumière sur les ténèbres et c’est normal : puisque créés à l’image de Dieu, nous aspirons au Royaume décrit par Jésus, où « il n’y aura plus ni larmes, ni cris, ni deuil », Royaume de Bonheur sans fin, sans difficultés, sans conflits, où la paix du cœur sera établie définitivement.

C’est bien l’autre bout de la chaîne qui nous gêne, la condition préalable à ce bonheur : cette passion, cette souffrance dont nous acceptons assez facilement que le Christ la prenne sur lui pour nous, mais que nous rejetons dès qu’il faut l’assumer soi-même, pour être fidèles à celui qui nous a demandé de le suivre, pas seulement dans le bonheur, mais aussi dans l’épreuve.

Et c’est bien la réaction de Jérémie, le prophète, (rappelez-vous la première lecture), « chaque fois, Seigneur, que j’ai à dire ta parole, que je dois proclamer : difficultés, souffrances, violence, pillages, je suis en butte à la moquerie ; tout le monde se moque de moi : la parole de Dieu attire sur moi les quolibets. Tout le monde me « moucate ». Alors, je me suis dit : Je ne penserai plus à Dieu, je ne parlerai plus de lui, ni en son nom, je laisse tomber ».

Mais, en fin de compte, Jérémie reconnaît : « Tu as mis en moi un feu dévorant ; je m’épuise à le maitriser : je n’y arrive pas ! Ta grâce en moi est plus forte que moi. Je me suis laissé séduire par toi ! Tu es plus fort que moi ! ».

Et c’est vrai, aussi au 21e siècle : il est difficile d’annoncer le message de la Croix à un monde gorgé de publicités, où l’on ne parle que de confort, de bien-être, de plaisirs, de fêtes, de vie facile, d’égoïsme individuel ou collectif. Dieu veut à tout prix nous sortir de notre vie tranquille pour nous lancer dans une aventure difficile où les épreuves ne manqueront pas et devant ce projet, tout notre être dit : « Non ! ». « Seigneur, je veux bien te suivre tant que tout va bien, que ce n’est pas trop difficile, si je n’ai pas trop à en souffrir, mais si tu m’emmènes avec toi à Jérusalem pour y souffrir, être tué, très peu pour moi ! ».

Et c’est bien ce que le Seigneur annonce à ses disciples, il le dit devant Pierre, encore tout fier, (rappelez-vous dimanche dernier), d’avoir proclamé la divinité du Christ, tout fier de s’être entendu dire : « Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon Église ».

Alors, Pierre, tout gonflé de sa nouvelle importance, prend Jésus à part (vous savez, la confidence entre gens informés et intelligents, celle que l’on ne dit pas à la foule de ceux qui n’y comprennent rien) : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Non ! Cela ne t’arrivera pas ! ».

Le Royaume, oh oui ! On en veut bien mais la souffrance, les épreuves pour y arriver, l’agonie, la mort, non, Seigneur, très peu pour nous !

Et nous voyons le Seigneur blêmir, se retourner et dire à Pierre : « Passe derrière-moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ».

Voilà que la pierre sur laquelle Jésus devait bâtir son Église, devient la pierre d’achoppement, celle contre laquelle on bute et qui vous fait tomber : Pierre de scandale, Pierre qui fait trébucher, et non plus le roc solide. « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».

C’est vrai qu’on veut bien de la Résurrection, mais sans passion ; de la réussite, mais sans efforts ; du succès, mais sans entraînements ; de l’oasis, mais sans désert ; d’une réussite à un examen, mais sans travail ; d’être sur le sommet d’une montagne, mais en hélicoptère ; des résultats, mais sans fatigue. « Nous sommes tous d’accord, Seigneur, si tu nous mènes à la gloire, nous sommes tous derrière toi, tu peux nous embaucher, et même, nous sommes tous volontaires si c’est une croisière ». Alors, là, Jésus est on ne peut plus clair : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa Croix et qu’il me suive ».

« Ah ! Alors là, Seigneur, permets-nous de réfléchir « perdre sa vie », nous, on veut bien la sauver, mais pas la perdre, gagner sa vie : nous, on veut bien, mais nous voulons jouer sur les deux tableaux, mais te suivre, s’il y a du grabuge, des efforts, des souffrances, une mort à soi-même, non ! »

. Vous comprenez maintenant pourquoi il y a si peu de chrétiens ?

. Vous comprenez maintenant pourquoi il y avait une foule à la multiplication des pains et personne au pied de la Croix ?

. Vous comprenez maintenant pourquoi on voulait le faire roi quand il faisait des miracles et pourquoi ensuite, à la Passion, on ne lui a posé qu’une couronne d’épines ?

. Pourquoi, aux Rameaux, il est porté en triomphe et que cinq jours plus tard, la même foule dira : « Nous n’avons pas d’autres rois que César ! ».

Nous voulons une réussite sans échecs, sans efforts, sans don de soi, sans sacrifice, sans préparation, sans se donner du mal. Apprenez l’anglais en six semaines, ayez des muscles en 15 jours, maigrissez en mangeant comme avant et même une méthode dans un livre qui paraissait sérieux ” La culture physique sans mouvement “. Je n’ai pas regardé comment faire ? Mais soyons sérieux, avez-vous, frères et sœurs, dans votre vie, dans celle des autres, constaté de véritables réussites sans qu’il ait eu auparavant des efforts, des fatigues, du mal donné, un minimum de souffrances physiques et morales ? Et Dieu, qui nous respecte et qui veut notre bien en nous faisant participer, nous ferait faire l’économie de tout ce qui ferait notre mérite !

Jésus répond à Pierre aussi fermement qu’à Satan dans le désert : « Va-t’en, passe derrière moi ». « Que ces pierres deviennent des pains ». Est-ce que nous rêvons notre vie ? Ou est-ce-que nous nous décidons de la vivre avec des douleurs nécessaires ?

Le Christ n’enseigne pas à rechercher la souffrance ou à s’y complaire : les chrétiens ne sont pas des masochistes et le Christ (rappelez-vous Gethsémani) a eu peur comme nous avons peur. Il a voulu fuir cette souffrance comme nous voulons la fuir : la Croix n’est pas un but, elle n’est pas non plus l’étape finale, mais elle est un moyen, un moyen nécessaire de salut, de Résurrection. Il ne peut y avoir de Résurrection s’il n’y a pas de mort préalable. C’est la loi du grain de blé qui va mourir et germer pour produire 30 ou 60 pour un ; c’est l’itinéraire de Jésus et cela devient donc le nôtre.

Désirons-nous quitter Jésus ou, quand même, continuer à monter à Jérusalem avec lui ? Oui, « Souviens-toi de Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts », c’est bien de chanter ce refrain. Il est réconfortant ! Mais n’oublions pas le couplet : « Si nous mourons avec lui, avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons ». AMEN.

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