27ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 Les vignerons homicides

Mt 21, 33-43

Il y a des paroles de Jésus, dans l’Evangile, que l’on préfèrerait ne pas entendre : elles sont trop rudes. Que faire alors ?

  • nous boucher les oreilles pour ne pas les entendre,

  • attendre que cela se passe,

  • se persuader qu’elles ont été dites pour les autres, mais pas pour nous !

  • protester

« Seigneur, c’est dur à accepter », disent les pharisiens après le discours sur le pain de vie. « Qui peut continuer à t’écouter ? ».

On peut aussi édulcorer, mettre du sucre et enlever le sel. Après tout, Jésus n’a pas adopté ce ton-là avec moi, avec nous ! Allons un peu plus loin dans le texte de l’Evangile : « Les chefs des prêtres et les pharisiens comprirent que Jésus parlait d’eux ».

Il n’y a pas à s’y tromper, c’est bien à eux, et à nous qu’il s’adresse aussi. Dans son désir de toucher des cœurs fermés, blindés à l’Evangile, Jésus hausse le ton et tonne pour se faire entendre coûte que coûte.

« Mais il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ».

Ces chefs des prêtres, ces gens bien-pensants qui s’estimaient les préférés de Dieu, Jésus, sans doute, avait d’abord compté sur eux, sur leur appui, pour se faire reconnaître auprès du peuple. Il avait pensé qu’ils seraient les auxiliaires de sa mission, ils étaient tellement religieux : seulement voilà c’était des observateurs d’une loi et non les amoureux d’une personne. Ils n’aimaient pas Dieu, ils se contentaient, vaille que vaille, de lui obéir.
Ils ont une mentalité de salariés, d’employés à une vigne qu’ils n’aiment pas, qui est seulement celle du propriétaire, mais qu’ils n’ont pas adoptée. Ces vignerons sont des employés à la petite semaine, ils n’aiment pas la vigne. Ils n’aiment que les fruits qu’elle va produire et qu’ils comptent bien commercialiser à leur profit : combien de chrétiens n’aiment l’Eglise du Christ que dans la mesure où ils vont en profiter, faisant d’elle une exploitation, ne regardant que les fruits à récolter et non le travail à y faire, et non l’amour à déployer pour qu’elle soit plus belle et parce que c’est “la vigne du Seigneur “.

Mentalité du “donnant-donnant”, mentalité d’un employé qui s’intéresse beaucoup plus à son salaire de fin de mois qu’à la réussite de l’entreprise dans laquelle il travaille, ne considérant Dieu que comme un patron tout puissant, dont on va profiter au maximum.

« Dieu, on dit que tu es bon, alors nous, on va en profiter ; ta bonté, elle est à notre service, on va te mettre à notre service. Je fais une neuvaine. Je fais un vœu, une promesse. J’ai récité telle prière qui me donne des indulgences. J’ai dit 3 fois ” Gloire au Père “, 10 fois un ” Je vous salue Marie “. Maintenant, j’attends ta réponse. C’est toi qui es en dette. Tu es mon client. Tu dois payer ».

Mais, surprise ! C’est le Seigneur, au temps de la vendange, qui envoie les vendangeurs pour récolter les fruits de la vigne, de cette vigne que nous avons soignée. Alors, là, ça ne marche plus !

Les Juifs ont rejeté Jésus, refusé son message et la vigne est passée à un autre, à une autre : l’Eglise.

« Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui, lui, fera produire son fruit ». Il est exact :

  • que le propriétaire du Domaine, c’est Dieu ;

  • que “ la vigne bien aimée ” dans le beau chant d’Isaïe, c’est le peuple d’Israël, son peuple élu, objet de tous ses soins, vigne aimée du Père : « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? »

Ces raisins, ce sont les fruits du maître et nous nous imaginons que nous en sommes les maîtres = tentation perpétuelle de nous accaparer l’œuvre de Dieu : le monde, l’univers, alors qu’il nous est simplement confié pour le faire valoir, le faire prospérer. Non, Dieu n’est pas neutre, débonnaire, permissif. Il aime l’homme au point de lui demander des comptes : il le traite en vrai responsable.

Il y a “un jour de la vendange ” : ce jour où Dieu me demande à l’instant décisif, ce que j’ai fait de tout ce qu’il m’a confié !

Il y a un temps pour la récolte = pas avant : les fruits ne sont pas mûrs, pas après : les fruits sont pourris.

Il y a le temps, et il arrivera pour nous où le Seigneur me demandera, à moi aussi : « Alors, qu’as-tu à me présenter », « Où est la récolte que j’ai espéré de toi ? Où sont les grappes de ton travail ? Les fruits de ton amour ? Je t’ai établi responsable de mon domaine, de mon Eglise : qu’as-tu fait ? »

Les vignerons se saisirent des envoyés, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. Nous refusons Dieu, c’est un ‟ gêneur ” lorsqu’il vient demander ses fruits : fruits de justice, d’amour, de paix. Nous voulons gérer notre vie, notre vigne pour notre compte personnel : j’accepte mal les exigences divines, les appels divins, « Oh, Dieu n’en demande pas tant ! ».

Eh si ! Et sans doute, plus ! Mais Dieu n’est pas rebuté par nos refus et de nouveau, il envoie d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers. Ils furent traités de la même façon tous ces prophètes qui viennent déranger la société matérialiste avec leurs utopies et leurs idées subversives qui viennent déranger nos plans économiques.

Ils ont tué Gandhi, tué Isaïe, tué le père Popieluszko, tué Jérémie, tué Mgr Romero, tué Martin Luther King, tué Hervé Gourdel, tué Jeanne d’Arc, tué six jésuites en Equateur.

« Il est bon qu’un seul meurt pour tous les autres », « On va faire un exemple : ça les calmera ».

Finalement, il leur envoya son Fils en disant : « Ils respecteront mon Fils », et c’est là, à ce moment de la parabole, qu’elle cesse d’être une parabole, mais l’histoire vraie de Dieu avec les hommes car la suite de l’histoire est historique : histoire vraie. Oui Dieu a été jusque -là : il envoie son propre Fils à des gens qui ont déjà tué de nombreux serviteurs. Dieu ose le risque de l’amour total. Il joue le quitte ou double radical. Il risque son propre Fils, le fruit de sa tendresse trinitaire.

« Dieu nous a aimés jusqu’à nous donner son propre Fils ».

Voyant le fils, les vignerons se dirent :

« Voici l’héritier, allons-y ! Tuons-le ! Nous aurons l’héritage ! ».

 

Notons au passage que le péché des vignerons n’est pas de ne pas avoir fait produire de fruits à la vigne, mais de vouloir s’approprier ces fruits qui ne leur appartiennent pas : c’est cela le péché de l’athéisme, gérer la terre au profit exclusif de l’homme, sans tenir compte qu’elle est propriété et don de Dieu.

L’homme n’accepte plus Dieu comme son bonheur définitif, son bien absolu, le sens de sa vie. Il cherche ” en lui-même ” le bonheur, ce sens, son bien absolu. ” Mort de Dieu ” qui devient inévitablement la mort de l’homme coupé de ses racines, sans Dieu. C’est la mort qui gagne toujours.

Sartre le reconnaîtra : « Sans Dieu, la vie n’a aucun sens et la mort aura le dernier mot ! »

Cette question du refus de Dieu n’est pas seulement celle des Juifs mettant Jésus en croix : c’est aussi de ma vie qu’il s’agit. C’est ma vie qui répond ou qui refuse.

Il n’est pas équivalent d’écouter l’Evangile ou de le mettre en pratique ou de vivre comme si Dieu n’existait pas !

Il s’agit de vivre selon l’amour absolu ou selon le non-amour.

Il s’agit de rendre les fruits à Dieu ou de les garder pour soi !

La vigne de Dieu, c’est la vaste église, c’est notre île, notre quartier. C’est aussi notre famille et finalement, c’est le fond du cœur de chacun d’entre nous. AMEN

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