Solennité de la Toussaint – Homélie du Père Louis DATTIN

 En route vers la sainteté

Mt 5, 1-12

Un jeune de treize ans à qui je reprochais sa médiocrité, m’a répondu un jour : « Tout le monde ne peut pas être un Saint » comme pour s’excuser de ne pas en être  ̏un  ̋. Et je lui ai répondu : « C’est vrai. Mais tout le monde peut se mettre en route vers la Sainteté ».

En effet, vous tous, frères et sœurs, quel que soit le degré de sainteté auquel vous êtes parvenus (ce que vous ignorez, et cela vaut beaucoup mieux pour vous ; seul Dieu peut être juge pour en décider), quel que soit ce degré, il faut vous mettre en route vers la Sainteté. Pour cela, rassurez-vous, il ne suffit pas de faire des choses extraordinaires : de rentrer dans un couvent, de faire des miracles ou d’avoir des apparitions du Sacré-Cœur.

C’est au contraire à travers les circonstances les plus ordinaires de votre vie à vous (pas celle des autres) que vous devez vous mettre en route vers la sainteté.

Sainteté : dans la vie de famille avec le mari ou la femme que vous avez, dans le travail, avec le métier que vous exercez, dans les loisirs, avec la détente que vous recherchez, dans le quartier où vous habitez.

C’est curieux, on rêve toujours d’une sainteté dans des circonstances différentes de celles que nous vivons !

« Ah ! Si je n’avais pas le mari que j’ai ! »

« Ah ! Si j’exerçais une autre activité, alors, là, oui, je le sens bien je pourrais faire des progrès sensationnels ! »

Eh non ! La sainteté est le résultat de choses toutes simples, toutes ordinaires, mais seulement faites par amour de Dieu et par amour des autres. Et cela, voyez-vous, qui que vous soyez : petits ou grands, riches ou pauvres, en bonne santé ou malades, vous êtes tous capables de le faire, avec l’aide de Dieu qui ne vous manquera jamais !

Pour devenir un Saint, il n’est pas nécessaire de passer à la télévision ou de recevoir le prix  ̏Nobel de la paix  ̋ ou d’avoir son nom dans les journaux comme l’abbé Pierre ou mère Thérésa.

Ce qu’il faut : c’est faire toutes choses, même les plus petites, même les plus banales avec amour, amour pour Dieu, amour pour les autres.

Guy de Larigaudie disait : « Il vaut mieux éplucher des pommes de terre avec amour que de bâtir une cathédrale sans enthousiasme » et St-Paul disait à son tour : « Frères, j’aurais beau connaître toutes les langues de la terre, être le plus savant des hommes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien ».

Une fille de 4e année de catéchisme, me disait un jour :

« Oh ! Vous savez, ma grand-mère, c’est une dévote, c’est une sainte ! Elle dit son chapelet tous les jours mais elle vit toute seule dans sa grande maison. Elle ne reçoit jamais personne, aussi on ne la voit pas beaucoup : elle a peur que si nous allons chez elle, on lui casse des vases ou on salisse le salon. Elle garde tout pour elle : on ne l’aime guère et je crois qu’elle ne nous aime pas beaucoup non plus ! »

Eh bien, non ! Cette grand-mère n’avait rien d’une sainte. Il ne faut pas confondre sainteté et bigoterie ou  ̏sainteté  ̋et  ̏dévotion  ̋.

C’est sur l’amour que nous serons jugés et pas sur le nombre de chapelets que nous aurons débités : les vrais saints, on les admire et on sent bien qu’ils nous aiment !

Autre chose à ne pas confondre : sainteté et perfection.

Vous connaissez le proverbe : « La perfection n’est pas de ce monde ». C’est vrai, c’est impossible d’être parfait et de n’avoir aucun défaut (il n’y a que Dieu).

Personnellement, je ne connais personne qui soit sans défaut. En revanche, je connais pas mal de gens qui sont en marche vers la sainteté.

Tous les saints avaient leurs défauts, leurs faiblesses, leurs moments de révolte ou de colère. Les saints n’étaient pas parfaits : seulement, ils étaient en marche vers la sainteté. Bien sûr, ils retombaient dans leurs pauvres petits péchés quotidiens, ils le reconnaissaient humblement et se relevaient bien vite, avec l’aide et le pardon de Dieu et ils repartaient confiants sur la route du don de soi au Seigneur, du don de soi aux autres.

Mais le Seigneur, dans l’Evangile que nous venons de lire, nous dit : « Attention ! Ne vous laissez pas piéger ! »

Sur la route de la Sainteté, il y a des pièges et vous risquez de tomber dedans ! Quels pièges ?

 

* l’amour de l’argent : la solution de Jésus est « Bienheureux les pauvres de cœur » = ceux qui sont détachés des richesses matérielles et qui ne recherchent pas seulement leur bien-être, leur confort, leur tranquillité

 

 

* l’indifférence à l’égard des autres : « Après tout, cela ne me regarde pas, ils n’ont qu’à se débrouiller ! Je ne suis pas chargé d’eux »

* le piège de la violence : « Bienheureux les doux » !

* le piège de la rancune : « Heureux les miséricordieux » !

* la peur de l’engagement au service de la justice : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice ! »

Au fond, toutes les Béatitudes pourraient se résumer en une seule : « Heureux ceux qui ne se laissent pas piéger sur la route du Royaume des Cieux, sur la route de l’amour ».

Ces Béatitudes que nous venons de proclamer nous rappellent que, pour Jésus, l’amour, ce n’est pas affaire de sentiments, mais d’actes.

Aimer, ce n’est pas d’abord un état du cœur larmoyant « Oh ! comme c’est dommage ! Oh ! Comme c’est triste ! », mais se dire tout de suite « Et moi : qu’est-ce-que je peux faire pour rétablir la situation ? »

Aimer, c’est s’oublier pour les autres et partager avec eux.

Aimer, c’est être sensible aux peines des autres et pleurer avec eux.

Aimer, c’est avoir faim et soif de justice et donc, se battre contre toutes les injustices d’aujourd’hui et Dieu sait s’il y en a !

Aimer, c’est se réconcilier, refaire la paix.

Aimer, c’est s’engager et se compromettre jusqu’à se faire mal voir pour bâtir un monde plus juste, plus tolérant, plus fraternel, plus respectueux de l’autre.

Oui, heureux tous ceux qui aiment ainsi : c’est de cette manière-là que Jésus nous aime et que nous sommes en marche vers la Sainteté.

Oui, frères et sœurs, il est donc possible de devenir des saints, même si nous avons des défauts, car nous pouvons toujours nous relever par le sacrement de la Réconciliation.

Il est possible de devenir des saints même si nous sommes capables du pire à certains jours car n’oublions pas l’aide du Seigneur. Ce n’est pas avec nos efforts à nous tout seuls que nous y arriverons : c’est parce que le Seigneur est , prêt à nous aider, prêt à nous encourager par l’Esprit-Saint.

Il est possible de devenir des saints même si nous sommes des gens très ordinaires, mais, pour cela, il ne faut pas nous laisser piéger.

Quand on ferme la télévision, on finit par penser que le mal et la violence sont les maîtres du monde.

. Il faudrait, qu’en nous voyant, les autres puissent se dire :

« Des gens en marche vers la sainteté, ça existe !

. Des familles unis entre époux, entre parents et enfants, ça existe !

. Des quartiers où l’on est prêt à ouvrir sa porte à un voisin en difficulté, ça existe !

. Des lieux de travail où il y a de l’entraide et de la solidarité, ça existe !

. Des communautés accueillantes, chaleureuses, fraternelles, ça existe !

Non ! Il n’y a pas que du mal et de la violence dans le monde d’aujourd’hui : il y a aussi beaucoup de bien, beaucoup d’amour, beaucoup de gens semeurs de lumière et d’amitié, beaucoup de gens qui sont sources d’espérance et de confiance dans l’avenir.

L’avenir, c’est la fête de la Toussaint : c’est cette marche de l’Humanité entière vers le Royaume de Dieu, ce Royaume que Jésus nous a promis, ce Royaume où nous retrouverons dans la joie, ceux qui nous ont quittés, dans la pleine lumière du Seigneur. AMEN

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