2ième Dimanche de l’Avent – Homélie du Père Louis DATTIN

Préparer la route du Seigneur

Mc 1, 1-8

 

            C’est le désert, frères et sœurs, qui est évoqué aujourd’hui dans la liturgie de la parole de Dieu, Isaïe, qui s’adressant aux exilés, leur annonce :

« Vous allez traverser 1 000km de désert : la distance qui vous sépare de Jérusalem, votre ville sainte, votre ville mère. C’est par le désert que passera le chemin du retour au Seigneur. “Tracez la piste, préparez le chemin, tracez droit une route pour Dieu”. Alors la gloire du Seigneur se manifestera. Votre retour au pays, cette grande joie passe par le désert, période de purification ».

« Quittez, nous dit à son tour St-Pierre, vos horizons habituels, vos cadres de vie, de routine et d’habitudes. Mettez-vous en route et vous verrez des cieux nouveaux et une terre nouvelle ».

Et dans l’Evangile, à son tour, au tout début de l’annonce de la Bonne Nouvelle de St-Marc : cette Bonne Nouvelle est-elle apprise ? Par qui ? Une voix crie dans le désert, celle de Jean-Baptiste qui proclame l’annonce du Messie : « Il va venir après moi celui qui est plus puissant que moi ». « Moi, je vous baptise dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » et tout le peuple, tout Jérusalem allait au désert, avouait son péché et se faisait baptiser pour faire voir qu’il voulait changer de vie.

“Crier dans le désert”, c’est une expression qui veut dire « Tu perds ton temps. Personne ne t’écoute, tu t’égosilles en pure perte. Ta parole ne rencontrera aucun écho, tu te démènes en vain ».

Alors cette Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, qui doit nous refaire, à chacun, un cœur neuf, est-ce dans le désert que je dois la crier ? Ne serait-ce pas plutôt là où les foules se concentrent ? Au stade de l’Est, sur le Barachois ?

 Regardez notre crèche : il n’y a actuellement rien pour les yeux, aucun décor, pas un personnage, pas une couleur, rien à quoi raccrocher son regard et pourtant l’Eglise nous dit aujourd’hui : « Et si nous partions au désert ? En laissant derrière nous les bruits et les soucis, le silence et le calme commenceraient à nous donner la paix. Notre solitude et notre dénuement effaceraient les préoccupations qui nous harcèlent. Nous en aurions l’esprit et le cœur débarbouillé, le ciel du désert déploierait en nous sa vaste toile ? Si nous partions au désert ? »

Le désert, c’est d’abord le silence extérieur et les voix intérieures : celles de Dieu, celles de notre conscience vont prendre toute leur ampleur. Enfin je pourrai écouter ce que je devrais me dire à moi-même, ce que ma conscience me dicte, ce que le Seigneur lui-même désire me confier : lui qui veut me parler depuis si longtemps, mais auquel je ne donne que si peu la parole parce que d’autres bruits et d’autres paroles couvrent la sienne.

Enfin mes voix intérieures, celles qui devraient me guider et m’orienter vont se rendre audibles parce que d’autres bruits se sont tus.

En outre, au désert, il n’y a rien : c’est le vide, le vide de tout l’accessoire, de tous les objets, l’absence de toute consommation.

C’est le contraire de ces centres de soldes où il y a tout, toutes ces babioles à bon marché qui vont encombrer votre panier et dont, en fin de compte, on n’a pas besoin et puisque dans un désert, il n’y a rien.

On est tout de suite ramené à l’essentiel, à toutes ces grandes questions de fond que nous évitons de nous poser parce qu’elles engageraient trop notre vie :

« Pourquoi suis-je sur la terre ? Quelle est ma destinée ? Que dois-je faire de ma vie ? Quel est son but ? Et pourquoi l’amour ?
Et pourquoi la mort ? Et pourquoi la souffrance ? Quelle est ma place dans l’univers ? Quelle est mon espérance, quelle est ma foi ? »

 Au désert, on se débarrasse des faux problèmes pour se poser les vraies questions. Rien pour nous distraire, rien pour nous évader, il n’y a même pas ce que le philosophe Pascal appelait le “divertissement ” : toute cette quincaillerie matérielle, psychologique, affective et même spirituelle qui nous sort, hors de nous-mêmes.

Au désert, on se retrouve : tel que l’on est, et ça fait peur de se regarder en face. Mais, au désert aussi, il y a quelqu’un d’autre… quelqu’un qui nous y attend, quelqu’un qui nous aime et qui veut nous retrouver et qui veut que nous nous retrouvions nous-mêmes. Ce quelqu’un-là a dit par un prophète de la Bible :

« Je te conduirai au désert et là, je te parlerai au cœur ».

 Là, dans le silence plein de Dieu ; là, dans le vide, plein de Dieu ; c’est là qu’on reçoit les grandes invitations majeures : celles qui changent la vie.

Le désert parle à l’homme : une grande parole muette, celle de celui qui ne se confond avec rien, avec personne. Dans nos vies bousculées et bruyantes, nous manquons de désert ! Alors qu’allons-nous faire ? Je ne vous demande pas d’aller dans la plaine des Sables, ni même à Mafate… le désert, c’est d’abord en vous, dans votre vie à vous qu’il faut le créer.

On a vu qu’il était silence : avez-vous la possibilité dans votre journée, dans ces jours de l’Avent, de créer autour de vous, mais en vous, surtout, des zones de silence, des zones de vide, des espaces intérieurs de désencombrement où vous pourriez vous retrouver vous-mêmes, pas seulement en face de vous-mêmes, ce qui est parfois nécessaire, mais aussi en face de Dieu.

Le désert est peut-être derrière la maison, le long de la rue quand la nuit tombe, peut-être dans l’église où je rentre cinq minutes. Un père de famille, rentrant fatigué du travail me disait que revenant le soir à la maison où il y avait sa femme et ses enfants : c’est-à-dire d’autres problèmes, il éteignait le moteur et les phares de sa voiture, et là, dans le garage, dans le noir, prenait dix minutes de désert avant de sortir de son véhicule pour retrouver les siens.

Un autre me disait, ô paradoxe, que c’était dans le métro, au milieu de ce bruit mécanique et de cette foule anonyme, dans le défilement des stations qu’il trouvait le moyen de prier et de se refaire…

Le désert est peut-être dans un regard croisé tout à l’heure. L’essentiel est que chacun désire trouver le sien : s’il ne le désire pas, il ne le trouvera jamais. Un homme à qui je proposais trois jours de retraite, me répondit tout de suite :

« Non, mon père, parce que je sais que si je dis “oui”, je serai obligé de me poser des questions et Dieu aussi m’en posera et je serai obligé de changer de vie : ce que je n’ai nulle envie de faire !»

Ce temps de l’Avent peut devenir pour nous un temps de désert où Jean-Baptiste nous criera à nous aussi, mais pas dans le vide :

« Préparez, oui, préparez le chemin du Seigneur. Changez votre cœur. Que le Seigneur puisse accéder jusqu’à vous, parce que, dans le sable et les cailloux, vous avez rendu droite une route pour Dieu ».

Il nous faut chercher le désert jusqu’à ce que le désert ait mûri en nous les vrais malheurs.

Faisons silence, faisons le vide, désencombrons-nous de tout ce qui n’est pas l’essentiel, alors nous pourrons entendre dans la nuit de Noël, la brise imperceptible de la respiration du Dieu
nouveau-né. AMEN

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