3ième Dimanche de l’Avent – Homélie du Père Louis DATTIN

Nouveau printemps

Jean 1, 6-8 ; 19-28

            Vous l’avez constaté, chers amis, toutes les lectures de cette liturgie sont gonflées de joie et d’espérance. Le désert ne doit pas rester désert : lui aussi doit se transformer et devenir “Jardin de Dieu”.

« De même, nous rappelle Isaïe, que la terre fait éclore ses germes et qu’un jardinier fait germer ses semences, ainsi le Seigneur fera germer la justice et la louange devant toutes les nations ». La force, la germination de la grâce de Dieu, la poussée de l’Esprit est capable de faire éclore dans le désert de nos sociétés égoïstes, dans le désert de nos âmes matérialistes, des bourgeons qui vont devenir plantes vivaces et fleurs épanouies.

Si, un jour, vous avez la chance de voyager dans le pays de Jésus, la Palestine, vous constaterez avec admiration qu’en beaucoup d’endroits, des forêts poussent, là où, il y a 50 ans, il n’y avait que cailloux et sables : pourquoi ? Parce que, il y a eu, chez les Juifs du nouvel Israël la volonté opiniâtre de changer en jardins, en palmeraies, en forêts, ce qui, pendant des siècles, n’a été que terre stérile.

Ils ont voulu appliquer, à la lettre, la prophétie d’Isaïe : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ; le pays aride, qu’il exulte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs : alors l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans les terres arides, la terre de la soif en eaux jaillissantes ». « La semence que tu auras jetée en terre recevra la pluie qu’enverra le Seigneur. Ton bétail ira paître sur de vastes pâturages, tes collines se couvriront de fleurs ».

Les guides des “Kibboutz”, ces communautés religieuses rurales montrent, non sans fierté, des bananeraies, les palmeraies, les orangeraies, des champs de citronniers aux touristes ébahis dont les plus vieux, n’avaient vu, ici, autrefois, qu’une étendue caillouteuse et sèche. Ce qu’ont fait matériellement ces pionniers, “en faisant mordre le vert sur le jaune” comme ils disent, c’est-à-dire la végétation sur une terre morte.

Le Seigneur, lui, se propose de le faire en nous, spirituellement. Dans nos âmes desséchées, dans nos terrains caillouteux, égoïstes et stériles, il est capable, en ce temps de l’Avent, de faire surgir une fleur de sainteté animée par la sève de l’Esprit-Saint.

Oui, ce temps de l’Avent, est un temps de grâce, un temps de vie où notre terre intérieure peut recevoir la rosée de Dieu, capable de faire germer en nous les fleurs de la sainteté. Voilà pourquoi nous rappelle St-Paul, dans la seconde lecture : « Soyez dans la joie. Priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance » et il a ce mot admirable « N’éteignez pas l’Esprit qui est en vous »… cette petite pousse verte que vous découvrez un jour, cette volonté de vivre plus, de vivre mieux qui est semence déposée en vous par l’Esprit… surtout prenez-en soin !

Vous le savez bien, dans la vie spirituelle tout comme dans le jardin, tout est affaire de soin, de protection, de climat, d’environnement, de discernement aussi. Estimez la valeur de toutes choses : ce qui est bien, gardez-le ! Eloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal ! Prenez bien soin, sachez repérer tout ce qui prend jour en vous, ce qui germe.

Oui, ça pousse aussi en vous ! Regardez bien ! Car il est fidèle, le Dieu qui est capable de vous sanctifier tout entier et il accomplit tout ce qu’il promet : « Sur les hauteurs dénudées, je ferai jaillir des fleuves et des sources dans les ravins. Je changerai le désert en lac et la terre en fontaines ; je mettrai dans le désert le cèdre et l’acacia, le myrte et l’olivier ; je mettrai dans les terres incultes le cyprès, le pin et le mélèze afin que tous considèrent et découvrent que la main du Seigneur a fait tout cela ! »

Sous le soleil de Dieu et dans une terre transformée par lui, nous sommes les plantes de Dieu, les fleurs qu’il désire voir s’épanouir, les fruits qu’un jour il pourra cueillir.

« C’est moi, le Seigneur, qui ai fait tout cela ! Que les cieux distillent la rosée, que les nuages répandent la justice, que la terre s’entrouvre et que le salut s’épanouisse, que la sainteté fasse éclater en même temps tous ces bourgeons ». « La vérité germera de la terre, nous dit le psaume, amour et vérité se rencontrent, justice et paix les embrassent ». Ça, c’est le bouquet de Dieu : bouquet plein de couleurs, de vie, de sève, de l’Esprit-Saint « car je n’ai pas créé la terre comme un désert, dit Dieu par le prophète Isaïe, je l’ai formé pour qu’elle soit habitée », « Tournez-vous vers moi pour être sauvés. C’est moi qui suis votre source, et il n’y en a pas d’autres ».

Jean le Baptiste, à son tour, ne nous dit pas autre chose. Il crie dans un désert qui deviendra le jardin vivant de l’Eglise : « Moi, je baptise dans l’eau » tout comme le jardinier arrose un terrain où l’on ne voit encore rien de tout ce qui doit éclore, mais qui est déjà riche, malgré les apparences, de tout ce qui va éclore par la suite. « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

La puissance du Seigneur est déjà à l’œuvre, elle est invisible, elle est en gestation. Rien encore ne pointe sur ce terrain que l’on croit stérile. Mais déjà l’eau souterraine de l’Esprit irrigue tout le champ de Dieu qui, à Noël, s’épanouira au grand jour. A Noël, ce sera un bien petit signe de salut, un bien petit bourgeon sur l’arbre de Jessé. Mais qui avant Noël de l’an 0 parlait de Jésus qui allait venir ? Quelques personnes seulement : Marie qui l’attendait, Jean-Baptiste qui l’annonçait, un vieillard, Siméon au temple et aussi une vieille femme Anne. On devait les prendre pour des radoteurs et des rêveurs. Et le rêve a pris corps : celui de Jésus, celui du Messie.

La pousse apparaît dans les cailloux ocres du désert. Jésus, ce petit pauvre couché dans une mangeoire, réfugié, refusé par Bethléem, il a, nous rappelle Isaïe, « poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n’était ni beau, ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n’avait rien pour nous plaire… et voilà pourtant la nouvelle greffe pour l’humanité : végétation exténuée par le péché, desséchée par la soif ». « Lui, c’est dans l’Esprit Saint qu’il vous baptisera ».

C’est par lui que nous allons être renouvelés à Noël ! Une nouvelle sève divine nous transformera ; irriguée par la divinité, l’humanité va pouvoir enfin espérer : « Il vient apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté », annoncer le temps de la floraison puis celle des fruits à récolter. « Ainsi le Seigneur fera germer la justice et l’action de grâce devant toutes les nations ».

Soyez dans la joie de l’attente, dans l’espérance. AMEN

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