1er Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Les temps sont accomplis

Mc 1, 12-15

Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu, en disant : « Les temps sont accomplis », « Convertissez-vous ».

« Les temps sont accomplis » : essayons pendant quelques minutes, frères et sœurs, de réfléchir sur le temps, le temps que Dieu nous donne et qu’il va encore nous offrir pendant ce Carême, pour avoir le temps de nous changer, de nous convertir. L’Ecclésiaste nous rappelle qu’il y a un temps pour tout : un temps pour prier, un temps pour agir, un temps pour planter, un temps pour abattre, un temps pour bâtir, un temps pour détruire.

A quoi, frères et sœurs, allons-nous consacrer notre temps pendant ce Carême ? Serai-ce du temps utile ou du temps perdu ? En principe, nous sommes maîtres de notre temps. En réalité, nous savons bien que c’est le temps qui est notre maître et que nous essayons toute la journée de le maîtriser, sans pouvoir toujours y réussir. On a dit que notre monde, notre vie, était une valse à trois temps.

Tout d’abord:

1 – le temps biologique : celui de notre corps et de ses rythmes : la nuit, le jour, le sommeil, l’activité – l’enfance, l’adolescence, la vie adulte, la vieillesse.

2 – il y a aussi le temps mécanique : le découpage, fait par l’homme, de ce temps avec les ans, les mois, les jours, les heures, les minutes et le temps de nos horloges et de nos chronomètres.

3 – et il y a aussi le temps social : les mi-temps, les trois-huit, les vacances, les trimestres de la sécurité sociale, le temps de la retraite, le travail temporaire, les contrats à durée déterminée : CDI-CDD.

Si bien que notre temps est devenu extrêmement artificiel. C’est un évêque africain qui disait à ses fidèles : « Depuis que vous avez l’heure, vous n’avez plus le temps ». Nos rythmes profonds ont été refoulés par les occupations multiples qui nous sont imposées de l’extérieur, si bien que le temps, qui n’est qu’un “moyen“, un espace horaire pour réaliser telle ou telle œuvre, devient un “but” : nous cherchons à gagner du temps au lieu de veiller à bien le remplir et si par hasard, nous avons le temps, si nous avons du temps, nous avons peur et nous multiplions les activités pour soi-disant “occuper le temps” sans nous avouer que c’est pour “tuer le temps” dont nous ne savons plus quoi faire.

A notre époque, le temps a subi aussi trois modifications :

1 – Il est raccourci : on sait les nouvelles en quelques secondes, à la télé, à la radio. C’est du “direct” où le temps ne compte plus.

2 – Le temps est impatient : pour un journaliste comme pour un téléspectateur, il faut qu’il se passe toujours quelque chose sinon on a l’impression de n’être pas dans la vie.

3 – En outre, c’est un temps en miettes : le temps ne peut plus nous faire réagir à l’évènement que déjà un autre vient nous bousculer.

Alors, en face de ce temps, l’Evangile pourrait nous dire : « Arrêtez vos montres ». Le temps, c’est d’abord un “don de Dieu” que je peux gaspiller ou remplir de façon utile. Donnez un cahier à un enfant de trois ans et un autre à un savant : regardez la façon dont il va être employé.

Dans le 1er, je vais trouver des gribouillis, des taches, des tracés incompréhensibles ; dans l’autre, un texte admirable que l’on appellera “chef-d’œuvre”. Au départ, Dieu leur a donné le même cahier : quelle différence dans le résultat !

Le temps que Dieu me donne, cette heure qui va suivre, ce demain qu’il va m’offrir, ce mois suivant, l’année prochaine : que vais-je en faire ? Vais-je les gaspiller ou en faire le contenant d’un chef-d’œuvre? L’heure de Dieu, c’est une heure qui m’est offerte par Dieu pour aimer : vais-je remplir mon temps par de l’amour envers Dieu et envers les autres ? Lorsque Jésus dit dans cet Evangile « Les temps sont accomplis », « Convertissez-vous », c’est cela que Jésus veut nous dire : « Ne gaspillez pas ce temps que Dieu vous offre, il est limité ». Il a eu un commencement : la date de votre naissance, il aura une fin : la date de votre mort » et il vous sera demandé un jour : « Ces 20 ans, ces 50 ans, ces années que je t’ai données : qu’en as-tu fait ? Un grand sac vide avec quelques bricoles au fond ou bien, au contraire, un container rempli jusqu’au bord de tout ce que tu as fait ? »

Dans ton existence, as- tu travaillé à créer plus de justice, plus d’amour, plus de fraternité entre les hommes, plus de compréhension ? Jésus-Christ nous le rappelle : « Le règne de Dieu est tout proche ». Ce règne de Dieu qui est, qui était et qui vient pour les siècles des siècles c’est-à-dire où le temps ne s’écoule plus, ce temps qui n’est plus qu’un instant éternel. « Cette parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. C’est déjà l’annonce d’un moment définitif où Jésus sur la Croix, ayant terminé sa mission pourra s’écrier : « Tout est accompli ». La victoire sur la mort est remportée.

« Les temps sont accomplis » ne veut pas dire « L’histoire est finie » « Il n’y a plus rien à vivre », cela veut dire au contraire « Ce temps que je vous donne maintenant, profitez-en, utilisez-le, jour par jour, mois après mois, pour accomplir, à votre tour, le projet de Dieu sur vous. Accueillez ce temps pour vivre à fond l’Evangile et déjà anticiper sur la terre le temps du Royaume de Dieu. « Convertissez-vous », c’est-à-dire ne perdez votre temps à des broutilles, attaquez-vous à l’essentiel : que tout “le temps” qui vous est donné depuis votre Baptême soit un temps d’amour, un temps de construction, un temps d’ouverture, d’accueil aux autres : « Le Royaume de Dieu, il est déjà là ». La vie nouvelle ne commence pas dans l’au-delà de la mort, elle est déjà présente en vous depuis votre Baptême.

Cette vie-là, « vivez-là dans le temps que je vous offre ».

C’est le temps du salut.

 Puisque « les temps sont accomplis », chaque jour que nous avons à vivre désormais, va avoir sa valeur propre. Chaque jour est l’aujourd’hui de Dieu : chaque jour, nous pouvons vivre et partager ce qui nous est donné en Jésus. Voilà pourquoi, Jésus, conscient du temps qui lui est donné (il ne lui reste que moins de trois ans à vivre), commence à passer 40 jours dans le désert. Nous avons besoin, nous aussi, pendant ce Carême, d’un temps de désert, d’un temps de halte, en nous laissant, nous aussi, pousser par l’Esprit ; alors, au milieu de nos occupations, nos déplacements, nous pourrons réaliser que « Les temps sont accomplis », qu’il est temps de changer : le temps de nous convertir et de croire vraiment à la Bonne Nouvelle.

Demain, nous serons encore bousculés. Demain encore, nous aurons l’impression de perdre notre temps et cependant, pendant ce Carême, je vous souhaite une grâce : celle de « retrouver le goût du temps » et ensuite de savoir féconder chaque jour qui nous sera donné jusqu’à Pâques.

Essayons pendant ce Carême de nous organiser pour donner du temps à Dieu, à la communauté des croyants, à notre famille, aux pauvres, aux proches et pourquoi pas … à nous-mêmes ! Nous avons besoin de temps pour nous reprendre. « Le temps est venu » de l’accomplissement du projet de Dieu en nous, sur nous.

Comment voyez-vous le temps de votre vie ? Comme un temps mort ? Un temps vide ? Un temps dévoré ? Un temps bousculé ?  Comment, pendant ce Carême, mieux gérer notre temps, pour en faire un temps “occupé” à l’essentiel et non “perdu” en des occupations futiles ?

 Voilà que le Seigneur nous offre 40 jours jusqu’à Pâques : qu’allons-nous en faire ? Allons-nous féconder chaque jour qui nous sera donné ? Ce serait magnifique, si, chaque soir, revoyant la journée écoulée, nous puissions dire au Seigneur :

 « La voici, Seigneur, cette journée. Reçois-là, je te l’offre, pleine de mon travail offert, de l’écoute aux autres, de l’attention aux plus petits, de mon dévouement à ceux qui m’ont entouré. Cette journée est une étape Seigneur, celle qui va suivre en sera une autre et ainsi jusqu’à Pâques où, à l’offertoire et à la Consécration de la messe, tu transformeras tout cela pour en faire une œuvre sacrée, une pierre de la construction de ton Royaume ».

« Prenons la main que Dieu nous tend. Voici le temps où Dieu fait grâce à notre terre. Prenons le temps de vivre en grâce avec  nos frères ».  AMEN

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