3ième Dimanche Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Conversion

Mc 1, 14-20

Sans doute, avez-vous remarqué, frères et sœurs, le thème commun aux trois lectures de cette liturgie. Dans les trois, on vous dit :

« Dépêchez-vous, le temps vous est compté » ; « Il est grand temps de vous convertir ».

Nous avons d’abord le prophète Jonas qui se promène dans une ville païenne, énorme puisqu’il faut trois jours pour la traverser, en criant : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ! ».

“Aussitôt” (retenons ce mot “aussitôt”, nous le retrouverons dans d’autres lectures), les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne et voyant leur réaction, Dieu renonça au châtiment.

« Encore quarante jours », proclamait Jonas.

St-Paul, dans la seconde lecture, est encore plus alarmiste : « Frères, je dois vous le dire : le temps est limité », « Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer » et St-Paul, au lieu d’employer le mot “chrono” pour le temps, emploie le mot grec “Kaipos”. Carguer : on cargue ses voiles, c’est-à-dire qu’on les replie parce que le bateau arrive devant le port. St-Paul veut nous faire sentir par là que le chrétien doit être un homme en attente d’un événement ultime qui va arriver.

Il y a eu déjà le mystère pascal, le don de l’Esprit, les derniers temps sont advenus ; l’évènement ultime de notre histoire : la Résurrection du Christ après sa mort a déjà eu lieu. Dès lors, toute valeur, toute situation de vie concrète comme le mariage, la douleur, la joie, la possession de biens sont à situer par rapport à cette situation essentielle :

« Ce monde tel que nous le voyons est en train de disparaître ». Ce doit donc être aussi, par voie de conséquence, la mort du péché et la mort de la mort. Or, la mort de la mort, c’est la vie éternelle.

Passons à l’Evangile : Jésus ne va pas dire autre chose. Il disait (ce sont ses premières paroles en public dans l’Evangile de St-Marc celui que nous étudions cette année) : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous, croyez à la Bonne Nouvelle ».

 

Quatre marins pêcheurs étaient là : “aussitôt” (voici que nous retrouvons ce mot), « aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent ». Ils partirent derrière lui.

En sélectionnant ces trois textes, l’Eglise, dans la liturgie d’aujourd’hui, a un message à nous livrer, quelque chose à nous dire, à nous les chrétiens de 2015 : “ Vous n’avez qu’une vie ”.

Frères, nous le savons bien, mais il faut parfois y penser, y repenser. Nous ne sommes pas éternels sur la terre, nous y sommes de passage, un “certain temps“, depuis le moment de notre naissance jusqu’à celui de notre mort et ce temps qui, de toute façon, est très court en regard de l’éternité, même si nous mourons centenaires, nous est donné par Dieu pour y faire nos preuves, pour nous préparer à vivre dans un temps sans temps où, comme dit le psaume « mille ans sont comme un jour ».

Jusqu’ici, la mort : ce fut toujours la mort des autres, mais il arrivera un jour où ce sera la mienne, la vôtre et nous ne savons pas quand cela doit arriver ; ça peut être dans trente ans, dans un an, ça peut être demain. On a comparé le temps à un sablier. Vous savez, ces deux sphères, l’une sur l’autre, où le sable de celle du dessus, grain par grain, tombe dans celle du dessous.

Mais le drame, c’est que nous ne pouvons pas voir le volume de celle du dessus, elle nous est cachée.

Y a-t-il encore beaucoup de sable à tomber ? Ou encore seulement quelques grains ? Nous n’en savons rien !

 En tous cas, quel qu’en soit son volume, les trois prophètes d’aujourd’hui nous disent tous les trois d’un seul cœur, Jonas, St-Paul, Jésus-Christ : « Les temps sont accomplis ». Le temps est limité « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ». Et c’est vrai que la plupart du temps, nous remettons à demain parce que disons-nous « Nous avons toute la vie devant nous ». Qu’en sais-tu ? Elle est peut-être toute entière derrière toi ? Combien as-tu à vivre dans cette situation provisoire ? En cette situation d’attente ? Tu n’en sais rien ! Et c’est pourquoi nos trois prophètes insistent : « Si le temps est si court, si nous ne savons même pas sa longueur, alors quelles conclusions en tirer ? »

« Encore quarante jours et Ninive sera détruite ». Les habitants de cette ville païenne se convertissent : ils pratiquent un jeûne, du plus petit jusqu’au plus grand et prirent des vêtements de deuil. « Frères, je dois vous le dire, le temps est limité », répète à son tour St-Paul. Alors, tirez-en les conséquences : triez, éliminez, choisissez entre “les choses qui passent et celles qui ne passent pas“. Nous vivons tous les jours avec des éléments de notre vie : les uns sont éternels, les autres sont provisoires. Qu’allons-nous choisir ? Allons-nous arriver, surpris, dénudés, démunis sans aucune ressource parce que jusqu’ici, nous nous sommes attachés à du toc, à des fantaisies, à ce qui, demain, nous paraîtra sans valeur, sans consistance ? Ou bien avons-nous choisi d’arriver riches, équipés de toutes les valeurs évangéliques : pauvreté, douceur, justice, pureté, amour de Dieu et des autres, pardon sans condition, don de soi, lumière et vérité, liberté et discernement ?

Un chrétien témoignait qu’après son infarctus du myocarde, il ne voyait plus du tout la vie avec le même regard :

« Autrefois, disait-il, le temps pour moi n’était rien. Maintenant que je suis passé si près de la mort, j’accorde au temps beaucoup plus d’importance. Je goûte la vie avec plus d’intensité et je me mets à voir les autres avec un autre regard : ils ont une beaucoup plus grande importance à mes yeux ».

Et l’un d’eux, un professeur des beaux-arts, disait : « Depuis cette crise, la vie éternelle devient pour moi beaucoup plus présente et le sens de ma vie a changé ».

« Le sens de ma vie a changé » : c’est cela, ce que l’on appelle dans l’Eglise “la conversion”.

Quel est le sens de votre vie ? Avez-vous fait votre conversion ? Votre vie, où va-t-elle ? Dans quelle direction ? Quel est son cap ? Ou bien voulez-vous remettre encore à demain cette mise au point qui vous fait décider une vie différente, une décision, une vision différente de votre regard sur l’univers ? Essayez par exemple de prendre une journée ordinaire et de voir quel est votre emploi du temps.

Votre emploi du temps est une manière de dévoiler ce que vous êtes à l’intérieur de la vie actuelle. « Dis-moi quel est ton emploi du temps et je te dirai qui tu es ». Tous, depuis notre Baptême, nous sommes appelés par Jésus, à changer de vie, tout comme les apôtres sur le bord du lac : « Aussitôt laissant là leurs filets, ils le suivirent », Un peu plus loin, il vit deux autres disciples qui préparaient leurs filets, Jésus les appelle. “Aussitôt“, laissant dans la barque leur père et ses ouvriers, ils partirent derrière lui.

Tout comme pour nous : Dieu ne regarde pas la longueur d’une vie. Pour lui, le temps n’a pas d’importance si ce n’est pour attendre la conversion de quelqu’un.

Il regarde surtout sa qualité et sa dynamique. Des centenaires ont pu mener des vies médiocres et des jeunes, présenter au Seigneur une vie bien remplie, pleine de valeurs exploitées.

« N’essayons pas d’ajouter des années à notre vie, essayons plutôt d’ajouter de la vie à nos années ». AMEN

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