Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur – Homélie du Père Louis DATTIN

Jésus méconnu des siens

Mc 14, 1-15,47

Quelle cérémonie étrange que celle que nous venons de vivre ! Dans une première partie, nous étions en train d’acclamer un roi victorieux qui avance au milieu de la foule qui crie : « Hosannah – Vive Dieu ! Vive Jésus que Dieu nous envoie au nom du Très-Haut ! »

Fête de joie, fête populaire où le Christ est reconnu enfin pour ce qu’il est vraiment : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : le ciel et la terre sont remplis de ta gloire ».

C’est le triomphe ! C’est l’enthousiasme de la foule. Tous, hommes et femmes, ils prennent des palmes pour l’accompagner, pour l’escorter dans son entrée dans sa capitale. C’est la fête pour la foule qui accueille Jésus : il apporte le règne de David. « Hosannah ! » Le salut est proche et nous-mêmes, nous sommes entrés dans cette église avec la joie au cœur. Notre Seigneur est enfin reconnu pour ce qu’il est vraiment ! « Il vient au nom du Seigneur ».

Et puis, après, juste après, la 1ère lecture vient nous choquer. Que dit-elle ? « Je n’en peux plus, je suis une victime qui s’est laissé prendre » « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient. Je n’ai pas protégé mon visage contre ceux qui m’injuriaient et crachaient sur moi ». L’antienne suivante nous fait chanter à notre tour :

 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

 

 

 

 

Alors : « oui ou non ?» Est-ce un triomphateur ou une victime ? Est-ce le roi envoyé par Dieu ? Ou bien un imposteur, un malfaiteur que l’on torture avant de le mettre à mort ?
Devons-nous nous réjouir avec lui dans son triomphe ou pleurer avec lui dans son agonie ?

« Dis-nous qui tu es, Seigneur ? Le héros d’un jour de fête ou la victime d’un jour de deuil ? »

Nous-mêmes, après ces deux récits : celui d’un roi triomphateur ou celui de l’esclave que l’on cloue à la Croix, que disons-nous ? Que pensons-nous ? Que disons-nous de Jésus ?

« Fils de Dieu », oui, c’est notre foi. Mais Fils de Dieu totalement homme, c’est aussi notre foi ! Jésus est allé jusqu’au bout de nos propres questions les plus angoissées ! Dans notre vie, n’y a-t-il pas aussi ces moments de joie, d’exultation, de réussite et puis, aussi, ces temps de malheur, de désolation, de marasme noir et nous nous disons : « Dieu nous abandonne- t-il ? Qu’est-ce-que cela veut dire ? Pourquoi moi et pas un autre ? Pourquoi une telle épreuve, une telle catastrophe ? Dieu nous abandonne-t-il ? ». « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi nous as-tu abandonné ? »

C’est le cri même du Christ en Croix ! Dieu semble abandonner le malade du sida, la vieille maman atteinte de la maladie d’Alzheimer, les victimes des séismes, les chrétiens de Syrie. Serait-ce Dieu qui se retire ? Est-ce-que lui aussi nous laisse tomber ? C’est la question de Jésus sur la Croix. Oui, il a été jusque-là ! Jusqu’à vouloir éprouver lui-même nos moments de désespérance, nos doutes qui nous décapent, notre isolement dans le chagrin extrême, le naufragé qui sent sa dernière minute s’engager.

Alors, Dieu, que tire-t-il de tout cela ? Lui qui se dit créateur et Père ! Ne nous a-t-il mis sur la terre que pour nous faire sentir, un moment, le triomphe des rameaux, pour nous enfoncer ensuite dans le gouffre de la douleur et de la mort ? Tous nos “pourquoi” sont dans le cri de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

C’est une question posée à son père. Il l’interroge et tant que, au fond de nos malheurs, nous continuerons à questionner Dieu, nous serons avec lui ! Qui nous dira un jour la Croix ? En attendant, elle est là, là pour Jésus, là pour nous aussi !

 Mais, nous chrétiens, nous savons déjà que ce mal n’est pas désespérance, que cette Croix n’est pas que la mort définitive :

 « J’attends la Résurrection des morts et la vie du monde à venir ».

La vie de Jésus ne  s’arrête pas là, elle  va rejaillir, rebondir dans l’éblouissement de Pâques, et Pâques, ce ne sera pas seulement le petit triomphe des Rameaux dans la ville de Jérusalem : la tueuse des prophètes. Ce sera le grand éclaboussement de la gloire définitive d’une vie plus forte que la mort, la naissance d’un monde nouveau comme le cri d’un premier né et non plus celui d’un agonisant !

La réponse au “pourquoi” de Jésus, la réponse à tous nos “pourquoi”, c’est la Résurrection ! Ni Pilate, le sceptique, ni les juifs insulteurs, ni le centurion admiratif, ne pouvaient savoir ce qu’allait devenir ce crucifié. Nous, nous savons que le Christ est ressuscité: cela ne doit pas nous empêcher de l’accompagner pendant toute cette Semaine Sainte dans ses souffrances, dans ses angoisses.

Cela doit nous rappeler que la route de la Résurrection passe par là et quand, autour de nous, nous avons du mal à regarder la souffrance du monde, la souffrance de ceux que nous aimons, une seule pensée peut nous aider : Jésus, lui, le Fils de Dieu, lui aussi, est passé par là.

Une seule parole peut nous faire avancer : « Celui qui veut se mettre à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive! »

Il vivra, lui aussi, totalement, définitivement ! AMEN

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