7ième Dimanche de Pâques – Homélie du Père Louis DATTIN

La prière

Jn 17, 1-11

Nous nous trouvons, mes frères, dans un temps liturgique  intermédiaire : un temps très intéressant et plein d’enseignements pour nous, comme il le fut pour les apôtres.

            Les apôtres viennent de vivre l’Ascension du Seigneur. Ils ont vu Jésus s’en aller vers le ciel, retourner vers son père et comme ils avaient encore le visage tourné vers le ciel, fixé à l’endroit où Jésus avait disparu ; voici que deux anges viennent leur dire : « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »

Sortis de leur contemplation, revenus à la réalité et bien les pieds sur terre, ils se souviennent alors des consignes de Jésus :

« Ne quittez pas Jérusalem. Attendez ce que le Père vous a promis. C’est ” dans l’Esprit Saint ” que vous serez baptisés dans quelques jours. Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit  qui viendra sur vous et alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre ».

Ce que firent les apôtres nous est raconté dans la 1ère lecture d’aujourd’hui : arrivés dans la ville, ils montèrent à l’étage de la maison : on ne nous précise pas laquelle mais, pour eux, c’est évident, c’est ‘’la’’ maison, cette fameuse chambre haute, (c’est-à-dire au 1er étage), où s’est d’abord passée la Cène : la 1ère messe, à la veille de la mort du Seigneur.

« Prenez et mangez. Prenez et buvez. Ceci est mon corps. Faites ceci à votre tour, en mémoire de moi… »

Cette maison de l’Eucharistie, c’est celle aussi de la Résurrection : celle dont ils avaient verrouillé les portes, le surlendemain de la Passion parce qu’ils avaient peur des juifs, celle où cependant « Jésus vint et il était là au milieu d’eux », celle où il revint huit jours plus tard les trouvant encore rassemblés, pour faire vérifier par Thomas, le sceptique, la réalité de sa Résurrection. « Heureux  ceux  qui  croient sans avoir vu ! ». Cette maison sera aussi celle de la Pentecôte, mais n’anticipons pas.

Pour le moment, et c’est, me semble-t-il, très important : ils se rassemblent, ils se tiennent ensemble, ils vivent ensemble, ils ne se quittent pas, ils ne se dispersent pas, ils vivent en communauté  et ce sera une des caractéristiques des premiers chrétiens : la vie en communauté, la  “vie ensemble”  avec tout ce que cela suppose de partage, de dévouement, de tolérance, d’amour des autres, d’ouverture aux autres.

Les communautés religieuses, les couvents, les abbayes, les monastères désirent en être la réplique et ne veulent pas vivre autre chose que cette vie commune autour du Père animée par le message du Christ et la force de l’Esprit.

Tout chrétien doit se considérer comme membre d’une communauté, membre d’une famille et c’est une contradiction dans les termes que de dire : “chrétien solitaire” ou il est solitaire et il n’est pas chrétien ou bien il est chrétien et il n’est pas  solitaire.  Mais  en  changeant   une  seule  lettre : il  peut  devenir ” solidaire “.

Un chrétien, c’est un homme ou une femme relié aux autres, partie d’un tout, membre d’un  groupe, d’une  famille  qui  vit  de  l’amour  du  frère.  Si  bien   que  notre  paroisse   devrait  être  avant  tout une ” communauté paroissiale “, une famille de frères et de sœurs où tout le monde se connaît, où tous se partagent le même idéal, communauté où l’on se connaît bien,
où l’on est heureux de se retrouver ensemble, où l’on se soutient les uns les autres, où l’on se réjouit de la joie des autres, où l’on est triste de la peine des autres, où il y a cette chaleur, cette proximité de personnes qui vivent d’une même vie : celle du Christ, qui partagent le même idéal, qui se sentent liées par le même destin.

Peut-être est-ce parce que nous avons perdu cette chaleur, cette vie commune, cette proximité entre nous  que  certains  sont  partis  sur  la  pointe   des  pieds   pour  aller  chercher   dans   des   sectes  cette vie fraternelle et commune qu’ils n’ont pas trouvée chez nous. « Ils  montèrent  à l’étage  de la maison  et c’est là  qu’ils  se tenaient tous ».

           Que  nous  dit-on  ensuite ?  « D’un  seul  cœur,  ils participaient fidèlement à la prière ». Cette  expression « d’un  seul  cœur » rejoint  ce  que  nous  venons  de  remarquer, cette union entre tous , cette vie cordiale qui va s’exprimer tout d’abord dans la prière.  Et c’est la deuxième caractéristique des premiers chrétiens : “ensemble ils prient “.

Et là encore je ne voudrais pas séparer, ni couper les 2 mots : ils “prient ensemble” et “ensemble ils prient”. Certes, la prière individuelle est recommandée par le Seigneur : il n’est pas question de le nier et, pour être honnête, je vous rappelle ce passage :

« Pour toi, quand tu veux prier, entre dans la chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là, dans le secret. Et ton Père qui est là, dans le secret, te le rendra ».

Mais la prière ensemble est aussi importante : elle apporte même la garantie de la présence de Dieu au milieu de nous :

« Quand deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux ».

Jésus, disparu à leurs yeux, il y a quelques heures, est de nouveau présent au milieu d’eux parce qu’ils prient ensemble et que cette prière collective sera le creuset à la fois de leur union,
de la présence du Christ parmi eux et l’appel à l’Esprit Saint qui va venir sur eux et les confirmer comme “apôtres du Christ “.

« Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va ». Ainsi en est-il de quiconque né de l’Esprit.   La prière = condition nécessaire pour sentir ce souffle de la Pentecôte. Pas de prière = pas d’Esprit en nous. Le seul but, en fin de compte, de la prière, c’est d’être animés par l’Esprit Saint.

1 – Vie de communauté ; 2 – Vie de prière. Je vois une 3e condition à remplir pour que se réalise la Pentecôte : « Ils étaient là avec Marie, la mère de Jésus ».

Nous aussi, c’est unis à la prière de la Vierge, elle qui a déjà entendu l’ange lui dire : « L’Esprit Saint te couvrira de son ombre », que nous pouvons espérer que la Pentecôte se produira aussi pour nous.  Oui, comme elle le chante dans son hymne de joie « l’Esprit a fait en moi de grandes choses », la présence de la Vierge Marie dans nos vies de chrétiens, comme sa présence en compagnie des apôtres dans la chambre haute, est la meilleure assurance de la venue de l’Esprit dans nos vies.

 La Pentecôte, c’est dimanche prochain. Une fête chrétienne, je le rappelle, n’est pas un anniversaire, c’est un évènement spirituel, chaque fois renouvelé. La Pentecôte, c’est la venue de l’Esprit pour nous, cette année. Puissions-nous, avant dimanche prochain, réunir les trois conditions qui feront venir l’Esprit de Dieu en nous tous : Vie de communauté, Vie de prière, Vie avec la Vierge Marie.

D’un seul cœur, ils priaient et se tenaient ensemble avec Marie, mère de Jésus.  AMEN