Solennité du Christ, Roi de l’Univers – Homélie du Père Louis DATTIN

La toute- puissance  d’amour

Lc 23, 35-43

Un pendu lamentable, des rieurs qui se moquent de lui ; à côté,  un autre condamné à mort qui lui donne toute sa confiance et, au-dessus du crucifié, cet écriteau « Celui-ci est le roi des juifs ». Tel est le spectacle qui s’offre au Golgotha, ce vendredi après-midi, le 8 avril de l’an 30. Jésus vit ses derniers moments… Etait-il vraiment le Messie attendu, le roi des juifs ? Hier, comme aujourd’hui, les hommes continuent à se diviser en deux camps : ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Pourquoi certains refusent-ils la royauté de Jésus ? C’est tout simplement parce qu’ils se font une autre idée de ce qu’est un roi. Pour eux :

– un roi, c’est celui qui se venge sur ses ennemis

– un roi, c’est celui qui se sauve lui-même bien sûr

– un roi, c’est celui qui est honoré, respecté et non pas humilié.

Or, Jésus est le contraire de cette image. Il ne correspond en rien à cette définition. Ici nous avons un condamné qui a perdu son procès, qui n’a pas ouvert la bouche pour défendre sa cause. Où est sa force de frappe ? Comment riposte-t-il ?

. Un roi écrase ses adversaires, leur fait payer cher leur agression : lui, Jésus, il se montre impuissant à faire le mal, impuissant même à dire du mal. Au lieu de proférer des menaces, de maudire, il demande à son Père de leur pardonner !

. Un roi doit se tirer d’un mauvais pas. Or, les chefs, les soldats, l’autre malfaiteur lui crient : « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même », «Et nous avec ! », ajoute le brigand, ironique.

Quelle confiance peut-on faire à un soi-disant “Sauveur ” qui ne peut pas se sauver lui-même ?

. Enfin, un roi, c’est quelqu’un qui s’impose, qui triomphe, qui commande, un puissant !

. Or, il est sur la Croix : supplice réservé aux esclaves. Qui va vouloir suivre cet esclave qui se fait obéissant jusqu’à la mort ? Selon les idées du monde, Jésus ne peut pas être le roi promis et attendu : “le Messie”.

Et pourtant, il y a, juste à côté de lui, un homme, un malfaiteur, dans la même situation que lui, lui aussi sur le point d’expirer et qui va nous dévoiler le vrai visage du vrai roi, Jésus crucifié : « Lui, il n’a rien fait de mal ! ». Il proclame l’innocence de son compagnon de misère. Il voit juste : Jésus n’a rien fait de mal. C’est un juste et malgré les apparences, Dieu est avec lui et voilà qu’il se tourne vers son voisin : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu seras dans ton Royaume ».

Cet acte de foi stupéfiant a traversé l’histoire : Jésus n’est plus cet homme fantoche et ridicule. L’inscription a raison, elle dit vrai : oui, cet homme est bien « le roi des Juifs » et c’est bien lui qui reviendra demain dans la puissance et la gloire de son Royaume.

Il y a un autre aussi qui va plus loin que les apparences et qui devine que Jésus est le vrai roi : celui-là, il est au pied de la croix. C’est un centurion romain et il est d’accord avec ce que dit le malfaiteur, lui aussi dit : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! ». Deux actes de foi : celui du brigand converti et celui du païen de l’armée d’occupation.

Ces deux  actes de foi  font tout changer et bousculent notre connaissance de Dieu :

– Dieu n’est pas tel que nous l’imaginons parfois, une espèce de Louis XIV dans les cieux, un Napoléon céleste, mais tel qu’il est en son Fils bien-aimé.

– Dieu est comme son Fils : incapable de faire du mal à ses ennemis, impuissant à dire du mal sur les autres.

– Dieu est Père. Il a fait de l’homme un enfant à son image. Il ne peut pas haïr ses enfants. Il est tout puissant, c’est vrai, mais sa toute-puissance est une toute puissance d’amour : “capable d’aimer quand même, capable de pardonner quand même à tous ceux qui le mettent en Croix”.

Voilà où est sa puissance : incapable de maudire, il ne sait que bénir ! Il n’est pas le Dieu qui écrase ses ennemis, qui détruit les pécheurs et punit sévèrement. Il est le Père, tout puissant d’amour et bien sûr, cette paternité change tout le sens de sa royauté : c’est une paternité royale, une royauté paternelle dans une toute puissance d’affection et de pardon, quoiqu’il arrive. N’abusons pas de cette bonté de Dieu, car nous aussi, nous serions de ceux dont il disait : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Nous aurions été incapables de comprendre la vraie royauté de Jésus, une royauté filiale, une royauté fraternelle. Dieu nous aime tellement qu’il préfère perdre la face et se mettre dans le camp des humiliés, des petits, des opprimés, des victimes plutôt que dans le camp des bourreaux, des puissants, des chefs de ce monde, avec ceux qui souffrent, plutôt qu’avec ceux qui font souffrir.

Voilà, maintenant qu’il nous demande à nous de choisir avec lui et comme lui, même si nous devons y perdre l’honneur et la vie comme son Fils bien-aimé !

Sommes-nous  prêts, comme  Jésus, à  choisir  le  camp  de  la justice, de la fidélité, de l’amour et du pardon ?

« Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Jésus se maîtrise et c’est pour cela qu’il est devenu le “Maître”.

Jésus se domine et c’est pour cela qu’il est devenu “Seigneur”.

Il aime jusqu’au bout : c’est pourquoi il est le plus fort, le plus fort en amour.

A la Croix, il remporte la plus grande victoire de tous les rois : au lieu de se faire servir, il vient servir les autres. « Courage, j’ai vaincu le monde ». Pour le bon larron, la réponse ne se fait pas attendre : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec  moi  dans  le  paradis ». Cet  accueil  triomphal, c’est  pour tout de suite : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». Le trône royal est déjà préparé pour celui qui sera décloué de la Croix. Dans un instant, l’Agneau immolé va en prendre possession en compagnie de tous ceux qui ont accepté de partager son destin et son espérance : même s’ils étaient des pécheurs. Le malfaiteur pardonné le reconnaît :

« Pour nous, cette Croix est justice, mais lui, il n’a rien fait ! »

Tout pécheur qu’il est, le brigand entre avec lui, en même temps que lui, dans le Royaume et la Communion des Saints. C’est lui le premier sauvé du Sauveur !

Oui, reconnaissons-le : « Dieu est plus grand que notre cœur » et c’est pour cela qu’il est notre Roi !   AMEN

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