31ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Zachée

Lc 19,1-10

Un industriel, épris d’efficacité, de bilans positifs, de rendements, m’a déclaré un jour : « Mon père, on me dit à l’Eglise “que je suis “sauvé”. Moi, je veux bien, mais sauvé de quoi ? De quel danger suis-je sorti ? »

On dit que le Christ est venu nous sauver, qu’il est notre Sauveur… mais qu’est-ce-que cela signifie ? Je ne ressens absolument pas le besoin d’être sauvé de quoi que ce soit. Je n’ai pas besoin d’un sauveur. De quel sauvetage s’agit-il ?

Autre constatation : les chrétiens se confessent de moins en moins. Ils n’en éprouvent plus le besoin. « Je ne vois plus quoi dire en confession ! A quoi bon déranger un prêtre pour lui dire que je me suis mis en colère avec mes enfants ou que j’ai manqué mes prières ? Si je me suis disputé avec mon voisin, mieux vaut tâcher d’arranger les choses avec lui plutôt que d’aller me confesser. Ces accusations de péché cataloguées, étiquetées, me semblent manquer de sérieux et de vérité. Bref, je ne me confesse plus et je ne m’en trouve pas plus mal ».

Tout cela peut se résumer en quelques phrases : « Je ne me confesse plus parce que “le péché, ça n’existe plus” ».

« “Repentir” – ” Conversion” : ces mots ne signifient plus grand-chose aujourd’hui ». Voilà qui est grave, car on risque d’être en pleine illusion : un peu comme une famille qui dort dans une pièce chauffée avec un poêle dont le tirage est mauvais.
Elle n’a pas l’impression de mourir, elle n’éprouve pas le besoin d’être sauvée et pourtant elle est en train de s’asphyxier à l’oxyde de carbone. Cette famille, il faut  d’urgence  la réveiller, lui ouvrir les yeux. Il faut la sauver et cela c’est pour nous, c’est notre cas ! Il faut nous réveiller, prendre conscience du mal qui nous mine, nous réveiller, ouvrir nos yeux, prendre conscience de notre péché qui nous fait mourir !

Revenons à Zachée : il est pécheur, mais ce qui le sauve, c’est qu’ “il cherche à voir qui était Jésus“. Il était de petite taille et la foule est devant, la foule fait écran.

Pour nous aussi, très souvent, la foule fait écran entre nous et Jésus : la foule, c’est-à-dire les mentalités, les idées reçues, le climat actuel dans lequel nous vivons, toutes ces idées païennes sur le confort, l’argent, la sexualité, l’éducation, la réussite dans la vie. Nous respirons un air vicié, un air toxique et nous ne nous en apercevons pas ! Et peu à peu il asphyxie notre conscience.

Zachée, lui, noyé dans cette foule, n’en prend pas son parti : « il court en avant », nous dit l’Evangile, dépasse les obstacles, grimpe dans un arbre, c’est-à-dire, prend de la hauteur et réussit, de cette façon, à voir Jésus. Nous aussi, si nous voulons retrouver Jésus et son idéal, reprendre conscience de notre situation, il nous faut “prendre de la hauteur” par rapport aux mentalités courantes.

Soyons nous-mêmes. Ne soyons pas des moutons à bêler à l’unisson du médiocre troupeau de la société actuelle. N’ayons pas peur, comme Zachée, de nous séparer de cette foule. Alors, et alors seulement, nous pourrons regarder Jésus, voir Jésus car c’est lui, bien lui, qu’il faut regarder si nous voulons comparer notre conduite, notre mentalité à la sienne.

Car le péché, n’est pas un manquement à un règlement, le péché,  c’est  un manquement à Jésus-Christ, un manque d’amour : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, tu aimeras ton prochain ».

Comme Zachée, en voyant Jésus, nous prenons conscience du mauvais sens que nous donnons à notre vie. Nous voyons, tout d’un coup, en voyant Jésus, en relisant l’Evangile, toute la distance, toute la différence, l’écart qui existe entre lui et nous, entre son attitude et la nôtre, entre ses paroles et les nôtres… Et voici que l’on entend maintenant un autre refrain dans la foule : « Mais alors, vous voulez nous culpabiliser ! » Sous prétexte de ne pas donner de complexe aux enfants ou même aux adultes, on ne parle plus de bien  et de mal, on renonce à former la conscience,  le “bien” et le “mal”, ça  n’existe  plus, qu’ils voient eux-mêmes ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, si bien que  les écrans et les médias nous font voir des criminels qui sourient, des défilés de femmes qui se font avorter en criant “notre ventre est à nous” et des drogués qui se demandent pourquoi on les empêche encore de se piquer.

On est là, en pleine confusion parce que l’on confond le remords et le repentir : * Le remords, c’est ce sentiment de dépit, de honte qu’on éprouve à l’égard de soi-même : on est vexé, on se croyait mieux que ça et l’on se décourage : « Je ne suis bon à rien ».

Le remords est déprimant et vous enfonce encore plus dans le péché.
* Le repentir, au contraire, c’est le regret d’avoir manqué à l’amour de Dieu, à l’amour des autres. On ne se regarde plus soi-même : on regarde Jésus qui vient à nous et qui nous dit comme à Zachée :       «  Aujourd’hui, il faut que j’aille chez toi ». Cela n’a rien de déprimant ! Au contraire, c’est stimulant ! Regardez Zachée qui accueille Jésus chez lui… est-il complexé ? Découragé ? Paralysé par le remords ? Au contraire, il est tout joyeux, il se sent libre enfin ! Il a pris conscience de la situation qui l’étouffait : cet amour de l’argent qui lui faisait faire n’importe quoi ! Et il ne s’en apercevait même pas ! Maintenant, le voilà éclairé, libéré, prêt à partir pour une vie toute neuve ! « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens ! » C’est ça, la conversion !

Le sacrement de Réconciliation, comme la rencontre de Zachée avec Jésus, c’est une rencontre d’amour. Le Christ vient à nous et nous allons à lui pour nous éclairer, pour nous libérer et, prenant conscience de cet amour de Dieu : Dieu qui nous cherche, nous reprenons notre confiance et nous repartons vers un nouvel avenir. Ça y est ! Nous sommes sauvés ! « Le Christ est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».

Grâce à lui, rien n’est jamais définitivement perdu. On peut toujours ressusciter à une vie nouvelle. Allons-nous, nous aussi, “courir en avant” comme Zachée ?

Allons-nous prendre de la hauteur comme lui, et regarder Jésus et l’accueillir et découvrir ainsi combien nous avons besoin de lui ! Lui, le Sauveur, sauveteur !  AMEN

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