28ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Les  dix  lépreux

Lc 17, 11-19

Les miracles de Jésus ne sont pas à mettre tous sur le même pied. Jésus ne veut jamais en faire une manifestation spectaculaire destinée à nous en mettre plein les yeux pour amener notre adhésion au Christ. Chacune des guérisons est opérée dans un contexte particulier. Le miracle, c’est d’abord une action à travers laquelle Dieu se révèle, à travers laquelle Dieu nous parle.

* Allons donc jusqu’à la signification profonde, théologique de ce miracle.

* Que signifie “la lèpre” ? Que signifie ce “retour” vers Jésus d’un seul des guéris ?

* Et  de  quelle  foi s’agit-il lorsque  Jésus  dit  « Ta foi t’a sauvé » ?

Aujourd’hui, il s’agit de dix hommes, lépreux, qui implorent leur guérison. La lèpre est une maladie comme les autres, aujourd’hui “assez facile à guérir”.

Mais attention, cette maladie est tout un symbole : dans la Bible, la lèpre est le symbole terriblement expressif du péché, ce mal qui défigure l’homme : plaies purulentes de la peau, membres rongés peu à peu, visages déformés. Elle a souvent été vue comme un signe du jugement de Dieu pour une faute grave. La lèpre excommunie le malade, il est obligé de s’isoler, de se mettre au ban de la société, obligé de crier “impur, impur” si quelqu’un se dirige vers lui, obligé aussi de vivre en bande, pour ne  pas mourir dans un coin. Dieu, en  créant l’homme, avait rêvé d’un être  beau, merveilleux, « à son  image et ressemblance ». Le vrai visage de l’homme, c’est de ressembler à Dieu qui est amour.

. Hélas ! Ces yeux faits pour s’ouvrir aux autres, les voici obscurcis par la lèpre du péché.

. Hélas, ces mains faites pour travailler et pour donner, les voici rongées par la lèpre de la paresse et de l’avidité.

. Hélas, ce cœur fait pour aimer, le voici défiguré par le hideux égoïsme et l’orgueil.

Le lépreux est un paria dans tous les sens : guérir un lépreux, ce sera donc le réintégrer dans la société, lui redonner ses droits de citoyen, c’est aussi l’absoudre : car cette maladie est le symbole d’un mal spirituel.

Plutôt que de les guérir tout de suite, Jésus va mettre leur foi à l’épreuve : tout comme Naaman, en la 1ère lecture, à qui il est demandé de se laver sept fois dans le Jourdain, Jésus leur dit : « Allez  vous montrer aux prêtres ».

Notez bien qu’ils ne sont pas guéris ! C’est donc un pur acte de foi que de quitter Jésus et d’aller vers Jérusalem, en étant toujours lépreux. Or, “en cours de route”, ils furent purifiés.

Au lieu de les guérir instantanément, il demande à ces pauvres malheureux de partir, comme ils sont, avec leur affreuse maladie. Jésus met leur foi à l’épreuve.

Souvent, pour nous aussi, nous demandons une grâce au Seigneur, mais tout ne vient pas tout de suite ! Il y a une mise à l’épreuve, traversée de nuits de souffrance, sans rien comprendre. A ces lépreux, que Jésus envoie sans les guérir encore, il semble dire : « Croyez-vous en moi ? » « Etes-vous capables de me faire confiance “sur parole” ? »

Il nous faut, nous aussi, poursuivre notre chemin avec “la seule” promesse de Dieu.

« L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en le remerciant ».

Ce geste de grande prostration, nous voyons le faire en Orient ou par des jeunes à Taizé par exemple. Nous, Occidentaux, nous avons perdu l’habitude de le faire et pourtant, c’est le geste typique de l’adoration. Dans  notre  société  sécularisée, technicisée, nous  finissons  par  penser  que  c’est  par nous-mêmes et grâce à notre compétence, à nos calculs, que nous devons ces biens dont nous regorgeons.

Le prosternement jusqu’à terre, dans la Bible, signifie qu’on reconnaît la gloire de Dieu et sa grandeur. Or, ici, le lépreux fait ce geste « devant Jésus » : il a senti qu’un grand mystère se cache derrière l’humanité si attachante de Jésus ; l’aurions-nous oublié ?

La seule chose qui comptait vraiment pour Jésus, c’est ce geste-là, aussi lui dit-il: « Ta foi t’a sauvé » et Jésus, remarquons- le, semble tout triste de constater que neuf sur dix de ces hommes n’ont  pas  accédé  à  cette  foi. « Les  lépreux  n’avaient-ils  pas  tous la foi ? » C’étaient  des  Juifs : ils  croyaient certainement “en Dieu” comme on dit, mais sur ces dix croyants, il n’y en a eu qu’un, un seul, à venir adorer Jésus, Dieu en Jésus. On ne le dira jamais assez, la foi chrétienne n’est pas seulement une foi en Dieu : les Juifs, les Musulmans et tant d’hommes qui ont une religion naturelle croient aussi en Dieu. Pour nous, chrétiens, ce qui fait le centre de notre foi et son originalité, c’est que nous croyons au “Corps du Christ” en qui habite corporellement la plénitude de la divinité.

Sommes-nous capables de nous mettre “la face contre terre” devant  l’apparence  d’une  petite  hostie ? « Mon  Seigneur et mon Dieu », geste humiliant pour nos suffisances humaines : geste de foi qui nous sauve, qui nous purifie de notre lèpre. « Les neuf autres, on ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ». N’est-on pas en train de perdre actuellement tout ce sens de ce qui s’appelle “le culte”, l’adoration, la glorification de Dieu, la louange de Dieu. On a tellement insisté, et c’était nécessaire de le faire, sur l’amour du prochain, l’amour de l’autre, que l’on ne pense plus à la louange de Dieu lui-même. Cet abandon massif des chrétiens à la messe du dimanche n’est-il pas le signe de la perte de la louange  de Dieu ?

Il est vrai que nos liturgies ont encore beaucoup de progrès à faire pour être, ou essayer d’être, une louange digne de Dieu. Mais ce n’est pas la vraie raison. On dit encore : « Oh ! Les non-pratiquants sont meilleurs que nous ». Excellente raison, n’est-ce-pas pour faire nombre avec eux : cela nous dispensera de la messe du dimanche. Derrière tout cela, quelle ignorance de l’importance du culte et de la louange de Dieu ! Cette eucharistie à laquelle nous participons  est  devenue  l’action  de  grâce  par  excellence :

« Par lui, avec lui, en lui, par lui », Jésus devient la louange parfaite du Peuple de Dieu.

Merveille : nous avons été créés par Dieu.

Merveille : nous avons été recréés, sauvés par lui.

Alors, où est notre reconnaissance ? De quelle façon allons-nous l’exprimer ? On a dit que le concile avait renouvelé la liturgie, a négligé l’essentiel : c’est mal comprendre l’importance de l’action de grâces. Cette messe est la source et le sommet de toute vie chrétienne, c’est le cœur du message de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi ».

La   perte   du  sacré  est  tout  simplement  une  catastrophe : elle signifie  que  l’homme  ne  sait  plus  s’émouvoir  devant  la magnificence des dons de Dieu et quand on ne sait plus admirer son Seigneur, on n’est pas loin de l’indifférence, du mépris, de l’ingratitude.

Devant le petit nombre de chrétiens qui vivent de l’eucharistie, de 6 à 12% à la Réunion, on est tenté de dire, comme Jésus « Et les neuf autres où sont-ils ? N’ont-ils pas été tous guéris ? Rachetés ? »

« Oui, Seigneur, tous ont été sauvés, mais il ne s’en est trouvé qu’un, quelques-uns, pour faire demi-tour pour venir manifester leur reconnaissance, pour t’adresser leur louange ».

Sommes-nous de ceux qui reconnaissent tout ce que Jésus a fait  pour nous ? Faisons-nous demi-tour pour venir l’adorer ? AMEN

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