25ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Dieu ou l’argent

Lc 16, 1-13

            Cette manière de raconter une histoire crapuleuse, dans le but de nous donner à penser, est tout à fait d’actualité et  devrait nous convenir : en effet, la télévision, le cinéma, les romans nous ont habitués à ces récits de truanderie où l’argent, l’amour et les calculs ne s’embarrassent pas de considérations morales, encore moins spirituelles. Pour bien comprendre cette histoire, il faut d’abord nous souvenir qu’une parabole est une histoire destinée à proposer une leçon et une seule.

Tous les auditeurs, comme nous-mêmes aujourd’hui, avons entendu cette histoire : un gérant magouilleur qui essaie de s’en sortir par des combines malhonnêtes. Alors, maintenant, nous  attendons la morale de l’histoire : la condamnation de cet homme et la nécessité de se montrer honnête. Aussi quelle est notre étonnement quand nous entendons Jésus faire son éloge ! Quoi ! Cet escroc, Seigneur, tu l’approuves, mais alors où va-t-on ? Non, rassurez-vous, le Seigneur n’approuve pas sa malhonnêteté, mais plutôt son “astuce” pour se tirer d’un mauvais pas. Effectivement, il s’est montré habile : placé devant une situation critique, exigeant une décision rapide, il a su, sans retard, faire son choix pour assurer au mieux son avenir. Jésus veut faire comprendre à ses auditeurs la gravité, l’urgence de la situation et du choix pour le chrétien : que l’on se décide tout de suite, sans attendre qu’il soit trop tard, votre bonheur et votre avenir en dépendent.

Attention, nous rappelle Jésus, vous disposez sur la terre, de biens matériels : ces biens-là, vous ne les aurez pas toujours. Alors  qu’allez-vous en faire ? Les consommer pour vous, sans souci de l’avenir, sans perspective du futur ou bien, avant qu’il ne soit trop tard, dépêchez-vous d’employer cet argent habilement, en vue de l’avenir, « faites-en un instrument au service de la relation fraternelle, de la solidarité, au lieu d’en faire un moyen de domination ou d’asservissement », « Donnez le à d’autres qui pourront vous être plus utiles au moment où l’argent n’aura plus aucune valeur, au moment où vous devrez quitter ce monde ».

L’argent que j’ai gardé pour moi me portera malheur. Qu’en as-tu-fait ? L’as-tu accumulé ou bien l’as-tu partagé, distribué au service de l’amour, du partage, de la solidarité ? Si tu as su bien l’utiliser, c’est-à-dire le mettre au service de l’amour, donné à de plus pauvres que toi, alors, il peut devenir le gage de ton bonheur dans les demeures éternelles. Tu seras jugé plus tard sur l’argent que tu as gardé et sur l’argent que tu as donné : celui que tu as gardé pour toi, te condamnera ; celui que tu as donné aux autres, te sauvera !

Autrement dit : plus tard, je serai pauvre de l’argent que j’ai gardé et je serai riche de l’argent que j’ai donné. C’est exactement le contraire du discours que vous tiennent les économistes et les financiers.

C’est pourquoi, le Seigneur, qui est parfaitement conscient de cette différence entre l’esprit du monde et l’esprit de Dieu à l’égard de l’argent, nous dit tout de suite après : « Vous ne pouvez pas, à la fois, servir Dieu et l’argent ». Ce sont deux valeurs contraires.

« Si vous vous attachez à l’argent, vous mettrez Dieu de côté ; si vous vous attachez à Dieu, vous mépriserez l’argent. Vous n’en ferez qu’un moyen secondaire au service de la charité, du partage, de la  solidarité. Aucun  serviteur  ne  peut  servir  deux maîtres : ou bien il détestera le premier et aimera le second ou bien il s’attachera au premier et méprisera le second ».

Je ne sais plus qui a dit : « L’argent peut être un bon serviteur mais il est toujours un mauvais maître ».

Oui, si  votre  argent  ne  joue pour vous qu’un rôle de service, un moyen, et non pas un but, alors il est non seulement utile, mais il peut être pour vous l’occasion de faire beaucoup de bien. Mais si cet argent devient pour vous un maître, c’est vous qui devenez son serviteur. Vous êtes motivés par l’argent, vous ne pensez plus qu’à lui, vous vous mettez à son service, alors vous devenez peu à peu son esclave : ce n’est plus vous qui tenez l’argent, c’est l’argent qui vous tient.

Dans notre société où l’argent est roi, nous ne voyons autour de nous que des esclaves de l’argent-roi : on fait  tout  pour  l’argent. On  est  prêt  à  toutes  les  combines, à  tous  les  dessous  de  tables, pots  de vin, revendications, prêt à écraser son collègue et lui passer dessus, prêt à jouer au loto et ruiner sa famille, au casino, au tiercé.

Je me rappelle encore, cet homme sur son lit de mort, épuisé par toutes ses heures supplémentaires, il voulait gagner plus, mais son organisme avait craqué. Il me disait : « Mon père, à quoi bon tous ces efforts pour gagner une prime de plus à la fin du mois ! » Rappelons-nous encore une fois, que nos faux amis : Mr “coffre-fort”, Mr “compte en banque”, Mme  “valeur boursière”, ni même Mr “loto” ne seront pas là pour suivre notre corbillard et qu’ils ne pourront jamais intervenir auprès de Dieu.

Et toi, quel est ton maître ? Que préfères-tu : Dieu ou ton portefeuille ? Que répondez-vous : « Les deux, j’aime bien l’argent, mais je t’aime toi aussi, Seigneur! » et vous entendez le Seigneur vous répondre : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent ».

Alors l’argent à quoi sert-il ? (le Seigneur nous répond par cette parabole) « Se faire des amis, développer l’amitié, faire de l’amitié, mettre de l’amour dans les relations ». Voilà un aspect révolutionnaire de l’Evangile : faire de l’argent un instrument de partage et d’amitié. Vous le savez bien : l’argent n’est pas mauvais en soi, ce qui est mauvais ou bon, c’est l’usage que l’on en fait et si tu as bon cœur, ton argent risque d’être une bonne chose, mais si tu es égoïste, mauvais cœur, ton argent risque d’être un moyen détestable. St-François d’Assise l’appelait le “crottin du Diable”.

En fait, tout dépend de notre cœur, de notre détachement ou de notre attachement. Et toi, que fais-tu de ton argent ? Crées-tu du bonheur avec ou pourris-tu le cœur des autres et le tien avec ? Cet Evangile peut être une bonne nouvelle pour les riches, riches ou pauvres, pour tous. Il y a moyen  de se sauver  à  condition  de ne pas tomber dans le piège de l’argent “trompeur” comme dit Jésus. “Trompeur”, il l’est parce qu’il donne une fausse sécurité provisoire, il ne faut pas s’y fier.

En soi, voyez-vous, l’argent est neutre, il n’est ni bon ni mauvais, tout dépend de notre cœur à son égard, tout dépend de l’usage que l’on en fait : il peut être puissance maléfique ou puissance bénéfique.

Bien avant Karl Marx, Jésus avait mis en garde contre cette aliénation de l’homme par l’argent :

« Rappelez-vous : l’argent n’est pas votre vrai bien. La richesse ne fait pas qu’un homme devienne bon, intelligent, heureux. La valeur véritable est ailleurs : nous pouvons posséder de l’argent à condition de ne pas nous laisser posséder par lui, ce qui est vite fait ».

La vraie richesse de l’homme est au-delà de l’homme, elle est en Dieu. A nous, comme cet intendant de l’Evangile, de nous montrer habiles, clairvoyants, en discernant les vraies valeurs, celles qui ne passent pas, celles dont il nous sera demandé compte, de celles qui passent et qui ne nous seront d’aucune utilité dans l’avenir divin : faisons de nos biens un bon usage.

Le partage est plus qu’un mode de vie :

il est témoignage de foi.  AMEN

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