19ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Routine ou vigilance

Lc 12, 32-48

Vous avez tous, mes frères, assisté à un baptême. Dès que l’eau a coulé sur le front du nouveau chrétien et qu’il a reçu l’onction du Saint Chrême qui le consacre “fils de Dieu”, le prêtre allume au cierge pascal, quatre cierges : il en donne un à son père, à sa mère, à son parrain et à sa marraine et il leur dit : « Recevez la lumière du Christ. C’est à vous que cette lumière est confiée. Veillez à l’entretenir pour que cet enfant, illuminé par le Christ, avance dans la vie en enfant de lumière et persévère dans la foi. Ainsi, quand viendra le Seigneur, il pourra aller à sa rencontre, dans le Royaume avec tous les saints du ciel ».

Cette lumière, que nous avons reçue, c’est la vie de Dieu en nous, c’est notre foi. Or, nous le savons bien, une lumière, une flamme, c’est fragile ! Il suffit d’un manque d’oxygène ou d’un trop grand coup de vent pour qu’elle s’éteigne. Un feu, c’est pareil. Il peut, c’est vrai, prendre vivement et même provoquer un incendie, mais il peut aussi s’étouffer lentement, n’avoir plus que quelques tisons et mourir sans qu’on y prenne garde : il en va ainsi de la vie de Dieu en nous. Il en est de même de notre foi. Un feu dont on ne s’occupe pas, que l’on n’entretient pas, que l’on n’arrange pas de temps en temps, est un feu qui aura forcément tendance à s’assoupir, à rougeoyer encore quelques temps, pour ne devenir, au bout de peu de temps, que des cendres froides.

Que faisons-nous, chrétiens, pour entretenir cette vie de Dieu, pour nourrir notre foi, pour, non seulement perpétuer cette grâce de Dieu qui vit en nous, mais aussi la raviver, la réanimer, lui redonner toute sa vivacité, toute sa lumière, tout son rayonnement ? C’est la question que nous pose le Seigneur dans l’Evangile d’aujourd’hui.

« Gardez vos lampes allumées » nous dit-il, c’est-à-dire entretenez votre foi, faites vivre en vous et nourrissez cette vie que Dieu vous a communiquée au Baptême. Comment faire pour cela ?

Le 1er moyen que nous recommande le Seigneur, c’est la vigilance c’est-à-dire de faire attention, de veiller, de sur- veiller, d’être sur le qui-vive. Vous le savez, nous avons souvent tendance à nous installer dans une vie chrétienne qui ronronne. On s’installe vite dans du “déjà fait”, dans du “déjà vu”, “déjà dit”. Nous faisons de notre vie chrétienne, une habitude, des pratiques, tout un réseau bien établi de convenances, de choses qu’on fait ou qu’on ne fait pas,… et qui avec le temps, comme le feu que l’on ne nourrit plus, se dévitalise.

Une voiture qui aurait une belle carrosserie, mais qui n’aurait plus de moteur… Alors le Seigneur nous dit aujourd’hui :

« Attention, réveillez-vous, soyez des vivants, des veilleurs prêts à accueillir le Seigneur, à travers les menus événements de notre journée, à toutes les heures de notre emploi du temps. Dieu peut nous parler, Dieu peut intervenir par n’importe quelles circonstances de notre vie et cela, à tout moment : le matin, au milieu de la journée, le soir, en pleine nuit.

« Heureux serviteur, que le maître, en arrivant, trouvera , présent, debout, prêt à l’accueillir ».

Dans la nuit de la Pâque, les Juifs mangeaient debout, en tenue de voyage, prêts à passer la Mer Rouge ; l’heure de la libération arriva, ils étaient prêts à partir.

De même Abraham, dès le 1er appel de Dieu, se met en route, se désinstalle, quitte son pays, sans trop savoir où Dieu allait le conduire, vivant comme un voyageur, un étranger, à la recherche  d’une patrie meilleure que le Seigneur lui procurerait …

Nous aussi, nous sommes, les chrétiens, des voyageurs sur cette terre, nous savons que notre terre n’est pas encore le “Royaume”, le “monde nouveau” que nous attendons, aussi ne nous installons pas ! Nous sommes en voyage vers un autre monde. Alors, surtout, ne vivons pas comme si nous étions définitivement sur la terre, comme si nous n’avons rien à attendre ou espérer, si ce n’est un retour au néant, comme si l’histoire du monde n’avait aucun but…

Nous serions alors comme des voyageurs qui sont embarqués dans un train et qui n’ont aucun souci de savoir où ils vont, quelle est leur destination et qui s’installent dans les compartiments comme si c’était là leur demeure définitive.

Oui, nous sommes embarqués, nous n’avons pas encore de demeure définitive. Nous sommes comme des étrangers, comme des voyageurs. Notre foi nous dit que nous sommes en route vers un monde meilleur, vers le monde nouveau que Jésus est venu instaurer, en marche vers une joie, un bonheur définitif « où il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance et où Dieu essuiera toute larme ».

Permettez-moi de vous relire une lettre retrouvée datant de 190 après Jésus-Christ (2e siècle). Il s’agit d’un incroyant qui écrit à son ami Diognète et qui lui fait la description de ces gens curieux qui s’appellent les chrétiens :

« Ils ont l’air d’être comme tous les autres hommes et pourtant c’est différent ! Les  chrétiens  ne  se  distinguent  des  autres  hommes  ni par le pays, ni par le langage ou les coutumes. Ils n’ont pas de ville à eux, ni un langage particulier. Ils se conforment aux usages locaux pour le vêtement, la nourriture tout en manifestant les lois extraordinaires et paradoxales de leur façon de vivre. Ils vivent sur place, mais comme des étrangers domiciliés. Ils vivent comme les autres citoyens, mais toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ont des enfants mais ils n’abandonnent pas leurs nouveaux nés. Ils prennent place à la table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur terre, mais ils sont citoyens du ciel ».

Oui, c’est bien cela, nous sommes des pèlerins, animés par l’espérance du terme, de l’étape finale.

Notre avenir, c’est Dieu lui-même, car c’est pour lui que nous sommes faits, c’est vers lui que nous cheminons avec des reculs et des avancées.

Ne vivons pas comme des résignés, comme si nous n’allions nulle part : vivons dans l’espérance et dans la joie et si l’on nous demande « Comment ça va ? », ne répondons pas d’un air désabusé : « On fait avec » !

Il n’est pas question pour nous de nous asseoir le long du chemin, en regardant les autres passer. Mettons-nous, remettons-nous en route et avançons joyeusement dans l’espérance, comme Abraham. Comme lui, « nous voyons et nous saluons de loin cette patrie éternelle qui nous attend ».  AMEN

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