15ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Le Bon Samaritain

 Lc 10, 25

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force et tu aimeras le prochain comme toi-même ». Nous savons cela par cœur ! Mais n’oublions pas que le mot “amour” a plusieurs sens en français.

Connaissez-vous le petit poème de Prévert : « Tu dis que tu aimes les fleurs et tu les coupes, tu dis que tu aimes les oiseaux et tu les mets en cage, tu dis que tu aimes les poissons et tu les manges. Alors quand tu dis que tu m’aimes, j’ai peur ! »

Si tu m’aimes comme tu aimes les fleurs, pour t’en faire un ornement ; si tu m’aimes comme tu aimes les oiseaux, pour me garder en cage ; si tu m’aimes comme tu aimes les poissons ou les choux à la crème … je ne suis plus du tout d’accord !

« Que veux-tu dire au juste quand tu me dis “je t’aime” ? »

Et le Seigneur Jésus, que veut- il dire, au juste, quand il nous dit « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ?

Une  première  réponse  se  trouve  dans  cette  belle histoire du “Bon Samaritain” imaginée par Jésus :

Aimer, ce n’est pas seulement affaire de belles paroles ou de bons sentiments ou de battements de cœur.

Aimer, c’est faire quelque chose pour les autres, c’est agir pour les autres, c’est se mettre au service des autres, quitte à y donner de son temps, de son imagination ou de son argent.

Regardez le Samaritain de la parabole : il s’approche du blessé qui est là, sur le bord de la route, il lui panse les plaies, il les désinfecte de son mieux, il le met sous la garde de quelqu’un de sûr qui prendra soin de lui… il avance l’argent nécessaire.

Au docteur de la loi qui l’interroge, Jésus  répond, deux  fois  de suite :

« Toi, aussi, fais ainsi » ; « Va, et toi aussi, fais de même ».

Il s’agit  toujours  d’agir, de  faire. Ce n’est  pas  seulement  dans ma tête que ma charité doit s’exercer, elle doit passer par mes mains ! Ce n’est pas simplement par des paroles que ma charité doit s’exercer, elle doit passer par des gestes précis, concrets.

D’ailleurs, même à propos de l’amour de Dieu, le Christ disait : « Il ne suffit pas de me dire ” Seigneur ! Seigneur ! Mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux ».

* La prière, c’est bien, mais l’action, c’est mieux.

* L’intention, c’est bien, mais l’exécution, c’est mieux.

* La bonne volonté, c’est bien, mais la volonté tout court, c’est mieux.

Le chrétien n’est pas le rêveur d’un idéal impossible et inatteignable : il est d’abord l’exécutant du possible et du concret : cet homme-là, mourait, sur le bord de la route.

Dieu ne nous demande pas des exploits de romans de cape et d’épée, il désire le petit geste humble, quotidien, discret à l’égard de ceux qui sont proches de lui et qu’il appelle le “Prochain”. Un de mes amis me dit parfois : « Ce qui m’intéresse dans les gens que je rencontre, ce n’est pas ce qu’ils disent ou ce qu’ils pensent, c’est ce qu’ils font et spécialement ce qu’ils font pour les autres, pour leur entourage, pour la société, comment ils s’engagent pour faire progresser la vie ».

AIMER : ce n’est pas profiter pour soi, ni annexer, ni accaparer les autres. Cela, c’est tout le contraire de l’amour dont le Christ nous a donné l’exemple. Lui, le Christ, il n’a cessé d’agir pour les autres, de prendre parti et de se compromettre pour les plus pauvres et les plus humiliés.

Reportons-nous à ce beau texte du Deutéronome dans la 1ère lecture de notre liturgie : « Ce que je te demande, dit Dieu, n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte, c’est simple, c’est facile à faire. La Loi de Dieu n’est pas réservée à des initiés ou à de grands savants, ni aux ceintures noires de la religion ; elle est à portée de tous, des petits enfants comme des adultes, des ignorants et des pauvres comme de ceux qui prétendent  tout  savoir. Elle n’est  pas  là-haut dans les  cieux, ni là-bas au-delà des mers. Cette Loi de Dieu, elle est tout près de toi, dans ta bouche, dans ton cœur et tu peux toujours la mettre en pratique ».

Notre religion, notre vie chrétienne, n’est pas un rêve impossible, pas une utopie irréalisable, pas même une loi extérieure. Elle est réalité quotidienne, à portée de mains, tout autour de moi. D’ailleurs quand on lit l’Evangile, on s’en aperçoit : ceux qui comprenaient le mieux l’enseignement de Jésus, c’étaient les gens simples, les pauvres, les sans culture et même, un jour. Jésus s’écria : « Je te dis merci, Seigneur Dieu, car tu as révélé toutes ces choses aux petits, aux ignorants, alors  que  les sages et les savants n’y ont rien compris ».

Il en a toujours été ainsi : les intellectuels et les savants cherchent dans la religion des choses compliquées, alors que les enfants et les gens simples vont d’instinct à l’essentiel à cause de leur foi, de leur humilité, de leur spontanéité, de leur fraicheur. C’est toute la théologie de la Vierge Marie, “le Magnificat” : il a regardé sa servante, dispersé les orgueilleux, jeté les puissants au bas de leurs trônes, il a élevé les humbles, comblé de biens les affamés ; les riches, il les a renvoyés les mains vides…

La voilà, la vraie révolution, annoncée par une jeune fille de 15 ans, dans un petit  village, il y a vingt siècles ! C’est bien plus subversif que les droits de l’homme ! Révolution de l’amour qui ne désire pas “qu’un sang impur abreuve nos sillons”, qui ne nous met pas des armes dans les mains, sinon celles de la douceur, du pardon, de la bonté, de l’attention aux besoins des autres autour de nous. Nous ne formons pas en bataillons, sinon pour gagner la bataille de l’amour et non celle de la haine, de la vengeance expiatoire. Pratiquement, que faire ? Que faire pour aimer ? C’est à chacun de voir et de trouver et pour voir, il faut ouvrir les yeux, être attentifs à ceux qui nous entourent et à ce qui se passe autour de nous.

Alors, pour beaucoup d’entre nous, AIMER, ce sera :

.  Être toujours prêts à rendre service à celui qui est dans le besoin

.  Être attentifs à la personne âgée qui habite à côté

. Accueillir les enfants de la voisine qui n’est pas encore rentrée du travail.

Voyez-vous, Dieu ne nous demande pas de faire des prouesses, ni d’escalader des montagnes, mais de tirer parti de toutes les choses très simples de notre vie quotidienne : en famille, dans le quartier, à l’école ou au collège pour les enfants, au travail, partout…

Pour beaucoup, AIMER, ce sera : prendre position en faveur d’un collègue de travail qui passe une période difficile, ce sera s’engager dans une association contre la faim, contre le sida, contre la torture, pour les vieillards, pour les handicapés.

Pour certains, AIMER, ce sera s’engager dans une action politique, non pas par ambition, mais pour mettre ses compétences au service de la commune, de la région, du pays.

Et pour nous tous, petits et grands, AIMER, ce sera développer ses  talents, ses dons de toutes sortes : dons artistiques, dons scientifiques, dons  d’animateurs  pour  mieux  se  mettre  au service des autres dans la paroisse, le quartier, la commune,…

On découvre alors à quel point, aimer, c’est vivre, c’est vivre à pleins bords. « Aime et tu vivras », nous dit Jésus.

Plus je mettrai d’amour dans mon existence, plus celle-ci sera pleine, active, débordante.

Celui qui n’aime pas, qui vit replié sur lui-même, se contente de vivoter, il est comme un bouton de rose qui refuserait de s’ouvrir et de fleurir comme s’il voulait se garder pour lui-même. Voyez au contraire, tous les grands amoureux, tous ceux qui vivent pour les autres et qui s’engagent avec les autres, ce sont en même temps de grands vivants, plein de vitalité et qui rayonnent la vie, la joie, la joie de vivre.

« Aime et tu vivras », « Replie-toi et tu végèteras ».

Faisons de notre vie cette existence pleine, dynamique, ouverte et l’amour nous dilatera, faisant épanouir notre personnalité.

Alors, nous découvrirons la vraie vie, celle qui a sa source en Dieu puisque Dieu c’est l’amour.  AMEN