3ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (St Jean 4, 5-42)

La Samaritaine,

missionnaire sans le savoir.

 

Traversant la Samarie, Jésus s’arrête au puits de Jacob, près de Sykar, fatigué par la voyage. Il envoie ses apôtres jusqu’à la ville pour aller chercher des victuailles. C’est leur mission du jour.

Arrive une samaritaine, en plein midi, pour puiser de l’eau. Suite à la discussion avec Jésus, toute bouleversée, elle retourne à la ville en s’interrogeant : « Serait-ce le Messie ? », et elle en parle à tout le monde. Elle s’est faite missionnaire, sans la savoir.

Les deux parties vont à la ville, mais pas pour les mêmes raisons. Les premiers, pour satisfaire leurs besoins ; la seconde, pour partager avec les gens une bonne nouvelle, ou une interrogation.

A priori, ce n’est pas ce qu’on attend d’eux : on attend des apôtres qu’ils annoncent la Bonne Nouvelle, et de la femme qu’elle s’occupe de sa maison, fasse ses courses … même si au départ elle était partie pour chercher de l’eau au puits …

On a une inversion des attentes.

On peut trouver des raisons à cela. Si l’on s’en tient à la chronologie de l’apôtre Jean, les apôtres en sont au tout début de leur enseignement par Jésus, et ils ne sont pas encore ’’affûté’’ pour annoncer la Parole de Dieu. Il leur faudra encore pas mal de temps pour qu’ils soient au point, après la Pentecôte.

La femme, elle, commence par s’insurger de l’attitude de Jésus : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? », puis s’étonne des réponses de Jésus : « D’où as-tu donc cette eau vive ? », puis elle va l’appeler Seigneur, Prophète, puis poser une question sur le Messie qui doit venir … « Je le suis, moi qui te parle » répond Jésus. C’en est trop pour elle : Déjà ce que Jésus avait dit de sa situation matrimoniale l’avait déstabilisée, … il faut qu’elle parle, qu’elle fasse connaître cet homme à ceux qu’elle connaît … et qui la connaissent, elle, connue comme une femme de mauvaise vie …

Alors, quand ils l’entendent leur parler, elle qui s’était isolée du groupe, pour dire : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? », ils accourent auprès de Jésus. La Samaritaine a pu être missionnaire parce qu’elle connaissait les gens de la ville, et qu’elle était connue d’eux.

Elle a été missionnaire sans le savoir, puisque les gens de la ville, après avoir entendu Jésus, crurent en lui.

On pourrait penser qu’il y a en gros deux dimensions dans la mission des baptisés :

– Une dimension intellectuelle et spirituelle : connaissance des écritures, de la Parole de Dieu, animation de la prière, célébrations et liturgie des sacrements, établissement de projet pastoraux, répartition des rôles …

– Une dimension matérielle : construire et entretenir les églises, les salles d’accueil diverses, prévoir le logement, la nourriture, le nettoyage, le lavage etc …

Ces deux dimensions étaient auparavant assurées par le clergé, surtout dans les ’’pays de mission’’ ou dans les paroisses pauvres de campagne.

Avec le concile Vatican II, et le rôle plus important donné aux ’’fidèles laïcs’’, et dans nos pays avec la raréfaction des vocations sacerdotales, on constate une redistribution des rôles entre les deux dimensions : on voit de plus en plus de ’’fidèles laïcs’’ qui s’engagent dans l’animation liturgique, qui lisent la bible, qui suivent des formations exégétiques, théologiques, sur l’histoire de l’Église, etc, données par divers organismes, qui font le catéchisme, qui animent des mouvements religieux … on voit la mise en place des Conseils Paroissiaux d’Animation Pastorale et des Conseils Économiques Paroissiaux dans les différentes paroisses … et qui aident dans la dimension matérielle …

Quant au clergé, s’il garde bien évidemment la responsabilité des sacrements, l’animation de la paroisse, et est le garant de la catholicité des différents mouvements, il n’oublie pas les tâches ménagères, comme l’on fait les apôtres à Sykar.

Cependant, en fait, s’il y a plusieurs manières de vivre notre mission de baptisés, quelle qu’elle soit, il y a toujours des moments plus spirituels et d’autres plus matériels.

Reprenons ce que disait le pape François au n° 14 de ’’La joie de l’Évangile’’ : « Remarquons que l’évangélisation est essentiellement liée à la proclamation de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ ou l’ont toujours refusé. Beaucoup d’entre eux cherchent Dieu secrètement, poussés par la nostalgie de son visage, même dans les pays d’ancienne tradition chrétienne. Tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais ’’par attraction’’. »

C’est ce qu’a fait, sans le savoir, la Samaritaine.

Puissions-nous le faire, nous aussi, mais en le sachant, et ’’par attraction’’.

Seigneur Jésus,

cette samaritaine,

qui était pourtant assez hostile au départ,

a su t’écouter,

et elle a compris qui tu étais.

Grâce à elle,

les gens de la ville sont venus à toi,

ils t’ont entendu,

et ils ont cru à ta Parole.

Que nous ayons la joie et l’enthousiasme

de cette femme

quand nous parlons de toi.

Francis Cousin

  

 Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre suivant :

Prière dim carême A 3°

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