2ième Dimanche de l’Avent – par le Diacre Jacques FOURNIER (Lc 3, 1-6).

« Le Fils dans notre histoire,

pour le salut de tout homme »

(Lc 3,1-6)

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène,
les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.
Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés,
comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète :
« Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis;
et tout être vivant verra le salut de Dieu. »

Le Fils éternel du Père, « l’Unique Engendré », « s’est vraiment fait chair » (Jn 1,14.18), il est entré dans notre histoire en assumant notre condition humaine. Voilà ce que St Luc affirme ici en situant le début du ministère de Jean-Baptiste, le Précurseur de Jésus, en « l’an quinze du règne de l’empereur Tibère » qui commença le 19 août de l’an 14 de notre ère. Nous serions donc ici en 28-29, ou, selon la manière syrienne de compter (St Luc est très probablement d’origine syrienne), dans l’automne de l’année 27.

Puis il cite « Ponce Pilate » qui fut « gouverneur de Judée » de 26 à 36 mais ce n’est qu’en 1961, lors de fouilles effectuées à Césarée Maritime, que l’on retrouva enfin, pour la première fois, une inscription qui portait son nom. Vient ensuite « Hérode » Antipas, fils d’Hérode le Grand, qui fut « tétrarque de Galilée » depuis la mort de son père, en 4 avant JC, jusqu’en 39. Et « Philippe, son frère », ou plus exactement son demi-frère, règnera sur « l’Iturée-Trachonitide » jusqu’en 34. Enfin, « Caïphe » succéda en l’an 15 à son beau-père Anne comme Grand-Prêtre à Jérusalem et cela jusqu’en 36.

Tous ces points de repère donnés ici par St Luc situent donc très concrètement le Christ dans l’histoire. Avec Lui et par Lui, Dieu est venu appeler tous les hommes à revenir à lui de tout cœur : « Lavez-vous, purifiez-vous, cessez de faire ce mal » qui vous tue (Rm 5,12 ; 6,23). « Apprenez à faire le bien. Venez donc et discutons, dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l’écarlate, comme neige ils deviendront » car « je verserai sur vous une eau pure, et vous serez lavés de toutes vos souillures » (Is 1,16s ; Ez 36,24-28).

Telle est l’invitation que lance ici Jean-Baptiste à travers ce « baptême de conversion pour le pardon des péchés ». L’accepter, c’était se reconnaître sincèrement pécheur, et nous le sommes tous. C’était aussi exprimer le désir, et c’est un besoin, d’une purification profonde. Mais seul le Christ apportera ce renouvellement intérieur en baptisant non pas dans l’eau mais dans l’Esprit Saint (cf. Mt 3,11) : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Co 6,11), cette eau pure qui purifie, cette « eau vive » qui vivifie (Jn 4,10 ; 7,37-39) et triomphe ainsi de toute ces morts qu’engendrent nos péchés…

St Luc présente ensuite cet appel à la conversion lancé par Jean Baptiste comme accomplissant la prophétie d’Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis; et tout être vivant verra le salut de Dieu. » De fait, Jean Baptiste est vraiment cette voix criant « dans le désert de Judée » (Mt 3,1) la Parole de Dieu, et « Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui » (Mt 3,5)… La prophétie de Baruch, donnée dans la première lecture de ce jour, s’accomplissait elle aussi : « Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint » (Ba 5,5). Mais c’est le Don de l’Esprit Saint qui, avec cette Parole, touchait les coeurs comme nul autre n’avait su le faire auparavant, attirant ainsi les foules à Jean Baptiste. En effet, ce Don se joint toujours à la Parole de Dieu : « Celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34), « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63; 2Co 3,6), l’Esprit de Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) qui « illumine les yeux du coeur pour faire voir« , pour faire percevoir dans la foi, toute la beauté de Dieu (Ep 1,17-21)…

Et c’est ce même Don de l’Esprit qui accomplit tout aussi bien les paroles d’Isaïe que celles, très proches, de Baruch : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées » (Lc 3,5 ; Is 40,4). « Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées » (Ba 5,7). En effet, ceux qui sont dans l’illusion de leur grandeur, envahis par l’orgueil, ce « grand péché » (Ps 19(18),13), Dieu, par « l’Esprit de vérité » les « introduit dans la vérité tout entière » (Jn 16,13), et donc dans la vérité de leurs faiblesses, de leurs misères, de leurs blessures, de leur péché car « tous sont soumis au péché, comme il est écrit : il n’est pas de juste, pas un seul… Tous ils sont dévoyés, ensemble pervertis » (Rm 3,9-18). Consentir à cette vérité universelle, c’est tout simplement commencer une démarche d’humilité… Et aussitôt, « Dieu élève les humbles » (Lc 1,52). Et comment fait-il ? Par ce même « Esprit de vérité » qui est aussi « Esprit de gloire, Esprit de Dieu » (1P 4,14). En effet, à peine auront-ils reconnu que de fait cette Parole, « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3,23) décrit bien en vérité leur condition de pécheur, qu’ils entendront le Christ « Sauveur du monde » (Jn 4,42) leur dire : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22). Ainsi s’accomplissait sa prière juste avant sa passion : « Père, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée… parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde« , un Don qui prouve à quel point « tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17,22-24). C’est ainsi que le Christ « élève les humbles » : par ce Don de l’Esprit Saint, cet Esprit de Gloire, de Lumière, de Paix et de Joie (Ga 5,22; 1Th 1,6) que leur humilité, synonyme de vérité, leur permet d’accueillir en vérité… Et la Parole de Baruch s’accomplira encore : « Ainsi la terre sera aplanie« , une image évoquant la paix enfin retrouvée, « afin qu’Israël chemine en sécurité« , et donc sans peurs ni angoisses (cf. Rm 2,9), « dans la gloire de Dieu« . C’est ainsi que « Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice » (Ba 5,7-9).

Tout est en effet le fruit de « la miséricorde » de Dieu, en actes, cette miséricorde qui est le visage que prend l’Amour face à notre misère : elle ne l’empêche pas en effet d’être qui il est, Dieu, ce Dieu qui « est Amour » (1Jn 4,8.16) et « qui n’est qu’Amour » (P. François Varillon, « Joie de croire, joie de vivre »). Telle est cette « tendresse du Christ Jésus » qu’évoque St Paul dans la seconde lecture (Ph 1,8). Le mot grec qu’il emploie a comme premiers sens très concret, « entrailles« , un mot que St Luc utilise lui aussi dans le cantique de Zacharie pour évoquer la mission de Jean Baptiste :  » Tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce aux entrailles de miséricorde de notre Dieu, dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en Haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour redresser nos pas au chemin de la paix » (Lc 1,76-79).

« Redresser nos pas au chemin de la paix » est donc encore une action que le Christ Sauveur accomplit dans nos coeurs blessés, et toujours par le Don de l’Esprit de Droiture et de Paix. C’est ainsi que « les passages tortueux deviendront droits, et que les chemins rocailleux seront aplanis » (Lc 3,5).

Alors, « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère« , en consentant à reconnaître en vérité ton péché, ce péché qui te conduit finalement non pas à la joie mais à la tristesse… Accepte de te convertir, de te repentir, et tu recevras « le pardon des péchés » mis en oeuvre dans ton coeur par le Don de l’Esprit Saint, cette « eau pure » qui « purifie de toute souillure, de toute ordure » (Ez 36,24-28), cette « eau vive » (Jn 4,10-14; 7,37-39) qui, si « le salaire du péché, c’est la mort », communique « le don gratuit de Dieu qui est la vie dans le Christ Jésus » (Rm 6,27). Et puisque cet Esprit est « l’Esprit de Dieu, l’Esprit de gloire » (1P 4,14), « revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours. Enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu » car c’est encore et toujours ce Don de « l’Esprit qui sanctifie » (2Th 2,13), de telle sorte que St Paul peut encore écrire : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous êtes devenus des justes, au nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Co 6,11).

Et comme cet « Esprit » est « Lumière » (Jn 4,24 et 1Jn 1,5), une « Lumière qui brille dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pas saisie » (Jn 1,5), une Lumière qui règne donc sur les ténèbres, recevoir cet Esprit de Lumière, c’est recevoir la couronne même du « Père de la gloire » (Ep 1,17), du « Père des Lumières » (Jc 1,17), le sceptre de son règne. Alors, « mets le diadème de la gloire de l’éternel » (Ba 5,2), reçois cette « couronne de vie » (Ap 2,10) que le Seigneur « te donne« , gratuitement, par amour. Avec ce Don, sa promesse pour chacun d’entre nous s’accomplira, et il en sera, le premier, profondément heureux (Lc 15,7.10.20 ; Mt 18,13) : « Je dispose pour vous du Royaume comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siègerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 22,28-30), travaillant ainsi avec Lui, le seul Juge (Jn 5,22), au salut du monde, car pour Dieu, « juger« , c’est « faire la vérité » (Jn 3,21) en invitant l’orgueilleux à reconnaître la vérité de son être blessé et à le lui offrir, pour qu’il puisse « enlever son péché » (Jn 1,29) par « le pardon des péchés« , et ainsi le guérir (Lc 5,31-32), le sauver, et l’élever jusqu’à son Trône de Gloire par le « Don de l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Gloire » (1P 4,14)…

« Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie » (Ez 33,11) en acceptant d’accueillir le Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22). Puissions-nous tous consentir à accueillir ce Don gratuit de l’Amour, qui n’est que « Miséricorde Toute Puissante » (Lc 1,49-50), et alors sa volonté s’accomplira, « Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6), tous, sans aucune exception… Oui, vraiment, « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10)…

                                                     DJF

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