21e dimanche ordinaire – Année C – Claude WON FAH HIN

Lc 13, 22-30

lumièreCe texte regroupe les paroles de Jésus sur l’entrée dans le Royaume, et la question est de savoir : « est-ce qu’il n’y aura que peu de gens qui seront sauvés ? ». Le problème du nombre de personnes sauvées ou non est un faux problème. Au fond, cela nous importe peu de le savoir ; car, s’il y a beaucoup de pécheurs sauvés, rien dit que nous ferons partie de ce nombre; et s’il y en a très peu, il est tout à fait possible que nous y soyons. Et la question peut revenir sous une autre forme: et si nos enfants n’étaient pas sauvés, et si nos frères et sœurs non plus, et nos parents…etc…comment pourrions-nous être heureux au Ciel, si ceux que nous aimons n’y sont pas aussi ? Jésus ne répond pas directement à la question. Mais nous savons que (1Tm 2,4) Dieu veut que tous les hommes soient sauvés». Jésus nous dit : « 24  Luttez pour entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas ». La porte c’est le Christ. Jn10, 9 : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé… ».

 

Jésus berger
Il faut donc passer par le Christ. Passer par le Christ signifie avoir foi en Lui, être son disciple, appliquer ce qu’il nous demande de faire : aimer Dieu et aimer son prochain. Et quand il dit « aimer Dieu et aimer son prochain », il s’agit d’aimer en actes et pas seulement de cœur et de paroles. Il faut malgré tout noter qu’ « aimer Dieu » vient en première position. Donc avoir foi en Dieu, faire sa volonté de Dieu, obéir à ses commandements. Et les trois premiers commandements concernent Dieu : « Tu adoreras Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout » ; « Tu prononceras le Nom de Dieu avec respect », et « tu sanctifieras le jour du Seigneur ». Adorer et sanctifier Dieu se traduit par le recours à Dieu, les prières, l’adoration, les sacrements dont la messe. Prononcer le Nom de Dieu avec respect, c’est éviter (CEC 2146) « tout usage inconvenant du nom de Dieu, de Jésus Christ, de la Vierge Marie et de tous les saints », (CEC 2147) éviter « les promesses faites à autrui au nom de Dieu engagent l’honneur, la fidélité, la véracité et l’autorité divines », (CEC 2148) éviter « le blasphème qui consiste à proférer contre Dieu – intérieurement ou extérieurement – des paroles de haine, de reproche, de défi, à dire du mal de Dieu, à manquer de respect envers Lui dans ses propos, à abuser du nom de Dieu ».
porteétroite1 La porte est étroite, et il faut cependant lutter pour entrer. Mais s’il faut lutter pour entrer, cela veut dire que le salut n’est pas automatique et qu’il n’est pas accordé d’office parce qu’on est chrétien. Il ne suffit pas d’être chrétien pour être sauvé. Jésus renvoie donc chacun à ses responsabilités, et chacun doit faire des efforts pour y entrer. En plus des pratiques citées pour adorer, sanctifier et respecter le nom de Dieu, il faut lutter pour rester fidèles à Dieu, pour garder ses commandements d’aimer. Et s’il faut lutter c’est qu’il y a une force qui nous empêche d’enter par la Porte et qui veut toujours nous éloigner de Dieu. Longtemps, on a évité de parler de l’Esprit du Mal car disait-on, il faut parler toujours de Dieu et oublier l’Esprit du Mal pour ne pas donner le sentiment que nous sommes dans une religion de la peur. Mais il semble bien que la plus grande victoire du démon est de faire croire qu’il n’existe pas, et de se faire complètement oublier. De plus en plus, que ce soit les saints, et surtout le Pape François, on en parle, et même souvent, car pour terrasser l’ennemi il faut le connaitre, connaitre sa façon d’agir, le traquer par l’observation des mauvais fruits que nous pouvons produire afin de le rejeter, autrement dit savoir discerner ses tentations et avoir la force de le combattre immédiatement en recourant à Jésus, à Marie, à des saints. Ep 6,11-13 : « 11 Revêtez l’armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable. 12 Car ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes.13 C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en œuvre, rester fermes ». Ces paroles seront toujours d’actualité. Ne pas en tenir compte, faire comme si le démon n’existe pas serait une grave erreur. Il suffit de voir la vie de quelques saints ou futurs saints pour comprendre : Padre Pio, Marthe Robin, Miriam Baouardy, sœur Faustine, saint François d’assise et bien d’autres. Toute leur vie a été une lutte pour contrer l’Esprit du Mal afin de rester uni au Christ. Le Pape François – Joie de l’Evangile – §51 – nous dit : « Il est opportun de clarifier ce qui peut être un fruit du Royaume et aussi ce qui nuit au projet de Dieu. Cela implique non seulement de reconnaître et d’interpréter les motions de l’esprit bon et de l’esprit mauvais, mais – et là se situe la chose décisive – de choisir celles de l’esprit bon et de repousser celles de l’esprit mauvais ». C’est une réalité de chaque instant dont il faudra tenir compte. Celui qui oublie l’Esprit du Mal aura du mal à lutter, car il aura l’impression qu’il n’est jamais tenté par le Malin alors qu’il en est victime déjà depuis longtemps, devenant incapable de reconnaitre le Malin agissant en lui. Chacun doit veiller en permanence sur sa propre vie intérieure, pour ne jamais s’éloigner du Christ. Le Pape François insiste sur cette lutte dans ses « Méditations quotidiennes » du 11/10/2013 – P.344-346 –  et dont le thème est « comment vaincre la stratégie du démon » : tiens-ma-lampe-allumee« Nous ne devons pas être naïfs…Ou tu es avec Jésus ou tu es contre. Il en est ainsi…Nous devons toujours veiller, veiller contre la tromperie, contre la séduction du malin….Nous pouvons poser la question : est-ce que je veille sur moi ? sur mon cœur ? sur mes sentiments ? sur mes pensées ? Est-ce que je protège le trésor de la grâce ? Est-ce que je protège la présence de l’Esprit Saint en moi ? Si on ne le conserve pas, quelqu’un de plus fort arrive et gagne… Il faut garder à l’esprit que le démon est astucieux : il n’est jamais chassé pour toujours, il ne le sera que le dernier jour ». Il ne faut donc jamais oublier que cet Esprit du mal rôde toujours, en permanence, autour de chacun de nous. Voilà pourquoi, seule une prière continuelle, pratiquée d’ailleurs par tous les saints, peut l’éloigner de nous parce que cette prière continuelle nous permet de rester continuellement unis au Christ. Et tant que nous restons avec le Christ, il n’y aura aucun problème. Le Pape François nous dit encore (« Méditations quotidiennes » du 2/9/2013) – P.264) : « Pour qu’il y ait la paix dans une communauté, dans une famille,  dans un pays, dans le monde,  nous devons commencer par être avec le Seigneur (c’est-à-dire le Christ). Et là où se trouve le Seigneur, il n’y a pas d’envie, il n’y a pas de criminalité, il n’y a pas de jalousies (dans le cas contraire, c’est que le Seigneur n’est pas avec vous). Là où il y a le Seigneur, il y a fraternité ».  Padre Pio conclut (« Saint Pio de Pietrelcina » – Jean Derobert – P.195) : « Il y a toujours ces attaques diaboliques. Ne craignez pas, je vous le répète pour la millième fois, la guerre de Satan, parce que Jésus est avec vous, même lorsque votre esprit peut se voir sur le bord du précipice ». Donc, faire une totale confiance en Jésus Christ. Avoir une telle attitude de vigilance nous conduit également à recevoir de façon permanente les grâces de Dieu qui sont très nombreuses mais que nous ne savons pas toujours détecter. Car finalement, tout est « grâce », tout ce que nous vivons de bien, de beau, de paisible, de joie, de bonheur, toutes nos bonnes actions, tout nous vient de Dieu. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » nous dit Jésus en Jn15, 5, et tout ce que nous pouvons faire sans Jésus ne peut que nous mener à notre perte comme le Fils prodigue qui s’est éloigné du Père.

dieu est amour

Aimer Dieu, aimer son prochain, c’est connaitre Dieu. 1 Co 4,7 : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu ». « Quiconque aime connait Dieu ». Dès lors, le Christ ne pourra plus nous répondre comme il est dit dans l’évangile d’aujourd’hui (v.25) « je ne sais d’où vous êtes ». Dieu connait ses brebis, surtout ceux qui le suivent ou qui font de gros efforts pour essayer de le suivre en prenant le chemin de l’amour. Rm13, 8.10 : « 8 celui qui aime son prochain a pleinement accompli la Loi, 10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude ».. Lc7, 47 : « … je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour …». Cet amour voulu par Dieu demande de notre part qu’on sache faire un choix : nous désencombrer de tout ce qui est inutile pour s’unir au Christ, désencombrement qui, selon Saint Ignace (Exercices Spirituels – §142 –P.93), inclut « les richesses, l’honneur mondain et l’orgueil à partir desquels on est précipité dans tous les autres genres de vices ». Mieux encore Saint François d’Assise nous dit (« Sagesse d’un pauvre » – Eloi Leclerc – P.124-125) : « …l’homme lutte tout seul dans la nuit avec l’Insaisissable. Il a cru qu’il lui suffirait de faire ceci ou cela pour être agréable à Dieu. Mais c’est à lui que l’on en veut. L’homme n’est pas sauvé par ses œuvres, si bonnes soient-elles. Il lui faut encore devenir lui-même (P.125) l’œuvre de Dieu. Il doit se faire plus malléable et plus  humble entre les mains de son Créateur que l’argile dans les mains du potier. Plus souple et plus patient que l’osier entre les doigts du vannier. Plus pauvre et plus abandonné que le bois mort dans la forêt au cœur de l’hiver. A partir seulement de cette situation de détresse et dans cet aveu de pauvreté, l’homme peut ouvrir à Dieu un crédit illimité, en lui confiant l’initiative absolue de son existence et de son salut. . Il entre alors dans une sainte obéissance. Il devient enfant et joue le jeu divin de la création ».  – A ce moment-là, le Seigneur ne pourra que dire (Ap3,8) : « Je connais ta conduite : voici, j’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer, et, disposant pourtant de peu de puissance, tu as gardé ma parole sans renier mon nom ». La porte n’est donc pas fermée et peut même s’ouvrir sans problème pour tous ceux qui, du fond du cœur, sans aucun calcul, se mettent réellement à la suite du Christ en tenant compte des luttes à mener, à la vigilance pour ne jamais perdre de vue le Christ, et à se laisser guider par l’Esprit Saint. Tournons-nous résolument, sans regarder en arrière et de manière définitive, vers l’amour. C’est l’unique clé pour ouvrir toutes les portes, principalement cette unique porte nommée Jésus-Christ. En cette Année de la Miséricorde Divine, nous avons quatre portes dans l’île, c’est très bien et très beau de voir les chrétiens y faire leur pèlerinage, mais n’oublions pas d’ouvrir la porte de notre cœur pour que les nombreuses grâces venant de cette Porte unique qu’est Jésus puissent nous conduire véritablement à Lui et faire de nous des frères et sœurs en union de prière avec le Christ.

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