22ième Dimanche du Temps Ordinaire (29 août 2021 – Mc 7, 1-8.14-15.21-23 ; DJF)

Ecouter la Parole de Dieu

et la mettre en pratique pour entrer dans la Vie…

          Ce n’est pas si fréquent : les trois lectures de ce jour évoquent un seul et même thème, celui de la Parole de Dieu qu’il s’agit d’accueillir de tout cœur…

          Pour nous, aujourd’hui, cette Parole nous a été transmise par Jésus, le Fils. Lui même l’a accueillie, entendue auprès de son Père : « Ma doctrine », nous dit-il, « n’est pas de moi, mais de Celui qui m’a envoyé » (Jn 7,16). En effet, « le Père qui m’a envoyé m’a lui-même prescrit ce que j’avais à dire et à faire connaître. Ainsi donc, ce que je dis, tel que le Père me l’a dit, je le dis » (Jn 12,49-50).

          Et puisque, dit-il encore, « je dis la vérité que j’ai entendue de Dieu » (Jn 8,40), Jésus sait que « l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité qui vient du Père lui rend témoignage » (Jn 15,26). Et comment fait-il ? Quand Jésus nous parle de la vie avec Dieu, de la vie éternelle, l’Esprit Saint communique à tous ceux et celles qui l’écoutent de tout cœur le Don même de cette vie en étant ainsi tout simplement, comme nous le disons dans notre Crédo, « Seigneur qui donne la vie ». C’est ainsi qu’en écoutant Jésus, St Pierre ne pouvait que lui dire : « Tu as les Paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Il vivait, en l’écoutant, « quelque chose » qu’il n’avait jamais vécu auparavant avec personne d’autre : une vie nouvelle, une Plénitude nouvelle, une douceur nouvelle…

          En effet, le Don de l’Esprit se joint toujours à la Parole du Christ, comme nous l’explique Jean Baptiste : « Celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34), « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), « l’Esprit qui est vie » (Ga 5,25). C’est ainsi que St Jacques déclare dans la seconde lecture : « Le Père des lumières a voulu nous engendrer par sa Parole de vérité » (Jc 1,18), c’est-à-dire par le Don de cet « Esprit qui est vie », un Don qui se joint toujours à la Parole de Dieu et qui nous engendre à cette vie nouvelle et éternelle qui est la vie même de Dieu. Et puisque « le fruit de l’Esprit est douceur » (Ga 5,22), il nous invite à « accueillir dans la douceur la Parole semée en vous » et donc au même moment ce Don de l’Esprit de Douceur qui se joint à elle et qui nous rejoint au plus profond de nous-mêmes…

          Mais cette Vie nouvelle semée en nous par la Parole de Dieu et le Don de l’Esprit Saint demande tout simplement à « vivre », c’est-à-dire à s’exprimer par des actes qui lui correspondent. « Mettez donc la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion » (Jc 1,22). C’est exactement l’invitation que lançait Moïse dans la première lecture : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique… vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique » (Dt 4,1.6)…

          En effet, puisque « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), cette vie de Dieu semée en nous est de l’ordre de l’amour (Rm 5,5 ; Ga 5,22) : elle ne peut donc qu’être ouverture à l’autre, écoute de l’autre, attention à l’autre et action pour l’autre, pour son bien. C’est ce qu’écrit St Jacques avec un exemple particulier : il s’agit de « visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse » (Jc 1,27). Et il s’agit aussi de mourir à tout ce qui s’oppose à cette logique de l’amour, c’est-à-dire à tout ce qui nous ramène à nous-mêmes, nous replie sur nous-mêmes et nous empêche ainsi de nous ouvrir aux autres : « Gardez vous sans tache au milieu du monde » (Jc 1,27)…

          C’est l’invitation que lance Jésus aux Pharisiens. Ils s’attachaient en effet à toutes sortes de pratiques qu’ils présentaient comme étant « le comportement religieux pur et sans souillure » (Jc 1,27) : « Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ;  et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats » (Mc 7,3-4). Le grand danger d’une telle attitude est en fait une subtile recherche de soi. En effet, quand ils constataient qu’ils avaient effectivement pratiqué tout ce qui leur était demandé, ils pouvaient se dire en eux‑mêmes : maintenant, je suis « pur et sans souillure », contrairement à mon voisin qui, ne mettant pas en pratique tous ces préceptes, ne peut qu’être impur et souillé… St Luc nous présente ainsi un Pharisien qui « se tenait debout et priait ainsi en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.” » (Lc 18,11-12). Hélas, une telle attitude, sur la base même d’une Loi qui peut être « sainte, juste et bonne » (Rm 7,12), n’est qu’orgueil, mise en avant de soi au détriment des autres, exaltation de soi et mépris des autres, rejet des autres, refus de vivre en relation avec les autres et donc fermeture aux autres… Or, notre cœur n’a qu’une seule porte : la fermer aux autres que nous voyons, c’est aussitôt la fermer au même moment à l’Autre que nous ne voyons pas, et donc à Dieu et au Don de sa Lumière et de sa Vie… Etre habité par un tel orgueil revient donc à se condamner soi‑même, à vivre non pas dans la Lumière mais dans les ténèbres, non pas dans la pureté de cœur mais dans la pire des souillures, alors même que l’on peut prétendre avec force être tout le contraire !

         L’important, nous dit ici Jésus, n’est pas de pratiquer ceci ou cela en pensant que cette pratique fera de nous des justes… Non, Dieu veut notre cœur, et Lui seul le voit et le connaît à fond… Il s’agit donc d’un appel à une conversion radicale et profonde : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur » (Mc 7,20-23). St Paul écrit exactement la même chose : « Ne savez-vous pas que ceux qui commettent l’injustice ne recevront pas le royaume de Dieu en héritage ? Ne vous y trompez pas : ni les débauchés, les idolâtres, les adultères, ni les dépravés et les sodomites, ni les voleurs et les profiteurs, ni les ivrognes, les diffamateurs et les escrocs, aucun de ceux-là ne recevra le royaume de Dieu en héritage » (1Co 6,9-10).

          En effet, tout ce mal qui nous replie sur nous-mêmes dans une inlassable recherche de nous-mêmes nous empêche de nous ouvrir à un Autre que nous-mêmes pour recevoir ce qui ne peut venir que de Lui : le Don de sa Lumière, le Don de sa Vie, le Don de son Esprit… Mettre sa Parole en pratique, vivre l’amour de l’Autre et des autres, c’est demeurer dans cette dynamique d’ouverture de cœur à Dieu qui, Lui, de son côté, n’est qu’Amour et donc « Don gratuit de tout ce qu’il est en Lui-même » : « Le premier pas que Dieu accomplit vers nous est celui d’un amour donné à l’avance et inconditionnel. Dieu nous aime parce qu’il est amour, et l’amour tend de nature à se répandre, à se donner » (Pape François). Alors, si « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), il est ainsi éternellement Don de l’Esprit, « Source d’Eau Vive » (Jr 2,17 ; 17,13), cette « Eau Vive » de l’Esprit (Jn 4,10-14 ; 7,37-39)  « qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), tous les hommes de bonne volonté qui l’accueillent (Lc 2,14)…

          Alors, « si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds » (Mc 9,43-45). Et dans le dernier exemple, avec « l’œil », Jésus parlera cette fois non pas de « la vie éternelle » mais du « Royaume de Dieu » : « Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (Mc 9,47-48). « En effet, le royaume de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). Il est mystère de communion dans « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3), dans « la communion du Saint Esprit » (1Co 13,13), un Esprit qui est Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) et vie…

 

          Tel est « le Don de l’Amour » qui englobe tous « ces dons parfaits, qui proviennent tous d’en haut, et descendent d’auprès du Père des lumières » (Jc 1,17). Et rien ni personne ne pourra empêcher Dieu d’être ce qu’Il Est (Ex 3,14), c’est à dire « Amour inconditionnel » (Pape François), Amour gratuit (1Jn 4,8.16), Amour Don de Lui-même (Jn 3,35 ; 4,10 ; Ac 8,20 ; Rm 6,23 ; 2Co 9,15 ; Ep 2,8 ; 1Th 4,8) : « Il n’est pas en effet, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses » (Jc 1,17). Nous, pécheurs instables, malades, blessés, nous pouvons toujours compter sur Lui. Il ne nous manquera jamais : « Si nous sommes infidèles, Dieu, lui, reste fidèle car il ne peut se renier lui-même » (2Tm 2,13). « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45). Et c’est par le Don de la Lumière de son Esprit aux « méchants », le Don de cette « pluie » « d’Eau Vive » de son Esprit sur « les injustes » qu’il « frappe à la porte de leur cœur » fermé (Ap 3,20) pour les inviter à la conversion : qu’ils se détournent du mal et s’ouvrent à Lui ! Ils ne pourront qu’être comblés par la Plénitude de son Esprit, source du seul vrai Bonheur durable, paisible…

          Alors, « cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien » (Is 1,16), « mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter » (Jc 1,22). Avec elle et par elle, « recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22), « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6). Alors, « vous vivrez, et vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères » (Dt 4,1), ce Royaume de Dieu qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17) car, en vous donnant l’Esprit Saint, « votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Lc 12,32)… Nous avons tous été créés pour vivre de la Plénitude de cet Esprit… Alors, « cherchez dans l’Esprit votre plénitude » (Ep 5,18)…

                                                                                         DJF

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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