21ième Dimanche du Temps Ordinaire (22 août 2021 – Jn 6,60-69 ; DJF)

Dans la première lecture du Livre de Josué, ce dernier pose la question au Peuple d’Israël : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vous pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays »…

La question est donc posée : « Servir Dieu ou servir les idoles »… Or « servir une idole », quelle qu’elle soit, c’est « se rechercher soi-même », c’est « se replier sur soi-même », c’est vouloir et vouloir encore la satisfaction immédiate qu’elle procure, d’une manière ou d’une autre… Or, comme ce bonheur passager qu’elle apporte ne dure pas, mais s’estompe aussi vite qu’il est venu, laissant derrière lui un grand vide plus douloureux encore, il s’agira, pour le retrouver, de servir et de servir encore cette idole, pour que cette satisfaction passagère se renouvelle et se renouvelle encore… C’est donc en fait devenir l’esclave de l’idole que l’on sert…

C’est ce que déclare le Seigneur dans ces « Dix Paroles » qu’il donne à Moïse au sommet du Mont Sinaï, en disant : « Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas » (Ex 20,5)… En effet, littéralement, en hébreu, la langue de l’Ancien Testament, pour une minime variation de la voyelle, nous n’avons pas ici une conjugaison normale, mais, grammaticalement, « le causatif passif » du verbe “servir”, ce qui peut se traduire par : « Tu ne te laisseras pas faire serviteurs d’eux » c’est-à-dire, « Tu ne te laisseras pas asservir par eux. » Cette nuance est importante car « servir une idole » est équivalent à « se laisser rendre esclave par elle ». Nous retrouvons ainsi dans la Parole de Dieu les simples constatations que nous pouvons tous faire à partir de l’expérience de nos vies quotidiennes…

De plus, une idole à travers laquelle l’homme se recherche lui-même, n’a pas d’existence réelle… « Une nation change-t-elle de dieux ? Or, ce ne sont pas même des dieux », dit le Seigneur dans le prophète Jérémie (Jr 2,11). Et le Psalmiste écrit : « Leurs idoles, or et argent, ouvrage de mains humaines ! Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas, des narines et ne sentent pas. Leurs mains ne peuvent toucher, leurs pieds ne peuvent marcher, pas un son ne sort de leur gosier ! » (Ps 115(113B),4-7).

Et il poursuit en déclarant : « Qu’ils deviennent comme elles, tous ceux qui les font, ceux qui mettent leur foi en elles. » Autrement dit, puisqu’une idole n’est rien, celles et ceux qui les adorent deviennent à leur tour des « rien »… Et c’est exactement ce que Dieu déclare dans le Prophète Jérémie : « Ainsi parle le Seigneur : En quoi vos pères m’ont-ils trouvé injuste pour s’être éloignés de moi, pour marcher derrière la Vanité et devenir eux-mêmes vanité ? » (Jr 2,5). Or, le mot hébreu traduit ici par « vanité, hévél », signifie « souffle, ce qui n’est rien, sans consistance ; ce qui est vain, vanité »… Puisqu’une idole n’est rien, celles et ceux qui se tournent vers elle ne peuvent en fait recevoir d’elle quoique ce soit, sinon du vide, du « rien », et voilà ce dont leur cœur est « rempli »… Là aussi, cette constatation rejoint notre expérience lorsque nous constatons à quel point, en empruntant tel ou tel chemin, notre vie peut être vide, sans consistance, ne laissant au cœur que trouble, dégoût, désespoir, amertume… « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9)…

Or, c’est précisément ce que Dieu ne veut pas… « Une nation change-t-elle de dieux ? Or ce ne sont pas même des dieux ! Et mon peuple a échangé sa Gloire contre l’Impuissance ! Cieux, soyez-en étonnés, horrifiés, saisis d’une grande épouvante, oracle du Seigneur. Car mon peuple a commis deux crimes : Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau. Israël est-il un esclave ? Est-il un domestique pour qu’on en fasse un butin ? (…) N’as-tu pas provoqué cela pour avoir abandonné le Seigneur ton Dieu, alors qu’il te guidait sur ta route ? Comprends et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner le Seigneur ton Dieu… Ah ! comme tu t’es tracé un bon chemin pour quêter l’amour ! » (Jr 2,12-19.33).

En se détournant des idoles qui ne sont rien, et qui ne peuvent qu’apporter en retour du « rien », du « vide », du « néant », de « l’amertume », du « désespoir », et en se tournant vers Dieu, Israël ne pourra que se tourner vers l’Amour qui est éternellement recherche du seul bien de l’autre, de son bonheur, de sa Plénitude… C’est ce que déclare St Paul dans la seconde lecture : « le Christ a aimé l’Église », et à travers elle l’humanité tout entière : « il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier », elle, la pècheresse, « en la purifiant », elle, la souillée, « par le bain d’eau qu’une parole accompagne », c’est-à-dire le baptême et avec lui le Don de l’Esprit Saint. « Car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5,25-27). Or, « le fruit de l’Esprit est joie, paix » (Ga 5,22), c’est-à-dire bonheur profond et durable, plénitude… Dieu veut notre bonheur, plus que nous-mêmes…

Et il est « avec nous », « tout proche » (Mc 1,15), et cela « jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20) pour nous aider à faire les bons choix, à nous détourner des idoles pour nous tourner vers lui… Et il sait à quel point, pour nous, pécheurs, l’attrait de ces idoles peut être fort, irrésistible même, si nous sommes laissés à nos pauvres forces qui ne se révèlent finalement qu’être faiblesses… Le Don gratuit de l’Esprit Saint, reçu au baptême, renouvelé à chaque eucharistie, nous est justement proposé pour que, avec Lui et grâce à Lui, nous puissions, jour après jour, encore et encore, faire le bon choix, celui non pas de l’égoïsme mais de l’Amour, non pas du repli sur soi mais de l’ouverture aux autres, non pas du « tout pour soi » mais aussi du don pour les autres… Renoncer à nos égoïsmes, aux idoles de ce monde, aux plaisirs éphémères qu’elles peuvent apporter, d’une manière ou d’une autre, telle est la seule vraie Croix : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? » (Lc 9,23-25).

Et avec cette démarche de renoncement à l’égoïsme, à la seule recherche de soi, à l’orgueil, nous ne pouvons que passer de l’esclavage à la liberté (Jn 8,31-32; Ga 5,1), du mal-être à la perception, bien réelle car elle est « vie » et « paix », d’une Plénitude qui n’est pas de ce monde : « Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel de manière à vous plier à ses convoitises. Ne faites plus de vos membres des armes d’injustice au service du péché; mais offrez-vous à Dieu comme des vivants revenus de la mort et faites de vos membres des armes de justice au service de Dieu. Car le péché ne dominera pas sur vous : vous êtes sous la grâce » (Rm 6,12-15), sous « l’Esprit de la grâce » (Hb 10,29), sous « l’Esprit Saint », « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63), le Don gratuit de ce Dieu qui est Amour, qui n’est qu’Amour et donc « Don de Lui-même » pour notre seul vrai bien… « Ils m’ont abandonné, moi la Source d’Eau Vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau »… Alors, « si quelqu’un a soif », nous dit Jésus, « qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui » (Jn 7,37-39)…

                                                                                                 D. Jacques Fournier

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