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28ième Dimanche du Temps Ordinaire- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Luc 17, 11-19

La petite musique du salut

 

Frères et sœurs,

Pour expliquer brièvement ce texte, car apparemment, il ne demande pas d’explication, je voudrais simplement poser une question aux musiciens. A quoi sert-il pour un musicien de murmurer dans son cœur ou sa tête la mélodie qu’il est en train de composer, ou bien simplement de se répéter mentalement le doigté d’une partie de flûte ou de piano, s’il n’y a aucune manifestation extérieure ? C’est peut-être un très grand musicien, il est capable de composer à la table, sans jamais entendre aucun son réel, il arrive par l’agencement des accords à se dire que cela doit être extraordinaire, car si les compositeurs de symphonies avaient besoin d’avoir à leur disposition tout un orchestre, les interprètes deviendraient fous. Un musicien qui ne jouirait qu’à l’intérieur de lui-même de la musique qui lui est donnée serait sans doute excellent du point de vue de son talent mais mauvais pour nous tous. Tout l’art du musicien, c’est de faire sortir ce qu’il a imaginé dans sa tête, dans sa sensibilité, et de le faire jaillir à travers la musique, le chant et les alternances de l’orchestre et des chorales.

la foiC’est exactement le sens de cet évangile. Ils ont tous été guéris, ils ont tous entendu la musique intérieure qui les réintégrait dans la société. Ces dix lépreux ont tous reçus la guérison par une certaine foi, dans le fait qu’ils se soient précipités vers Jésus et qu’ils lui aient demandé la guérison. Ils ont compris intérieurement le mouvement de la grâce vers eux. Et étant en chemin, ils se sont rendu compte qu’ils étaient guéris.

Un seul est venu jouer la musique du salut devant le Christ. C’est ce qu’on appelle l’action de grâces, rendre grâces ou remercier. Remercier ce n’est pas simplement assurer par une sorte de convention – dire merci –, remercier, c’est aller au devant de la source qui a été l’inspiration de cette guérison, et aller devant Dieu pour se montrer à lui guéri.

Mettez-vous à la place du Christ. Qu’est-ce qui pouvait lui faire plus plaisir lui qui avait vu ces lépreux défigurés, méprisés, bannis de la société des hommes, ces hommes qui n’étaient plus des hommes, que pouvait-il y avoir pour lui de plus beau que de retrouver ces hommes qui revenaient avec un visage recomposé, restitué à sa beauté et à sa vérité première ? C’est cela que les neuf autres lépreux n’ont pas compris. Ils n’ont pas compris qu’en gardant le bénéfice interne de leur guérison, ils n’ont pas eu l’idée de retourner à la source. Certes, Dieu est bon, il ne retire pas les bienfaits qu’il a donnés, les autres sont allés accomplir les rites au temple. Ils ont considéré que puisqu’ils avaient obtenu la guérison, cela leur suffisait ! Celui qui est revenu, il a été comme le musicien qui a reconnu que sa guérison était comme une musique intérieure et que le premier qui devait le voir, c’était Jésus, la source.

Frères et sœurs, c’est ce que cet évangile veut nous faire entendre. La foi chrétienne est certes un don intérieur, caché au plus intime de notre cœur, c’est une action secrète de Dieu en chacun d’entre nous, mais à quoi servirait ce trésor si on le gardait enfoui ? A quoi rimerait ce don si on le gardait uniquement pour soi ? C’est cela que veut nous dire l’épisode du Samaritain. Luc souligne que c’est un homme étranger au peuple élu, ce n’est pas une question d’élection, ni une question d’avoir un statut privilégié, mais quand je redécouvre que Dieu m’a redonné ma véritable identité, cela ne peut pas rester secret.

foi

L’Église aujourd’hui a à peu près la même composition que le groupe des lépreux qui est venu vers Jésus pour demander sa guérison. Un dixième qui retourne pour rendre grâces, et neuf dixièmes qui se disent : « J’ai été baptisé et comme on dit parfois, « j’ai tout fait », donc cela suffit, je ne bouge plus, je garde cela soigneusement dans mes lectures, mes petites oraisons, mes petites prières personnelles, de temps en temps, j’irai voir la statue de sainte Thérèse quand cela ira moins bien. Mais, c’est plus que cela. C’est vraiment le fait qu’à partir du moment où la foi a fait de nous une autre personne, ce n’est pas du « m’as-tu vu », ce n’est pas ostentatoire, ce n’est pas une atteinte à la laïcité, c’est une reconnaissance de ce que Dieu fait. C’est très différent.

Frères et sœurs, ce n’est pas la peine d’avoir la religion ou la foi tapageuse, il suffit de reconnaître ce que nous sommes devenus par cette petite musique intérieure qui s’appelle la guérison, la miséricorde, la douceur, le bonheur et la grâce. Si je porte cela dans mon cœur, il faut que j’aille pour rendre grâces devant Dieu et devant mes frères. Amen.