3ième Dimanche de Pâques par P. Claude TASSIN (Spiritain)

Commentaires des Lectures du dimanche 19 Avril 2015

 

Actes 3, 13-15.17-19 (Dieu a donné sa gloire à son serviteur Jésus)

 Au Temple, Pierre guérit un impotent, par la puissance de Jésus. Il a «relevé» l’infirme (3, 7), comme Dieu a «relevé» Jésus d’entre les morts. Il est temps pour l’Apôtre d’éclairer la foule assemblée. Son discours instruit le procès de la foi chrétienne : par sa bouche, Dieu plaide sa propre cause et son bon droit ; les accusés sont les gens de Jérusalem ; l’Écriture, l’Ancien Testament, est la preuve, la pièce à conviction du débat.

1. En donnant « sa gloire » à Jésus, « le Dieu de nos pères » n’a fait « qu’accomplir sa parole » qui promettait à son peuple « *le Prince de la vie ». Il avait même prévu que ce « Messie souffrirait » et qu’il devrait lui rendre justice par la résurrection.

2. Les gens de Jérusalem ont « livré » et « renié » Jésus. Il y a quelque ironie empathique, de la part de l’auteur, à placer dans la bouche de Pierre ce verbe qui dénonçait son propre reniement (Luc 22, 57). Tous, à commencer par Pierre, se sont trompés, aveugles aux prophéties.

3. Des titres résument ici l’Écriture : Jésus est « le Saint », le Messie consacré par Dieu. Il est « le Juste » persécuté, « le Serviteur » annoncé par le poème du Serviteur souffrant (Isaïe 53, 11).

À la différence des tribunaux, le procès de la foi ne condamne pas. Si nous ne savons pas lire l’histoire et le projet de Dieu, nous sommes toujours invités à changer notre regard, à faire demi-tour quand la puissance du Ressuscité nous interpelle dans les événements.

* Le Prince de la vie. Le mot grec archègos traduit par « prince » ne revient que quatre autres fois dans le Nouveau Testament, appliqué toujours au Christ ressuscité. Selon ses emplois divers dans l’Ancien Testament de langue grecque, la Septante, le terme désigne la tête, en tout cas un personnage de haut rang. Ici, tel un nouvel Adam, le Ressuscité ouvre une noucelle ère de vie. En Actes 5, 21, il est à la fois « Prince et Sauveur ». En Hébreux 2, 10, il est « le prince du salut » et Hébreux 12, 2 le salue, avec le même mot, comme « l’initiateur de la foi ».

1 Jean 2, 1-5a (“C’est lui qui obtient le pardon de nos péchés et de ceux du monde entier»)

La communauté à laquelle s’adresse cette lettre a ses dissidents. Ils prétendent connaître le Christ, ils discourent sur le Christ, mais leur vie morale laisse à désirer. Avec la tendresse d’un pasteur, l’Apôtre met en garde ses « petits enfants » contre ces mauvais exemples. L’expression « mes petits enfants » indique que la lettre est un testament, une manière pour l’auteur d’indiquer à ses adeptes comment sauvegarder son héritage spirituel. Jésus employait le même terme dans son discours d’adieu (Jean 13, 33). Jean situe d’abord le rôle présent de Jésus, puis il précise en quoi consiste la vraie connaissance du croyant.

Nul ne peut prétendre être sans péché. Mais Jésus a estimé qu’il valait la peine de mourir par amour pour les pécheurs que nous sommes. Sa mort est un sacrifice supérieur à ceux qu’offraient les Juifs pour obtenir le pardon de Dieu (voir Exode 29, 36-37). C’est un thème que développera la lettre aux Hébreux 9–10. Il est notre Défenseur *le Paraclet, parce que Dieu ne peut rien refuser au Juste.

Connaître Dieu comme étant vraiment Dieu, c’est savoir et faire ce qu’il attend de nous, c’est-à-dire ses commandements. Et ceux-ci se résument dans le commandement de l’amour. Or Dieu s’est exprimé totalement dans la mission de Jésus : c’est en lui que Dieu nous dit son amour. Cet amour, nous devons le traduire dans nos relations mutuelles (lire 1 Jean 4, 19-20). Si le croyant sort de cette logique de l’amour, si sa connaissance du Christ n’est qu’intellectuelle, il vit dans le mensonge.

* Le « paraclet » (Défenseur) est l’avocat défendant un accusé. Dans l’Évangile de Jean, le Paraclet est le Saint Esprit (cf. Jean 14, 16.26 ; 15, 26 ; 16, 7). Le croyant est en procès avec un « monde » qui conteste la foi. L’Esprit le soutient dans ce combat, il lui révèle un Jésus qui n’est plus limité par sa condition terrestre. Mais l’Esprit ne remplace pas Jésus. Il est « un autre Paraclet » (Jean 14, 16) qui ne fait rien de lui-même. Le premier Paraclet est toujours Jésus. L’Esprit prolonge sa mission.

Luc 24, 35-48 (“Aussi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait des morts le troisième jour”)

Chez Luc, l’Ascension du Seigneur se situe le soir de Pâques, avant qu’en Actes 1, il la situe quarante jours après Pâques.. Voici la dernière entrevue de Jésus avec les Apôtres que les disciples d’Emmaüs viennent de rejoindre. L’épisode se divise en quatre séquences.

La présence de Jésus ressuscité

Le vocabulaire de l’expérience pascale est riche : Jésus se fait voir, se rend manifeste, les rencontre…. Ici, comme chez Jean, le texte dit simplement : « Il se tint debout ». Jésus souhaite la paix aux siens. Cette paix est sérénité, pardon, réconciliation. C’était le message des anges de Noël (Luc 2, 14). Mais, pour les lecteurs de Luc, c’était aussi une formule de la liturgie. Les premiers chrétiens découvraient la présence du Ressuscité dans la paix qui caractérisait leurs célébrations.

La reconnaissance

Stupeur, crainte et bouleversement sont les réactions des humains devant le surgissement du surnaturel. Comme lors de la marche sur les eaux, annonce symbolique de la Résurrection (cf. Marc 6, 49-50), les disciples se croient en présence d’un fantôme. Dans la nouveauté de son être glorieux, Jésus doit se faire reconnaître. En montrant ses mains et ses pieds, il se révèle comme l’homme qui a été crucifié. Persiste le doute que, courtoisement, Luc attribue à la joie des disciples. La manducation du poisson insiste sur le réalisme de la résurrection, en des termes que d’autres auteurs sacrés éviteraient (comparer Tobie 12, 19). Il s’agit de souligner que le Ressuscité appartient bien à la condition humaine. Mais, s’il est permis de critiquer avec une grande et humble révérence l’évangéliste saint Luc, il faut remarquer que son insistance sur la présence physique du Ressuscité qui mange et boit aura contribué au long des générations chrétiennes à un malentendu sur le sens de la résurrection du Seigneur, par là assimilée à une reviviscence semblable à celle de Lazare en Jean 11, 44. Heureusement, certains des discours attribués à Pierre par ce même évangéliste dans les Actes des Apôtres corrigent cette myopie trop apologétique.

L’éclairage de l’Écriture

Au vrai, la foi au Christ ressuscité ne se fonde pas seulement sur ses apparitions. Jésus avait invité les Douze à comprendre sa Passion comme l’accomplissement des prophéties (Luc 18, 31-34) : « *Il ouvrit leur intelligence à la compreéhension des Écritures » (24, 31). Il insiste de nouveau : toute la Bible, l’Ancien Testament, en ses trois parties traditionnelles (la Loi, les Prophètes et les Psaumes), écrit la destinée du Christ. Aujourd’hui, Jésus nous ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures, pour que nous comprenions le projet de Dieu signifié par le verbe « il faut ».

La mission

La mission est inséparable de la foi qui fait de nous des témoins. Ici, l’envoi des disciples par le Christ « mord » par avance sur le temps présent de la proclamation de l’Évangile. L’Écriture nous révèle la Passion, la résurrection le troisième jour. C’est une vie nouvelle qui s’offre à tous les humains, « à toutes les nations ». Nous ne pouvons pas garder pour nous ce message. Tous sont appelés à changer de vie et à se libérer du péché. En fait, l’Église découvre la présence du Christ vivant lorsque, à son appel, des gens découvrent le bonheur de croire et de tourner la page sur une vie jusque là stérile. C’est bien pourquoi l’évangéliste ne craint pas de mettre sur les lèvres du Ressuscité ce que prêchent les apôtres (cf. 1ère lecture). C’est dans la mesure où nous sommes témoins que s’approfondit notre foi en un Christ vivant et agissant.

* Il ouvrit leur intelligence… Dans la synagogue ancienne, le mot « ouverture », en hébreu petihah, désigne d’abord le verset biblique et le thème par lesquels l’homéliaste commence sa prédication. Mais le terme en est venu à désigner l’homélie dans son ensemble, et c’est selon cette signification que Luc utilise quatre fois le verbe « ouvrir » : ouvrir les Écritures en leur sens actuel pour l’esprit des auditeurs ; ouvrir les cœurs au sens des Écritures (Luc 24, 31, 32, pour Jésus ressscité ; Actes 16, 14 ; 17, 3, pour les prédications de Paul.

 

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