8ième Dimanche du Temps Ordinaire – Claude WON FAH HIN

Une mauvaise compréhension de ce texte pourrait avoir de très graves conséquences non seulement pour celui qui l’aurait mal compris mais également pour sa famille. C’est pourquoi, lorsqu’un texte biblique pose un problème de conscience à certaines personnes, et que cette personne devienne angoissée par ce qu’elle vient de lire, il vaut mieux arrêter de lire en attendant d’aller consulter quelqu’un qui l’ait bien compris pour qu’il vous l’explique. Devant un texte biblique qui vous pose problème, faites une pause et dites-vous bien que jamais la Parole de Dieu ne devrait vous inquiéter ou vous angoisser. Et si cela vous arrive, ou bien vous avez mal compris le texte ou bien si vous l’avez parfaitement compris, et il faudra alors vous convertir et mieux appliquer la parole de Dieu. Dieu nous aime trop pour nous inquiéter, pour nous angoisser, Il veut simplement notre bonheur. Sainte Thérèse d’Avila (« Œuvres complètes » – Tome 2 – « Pensées sur l’amour de Dieu ») nous dit : « C’est pourquoi….lorsqu’en lisant ou en entendant des prédications, ou méditant les mystères de notre sainte foi, il y aura des choses qui vous paraîtront obscures, je vous recommande extrêmement de ne vous point gêner (inutile de faire des efforts) pour en chercher l’explication. Que s’il plaît à Notre-Seigneur de vous en donner l’intelligence, il le fera sans que vous ayez besoin de prendre pour ce sujet aucune peine …Quant à ceux que Dieu y engage, ils doivent sans doute y travailler de tout leur pouvoir, et ce travail ne leur saurait être que fort utile. Mais pour ce qui est de nous, nous n’avons….qu’à recevoir avec simplicité ce qu’il plaît à Dieu de nous donner,…». Et l’Évangile d’aujourd’hui peut prêter à confusion.

Dans l’A.T., bon nombre de personnages connus étaient très riches. Gn 13,2 : Abraham étai très riche en troupeaux, en argent et en or ;  1 R 10,23 : Le roi Salomon surpassa en richesse et en sagesse tous les rois de la terre ; Jb 1, 3 :  Job possédait aussi sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs et cinq cents ânesses, avec de très nombreux serviteurs.  Cet homme était le plus fortuné de tous les fils de l’Orient ;  Gn 26, 12-14 : 12 Isaac fit des semailles dans ce pays et, cette année-là, il moissonna le centuple. Yahvé le bénit 13 et l’homme s’enrichit, il s’enrichit de plus en plus, jusqu’à devenir extrêmement riche. 14 Il avait des troupeaux de gros et de petit bétail et de nombreux serviteurs. Mais tous ces personnages savent très bien que cette richesse leur vient de Dieu : à Salomon, Dieu lui dit (1R3, 13): « Et même ce que tu n’as pas demandé, je te le donne aussi : une richesse et une gloire comme à personne parmi les rois après toi, durant tous les jours ; à Isaac, Dieu dit (Gn 26,12-13 : Yahvé le bénit 13 et l’homme s’enrichit, il s’enrichit de plus en plus. Et le psalmiste nous dit (Ps 23,1) : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ». Ainsi, le bien matériel peut contribuer au bonheur que Dieu veut pour tout homme. Mais le bonheur vient de Dieu, pas des richesses.

Et c’est la raison pour laquelle Jésus nous dit : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent ». Si le Christ nous dit cela, ce n’est pas pour nous embêter, pour nous mettre en difficulté, mais pour nous mettre en garde contre les dangers que l’argent peut provoquer dans le cœur des personnes. La traduction «vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent » ne donne pas toute la mesure des conséquences mauvaises que l’argent peut avoir sur son propriétaire. Le mot « Argent », dans la Bible Osty,  est traduit par « Mammon », qu’on retrouve dans les notes de la TOB. Or Mammon en araméen désigne des richesses personnifiées qui s’opposent à Dieu et qui vont asservir le monde, le rendre esclave. C’est de cet argent là qu’il s’agit, de cet argent qui nous rend esclave. On travaille le dimanche pour avoir plus d’argent quitte à ne pas venir à la messe, on travaille plus pour gagner plus, on discute argent matin, midi, soir et pendant les congés, on rêve argent, on dort « argent en tête », on se réveille et la première pensée c’est pour l’argent. On se retrouve en famille et la discussion principale c’est l’argent et on cherche comment faire pour en gagner encore plus. On devient alors esclave de l’argent. C’est de cet argent-là, celui qui nous esclave,  qu’on parle lorsque l’on dit « vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ». Il y a là deux « maîtres » : l’argent est un maître qui rend esclave et qui devient une idole pour son propriétaire,  et le Dieu Unique est un maître capable de nous libérer de tous types d’esclavage dont celui de l’argent. C’est pour cela qu’il est impossible de servir ces deux maîtres à la fois. L’argent, en lui-même, n’a aucun pouvoir de rendre esclave si celui qui le possède a constamment pour Maître le Dieu unique. Jésus n’a jamais été contre l’argent. Il avait lui-même un métier : il sait ce que travailler signifie et il devait certainement avoir aussi de l’argent pour vivre. Mais il n’a jamais été son esclave. Il nous faut donc de l’argent pour vivre normalement.

Mais pas n’importe comment. Il faut bien comprendre ce que Jésus veut dire quand il nous dit : « 25 Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? 31 Ne vous inquiétez donc pas en disant : Qu’allons-nous manger?  Qu’allons-nous boire?  De quoi allons-nous nous vêtir? 32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela ». En se disant qu’il ne faut pas s’inquiéter pour se nourrir, pour se vêtir, pour boire, certains pourraient conclure qu’il est inutile de travailler puisque je n’ai pas à m’inquiéter pour manger , boire et s’habiller et c’est le Christ qui le dit.  Jésus n’a jamais incité les gens à devenir paresseux, encore moins à devenir criminel pour avoir de l’argent, ou à voler. Rappelons que Jésus est Dieu. Il ne peut pas nous conduire à commettre les péchés tels que la paresse, le vol ou le meurtre et il l’a dit dans les dix commandements : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas et il a donné l’exemple qu’il faut travailler pour vivre. Il nous donc travailler pour vivre. Ce que nous dit Jésus c’est d’arrêter de courir derrière l’argent qui nous donne beaucoup de tracas, d’inquiétude et de prendre du temps pour vivre. Pour bien vivre. Or « bien vivre », c’est vivre une relation d’amour en Dieu par Jésus-Christ, car Dieu est lui-même la Vie. Il faut avoir une hiérarchie des valeurs : la vie d’abord, et la vie en Dieu. Travailler, boire, manger, se vêtir, tout cela doit être au service de la vie en Dieu. Et nous devons donc soigner, privilégier notre relation d’amour avec le Christ qui est Vie et qui donne la vie. Il veut, pour nous, une vie éternelle avec Lui dans une relation d’amour au sein de la Trinité. Jésus nous propose de vivre avec Lui dans un bonheur éternel. C’est pour cela qu’il nous donne en exemple les oiseaux. La nourriture qui se trouve dans la nature créée par Dieu est à portée des oiseaux, encore faut-il que les oiseaux aillent les chercher. C’est du travail que d’aller chercher sa nourriture. Et c’est par le travail que nous allons chercher notre nourriture. Si Dieu prend soin des lys des champs qui ne sont pas très utiles puisqu’ils seront brûlés par la suite, à plus forte raison, Il prendra davantage de soins des hommes qu’il a créés à sa ressemblance. Ce qu’il n’a pas dit aux oiseaux et aux lys des champs, Il nous le dit à nous (Is 43,4) : … « tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime ».  Nous sommes bien plus importants que les oiseaux et les lys des champs, et Dieu nous aime. C’est pour cela qu’il ne faut pas s’inquiéter de la vie, mais il nous faudra si possible, quand il y a du travail, d’aller travailler et ne pas rester à ne rien faire, sauf bien sûr ceux qui sont véritablement dans l’impossibilité de travailler pour des raisons diverses.

Avant tout, il nous faut chercher le royaume de Dieu. Le Royaume n’est pas pour « après la mort », mais pour aujourd’hui car il est déjà parmi nous. Voici ce que dit Père Kowalski qui a enseigné pendant plus de vingt ans à Paris à des laïcs et à de futurs prêtres et qui ont été rapportés par le Père Antoine Baron dans son livre : « les Béatitudes ». En effet, lorsque Jésus nous dit Mt 5,3 : “Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux”, et en Mt 5,10 : “Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux”, les verbes sont au temps présent, c’est-à-dire que le Royaume est à nous aujourd’hui, maintenant, et pas seulement lorsque nous serons morts. Même le v12 de Mt 5,12 doit être au présent comme l’ont traduit les bibles de la TOB et Osty. « Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grand (en ce moment) dans les cieux (dans le Royaume de Dieu). » Loin d’un futur évoquant un bonheur après la mort, on est ici dans un bonheur immédiat de l’existence présente, vécue déjà selon Dieu.

De plus, Jésus est lui-même le Royaume de Dieu. En Lc 17,20,  des pharisiens interrogent Jésus : « Quand viendra le Royaume de Dieu27 ? » Jésus leur répond : « … le Royaume de Dieu est au milieu de vous28. » Et Jésus fait allusion à lui-même qui se trouve au milieu des pharisiens:  le Royaume de Dieu est déjà là, dans la personne de Jésus au milieu d’eux, comme il est présent aujourd’hui dans l’Eucharistie de son Église.

En cherchant le Royaume de Dieu (c’est à dire le Christ) et sa justice, tout ce dont nous avons besoin pour vivre ici-bas nous sera donné par surcroit. Le Père céleste sait que nous avons besoin de tout cela. Il nous revient, à nous, de nous occuper, avec la grâce de Dieu, de notre relation au Christ et avec le prochain, et Dieu s’occupera de nous si nous lui faisons confiance.  Nous avons donc à travailler pour vivre normalement, sans jamais nous laisser devenir esclave de l’argent, gardant toujours Dieu pour seul et unique Maître qui nous a déjà fait don de son Royaume en la personne de Jésus-Christ. A nous de le chercher en permanence pour tous les moyens que le Seigneur a mis à notre disposition à travers son Église.

 

 

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