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Audience Générale du Mercredi 22 Septembre 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 22 Septembre 2021


Frères et sœurs, mon récent Voyage Apostolique à Budapest et en Slovaquie a été un pèlerinage de prière, un pèlerinage aux racines, un pèlerinage d’espérance. Tout d’abord, ce fut un pèlerinage de prière au cœur de l’Europe, commencé avec la messe lors du Congrès Eucharistique International à Budapest et conclu avec la Fête de Notre-Dame des Sept Douleurs en Slovaquie. Le Peuple de Dieu est appelé à adorer, à prier, à marcher et à faire pénitence, afin de sentir la paix et la joie qui viennent du Seigneur. Ensuite, ce fut un pèlerinage aux racines de la foi et de la vie chrétienne qui sont vivantes dans l’exemple lumineux des témoins de la foi. Ces racines pleines de sève de l’Esprit Saint doivent êtres gardées car elles sont la garantie de l’avenir. Enfin, ce fut un pèlerinage d’espérance, espérance que j’ai vue dans les yeux des jeunes rencontrés. Cette espérance se réalise, devient concrète seulement si elle se décline avec le mot “ensemble”. La fraternité et la cohabitation avec les différentes religions et avec les plus faibles sont la route à suivre. L’avenir sera un avenir d’espérance s’il est vécu ensemble.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française! Je rends grâce au Seigneur à l’occasion du Voyage Apostolique que j’ai accompli sous le signe de l’espérance. Dans une prière unanime, demandons à l’Esprit Saint que les graines semées durant le Voyage portent de bons fruits dans le Peuple de Dieu.

A tous, ma bénédiction !




Audience Générale du Mercredi 9 Septembre 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 9 Septembre 2021


Catéchèse sur la Lettre aux Galates – 8. Nous sommes fils de Dieu

Frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons notre itinéraire d’approfondissement de la foi — de notre foi — à la lumière de la Lettre de saint Paul aux Galates. L’apôtre insiste auprès de ces chrétiens pour qu’ils n’oublient pas la nouveauté de la révélation de Dieu qui leur a été annoncée. En plein accord avec l’évangéliste Jean (cf 1 Jn 3, 1-2), Paul souligne que la foi en Jésus Christ nous a permis de devenir réellement fils de Dieu et également ses héritiers. Nous chrétiens considérons souvent comme évidente cette réalité d’être fils de Dieu. Il est bon au contraire de se souvenir toujours avec reconnaissance du moment où nous le sommes devenus, celui de notre baptême, pour vivre avec une plus grande conscience le grand don reçu.

 Si je demandais aujourd’hui: qui de vous connaît la date de son baptême?, je crois qu’il n’y aurait pas beaucoup de mains levées. Et pourtant, c’est la date à laquelle nous avons été sauvés, c’est la date à laquelle nous sommes devenus fils de Dieu. A présent, que ceux qui ne la connaissent pas demandent à leur parrain, marraine, à leur père, leur mère, leur oncle, leur tante: «Quand ai-je été baptisé? Quand ai-je été baptisée?»; et rappeler chaque année cette date: c’est la date à laquelle nous sommes devenus fils de Dieu. D’accord? Vous le ferez? [les fidèles répondent: oui!]. C’est un «oui» un peu comme ça, hein? [rires] Poursuivons….

En effet, une fois «venue la foi» dans le Christ (v. 25), se crée la condition radicalement nouvelle qui fait entrer dans la filiation divine. La filiation dont parle Paul n’est plus celle générale qui touche tous les hommes et les femmes en tant que fils et filles de l’unique Créateur. Dans le passage que nous avons écouté, il affirme que la foi permet d’être fils de Dieu «dans le Christ» (v. 26): telle est la nouveauté. C’est ce «dans le Christ» qui fait la différence. Pas seulement fils de Dieu, comme tous: nous tous hommes et femmes sommes enfants de Dieu, tous, quelle que soit notre  religion. Non. Mais «dans le Christ» est ce qui fait la différence chez les chrétiens et cela n’a lieu que dans la participation à la rédemption du Christ et en nous dans le sacrement du baptême, c’est ainsi que cela commence. Jésus est devenu notre frère, et par sa mort et sa résurrection, il nous a réconciliés avec le Père. Qui accueille le Christ dans la foi, à travers le baptême est «revêtu» de Lui et de la dignité filiale  (cf. v. 27).

Dans ses Lettres, saint Paul fait référence à plusieurs reprises au baptême. Pour lui, être baptisé équivaut à prendre part de façon effective et réelle au mystère de Jésus. Par exemple, dans la Lettre aux Romains, il arrivera même à dire que, dans le baptême, nous sommes morts avec le Christ et ensevelis avec Lui pour pouvoir vivre avec Lui (cf. 6, 3-14). Morts avec le Christ, ensevelis avec Lui pour pouvoir vivre avec Lui. C’est la grâce du baptême: participer à la mort et à la résurrection de Jésus. Le baptême n’est donc pas un simple rite extérieur. Ceux qui le reçoivent sont transformés profondément, au plus profond d’eux-mêmes, et possèdent une vie nouvelle, précisément celle qui permet de s’adresser à Dieu et de l’invoquer  par le nom d’«Abbà», c’est-à-dire «papa». «Père»? Non, «papa» (cf. Ga 4, 6).

L’apôtre affirme avec une grande audace que l’identité reçue avec le baptême est entièrement nouvelle, au point de prévaloir sur les différences qui existent sur le plan ethnique et religieux. Il l’explique ainsi: «il n’y a ni Juif ni Grec»; et aussi sur le plan social: «il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme» (Ga 3, 28). On lit souvent ces expressions trop à la hâte, sans saisir la valeur révolutionnaire qu’elles contiennent. Pour Paul, écrire aux Galates que dans le Christ, «il n’y a ni Juif ni Grec» équivaut à une authentique subversion ethnique et religieuse. Le juif, du fait d’appartenir au peuple élu, était privilégié par rapport au païen (cf. Rm 3, 17-20), et Paul lui-même l’affirme (cf. Rm 9, 4-5). Il n’est donc pas surprenant que ce nouvel enseignement de l’apôtre puisse sembler hérétique. «Mais comment cela, tous égaux? Nous sommes différents!». Cela semble un peu hérétique non? La deuxième égalité aussi, entre «libres» et «esclaves», ouvre des perspectives troublantes. Pour la société antique, la distinction entre esclaves et citoyens libres était vitale. Ces derniers jouissaient selon la loi de tous les droits, tandis que l’on ne reconnaissait pas même la dignité humaine aux esclaves. Cela arrive aujourd’hui aussi: beaucoup de gens, dans le monde, beaucoup, des millions, qui n’ont pas le droit à l’alimentation, n’ont pas le droit à l’éducation, n’ont pas le droit au travail: ce sont les nouveaux esclaves, ce sont ceux qui se trouvent aux périphéries, qui sont exploités par tous. Aujourd’hui aussi, il y a l’esclavage. Pensons un peu à cela. Nous nions à ces gens la dignité humaine, ils sont esclaves. Ainsi, à la fin, l’égalité dans le Christ dépasse la différence sociale entre les deux sexes, en établissant  entre l’homme et la femme une alliance alors révolutionnaire  qu’il faut réaffirmer aujourd’hui aussi. Il faut la réaffirmer aujourd’hui aussi. Combien de fois entendons-nous des expressions qui méprisent les femmes! Combien de fois avons-nous entendu: «Mais non, ne fais rien, [ce sont] des histoires de femmes». Mais les hommes et les femmes ont la même dignité, et il y a dans l’histoire, aujourd’hui aussi, un esclavage de femmes: les femmes n’ont pas les mêmes opportunités que les hommes. Nous devons lire ce que dit Paul: nous sommes égaux en Jésus Christ.

   Comme on peut le voir, Paul affirme la profonde unité qui existe entre tous les baptisés, quelle que soit la condition à laquelle ils appartiennent, que ce soit des hommes ou des femmes, égaux, parce que chacun d’eux, dans le Christ, est une créature nouvelle. Toute distinction devient secondaire par rapport à la dignité d’être fils de Dieu, qui à travers son amour, réalise une véritable et importante égalité. Tous, à travers la rédemption du Christ et le baptême que nous avons reçu, sommes égaux: fils et filles de Dieu. Egaux.

 Frères et sœurs, nous sommes donc appelés de façon plus positive à vivre une nouvelle vie qui trouve dans la filiation avec Dieu son expression fondatrice. Egaux parce que fils de Dieu, et fils de Dieu parce que Jésus Christ nous a rachetés et nous sommes entrés dans cette dignité à travers le baptême. Il est décisif également  pour nous tous aujourd’hui de redécouvrir la beauté d’être fils de Dieu, d’être frères et sœurs entre nous parce qu’insérés dans le Christ qui nous a rachetés. Les différences et les contrastes qui créent la séparation ne devraient pas exister entre les croyants dans le Christ. Et l’un des apôtres, dans la Lettre de Jacques, dit: «Faites attention avec les différences, parce que vous n’êtes pas justes quand dans l’assemblée (c’est-à-dire à la Messe), quelqu’un entre qui porte un anneau d’or et est bien habillé: “Ah, entrez, entrez!” et ils le font s’asseoir au premier rang. Puis, s’il entre une autre personne qui, la pauvre, peut à peine se couvrir, et on voit qu’elle est pauvre: “oui, oui, assied-toi là, au fond”». Ces différences, ce sont nous qui les faisons, souvent, de façon inconsciente. Non, nous sommes égaux. Notre vocation est plutôt celle de rendre concret et évident l’appel à l’unité de tout le genre humain (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Lumen gentium, n. 1). Tout ce qui exacerbe les différences entre les personnes, en provoquant souvent des discriminations, tout cela, devant Dieu, n’a plus de consistance, grâce  au salut réalisé dans le Christ. Ce qui compte est la foi qui opère selon le chemin de l’unité indiqué par l’Esprit Saint. Et notre responsabilité est de marcher de façon résolue sur ce chemin de l’égalité, mais l’égalité qui est soutenue, qui a été réalisée par la rédemption de Jésus.

Merci. Et n’oubliez pas, quand vous rentrerez chez vous: «Quand ai-je été baptisé? Quand ai-je été baptisée?». Demander, pour avoir toujours cette date à l’esprit. Et également la célébrer quand arrivera la date. Merci.


A l’issue de l’audience générale, le Pape a salué les fidèles francophones:

Je salue cordialement les pèlerins de langue française.

En ce jour où nous célébrons la Nativité de la Vierge Marie, demandons à notre Mère de nous aider à redécouvrir la beauté de notre condition d’enfants de Dieu, et, dépassant les différences et les conflits, de nous aider à vivre comme des frères.

Que Dieu vous bénisse.




Audience Générale du Mercredi 1er Septembre 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 1er Septembre 2021


Frère et sœurs, bonjour!

Nous poursuivrons l’explication de la Lettre de saint Paul aux Galates. Ce n’est pas une chose nouvelle, cette explication, quelque chose qui vient de moi: ce que nous étudions est ce que dit saint Paul, dans un conflit très sérieux, aux Galates. Et c’est également la Parole de Dieu, parce qu’elle est entrée dans la Bible. Ce ne sont pas des choses que quelqu’un invente, non. C’est quelque chose qui a eu lieu à cette époque et qui peut se répéter. Et, de fait, nous avons vu que dans l’histoire, cela s’est répété. Il s’agit simplement d’une catéchèse sur la Parole de Dieu exprimée dans la Lettre de Paul aux Galates: ce n’est pas autre chose. Il faut toujours garder cela à l’esprit. Dans les catéchèses précédents, nous avons vu que l’apôtre Paul montre aux premiers chrétiens de Galatie combien il est dangereux de quitter le chemin qu’ils ont commencé à parcourir en accueillant l’Evangile. Le risque, en effet, est de tomber dans le formalisme, qui est l’une des tentations qui nous conduit à l’hypocrisie, dont nous avons parlé l’autre fois. Tomber dans le formalisme et renier la nouvelle dignité qu’ils ont reçue: la dignité des rachetés par le Christ. Le passage que nous venons d’entendre introduit la deuxième partie de la Lettre. Jusque là, Paul a parlé de sa vie et de sa vocation : de la façon dont la grâce de Dieu a transformé son existence, la plaçant entièrement au service de l’évangélisation. A présent, il interpelle directement les Galates: il les place devant les choix qu’ils ont accomplis et devant leur condition actuelle, qui pourrait rendre vaine l’expérience de grâce vécue.

Et les termes par lesquels l’apôtre s’adresse aux Galates ne sont certainement pas de courtoisie: nous l’avons entendu. Dans les autres Lettres, il est facile de trouver l’expression «frères» ou encore «très chers», ici non. Parce qu’il est en colère. Il dit de façon générique «Galates» et, par deux fois au moins, il les appelle «sans intelligence», ce qui n’est pas un terme courtois. Sans intelligence, fous, et il peut dire beaucoup d’autres choses… Il le fait non pas parce qu’ils ne sont pas intelligents, mais parce que, presque sans s’en apercevoir, ils risquent de perdre la foi dans le Christ qu’ils avaient accueillie avec tant d’enthousiasme. Ils sont sans intelligence parce qu’ils ne se rendent pas compte que le danger est de perdre le trésor précieux, la beauté de la nouveauté du Christ. L’étonnement et la tristesse de l’apôtre sont évidents. Non sans amertume, il exhorte ces chrétiens à se rappeler de la première annonce qu’il a réalisée, à travers laquelle il leur a offert la possibilité d’acquérir une liberté jusqu’alors inespérée.    

L’apôtre adresse des questions aux Galates, dans l’intention de secouer leurs consciences: pour cela il est très fort. Il s’agit d’interrogations rhétoriques, parce que les Galates savent très bien que la naissance de leur foi dans le Christ est le fruit de la grâce reçue par la prédication de l’Evangile. Il les conduit au début de la vocation chrétienne. La parole qu’ils avaient écoutée de Paul se concentrait sur l’amour de Dieu, se manifestant pleinement dans la mort et la résurrection de Jésus. Paul ne  pouvait trouver d’expression plus convaincante que celle qu’il avait leur probablement répétée plusieurs fois lors de sa prédication: «Et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi» (Gal 2, 20). Paul, ne  voulait rien savoir d’autre que le Christ crucifié (cf. 1 Co 2, 2). Les Galates doivent regarder cet événement sans se laisser distraire par d’autres annonces. En somme, l’intention de Paul est de mettre au pied du mur les chrétiens, afin qu’ils se rendent compte de l’enjeu et qu’ils ne se laissent pas enchanter par la voix des sirènes qui veulent les conduire à une religiosité fondée uniquement sur l’observance scrupuleuse de préceptes. Parce qu’eux, ces prédicateurs nouveaux qui sont arrivés là en Galatie, les ont convaincus qu’ils devaient faire marche arrière et  adopter également les préceptes qu’ils observaient et qu’ils portaient à la perfection avant  la venue du Christ, qui est la gratuité du salut.

Les Galates, d’autre part, comprenaient très bien ce à quoi l’apôtre faisait référence. Ils avaient certainement fait l’expérience de l’action de l’Esprit Saint dans les communautés: comme dans les autres Eglises, ainsi parmi eux aussi, s’étaient manifestés la charité et divers autres charismes. Mis au pied du mur, ils sont obligés de répondre que ce qu’ils ont vécu était le fruit de la nouveauté de l’Esprit. A l’origine de la naissance de leur  foi, il y avait donc l’initiative de Dieu, pas des hommes. L’Esprit Saint avait été le protagoniste de leur expérience; le placer à présent au second plan pour donner la primauté à leurs propres œuvres — c’est-à-dire à l’accomplissement des préceptes  de la Loi — aurait été insensé. La sainteté vient de l’Esprit Saint et est la gratuité de la rédemption de Jésus: cela nous justifie.

De cette façon, saint Paul nous invite nous aussi à réfléchir: comment vivons-nous la foi? L’amour du Christ crucifié et ressuscité demeure-t-il au centre de notre vie quotidienne comme une source de salut, ou bien nous contentons-nous d’une formalité religieuse pour avoir la conscience tranquille? Comment vivons-nous la foi, nous? Sommes-nous attachés au trésor précieux, à la beauté de la nouveauté du Christ, ou bien lui préférons-nous quelque chose qui nous attire sur le moment, mais qui nous laisse ensuite un vide à l’intérieur? L’éphémère frappe souvent  la porte de nos journées, mais c’est une triste illusion, qui nous fait tomber dans la superficialité et empêche de discerner ce qui vaut véritablement la peine de vivre. Frères et sœurs, gardons  quoi qu’il en soit la ferme certitude que, même quand nous sommes tentés de nous éloigner, Dieu continue encore d’offrir ses dons. Dans l’histoire, même aujourd’hui, il arrive toujours des choses qui ressemblent à ce qui est arrivé aux Galates. Même aujourd’hui, certains viennent nous échauffer les oreilles en nous disant: «Non, la sainteté réside dans ces préceptes, dans ces choses, vous devez faire ceci et cela» et ils nous proposent une religiosité rigide, la rigidité qui nous ôte la liberté dans l’Esprit que nous donne la rédemption du Christ. Soyez attentifs face aux rigidités que l’on vous propose: soyez attentifs. Parce que derrière chaque rigidité, il y a quelque chose de mauvais,  il n’y a pas l’Esprit de Dieu. Et c’est pour cela que cette Lettre nous aidera à ne pas écouter ces propositions un peu fondamentalistes qui nous font reculer dans notre vie spirituelle, et elle nous aidera à aller de l’avant dans la vocation pascale de Jésus. C’est ce que répète l’apôtre aux Galates en rappelant que le Père «prodigue l’Esprit et opère parmi vous des miracles» (3, 5). Il parle au présent, il ne dit pas «le Père a prodigué l’Esprit», chapitre 3, verset 5, non: il dit «prodigue», il ne dit pas «a opéré», non, «opère». Parce que, malgré toutes les difficultés que nous pouvons créer à son action, et même malgré nos péchés, Dieu ne nous abandonne jamais mais demeure avec nous à travers son amour miséricordieux. Dieu est toujours proche de nous avec sa bonté. C’est comme ce père qui montait chaque jour sur la terrasse pour voir si son fils revenait: l’amour du Père ne se lasse pas de nous. Demandons la sagesse de nous apercevoir toujours de cette réalité et de renvoyer les fondamentalistes qui nous proposent une vie d’ascèse artificielle, loin de la résurrection du Christ.  L’ascèse est nécessaire, mais l’ascèse sage, pas artificielle.


Je suis heureux de saluer les pèlerins de langue française ! Le mois de septembre marque le début de l’année scolaire et académique de nombreux étudiant et enseignants, ainsi que la reprise de travail pour beaucoup après un temps de vacances. J’invoque sur chacun de vous l’Esprit de Sagesse afin qu’au milieu de vos efforts et de vos difficultés, l’amour miséricordieux de Dieu vous accompagne toujours.

A tous, ma bénédiction !




Audience Générale du Mercredi 25 Août 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 25 Août 2021


Frères et sœurs, bonjour!

La Lettre aux Galates rapporte un fait plutôt surprenant. Comme nous l’avons entendu, Paul dit qu’il a réprimandé Céphas, c’est-à-dire Pierre, devant la communauté d’Antioche, parce que son comportement n’était pas bon. Que s’était-il passé de si grave au point d’obliger Paul à s’adresser en termes durs même à Pierre? Peut-être Paul a-t-il exagéré, a-t-il trop laissé place à son caractère sans savoir se retenir? Nous verrons qu’il n’en est pas ainsi, mais qu’une fois encore la relation entre la Loi et la liberté est en jeu. Et nous devons revenir sur cela de nombreuses fois.

En écrivant aux Galates, Paul mentionne de manière voulue cet épisode qui s’était passé à Antioche des années auparavant. Il entend rappeler aux chrétiens de ces communautés qu’ils ne doivent absolument pas écouter ceux qui prêchent la nécessité de se faire circoncire et donc tomber « sous la Loi » avec toutes se prescriptions. Rappelons que ce sont ces prédicateurs fondamentalistes qui sont arrivés là-bas et qui ont créé de la confusion, et ils ont également ôté la paix à cette communauté.  L’objet de la critique à l’égard de Pierre était son comportement dans la participation à table. La Loi interdisait à un juif de prendre ses repas avec les non juifs. Mais Pierre lui-même, dans une autre circonstance, était allé à Césarée dans la maison du centurion Corneille, tout en sachant qu’il transgressait la Loi. Il affirma alors: «Mais Dieu vient de me montrer, à moi, qu’il ne faut appeler aucun homme souillé ou impur» (Ac 10, 28). Une fois rentré à Jérusalem, les chrétiens circoncis fidèles à la Loi mosaïque réprimandèrent Pierre pour son comportement, mais il se justifia en disant: «Je me suis alors rappelé cette parole du Seigneur: Jean, disait-il, a baptisé avec de l’eau mais vous, vous serez baptisés dans l’Esprit Saint.   Si donc Dieu leur a accordé le même don qu’à nous, pour avoir cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour faire obstacle à Dieu?» (Ac 11,16-17). Rappelons que l’Esprit Saint est venu  à ce moment-là dans la maison de Corneille quand Pierre est allé là-bas.

Un fait semblable était arrivé également à Antioche en présence de Paul. Auparavant, Pierre était à table sans aucune difficulté avec les chrétiens venus du paganisme; mais quand plusieurs chrétiens circoncis de Jérusalem – ceux qui venaient du judaïsme – arrivèrent en ville, alors il ne le fit plus, pour ne pas subir leurs critiques. Et c’est l’erreur: il faisait davantage attention aux critiques, à faire bonne figure. Et cela est grave aux yeux de Paul, également parce que Pierre était imité par d’autres disciples, le premier d’entre eux Barnabé, qui avec Paul avait précisément évangélisé les Galates (cf. Ga 2,13). Sans le vouloir, Pierre, avec cette façon de faire – un peu comme ci, un peu comme ça… sans clarté sans transparence – créait de fait une division injuste au sein de la communauté: «Je suis pur… je suis cette ligne, je dois faire ainsi, on ne peut pas faire cela…».

Paul, dans son reproche – et le cœur du problème est là –, utilise un terme qui permet d’entrer dans le vif de sa réaction: hypocrisie (cf. Ga 2,13). C’est un mot qui reviendra de nombreuses fois: hypocrisie. Je crois que nous comprenons tous ce que cela signifie. L’observation de la Loi de la part des chrétiens conduisait à ce comportement hypocrite, que l’apôtre entend combattre avec force et conviction. Paul était droit, il avait ses défauts – beaucoup, son caractère était terrible – , mais il était droit.   Qu’est-ce que l’hypocrisie? Quand nous disons : faites attention à celui-ci qui est un hypocrite : que voulons-nous dire ? Qu’est-ce que l’hypocrisie ? On peut dire que c’est la peur de la vérité. L’hypocrite a peur de la vérité. On préfère faire semblant plutôt qu’être soi-même. C’est comme maquiller son âme, comme maquiller ses attitudes, comme maquiller ses façons de faire: ce n’est pas la vérité: «J’ai peur d’aller de l’avant comme je suis et je me maquille avec ces attitudes».    Et la dissimulation empêche d’avoir le courage de dire ouvertement la vérité et on se soustrait ainsi facilement à l’obligation de la dire toujours, partout et malgré tout. Et la dissimulation te conduit à cela: aux demi-vérités. Et les demi-vérités sont une fiction : parce que la vérité est vérité ou n’est pas la vérité. Mais les demi-vérités sont cette manière d’agir qui n’est pas vraie. On préfère, comme je l’ai dit, feindre plutôt que d’être soi-même, et la dissimulation empêche ce courage de dire ouvertement la vérité. Et on se soustrait ainsi à l’obligation – et c’est un commandement – de dire toujours la vérité, de la dire partout et de la dire malgré tout.  Et dans un milieu où les relations interpersonnelles sont vécues à l’enseigne du formalisme, le virus de l’hypocrisie se diffuse facilement. Ce sourire qui ne vient pas du cœur, cette recherche pour être en bon termes avec tout le monde, mais avec personne…

Dans la Bible, on trouve divers exemples dans lesquels on combat l’hypocrisie. Un beau témoignage pour combattre l’hypocrisie est celui du vieil Eléazar, à qui l’on demandait de faire semblant de manger la chair sacrifiée aux divinités païennes pour pouvoir sauver sa vie : faire semblant de la manger, mais il ne la mangeait pas. Ou faire semblant de manger de la viande de porc, mais ses amis lui en avaient préparé une autre. Mais cet homme qui craint Dieu répondit: «A notre âge, ajouta-t-il, il ne convient pas de feindre, de peur que nombre de jeunes, persuadés qu’Eléazar aurait embrassé à 90 ans les mœurs des étrangers, ne s’égarent eux aussi, à cause de moi et de ma dissimulation, et cela pour un tout petit reste de vie. J’attirerais ainsi sur ma vieillesse souillure et déshonneur» (2 Mac 6, 24-25). Honnête : il n’emprunte pas la voie de l’hypocrise. Quelle belle page sur laquelle réfléchir pour s’éloigner de l’hypocrisie! Les Evangiles rapportent eux aussi diverses situations dans lesquelles Jésus réprimande fortement ceux qui apparaissent comme des justes de l’extérieur, mais qui sont pleins de fausseté et d’iniquité en eux (cf. Mt 23,13-29). Si vous avez un peu de temps aujourd’hui, prenez le chapitre 23 de l’Evangile de saint Matthieu et voyez combien de fois Jésus dit: «Hypocrites, hypocrites, hypocrites», et il révèle ce qu’est l’hypocrisie.

L’hypocrite est une personne qui fait semblant, qui flatte et qui trompe car elle vit avec un masque sur le visage, et elle n’a pas le courage de se confronter à la vérité. C’est pourquoi elle n’est pas capable d’aimer vraiment – un hypocrite ne sait pas aimer – elle se limite à vivre d’égoïsme et n’a pas la force de montrer son cœur en transparence. Il y a de nombreuses situations dans lesquelles l’hypocrisie peut avoir lieu. Elle se cache souvent dans les lieux de travail, où l’on cherche à paraître amis avec les collègues, alors que la compétition conduit à les frapper dans le dos. Dans la politique, il n’est pas inhabituel de trouver des hypocrites qui vivent un dédoublement entre leur vie publique et privée. L’hypocrisie dans l’Eglise est particulièrement détestable, et malheureusement l’hypocrisie existe dans l’Eglise, et il y a de nombreux  chrétiens et de nombreux ministres hypocrites. Nous ne devrions jamais oublier les paroles du Seigneur: «Que votre langage soit: “Oui? oui”, “Non? non”: ce qu’on dit de plus vient du Mauvais» (Mt 5, 37). Frères et sœurs, pensons aujourd’hui à ce que Paul condamne et que Jésus condamne: l’hypocrisie. Et n’ayons pas peur d’être véridiques, de dire la vérité, de sentir la vérité, de nous conformer à la vérité. Un hypocrite ne sait pas aimer.  Agir autrement que dans la vérité signifie mettre en danger l’unité au sein de l’Eglise, celle pour laquelle le Seigneur lui-même a prié.

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Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les Servants d’Autel des diocèses de Tulle, Limoges et Angoulême, ainsi que les Servants d’Autel de la Paroisse de Meyzieu.

En ce temps de vacance et de rencontres, ne nous laissons pas conditionner par la peur des préjugés qui affaiblit l’amour du Seigneur en nous et nous pousse à exclure et à marginaliser le prochain. Apprenons plutôt à cultiver entre nous des relations vraies et sincères, capables de redonner vie et espérance à ceux qui nous entourent.

Sur chacune de vos personnes, j’invoque la Bénédiction de Dieu.




Audience Générale du Mercredi 18 Août 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 18 Août 2021


Catéchèse sur la Lettre aux Galates – 5. La valeur propédeutique de la Loi

Frères et sœurs, bonjour!

Saint Paul, qui aimait Jésus Christ et qui avait bien compris ce qu’était le salut, nous a enseigné que les «enfants de la promesse» (Ga 4, 28) – c’est-à-dire nous tous, justifiés par Jésus Christ – ne sont pas sous le joug de la Loi, mais sont appelés à un style de vie exigeant dans la liberté de l’Evangile. Cependant, la Loi existe. Mais elle existe d’une autre manière: la même Loi, les dix commandements, mais d’une autre manière, parce qu’elle ne peut pas justifier par elle-même une fois que le Seigneur Jésus est venu. C’est pourquoi, dans la catéchèse d’aujourd’hui, je voudrais expliquer cela. Et nous nous demandons: quel est, selon la lettre aux Galates, le rôle de la Loi? Dans le passage que nous avons écouté, Paul soutient que la Loi a été comme un pédagogue. C’est une belle image que celle du pédagogue dont nous avons parlé au cours de la dernière audience, une image qui mérite d’être comprise dans sa juste signification.

L’apôtre semble suggérer aux chrétiens de diviser l’histoire du salut en deux, et également son histoire personnelle. Il y a deux moments: avant d’être devenus chrétiens en Jésus Christ et après avoir reçu la foi. Au centre se place l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus, que Paul a prêché pour susciter la foi dans le Fils de Dieu, source de salut, et en Jésus Christ nous sommes justifiés. Nous sommes justifiés par la gratuité de la foi en Jésus Christ. A partir de la foi dans le Christ, il y a donc un «avant» et un «après» à l’égard de la Loi elle-même, car la Loi existe, les commandements existent, mais il y a une attitude avant la venue de Jésus et ensuite une autre après. L’histoire précédente est déterminée par le fait d’être «sous la Loi». Et celui qui allait sur le chemin de la Loi se sauvait, était justifié; celle qui suit – après la venue de Jésus – doit être vécue en suivant l’Esprit Saint (cf. Ga 5, 25). C’est la première fois que Paul utilise cette expression: être «sous la Loi». La signification sous-entendue comporte l’idée d’un asservissement négatif, typique des esclaves: «être sous». L’apôtre l’explicite en disant que lorsqu’on est “sous la Loi ” on est comme des “surveillés” et des “enfermés”, une sorte de détention préventive. Ce temps, dit saint Paul, a duré longtemps – de Moïse à la venue de Jésus –, et il se perpétue tant qu’on vit dans le péché.

La relation entre la Loi et le péché sera exposée de manière plus systématique par l’apôtre dans sa lettre aux Romains, écrites quelques années seulement après celle aux Galates. En synthèse, la Loi conduit à définir la transgression et à rendre les personnes conscientes de leur propre péché: «Tu as fait cela, donc la Loi – les dix commandements – dit cela: tu es dans le péché». D’ailleurs, comme l’enseigne l’expérience commune, le précepte finit par stimuler la transgression. Il écrit ce qui suit dans la lettre aux Romains: «De fait, quand nous étions dans la chair, les passions pécheresses qui se servent de la Loi opéraient en nos membres afin que nous fructifiions pour la mort. Mais à présent nous avons été dégagés de la Loi, étant morts à ce qui nous tenait prisonniers» (7, 5-6). Pourquoi? Parce que la justification de Jésus Christ est venue. Paul fixe sa vision de la Loi: «L’aiguillon de la mort, c’est le péché, et la force du péché, c’est la Loi» (1 Co 15, 56). Un dialogue: tu es sous la Loi, et tu es là avec la porte ouverte au péché.

Dans ce contexte, la référence au rôle pédagogique exercé par la Loi acquiert pleinement son sens. Mais la Loi est le pédagogue, qui te conduit où? A Jésus. Dans le système scolaire de l’antiquité le pédagogue n’avait pas la fonction que nous lui attribuons aujourd’hui, c’est-à-dire celle de soutenir l’éducation d’un jeune garçon ou d’une jeune fille. A l’époque, il s’agissait en revanche d’un esclave qui avait la fonction d’accompagner le fils de son patron auprès du maître et de le reconduire ensuite à la maison. Il devait ainsi le protéger des dangers, le surveiller pour qu’il n’ait pas des comportements incorrects. Sa fonction était plutôt disciplinaire. Quand l’enfant devenait adulte, le pédagogue cessait ses fonctions. Le pédagogue auquel se réfère Paul n’était pas l’enseignant, mais c’était celui qui accompagnait à l’école, qui surveillait l’enfant et le conduisait à la maison.

Se référer à la Loi dans ces termes permet à saint Paul d’éclaircir la fonction que celle-ci a exercée dans l’histoire d’Israël. La Torah, c’est-à-dire la Loi, a été un acte de magnanimité de la part de Dieu à l’égard de son peuple. Après l’élection d’Abraham, l’autre grand acte a été la Loi: tracer la route pour aller de l’avant. Elle avait certainement eu des fonctions restrictives, mais dans le même temps elle avait protégé le peuple, elle l’avait éduqué, discipliné et soutenu dans sa faiblesse, en particulier en exerçant une protection face au paganisme; il y avait tant d’attitudes païennes à cette époque. La Torah dit: «Il y a un unique Dieu et il nous a mis en chemin». Un acte de bonté du Seigneur. Et assurément, comme je l’ai dit, elle a eu des fonctions restrictives, mais dans le même temps elle avait protégé le peuple, elle l’avait éduqué, elle l’avait discipliné, elle l’avait soutenu dans sa faiblesse. C’est pourquoi l’apôtre s’arrête ensuite sur la description de la phase de l’âge mineur. Et il dit ce qui suit: «Aussi longtemps qu’il est un enfant, l’héritier, quoique propriétaire de tous les biens, ne diffère en rien d’un esclave. Il est sous le régime des tuteurs et des intendants jusqu’à la date fixée par son père. Nous aussi, durant notre enfance, nous étions asservis aux éléments du monde» (Ga 4,1-3). En somme, la conviction de l’apôtre est que la Loi possède certainement une fonction positive – et donc comme le pédagogue, pour faire avancer –, mais c’est une fonction limitée dans le temps. On ne peut pas étendre sa durée outre mesure, car elle est liée à la maturation des personnes et à leur choix de liberté. Une fois que l’on arrive à la foi, la Loi arrive à la fin de sa valeur propédeutique et doit céder la place à une autre autorité. Qu’est-ce que cela veut dire? Qu’une foi la Loi finie nous pouvons dire: «Nous croyons en Jésus Christ et nous faisons ce que nous voulons? «Non! Les commandements sont présents, mais ils ne nous justifient pas. Celui qui nous justifie est Jésus Christ. On doit observer les commandements, mais ils ne nous donnent pas la justice; il y a la gratuité de Jésus Christ, la rencontre avec Jésus Christ qui nous justifie gratuitement. Le mérite de la foi est de recevoir Jésus. L’unique mérite: ouvrir son cœur. Et que devons-nous faire avec les commandements? Nous devons les observer, mais comme une aide pour aller à la rencontre de Jésus Christ.

Cet enseignement sur la valeur de la Loi est très important et mérite d’être considéré avec attention pour ne pas tomber dans des équivoques et accomplir de faux pas. Cela nous fera du bien de nous demander si nous vivons encore dans la période où nous avons besoin de la Loi, ou si en revanche nous sommes bien conscients d’avoir reçu la grâce d’être devenus des enfants de Dieu pour vivre dans l’amour. Comment est-ce que je vis? Dans la peur que, si je ne fais pas cela, j’irai en enfer? Ou est-ce que je vis avec cette espérance, avec cette joie de la gratuité du salut en Jésus Christ? C’est une belle question. Et la deuxième également: est-ce que je méprise les commandements? Non. Je les observe, mais pas comme absolus, car je sais que ce qui me justifie est Jésus Christ.

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Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes de la paroisse de Bondy. Je forme le vœu que ce temps d’été, soit pour chacun l’occasion de prendre le temps de nourrir ses relations familiales et amicales, et de se ressourcer dans sa vie spirituelle avec le Seigneur.

Que Dieu vous bénisse.




Audience Générale du Mercredi 23 Juin 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 23 Juin 2021


Catéchèses sur la Lettres aux Galates 

1. Introduction à la Lettre aux Galates

Chers frères et sœurs, bonjour !

Après le long itinéraire consacré à la prière, nous commençons aujourd’hui un nouveau cycle de catéchèses. J’espère qu’avec cet itinéraire de la prière nous avons réussi à prier un peu mieux, à prier un peu plus. Aujourd’hui, je désire réfléchir sur certains thèmes que l’apôtre Paul propose dans sa Lettre aux Galates. C’est une lettre très importante, je dirais même décisive, non seulement pour mieux connaître l’apôtre, mais surtout pour considérer certains arguments qu’il affronte en profondeur, en montrant la beauté de l’Evangile. Dans cette lettre, Paul rapporte de nombreuses informations biographiques, qui nous permettent de connaître sa conversion et la décision de mettre sa vie au service de Jésus Christ. En outre, il affronte plusieurs thématiques très importantes pour la foi, comme celles de la liberté, de la grâce et de la manière de vivre chrétienne, qui sont extrêmement actuelles parce qu’elles touchent de nombreux aspects de la vie de l’Eglise de nos jours. Il s’agit d’une lettre très actuelle. Elle semble écrite pour notre époque.

La première caractéristique qui ressort de cette Lettre est la grande œuvre d’évangélisation mise en œuvre par l’apôtre, qui au moins à deux reprises avait visité les communautés de la Galatie au cours de ses voyages missionnaires. Paul s’adresse aux chrétiens de ce territoire. Nous ne savons pas précisément à quelle zone géographique il se réfère, et nous ne pouvons pas non plus affirmer avec certitude la date à laquelle il écrivit cette lettre. Nous savons que les Galates étaient une antique population celte qui, à travers de nombreuses péripéties, s’était établie dans cette région étendue de l’Anatolie, dont le chef-lieu était la ville d’Ancyra, aujourd’hui Ankara, la capitale de la Turquie. Paul rapporte seulement que, à cause d’une maladie, il fut obligé de s’arrêter dans cette région (cf. Ga 4,13). Saint Luc, dans les Actes des apôtres, trouve en revanche une motivation plus spirituelle. Il dit qu’ils «parcoururent la Phrygie et le territoire galate, le Saint-Esprit les ayant empêchés d’annoncer la parole en Asie» (16, 6). Les deux faits ne sont pas en contradiction: ils indiquent plutôt que la voie de l’évangélisation ne dépend pas toujours de notre volonté et de nos projets, mais demande la disponibilité à se laisser façonner et à suivre d’autres parcours  qui n’étaient pas prévus. Parmi vous, il y a une famille qui m’a salué: ils disent qu’ils doivent apprendre le letton, et je ne sais plus quelle autre langue, parce qu’ils doivent partir comme missionnaires dans ces terres. L’Esprit Saint apporte aujourd’hui aussi de nombreux missionnaires qui quittent leur patrie et s’en vont dans une autre terre en mission.  Mais ce que nous constatons est que dans son œuvre évangélisatrice inlassable, l’apôtre avait réussi à fonder diverses petites communautés, éparses dans la région de la Galatie. Paul, quand il arrivait dans une ville, dans une région, ne construisait pas immédiatement une grande cathédrale, non. Il créait de petites communautés qui sont le levain de notre culture chrétienne d’aujourd’hui. Il commençait en créant de petites communautés. Et ces petites communautés grandissaient et allaient de l’avant. Aujourd’hui aussi, on utilise cette méthode pastorale dans chaque région de mission. J’ai reçu une lettre, la semaine dernière, d’un missionnaire de Papouasie – Nouvelle-Guinée; il me dit qu’il prêche l’Evangile dans la jungle, à des personnes qui ne savent même pas qui était Jésus Christ. C’est beau! On commence à créer de petites communautés. Aujourd’hui aussi, cette méthode est la méthode évangélisatrice de la première évangélisation.

Ce que nous tenons à noter est la préoccupation pastorale de Paul qui est plein d’ardeur. Après avoir fondé ces Eglises, il s’aperçoit d’un grand danger – le pasteur est comme un père ou une mère qui s’aperçoit immédiatement des dangers pour leurs enfants – qu’elles courent pour leur croissance dans la foi. Elles grandissent et les dangers arrivent. Comme disait quelqu’un: «Les vautours viennent faire un massacre dans la communauté».  Certains chrétiens venus du judaïsme s’étaient en effet infiltrés, commençant avec astuce à semer des théories contraires à l’enseignement de l’apôtre, arrivant même à dénigrer sa personne. Ils commencent par la doctrine: «Cela non, cela oui», et ensuite ils dénigrent l’apôtre. C’est la voie de toujours: ôter l’autorité à l’apôtre. Comme on le voit, c’est une pratique antique que de se présenter dans certaines occasions comme les uniques détenteurs de la vérité – les purs – et de chercher à déprécier, également par la calomnie, le travail accompli par les autres. Ces adversaires de Paul soutenaient que les païens devaient eux aussi être soumis à la circoncision et vivre selon les règles de la loi mosaïque. Ils reviennent en arrière, aux prescriptions d’avant, les choses qui ont été dépassées par l’Evangile.  Les Galates auraient donc dû renoncer à leur identité culturelle pour s’assujettir à des normes, à des prescriptions et des usages propres aux juifs. Pas seulement. Ces adversaires soutenaient que Paul n’était pas un vrai apôtre et n’avait donc aucune autorité pour prêcher l’Evangile. Et très souvent nous voyons cela. Pensons à certaines communautés chrétiennes ou à certains diocèses: on commence avec des histoires et ensuite on finit par discréditer le curé, l’évêque. Telle est précisément la voie du malin, de ces gens qui divisent, qui ne savent pas construire. Et dans cette Lettre aux Galates, nous voyons cette manière de faire.

Les Galates se trouvaient dans une situation de crise. Que devaient-ils faire? Ecouter et suivre ce que Paul leur avait prêché, ou bien écouter les nouveaux prédicateurs qui l’accusaient? Il est facile d’imaginer l’état d’incertitude qui animait leur cœur. Pour eux, avoir connu Jésus et cru à l’œuvre de salut réalisée avec sa mort et sa résurrection, était vraiment le début d’une vie nouvelle, d’une vie de liberté. Ils avaient entrepris un parcours qui leur permettait d’être finalement libres, alors que leur histoire était tissée de nombreuses formes d’esclavage violent, notamment celui qui les soumettait à l’empereur de Rome. C’est pourquoi, devant les critiques des nouveaux prédicateurs, ils se sentaient perdus et ils se sentaient incertains sur la manière de se comporter: «Mais qui a raison ? Ce Paul ou ces gens qui viennent maintenant en enseignant d’autres choses? Qui dois-je écouter? En somme, l’enjeu était vraiment important !

 

Cette condition n’est pas loin de l’expérience que divers chrétiens vivent à notre époque. En effet, aujourd’hui aussi ne manquent pas des prédicateurs qui, en particulier à travers les nouveaux moyens de communication, peuvent troubler les communautés. Ils ne se présentent pas tout d’abord pour annoncer l’Evangile de Dieu qui aime l’homme dans Jésus crucifié et ressuscité, mais pour affirmer avec insistance, en vrais “gardiens de la vérité ” – c’est ainsi qu’ils s’appellent –, quelle est la meilleure façon d’être chrétiens. Et ils affirment avec force que le vrai christianisme est celui auquel ils sont attachés, souvent identifié avec certaines formes du passé, et que la solution aux crises actuelles est de revenir en arrière pour ne pas perdre l’authenticité de la foi. Aujourd’hui aussi, comme alors, il existe donc la tentation de se refermer sur certaines certitudes acquises dans des traditions passées. Mais comment pouvons-nous reconnaître ces personnes? Par exemple, l’une des caractéristiques de leur manière de procéder est la rigidité. Devant la prédication de l’Evangile qui nous rend libres, qui nous rend joyeux, ils sont rigides. Toujours la rigidité: on doit faire cela, on doit faire ceci… La rigidité est propre à ces personnes.  Suivre l’enseignement de saint Paul dans la Lettre aux Galates nous fera du bien pour comprendre quelle route suivre. Celle indiquée par l’apôtre est la voie libératrice et toujours nouvelle de Jésus Crucifié et Ressuscité; c’est la voie de l’annonce, qui se réalise à travers l’humilité et la fraternité, les nouveaux prédicateurs ne savent pas ce qu’est l’humilité, ce qu’est la fraternité; c’est la voie de la confiance douce et obéissante, les nouveaux prédicateurs ne connaissent pas la douceur ni l’obéissance. Et cette voie douce et obéissante va de l’avant dans la certitude que l’Esprit Saint œuvre à chaque époque de l’Eglise. En dernière instance, la foi dans l’Esprit Saint présent dans l’Eglise, nous fait aller de l’avant et nous sauvera.


Je salue cordialement les personnes de langue française. La voie de la liberté que nous indique saint Paul est celle, toujours nouvelle, de Jésus mort et ressuscité, la voie de la confiance, paisible et obéissante, en la certitude que l’Esprit Saint agit à toutes les époques dans son Eglise.

Que Dieu vous bénisse !




Audience Générale du Mercredi 17 Juin 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 17 Juin 2021


Catéchèse – 38.  La prière sacerdotale de Jésus

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous avons plusieurs fois rappelé dans cette série de catéchèses que la prière est l’une des caractéristiques les plus évidentes de la vie de Jésus: Jésus priait, et il priait beaucoup. Au cours de sa mission, Jésus se plonge dans celle-ci, car le dialogue avec le Père est le noyau incandescent de toute son existence.

 

Les Evangiles témoignent que la prière de Jésus est devenue encore plus intense et dense à l’heure de sa passion et de sa mort. Ces événements culminants de sa vie constituent le noyau central de la prédication chrétienne: ces dernières heures vécues par Jésus à Jérusalem sont le cœur de l’Evangile non seulement parce que les évangélistes réservent à cette narration, en proportion, une plus grande place, mais également parce que l’événement de la mort et de la résurrection – tel un éclair – jette de la lumière sur tout le reste de l’histoire de Jésus. Il n’a pas été un philanthrope qui a pris soin des souffrances et des maladies humaines: il a été et il est beaucoup plus. En Lui il n’y a pas seulement la bonté: il y a quelque chose de plus, il y a le salut, et pas un salut épisodique  – celui qui me sauve de la maladie ou d’un moment de découragement  – mais  le salut total, celui messianique, celui qui fait espérer dans la victoire définitive de la vie sur la mort.

Pendant les jours de sa dernière Pâque, nous trouvons donc Jésus pleinement plongé dans la prière.

Il prie de manière dramatique dans le jardin de Gethsémani – nous l’avons entendu – , assailli par une angoisse mortelle. Pourtant Jésus, précisément à ce moment-là, s’adresse à Dieu en l’appelant “Abbà”, Père (cf. Mc 14,36). Ce mot araméen – qui était la langue de Jésus – exprime l’intimité, exprime la confiance. Précisément alors qu’il sent les ténèbres s’intensifier autour de lui, Jésus les traverse avec ce petit mot: Abbà, Père.

Jésus prie également sur la croix, obscurément enveloppé par le silence de Dieu. Pourtant sur ses lèvres affleure encore une fois le mot “Père”. C’est la prière la plus hardie, car sur la croix Jésus est l’intercesseur absolu: il prie pour les autres, il prie pour tous, également pour ceux qui le condamnent, sans que personne, en dehors d’un pauvre malfaiteur, ne prenne son parti. Tous étaient contre Lui ou indifférents, seul ce malfaiteur reconnaît son pouvoir. «Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font» (Lc 23,34). En plein drame, dans la douleur atroce de l’âme et du corps, Jésus prie avec les paroles des psaumes; avec les pauvres du monde, en particulier ceux qui sont oubliés de tous, il prononce les paroles tragiques du psaume 22: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (v. 2). Il sentait l’abandon et il priait. Sur la croix s’accomplit le don du Père, qui offre l’amour, c’est-à-dire que s’accomplit notre salut. Et une fois encore, il l’appelle «Mon Dieu», «Père, entre tes mains je remets mon esprit»: c’est-à-dire que tout, tout est prière pendant les trois heures de la Croix.

Jésus prie donc pendant les heures décisives de la passion et de la mort. Et avec la résurrection, le Père exaucera la prière. La prière de Jésus est intense, la prière de Jésus est unique et devient également le modèle de notre prière. Jésus a prié pour tous, il a prié également pour moi, pour chacun de vous. Chacun de nous peut dire: «Jésus, sur la croix, a prié pour moi». Il a prié. Jésus peu dire à chacun de nous: “J’ai prié pour toi, pendant la Dernière Cène et sur le bois de la Croix”. Même dans la plus douloureuse de nos souffrances, nous ne sommes jamais seuls. La prière de Jésus est avec nous. «Et maintenant, Père, ici, alors que nous écoutons cela, Jésus prie pour nous?». Oui, il continue à prier pour que sa parole nous aide à aller de l’avant. Mais il faut prier et se rappeler qu’Il prie pour nous.

Et cela me semble la plus belle chose à rappeler. Il s’agit de la dernière catéchèse de ce cycle sur la prière: rappeler  la grâce que non seulement nous prions, mais que, pour ainsi dire, nous avons été «priés», nous sommes déjà accueillis dans le dialogue de Jésus avec le Père, dans la communion de l’Esprit Saint. Jésus prie pour moi: chacun de nous peut mettre cela dans son cœur: il ne faut pas l’oublier. Même dans les moments les plus difficiles. Nous sommes déjà accueillis dans le dialogue de Jésus avec le Père, dans la communion de l’Esprit Saint. Nous avons été voulus dans le Christ Jésus, et également à l’heure de la passion, de la mort et de la résurrection tout a été offert pour nous. Et alors, avec la prière et avec la vie, il ne nous reste plus qu’à avoir du courage, de l’espérance et, avec ce courage et cette espérance, entendre fort la prière de Jésus et aller de l’avant: que notre vie soit rendre gloire à Dieu dans la conscience qu’Il prie pour moi le Père, que Jésus prie pour moi.


Je suis heureux de saluer les personnes de langue française, en particulier les pèlerins venus de l’Ile de la Réunion ! Dans une prière audacieuse et fervente, puissions-nous redécouvrir la beauté et la joie d’être aimés de Dieu le Père, sauvés par Jésus sur la croix et devenir des intercesseurs fervents pour les personnes qui vivent dans la précarité, la solitude et la maladie.

A tous, ma bénédiction !




Audience Générale du Mercredi 9 Juin 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 9 Juin 2021


Catéchèse – 37. Persévérer dans l’amour

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dans cette avant-dernière catéchèse sur la prière, nous parlons de la persévérance dans la prière. C’est une invitation, et même un commandement, qui nous vient de l’Ecriture Sainte. L’itinéraire spirituel du Pèlerin russe commence lorsqu’il tombe sur une phrase de saint Paul dans la première Lettre aux Thessaloniciens: «Priez sans cesse. En toute condition soyez dans l’action de grâces» (5, 17-18). La parole de l’apôtre frappe cet homme et il se demande comment il est possible de prier sans interruption, étant donné que notre vie est fragmentée en de nombreux moments différents, qui ne rendent pas toujours la concentration possible. C’est de cette interrogation que commence sa recherche, qui le conduira à découvrir celle que l’on appelle la prière du cœur. Celle-ci consiste à répéter avec foi: “Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur!”. Une simple prière, mais très belle. Une prière qui, peu à peu, s’adapte au rythme de la respiration et qui s’étend à toute la journée. En effet, la respiration ne s’arrête jamais, pas même quand nous dormons; et la prière est le souffle de la vie.

Comment est-il donc possible de toujours rester dans un état de prière? Le Catéchisme nous offre de très belles citations, tirées de l’histoire de la spiritualité, qui insistent sur la nécessité d’une prière continue, qui soit le noyau de l’existence chrétienne. J’en reprends certaines.

Le moine Evagre le Pontique affirme: «Il ne nous a pas été prescrit de travailler, de veiller et de jeûner constamment – non, cela n’a pas été demandé – , tandis que c’est pour nous une loi de prier sans cesse» (n. 2742). Le cœur en prière. Il y a donc une ardeur dans la vie chrétienne qui ne doit jamais venir à manquer. C’est un peu comme ce feu sacré que l’on conservait dans les temples antiques, qui brûlait sans interruption et que les prêtres avaient pour tâche de continuer à alimenter. Voilà: il doit y avoir un feu sacré également en nous, qui brûle sans cesse et que rien ne peut éteindre. Et ce n’est pas facile, mais ce doit être ainsi.

Saint Jean Chrysostome, un autre pasteur attentif à la vie concrète, prêchait ainsi: «Il est possible, même au marché ou dans une promenade solitaire, de faire une fréquente et fervente prière. Assis dans votre boutique, soit en train d’acheter ou de vendre, ou même de faire la cuisine» (n. 2743). Des petites prières: «Seigneur, aie pitié de nous», «Seigneur, aide-moi».  La prière est donc une sorte de portée musicale, où nous inscrivons la mélodie de notre vie. Elle n’est pas en opposition avec les activités quotidiennes, elle n’entre pas en contradiction avec les nombreuses petites obligations et rendez-vous, mais elle est plutôt le lieu où chaque action retrouve son sens, sa raison, sa paix.

Assurément, mettre ces principes en pratique n’est pas facile. Un père et une mère pris par mille occupations, peuvent ressentir la nostalgie d’une période de leur vie où il était facile de trouver des temps rythmés et des espaces de prière. Ensuite, les enfants, le travail, les tâches de la vie familiale, les parents qui vieillissent… On a l’impression de ne jamais réussir à arriver à tout faire. Cela fait alors du bien de penser que Dieu, notre Père, qui doit s’occuper de tout l’univers, se rappelle toujours de chacun de nous. Nous devons donc nous aussi toujours nous rappeler de Lui!

Nous pouvons ensuite rappeler que dans le monachisme chrétien, le travail a toujours été tenu en grand honneur, pas seulement en raison du devoir moral de pourvoir à soi-même et aux autres, mais également à cause d’une sorte d’équilibre, un équilibre intérieur: il est risqué pour l’homme de cultiver un intérêt tellement abstrait qu’il lui fait perdre le contact avec la réalité. Le travail nous aide à rester en contact avec la réalité. Les mains jointes du moine portent les callosités de celui qui empoigne la pelle et la bêche. Quand, dans l’Evangile de Luc (cf. 10, 38-42), Jésus dit à sainte Marthe que la seule chose vraiment nécessaire est d’écouter Dieu, il ne veut pas du tout mépriser les nombreux services que celle-ci accomplissait avec tant d’application.

Dans l’être humain tout est “binaire”: notre corps est symétrique, nous avons deux bras, deux yeux, deux mains… De même, le travail et la prière sont également complémentaires. La prière – qui est le “souffle” de tout – demeure comme l’arrière-plan vital du travail, même dans les moments où elle n’est pas explicitée. Il est inhumain d’être absorbés par le travail au point de ne plus trouver de temps pour la prière.

Dans le même temps, une prière étrangère à la vie n’est pas saine. Une prière qui nous rend étrangers au caractère concret de la vie devient spiritualisme, ou bien, pire, ritualisme. Rappelons-nous que Jésus, après avoir montré sa gloire aux disciples sur le mont Tabor, ne voulut pas prolonger ce moment d’extase, mais il descendit de la montagne avec eux et reprit le chemin quotidien. Parce que cette expérience devait rester dans leurs cœurs comme lumière et force de leur foi; également une lumière et une force pour les jours qui devaient bientôt venir: ceux de la Passion. Ainsi, les temps consacrés à être avec Dieu ravivent la foi, qui nous aide dans l’aspect concret de la vie, et la foi, à son tour, alimente la prière, sans interruption. Dans cette circularité entre foi, vie et prière, ce feu de l’amour chrétien que Dieu attend de nous reste allumé.

Et répétons la prière simple qu’il est si beau de répéter pendant la journée, tous ensemble: «Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur».


Je salue cordialement les personnes de langue française. Frères et sœurs, La prière est une nécessité vitale pour une vie chrétienne saine et fructueuse. Sachons trouver au cœur de nos activités quotidiennes des moments de recueillement et de méditation pour offrir au Seigneur, nos soucis, nos émotions, nos espoirs, ainsi que la vie du monde. Nous serons alors des disciples selon le cœur du Christ. Sur chacune de vos personnes, j’invoque la Paix et la Bénédiction de Dieu




Audience Générale du Mercredi 2 Juin 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 2 Juin 2021


Catéchèse – 36. Jésus modèle et âme de chaque prière

Chers frères et sœurs, bonjour!

Les Evangiles nous montrent combien la prière a été fondamentale dans la relation de Jésus avec ses disciples. Cela apparaît déjà dans le choix de ceux qui deviendront ensuite les apôtres. Luc inscrit leur élection dans un contexte précis de prière et il dit cela: «Or il advint, en ces jours-là, qu’il s’en alla dans la montagne pour prier, et il passait toute la nuit à prier Dieu. Lorsqu’il fit jour, il appela ses disciples et il en choisit douze, qu’il nomma apôtres» (6,12-13). Jésus les choisit après une nuit de prière. Il semble qu’il n’y ait pas d’autre critère dans ce choix que la prière, le dialogue de Jésus avec le Père. Si l’on juge la manière dont se comporteront ensuite ces hommes, il semble que le choix n’ait pas été des meilleurs car ils ont tous fui, ils l’ont laissé seul avant la Passion; mais c’est précisément cela, en particulier la présence de Judas, le futur traître,  qui démontre que ces noms étaient inscrits dans le dessein de Dieu.

La prière en faveur de ses amis réapparaît constamment dans la vie de Jésus. Les apôtres deviennent quelquefois un motif de préoccupation pour lui, mais Jésus, de même qu’il les a reçus du Père, après la prière, les porte de la même façon dans son cœur, également dans leurs erreurs, également dans leurs chutes. Dans tout cela, nous découvrons que Jésus a été un maître et un ami, toujours disponible à attendre avec patience la conversion du disciple. Le sommet le plus élevé de cette attente patiente est la “toile” d’amour que Jésus tisse autour de Pierre. Lors de la Dernière Cène, il lui dit: «Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment;  mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères» (Lc 22, 31-32). Il est impressionnant de savoir qu’au moment de la faiblesse, à ce moment-là, l’amour de Jésus ne cesse pas – «Mais père, si je suis dans un état de péché mortel, l’amour de Jésus est-il là?» – Oui –  Et Jésus continue-t-il à prier pour moi ? – Oui – Mais si j’ai fait des choses très laides et commis de nombreux péchés, Jésus continue-t-il à m’aimer ? – Oui». L’amour et la prière de Jésus pour chacun de nous ne cessent pas, ils deviennent même plus intenses et nous sommes au centre de sa prière! Nous devons toujours nous souvenir de cela: Jésus prie pour moi, il prie maintenant devant le Père et il lui fait voir les plaies qu’il a apportées avec lui, pour faire voir au Père le prix de notre salut, c’est l’amour qu’il nourrit pour nous. Mais en ce moment, chacun de nous pense: en ce moment Jésus est-il en train de prier pour moi ? Oui. C’est une grande certitude que nous devons avoir.

La prière de Jésus revient ponctuellement à un moment crucial de son chemin, celui de la vérification de la foi des disciples. Ecoutons encore l’évangéliste Luc: «Et il advint, comme il était à prier, seul, n’ayant avec lui que les disciples, qu’il les interrogea en disant: “Qui suis-je, au dire des foules?” Ils répondirent: “Jean le Baptiste; pour d’autres, Elie; pour d’autres, un des anciens prophètes est ressuscité”. “Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je?”. Pierre répondit au nom de tous: ” Le Christ de Dieu”. Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne» (9,18-21). Les grandes étapes de la mission de Jésus sont toujours précédées par une prière, non pas en passant, mais par une prière intense, prolongée. Dans ces moments-là, il y a toujours la prière. Cette vérification de la foi semble une ligne d’arrivée et, en revanche, elle est un point de départ renouvelé pour les disciples, car dorénavant c’est comme si Jésus franchissait un cap dans sa mission, en leur parlant ouvertement de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.

Dans cette perspective, qui suscite instinctivement la répulsion, aussi bien chez les disciples qu’en nous qui lisons l’Evangile, la prière est la seule source de lumière et de force. Il faut prier plus intensément chaque fois que la route commence à monter.

Et en effet, après avoir annoncé à ses disciples ce qui l’attend à Jérusalem, a lieu l’épisode de la Transfiguration. «Prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante. Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui: c’étaient Moïse et Elie qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem» (Lc 9, 28-31), c’est-à-dire la passion. Cette manifestation anticipée de la gloire de Jésus a donc eu lieu dans la prière, alors que le Fils de Dieu était plongé dans la communion avec le Père et consentait pleinement à sa volonté d’amour, à son dessein de salut. Et de cette prière émerge une parole claire pour les trois disciples concernés: «Celui-ci est mon Fils, l’Elu, écoutez-le» (Lc 9, 35). C’est de la prière que vient l’invitation à écouter Jésus, toujours de la prière.

De ce parcours rapide à travers l’Evangile, il ressort que Jésus veut non seulement que nous priions comme Il prie, mais qu’il nous assure que, même si nos tentatives de prière étaient complètement vaines et inefficaces, nous pouvons toujours compter sur sa prière. Nous devons être conscients: Jésus prie pour moi. Une fois, un brave évêque me raconta qu’à un moment très difficile de sa vie et d’une grande épreuve, un moment d’obscurité, il regarda vers le haut dans la basilique et il vit cette phrase écrite: «Moi, Pierre, je prierai pour toi». Et cela lui a donné force et réconfort. Et cela arrive à chaque fois que l’un de nous sait que Jésus prie pour lui. Jésus prie pour nous. En ce moment, en ce moment. Faites l’exercice de mémoire de répéter cela. Quand il y a une difficulté, quand vous êtes pris par les distractions: Jésus est en train de prier pour vous. Mais père, est-ce que c’est vrai? C’est vrai, il l’a dit lui-même. N’oublions pas que ce qui soutient chacun de nous dans la vie est la prière de Jésus pour chacun de nous, avec son prénom, son nom, devant le Père, en lui faisant voir les plaies qui sont le prix de notre salut.

Même si nos prières n’étaient que des balbutiements, si elles étaient compromises pas une foi vacillante, nous ne devons jamais cesser d’avoir confiance en Lui; je ne sais pas prier, mais Lui prie pour moi. Soutenues par la prière de Jésus, nos prières timides s’appuient sur des ailes d’aigles et s’élèvent jusqu’au Ciel. N’oubliez pas: Jésus est en train de prier pour moi – Maintenant? – Maintenant. Au moment de l’épreuve, au moment du péché, également à ce moment-là, Jésus est en train de prier pour moi, avec beaucoup d’amour.


Je salue cordialement les personnes de langue française. En ces temps difficiles, je vous invite à prier pour les personnes qui doutent et à témoigner près d’elles que Jésus ne nous abandonne jamais et ne cesse pas d’intercéder pour nous auprès du Père. Et que Dieu vous bénisse !




Audience Générale du Mercredi 19 Mai 2021

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 19 Mai 2021


Catéchèse – 34. Distraction, aridité, acédie

Chers frères et sœurs, bonjour!

En suivant le modèle du Catéchisme, au cours de cette catéchèse, nous nous référons à l’expérience vécue de la prière, en tentant d’en indiquer certaines difficultés, très communes, qui doivent être identifiées et surmontées. Prier n’est pas facile : il y a de nombreuses difficultés qui se présentent dans la prière. Il faut les connaître, les identifier et les surmonter.

Le premier problème qui se présente à celui qui prie est la distraction (cf. CEC, n. 2729). Tu commences à prier, puis ton esprit erre, erre, dans le monde entier ; ton cœur est là, l’esprit est là… La distraction de la prière. La prière coexiste souvent avec la distraction. En effet, l’esprit humain a du mal à s’arrêter longtemps sur une seule pensée. Nous faisons tous l’expérience de ce tourbillon constant d’images et d’illusions en mouvement constant, qui nous accompagne même pendant notre sommeil. Et nous savons tous qu’il n’est pas bon de céder à ce penchant désordonné.

Lutter pour gagner et maintenir la concentration ne concerne pas seulement la prière. Si l’on n’atteint pas un degré suffisant de concentration, on ne peut pas étudier avec profit ni même bien travailler. Les athlètes savent que les compétitions ne se remportent pas seulement avec l’entraînement physique, mais aussi avec la discipline mentale : surtout avec la capacité de rester concentrés et de maintenir vive l’attention.

Les distractions ne sont pas coupables, mais elles doivent être combattues. Dans le patrimoine de notre foi, il existe une vertu qui est souvent oubliée, mais qui est très présente dans l’Evangile. Elle s’appelle « vigilance ». Et Jésus le dit tant : « Veillez. Priez ». Le Catéchisme la cite de façon explicite dans son instruction sur la prière (cf. n. 2730). Souvent, Jésus rappelle les disciples au devoir d’une vie sobre, guidée par la pensée que tôt ou tard, Il reviendra, comme un époux des noces ou un maître d’un voyage. Mais ne connaissant ni l’heure, ni le jour de son retour, toutes les minutes de notre vie sont précieuses et ne doivent pas être perdues en distractions. A un moment que nous ignorons, la voix de notre Seigneur retentira : ce jour-là, bienheureux ces serviteurs qu’Il trouvera occupés, encore concentrés sur ce qui compte véritablement. Ils ne se sont pas dispersés en courant après toutes les attractions qui leur venaient à l’esprit, mais ils ont cherché à marcher sur la juste voie, en faisant le bien et en faisant leur devoir. Voilà la distraction : quand l’imagination tourne en rond, tourne en rond, tourne en rond… Sainte Thérèse appelait cette imagination qui erre, erre dans la prière, « la folle de la maison » : c’est comme une folle qui te fait tourner en rond, tourner en rond… Il nous faut l’arrêter et la mettre en cage, avec attention.

Le temps de la sécheresse mérite un discours à part. Le Catéchisme le décrit en ces termes : « Le cœur est sevré, sans goût pour les pensées, souvenirs et sentiments, même spirituels. C’est le moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l’agonie et au tombeau » (n. 2731). La sécheresse nous fait penser au Vendredi Saint, à la nuit et au Samedi Saint, toute la journée : Jésus n’est pas là, il est dans la tombe ; Jésus est mort : nous sommes seuls. Et cela est la pensée-mère de la sécheresse. Souvent, nous ne savons pas quelles sont les causes de la sècheresse : cela peut dépendre de nous-mêmes, mais aussi de Dieu, qui permet certaines situations de la vie extérieure ou intérieure. Ou, parfois, ce peut être un mal à la tête ou un mal au foie qui t’empêche d’entrer dans la prière. Souvent, nous ne connaissons pas bien la raison. Les maîtres spirituels décrivent l’expérience de la foi comme une alternance constante de temps de consolation et de désolation ; des moments où tout est facile, tandis que d’autres sont marqués par une grande pesanteur. Souvent, quand nous rencontrons un ami, nous disons : « Comment vas-tu ? » – « Aujourd’hui je suis déprimé ». Souvent, nous sommes « déprimés », c’est-à-dire que nous n’éprouvons pas de sentiments, nous ne trouvons pas de consolations, nous n’y arrivons pas. Ce sont ces jours gris… Et il y en a beaucoup, dans la vie ! Mais le danger est d’avoir le cœur gris : quand cette « déprime » arrive au cœur et le rend malade… Il y a des gens qui vivent avec le cœur gris. C’est terrible : on ne peut pas prier, on ne peut pas sentir la consolation avec le cœur gris ! Et on ne peut toujours avoir une sécheresse spirituelle avec un cœur gris. Le cœur doit être ouvert et lumineux, afin que la lumière du Seigneur y entre. Et si elle n’entre pas, il faut l’attendre avec espérance. Mais ne pas l’enfermer dans le gris.

Puis, une chose différente est l’acédie, un autre défaut, un autre vice, qui est une véritable tentation contre la prière et, plus généralement, contre la vie chrétienne. L’acédie est « une forme de dépression due au relâchement de l’ascèse, à la baisse de la vigilance, à la négligence du cœur » (CEC, n. 2733). C’est l’un des sept « péchés capitaux » parce que, alimenté par la présomption, il peut conduire à la mort de l’âme.

Comment faire, donc, dans cette succession d’enthousiasmes et de découragements ? Il faut apprendre à marcher toujours. Le véritable progrès de la vie spirituelle ne consiste pas à multiplier les extases, mais à être capables de persévérer dans les moments difficiles :  marche, marche, marche… Et si tu es fatigué, arrête-toi un peu et recommence à marcher. Mais avec persévérance. Rappelons la parabole de saint François sur la joie parfaite : ce n’est pas dans les fortunes infinies qui pleuvent du Ciel que l’on mesure la capacité d’un frère, mais dans le fait de marcher avec constance, même lorsque l’on n’est pas reconnu, même lorsque l’on est maltraité, même lorsque tout a perdu le goût des débuts. Tous les saints sont passés par cette « vallée obscure », et ne nous scandalisons pas si, en lisant leur journal, nous écoutons le compte-rendu de soirées de prière sans entrain, vécue sans goût. Il faut apprendre à dire : « Même si Toi, mon Dieu, sembles faire de tout pour que je cesse de croire en Toi, moi au contraire je continue à te prier ». Les croyants n’éteignent jamais la prière ! Parfois, elle peut ressembler à celle de Job, qui n’accepte pas que Dieu le traite de façon injuste, proteste et le prend à parti. Mais souvent, même protester devant Dieu est une façon de prier ou, comme disait cette petite vieille, « se mettre en colère contre Dieu est aussi une façon de prier », parce que souvent, le fils se met en colère contre son père : c’est un mode de relation avec le père ; parce qu’il le reconnaît comme « père », il se met en colère…

Et nous aussi, qui sommes beaucoup moins saints et patients que Job, nous savons qu’à la fin, au terme de ce temps de désolation, au cours duquel nous avons élevé au Ciel des cris muets et de nombreux « pourquoi ? », Dieu nous répondra. N’oubliez pas la prière du « pourquoi ? » : c’est la prière que font les enfants quand ils commencent à ne pas comprendre les choses et les psychologues l’appellent « l’âge des pourquoi », parce que l’enfant demande à son père : « Papa, pourquoi… ? Papa, pourquoi… ? Papa, pourquoi… ? Mais attention : l’enfant n’écoute pas la réponse du père. Le père commence à répondre et l’enfant arrive avec un autre pourquoi.  Il veut seulement attirer le regard de son père sur lui ; et quand nous nous mettons un peu en colère contre Dieu, et que nous commençons à demander des pourquoi, nous sommes en train d’attirer le cœur de notre Père vers notre misère, vers notre difficulté, vers notre vie. Mais oui, ayez le courage de dire à Dieu : « Mais pourquoi… ? ». Parce que parfois, se mettre un peu en colère fait du bien, parce que cela réveille ce rapport de fils à Père, de fille à Père, que nous devons avoir avec Dieu. Et Il recueillera même nos expressions les plus dures et les plus amères, avec l’amour d’un père et les considérera comme un acte de foi, comme une prière.


Je suis heureux de saluer les personnes de langue française ! Dans l’attente de la Pentecôte, comme les Apôtres réunis au Cénacle avec la Vierge Marie, demandons au Seigneur avec ferveur l’Esprit de consolation et de paix pour les peuples meurtris qui vivent dans des situations difficiles.

A tous, ma bénédiction !