Joseph assume la paternité légale de Jésus (Mt 1,18-25)

Le texte (traduction liturgique officielle – cf. aelf.org)

 

(18) « Or, voici comment fut engendré Jésus Christ :

Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ;

avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.

(19) Joseph, son époux,

qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement,

décida de la renvoyer en secret.

(20) Comme il avait formé ce projet,

voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse,

puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;

(21) elle enfantera un fils,

et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve),

car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

(22) Tout cela est arrivé

pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :

(23) Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ;

on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».

(24) Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit :

il prit chez lui son épouse,

(25) mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils,

auquel il donna le nom de Jésus. »

 

Commentaire

 

Juste avant notre passage, St Matthieu s’était attaché à nous présenter les racines juives de Joseph, l’époux de Marie. Après être parti d’Abraham, le Père fondateur d’Israël (vers 1850 av JC), il avait mentionné le roi David (1010 – 970 av JC), qui avait reçu du Seigneur la promesse que sa royauté durerait pour toujours… Puis, rompant avec la formule habituelle « untel engendra untel », arrivé à Josias, il avait écrit : « Josias engendra Jéchonias et ses frères ; ce fut alors la déportation à Babylone. Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel »… Pourquoi une telle insistance sur cette déportation à Babylone provoquée par le roi Nabuchodonosor en 587 av JC ? Israël, en fait, ne s’en remettra jamais… A l’exception de quelques années chaotiques, il n’y aura plus de rois en Israël… Qu’en était-il alors de la promesse faite à David ? Etait-il possible que la promesse de Dieu ne s’accomplisse pas ? Non… « En toi ils espéraient et n’étaient pas déçus » (Ps 22(21),5-6). Aussi, attendaient-ils le moment où elle se réaliserait, le moment où un envoyé de Dieu donnerait l’onction au nouveau roi, le « Messie » (de l’hébreu « Mashach, oindre »), le Christ (du grec « khriô, oindre »), « l’Oint » du Seigneur.

La porte est maintenant ouverte : en conclusion de sa généalogie, St Matthieu présentera Jésus, ce Messie tant attendu, qui recevra l’onction de Jean Baptiste dans les eaux du Jourdain (Mt 3,13-17)… Mais avec lui, il n’écrira plus « un tel engendra untel », mais avec « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. » Que se cache-t-il donc derrière cette soudaine forme passive du verbe « engendrer » ? Qui en est le sujet ‘actif’ ? St Matthieu nous donne la réponse dans notre passage…

C’est pourquoi, après avoir commencé par…

       Βίβλος γενέσεως Ἰησοῦ Χριστοῦ υἱοῦ Δαυὶδ υἱοῦ Ἀβραάμ.

       Biblos   genéseôs   Iêsou Khristou uiou David uiou Abraam

       Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham. 

… il repart ici avec :

       Τοῦ δὲ Ἰησοῦ χριστοῦ ἡ γένεσις οὕτως ἦν.

       Tou dé   Iêsou Khristou ê génesis outôs   ên.

Litt. :         La   et   de Jésus Christ     genèse celle-ci était.

       « Or telle fut la genèse de Jésus Christ ».

Nous avons vu que parler de « genèse » renvoie au premier chapitre de la Bible, avec le récit de la création du monde où « L’Esprit » (« le souffle, ruah, j’Wr’ en hébreu, un mot qui renvoie toujours au « souffle de Dieu ») « planait sur les eaux » (Gn 1,2).

Ainsi parler de « la genèse de Jésus Christ » laisse donc entendre un nouvel acte créateur à son égard, avec encore et toujours la Présence de l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu, le Souffle de Dieu (cf. Ps 33,6 ; 104,30)… Et c’est bien ce qui arrivera : « l’Esprit Saint », « Puissance du Très Haut », viendra, non pas « sur les eaux », mais sur Marie et créera en elle, avec sa collaboration, l’humanité de Jésus, le Fils éternel du Père (cf. Lc 1,35)… Et Matthieu écrit : « Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint. » Mais contrairement à St Luc, un homme de culture grecque qui écrit pour des païens, St Matthieu, Juif, va tout raconter du point de vue de Joseph qui sera le père légal de l’enfant, car dans la société juive, c’est l’homme qui était au centre de tout… Et pour un fils premier né, il était de tradition que celui-ci porte le prénom de son père et qu’ainsi la lignée se poursuive de génération en génération… Mais ce ne sera pas le cas ici. Néanmoins, la décision viendra de Joseph, qui obéira à l’invitation de l’Ange…

« Avant qu’ils eussent mené vie commune »… Marie habitait à l’époque à Nazareth, dans la maison de ses parents, Anne et Joachim, selon la tradition… Elle était toute jeune : douze, treize ans…. Un jour, un homme du nom de Joseph, de la maison de David, était venu demander la main de Marie à ses parents, et tous avaient accepté… Une petite fête avait suivi, celle des fiançailles, et depuis, tous les proches de Marie, ses amis, ses voisins, l’appelaient déjà « la femme de Joseph », même si la grande cérémonie du mariage n’avait pas encore eu lieu… La Bible de Jérusalem précise ainsi en note : « Les fiançailles juives étaient un engagement si réel que le fiancé était déjà appelé “mari” et ne pouvait se dégager que par une “répudiation” (v. 19). » En général, le mariage avait lieu un an après ! Pendant tout ce temps, la jeune fiancée demeurait avec ses parents, et ce n’est qu’au jour de son mariage que son mari l’emportait dans ce qui allait être désormais leur maison…

Pour l’instant, Marie n’habite donc pas encore avec Joseph… Elle vit chez elle, et comme elle le dira elle-même, « elle ne connaît pas d’homme » (Lc 1,34), c’est à dire, elle est toujours vierge…

Mais, « elle se trouva enceinte »… Comment Joseph l’apprit-il ? Le texte ne le précise pas. Seule sa réaction nous est racontée : «  Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. » Au fil des siècles, plusieurs possibilités d’interprétation sont apparues…

St Justin († 165 ap JC), St Ambroise († 397 ap JC), St Jean Chrysostome († 407 ap JC) et St Augustin († 430 ap JC) ont compris que « Joseph est juste » en tant que fidèle à la Loi. Mais si Marie avait commis un adultère, même s’il aurait aimé continuer avec elle, il se devait de rompre en obéissance à la Loi. Cette hypothèse suppose « la suspicion », c’est-à-dire le « fait de supposer, à partir de quelques indices, l’existence d’un délit » (Dictionnaire Larousse). Joseph aurait donc perdu confiance en Marie…

Clément d’Alexandrie († 215 ap JC) interprétera de son côté le fait que Joseph était « juste » en termes de « bonté », sa « justice » se manifestant dans son désir que Marie ne connaisse pas la peine prévue par la Loi en cas d’adultère : la lapidation (Lv 20,10 ; Dt 22,22-24). Mais cette hypothèse suppose aussi « la suspicion », la perte de confiance…

St Eusèbe de Césarée († 339 ap JC), Saint Ephrem († 373 ap JC), Saint Théophylacte († 1107 ap JC) pensaient de leur côté que St Joseph savait que cet enfant venait de Dieu. Il décida alors de se retirer, laissant ainsi Dieu accomplir son œuvre avec et par Marie. Mais l’Ange lui apparut alors en songe pour lui révéler que Dieu comptait aussi sur lui : son mariage avec Marie appartient bien à son projet car c’est par lui que l’enfant sera « fils de David ». Et l’Ange l’indique de suite au tout début de la Parole qu’il lui transmet de la part de Dieu : « Alors qu’il avait formé ce dessein, voici que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Comme souvent dans la culture biblique, le nom dit quelque chose du Mystère et donc de la mission de celui qui le porte. Le prénom « Jésus », « Ἰησοῦς, Iêsous, en grec », vient en effet de l’hébreu Yeshoua (יֵשׁוּעַ, yēšūă‘) qui lui-même est une contraction de Yehoshuah (יְהוֹשֻׁעַ, d’où vient aussi « Josué »). L’hébreu se lit de droite à gauche : le son « ă‘» final pour nous, qui sera donc le premier en hébreu, renvoie à la première syllabe de « Yahvé », יהוח, le tétragramme (YHWH) révélé à Moïse lors de l’épisode du buisson ardent (Ex 3,13-15), et ce qui, pour nous, précède ce « ah » vient quant à lui du verbe « עשי, yaša, sauver ». « Yeshoua » signifie donc « Yahvé sauve », « le Seigneur sauve », « Dieu sauve ». Et telle sera bien sa mission première : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) dira Jean Baptiste. Et il l’enlève en le prenant sur lui : « C’étaient nos péchés qu’en son propre corps, il portait sur le bois, afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice » (1P 2,24). En effet, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique‑Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3,16-17). « Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons », diront à la Samaritaine ses amis et ses voisins ; « nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde » (Jn 4,42).

Jésus, d’après le grec, Josué d’après l’hébreu, était donc un prénom courant à l’époque. Pensons ainsi à « Josué fils de Noun » (Nb 11,28 ; 13,16 ; 14,6.30.38… ; Si 1,2 ; 50,27 ; 51,30)… Tous étaient des hommes, bien sûr, et Jésus, fils de Marie, est homme lui aussi. Mais la citation que St Matthieu va ensuite lui appliquer ouvre la porte à la compréhension d’un Mystère plus profond :

Mt 1,22-23 : « Tout ceci advint pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous. »

Matthieu cite alors Is 7,14 (Is 7,10-14) : « Yahvé parla à Achaz en disant : Demande un signe à Yahvé ton Dieu, au fond, dans le shéol, ou vers les hauteurs, au‑dessus. Et Achaz dit : Je ne demanderai rien, je ne tenterai pas Yahvé. Il dit alors : Écoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de lasser les hommes, que vous lassiez aussi mon Dieu ? C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. »

Dans le contexte du prophète Isaïe, cette parole s’adresse au roi Achaz (736 – 716 av JC). Le fils en question, « en dépit des incertitudes de la chronologie », précise en note la Bible de Jérusalem, est « probablement » Ezéchias (716 – 687 av JC). Mais il sera décevant… Les générations suivantes reprendront donc cette prophétie d’Isaïe et l’appliqueront au Messie à venir. Et c’est bien le Christ qui accomplira cette parole…

En hébreu, « la jeune femme » se dit « hm;l][‘, ‘almâh ». Elle peut ou non être vierge, bien que selon les coutumes et les lois juives, la grande majorité des femmes appelées ainsi étaient de fait vierges. Or, à partir du troisième siècle avant Jésus Christ, la communauté juive d’Alexandrie, qui, dans sa vie de tous les jours, parlait grec, traduisit en grec tous les textes hébreux de l’Ancien Testament (la Septante), ce qui donna pour Is 7,14 :

« ἰδοὺ ἡ παρθένος ἐν γαστρὶ ἕξει καὶ τέξεται υἱόν,

   idou ê parthénos en   gastri   exei kai texetai uion,

   Voici    la vierge en (son) sein aura et elle enfantera un fils,

καὶ καλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ Εμμανουηλ· »

kai   kaleseis   to onoma autou   Emmanouêl ; »

et tu appeleras     son nom           Emmanuel. »

« hm;l][‘, ‘almâh, jeune femme » aurait du se traduire en grec par « neçniw, néanis ». Mais le traducteur a choisi « pary°now, parthénos, vierge » qui, en hébreu, traduirait plutôt « betûlâ, hl;WtB] ». On le comprend : toutes les « jeunes femmes » fiancées se devaient d’être vierges. Il ne faisait qu’exprimer ainsi un état de fait pour l’époque. Il n’empêche : ce glissement de « jeune femme » à cette précision « vierge » était en lui-même prophétique, inspiré par l’Esprit Saint. Et de fait, dans le grec des Evangiles, il exprimera parfaitement le Mystère qui s’est mis en œuvre en Marie : une jeune fille explicitement « vierge » (voir aussi Lc 1,27) mettra au monde un Fils sans « connaître d’homme » (cf. Lc 1,34)…

Et si le nom d’ « Emmanuel », qui, en hébreu, signifie « Dieu avec nous » pouvait être appliqué au Fils d’Achaz pour dire que « Dieu allait protéger et bénir Juda » (cf. la note de la Bible de Jérusalem), il prend avec Jésus un tout autre sens : Jésus est en effet « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), ce Verbe qui, de toute éternité, avant tout commencement « θεὸς ἦν, théos ên, était Dieu ». Il est en effet « μονογενὴς θεός, monogevês théos, Dieu Unique Engendré » (Jn 1,18), « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père » (Crédo). A ce titre, il est Dieu au sens où, « né du Père avant tous les siècles », ce dernier « l’engendre » en lui donnant de toute éternité d’être ce qu’il est : « de condition divine » (Ph 2,6). Alors, si « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), « le Père des lumières » (Jc 1,17), « le Père de la Gloire » (Ep 1,17), par le Don de l’Esprit de Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5), « l’Esprit de Gloire » (1P 4,14), l’Esprit Saint, lui donne d’être « Lumière née de la Lumière », « Lumière du monde » (Jn 8,12 ; 12,46) et « Seigneur de la Gloire » (1Co 2,8). Et c’est par ce même Don de l’Esprit Saint, agissant avec Puissance en Marie avec son consentement (Lc 1,35-38), qu’il recevra aussi du Père sa nature humaine… Nous constatons ainsi à quel point ce Fils éternel du Père se reçoit du Père en tout ce qu’il est, vrai Dieu et vrai homme, et cela par cet unique Don de l’Esprit Saint que le Père ne cesse de lui faire en Plénitude…

Et c’est toujours en déployant en lui la Puissance de ce même Esprit qu’il le ressuscitera d’entre les morts et lui donnera, en sa chair glorifiée, ce Nom qui est au dessus de tout nom, et qui donc ne peut qu’être que « le Nom de Dieu », expression qui renvoie dans ce contexte à tout ce que Dieu est en lui-même, à la Plénitude de sa nature divine : « Jésus Christ notre Seigneur », « issu de la lignée de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts » (Rm 1,3-4). « Dieu l’a alors exalté, et il lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,9-11). Or, toute l’œuvre du Christ consiste à faire en sorte que nous puissions nous aussi être capables d’accueillir ce même Don qu’il reçoit du Père de toute éternité, le Don de l’Esprit Saint par lequel le Père l’engendre en Fils, Don par lequel Dieu veut nous aussi nous engendrer à la même Plénitude… « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22). « En lui », le Christ, « habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude » (Col 2,9-10). « Cherchez donc dans l’Esprit votre plénitude » (Ep 5,18). En effet, « si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11). « Vous entrerez alors par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu. À Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir, à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen » (Ep 3,19-21).

Tel est l’Amour (1Jn 4,8.16) qui ne poursuite que la Plénitude, le vrai Bonheur de tous les hommes qu’il aime (Lc 2,14 ; 1Tm 2,3-6). Lui obéir, c’est trouver avec lui le chemin de la vie. C’est ce que va faire ici Joseph, et cela parfaitement… « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » « Et en nommant l’enfant, rôle réservé au père, il l’adoptera. Dans ce monde ancien, toute paternité est un acte d’adoption et toute adoption confère les pleins droits de fils à celui qui la reçoit. Ainsi, l’authentique filiation davidique de l’enfant dépend de l’obéissance de Joseph » (P. Claude Tassin)…

« Le texte confirme donc simplement la conception virginale de l’enfant ; il ne dit rien des relations ultérieures de Marie te de Joseph, ni dans un sens ni dans l’autre. La mention des « frères de Jésus » (Mc 6,3) peut, dans le contexte sémitique, évoquer de vrais frères ou de simples cousins (cf. en fin de document). Lorsqu’on examine l’ensemble du dossier, on aboutit à ceci que la virginité perpétuelle de Marie relève de la tradition des Eglises : les textes évangéliques ne la contredisent pas mais n’apportent pas de preuves » (Claude Tassin).

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Les différents sens possibles de l’expression : « Les frères de Jésus ».

 

Jésus, n’est-il pas « le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs, ne sont-elles pas ici chez nous ? » (Mc 6,3).

Le mot « frère, ἀδελφός » peut avoir de multiples sens selon le contexte :

1 – Frères de sang comme Simon et André, Jacques et Jean (Mc 1,16.19) : « Comme (Jésus) passait sur le bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, qui jetaient l’épervier dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs… Et avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, eux aussi dans leur barque en train d’arranger les filets »

2 – Demi-frères comme Philippe et Hérode Antipas, avec un même père, le roi Hérode le Grand, mais avec deux mères différentes, Cléopâtre et Malthacé (Mc 6,17) : « C’était lui, Hérode, qui avait envoyé arrêter Jean et l’enchaîner en prison, à cause d’Hérodiade, la femme de Philippe son frère qu’il avait épousée ».

3 – Cousins, parents éloignés comme « Joset et Jacques » (Mc 6,3) qui sont les fils d’une autre Marie qui sera présente elle aussi lors des évènements tragiques de la Passion (Mc 15,40.47) : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé… Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis…

4 – Disciples de Jésus, recevant par leur foi la même Vie éternelle que celle que le Fils Unique reçoit du Père de toute éternité. « «  Qui est ma mère ? Et mes frères ? » Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère » » (Mc 3,31‑35). Et une fois ressuscité d’entre les morts, il dira à Marie de Magdala : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17). Cette parole, adressée aux disciples, est valable à travers eux pour tous les hommes de tous les temps…

                                                                                                         D. Jacques Fournier

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Fiche SI – 2 – Mt 1,18-25




La généalogie de Jésus Christ (Mt 1,1-17)

Le texte (traduction liturgique officielle – cf. aelf.org)

 

” GENEALOGIE DE JESUS, CHRIST, fils de David, fils d’Abraham.

 

(2) Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, (3) Juda, de son union avec Thamar, engendra Pharès et Zara, Pharès engendra Esrom, Esrom engendra Aram, (4) Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naassone, Naassone engendra Salmone, (5) Salmone, de son union avec Rahab, engendra Booz, Booz, de son union avec Ruth, engendra Jobed, Jobed engendra Jessé, (6) Jessé engendra le roi David.

David, de son union avec la femme d’Ourias, engendra Salomon, (7) Salomon engendra Roboam, Roboam engendra Abia, Abia engendra Asa, (8) Asa engendra Josaphat, Josaphat engendra Joram, Joram engendra Ozias, (9) Ozias engendra Joatham, Joatham engendra Acaz, Acaz engendra Ézékias, (10) Ézékias engendra Manassé, Manassé engendra Amone, Amone engendra Josias, (11) Josias engendra Jékonias et ses frères à l’époque de l’exil à Babylone.

(12) Après l’exil à Babylone, Jékonias engendra Salathiel, Salathiel engendra Zorobabel, (13) Zorobabel engendra Abioud, Abioud engendra Éliakim, Éliakim engendra Azor, (14) Azor engendra Sadok, Sadok engendra Akim, Akim engendra Élioud, (15) Élioud engendra Éléazar, Éléazar engendra Mattane, Mattane engendra Jacob, (16) Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ.

 

(17) Le nombre total des générations est donc : depuis Abraham jusqu’à David, quatorze générations ; depuis David jusqu’à l’exil à Babylone, quatorze générations ; depuis l’exil à Babylone jusqu’au Christ, quatorze générations.

 

Commentaire

 

« Tel le générique d’un film, une généalogie ouvre l’Evangile, un rien fastidieuse pour le lecteur moderne. Pour les anciens Orientaux, en revanche, les généalogies comptaient beaucoup : elles tenaient lieu d’état civil et inséraient quelqu’un dans le tissu historique et social.

Par ailleurs, les généalogies remontent dans le temps jusqu’où on peut, mais aussi jusqu’où on veut » (Claude Tassin). Et ici, St Matthieu, Juif comme le Christ, nous offre dès le premier verset les deux grandes figures du Peuple d’Israël qu’il veut souligner : Abraham, avec qui et par qui Dieu se fit « un Peuple particulier parmi toutes les nations de la terre » (Dt 7,6), et le roi David à qui il fit la promesse que « son trône sera affermi à jamais » (2Sm 7,16), une promesse fondatrice pour Israël de l’attente du Messie. Toute l’histoire d’Israël est ainsi récapitulée. Le Christ est donc bien celui qui « accomplit » toutes les Ecritures et donne à Israël de réaliser pleinement sa vocation, nous y reviendrons.

L’Evangile de Matthieu commence donc par cette phrase :

     « Généalogie de Jésus, Christ, fils de David, fils d’Abraham ».

En grec :   Βίβλος γενέσεως Ἰησοῦ Χριστοῦ υἱοῦ Δαυὶδ υἱοῦ Ἀβραάμ.

                  Biblos   genéseôs   Iêsou Khristou uiou David uiou Abraam

                 Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham. 

« Pour les premiers chrétiens de langue grecque, le « livre de la Genèse » était une expression familière, le titre du premier livre de la Bible qui raconte la création » (Claude Tassin). En effet, « GENÈSE » se dit en grec « ΓΕΝΕΣΙΣ, genésis ». St Matthieu y fait donc allusion et suggère ainsi que toute l’œuvre du Christ s’inscrit dans cette dynamique de « création » : avec lui et par lui, Dieu va porter son projet créateur à son terme. Il a créé l’homme « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-27)? Il fera en sorte qu’il en soit vraiment ainsi… Dès qu’il a créé l’homme, il l’a béni (Gn 1,28) ? En réconciliant les hommes avec Dieu par le Don surabondant du « pardon des péchés », il fera en sorte qu’ils puissent vraiment accueillir cette bénédiction qui, depuis le tout début de leur existence, leur est déjà donnée…

St Marc et St Jean feront eux aussi allusion à ce Livre de la Genèse mais avec un moyen différent : le premier mot de leur Evangile est le premier mot de la Genèse dans la traduction grecque de la Septante réalisée par la communauté juive d’Alexandrie à partir du troisième siècle avant Jésus Christ :

Gn 1,1 : Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν ὁ θεὸς τὸν οὐρανὸν καὶ τὴν γῆν.

               En arkhê époiêsen o théos ton ouranon   kai tên gên.

              Au commencement  fit      Dieu     le       ciel       et   la   terre.

Mc 1,1 : Ἀρχὴ τοῦ εὐαγγελίου Ἰησοῦ Χριστοῦ υἱοῦ θεοῦ.

              Arkhê tou euangéliou   Iêsou   Khristou uiou théou

              Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu.

Jn 1,1 : Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος…

              En arkhê ên o logos…

             Au commencement était le Verbe…

 

« Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut » (Jn 1,3), poursuivra St Jean, évoquant ainsi explicitement la création du monde… Tout a été créé par le Fils, tout sera sauvé par le Fils, ce salut consistant à faire en sorte que l’homme soit vraiment ce que Dieu voulait qu’il soit quand il l’a créé : un enfant vivement pleinement de sa vie… « A tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom » (Jn 1,12). « Pouvoir devenir » pleinement ce qu’ils sont déjà aux yeux de leur Dieu et Père… Pour que cela s’accomplisse vraiment, il suffit de consentir à mettre Dieu dans sa vie, Lui qui est Source de Vie éternelle depuis toujours et pour toujours… « En toi est la Source de vie, par ta lumière, nous voyons la lumière » (Ps 36,10). En enlevant tous les obstacles qui peuvent exister entre Dieu et sa créature, en « enlevant le péché du monde » (Jn 1,29), le Christ rétablira une relation vivante entre Dieu et les hommes, ses enfants, permettant ainsi à ces derniers, dans leur libre consentement à recevoir le Don gratuit de l’Amour, d’être pleinement ce que Dieu voulait qu’ils soient…

« Genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham »… Les grandes étapes de la généalogie qui suivra sont données. Le point de départ sera Abraham, puis, en passant par David, St Matthieu montrera que Jésus est bien « le Christ », un mot qui vient du grec « Χριστός, khristos » qui dérive à son tour du verbe « Χρίω, khriô, oindre » : le Christ est l’Oint du Seigneur, celui qui a reçu l’onction. Le premier Livre de Samuel raconte ainsi l’onction de David : « Jessé envoya chercher » David, le plus jeune de ses fils : « il était roux, avec un beau regard et une belle tournure. Et Yahvé dit : Va, donne-lui l’onction : c’est lui ! Samuel prit la corne d’huile et l’oignit au milieu de ses frères. L’Esprit de Yahvé fondit sur David à partir de ce jour-là et dans la suite » (1Sm 16,12-13). Le nouveau roi était ainsi oint par un prophète : l’huile que l’on versait sur sa tête symbolisait le don de la grâce, le don de l’Esprit, qui allait dorénavant l’aider à régner au mieux sur son Peuple en serviteur du Seigneur…

Et c’est ce même David qui recevra du Seigneur cette promesse : « Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de tes entrailles, et j’affermirai sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon Nom et j’affermirai pour toujours son trône royal. Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils… Ma fidélité ne s’écartera pas de lui… Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant toi ; ton trône sera affermi à jamais » (2Sm 7,12‑16). Or, après la destruction de Jérusalem en 587 av JC par Nabuchodonosor, roi de Babylone, Israël ne connaîtra quasiment plus de royauté stable. Les Juifs, à l’époque de Jésus, se basaient donc sur cette promesse faite à David pour espérer et espérer encore le retour d’une ère stable où, libérée de tous ses ennemis, et notamment à l’époque de l’occupant romain, Israël pourrait enfin prospérer avec un Roi issu de ses rangs qui appartiendrait à la lignée de David… Alors la promesse du Seigneur serait enfin accomplie…

C’est pourquoi St Matthieu s’attache ici à présenter Jésus comme étant non seulement descendant d’Abraham, et donc Juif, mais encore descendant de David…

L’allusion à Abraham permet aussi de placer tout de suite le Christ dans une perspective d’accomplissement de la vocation d’Israël telle qu’elle fut donnée à Abraham et à ses descendants : « Yahvé dit à Abram : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom ; sois une bénédiction ! Je bénirai ceux qui te béniront, je réprouverai ceux qui te maudiront. Par toi se béniront toutes les familles de la terre » (Gn 12,1-4). La mission d’Abraham avait donc une portée universelle : que « toutes les familles de la terre » puissent accueillir elles aussi la bénédiction qu’il avait lui-même reçue, « je te bénirai », et qui l’avait transformé en bénédiction pour les autres : « Sois une bénédiction »… Telle sera bien la mission du Christ que de révéler à tout homme qu’il est déjà béni : n’est-ce pas ce que Dieu a fait dès qu’il l’a créé (cf. Gn 1,28) ? Qu’il consente donc à l’amour de son Père à son égard et accepte de recevoir pleinement, de tout cœur, ce qui, du côté de Dieu lui est déjà donné… Et cette bénédiction se résume par le Don de l’Esprit Saint, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), « l’Esprit qui est vie » (Ga 5,25) et qui, reçu, ne peut donc que « donner la vie » (Rm 8,2). Et avec cet Esprit, Dieu ne peut pas nous donner plus puisqu’il nous communique en fin de compte ce qu’il est lui-même de toute éternité : « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Saint » (cf. Lv 19,2 ; 20,26 ; 21,8)… Commencé par une allusion à Abraham et donc à sa mission universelle, l’Evangile de Matthieu se terminera par la mission universelle donnée à l’Eglise, mission dont le premier acteur sera le Christ Ressuscité en Personne : « Jésus dit ces paroles » aux Onze disciples, et à travers eux, à tous ses disciples de tous les temps : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge » (Mt 28,18-20).

Notons également que « le nombre total des générations est : depuis Abraham jusqu’à David, quatorze générations ; depuis David jusqu’à l’exil à Babylone, quatorze générations ; depuis l’exil à Babylone jusqu’au Christ, quatorze générations. » Nous avons donc en tout trois fois « quatorze générations ».

Or, le chiffre « trois » dans la Bible renvoie à Dieu en tant qu’il agit. Ainsi, « Yahvé fit qu’il y eut un grand poisson pour engloutir Jonas. Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits… Yahvé commanda alors au poisson, qui vomit Jonas sur le rivage » (Jon 2,1s). Jonas annonçait ainsi prophétiquement le Christ mis au tombeau, englouti dans les entrailles de la mort pour en sortir, ressuscité, le troisième jour : « Je vous ai transmis en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures » (1Co 15,3-4). St Pierre disait également à ses compatriotes qui avaient contribué, d’une manière ou d’une autre, à ce que Jésus soit crucifié : « Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son serviteur Jésus que vous, vous avez livré et que vous avez renié devant Pilate, alors qu’il était décidé à le relâcher. Mais vous, vous avez chargé le Saint et le Juste; vous avez réclamé la grâce d’un assassin, tandis que vous faisiez mourir le prince de la vie. Dieu l’a ressuscité des morts : nous en sommes témoins… Vous êtes, vous, les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a conclue avec nos pères quand il a dit à Abraham : Et en ta postérité seront bénies toutes les familles de la terre. C’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et l’a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,13-15.25-26). Et c’est par la puissance de l’Esprit Saint que le Père a ressuscité son Fils avec cette humanité qu’il avait assumée pour notre salut : « Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu, que d’avance il avait promis par ses prophètes dans les saintes Écritures, concernant son Fils, issu de la lignée de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts, Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 1,1-4). Alors, «  si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11). D’où l’invitation du Christ à la fin de l’Evangile selon St Matthieu à recevoir le baptême, et avec lui, le Don de cet Esprit qui est vie, Plénitude de vie…

Le Père a donc « ressuscité » son Fils « le troisième jour », agissant en lui avec la Toute Puissance de son Esprit… Ce chiffre « trois » renvoie donc à « Dieu en tant qu’il agit », et il le fait toujours avec et par le Don de l’Esprit… Que la généalogie de Jésus contienne « trois » fois « quatorze générations » souligne donc la Présence et l’Action de Dieu au cœur de l’histoire humaine… « Dieu a ainsi dirigé l’histoire en vie de l’avènement de son Christ » (Claude Tassin).

De plus, « quatorze » est le résultat de la multiplication de « sept » par « deux ». Or le chiffre « sept » est symbole de plénitude… Avec le Christ et par le Christ, Dieu va donc agir en plénitude dans l’histoire pour tous les hommes de tous les temps… Avec lui et par lui sa volonté s’accomplira. Et quelle est-elle ? St Paul écrit : « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). En effet, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17). Telle est la vocation du Christ Jésus : il est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), et donc « le Sauveur du monde » (Jn 4,42). Avec Lui et par Lui se met en œuvre la Miséricorde infinie de Dieu : aucun mal, aucun péché, aussi énorme soit-il, ne pourra jamais la mettre en échec. Dieu aura toujours le dernier mot… « On pourrait croire que c’est parce que je n’ai pas péché que j’ai une confiance si grande dans le bon Dieu. Dites bien, ma Mère, que si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent » (Ste Thérèse de Lisieux). Alors, « digne est l’Agneau égorgé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange », car « il a remporté la victoire »… « En effet tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation » (Ap 5,5.9.12). Cette dernière expression insiste bien sur l’universalité du salut, et l’auteur le souligne encore en employant quatre mots, le chiffre quatre étant symbole d’universalité (les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est, l’ouest)… Et il reprendra le tout un peu plus loin : « Après quoi, voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue ; debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : Le salut est donné par notre Dieu, qui siège sur le trône, ainsi que par l’Agneau ! » (Ap 7,9-10). « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » ? « Alléluia ! Louez le nom du Seigneur… Louez la bonté du Seigneur, célébrez la douceur de son nom…. Car le Seigneur est grand… Tout ce que veut le Seigneur, il le fait au ciel et sur la terre, dans les mers et jusqu’au fond des abîmes » (Ps 135(134).

Remarquons également, avec Claude Tassin, « qu’outre Marie, quatre autres noms de femmes se glissent dans la généalogie : Thamar dut jouer les prostituées pour obtenir la postérité qui lui était due (Gn 38) ; selon certaines traditions juives, cette femme était une étrangère convertie au vrai Dieu. Rahab, une prostituée cananéenne, fut intégrée au peuple d’Israël (cf. Jos 2,1-21 ; 6,22-25). Ruth, ancêtre de David, était aussi une étrangère, une moabite, modèle de piété et de vertu (cf. Rt 1,16 ; 3,10). La « femme d’Ourias », Bethsabée, femme d’un étranger hittite, devint l’épouse de David » à la suite d’un péché d’adultère (2S 11-12). Le Christ, et avec Lui « le Père des Miséricordes » (2Co 1,3), assument donc toute l’histoire d’Israël, avec ses fidélités et ses infidélités… Dieu aime le monde tel qu’il est pour l’inviter encore et toujours, avec une infinie patience, à partir de « là où il est » pour avancer, changer, se convertir, se repentir, et trouver enfin, grâce à l’Amour Miséricordieux, cette Plénitude de Vie et de Paix, stable, éternelle, solide, à laquelle nous sommes tous appelés…

De plus, écrit encore Claude Tassin, « Matthieu aurait pu choisir de « vraies » aïeules israélites, Sara ou Rébecca. En préférant ces femmes à demi étrangères », il montre ainsi que toute l’histoire d’Israël n’a pu que se déployer « avec » ces peuples étrangers qu’ils côtoyaient et qui appartenaient donc eux aussi, d’une certaine manière, à leur histoire… Qu’Israël ne se replie donc pas sur son élection, en croyant qu’eux seuls sont choisis, élus… Qu’ils n’oublient jamais leur vocation : « Par toi », Israël, « se béniront toutes les familles des nations » (Gn 12,4). Qu’il en soit ainsi, et ce sera l’éternelle fierté d’Israël d’avoir été l’instrument privilégié, en Serviteur du Seigneur, du bonheur éternel de l’humanité tout entière… Quelle vocation ! Alors, « debout ! », Israël, « resplendis ! Car voici ta lumière, et sur toi se lève la gloire du Seigneur. Tandis que les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur les peuples, sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire sur toi paraît. Les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté naissante. Lève les yeux aux alentours et regarde : tous sont rassemblés, ils viennent à toi… Alors les nations verront ta justice, et tous les rois ta gloire. Alors on t’appellera d’un nom nouveau que la bouche du Seigneur désignera. Tu seras une couronne de splendeur dans la main du Seigneur, un turban royal dans la main de ton Dieu. On ne te dira plus : Délaissée et de ta terre on ne dira plus : Désolation . Mais on t’appellera : Mon plaisir est en elle et ta terre : Épousée. Car le Seigneur trouvera en toi son plaisir, et ta terre sera épousée. Comme un jeune homme épouse une vierge, ton bâtisseur t’épousera. Et c’est la joie de l’époux au sujet de l’épouse que ton Dieu éprouvera à ton sujet » (Is 60,1-4 ; 62,2-5). Et avec le Christ, « ta terre » a la dimension de la terre tout entière…

Enfin, alors que toute la généalogie avance avec l’expression « untel engendra untel », reprise 39 fois, elle se conclut avec « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. » La forme passive ne précise pas « qui » est à l’origine de cet engendrement. St Matthieu le dira plus tard à l’occasion de ce songe où Joseph sera confirmé dans sa vocation à être le père adoptif de Jésus, et en Israël, le fils adoptif avait les mêmes droits que le fils naturel. Jésus sera donc bien « fils de David » par Joseph : « Voici que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1,20-21). En effet, « Jésus » vient de l’hébreu « Yehochoua » ou « Yechoua » qui signifie « le Seigneur sauve »… C’est donc Dieu le Père qui est à l’origine de son engendrement dans le sein de Marie, et cela par la Puissance de l’Esprit Saint. Voilà ce que suggère déjà St Matthieu par cette forme passive « il fut engendré »… St Luc, de son côté, nous rapporte ce dialogue entre Marie et l’Ange Gabriel dans le récit de l’Annonciation : « Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus… Mais Marie dit à l’ange : Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? L’ange lui répondit : L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu » (cf. Lc 1,26-38)…

Et il en est en fait de l’engendrement du Fils dans l’histoire comme de son engendrement éternel par le Père… En effet, nous disons dans notre Crédo que le Fils est « né du Père avant tous les siècles », c’est-à-dire avant l’apparition du temps, avant ce que les scientifiques appellent le big-bang qui eut lieu entre 13,7 et 13,8 milliards d’années… Nous sommes donc « avant » le temps, et donc dans l’éternité… L’engendrement du Fils par le Père est un acte éternel… Et le Père engendre le Fils en se donnant à Lui, gratuitement, par amour, en tout ce qu’il est… Il est Dieu ? Il lui donne tout ce qui fait qu’il est Dieu, ce par quoi il vit et s’exprime, ce que nous appelons « sa nature divine ». Et le Fils est « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Il est « Lumière » (1Jn 1,5) ? Il lui donne tout ce qui fait qu’il est Lumière, et le Fils est ainsi « Lumière née de la Lumière », « engendré non pas créé, de même nature que le Père »… Or Jésus dit à la Samaritaine en St Jean : « Dieu est Esprit » (Jn 4,24). Ce seul mot « Esprit » peut donc être employé pour évoquer tout ce que Dieu est en Lui-même, sa nature divine, son « insondable richesse » (Ep 3,8). Alors, si le Père est Esprit, il engendre éternellement le Fils en lui donnant la Plénitude de son Esprit… Et puisque Dieu est Saint, nous pouvons joindre cet adjectif au mot Esprit et parler du Don de l’Esprit Saint : le Père engendre le Fils en se donnant à Lui en tout ce qu’il est, et donc en lui communiquant le Don de l’Esprit Saint… Et c’est par ce même Don déployé dans le sein de la Vierge Marie qu’il engendrera également, avec la libre collaboration de Marie, bien sûr, l’humanité de son Fils… « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1,35) car « ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint » (Mt 1,20).

Et puisque l’onction royale renvoyait à ce Don de l’Esprit Saint que le nouveau roi recevait de Dieu, le Fils est donc l’éternel « oint » du Père, l’éternel « Christ », et c’est par ce Don que le Père fait de son Fils « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (Ap 19,16). Comme le dira Jésus lors de sa Passion, « sa royauté ne vient pas de ce monde » (Jn 18,36). Elle est une royauté spirituelle : le règne de la Lumière sur les ténèbres (Jn 1,5), de l’Amour sur la haine (1Jn 4,8.16), de la Paix sur toute forme de violence (Jn 14,27), de la Joie (Jn 15,10), de la Douceur (Mt 11,29)… Et le Fils s’est fait homme pour communiquer ce Don de l’Esprit à tous les hommes : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22)… Quiconque consent à recevoir ce Don gratuit de l’Amour (Rm 6,23) sera alors « Roi » lui aussi, car c’est ce Don accueilli en son cœur qui règnera en lui sur tout ce qui lui est contraire : « Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi » (Lc 22,29). Etre chrétien, c’est donc participer par sa foi à l’onction même du Christ. Tel est le grand cadeau qui, petit à petit, doit nous permettre de changer nos vies. « Vivez donc dans la prière, priez sans cesse en tout temps dans l’Esprit », pour accueillir sans cesse ce Don de l’Esprit car « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ep 6,18 ; 1Th 5,17-22 ; Ga 5,22).

                                                                                                               D. Jacques Fournier

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Fiche SI – 1 – Mt 1,1-17




Quelques ouvrages pour travailler St Matthieu

Si vous désirez vous lancer dans une lecture approfondie de l’Evangile selon St Matthieu, le fondement de tout sera tout d’abord une bonne Bible. En voici deux ; il en existe d’autres :

1 – La Bible de Jérusalem, complète, avec notes, aux Editions du Cerf.

2 – La TOB (Traduction Oeucuménique de la Bible), édition complète, avec notes, aux éditions du Cerf.

Ensuite, un bon commentaire de l’Evangile de Saint Matthieu sera toujours d’une aide précieuse. Nous vous conseillons notamment :

1 – Claude TASSIN, “l’Evangile de Matthieu” (Editions du Centurion)

2 – Pierre BONNARD, “L’Evangile selon St Matthieu” (Labor et Fidès)

3 – Michel HUBAUT, “L’Alliance est accomplie ; commentaire de l’Evangile selon St Matthieu”

 




Plan de l’Evangile selon St Matthieu (Bible de Jérusalem)

Dans son Introduction au Nouveau Testament, la Bible de Jérusalem propose comme plan de l’Evangile selon St Matthieu :

« On peut caractériser son Evangile comme un drame en sept actes sur la venue du Royaume des Cieux :

1 – Ch. 1 – 2 : Les préparations de la venue du Royaume dans la personne du Messie enfant.

 

2 – Ch. 3 – 7 : Promulgation par Jésus du programme propre au Royaume, devant les disciples et la foule, dans le Discours sur la Montagne.

3 – Ch. 8 – 10: Prédication du Royaume par des missionnaires ; les miracles de Jésus annoncent les signes qui accréditeront leur parole. Le Discours de mission prononcé par Jésus leur donne des consignes.

4 – Ch. 11,1 – 13,52: les obstacles que rencontrera le Royaume de la part des hommes, selon l’économie humble et cachée, voulue de Dieu, qu’illustre le Discours des Paraboles.

5 – Ch. 13,53 – 18,35: les débuts du Royaume dans un groupe de disciples, avec Pierre pour Chef, prémices de l’Eglise dont les règles de vie sont esquissées par le Discours communautaire.

6 – Ch. 19 – 25: la crise qui prépare l’avènement définitif du Royaume, suscitée par l’opposition croissante des chefs juifs et annoncée par le Discours eschatologique.

7 – Ch. 26 – 28: l’avènement du Royaume, dans la souffrance et le triomphe, par la Passion et la Résurrection de Jésus.

A l’occasion de la première apparition de l’expression « Royaume des Cieux » dans la bouche de Jésus, la Bible de Jérusalem donne en note :

« La Royauté de Dieu sur le peuple, élu, et par lui sur le monde, est au centre de la prédication de Jésus, comme elle l’était de l’idéal théocratique de l’Ancien Testament. Elle comporte un Royaume de “ saints ” dont Dieu sera vraiment le Roi parce que son règne sera reconnu d’eux dans la connaissance et l’amour. Compromise par la révolte du péché, cette Royauté doit être rétablie par une intervention souveraine de Dieu et de son Messie (Dn 2,28). C’est cette intervention que Jésus, après Jean Baptiste (Mt 3,2), annonce comme imminente (Mt 4,17.23 ; Lc 4,43), et qu’il réalise, non par un triomphe guerrier et nationaliste comme l’attendaient les foules (Mc 11,10 ; Lc19,11 ; Ac 1,6), mais d’une façon toute spirituelle (Mc 1,34 ; Jn 18,36), comme “ Fils de l’homme ” (Mt 8,20) et “ Serviteur ” (Mt 8,17 ; 20,28 ; 26,28) par son œuvre de rédemption qui arrache les hommes au règne adverse de Satan (Mt 4,8 ; 8,29 ; 12,25-26). Avant sa réalisation eschatologique définitive, où les élus vivront près du Père dans la joie du festin céleste (Mt 8,11 ; 13,43 ; 46,29) le Royaume apparaît avec des débuts humbles (Mt 13,31-33), mystérieux (Mt 13,11) et contredits (Mt 13,24-30) comme une réalité déjà commencée (Mt 12,28 ; Lc 17,20-21) et qui se développe lentement sur la terre (Mc 4,26-29) par l’Eglise (Mt 16,18). Instauré avec puissance comme Règne du Christ par le jugement de Dieu sur Jérusalem (Mt 16,28 ; Lc 21,31) et prêché dans l’univers, par la mission apostolique (Mt 10,7 ; 24,14 ; Ac 1,3), il sera définitivement établi et remis au Père (1 Co 15,24) par le retour glorieux du Christ (Mt 16,27 ; 25,31), lors du Jugement dernier (Mt 13,37-43.47-50 ; 25,31-46). En attendant, il se présente comme une pure grâce (Mt 20,1-16 ; 22,9-10 ; Lc 12,32), acceptée par les humbles (Mt 5,3 ; 18,3-4 ; 19,14.23-24) et les renoncés (Mt 13,44-46 ; 19,12 ; Mc 9,47 ; Lc 9,62 ; 18,29s), rejetée par les superbes et les égoïstes (Mt 21,31-32.43 ; 22,2-8 ; 23,13). On n’y entre qu’avec la robe nuptiale (Mt 22,11-13) de la vie nouvelle (Jn 3,3.5) ; il y a des exclus (Mt 8,12 ; 1 Co 6,9-10 ; Ga 5, 21). Il faut veiller pour être prêt quand il viendra à l’improviste (Mt 25,1-13).”




Plan de l’Evangile selon St Matthieu (P. Claude Tassin)

1° section : Prologue à la mission de Jésus (1,1 – 4,16)

1 – L’enfance de Jésus (1,1 – 2,23)

2 – Jean le Baptiste et Jésus (3,1 – 4,16)

2° section : Jésus inaugure le Royaume des Cieux (4,17 – 8,17)

1 – L’activité de Jésus (4,18-25)

2 – Le Sermon sur la montagne (5,1 – 7,27)

3 – Retour à l’activité de Jésus (7,28 – 8,17)

 

3° section : Jésus missionnaire du Royaume (8,18 – 12,21)

1 – L’activité missionnaire de Jésus (8,18 – 10,5a)

2 – Le discours sur la mission (10,5b-42)

3 – Accueil contrasté de la mission de Jésus (11,1 – 12,21)

4° section : « Quel est celui-ci » (12,22 – 16,20)

1 – Jésus aux prises avec les Pharisiens et les scribes (12,22-50)

2 – Le discours en paraboles (13,1-52)

3 – Vers la confession de foi de Pierre (13,53 – 16,20)

5° section : Vers Jérusalem, enseignement sur l’Eglise (16,21 – 20,34)

1 – L’annonce de la croix (16,21 – 17,27)

2 – Le discours sur l’Eglise (18,1-35)

3 – Du pouvoir au service (19,1 – 20,34)

6° section : A Jérusalem, le jugement royal du Fils de l’homme (21,1 – 25,46)

Prologue : l’arrivée à Jérusalem (21,1-22)

1 – Dans le Temple, affrontements de Jésus (21,23 – 23,29)

2 – Hors du Temple, le discours sur la fin (24,1 – 25,46)

 

7° section : De Jérusalem à la Galilée, la Pâque du Fils de l’homme (26,1 – 28,20)

1 – La Passion (26,1 – 27,56)

2 – Du tombeau à la gloire (27,57 – 28,20)

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Introduction à l’Evangile selon St Matthieu (Père Jean Radermakers)

À vrai dire, nous connaissons peu le Matthieu historique. La tradition chrétienne l’a très tôt identifié avec l’apôtre Lévi dont son évangile raconte la vocation, comme ceux de Marc (2,13-14) et de Luc (5,27-28), mais lui seul l’appelle Matthieu (9,9) et en souligne la profession (10,3) : publicain, ou percepteur de l’impôt romain sur la population juive. Marc le dit «fils d’Alphée» (Mc 2,14) et rapporte qu’il reçoit Jésus chez lui. S’agirait-il d’un membre de la tribu sacerdotale de Lévi ?

La personne

D’après le récit évangélique, sa patrie semble être Capharnaüm. Bien qu’il soit peu habituel de porter deux noms sémitiques, on parle de Lévi- Matthieu comme on le fait de Simon-Pierre. Le surnom de Matthieu, qui signifie «don de Dieu» — Théodore en grec et Dieudonné en français — pourrait lui avoir été attribué par Jésus. En tout cas, les listes d’apôtres du Nouveau Testament (Mt 10,3 ; Mc 3,18 ; Lc 6,15 ; Ac 1,13) le mentionnent.

Un témoignage de Papias, évêque d’Hiérapolis en Asie Mineure vers 110 ou 120, affirme que Matthieu a «groupé en ordre» et en langue araméenne — à moins qu’il ne faille traduire «selon un mode hébraïque» — les «sentences» (logia) ou paroles du Seigneur. Ce Papias, cité au IIIe siècle par l’historien chrétien Eusèbe de Césarée, entendait ainsi authentifier l’évangile grec de Matthieu connu à son époque. L’inscription «selon Matthieu», qui figure en tête des manuscrits de cet évangile, garantit l’ancienneté de cette tradition.

On n’en sait guère davantage. Divers auteurs de l’Église donnent à son sujet des indications peu contrôlables : il aurait en 42 quitté la Palestine pour évangéliser l’Éthiopie selon certains, les Parthes, la Perse, le Pont- Euxin selon d’autres, quand ce n’est pas la Macédoine ou même l’Irlande. On se rapprocherait sans doute de la vérité en situant en Syrie méridionale le champ de son évangélisation.

Le mode de sa mort et sa date sont aussi sujets à caution : décès naturel ou mort violente ? Les Églises grecques et latines honorent son

martyre à la cour éthiopienne. Ses reliques auraient été transférées à Paestum, puis au Xe siècle dans la crypte de la cathédrale de Salerne. Sa fête se célèbre le 16 novembre dans l’Église grecque, le 21 septembre chez les Latins. Son tombeau fut très tôt visité par de nombreux pèlerins qui l’invoquaient comme patron des changeurs et des douaniers. Des légendes s’ajoutèrent à son histoire, et dans les pays germaniques, des coutumes particulières : ainsi, le jour de sa fête, les fiancées jetaient à l’eau couronnes et gâteaux pour lui confier le bonheur de leur foyer.

Les sculpteurs, verriers et peintres ont représenté des scènes de sa vie, comme sa vocation et le repas chez Lévi. En 1729, Jean-Sébastien Bach composa sa grandiose Passion selon saint Matthieu, où les chœurs communautaires se joignent au récit évangélique. Le film de Pier-Paolo Pasolini campe un Jésus prophète-tribun fascinant ses disciples et subjuguant les foules, enseignant un évangile radical, accompagné par la musique de Bach et des chants populaires modernes.

L’évangéliste

Son évangile nous parle de ce qu’il fut comme porte-parole du message de Jésus. La composition de son ouvrage est éloquente sur ce point. Il est le seul à présenter une succession de discours de Jésus, suivis de gestes concrets ou de démarches qui traduisent au concret ses enseignements. En bon juif, il reprend un schéma courant dans la Bible, où Dieu dit ce qu’il va faire avant de faire ce qu’il a dit ; ce schéma a donné dans les communautés chrétiennes la structure de la célébration eucharistique : la Parole et le Pain.

Lorsque Jésus enfant ne peut encore parler (chap. 1-2), Matthieu convoque les prophètes qui ont annoncé le Messie et en donnent les titres majeurs : Emmanuel, Chef-pasteur, Fils de Dieu et Peuple d’Israël, Nazaréen. Ensuite, nous voyons Jésus, précédé par le Baptiste, entrer dans sa vie publique (chap. 3-4), pour «accomplir toute justice» (3,15).

D’emblée, Jésus apparaît alors au milieu de ses disciples comme celui qui enseigne sa communauté, qu’il va fonder et organiser. C’est d’abord le sermon sur la montagne (chap. 5-7), où, comme en un nouveau Sinaï, Jésus énonce les principes de base du Royaume des Cieux, une vraie charte du bonheur pour les hommes : béatitudes promises à ceux qui entrent avec Jésus dans l’accomplissement de la Torah ; piliers de l’observance juive que sont le jeûne, la prière et l’aumône ; pratique vivante où les actes vérifient les paroles. Après ce discours inaugural, Jésus lui-même va réaliser ce qu’il a proclamé par dix gestes de guérison comme Serviteur, Médecin et Époux (chap. 8-9).

L’étape suivante est marquée par un discours missionnaire (chap. 10) par lequel Jésus envoie ses apôtres pour prêcher la paix et guérir, en se conformant à l’agir de leur maître. On s’attend à les voir démarrer la mission, mais c’est Jésus qui part (chap. 11-12), recueillant lui-même le refus et la persécution, faisant ainsi percevoir aux siens la nécessité d’un discernement constant et d’une disponibilité toujours ouverte.

Qu’est-ce que le Royaume des cieux ? Jésus l’explique dans un discours en paraboles (chap. 13) : mystère de croissance comparable à la semence, au levain, au grain de moutarde ; mystère qui demande de tout lâcher pour trouver le trésor, la perle rare, le filet rempli. Interpellation intime : Comprenne qui a des oreilles ! À partir de là, Jésus va patiemment construire sa communauté (chap. 14-17) qu’il appelle église en la confiant à Pierre : lieu de rassemblement autour de l’Eucharistie et découverte de la liberté des enfants de Dieu dans la transfiguration du Fils bien-aimé.

Le moment est venu de fonder au concret la communauté des disciples. Le discours communautaire (chap. 18) en établit les fondements. Découvrir d’abord l’enfant, le pauvre, qui en est le centre vital ; respecter le petit, c’est percevoir en lui la présence vivante de Jésus, d’où la dignité absolue de chaque personne à sauvegarder, à ne pas perdre. Ensuite pardonner inlassablement, car le frère est don de Dieu. Nous ne pouvons faire obstacle au pardon et l’empêcher d’atteindre, à travers nous, le frère fautif. Établir pareille communauté n’est pourtant pas à taille humaine (chap. 19-22) ; les disciples s’aperçoivent vite de l’impossibilité de la tâche : l’amour mutuel, la pauvreté, le détachement des biens ne sont pas à notre portée. La foi est requise, qui est attachement indéfectible au Maître. Une réponse ferme et un engagement inconditionnel sont demandés au disciple.

Mais — contrepartie des Béatitudes —, l’agir de l’homme n’est pas ce qu’il devrait être (chap. 23). Jésus démasque et conteste l’hypocrisie des pharisiens d’autrefois comme de leurs imitateurs d’aujourd’hui. Le Royaume est un don à recevoir. La mission de Jésus aurait-elle échoué à cause de la défection des hommes ? Au contraire, prenant résolument la route de Jérusalem avec ses disciples, il leur adresse le discours sur la venue du Fils de l’homme dans l’Église et dans le monde (chap. 24- 25). Le vrai temple où Dieu est rencontré, c’est sa personne, qui va relever les ruines des sociétés humaines et enfanter le Royaume. La condition est de risquer sa vie pour Celui qui la donne, se porter à la rencontre de l’Époux, engager les talents confiés par le Maître, reconnaître le Roi présent dans le petit, le pauvre, le malade, l’emprisonné. Utopie ? Ou bien réalité à construire dans une fidélité allant jusqu’à la mort (chap. 2627) ? Mourir pour les siens, c’est mourir en chacun des siens : Corps livré, sang versé. La communauté est à ce prix, car la croix est chemin de grâce. L’avènement du Fils de l’homme se déroule dans le présent de l’histoire par la résurrection du Vivant. La vigilance devient le climat de discernement de la vie quotidienne. Partant dans le monde entier, le disciple aura à assumer ses responsabilités et «plonger les hommes dans l’intimité du Père, du Fils et de l’Esprit saint» (28,19).

Le fils d’Israël

L’évangile de Matthieu représente le témoignage d’une communauté judéo-chrétienne vivante établie dès la fin du Ier siècle en Galilée du Nord et en Syrie méridionale. Il s’achève par la proclamation de la mission universelle qui réalise la promesse faite à Abraham : «En toi se béniront toutes les nations de la terre» (Gn 12,3). Désormais la puissance agissante du Ressuscité est disponible à tous et s’étend à tous les moments de l’histoire humaine.

Effectivement, Matthieu est l’évangéliste de la communauté. Les cinq discours de Jésus, écho des cinq livres de la Torah, constituent l’enseignement du Ressuscité à son Église envoyée par le monde. Matthieu présente Jésus comme le Messie attendu par Israël et annoncé par les Écritures. Sa venue en son peuple est l’événement à partir duquel tous les faits historiques prennent leur sens ultime. La «justice surabondante» (5,20) qu’il requiert de ses disciples radicalise les prescriptions de la Torah et instaure au sein de la communauté les rapports fraternels recommandés par le Lévitique : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Lv 19,18). La commune relation au Père crée la communion fraternelle et son authenticité se mesure aux actes. Le service pastoral dans l’Église est confié à chacun des membres. Tous y sont appelés : pécheurs pardonnés, ils sont gardiens de la miséricorde divine par une attention à chacun dont tous sont responsables.

Ainsi l’Église poursuit la vocation d’Israël dont elle manifeste la visée universelle. Elle témoigne que la promesse se trouve accomplie en Jésus, présence du Royaume, à charge de l’annoncer à l’humanité. L’Israël historique, bien que fermé encore à cet accomplissement, garde sa fonction de veilleur. Il rappelle à l’Église qu’elle ne peut s’installer ici- bas et qu’elle doit se garder de l’idolâtrie toujours prête à resurgir. L’évangile de Matthieu invite son lecteur à reconnaître Israël comme son frère aîné et à vivre en Christ la communion à tous ses frères humains. Tel est son message.

Père Jean Radermakers, IET Bruxelles

Ce texte est extrait du “Sources Vives” n° 134 : Lire l’évangile selon saint Matthieu




Les enjeux du « Dimanche de la Parole de Dieu » (Fr Manuel Rivéro)


Le pape François vient d’instituer « le Dimanche de la Parole de Dieu[1] » qui aura lieu le 3e dimanche du Temps ordinaire, en 2020, ce sera le 26 janvier. Il a choisi la mémoire liturgique de saint Jérôme (350-419), traducteur et commentateur de la Bible, pour mettre en lumière la Parole de Dieu révélée aux hommes : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ », enseignait-il.

Origine surnaturelle des Saintes Écritures

Jean Guitton (1999)[2], philosophe, membre de l’Académie française, invité par le saint pape Paul VI au concile Vatican II, me disait lors d’un entretien à Paris sur le père Lagrange : « Nos contemporains ne croient pas en la dimension surnaturelle de la Bible ; c’est pourquoi il convient de mettre sur les autels le père Marie-Joseph Lagrange, le fondateur de l’École biblique de Jérusalem, pour relier la foi et la science. » Disciple du père Lagrange à Jérusalem, Jean Guitton vénérait la figure de ce maître en exégèse.

Le cardinal Carlo Maria Martini (2012), exégète et grand apôtre de la lectio divina, souhaitait aussi la béatification du père Lagrange, dont « la prière était feu », de manière à relier le renouveau de l’exégèse catholique au XIXe siècle avec la sainteté[3].

Le pape cite l’Évangile de saint Luc[4] pour montrer que les disciples ont eu besoin de Jésus pour leur ouvrir l’esprit à l’intelligence des Écritures. Jésus qui avait ouvert les oreilles des sourds et les yeux des aveugles ouvre l’esprit fermé des disciples afin qu’ils reçoivent la lumière de la Révélation divine transmise par les Saintes Écritures. Il s’agit d’un miracle encore plus grand que les guérisons physiques. La présence de Jésus ressuscité ne suffit pas. Les disciples déconcertés et apeurés après le Vendredi saint ont besoin de recevoir le sens des événements par la catéchèse de Jésus qui a accompli les prophéties de l’Ancien Testament dans sa mort et dans sa résurrection : « en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem[5] ».

Jésus, exégète du Père

Jésus, l’exégète du Père, est venu expliquer le mystère de Dieu. Le Prologue de l’Évangile selon saint Jean utilise le mot grec[6] qui a donné en français « exégèse » pour manifester l’œuvre du Fils de Dieu qui par sa prédication « fait voir » et comprendre l’amour du Père que personne n’a jamais vu. Les explications de Jésus s’avèrent indispensables pour enraciner la Parole de Dieu dans les cœurs, autrement le diable parviendrait à arracher cette semence de vie divine restée à la superficie[7].

Sorti vivant du tombeau, Jésus rappelle aux disciples le sens de la croix et de la Passion. La croix devient la clé qui déverrouille les mystères fermés de l’existence humaine frappée par la souffrance, l’injustice, le mal et le malin. Le récit des disciples d’Emmaüs converge vers cette phrase de Jésus : « Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? [8] ». Pour entrer dans la gloire de la résurrection il n’y a qu’un seul chemin, le chemin de la croix. Saint Jean de la Croix (1591), le grand mystique espagnol, faisait remarquer que nombreux sont ceux qui veulent arriver dans la gloire de Dieu en évitant les souffrances. Un proverbe canadien dit le même message d’une autre manière : « Tous veulent aller au paradis mais personne ne veut mourir. »

Messie crucifié

L’originalité de la foi chrétienne se trouve précisément dans la présence de Jésus au cœur des épreuves et de la mort. Folie et scandale de la croix, s’exclamait saint Paul devant des auditoires sceptiques voire révoltés à l’idée d’un Dieu qui souffrirait. Quand Jésus parle du besoin de la croix, il s’agit de la logique de l’amour. Saint Augustin prêchait : « Donnez-moi quelqu’un qui aime et il comprendra ce que je dis. » L’amour rend humble et petit. Ceux qui aiment sont prêts à souffrir et même à donner leur vie pour la personne aimée : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis[9] », enseigne Jésus. Par amour, le Très-Haut est devenu le très-bas, le tout-puissant s’est abaissé jusqu’à la faiblesse et la fragilité, Dieu grand s’est présenté comme un petit bébé à Bethléem. C’est dans l’abaissement et l’humilité que Dieu se révèle amour et qu’il nous apprend à aimer. Les grands saints ont aimé prier au pied de la croix pour y découvrir l’art d’aimer de Dieu.

Des sages humanistes proposent parfois aux chercheurs de Dieu de choisir la religion qui les rend meilleurs. À la lumière de l’Évangile de Jésus, non-violent qui aime jusqu’à la mort, le chrétien pourrait affirmer : « Choisis la religion où Dieu soit Amour et qu’Il te donne la grâce d’aimer sans domination ». Quel homme a-t-il osé dire « venez à moi, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes ? [10] ». Dieu ne se trouve pas dans la recherche du sentiment de puissance. Dieu est Amour tel que le décrit saint Paul : « L’amour ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal (…), il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. L’amour ne passe jamais[11] ».

Il arrive que des croyants d’autres religions que le christianisme disent aux chrétiens : « votre religion et la mienne, c’est la même chose. Il n’y a qu’un seul Dieu ». C’est vrai qu’il n’y a qu’un seul Dieu mais la manière d’aimer de Dieu n’est pas la même selon les religions. Aux antipodes de toute domination, Jésus révèle l’amour de son Père. D’après les différentes visions de Dieu il y aura diverses manières d’aimer.

La souffrance, la peur de souffrir et la mort font peur. Tout homme essaie d’y échapper. Combat naturel qui correspond à la volonté de Dieu. Dieu ne veut pas la mort des hommes. Dieu n’a pas voulu la mort. Celle-ci est entrée dans le monde par la jalousie du diable[12].

Paul Claudel (1955), poète catholique, réagissait aux questions sur le mal en disant : « Jésus n’est pas venu expliquer le mal mais l’habiter et le vaincre ». Jésus est mort pour vaincre la mort. Son sacrifice a agi comme une arme fatale contre les pouvoirs de la mort. La puissance de l’Amour de Jésus s’est manifestée dans sa résurrection.

Présence de Jésus dans la souffrance et l’insécurité

Le contraire de la foi n’est pas à proprement parler l’athéisme mais la solitude. Chacun a peur de la solitude, de l’échec, de la prison et de la mort. La spécificité de la foi chrétienne apparaît dans la présence aimante de Jésus dans la maladie, l’injustice, l’échec et la mort. Tout au long de l’histoire de l’Église, les chrétiens ont témoigné de cette communion au Christ dans la persécution et la douleur. La foi chrétienne ne consiste pas à penser que Dieu existe. Par la foi, le chrétien contemple Jésus vivant et il s’unit à ses souffrances dans l’espérance de partager sa gloire. Nous comprenons alors le grand nombre de témoignages de baptisés, qui nous partagent leur expérience heureuse de communion avec Dieu dans des circonstances où tout ferait penser au vide et à l’absurde. Des malades témoignent des grâces reçues dans la maladie. Des personnes détenues injustement témoignent des grâces vécues dans le froid des cellules de prison. Le père Pedro Arrupe (1991), ancien Général de la Compagnie de Jésus, se souvenait des journées passées injustement dans une prison japonaise, cœur à cœur avec Jésus, en le contemplant dans sa Passion, à Gethsémani, dans sa garde à vue dans la maison du grand-prêtre, flagellé, abandonné, insulté, couronné d’épines, crucifié. Le père Arrupe considérait ces jours de tristesse humaine comme de grands moments de sa vie mystique : « Il n’y avait rien dans ma cellule de prison ; j’étais seul avec le Christ[13] ». Là où le mal avait abondé, la grâce avait surabondé.

La Parole de Dieu engendre la foi. Le chrétien découvre alors son identité de fils de Dieu et de frère de Jésus. La Parole de Dieu révèle le mystère de la Trinité et elle révèle aussi l’homme à lui-même : « Le mystère de l’homme ne s’éclaire qu’à la lumière de Jésus » (Concile Vatican II. Gaudium et spes n° 22). Le christianisme ne fait pas partie des religions du livre même s’il vénère les Saintes Écritures. Le Verbe fait chair est vivant. Le texte de la Bible devient vivant par l’Esprit de Jésus ressuscité. Sans la grâce intérieure de l’Esprit Saint répandue dans le cœur des croyants, les enseignements des textes bibliques n’apporteraient pas la connaissance ni la vie de Dieu[14].

La Parole de Dieu établit « un dialogue constant de Dieu avec son peuple[15] ». Le mot « dialogue » comprend le mot « logos » qui dans le grec de l’Évangile selon saint Jean désigne le Verbe de Dieu : intelligence divine et Parole. Dans l’Ancien Testament, le mot hébreu « davar » qui signifie « parole » représente un événement. La Parole de Dieu ne saurait pas être réduite à un simple souffle mais elle est créatrice et marque l’histoire.

Ce n’est pas sans raison, que les chrétiens cherchent le dialogue avec les religions et les cultures. Dieu est dialogue dans l’altérité et l’unité. Le Père engendre le Fils et le Fils fait le Père. Sans Fils il n’y a pas de Père. Le Père s’entretient avec son Fils et le Fils rend grâces au Père dans la communion de l’Esprit Saint. Ce dialogue de Dieu « ad intra », dans le mystère de la sainte Trinité, se trouve à la source du dynamisme des dialogues religieux et philosophiques « ad extra » dans l’histoire de l’humanité.

Le Verbe et les mots

Seul Dieu parle bien de Dieu. Jésus, le Verbe fait chair, emprunte nos mots humains les plus justes pour manifester le mystère de Dieu. Le théologien espagnol, Cabodevilla, aimait à dire que « la Parole de Dieu s’est faite chair dans des mots[16] ». L’Incarnation du Fils de Dieu ne se réduit pas à la chair humaine de Jésus, à l’Enfant de la crèche, elle comprend la culture et la langue d’Israël. Les mots humains n’expriment pas toute la richesse des pensées et des sentiments mais ils demeurent la médiation indispensable pour la communication. Dieu est Esprit. Les mots de nos langues et les expériences humaines restent bien en-deçà de la grandeur de Dieu. Pourtant, les mots de la Bible et leur renvoi à la terre et aux travaux des hommes peuvent éveiller l’intelligence à la compréhension de Dieu. C’est ce que fait Jésus dans l’Évangile en parlant des vignes, des mariages, des bergers, des trésors … Dans les Saintes Écritures, les mots sont cent pour cent de Dieu et cent pour cent des hommes. Le pape François rappelle l’enseignement du Concile Vatican II dans la Constitution « Dei Verbum[17] » sur le principe de l’incarnation.

« Cœurs brûlants »

« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? [18] ». La Parole de Dieu fait grandir dans l’amour de Dieu. Il ne sert à rien de se plaindre de l’égoïsme des gens. La conversion passe par un long chemin où la Parole de Dieu joue un rôle fondamental. Les disciples d’Emmaüs marchaient tristes et découragés, le visage sombre. La catéchèse de Jésus, à partir de la Loi, des Prophètes et des Psaumes, a rempli leurs cœurs de la joie pascale.

Aujourd’hui, les catéchistes accomplissent aussi une mission extraordinaire source d’allégresse. J’aime à dire que catéchiste est le plus beau métier du monde. Métier, ministère, service, qui peut illuminer la route des adultes et des enfants à jamais. En tant qu’aumônier de prison, je récolte les fruits de la catéchèse. Souvent les personnes détenues ne se sont pas confessées depuis leur première communion mais les enseignements de la catéchèse gardés dans « le disque dur » de la mémoire remontent lors des événements douloureux.

L’homélie

Le pape François met en valeur l’homélie qui nourrit la foi des chrétiens, « elle possède un caractère presque sacramentel[19] ». L’homélie n’est pas une conférence ni un cours. Dans l’homélie, le prêtre actualise l’Évangile. « Aujourd’hui s’accomplit cette parole », s’était exclamé Jésus en refermant le rouleau du prophète Isaïe dans la petite synagogue de Nazareth. Dans les anciennes basiliques chrétiennes, l’existence de deux ambons, l’un pour l’Ancien Testament et l’autre pour le Nouveau Testament, mettait en évidence la différence et la relation entre eux pour les unir dans le mystère du Christ[20]. Le pape François commente l’accomplissement de l’Ancien Testament par le Christ : « L’Ancien Testament n’est jamais vieux une fois qu’on le fait entrer dans le Nouveau, car tout est transformé par l’unique Esprit qui l’inspire[21] ».

Le pape évoque « le caractère performatif de la Parole de Dieu[22] », c’est-à-dire qu’elle réalise ce qu’elle dit. Dans la liturgie de la Parole, l’Esprit Saint agit. D’où le symbole de la colombe dans les chaires de nos églises. L’Esprit Saint descend sur l’assemblée pendant la liturgie de la Parole de Dieu en prière pour faire grandir la foi et l’amour. Cette épiclèse fait des fidèles réunis en « un seul corps et un seul esprit dans le Christ » (Canon eucharistique n° III).

Victoria, ma sœur aînée, professeur des écoles pendant toute sa vie, appréciait particulièrement les homélies d’un prêtre de Bilbao qui commençait par une question et qui finissait par une question. Dieu s’adresse à l’intelligence. L’homélie cherche à éveiller l’intelligence. Dans l’Évangile, Marie se pose des questions : « comment[23] », « pourquoi ». L’homélie éclaire les interrogations de l’homme l’orientant vers des choix d’amour à faire dans la liberté. Chesterton (1936), écrivain catholique anglais, disait avec humour : « Quand on rentre dans une église on est prié d’enlever le chapeau mais pas la tête ! ».

La sonorisation et l’articulation

Pour que l’homélie porte ses fruits, il s’avère indispensable de miser sur une bonne sonorisation. L’un des premiers investissements à prévoir dans une paroisse concerne la sonorisation. Trop souvent, les fidèles se plaignent de ne pas entendre ou de ne pas comprendre les lectures ou l’homélie à cause des défauts dans le système de sonorisation. Pour les nouvelles générations habituées à la perfection technique des médias, une sonorisation défectueuse discrédite la valeur sacrée de la Parole de Dieu.

Il convient aussi de former les laïcs à l’utilisation des micros. J’aime à dire sous forme de boutade que « les micros sont comme les personnes, il faut leur parler et non pas les frapper. Si on les frappe, on les abîme ». Pourtant je continue de voir les habitués des paroisses taper sur les micros.

La lecture de la Parole de Dieu suppose aussi une préparation soignée. L’expérience prouve que les formations à la respiration, à l’articulation et à la lecture publique portent des fruits merveilleux et assez rapides. Les comédiens étudient cet art dont les églises ont bien besoin. Il serait bon d’organiser des sessions de formation avec des professionnels du théâtre, par exemple.

La Vierge Marie et la Parole de Dieu

Marie, la mère de Jésus, est louée dans l’Évangile à cause de sa foi en l’accomplissement de la Parole de Dieu en elle (cf. Lc 1, 45). Pour le pape François, cette béatitude de la foi précède les autres béatitudes sur la pauvreté, l’humilité, les artisans de paix …

Saint Ambroise de Milan (397) partageait son expérience et celle d’une multitude de croyants quand il affirmait que dans la lecture priante de la Parole de Dieu l’homme se promène avec Dieu dans le paradis[24]. Lire les Saintes Écritures équivaut à écouter Dieu qui parle au cœur. Dialogue d’amour qui fait grandir la foi. Le bonheur de Marie a été précisément d’écouter et de prier la Loi, les Psaumes et les Prophètes. La foi ne consiste pas à penser que Dieu existe. Le diable le pense aussi. La foi jaillit de l’âme en réponse à la révélation de l’amour de Dieu dans les Saintes Écritures et dans la prédication. La grandeur de Marie se trouve dans sa foi. Le pape François de citer saint Augustin qui met en lumière Marie comme disciple de Jésus qui écoute et met en pratique la Parole de Dieu.

Modèle de foi, Marie n’a pas tout compris. Saint Luc commente le recouvrement de Jésus au Temple de Jérusalem, quand il a expliqué à Marie et à Joseph qu’ « il devait être dans la maison de son Père » (cf. Lc 2, 49), en soulignant que ni Marie ni Joseph « ne comprirent cette parole ». La foi illumine la route des hommes mais elle comporte aussi un côté obscur qui fait penser à « la nuit de la foi » chantée par saint Jean de la Croix. Le père Marie-Joseph Lagrange a consacré son existence à la traduction et au commentaire de la Bible en reconnaissant aussi que « la Parole de Dieu pouvait être obscure ». Sans cette limite dans la connaissance de Dieu, la foi ne serait plus la foi mais la claire vision.

Saint Luc, l’évangéliste, montre Marie « qui garde fidèlement dans son cœur » (cf. Lc 2, 51) les événements et les paroles de son fils Jésus.

La prière plutôt qu’une action apparaît comme un état dans la vie de Jésus et des apôtres. À l’image de l’amour qui unit ceux qui aiment même s’ils n’y pensent pas, celui et celle qui prie vit en communion avec Dieu. Marie vivait en état de prière par sa foi. Saint Luc fait appel à deux mots importants de la vie spirituelle de Marie, mère et disciple de son Fils Jésus : « garder » et « fidèlement ».

Une mère porte son enfant dans son sein pendant neuf mois. Cette relation unit la mère et le fils d’une manière unique et définitive. Les généticiens disent que chaque enfant laisse dans le corps de sa mère quelques cellules. La mère qui a donné son corps à l’enfant garde quelque chose du corps de celui-ci en elle. Marie garde fidèlement les événements de la vie de Jésus dans son esprit. « Fidèlement » vient de « foi ». Il s’agit de la même étymologie. Toute l’existence de Marie ressemble à un pèlerinage de foi.

Le pape émérite Benoît XVI dans son Exhortation post-synodale « Verbum Domini » sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église « exhorte les chercheurs à approfondir le plus possible le rapport entre la mariologie et la théologie de la Parole[25] ». Marie, « Mère du Verbe de Dieu » et « Mère de la foi » apparaît comme un modèle d’écoute de la Parole de Dieu. À l’Annonciation, Marie écoute avec son cœur l’annonce de l’ange Gabriel. Le livre du Deutéronome présente l’écoute de la Parole de Dieu comme le premier des commandements et le fondement de l’amour de Dieu à vivre par le Peuple de Dieu : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir » (cf. Dt 6, 4).

Un proverbe africain dit « que la femme est fécondée par l’oreille ». Manière de relier l’écoute, l’amour et le don de la vie.

En Marie, femme juive, première chrétienne, l’Ancien Testament passe dans le Nouveau Testament pour s’accomplir en Jésus, née d’une femme (cf. Ga 4, 4) : « Marie est aussi le symbole de l’ouverture à Dieu et aux autres ; de l’écoute active qui intériorise, qui assimile et où la Parole divine devient la matrice de la vie[26] ». La Parole de Dieu devient matrice d’une nouvelle manière de penser, de prier, de parler et d’agir.

Marie et la Trinité

La Vierge Marie, temple de la sainte Trinité, rayonne de la lumière de Dieu. Fille du Père, source de la vie, Marie n’est pas une déesse mais une créature aimée et sauvée par Dieu. Mère du Verbe fait chair, Image du Père, Marie manifeste au monde l’infinie richesse de la connaissance de Dieu révélée par Jésus.

Dans son commentaire au Credo, saint Thomas d’Aquin (1274) montre comment le Verbe s’est manifesté dans le mystère de l’Incarnation : « Rien n’est plus semblable au Fils de Dieu que le verbe que notre intelligence conçoit sans le proférer par les lèvres. Or, nul ne connaît le verbe tant qu’il demeure dans l’intelligence de l’homme si ce n’est celui qui le conçoit ; mais dès que notre langue le fait entendre, il est connu de nos auditeurs. Ainsi le Verbe de Dieu, aussi longtemps qu’il demeurait dans l’intelligence du Père, était connu seulement de son Père ; mais une fois revêtu d’une chair, comme le verbe de l’homme se revêt du son de sa voix, il s’est alors manifesté au dehors pour la première fois et s’est fait connaître. Selon cette parole de Baruch (3, 38) : « Ainsi il est apparu sur la terre et il a conversé avec les hommes. » Voici le deuxième exemple. Nous connaissons par l’ouïe le verbe proféré par la voix, et cependant nous ne voyons pas et nous ne le touchons pas ; mais si ce verbe nous l’écrivons sur un papier, alors nous pouvons le toucher et le voir. Ainsi le Verbe de Dieu s’est fait lui aussi, et visible et tangible, lorsqu’il s’inscrivit en quelque sorte dans notre chair. Et de même que le papier sur lequel est inscrite la parole du roi, nous l’appelons la parole du roi, de même l’homme auquel est uni le Verbe de Dieu dans une seule personne, nous le nommons le Fils de Dieu[27] ». Ici l’Incarnation du Verbe est comparée au papier. La Vierge Marie a été cette page blanche sur laquelle Dieu a écrit l’histoire du Salut. La page blanche évoque la disponibilité de Marie et l’absence de péché en elle. Par Marie, Dieu s’est rendu visible à nos yeux. La Vie de Dieu s’est manifestée en Jésus[28]. Qui voit Jésus voit le Père. De même qu’un récit fait voir l’histoire racontée comme si elle se déroulait devant nos yeux. Par l’Esprit Saint, la Parole de Dieu rend visible le visage du Christ dans la lumière de la foi : « Jésus-Christ est le visage humain de Dieu et le visage divin de l’homme[29] ».

Loin d’être une mère possessive, Marie conduit toujours à Jésus comme elle l’a fait lors des noces de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (cf. Jn 2, 5). Épouse de l’Esprit Saint, don de Dieu qui fait grandir l’Église, Marie contribue par son intercession à la croissance de la foi et du Corps du Christ, l’Église.

La maternité divine de Marie ne s’arrête pas à Noël. Elle se déploie jusqu’au Calvaire où Jésus la donne comme mère spirituelle à Jean, le disciple bien-aimé qui représente l’Église, et à la Pentecôte où l’Esprit Saint descendra sur les apôtres en prière au Cénacle et sur une multitude de croyants rassemblés à Jérusalem.

Sur le Calvaire, une épée a transpercé l’âme de Marie (cf. Lc 2, 35). Les icônes de la Mère de Dieu placent une étoile sur son front et sur ses épaules, symboles de la virginité avant, pendant et après l’accouchement. En revanche, sur le Calvaire, Marie a connu la déchirure de l’âme. La foi et la maternité spirituelle de Marie ne sont pas allés sans souffrance.

L’annonce de la Parole de Dieu pour que les âmes naissent à la vie de Dieu passe par la déchirure de l’accouchement. Sœur Inés de Jesús O.P., (1993) moniale dominicaine du monastère de Caleruega (Burgos, Espagne), a écrit que « les accouchements des âmes provoquent des déchirures » (Journal spirituel inédit, 28 août 1973). La maternité spirituelle, qui favorise la nouvelle naissance des âmes à la vie de Dieu, passe par les souffrances de l’accouchement de la nouvelle création comme l’enseigne saint Paul[30].

Glorifiée en son corps et en son âme la Vierge Marie, la Mère de Dieu, continue d’œuvrer aux côtés de son Fils pour la croissance du Christ total, la Tête, Jésus, et les membres, les baptisés et ceux qui croient en lui. Bossuet définissait l’Église comme le Christ répandu et communiqué.

Mère du Verbe fait chair en elle, Marie grandit dans sa mission de faire connaître et aimer son Fils qu’elle a accueilli et donné au monde. D’où son rôle dans l’évangélisation. De très nombreuses congrégations religieuses missionnaires ont choisi le patronage de la Vierge Marie, la Mère de la Parole de Dieu. Sur environ 400 congrégations féminines de vie apostolique 130 portent un nom marial[31]. Personne n’a aimé autant le Verbe fait chair que Marie. Nul n’a accueilli avec autant de foi et d’amour la Parole de Dieu que Marie.

Dans la vie d’un chrétien, il y a un va-et-vient entre la prière et l’approfondissement de la Parole de Dieu. Plus la Parole de Dieu est écoutée et priée et plus le fidèle a soif de chercher la richesse des sens de l’Écriture. Trésor inépuisable, source d’eau vive jamais tarie, comme le dit saint Ephrem cité par le pape François au début de cette lettre apostolique « Aperuit illis ».

Le père Marie-Joseph Lagrange (1938), avait inauguré l’École biblique de Jérusalem avec une grande vision du sens et du futur de l’interprétation de la Parole de Dieu : « Dieu a donné dans la Bible un champ infini de progrès dans la vérité ».

Le but de ce nouveau « dimanche de la Parole de Dieu » est de faire aimer davantage la révélation divine et de la mettre en pratique. En effet, la liturgie porte la Parole de Dieu à l’instar d’un écrin qui contient un bijou.

Le fondamentalisme représente un péché contre l’intelligence. La vérité évangélique ne ressemble pas à une statue en béton. La Vérité est Chemin et Vie en la personne de Jésus[32]. La Parole de Dieu ne cesse de grandir dans le cœur des chercheurs de Vérité qui l’écoutent et la lisent. La Parole de Dieu fait toutes choses nouvelles[33]. Elle éveille le désir et l’amour. C’est pourquoi la Bible s’achève avec l’Apocalypse en priant : « Maranatha ! Viens Seigneur Jésus » (Ap. 22, 20).

 

Saint-Denis (La Réunion. France), le 10 octobre 2019.

Fr. Manuel Rivero O.P.,

président de l’Association des amis du père Lagrange O.P., fondateur de l’École biblique de Jérusalem.

[1] Pape François, Lettre apostolique « Aperuit illis » du lundi 30 septembre 2019 en forme de « Motu proprio »,

[2] Voir aussi Jean Guitton, Portrait du père Lagrange. Celui qui a réconcilié la science et la foi. Paris, Éditions Robert Laffont, 1992.

[3] Il Cardinale Carlo Maria Martini, S. J.

Gerusalemme, 22 luglio 2007

Molto reverendo e caro padre Manuel Rivero o. p. ,

Le sono molto grato per la sua lettera dell’11 maggio 2007, consegnatami dal nuovo Padre Priore del convento di santo Stefano di Gerusalemme.

Mi dà grande gioia la notizia che la causa di beatificazione del padre Marie Joseph Lagrange, fondatore della Ecole Biblique di Gerusalemme, è già assai avanti. Personalmente non ho conosciuto il padre Lagrange, ma ricordo l’impressione grande che ricevetti dalla lettura del suoi primi articoli sulla Revue Biblique, lettura che feci all’inizio dei miei studi biblici. Anche in seguito ho tratto molto profitto dai suoi commenti ai vangeli, e, pur non conoscendo i particolari, ho ammirato la sua grande obbedienza nel vivere il suo carisma di esegeta in piena disponibilità a fare quanto gli veniva chiesto.

Ho sempre guardato con gratitudine a questa figura di studioso e di figlio devoto della Chiesa, e sono lieto di sapere che egli era anche un uomo fervente, un uomo la cui preghiera era fuoco.

Ritengo che il padre Lagrange sia come l’iniziatore di tutta la rinascita cattolica degli studi biblici. Il pensare che all’inizio ci sia stato un santo ci conforta nel vivere questi studi con l’attitudine di San Girolamo e degli altri esegeti santi, che hanno cercato nella scrittura il volto di Dio.

Sarò molto lieto nel sapere ulteriori notizie sullo sviluppo della causa e prego fin da ora perché essa serva a far conoscere questo uomo straordinario, questo figlio obbediente della Chiesa, questo umile servitore del Vangelo.

Suo in X.o

Carlo Maria Card. Martini

(La Revue du Rosaire, n° 193, septembre 2007)

[4] [4] Pape François, Lettre apostolique « Aperuit illis », n°1. Cf. Évangile selon saint Luc 24, 45.

[5] Cf. Évangile selon saint Luc 24, 48.

[6] Évangile selon saint Jean 1, 18.

[7] Cf. Évangile selon saint Matthieu 13, 19.

[8] Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 24, 26.

[9] Évangile selon saint Jean 15,13.

[10] Évangile selon saint Matthieu 11,28-30.

[11] Épître de saint Paul aux Corinthiens, 13, 5-8.

[12] Cf. Sagesse 2, 24.

[13] Pedro Miguel LAMET, Arrupe, una explosión en la Iglesia, Madrid, ediciones Temas de hoy, 1990. P.158.

[14] Cf. Enzo Bianchi, « Prier la Parole », in Précis de théologie pratique. Deuxième édition augmentée, Bruxelles, Lumen vitae, 2007, p. 379.

[15] Pape François, Lettre apostolique « Aperuit illis », n° 2.

[16] J.M. Cabodevilla, Palabras son amores. Límites y horizontes del dialogo humano, Madrid, BAC, 1980, p. 251.

[17] Pape François, Lettre apostolique « Aperuit illis », n° 9.

[18] Évangile selon saint Luc 24, 32.

[19] Pape François, « Aperuit illis », n°5. Citation aussi d’Evangelii Gaudium, n° 142.

[20] Commission biblique pontificale. Inspiration et vérité de l’Écriture sainte, Paris, Bayard, Fleurus-Mame. Cerf, 2014, p. 250.

[21] Pape François « Aperuit illis », n° 12.

[22] Pape François, « Aperuit illis », n° 2.

[23] Évangile selon saint Luc 1, 34 : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? », à l’Annonciation ; « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? » (Lc 2, 48), lors du recouvrement de Jésus au Temple de Jérusalem.

[24] Saint Ambroise de Milan, Epistula 49,3 : PL 16, 1204. Cité dans « La Parole du Seigneur. Verbum Domini ». Exhortation apostolique post-synodale du pape Benoît XVI, Paris, 2010, n° 87.

[25] Benoît XVI, Exhortation post-synodale « Verbum Domini », n° 27.

[26] Benoît XVI, Exhortation post-synodale « Verbum Domini », n° 27.

[27] Saint Thomas d’Aquin, Le Credo, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1969, n° 45.

[28] CF. Première épître de saint Jean 1, 2 : « La Vie s’est manifestée ».

[29] Jean-Paul II. Ecclesia in America, n° 67.

[30] Saint Paul. Épître aux Romains 8, 28.

[31] Brigitte Waché, « Marie et les missions dans les congrégations féminines. Essai de typologie. 147. In Marie, première missionnaire. 64e session de la Société française d’études mariales. Paris, Médiaspaul, 2007.

[32] Cf. Évangile selon saint Jean 14, 6.

[33] Cf. Apocalypse 21, 5.




Regards historiques sur la crucifixion de Jésus de Nazareth

         Selon l’affirmation de Rudolf Bultmann, célèbre théologien, exégète et historien allemand du XXe siècle, ce que l’on pourrait estimer de sûr quant à l’existence de Jésus de Nazareth tiendrait en à peine une page. Si, depuis cette conclusion, les recherches ont permis de faire avancer notre connaissance et nos certitudes, il est du devoir de l’historien d’admettre que peu de faits sont saisissables en dehors du prisme de la foi. Devenir spécialiste des origines du christianisme – et notamment de l’historicité de Jésus – est un pari audacieux que l’on ose par passion et conviction. S’il est un point sur lequel nous pouvons être en accord avec Bultmann et qui concilie Histoire et croyance, c’est que la crucifixion de Jésus de Nazareth est à la foi le pilier de l’identité chrétienne mais également l’événement historique le plus assuré concernant la réalité physique de son existence.

         Dans l’optique de la conférence exceptionnelle qui se tiendra le 1er septembre prochain à la Maison Diocésaine de Saint-Denis relative au Suaire de Turin, il a paru important de présenter quelques rappels historiques majeurs sur les circonstances ayant entouré le procès, la condamnation et l’exécution de Jésus de Nazareth. Il n’est pas du ressort de l’historien de traiter de la Résurrection dont la réalité si évidente pour la foi du chrétien ne peut être envisagée sous l’angle de la recherche pragmatique. Il s’agit avant tout de proposer aux participants de cette conférence des clés de compréhension permettant de saisir ce qui y sera abordé.

Un procès en deux temps

           Lorsque Jésus est arrêté au Jardin de Gethsémani, il s’agit de l’initiative des Saducéens (les prêtres du Temple de Jérusalem) dont l’origine se trouve probablement dans ce que l’on appelle communément l’ « Attentat du Temple », à savoir l’expulsion des marchands et changeurs ayant provoqué sans doute une grave crise dans l’économie du sanctuaire. Le rôle de Judas l’Iscariote est difficile à cerner et pourrait faire l’objet d’une analyse à part entière ; il n’est donc pas utile de l’aborder ici. Tout le monde sera d’accord pour reconnaitre la première phase de procès si bien décrite par Jn notamment, celle de la comparution devant Anne et Caïphe. Nous tenons ici le cœur même de cette procédure : Jésus est appréhendé sur décision du Sanhédrin pour un motif ayant trait au judaïsme de son époque. Il ne faut pas oublier que si l’autorité romaine détient seule à cette époque le droit de vie ou de mort, les prêtres ont tout à fait possibilité de statuer sur des motifs religieux en tant qu’assemblée souveraine en ce domaine. Il n’y a rien donc rien d’anormal. Le Talmud présente d’ailleurs ce procès sous l’angle d’une démarche purement doctrinale. La difficulté pour les Saducéens sera de traduire cette condamnation quasi-unanime des autorités sacerdotales en langage juridique familier au Préfet (Ponce Pilate) devant lui-même être en accord avec les impératifs de la Loi de Rome (Mos Maiorum). Celui-ci est le seul habilité à prononcer une condamnation à la peine capitale mais ne peut le faire arbitrairement, au vu du contrôle strict exercé par le pouvoir impérial sur la droiture de ses représentants. Il est important de souligner ici que l’objectif des prêtres est d’obtenir une condamnation à la crucifixion (ce sur qui nous reviendrons plus bas), châtiment très employé par les Romains bien qu’ils ne l’aient pas inventé. Deux options s’offrent alors : soit le Préfet reconnaît l’accusé coupable en vertu de la Loi romaine, soit il accepte d’accorder aux autorités du Temple le droit d’exécution de manière exceptionnelle afin d’éviter tout trouble en cette période agitée de Pâque juive (Pessah). Commence alors la seconde phase du procès, celle se déroulant devant Pilate. Avec un peu d’honnêteté intellectuelle, tout lecteur du Nouveau Testament constatera que le Préfet n’a aucun motif de prononcer une condamnation à la croix concernant Jésus. Historiquement, cela se vérifie aisément car il n’est pas passible de cette mort honnie des citoyens romains dans les textes de la Loi. Pilate ne reconnaît pas en lui un séditieux avéré (seul motif qui aurait pu s’appliquer). A Rome, la crucifixion est le châtiment des esclaves et des grands criminels ; elle n’est pas décidée à la légère et est totalement exclue dans le cadre de la condamnation d’un citoyen romain (Cicéron en sera l’un des meilleurs démonstrateurs en tant qu’avocat). Sous la pression des prêtres, Pilate finira par opter pour la seconde solution : livrer l’accusé en autorisant les gardes du Temple à procéder à l’exécution. Mais pourquoi avoir réclamé à grands cris la croix alors que la peine qui aurait du être appliquée (toujours selon le Talmud) est la lapidation ?

Le châtiment et l’exécution de Jésus : retour sur un événement obscur

           Selon Deutéronome 21, 23, celui qui est pendu sur le bois (comprenons crucifié) est maudit. Cela implique dans le judaïsme du Ier siècle un effacement total de la mémoire du condamné devenu impur aux yeux de l’Eternel. En ce qui concerne Jésus, on aperçoit alors aisément l’utilité d’une telle exécution : l’enseignement dispensé par le maître deviendra caduc. La portée symbolique est d’une importance considérable. Certains ont rétorqué pendant longtemps que la croix était un supplice totalement romain dans ces contrées (Flavius Josèphe racontera son utilisation intensive par le général et futur Empereur Titus lors du siège de Jérusalem en 70 ; on peut également citer les nombreuses mises en croix épisodiques de Zélotes par les soldats ou, bien avant, les 2000 crucifiés par ordre du légat Varus à la mort d’Hérode le Grand). En réalité, il a été clairement démontré que la croix était utilisée par les autorités judéennes (notamment par Emile Puech, professeur à l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem). En définitive, Pilate n’est responsable que de deux faits : la flagellation (prescrite pour corriger un trublion) et la crucifixion des brigands relevant bel-et-bien de l’autorité impériale cette fois. C’est ce qui expliquera la présence de soldats romains au pied de la croix lorsque Jésus expire. Le Suaire de Turin montre effectivement l’image d’un homme indubitablement crucifié à la manière antique ; s’il s’agit de Jésus de Nazareth, nous sommes probablement en présence d’un témoignage unique de crucifixion judéenne. On peut néanmoins remarquer sur le corps de l’homme les nombreuses marques de flagellation. Extrêmement rigoureux et codifié, ce supplice pouvait effectivement coûter la vie à celui qui y était soumis. Les bourreaux utilisaient un flagrum, fouet à plusieurs lanières de cuir terminées par des éclats de plomb ou d’ossements destinés à déchirer les chairs du malheureux. La perte de sang devait être importante, ce qui explique l’état de faiblesse de Jésus lors du sinistre parcours vers le Golgotha. Pilate ayant concédé aux autorités sacerdotales la permission de mettre à mort l’accusé, Jésus sera placé dans le cortège expédiant deux autres « larrons » à la mort. Il porte alors le patibulum, c’est-à-dire la poutre transversale du gibet et non la croix dans son intégralité (nous le savons par les dires de nombreux auteurs antiques). Sur ce qui se passe au lieu de l’exécution, les évangiles sont extrêmement peu clairs. C’est en 1968 que des archéologues retrouveront auprès de Jérusalem les ossements d’un homme crucifié et établiront le déroulement probable de la mise à mort. Au début du siècle dernier, un médecin bien connu – le Dr Barbet – avait déjà abouti à de solides conclusions, confirmées par la découverte des ossements mais aussi le Suaire. Jésus a certainement été cloué sur le patibulum par les poignets (voire entre les os de l’avant bras) et ensuite hissé sur la poutre verticale (appelée stipes et plantée en permanence sur le lieu des supplices). La section du nerf médian au poignet entraine chez le condamné la rétraction incontrôlable du pouce au cœur de la paume ; ceci explique certainement le fait que l’homme du Suaire ne possède que quatre doigts visibles à chaque main… Ceci n’est qu’un exemple des multiples détails révélés par l’analyse minutieuse de la relique. Les pieds sont ensuite eux-mêmes cloués (le crucifié retrouvé en 1968 avait été fixé par les talons, le clou étant encore fixé dans son calcaneum). Le mort se produit ensuite par lente asphyxie, le crucifié devant se hisser pour respirer et donc s’appuyer sur ses blessures. L’agonie est estimée à une dizaine d’heures en moyenne avant que l’effort intense ne provoque une tétanie complète du corps et une incapacité à reprendre son souffle. Les évangiles relatent une période de six heures avant que Jésus meure ; Mc évoque d’ailleurs un épisode unique, celui de Pilate s’étonnant d’une mort aussi rapide. De nombreuses théories ont été évoquées, toutes défendables : arrêt cardiaque, rupture d’anévrisme, accélération de la mort par le fait d’avoir bu la boisson vinaigrée, apoplexie… On remarque que l’homme du Suaire, de même que Jésus, n’a pas subi le crurifragium ou brisement des jambes bien connu par les sources antiques, destiné à abréger les souffrances en provoquant une asphyxie quasi-instantanée. En revanche, une plaie rappelant une lance plate (lancea) est bien visible au côté gauche. Selon Jn, il en coula du sang et de l’eau ; effectivement, porté dans la région de la plèvre et du péricarde, il a été constaté que la blessure transperce une zone contenant un important œdème très certainement accentué par les efforts fournis par le supplicié. Restent les coulées de sang au front rappelant sans équivoque les épines de la couronne de dérision, détail totalement propre à l’exécution de Jésus. On pourrait également évoquer les ecchymoses, tuméfactions et traumatismes divers. Constatation ultime : l’homme n’a pas été laissé à la merci des oiseaux de proie ou des chacals, sort hélas ordinaire des cadavres abandonnés sur les croix. Deux pièces de monnaie ont été posées sur ses yeux lors de sa probable mise au tombeau, conformément à l’usage du Ier siècle. On est bien entendu tentés de reconnaître ici l’intervention de Joseph d’Arimathie ayant évité au maître de connaître le sort des condamnés anonymes. On peut également y voir l’impératif de la Pâque nécessitant un retrait rapide des corps en vertu de la Loi de Moïse. L’homme a été mis au sépulcre à la manière attestée dans les coutumes judéennes de l’époque. Mais nous entrons à présent dans un mystère qui n’est plus du ressort de l’historien et vit pleinement dans le cœur du croyant : celui du troisième jour.

         Abordé ici de manière succincte – voire lapidaire, l’épisode de la mort de Jésus est aux yeux de l’historien un événement de première importance. Il faut souligner qu’il est le seul datable avec précision (même si cela ne demeure pas sans polémiques). La présentation ici réalisée n’a qu’un objectif : donner au croyant des éléments de réponse et de compréhension, que ce soit pour la conférence qui se tiendra prochainement mais aussi pour sa réflexion de tous les jours. Le Suaire de Turin est un témoignage unique et presque insaisissable du lien existant entre la foi et l’étude des faits. Les deux ne sont pas contradictoires. L’Histoire n’a pas pour vocation de détruire la foi. L’Histoire nourrit la foi. Elle a consolidé la mienne…

Yannick Leroy




“Servir à la suite du Christ Serviteur”

Au début de cette année l’Equipe du Sedifop s’est retrouvée pour un temps de retraite et d’échange pour repartir et repartir encore, dans la foi, à la Suite du Christ Serviteur. Voici le document qui fut donné en cette occasion. Il suffit de cliquer sur le titre ci après pour y accéder…

« Servir à la suite du Christ Serviteur » (2018)




Le Christ accomplit la Loi

Après une rapide introduction à la Bible, nous verrons l’Alliance conclue avec Abraham, puis celle conclue avec Moïse au sommet du Mont Sinaï. C’est là que Dieu lui donnera ces “Dix Paroles” qui constitueront le coeur de la Loi. Nous étudierons alors tout particulièrement quatre d’entre elles, et nous verrons ensuite, avec St Matthieu, comment le commandement de l’amour, enseigné par le Christ, accomplit en fait tous les autres commandements…

Pour des raisons pratiques, ce parcours vous est présenté en format PDF. Chaque fois que le texte hébreu, pour l’Ancien Testament (AT), est cité, il est aussitôt accompagné d’une traduction littérale. Ses nuances sont parfois capitales pour l’interprétation du texte biblique. En effet, lorsque, par exemple, l’une des Dix Paroles déclare à propos des idoles, “tu ne les serviras pas”, le temps employé en hébreu suggère comme nuance : “Tu ne te laisseras pas asservir par elles”… Ainsi, “servir une idole”, quelqu’elle soit, devient synonyme d’en “devenir l’esclave”, et cela, Dieu ne le supporte pas, Lui qui nous a tous créés pour que nous soyons pleinement libres… L’amour en effet ne peut pleinement se vivre que dans l’acquiescement des libertés…

Bonne lecture à vous, et surtout, belle rencontre, de coeur, avec le Christ, dans la foi… car tel est bien le seul but que poursuit finalement toute étude biblique…

                                                                                                                      D. Jacques Fournier

Pour accéder au document, cliquer sur le titre suivant :

Le Christ accomplit la Loi 2017