Dieu Créateur de l’homme “à son image et ressemblance” (Gn 1,1-2,7).

Ces deux premiers chapitres du Livre de la Genèse sont certainement parmi les plus importants de la Bible. Avec eux, nous découvrons le projet de Dieu sur l’homme : qui est-il et pourquoi a-t-il été créé ? 

Aujourd’hui, prendre un peu de temps est de plus en plus difficile… Et pourtant, sûrs d’être devant un trésor, nous ne pouvons que vous inviter à lire tranquillement ces quelques pages… Nous vous avons laissé parfois le texte en hébreu (langue de l’Ancien Testament) et en grec (traduction grecque de l’Ancien Testament par la communauté juive d’Alexandrie à partir du 3° s avant JC), avec toujours une traduction littérale jointe, ce qui permet souvent de “goûter” un peu plus la richesse du texte biblique… 

L’homme est une créature unique, la seule à avoir été créée “à l’image et ressemblance de Dieu” (Gn 1), la seule qui doit sa vie à l’action directe de Dieu en elle par le Don de son Souffle de vie, l’Esprit Saint (Gn 2). Et Dieu qui “Est Esprit” (Jn 4,24) nous a tous suscités dans la vie en créatures spirituelles pour vivre en “face à face” avec lui: le regarder, l’écouter, le comprendre, lui répondre… Et cette relation du Père avec ses enfants est, pour lui comme pour nous, source de joie… Au ciel, par delà notre vie ici-bas, nous partagerons, nous l’espérons, la Plénitude de son Être, de sa Lumière et de sa Vie… Nous avons tous été créés pour cela… “Là” est le vrai Bonheur, le seul qui dure, toujours possible grâce à l’Amour Fidèle et Miséricordieux de Dieu, qui le veut pour chacun d’entre nous plus que nous-mêmes… Et ce Trésor, il est possible de le pressentir dès maintenant, et cela au coeur même de toutes nos épreuves, nos difficultés, nos souffrances… “Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru” (Jn 20,29)… 

La mise en ligne de l’hébreu et du grec est complexe sur Word Press… C’est pourquoi, pour ces raisons purement pratiques, nous vous invitons à lire le texte PDF ci-joint, et mieux, si possible, à l’imprimer… Plein de bonnes choses à vous,

D. Jacques Fournier

Crédo Biblique – SI (2) Document PDF pour lecture et impression éventuelle

 




Nouveau planning pour le Cycle Long 2020

Le Cycle Long 2020 se poursuit… mais autrement…

Pour sa première partie biblique, l’organisation, fruit du sondage réalisé auprès de tous les participants, est la suivante :

A) Trois groupes internet par vidéoconférences. 

1 – Celles et ceux des deux groupes Etang Salé Samedi et Etang Salé Dimanche et du groupe St Benoît Dimanche qui peuvent se rendre disponibles les samedis matins se retrouveront avec le Père Joseph LEKUNDAYO les samedis 13 juin, 27 juin et 11 juillet de 8h 30 à 11h 30, pour un total de 33 personnes inscrites.

2 – Celles et ceux des deux groupes St Denis Samedi et St Denis Dimanche et du groupe de Cilaos qui peuvent se rendre disponibles les samedis matins se retrouveront avec le Père Firmin LASWAY les samedis 13 juin, 27 juin de 8h 30 à 11h 30, pour un total de 29 personnes inscrites.

3 – Celles et ceux de tous les groupes Cycle Long qui ne pouvaient se libérer que le dimanche se retrouveront avec le Diacre Jacques FOURNIER les dimanches 14 juin, 5 et 26 juillet de 8h 30 à 11h 30, pour un total de 33 personnes inscrites.

 

B) Cinq groupes en salles.

Pour tous les groupes, l’organisation habituelle, avec petit déjeuner et repas de midi, tous les deux en libre service, ne peut être maintenue pour respecter les règles sanitaires. Ils sont donc, hélas, supprimés pour l’instant… Les rencontres ne se feront donc plus que le matin, de 8h 30 à 11h 30, et cela, jusqu’à ce que nous puissions reprendre notre rythme normal… Et le premier repas partagé sera un repas de fête !

1 – Les participants des deux groupes ST DENIS Samedi et ST DENIS Dimanche se retrouveront, selon leur disponibilité, avec le Père Firmin LASWAY les samedis 20 juin, 4 et 18 juillet à LA MAISON DIOCÉSAINEde 8h 30 à 11h 30 pour la moitié d’entre eux, de 14h 00 à 17h 00 pour l’autre moitié. Dans les deux cas, le nombre des inscrits correspond exactement au nombre de places désormais disponibles dans la salle Jean Paul II pour répondre aux contraintes sanitaires, soit 38 personnes. Tous devront venir avec leur masque. Du gel hydroalcoolique sera offert avant d’entrer dans la Maison Diocésaine, ainsi qu’à l’entrée de la salle Jean Paul II. Les sièges et tables seront désinfectés avec des lingettes javellisées après chaque rencontre.

2 – Les participants des deux groupes ÉTANG SALÉ Samedi et ÉTANG SALÉ Dimanche se retrouveront avec le Père Joseph LEKUNDAYO dans la très grande SALLE DU PÈLERIN qui permet encore, dans le respect des règles sanitaires, un accueil large et donc suffisant les samedis 20 juin, 4 et 18 juillet de 8h 30 à 11h 30. Tous devront venir avec leur masque. Du gel hydroalcoolique sera offert avant d’entrer dans la salle.

3 – Les participants du Groupe de CILAOS se retrouveront le samedi matin, de 8h 30 à 11h 30, avec le Diacre Jacques FOURNIER les 13 juin, 4 et 25 juillet. Le lieu de la rencontre sera précisé en fonction du nombre de personnes pouvant être présentes : salle paroissiale ou église paroissiale. Tous devront venir avec leur masque. Du gel hydroalcoolique sera offert avant le début de la rencontre.

4 – Les participants du Groupe de ST BENOÎT se retrouveront, dans la grande SALLE PAROISSIALE qui permet le respect des règles sanitaires, le Dimanche matin, de 8h 30 à 11h 30, avec le Diacre Jacques FOURNIER les 28 juin, 9 août, 6 septembre, 4 octobre. Tous devront venir avec leur masque. Du gel hydroalcoolique sera disponible avant d’entrer dans la salle.

 

En août commencera la seconde partie, théologique, sur la base des grands documents de l’Eglise comme le Concile Vatican II, le Catéchisme de l’Eglise Catholique, promulgué sous le Pape Jean Paul II, etc…

L’organisation sera la suivante :

A) Deux groupes internet par vidéoconférences. 

1 – Celles et ceux qui peuvent se rendre disponibles les samedis matins se retrouveront avec le Père Pascal CHANE TENG les samedis 29 août, 21 et 28 novembre, et 5 décembre de 8h 30 à 11h 30.

2 – Celles et ceux qui peuvent se rendre disponibles les Dimanches matins se retrouveront avec Claude WON FAH HIN les dimanches 30 août, 27 septembre, 25 octobre et 28 novembre de 8h 30 à 11h 30.

 

B) Cinq groupes en salles.

 Pour tous les groupes, l’organisation habituelle, avec petit déjeuner et repas de midi, tous les deux en libre service, ne peut être maintenue pour respecter les règles sanitaires. Ils sont donc, hélas, supprimés pour l’instant… Les rencontres ne se feront donc plus que le matin, de 8h 30 à 11h 30, et cela, jusqu’à ce que nous puissions reprendre notre rythme normal… Et le premier repas partagé sera un repas de fête !

1 – Les participants des deux groupes ST DENIS Samedi et ST DENIS Dimanche se retrouveront, selon leur disponibilité, avec le Père Pascal CHANE TENG les samedis 22 août, 19 septembre, 17 octobre et 14 novembre à LA MAISON DIOCÉSAINE, de 8h 30 à 11h 30 pour la moitié d’entre eux, de 14h 00 à 17h 00 pour l’autre moitié. Dans les deux cas, le nombre des inscrits correspond exactement au nombre de places désormais disponibles dans la salle Jean Paul II pour répondre aux contraintes sanitaires, soit 38 personnes. Tous devront venir avec leur masque. Du gel hydroalcoolique sera offert avant d’entrer dans la Maison Diocésaine, ainsi qu’à l’entrée de la salle Jean Paul II. Les sièges et tables seront désinfectés avec des lingettes javellisées après chaque rencontre.

2 – Les participants des deux groupes ÉTANG SALÉ Samedi et ÉTANG SALÉ Dimanche se retrouveront avec le Père Christian CHASSAGNE dans la très grande SALLE DU PÈLERIN qui permet encore, dans le respect des règles sanitaires, un accueil large et donc suffisant les samedis 29 août, 26 septembre, 31 octobre et 28 novembre de 8h 30 à 11h 30. Tous devront venir avec leur masque. Du gel hydroalcoolique sera offert avant d’entrer dans la salle.

3 – Les participants du Groupe de CILAOS se retrouveront le samedi matin, de 8h 30 à 11h 30, avec Claude WON FAH HIN les 8 août, 12 septembre, 10 octobre et 21 novembre à la salle paroissiale. Tous devront venir avec leur masque. Du gel hydroalcoolique sera offert avant le début de la rencontre.

 4 – Les participants du Groupe de ST BENOÎT se retrouveront, dans la grande SALLE PAROISSIALE qui permet le respect des règles sanitaires, le Dimanche matin, de 8h 30 à 11h 30, avec Claude WON FAH HIN les 23 août, 20 septembre, 18 octobre et 15 novembre. Tous devront venir avec leur masque. Du gel hydroalcoolique sera disponible avant d’entrer dans la salle. Et enfin, pour rappel, des dates supplémentaires pour rattraper les rencontres bibliques avec D. Jacques FOURNIER ont pu être mises en place, aux mêmes horaires, intercalées entre les rencontres précédentes : 6 septembre, 4 octobre.

 

Les grandes rencontres communes de tous les groupes au Collège St Michel prévues les dimanches 5 juillet et 6 décembre sont annulées pour raisons sanitaires.

Pour la participation aux frais, étant donné qu’il n’y a plus ni repas ni petit déjeuner, ils s’alignent sur ceux de la FAC (Formation pour les Anciens du Cycle Long), soit dix euros pour la demi journée. Ils nous permettront de couvrir les frais de location de salle, de déplacement de l’intervenant, de photocopies, etc… Mais comme toujours, ces questions, nécessaires pour le fonctionnement du Sédifop, ne doivent pas être un obstacle à la formation… Si votre situation est serrée, n’hésitez pas à nous en parler, nous avons tous connu de tels moments…

Un grand merci à tous pour votre fidélité et votre désir de continuer. Grâce à vous, l’aventure se poursuit, autrement, certes, mais le regard toujours fixé vers cet “Amour qui nous attend au terme de l’histoire”…

 

Amour qui nous attends
au terme de l’histoire,
ton Royaume s’ébauche
à l’ombre de la croix ;
déjà sa lumière
traverse nos vies.
Jésus, Seigneur, hâte le temps
Reviens, achève ton œuvre !

Quand verrons-nous ta gloire
transformer l’univers ?

Jusqu’à ce jour, nous le savons,
la création gémit
en travail d’enfantement.

Nous attendons les cieux nouveaux
la terre nouvelle,
où régnera la justice.

Nous cheminons dans la foi,
non dans la claire vision,
jusqu’à l’heure de ton retour.

                                                                                              CFC (s. Marie-Claire)

Meilleurs voeux à tous…

                    D. Jacques Fournier




Mois de Mai, mois de Marie : une invitation à tourner vers elle notre regard…

En ce mois consacré à la Vierge Marie, voici, si vous le désirez, quelques liens renvoyant soit à des commentaires de passages du Nouveau Testament où elle intervient, soit à des articles écrits à son sujet… Bonne lecture à vous, bonne méditation, et merci d’avance pour votre prière pour notre monde si secoué par la crise que nous traversons, pour toutes les personnes en souffrance, et elles sont nombreuses, et aussi pour la petite équipe du Sédifop et de jevismafoi.com qui essaye de poursuivre au mieux sa mission…

Si un thème vous intéresse, il suffit de cliquer sur le lien situé en dessous et vous accèderez à l’article correspondant…

– Prière à Marie de St Bernard de Clairvaux

https://www.sedifop.com/priere-a-marie-de-saint-bernard-de-clairvaux/

– Marie Mère de Dieu (Francis Cousin)

https://www.sedifop.com/solennite-de-sainte-marie-mere-de-dieu-par-francis-cousin/

– Pourquoi appeler Marie “la Mère de l’Eglise” (Fr Manuel Rivero O.P.)

https://www.sedifop.com/pourquoi-appeler-la-vierge-marie-mere-de-leglise/

– La Vierge Marie, Théologienne (Fr. Manuel Rivero O.P.)

https://www.sedifop.com/la-vierge-marie-theologienne-fr-manuel-rivero-o-p/

– La Vierge Marie, patronne de l’Ordre des prêcheurs (Fr Manuel Rivero O.P.)

https://www.sedifop.com/la-vierge-marie-patronne-de-lordre-des-precheurs-fr-manuel-rivero-o-p/

– Chemin de Croix avec Marie (Fr Manuel Rivero O.P.)

https://www.sedifop.com/chemin-de-croix-avec-marie/

– L’Immaculée Conception de Marie et son Assomption (D. Jacques Fournier)

https://www.sedifop.com/limmaculee-conception-de-marie-et-son-assomption-2/`

– L’Annonciation à Marie (Lc 1,26-38 ; D. Jacques Fournier)

https://www.sedifop.com/lannonciation-a-marie-lc-126-38-2/

– La visite de Marie à sa cousine Elisabeth (Lc 1,39-45 ; D. Jacques Fournier)

https://www.sedifop.com/la-visite-de-marie-a-elisabeth-lc-139-45/

– Le Cantique d’action de grâce de Marie, le Magnificat (Lc 1,46-55 ; D. Jacques Fournier)

https://www.sedifop.com/le-cantique-daction-de-graces-de-marie-le-magnificat-lc-146-55/

– La visite des bergers à Marie, Joseph et à Jésus nouveau né (Lc 2,16-21 ; D. Jacques Fournier)

https://www.sedifop.com/1er-dimanche-de-careme-par-le-diacre-jacques-fournier-marc-1-12-15-2-2-2-2-2-3-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-5-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-3-2-2-2-2-2-2-5-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-2-3-3-2-2-2-2-2-2-2-2-3-14/

– La Femme couronnée d’étoiles (Ap 12 ; D. Jacques Fournier)

https://www.sedifop.com/la-femme-et-le-dragon-ap-12/

 




Comment lire la Bible, œuvre tout à la fois de Dieu et des hommes…

« Dieu est invisible », nous dit le Concile Vativan II, mais « il lui a plu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté » (Dei Verbum (DV) & 2)… Tel est le point de départ que nous ne devrons jamais oublier… « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24), nous dit St Jean, et il est donc, par nature, « invisible » à nos seuls yeux de chair. Mais il prend l’initiative de « se révéler », une notion qui intervient 32 fois dans notre texte. C’est donc Lui, en premier, qui vient à nous et qui désire se faire connaître tel qu’Il Est… A nous maintenant d’accepter les moyens qu’il a choisis de mettre en œuvre pour « se révéler », et surtout d’accepter ce qu’il désire nous « révéler »… « A Dieu qui révèle, il faut apporter « l’obéissance de la foi » (Rm 16,26 ; 1,5 ; 2 Co 10, 5-6), par laquelle l’homme s’en remet tout entier librement à Dieu… Pour apporter cette foi, l’homme a besoin de la grâce de Dieu qui fait les premières avances et qui l’aide, et du secours intérieur de l’Esprit Saint pour toucher son cœur et le tourner vers Dieu, pour ouvrir les yeux de son âme, et donner à tous la joie profonde de consentir et de croire à la vérité » (DV & 5). C’est à cet Esprit Saint que nous nous confions tous aujourd’hui…

            Pour se révéler, Dieu a choisi un homme « Abraham », puis des hommes issus de sa lignée, « les fils d’Abraham », les Israélites, qui vont mettre par écrit ce qui leur a été donné de percevoir de son Mystère : « Pour la rédaction des Livres saints, Dieu a choisi des hommes ; il les a employés en leur laissant l’usage de leurs facultés et de toutes leurs ressources, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils transmettent par écrit, en auteurs véritables, tout ce qu’il voulait, et cela seulement » (DV & 11). Ainsi, « Dieu parle dans la Sainte Ecriture par des intermédiaires humains, à la façon des hommes ». « Pour comprendre correctement ce que l’auteur sacré a voulu affirmer par écrit, il faut donc soigneusement prendre garde aux façons de sentir, de dire ou de raconter, qui étaient habituelles dans son milieu et à son époque » (DV & 12).

            Ainsi par exemple, les archéologues ont trouvé en Irak une tablette d’argile qui raconte l’histoire de Sargon Ier, dit l’ancien, un Sémite, fondateur de la puissante dynastie akkadienne, et qui vécut aux environs des années 2350 av. JC, donc plus de mille ans avant Moïse : « Ma mère m’enfanta en cachette, elle me plaça dans un panier de jonc et elle en ferma la porte avec du bitume. Elle m’abandonna au Fleuve, et il ne me submergea point. Le Fleuve m’apporta à Akki, le puiseur d’eau. Akki me prit dans la bienveillance de son cœur »… Or, en 1887, une mission archéologique découvrit en Egypte la capitale du Pharaon Aménophis IV (1370-1353; rappel: Ramsès II, 1290-1224), à Tell el Amarna, et dans une des salles de l’ancien palais, ils trouvèrent des tablettes d’argile… L’une d’entre elles raconte l’épopée du roi akkadien Sargon Ier. Ce type de récit légendaire faisait donc partie du folklore du Proche Orient. Les Israélites, en écoutant le récit de la naissance de Moïse savaient donc bien à quoi s’en tenir quant à sa valeur strictement historique. Quelle était donc l’information qu’ils en retenaient ? Avant tout que Moïse était un personnage exceptionnel quant à sa destinée, comparable aux plus grands des rois de la terre…

            Les textes bibliques portent aussi la trace des connaissances considérées comme acquises au moment où l’auteur écrivait… Les anciens, par exemple, pensaient que la terre était plate, reposant sur les colonnes de l’univers, et que le ciel était comme une demi sphère posée sur elle. Par dessous, les oiseaux du ciel volaient tout « contre » elle (Gn 1,20), et par dessus se trouvaient les eaux d’en haut (Gn 1,7) qui tombaient sur la terre lorsque Dieu ouvrait « les écluses du ciel » (Gn 7,11 ; 8,2)… Deuxième exemple : ils pensaient que la vie de l’homme est « dans son sang » (Lv 17,11 ; 17,14). Puisque la vie est sacrée, qu’elle est donnée par Dieu et qu’elle n’appartient qu’à lui seul, il était donc interdit de consommer ce sang (Dt 12,23)… Les progrès de la médecine nous donnent maintenant une autre compréhension de la vie humaine… Ces considérations sur le sang et les interdits liés à sa consommation sont donc « dépassés ». Mais il reste du texte biblique le respect incontournable qui doit être manifesté à toute vie humaine…

            Pour bien interpréter les textes bibliques, il faut aussi tenir compte du cheminement d’Israël, au fil des siècles, dans la découverte progressive du Mystère de Dieu. Dei Verbum parle ainsi des « cheminements de Dieu avec les hommes » (DV &14). Au départ, Dieu a, par exemple, été présenté comme ayant des réactions semblables à celles des hommes : il s’irrite des infidélités, se met en colère, tape, frappe et punit en tuant non seulement le pécheur mais encore tous ceux et celles qui l’entourent… Petit à petit cette vision sera corrigée : non, seul le pécheur mourra par suite de ses actes, diront les prophètes Jérémie (Jr 31,29-30) et Ezéchiel (Ez 18)… Mais avec le Christ, nous découvrons un Dieu qui prend sur lui les conséquences de nos péchés pour nous en libérer (Mt 8,17) : Lui qui n’a jamais péché va expérimenter notre mort et nos ténèbres, pour que nous vivions de sa Vie, dans sa Lumière…

            « Dieu est donc, l’inspirateur et l’auteur des livres des deux Testaments » (DV & 16) mais il le fait en respectant pleinement l’homme qu’il inspire, cet homme qui appartient à son époque et qui chemine, pas à pas, avec ses frères vers la vérité tout entière, guidé, éclairé et soutenu par l’Esprit Saint (Jn 16,13). L’auteur biblique est donc tout à la fois inspiré par Dieu et pleinement lui‑même, avec ses convictions, et les connaissances propres à son époque et au milieu où il vit, autant d’éléments qui ont peut-être besoin d’être corrigés … « Les livres de l’Ancien Testament présentent à tous, selon la situation du genre humain avant le salut apporté par le Christ, une connaissance de Dieu et de l’homme et des méthodes dont Dieu, qui est juste et miséricordieux, agit avec les hommes. Ces livres contiennent donc des choses imparfaites et provisoires » (DV & 15) et il faut bien sûr en être conscients lorsque nous les lisons… Mais c’est la pleine révélation apportée par le Christ qui nous permettra, petit à petit, avec l’aide de ce même Esprit qui les a inspirés, de tendre vers une interprétation de plus en plus juste de tous ces textes bibliques…

            Tout l’Ancien Testament n’avait donc d’autre but que de « préparer la venue du Christ Rédempteur de tous » en « l’annonçant prophétiquement » (DV & 15). A ce titre, il est tout entier « une prophétie » où « est caché le Mystère de notre salut ». « Dieu donc, inspirateur et auteur des livres des deux Testaments, s’y est pris si sagement que le Nouveau Testament était caché dans l’Ancien, et que l’Ancien devenait clair dans le Nouveau » (DV & 16).

            Et ce Nouveau Testament a été écrit avec les mêmes principes que l’Ancien :

              – L’Esprit Saint était là pour éclairer, guider, inspirer les Apôtres : « Après l’Ascension du Seigneur, les Apôtres ont transmis à leurs auditeurs ce que Jésus avait dit et fait, avec cette intelligence plus profonde dont ils jouissaient eux‑mêmes, instruits qu’ils étaient par les événements glorieux du Christ et enseignés par la lumière de l’Esprit de vérité » (DV & 19).

         – Mais ils étaient toujours pleinement eux-mêmes. Ils ont donc écrits en « vrais auteurs », chacun avec son tempérament, ses goûts, son éducation, dans le contexte historique et social de son époque, avec les connaissances, coutumes et conventions propres à cette époque. « Les auteurs sacrés ont composé les quatre Évangiles, en triant certains détails entre beaucoup de ceux que la parole ou déjà l’écriture avait transmis, en en faisant entrer quelques-uns en une synthèse, ou en les exposant en tenant compte de l’état des églises, en gardant enfin la forme d’une proclamation, afin de pouvoir ainsi toujours nous communiquer des choses vraies et authentiques sur Jésus » (DV & 19).

            Ainsi, « après avoir à maintes reprises, et sous diverses formes, parlé jadis par les Prophètes, Dieu, “en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils” (Hb 1,1‑2). Il a en effet envoyé son Fils, c’est-à-dire le Verbe éternel qui éclaire tous les hommes, pour habiter parmi les hommes et leur faire connaître les secrets de Dieu » (DV & 4). Et quels sont-ils ? « Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté : par le Christ, Verbe fait chair, les hommes ont, dans le Saint-Esprit, accès auprès du Père, et deviennent participants de la nature divine » (DV & 2). « Cette révélation », apportée par le Christ, « provient de l’immensité de la charité » de Dieu, de sa miséricorde et de son infinie tendresse pour tous les hommes. En effet, « Jésus‑Christ, c’est Dieu avec nous, pour que nous soyons délivrés des ténèbres du péché et de la mort, et que nous soyons ressuscités pour la vie éternelle » (DV & 4). Avec Lui et par Lui, « Dieu s’adresse aux hommes comme à des amis, et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion » (DV & 2). « Quand il écoute religieusement et proclame hardiment la parole de Dieu, le saint Concile obéit donc aux paroles de saint Jean : « Nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue : ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous soyez vous aussi en communion avec nous, et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (1Jn 1, 2-3).

        St Jean a donc bien conscience d’avoir été introduit par sa foi au Christ dans un Mystère de Communion avec Lui, et ce Mystère est de l’ordre de la vie, la Vie de Dieu, la Vie éternelle… « Ainsi l’Eglise, dans sa doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit » (DV & 8). A ce titre, ce qu’ils écrivent, en vrais auteurs sous l’inspiration de l’Esprit Saint, est aussi un témoignage de ce qu’ils vivent, « des réalités spirituelles qu’ils expérimentent » eux-mêmes (DV & 8). Et ils ont conscience que ce trésor de Vie reçu du « Père des Miséricordes » (2Co 1,3) est offert à tout homme qui accueillera leur témoignage avec bonne volonté…

           Le premier but de la Parole de Dieu n’est donc pas de nous apporter une connaissance de type purement intellectuelle : elle nous est donnée pour qu’avec elle et par elle, nous entrions petit à petit dans un Mystère de Communion avec Dieu, Mystère de Communion et de Vie dont l’Esprit Saint est l’artisan. En effet, lorsque nous ouvrons notre cœur à cette Parole, l’Esprit Saint nous rejoint et nous communique « quelque chose » qui est de l’ordre de la Vie même de Dieu. « C’est l’Esprit qui vivifie », et c’est bien parce qu’il en est ainsi que « mes paroles sont Esprit et elles sont Vie » (Jn 6,63). Autrement dit, au moment où Jésus et les Apôtres nous parlent de cette Vie éternelle qui vient du Père, « l’Esprit Saint touche nos cœurs » (DV & 5) en leur communiquant une réalité qui est de l’ordre de la vie, la Vie même de Dieu… « Tu as les Paroles de la Vie éternelle », dit un jour St Pierre à Jésus… Il vivait en l’écoutant « quelque chose » qu’il n’avait jamais vécu auparavant…Les Ecritures « inspirées par Dieu et consignées une fois pour toutes par écrit, nous communiquent, de façon immuable, la parole de Dieu lui-même, et dans les paroles des Prophètes et des Apôtres font retentir à nos oreilles la voix du Saint-Esprit » (DV & 21), une voix qui est de l’ordre de la Vie, et que l’on entend en « vivant » ce qu’il nous est donné de vivre, gratuitement, par Amour, par Miséricorde… « L’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Evangile retentit dans l’Eglise et par l’Eglise dans le monde, introduit ainsi les croyants dans tout ce qui est vérité » (DV & 8), une vérité qui est Vie, Mystère de Communion avec le Dieu Vivant et Source de Vie…

            Aussi est-il nécessaire que « les prêtres du Christ, les diacres, les catéchistes », bref, tous les fidèles, « s’attachent aux Ecritures par une lecture assidue et une étude soigneuseMais la prière — qu’on se le rappelle — doit accompagner la lecture de la Sainte Ecriture pour que s’établisse un dialogue entre Dieu et l’homme » (DV & 25), dialogue où « Dieu », « dans l’immensité de sa charité », « s’adresse aux hommes comme à des amis, et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion » (DV & 2). Nous avons tous été créés pour vivre de cette Vie de l’Esprit qui, seule, est capable de combler pleinement nos cœurs, et donc de nous communiquer ce à quoi nous aspirons tous : ce vrai Bonheur qui est Plénitude de Vie et de Paix… Tel est le trésor offert à toute lecture priante de la Parole de Dieu, « surtout du Nouveau Testament, et en tout premier lieu, des Evangiles » (DV & 25).

            « Ainsi donc, par la lecture et l’étude des Livres saints, ” que la Parole de Dieu accomplisse sa course et soit glorifiée ” (2 Th 3,1), et que le trésor de la révélation, confié à l’Eglise, remplisse de plus en plus les cœurs des hommes ». Ce trésor, c’est l’Esprit Saint, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63) et qui remplissait les cœurs de Jésus (Lc 4,1), Jean‑Baptiste (Lc 1,15), Marie (Lc 1,28 avec Hb 10,29), Elisabeth (Lc 1,41), Zacharie (Lc 1,67), Etienne (Ac 7,55), Paul (Ac 9,17) et tous les Apôtres et disciples de Jésus (Ac 2,4). Nous avons tous été créés pour cela : être « un seul esprit avec le Seigneur » (1Co 6,17), dans « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,4), « l’Esprit s’unissant à notre esprit » (Rm 8,16) pour nous introduire dans cette « communion du Saint Esprit » (2Co 13,13) qui est Mystère de Vie avec Dieu puisque « l’Esprit vivifie » (Jn 6,63). Et chaque fois que nous lisons la Parole de Dieu, qui est un témoignage de Jésus sur cette Vie de l’Esprit qu’il reçoit du Père avant tous les siècles (Jn 5,26), ou un témoignage des Apôtres sur cette même Vie de l’Esprit qu’ils ont reçu eux aussi par leur foi en Jésus (Ga 2,20), l’Esprit se joint à cette Parole pour nous donner de « vivre » ce qu’elle nous dit… « Celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34).

            C’est pourquoi il est « permis d’espérer une nouvelle impulsion de la vie spirituelle à partir d’un respect accru pour la Parole de Dieu, qui “demeure à jamais” (Is 40,8 ; cf. 1P 1,23-25) » par « l’Esprit qui est Seigneur et qui donne la Vie », la Vie éternelle…

  1. Jacques Fournier




Introduction à la Lectio Divina

« Je possède une Bible, et tous les jours j’en lis un passage, mais c’est curieux comme les mêmes lignes peuvent avoir une signification différente, comme on les sent différemment, suivant la grâce qui nous habite. Ce qui est un jour « torrent d’eau vive » n’est plus le lendemain qu’une phrase connue qui n’a plus grande valeur. Moi qui, il y a quelques mois, étais persuadé qu’on ne pouvait lire l’Evangile sans se convertir, je m’aperçois aujourd’hui que les vérités ardentes qu’il renferme ne le sont que si on les lit avec les yeux de la grâce. « Je te remercie, Père, de ce que tu as caché ces choses aux grands, et les as dévoilées aux petits » » (Jacques Fesch, condamné à mort et exécuté en 1957).

 

Rencontrer par sa Parole le Christ Ressuscité

La « lectio divina », « lecture divine » de la Parole de Dieu, requiert tout d’abord un contexte de foi en la réalisation concrète des Promesses du Christ. De sa propre initiative, il a en effet dit à ses disciples juste avant sa mort et sa résurrection : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus », car bientôt il mourra sur une croix et sera mis au tombeau. Mais le troisième jour, le Père le ressuscitera d’entre les morts par la Puissance de l’Esprit Saint, et d’une manière invisible aux yeux de chair, il se rendra présent à la vie et au cœur de ses disciples. Il leur donnera d’avoir part à son propre Esprit, cet Esprit qui remplit son cœur en Plénitude, illumine de l’intérieur le regard et communique à celui qui le reçoit la Vie même de Dieu. Aussi, vous qui croyez en moi, vous qui me laissez faire en vos cœurs mon œuvre de Salut et de Révélation, « vous verrez que je vis, et vous aussi vous vivrez ». Et la Bible de Jérusalem explique en note : « Pour le monde, c’en sera fini de Jésus. Les disciples au contraire le verront vivant, ressuscité, d’une vision qui ne sera pas seulement sensible, mais spirituelle et intérieure, par la foi ». Seuls, en effet, les Apôtres et quelques disciples ont reçu la grâce de le voir ressuscité de leurs yeux de chair, de toucher son corps avec leurs doigts de chair. Mais Jésus promet ici à tous les disciples de tous les temps qu’il se fera reconnaître à leur vie, à leur cœur… Ils ne le verront pas avec leurs yeux de chair, ils ne le toucheront pas de leurs doigts de chair, mais le Christ se fera la Vie de leur vie (Gal 2,19b-20).… C’est ce mystère de communion, qui les saisira tout entier au plus profond de leur être, qu’ils sont invités à reconnaître avec les yeux de la foi : « Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui » (Jn 14,18-21)…

 

Mystère de gratuité, d’Amour et de Miséricorde

« Je me manifesterai à lui »… Grande promesse de Jésus, faite de nouveau de sa propre initiative à des hommes blessés par le péché, intérieurement et spirituellement malades… Mais, disait-il, « ce ne sont justement pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mt 9,10-13). Dieu m’a fait comprendre, disait Jacques Fesch, « que ce qui m’a été donné n’est pas dû à mes mérites, comme j’aurai eu tendance à le croire, mais n’est qu’un don gratuit qui procède de sa miséricorde ».

Cette promesse de Jésus, « je me manifesterai à lui », se réalisera donc non pas parce que telle ou telle personne serait meilleure que les autres, mais sur la seule base de cet Amour Gratuit et Miséricordieux qu’Il nous porte. C’est ainsi que St Paul reçut, au moment où il s’y attendait le moins, la visite du Christ ressuscité… Il était en chemin pour aller persécuter les chrétiens de Damas ! « Voici une parole sûre », écrira-t-il plus tard (il l’a vécue !), « elle mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, le premier, je suis pécheur, mais si le Christ m’a fait miséricorde, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui en vue de la vie éternelle » (1Tm 1,12-17).

La Lectio Divina se vivra donc à la Lumière de cet Amour du Christ qui continue jour après jour de chercher les brebis égarées que nous sommes, de frapper inlassablement à la porte de nos cœurs… Ouvrir sa Bible ou son missel, prendre un temps pour lui, c’est justement lui offrir la possibilité de nous rencontrer et d’agir en nous selon sa Parole : « Père, je leur ai fait connaître ton Nom et je le leur ferai encore connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux » (Jn 17,26)…

 

Lire la Parole avec l’Esprit Saint

La Lectio Divina s’appuie encore sur une autre promesse du Christ, qui rejoint en fait les précédentes : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; et je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet » (Défenseur, Avocat…) « pour qu’Il soit avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous, et en vous il sera » (Jn 14,15-17).

Jésus était déjà un Guide, un Défenseur, un Avocat pour ses disciples : il veillait sur eux, il les encourageait, les exhortait, leur expliquait sa Parole… Mais il sait qu’il doit maintenant les quitter pour un autre mode d’existence : il va mourir puis ressusciter et monter vers le Père. Mais il ne les abandonnera pas pour autant. Non seulement il continuera de leur être mystérieusement tout proche, mais il leur sera uni de cœur par la communion d’un même Esprit, une grâce que leur donnera cet Autre Défenseur envoyé par le Père : l’Esprit Saint. Invisible lui aussi à leurs yeux de chair, mais bien présent et agissant avec eux et en eux, il poursuivra l’œuvre du Christ et les aidera à entrer toujours plus avant dans cette Révélation du Père que le Fils est venu nous proposer. « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, il vous rappellera tout ce que je vous ai dit, et vous introduira dans la vérité tout entière ». Son premier rôle sera de rendre témoignage à la Parole du Christ, et il le fera au cœur du disciple par une action toute intérieure, discrète, invisible mais souveraine qui, petit à petit, emporte l’adhésion de celui qui s’y prête. « L’Esprit Saint fera naître la certitude intime de ce que les Apôtres annoncent extérieurement » (Jn 14,25-26 ; 16,12-15)…

 

Pour vivre l’aventure de la Lectio Divina

« Le saint Concile exhorte avec force et de façon spéciale tous les chrétiens,… à acquérir par la lecture fréquente des divines Ecritures « une science éminente de Jésus-Christ » (Philippiens 3, 8), car « ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ » (St Jérôme) »…

Et la prière doit accompagner la lecture de la Sainte Ecriture pour que s’établisse un dialogue entre Dieu et l’homme, car « c’est à lui que nous nous adressons quand nous prions ; c’est lui que nous écoutons, quand nous lisons les oracles divins » (St Ambroise) » (Concile Vatican II ; constitution Dei Verbum, & 25).

 

Demander le secours de l’Esprit Saint

La Lectio Divina – lecture de la Parole de Dieu dans un contexte de prière – est l’œuvre conjointe de deux acteurs : celui ou celle qui lit la Parole et l’Esprit Saint qui, invisiblement, l’accompagne et agit en son cœur.

Il s’agira donc tout d’abord d’être en forme, le plus pleinement soi-même, dans une atmosphère de calme et de recueillement qui favorisera l’attention.

Et puisque cette lecture croyante se fait à deux, le premier pas sera de prier et de demander de tout cœur la Présence et l’aide de l’Esprit Saint, le plus simplement possible, dans la confiance. « Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent », disait Jésus. Et un jour, il déclara à une femme de Samarie : « Si tu savais quel est le don de Dieu et qui est celui qui te dit « Donne-moi à boire », c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’Eau Vive », c’est-à-dire l’Esprit Saint (Lc 11,9-13 ; Jn 4,7-14 ; cf Jean 7,37-39 ; 14,15-17 ; 14,23-26 ; 16,12-15 ; 1Co 2,9-12 ; Ephésiens 1,15-22 ; 3,14-21 ; 1Th 4,8 ; Ac 2,37-41 ; 5,29-32)…

On peut marquer cette première étape par un petit geste corporel : se mettre à genoux pour la prière, allumer une bougie… Puis on se lance dans l’aventure en prenant ou bien les lectures proposées par l’Eglise pour l’Eucharistie du jour, ou bien un Evangile dans lequel on avancera pas à pas… Le premier travail consistera tout simplement à faire attention à cette Parole que nous lisons, une Parole qui est avant tout l’annonce d’une Bonne Nouvelle : « Je Suis la Lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la Lumière de la Vie… Je suis venu en effet pour qu’on ait la Vie, et qu’on l’ait surabondante » (Jean 8,12 ; 10,10 ; 12,46)…

 

Vivre la Parole avec l’Esprit Saint

L’œuvre de l’Esprit de Vérité est de rendre témoignage à la Vérité, et notamment aux Paroles de Celui qui s’est présenté à nous comme étant « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Ce témoignage est Celui que Dieu rend à son Fils, et il est avant tout de l’ordre de la Vie. Lisons ensemble un extrait de la Première Lettre de St Jean, et remarquons le lien qui unit toutes les expressions en caractères gras. Au tout début, il insiste fortement sur la réalité de l’Incarnation du Fils Unique. Le Verbe s’est fait chair, une chair qu’il donnera pour la vie du monde. Et sur la croix, un soldat romain lui transpercera le cœur, d’où jaillira de l’eau et du sang …

« Jésus, le Fils de Dieu, c’est lui qui est venu par l’eau et par le sang :

non avec l’eau seulement mais avec l’eau et avec le sang.

Et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la Vérité.

Il y en a ainsi trois à témoigner : l’Esprit, l’eau et le sang,

et ces trois tendent au même but.

Si nous recevons le témoignage des hommes,

le témoignage de Dieu est plus grand.

Car c’est le témoignage de Dieu,

le témoignage que Dieu a rendu à son Fils.

Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui.

Celui qui ne croit pas en Dieu fait de lui un menteur,

puisqu’il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu à son Fils.

Et voici ce témoignage : c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle

et que cette vie est dans son Fils.

Qui a le Fils a la vie ;

qui n’a pas le Fils n’a pas la vie.

Je vous ai écrit ces choses, à vous qui croyez au nom du Fils de Dieu,

pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle »

(1Jn 5,5-13).

Dieu rend donc témoignage à son Fils par l’action de l’Esprit Saint et ce témoignage est de l’ordre de la Vie. Ecouter les Paroles du Christ avec foi, c’est donc ouvrir son cœur à ce témoignage de Dieu et de l’Esprit qui est Vie… Et les Paroles du Christ deviennent « Esprit et Vie »… « Tu as les Paroles de la Vie éternelle », disait St Pierre à Jésus (Jn 6,68 et 6,63) …

 

 

Observer, méditer, contempler

Pour nous aider à pratiquer la Lectio Divina, le Cardinal Martini, archevêque de Milan, propose, après le temps de prière à l’Esprit Saint, les trois étapes suivantes :

1 – Observer (ou lire) : « La lecture consiste à lire et relire la page de l’Ecriture en mettant en relief les éléments importants ». On peut prendre une feuille de papier et recopier le passage choisi ; puis, avec des crayons ou des stylos de différentes couleurs, on peut « souligner les paroles qui frappent », ou encore « les verbes, les sujets, les sentiments exprimés, les mots clefs. Ce faisant, notre attention est stimulée ; l’intelligence, la fantaisie et la sensibilité se mettent en mouvement et un passage évangélique qui semblait trop connu devient comme neuf. Depuis tant d’années je lis l’Evangile et pourtant, chaque fois que j’en reprends la lecture, je découvre des aspects nouveaux. Ce premier travail peut occuper un certain temps si nous sommes ouverts à l’Esprit »…

2 – Méditer : « La méditation est la réflexion sur les valeurs que fait ressortir le texte. On pose la question : qu’est-ce que le texte me dit ? Quel message en référence à aujourd’hui est proposé dans ce passage comme parole du Dieu vivant ? Comment suis-je bousculé par la foi qui se trouve exprimée dans les actions, les paroles, les thèmes ? »

3 – Prier ou contempler : « La contemplation est difficilement exprimable et explicable. Il s’agit de demeurer avec amour dans le texte et de passer du texte et du message à la contemplation de Celui qui parle dans chaque page de la Bible : Jésus, Fils du Père qui nous donne l’Esprit. La contemplation est adoration, louange, silence devant celui qui est l’objet ultime de ma prière, le Christ Seigneur, vainqueur de la mort, qui fait connaître le Père, et qui nous donne la joie de l’Evangile. »

« En fait ces trois moments ne sont pas rigoureusement distincts, mais cette division est utile pour celui qui entre dans cette lecture familière de la Bible. Notre prière est ce qui relie les journées les unes aux autres. Et il peut arriver que face à un texte d’Ecriture, nous nous arrêtions un jour davantage sur la méditation et qu’un autre jour, en revanche, nous passions rapidement à la contemplation ».

Quoiqu’il en soit, écrit Marc Sevin, « quand on s’engage dans la Lectio Divina, il s’agit de tenir bon ». Elle peut en effet avoir à certains jours « un côté répétitif et parfois fastidieux. Mais avec un peu de persévérance, elle devient savoureuse » (Marc SEVIN, « LA LECTURE SAINTE ; Guide pour une lecture croyante de la Bible » ; supplément à « Prions en Eglise » aux Editions Bayard Presse, p. 98. Citations du Cardinal Martini p. 25-26.) . Et même si apparemment il ne s’est pas passé grand chose, il se passe néanmoins toujours quelque chose, car « Il » était là, c’est Lui qui l’a promis…

« La Lectio Divina a toujours été et restera toujours, de par son objet même, une tâche austère, un vrai sacrifice spirituel. Source de toute générosité, elle en appelle aussi beaucoup » (Dom Adalbert de Vogüe) ».

« Qui dont est capable de comprendre

toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ?

Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons,

Comme des gens assoiffés qui boivent à une source.

Le Seigneur a coloré sa Parole de multiples beautés,

Pour que chacun de ceux qui scrutent puisse contempler ce qu’il aime.

Et, dans sa Parole, il a caché tous les trésors,

Pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite.

La Parole de Dieu est un arbre de vie

qui, de tous côtés, te présente des fruits bénis.

Elle est comme ce rocher qui s’est ouvert dans le désert

Pour offrir à tous les hommes une boisson spirituelle.

Réjouis-toi parce que tu es rassasié,

Mais ne t’attriste pas de ce qui te dépasse.

Celui qui a soif se réjouit de boire,

Mais il ne s’attriste pas de ne pas épuiser la source.

Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source.

Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie,

Tu pourras boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif.

Si au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source,

Ta victoire deviendrait ton malheur.

Rends grâce pour ce que tu as reçu, et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé.

Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage.

Ce que tu n’as pas pu recevoir aussitôt, à cause de ta faiblesse,

Tu le recevras une autre fois, si tu persévères.

N’aie donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d’un seul trait

Ce qui ne peut être pris en une fois ;

Et ne renonce pas par négligence,

A ce que tu es capable d’absorber peu à peu. »

Saint Ephrem (Diatessaron I,18.19).

CONSTITUTION DOGMATIQUE DEI VERBUM SUR LA RÉVÉLATION DIVINE

 CHAPITRE I : LA RÉVÉLATION ELLE-MÊME

Nature et objet de la révélation 

  1. Il a plu a Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté (2): par le Christ, Verbe fait chair, les hommes ont, dans le Saint-Esprit, accès auprès du Père, et deviennent participants de la nature divine (3). Ainsi par cette révélation, provenant de l’immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible (4), s’adresse aux hommes comme à des amis (5), et converse avec eux (6) pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion. Cette économie de la révélation se fait par des actions et des paroles si étroitement liées entre elles, que les oeuvres accomplies par Dieu dans l’histoire du salut rendent évidentes et corroborent la doctrine et l’ensemble des choses signifiées par les paroles, et que les paroles proclament les oeuvres et font découvrir le mystère qui s’y trouve contenu. Mais la vérité profonde aussi bien sur Dieu que sur le salut de l’homme, c’est par cette révélation qu’elle resplendit à nos yeux dans le Christ, qui est à la fois le médiateur et la plénitude de la révélation tout entière (7).

  1. A Dieu qui révèle, il faut apporter ” l’obéissance de la foi ” (Rom. 16, 26; coll. Rom. 1, 5; 2 Cor. 10, 5-6), par laquelle l’homme s’en remet tout entier librement à Dieu en apportant ” au Dieu révélateur la soumission complète de son intelligence et de sa volonté ” (18) et en donnant de toute sa volonté son assentiment à la révélation qu’Il a faite. Pour apporter cette foi, l’homme a besoin de la grâce de Dieu qui fait les premières avances et qui l’aide, et du secours intérieur de l’Esprit-Saint pour toucher son coeur et le tourner vers Dieu, pour ouvrir les yeux de son âme, et donner ” à tous la joie profonde de consentir et de croire à la vérité ” (19). Mais pour que l’on pénètre toujours plus avant dans la connaissance de la Révélation, le même Esprit Saint ne cesse par ses dons de rendre la foi plus parfaite.

 

Respect de l’Eglise pour les Saintes Ecritures 

  1. L’Eglise a toujours témoigné son respect à l’égard des Ecritures, tout comme à l’égard du Corps du Seigneur lui-même, puisque, surtout dans la Sainte Liturgie, elle ne cesse, de la table de la Parole de Dieu comme de celle du Corps du Christ, de prendre le pain de vie et de le présenter aux fidèles. Elle les a toujours considérées, et les considère, en même temps que la Tradition, comme la règle suprême de sa foi, puisque, inspirées par Dieu et consignées une fois pour toutes par écrit, elles nous communiquent, de façon immuable, la parole de Dieu lui‑même, et dans les paroles des Prophètes et des Apôtres font retentir à nos oreilles la voix du Saint-Esprit. La prédication ecclésiastique tout entière, tout comme la religion chrétienne elle-même, il faut donc qu’elle soit nourrie et guidée par la Sainte Ecriture.

Car dans les Livres saints, le Père qui est aux cieux s’avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils, engage conversation avec eux; une si grande force, une si grande puissance se trouve dans la Parole de Dieu, qu’elle se présente comme le soutien et la vigueur de l’Eglise, et, pour les fils de l’Eglise, comme la solidité de la foi, la nourriture de l’âme, la source pure et intarissable de la vie spirituelle. Aussi valent-elles de façon magnifique pour l’Ecriture Sainte, ces paroles: ” La parole de Dieu est vivante et efficace ” (Héb. 4, 12); ” elle a la puissance de construire l’édifice et de procurer aux fidèles l’héritage avec tous les sanctifiés ” (Act. 20, 32; cf. 1 Thess. 2, 13).

De même le saint Concile exhorte avec force et de façon spéciale tous les chrétiens, surtout les membres des instituts religieux, à acquérir par la lecture fréquente des divines Ecritures ” une science éminente de Jésus-Christ ” (Phil. 3, 8), car ” ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ “.

Qu’ils approchent donc de tout leur coeur le texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie, qui est remplie des paroles divines, soit par une pieuse lecture, soit par des cours faits pour cela ou par d’autres méthodes qui, avec l’approbation et le soin qu’en prennent les Pasteurs de l’Eglise, se répandent de manière louable partout de notre temps. Mais la prière — qu’on se le rappelle — doit accompagner la lecture de la Sainte Ecriture pour que s’établisse un dialogue entre Dieu et l’homme, car ” c’est à lui que nous nous adressons quand nous prions; c’est lui que nous écoutons, quand nous lisons les oracles divins “.

 

La lectio divina, lecture « en présence » de Dieu…

« Quand on entreprend de lire la Bible, on est un peu comme ces deux hommes qui se trouvaient sur la route de Jérusalem à Emmaüs (Lc 24,13-35) : le Christ est là. Ils ne le savent pas. Il fait silence. Ils ne l’ont pas encore nommé, mais il est présent. Lui est là, saisi par leur lourde tristesse à tous deux.

Lorsque nous ouvrons la Bible, le texte commence par rester muet. Puis il nous interroge, comme Jésus Christ interrogeait ces deux hommes.

Et, tout à coup, les voilà tous les trois qui reprennent la parole biblique (la Bible). Et le texte évoqué, de lointain et de froid qu’il était, devient une parole chaleureuse. Des mots cessent de n’être que des mots. Nos oreilles, notre intelligence, notre vie, sont mises en alerte. Derrière ces mots, il y a QUELQU’UN ! Quelqu’un qui parle, qui nous parle: sa présence commence à être ressentie; les phrases se mettent à vivre et deviennent message, et cet absent ignoré devient proche.

Mais tout ne fait que commencer lorsque la Bible est ouverte, lorsqu’elle est devenue Parole vivante après le silence. Le récit d’Emmaüs nous conduit plus loin : il y a le geste de communion réalisée, les frères retrouvés, la confession commune de foi proclamée, et l’intelligence brûlante a enfin compris que Lui était là ».

“Grâce à la lecture de la Bible… Jésus Christ vient à nous, et nous pouvons aller à Lui, sans qu’on sache très bien qui s’approche de l’autre”.

“Ouvrir la Bible, c’est établir une relation possible avec le texte, avec Celui qui parle à travers le texte, avec ceux auxquels il nous conduit”.

“Ouvrir la Bible, c’est laisser le Christ ouvrir notre esprit et nous faire découvrir les vastes horizons de Dieu dans le monde des hommes”…

Maurice Carrez.

(BAGOT J.-P., Pour lire la Bible (Bar le Duc 1993) p. 3-4)

La Lectio Divina consiste à « nous exposer et à nous ouvrir à la Parole du Dieu vivant, réellement présent dans cette rencontre personnelle à laquelle il me convie »

Joseph-Marie Verlinde.

(VERLINDE J.-M., Initiation à la Lectio Divina p. 30)

La Lectio Divina, Présence de Dieu au cœur de nos lourdeurs humaines…

« L’Ecriture parle pour moi ; elle me parle de Dieu, mais aussi de moi : « Si l’Ecriture est pour nous miroir du Christ et, par lui, miroir de Dieu, elle est aussi le miroir de notre être en face de Dieu » » (Fr. François et Fr. Pierre Yves).

« Naître à la Parole, c’est découvrir au plus intime de soi-même ce qui parle en nous. Le petit Samuel entendait une voix l’appeler par son nom, mais il ne savait pas qui pouvait ainsi l’appeler. Etrange parole qui arrive à se frayer son chemin par-delà nos surdités et nos encombrements. Parole plus vive que le feu, capable de brûler sur son passage tout ce qui lui fait obstacle. Parole plus tranchante que le glaive, qui donne l’audace de couper toutes les hésitations et les attaches qui n’ont rien à voir avec l’essentiel… C’est à travers l’épaisseur de notre humanité, en effet, que la Parole créatrice et recréatrice nous rejoint, nous qui sommes des mal‑entendants » (P. Léo Scherer).

En ce sens, la Lectio Divina n’est pas une lecture au sens classique du terme : lorsque Dieu parle, il m’introduit dans mon propre monde, il ouvre devant moi un chemin d’espérance et de liberté, il me conduit sur ma propre terre. « Lorsqu’elle parle, précise Y. Cattin, la Parole institue son interlocuteur dans son irréductible singularité : Dieu parle à Abram et il devient Abraham. La Parole elle-même fonde son auditeur dans son être même : elle est rencontre de la singularité de celui qui lit avec le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Dieu de Jésus-Christ, Dieu de tous ceux qui lisent les Ecritures dans la foi. La Parole dans son Ecriture ouvre le monde de mon humanité possible, qui, par la conversion et l’alliance proposée, doit devenir mon humanité réelle. L’Ecriture qui consigne une Parole qui est au-devant de moi, comme un appel à devenir moi-même dans le monde qu’elle écrit ».

L’Ecriture me parle de mon origine dans le plan de Dieu et de ma fin en lui ; elle me parle du chemin à parcourir, de l’exode à accomplir pour passer des ténèbres du mensonge à la lumière de la vérité. Elle dévoile les pensées secrètes de mon cœur et m’invite à la liberté (cf. Hb 4,12) » (VERLINDE J.-M., Initiation à la Lectio Divina p. 26-27).

La Lectio Divina, dans la foi et la Lumière de l’Esprit Saint

« Origène affirme que seule l’Eglise comprend l’Ecriture, parce que l’Eglise « se convertit au Seigneur » dans la foi ; dès lors c’est pour la communauté des croyants, et pour elle seule, que le voile tombe (2Co 3,16). Pour comprendre spirituellement l’Ecriture, le lecteur doit participer au mouvement de conversion de l’Eglise car il est impensable « qu’un incrédule voie la Parole de Dieu ».

« L’origine des Ecritures, précise Saint Bonaventure, ne se situe pas dans la recherche humaine, mais dans la divine Révélation qui provient du Père des Lumières, de qui toute paternité au ciel et sur terre tire son nom (Eph 3,14-15). De lui, par son Fils Jésus Christ, s’écoule en nous l’Esprit Saint. Par l’Esprit Saint, partageant et distribuant ses dons à chacun de nous selon sa volonté, la foi nous est donnée et, par la foi, le Christ habite en nos cœurs. Telle est la connaissance de Jésus-Christ de laquelle découle, comme de sa source, la fermeté et l’intelligence de toute la Sainte Ecriture (Ep 3,14-21).

Il est donc impossible d’entrer dans la connaissance de l’Ecriture sans posséder d’abord, insérée en soi, la foi du Christ, comme la lumière, la porte et le fondement de toute l’Ecriture. Car, aussi longtemps que nous vivons en exil loin du Seigneur, la foi est elle-même le fondement stable, la lumière directrice et la porte d’entrée dans toutes les illuminations surnaturelles. Selon la mesure de cette foi, doit être mesurée la sagesse qui nous est donnée par Dieu, afin de ne pas goûter plus qu’on ne doit, mais de goûter avec sobriété et selon la mesure de foi que Dieu départit à chacun.

Si nous voulons progresser par la route droite des Ecritures, il faut commencer par le commencement, c’est-à-dire accéder à une foi pure au Père des lumières en fléchissant les genoux de notre cœur, afin que par son Fils, dans son Esprit Saint, il nous donne la vraie connaissance de Jésus Christ et, avec sa connaissance, son amour.

Le connaissant et l’aimant, et comme consolidés dans la foi et enracinés dans la charité, il nous sera alors possible de connaître la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de la Sainte Ecriture et, par cette connaissance, de parvenir à la connaissance entière et à l’amour immuable de la Bienheureuse Trinité. Là tendent les désirs des saints, là se trouve l’aboutissement et l’achèvement de toute vérité et de tout bien. »

Enfin, seul l’Esprit peut nous dévoiler le vrai sens des Ecritures, peut nous faire découvrir ce que la Lectio entend être : une rencontre avec le Verbe éternel venu jusqu’à nous pour nous partager son « bien », c’est-à-dire sa vie filiale.

« J’ai encore beaucoup à vous dire,

mais vous ne pouvez pas le porter à présent.

(13)    Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,

il vous guidera dans la vérité tout entière ;

car il ne parlera pas de lui-même,

mais ce qu’il entendra, il le dira

et il vous expliquera les choses à venir.

(14)    Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera.

(15)    Tout ce qu’a le Père est à moi.

Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit

et qu’il vous expliquera » (Jean 16,12-15).

L’Ecriture ne suffit pas à faire connaître son sens ; celui-ci est communiqué par l’Esprit Saint, dans une révélation dont le fruit en nous est la connaissance chrétienne :

« Pénétrer jusqu’au cœur et à la moelle les Paroles célestes, commente Jean Cassien, en contempler les mystères profonds et cachés avec le regard purifié du cœur, cela, ni la science humaine, ni la culture profane ne l’obtiendra, mais seulement la pureté de l’âme, par l’illumination du Saint Esprit. »

La Lectio doit donc être célébrée comme un sacrement : il n’y a pas de Lectio sans épiclèse (venue de l’Esprit). Car commente Saint Jérôme :

« Seul l’homme spirituel, qui juge de tout, et lui-même n’est jugé par personne (1Co 2,15), peut découvrir le Christ dans les livres divins. »

Ce que confirme Saint Grégoire, le grand docteur de l’intériorité chrétienne :

« Les Paroles de Dieu ne peuvent absolument pas être pénétrées sans la sagesse : car si quelqu’un n’a pas reçu l’Esprit de Dieu, il ne peut d’aucune manière comprendre les Paroles de Dieu ».

Guillaume de St Thierry abonde dans le même sens :

« Parmi les ténèbres et l’ignorance de cette vie, l’Esprit Saint est lui-même, pour les pauvres en esprit, la lumière qui éclaire, la charité qui attire, la douceur qui saisit. Il est l’accès de l’homme auprès de Dieu, l’amour de celui qui aime, la piété de celui qui se livre sans réserve. C’est lui qui, de conviction en conviction[1], révèle aux croyants la justice de Dieu ; il donne grâce pour grâce, et à la foi qui s’attache à l’écoute de la Parole, il donne en retour la foi illuminée ».

Jacques Guillet se fait l’écho de cette doctrine traditionnelle lorsqu’il écrit : « Pour pénétrer jusqu’à leur centre et y reconnaître la personne du Christ, ni la recherche historique, ni l’étude raisonnée du langage de la Bible, ni la magie de ses rythmes ou de ses images n’ouvrent les dernières voies d’accès. Car le Seigneur, c’est l’Esprit (2Co 3,17), et la présence de Jésus-Christ dans les Ecritures est celle de l’Esprit » »[2].

« Oui, pour arriver à une interprétation pleinement valable des paroles inspirées par l’Esprit Saint, il faut être soi-même guidé par l’Esprit Saint et, pour cela, il faut prier, prier beaucoup, demander dans la prière la lumière intérieure de l’Esprit et accueillir docilement cette lumière, demander l’amour, qui seul rend capable de comprendre le langage de Dieu, qui “est amour” (1 Jn 4, 8.16). Durant le travail même d’interprétation, il faut se maintenir le plus possible en présence de Dieu ».

Jean-Paul II

L’Interprétation de la Bible dans l’Eglise

Documentation Catholique n° 2085 – 2 Janvier 1994.

Jacques Fournier

 

[1] Note de la Bible de Jérusalem pour 1Jn 4,13 : « Ce don de l’Esprit annoncé pour les derniers temps, (Ac 2, 17-21, 33), a été répandu dans les cœurs, cf. (Rm 5, 5+) ; (1 Th 4, 8), et y fait naître la certitude intime de ce que les apôtres annoncent extérieurement, 5 6-7 ; cf. (Ac 5, 32). Ici il s’agit de l’état de fils de Dieu, (Rm 8, 15-16) ; (Ga 4, 6) ».

[2] VERLINDE J.-M., Initiation à la Lectio Divina p. 70-73.

 




« Chemin de Vie » avec l’Evangile selon St Jean

Le monde s’accélère, nous entraîne et avec tous ceux et celles qui nous entourent, nous nous mettons à courir : pour arriver à l’heure au travail, pour « faire » tout ce que nous avons à « faire », etc… Parfois aussi, tout s’arrête, brutalement, pour telle ou telle raison, et nous pouvons alors être totalement désorientés… Mais de toute façon, il faudra continuer d’agir, de se démener, d’inventer, de lutter… C’est la vie… Il faut bien bouger d’une manière ou d’une autre, se bouger… En un mot, vivre…

Nous pourrions alors prendre l’image d’une plante qui, à sa vitesse, « bouge » tout le temps, autrement, elle meurt… Nouvelles tiges, nouvelles directions à explorer, nouvelles feuilles, nouveaux fruits… Elle n’arrête pas ! Mais tout ce visible vient de l’invisible de ses racines qui puisent dans la terre tout le nécessaire à sa vie…

De ces racines, il faut donc prendre soin ! Trop d’eau, elles pourrissent… Parfois, des insectes nuisibles la rongent, et si la plante n’y prend garde, elle ne pourra bientôt plus rien « faire »… Et puis, avec le temps qui passe, petit à petit, sans qu’on y prenne garde, les ressources de la terre peuvent s’épuiser… Les racines ne reçoivent plus le nécessaire pour la vie… La plante s’essouffle, peine, s’épuise, se flétrit… Il lui faudrait un bon engrais adapté à ses besoins… Et si elle-même pouvait agir, elle devrait d’abord prendre conscience de ce « manque » pour essayer ensuite de trouver « un moyen » de le combler…
Avec ce « Chemin de Vie », nous vous proposons un petit temps régulier pour lire et relire la Parole de Dieu, et découvrir ainsi, par vous-mêmes, en en faisant l’expérience, toutes les potentialités insoupçonnées qu’elle peut nous aider à découvrir… Nous ne pourrons ensuite que mieux reprendre le chemin de la vie…

Ce temps d’arrêt, de réflexion, de « regard sur soi » ne pourra que déboucher sur « un regard vers l’autre »…
Mais d’abord, « s’arrêter », « se regarder » pour mieux « se connaître », c’est petit à petit « prendre conscience de ce que l’on est » : des créatures dépendantes, pour leur vie, de quantités de réalités…

En effet, si la plante fait le point sur sa vie, si elle prend conscience de ce qu’elle est et regarde ses feuilles, elle va réaliser qu’elles ont besoin de lumière pour se développer… Alors, si elle est à l’ombre ou pire, dans l’obscurité, elle va se mettre à « chercher » la lumière pour se diriger vers elle et se laisser simplement « éclairer » par elle… Alors ses feuilles, telles qu’elles sont, et justement parce qu’elles sont ce qu’elles sont, pourront petit à petit s’épanouir dans la lumière… Regarder ses feuilles, prendre conscience de ce qu’elle est et donc de ce qu’elle a besoin pour vivre, a conduit la plante à chercher la lumière, à se tourner vers elle, pour se laisser éclairer par elle… Et maintenant, elle veillera à rester en elle, autant qu’elle le peut, pour pouvoir continuer à s’épanouir en recevant d’elle tout ce dont elle a besoin pour sa vie…

Si elle prend conscience qu’elle a des racines qui sont faites pour puiser l’eau dans la terre, elle va réaliser au même moment qu’elle a besoin d’eau pour vivre. Et si elle constate que le milieu qui l’entoure est désertique et aride, elle va se mettre à « chercher » une source, un ruisseau, un fleuve pour s’installer à proximité… Cela prendra le temps qu’il faudra, mais quand elle aura trouvé, elle pourra à nouveau enfouir ses racines et puiser toute l’eau dont elle a besoin pour vivre, grandir, s’épanouir… Elle pourra enfin devenir ce qu’elle est déjà, potentiellement, en développant justement toutes les potentialités qu’elle porte en elles… Regarder ses racines, prendre conscience de ce qu’elle est et donc de ce qu’elle a besoin pour vivre, a conduit la plante à chercher l’eau nécessaire à sa vie… Et maintenant, elle veillera à rester auprès d’elle, autant qu’elle le peut, pour pouvoir continuer à s’épanouir en puisant en elle tout ce dont elle a besoin pour sa vie…

Ainsi, nous vous proposons de temps en temps de vous arrêter dans cette course de la vie, pour simplement vous regarder, mieux vous connaître et donc prendre conscience petit à petit de ce que nous sommes tous, jusqu’au plus profond de notre être. Nous découvrirons alors aussi quels sont nos réels besoins pour vivre…

Nous nous retrouvons tous dans cette démarche, car nous sommes tous des créatures avec des besoins fondamentaux identiques : pour nos corps, nous avons besoin de l’air et nous respirons tous le même, nous avons besoin de l’eau et nous buvons tous la même, nous avons besoin d’œufs, de lait, de légumes, de fruits… et nous mangeons tous les mêmes… Mais il nous faut aussi prendre conscience de notre dimension spirituelle qui constitue les vrais fondements du Mystère de notre vie. Certes, l’air, l’eau, la nourriture… nous sont indispensables. Mais nos racines sont à chercher au-delà de notre seule dimension corporelle. En effet, nous sommes tous d’abord des créatures spirituelles qui vivent, s’expriment et entrent en relation les unes avec les autres par notre nature humaine constituée aussi de chair et de sang. Mais en tant que « créature spirituelle », nous avons aussi des besoins spirituels, et nous touchons là aux fondements de notre être…

Si nous prenons conscience, à ce niveau-là aussi, de ce que nous sommes et donc de ce que nous avons besoin pour vivre, grandir et nous épanouir, nous nous mettrons à « chercher », et petit à petit, d’expérience de vie en expérience de vie, nous « trouverons », et nous essaierons, autant que notre faiblesse nous le permet, de nous installer auprès de la Source de Lumière et d’Eau Vive dont nous avons tous besoin pour vivre… Et nous recevrons tous la même Lumière, la même Eau Vive, une réalité spirituelle que la Bible appelle « l’Esprit de Dieu », « l’Esprit Saint ».

Dieu en effet commence à se révéler dans le Livre de la Genèse comme étant notre créateur. Mais il se présente aussi comme « un Soleil » ou « une Source d’Eau Vive ». Et nous, en tant que créatures spirituelles, nous avons été créés pour vivre de ce Soleil et de cette Eau Vive… Si nous en prenons conscience, nous nous mettrons à « chercher » la Lumière, à « chercher » l’Eau Vive, et nous la trouverons, car cette réalité habite déjà notre vie et ne demande qu’à s’épanouir. Certes, nous sommes des créatures blessées, malades, remplies de faiblesse, mais c’est justement la plante mal en point qui requiert le plus d’attention, de prévenance et de soin de la part du jardinier… En effet, le seul but qu’il poursuit par amour de ses plantes est de la voir un jour s’épanouir le plus pleinement possible, développer toutes leurs potentialités pour atteindre, selon leur condition de créature, la Plénitude de la Vie… Alors la plante malade recevra un traitement tout particulier pour atteindre le but recherché… « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin », disait Jésus, « mais les malades ; je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent » (Luc 5,31) et qu’ils vivent !

Voilà donc l’aventure à laquelle les Evangiles nous invitent tous, et notamment l’Evangile selon St Jean… En lisant ces textes, nous prendrons conscience de ce que nous sommes, de nos blessures, de nos besoins fondamentaux… Nous nous mettrons à les chercher et nous les trouverons, car notre Créateur et Sauveur veut communiquer à ses créatures tout ce dont elles ont besoin pour qu’elles deviennent pleinement ce qu’il a voulu qu’elles soient : des créatures vivant de sa vie…

Dans ce monde qui court, acceptons de ne pas être pressé… Dans ce monde qui cherche le « tout tout de suite », acceptons de nous mettre en marche pas à pas, pour recevoir petit à petit une Lumière qui se fera de plus en plus grande… Or cette Lumière est de l’ordre de la Vie… C’est donc notre vie qui se fera de plus en plus intense… N’est-ce pas la plus belle aventure ?

Préliminaires : Les différentes « Bibles » à notre disposition ;

quelques introductions.

Nous allons lire la Bible… Il est donc indispensable d’y avoir accès, d’une manière ou d’une autre.

Sur internet, avec Google, les sites qui proposent les textes bibliques ne manquent pas. Nous pouvons en citer quelques-uns parmi beaucoup d’autres :

http://lire.la-bible.net
http://services.liturgiecatholique.fr/bible/
http://www.interbible.org/
http://www.bible-service.net/

Sous forme de livres, il existe plusieurs éditions possibles. N’oublions jamais que nos Bibles en français sont toujours des traductions de l’hébreu pour l’Ancien Testament (tout ce qui a été écrit avant le Christ), ou du grec pour le Nouveau Testament (tout ce qui a été écrit après « l’événement Jésus Christ »). L’essentiel est d’avoir le texte lui-même, d’une manière ou d’une autre… Néanmoins, si vous désirez vous lancer dans une lecture régulière et approfondie de la Bible, il existe des éditions qui vous fourniront de très bons compléments de lecture par les introductions aux différents livres bibliques, les notes qui accompagnent le texte, et les références donnée ici et là dans les notes ou en marge, références qui permettent d’approfondir tel texte à la lumière de tel autre…

Citons quelques Bibles, à prendre toujours, si possible, en édition complète avec notes :

a) « La Bible de Jérusalem » (BJ ; Editions du Cerf). Certainement la meilleure en ce qui concerne les notes de lecture et les multiples références qu’elle propose.

b) « La Traduction Oeucuménique de la Bible », (TOB ; Editions du Cerf et Société Biblique Française) réalisée par des spécialistes protestants et catholiques. L’Ancien Testament est particulièrement bien traduit et les notes sont aussi très riches.

c) « La Bible Osty », aux éditions du Seuil ; son but est de proposer une traduction la plus proche possible des textes originaux hébreux et grecs.

d) « La Bible des Peuples » (aux Editions Sarment) ; réalisée par deux frères missionnaires, Bernard et Louis Hurault, elle a été réalisée pour « faire entendre la Parole à ceux qui l’attendent », grâce à une traduction simple et à des notes qui se veulent avant tout d’ordre pastoral…

e) « La Bible expliquée », traduction en français courant accompagnée de notes explicatives situées en marge du texte.

Il existe aussi quelques ouvrages d’introduction à la Bible. Citons :

a) « La Bible », par André Paul (Collection Repères pratiques, chez Nathan ; 1998). Très bien présenté, très clair, avec cinq parties : Bible et Bibles ; Histoire ; Ancien Testament ; Nouveau Testament ; Textes ; Interprétations.

b) « La Bible » par Albert Hari, aux Editions du Signe (2006), petit, simple et lui aussi très bien présenté.

c) « Pour lire la Bible », J.-P. Bagot; J.-Cl. Dubs (Société biblique français, 1993). Plus ancien, sans illustrations, mais d’un très beau contenu…

d) « Pour lire l’Ancien Testament » et « Pour lire le Nouveau Testament », d’Etienne Charpentier (Editions du Cerf).

e) Les « Cahiers Evangiles » (Editions du Cerf) ; chacun est consacré à un thème, un livre Biblique,… Plus de 150 numéros sont déjà parus…

____________________________

Quelques points concrets à propos du travail proposé

Nous allons donc parcourir, en prenant notre temps, l’évangile selon St Jean… Des questions vous seront tout d’abord proposées. Elles vous inviteront à faire attention à tel ou tel point du texte, à aller lire une autre référence biblique, etc… Puis, au bout d’une quinzaine de jours, un commentaire de la section travaillée vous sera offert, avec de nouvelles questions pour approfondir la section suivante…

Prenez le temps de regarder comment votre Bible est organisée, avec ses deux grandes parties, l’Ancien Testament, puis le Nouveau Testament. Une Bible est en fait une bibliothèque de livres différents écrits à des époques différentes, puis rassemblés en un seul volume, celui que vous avez entre les mains… Regardez dans les tables des matières les différentes parties qui le constituent, avec les livres qu’elles contiennent… Prenez le temps de les repérer, surtout pour le Nouveau Testament…

Lisez l’introduction de votre Bible. Prenez le temps d’apprendre les différents symboles qu’elle utilise pour vous renvoyer à tel ou tel autre texte biblique. Tous les textes ont été découpés en chapitres : les numéros, en caractères gras, apparaissent régulièrement au fil du texte… Chaque chapitre est ensuite lui-même divisé en versets, ce qui permet de se repérer très vite et d’aller très précisément à la phrase recherchée… Les chiffres indiquant les différents versets sont inclus dans le texte lui-même…
Familiarisez-vous ensuite avec les abréviations bibliques : vos Bibles ont toutes des tables récapitulatives (Exemple : Gn : Genèse ; Ex : Exode ; Nb : Nombres…).

Tout verset biblique comporte donc trois références :

1 – Celle du Livre auquel il appartient : Gn (Genèse), Ex (Exode), Nb (Nombres)…
2 – Celle du chapitre où il est situé : Gn 1 ; Ex 2 ; Nb 3…
3 – Son numéro enfin dans le chapitre concerné. Si nous cherchons par exemple le verset 15 du chapitre premier du Livre de la Genèse, nous écrirons : Gn 1,15. Si nous cherchons le verset 20 du second chapitre du Livre de l’Exode, nous écrirons : Ex 2,20.

Et si maintenant nous cherchons le passage délimité par les versets 10 à 15 du premier chapitre du Livre de la Genèse, nous écrirons : Gn 1,10-15.
Par contre, si nous ne nous intéressons qu’aux versets 2, 4, 6, 8 et 10 de ce premier chapitre du Livre de la Genèse, nous écrirons : Gn 1,2.4.6.8.10.
Enfin, si nous devions lire seulement le 2° verset, le 4° verset, puis les versets 6 à 10, nous écrirons : Gn 1,2.4.6-10.

Peut-être cela vous prendra-t-il un peu de temps au début pour vous repérer dans votre Bible, mais très vite, avec l’habitude, vous saurez où vous diriger, et en tâtonnant toujours un peu, vous trouverez le passage recherché à partir de ses trois coordonnées…

Prier avant de lire…

Jean Paul II écrivait en Avril 1993 : « Pour arriver à une interprétation pleinement valable des paroles inspirées par l’Esprit Saint, il faut être soi-même guidé par l’Esprit Saint et, pour cela, il faut prier, prier beaucoup, demander dans la prière la lumière intérieure de l’Esprit et accueillir docilement cette lumière, demander l’amour, qui seul rend capable de comprendre le langage de Dieu, qui “est amour” (1 Jn 4, 8.16). Durant le travail même d’interprétation, il faut se maintenir le plus possible en présence de Dieu ».

Avant d’ouvrir notre Bible, nous commencerons donc toujours par un petit temps de prière où nous demanderons le secours d’en haut pour entrer le mieux possible dans ce Mystère de Vie auquel nous sommes tous invités. On peut par exemple relire ce texte de l’Evangile selon St Luc, et se confier ensuite de tout cœur à Dieu notre Père en récitant un « Notre Père »…

Lc 11, 9-13 (Parole de Jésus à ses disciples) : « Et moi, je vous dis :
demandez et l’on vous donnera;
cherchez et vous trouverez;
frappez et l’on vous ouvrira.
(10) Car quiconque demande reçoit;
qui cherche trouve;
et à qui frappe on ouvrira.
(11) Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson,
et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent?
(12) Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion?
(13) Si donc vous, qui êtes mauvais,
vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père du ciel
donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Lire et… chercher…

« Qui cherche trouve »… Il reste maintenant à chercher, à creuser, petit à petit, jour après jour, en acceptant les écueils et les difficultés du chemin, les jours avec et les jours sans… Mais l’Eau promise en vaut la peine, et son jaillissement récompensera notre persévérance…
Régulièrement, nous vous proposerons donc une section de l’Evangile selon St Jean. Après avoir prié, nous vous invitons à lire, lire et relire cette section en prenant votre temps, tranquillement… Si vous le désirez, vous pouvez même la recopier et souligner avec des couleurs les mots ou expressions qui vous accrochent, qui reviennent régulièrement… Puis, pour approfondir tel ou tel point du texte, nous vous proposerons des questions accompagnées de références bibliques… Les réponses seront toujours dans les références indiquées… Il suffit de les lire avec attention. Parfois, pour garantir la réponse cherchée, plusieurs références seront données… En comparant les réponses trouvées pour chacune d’entre elles, « la » réponse demandée deviendra vite évidente…
Et si un point ne vous semble pas très clair, continuez à avancer… Le « déclic » se fera peut-être par la suite… Et si tel n’était pas encore le cas, envoyez-nous un émail à cette adresse : ……………. Nous essaierons de vous répondre… Et si la formulation de nos questions ne vous semble vraiment pas clair, dites-le nous, et grâce à vous, nous pourrons l’améliorer…
Bonne lecture, bon travail, belle aventure avec Celui qui nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde, dans un Mystère d’union, de communion, dans l ‘unité d’un même Esprit…
C’est par là qu’il nous faut chercher « le trésor de nos vies »…
Alors, beaucoup, beaucoup de « Vie » sur ce « Chemin de Vie » !
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous
et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11)…

D. Jacques Fournier




Evangile selon St Jean : Introduction

A) Auteur, date et lieu de rédaction

1 – L’auteur

            Le plus ancien témoignage connu quant à l’auteur du quatrième Evangile est celui de Papias, Evêque d’Hiérapolis en Asie Mineure vers 110-120 ap JC, conservé par Eusèbe de Césarée (mort vers 339). Mais selon Eusèbe, contrairement à Irénée (né vers 140 en Asie Mineure, puis Evêque de Lyon, mort en 202), il faudrait distinguer entre deux Jean : l’apôtre et un ancien de l’Eglise d’Ephèse, le “presbytre” (du grec presbÊterow, « ancien »). L’Evangile proviendrait de l’Apôtre, et l’Apocalypse du presbytre…

            De son côté, Irénée, disciple de Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de Jean, écrit : « Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur sa poitrine, a publié lui-aussi l’Evangile pendant son séjour à Ephèse en Asie » (Adversus Haereses (Contre les Hérésies), 3,1,1).

Dans sa lettre à Florinus, un ami d’enfance, il écrit : « Je puis dire l’endroit où s’asseyait le bienheureux Polycarpe pour parler, comment il entrait et sortait, sa façon de vivre, son aspect physique, les entretiens qu’il tenait devant la foule ; comment il rapportait ses relations avec Jean et avec les autres qui avaient connu le Seigneur ; comment il rappelait leurs paroles et les choses qu’il avait entendu dire au sujet du Seigneur, de ses miracles, de ses enseignements ; comment Polycarpe, après avoir reçu tout cela des témoins oculaires de la vie du Verbe, le rapportait conformément aux Ecritures »…

            Ces traditions rapportées par Irénée sont également en accord avec Polycrate d’Ephèse (v. 190) selon les paroles de sa lettre au Pape Victor :

            « Nous célébrons scrupuleusement ce jour (de Pâques), sans rien retrancher, sans rien ajouter. En effet, c’est en Asie que reposent de grands astres : … Philippe, un des douze apôtres… et encore Jean, qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, qui a été prêtre et a porté la lame d’or, martyr et didascale (du grec didãskalow, « celui qui enseigne, maître, docteur ») ; celui-ci repose à Ephèse ».

            Eusèbe cite deux fois cette lettre, et il est convaincu de la mort de l’apôtre Jean à Ephèse. De leur côté, les « Actes de Jean », un écrit rédigé entre 150 et 180, situent l’activité de l’Apôtre en Asie Mineure et le font mourir paisiblement à Ephèse.

            On verra aussi que l’Evangile fut diffusé très tôt en Egypte, et de fait, Clément d’Alexandrie (vers 150-215) mentionne une activité pastorale de Jean en Asie Mineure. Il qualifie aussi avec bonheur le caractère propre du quatrième Evangile :

            « Quant à Jean, le dernier, voyant que les choses corporelles avaient été exposées dans les Evangiles, poussé par ses disciples et divinement inspiré par l’Esprit, il fit un Evangile spirituel » (pneÊmati yeoforhq°nta pneumatikÒn poi∞sai eÈagg°lion).

            A Rome, le Canon de Muratori (165-185) affirme:

            « Le IVè Evangile est de Jean, l’un des disciples. Comme ses condisciples et ses épiscopes (du grec §piskop°v, « veiller sur »… ou « veiller à ») l’exhortaient, il leur dit : « Jeûnez avec moi à partir d’aujourd’hui pendant trois jours, et nous nous raconterons les uns aux autres ce qui nous a été révélé ». La même nuit, il fut révélé à André, l’un des Apôtres, que Jean devait tout écrire en son nom propre avec l’approbation de tous ».

            Le canon mentionne également l’Apocalypse de Jean comme livre « reçu » par l’Eglise…

            Ainsi, nul ne discute dans l’Eglise ancienne l’origine apostolique du quatrième Evangile… Mais il faut remarquer avec R.E. Brown, que les attestations anciennes associent constamment un groupe de disciples à l’œuvre de Jean l’Apôtre. Papias parle déjà du presbytre, son homonyme, et la trace de celui-ci se retrouve chez Eusèbe de Césarée et chez Denys d’Alexandrie (vers 250), qui signale deux tombeaux à Ephèse pour les deux Jean. Clément d’Alexandrie déclare que Jean a écrit son Evangile « poussé par ses disciples ». Le Canon de Muratori dit de son côté que Jean écrivit en son nom propre avec l’approbation de tous… L’Evangéliste n’est donc jamais représenté comme un solitaire… Rien n’empêche donc que la tradition originelle ait pu se rattacher effectivement à Jean l’Apôtre, tout en connaissant par la suite des étapes rédactionnelles et un travail de mise en forme dus à un certain nombre de disciples de la communauté johannique. Nous aurions là un bel exemple de travail en Eglise…

            Xavier Léon Dufour, à la suite des conclusions de R.E. Brown, propose ainsi une solution un peu plus simple mais toujours très proche de ce dernier :

                        j Etape 0 : L’Apôtre Jean, fils de Zébédée.

                        j Etape 1 : L’école johannique: théologiens et prédicateurs.

                        j Etape 2 : l’Evangéliste écrivain.

                        j Etape 3 : Le rédacteur compilateur.

 

2 – Date de rédaction

a) La date de composition la plus tardive possible

            L’Evangile de Jean[1], jusque vers les années 1950, a été souvent daté très tardivement, du fait de sa théologie très évoluée :

                        – Delafosse H., vers 170.

                        – Loisy A., vers 150-160 (son opinion en 1936).

                        – Barrett vers 140 (dans sa 1° édition, 1956).

            Mais si nous nous rappelons que les lettres de Paul ont été écrites avant les Evangiles synoptiques, une christologie développée devient un point de référence précaire pour dater un écrit…

            Certains avançaient aussi que l’Evangile et les Lettres ayant eu le même auteur (ce qui doit être examiné…), et les Lettres reflétant une organisation ecclésiale trop structurée pour ne pas être tardive, l’Evangile ne pouvait être que tardif. Mais là aussi, l’exemple de la communauté de Qûmran et le portrait dressé par Luc de l’Eglise dans les Actes invitent en ce domaine à beaucoup de prudence.

            Autre argument en faveur d’une datation tardive (Sanders suivi par Barrett) : après 170, il est clair que l’Evangile est connu par Tatien[2], Théophile d’Antioche[3], Irénée… Avant 150 par contre, il n’existe aucune preuve sérieuse que Jean ait été utilisé et donc connu. Mais F.-M. Braun[4] a trouvé d’amples raisons de croire que Jean fut reçu sans opposition dès le premier quart du 2°s en Egypte comme en Syrie et un peu plus tard à Rome. Par exemple, il considère comme très probable qu’Ignace d’Antioche, bien que ne citant pas Jean littéralement, dépende de ce dernier (uneconclusion suivie par Maurer). Tarelli et Boismard croient quant à eux que Clément de Rome en 96 utilisa l’évangile de Jean, mais cela semble très difficile à établir. On peut au moins dire qu’il connaissait une théologie et un vocabulaire semblables à celui de Jean. On peut aussi ajouter que si Ignace d’Antioche s’est inspiré de Jean, on ne sait quel était le stade de développement de l’évangile qu’il avait à sa disposition…

            Le fait que Jean ait été très apprécié des milieux gnostiques[5] était pour certains un argument supplémentaire pour une datation tardive (Von Loewenich en 1932 avança même l’idée que Jean avait d’abord circulé dans des milieux gnostiques hétérodoxes avant d’être accepté par l’Eglise). Cet argument repose sur la datation du mouvement gnostique, un domaine où règne une grande incertitude. D’autre part la découverte à Chénoboskion de documents gnostiques représentatifs du 2° s montre la distance entre Jean et “L’Evangile de la vérité” et “l’Evangile de Thomas” qui doivent lui être postérieurs.

            La thèse selon laquelle Jean dépendrait des Evangiles synoptiques a favorisé aussi une datation tardive, mais celle-ci est aujourd’hui le plus souvent rejetée.

            Mais, en 1920, Bernard. P. Grenfell acheta des centaines de papyrus trouvés en Moyenne-Egypte, à Fayum et Oxyrhynchos, le long du Nil, pour le compte de la John Rylands Library de Manchester [6] ; personne ne remarqua le papyrus qui avait été répertorié sous le numéro 457, et qui sera rebaptisé plus tard R52, jusqu’en 1935, date à laquelle C. H. Roberts le publia . Ce n’est qu’un débris (8,9cm x 5,8cm)[7] mais son importance est capitale car il contient Jn 18, 31-33+37-38 et les spécialistes le datent d’avant 150[8]. Il est ainsi la plus ancienne copie connue d’un passage du NT…

            Important aussi, le papyrus Egerton 2, trouvé lui aussi en Moyenne Egypte et publié en 1935 par H. Idris Bell et T.C. Skeat sous le nom d'”Evangile inconnu” et daté d’environ 150. Son auteur aurait utilisé l’évangile de Jean ainsi que les synoptiques pour le composer. Le fait qu’il accorde autant d’importance à Jean qu’aux synoptiques est selon Brown le signe que Jean ne venait pas d’être composé, mais qu’il jouissait déjà à cette époque, à l’égal des synoptiques, d’une totale autorité.

            Il faut aussi signaler le papyrus Bodmer II ou R66 (environ 16,2cm x 14,2cm)[9] du nom de celui qui en fit l’acquisition, M. Martin Bodmer. Contenant Jn 1-6,2 et 6,35b‑14,15, il fut publié en 1956 par Victor Martin, professeur de philologie classique à l’université de Genève. Selon lui, il daterait des années 200, mais Herbert Hunger, directeur des collections de papyrus de la Bibliothèque Nationale de Vienne, le fait remonter aux années 150, si ce n’est dans la première moitié du 2° siècle[10].

b) La date de composition la plus ancienne possible

            Elle est beaucoup moins facile à déterminer que la précédente. Notons tout d’abord que les traditions ayant servi de base aux évangiles sont en général situées dans la période 40 – 60. Certains voudraient que celles de Jean soient plus tardives ; tel n’est pas l’avis de Brown.

            Il faut aussi remarquer qu’au moment de sa rédaction, la rupture était totale entre l’église et la synagogue ; or il ne semble pas que ce problème ait été très sensible avant les années 70. Par contre, on en trouve un écho dans un texte daté de l’an 85 qui consigne 18 bénédictions, et la 12° traite de l’expulsion des nazaréens et des mînîm (hérétiques) de la synagogue, un usage que l’on retrouve dans la période 80‑90 à Jamnia (ou Jabneh, Jabneel), ville située à l’ouest de Jérusalem près de la Méditerranée où le rabbin Johanan ben Zakkai avait transféré son école après la chute de Jérusalem. L’édition finale de l’évangile, la première pouvant avoir eu lieu dans les années 70 ou au début des années 80 (Brown a émis l’hypothèse de 5 stades rédactionnels), a donc du être faite dans les années 90.

            Jn 21,18-19 donne un témoignage symbolique mais clair que Pierre est mort par crucifixion; son martyr advint à Rome lors de la persécution de Néron dans les années 64-65. Si Jn 21,22-23 fait allusion à cette rumeur que “ce disciple” (la figure historique de Jean) ne mourrait pas et cela pour la démentir, c’est bien que “ce disciple” est mort, mais il devait être avancé en âge, ce qui, compte tenu de la différence d’âge avec Pierre (cf la course au tombeau vide en 20,4) situe à nouveau samort certainement après les années 80, probablement vers les années 90.

            Tous ces indices situent la rédaction finale vers les années 100.

 

3 – Lieu et destinataire

            Le lieu privilégié de la formation de l’Evangile est donc la ville d’Ephèse.

            D’autre part, l’Evangile de Jean s’enracine en premier lieu dans le judaïsme palestinien, et adopte vis-à-vis de l’Ecriture une méthode semblable à celle des homélies synagogues : l’unité de l’Ecriture lui permet d’expliquer ses textes les uns par les autres, en prenant pour clé de lecture la personne de Jésus en qui l’Ecriture s’accomplit. Ainsi, Dieu a ordonné toute l’histoire du salut à la manifestation finale de son Fils, devenu homme et mort en croix pour donner la vie au monde.

            Du long mûrissement que suppose l’œuvre johannique, on voit apparaître aussi une sensibilité de plus en plus grande aux nécessités de la mission et aux besoins du monde grec, auquel il fallait ouvrir l’Evangile. C’est en ce sens qu’on peut y reconnaître “un sens aigu des besoins du monde hellénistique, non seulement dans le choix des symboles, mais encore dans la réponse donnée à sa soif de révélation et à son désir d’un Sauveur qui libère de l’emprise du monde” (A. Jaubert). Il ne s’agit pas d’un syncrétisme, mais d’une adaptation aux conditions concrètes de l’Evangélisation, et Jean aura bien soin de souligner le réalisme de l’Incarnation face à une culture qui avait tendance à privilégier “le monde des idées” et à déprécier tout ce qui se rattache au monde matériel, c’est-à-dire pour l’homme « ce corps de chair qui entrave si bien l’âme »[11].

 

B) Structure littéraire du quatrième évangile

            Face à un n’importe quel texte, il est important de se demander quel est son but, et celui de l’Evangile de Jean est clairement défini : « Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom (Jn 20,30-31).

            St Jean est donc un « livre » (du grec bibl€on, qui se dit « bibliôn » et a donné notre français « bible »), où ont été mis par écrit quelques signes afin de fonder et de confirmer l’adhésion de foi des destinataires à Jésus, le Christ et Fils de Dieu, de telle sorte que par cette foi, ils puissent recevoir la plénitude de vie qu’Il est venu apporter aux hommes. Il est vrai que Jésus lui-même a émis des réserves sur l’adhésion de foi de celui qui se fonde sur les signes (Jn 2,24-25 ; 4,45.48 ; 6,2.14.26.30), mais il a de fait accompli beaucoup de signes pour faire croître et alimenter la foi en lui comme Christ, Fils de Dieu envoyé par le Père.

            Le plan proposé par Rinaldo Fabris est le suivant :

Introduction :

                        – Jn 1,1-18 : Annonce des thèmes de l’Evangile.

                        – Jn 1,19-51 : Introduction à l’activité messianique de Jésus.

Développement :

            : Jn 2,1-12,36 : le livre des signes de Jésus, le Christ et Fils de Dieu[12].

  1. a) précédé du témoignage de Jean et de la présentation des disciples                                                                                                     (Jn 1,19-51).
  2. b) Conclus par un commentaire théologique (Jn 1,19-51)

                                                               et par un dernier appel de Jésus (Jn 12,37-43.44-50).

            : Jn 13,1-20,29 : “l’accomplissement” et l’heure de la glorification de Jésus,

                                                                                                          le Christ et Fils de Dieu[13].

Conclusion: Jn 20,30-31: But et prospective de l’Auteur.

Jn 21,1-23: Ajout d’une nouvelle rencontre du Seigneur ressuscité avec quelques disciples

sur le lac de Tibériade.

Jn 21,24-25: Epilogue.

 

C – Une rapide confrontation avec les Synoptiques[14] (Matthieu, Marc et Luc)

1 – Les divergences

            En St Jean les discours de Jésus ne sont plus centrés sur le Royaume de Dieu. Il n’utilise plus proverbes et paraboles et son langage n’est plus aussi simple. Au contraire, il se place souvent sur un niveau symbolique, et la relation avec son Père prend soudainement une grande importance[15]. Certains croient que les synoptiques garderaient le souvenir des prédications populaires de Jésus alors que Jean rapporterait plutôt les débats avec les milieux intellectuels, mais il vaut mieux y voir l’empreinte du milieu propre à Jean.

            Parmi les grands désaccords de Jean avec les synoptiques, il faut noter :

                        1- Les synoptiques ignorent totalement certains faits et personnages que Jean mentionne : le signe de Cana (Jn 2), un ministère de baptiste dans la vallée du Jourdain (Jn 3,22-29; 4,1), Nicodème et son histoire (Jn 3), la Samaritaine (Jn 4), la guérison de l’aveugle-né (Jn 9), Lazare et sa résurrection des morts (Jn 11; le “pauvre Lazare” est un autre personnage en Lc 16,20s), le lavement des pieds (Jn 13,1-20). De son côté, Jean ne rapporte ni le baptême de Jésus (Mc 1,9‑11 ; Mt 3,13-17 ; Lc 3,21-22), ni l’institution de l’Eucharistie (Mc 14,22‑24 ; Mt 26,29 ; Lc 22,19-20).

                        2- Dans St Jean, les disciples confessent dès le début que Jésus est le Messie (1,41‑49), alors que les synoptiques font de cette confession le sommet du ministère du Christ en Galilée (Mc 8,31).

                        3- Des différences de localisation dans le temps :

                                   – Le ministère de Jésus s’étale sur deux ou trois ans en Jean, alors qu’il ne dure qu’une année dans les synoptiques.

                                   – L’épisode des vendeurs chassés du Temple intervient au commencement de la vie de Jésus en Jean, à la fin dans les synoptiques.

                                   – La mort de Jésus a lieu la veille de Pâques en Jean, et non le jour de Pâques dans les synoptiques.

                        4- Jean omet dans le récit de la Passion tout ce qui pourrait abaisser la gloire du Seigneur.

 

2 – Les points communs

            1 – Les principaux épisodes communs sont[16]:

                        j Ministère et témoignage de Jean-Baptiste (Jn 1,19-36; Mc 1,4-8).

                        j Purification du Temple (Jn 2,14-16; Mc 11,11,15-17).

                        j La multiplication des pains (Jn 6,1-13; Mc 6,34-44).

                        j Jésus marche sur la mer (Jn 6,16-21; Mc 6,45-52).

                        j La demande d’un signe (Jn 6,30; Mc 8,11).

                        j La confession de Pierre (Jn 6,68-69; Mc 8,29).

                        j L’onction de Jésus (Jn 12,1-8; Mc 14,3-9).

                        j L’entrée de Jésus à Jérusalem (Jn 12,12-15; Mc 11,1-10).

                        j Le dernier repas de Jésus avec ses disciples et la prédiction de la trahison de Judas (Jn 13,1-30; Mc 14,17-26).

                        j L’arrestation (Jn 18,1-11; Mc 14,43-52), la passion (Jn 18,12-19,30; Mc 14,53-15,41), l’ensevelissement et la tombe vide (Jn 19,38-20,10; Mc 15,42-16,8).

                        j L’apparition aux femmes (Jn 20,11-18; Mt 28,9-10), aux disciples à Jérusalem (Jn 20,19-23; Lc 24, 36-49) et en Galilée (Jn 21,1-19; Mt 28,16-20).

            2 – Quelques paroles de Jésus apparaissent aussi en Jean et dans les synoptiques[17] : paroles de Jean-Baptiste (Jn 1,27 – Mc 1,7 ; Jn 1,33 – Mc 1,8 ; Jn 1,34 – Mc 1,11) ; le nom “Cephas” pour Pierre (Jn 1,42 – Mc 3,16) ; paroles sur le Fils de l’Homme (Jn 1,51 – Mc 14,62?), le Temple (Jn 2,19 – Mc 14,58), la nécessité de devenir un enfant pour entrer dans le royaume (Jn 3,3-5 avec “nouveau-né”; Mc 10,15)…

            3 – Jean ne cite pas souvent l’Ancien Testament mais sur 18 citations explicites, 5 seulement sont clairement parallèles avec les synoptiques : Jn 1,23 – Mc 1,3 ; Jn 12,15 – Mt 21,5 ; Jn 12,40 – Mc 4,12 ; Jn 19,24 – Mc 15,24 ; Jn 13,21 – Mc14,18.

 

3 – Le lien éventuel entre Jean et les synoptiques

            Pour les Pères de l’Eglise et les écrivains antiques au moins à partir de Clément d’Alexandrie, Jean connaissait les trois synoptiques et entendait les compléter[18]; cette opinion continua à être acceptée jusque dans les temps modernes. Elle fut même radicalisée par F. Overbeck en 1911 qui déclara que Jean avait écrit son évangile pour faire concurrence aux synoptiques et pour se substituer à eux, une thèse reprise et développée en 1926 par H. Windish.

            En 1938 P. Gardnersmith formule l’hypothèse selon laquelle Jean ne connaissait pas les évangiles synoptiques…

            Dès lors, les opinions des spécialistes oscillent entre ces deux extrêmes :

                        1) Jean n’a pas connu, et donc pas utilisé les synoptiques : Gardner‑Smith P. (1938) ; B. Noack (1954), C.H. Dodd (1963, 21965 ; Brown R.E. (1966)[19]).

                        2) Jean a connu les synoptiques mais ne les a pas utilisés directement ; il a d’autre part travaillé sur la base de traditions indépendantes des synoptiques : B. de Solanges (1979) ; P. Perkins (1989; 1993)[20] ; quelques uns expliquent l’impulsion à organiser les différentes traditions que possédait la communauté johannique sous la forme d’un évangile, par l’exemple des autres communautés qui possédaient déjà un tel écrit.

                        3) Jean dépend de la tradition pré-synoptique ou est proche du milieu des synoptiques (B. Lindars[21] (1970) ; Osty E. (1951) ; Parker ; I. Buse ; Schnackenburg R. (1955)).

                        4) Jean a connu les synoptiques et les a utilisés directement[22].

            Quoiqu’il en soit, tout le monde reconnaît le caractère très particulier de l’évangile johannique, son style à la fois très uniforme et très personnel, sa christologie évoluée, pour ne rien dire des influences grecques qui se sont exercées sur lui. L’hypothèse de sources identiques ou semblables ne facilite pas l’explication de ce phénomène. Il a dû se produire un développement considérable entre l’époque où furent rassemblés les matériaux légués par la tradition et celle où ils furent utilisés dans la composition du quatrième évangile.

            On explique communément ce développement par les besoins de la polémique. Jean se serait servi des matériaux que lui livrait la tradition en fonction de données nouvelles, de difficultés précises auxquelles l’Eglise de son temps aurait eu à faire face[23]

 

D) La langue et le style de Jean

            Alors que Matthieu utilise 1691 mots, Marc 1345, Luc 2055, Jean n’emploie que 1011 mots, et ce vocabulaire même manifeste l’originalité de sa pensée :

Mt

Mc

Lc

Jn

égãph (amour) ; égapãv aimer

8 (1)

5 (1)

13 (-)

36 (7)

fil°v (aimer)

5

1

2

13

élÆyeia, élhy«w, élhyinow (vérité)

2

4

4

46

gin≈skv (connaître)

20

12

28

56

pisteÊv, (p€stiw) croire (foi)

11 (8)

14 (5)

9 (11)

98 (-)

efim€ (je suis)

14

4

16

54

zvÆ (vie)

7

4

5

35

kÒsmow (monde)

8

2

3

78

martur°v; martur€a et martÊrion

(témoigner ; témoignage)

4

6

5

47

ırãv (voir, regarder)

13

7

14

31

yevr°v (voir, contempler)

2

7

7

24

m°nv (demeurer)

3

2

7

40

patÆr (Père, pour Dieu)

45

4

17

118

p°mpv (envoyer)

4

1

10

32

f«w (lumière)

7

1

7

23

            A l’opposé, des termes très fréquents dans les Evangiles synoptiques sont quasiment absents de St Jean (récurrence nulle en dehors de toute précision) : bãptisma (baptême), basile€a (royaume ; Mt 57, Mc 20, Lc 46, Jn 5), daimÒnion (démon ; Mt 11, Mc 11, Lc 23, Jn 6 toujours dans des accusations portées à Jésus sur le fait qu’il était possédé), dika€vw (juste, en parlant des hommes), dÊnamiw (puissance), §le°v (faire miséricorde), ¶leow (miséricorde), splagxn€zomai (être ému de compassion), eÈagg°lion (évangile), eÈaggel€zv (évangéliser), kal°v (appeler ; Mt 26, Mc 4, Lc 43, Jn 2), khrÊssv (proclamer), metano°v (se convertir), metãnoia (conversion), parabolÆ (parabole) proseÊxomai (prier), proseuXÆ, (prière), tel≈nhw (publicain).

            On note aussi un nombre assez important de termes araméens, suivis le plus souvent de leur interprétation grecque : rabbi (8x), rabbouni (1x), Messie (2x), Képhas, Silôam, Béthesda, Gabbatha, Golgotha. Ce vocabulaire manifeste l’insertion de cet évangile dans la tradition palestinienne, les traductions grecques s’expliquant par le souci très certainement ultérieur de s’ouvrir au monde grec.

            Au niveau du style, Jean emploie souvent des mots qui ont une double signification, et il joue sur ces deux sens : §ge€rv (relever et ressusciter, en 2,20), ênvyen (“d’en haut” et “de nouveau” en 3,3 ; pneËma (vent et Esprit en 3,8), ÍcÒv (élever et crucifier, en 3,14; 8,28; 12,32.34), str°fv (“se tourner” et “se convertir”, en 20,14.16…)…

            Il faut signaler aussi le procédé du “malentendu”, que Bernard décompose de la façon suivante:

                        (1) Une expression de Jésus…

                        (2) suscite le malentendu des auditeurs…

                        (3) parce qu’ils la comprennent au sens matériel ;

                        (4) Jésus répète la parole incomprise ;

                        (5) suit alors une explication ultérieure ou le constat d’un malentendu final.

  1. Leroy réserve ce terme de “malentendu” à onze cas : Jn 2,19-22; 3,3; 4,10.31‑34; 6,41s.51; 7,33-36; 8,21s.31-33.51-53.56-58, où l’auditeur s’imagine avoir compris et pose une question ironique, faisant ressortir l’apparente absurdité de la parole de Jésus.

_________________________________

[1] BROWN Raymond E., The Gospel according to John (Anchor Bible 29, New York 1966) servira de texte de base.

[2] BRAUN F.-M., JEAN LE THEOLOGIEN, et son évangile dans l’église ancienne , 3 vol. (Paris 1959), vol.1 p. 145s ; Tatien, né en Assyrie vers 120, était un disciple de Justin (cf p. 135: philosophe originaire de Naplouse en Samarie, Justin devint disciple du Christ en 133, sans doute à Ephèse, ville où il eût une longue discussion avec le juif Tryphon. Puis il vint à Rome sous le règne d’Antonin (138-161) et y fit un long séjour, pendant lequel, toujours revêtu de son manteau court de philosophe, il combattit les ennemis de sa foi, en particulier Marcion toujours vivant. Il fut condamné à mort avec 6 autres chrétiens vers 165). Frappé par la difficulté de concilier les quatre récits évangéliques, il eut l’idée de les fusionner en un exposé suivi de la vie et de l’enseignement de Jésus, le Diatessaron. Le 5 mars 1933, on en découvrit un fragment à Dura-Europos en Mésopotamie, où Matthieu, Luc et Jean se trouvent combinés à propos de Joseph d’Arimatie.

[3] Id p. 181-183: Il fut évêque d’Antioche de 170 à 183. On possède de lui trois livres à Autolycus, un ami qui lui reprochait sa conversion au christianisme. En II,22 il écrit: “D’où l’enseignement que nous donnent les saintes Ecritures, et tous les inspirés, entre autres Jean quand il dit: Dans le Principe était le Verbe, le Logos, et le Logos était en Dieu. Il montre qu’au début il n’y avait que Dieu et qu’en Lui était le Logos. Puis il dit: Et le Logos était Dieu; tout par lui a existé et sans lui n’a pas existé une seule chose”. Jn 1,2-3 se trouve reproduit ad litteram et toute la citation est explicitement attribuée à l’évangéliste. A notre connaissance, l’évêque d’Antioche est le premier auteur qui introduise un texte du quatrième évangile de pareille façon.”

[4] Id p. 394.

[5] Ce terme décrit un ensemble complexe de milieux qui accordaient beaucoup d’importance à la « connaissance mystique » (ou prétendue telle) de Dieu. QUESNEL M., « L’Histoire des Evangiles » (Ed. du Cerf, 1987) p. 63 écrit que « Jean se méfie d’un prétendu christianisme cérébral ou faussement mystique qui négligerait les gestes concrets d’amour fraternel. Très vraisemblablement, l’auteur perçoit cette tendance dans la communauté pour laquelle il écrit, et il la combat de toute son énergie ».

[6] METZGER Bruce M., The Text of the New Testament (Oxford 1985) p. 38-39.

[7] Id p. 87: le codex primitif devait mesurer 21cmx20cm et comprendre 66 feuilles pliées en deux soit 130 pages environ. Avec les évangiles, il aurait compté 288 pages; un tel volume étant difficilement concevable en papyrologie, l’évangile de Jean devait fournir toute la matière.

[8] LINDARS B., RIGAUX B., Témoignage de l’Evangile de Jean (Bar le Duc 1974) p. 15 B. Lindars écrit: “Le papyrus 52 (Rylands 457) est maintenant regardé comme datant au plus tard de l’année 130”.

[9]  A l’origine, il devait compter au moins 154 pages, et sans doute une ou deux de plus; il en reste 104 complètes en parfait état de conservation; par contre nous n’avons que des fragments de 46 autres pages. Il est conservé dans une bibliothèque constituée par les soins de M. Bodmer à Cologny, en Suisse, près de Genève, “sur la rive savoyarde du Lac Léman” (P. M. Braun, I p. 94).

                Les cercles chrétiens préféraient ces exemplaires aux dimensions réduites, à la fois pour des raisons de commodité, mais aussi pour pouvoir les soustraire plus facilement aux perquisitions des autorités romaines, en un temps où la religion chrétienne demeurait exposée au risque des perquisitions (P. M. Braun, I p. 95).

[10] L’écriture de ∏66 présente les mêmes caractéristiques que celle de R52 et de R Egerton 2 (“verticalité de l’axe des lettres et préoccupation de donner à celles-ci, autant que possible, la même hauteur, tout en attribuant à toutes celles qui en sont susceptibles une largeur égale à cette hauteur” écrit V. Martin). Cette parenté graphique ne signifie pourtant pas que tous ces documents soient de dates très voisines. On sait en effet qu’un même type d’écriture littéraire pouvait se maintenir pendant des siècles (Id p. 96).

                La date d’environ 200 est donc très prudente, d’autant plus que le type de reliure employé, que l’on peut déduire des trous observables dans les feuillets (deux couples de trous distants de 12 mm placés à 13 mm des bordures supérieures et inférieures) confirme sa haute antiquité: c’était une couture à deux fils indépendants, sans aucun lien entre le fil de la partie supérieure et le fil de la partie inférieure. Ce procédé utilisé pour les manuscrits les plus anciens, à l’époque de transition où l’on s’inspirait encore de la façon sommaire dont les tablettes enduites de cire étaient rattachées les unes aux autres par des anneaux métalliques et des lanières. L’idée d’employer un fil unique ne vint que plus tard.

[11] On retrouve un écho de cette conception grecque de l’homme en Sg 9,15 ; pour la Bible au contraire, l’homme est UN, mais il est possible de le regarder sous différents aspects : corps, âme, esprit. Mais il n’a pas une âme comme enfermée en un corps : il est âme, et tout en même temps, il est corps et esprit…

[12] La division du livre en deux parties est justifiée par :

– 1 -La conclusion de la première par un commentaire théologique et l’appel final à la foi (12,37-43.44-50).

– 2 – A partir de ce moment on ne parle plus de signes, sinon à la conclusion de l’évangile (20,30s).

– 3 – Changement d’interlocuteur : on passe de la foule et des Juifs de Jérusalem aux disciples.

[13] L’évangéliste distingue un avant et un après la glorification de Jésus en rapport à la mort-résurrection (12,16 ; 2,22). Remarquer aussi que la terminologie de l’amour est concentrée en Jn 13-17 (égãph (amour) 6/7; égapãv (aimer) 30/37) ; cette 2° partie ne concerne donc plus les signes mais l’accomplissement de l’œuvre entière de Jésus Christ.

[14] Le mot « synoptique » vient du grec sunoptikÒn qui signifie « qui embrasse d’un coup d’œil ». Ces trois évangiles se ressemblent en effet très souvent, et dès les premiers siècles de l’Eglise, certains les disposèrent l’un à côté de l’autre, en trois colonnes, ce qui permet de les comparer. Ils pouvaient alors être vus « d’un seul coup d’œil ».

                Selon la théorie la plus simple et la plus couramment admise, Matthieu et Luc se seraient tous les deux inspirés de Marc et d’une autre source (Q) aujourd’hui perdue. Et chacun des deux disposait bien sûr de ses propres informations…

[15] PHILIPPE Marie-Dominique, Les trois sagesses p. 396: “La paternité de Jésus est le grand secret de son cœur. Jésus est le Fils bien-aimé du Père, et pour lui, cette paternité du Père est tout ; et donc ce qu’il a de plus grand à communiquer, c’est cet esprit filial que nous devons avoir à l’égard de lui-même pour que, par Lui, nous soyons conduits au Père… “

COTHENET E., “Le quatrième Evangile”, La tradition johannique dans “Introduction à la Bible, Le Nouveau Testament” sous la direction de A. George et P. Grelot p. 95, 1° ligne: “Témoignage le plus achevé sur la personne de Jésus dans ses relations avec le Père, appel pressant à la foi en Celui qui…”

[16] FABRIS Rinaldo, Giovanni (Roma 1992) p. 53: B. de Solanges note que 153 versets de Jean sur 868, soit 17,6 %, ont leur contrepartie dans les synoptiques.

[17] SCHNACKENBURG R., Il vangelo di Giovanni (Brescia 1987) compte 16 paroles de Jésus en Jean qui ont une correspondance formelle (lexique et style) avec les synoptiques, alors qu’au moins 20 autres se réfèrent à la tradition synoptique.

[18] Id p. 52.

[19] BROWN Raymond E., The Gospel according to John p. XLVI: d’un point de vue général, Jean est indépendant des synoptiques et de ses sources, mais Brown n’exclut pas la possibilité d’une interférence mineure avec la tradition synoptique lors des premiers stades de la genèse de l’évangile, au niveau de la tradition orale .

[20] BROWN R.E., FITMYER J.A., MURPHY R.E., The New Jerome Biblical Commentary (London 1993) p. 942s : Quelques contacts ont pu avoir lieu avec l’un ou l’autre évangile, mais P. Perkins, entre autres, pense que le 4° Evangile est basé sur un ensemble de traditions indépendantes préservées dans les églises johanniques.

[21] LINDARS B., RIGAUX B., Témoignage de l’Evangile de Jean p. 15-16 B. Lindars écrit: “Il est tout à fait probable que Luc a été écrit plus tard que Jean… Quant à Marc et à Matthieu, ils ont sûrement été composés plus tôt; mais l’intervalle de temps qui les sépare de Jean ne fut pas assez long pour nous permettre de croire que celui-çi les a eus en sa possession, même s’il semble avoir eu quelque connaissance de l’un ou de l’autre. En fait, on peut regarder comme probable que Jean a au moins vu l’évangile de Marc. Il y a en effet de bonnes raisons de croire que Marc est l’inventeur du genre littéraire “évangile”, c’est à dire d’une présentation du kérygme sous la forme d’un récit combiné du ministère et de l’enseignement de Jésus, le tout relié à l’histoire de la passion. Or Jean a lui aussi adopté ce genre littéraire. Mais ceci ne veut pas dire que Marc ait été sa source.

                “Placer à des dates relativement rapprochées la composition des synoptiques et celle de Jean, cela aboutit à une conséquence qu’il importe de tirer. On sera dès lors, en effet, porté à croire que les matériaux utilisés par Jean furent identiques ou parallèles, aux sources des autres évangiles, plutôt qu’à ces évangiles eux‑mêmes“.

[22] FABRIS Rinaldo, Giovanni p. 52-53: F. Neirynck; S. Mendner S. (1958); pour E.K. Lee (1957), Jean dépend de Marc ; pour J.H. Bernard (ICC, 1928), il connaît certainement et emploie Marc, très probablement Luc et peut-être Q et pour lui, il n’existe pas de preuves de son utilisation directe de Matthieu ; position identique de Mac Gregor (1928) ; pour C.K. Barrett (1955), Jean a lu Marc (avis différent de Lindars : cf note précédente), car il en reproduit la matière, le langage et suit le même ordre de Jean-Baptiste à la passion-résurrection ; il a lu aussi Luc car il mentionne des personnages lucaniens (Marthe, Marie et Lazare) ; J.A. Bailey (1963) a particulièrement étudié le rapport Jean-Luc : une dépendance de Luc est possible en quelques cas, pendant que d’autres convergences peuvent s’expliquer par des traditions communes ; pour M.E. Boismard, la première strate de Jean est voisine mais indépendante des synoptiques, mais la tradition de Luc influence la deuxième, ses écrits (Evangile et Actes) la troisième, tandis que la quatrième montre un essai d’harmonisation avec les synoptiques…

[23] Comme par exemple:

                j Opposition à une christologie teintée de docétisme (Hoskyns).

                j Volonté de défendre les chrétiens contre les prétentions des disciples de Jean‑Baptiste (mais la survivance d’une secte de disciples de Jean-Baptiste à cette époque est loin d’être démontrée).

                j Réponse à une objection soulevée par les Juifs: les chrétiens ont répudié la révélation divine contenue dans la Loi de Moïse et ont exalté Jésus à un point tel qu’ils ont fait de la religion un dithéisme.

                j Désir d’apporter aux croyants une explication du retard de la Parousie ou de combattre chez eux un gnosticisme commençant.




Plan de l’Evangile selon St Jean

Le plan proposé par Rinaldo Fabris est le suivant :

Introduction :

                        – Jn 1,1-18 : Annonce des thèmes de l’Evangile.

– Jn 1,19-51 : Introduction à l’activité messianique de Jésus[1].

Développement :

: Jn 2,1-12,36 : le livre des signes de Jésus, le Christ et Fils de Dieu[2].

  1. a) précédé du témoignage de Jean et de la présentation des disciples                                                                                                              (Jn 1,19-51).

  2. b) Conclus par un commentaire théologique (Jn 1,19-51)

et par un dernier appel de Jésus (Jn 12,37-43.44-50).

: Jn 13,1-20,29 : “l’accomplissement” et l’heure de la glorification de Jésus,

                                                                                                          le Christ et Fils de Dieu[3].

Conclusion : Jn 20,30-31 : But et prospective de l’Auteur.

Jn 21,1-23 : Ajout d’une nouvelle rencontre du Seigneur ressuscité avec quelques                                                                                                         disciples sur le lac de Tibériade.

Jn 21,24-25 : Epilogue.

[1] Remarques: Jean-Baptiste, dont le rôle de témoin est déjà anticipé dans le prologue (1,6-8.15) prépare le passage des attentes messianiques à leur accomplissement. La présentation du groupe des disciples rejoint la préoccupation générale de l’auteur (cf. Jn 20,30).

[2] La division du livre en deux parties est justifiée par:

– 1 -La conclusion de la première par un commentaire théologique et l’appel final à la foi (12,37-43.44-50).

– 2 – A partir de ce moment on ne parle plus de signes, sinon à la conclusion de l’évangile (20,30s).

– 3 – Changement d’interlocuteur: on passe de la foule et des Juifs de Jérusalem aux disciples.

[3] L’évangéliste distingue un avant et un après la glorification de Jésus en rapport à la mort-résurrection (12,16; 2,22). Remarquer aussi que la terminologie de l’amour est concentrée en 13-17 (agapé 6/7 ; agapaô 30/37); cette 2° partie ne concerne donc plus les signes mais l’accomplissement de l’œuvre entière de JC.




Un regard sur le Mystère de Jésus d’après l’Evangile selon St Jean.

Jésus, « l’Envoyé du Père »

 

Dans l’Evangile selon St Jean, Jésus se présente avant tout comme “l’Envoyé du Père”. Il est “le Verbe” qui existe de toute éternité: il était avant le commencement du monde, tourné vers Dieu son Père, Dieu Lui‑même comme Dieu son Père:

“Au commencement était le Verbe

et le Verbe était avec Dieu

et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement avec Dieu” (1,1-2).

Le Verbe est donc “sorti” d’auprès de Dieu, il est “venu” dans le monde en “envoyé de Dieu” et s’est fait chair pour accomplir parmi les hommes et pour eux sa mission de salut:

C’est de Dieu que je suis sorti et que je viens”, disait Jésus aux Juifs.

“Je ne viens pas de moi-même; mais lui m’a envoyé” (8,42).

Et à ses disciples, il déclare, peu avant sa mort et sa résurrection:

Le Père vous aime…

Je suis sorti d’auprès de Lui et venu dans le monde.

De nouveau je quitte le monde et je vais vers le Père” (16,27-28).

Et un peu plus loin, dans sa prière au Père, il dira à propos de ses disciples:

Ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi,

et ils ont cru que tu m’as envoyé” (17,8).

“Envoyé de Dieu”, le Christ est donc “sorti d’auprès de Dieu” et “venu dans le monde” pour rencontrer les hommes, et les sauver:

Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu

(3,31-32).

Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde,

mais pour que le monde soit sauvé par lui” (3,17).

Jésus, témoin du Père

Ce verbe “témoigner” est très important pour St Jean: pour lui, annoncer le Christ, c’est d’abord lui rendre témoignage, ce qui suppose la rencontre, la découverte de son mystère et de sa Présence. Jésus lui-même décrit plusieurs fois sa mission en termes de témoignage rendu à ce qu’il a vu et entendu:

En vérité, en vérité, je te le dis“, disait Jésus à Nicodème,

“nous parlons de ce que nous savons

et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu;

mais vous n’accueillez pas notre témoignage.

Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre,

comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel?

Nul n’est monté au ciel,

hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme” .

Et “celui qui vient du ciel

témoigne de ce qu’il a vu et entendu” (3,11-13.31-32)…

Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde”, disait-il encore à Pilate,

que pour rendre témoignage à la vérité.

Quiconque est de la vérité écoute ma voix” (18,37).

De son côté, le Père rend témoignage à son Fils:

“Le Père qui m’a envoyé, lui me rend témoignage” (5,37).

Le Père est toujours avec Jésus, son Fils

“Sortir d’auprès de Dieu” et “venir dans le monde” ne veut pas dire pour Jésus se retrouver tout seul pour accomplir cette mission que le Père lui a confiée… Bien au contraire… Jésus n’est jamais seul: le Père est toujours avec lui.

“Je sais d’où je suis venu et où je vais” disait-il aux Pharisiens.

“Mais vous, vous ne savez pas d’où je viens ni où je vais.

Vous, vous jugez de façon purement humaine;

moi, je ne juge personne;

et s’il m’arrive de juger, moi, mon jugement est selon la vérité,

parce que je ne suis pas seul;

j’ai avec moi le Père qui m’a envoyé.

Or il est écrit dans votre Loi

que le témoignage de deux personnes est valable.

Je suis à moi-même mon propre témoin,

et pour moi témoigne le Père qui m’a envoyé” (8,14-18).

Oui, “celui qui m’a envoyé est avec moi;

il ne m’a pas laissé seul,

parce que je fais toujours ce qui lui plaît” (8,29).

Et peu de temps avant sa Passion, il annoncera à ses disciples:

“Voici venir l’heure – et elle est venue –

où vous serez dispersés chacun de votre côté

et vous me laisserez seul.

Mais je ne suis pas seul: le Père est avec moi” (16,32).

Jésus aime le Père, le Père aime Jésus, son Fils.

Le Père aime Jésus:

“Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main” (3,35).

“Le Père m’aime…” (10,17).

“Père, tu m’as aimé avant la fondation du monde…” (17,24).

Et Jésus répond à l’amour par l’amour en “faisant ce qui plaît à Dieu”, en “accomplissant la volonté du Père”:

“Je ne cherche pas ma volonté,

mais la volonté de celui qui m’a envoyé” (5,30).

En effet, “je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté,

mais la volonté de celui qui m’a envoyé” (6,38).

Et “il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père

et que je fais comme le Père m’a commandé” (14,31).

Oui, “j‘ai gardé les commandements de mon Père,

et je demeure en son amour” (15,10).

Jésus ne peut rien faire sans son Père

Le Père et le Fils sont donc toujours “ensemble”, et le seul souci de Jésus va être d’accomplir sa mission avec le Père, en relation avec son Père, par amour du Père, car cette mission de salut n’est pas seulement la sienne: elle est avant tout celle du Père qui l’a envoyé…

“Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent,

et j’œuvre moi aussi” (5,17).

“Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé

et de mener son oeuvre à bonne fin” (4,34).

Au chapitre cinq de St Jean, Jésus va pour la première fois manifester l’expérience qu’il a de Lui-même. Son intention est-elle de se mettre en avant? Bien au contraire! Jésus va se révéler comme le plus pauvre de cœur qui soit: seul, il ne peut rien. Il dépend entièrement du Père: “le Seigneur fait tout pour moi! Seigneur, éternel est ton amour: n’arrête pas l’œuvre de tes mains” (Ps 138,8).

Jésus disait: “En vérité, en vérité, je vous le dis,

le Fils ne peut rien faire de lui-même,

il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père:

ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement.

Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait” (5,19-20).

Jésus ne peut donc rien faire sans maintenir son regard fixé sur le Père. En fait, c’est le Père qui agit pour le salut du monde. De son côté, Jésus demeure en son Amour: il le regarde, il l’écoute, il désire accomplir lui aussi sa volonté, être son Serviteur…

Les Paroles de Jésus ? Les Paroles du Père !

Jésus n’est pas à l’origine des Paroles qu’il prononce: il ne fait que dire ce que le Père lui dit… Avant de parler, Jésus prenait donc le temps d’écouter son Père, dans la prière…

Je ne fais rien de moi-même,

mais je dis ce que le Père m’a enseigné” (8,28).

Ce n’est pas de moi-même que j’ai parlé,

mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même commandé

ce que j’avais à dire et à faire connaître;

et je sais que son commandement est vie éternelle.

Ainsi donc ce que je dis,

tel que le Père me l’a dit, je le dis” (12,49-50).

Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi?

Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même:

mais le Père demeurant en moi fait ses oeuvres” (14,10).

Ainsi, “la parole que vous entendez n’est pas de moi,

mais du Père qui m’a envoyé” (14,24).

Mon enseignement n’est pas le mien:

c’est l’enseignement de celui qui m’a envoyé.

Celui qui veut faire la volonté de Dieu

saura si cet enseignement vient de Dieu,

ou si je ne parle qu’en mon nom” (7,16-17).

Ses Apôtres ont cru en lui: “Seigneur, tu as les Paroles de la vie éternelle” disait St Pierre. Oui, “nous, nous croyons et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu” (6,69).

Et peu de temps avant de mourir, Jésus priera son Père pour ses disciples. Il les aime et il sait que des heures difficiles les attendent…

Père, maintenant ils ont reconnu

que tout ce que tu m’as donné vient de toi;

car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données,

et ils les ont accueillies

et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi,

et ils ont cru que tu m’as envoyé.

C’est pour eux que je prie“…

Les miracles de Jésus ? Les miracles du Père !

 Là aussi, Jésus ne peut rien faire de lui-même. Pour lui, les miracles qu’Il accomplit sont avant tout “les oeuvres du Père”:

“Vous dites: Tu blasphèmes, parce que j’ai dit: Je suis Fils de Dieu!

Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez pas;

mais si je les fais,

quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces oeuvres,

afin de reconnaître une bonne fois

que le Père est en moi et moi dans le Père” (10,36-38).

Les oeuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin,

ces oeuvres mêmes que je fais

me rendent témoignage que le Père m’envoie” (5,36).

C’est ainsi qu’un jour, “Jésus vit en passant un homme aveugle de naissance.     Ses disciples lui demandèrent:

Maître, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle?”

Jésus répondit:

“Ni lui ni ses parents n’ont péché,

mais c’est afin que soient manifestées en lui les oeuvres de Dieu.

Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler

aux oeuvres de celui qui m’a envoyé;

la nuit vient, où nul ne peut travailler.

Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.”

Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l’aveugle et lui dit:

“Va te laver à la piscine de Siloé” – ce qui veut dire: Envoyé.

L’aveugle s’en alla donc, il se lava et revint en voyant clair” (9,1-7).

Pourquoi les miracles ?

                   Pour que nous croyions en Jésus, le Christ et Fils de Dieu.

Dans la première conclusion de son Evangile, St Jean écrit:

“Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes,

qui ne sont pas écrits dans ce livre.

Ceux-là ont été mis par écrit,

pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,

et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom” (20,30-31).

            Jésus est “venu pour que nous ayions la vie, et que nous l’ayions en surabondance” (10,10). Les miracles nous interpellent, et nous invitent à croire que Jésus est vraiment Maître et Seigneur, Christ et Fils de Dieu venu en ce monde pour nous transformer et nous donner, jour après jour, de naître et de renaître à la vie de Dieu:

            “A tous ceux qui l’ont accueilli,

il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu,

à ceux qui croient en son nom” (1,12).

En vérité, en vérité, je te le dis“, expliquait-il à Nicodème,

à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu.

Nicodème lui dit:

Comment un homme peut-il naître, étant vieux?

Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître?

Jésus répondit:

“En vérité, en vérité, je te le dis,

à moins de naître d’eau et d’Esprit,

nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.

Ce qui est né de la chair est chair,

ce qui est né de l’Esprit est esprit.

Ne t’étonne pas, si je t’ai dit: Il vous faut naître d’en haut.

Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix,

mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va.

Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit” (3,3-8).

Dans la foi et par notre foi : vivre du Christ

Jésus vit du Père. Il est pour lui “source d’eau vive”, source de paix et de joie même au coeur des épreuves les plus difficiles. Connaître ce Dieu Père rayonnant de bonté et de continuelle bienveillance était vraiment pour lui la source d’un bonheur profond. St Luc nous présente ainsi Jésus “tressaillant de joie” et “bénissant son Père” d’être ce qu’Il est (Lc 10,21-22).

Jésus est bien conscient du bonheur qu’il a de connaître le Père ! Et son seul désir est de nous permettre, à nous aussi, de vivre ce qu’Il vit, à notre mesure. Le Père est pour lui “source de vie”?

Comme le Père a la vie en lui-même,

de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même” (5,26).

Jésus désire nous faire découvrir cette source:

Si tu savais le don de Dieu” (Et lui le connaît bien!)

et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire,

c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive.”

Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif;

l’eau que je lui donnerai

deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle” (4,10-14).

De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé

et que moi je vis par le Père,

de même aussi celui qui me mangera vivra par moi” (6,57).

En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle” (6,47).

Père, l’heure est venue”, disait-il encore dans sa prière peu de temps avant sa Passion. “Glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout homme, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés”, c’est-à-dire à tout homme (17,1-2)! Tel est le désir de Dieu qui se met très concrètement en œuvre dès aujourd’hui grâce au don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 7,37-39).

Dans la foi et par notre foi : vivre comme le Christ

 Christ est venu nous révéler qui est Dieu: “Dieu est amour” (1Jn 4,8) et Il n’est qu’Amour. Face à l’homme pécheur, l’Amour se fera Miséricorde avec un seul but: pardonner tous nos péchés, balayer tous les obstacles pour qu’enfin le pécheur pardonné puisse retrouver le chemin de la vraie Vie, celle que Dieu son Père veut lui offrir.

1Jn 4,9-16 : « Voici comment Dieu a manifesté son amour pour nous:

Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde

pour que nous vivions par lui.

Voici à quoi se reconnaît l’amour: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,

mais c’est lui qui nous a aimés

et il a envoyé son Fils qui est la victime offerte pour nos péchés…

Et nous, nous avons contemplé et nous attestons

que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde…

Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru”.

Dès lors, le Christ nous invite à le laisser être pour chacun de nous ce qu’Il est: « le Sauveur du monde » (Jn 4,42), « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), jour après jour, inlassablement. « Jésus est Sauveur, sa mission est de pardonner et le Père nous disait en sa retraite : « Il n’y a qu’un mouvement au cœur du Christ : effacer le péché et emmener l’âme à Dieu » (Ste Elisabeth de la Trinité).

Jn 3,14-18 : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert,

ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme,

afin que quiconque croit ait en lui la vie éternelle.

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils,

l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,

mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde,

mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Qui croit en lui n’est pas jugé ;

qui ne croit pas est déjà jugé,

parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique-Engendré de Dieu.

Jn 8,11 (Jésus à la femme surprise en flagrant délit d’adultère ; cf. Jn 5,14) :

« Je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. »

Jésus est donc venu nous réconcilier avec le Père, nous donner la vie des enfants de Dieu et nous introduire ainsi dans une “communion de vie et d’amour” avec lui et avec son Père. C’est ce qu’il exprime lorsqu’il évoque le fait “d’être un avec lui comme lui-même est un avec son Père”. Le Christ est mort sur la croix pour que ces mots deviennent “vie et force d’aimer” pour chacun d’entre nous. Et juste avant sa Passion, il priait ainsi, pour que nous tous aujourd’hui, nous soyons “comme” lui. L’Eglise est née de cette prière, et elle vit chaque jour de cette prière :

Père, je ne prie pas seulement pour (ceux qui m’entourent aujourd’hui)

mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi,

afin que tous soient un.

Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous,

afin que le monde croie que tu m’as envoyé.

Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée,

pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi,

afin qu’ils soient parfaits dans l’unité,

et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé

et que tu les as aimés comme tu m’as aimé” (Jn 17,20-23).

            Nous établir en communion avec Lui : tel était le désir du Père lorsqu’il créa le monde, telle est l’œuvre accomplie par le Christ qui est mort pour nous afin que nous vivions unis à Lui (1Th 5,10).

            Dès lors, l’Amour de Dieu offert ne cessera de retentir dans notre monde en un appel à aimer (15,16-17) :

                        “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ;

                        mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis

                        pour que vous alliez et portiez du fruit

                        et que votre fruit demeure,

                        afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,

                                                                                                                      il vous le donne.

                       Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres”.

            Et pour nous permettre de répondre à cet appel, le Père a envoyé à la prière de son Fils un autre Défenseur, un autre « Paraclet », « l’Esprit de vérité », pour qu’il soit avec nous à jamais. Et c’est Lui qui, jour après jour, se propose de nous communiquer « la force d’aimer » dont nous avons tant besoin…

            Jn 14,15-17 : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements;

et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet,

pour qu’il soit avec vous à jamais,

l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir,

parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît.

Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera.

Rm 5,5 : « L’Amour de Dieu », (l’Amour avec lequel Dieu nous aime (note BJ))

a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné ».

Quelques mots importants pour St Jean

            Alors que St Matthieu utilise 1691 mots, St Marc 1345, St Luc 2055, St Jean n’emploie que 1011 mots pour écrire son Evangile, et ce vocabulaire même manifeste l’originalité de sa pensée:

Matthieu

Marc

Luc

Jean

Aimer, amour (agapé et filia)

14

7

15

56

Connaître

20

12

28

56

Demeurer

3

2

7

40

Envoyer

4

1

10

32

“Je suis”

14

4

16

54

Garder (la Parole de Dieu…)

6

1

0

18

Lumière

7

1

7

23

Monde

8

2

3

78

Père (pour Dieu)

45

4

17

118

Témoin, témoignage, témoigner

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Vérité, vrai, véritable…

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Vie

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35

Le Nom divin appliqué à Jésus : “Je suis”.

Au chapitre trois du Livre de l’Exode, Dieu se manifeste à Moïse dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. “Moïse dit à Dieu:

“Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis:

Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous.

Mais s’ils me disent: “Quel est son nom?”, que leur dirai-je?”

Dieu dit à Moïse: “JE SUIS CELUI QUI SUIS.”

Et il dit: “Voici ce que tu diras aux Israélites:

JE SUIS m’a envoyé vers vous” (Ex 3,13-14).

                        St Jean reprend très souvent ce Nom divin “JE SUIS” pour l’appliquer à Jésus. Il apparaît notamment quatre fois avec la même force que dans le Livre de l’Exode. En parlant ainsi, Jésus nous révèle qu’Il est Dieu comme son Père est Dieu:

                        j Jn 8,24: “Si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés“.

                        j Jn 8,28: “Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que JE SUIS et que je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m’a enseigné“…

                        j Jn 8,58: “En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham ait existé, JE SUIS.”

                        j Jn 13,19 (annonce de la trahison de Judas): “Je vous le dis dès à présent, avant que la chose n’arrive, pour qu’une fois celle-çi arrivée, vous croyiez que JE SUIS“.

            St Jean applique également ce Nom divin à Jésus en ajoutant juste après telle ou telle précision qui nous permet de découvrir telle ou telle facette de son mystère. Voici quelques exemples:

                        j Jn 6,35 et 6,48:”JE SUIS le pain de vie“.

                        j Jn 6,51 (cf 6,41): “JE SUIS le pain vivant descendu du ciel“.

                        j Jn 8,12: “JE SUIS la lumière du monde“.

                        j Jn 10,9 (cf 10,7): “JE SUIS la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé”.

                        j Jn 10,11 (10,14): “JE SUIS le bon pasteur.”

                        j Jn 11,25: “JE SUIS la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra“.

                        j Jn 14,6: “JE SUIS le Chemin, la Vérité et la Vie; personne ne va vers le Père sans passer par moi“.

                        j Jn 15,1: “JE SUIS la vraie vigne, et mon Père est le vigneron“…

                        j Jn 15,5: “JE SUIS la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit, car hors de moi vous ne pouvez rien faire“.

            Enfin, d’autres passages emploient eux aussi un “Je suis” identique au Nom divin, mais le contexte invite à adopter une traduction différente. Néanmoins, St Jean continue dans ces versets à faire allusion à la dignité mystérieuse et incomparable de Jésus:

                        j Jn 4,24-26: La Samaritaine dit à Jésus: “Je sais que le Messie doit venir, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout“. Jésus lui dit: “Je le suis, moi qui te parle“.

            Dans le texte grec, nous lisons littéralement: “JE SUIS CELUI QUI te parle”, une expression très proche de “JE SUIS CELUI QUI SUIS”.

                        j Jn 6,20: Jésus marche sur la mer. Ses disciples le voient et prennent peur. Jésus leur dit: “C’est moi. N’ayez pas peur“.

            Littéralement, Jean a écrit: “JE SUIS. N’ayez pas peur“. L’allusion est ici d’autant plus forte que, d’après l’Ancien Testament, Dieu seul est capable de fouler la mer (Job 9,8; Ps 77,20).

                        j Jn 18,5; 18,6 et 18,8: deux fois, Jésus demande à ceux qui viennent l’arrêter dans le jardin de Gethsémani: “Qui cherchez-vous ?”. Ils répondent: “Jésus le Nazôréen“. Et Jésus leur répond à chaque fois: “C’est moi !“.

            Littéralement, il leur dit: “JE SUIS“. Là encore, l’allusion au Nom divin est très forte car St Jean précise que “lorsque Jésus leur eut dit: “C’est moi !” (JE SUIS!), ils reculèrent et tombèrent à terre”. “Dans la Bible”, écrit Xavier Léon Dufour, “le recul et la chute visualisent l’impuissance des méchants face à la toute‑puissance de Dieu”.

Jacques Fournier




Fiche N°1 : Le Prologue de l’Evangile selon St Jean (Jn 1,1-18) Première partie

1 – D’après la conclusion de l’Evangile (Jn 20,30-31), pourquoi St Jean l’a-t-il écrit ? Cette réponse rejoint-elle « le cœur » du Prologue (Jn 1,10-13) ? Ces deux textes permettent déjà de deviner deux thèmes principaux de l’Evangile : lesquels ((1) : Jn 4,41 ; 9,35-38 ; 11,42 ; en négatif : Jn 6,64 et 12,39 ; (2) Jn 3,15 ; 5,40 ; 6,47 ; 10,10) ? Le but de tout notre travail sur St Jean sera donc de faire grandir en nous (1) pour que nous puissions commencer à expérimenter la Présence de (2) au cœur de notre vie… Voilà l’aventure à laquelle nous sommes tous invités dès ici-bas, dans la foi…

2 – St Jean commence son Evangile en reprenant les deux premiers mots du premier chapitre du Livre de la Genèse (Gn 1,1-2,4) ; le lire en entier et noter tout particulièrement ce qui est dit de l’homme en Gn 1,26-27. Et d’après le début du verset 28, que reçoit-il aussitôt pour pouvoir accomplir sa vocation sur la terre ? Lorsque Dieu donne, il ne reprend jamais… Ce « cadeau » accompagnera donc tout au long de son existence tout être humain qui naît en ce monde… Et par cette allusion au Livre de la Genèse, St Jean nous dit déjà que toute l’œuvre de Jésus sera de faire en sorte que l’homme soit bien ce que Dieu veut qu’il soit, en accueillant bien ce que Dieu lui a déjà donné ! Tel est ce que nous appelons « le salut » : que l’homme soit vraiment ce que Dieu voulait qu’il soit lorsqu’il l’a créé… Jésus va donc se battre, avec les armes de la douceur, de l’amour et d’une continuelle bienveillance, contre tout ce qui peut « abîmer » l’homme, le blesser, l’écraser, le faire souffrir…

Dans le Livre de la Genèse, nous avons « Dieu dit… », « Dieu dit… », etc… Et l’on pourrait penser qu’il s’agit d’une seule Personne divine qui s’exprime. Mais dès le début de son Evangile, St Jean écrit : « Et le Verbe était Dieu » au sens où il participe pleinement à ce que Dieu est en Lui-même, c’est-à-dire à sa « nature divine ». Puis il emploie ce même mot « Dieu » avec un autre sens pour désigner non pas « le fait d’être Dieu », mais une autre Personne divine : « le Verbe était avec Dieu,… il était au commencement avec Dieu »… Noter comment ces deux Personnes divines sont nommées à la fin du Prologue (Jn 1,18)…

 

Lire Jn 20,19-23. Nous sommes à la fin de l’évangile et St Jean va de nouveau faire allusion aux premiers chapitres de la Genèse avec le second récit de la création de l’homme. Lire Gn 2,4-7. Comment Dieu crée-t-il l’homme en ce texte ; quelle réalité est à l’origine du Mystère de sa vie ? Noter qu’en Jn 20,22 c’est le Christ ressuscité qui agit comme Dieu en Gn 2,7… Et que donne le Christ à ses disciples en Jn 20,22, des disciples qui représentent ici le monde entier appelé au salut ? A quoi renvoie donc l’image du « Souffle de Dieu » dans la Bible ? Ainsi, le mystère de l’origine de la vie de tout être humain sur cette terre est à chercher dans la Présence en lui du « Souffle de Dieu »… Instant après instant, c’est donc Dieu qui nous fait vivre ! Il est donc infiniment proche de chacun d’entre nous, au plus profond de nous-mêmes, à la racine du Mystère de notre vie, présent à notre existence depuis ses tout premiers commencements… Si nous l’avions oublié, le Christ va commencer par nous le rappeler : ce sont ses premières paroles dans l’Evangile de Marc, « le Royaume de Dieu est tout proche », Dieu est tout proche, « convertissez-vous », tournez-vous vers lui, et vous recevrez aussitôt ce qu’il veut vous donner depuis toujours : sa vie en plénitude (Mc 1,15)… Et toute l’œuvre du Christ sera de faire en sorte qu’il en soit vraiment ainsi : que vivions dès maintenant le plus possible de ce Souffle de Vie qui nous habite déjà, en attendant la pleine révélation de cette Plénitude par-delà notre « mort »… « Je ne meurs pas, j’entre dans la Vie », disait Ste Thérèse de Lisieux… Et pour accomplir cette œuvre, Jésus veut nous débarrasser de tout ce qui pourrait faire obstacle à l’épanouissement en nous de cette Vie : qu’enlève-t-il d’après Jn 1,29 ? Retrouver la réponse dans cette phrase de la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité : « Il n’y a qu’un mouvement au cœur du Christ : enlever les péchés et emmener l’âme à Dieu »… Jour après jour, instant après instant, inlassablement, de misère pardonnée en misère pardonnée, il est ainsi… pour que nous retrouvions grâce à lui la Plénitude de la vie que nous avions perdue par suite de nos fautes… Retrouver en Lc 24,46-48 ce grand cadeau que le Christ veut offrir à tous les pécheurs que nous sommes… Et c’est avant tout de cela dont nous devons être les témoins…

 

3 – Dès le 1° verset, St Jean nous entraîne au cœur du Mystère de la foi. Quel était le Crédo d’Israël (cf. Deutéronome (Dt) 6,4) ? St Jean y adhère-t-il (cf Jn 5,44 ; 17,3) ? Et pourtant, dès le début de son Evangile, il nous présente bien deux Personnes divines! Y-a-t-il contradiction ? Nous allons voir que non…

Noter en Jn 4,24 puis dans la Première Lettre de St Jean, vers la fin de notre Nouveau Testament, en 1Jn 1,5 ; 4,8, les trois grandes affirmations de St Jean sur « la nature divine », c’est-à-dire ce que Dieu est en lui-même. Le Père est Dieu ; nous pouvons donc lui appliquer ces trois affirmations. Jésus, le Fils, est Dieu ; nous pouvons donc les lui appliquer également…

Et nous allons maintenant aborder une difficulté liée à notre vocabulaire… Nous savons que Jésus, le Fils, nous a révélé le Mystère de Dieu comme étant « Trinité », c’est-à-dire trois Personnes divines… Pour l’instant, nous n’en avons rencontré que deux : le Père, et Jésus le Fils… La troisième, nous l’appelons « l’Esprit Saint », et nous pressentons sa Présence par exemple en Actes 8,29 : « L’Esprit dit à Philippe »… Une Personne s’adresse à une autre personne… Et en Ac 13,2, : « L’Esprit Saint dit : « Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés. » Là aussi, une Personne divine s’exprime… En Jn 14,15-17, St Jean l’appelle « le Paraclet », c’est-à-dire le Défenseur, l’Avocat : « Si vous m’aimez », dit Jésus à ses disciples, « vous garderez mes commandements ; et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. » En disant « le Père vous donnera un autre Paraclet », Jésus pense à son départ tout proche : bientôt, il va souffrir, être mis au tombeau, ressusciter et monter au ciel, comme nous le disons dans notre Crédo. Les disciples ne le verront donc plus comme ils le voyaient jusqu’à présent. Mais Jésus leur promet qu’ils ne seront laissés à eux-mêmes… A sa prière, le Père va leur envoyer « un autre » Défenseur, « une autre » Personne divine qui prendra soin d’eux et veillera sur eux comme Jésus le faisait déjà lorsqu’il était avec eux (cf. Jn 17,12 ; Luc (Lc) 22,31‑32). Cette autre Personne divine, nous l’appelons « l’Esprit Saint ». Mais la difficulté vient du fait que ces deux mots « Esprit » et « Saint » servent aussi à décrire ce que Dieu est en lui-même, c’est-à-dire sa « nature divine » (cf. Jn 4,24). Ainsi, le Père est « Esprit » et le Père est « Saint ». Le Fils est « Esprit » et le Fils est « Saint ». Et nous pouvons dire aussi « l’Esprit Saint » est « Esprit » et « l’Esprit Saint » est « Saint »… N’oublions donc jamais ce double sens possible de l’expression « Esprit Saint » : « l’Esprit Saint » (Personne divine) est « Esprit » et il est « Saint » en tant qu’il participe lui aussi pleinement à la nature divine… Et la grande œuvre de « l’Esprit Saint » Personne divine sera justement de nous communiquer « l’Esprit Saint » nature divine. Le Père Yves Congar écrit : « L’Esprit Saint » (Personne divine) « se cache derrière ses dons » (l’Esprit Saint nature divine). Et ce cadeau est offert à tous. Nous avons tous été créés pour cela : participer selon notre condition de créature à la nature divine (cf. 2Pierre (2P) 1,3-4), et entrer ainsi dans le Mystère de la Plénitude de la Vie éternelle…

Le Père « Personne divine », le Fils « Personne divine » et l’Esprit Saint « Personne divine » partagent donc pleinement tous les Trois une seule et unique nature divine qui est tout à la fois « Esprit » et « Sainte ». Et l’on pourrait rajouter « Amour » (1Jn 4,8.16), « Lumière » (1Jn 1,5), « Vie », « Paix », « Force », « Vérité », etc… Que peut-on dire alors de chacune des Trois Personnes divines : quel Mystère vivent‑elles (cf 1Jn 1,2-3 ; 1Jn 1,6-7 ; 1Corinthiens (1Co) 1,9 ; 2Corinthiens (2Co) 13,13 ; Philippiens (Ph) 2,1‑2) ? St Jean évoque ce Mystère avec une autre expression en Jn 10,30 : « Moi », dit Jésus, « et le Père, nous sommes un », différents l’un de l’autre mais unis l’un à l’autre dans la Communion d’un même Esprit, d’une même Lumière, d’un même Amour… Et d’après Jn 17,20-23, dans quelle grande aventure Jésus désire-t-il tous nous entraîner ? Et cela se mettra concrètement en œuvre par le don de l’Esprit Saint « nature divine » (cf 1Thessaloniciens (1Th) 4,8 ; Ac 2,38-39)…

4 – Cette Personne divine que nous appelons Jésus, le Fils ou « le Verbe », « la Parole », va assumer notre nature humaine « de chair et de sang ». Lui qui jusqu’à présent n’était « qu’Esprit » va entrer historiquement dans le temps de l’aventure humaine et vivre notre condition d’homme et de femme sur cette terre… Tout en restant pleinement « Esprit », il se fait pleinement homme… C’est le Mystère de l’Incarnation. En quel verset apparaît-il dans le Prologue de l’Evangile de Jean ? Conclusion : tout ce qui est dit « avant » renvoie à « l’avant » de l’Incarnation… Noter toutes les expressions qui soulignent en cet « avant » la proximité de Dieu, sa Présence à la vie de tout homme… Et il en est bien sûr toujours ainsi aujourd’hui… Dieu, dans le Mystère de sa Bienveillance et de son Infinie Miséricorde est présent à la vie de tout homme, pour son bien, dans le respect total de sa liberté… Quiconque est « de bonne volonté » accueille cette Présence, qu’il en soit conscient ou non… Tel est le regard de foi, un regard universel, auquel St Jean nous invite ici… « Les siens » au verset 11 désigne « le Peuple d’Israël » auquel « le Verbe », « la Parole », s’était déjà adressé par tous les prophètes de l’Ancien Testament… Mais ils n’ont pas été accueillis…

La révélation contenue dans les Evangiles nous permet donc de prendre conscience d’une réalité qui existe depuis que le monde existe : un Dieu tout proche qui ne désire que le bien de sa créature et se met, par amour, au service de sa vie… Mais encore faut-il consentir à cette Présence et à son action… En nous aidant à en prendre conscience, l’Evangile nous permet de mieux collaborer à cette « œuvre de Dieu » qui ne désire que notre vie ! Heureux sommes-nous donc de croire ! Et Dieu nous invite tous à collaborer à son œuvre en le faisant connaître autour de nous…

5 – « En lui était la Vie », lit-on en Jn 1,4… Qui est « la Source de Vie » d’après le Psaume (Ps) 36(35),10 et le prophète Jérémie (Jr) 2,13 ? N’oublions pas que dans l’Ancien Testament, le mot « Dieu » renvoie le plus souvent à Celui que nous appelons « Dieu le Père » dans le Nouveau Testament…

Et d’après Jn 5,26 et Jn 6,57, que donne le Père au Fils de toute éternité ? C’est ainsi, comme nous le disons dans notre Crédo, qu’il « engendré, non pas créé, de même nature que le Père »… Depuis toujours et pour toujours, l’attitude fondamentale du Fils, au plus profond de son Cœur, est donc : se recevoir du Père. Et telle est aussi l’aventure à laquelle nous sommes tous conviés : apprendre par notre foi au Fils à nous recevoir comme Lui du Père… Noter comment Jésus résume sa mission en Jn 6,33 et 10,10… A quel temps les verbes sont-ils conjugués ? Cette action nous rejoint donc dès aujourd’hui… Pour en bénéficier, Jésus ne nous demande qu’une seule chose, laquelle (Jn 3,14-16 ; 3,36 ; 6,47 ; 20,30-31) ? Et tout ceci s’accomplira très concrètement par le Don de l’Esprit Saint, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)…

Or, en St Jean, cette « Vie » transmise par l’Esprit est aussi « Lumière » (cf Jn 1,4 et Jn 8,12) et le croyant qui la reçoit par une foi vivante, de tout cœur, devient ainsi « lumière dans le Seigneur », en tant que Dieu le Père, par le don de l’Esprit, l’a uni au Christ Seigneur dans la communion d’un même Esprit (cf Ephésiens (Ep) 5,8 ; 1Thessaloniciens (1Th) 5,5 ; Jn 12,36 ; Colossiens (Col) 1,11‑14 ; 1Pierre (1P) 2,9). Et c’est cette Lumière en lui qui petit à petit se révèlera finalement victorieuse des ténèbres (Jn 1,5), c’est-à-dire de ce mal qui en définitive nous fait mal, nous blesse et blesse aussi hélas tous ceux et celles à qui nous pouvons faire du mal… Mais grâce à une vie de prière de plus en plus fidèle, qui saura accueillir le don continuel que Dieu nous fait de sa Lumière, nous pourrons vaincre le mal et donc expérimenter de plus en plus la Plénitude de sa Vie…

                                                                                                                    Diacre Jacques Fournier

Ci dessous la correction :

 

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