Fiche N°27 : La fin du discours d’adieux de Jésus à ses disciples (Jn 16,16-33)

Le discours d’adieux aux disciples s’achève et Jésus va le conclure en Jn 16,16-33 comme il l’avait commencé… En effet, souvenons-nous :

                       1 Au tout début, de manière voilée et progressive, quelle annonce Jésus avait-il faite à ses disciples (cf. dans l’introduction, avec la seconde moitié de Jn 13,33 ; 13,36 ; puis au début de la première partie Jn 14,2-6 ; en fin de Jn 14,12 et en Jn 14,28) ?

                        Et à la fin de ce discours d’adieux, quelle est la dernière phrase de Jésus, « claire et sans figures » cette fois, juste avant la réaction des disciples (cf. Jn 16,28) ? Noter que nous retrouvons cette affirmation au début de notre section, dans la bouche des disciples, en Jn 16,17.

                        2 – Puis, peu après le début du discours, qu’avait dit Jésus en Jn 14,19 ? Et peu avant la fin, que retrouvons-nous en Jn 16,16, une affirmation reprise avec insistance en Jn 16,17 et 16,19 ?

            Dans la dernière partie de son discours d’adieux, Jésus revient donc sur les deux points soulignés précédemment. Et tout se conclura par la réaction de foi des disciples en Jn 16,29-33.

            Il nous faut donc relire avec une attention toute particulière Jn 14,19-20, en nous souvenant des deux interprétations possibles de ce passage. La première lancera l’aventure de l’Eglise, la seconde renvoie à l’expérience de foi qui sera la sienne jusqu’à ce qu’enfin les disciples puissent voir leur Seigneur, soit lorsque leur heure sera venue, soit au dernier Jour de ce monde… Relisons donc Jn 14,19-20 :

                                   « Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus.

                                    Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez.

                                    Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père

                                    et vous en moi et moi en vous ».

            Jésus annonce sa mort prochaine. Bientôt, « le monde » qui ne se fie qu’aux apparences et qui ne « juge » que « sur l’apparence » (Jn 7,24), ne le verra plus. En effet, après sa mort, Joseph d’Arimathie et Nicodème prendront son corps et le déposeront dans un tombeau (Jn 19,38-42). Le temps du « voir Jésus » avec les seuls yeux de la chair sera fini… Ce temps fut celui de la visite de Dieu en personne (Mt 1,23 ; Lc 1,76-79), dans la chair : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14). Pendant tout ce temps, Jésus, « Dieu Fils unique » (Jn 1,18 TOB), « Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière » (Crédo), s’est offert en sa chair au regard des hommes pour qu’à travers ce regard qu’ils poseront sur Lui avec leurs yeux de chair, ils puissent discerner, percevoir, reconnaître cette Lumière de l’Esprit qui l’habite en Plénitude. « Je Suis la Lumière du monde » (Jn 8,12). Mais pour cela, il faut accepter de lui ouvrir son cœur, le plus profond de son être, dans la vérité de notre nature blessée… La vérité de notre misère consentie et offerte ne peut alors qu’accueillir et expérimenter la Vérité de Dieu qui n’est que Bienveillance, Amour et Miséricorde, Don éternel et gratuit de soi dans la seule recherche de notre vrai bien, car nous avons tous été créés pour participer à la Plénitude de sa Vie… Telle est la vocation commune à tout homme, par le simple fait qu’il existe ! Quiconque accepte ainsi de tout cœur cette démarche de vérité, ne peut que découvrir la Lumière du Soleil de Vérité qui ne cesse de briller au cœur de l’univers visible et invisible : « Celui qui fait la vérité vient à la Lumière » (Jn 3,21)… Jaillit alors dans ce regard de chair posé sur Jésus une Lumière invisible à nos seuls yeux de chair, la Lumière de sa Gloire, la Lumière spirituelle qui jaillit de son Être, car « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) et « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5). « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa Gloire » (Jn 1,14)… « Le Verbe s’est fait chair » pour cela, pour que nous contemplions sa Gloire, ce qui est synonyme pour St Jean de « connaître Dieu » : « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé » (Jn 1,18 TOB), nous « l’a fait connaître » (Jn 1,18 BJ). Or « contempler la Gloire de Dieu », voir sa Lumière, n’est possible qu’en recevant d’abord cette Lumière : « Par ta Lumière, nous voyons la Lumière » (Ps 36,10). Nous en étions privés par suite de notre égoïsme (Rm 3,23) qui, d’une manière ou d’une autre nous enferme en nous-mêmes. Si nous acceptons de reconnaître et d’offrir en vérité cette maladie spirituelle au Christ Sauveur, nous la retrouvons gratuitement, grâce à l’Amour de Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ. En effet, avec Lui et par Lui, Dieu en personne est venu frapper à la porte de nos cœurs blessés, souillés, malades… « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs, au repentir » (Lc 5,31-32). Et puisque cette démarche même de repentir nous est difficile, il se propose même de nous aider à l’accomplir par le Don de l’Esprit (cf. Ac 5,30-32 ; 11,18). Alors, si nous acceptons de lui ouvrir la porte en consentant à la vérité de notre vie blessée, « j’entrerai » (Ap 3,20), nous promet-il. Et Il Est Lumière, une Lumière qui brille dans nos ténèbres et rien ne peut l’empêcher de briller (Jn 1,5), une Lumière qui nous permet de voir la Lumière…

            Mais si « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), il est aussi « Esprit » (Jn 4,24). Cette Lumière est celle de l’Esprit donné (1Th 4,8) en surabondance (Jn 7,37-39), un Esprit qui est Vie, Plénitude de Vie (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Autrement dit, « contempler la Gloire de Dieu », et donc « connaître Dieu », c’est, en acceptant de s’ouvrir au Don de l’Esprit, vivre de la Plénitude de sa Vie, et tel est le seul but que Dieu ne cesse de poursuivre pour chacun d’entre nous. « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3).

            « Vous vivrez », promet alors Jésus à ses disciples, et par cette Vie de l’Esprit qui est Lumière, « vous verrez »… « En toi est la Source de Vie, par ta Lumière nous voyons la Lumière » (Ps 36(35),10). Cette expérience, les disciples ont commencé à la vivre au premier jour où ils ont rencontré le Christ. Sans l’avoir encore explicitement reconnue, ils expérimentaient avec Lui une réalité brûlante (Lc 24,32 ; Jn Jn 7,46), de l’ordre de la vie, incroyablement heureuse… Et ils ont tout quitté pour suivre ce bonheur, cette joie (Mt 13,44-46)… Puis, petit à petit, de jour en jour, ils apprendront à reconnaître la réalité invisible qui s’est offerte à leur cœur, une réalité de l’ordre de la vie, de la paix, une réalité que l’on peut nommer « Lumière » car elle donne sens à toute notre existence… Cette « Lumière », ils la verront rayonner du Christ avec une intensité toute particulière au jour de sa Transfiguration (Lc 9,28-36). L’expérience sera encore plus forte lorsqu’ils le verront ressuscité. Thomas sera même invité à toucher la plaie toujours ouverte de son côté (Jn 20,19-29). Telle est l’expérience qui a lancé l’Eglise… Ces manifestations exceptionnelles iront jusqu’à concerner « plus de cinq cents frères à la fois » (1Co 15,6)…

            Mais elles ne dureront pas… « Nous cheminons en effet dans la foi, non dans la claire vision » (2Co 5,7)… Tel fut le chemin qu’emprunta le Christ lui-même… Et tout ce qu’il disait, tout ce qu’il faisait n’avait qu’un seul but : approfondir la foi de ses disciples pour qu’ils soient enracinés, de cœur, comme lui, dans une relation spirituelle profonde avec « mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17), ce Dieu et Père qui, de toute éternité, est Vie et Source de Vie, Lumière et Source de Lumière… Et nous avons tous été créés pour être comblés de cette Lumière qui est Vie par le Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)… Autrement dit, l’expérience de foi promise à tous les disciples n’est pas de voir le ressuscité, comme cela fut le cas lorsque le Christ lança ses premiers témoins jusqu’aux extrémités de la terre… Le don qu’ils reçurent était à la mesure de cette aventure nouvelle qui commençait… Ils avaient besoin d’être forts, inébranlables, pour être les premiers témoins du Christ, en acceptant parfois de mourir « pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu » (Ap 6,9)… Ce qu’ils vécurent est donc exceptionnel, ce qui ne veut pas dire que l’expérience de foi promise à tous les disciples ne l’est pas ! Mais elle sera toute centrée sur cette Vie donnée, cette Vie de l’Esprit qui est Lumière… Le présent de la foi est celui où « les ténèbres s’en vont », mais elles sont toujours là, et le temps où « la lumière véritable brille déjà », et elle est bien là elle aussi (1Jn 2,8) ! En effet, Jésus ne dit pas en Jn 14,19 « vous me verrez », mais « vous verrez que je vis »… En vivant d’une Vie nouvelle, en prenant conscience que cette Vie reçue dans la foi habite le Fils en Plénitude de toute éternité, les disciples pourront affirmer, sans l’avoir jamais vu, que Jésus est Vivant de cette même Vie…

            Mais Jésus vit par le Père (Jn 6,57), il reçoit lui-même cette Vie du Père (Jn 5,26) par le Don de la Plénitude de l’Esprit que le Père lui fait de toute éternité. Cette Plénitude de l’Esprit du Père est ainsi dans le Fils. C’est pourquoi, le Fils, qui n’est pas le Père, peut dire : « Le Père est en moi » (Jn 14,10). Et réciproquement, la Plénitude de l’Esprit qui habite le Fils est dans le Père : « Je suis en mon Père », dit Jésus (Jn 14,20). Mais puisque nous sommes tous appelés à avoir part au même Esprit, Jésus peut aussi dire à ses disciples sur la base de cet Esprit commun : « Vous êtes en moi et moi en vous » (Jn 14,20).

            Nous constatons à quel point Jésus nous entraine au cœur de la foi et de ses conséquences avec cette affirmation reprise trois fois en quatre versets : « Encore un peu et vous ne me verrez plus, et puis un peu encore et vous me verrez »… Le chiffre trois renvoyant dans la Bible à Dieu en tant qu’il agit, nous retrouvons ainsi indirectement que tout ceci ne sera que le fruit de la seule action de Dieu librement accueillie par les disciples…

            Et une fois de plus, que constatons-nous en Jn 16,18 (cf. Jn 8,27 ; 10,6 ; 12,16) ? Jésus prendra donc le temps de développer à nouveau tout ce qu’il leur a déjà dit… Patience de Dieu à l’égard des disciples, patience de Dieu à notre égard…

            Jn 16,20 reprend la perspective d’ensemble de ce discours : la préciser. En se souvenant du début de la fiche précédente, quel sens prend ici le mot « monde » ?

            En Jn 16,21, Jésus utilise l’image d’une femme « sur le point d’accoucher », et il parle de « son heure » qui « est venue »… Ce thème de « l’heure » intervient fréquemment en St Jean :

                       1 – A qui s’applique-t-il en tout premier lieu et à quoi renvoie-t-il (cf. Jn 2,4 ; 7,30 ; 8,20 ; 12,23 ; 12,27 ; 13,1 ; 17,1) ?

                        2 – Mais tout ceci n’est pas un but en soi : quel est justement le but que Dieu poursuit (cf. Jn 3,16-17 ; 6,51 ; 10,10-11) ? Nous venons de voir à qui s’applique en premier lieu ce thème de l’heure ; mais à la lumière de la réponse précédente, qui concerne-t-il également ? Retrouver cette réponse avec Jn 4,21 ; 4,23 ; 5,25 ; 5,28. Nous la constatons à nouveau dans notre texte, en Jn 16,21. En effet, qui sont les personnages principaux des versets qui l’entourent immédiatement (Jn 16,20 et Jn 16,22) ? Et de fait, à qui Jésus a-t-il déjà appliqué ce thème de « naître » (cf. Jn 3,3-8) et de quoi s’agissait-il ? Par quel Don cette nouvelle naissance s’opèrera-t-elle ? Et quand sera-t-il donné à notre monde en Plénitude (Jn 19,33-34 avec Jn 7,37-39 ; Jn 20,22) ?

            Ainsi, « l’heure » de la Passion de Jésus, « l’heure » de sa mort qui sera suivie de sa Résurrection, est-elle aussi en St Jean « l’heure » où Dieu appelle tous les hommes à passer de la mort spirituelle à la Vie, des ténèbres à sa Lumière. C’est ainsi qu’il « donnera le jour à ses enfants » et se réjouira « qu’un homme soit venu au monde » dans son Royaume de Lumière et de Vie. Et tout ceci s’accomplira par le Don de l’Esprit qui s’écoulera en surabondance du cœur transpercé de Jésus pour la vie du monde… Tout est donné… A nous maintenant d’apprendre à recevoir ce qui nous est déjà donné…

            Toute la suite ne sera que la conséquence de ce Don de l’Esprit qui nous rejoint à l’initiative de Dieu, grâce à son action : « Je vous verrai de nouveau », dans la Lumière de l’Esprit, de cœur dans la foi, en attendant le face à face éternel…

                        – « Votre tristesse se changera en joie… Votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera ». De quelle joie parle-t-on (cf. Lc 10,21 ; Ac 13,52 ; Ga 5,22 ; 1Th 1,6 ; Rm 14,17) ? Dans l’affirmation « votre joie, nul ne vous l’enlèvera », quelle idée retrouve-t-on (Jn 1,5 BJ ; 14,30 BJ ; 1Jn 2,8 ; 4,4 ; 5,18) ? En quels autres termes Jésus en a-t-il parlé (cf. sa première parole en St Marc, Mc 1,15) ?

                        – « Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question ». Pourquoi (cf. Jn 14,26 ; 16,13) ? En mettant en parallèle l’affirmation des disciples en Jn 16,30, « tu sais tout », avec les affirmations de Jésus en Jn 7,29, 8,55 et Jn 10,15, en se souvenant que « connaître Dieu » pour St Jean c’est « vivre de sa vie » (Jn 17,3), nous constatons à quel point Jésus est venu nous partager « la connaissance » qu’il a de son Père en nous donnant d’avoir part à notre tour à cette Vie qu’il reçoit du Père de toute éternité… Telle était toute sa mission, « faire connaître » le Père (Jn 1,18)…

                        – « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom ». Comment cela se fera-t-il d’après Rm 8,26-27 ? Nous en avons une illustration avec Jésus en Lc 10,21-22 et en Lc 6,12-16 lu avec Ac 1,2 (BJ) : « Les Apôtres choisis sous l’action de l’Esprit Saint ». Prier « au nom du Christ » sera ainsi prier uni au Christ dans la Communion d’un même Esprit, prier en fils avec le Fils dans la seule recherche de la Gloire du Père (Jn 15,16 ; 15,8) et de l’accomplissement de sa volonté : que tous les hommes participent le plus pleinement possible à sa Vie, à sa Lumière et à sa Paix, c’est-à-dire à la Plénitude de son Esprit. « En lui », le Christ, « habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité », et « Dieu est Esprit ». « Et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude » (Col 2,9-10).

            Telle est donc la volonté du Père : que nous nous tournions vers Lui de tout cœur. Nous serons alors dans l’attitude du Fils qui, de toute éternité, « est tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18). Si tel est vraiment le cas, nous pourrons alors recevoir ce que le Fils reçoit du Père de toute éternité, cette Plénitude de l’Esprit qui l’engendre en Fils « né du Père avant tous les siècles » (Crédo). Cela suppose bien sûr que nous acceptions au même moment de renoncer à tout ce qui nous détourne de Dieu, autrement, nous ne pourrions plus recevoir ce Don qui ne cesse de jaillir de Lui. Nous le savons, pécheurs, blessés, si souvent défaillants, grande est notre faiblesse et nous avons besoin de la Force même de Dieu pour demeurer de tout cœur tournés vers Lui. D’où l’appel de St Paul à vivre dans une prière continuelle (Ep 5,18) pour que nous puissions recevoir ce que Dieu veut nous communiquer : son Esprit. Si nous le demandons avec honnêteté et sincérité, alors même que nous ne connaissons que trop bien notre misère, nous ne pourrons que le recevoir… Et la Force de l’Esprit habitera notre faiblesse, et la Lumière de l’Esprit brillera dans nos ténèbres… « Demandez et vous recevrez », nous dit Jésus (Jn 16,24), dans la mesure où, nous l’avons vu, cette demande rejoint bien sûr la volonté de Dieu… Et nous l’avons dit, la volonté de Dieu est que nous ayons part à la Plénitude de son Esprit, cet Esprit qui est déjà donné au Fils par le Père depuis toujours et pour toujours…

            Aussi, Jésus ne nous invite-t-il qu’à une seule attitude : « Repentez-vous » (Mt 4,17 ; Mc 1,15 ; Ac 2,38), détournez-vous de tout ce qui est contraire à Dieu pour vous tourner de tout cœur vers Lui…

            Et puisque le Père n’a qu’un seul désir, nous communiquer son Esprit, Jésus ne nous invitera qu’à lui adresser une seule demande, celle qui correspond à sa volonté, la demande de l’Esprit (Lc 11,9-13) : « Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

            Alors l’Amour de Dieu sera accompli… En effet, en nous rappelant ce principe de Ste Thérèse de Lisieux, « aimer c’est tout donner et se donner soi-même », et en l’appliquant littéralement au Père comme nous l’avons déjà fait si souvent, nous retrouvons les fondements de notre foi : de toute éternité, « le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), tout ce qu’Il Est et Il Est « Esprit » (Jn 4,24), « Lumière » (1Jn 1,5) et Vie… « Engendré » par le Père, « non pas créé », le Fils est alors « Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). Il vit par le Père (Jn 6,57). Tous créés à « l’image du Fils » (Rm 8,29), Dieu nous appelle à accomplir avec son aide notre vocation à « devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12) en acceptant de nous tourner de tout cœur vers Lui pour que nous puissions recevoir nous aussi ce que le Fils reçoit du Père depuis toujours et pour toujours : la Plénitude de l’Esprit…

            En regardant ses disciples, Jésus constatait que cette volonté du Père commençait à s’accomplir en eux : « Le Père lui-même vous aime », une vérité éternelle à laquelle ils s’ouvraient par le « oui » de leur foi… En se tournant de tout cœur vers Lui, ils recevaient eux aussi ce que le Fils reçoit du Père : l’Esprit qui est Amour (1Jn 4,8 ; 4,16) et dont le fruit ne peut qu’être de l’ordre de l’amour (Ga 5,22). Et de fait, ils se mettaient à aimer comme le Fils aime… Et Jésus savait bien que leur amour à son égard venait du Père… « Le Père lui-même vous aime parce que vous m’aimez »… « Bien-aimés », écrira St Jean dans sa première Lettre, « aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour… (Mais) si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli. À ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné de son Esprit » (1Jn 4,7-13).

            Et Jésus poursuit en disant : « Le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu ». La foi, en effet, est elle aussi est un fruit de l’Esprit : « Nul ne peut dire « Jésus est Seigneur », si ce n’est par l’Esprit Saint » (1Co 12,3).

Conclusion du discours d’adieux (Jn 16,29-33)

            Comme souvent en St Jean, le discours de Jésus se termine par le « oui » (ou le « non »…) de la foi de ses interlocuteurs (cf. Jn 6,60-71)… Néanmoins, ce « oui » des disciples apparaît encore fragile… Il ne semble basé que sur la constatation que Jésus « sait tout », ce qui fait de lui un Maître brillant. Mais reconnaître son intelligence et sa sagesse n’est pas encore synonyme d’enracinement dans ce Mystère de Communion qu’il vit avec son Père et qu’il est venu nous partager… La foi n’est pas seulement une question d’intelligence ou de connaissance purement intellectuelle… Elle est avant tout un Mystère de Vie dans l’Esprit que l’intelligence est invitée à scruter à la Lumière de ce même Esprit… Aussi, Jésus ne dit-il pas à ses disciples de manière affirmative et définitive : « Vous croyez ! ». Ces mots, il les leur adresse avec un point d’interrogation, « Vous croyez à présent ? », ce qui laisse la porte ouverte aussi bien à un oui qu’à un non, ou du moins à un « pas encore comme il faudrait »… Mais cette foi, telle qu’elle est, a le mérite d’exister et le Christ ne la rejette pas, bien au contraire… Après sa Résurrection, patiemment, jour après jour, il ne cessera de conduire ses disciples vers une foi plus profonde, ce qui est notre cheminement à tous…

            Pour l’instant, Jésus leur montre qu’effectivement, « il sait tout », et que leur annonce-t-il en Jn 16,32 ? Retrouver cette perspective pour Pierre en Lc 22,31-34… Et de fait, lors de son arrestation, « les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite » (Mt 26,56). Et Pierre, peu après, le reniera trois fois (Lc 22,54-62). Mais cette défaillance reconnue et offerte au Christ, dans « la peine » (Jn 21,15-17), sera l’occasion pour lui de prendre conscience de sa faiblesse et de la nécessité d’accueillir la Miséricorde et le soutien de Dieu (2Tm 1,7), pour espérer lui rester fidèle…

            Cette annonce de la désertion des disciples au moment de l’épreuve sera l’occasion pour le Christ de rappeler le fondement de sa vie, envers et contre tout, et quel est-il (cf. Jn 16,32 ; 8,29) ? Et quel sera plus tard le fondement de la vie des disciples, envers et contre tout (cf. Mt 28,20 ; Mc 16,20) ? Quelle réalité se cache derrière cet « envers et contre tout » (cf. Rm 8,38-39 ; 1Jn 4,8 et 4,16 ; d’où 2Tm 2,13) ? Et cette réalité se manifestera très concrètement au plus profond d’eux-mêmes, dans l’épreuve. Que leur dit Jésus à ce sujet en Jn 16,33 ? Cette perspective (voir aussi Mt 11,28-30) s’accomplira par le don évoqué en Mc 13,9-11, dont le fruit est la paix (Ga 5,22)… « Je vous ai dit ces choses pour que vous ayez la paix en moi » (Jn 16,33)…

Jacques Fournier

Correction de la Fiche 27 :

CV – 27 – Jn 16,16-33 Correction




Fiche N°28 : La dernière Prière de Jésus avant sa Passion… (Jn 17)

Jésus sait que le temps de sa Passion est désormais tout proche. Il n’a cessé durant ces dernières années d’annoncer le Royaume des Cieux (Mt 4,17), de faire connaître le Père (Jn 1,18) et son Amour inlassable pour tous les hommes qu’il veut sauver du mal et de ses conséquences dramatiques (1Tm 2,3-6 ; Jn 3,16-17 ; 4,42). « Rempli de l’Esprit Saint » (Lc 4,1) « et de puissance, il est passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable car Dieu était avec lui » (Ac 10,38). Il a ainsi manifesté la totale Bienveillance de Dieu à notre égard. Et il continuera de le faire en ne répondant que par l’Amour à toute cette violence qui, très bientôt, va se déchainer contre lui. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Mais il le sait, le combat sera rude, la difficulté sera à la mesure de l’enjeu : le salut du monde… Aussi commence-t-il par prier son Père pour lui demander de pouvoir aller jusqu’au bout de son offrande et de sa mission, pour le seul bien de tous les hommes qui accepteront d’accueillir la gratuité de son Amour…

Première partie : Jn 17,1-5 ; Jésus prie son Père pour que, grâce à Lui,

il puisse accomplir jusqu’au bout l’œuvre du Père…

  • Noter comment Jésus commence sa prière. Et comment nous a-t-il appris à prier en Lc 11,2 ? Si nous acceptons de reprendre ses paroles, que se passe-t-il d’après Rm 8,14-17 ? Dans quelle dynamique sommes-nous alors entraînés ?

  • Noter la demande exprimée en Jn 17,1 ; la comparer avec le premier vœu exprimé en Lc 11,2 : qu’en pensez-vous ? D’après Ez 36,22-28, qui est le premier à œuvrer à la réalisation de ce vœu, et que fera-t-il très concrètement pour qu’il en soit effectivement ainsi ? Comparer Ez 36,24 avec Jn 11,49-52 ; conclusion. Comparer Ez 36,25 avec Jn 19,34 ; puis lire Mt 26,28 avec Hb 9,14 et 1Jn 1,7 et Ap 7,14 ; lire encore Ac 2,38 avec Tt 2,4-7 et 1Co 6,11 et Ep 5,25-27 ; conclusion. Comparer Ez 36,26-27 avec 2Co 5,17 lu avec Jn 20,22 et Jn 1,29 et Ga 5,22.25 ; conclusion.

            Que confirme cette prière instante de Jésus à son Père (cf. Jn 5,19-20 ; 5,30) ? Il sait que cette dernière étape de sa vie sera humainement très dure ; que demande-t-il donc ici à son Père (cf. Ep 1,19‑20a ; 6,10-11 ; 2Tm 1,7‑8 ; 4,17 ; comparer aussi Rm 6,4 avec Rm 8,11 ; puis 2Co 13,4 avec Lc 4,14) et pourquoi (cf. Jn 13,1 ; 14,31 ; 19,30) ? Quel exemple Jésus nous donne-t-il ici : avant toute action pour Dieu, que devrions-nous faire et pourquoi (Jn 15,4-5 d’où Ep 6,18) ?

Mais Jn 17,1 éclaire en fait toute la vie de Jésus (cf. Jn 17,4) : dans quel contexte particulier nous a-t-il visités d’après Lc 1,78 (Lc 1,76-79 : « Et toi, petit enfant (Jean‑Baptiste), tu seras appelé prophète du Très-Haut; car tu marcheras devant le Seigneur (Jésus), pour lui préparer les voies, (77) pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés (78) grâce aux entrailles de miséricorde de notre Dieu, dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en haut, (79) pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, afin de guider nos pas dans le chemin de la paix. ») ? Qu’est-ce que Jésus a donc manifesté par tous ses actes et toutes ses Paroles, et cela jusqu’au bout, jusqu’à la Croix (cf. Ep 2,4 ; 2Co 1,3 ; Rm 9,16 ; 1P 1,3 ; 1Tm 1,15-16 ; Lc 23,34) ? En agissant ainsi, qu’a-t-il fait (répondre avec les expressions utilisées en  Jn 17,4 ;  Jn 17,6 avec 1Jn 4,8 ; ƒ Jn 1,18) ? Et qui lui donnait de pouvoir parler (Jn 17,8) et agir (Jn 10,37-38) comme il l’a fait ? Nous retrouvons Jn 5,19-20

  • Comparer le second vœu exprimé à la fin de Lc 11,2 avec Jn 17,2 : conclusion. Et tout ceci s’accomplit dans le contexte suivant :  Rm 6,23 ; ‚Jn 3,16‑17 ; ƒ Jn 10,10b ; „ Jn 1,4-5. Qu’est-ce donc que « le Royaume des Cieux » ( comparer les expressions utilisées en Mc 9,43 et Mc 9,45 avec celle de Mc 9,47 ; ‚ lire Rm 14,17 avec Ga 5,25 ; puis Ep 2,18 ; ƒ lire 1Jn 1,3) ? A la lumière de ces dernières réponses, que signifie donc « connaître Dieu » en Jn 17,3 ? Nous sommes ici à la fin de l’Evangile : comment la perspective annoncée au tout début en Jn 1,18 s’est-elle donc mise en œuvre (cf. Jn 3,16 ; 3,36a ; 10,10b ; 17,2) ? Et Jn 17,5 sera un nouveau clin d’œil au début de l’Evangile (cf. Jn 1,14 ; 1,1 ; 1,15), tout comme Jn 17,8 (cf. Jn 1,9-14)…

            La mission terrestre de Jésus « Sauveur du monde » (Jn 4,42) s’achève donc… Remarquons que l’expression « toute chair » de Jn 17,2 fait allusion à Gn 9,8-17 : comment Dieu se révèle-t-il en ce texte ? Noter combien de fois intervient le mot Alliance et l’expression « toute chair » ; se souvenir que sept est symbole de perfection et quatre d’universalité (les quatre points cardinaux) ; conclusion ? Et que permettra l’offrande de Jésus sur la croix (cf. Mt 26,28 et 1Co 11,25) ? Et d’après la conception de l’époque (cf. Lv 17,11), que recevront donc tous ceux et celles qui accepteront d’être les heureux bénéficiaires de cette offrande du Christ, de ce sang versé pour eux (cf. Jn 6,53‑58) ? Et comment tout cela se mettra-t-il très concrètement en œuvre au plus profond de notre être (cf. Jn 6,63 TOB ; Ga 5,25) ?

            Redire la mission universelle de Jésus avec les termes exprimés en Jn 17,2 ; qui sont « ceux que tu lui as donnés » d’après Jn 6,44 ; 6,65 et 17,6.9, en se souvenant du double sens de « venir à Jésus » (cf. le parallèle de Jn 6,35) ? D’après Jn 6,44, quelle attitude de l’homme apparaît alors primordiale pour que Jn 17,2 puisse s’accomplir (le contraire apparaît à la fin de chacun des versets suivants : Ep 2,2 ; 5,6 ; Col 3,6) ?

            Remarquons enfin que les versets 1 à 5 sont construits en inclusion, et l’on retrouve avec cette disposition une phrase célèbre de St Irénée (2° siècle ap JC)…

                        A – Glorifie ton Fils

                                   B – afin que le Fils te glorifie…                           « La Gloire de Dieu,

                                               C – afin qu’il donne la vie éternelle…    c’est l’homme vivant ».

                                   B’ – je t’ai glorifié…

                        A’ – Glorifie-moi, Père…

 

Deuxième partie : la prière de Jésus pour ses disciples (Jn 17,6-23)

 

  1. a) Rappel du cheminement des disciples (Jn 17,6-10)

 

            Nous retrouvons au tout début la mission première de Jésus : faire connaître le Père. Nous allons suivre les différentes étapes qui permettent d’atteindre ce but :

1 – Qui est le premier à agir et que fait-il (cf. Jn 17,6 ; Jn 6,44 ; 6,65) ?

2 – Que fait alors Jésus d’après Jn 17,8 ?

3 – Mais alors même que Jésus agit ainsi, quel Don vient frapper à la porte du cœur de ceux et celles qui l’écoutent avec bonne volonté (cf. Jn 3,34[1]) ?

4 – Grâce à ce Don, que pourront d’ailleurs dire tous ceux et celles qui l’ont accueilli (cf. deuxième moitié de 1Co 12,3 ; Jn 9,38) ?

5 – Où ce Don se trouve-t-il au même moment en Plénitude (cf. Lc 4,1).

6 – Et quel est Celui qui permet qu’il en soit ainsi de toute éternité ( à la lumière du lien établi en Jn 6,63 ; Rm 8,2 ; 8,6 (TOB) ; fin de 2Co 3,6 ; Ga 5,25 ; fin de Ga 6,8 ; fin de 1P 3,18 ; fin de 1P 4,6 ; Ap 11,11 ; ‚ les conséquences sont décrites en Jn 5,26 ; première moitié de Jn 6,57) ?

7 – Que permet aussi ce Don au cœur des disciples (1Co 2,12) ? Noter ce verbe qui intervient en ce verset mais aussi en Jn 17,3 et Jn 17,7

            Récapitulons : Par leur … (4)…, les disciples de Jésus ont reçu … (3)… en accueillant … (2)… que Jésus leur a données. … (3)… leur a permis alors de … (7) … que ce même … (3)… se trouve aussi en plénitude en … (5)… grâce à … (6)… C’est ainsi, dit Jésus, « qu’ils ont connu que tout ce que tu m’as donné vient d’auprès de toi » (Jn 17,7), et « qu’ils ont connu vraiment que je suis venu d’auprès de toi » (Jn 17,8)…

            Et pourquoi Jésus peut-il dire maintenant : « je suis glorifié en eux » ; que reconnaît-il à son tour en eux ?

  1. b) Prière de Jésus pour ses disciples (Jn 17,11-19)

                        Première intention (Jn 17,11-13)

             Dans la Bible « le Nom » renvoie au Mystère même de Celui qui le porte… Ici, pour Dieu, il renvoie à ce que Dieu est en Lui-même… Or, que peut-on en dire d’après Jn 4,24 ? En Jn 17,11, Jésus évoque d’ailleurs ce « Nom que tu m’as donné » ; à la lumière de Jn 4,24, que donne donc le Père au Fils de toute éternité ? Et c’est ainsi que le Fils est « engendré, non pas créé, de même nature que le Père. Il est Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu »… Quel mystère vivent alors le Père et le Fils, depuis toujours et pour toujours ? Comment St Jean en parle-t-il en Jn 10,30 ? Or, quel est justement le Don que Jésus, l’envoyé du Père, est venu nous communiquer (Ac 2,38 ; 10,45 ; 1Th 4,8) ? Ainsi, on peut dire que Jésus est venu donner aux hommes ce « Nom » qu’il reçoit de son Père de toute éternité… C’est comme cela qu’il nous le fait « connaître » (Jn 17,26), en nous le communiquant… Le Catéchisme de l’Eglise Catholique écrit ainsi (& 460) : « Le Verbe s’est fait chair pour nous rendre « participants de la nature divine » (2 P 1,4) : « Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu » (St. Irénée). « Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu » (St. Athanase). « Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu » (S. Thomas d’Aquin). »

Si ce Don est effectivement reçu par les disciples de Jésus, que vivront-ils alors à leur tour d’après la fin de Jn 17,11 ? Avec cette prière, « Père, garde les dans ton Nom », que demande en fait Jésus à son Père ? Mais il connaît bien la faiblesse des hommes : qu’est-ce qui permettra en fin de compte à cette demande d’aboutir (cf. Lc 1,50.54.78 ; Rm 9,16 ; 15,9 ; 2Co 1,3 ; Ep 2,4 ; 1Tm 1,16 ; Tt 3,5 ; Hb 4,16 ; 1P 1,3 ; 2,10 ; Jude 1,21) ? Encore faut-il bien sûr que nous acceptions, jour après jour, de tout lui offrir… Et quel est le seul but que Jésus poursuit en priant ainsi pour eux (cf. Jn 17,13) ?

 

                       Deuxième intention (Jn 17,14-16

             Le mot « monde » en Jn 17,14 et 17,16 a le même sens qu’en Jn 12,31 ; 14,30 et 16,11… Quelle difficulté Jésus souligne-t-il en Jn 17,14 (cf. Jn 15,18-16,4 ; Mc 10,29‑30 ; Mt 10,17-25) ? Et que demande-t-il pour ses disciples ? Que retrouve-t-on (cf. Mt 6,13) ? Comme toujours, inspiré par l’Esprit Saint (cf. Rm 8,26-27), Jésus demande à Dieu ce qu’il veut faire pour chacun d’entre nous : voir Jn 12,46 avec 8,12 ; Ac 26,17-18 ; Col 1,12-14

Les disciples seront-ils donc préservés de toute épreuve ? Mais qu’est-ce que Jésus leur avait déjà promis (cf. Jn 16,33 avec Mt 28,20) ? Nous sommes ici au cœur de la Bonne Nouvelle. Nous pouvons en effet relire 2Co 1,3-7 : «  Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, (4) qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous‑mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. (5) De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation. (6) Sommes-nous dans la tribulation ? C’est pour votre consolation et salut. Sommes-nous consolés ? C’est pour votre consolation, qui vous donne de supporter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons, nous aussi. (7) Et notre espoir à votre égard est ferme : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation»

Et la Bible de Jérusalem donne en note : « La consolation est annoncée par les prophètes comme caractéristique de l’ère messianique (Is 40,1) et devait être apportée par le Messie (Lc 2,25). Elle consiste essentiellement dans la fin de l’épreuve et dans le début d’une ère de paix et de joie (Is 40,1s ; Mt 5,5). Mais, dans le NT, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance, (2 Co 1,4‑7 ; 7 4 ; cf. Col 1,24). Cette consolation n’est pas reçue passivement, elle est en même temps réconfort, encouragement, exhortation (même mot grec paraklèsis). Sa source unique est Dieu (2 Co 1,3-4) par le Christ (2 Co 1,5), et par l’Esprit (Ac 9,31), et le chrétien doit la communiquer (2 Co 1,4.6 ; 1 Th 4,18). Parmi ses causes, le NT cite : le progrès de la vie chrétienne, (2 Co 7,4.6.7), la conversion (2 Co 7,13), l’Ecriture (Rm 15,4). Elle est source d’espérance (Rm 15,4).

            Dans sa deuxième Lettre aux Corinthiens, Paul insiste constamment sur la présence de réalités antagonistes, voire contradictoires, dans le Christ, l’apôtre et le chrétien : souffrance et consolation (1,3-7 ; 7,4) ; mort et vie (4,10-12 ; 6,9) ; pauvreté et richesse (6,10 ; 8,9) ; faiblesse et force (12,9-10). C’est le mystère pascal, la présence du Christ ressuscité au milieu du monde ancien de péché et de mort (1 Co 1-2). »

            Et puisque Dieu est « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13 ; 17,13), c’est-à-dire Source d’Esprit Saint (cf. Jn 7,37‑39), la prière est avant tout ouverture du cœur, accueil de cette Eau Vive et donc de l’Esprit qui sanctifie… L’Esprit donné s’unit en effet à celui ou celle qui accepte de le recevoir et le transforme ainsi en Lui… Christ Ressuscité apparaît alors, par la Présence de son Esprit donné gratuitement dans nos cœurs, au milieu du monde ancien de péché et de mort dont nous faisons tous partie, car nous sommes tous des êtres blessés par le mal, d’une manière ou d’une autre…

 

                        Troisième intention (Jn 17,17-19)

             Littéralement, Jésus demande : « Sanctifie-les dans la vérité »… Quel principe retrouvons-nous ici (cf. Ex 31,13 ; Lv 21,8 ; Ez 20,12 ; 37,28 ; 2Mac 1,24-25 ; 1Th 5,23‑24), comment s’accomplit-il (cf. Rm 15,16 ; 1Co 6,11 ; 2Th 2,13) et quelle attitude réclame-t-il de nous (1P 1,22 ; Jn 3,21 ; 2Co 7,1) ? Et la vérité de notre misère rencontrera la vérité de la Miséricorde qui nous sanctifiera par le Don de l’Esprit de Vérité. Il s’agira ensuite, jour après jour, de lui obéir pour avancer à la suite du Christ, sur le Chemin de la Vérité qui conduit à la Vie (Jn 14,6)… Pourquoi d’ailleurs, après avoir dit « sanctifie-les dans la vérité », le Christ déclare-t-il juste après : « ta parole est vérité » (cf. Jn 3,34 dans la traduction de la Bible de Jérusalem vue précédemment, puis Jn 15,3 ; même idée supposant une logique semblable en 1Tm 4,5[2]) ? Et le Fils obéira de tout cœur et jusqu’au bout à la vérité (cf. Jn 18,37) pour que, par son offrande, le projet du Père s’accomplisse : que nous soyons sanctifiés dans la vérité… De quoi, d’après Jn 17,18, cette œuvre de Dieu sera ensuite le fondement ? En effet, que devront faire par la suite les disciples (cf. Lc 24,48 éclairé par le verset précédent ; Ac 1,8 ; 5,32) ?

 

                        Quatrième intention

             Jésus envoie ses disciples dans le monde comme Lui-même fut envoyé dans le monde (Jn 20,21). Et il prie maintenant pour tous les nouveaux disciples que feront ses disciples, c’est-à-dire pour l’Eglise, jusqu’à la fin des temps…

            Quelle fut l’activité missionnaire par excellence de Jésus (cf. Jn 17,8 ; Lc 4,15.31 ; 5,3 ; 6,6 ; 13,10 ; 20,1…) ? Celle des disciples d’après Jn 17,20 sera-t-elle différente ? De quelle Parole Jésus s’est-il fait le Serviteur (Jn 17,8 ; 3,34 ; 7,16-17 ; 8,26.28.40 ; 12,49-50 ; 14,10.24 ; 15,15) ? De quelle Parole ses disciples seront-ils les serviteurs (cf. Mt 28,18-20) ? Et qui les aidera dans cette tâche (cf. Jn 14,26 ; 1Co 2,13) ? Et quel est le but final recherché (cf. Jn 17,21 ; 11,49-52 ; Ep 1,9-10 ; 2,18) ? Et par quel moyen tout ceci se réalisera-t-il (Ep 4,3 ; 2Co 13,13) ? En quel autre terme pourrait-on en parler d’après le parallèle entre Jn 4,24 et 1Jn 1,5 ? Que se passera-t-il alors dans les ténèbres de ce monde ? Et quel en sera le résultat pour tous ceux et celles qui accepteront de le reconnaître (fin de Jn 17,21 ; deuxième moitié de Jn 17,23) ? A la même question, Mt 5,16 apporte une réponse différente, laquelle ? Que retrouvons-nous ainsi indirectement (cf. Jn 10,30 ; 14,9) ? Si « le monde » atteint ce but décrit à la fin de Jn 17,21, qu’en sera-t-il pour lui (cf. j Jn 6,47 ; 20,31 ; k et donc Jn 3,16-18 ; 1Tm 2,3-6) ? Si toute la mission de Jésus est résumée en Jn 17,2 et la fin de Jn 4,42, quelle ne peut qu’être la mission de l’Eglise ? Et avec elle et par elle, qui continue d’agir (cf. Mc 16,20 ; 2Co 2,14-15 ; 5,20 ; 1Co 3,5-9) ?

            Et d’ailleurs, nous retrouvons cette dernière réponse dans la logique même de Jn 17,20-23. En effet, en Jn 17,20-21 qui agit et en donnant « quoi » pour que « le monde croie » que le Père a envoyé le Fils ? Et en Jn 17,22-23, qui agit et en donnant « quoi » pour que « le monde reconnaisse » que le Père a envoyé le Fils ? Les deux actions sont donc simultanées… Nous retrouvons en fait la dynamique même de la mission de l’Eglise. En effet, ce n’est qu’animée par l’Esprit Saint qu’elle peut rendre témoignage au Christ (Ac 1,8 ; 1Co 2,13 ; 1Co 12,7-8). Or, la Gloire de Dieu n’est que la manifestation, d’une manière ou d’une autre, de ce que Dieu est en Lui-même. Il n’existe donc pas de « Gloire de Dieu » sans la nature divine qui en est comme la source. Donner la gloire, c’est donc donner la nature divine… Or Dieu est Esprit (Jn 4,24). Quand l’Eglise, au fil des siècles, donne au monde la Parole du Fils, Celui-ci, au même moment, lui donne l’Esprit pour lui permettre d’accomplir sa mission. Or cet Esprit est aussi « Lumière » (1Jn 1,5)… Le monde est ainsi invité à « voir », à « reconnaître » cette Présence qui habite l’Eglise. La démarche est alors la même que celle des disciples de Jésus qui étaient invités à « voir », à « reconnaître » (Jn 6,40 : « Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » Et la Bible de Jérusalem explique en note : « “ Voir ” le Fils, c’est discerner et reconnaître qu’il est réellement le Fils envoyé par le Père, cf. 12,45 ; 14,9 ; 17,6 ».) cette même Présence qui l’habitait en Plénitude, signature de ce Mystère de Communion qui l’unit au Père dans l’unité d’un même Esprit. Et ce « voir » qui est un don de Dieu, car nul ne peut voir la Lumière sans la Lumière (Ps 36(35),10), débouche alors sur un « croire » (Fin de Jn 17,21, et deuxième moitié de Jn 17,23)… St Paul dit la même chose quand il présente l’Eglise comme « le Corps du Christ »… « Voir » l’Eglise vivante rassemblée par sa foi au Christ dans l’unité d’un même Esprit, c’est comme « voir » le Christ uni à son Père dans l’unité de ce même Esprit…

            Et d’après la fin de Jn 17,23, quelle est la seule réalité qui rend possible cette aventure ? Et « qui » la met en œuvre ? En se souvenant de ce principe de Ste Thérèse de Lisieux, pris au pied de la lettre pour Dieu, « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même », noter la comparaison établie en cette fin de Jn 17,23. Qu’implique-t-elle pour les disciples de Jésus (¯)?

Conclusion : prière ultime pour tous…

 

            Cette conclusion est constituée de deux parties : Jn 17,24 et Jn 17,25-26 ; comment chacune d’entre elles commence-t-elle et se termine-t-elle ? Comparer la fin de chacune de ces deux parties, et la fin du verset qui précède immédiatement Jn 17,24-26 ; conclusion : dans quel contexte doit être placée toute l’aventure humaine, depuis sa création jusqu’à la fin ? Et que sommes-nous tous appelés à vivre (cf. ¯) ?

            D’après Jn 3,13-17 ; 4,13-14 ; 4,42 ; 6,39-40.45 ; 11,25-26 ; 12,46 ; 18,37, « qui » sont ceux que le Père a donnés au Fils pour les sauver ? Mais cette base étant établie, quelle autre démarche est maintenant nécessaire (cf. Os 11,7 ; Mi 6,3 ; Jn 1,11-12) ? Et qu’est-ce que Jésus « veut » de toutes les fibres de son être ? Conclusion à la lumière de Ps 115(113B),3 ; 135(134),6 et de Lc 15,4-7 ; Jn 14,1-4… Cette volonté du Fils, qui est bien sûr la même que celle du Père (1Tm 2,3-6), est à l’origine du Mystère de la Création : Dieu nous a tous en effet créés pour que nous participions à la Plénitude de sa vie : « Tu peux manger à satiété de tous les arbres du jardin », et notamment de « l’arbre de vie » planté « au milieu du jardin » (Gn 3,16 et 3,9), symbole de la vie éternelle, précise la Bible de Jérusalem en note… Et si l’homme a perdu la Plénitude de cette vie par sa désobéissance, la volonté de Dieu, elle, n’a pas changé : et il a envoyé son Fils dans le monde pour nous donner gratuitement, par amour, ce que nous avions perdu par suite de nos fautes (cf. Rm 6,23 ; Jn 10,10 ; Ep 2,1-10)… Il s’est fait chair, il a vécu notre vie d’homme, il a souffert, il est mort et ressuscité pour cela : nous donner la Plénitude de sa Vie… Et maintenant, c’est par l’Eglise qu’il veut continuer sa Mission. Toute la prière de Jn 17, juste avant sa Passion et sa Résurrection, est orientée en ce sens. Retrouver cette « dynamique de fond » en reprenant tous « les cœurs » ou toutes « les conclusions » des différentes parties de cette prière (voir mouvement littéraire en fin de document ; Jn 17,2 ; 17,6 (en se souvenant de Jn 3,34 vu précédemment, d’où Jn 6,68-69) ; 17,11 et 17,14 pour le bon accomplissement de 17,18 dont le but est la fin de 17,21 et 17,23 ; alors 17,24 et la fin de 17,26 pourra être vraiment vécu !).

            Alors, « que ta volonté soit faite » (Mt 6,10) : première moitié de Jn 17,24 et deuxième moitié de Jn 17,26… Et cela « sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10), car ce Mystère de communion avec Dieu commence dès maintenant, sur la terre, par la foi et dans la foi… Mais là, « on ne voit bien qu’avec les yeux du cœur » (Antoine de St Exupéry)… Et, disait Jésus à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ; bien des prophètes et des rois ont voulu le voir et ne l’ont pas vu » (Mt 13,16-17). Oui, « heureux », dès maintenant, « ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jn 20,29)…

Jacques Fournier

Jean 17 : la Prière de Jésus pour la Vie du monde…

(1)       Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :

Jésus prie son Père pour qu’il puisse accomplir jusqu’au bout sa mission…

A – « Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils,

B – afin que ton Fils te glorifie

(2)                                         C – et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair,

   il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés !

(3)                                               Or, la vie éternelle,

           c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu,

et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

(4)                              B’ – Je t’ai glorifié sur la terre,

en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire.

(5)                  A’ – Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi

de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde.

Rappel du cheminement de ses disciples

(6)                  A – J’ai manifesté ton Nom aux hommes,

que tu as tirés du monde pour me les donner.

Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole.

(7)                              B – Maintenant ils ont (re)connu

que tout ce que tu m’as donné vient de toi ;

(8)                                   C – car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données,

           et ils les ont accueillies

B’ – et ils ont vraiment (re)connu que je suis sorti d’auprès de toi,

et ils ont cru que tu m’as envoyé.

(9)                  A’ – C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde,

mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi,

(10)                            et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi,

et je suis glorifié en eux.

Première intention de prière pour eux

(11)                A – Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde,

et moi, je viens vers toi.

B –       Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné,

C – pour qu’ils soient un comme nous.

(12)                            B’ –     Quand j’étais avec eux,

je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné.

J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu,

sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie.

(13)                A’ – Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde,

afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète.

Deuxième intention de prière pour eux

(14)                A – Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs,

           parce qu’ils ne sont pas du monde,

comme moi je ne suis pas du monde.

(15)                            B – Je ne te prie pas de les enlever du monde,

mais de les garder du Mauvais.

(16)                A’ – Ils ne sont pas du monde,

comme moi je ne suis pas du monde.

Troisième intention de prière pour eux

(17)                A – Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.

(18)                            B – Comme tu m’as envoyé dans le monde,

moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.

(19)                A’ – Pour eux je me sanctifie moi-même,

afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.

Quatrième intention pour les disciples que feront les disciples…

(20)                A – Je ne prie pas pour eux seulement,

mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi,

(21)                            B – afin que tous soient un.

C – Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi,

qu’eux aussi soient en nous,

D – afin que le monde croie que tu m’as envoyé.

(22)                A’ – Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée,

B’ – pour qu’ils soient un

(23)                                        C’ – comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi,

afin qu’ils soient parfaits dans l’unité,

D’ – et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé

et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.

Conclusion : prière ultime pour tous…

(24)    I – Père, ceux que tu m’as donnés,                                                           (17,6.9)

je veux que là où je suis,                           (Auprès de toi 17,5.8(11.13) ; en toi 17,21)

eux aussi soient avec moi,

           afin qu’ils contemplent ma gloire,

que tu m’as donnée                                                                                    (17,5.22)

parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.             (17,23)

(25)    II – Père juste, le monde ne t’a pas connu,

mais moi je t’ai connu

et ceux-ci ont (re)connu que tu m’as envoyé.                                       (17,3.7-8)

(26)    Je leur ai fait connaître ton nom                                                             (17,6)

et je le leur ferai connaître,

pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. »       (17,23)

[1] Jn 3,31-34 : « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous ; celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre. Celui qui vient du ciel (32) témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l’accueille. (33) Qui accueille son témoignage certifie que Dieu est véridique ; (34) en effet, celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure. »

[2] Et puisque Dieu est « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13 ; 17,13), c’est-à-dire Source d’Esprit Saint (cf. Jn 7,37‑39), la prière est avant tout ouverture du cœur, accueil de cette Eau Vive et donc de l’Esprit qui sanctifie… L’Esprit donné s’unit en effet à celui ou celle qui accepte de le recevoir et le transforme ainsi en Lui…

Correction de la fiche 28 :

CV – 28 – Jn 17 Correction

 

 




Fiche N°29 : La Passion de Jésus (1) : Jn 18,1-19,16.

Jésus se laisse arrêter (Jn 18,1-11)

 

            Jésus avait une mission : laquelle d’après Jn 1,18 et Jn 17,6, en se souvenant que le nom, dans la Bible, renvoie à l’identité profonde de celui qui le porte et dit « quelque chose » de son Mystère ? Préciser la réponse précédente avec 1Jn 4,8 et 1Jn 4,16. Si Dieu est ainsi, quelle est donc, envers et contre tout, son unique attitude vis-à-vis des hommes qu’il a créés (cf. Jr 24,6 ; 32,40‑41 ; 33,9) ? Jésus sera fidèle à cette mission jusqu’au bout… « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs ». Il va « beaucoup souffrir » de leur part, « être rejeté, tué » (Mt 26,45 ; Mc 8,31), mais face à toute cette violence, cette méchanceté, cette cruauté, Jésus ne répondra que par l’amour. Il ne cessera d’aimer ceux qui lui font tant de mal, ne cherchant et ne désirant que leur bien le plus profond… La Passion est ainsi le sommet de la Révélation du Mystère de ce Dieu Amour qui, de toute éternité, n’est qu’Amour et recherche continuelle du bien le plus profond de tous les hommes qu’il aime, quels qu’ils soient…

            « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux). Retrouver ce principe pour Jésus en Jn 15,13 et Rm 5,6-8. Et quels sont « ses amis » d’après Jn 3,16‑17 ? Mais si Dieu est, depuis que le monde existe, « ami des hommes » (Sg 1,6 ; 7,23), ami de tous les hommes, quels qu’ils soient, toute amitié, pour être réellement vécue, demande, espère, implore la libre réciprocité… Voilà donc tout ce que Dieu attend de nous : reconnaître son Amour indéfectible et sans réserve, l’accepter, l’accueillir, et lui répondre dans le même registre. « Ses disciples » ont commencé à le faire (1Jn 4,19), une réponse que Dieu désire et attend de tout homme…

            La Passion sera donc le sommet de la révélation de Dieu « Amour ». Telle était toute la mission de Jésus. Il lui sera fidèle jusqu’au bout, non sans difficultés ni combats (Lc 22,39-46), ce qui nous montre une fois de plus, et à quel point, il était humain ! A tout ce mal que les pécheurs lui feront, et quel mal, il ne répondra que par l’Amour, et la recherche continuelle de leur bien, acceptant de mourir sur une croix pour qu’un jour, ils soient tous sauvés, s’ils l’acceptent !

            Cette attitude demande une force qui dépasse nos capacités humaines… Jésus l’implora de son Père : qu’il soit fidèle jusqu’au bout à manifester que « Dieu est Amour » et qu’Il n’Est qu’Amour… « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » (Jn 17,1 ; cf. Jn 12,27-28) en ne répondant au mal que par l’Amour et la recherche continuelle du Bien de tous, et notamment de ceux qui le tueront… Et de fait, une fois ressuscité, que se proposera-t-il de faire à leur égard (cf. Ac 3,25-26) ?

            Marie, la Mère de Jésus, ne vivra pas la Passion… Mais elle sera « auprès de la Croix de Jésus » (Jn 19,25), toute proche, le soutenant par sa prière, son acceptation, son offrande, par amour de Dieu et des hommes… « Toi-même, une épée te transpercera l’âme », lui avait annoncé Syméon, prophète en cet instant, lui « sur » qui « reposait l’Esprit Saint » (Lc 2,35 ; 2,26). Ce qui nous est dit ici sur Marie, peut nous aider à percevoir, tant soit peu, ce que Dieu le Père a vécu en son cœur… Et il l’a accepté par amour pour tous les hommes… « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16).

            « De l’autre côté du torrent du Cédron, il y avait là un jardin dans lequel Jésus entra ainsi que ses disciples »… St Jean ne nomme pas le jardin où il se rend ; quel est-il d’après les autres évangiles (Mt 26,36 ; Mc 14,32) ? D’après Jn 18,4, est-ce que ce sont les soldats qui viennent vers Jésus et mettent la main sur lui ? Que se passe-t-il en réalité (cf. Jn 10,17-18 : « Je dépose ma vie, pour la recevoir. Personne ne me l’enlève ; mais je la dépose de moi-même. J’ai pouvoir de la déposer et j’ai pouvoir de la recevoir de nouveau ; tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. »). Et quelle en est la raison profonde (1 – Jn 14,31 ; 2 – Jn 13,1) ?

            Souvenons-nous… Au tout début de son ministère terrestre, deux disciples de Jean-Baptiste s’étaient mis à suivre Jésus. Que leur avait-il demandé (cf. Jn 1,38) ? Et il leur avait répondu : « Venez et voyez », c’est-à-dire, dans le vocabulaire de St Jean, « croyez » et « posez sur moi un regard de foi » qui vous permettra de reconnaître que « je suis dans le Père et que le Père est en moi » (Jn 14,10-11), « un » avec le Père (Jn 10,30), uni au Père dans la communion d’un même Esprit (Jn 4,24), d’une même Lumière (1Jn 1,5), d’un même Amour (1Jn 4,8.16)…

            Jésus est donc « l’Unique Engendré » du Père (Jn 1,14 ; 1,18 ; 3,16 ; 3,18), « le Fils bien-aimé » du Père (Mt 3,17 ; 12,18 ; 17,5 ; cf. Jn 3,35 ; 5,20 ; 10,17 ; 15,9 ; 17,23-26), « le Fils de Dieu » (Jn 1,49), Celui qui est auprès du Père avant tout commencement (Jn 1,1-2). Et à la fin de son ministère, Jésus pose une question semblable, mais cette fois à ceux qui viennent l’arrêter (Jn 18,4). Et que répondent les gardes ? Quel est en fait le contenu de leur réponse (cf. Jn 6,42 ; Mt 13,53-58 ; Mc 6,1-6) ? Et Jésus, lui, que répond-il ? Derrière nos traductions, qui tiennent compte du contexte relationnel dans lequel Jésus s’exprime, quel grand Mystère s’offre en fait aux gardes (se souvenir de Jn 4,26 ; 6,20 ; 8,24 ; 8,58 ; Ex 3,14) ? Et combien de fois cette expression intervient-elle dans notre passage (Se souvenir que le chiffre « trois » dans la Bible renvoie souvent à Dieu en tant qu’il agit) ? On peut supposer qu’en cet instant, au moment où Jésus prononçait ces paroles, « quelque chose » de l’épisode raconté en Mc 9,2-8 s’est réalisé pour ces gardes ; un élément supplémentaire, allant dans le même sens, leur est d’ailleurs offert en Jn 18,6 : quel est-il et que signifie-t-il ? Mais pour reconnaître ce Mystère, quel regard doivent-ils porter sur Jésus (cf. Jn 6,40 avec la note de la Bible de Jérusalem : « “ Voir ” le Fils, c’est discerner et reconnaître qu’il est réellement le Fils envoyé par le Père, cf. Jn 12,45 ; 14,9 ; 17,6 » ; situation semblable en Jn 9,35-38) ? Mais que suppose en fait ce regard (De tout cœur : 1Is 45,22 ; 2Mt 3,2 ; 4,17 ; Ac 2,38 ; 3,19 ; 17,30 ; 20,21 ; 26,20Ap 2,21 ; 16,9-11 ; 3Ac 16,14 ; 14,27) ? Et si tel est le cas, puisque Dieu est tel qu’il est décrit en Jr 2,13 et 17,13 lu avec Jn 7,37-39, que se passera-t-il aussitôt (cf. Lc 1,15 ; 1,40 ; 1,67 ; 4,1 ; Ac 2,4 ; 4,8) ? Et en mettant ensemble Jn 4,24 et 1Jn 1,5, qu’est-ce qui pourra alors être vécu (cf. Ep 1,18 ; Ps 36(35),10) et donc affirmé (cf. 1Co 12,3) ? Mais ces gardes ouvrent-ils leur cœur à Dieu et au témoignage qu’il ne cesse de rendre à son Fils par l’Esprit Saint (Jn 15,26 ; 1Jn 5,5‑12) ? Et pourtant, que se passera-t-il encore par la suite (Jn 18,10) d’après Lc 22,50-51 ? Si autrefois leur cœur s’était entrouvert, s’ils avaient perçu « quelque chose » de son Mystère, s’ils n’avaient pas pu alors l’arrêter (Jn 7,45-47), maintenant, hélas, « son heure est venue » (Jn 7,30 ; 8,20 ; 12,23-24.27 ; 13,1 ; 17,1)… Ils vont mettre la main sur lui (Mt 26,50), se saisir de lui, l’arrêter et l’emporter… Mais ce ne sont pas les pécheurs qui, à travers Jésus, mettent la main sur Dieu… C’est Dieu qui se donne à eux tout entier, pour leur salut…

            Jésus accepte donc la volonté du Père, mais en s’exprimant comme il le fait en Jn 18,11, à quel épisode fait-il allusion (cf. Lc 22,39-44) ? Si St Jean ne rapporte pas « l’agonie de Jésus à Gethsémani », nous constatons une fois de plus qu’il y fait souvent allusion (cf. Jn 12,27-28 ; 14,31 avec Mt 26,46)…

Jésus devant Anne et Caïphe. Reniements de Pierre (Jn 18,12-27).

 

            D’après les tableaux chronologiques de nos Bibles, quand Anne et Caïphe furent-ils « grands prêtres » ?

            Jn 18,14 rappelle Jn 11,45-54. Ainsi, avant même que le procès n’ait commencé, en connaît-on déjà l’issue (∆) ? Et d’après ce dernier texte, pour quel but Jésus accepte-t-il toute cette mascarade (voir aussi Jn 14,1-3 ; 17,24 avec la perspective de Jn 3,16-17 ; 1Tm 2,3-6 ; Ep 1,9-10 ; 2,18 ; 1Th 5,9-10 ; 1Jn 1,1-4) ?

            D’après les notes de nos Bibles, qui est très certainement cet autre disciple nommé en Jn 18,15 (cf. Jn 19,25-27 ; 13,23 ; 20,2 ; 21,7.20) ? Qu’indique sa présence en ce lieu et en une telle circonstance ? Et il fera entrer Pierre qui « se tenait près de la porte, dehors » en disant « un mot à la portière ». Qu’avait dit autrefois ce dernier (cf. Jn 13,37-38 ; Mt 26,30-35 ; Mc 14,26-31) ? En quoi se trompait-il ? Quelle douloureuse expérience fera-t-il par la suite (Mt 26,75 ; Lc 22,62) ? Mais à la lumière de Mc 10,21, que découvrit Pierre dans le regard de Jésus en Lc 22,61 ? En accord avec la prédiction de Jésus en Jn 13,38, combien de fois Pierre déclare-t-il ne pas le connaître en Jn 18,12-27 ? Or, « trois » dans la Bible, est le chiffre de Dieu en tant qu’il agit… Quelle interprétation le symbolisme de ce chiffre apporte-t-il donc à la scène (cf. Lc 1,51-52) ? Qu’apprend donc ici St Pierre (cf. 1P 5,5) ? Or, d’après cette dernière citation, quelle attitude de cœur est absolument nécessaire à l’accueil de cette grâce dont Dieu veut combler tous les hommes ? Quel but Dieu poursuivait-il donc à travers cette épreuve vécue ici par St Pierre ? Et quels fruits portera-t-elle encore en lui d’après 1P 3,8 ; Col 3,12 ; Ep 4,2 ? Noter particulièrement Ph 2,3 ; or, quelle était la vocation à laquelle Pierre était appelée (cf. Mt 16,18-19) ? Et de fait, en quelle position intervient-il dans les Evangiles chaque fois qu’il est nommé avec les autres disciples (cf. Mt 10,2-4 ; Mc 3,16‑19 ; Lc 6,13-16 ; puis Mc 4,18-22 ; Mt 17,1 ; 26,37…) ? Mais, tout en étant à cette place, comment devait-il se comprendre de cœur vis-à-vis de tous (cf. Mt 20,24-28 ; Mc 10,41-45 ; Lc 22,24-27 ; voir aussi Mt 11,11 ; Lc 9,48) ? En effet, « qui » est celui qui se proposait d’agir au cœur de sa vocation pour lui donner de porter du fruit (relire Mt 16,18-19) ? Et ceci est valable pour tous, quelque soit le service que nous pouvons accomplir en Eglise (cf. Jn 15,5)…

            « Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine »… Pourquoi Jésus ne répond-il pas (cf. (∆) ; Jn 8,37.43-47 ; Mt 13,15 ; Ac 7,57) ? Et c’est lui qui va se mettre à interroger le grand prêtre (Jn 18,21) ! Dans ce contexte, à quoi renvoie sa question (cf. Jn 7,51 ; car Jn 3,20 ; et de fait n’oublions pas Mc 11,18 ; et pourtant, les Grands Prêtres et tous les responsables religieux auraient dû être les premiers à mettre en pratique Ex 20,13 !).

Jésus devant Pilate (Jn 18,28-19,16)

 

Ces « autorités religieuses » vont livrer Jésus à Pilate, l’autorité romaine en place. Mais ils ne vont pas entrer dans son palais « pour ne pas souiller »… En effet, quiconque ne pratique pas la Loi est considéré comme un être impur, lequel transmet son impureté à tout ce qu’il touche… C’est pourquoi il fallait pratiquer soigneusement toutes sortes d’ablutions rituelles au retour du marché, car on avait pu, sans la savoir, toucher quelqu’un d’impur… Ils n’entrent donc pas cher Pilate « pour ne pas se souiller ». Nous retrouvons ici un trait de cette « hypocrisie religieuse » dont le cœur n’est en fait qu’une recherche de soi par la mise en pratique des prescriptions religieuses… J’agis bien, donc je suis quelqu’un de bien… Une telle attitude intérieure ne peut que pousser à mépriser tous ceux et celles qui n’agissent pas de la même manière… « Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères… Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers » (Lc 18,11-12). « Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! » (Jn 7,49). Mais, « malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi; c’est ceci qu’il fallait pratiquer, sans négliger cela » (Mt 23,23). « Si vous aviez compris ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné des gens qui sont sans faute » (Mt 12,7). Et ces « guides aveugles » vont condamner Jésus de la même condamnation avec laquelle ils méprisaient tous ceux et celles qui ne pratiquaient pas leurs multiples préceptes « religieux »… « Guides aveugles » car « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16). La seule chose qu’il attend de nous, c’est que nous nous aimions les uns les autres, quelles que soient nos origines, notre couleur de peau, notre condition sociale… Tous les hommes en effet sont d’égales dignité, et Dieu ne regarde pas aux apparences, mais au cœur… La plus grande richesse en cette vie est ainsi faite de toutes les petites attentions et délicatesses que nous pouvons nous porter les uns envers les autres…

Que retrouvons-nous ici en Jn 18,31 (cf. (∆)) ? Mais les Romains avaient retiré aux Juifs le droit de mettre à mort. Si tel n’avait pas été le cas, comment Jésus serait-il mort (cf. Jn 8,59 ; 10,31 ; Ac 7,55-60) ? Mais était-ce ce que prédisaient les Ecritures (cf. Ps 22(21),17-19 : Si le texte hébreu a « comme pour déchiqueter », la traduction liturgique a suivi la traduction latine de St Jérôme (« la Vulgate ») : « Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure. Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement »…) ? Et Jésus les connaissait par cœur (Jn 3,14 ; Mt 21,42 ; 22,29 ; 26,30 ; 26,54 ; Lc 20,42 ; 24,44 ; Jn 5,39)… Il savait donc par quelles mains il allait mourir et de quelle mort (Mt 26,2 ; Lc 24,7), même s’il a découvert toutes les circonstances précises au moment où il les vivait…

            Quel moyen les Chefs d’Israël avaient-ils trouvé pour accuser Jésus auprès des Romains (cf. Jn 19,12) ? Et en effet, s’il en avait bien été ainsi, quel aurait été le motif de sa condamnation (cf. Mc 15,7 ; Lc 23,18) ? Voilà ce que Pilate, responsable de l’ordre public et de la souveraineté de Rome sur la Palestine, va chercher à mettre en évidence ; quelle question pose-t-il donc immédiatement à Jésus (cf. Jn 18,33) ? A nouveau Jésus répond par une question ; et avec elle, que cherche-t-il, lui, à mettre éventuellement en évidence (cf. Jn 1,49-50 tout en se souvenant de Jn 6,44 ; 6,65 ; 1Co 12,3) ? Une réponse personnelle de Pilate aurait alors manifesté sa bonne volonté, son cœur ouvert à la vérité. Dans des circonstances normales, était-ce la peine pour lui de poser une telle question (cf. Jn 2,25) ? A travers cette question à Pilate, que pressentons-nous ici (cf. Jn 12,27 ; 13,21) ? Voilà ce que Jésus vit en cet instant au plus profond de lui‑même, et pourtant, que ne cesse-t-il de désirer pour ses disciples (cf. Jn 14,1.27) ?

            Une fois de plus, Jésus va se montrer fin diplomate… Répond-il directement à la question que lui pose Pilate en Jn 19,35 ? Que lui dit-il aussitôt ? Se présente-t-il comme un éventuel concurrent à l’autorité romaine ? Par contre, que s’était-il passé pour Barabbas (cf. Mc 15,7) ? Et qui finalement sera relâché ? Comble de l’injustice… Noter en passant combien de fois intervient le mot « royaume » dans la réponse de Jésus… Nous sommes ici à la fin de son ministère, et ce même mot était intervenu seulement deux fois auparavant, au tout début de son ministère, en Jn 3,3 et 3,5… A la lumière de Rm 14,17 et de Jn 6,63, redire ce qu’est « le Royaume des Cieux » pour St Jean (cf. 1Jn 1,3).

            Telle est « la vérité » à laquelle Jésus rend témoignage (Jn 18,37), une vérité qui prend sa Source dans le Père, « le seul véritable Dieu » (Jn 17,3), et qui est mise en œuvre dans le Fils (cf. Jn 5,26) par le Don que le Père lui fait de toute éternité de la Plénitude de l’Esprit, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Le Père Est « Dieu », et à ce titre, il « Est Esprit » (Jn 4,24). En donnant au Fils cette Plénitude de l’Esprit qui le constitue, il l’engendre « avant tous les siècles ». Le Fils est ainsi « Dieu Fils Unique » (Jn 1,18), « de même nature que le Père »… Il n’est pas le Père, mais cette même Plénitude de l’Esprit qu’il reçoit du Père depuis toujours et pour toujours le constitue lui aussi « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). Le Fils est ainsi le témoin de cette Communion qu’il vit avec le Père en tant qu’il la reçoit du Père par le Don de « l’Esprit qui vivifie ». Et il nous appelle tous à nous tourner nous aussi avec Lui vers le Père (Jn 1,18 ; Mt 3,2 ; 4,17) pour que nous puissions recevoir nous aussi ce que Lui reçoit du Père : « l’Esprit qui vivifie » et qui, seul, peut combler nos cœurs de la Vie (Jn 10,10), de la Paix (Jn 14,27) et de la Joie même de Dieu (Jn 15,11)… « Dieu Est Esprit », « Dieu est Amour »… « Le fruit de l’Esprit est Amour, Joie, Paix »…

            D’après Jn 18,38, Pilate a-t-il compris que Jésus ne représente aucun danger pour Rome ? Que désire-t-il pour lui ? Cela rejoint-il le désir des autorités d’Israël (∆) ? Pourquoi, à votre avis, Pilate va-t-il faire flageller Jésus ? Et nous retrouvons en cet épisode le motif de condamnation avancé par les autorités juives… Le mot « roi » intervient en St Jean en 1,49 ; 6,15 ; 12,13.15 ; 18,33.37.39 ; 19,3.12.14.15.19.21… En quelle circonstance est-il donc le plus souvent employé ? Conclusion : quand Jésus manifeste-t-il en toute clarté le Mystère de sa Royauté ? Que veut donc dire pour lui « être roi », de quelle royauté parle-t-on (cf. Ps 117(116)) ? Nous allons retrouver cette réponse à travers la présentation que Pilate fait de Jésus en Jn 19,5. A la lumière de Mt 8,17 qui cite Is 52,13-53,12 (cf. Is 53,4 d’une part, et Is 53,5-6.11-12), que voyons-nous ici à travers cet homme meurtri, souffrant, écrasé ? Quelle solidarité Jésus a-t-il donc voulu vivre et pourquoi (cf. 2Co 5,21 ; 1P 2,21-25) ? Voilà ce qu’est pour lui « être roi » et il ne l’est que « pour nous » (Rm 4,24-25 ; 5,8 car 8,31-32 ; 8,34 ; 1Co 1,30 ; 15,3-4 ; 2Co 5,21 ; Ga 1,3-5 ; 3,13 ; Ep 5,2 ; 1Th 5,9-10 ; Tt 2,11-14)… Sa résurrection manifestera sa victoire totale et définitive, une victoire qu’il veut mettre en œuvre dans notre vie (cf. Ap 2,7.11.17.26 ; 3,5.12.21 ; 21,6-7) si nous acceptons de nous abandonner entre ses bras tels que nous sommes, faibles, fragiles, pécheurs, blessés… Alors s’accomplira « pour nous » Jn 1,4-5 ; 16,33 ; Rm 5,20 ; 6,23 ; 8,35-39 ; 2Co 2,14 ; Ep 2,4-10 ; 1Jn 2,13‑14 ; 4,4 ; 5,3‑5 ; Ap 12,10-12 ; 17,14…

            Noter la condamnation portée par les autorités juives à Jésus en Jn 19,7 ; est-elle exacte (cf. Jn 8,54-55 ; 12,28 ; 3,16-18.35-36 ; 5,19-20 ; 5,21-23.26-27 ; 6,27.40 … et aussi Jn 1,49 ; noter aussi comment Jésus parlait de lui-même en Jn 1,51 ; 3,13-14 ; 8,28… une expression que nous pourrions tous reprendre à notre compte comme Ezéchiel : Ez 2,1.3.6.8…) ? Pilate posera alors en Jn 19,9 « la » question centrale de l’Evangile… La Bible de Jérusalem donne en note : « C’est-à-dire non pas : “ de quel pays es-tu ? ” mais : “ quelle est ta mystérieuse origine ? qui es-tu ? ”. Après les gens de Cana, 2,9, la Samaritaine, 4,11, les apôtres, la foule, 6,5, les chefs juifs, 7,27s ; 8,14 ; 9,29s, Pilate se trouve lui aussi face au mystère de Jésus, 16,28 ; 17,25, sujet de tout l’évangile »… Et pourquoi Pilate a-t-il en cet instant « pouvoir » sur Jésus (cf. Jn 8,20 ; se souvenir de Jn 18,6 et pourtant 18,12) ? A nouveau Pilate cherche à le relâcher… A nouveau, l’accusation de « se faire roi » lui est lancée… Mais la haine se déchaîne, poussant les autorités juives à aller jusqu’à la reconnaissance de l’autorité romaine, et donc celle de Pilate (Jn 19,15)… Le reste lui importe peu… « Alors il le leur livra pour être crucifié »…

D. Jacques Fournier.

 

Correction de la fiche N° 29

CV – 29 – Jn 18,1-19,16 Correction




Fiche N° 30 : La Passion de Jésus (Jn 19,16-42)…

Le crucifiement (Jn 19,16-22)…

            « Alors, il (Pilate) le leur livra pour être crucifié »… Mais ce n’est pas Pilate qui « livre » Jésus… Plus profondément, c’est le Père qui le livre, au sens où il le donne aux pécheurs, par amour des pécheurs et pour leur salut, « Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous » (Rm 8,32). Nous l’avons vu précédemment : « Un glaive te transpercera le cœur » (Lc 2,35). Combien cette parole, adressée par Syméon à Marie, la mère de Jésus, est-elle valable elle aussi pour son Père, à un degré dont nous n’avons pas conscience puisque nous parlons ici d’une Personne divine dont l’Amour Eternel est infini… Le Père « donne » ainsi son Fils : « Le Pain qui vient du ciel, le Vrai, c’est mon Père qui vous le donne… Je Suis le Pain de Vie » (Jn 6,32-35). C’est donc le Père qui donne son Fils aux hommes, pour leur salut, et en le donnant, il lui donne de pouvoir se donner… Souvenons-nous : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne » et si Jésus la donne, c’est qu’il a « pouvoir de la donner » (Jn 10,18), un pouvoir qu’il a reçu de son Père… « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » (Jn 17,1)… Et Jésus, de son côté, adhère totalement et de tout cœur à ce désir du Père de « sauver le monde » (Jn 3,16-17)… Le Père se donnera ainsi tout entier au Fils, pour lui donner de pouvoir se donner, et le Fils, porté par le Père, se donnera tout entier aux hommes, pour leur salut… Il va accepter de mourir de leurs mains, dans des souffrances atroces… Et alors même qu’il y sera plongé, il ne cessera de dire à ceux-là mêmes qui le tuent : « Je vous aime… Ce que vous me faîtes ne m’empêche pas de vous aimer… Si vous agissez ainsi, vous qui avez été créés « à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,27-27), un Dieu qui n’Est qu’Amour (1Jn 4,8.16), c’est que vous êtes profondément, spirituellement, malades… Et je ne cesserai pas de désirer votre guérison, de m’offrir pour elle, en un mot, de vous aimer. » Car, habités pour l’instant par la haine, ils ne peuvent participer à cette Plénitude de l’Amour qui est tout en même temps Paix, Vie, Joie et donc Bonheur indescriptible… Qu’ils puissent passer de la haine à l’Amour, de la mort, au sens de privation de la Plénitude de Vie, à cette Plénitude, de la tristesse à la Joie, la Joie même de Dieu (Jn 15,11), tel est tout le sens de l’offrande du Christ sur la Croix… Accepter de telles souffrances, indescriptibles, pour le bien même de ceux qui vous les affligent, et cela jusqu’à en mourir… Existe-t-il une révélation de l’Amour qui pourrait être plus forte ? « Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis » (Jn 15,11). Et Dieu appelle tout homme « son ami », jusqu’à Judas (Mt 26,50)… « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit ? Cesse-t-elle de montrer sa tendresse au fils de ses entrailles ? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains » (Is 49,15-16), une prophétie qui prendra tout son sens avec le Christ crucifié… Ses poignets transpercés l’ont été pour nous… Il a vécu tout cela pour nous, et Il Est Dieu ! Peut-il exister une offrande plus grande ?

            Par amour des hommes, « le Père a donc livré son propre Fils pour nous tous » (Rm 8,32), et par amour du Père et des hommes, le Fils « s’est livré lui-même pour nos péchés afin de nous arracher à ce monde actuel et mauvais, selon la volonté de Dieu notre Père » (Ga 1,4)… Il s’est ainsi « livré en rançon pour tous » (1Tm 2,6)… Oui, « le Christ vous a aimés, et il s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur » (Ep 5,2)… Et St Paul acceptera, avec joie, d’être l’heureux bénéficiaire de cette offrande. Il l’accueillera avec reconnaissance, et nous invitera tous à faire de même… Pardonnés de peu ou de beaucoup, nous avons tous besoin de ce pardon sans lequel nous ne pouvons atteindre cette Plénitude que Dieu veut nous communiquer, que nous soyons retenus par le fil le plus mince ou par les chaines les plus lourdes… Dorénavant, écrit St Paul, « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,20). « Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Tm 1,16). Et toute l’humanité est appelée à cette Plénitude de Vie, sans aucune exception…

            Le Père « livre » donc son Fils pour le salut du monde, par amour, et le Fils se « livre » lui aussi, gratuitement, par amour, pour que cette volonté de salut du Père s’accomplisse. Tous les hommes sont pécheurs (Rm 3,9), une vérité que chacun est appelé à reconnaître pour lui-même… Si nous l’acceptons de tout cœur, autant qu’il nous est possible, nous ne pourrons que découvrir, en le vivant, que Jésus Christ est vraiment « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) par « la rémission des péchés » qu’il est venu nous offrir au Nom de son Père (Lc 1,76-79 ; 5,20)… Et avec ce pardon, nous retrouverons aussitôt le Trésor que nous avions perdu par suite de nos fautes : cette Plénitude de Vie qui est en même temps Lumière, Paix et Joie… « Bienheureux alors ceux qui auront cru » (Jn 20,29)…

            « Alors, il (Pilate) le leur livra pour être crucifié »… Ce verbe « livrer » se dit, dans le grec des Evangiles, « parad…dwmi, paradidômi ». Or la préposition « para, para » signifie « auprès de, contre », et le verbe « d…dwmi, didômi » se traduit par « donner ». Etymologiquement, « livrer » signifie donc « donner auprès de, contre »… Et Jésus s’est tellement « donné » aux pécheurs, tout « contre » eux, qu’il s’est « uni » à eux, partageant pleinement leur condition de fils blessés alors que lui-même n’avait jamais commis de faute… Il a ainsi vécu par amour nos ténèbres, conséquences de nos fautes, cet état où nous pensons que Dieu nous a abandonnés, alors qu’il n’a jamais cessé d’être tout proche… « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » (Mc 15,34)… Et il a expérimenté ce qu’est la mort « spirituelle » (cf. Rm 6,23) dans le seul but de nous en délivrer ! « Sur le bois, dans son corps, il a porté lui-même nos fautes », c’est-à-dire toutes leurs conséquences, « afin que morts à nos fautes, nous vivions pour la justice » (1P 2,24). « Celui qui n’avait pas connu le péché », celui qui n’avait jamais fait l’expérience du mal (cf. 1P 2,22), « Il l’a fait péché pour nous », au sens où il a vécu en son cœur toutes les conséquences de nos fautes, « afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu », des femmes et des hommes tels que Dieu les veut, remplis en leur cœur par sa Plénitude de Lumière et de Vie (2Co 5,21)…

            Relire Jn 19,16-18 à la lumière de Ph 2,8 ; Hb 5,8 ; quelle valeur essentielle Jésus a-t-il vécue une nouvelle fois en cet instant ? La retrouver avec Jn 14,31 ; et d’après ce dernier verset, quelle est la réalité ultime qui la motive (1) ? En la vivant, quel but poursuit-il (cf. Rm 5,19) ? De fait, d’après Jn 13,1, quelle est ici la réalité ultime qui la motive, en donnant à l’expression « les siens » une valeur universelle (2) ? En comparant les réponses (1) et (2), quelle équivalence retrouvons-nous (cf. Mt 22,34-40) ? Mais pour que l’offrande de Jésus puisse pleinement porter ses fruits, que nous demande-t-il à notre tour (cf. Hb 5,9 ; Rm 1,5 ; 6,16-17 ; 16,26 ; 2Co 10,5-6) ? Et « obéir » au Christ sera très concrètement lui offrir jour après jour nos misères (Jn 1,29), écouter sa voix, le suivre sur le Chemin de la Vie, accueillir ce Don de la Vie éternelle qu’il ne cesse de nous faire (Jn 6,47 ; 10,10 ; 10,27-28 ; 17,2 ; 20,31 ; 1Jn 5,13) par le Don de l’Esprit Saint (1Th 4,8) « Eau vive » (Jn 7,37-39) qui, jour après jour, nous lave (Hb 10,22 ; Ap 7,14 avec Jn 6,63) et nous communique la Vie……

            Que demande Jésus à ses disciples en Mt 10,38 et 16,24 ? Bien comprendre cette dernière invitation et la préciser à la lumière de Rm 6,13 ; 6,19 ; 12,1 ; 1Co 10,24 ; 10,33 ; 13,5. Et que fait-il ici en Jn 19,17 et d’après Ep 5,2 ? Conclusion : que fait toujours Jésus avant de nous demander quoique ce soit ? Nous retrouvons ce principe dans l’ordre des verbes employés en Mt 5,19 : conclusions pour chacun d’entre nous ? De plus, quand Jésus nous invite à « porter notre croix », qu’a-t-il déjà fait d’après Mt 8,17 ? Cette seule réponse pourrait être un résumé de tout l’Evangile (cf. Is 53,4‑5.8.11-12 ; 1P 2,24 ; 2Co 5,21 ; 1,3-7)…

            Souvenons-nous d’Is 53,12 : qui entoure Jésus sur la croix ? Quel sens cela prend‑il en cet événement central pour notre foi (cf. Lc 5,29-32 ; 15,1-7) ?

            Au cœur de cette scène du crucifiement, culmine l’écriteau : « Jésus le Nazôréen, le Roi des Juifs ». Compter le nombre de fois où apparaît ce mot « roi », ainsi que le nombre de langues mentionnées : le chiffre « trois » renvoyant à Dieu en tant qu’il agit, quelle interprétation Jean donne-t-il ainsi à cette scène ? Et, répétons-nous, quelle royauté Jésus manifeste-t-il sur la Croix (cf. Ps 117 ; 145,13) ? Notre salut en sera le fruit, si nous acceptons que Dieu ait toujours le dernier mot dans nos cœurs et dans nos vies… Et quel est-il (Is 43,3 ; voir aussi Os 3,1 ; Ps 18,20 ; Jn 3,16-17 ; Rm 5,8 ; Ga 2,20 ; 1Jn 4,10 ; Ap 1,5) ?

 

Le partage des vêtements (Lc 19,23-24)

            Ce passage évoque les vêtements de Jésus… Avant d’aller plus loin, rappelons-nous que dans la Bible, le vêtement dit quelque chose du mystère de la personne qui le porte. « Je suis plein d’allégresse en Yahvé, mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de justice » (Is 61,10), autrement dit, il m’a sauvé, il m’a justifié… « La tunique sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » renvoie donc symboliquement au Mystère de Jésus Lui-même, à ce qu’Il Est… « Tissée d’un pièce » évoque l’idée d’unité, centrale en St Jean : « Moi et le Père, nous sommes un » nous dit Jésus, c’est-à-dire unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit (Jn 4,24) qui est tout à la fois Amour (1Jn 4,8.16), Lumière (1Jn 1,5) et Vie (Jn 1,4 ; 8,12). Par cet Esprit commun, « je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14,10-11 ; 17,20-23), nous dit-il, alors même que le Fils n’est pas le Père et réciproquement… Mais la Plénitude de la nature divine qui les constitue tous les deux est la même… Le Fils est « Dieu » « de même nature que le Père » (Crédo)… Si « Dieu est Lumière », toute la Lumière du Père est dans le Fils et toute la Lumière du Fils est dans le Père. Autrement dit, le Fils Est Lumière tout comme le Père Est Lumière.

            Cette tunique du Fils est tissée « à partir du haut » car le Fils se reçoit entièrement du « Très Haut », le Père, qui, pour Jésus, dans l’Amour, « est plus grand que lui » (Jn 14,28). Le Père a en effet la primauté dans la vie du Fils car c’est de Lui que le Fils se reçoit de toute éternité en « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Cette primauté d’amour n’enlève rien au fait que le Fils est pleinement « Dieu » comme le Père est « Dieu » car il est « de même nature que le Père » (Crédo). Mais le Fils reçoit éternellement cette nature divine du Père qui, dans son Amour, lui donne tout ce qu’Il Est, et Il Est Esprit (Jn 4,24), « un Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Et c’est en recevant du Père cette Plénitude de l’Esprit qui vivifie, que le Fils a la Vie en lui-même comme le Père a la vie en lui-même (Jn 5,26)…

            « La tunique sans couture du Fils, tissée d’une pièce à partir du haut » évoque donc cette Plénitude d’Être et de Vie que le Fils reçoit du Père depuis toujours et pour toujours, une Plénitude qui Est au même moment Mystère de Communion avec le Père dans l’unité d’un même Esprit (Jn 4,24), d’un même Amour (1Jn 4,8.16), d’une même Lumière (1Jn 1,5), d’une même Vie… Et cette tunique, indivisible en elle-même, est donnée aux hommes… A travers ce geste si concret, nous retrouvons ainsi, avec le symbolisme propre au vêtement dans la Bible, le grand Don que le Fils est venu faire à tout homme au Nom de son Père : l’Esprit Saint « nature divine » (2P 1,4), « l’Esprit qui vivifie » et qui nous établit avec le Père dans un Mystère de Communion semblable à Celui que le Fils vit avec Lui de toute éternité. « Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur » (1Co 1,9), la communion que le Fils vit avec le Père et qu’il est venu nous partager par le Don de l’Esprit. « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie – car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1Jn 1,3).

            Mais la tunique de Jésus n’était pas son seul vêtement… Il avait assez de linges sur lui pour que les soldats en fassent « quatre parts »… Or le chiffre « quatre » dans la Bible est symbole d’universalité… Tout homme est donc appelé à avoir part au vêtement de Jésus, c’est-à-dire à son Mystère de Communion avec le Père dans l’unité d’un même Esprit. Tel est par excellence le fruit du baptême, un Mystère dont St Paul rendra compte en reprenant cette image du vêtement : « Vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,26-28). La même idée est évoquée dans le Livre de l’Apocalypse par l’image de la couleur blanche qui, dans cet ouvrage, renvoie à « la nature divine ». « Le vainqueur sera revêtu de blanc ; et son nom, je ne l’effacerai pas du livre de vie, mais j’en répondrai devant mon Père et devant ses Anges »… « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? (…) Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve », cette vie sur la terre : « ils ont lavé leurs robes », c’est-à-dire leur cœur, leur vie, « et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 3,5 ; 7,13-17).

            Notons aussi que, dans ce partage des vêtements de Jésus, St Jean y a vu l’accomplissement littéral du Ps 22(21),19… Que tout se passe selon les Ecritures est important pour lui : cf. Jn 19,28 avec Ps 69(68),22 et Jn 19,36-37 avec Ps 34(33),21 + Ex 12,46 et Za 12,10. Pourquoi, à votre avis, St Jean insiste-t-il autant sur l’accomplissement des Ecritures ? on peut lire à ce sujet : Mt 21,42 ; 26,54.56 ; Mc 14,49 ; Lc 24,27 ; 24,44-49 ; Ac 17,11-12 ; 18,28 ; Rm 1,1-4 ; 16,25-27 ; 1Co 15,3‑4 ; 1P 1,10-12 ; Ep 1,3-14 (selon le plan préétabli), d’où 1Co 1,17-25

 

Jésus et sa mère (Jn 19,25-27)

             Littéralement, en tenant compte de la présence ou non des pronoms possessifs grecs auprès du mot « mère », le texte peut se traduire ainsi :

(25)                            D’autre part, se tenaient auprès de la croix de Jésus

                                               sa mère

                                               et la sœur de sa mère, Marie, (femme) de Clopas

                                               et Marie de Magdala.

(26)                            Jésus donc, voyant la mère

                                                et se tenant auprès (d’elle), le disciple qu’il aimait,

                                               dit à la mère:

                                                           « Femme, voici ton fils ».

(27)                            Puis il dit au disciple : « Voici ta mère ».

                                   Et à partir de cette heure-là, le disciple la reçut chez lui.

            Noter, dans l’ordre d’apparition, les pronoms possessifs ou les articles définis employés devant ce mot « mère » : cette succession a du sens, lequel ?

            On se souvient que Nicodème représentait le Peuple Juif (Jn 3), la Samaritaine les Samaritains (Jn 4,1-42), le fonctionnaire royal les païens (Jn 4,46-54). Les personnages en St Jean ont donc souvent une portée représentative. Si « le disciple bien-aimé » renvoie très certainement à St Jean lui-même, quel ensemble plus vaste évoque-t-il ici ? Et dans cet ensemble, quelle caractéristique prend alors une valeur universelle (cf. Jn 15,9) ? Quelle vocation Marie reçoit-elle donc de son Fils ? Après avoir été « la mère de Jésus, le Fils Unique », assiste-t-on ici à un rétrécissement ou à un élargissement de la perspective ? Et à la lumière de Ga 4,19, peut-on parler de rupture ou de continuité ? Marie est ainsi « la Nouvelle Eve », Eve en hébreu signifiant « mère de tout vivant »… Jésus veut qu’il en soit ainsi : « Voici ta mère » ; mais pour que ce désir s’incarne dans notre vie, quelle valeur première de la vie chrétienne retrouvons-nous ici (cf. cf. Hb 5,9 ; Rm 1,5 ; 6,16-17…) ? Et de fait, quelle est la réaction du disciple en Jn 19,27 ? Nous retrouvons, dans la traduction de la Bible de Jérusalem, le même verbe qu’en Jn 1,12 ; conclusion : « croire » en ce Dieu qui est Soleil (Ps 84(83),12) et qui donne la Lumière, en ce Dieu qui est « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13 ; 17,13) et qui donne l’Eau Vive de l’Esprit Saint, c’est avant tout ……… ?

La vocation première d’une femme est de donner la vie, d’être mère… Marie est donc pleinement « femme » : elle a donné au monde « le Prince de la vie » (Ac 3,15), celui qui dira de lui-même « Je Suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6), « Je Suis la résurrection et la vie » (Jn 11,25)… Et il dira aussi, « Je Suis le pain de vie », « le pain vivant descendu du ciel… pour la vie du monde » (Jn 6,35.48.51). Or il appartient à la mère de nourrir ses enfants : quelle « nourriture » ne cesse donc de nous proposer Marie, notre Mère ? Dès que nous mettons Marie au cœur de notre vie que recevons-nous donc aussitôt d’elle ? Et en agissant ainsi, à quel accomplissement, en chacun d’entre nous, Marie ne cesse-t-elle de travailler, avec toute la tendresse, l’amour et l’affection d’une mère (cf. Jn 1,12 ; Jn 10,10b ; 6,47 ; 6,57 ; 10,28…) ?

 

La mort de Jésus (Jn 19,28-30)

En lisant les Ecritures d’Israël, notre Ancien Testament, de quoi Jésus a-t-il petit à petit pris conscience, qu’a-t-il découvert (cf. Hb 10,7 ; Rm 2,17-18 ; Sg 6,4) ? Préciser le contenu de cette réponse avec 1Tm 2,3-6 ; Jn 3,16-17 ; 6,39-40 (∆). Or, d’après Jn 19,28, pourquoi Jésus dit-il « J’ai soif » ? D’après les notes de nos Bibles, à quel texte de l’Ancien Testament fait-il ici allusion ?

En disant ce « J’ai soif », quel ardent désir Jésus manifeste-t-il (cf. Jn 4,34 ; 5,30 ; 6,38-40) ? Un désir inséparable d’un autre désir, lequel : cf. le point précédent (∆) ; Jn 17,24 ; 12,47… Nous retrouvons l’équivalence exprimée en Mt 22,34-40

Lire Ps 115(113b),3 et 135(134),6 ; puis 1Tm 2,3-6 ; puis Jn 14,1-3 ; qui est donc, très concrètement, le premier à agir pour que tout l’humanité se retrouve un jour « au ciel », « sainte et immaculée en Présence de Dieu dans l’amour » (cf. Ep 1,3-14) ? Qu’est-ce que Dieu attend donc, une fois de plus, de l’homme (cf. Rm 1,5 ; 6,16-17) ? Ce qui se traduit par quelle attitude d’après l’agir du Christ évoqué en Jn 14,3 ?

En Jn 19,30, St Jean emploie le même verbe étudié précédemment qu’en 19,16 : « parad…dwmi, paradidômi » : « Et inclinant la tête, il livra l’esprit ». Comment peut-on l’interpréter à la lumière de Lc 23,46. Mais dans le grec des Evangiles, aucune majuscule n’est employée… Il serait donc aussi possible de comprendre ce verset en lisant : « Et inclinant la tête, il livra l’Esprit »… Par amour, le Fils s’est « livré » entre les mains des pécheurs pour leur « livrer » l’Esprit d’Amour qu’il reçoit du Père de toute éternité… La Bible de Jérusalem fait allusion à cette double possibilité de comprendre ce texte : « Le dernier soupir de Jésus prélude à l’effusion de l’Esprit ».

 

Le coup de lance (Jn 19,31-37)

             D’après les notes de nos Bibles, qu’est-ce que « la Préparation » : que préparait-on et que faisait-on de particulier en ce jour ? Pourquoi les responsables religieux du Peuple d’Israël demandent-ils à Pilate d’enlever les corps des croix (cf. Dt 21,22-23) ?

            St Paul fait allusion à ces circonstances dans sa Lettre aux Galates : quel texte cite-t-il en Ga 3,13, et à qui est-il appliqué ? Mais en Ga 3,10, il cite un autre passage : lequel et à qui s’applique-t-il ? Un homme pécheur, et nous sommes tous pécheurs, laissé à ses seules forces d’homme, peut-il appliquer toujours et partout tous les préceptes de la Loi et faire toujours ce qui est bien (cf. Rm 7,14-23 ; 2,17-24 ; Mt 23,1-4 ; 23,25-28) ? Conclusion : qu’est-il d’après Ga 3,10 ? Et le Christ, lui, a-t-il toujours fait ce qui plaît au Père (cf. Jn 8,29 ; 8,46 ; Ac 3,14 ; 1P 1,19 ; 2,22) ? Conclusion : qu’a-t-il pris sur lui en se laissant clouer sur la croix ? Et dans quel but (cf. Ga 3,14) ? Quel sera le premier effet de ce Don pour celui qui acceptera de le recevoir (cf. 1Co 6,11 ; Ez 36,25) ? Que pourra-t-on dire alors de lui (cf. Col 1,21-22 ; Ep 5,25-27 ; 2P 3,14 avec Ep 4,30) ?

Nous allons conclure avec Rm 2,9, « souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui s’adonne au mal », et Rm 8,35 : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La souffrance, l’angoisse… ? Mais en tout cela, nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés ». En effet, « il a pris sur lui nos faiblesses (même terme en 2Co 12,7-10) et s’est chargé de nos maladies », du corps comme de l’âme (Mt 8,17)… Conclusion : les conséquences mêmes de nos misères peuvent-elles encore nous séparer de l’amour du Christ ? Et pourquoi ? Quel devrait donc être notre réflexe chaque fois que nous constatons qu’il existe encore des zones d’ombre dans notre vie ?

Nous allons redire autrement ce que nous venons de voir avec les circonstances mêmes de la mort de Jésus. Pour bien célébrer la fête de Pâque, que devait-on faire d’après la Loi de Moïse (cf. Ex 12,3-6), et où (cf. Dt 16,2) ? Et c’est ce que l’on faisait le jour de la Préparation… Dans quel but accomplissait-on ces offrandes d’après Ez 45,21-23 ? Or que dit Jean-Baptiste de Jésus à deux de ses disciples en Jn 1,36 ? Et quel en sera le fruit d’après Jn 1,29 ? Conclusion : quel sacrifice unique s’est-il accompli sur la Croix et pourquoi (cf. Hb 9,26 ; 10,12 ; 1Jn 3,5 ; Hb 9,14) ? Cela correspond-il bien à l’annonce qu’en fit le prophète Isaïe des siècles avant le Christ (cf. Is 53,7 puis 53,10 puis 53,4-6 et 53,11-12) ? Alors, si nous constatons que le péché habite encore notre vie, quel devrait être notre réflexe encore et toujours (cf. 2P 3,9 pour Lc 1,77) ? Relire 2Co 5,19-21 ; d’après ce dernier texte, qu’est-ce que le Christ a pris sur lui en cette circonstance, et que nous donne-t-il en retour ? Nous retrouvons, avec un autre vocabulaire, ce que le Christ, librement, par amour, a voulu vivre (Ga 3,13), alors que cette situation est en fait la nôtre (Ga 3,10) ! Mais c’était pour que nous recevions de lui Ga 3,14, ce Don de Dieu qui fait « toutes choses nouvelles » (Is 43,19 ; 2Co 5,17 ; Jn 3,1‑8 ; Tt 3,4-7) et « prépare la Rédemption du peuple que Dieu s’est acquis pour la louange de sa Gloire » (Ep 1,13‑14 ; Ap 21,1-7) !

Tout ceci est encore dit et redit avec les symboles bibliques inhérents au sang et à l’eau. « L’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. » En effet, qu’est-ce que le sang pour un Juif (cf. le début de Lv 17,11 et 17,14) ? Que signifie donc ce sang qui s’écoule du côté ouvert de Jésus (cf. Jn 10,11 ; 10,27-28 ; 10,10b ; 6,47 ; 6,51-58…) ? Et comment ceci se réalise-t-il très concrètement dans nos vies d’après Jn 6,63 (cf. Ga 5,25) ? Et que représente « l’eau » en St Jean (cf. Jn 7,37-39) ? Quel en sera donc à nouveau « l’effet » au cœur de celui ou celle qui acceptera de la recevoir ((1) Ez 36,25 ; (2) Ez 37,14) ? Or quelle est la conséquence du péché d’après Rm 5,12 ? Voilà ce que le Christ a pris sur lui, voilà ce qu’il a vécu, et que nous donne-t-il en retour ?

St Jean regarde le Christ transpercé avec un regard de foi, comme Jean-Baptiste au tout début de l’Evangile (Cf. Jn 1,29). Ce sang et cette eau qui coulent de son cœur ouvert lui semblent tellement importants qu’il scelle solennellement son témoignage en Jn 19,35. A nous maintenant d’accueillir jour après jour ce « merveilleux échange » où le Christ, par amour, prend toutes nos misères pour nous donner en retour ce dont nous aurions dû être privés à cause d’elles : sa Sainteté, sa Lumière, sa Vie, sa Paix, sa Joie…

 

L’ensevelissement (Jn 19,38-42)

             Nicodème, « un notable des Juifs », « un maître », était intervenu en Jn 3,1-9. Jésus lui avait parlé du « Royaume de Dieu », un thème très important pour les Juifs (Les expressions « royaume des cieux » et « royaume de Dieu » apparaissent respectivement 32 fois et 5 fois en St Matthieu, ce scribe juif qui écrit pour des Juifs…) et qui n’interviendra d’ailleurs qu’en ce passage dans tout l’Evangile de Jean. Mais noter la dernière parole de Nicodème en Jn 3,9 lors de cette entrevue : est-ce une déclaration de foi ? Puis Nicodème réapparaît en Jn 7,50-52 : se déclare-t-il explicitement en faveur de Jésus ? Même si ensevelir un mort était considéré comme une œuvre bonne (Tb 12,12‑13 ; 2M 5,10), Jésus avait été condamné pour blasphème (Mt 26,65 ; Mc 14,64 ; Jn 10,36), et on le regardait comme un « maudit ». Or, que fait ici Nicodème en faveur de Jésus : est-ce une démarche « en secret » ou publique ? De plus, quelle fête très importante devait-on célébrer le lendemain ? Souvenons-nous de la demande des responsables Juifs à Pilate (cf. Jn 19,31) : à quoi s’expose donc Nicodème en « enlevant le corps de Jésus » (cf. Nb 9,16 ; 9,6) ? Enfin, il apporte avec lui une quantité énorme d’aromates : « environ 100 livres », soit presque 33 kilos ! A quoi fait penser cette surabondance, ainsi que le tombeau neuf utilisé pour Jésus (cf. 2Ch 16,13-14) ? La mention du « jardin » peut aller dans le même sens (cf. 2R 21,18.26)… En rassemblant tous les éléments abordés précédemment, que suggère donc maintenant cette démarche de Nicodème (Se souvenir de la déclaration de Nathanaël, au tout début de l’Evangile : Jn 1,49) ?

            « C’est là qu’ils déposèrent Jésus » (Jn 19,42)… En grec, le même verbe intervient en Jn 10,11 ; 10,15 ; 10,17-18 ; 15,13

Jacques Fournier

 

Corriger de la fiche 30 :

 

 

 




Fiche 31 : La Résurrection de Jésus (Jn 20).

Le tombeau trouvé vide (Jn 20,1-10)

             Préciser quel est ce « premier jour de la semaine » dont il est question au premier verset ; à quel jour correspond-il aujourd’hui (Ap 1,10) ? Ce jour-là, il était possible pour un Juif de recommencer ses activités habituelles dès les toutes premières lueurs du jour ; que nous dit cette venue « de bonne heure au tombeau, comme il faisait encore sombre », de l’attitude de cœur de Marie de Magdala vis-à-vis de Jésus (cf. aussi Jn 20,11) ? Où était-elle d’ailleurs au moment de sa Passion, alors que tous les disciples ou presque l’avaient abandonné (cf. Jn 19,25) ? D’après Lc 8,2 et Mc 16,9, qu’est-ce que Jésus avait fait autrefois pour elle ? « Celui à qui on remet peu montre peu d’amour » (Lc 7,47), celui à qui on remet beaucoup montre beaucoup d’amour… Or, dans le Royaume des Cieux, seul compte l’amour … C’est pourquoi, « les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu » (Mt 21,31), dit Jésus aux Grands Prêtres, aux Anciens et aux Pharisiens, les personnalités religieuses de l’époque (Mt 21,23.45)…

Après avoir constaté que « la pierre a été enlevée du tombeau », Marie de Magdala court trouver Simon-Pierre : que nous révèle cette démarche sur le rôle que jouait ce dernier dans l’Eglise primitive (cf. Mt 16,15-19) ? Retrouver cette réponse avec l’attitude du disciple « que Jésus aimait » lorsqu’il arrive, avant Pierre, au tombeau (Jn 20,3-6)…

            « On a enlevé le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis ». Les quatre évangélistes s’accordent sur le fait que le tombeau de Jésus a été trouvé ouvert et vide (Mt 28,1-8 ; Mc 16,1-8 ; Lc 24,1-10 ; Jn 20,1.11-18). Matthieu nous précise que c’est « l’Ange du Seigneur », c’est-à-dire Dieu Lui-même (Comparer Ex 3,2 avec Ex 3,4), qui, descendant du ciel « vint rouler la pierre sur laquelle il s’assit » (Mt 28,2), comme on s’assoit sur un ennemi vaincu… « On a enlevé le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis ». A la lumière de Mt 28,1, Mc 16,1-4 et Lc 23,55-24,3, que suggère ce « nous » ? Nommer, autant que possible, les personnes concernées et préciser ce qu’elles venaient faire au tombeau ; la précipitation évoquée en Jn 19,42 le suggère également… « On a enlevé le Seigneur… où on l’a mis »… L’imprécision de ces deux formules laisse la porte ouverte à deux réponses possibles : lesquelles (1 – Mt 28,11-15 ; 2 – Ac 2,24.32 ; 3,15.26 ; 4,10 ; 5,30 ; 10,40 ; 13,30.33.34.37) ? Dans le deuxième cas, où donc Jésus a-t-il été « mis » et par qui (cf. 1 – Jn 14,10-11 ; 17,21 ; 2 – Jn 17,5 ; Ac 7,56 ; Rm 8,34 ; Ep 1,20 ; Ph 2,9‑11 ; Col 3,1 ; Hb 1,1-5) ? Nous retrouvons un principe qui est à la base du Mystère du Fils, de son Être, de sa vie, de ses paroles, de ses actes, lequel (cf. Jn 5,19–20 ; 5,30 ; 5,26 ; 6,57 ; 3,35 ; Ps 57(56),3 ; 138(137),8) ? Mais là «  » il a été « mis », n’y était-il pas déjà, de cœur ? Et, nous promet Jésus, «  » sera également, dès maintenant dans la foi, celui ou celle qui acceptera de le suivre de tout cœur (cf. Jn 12,26 ; 1Jn 1,3 ; 1Co 1,30 ; le contraire en Jn 7,34-36 car Jn 8,24) ? Qui fera en sorte qu’il en soit ainsi (cf. Jn 14,1-3) ? Du côté des hommes, est-il question de « mérite », de « récompense » après des bonnes actions (cf. Rm 9,16 ; Ep 2,4‑10) ? Quel principe à la base de la vie de tout disciple de Jésus retrouvons-nous ici (cf. Jn 15,5) ?

            Jean vit « le suaire qui avait recouvert sa tête ; non pas avec les linges, mais roulé à part dans un endroit. Alors entra aussi l’autre disciple », St Jean lui-même… « Il vit et il crut ». La discussion sur le sens exact de l’expression « roulé à part dans un endroit » est délicate, mais le soin apporté par l’évangéliste pour décrire comment était ce « suaire » suffit à nous montrer que le simple fait qu’il était ainsi l’a amené à croire que le Christ était ressuscité… La seule explication satisfaisante est qu’il n’aurait pu être dans la configuration où Jean l’a vu si quelqu’un avait enlevé le corps. Le corps de Jésus a donc du disparaître lors de la résurrection, et tous les linges se sont affaissés, conservant le « souvenir » de la forme qu’ils avaient sur le corps… Si le « suaire » est la mentonnière qui entourait la tête de Jésus pour maintenir sa mâchoire fermée, celle-ci avait conservé la forme arrondie qu’elle avait, une position impossible à reproduire si quelqu’un avait touché au corps…

            « En effet, ils ne savaient pas encore que, d’après l’Écriture, il devait ressusciter d’entre les morts ». Pour les disciples de Jésus, une résurrection d’entre les morts était inconcevable… Lorsque Jésus, après sa transfiguration, leur annonça sa résurrection prochaine, ils ne comprirent rien du tout à ce qu’il leur disait  : « Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, si ce n’est quand le Fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts. Ils gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait  ressusciter d’entre les morts » (Mc 9,9-10). Ce n’est que lorsqu’ils le verront ressuscité qu’ils comprendront… Alors, dans la Lumière de l’Esprit Saint, ils découvriront à quel point l’Ancien Testament avait de fait prophétisé sa mort et sa résurrection. C’est d’ailleurs le Ressuscité Lui-même qui leur ouvrira « l’esprit à l’intelligence des Ecritures ; et il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins » » (Lc 24,46-48).

 

L’apparition de Jésus Ressuscité à Marie de Magdala (Jn 20,11-18)

            Marie de Magdala aimait son Seigneur de tout son être… Trois jours seulement après sa mort, il lui apparaît, ressuscité, et elle ne le reconnaît pas ! Retrouver un cas de figure semblable en Lc 24,15-16 ; Jn 21,4 et 21,12. En Lc 24,30, que fait Jésus ? Or, qu’est-ce que « ses disciples » (Lc 22,11) avaient vécu avec lui juste avant sa Passion (cf. Lc 22,19-20) ? En se rappelant ces instants, aidés par l’Esprit Saint, un déclic se produit, « leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent » (Lc 24,31)… De même pour les disciples qui sont repartis pêcher comme autrefois (cf. Mc 1,16-20) « et cette nuit-là, ils ne prirent rien » (Jn 21,3)… Mais que leur dit le Christ Ressuscité, alors même qu’ils ne l’ont pas encore reconnu (cf. Lc 21,4-6) ? Et qu’avaient-ils vécu avec lui autrefois (cf. Lc 5,4-7) ? A la lumière de ce qu’ils avaient vécu, quel déclic se produit aussitôt en St Jean (cf. Jn 21,7) ? Et pourtant, cette « reconnaissance », quelque part, n’était toujours pas si évidente que cela d’après Jn 21,12… Ici, pour qui Marie de Magdala prend-elle, dans un premier temps, le Christ Ressuscité (cf. Jn 20,14-15) ? A priori, elle voit cet homme pour la première fois… Et pourtant, que lui dit-il en Jn 20,16 ? Et aussitôt que se passe-t-il en elle ? Conclusion : à quel type de regard le Christ ressuscité se laisse-t-il percevoir (cf. 2Co 4,18 ; Lc 18,8) ? Quelle porte désire‑t‑il ouvrir à ses disciples (cf. Ac 14,27) ? Et de fait, que se passe-t-il en Lc 24,31 dès qu’ils le reconnaissent ? Car … Mt 28,20 ! En effet, quelle œuvre Dieu accomplit-il par son Fils en ceux et celles qui lui accordent leur foi (cf. Ac 15,9 ; Jn 15,3 ; Ez 36,25) ? Quel est alors le résultat de cette œuvre de Dieu d’après Mt 5,8 ? Voilà alors ce qui commence à être vécu par les disciples dès maintenant, dans la foi (cf. Ac 26,18 en Ac 26,15-18)… Alors, Jn 12,46 et Jn 8,12 s’accomplissent, et… 1Jn 1,5 est reconnu !

            Quel message Marie de Magdala devra-t-elle transmettre aux disciples de la part du Christ Ressuscité (cf. Jn 20,17)? Comment le Christ les appelle-t-il (cf. aussi Hb 2,9‑12) ? Comment le disciple doit-il donc maintenant se comprendre (cf. Rm 8,14 ; 8,29 ; Ga 4,6-7 ; Hb 2,10) ? Or, tout l’Evangile selon St Jean nous présente le Mystère du Fils dans le cadre de sa relation fondatrice avec le Père. Nous découvrons donc avec Lui ce que « être fils » veut dire… Or, à quoi sommes-nous tous appelés ? Conclure en terminant la phrase : tout ce qui est dit de Jésus dans les Evangiles peut donc, d’une certaine manière, être dit de …… Ste Thérèse de Lisieux l’avait bien compris… Voir, à la fin, comment elle relisait Jean 17…

 

Le Christ Ressuscité apparaît à ses disciples (Jn 20,19-29)

            Dans quelle situation se trouvent très concrètement les disciples et pourquoi ? Ils n’ont pas encore vécu l’événement de la Pentecôte (Ac 2,1-13). Que se passera-t-il alors (cf. Ac 3,12-26 ; 4,1-22) : seront-ils toujours tenaillés par la peur face à ceux qui avaient fait mourir le Christ ? Attention : « les Juifs » désignent ici, en Jn 20,20, les responsables religieux du Peuple Juif qui ont comploté la mort de Jésus, eux et eux seuls… Toute la communauté chrétienne primitive en effet était juive…

            Quel grand cadeau Jésus offre-t-il par deux fois à ses disciples ? C’est vraiment le grand cadeau du Christ à tous ceux et celles qui lui offriront leur foi : Lc 1,76-79 ; Jn 14,27 ; 16,33 ; Ac 10,36 ; Rm 15,13 ; 2Co 13,11 ; Ep 2,17-18 ; 4,3 ; 6,15 ; Ph 4,7 ; Col 3,15 ; 2Th 3,16… De quelle Présence sera-t-elle le fruit dans leur cœur, tout comme cette joie qu’ils expérimentent ici en Jn 20,20 (cf. Ga 5,22) ?

            Puis que leur dit Jésus en Jn 20,21 ? Le « comme » est important… Comment Jésus a-t-il vécu tout son ministère (cf. Jn 5,19-20.30 ; 4,34 ; 14,10-11 ; noter le titre employé en Mt 12,18 ; Ac 3,13.26 ; 4,27.30) ? Comment les disciples devront-ils vivre le leur (cf. Jn 15,5 ; 15,9-10 ; noter le titre employé en Rm 1,1 ; 1Co 4,1 ; Ga 1,10 ; Ph 1,1 ; Col 4,12 ; 1Tm 4,6 ; 2Tm 2,24…) ?

            Puis que fait Jésus en Jn 20,22 ? Le projet créateur de Dieu est parfaitement accompli (cf. Gn 2,4b-7) : Jn 10,10 est répandue largement sur le monde par le don de l’Esprit Saint, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; cf. 2Co 5,17-21 ; Tt 3,4-7)… Quelle sera d’après Jn 20,23 la première œuvre de l’Esprit au cœur de ceux et celles qui accepteront de le recevoir ? Nous retrouvons Lc 24,47 ; Ac 2,38 ; Ez 36,25 lu avec Jn 7,37-39… Et seul celui qui refusera d’accueillir ce pardon, et donc de se convertir de tout cœur en mettant sa vie en accord avec sa foi, ne pourra que voir ses péchés « retenus »…

            « Huit jours après » (Jn 20,26)… En incluant dans le calcul ce « premier jour de la semaine » où le Christ Ressuscité s’était manifesté à ses disciples, quel jour sommes-nous ? Or que fait habituellement la communauté chrétienne en ce jour ? Quel message ce texte adresse-t-il donc à tout croyant par la seule mention des jours où surviennent ces évènements ? A nouveau le Christ Ressuscité « se tint au milieu de ses disciples »… Que leur dit-il de nouveau ? Combien de fois cette expression sera-t-elle donc intervenue en tout dans notre passage ? Conclusion (« Trois » est le chiffre de Dieu en tant qu’il agit : quelle est donc l’action de Dieu par excellence dans nos cœurs blessés ? Ne jamais oublier Lc 5,31-32) !

            Le Ressuscité porte donc toujours les traces de sa Passion sur son corps glorifié : qu’est-ce que cela signifie pour chacun d’entre nous (cf. 1P 2,21.24 ; Rm 4,24‑25 ; 8,31‑32 ; 1Co 15,3-5 ; 2Co 5,14-15 ; Ga 1,3-4 ; Ep 5,1-2 ; Col 1,21-23 ; 1Th 5,9-10 ; 1Tm 2,3-6 ; Tt 2,13-14 ; voir aussi le début d’Is 49,16) ? Thomas le constate… Que lui déclare le Christ ? D’après le verbe qu’il emploie, est-on un homme « de foi » tout de suite, instantanément, ou la foi est-elle une réalité qui mûrit et grandit petit à petit avec le temps ? Le même verbe était intervenu en Jn 1,12 et dans la question de Jésus à l’infirme en Jn 5,6 : « Veux-tu devenir bien-portant ? »

            Noter la réponse de Thomas… Que confesse-t-il vis-à-vis de ce Christ vrai homme qu’il a si bien connu ? De telles affirmations directes et explicites sont rares dans le Nouveau Testament : voir la fin de Jn 1,1 et noter que l’Evangile se termine comme il avait commencé… Puis Jn 1,18 (« un Dieu Fils Unique ») ; Rm 9,5 ; Hb 1,1,8 ; 13,21 ; Tt 2,13 ; 2P 1,1. Enfin, notre passage se termine par une affirmation qui concerne tous les croyants de tous les temps, et que dit-elle (cf. Jn 15,11 ; 16,20-24 ; Mt 5,1-11 ; 13,44 ; 28,8 ; Ac 2,28 ; 8,8 ; 13,52 ; Rm 14,17 ; 15,13 ; Ga 5,22 ; Col 1,11-14 ; 1Th 1,6 ; 1P 1,3-9…) ? Enfin, bien relire la conclusion de l’Evangile (Jn 20,30-31) : la foi pour la vie !       DJF

 

Jean 17 avec Ste Thérèse de Lisieux

 Jésus, mon Bien-Aimé, je ne sais pas quand mon exil finira… plus d’un soir doit me voir encore chanter dans l’exil vos miséricordes, (Ps 89,2) mais enfin, pour moi aussi viendra, le dernier soir ; alors je voudrais pouvoir vous dire, ô mon Dieu :

« Je vous ai glorifié sur la terre ; j’ai accompli l’œuvre que vous m’avez donnée à faire ; j’ai fait connaître votre nom à ceux que vous m’avez donnés ; ils étaient à vous et vous me les avez donnés. C’est maintenant qu’ils connaissent que tout ce que vous m’avez donné vient de vous ; car je leur ai communiqué les paroles que vous m’avez communiquées, ils les ont reçues et ils ont cru que c’est vous qui m’avez envoyée. Je prie pour ceux que vous m’avez donnés parce qu’ils sont à vous, [34v°] Je ne suis plus dans le monde ; pour eux, ils y sont et moi je retourne à vous. Père Saint, conservez à cause de votre nom ceux que vous m’avez donnés. Je vais maintenant à vous, et c’est afin que la joie qui vient de vous soit parfaite en eux, que je dis ceci pendant que je suis dans le monde. Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont point du monde, de même que moi je ne suis pas du monde non plus. Ce n’est pas seulement pour eux que je prie, mais c’est encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu’ils leur entendront dire. Mon Père, je souhaite qu’où je serai, ceux que vous m’avez donnés y soient avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m’avez aimée moi-même. » Jn 17,4-24

Oui, Seigneur, voilà ce que je voudrais répéter après vous, avant de m’envoler en vos bras. C’est peut-être de la témérité ? Mais non, depuis longtemps vous m’avez permis d’être audacieuse avec vous. Comme le père de l’enfant prodigue parlant à son fils aîné, vous m’avez dit : « TOUT ce qui est à moi est à toi » (Lc 15,31).  Vos paroles, ô Jésus, sont donc à moi et je puis m’en servir pour attirer sur les âmes qui me sont unies les faveurs du Père Céleste. Mais, Seigneur, lorsque je dis qu’où je serai, je désire que ceux qui m’ont été donnés par vous y soient aussi, je ne prétends pas qu’ils ne puissent arriver à une gloire bien plus élevée que celle qu’il vous plaira de me donner, je veux demander simplement qu’un jour nous soyons tous réunis dans votre beau Ciel. Vous le savez, ô mon Dieu, je n’ai jamais désiré que vous aimer, je n’ambitionne pas d’autre gloire. [35r°] Votre amour m’a prévenue dès mon enfance, il a grandi avec moi, et maintenant c’est un abîme dont je ne puis sonder la profondeur. L’amour attire l’amour, aussi, mon Jésus, le mien s’élance vers vous, il voudrait combler l’abîme qui l’attire, mais hélas ! ce n’est pas même une goutte de rosée perdue dans l’océan !… Pour vous aimer comme vous m’aimez, il me faut emprunter votre propre amour, alors seulement je trouve le repos. O mon Jésus, c’est peut-être une illusion, mais il me semble que vous ne pouvez combler une âme de plus d’amour que vous n’en avez comblé la mienne ; c’est pour cela que j’ose vous demander d’aimer ceux que vous m’avez donnés comme vous m’avez aimée moi-même (Jn 17,23).  Un jour, au Ciel, si je découvre que vous les aimez plus que moi, je m’en réjouirai, reconnaissant dès maintenant que ces âmes méritent votre amour bien plus que la mienne ; mais ici-bas, je ne puis concevoir une plus grande immensité d’amour que celle qu’il vous a plu de me prodiguer gratuitement sans aucun mérite de ma part (Rm 3,24).

 Ma Mère chérie, enfin je reviens à vous ; je suis tout étonnée de ce que je viens d’écrire, car je n’en avais pas l’intention, mais puisque c’est écrit, il faut que ça reste, et avant de revenir à l’histoire de mes frères, je veux vous dire, ma Mère, que je n’applique pas à eux, mais à mes petites sœurs (du noviciat), les premières paroles empruntées à l’Évangile : Je leur ai communiqué les paroles que vous m’avez communiquées (Jn 17,8 ) etc. car je ne me crois pas capable d’instruire des missionnaires, heureusement je ne suis pas encore assez orgueilleuse pour cela ! je n’aurais pas davantage été capable [35v°] de donner quelques conseils à mes sœurs, si vous, ma Mère, qui me représentez le bon Dieu, ne m’aviez donné grâce pour cela.

 C’est au contraire à vos chers fils spirituels qui sont mes frères que je pensais en écrivant ces paroles de Jésus et celles qui les suivent : « Je ne vous prie pas de les ôter du monde… je vous prie encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu’ils leur entendront dire » (Jn 17,15-2O).  Comment, en effet, pourrais-je ne pas prier pour les âmes qu’ils sauveront dans leurs missions lointaines par la souffrance et la prédication ?

Diacre Jaques Fournier :




Fiche 32 : L’apparition de Jésus au bord du lac de Tibériade (Jn 21)

Qui a de nouveau l’initiative de la rencontre entre Dieu et les hommes ? Conclusion avec Hb 13,8 ? Quel est le premier disciple qui intervient ? Pourquoi est-il une nouvelle fois cité en premier (cf. Mt 16,17-19) ? Combien de disciples avons-nous en tout ? Le chiffre sept étant symbole de perfection, qui représentent-ils ici ?

Que décident-ils de faire et pourquoi (cf. Mc 1,16-20) ? Quand agissent-ils ? Comment Jésus se présente-t-il en Jn 8,12 et 12,46 ? Mais ils ne prennent rien… En mettant ensemble les deux dernières réponses, retrouver le principe exprimé en Jn 15,5. Le message est identique en Lc 5,5… Nous avons ici le principe de la mission de l’Eglise tel qu’on le retrouve en Mc 16,20 ; Ac 14,27 ; 15,4 ; 21,19 ; Rm 15,15-19

Que nous dit-on au début du verset 4 ? Et de fait, qui intervient juste après ? Nous retrouvons symboliquement 1Jn 2,8… Les disciples le reconnaissent-ils (comme en Lc 24,15-16 ; Jn 20,14) ? Sa première parole en Jn 21,5 est surprenante (cf. Jn 13,33) : que suggère-t-elle (cf. Jn 1,3) ? Jésus les rejoint au cœur de leurs préoccupations, comme en Lc 24,17. Puis que fait-il en Jn 21,6 ? Et quelle est la réaction immédiate des disciples ? Nous retrouvons ici le principe de la vie chrétienne, lequel (cf. Ac 5,29.32 ; 6,7 ; Rm 1,5 ; 10,16 ; 15,18 ; 16,19.26 ; 2Co 7,15 ; 9,13 ; 10,5-6 ; Hb 5,9 ; Ph 2,12 ; 1P 1,1-2 ; 1,14.22…) ? Et quel est aussitôt le fruit porté (voir aussi Jn 2,7) ? On peut noter que Jean emploie ici deux mots grecs différents pour parler des poissons : ikhthus (21,6.8.11) et opsarion[1] ((21,9.13.10). Et les deux termes interviennent chacun trois fois. Or « trois » dans la Bible est le chiffre de Dieu en tant qu’il agit…

D’après les remarques données en note, cette pêche miraculeuse serait à nouveau centrée sur le Christ : manifestation du Christ Ressuscité toujours offert comme « la vraie nourriture qui demeure en vie éternelle » (Jn 6,27). Les disciples en seront les premiers bénéficiaires et c’est cela qu’ils devront ensuite annoncer au monde entier pour sa plus grande joie (Jn 15,11). Ils vont donc passer ici du « poisson » très concrètement reconnu dans leurs filets (ikhthus) à cette vraie « nourriture », ce « morceau de choix » (opsarion) qu’est Jésus lui-même… Notons enfin que plus tard, les premiers chrétiens emploieront ce mot « ikhthus », ou le dessein correspondant, pour proclamer leur foi en Jésus. En effet, toutes les lettres de « ikhthus » font : « Iésous khristos théou uios sôter », soit « Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur »…

Mais que rappelle également cet épisode (cf. Lc 5,1-10) ? Et à la lumière de Lc 5,10, que symbolisent ici les poissons ? Ce symbolisme est également présent en Jn 21,11 avec ces « 153 ikhthuôn ». En effet, « 153 » est, selon certains commentateurs, un chiffre qui renvoie à toutes les nations existantes sur cette terre… Nous retrouvons ainsi indirectement Mt 28,18-20 ; Mc 16,15 et Lc 24,47 car 1Tm 2,4… Et comme Jn 4,34, alors Jn 4,42 !

Tous ces faits sont des « Paroles en actes » de Jésus… Or de quoi est synonyme « garder la Parole » d’après Jn 14,23 ? Or, qui reconnaît ici Jésus (comme en 20,8…) ? Conclusion à la lumière de la réponse précédente ? Et plus largement, quelle attitude, quel type de regard nous permettra de reconnaître la Présence du Christ ressuscité dans notre vie ? Et tout ceci est un don de Dieu qui n’attend que notre « oui » de tout cœur… En effet, si la première moitié de Jn 14,23 se vérifie effectivement dans nos vies, que se passera-t-il alors d’après la fin de ce même verset ? Conclure avec 1Jn 1,5 ; Jn 8,12 ; 12,46 d’une part, et Ps 36(35),10 d’autre part… Heureusement, cette aventure est toujours possible pour nous grâce à Jude 1,21 ; Lc 5,31-32 ; 15,4‑7 ; Jn 1,29 ; 3,16-17… et Mt 28,20 ; 2Tm 2,13

Le disciple que Jésus aimait le reconnaît : « C’est le Seigneur », une affirmation répétée deux fois dans le texte. Quelle est la réaction immédiate de Pierre (comme en Jn 20,3-4…) et que manifeste-t-elle, notamment après son triple reniement ?

Jésus avait demandé : « Avez-vous quelque chose à manger ? », avec une formulation qui, dans le grec des Evangiles, demande une réponse négative. St Jean nous suggère donc qu’il connaissait déjà la réponse… En Jn 21,9, il a déjà tout préparé, mais que veut-il d’après Jn 21,10 ? Quel est donc le désir de Dieu pour tout ce qui concerne la vie des hommes et leur salut (cf. le début de 1Co 3,9 ; Mc 16,20 ; Ac 14,27 ; 15,4) ? Conclusion vis-à-vis de notre engagement personnel dans la mission que le Christ a confiée à son Eglise (Mt 28,16-20 ; Mc 16,15 ; Lc 24,46-49 ; Jn 20,21) ? Et le but poursuivi est que tous vivent Jn 20,31 ; 10,10 ; 14,27 ; 15,11 grâce à Jn 1,29 ; 4,42… Que signifie le geste accompli par Pierre en Jn 21,11 (cf. Mt 16,18-19) ?

Et comment Jésus apparaît au début de Jn 21,13 ? C’est comme cela qu’il était apparu pour la première fois dans l’Evangile en Jn 1,29… C’est ce qu’il ne cesse de faire dans la vie de chacun d’entre nous… Et pourquoi agit-il ainsi d’après la suite de Jn 21,13… Echo à Jn 6,11 qui annonçait Jn 6,35.48 ; Lc 22,19-20… Conclusion : que vivent en fait ici les disciples avec Jésus ?

 

L’avenir de Pierre (Jn 21,15-19)

Comment appelle-t-on la dernière partie de chacune de nos eucharisties, lorsque le Prêtre, au Nom de Jésus, nous dit : « Allez dans la paix du Christ ! » ? De fait, cet « allez » fait écho à Mt 28,19 ; Mc 16,15 mais aussi Mt 20,4.7 ; 22,9 ; Lc 10,3 ; Ac 5,20… Or, d’après Jn 21,15, à quel moment du repas sommes-nous ? Et que se passera-t-il par la suite ? Mais cet « allez » sera toujours pour chacun de nous un « suis‑moi » (Jn 21,19.22)… C’est Dieu qui dirige la mission de l’Eglise (cf. Ac 13,1‑5 ; 16,6-10…).

Dans le contexte de la Passion qui précède immédiatement, à quoi Jésus fait-il allusion par cette triple demande qu’il adresse à Pierre (cf. Jn 18,15-27) et que suggère-t-elle (cf. Lc 5,20) ? Or que se passera-t-il pour Pierre d’après Lc 7,47 ? Et de fait, quelle est la seule chose que lui demande Jésus dans l’accomplissement de sa mission ? Notons à quel point ces évènements de la Passion ont transformé Pierre… Maintenant, il ne dit plus « je » de manière orgueilleuse (Lc 22,33 ; Mc 14,31), mais « tu », « tu sais »… et il s’en remet désormais à Jésus qui le connaît plus que lui-même…

Notons à quel point Dieu espère, demande, attend notre libre assentiment… Et ce n’est que lorsque celui-ci est effectivement donné, qu’il confirme Pierre dans sa mission ; et quelle sera-t-elle ? Combien de fois apparaît-elle elle aussi ? Quel sens à cette triple répétition dans notre contexte (cf. 2Tm 2,13) ? Même message en Lc 5,10 après l’affirmation de Lc 5,8… Et de fait, de quoi les disciples devront-ils être les heureux témoins pour l’avoir expérimenté en eux-mêmes (cf. Lc 24,46-48 ; 1Tm 1,12-17) ? De plus, le chiffre trois renvoie dans la Bible à Dieu en tant qu’il agit. Conclusion : qui permettra à Pierre d’accomplir sa mission (cf. Rm 15,15-16 ; 1Co 15,10 ; 2Co 3,4-6) et qui sera le premier à agir au cœur de cette mission (cf. Jn 10,11-16.27-28 (noter comment Jésus appelle « les agneaux » ou « les brebis » en Jn 21,15-17) ; Rm 15,17-19 ; 1Co 3,5-10 ; 2Co 2,14 ; 5,17-21 ; 13,3) ? Avant de parler des brebis, Jésus évoque d’abord les agneaux, plus faibles, plus fragiles ; que dit-il ainsi à Pierre par rapport à cette communauté chrétienne sur laquelle il devra plus tard veiller en serviteur de l’Unique Pasteur (même message en Mt 18,6.10.14) ?

Qu’annonce ensuite Jésus à Pierre en Jn 21,18 (même annonce, voilée, en Jn 13,36) ? Et cette fois, qu’est-ce que cela manifestera de Pierre vis-à-vis de Jésus ? Qu’a vécu Jésus pour ses brebis d’après Jn 10,15.17-18 ; du parallèle de ce texte avec Jn 21,18, en déduire Lc 6,40 grâce à 1Co 15,10… Quelle finalité avait la mort de Jésus d’après la fin de Jn 17,1 ? Mais pour qu’il en soit ainsi, que demande juste avant Jésus ? Et il en sera de même pour Pierre : qui lui permettra d’aller jusqu’au bout du don de lui-même ?

Notons enfin que Jésus s’adresse à Pierre en l’appelant « Simon », comme il l’avait fait lors de leur première rencontre (Jn 1,42), et il lui redit ici ce qu’il lui avait dit alors (Mc 1,16-18 ; Mt 4,18-20 ; et… Lc 5,11 ; cf. Mc 2,14 ; 10,21 ; Mt 8,22 ; Jn 1,43) : « Suis-moi ! » Pierre est invité à vivre un nouveau départ…

Et, selon la tradition, Pierre mourra en 64 à Rome, crucifié la tête en bas, lors de la persécution déclenchée par l’empereur Néron. Son corps fut ensuite recueilli et déposé dans le cimetière qui bordait « le cirque de Néron ». Les chrétiens lui construiront une sépulture toute simple qui fut retrouvée sous le maître autel de la Basilique St Pierre lors des fouilles débutées en 1939 sous Pie XII…

 

L’avenir du disciple bien-aimé (Jn 21,20-23)

Remarquer la disposition des différents personnages. Qui est en tête ? Puis, qui trouve-t-on d’après la fin de Jn 21,19 ? Et qui intervient ensuite en Jn 21,20 ? Que retrouvons-nous ainsi indirectement du Mystère de l’Eglise ?

La suite du texte reflète le trouble de la communauté chrétienne au moment de la mort de Jean, certainement très âgé pour l’époque… Une croyance s’était répandue selon laquelle le Christ reviendrait en gloire avant la mort de Jean. Nous retrouvons ici un point caractéristique de la toute première communauté chrétienne : la conviction selon laquelle le retour du Seigneur, la Parousie, la fin du monde, était toute proche. Cette conviction intervient très souvent dans la 1° Lettre aux Thessaloniciens… Mais… Jean meurt « avant » le retour du Christ… Tout repose alors sur cette précision répétée par deux fois : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne »… Manifestement, le Christ ne voulait pas… Voilà qui devait permettre à la communauté de retrouver la paix… Mais en se souvenant que la figure du Disciple bien-aimé renvoie en St Jean à tous les disciples de Jésus, on peut espérer qu’il y aura toujours sur la terre une Eglise vivante et priante lorsque le Christ reviendra… En ce sens-là, le disciple bien-aimé demeurera jusqu’à ce qu’il vienne… « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8).

 

Conclusion

Une notion revient par deux fois en Jn 21,24 (qui rappelle Jn 19,35), laquelle ? Nous retrouvons ici l’un des thèmes centraux de l’Evangile… Et c’est bien par cela que St Jean avait commencé en Jn 1,7-8… Et de fait, celui dont on parle en Jn 1,4 est venu pour que s’accomplisse Jn 10,10b ; 20,31 grâce à Jn 3,31-33 ; 8,14 ; 18,37… Or maintenant, à la fin de l’évangile, qui sont ceux qui peuvent dire « nous savons » ? Si tel est vraiment le cas, que se passera-t-il d’après la première moitié de Jn 3,11 ? En espérant que la seconde moitié sera cette fois positive, comme le Christ l’envisage en Jn 17,20… Alors, le Christ lui-même sera le premier à être « heureux » de ce que beaucoup seront « heureux » d’avoir cru sans avoir vu (Jn 20,29), « heureux » car comblés dès maintenant de sa Vie (Jn 6,35.47). Existe-t-il œuvre plus belle ? Puissions-nous tous y contribuer

                                                                                                                    D. Jacques Fournier

 

[1] On peut noter que ce dernier terme, « opsarion », n’intervient qu’en lien avec Jésus. Or son sens est « nourriture ; spécialement du poisson » (M. Carrez), « petit mets ; petit plat de poisson » (Bailly), « nourriture mangée avec du pain ; peut signifier « morceau de choix » ou spécifiquement « poisson » » (Bauer W.). En lien avec Jésus, ce terme peut suggérer à nouveau indirectement qu’il est « la vraie nourriture qui demeure en vie éternelle » (Jn 6,27). En effet, c’est justement ce terme que St Jean avait déjà employé en Jn 6,9.11 lors de cette multiplication des pains où Jésus se présentait en acte comme étant « la vraie nourriture » (voir aussi Jn 6,55)… Et en Jn 21,13, ce sera encore lui, en personne, qui donnera cet « opsarion » à manger à ses disciples, comme en Jn 6,11… Ce terme intervient en tout cinq fois dans l’Evangile : nouveau clin d’œil vers Jésus « vraie nourriture » par sa Parole ? Le chiffre 5 renvoie en effet dans la Bible à ses 5 premiers livres, « la Torah », la Loi, « la Parole de Dieu », un symbolisme repris également dans la multiplication des pains (5 pains pour 5000 hommes) en Jn 6,1-15.

Notons le terme employé dans la bouche de Jésus en 21,5 : « N’avez-vous pas quelque « prosphagion » ? », soit littéralement « ce qu’on mange en plus du pain » (M. Carrez). Et ce serait notamment de « l’opsarion »… Jésus serait donc à nouveau visé ici… Et de fait, ils ne l’ont pas encore reconnu ressuscité, ils se croient seuls, sans lui… De leur point de vue, ils ne l’ont plus comme « nourriture » offerte à leur foi… La manifestation du Christ Ressuscité va leur prouver le contraire…




Ressusciter avec le Christ (Jn 20,1-9) !

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.

Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.

Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,

ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.

C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.

Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts (Jn 20,1-9).

 

Christ Ressuscité cathédrale de Londres

La première lecture, extraite du Livre des Actes des Apôtres, nous a transmis l’annonce du Christ que St Pierre fit « à Césarée chez un centurion de l’armée romaine. » Il lui dit, en faisant allusion au baptême de Jean Baptiste : « Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. »

ESPRIT SAINTMais cette phrase renvoie à une réalité éternelle… Depuis toujours et pour toujours, le Père donne au Fils « l’onction d’Esprit Saint et de puissance », cet « Esprit qui est vie » (Ga 5,25), cet « Esprit qui vivifie » (2Co 3,6), cet « Esprit qui donne la vie » (Rm 8,2). Par ce Don de l’Esprit, le Père donne la vie au Fils : « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même » (Jn 5,26). Et c’est en donnant au Fils la vie, sa propre vie, que le Père « l’engendre en Fils », et que le Fils « naît du Père avant tous les siècles » (Crédo). Autrement dit, cette déclaration, « Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance », nous renvoie à une réalité éternelle : le Père donnant au Fils la Plénitude de son Esprit, un Esprit qui est Vie, et le Fils recevant du Père, par le Don éternel de cet Esprit, la Plénitude de son Être et de sa Vie… « Je vis par le Père », dit-il en St Jean (Jn 6,57), réalité éternelle, et nous pourrions rajouter : « Je Suis et je vis par le Don de l’Esprit Saint que le Père me fait depuis toujours et pour toujours »…

Annonciation - gros plan - LourdesRépétons-nous : Être Fils éternel du Père, c’est se recevoir tout entier du Père par le Don de l’Esprit Saint… Le Fils n’existe pas par Lui-même, il n’est rien par Lui-même, il vit par le Père. Tout ce qu’Il Est, il le reçoit du Père par le Don de l’Esprit… Et c’est bien ce qu’il s’est passé lors de son Incarnation : son humanité a été engendrée dans le sein de la Vierge Marie par le Don de l’Esprit qui jaillit du Père de toute éternité : « Voici que tu concevras dans ton sein », dit l’Ange Gabriel à Marie, « et tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus… L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». Nous retrouvons les mêmes termes que le Livre des Actes des Apôtres : « le Don de l’onction d’Esprit Saint et de puissance. » Et « c’est pourquoi l’être saint qui naîtra », poursuit l’Ange, « sera appelé Fils de Dieu » (cf. Lc 1,26-38). Ainsi, le Fils se reçoit tout entier du Père, son Être et sa Vie, par le Don éternel que le Père lui fait de la Plénitude de son Esprit…

Lumière dans les coeursEt cela sera encore vrai de sa résurrection : le Père va ressusciter son Fils en déployant en Lui la Plénitude de son Esprit de Lumière et de Vie. « Jésus Christ notre Seigneur a été établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts », écrit St Paul (Rm 1,4). « Dieu a ressuscité le Seigneur », « Dieu le Père a ressuscité des morts Jésus Christ », son Fils, écrit-il encore (1Co 6,14 ; Ga 1,1). Et cette résurrection se mettra en œuvre par le Don éternel de l’Esprit Saint que le Père ne cesse de faire au Fils. Cet « Esprit de Dieu, cet Esprit de Gloire », comme l’écrit St Pierre (1P 4,14), va alors « glorifier » l’humanité de Jésus, « l’exalter », « lui donner le Nom qui est au dessus de tout Nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre,  et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,9-11). Et ce sera la Résurrection… Et Thomas lui dira bien : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28).

tombeau vide1Nul n’était là, dans le tombeau, quand le Père a ressuscité son Fils. Mais la lecture d’aujourd’hui nous permet de percevoir quelque peu ce qu’il s’est passé : le Corps de Jésus a comme disparu, et tous les linges qui l’entouraient se sont affaissés, « se sont posés à plat », comme nous le dit ici St Jean par deux fois. Et en s’affaissant, ils ont gardé la place qu’ils avaient sur son corps. Ainsi « du suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ». Si le corps de Jésus avait été volé, enlevé, les linges qui liaient ses pieds, ses mains, sa tête, le grand drap dans lequel il était enveloppé tout entier, le tout étant encore lié par d’autres bandelettes, tous ces linges auraient été dénoués et éparpillés à droite et à gauche… Mais non, ils étaient tous là, à leur place, mais maintenant, « posés à plat »… Le Corps de Jésus a seulement disparu… Et en entrant dans le tombeau, Jean « vit et il crut »…

C’est donc par le Don de l’Esprit Saint, par la Puissance de l’Esprit Saint, que le Père a ressuscité son Fils d’entre les morts. Et ce qu’il a fait pour Lui, il désire le faire pour chacun d’entre nous si nous acceptons nous aussi de faire comme le Fils, c’est-à-dire de nous laisser aimer par Lui : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 24,46). Et St Paul écrit : « Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11).

Car telle est la vocation de tout homme sur cette terre. Nous sommes tous des fils et des filles d’un même Père, tous « créés à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), tous appelés à « reproduire l’image du Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29). Et c’est bien ce qu’il dira, ressuscité, à Marie Madeleine : « Va dire à mes frères : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17).

christ ressuscitéAinsi, le Fils s’est fait chair pour nous rejoindre dans notre chair et nous montrer le chemin qui conduit au Père : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14,6). Jésus, le Fils Unique, est toujours « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18) ? Il ne cessera de nous dire et de nous redire, avec une infinie patience : « Repentez-vous », « convertissez-vous », détournez-vous du mal, et tournez-vous avec moi vers le Père… « Quand vous priez dites : « Père » (Lc 11,2), « Notre Père » (Mt 6,9). Jésus demeure dans l’amour du Père, il se laisse aimer par le Père, il laisse le Père le combler de toute éternité de la Plénitude de son Esprit et de sa Vie ? Il nous invitera à adopter avec Lui la même attitude : « Le Père Lui-même vous aime » (Jn 16,27), demeurez en son Amour comme moi « je demeure en son Amour » (Jn 15,10)… Alors vous recevrez vous aussi avec moi ce que je reçois du Père de toute éternité : la Plénitude de l’Esprit, cet Esprit qui vivifie et qui m’engendre ainsi en « Fils né du Père Esprit Saintavant tous les siècles », en « Fils de même nature que le Père » (Crédo)… Alors, en reconnaissant en vous le Don du Père, « le monde reconnaîtra que tu les as aimés », Père, « comme tu m’as aimé » (Jn 17,23), en mettant en eux, comme tu le mets en moi depuis toujours et pour toujours, la Plénitude de ton Esprit et de ta Vie… « Recevez l’Esprit Saint », dit ainsi le Christ Ressuscité à ses disciples (Jn 20,22), comme il le dit toujours aujourd’hui à chacun d’entre nous… Et « celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11). Bonnes fêtes de Pâques à tous !

                                                                                                D. Jacques Fournier