Fiche n°4 : Le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance (Jn 2,1-11)

1 – Relire Jn 1,19-2,1 et repérer toutes les fois où l’on rencontre l’expression « le lendemain ». La première intervient au début de Jn 1,29. Ce qui précède, Jn 1,19-28, devra donc être considéré comme « la veille », c’est-à-dire « le premier jour ». Et à partir de Jn 1,29 commence « le lendemain », le jour suivant, « le deuxième jour ». Ce point de départ étant établi, combien y-a-t-il de jours en Jn 1,19-51 ? Or, les « trois jours » mentionnés en Jn 2,1 – et nous en sommes « au troisième » – doivent se rajouter à ceux évoqués en Jn 1,19-51. Cette petite addition faite, en quel jour interviendra donc le miracle des Noces de Cana ? Comme au tout début de Jn 1,1, à quel texte de l’Ancien Testament St Jean nous renvoie-t-il une nouvelle fois ? Or, ce texte nous présente lui aussi une succession de jours… L’homme est créé « à l’image et ressemblance de Dieu » le sixième jour. Sa première journée complète sera donc « le septième jour ». Or ce « septième jour » est le jour de Dieu par excellence : il est mentionné trois fois (Gn 2,1‑4a). Et le chiffre « trois » dans la Bible renvoie à Dieu en tant qu’il agit. Certes, Dieu « chôma » en ce jour, il « arrêta toute l’œuvre qu’il faisait », mais il ne reste pas inactif, loin de là ! Il fait ce qu’il ne cesse de faire de toute éternité : « il bénit », il donne l’Esprit, la Lumière et la Vie, il se donne… Et l’homme en ce jour est invité à cesser temporairement ses activités habituelles pour poser lui aussi « l’action par excellence » que Dieu attend de lui : qu’il se tourne de tout cœur vers son Dieu et Père pour recevoir cette bénédiction divine qui sera en lui Esprit, Lumière, Vie, Plénitude, Paix, Joie profonde, vrai Bonheur… Voilà la réalité dont nous avons vraiment besoin… « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3). L’image est belle… Elle évoque le Mystère de Dieu par le biais des réalités humaines. Qu’est-ce qui sort de la bouche d’un homme ? La parole et en même temps un souffle qui, faisant vibrer ses cordes vocales, permet à la parole d’être entendue. Il en est de même pour Dieu. A sa Parole se joint toujours son Souffle, son Esprit… Ecouter la Parole de Dieu de tout cœur c’est au même moment s’ouvrir au Souffle de l’Esprit (cf. Jn 20,22), un Esprit qui est Lumière et Vie. Ainsi, celui qui lit la Parole de Dieu dans un contexte de prière, d’accueil de l’Esprit, ne pourra que faire l’expérience d’une Lumière qui l’introduira dans les Mystères de Dieu (cf. Ep 1,17-21) et d’une vie qui sera synonyme pour lui de bonheur profond… Ainsi, lorsque Dieu invite l’homme à se tourner vers lui le jour du Sabbat, c’est pour le combler de sa bénédiction, c’est-à-dire de son Esprit de Lumière et de Vie et cela se fait notamment par l’intermédiaire de sa Parole. Heureux alors celui ou celle qui consentira à cette invitation… Et Dieu Lui-même en sera le plus heureux, car notre joie fait toute sa joie… Mais quel dommage pour ceux qui passent à côté…

Le jour du sabbat correspond en Israël à notre samedi. Jésus a été crucifié la veille, vendredi, et ce n’est qu’à la fin du sabbat que l’on pouvait reprendre ses activités. Les femmes, aux premières lueurs de l’aube, se précipiteront au tombeau pour s’occuper du corps de Jésus que l’on avait déposé avec hâte… Mais elles découvriront, stupéfaite, qu’il est ressuscité… Et ce jour deviendra notre Dimanche, célébration de la Résurrection du Christ et jour de sabbat, de repos, pour l’homme que Dieu veut combler de sa vie… Ainsi le Dimanche est non seulement le jour où nous pouvons nous reposer physiquement, nous détendre, mais il est aussi ce jour où Dieu veut nous communiquer le repos du cœur et la paix, un repos qui est dès ici-bas, dans la foi, un avant-goût, du ciel (Jn 14,27 ; Ph 4,4-7 ; Col 3,15)… Nous voyons bien que cette prescription du repos dominical n’a d’autre but que le bien de l’homme tout entier, corps et âme : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2,27). Heureux alors ceux et celles qui accepteront de se laisser ainsi « gâter » par Dieu… Ils repartiront ensuite de plus belle dans la vie et seront plus forts pour affronter ses inévitables épreuves… Jésus nous le dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos » (Mt 11,28-30).

Certes, l’application de ce principe du repos dominical doit être modulé en fonction des impératifs de notre vie en société. Heureusement que les médecins, les infirmières, les pompiers, etc… travaillent en ce jour au service de leurs frères. Ils seront invités à vivre leur dimanche pendant leur jour de repos. Mais une activité qui n’aurait d’autre but que le commerce et l’argent ne saurait supplanter le repos dominical (cf. Lc 16,13)…

Le miracle des noces de Cana a donc lieu « le septième jour »… Le Don du Christ en cette circonstance, « le bon vin », sera donc le signe visible du Don invisible, spirituel, que Dieu veut communiquer à l’homme pour lui donner d’entrer dans son repos, sa vie, sa joie… Il est le Don qui lui permettra au projet créateur de s’accomplir : vivre avec Dieu dans la communion à la Plénitude de sa Vie… Cette réalité qui s’offre dès maintenant à notre foi, mystérieusement mais bien réellement, se manifestera pleinement par-delà notre mort, telle est notre espérance (cf. Col 3,1-4 ; 1Jn 2,8 ; 3,1-2). Telle est « la création nouvelle » que le Christ est venu nous offrir (2Co 5,17-20 ; Tt 3,4-7) : une création renouvelée par le Don de l’Esprit, et enfin rendue capable d’atteindre la Plénitude de Vie que Dieu a toujours voulu pour elle… Le miracle des Noces de Cana en est le signe…

– « Le troisième jour » de Jn 2,1, pris en lui-même, renvoie également à un événement fondateur de notre foi, lequel (cf. Ac 10,40 ; 1Co 15,3-8 ; Mt 16,21 ; 17,23 ; 20,19 ; Lc 24,1-8 ; 24,44-48) ? A cette occasion, ce qui est dit en Jn 2,11, « il manifesta sa Gloire et ses disciples crurent en lui », s’accomplira alors pleinement…

De plus, la Vierge Marie n’intervient que deux fois dans l’Evangile de Jean : ici, et en Jn 19,25-27. Dans les deux cas, comment Jésus l’appelle-t-il ? Nous constatons que le miracle des noces de Cana, le premier en St Jean, au tout début du ministère public de Jésus, ne cesse de faire allusion à la fin de ce ministère, lorsqu’il mourra sur une Croix pour notre salut et ressuscitera d’entre les morts « le troisième jour »… Pour bien comprendre le symbolisme du « bon vin », nous sommes donc invités à nous tourner vers le Christ mort et ressuscité pour nous… Or, si le Christ donne du « bon vin » à Cana, que donne-t-il à ses disciples une fois ressuscité d’entre les morts (cf. Jn 20,22) ? Conclusion : à quelle réalité le « bon vin » renvoie-t-il ? Un deuxième élément va renforcer cette conclusion : quelle eau particulière Jésus a-t-il utilisée à Cana, à quoi servait-elle (Voir aussi Mc 7,1-7) ? Et juste après Jn 20,22, que lisons-nous ? Tous les rites de purification accomplis en Israël avant le Christ, dans le cadre de l’obéissance à la Loi de Moïse, ne faisaient donc qu’annoncer la purification des cœurs accomplie par l’offrande du Christ et le don de l’Esprit Saint (cf. Ez 36,24-28 ; puis Jn 19,33-34 ; 1Co 6,9-11 ; Ep 5,25‑27 ; Hb 9,14 et 10,22) …

Cette perspective globale présentée par le miracle des noces de Cana sera ensuite mise en œuvre très concrètement dans nos vies par l’intermédiaire des sacrements proposés au libre assentiment de notre foi : le baptême, le sacrement de réconciliation, l’eucharistie, etc… Dans ce dernier, nous retrouvons d’ailleurs le symbolisme du vin qui renvoie au sang du Christ, « le sang de l’Alliance versé pour une multitude en rémission des péchés » (cf. Mt 26,26-29). Là encore, la réconciliation avec Dieu par le pardon des péchés est centrale. « Le sang du Christ purifiera notre conscience des œuvres mortes que nous avons pu accomplir » (Hb 9,14). Cette purification va de pair avec une vivification, car tel est le but poursuivi par Dieu. En effet, nous dit Jésus, ceux et celles qui accepteront de recevoir son corps et son sang dans le sacrement de l’eucharistie goûteront dès maintenant à la vie nouvelle et éternelle qu’il est venu nous offrir en surabondance au Nom de son Père (cf. Jn 6,53-58 ; 10,10 ; 5,43). Certains comprenaient ces paroles au sens littéral de « boire du sang humain » et « manger de la viande humaine », comme dans certains sacrifices païens, et bien sûr, ils en étaient horrifiés : « Elle est dure cette parole ! Qui peut l’écouter ? ». Mais Jésus leur répond : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et elles sont vie » (Jn 6,63). Nous retrouvons ainsi, appliquée à l’Eucharistie, l’interprétation du miracle des noces de Cana : c’est l’Esprit Saint, le grand Don de Dieu, qui accomplit la purification des cœurs et leur communique dès maintenant, dans la foi, la vie nouvelle et éternelle… Heureux alors ceux qui croient et acceptent de se lancer dans cette magnifique aventure de la foi… Ils découvriront toute l’intensité de cette vie nouvelle en la vivant…

3 – Toute la période avant le Christ est habituellement désignée comme étant celle de l’Ancienne Alliance (« L’Ancien Testament »), et à partir du Christ, nous parlons de Nouvelle Alliance (« Le Nouveau Testament »). Nous venons d’évoquer l’eucharistie et « le sang de l’Alliance ». Le Christ est en effet venu établir « une nouvelle Alliance » entre Dieu et les hommes (Lc 22,20 ; 1Co 11,25 ; 2Co 3,5-6), permettant à toutes les perspectives évoquées dans l’Ancienne d’atteindre enfin leur but… C’est pourquoi Jésus déclare en Mt 5,17 : « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».

Ce thème de l’Alliance est très souvent présent dans le récit des noces de Cana de telle sorte que ce miracle n’est rien de moins que le signe de cette Alliance Nouvelle instituée par le Christ. Toute la suite de l’Evangile ne sera qu’approfondissement, explication, conséquences de ce qui est révélé ici, à Cana…

Commençons par regarder le verset qui précède immédiatement notre récit : Jn 1,51 fait allusion à Gn 28,10-17 où Dieu renouvelle avec Jacob l’Alliance qu’il avait autrefois conclue avec Abraham : constater comment Dieu se nomme en Gn 28,13, puis comparer Gn 28,13-14 avec Gn 13,14-17 ; 15,18 et 17,4-8 ; puis la fin de Gn 28,14 avec Gn 12,1-3. Appliquer Gn 28,12 au Christ suggère donc que tous ces textes s’accompliront avec lui. Et St Jean va plus loin : sur quoi les Anges de Dieu montent-ils et descendent-ils en Gn 28,12 ? Même question en Jn 1,51. A quoi Jésus est‑il donc indirectement comparé ? Or, qu’unit cette réalité en Gn 28,12 ? Conclusion : quel est le rôle premier de Jésus, sa mission (cf. Jn 14,6 ; 1Tm 2,5-6 ; Ac 4,12 ; 2Co 5,18-20) ?

Dans la Bible, Dieu se présente comme vivant en Alliance avec tous les hommes présents sur la terre, et cela depuis le commencement du monde (cf. Gn 9,8-17 en se souvenant, dans la poésie biblique, que Noé est devenu après le déluge le second grand ancêtre de toute l’humanité après Adam ; compter d’ailleurs combien de fois intervient le mot « alliance » en ce texte, sept étant dans la Bible un symbole de perfection). Et pour que les hommes prennent conscience et accueillent cette Présence de Dieu offerte à tous, Dieu se choisira un homme Abraham, et il entreprendra avec lui et avec sa descendance, un lent et patient travail de révélation. Cette œuvre atteindra son sommet avec l’incarnation du Fils, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), fils d’Abraham par Marie… « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils Unique qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jn 1,18). Jésus est donc venu nous révéler une réalité qui existe depuis que les hommes existent sur cette terre : Dieu est tout proche de chacun d’entre eux. Ses premières paroles dans l’Evangile selon St Marc sont d’ailleurs : « Le Royaume de Dieu est tout proche » (Mc 1,15). Ainsi, Dieu vit en Alliance avec tout homme, imperturbablement fidèle, travaillant de tout son cœur, dans le respect de sa liberté, à la Plénitude de sa vie et donc à son bonheur… Mais encore faut-il qu’il soit accueilli, écouté, suivi…

Répétons-nous : l’Alliance avec Abraham, renouvelée avec son fils Isaac, puis avec Jacob, le roi David, etc… est l’application particulière à un Peuple d’une réalité universelle. Et la vocation d’Israël est d’être « au service » de Dieu (Is 44,1-3 ; 44,21‑22 ; 49,3) pour que ce mystère d’Alliance soit annoncé, reconnu, accueilli par tous les hommes. Comme Dieu ne cesse de bénir ses créatures (Gn 1,28 ; Ep 1,3 ; Ps 84(83),12-13), si ces dernières l’accueillent, alors « seront bénies toutes les familles des nations » (Parole de Dieu à Abraham lors de son appel, Gn 12,3). La volonté de Dieu sera accomplie. Or, tel était le but premier poursuivi par le Christ : « Ma nourriture est d’accomplir la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre », l’humanité, « à bonne fin », à la vie éternelle (Jn 4,34). « Dieu veut en effet que tous les hommes soient sauvés » (cf. 1Tm 2,3-5). C’est pour cela que le Christ s’est offert totalement sur la Croix, donnant sa vie, versant son sang, pour révéler à quel point Dieu veut notre salut, à en mourir… « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau » (Ap 7,10)… Il nous reste maintenant à prendre conscience de tous ces trésors offerts, et à les accueillir… « Tout est achevé » du côté de Dieu (Jn 19,35)… De génération en génération, tout reste à faire de notre côté…

Le sang versé de Jésus est ainsi « le sang de l’Alliance » versé pour que « la multitude » des hommes puisse s’ouvrir à cette Alliance qui existe depuis toujours, et trouver en elle ces trésors de Vie et de Paix que Dieu veut voir régner dans tous les cœurs… Le miracle de Cana est ainsi en St Jean le signe de cette Alliance que Dieu vit avec tout homme, offrant sans cesse à sa liberté le Don de ce « bon vin », l’Esprit Saint, pour qu’il puisse trouver avec lui cette intensité de vie, la vie même de Dieu, à laquelle nous sommes tous appelés.

Les prophètes ont souvent évoqué ce Mystère d’Alliance avec l’image des noces, Dieu étant l’époux, et Israël son épouse (Osée 2,16-25 ; Jérémie 2,1-2 ; 3,1.6-12 ; Ezéchiel 16 ; Isaïe 50,1 ; 54,4-8 ; 62,4-5). Et ici, nous sommes bien dans une noce… De plus, « Cana », en hébreu, signifie « jaloux ». Les noces de Cana sont donc « les noces du Jaloux », un Nom que Dieu se donne dans le Livre de l’Exode (Ex 34,14) pour évoquer son « Amour Jaloux » (Is 9,6), « sa grande jalousie » (Za 1,14) à l’égard de son Peuple. Si, pour les hommes, cette notion de jalousie est souvent négative, il ne peut en être ainsi pour ce Dieu qui n’est qu’Amour (1Jn 4,8 et 4,16) et qui ne cherche que le bien de ses créatures. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre à tous les hommes qu’il aime » (Lc 2,14).

De plus, il revenait à l’époux de fournir le vin pour la fête des noces qui durait à l’époque une semaine entière… Le maître du repas ne s’y trompe pas : vers qui se tourne-t-il en Jn 2,9-10 lorsqu’il goûte au « bon vin » ? Mais est-ce bien lui qui a donné ce vin ? Qui donc est ainsi présenté indirectement comme étant « l’époux » véritable ? Jean-Baptiste ne s’y est pas trompé (cf. Jn 3,29), et il est « ravi de joie », la joie de l’Esprit, « à la voix de l’époux », Jésus. En effet, « celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu » et avec elles et par elles « il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34), un Esprit dont « le fruit » dans les cœurs est « amour, paix, joie » (Ga 5,22)…

Lire maintenant ce que la Vierge Marie dit aux servants en Jn 2,5, puis lire Ex 24,1-11 en faisant tout particulièrement attention aux versets 3 et 7 : que constatons-nous ? Or Ex 24,1-11 nous décrit le rite solennel par lequel Israël accepta autrefois d’entrer dans ce Mystère d’Alliance avec Dieu. En transposant, comme St Jean nous le suggère, le contexte général de ce passage à la Vierge Marie, en déduire le rôle qui est le sien dans la cadre de cette Alliance Nouvelle que son Fils est venu instaurer. Dans le Livre de l’Exode, la référence proposée aux hommes était « le livre de l’Alliance » avec notamment ces « Dix Paroles » données par Dieu à Moïse au sommet du mont Sinaï (Ex 20,1-17). Mais dorénavant, quelle est la référence que Dieu propose à notre liberté (même logique en Mt 5,21-22 ; 5,27-28 ; 5,31-32 ; 5,33-35 ; 5,38-39 ; 5,43-45) ? Mais d’après Jn 17,8, que retrouvons-nous en fait ? Notons enfin que l’expression « le sang de l’Alliance » que Jésus reprendra dans l’institution de l’Eucharistie (Mc 14,24 ; Mt 26,28) n’intervient qu’en Ex 24,8 dans tout l’Ancien Testament…

Allusion au renouvellement de l’Alliance avec Jacob, image des noces, Cana « le Jaloux », conclusion de l’Alliance dans le Livre de l’Exode, tout concourt dans le récit des noces de Cana à diriger notre regard vers l’Alliance que Dieu vit déjà avec tout homme dans l’attente d’être enfin accueilli… Ce miracle est ainsi le signe de l’Alliance nouvelle et éternelle que le Christ est venu offrir à tout homme… Et le grand cadeau de Dieu dans le cadre de cette Alliance est le Don de l’Esprit Saint qui fait toutes choses nouvelles…

4 – Qu’apprenons-nous en lisant Jn 2,1-3 sur l’attitude de la Vierge Marie à l’égard des hommes ? Sa remarque est le point de départ de tout ce qui suivra… Mais nous dit-on que les jeunes mariés avaient foi en Jésus, qu’ils lui ont demandé quelque chose, qu’ils ont reconnu le don qui leur a été fait… ? Que nous apprennent donc toutes les circonstances de ce récit sur la manière d’agir de Dieu à notre égard ?

Très concrètement, nous avons ici « six jarres de pierre contenant chacune deux ou trois mesures ». Prenons le maximum de « trois mesures ». Une mesure valait 45 litres. Chaque cuve étant « remplie à ras bord », combien avons-nous ici de litres de vin ? Que suggère ce résultat sur la manière avec laquelle Dieu se comporte vis-à-vis des hommes (cf. Jn 10,10 ; Rm 5,20 ; 2Co 1,5 ; 1Th 1,5 ; 1Tm 1,14) ? Mais pour qu’il en soit ainsi, « remplissez d’eau ces jarres », quelle attitude de cœur le Christ attend-il de ses disciples (cf. Rm 1,5 ; 15,18 ; 16,19 ; 16,26) ?

Marie prend donc l’initiative d’intervenir, comme toute maman qui demande un service à son fils. Or la réponse de Jésus peut paraître surprenante. En effet, il lui dit littéralement « Quoi à moi et à toi, Femme ? », une expression unique en St Jean et qui n’intervient dans les autres évangiles que dans le cadre des relations entre Jésus et les démons (cf. Mt 8,29 ; Mc 1,24 ; Lc 4,34 ; 8,28) ! Le P. Vanhoye propose de traduire : « Quelle relation y a-t-il entre moi et toi ? » De plus, Jésus ne l’appelle plus « Mère » mais « Femme » ; il remet donc en question la relation qu’il vivait jusqu’à présent avec elle. Et de fait, à partir des Noces de Cana, Jésus va vraiment commencer son ministère public, et pour cela, il va quitter la maison familiale… Et Marie va l’accepter de tout cœur, tout comme elle acceptera, au pied de la Croix, la mort de son Fils pour le plein accomplissement de son œuvre de salut… Désormais, il ne sera donc plus sous l’autorité directe de Marie (cf. Lc 2,51). Ce sera plutôt l’inverse : Marie le suivra, en disciple de son Fils, avec tous les autres disciples… Un détail le suggère : noter le premier personnage qui intervient dans le récit en Jn 2,1. Jésus n’apparaît qu’après… Or, à la fin du récit, l’ordre est bouleversé : Jésus est en premier, il prend l’initiative, et tous le suivent (Jn 2,12)…

Mais Marie aura toujours une place toute particulière parmi les disciples de Jésus. A l’invitation de son Fils (Jn 19,25-27), elle sera leur Mère, les invitant sans cesse « à faire tout ce qu’il dira », pour qu’ils puissent dans l’obéissance à sa Parole la Plénitude de la Vie… Marie apparaît alors comme étant vraiment « Femme » : elle a donné la Vie au monde en enfantant Jésus, « le Prince de la Vie ». Et en invitant tous les hommes à accueillir son Fils, elle contribue encore pour sa part à les engendrer à la Vie nouvelle de l’Esprit… Marie, « Femme » « bénie entre toutes les femmes » (Lc 1,42), Mère de Jésus et Mère de tous les hommes appelés à croire en Lui, est ainsi « la Nouvelle Eve » de « la Nouvelle Alliance », « Eve » signifiant en hébreu « la mère de tous les vivants » (Gn 3,20)…

Correction de la fiche N°4

corrige fiche 4




Fiche n°3 : Evangile selon St Jean Présentation du Christ et de son œuvre (Jn 1,19-51)

– Lire Jn 1,19-51 et relever tous les titres ou expressions (Jn 1,29.45[1]) donnés à Jésus. Conclusion : nous avons ici une vraie « carte de visite » de Jésus…

2 – Lire Jn 1,6-8.15.19.32.34 et repérer toutes les fois où intervient la notion de témoignage ; qui en est l’unique acteur ? Un témoin est celui qui a vu et entendu… Quel est le contenu de ce témoignage ?

3D’après Lc 3,15, quel était le grand danger vis-à-vis de Jean-Baptiste ? Ce danger apparaît-il en Jn 1,20 ?

Quelle était, à l’époque du Christ, une des grandes attentes du Peuple d’Israël (cf. Dt 18,15‑19) ? Jésus l’a-t-il accomplie (cf. Jn 4,19.44 ; 6,14 ; 7,40.52 ; 9,17) ?

Comment le prophète Elie a-t-il quitté cette terre (cf. 2R 2,11-13) ? Et qu’annonçait le prophète Malachie (Ml 3,22-24) ? Ces deux derniers textes permettent de mieux comprendre la question des prêtres et des lévites en Jn 1,21 : ils attendaient le retour d’Elie comme un signe de la venue du Jour du Seigneur, ce Jour où il agirait avec éclat… Et c’est bien ce qu’il fera par Jésus, le Messie promis… En ce Jour-là, « il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères » (Ml 3,24). Grande œuvre de réconciliation entre les hommes qu’accomplira Jésus en réconciliant les hommes avec Dieu (cf. Rm 5,10-11 ; 2Co 5,16-21 ; Ep 2,14-18 ; Col 1,15-23 ; Mt 5,21-26).

Que répond Jean‑Baptiste à la première question posée en Jn 1,21 ? St Jean insiste donc sur le fait que Jean‑Baptiste n’est pas Elie. Telle est sa perspective, mais les autres Evangélistes auront à cœur de montrer que la prophétie de Malachie s’est malgré tout accomplie avec Jean-Baptiste. En effet, que dit Jésus à son sujet en Mt 11,14 ? Et de fait, à quoi pouvait faire penser le parallèle entre Mt 3,4 et 2R1,8 ? Mais pour bien comprendre ce parallèle entre Jean-Baptiste et Elie, quelle est d’après Lc 1,15 et Lc 1,17 la réalité qui les unit et qui nous permet de dire que la prophétie du retour d’Elie s’est malgré tout accomplie « quelque part » avec Jean-Baptiste ?

4 – Lire Is 40,1-11 : quelle nouvelle ère commence d’après les deux premiers mots de ce texte, qui la mettra en œuvre (Is 40,9) et comment (Is 40,10-11)? Dans le contexte de l’Ancien Testament, qui est le personnage principal évoqué en Is 40,3 ? Mais dans l’Evangile selon St Jean, qui est en Jn 1,23 « la voix » et qui est « le Seigneur » dont il faut « aplanir le chemin » ? Conclusion : avec le Christ, la venue de Dieu parmi les hommes, promise en Is 40,9, s’accomplit… En effet, si le Fils n’est pas le Père, si le Père n’est pas le Fils, les deux sont unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit. Alors, là où est le Fils, là est le Père (Jn 8,29)… Qui voit le Mystère du Fils voit celui du Père (Jn 14,9)… Qui écoute le Fils écoute le Père (Jn 12,50 ; 17,8)… Qui constate les miracles qui se font par les mains du Fils voit le Père à l’œuvre (Jn 5,19-20 ; 10,37-38 ; 14,10-11)…

Peut-on déjà, avec cette citation d’Isaïe qui renvoie notamment à Is 40,1 et Is 40,11, décrire ce que sera la mission principale de Jésus (cf. pour Is 40,1 : 2Co 1,5 ; 7,4 ; 2Th 2,16-17 ;  et pour Is 40,11 : Jn 10,11.14 ; Lc 15,4-7)?

5 – En Jn 1,19, commence, dans l’Evangile de Jean, ce que l’on pourrait appeler un récit de type historique sur Jésus… Et Jésus lui-même apparaît pour la première fois dans ce récit en Jn 1,29. Dans quelle attitude est‑il présenté au début de ce verset ? Remarquer que cela correspond à l’invitation d’Isaïe reprise par Jean-Baptiste : « Rendez droit le chemin du Seigneur » pour que Jn 1,29 puisse s’accomplir pour chacun d’entre nous… Nous retrouvons ainsi indirectement l’invitation première de Jésus à être non pas parfaits, car nous sommes tous pécheurs, blessés, « malades », mais « droits » et « vrais ». Alors, si nous osons nous présenter en vérité au Seigneur tels que nous sommes, lui agira envers nous dans la vérité de ce qu’Il Est : Vérité de sa Tendresse, de sa Douceur, de son infinie Miséricorde… « Celui qui fait la vérité » dans sa vie « vient à la Lumière » (Jn 3,21) de la Miséricorde qui veut que nous soyons avec lui, dans sa Maison, dès maintenant et pour toujours (Jn 17,24)… Alors, heureux les cœurs droits !

Nous venons de voir comment le Jésus « historique » apparaît pour la première fois dans l’Evangile de Jean en Jn 1,29. Retrouver cette présentation dans la parole de Nicodème Jn 3,2, puis en Jn 3,31 ; 5,43 ; 6,32.46 ; 7,28-29… Quelle est l’attitude correspondante que devraient avoir tous les hommes à son égard (cf. Jn 1,11-12) ? Telle est la base de la vie chrétienne… Quelle sera d’ailleurs la grande promesse que fera Jésus à ses disciples peu avant sa Passion (cf. Jn 14,3.18) ? Bien noter ce qu’il fera en Jn 14,3 : il nous prendra près de lui, afin que là où il est, nous soyons nous aussi… Or Jésus vit uni à son Père dans la communion d’un même Esprit… Voilà où il veut nous entraîner, et cette perspective s’accomplit dès maintenant dans la foi si, de tout cœur, nous le laissons faire… Alors nous vivrons au plus profond de nous-mêmes Jn 14,27…

6 – Jean-Baptiste proposait un « baptême d’eau » (ce baptême s’inscrivait dans la lignée des nombreux rites de purification qu’accomplissaient les Juifs à cette époque (cf. Mc 7,1-7 ; Jn 2,6)). Quel était le but premier d’une telle démarche (cf. la fin de Mt 3,5-6) ? Et quelle sera la mission principale de Jésus (cf. Jn 3,16-17 ; 4,42 ; il accomplira ainsi la volonté du Père : Jn 4,34 et 1Tm 2,4) ? Quel est donc le tout premier grand cadeau qu’il est venu offrir aux hommes (cf. Mc 2,5 ; Lc 1,77 ; Jn 1,29) ? Et ce cadeau sera très concrètement mis en œuvre par le don de l’Esprit Saint (1Co 6,9‑11) dans les cœurs de ceux et celles qui accepteront de le recevoir en « faisant la vérité dans leur vie ». Jésus donnera en surabondance cet Esprit « Eau Vive » (Jn 4,10 ; 7,37-39) qui, jour après jour, lavera les cœurs de toute trace de péché (Jn 1,29 ; Ez 36,24-28) et leur communiquera la vie de Dieu (cf. Ga 5,25)…

En Jn 1,29 Jean-Baptiste « voit » le Christ venir vers lui ; retrouver ce verbe « voir » en Jn 1,32.33 ; que s’agit-il de « voir » en ces deux derniers versets ? Mais cette réalité peut-elle se voir avec nos yeux de chair ? A quel type de regard St Jean fait-il donc allusion ici ?

Pourquoi Jean-Baptiste est-il d’ailleurs venu baptiser dans l’eau (cf. Jn 1,31) ? Et pourquoi le Fils de Dieu est-il venu en ce monde (cf. Jn 17,6 ; 1,18) ? A la suite de Jean‑Baptiste, à quel type de regard sommes-nous donc tous appelés nous aussi (cf. Jn 6,40) ?

7 – Le symbolisme de « l’agneau » renvoie notamment à la fête de Pâque (cf. Ex 12,1‑14). La veille s’appelait « le Jour de la Préparation ». Ce jour-là, on immolait au Temple de Jérusalem tous les agneaux qui devaient être mangés en famille lors de la célébration de la Pâque. D’après Jn 19,14.31, quand Jésus sera-t-il crucifié ? Quel sens prend alors sa mort à la lumière :

  1. a) de la libération de l’oppression d’Egypte rapportée dans le Livre de l’Exode (cf. Jn 8,31-36) ?

  2. b) de Lv 4,32-35 ; Hb 7,26-27 ; 9,26 ; 10,3-14 ?

  3. c) de Is 53,7 (cf. 52,13-53,12 ; texte repris en Mt 8,17), un texte qui renvoie à une mystérieuse figure qui intervient aussi en Is 42,1-7 (noter le terme employé au début de 42,1 ; texte repris en Mt 12,15-21) et Is 49,1-6 (noter le terme employé en 49,3 et 49,6). Jésus accomplit tous ces textes…

8 – Noter l’importance du regard en 1,35-51. Les figuiers, dans les vignes ou au bord des champs, donnaient non seulement des figues mais aussi de l’ombre ! Après le travail, c’est là qu’on mangeait et qu’on se reposait. On y priait aussi, et c’est très vraisemblablement ce qu’avait fait Nathanaël. Et dans sa prière, il avait rejoint ce Dieu Père, Fils et Saint Esprit, Trinité de personnes divines en communion dans l’unité d’un même Esprit. Jésus, le Fils, l’Unique Engendré, l’avait mystérieusement perçu au plus profond de lui-même (cf. Jn 1,48). On retrouve en ce verset le verbe « voir », avec son sens de « foi » caractéristique en St Jean, mais aussi le verbe « connaître » qui, très souvent, doit aussi être compris à la Lumière de ce Mystère de Communion dans lequel Jésus veut nous introduire. Le croyant « connaît » alors Dieu en tant qu’il lui est uni de cœur dans l’unité d’un même Esprit (cf. 1Co 6,17). « Connaître » renvoie alors à cette perception de foi qui est avant tout un « vivre de cœur » (cf. Jn 17,1-3 ; 10,14-15 à comparer avec 17,20-23). Ste Thérèse de Lisieux a une belle expression pour l’évoquer : un « je ne sais quoi », qui est de l’ordre de la vie… « La vie est bien mystérieuse. Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, et pourtant, Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l’œil de l’homme n’a pas vu. Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensée pour exprimer un « je ne sais quoi » que nous sentons dans notre âme »…

En Jn 1,36, Jean-Baptiste rend témoignage à Jésus. Quel effet a ce témoignage sur ses deux disciples ? D’après Jn 6,44.65, qui est à la source de leur démarche ? Et d’après Jn 15,26, qui joint son témoignage à celui de Jean-Baptiste ? Et par ce dernier, qui rend témoignage à nouveau au Fils (1Jn 5,6-9) ? Repérer ainsi l’action de Dieu en ces deux disciples…

En Jn 1,38, qui a l’initiative de la rencontre et du dialogue ? Dans la Bible, la notion de « face de Dieu » ou de « visage de Dieu », renvoie très souvent à Dieu Lui‑même en tant qu’il révèle à l’homme « quelque chose » de son Mystère dans la Lumière de l’Esprit Saint (cf. Ps 4,7 ; 13,2 ; 16,11 ; 27,8-9 ; 30,8 ; 31,16-17 ; 42,3 ; 44,4.25 ; 56,14 ; 67,2 ; 80,4.8 ; 89,16 ; 90,8 ; 105,4 ; 119,135). Avant que Jésus ne se retourne, que voyaient les deux disciples ? Et lorsqu’il se retourne, que voient-ils ? A la lumière de la remarque précédente, que fut cet instant pour eux (« Quelque chose » de semblable à Lc 9,28-36) ? A la question de Jésus, qui porte sur la nature même de la relation de ces deux disciples avec lui, ces derniers répondent par une autre question qui permettra à Jésus de lancer son invitation : « Venez et voyez ». En St Jean, le verbe « venir » prend très souvent le sens de « croire » : le retrouver grâce au parallèle employé en Jn 6,35. Nous avons vu aussi précédemment que, très souvent, le verbe « voir » a lui aussi un double sens en St Jean. A la lumière de ces constatations retrouver le double sens que l’on peut aussi donner au verbe « demeurer » en Jn 1,38-39 ( cf. 1° sens : Mc 1,29 ; 2° sens : Jn 14,10-11 ; 15,9-10) ? Où se retrouvera donc finalement celui qui répondra à l’invitation de Jésus : « Viens et vois » (cf. Jn 17,20‑21 ; 12,26) ? Ainsi, pour St Jean, cette petite partie toute simple au début de son Evangile est un clin d’œil lancé à toute l’œuvre de salut que Jésus désire accomplir pour que nous soyons tous là où le Père nous attend (cf. Lc 15,20), où le Fils lui-même veut que nous soyons (cf. Jn 17,24), et c’est Lui et Lui seul qui nous permettra d’atteindre ce but (Jn 14,1-3 ; 1Tm 2,3-7) grâce à sa Miséricorde Toute Puissante (Lc 1,46-50 ; 1Tm 1,12-17) et à l’action de l’Esprit Saint (cf. Ep 2,18)… St Jean le redira en 1Jn 1,1-4, et tout spécialement au verset 3 (cf. 1Co 1,9 ; 2Co 13,13 ; Ph 2,1 ; 1Jn 1,5-2,2).

Remarquer ensuite le jeu des rencontres et noter à chaque fois qui rencontre qui pour ensuite, peut-être rencontrer qui ? Conclusion : comment, dans notre vie quotidienne, la rencontre avec le Christ peut-elle également avoir lieu ?                      DJF

[1] Cette manière d’écrire renvoie aux versets 29 et 45 du chapitre 1° de l’Evangile selon St Jean.

Correction fiche N°3 :

corrige fiche 3




Fiche N° 2 : Le Prologue de l’Evangile selon St Jean (1,1-18) Deuxième partie

1  – La notion de témoignage est très importante pour St Jean :

  • « Témoigner » intervient 33 fois (1 fois en St Matthieu et en St Luc, jamais en St Marc),

  • « Témoignage » 14 fois (3 fois en St Matthieu, 6 en St Marc, 4 en St Luc).

Rechercher dans un dictionnaire la définition du mot « témoignage ». Quelles en sont les bases (Voir Jn 3,31-32) ? Qui est, d’après ce dernier texte, le premier « témoin » (Voir Ap 1,2 ; 1,5 ; 3,14) ? Et à quoi rend-il témoignage (Voir Jn 18,37) ?

Noter dans tous les textes suivants ceux qui témoignent en faveur du Christ (préciser, lorsqu’il est indiqué, le contenu du témoignage) :

  1. a) Jn 1,6-8 ; 1,15 ; 1,19-34 ; 3,26 ; 5,33.

  2. b) Jn 19,33-35 ; 21,24 ; puis Jn 4,39 ; puis Jn 12,17 ; puis Jn 15,27 ; 1Jn 1,1-3.

  3. c) Jn 5,39.

  4. d) Jn 5,37 ; 8,18 ; puis 5,36-37 ; 10,25 ; 10,32 ; 10,37-38 ; 14,10-11.

  5. e) Jn 15,26 ; 1Jn 5,6, un témoignage qui est de l’ordre de la Vie (1Jn 5,11).

Quel est, en régime chrétien, le but de tout témoignage (Jn 1,7 ; 3,11-12 ; 4,39-42 ; 10,24-26 ; 5,36-39 ; 19,35) ? Et si ce but est atteint, qu’en sera-t-il pour tous ceux et celles qui auront accueilli ce témoignage (Jn 20,30-31 ; 14,27 ; 15,9-11 ; Lc 6,20-23 ; 1Jn 1,3…) ? Et tout ceci s’accomplira par « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25)…

2- Jn 1,10-13. Le mot « monde » a quatre nuances différentes en St Jean ; les préciser à l’aide des versets suivants :

  1. a) Jn 17,5 ; 17,24 (Synonyme en Mc 10,6 ; 16,15 ; Rm 1,20 ; 8,19).

  2. b) Jn 8,26 ; 12,19 ; 18,20 (Expression synonyme en Jn 12,32; Rm 11,32 ; 1Tm 2,4).

  3. c) Ce point reprend le précédent en y ajoutant une nuance : Jn 1,29 ; et indirectement en 3,16-17 ; 4,42 ; 12,47 (Voir le début de Rm 3,23).

  4. d) Jn 15,18-19 ; 16,11 ; en fin de 16,33 ; 17,14 ; 17,16 (Voir Ap 12,9).

Préciser à chaque fois le sens du mot « monde » en Jn 1,9-10.

A qui renvoient les expressions « chez lui » et « les siens » en Jn 1,11 (Voir la fin de Mt 2,6 et de Lc 2,32) ? Comment le Verbe est-il venu « chez lui » sans être accueilli (Voir Mt 23,29-31 ; 23,37 ; Mc 12,1-12) ?

Préciser en chacun des versets suivants le mode de Présence de Dieu parmi les hommes :

1 – Jn 1,9-10

2 – Jn 1,11

3 – Jn 1,14

4 – Fin de Mt 28,20 avec 1Co 1,9 ; 1Jn 1,3 ; Jn 17,20-23 ; 1Co 6,17 ; et tout cela conduira à 1Co 12,27 ; 1Co 12,12-13 ; Ep 1,22-23.

Quelle progression notez-vous ?

Les versets 1,10-13 constituent le cœur du prologue, avec tout d’abord l’aspect négatif (10-11), puis l’aspect positif (12-13). Préciser à nouveau les destinataires évoqués en 1,9-10 puis en 1,11. Dans les deux cas, que s’est-il passé vis-à-vis de Dieu ? Nous pressentons une donnée fondamentale de l’existence : Dieu nous a créés libres… Certes, il désire entrer en relation avec chacun d’entre nous, pour notre bien, mais il ne s’imposera jamais… Quelle est donc l’attitude de base que Dieu espère de tout homme (Voir le début de Jn 1,12) ? Et quelle est, d’après ce même verset, la vocation universelle à laquelle nous sommes tous appelés… Tous les mots sont importants : bien prendre le temps de les lire… Et ce projet s’accomplira si nous acceptons de coopérer librement avec Dieu en nous abandonnant, jour après jour, en son Amour de Père pour chacun d’entre nous…

St Jean fait allusion à l’Incarnation du Fils en Jn 1,14 ; en 1,12-13, nous sommes donc avant. Bien noter en 1,9‑10 la Présence Universelle de Dieu à tout homme. Sa « vraie lumière » « illumine tout homme » au plus profond de son cœur, en ce domaine que nous appelons « la conscience »… Si l’homme suit sa conscience, même s’il ne parle jamais de Dieu, à travers elle, c’est Dieu qu’il suit, Lui qui n’est que Justice, Droiture et Vérité… Et ce Dieu est « notre Père » à tous, un Père qui désire plus que nous-mêmes que « tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4) et trouvent dans le Don librement reçu de son Esprit la Plénitude de la Vie. Sachons donc reconnaître autour de nous tous les hommes de bonne volonté pour travailler avec eux à un monde plus beau, plus juste et plus fraternel… Quels que soient leurs origines, leur chemin religieux… nul doute que Dieu les accueillera tous avec joie lorsque l’heure viendra…

3 – Jn 1,14-18. Littéralement, St Jean a écrit : « Et le Verbe s’est fait chair, et il a dressé sa tente parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire ».

A quoi veut-il faire allusion avec ce verbe « dresser sa tente » (cf. Ex 25,8-9 ; 29,42-46) ? Quel regard sommes-nous donc invités à porter sur le Christ (Jn 2,18-22 ; 14,8-11 ; 17,20-21) ?

L’expression « plein de grâce et de vérité » renvoie à la fin d’Ex 34,6 où Dieu révèle son Nom à Moïse. Relire Ex 20,1-6 ; que se passe-t-il en Ex 32,1-6 ? Quelle est la réaction de Moïse (Ex 32,15-19) ? Puis celle de Dieu (34,1-10) ? Dans quel contexte intervient alors la Révélation du Nom divin en Ex 34,6 ? En faisant allusion à ce verset, dans quel contexte St Jean place-t-il à son tour l’Incarnation du Fils Unique ? Retrouver ce contexte général en Lc 1,76-79 (où il faut traduire le début du v. 78 par « grâce aux entrailles de miséricorde de notre Dieu dans lesquelles nous a visités l’Astre d’En Haut »).

« Plein d’amour-miséricordieux et de vérité » pourrait être une traduction littérale de la fin d’Ex 34,6. En hébreu, la langue de l’Ancien Testament, le premier terme rendu ici par « amour miséricordieux » se prononce « hésed ». Il apparaît souvent dans les Psaumes. Il y est traduit « amour » par la Bible de Jérusalem, et « fidélité » par la TOB. Le retrouver dans les Psaumes suivants, avec éventuellement la notion de « vérité » à laquelle il est associé en Ex 34,6, et noter à chaque fois le contexte général de salut, d’alliance, de pardon, etc… où il intervient : Ps 25(24),5-14 ; 40(39),11-12 ; 57(56),2-4 ; 69(68),14-17 ; 85(84) ; 86(85) ; 89(88),1-6 puis 14-19 puis 20-38.

Le Père Boismard accorde une telle importance à ce parallèle entre Jn 1,14 et Ex 34,6 qu’il propose de traduire Jn 1,14 par « plein d’amour miséricordieux et de fidélité ». Le P. Raymond Brown propose aussi de son côté : « filled with enduring love, rempli d’amour durable, patient ». Néanmoins, St Jean a délibérément choisi le mot « grâce », un mot qu’il utilise à nouveau dans la même expression reprise en Jn 1,17 : mais dans ce dernier verset, qui est cette fois appelé à être « plein de grâce et de vérité » ? Or, en Jn 1,14, cette expression « plein de grâce et de vérité » décrivait le mystère du Fils : conclusions pour tous ceux et celles qui accepteront d’accueillir le Christ avec foi dans leur cœur et dans leur vie ? Et n’oublions jamais les nuances apportées à ce mot « grâce » à la lumière d’Ex 34,6 : il est le Don que la Miséricorde de Dieu ne cesse de proposer aux blessés et aux malades que nous sommes (cf. Lc 5,31-32). « Il n’y a qu’un mouvement au cœur du Christ : pardonner le péché et emmener l’âme à Dieu » (Bienheureuse Elisabeth de la Trinité)… C’est donc dans ce contexte permanent d’une Miséricorde inlassablement bienveillante que nous sommes invités à avancer jour après jour à la suite du Christ…

Et de quoi les hommes sont-ils « pleins » en Lc 1,15 ; 1,67 ; Ac 4,8 ; 6,5 ; 9,17 ; 11,24… En comparant la réponse obtenue à l’expression de St Jean, à quel don de Dieu renvoie en fait le couple « grâce et vérité » ?

En hébreu, la langue de l’Ancien Testament, le mot « gloire » vient d’un verbe qui signifie « peser, être lourd ». La gloire d’un homme se mesure ainsi au « poids » de ses richesses, au nombre de ses bêtes… Pour Dieu, la notion de « gloire » renvoie directement à ce qu’Il Est (cf Ex 3,13-15 : « Je Suis »), au mystère de sa nature divine. « La gloire de Dieu » n’est alors que la manifestation de sa nature divine, soit par un acte de puissance (Jn 2,11), soit par « quelque chose » que les hommes perçoivent et décrivent en termes de lumière (Lc 9,28-29 ; 9,32 ; Mc 9,2-3 ; Mt 17,1-2). Il n’existe donc pas de « gloire de Dieu » sans « la nature divine » qui lui correspond. Que sous-entend alors l’expression « gloire qu’il tient de son Père comme Fils Unique » en Jn 1,14 ? Souvenons-nous de ce que nous proclamons chaque Dimanche dans notre Crédo : « Il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vraie Dieu né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait »… Or, que nous dit St Jean de la nature divine en Jn 4,24 ? Et qu’est-ce que le Fils est venu nous communiquer (Jn 7,37-39 ; Ac 2,38 ; 1Th 4,8) ? Conclusion : à quoi sommes-nous donc tous appelés (cf 2P 1,3-4) ? Retrouvez la réponse par l’intermédiaire du mot « gloire » employé en Jn 17,22-23 pour décrire le Don que Dieu le Père veut nous communiquer par son Fils. Or, d’après Rm 3,23, nous en étions tous privés par suite de nos fautes… Mais tel est le « pur » amour de Dieu : chercher envers et contre tout le bien de tous ceux qu’il aime… Aussi est-il venu nous proposer avec et par son Fils de nous donner gratuitement tout ce que nous avions perdu par suite de nos fautes… Heureux alors tous ceux et celles qui accepteront de se repentir de tout cœur en lui offrant instant après instant toute la misère qui peut encore habiter leur vie… « L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) aura vite fait d’accomplir son œuvre et de leur communiquer cette Vie éternelle qu’il est venu nous offrir en surabondance (Jn 10,10). « Le salaire du péché, c’est la mort. Mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23).

Quelle est enfin la grande œuvre que le Christ accomplira d’après Jn 1,18 (Voir aussi Mt 11,27) ? Et comment tout ceci s’accomplira-t-il (Voir 1Co 2,9-12 ; Ep 1,17-21).

Ci dessous la correction de la seconde fiche :

corrige fiche2

Diacre Jacques Fournier




Fiche N°1 : Le Prologue de l’Evangile selon St Jean (Jn 1,1-18) Première partie

1 – D’après la conclusion de l’Evangile (Jn 20,30-31), pourquoi St Jean l’a-t-il écrit ? Cette réponse rejoint-elle « le cœur » du Prologue (Jn 1,10-13) ? Ces deux textes permettent déjà de deviner deux thèmes principaux de l’Evangile : lesquels ((1) : Jn 4,41 ; 9,35-38 ; 11,42 ; en négatif : Jn 6,64 et 12,39 ; (2) Jn 3,15 ; 5,40 ; 6,47 ; 10,10) ? Le but de tout notre travail sur St Jean sera donc de faire grandir en nous (1) pour que nous puissions commencer à expérimenter la Présence de (2) au cœur de notre vie… Voilà l’aventure à laquelle nous sommes tous invités dès ici-bas, dans la foi…

2 – St Jean commence son Evangile en reprenant les deux premiers mots du premier chapitre du Livre de la Genèse (Gn 1,1-2,4) ; le lire en entier et noter tout particulièrement ce qui est dit de l’homme en Gn 1,26-27. Et d’après le début du verset 28, que reçoit-il aussitôt pour pouvoir accomplir sa vocation sur la terre ? Lorsque Dieu donne, il ne reprend jamais… Ce « cadeau » accompagnera donc tout au long de son existence tout être humain qui naît en ce monde… Et par cette allusion au Livre de la Genèse, St Jean nous dit déjà que toute l’œuvre de Jésus sera de faire en sorte que l’homme soit bien ce que Dieu veut qu’il soit, en accueillant bien ce que Dieu lui a déjà donné ! Tel est ce que nous appelons « le salut » : que l’homme soit vraiment ce que Dieu voulait qu’il soit lorsqu’il l’a créé… Jésus va donc se battre, avec les armes de la douceur, de l’amour et d’une continuelle bienveillance, contre tout ce qui peut « abîmer » l’homme, le blesser, l’écraser, le faire souffrir…

Dans le Livre de la Genèse, nous avons « Dieu dit… », « Dieu dit… », etc… Et l’on pourrait penser qu’il s’agit d’une seule Personne divine qui s’exprime. Mais dès le début de son Evangile, St Jean écrit : « Et le Verbe était Dieu » au sens où il participe pleinement à ce que Dieu est en Lui-même, c’est-à-dire à sa « nature divine ». Puis il emploie ce même mot « Dieu » avec un autre sens pour désigner non pas « le fait d’être Dieu », mais une autre Personne divine : « le Verbe était avec Dieu,… il était au commencement avec Dieu »… Noter comment ces deux Personnes divines sont nommées à la fin du Prologue (Jn 1,18)…

 

Lire Jn 20,19-23. Nous sommes à la fin de l’évangile et St Jean va de nouveau faire allusion aux premiers chapitres de la Genèse avec le second récit de la création de l’homme. Lire Gn 2,4-7. Comment Dieu crée-t-il l’homme en ce texte ; quelle réalité est à l’origine du Mystère de sa vie ? Noter qu’en Jn 20,22 c’est le Christ ressuscité qui agit comme Dieu en Gn 2,7… Et que donne le Christ à ses disciples en Jn 20,22, des disciples qui représentent ici le monde entier appelé au salut ? A quoi renvoie donc l’image du « Souffle de Dieu » dans la Bible ? Ainsi, le mystère de l’origine de la vie de tout être humain sur cette terre est à chercher dans la Présence en lui du « Souffle de Dieu »… Instant après instant, c’est donc Dieu qui nous fait vivre ! Il est donc infiniment proche de chacun d’entre nous, au plus profond de nous-mêmes, à la racine du Mystère de notre vie, présent à notre existence depuis ses tout premiers commencements… Si nous l’avions oublié, le Christ va commencer par nous le rappeler : ce sont ses premières paroles dans l’Evangile de Marc, « le Royaume de Dieu est tout proche », Dieu est tout proche, « convertissez-vous », tournez-vous vers lui, et vous recevrez aussitôt ce qu’il veut vous donner depuis toujours : sa vie en plénitude (Mc 1,15)… Et toute l’œuvre du Christ sera de faire en sorte qu’il en soit vraiment ainsi : que vivions dès maintenant le plus possible de ce Souffle de Vie qui nous habite déjà, en attendant la pleine révélation de cette Plénitude par-delà notre « mort »… « Je ne meurs pas, j’entre dans la Vie », disait Ste Thérèse de Lisieux… Et pour accomplir cette œuvre, Jésus veut nous débarrasser de tout ce qui pourrait faire obstacle à l’épanouissement en nous de cette Vie : qu’enlève-t-il d’après Jn 1,29 ? Retrouver la réponse dans cette phrase de la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité : « Il n’y a qu’un mouvement au cœur du Christ : enlever les péchés et emmener l’âme à Dieu »… Jour après jour, instant après instant, inlassablement, de misère pardonnée en misère pardonnée, il est ainsi… pour que nous retrouvions grâce à lui la Plénitude de la vie que nous avions perdue par suite de nos fautes… Retrouver en Lc 24,46-48 ce grand cadeau que le Christ veut offrir à tous les pécheurs que nous sommes… Et c’est avant tout de cela dont nous devons être les témoins…

 

3 – Dès le 1° verset, St Jean nous entraîne au cœur du Mystère de la foi. Quel était le Crédo d’Israël (cf. Deutéronome (Dt) 6,4) ? St Jean y adhère-t-il (cf Jn 5,44 ; 17,3) ? Et pourtant, dès le début de son Evangile, il nous présente bien deux Personnes divines! Y-a-t-il contradiction ? Nous allons voir que non…

Noter en Jn 4,24 puis dans la Première Lettre de St Jean, vers la fin de notre Nouveau Testament, en 1Jn 1,5 ; 4,8, les trois grandes affirmations de St Jean sur « la nature divine », c’est-à-dire ce que Dieu est en lui-même. Le Père est Dieu ; nous pouvons donc lui appliquer ces trois affirmations. Jésus, le Fils, est Dieu ; nous pouvons donc les lui appliquer également…

Et nous allons maintenant aborder une difficulté liée à notre vocabulaire… Nous savons que Jésus, le Fils, nous a révélé le Mystère de Dieu comme étant « Trinité », c’est-à-dire trois Personnes divines… Pour l’instant, nous n’en avons rencontré que deux : le Père, et Jésus le Fils… La troisième, nous l’appelons « l’Esprit Saint », et nous pressentons sa Présence par exemple en Actes 8,29 : « L’Esprit dit à Philippe »… Une Personne s’adresse à une autre personne… Et en Ac 13,2, : « L’Esprit Saint dit : « Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés. » Là aussi, une Personne divine s’exprime… En Jn 14,15-17, St Jean l’appelle « le Paraclet », c’est-à-dire le Défenseur, l’Avocat : « Si vous m’aimez », dit Jésus à ses disciples, « vous garderez mes commandements ; et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. » En disant « le Père vous donnera un autre Paraclet », Jésus pense à son départ tout proche : bientôt, il va souffrir, être mis au tombeau, ressusciter et monter au ciel, comme nous le disons dans notre Crédo. Les disciples ne le verront donc plus comme ils le voyaient jusqu’à présent. Mais Jésus leur promet qu’ils ne seront laissés à eux-mêmes… A sa prière, le Père va leur envoyer « un autre » Défenseur, « une autre » Personne divine qui prendra soin d’eux et veillera sur eux comme Jésus le faisait déjà lorsqu’il était avec eux (cf. Jn 17,12 ; Luc (Lc) 22,31‑32). Cette autre Personne divine, nous l’appelons « l’Esprit Saint ». Mais la difficulté vient du fait que ces deux mots « Esprit » et « Saint » servent aussi à décrire ce que Dieu est en lui-même, c’est-à-dire sa « nature divine » (cf. Jn 4,24). Ainsi, le Père est « Esprit » et le Père est « Saint ». Le Fils est « Esprit » et le Fils est « Saint ». Et nous pouvons dire aussi « l’Esprit Saint » est « Esprit » et « l’Esprit Saint » est « Saint »… N’oublions donc jamais ce double sens possible de l’expression « Esprit Saint » : « l’Esprit Saint » (Personne divine) est « Esprit » et il est « Saint » en tant qu’il participe lui aussi pleinement à la nature divine… Et la grande œuvre de « l’Esprit Saint » Personne divine sera justement de nous communiquer « l’Esprit Saint » nature divine. Le Père Yves Congar écrit : « L’Esprit Saint » (Personne divine) « se cache derrière ses dons » (l’Esprit Saint nature divine). Et ce cadeau est offert à tous. Nous avons tous été créés pour cela : participer selon notre condition de créature à la nature divine (cf. 2Pierre (2P) 1,3-4), et entrer ainsi dans le Mystère de la Plénitude de la Vie éternelle…

Le Père « Personne divine », le Fils « Personne divine » et l’Esprit Saint « Personne divine » partagent donc pleinement tous les Trois une seule et unique nature divine qui est tout à la fois « Esprit » et « Sainte ». Et l’on pourrait rajouter « Amour » (1Jn 4,8.16), « Lumière » (1Jn 1,5), « Vie », « Paix », « Force », « Vérité », etc… Que peut-on dire alors de chacune des Trois Personnes divines : quel Mystère vivent‑elles (cf 1Jn 1,2-3 ; 1Jn 1,6-7 ; 1Corinthiens (1Co) 1,9 ; 2Corinthiens (2Co) 13,13 ; Philippiens (Ph) 2,1‑2) ? St Jean évoque ce Mystère avec une autre expression en Jn 10,30 : « Moi », dit Jésus, « et le Père, nous sommes un », différents l’un de l’autre mais unis l’un à l’autre dans la Communion d’un même Esprit, d’une même Lumière, d’un même Amour… Et d’après Jn 17,20-23, dans quelle grande aventure Jésus désire-t-il tous nous entraîner ? Et cela se mettra concrètement en œuvre par le don de l’Esprit Saint « nature divine » (cf 1Thessaloniciens (1Th) 4,8 ; Ac 2,38-39)…

4 – Cette Personne divine que nous appelons Jésus, le Fils ou « le Verbe », « la Parole », va assumer notre nature humaine « de chair et de sang ». Lui qui jusqu’à présent n’était « qu’Esprit » va entrer historiquement dans le temps de l’aventure humaine et vivre notre condition d’homme et de femme sur cette terre… Tout en restant pleinement « Esprit », il se fait pleinement homme… C’est le Mystère de l’Incarnation. En quel verset apparaît-il dans le Prologue de l’Evangile de Jean ? Conclusion : tout ce qui est dit « avant » renvoie à « l’avant » de l’Incarnation… Noter toutes les expressions qui soulignent en cet « avant » la proximité de Dieu, sa Présence à la vie de tout homme… Et il en est bien sûr toujours ainsi aujourd’hui… Dieu, dans le Mystère de sa Bienveillance et de son Infinie Miséricorde est présent à la vie de tout homme, pour son bien, dans le respect total de sa liberté… Quiconque est « de bonne volonté » accueille cette Présence, qu’il en soit conscient ou non… Tel est le regard de foi, un regard universel, auquel St Jean nous invite ici… « Les siens » au verset 11 désigne « le Peuple d’Israël » auquel « le Verbe », « la Parole », s’était déjà adressé par tous les prophètes de l’Ancien Testament… Mais ils n’ont pas été accueillis…

La révélation contenue dans les Evangiles nous permet donc de prendre conscience d’une réalité qui existe depuis que le monde existe : un Dieu tout proche qui ne désire que le bien de sa créature et se met, par amour, au service de sa vie… Mais encore faut-il consentir à cette Présence et à son action… En nous aidant à en prendre conscience, l’Evangile nous permet de mieux collaborer à cette « œuvre de Dieu » qui ne désire que notre vie ! Heureux sommes-nous donc de croire ! Et Dieu nous invite tous à collaborer à son œuvre en le faisant connaître autour de nous…

5 – « En lui était la Vie », lit-on en Jn 1,4… Qui est « la Source de Vie » d’après le Psaume (Ps) 36(35),10 et le prophète Jérémie (Jr) 2,13 ? N’oublions pas que dans l’Ancien Testament, le mot « Dieu » renvoie le plus souvent à Celui que nous appelons « Dieu le Père » dans le Nouveau Testament…

Et d’après Jn 5,26 et Jn 6,57, que donne le Père au Fils de toute éternité ? C’est ainsi, comme nous le disons dans notre Crédo, qu’il « engendré, non pas créé, de même nature que le Père »… Depuis toujours et pour toujours, l’attitude fondamentale du Fils, au plus profond de son Cœur, est donc : se recevoir du Père. Et telle est aussi l’aventure à laquelle nous sommes tous conviés : apprendre par notre foi au Fils à nous recevoir comme Lui du Père… Noter comment Jésus résume sa mission en Jn 6,33 et 10,10… A quel temps les verbes sont-ils conjugués ? Cette action nous rejoint donc dès aujourd’hui… Pour en bénéficier, Jésus ne nous demande qu’une seule chose, laquelle (Jn 3,14-16 ; 3,36 ; 6,47 ; 20,30-31) ? Et tout ceci s’accomplira très concrètement par le Don de l’Esprit Saint, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)…

Or, en St Jean, cette « Vie » transmise par l’Esprit est aussi « Lumière » (cf Jn 1,4 et Jn 8,12) et le croyant qui la reçoit par une foi vivante, de tout cœur, devient ainsi « lumière dans le Seigneur », en tant que Dieu le Père, par le don de l’Esprit, l’a uni au Christ Seigneur dans la communion d’un même Esprit (cf Ephésiens (Ep) 5,8 ; 1Thessaloniciens (1Th) 5,5 ; Jn 12,36 ; Colossiens (Col) 1,11‑14 ; 1Pierre (1P) 2,9). Et c’est cette Lumière en lui qui petit à petit se révèlera finalement victorieuse des ténèbres (Jn 1,5), c’est-à-dire de ce mal qui en définitive nous fait mal, nous blesse et blesse aussi hélas tous ceux et celles à qui nous pouvons faire du mal… Mais grâce à une vie de prière de plus en plus fidèle, qui saura accueillir le don continuel que Dieu nous fait de sa Lumière, nous pourrons vaincre le mal et donc expérimenter de plus en plus la Plénitude de sa Vie…

                                                                                                                    Diacre Jacques Fournier

Ci dessous la correction :

 

corrige fiche1




Un regard sur le Mystère de Jésus d’après l’Evangile selon St Jean.

Jésus, « l’Envoyé du Père »

 

Dans l’Evangile selon St Jean, Jésus se présente avant tout comme “l’Envoyé du Père”. Il est “le Verbe” qui existe de toute éternité: il était avant le commencement du monde, tourné vers Dieu son Père, Dieu Lui‑même comme Dieu son Père:

“Au commencement était le Verbe

et le Verbe était avec Dieu

et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement avec Dieu” (1,1-2).

Le Verbe est donc “sorti” d’auprès de Dieu, il est “venu” dans le monde en “envoyé de Dieu” et s’est fait chair pour accomplir parmi les hommes et pour eux sa mission de salut:

C’est de Dieu que je suis sorti et que je viens”, disait Jésus aux Juifs.

“Je ne viens pas de moi-même; mais lui m’a envoyé” (8,42).

Et à ses disciples, il déclare, peu avant sa mort et sa résurrection:

Le Père vous aime…

Je suis sorti d’auprès de Lui et venu dans le monde.

De nouveau je quitte le monde et je vais vers le Père” (16,27-28).

Et un peu plus loin, dans sa prière au Père, il dira à propos de ses disciples:

Ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi,

et ils ont cru que tu m’as envoyé” (17,8).

“Envoyé de Dieu”, le Christ est donc “sorti d’auprès de Dieu” et “venu dans le monde” pour rencontrer les hommes, et les sauver:

Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu

(3,31-32).

Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde,

mais pour que le monde soit sauvé par lui” (3,17).

Jésus, témoin du Père

Ce verbe “témoigner” est très important pour St Jean: pour lui, annoncer le Christ, c’est d’abord lui rendre témoignage, ce qui suppose la rencontre, la découverte de son mystère et de sa Présence. Jésus lui-même décrit plusieurs fois sa mission en termes de témoignage rendu à ce qu’il a vu et entendu:

En vérité, en vérité, je te le dis“, disait Jésus à Nicodème,

“nous parlons de ce que nous savons

et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu;

mais vous n’accueillez pas notre témoignage.

Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre,

comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel?

Nul n’est monté au ciel,

hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme” .

Et “celui qui vient du ciel

témoigne de ce qu’il a vu et entendu” (3,11-13.31-32)…

Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde”, disait-il encore à Pilate,

que pour rendre témoignage à la vérité.

Quiconque est de la vérité écoute ma voix” (18,37).

De son côté, le Père rend témoignage à son Fils:

“Le Père qui m’a envoyé, lui me rend témoignage” (5,37).

Le Père est toujours avec Jésus, son Fils

“Sortir d’auprès de Dieu” et “venir dans le monde” ne veut pas dire pour Jésus se retrouver tout seul pour accomplir cette mission que le Père lui a confiée… Bien au contraire… Jésus n’est jamais seul: le Père est toujours avec lui.

“Je sais d’où je suis venu et où je vais” disait-il aux Pharisiens.

“Mais vous, vous ne savez pas d’où je viens ni où je vais.

Vous, vous jugez de façon purement humaine;

moi, je ne juge personne;

et s’il m’arrive de juger, moi, mon jugement est selon la vérité,

parce que je ne suis pas seul;

j’ai avec moi le Père qui m’a envoyé.

Or il est écrit dans votre Loi

que le témoignage de deux personnes est valable.

Je suis à moi-même mon propre témoin,

et pour moi témoigne le Père qui m’a envoyé” (8,14-18).

Oui, “celui qui m’a envoyé est avec moi;

il ne m’a pas laissé seul,

parce que je fais toujours ce qui lui plaît” (8,29).

Et peu de temps avant sa Passion, il annoncera à ses disciples:

“Voici venir l’heure – et elle est venue –

où vous serez dispersés chacun de votre côté

et vous me laisserez seul.

Mais je ne suis pas seul: le Père est avec moi” (16,32).

Jésus aime le Père, le Père aime Jésus, son Fils.

Le Père aime Jésus:

“Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main” (3,35).

“Le Père m’aime…” (10,17).

“Père, tu m’as aimé avant la fondation du monde…” (17,24).

Et Jésus répond à l’amour par l’amour en “faisant ce qui plaît à Dieu”, en “accomplissant la volonté du Père”:

“Je ne cherche pas ma volonté,

mais la volonté de celui qui m’a envoyé” (5,30).

En effet, “je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté,

mais la volonté de celui qui m’a envoyé” (6,38).

Et “il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père

et que je fais comme le Père m’a commandé” (14,31).

Oui, “j‘ai gardé les commandements de mon Père,

et je demeure en son amour” (15,10).

Jésus ne peut rien faire sans son Père

Le Père et le Fils sont donc toujours “ensemble”, et le seul souci de Jésus va être d’accomplir sa mission avec le Père, en relation avec son Père, par amour du Père, car cette mission de salut n’est pas seulement la sienne: elle est avant tout celle du Père qui l’a envoyé…

“Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent,

et j’œuvre moi aussi” (5,17).

“Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé

et de mener son oeuvre à bonne fin” (4,34).

Au chapitre cinq de St Jean, Jésus va pour la première fois manifester l’expérience qu’il a de Lui-même. Son intention est-elle de se mettre en avant? Bien au contraire! Jésus va se révéler comme le plus pauvre de cœur qui soit: seul, il ne peut rien. Il dépend entièrement du Père: “le Seigneur fait tout pour moi! Seigneur, éternel est ton amour: n’arrête pas l’œuvre de tes mains” (Ps 138,8).

Jésus disait: “En vérité, en vérité, je vous le dis,

le Fils ne peut rien faire de lui-même,

il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père:

ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement.

Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait” (5,19-20).

Jésus ne peut donc rien faire sans maintenir son regard fixé sur le Père. En fait, c’est le Père qui agit pour le salut du monde. De son côté, Jésus demeure en son Amour: il le regarde, il l’écoute, il désire accomplir lui aussi sa volonté, être son Serviteur…

Les Paroles de Jésus ? Les Paroles du Père !

Jésus n’est pas à l’origine des Paroles qu’il prononce: il ne fait que dire ce que le Père lui dit… Avant de parler, Jésus prenait donc le temps d’écouter son Père, dans la prière…

Je ne fais rien de moi-même,

mais je dis ce que le Père m’a enseigné” (8,28).

Ce n’est pas de moi-même que j’ai parlé,

mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même commandé

ce que j’avais à dire et à faire connaître;

et je sais que son commandement est vie éternelle.

Ainsi donc ce que je dis,

tel que le Père me l’a dit, je le dis” (12,49-50).

Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi?

Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même:

mais le Père demeurant en moi fait ses oeuvres” (14,10).

Ainsi, “la parole que vous entendez n’est pas de moi,

mais du Père qui m’a envoyé” (14,24).

Mon enseignement n’est pas le mien:

c’est l’enseignement de celui qui m’a envoyé.

Celui qui veut faire la volonté de Dieu

saura si cet enseignement vient de Dieu,

ou si je ne parle qu’en mon nom” (7,16-17).

Ses Apôtres ont cru en lui: “Seigneur, tu as les Paroles de la vie éternelle” disait St Pierre. Oui, “nous, nous croyons et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu” (6,69).

Et peu de temps avant de mourir, Jésus priera son Père pour ses disciples. Il les aime et il sait que des heures difficiles les attendent…

Père, maintenant ils ont reconnu

que tout ce que tu m’as donné vient de toi;

car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données,

et ils les ont accueillies

et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi,

et ils ont cru que tu m’as envoyé.

C’est pour eux que je prie“…

Les miracles de Jésus ? Les miracles du Père !

 Là aussi, Jésus ne peut rien faire de lui-même. Pour lui, les miracles qu’Il accomplit sont avant tout “les oeuvres du Père”:

“Vous dites: Tu blasphèmes, parce que j’ai dit: Je suis Fils de Dieu!

Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez pas;

mais si je les fais,

quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces oeuvres,

afin de reconnaître une bonne fois

que le Père est en moi et moi dans le Père” (10,36-38).

Les oeuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin,

ces oeuvres mêmes que je fais

me rendent témoignage que le Père m’envoie” (5,36).

C’est ainsi qu’un jour, “Jésus vit en passant un homme aveugle de naissance.     Ses disciples lui demandèrent:

Maître, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle?”

Jésus répondit:

“Ni lui ni ses parents n’ont péché,

mais c’est afin que soient manifestées en lui les oeuvres de Dieu.

Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler

aux oeuvres de celui qui m’a envoyé;

la nuit vient, où nul ne peut travailler.

Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.”

Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l’aveugle et lui dit:

“Va te laver à la piscine de Siloé” – ce qui veut dire: Envoyé.

L’aveugle s’en alla donc, il se lava et revint en voyant clair” (9,1-7).

Pourquoi les miracles ?

                   Pour que nous croyions en Jésus, le Christ et Fils de Dieu.

Dans la première conclusion de son Evangile, St Jean écrit:

“Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes,

qui ne sont pas écrits dans ce livre.

Ceux-là ont été mis par écrit,

pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,

et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom” (20,30-31).

            Jésus est “venu pour que nous ayions la vie, et que nous l’ayions en surabondance” (10,10). Les miracles nous interpellent, et nous invitent à croire que Jésus est vraiment Maître et Seigneur, Christ et Fils de Dieu venu en ce monde pour nous transformer et nous donner, jour après jour, de naître et de renaître à la vie de Dieu:

            “A tous ceux qui l’ont accueilli,

il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu,

à ceux qui croient en son nom” (1,12).

En vérité, en vérité, je te le dis“, expliquait-il à Nicodème,

à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu.

Nicodème lui dit:

Comment un homme peut-il naître, étant vieux?

Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître?

Jésus répondit:

“En vérité, en vérité, je te le dis,

à moins de naître d’eau et d’Esprit,

nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.

Ce qui est né de la chair est chair,

ce qui est né de l’Esprit est esprit.

Ne t’étonne pas, si je t’ai dit: Il vous faut naître d’en haut.

Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix,

mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va.

Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit” (3,3-8).

Dans la foi et par notre foi : vivre du Christ

Jésus vit du Père. Il est pour lui “source d’eau vive”, source de paix et de joie même au coeur des épreuves les plus difficiles. Connaître ce Dieu Père rayonnant de bonté et de continuelle bienveillance était vraiment pour lui la source d’un bonheur profond. St Luc nous présente ainsi Jésus “tressaillant de joie” et “bénissant son Père” d’être ce qu’Il est (Lc 10,21-22).

Jésus est bien conscient du bonheur qu’il a de connaître le Père ! Et son seul désir est de nous permettre, à nous aussi, de vivre ce qu’Il vit, à notre mesure. Le Père est pour lui “source de vie”?

Comme le Père a la vie en lui-même,

de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même” (5,26).

Jésus désire nous faire découvrir cette source:

Si tu savais le don de Dieu” (Et lui le connaît bien!)

et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire,

c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive.”

Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif;

l’eau que je lui donnerai

deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle” (4,10-14).

De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé

et que moi je vis par le Père,

de même aussi celui qui me mangera vivra par moi” (6,57).

En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle” (6,47).

Père, l’heure est venue”, disait-il encore dans sa prière peu de temps avant sa Passion. “Glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout homme, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés”, c’est-à-dire à tout homme (17,1-2)! Tel est le désir de Dieu qui se met très concrètement en œuvre dès aujourd’hui grâce au don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 7,37-39).

Dans la foi et par notre foi : vivre comme le Christ

 Christ est venu nous révéler qui est Dieu: “Dieu est amour” (1Jn 4,8) et Il n’est qu’Amour. Face à l’homme pécheur, l’Amour se fera Miséricorde avec un seul but: pardonner tous nos péchés, balayer tous les obstacles pour qu’enfin le pécheur pardonné puisse retrouver le chemin de la vraie Vie, celle que Dieu son Père veut lui offrir.

1Jn 4,9-16 : « Voici comment Dieu a manifesté son amour pour nous:

Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde

pour que nous vivions par lui.

Voici à quoi se reconnaît l’amour: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,

mais c’est lui qui nous a aimés

et il a envoyé son Fils qui est la victime offerte pour nos péchés…

Et nous, nous avons contemplé et nous attestons

que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde…

Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru”.

Dès lors, le Christ nous invite à le laisser être pour chacun de nous ce qu’Il est: « le Sauveur du monde » (Jn 4,42), « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), jour après jour, inlassablement. « Jésus est Sauveur, sa mission est de pardonner et le Père nous disait en sa retraite : « Il n’y a qu’un mouvement au cœur du Christ : effacer le péché et emmener l’âme à Dieu » (Ste Elisabeth de la Trinité).

Jn 3,14-18 : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert,

ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme,

afin que quiconque croit ait en lui la vie éternelle.

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils,

l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,

mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde,

mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Qui croit en lui n’est pas jugé ;

qui ne croit pas est déjà jugé,

parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique-Engendré de Dieu.

Jn 8,11 (Jésus à la femme surprise en flagrant délit d’adultère ; cf. Jn 5,14) :

« Je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. »

Jésus est donc venu nous réconcilier avec le Père, nous donner la vie des enfants de Dieu et nous introduire ainsi dans une “communion de vie et d’amour” avec lui et avec son Père. C’est ce qu’il exprime lorsqu’il évoque le fait “d’être un avec lui comme lui-même est un avec son Père”. Le Christ est mort sur la croix pour que ces mots deviennent “vie et force d’aimer” pour chacun d’entre nous. Et juste avant sa Passion, il priait ainsi, pour que nous tous aujourd’hui, nous soyons “comme” lui. L’Eglise est née de cette prière, et elle vit chaque jour de cette prière :

Père, je ne prie pas seulement pour (ceux qui m’entourent aujourd’hui)

mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi,

afin que tous soient un.

Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous,

afin que le monde croie que tu m’as envoyé.

Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée,

pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi,

afin qu’ils soient parfaits dans l’unité,

et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé

et que tu les as aimés comme tu m’as aimé” (Jn 17,20-23).

            Nous établir en communion avec Lui : tel était le désir du Père lorsqu’il créa le monde, telle est l’œuvre accomplie par le Christ qui est mort pour nous afin que nous vivions unis à Lui (1Th 5,10).

            Dès lors, l’Amour de Dieu offert ne cessera de retentir dans notre monde en un appel à aimer (15,16-17) :

                        “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ;

                        mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis

                        pour que vous alliez et portiez du fruit

                        et que votre fruit demeure,

                        afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,

                                                                                                                      il vous le donne.

                       Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres”.

            Et pour nous permettre de répondre à cet appel, le Père a envoyé à la prière de son Fils un autre Défenseur, un autre « Paraclet », « l’Esprit de vérité », pour qu’il soit avec nous à jamais. Et c’est Lui qui, jour après jour, se propose de nous communiquer « la force d’aimer » dont nous avons tant besoin…

            Jn 14,15-17 : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements;

et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet,

pour qu’il soit avec vous à jamais,

l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir,

parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît.

Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera.

Rm 5,5 : « L’Amour de Dieu », (l’Amour avec lequel Dieu nous aime (note BJ))

a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné ».

Quelques mots importants pour St Jean

            Alors que St Matthieu utilise 1691 mots, St Marc 1345, St Luc 2055, St Jean n’emploie que 1011 mots pour écrire son Evangile, et ce vocabulaire même manifeste l’originalité de sa pensée:

Matthieu

Marc

Luc

Jean

Aimer, amour (agapé et filia)

14

7

15

56

Connaître

20

12

28

56

Demeurer

3

2

7

40

Envoyer

4

1

10

32

“Je suis”

14

4

16

54

Garder (la Parole de Dieu…)

6

1

0

18

Lumière

7

1

7

23

Monde

8

2

3

78

Père (pour Dieu)

45

4

17

118

Témoin, témoignage, témoigner

4

6

5

47

Vérité, vrai, véritable…

2

4

4

46

Vie

7

4

5

35

Le Nom divin appliqué à Jésus : “Je suis”.

Au chapitre trois du Livre de l’Exode, Dieu se manifeste à Moïse dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. “Moïse dit à Dieu:

“Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis:

Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous.

Mais s’ils me disent: “Quel est son nom?”, que leur dirai-je?”

Dieu dit à Moïse: “JE SUIS CELUI QUI SUIS.”

Et il dit: “Voici ce que tu diras aux Israélites:

JE SUIS m’a envoyé vers vous” (Ex 3,13-14).

                        St Jean reprend très souvent ce Nom divin “JE SUIS” pour l’appliquer à Jésus. Il apparaît notamment quatre fois avec la même force que dans le Livre de l’Exode. En parlant ainsi, Jésus nous révèle qu’Il est Dieu comme son Père est Dieu:

                        j Jn 8,24: “Si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés“.

                        j Jn 8,28: “Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que JE SUIS et que je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m’a enseigné“…

                        j Jn 8,58: “En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham ait existé, JE SUIS.”

                        j Jn 13,19 (annonce de la trahison de Judas): “Je vous le dis dès à présent, avant que la chose n’arrive, pour qu’une fois celle-çi arrivée, vous croyiez que JE SUIS“.

            St Jean applique également ce Nom divin à Jésus en ajoutant juste après telle ou telle précision qui nous permet de découvrir telle ou telle facette de son mystère. Voici quelques exemples:

                        j Jn 6,35 et 6,48:”JE SUIS le pain de vie“.

                        j Jn 6,51 (cf 6,41): “JE SUIS le pain vivant descendu du ciel“.

                        j Jn 8,12: “JE SUIS la lumière du monde“.

                        j Jn 10,9 (cf 10,7): “JE SUIS la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé”.

                        j Jn 10,11 (10,14): “JE SUIS le bon pasteur.”

                        j Jn 11,25: “JE SUIS la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra“.

                        j Jn 14,6: “JE SUIS le Chemin, la Vérité et la Vie; personne ne va vers le Père sans passer par moi“.

                        j Jn 15,1: “JE SUIS la vraie vigne, et mon Père est le vigneron“…

                        j Jn 15,5: “JE SUIS la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit, car hors de moi vous ne pouvez rien faire“.

            Enfin, d’autres passages emploient eux aussi un “Je suis” identique au Nom divin, mais le contexte invite à adopter une traduction différente. Néanmoins, St Jean continue dans ces versets à faire allusion à la dignité mystérieuse et incomparable de Jésus:

                        j Jn 4,24-26: La Samaritaine dit à Jésus: “Je sais que le Messie doit venir, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout“. Jésus lui dit: “Je le suis, moi qui te parle“.

            Dans le texte grec, nous lisons littéralement: “JE SUIS CELUI QUI te parle”, une expression très proche de “JE SUIS CELUI QUI SUIS”.

                        j Jn 6,20: Jésus marche sur la mer. Ses disciples le voient et prennent peur. Jésus leur dit: “C’est moi. N’ayez pas peur“.

            Littéralement, Jean a écrit: “JE SUIS. N’ayez pas peur“. L’allusion est ici d’autant plus forte que, d’après l’Ancien Testament, Dieu seul est capable de fouler la mer (Job 9,8; Ps 77,20).

                        j Jn 18,5; 18,6 et 18,8: deux fois, Jésus demande à ceux qui viennent l’arrêter dans le jardin de Gethsémani: “Qui cherchez-vous ?”. Ils répondent: “Jésus le Nazôréen“. Et Jésus leur répond à chaque fois: “C’est moi !“.

            Littéralement, il leur dit: “JE SUIS“. Là encore, l’allusion au Nom divin est très forte car St Jean précise que “lorsque Jésus leur eut dit: “C’est moi !” (JE SUIS!), ils reculèrent et tombèrent à terre”. “Dans la Bible”, écrit Xavier Léon Dufour, “le recul et la chute visualisent l’impuissance des méchants face à la toute‑puissance de Dieu”.

Jacques Fournier




Plan de l’Evangile selon St Jean

Le plan proposé par Rinaldo Fabris est le suivant :

Introduction :

                        – Jn 1,1-18 : Annonce des thèmes de l’Evangile.

– Jn 1,19-51 : Introduction à l’activité messianique de Jésus[1].

Développement :

: Jn 2,1-12,36 : le livre des signes de Jésus, le Christ et Fils de Dieu[2].

  1. a) précédé du témoignage de Jean et de la présentation des disciples                                                                                                              (Jn 1,19-51).

  2. b) Conclus par un commentaire théologique (Jn 1,19-51)

et par un dernier appel de Jésus (Jn 12,37-43.44-50).

: Jn 13,1-20,29 : “l’accomplissement” et l’heure de la glorification de Jésus,

                                                                                                          le Christ et Fils de Dieu[3].

Conclusion : Jn 20,30-31 : But et prospective de l’Auteur.

Jn 21,1-23 : Ajout d’une nouvelle rencontre du Seigneur ressuscité avec quelques                                                                                                         disciples sur le lac de Tibériade.

Jn 21,24-25 : Epilogue.

[1] Remarques: Jean-Baptiste, dont le rôle de témoin est déjà anticipé dans le prologue (1,6-8.15) prépare le passage des attentes messianiques à leur accomplissement. La présentation du groupe des disciples rejoint la préoccupation générale de l’auteur (cf. Jn 20,30).

[2] La division du livre en deux parties est justifiée par:

– 1 -La conclusion de la première par un commentaire théologique et l’appel final à la foi (12,37-43.44-50).

– 2 – A partir de ce moment on ne parle plus de signes, sinon à la conclusion de l’évangile (20,30s).

– 3 – Changement d’interlocuteur: on passe de la foule et des Juifs de Jérusalem aux disciples.

[3] L’évangéliste distingue un avant et un après la glorification de Jésus en rapport à la mort-résurrection (12,16; 2,22). Remarquer aussi que la terminologie de l’amour est concentrée en 13-17 (agapé 6/7 ; agapaô 30/37); cette 2° partie ne concerne donc plus les signes mais l’accomplissement de l’œuvre entière de JC.




Evangile selon St Jean : Introduction

A) Auteur, date et lieu de rédaction

1 – L’auteur

            Le plus ancien témoignage connu quant à l’auteur du quatrième Evangile est celui de Papias, Evêque d’Hiérapolis en Asie Mineure vers 110-120 ap JC, conservé par Eusèbe de Césarée (mort vers 339). Mais selon Eusèbe, contrairement à Irénée (né vers 140 en Asie Mineure, puis Evêque de Lyon, mort en 202), il faudrait distinguer entre deux Jean : l’apôtre et un ancien de l’Eglise d’Ephèse, le “presbytre” (du grec presbÊterow, « ancien »). L’Evangile proviendrait de l’Apôtre, et l’Apocalypse du presbytre…

            De son côté, Irénée, disciple de Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de Jean, écrit : « Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur sa poitrine, a publié lui-aussi l’Evangile pendant son séjour à Ephèse en Asie » (Adversus Haereses (Contre les Hérésies), 3,1,1).

Dans sa lettre à Florinus, un ami d’enfance, il écrit : « Je puis dire l’endroit où s’asseyait le bienheureux Polycarpe pour parler, comment il entrait et sortait, sa façon de vivre, son aspect physique, les entretiens qu’il tenait devant la foule ; comment il rapportait ses relations avec Jean et avec les autres qui avaient connu le Seigneur ; comment il rappelait leurs paroles et les choses qu’il avait entendu dire au sujet du Seigneur, de ses miracles, de ses enseignements ; comment Polycarpe, après avoir reçu tout cela des témoins oculaires de la vie du Verbe, le rapportait conformément aux Ecritures »…

            Ces traditions rapportées par Irénée sont également en accord avec Polycrate d’Ephèse (v. 190) selon les paroles de sa lettre au Pape Victor :

            « Nous célébrons scrupuleusement ce jour (de Pâques), sans rien retrancher, sans rien ajouter. En effet, c’est en Asie que reposent de grands astres : … Philippe, un des douze apôtres… et encore Jean, qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, qui a été prêtre et a porté la lame d’or, martyr et didascale (du grec didãskalow, « celui qui enseigne, maître, docteur ») ; celui-ci repose à Ephèse ».

            Eusèbe cite deux fois cette lettre, et il est convaincu de la mort de l’apôtre Jean à Ephèse. De leur côté, les « Actes de Jean », un écrit rédigé entre 150 et 180, situent l’activité de l’Apôtre en Asie Mineure et le font mourir paisiblement à Ephèse.

            On verra aussi que l’Evangile fut diffusé très tôt en Egypte, et de fait, Clément d’Alexandrie (vers 150-215) mentionne une activité pastorale de Jean en Asie Mineure. Il qualifie aussi avec bonheur le caractère propre du quatrième Evangile :

            « Quant à Jean, le dernier, voyant que les choses corporelles avaient été exposées dans les Evangiles, poussé par ses disciples et divinement inspiré par l’Esprit, il fit un Evangile spirituel » (pneÊmati yeoforhq°nta pneumatikÒn poi∞sai eÈagg°lion).

            A Rome, le Canon de Muratori (165-185) affirme:

            « Le IVè Evangile est de Jean, l’un des disciples. Comme ses condisciples et ses épiscopes (du grec §piskop°v, « veiller sur »… ou « veiller à ») l’exhortaient, il leur dit : « Jeûnez avec moi à partir d’aujourd’hui pendant trois jours, et nous nous raconterons les uns aux autres ce qui nous a été révélé ». La même nuit, il fut révélé à André, l’un des Apôtres, que Jean devait tout écrire en son nom propre avec l’approbation de tous ».

            Le canon mentionne également l’Apocalypse de Jean comme livre « reçu » par l’Eglise…

            Ainsi, nul ne discute dans l’Eglise ancienne l’origine apostolique du quatrième Evangile… Mais il faut remarquer avec R.E. Brown, que les attestations anciennes associent constamment un groupe de disciples à l’œuvre de Jean l’Apôtre. Papias parle déjà du presbytre, son homonyme, et la trace de celui-ci se retrouve chez Eusèbe de Césarée et chez Denys d’Alexandrie (vers 250), qui signale deux tombeaux à Ephèse pour les deux Jean. Clément d’Alexandrie déclare que Jean a écrit son Evangile « poussé par ses disciples ». Le Canon de Muratori dit de son côté que Jean écrivit en son nom propre avec l’approbation de tous… L’Evangéliste n’est donc jamais représenté comme un solitaire… Rien n’empêche donc que la tradition originelle ait pu se rattacher effectivement à Jean l’Apôtre, tout en connaissant par la suite des étapes rédactionnelles et un travail de mise en forme dus à un certain nombre de disciples de la communauté johannique. Nous aurions là un bel exemple de travail en Eglise…

            Xavier Léon Dufour, à la suite des conclusions de R.E. Brown, propose ainsi une solution un peu plus simple mais toujours très proche de ce dernier :

                        j Etape 0 : L’Apôtre Jean, fils de Zébédée.

                        j Etape 1 : L’école johannique: théologiens et prédicateurs.

                        j Etape 2 : l’Evangéliste écrivain.

                        j Etape 3 : Le rédacteur compilateur.

 

2 – Date de rédaction

a) La date de composition la plus tardive possible

            L’Evangile de Jean[1], jusque vers les années 1950, a été souvent daté très tardivement, du fait de sa théologie très évoluée :

                        – Delafosse H., vers 170.

                        – Loisy A., vers 150-160 (son opinion en 1936).

                        – Barrett vers 140 (dans sa 1° édition, 1956).

            Mais si nous nous rappelons que les lettres de Paul ont été écrites avant les Evangiles synoptiques, une christologie développée devient un point de référence précaire pour dater un écrit…

            Certains avançaient aussi que l’Evangile et les Lettres ayant eu le même auteur (ce qui doit être examiné…), et les Lettres reflétant une organisation ecclésiale trop structurée pour ne pas être tardive, l’Evangile ne pouvait être que tardif. Mais là aussi, l’exemple de la communauté de Qûmran et le portrait dressé par Luc de l’Eglise dans les Actes invitent en ce domaine à beaucoup de prudence.

            Autre argument en faveur d’une datation tardive (Sanders suivi par Barrett) : après 170, il est clair que l’Evangile est connu par Tatien[2], Théophile d’Antioche[3], Irénée… Avant 150 par contre, il n’existe aucune preuve sérieuse que Jean ait été utilisé et donc connu. Mais F.-M. Braun[4] a trouvé d’amples raisons de croire que Jean fut reçu sans opposition dès le premier quart du 2°s en Egypte comme en Syrie et un peu plus tard à Rome. Par exemple, il considère comme très probable qu’Ignace d’Antioche, bien que ne citant pas Jean littéralement, dépende de ce dernier (uneconclusion suivie par Maurer). Tarelli et Boismard croient quant à eux que Clément de Rome en 96 utilisa l’évangile de Jean, mais cela semble très difficile à établir. On peut au moins dire qu’il connaissait une théologie et un vocabulaire semblables à celui de Jean. On peut aussi ajouter que si Ignace d’Antioche s’est inspiré de Jean, on ne sait quel était le stade de développement de l’évangile qu’il avait à sa disposition…

            Le fait que Jean ait été très apprécié des milieux gnostiques[5] était pour certains un argument supplémentaire pour une datation tardive (Von Loewenich en 1932 avança même l’idée que Jean avait d’abord circulé dans des milieux gnostiques hétérodoxes avant d’être accepté par l’Eglise). Cet argument repose sur la datation du mouvement gnostique, un domaine où règne une grande incertitude. D’autre part la découverte à Chénoboskion de documents gnostiques représentatifs du 2° s montre la distance entre Jean et “L’Evangile de la vérité” et “l’Evangile de Thomas” qui doivent lui être postérieurs.

            La thèse selon laquelle Jean dépendrait des Evangiles synoptiques a favorisé aussi une datation tardive, mais celle-ci est aujourd’hui le plus souvent rejetée.

            Mais, en 1920, Bernard. P. Grenfell acheta des centaines de papyrus trouvés en Moyenne-Egypte, à Fayum et Oxyrhynchos, le long du Nil, pour le compte de la John Rylands Library de Manchester [6] ; personne ne remarqua le papyrus qui avait été répertorié sous le numéro 457, et qui sera rebaptisé plus tard R52, jusqu’en 1935, date à laquelle C. H. Roberts le publia . Ce n’est qu’un débris (8,9cm x 5,8cm)[7] mais son importance est capitale car il contient Jn 18, 31-33+37-38 et les spécialistes le datent d’avant 150[8]. Il est ainsi la plus ancienne copie connue d’un passage du NT…

            Important aussi, le papyrus Egerton 2, trouvé lui aussi en Moyenne Egypte et publié en 1935 par H. Idris Bell et T.C. Skeat sous le nom d'”Evangile inconnu” et daté d’environ 150. Son auteur aurait utilisé l’évangile de Jean ainsi que les synoptiques pour le composer. Le fait qu’il accorde autant d’importance à Jean qu’aux synoptiques est selon Brown le signe que Jean ne venait pas d’être composé, mais qu’il jouissait déjà à cette époque, à l’égal des synoptiques, d’une totale autorité.

            Il faut aussi signaler le papyrus Bodmer II ou R66 (environ 16,2cm x 14,2cm)[9] du nom de celui qui en fit l’acquisition, M. Martin Bodmer. Contenant Jn 1-6,2 et 6,35b‑14,15, il fut publié en 1956 par Victor Martin, professeur de philologie classique à l’université de Genève. Selon lui, il daterait des années 200, mais Herbert Hunger, directeur des collections de papyrus de la Bibliothèque Nationale de Vienne, le fait remonter aux années 150, si ce n’est dans la première moitié du 2° siècle[10].

b) La date de composition la plus ancienne possible

            Elle est beaucoup moins facile à déterminer que la précédente. Notons tout d’abord que les traditions ayant servi de base aux évangiles sont en général situées dans la période 40 – 60. Certains voudraient que celles de Jean soient plus tardives ; tel n’est pas l’avis de Brown.

            Il faut aussi remarquer qu’au moment de sa rédaction, la rupture était totale entre l’église et la synagogue ; or il ne semble pas que ce problème ait été très sensible avant les années 70. Par contre, on en trouve un écho dans un texte daté de l’an 85 qui consigne 18 bénédictions, et la 12° traite de l’expulsion des nazaréens et des mînîm (hérétiques) de la synagogue, un usage que l’on retrouve dans la période 80‑90 à Jamnia (ou Jabneh, Jabneel), ville située à l’ouest de Jérusalem près de la Méditerranée où le rabbin Johanan ben Zakkai avait transféré son école après la chute de Jérusalem. L’édition finale de l’évangile, la première pouvant avoir eu lieu dans les années 70 ou au début des années 80 (Brown a émis l’hypothèse de 5 stades rédactionnels), a donc du être faite dans les années 90.

            Jn 21,18-19 donne un témoignage symbolique mais clair que Pierre est mort par crucifixion; son martyr advint à Rome lors de la persécution de Néron dans les années 64-65. Si Jn 21,22-23 fait allusion à cette rumeur que “ce disciple” (la figure historique de Jean) ne mourrait pas et cela pour la démentir, c’est bien que “ce disciple” est mort, mais il devait être avancé en âge, ce qui, compte tenu de la différence d’âge avec Pierre (cf la course au tombeau vide en 20,4) situe à nouveau samort certainement après les années 80, probablement vers les années 90.

            Tous ces indices situent la rédaction finale vers les années 100.

 

3 – Lieu et destinataire

            Le lieu privilégié de la formation de l’Evangile est donc la ville d’Ephèse.

            D’autre part, l’Evangile de Jean s’enracine en premier lieu dans le judaïsme palestinien, et adopte vis-à-vis de l’Ecriture une méthode semblable à celle des homélies synagogues : l’unité de l’Ecriture lui permet d’expliquer ses textes les uns par les autres, en prenant pour clé de lecture la personne de Jésus en qui l’Ecriture s’accomplit. Ainsi, Dieu a ordonné toute l’histoire du salut à la manifestation finale de son Fils, devenu homme et mort en croix pour donner la vie au monde.

            Du long mûrissement que suppose l’œuvre johannique, on voit apparaître aussi une sensibilité de plus en plus grande aux nécessités de la mission et aux besoins du monde grec, auquel il fallait ouvrir l’Evangile. C’est en ce sens qu’on peut y reconnaître “un sens aigu des besoins du monde hellénistique, non seulement dans le choix des symboles, mais encore dans la réponse donnée à sa soif de révélation et à son désir d’un Sauveur qui libère de l’emprise du monde” (A. Jaubert). Il ne s’agit pas d’un syncrétisme, mais d’une adaptation aux conditions concrètes de l’Evangélisation, et Jean aura bien soin de souligner le réalisme de l’Incarnation face à une culture qui avait tendance à privilégier “le monde des idées” et à déprécier tout ce qui se rattache au monde matériel, c’est-à-dire pour l’homme « ce corps de chair qui entrave si bien l’âme »[11].

 

B) Structure littéraire du quatrième évangile

            Face à un n’importe quel texte, il est important de se demander quel est son but, et celui de l’Evangile de Jean est clairement défini : « Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom (Jn 20,30-31).

            St Jean est donc un « livre » (du grec bibl€on, qui se dit « bibliôn » et a donné notre français « bible »), où ont été mis par écrit quelques signes afin de fonder et de confirmer l’adhésion de foi des destinataires à Jésus, le Christ et Fils de Dieu, de telle sorte que par cette foi, ils puissent recevoir la plénitude de vie qu’Il est venu apporter aux hommes. Il est vrai que Jésus lui-même a émis des réserves sur l’adhésion de foi de celui qui se fonde sur les signes (Jn 2,24-25 ; 4,45.48 ; 6,2.14.26.30), mais il a de fait accompli beaucoup de signes pour faire croître et alimenter la foi en lui comme Christ, Fils de Dieu envoyé par le Père.

            Le plan proposé par Rinaldo Fabris est le suivant :

Introduction :

                        – Jn 1,1-18 : Annonce des thèmes de l’Evangile.

                        – Jn 1,19-51 : Introduction à l’activité messianique de Jésus.

Développement :

            : Jn 2,1-12,36 : le livre des signes de Jésus, le Christ et Fils de Dieu[12].

  1. a) précédé du témoignage de Jean et de la présentation des disciples                                                                                                     (Jn 1,19-51).
  2. b) Conclus par un commentaire théologique (Jn 1,19-51)

                                                               et par un dernier appel de Jésus (Jn 12,37-43.44-50).

            : Jn 13,1-20,29 : “l’accomplissement” et l’heure de la glorification de Jésus,

                                                                                                          le Christ et Fils de Dieu[13].

Conclusion: Jn 20,30-31: But et prospective de l’Auteur.

Jn 21,1-23: Ajout d’une nouvelle rencontre du Seigneur ressuscité avec quelques disciples

sur le lac de Tibériade.

Jn 21,24-25: Epilogue.

 

C – Une rapide confrontation avec les Synoptiques[14] (Matthieu, Marc et Luc)

1 – Les divergences

            En St Jean les discours de Jésus ne sont plus centrés sur le Royaume de Dieu. Il n’utilise plus proverbes et paraboles et son langage n’est plus aussi simple. Au contraire, il se place souvent sur un niveau symbolique, et la relation avec son Père prend soudainement une grande importance[15]. Certains croient que les synoptiques garderaient le souvenir des prédications populaires de Jésus alors que Jean rapporterait plutôt les débats avec les milieux intellectuels, mais il vaut mieux y voir l’empreinte du milieu propre à Jean.

            Parmi les grands désaccords de Jean avec les synoptiques, il faut noter :

                        1- Les synoptiques ignorent totalement certains faits et personnages que Jean mentionne : le signe de Cana (Jn 2), un ministère de baptiste dans la vallée du Jourdain (Jn 3,22-29; 4,1), Nicodème et son histoire (Jn 3), la Samaritaine (Jn 4), la guérison de l’aveugle-né (Jn 9), Lazare et sa résurrection des morts (Jn 11; le “pauvre Lazare” est un autre personnage en Lc 16,20s), le lavement des pieds (Jn 13,1-20). De son côté, Jean ne rapporte ni le baptême de Jésus (Mc 1,9‑11 ; Mt 3,13-17 ; Lc 3,21-22), ni l’institution de l’Eucharistie (Mc 14,22‑24 ; Mt 26,29 ; Lc 22,19-20).

                        2- Dans St Jean, les disciples confessent dès le début que Jésus est le Messie (1,41‑49), alors que les synoptiques font de cette confession le sommet du ministère du Christ en Galilée (Mc 8,31).

                        3- Des différences de localisation dans le temps :

                                   – Le ministère de Jésus s’étale sur deux ou trois ans en Jean, alors qu’il ne dure qu’une année dans les synoptiques.

                                   – L’épisode des vendeurs chassés du Temple intervient au commencement de la vie de Jésus en Jean, à la fin dans les synoptiques.

                                   – La mort de Jésus a lieu la veille de Pâques en Jean, et non le jour de Pâques dans les synoptiques.

                        4- Jean omet dans le récit de la Passion tout ce qui pourrait abaisser la gloire du Seigneur.

 

2 – Les points communs

            1 – Les principaux épisodes communs sont[16]:

                        j Ministère et témoignage de Jean-Baptiste (Jn 1,19-36; Mc 1,4-8).

                        j Purification du Temple (Jn 2,14-16; Mc 11,11,15-17).

                        j La multiplication des pains (Jn 6,1-13; Mc 6,34-44).

                        j Jésus marche sur la mer (Jn 6,16-21; Mc 6,45-52).

                        j La demande d’un signe (Jn 6,30; Mc 8,11).

                        j La confession de Pierre (Jn 6,68-69; Mc 8,29).

                        j L’onction de Jésus (Jn 12,1-8; Mc 14,3-9).

                        j L’entrée de Jésus à Jérusalem (Jn 12,12-15; Mc 11,1-10).

                        j Le dernier repas de Jésus avec ses disciples et la prédiction de la trahison de Judas (Jn 13,1-30; Mc 14,17-26).

                        j L’arrestation (Jn 18,1-11; Mc 14,43-52), la passion (Jn 18,12-19,30; Mc 14,53-15,41), l’ensevelissement et la tombe vide (Jn 19,38-20,10; Mc 15,42-16,8).

                        j L’apparition aux femmes (Jn 20,11-18; Mt 28,9-10), aux disciples à Jérusalem (Jn 20,19-23; Lc 24, 36-49) et en Galilée (Jn 21,1-19; Mt 28,16-20).

            2 – Quelques paroles de Jésus apparaissent aussi en Jean et dans les synoptiques[17] : paroles de Jean-Baptiste (Jn 1,27 – Mc 1,7 ; Jn 1,33 – Mc 1,8 ; Jn 1,34 – Mc 1,11) ; le nom “Cephas” pour Pierre (Jn 1,42 – Mc 3,16) ; paroles sur le Fils de l’Homme (Jn 1,51 – Mc 14,62?), le Temple (Jn 2,19 – Mc 14,58), la nécessité de devenir un enfant pour entrer dans le royaume (Jn 3,3-5 avec “nouveau-né”; Mc 10,15)…

            3 – Jean ne cite pas souvent l’Ancien Testament mais sur 18 citations explicites, 5 seulement sont clairement parallèles avec les synoptiques : Jn 1,23 – Mc 1,3 ; Jn 12,15 – Mt 21,5 ; Jn 12,40 – Mc 4,12 ; Jn 19,24 – Mc 15,24 ; Jn 13,21 – Mc14,18.

 

3 – Le lien éventuel entre Jean et les synoptiques

            Pour les Pères de l’Eglise et les écrivains antiques au moins à partir de Clément d’Alexandrie, Jean connaissait les trois synoptiques et entendait les compléter[18]; cette opinion continua à être acceptée jusque dans les temps modernes. Elle fut même radicalisée par F. Overbeck en 1911 qui déclara que Jean avait écrit son évangile pour faire concurrence aux synoptiques et pour se substituer à eux, une thèse reprise et développée en 1926 par H. Windish.

            En 1938 P. Gardnersmith formule l’hypothèse selon laquelle Jean ne connaissait pas les évangiles synoptiques…

            Dès lors, les opinions des spécialistes oscillent entre ces deux extrêmes :

                        1) Jean n’a pas connu, et donc pas utilisé les synoptiques : Gardner‑Smith P. (1938) ; B. Noack (1954), C.H. Dodd (1963, 21965 ; Brown R.E. (1966)[19]).

                        2) Jean a connu les synoptiques mais ne les a pas utilisés directement ; il a d’autre part travaillé sur la base de traditions indépendantes des synoptiques : B. de Solanges (1979) ; P. Perkins (1989; 1993)[20] ; quelques uns expliquent l’impulsion à organiser les différentes traditions que possédait la communauté johannique sous la forme d’un évangile, par l’exemple des autres communautés qui possédaient déjà un tel écrit.

                        3) Jean dépend de la tradition pré-synoptique ou est proche du milieu des synoptiques (B. Lindars[21] (1970) ; Osty E. (1951) ; Parker ; I. Buse ; Schnackenburg R. (1955)).

                        4) Jean a connu les synoptiques et les a utilisés directement[22].

            Quoiqu’il en soit, tout le monde reconnaît le caractère très particulier de l’évangile johannique, son style à la fois très uniforme et très personnel, sa christologie évoluée, pour ne rien dire des influences grecques qui se sont exercées sur lui. L’hypothèse de sources identiques ou semblables ne facilite pas l’explication de ce phénomène. Il a dû se produire un développement considérable entre l’époque où furent rassemblés les matériaux légués par la tradition et celle où ils furent utilisés dans la composition du quatrième évangile.

            On explique communément ce développement par les besoins de la polémique. Jean se serait servi des matériaux que lui livrait la tradition en fonction de données nouvelles, de difficultés précises auxquelles l’Eglise de son temps aurait eu à faire face[23]

 

D) La langue et le style de Jean

            Alors que Matthieu utilise 1691 mots, Marc 1345, Luc 2055, Jean n’emploie que 1011 mots, et ce vocabulaire même manifeste l’originalité de sa pensée :

Mt

Mc

Lc

Jn

égãph (amour) ; égapãv aimer

8 (1)

5 (1)

13 (-)

36 (7)

fil°v (aimer)

5

1

2

13

élÆyeia, élhy«w, élhyinow (vérité)

2

4

4

46

gin≈skv (connaître)

20

12

28

56

pisteÊv, (p€stiw) croire (foi)

11 (8)

14 (5)

9 (11)

98 (-)

efim€ (je suis)

14

4

16

54

zvÆ (vie)

7

4

5

35

kÒsmow (monde)

8

2

3

78

martur°v; martur€a et martÊrion

(témoigner ; témoignage)

4

6

5

47

ırãv (voir, regarder)

13

7

14

31

yevr°v (voir, contempler)

2

7

7

24

m°nv (demeurer)

3

2

7

40

patÆr (Père, pour Dieu)

45

4

17

118

p°mpv (envoyer)

4

1

10

32

f«w (lumière)

7

1

7

23

            A l’opposé, des termes très fréquents dans les Evangiles synoptiques sont quasiment absents de St Jean (récurrence nulle en dehors de toute précision) : bãptisma (baptême), basile€a (royaume ; Mt 57, Mc 20, Lc 46, Jn 5), daimÒnion (démon ; Mt 11, Mc 11, Lc 23, Jn 6 toujours dans des accusations portées à Jésus sur le fait qu’il était possédé), dika€vw (juste, en parlant des hommes), dÊnamiw (puissance), §le°v (faire miséricorde), ¶leow (miséricorde), splagxn€zomai (être ému de compassion), eÈagg°lion (évangile), eÈaggel€zv (évangéliser), kal°v (appeler ; Mt 26, Mc 4, Lc 43, Jn 2), khrÊssv (proclamer), metano°v (se convertir), metãnoia (conversion), parabolÆ (parabole) proseÊxomai (prier), proseuXÆ, (prière), tel≈nhw (publicain).

            On note aussi un nombre assez important de termes araméens, suivis le plus souvent de leur interprétation grecque : rabbi (8x), rabbouni (1x), Messie (2x), Képhas, Silôam, Béthesda, Gabbatha, Golgotha. Ce vocabulaire manifeste l’insertion de cet évangile dans la tradition palestinienne, les traductions grecques s’expliquant par le souci très certainement ultérieur de s’ouvrir au monde grec.

            Au niveau du style, Jean emploie souvent des mots qui ont une double signification, et il joue sur ces deux sens : §ge€rv (relever et ressusciter, en 2,20), ênvyen (“d’en haut” et “de nouveau” en 3,3 ; pneËma (vent et Esprit en 3,8), ÍcÒv (élever et crucifier, en 3,14; 8,28; 12,32.34), str°fv (“se tourner” et “se convertir”, en 20,14.16…)…

            Il faut signaler aussi le procédé du “malentendu”, que Bernard décompose de la façon suivante:

                        (1) Une expression de Jésus…

                        (2) suscite le malentendu des auditeurs…

                        (3) parce qu’ils la comprennent au sens matériel ;

                        (4) Jésus répète la parole incomprise ;

                        (5) suit alors une explication ultérieure ou le constat d’un malentendu final.

  1. Leroy réserve ce terme de “malentendu” à onze cas : Jn 2,19-22; 3,3; 4,10.31‑34; 6,41s.51; 7,33-36; 8,21s.31-33.51-53.56-58, où l’auditeur s’imagine avoir compris et pose une question ironique, faisant ressortir l’apparente absurdité de la parole de Jésus.

_________________________________

[1] BROWN Raymond E., The Gospel according to John (Anchor Bible 29, New York 1966) servira de texte de base.

[2] BRAUN F.-M., JEAN LE THEOLOGIEN, et son évangile dans l’église ancienne , 3 vol. (Paris 1959), vol.1 p. 145s ; Tatien, né en Assyrie vers 120, était un disciple de Justin (cf p. 135: philosophe originaire de Naplouse en Samarie, Justin devint disciple du Christ en 133, sans doute à Ephèse, ville où il eût une longue discussion avec le juif Tryphon. Puis il vint à Rome sous le règne d’Antonin (138-161) et y fit un long séjour, pendant lequel, toujours revêtu de son manteau court de philosophe, il combattit les ennemis de sa foi, en particulier Marcion toujours vivant. Il fut condamné à mort avec 6 autres chrétiens vers 165). Frappé par la difficulté de concilier les quatre récits évangéliques, il eut l’idée de les fusionner en un exposé suivi de la vie et de l’enseignement de Jésus, le Diatessaron. Le 5 mars 1933, on en découvrit un fragment à Dura-Europos en Mésopotamie, où Matthieu, Luc et Jean se trouvent combinés à propos de Joseph d’Arimatie.

[3] Id p. 181-183: Il fut évêque d’Antioche de 170 à 183. On possède de lui trois livres à Autolycus, un ami qui lui reprochait sa conversion au christianisme. En II,22 il écrit: “D’où l’enseignement que nous donnent les saintes Ecritures, et tous les inspirés, entre autres Jean quand il dit: Dans le Principe était le Verbe, le Logos, et le Logos était en Dieu. Il montre qu’au début il n’y avait que Dieu et qu’en Lui était le Logos. Puis il dit: Et le Logos était Dieu; tout par lui a existé et sans lui n’a pas existé une seule chose”. Jn 1,2-3 se trouve reproduit ad litteram et toute la citation est explicitement attribuée à l’évangéliste. A notre connaissance, l’évêque d’Antioche est le premier auteur qui introduise un texte du quatrième évangile de pareille façon.”

[4] Id p. 394.

[5] Ce terme décrit un ensemble complexe de milieux qui accordaient beaucoup d’importance à la « connaissance mystique » (ou prétendue telle) de Dieu. QUESNEL M., « L’Histoire des Evangiles » (Ed. du Cerf, 1987) p. 63 écrit que « Jean se méfie d’un prétendu christianisme cérébral ou faussement mystique qui négligerait les gestes concrets d’amour fraternel. Très vraisemblablement, l’auteur perçoit cette tendance dans la communauté pour laquelle il écrit, et il la combat de toute son énergie ».

[6] METZGER Bruce M., The Text of the New Testament (Oxford 1985) p. 38-39.

[7] Id p. 87: le codex primitif devait mesurer 21cmx20cm et comprendre 66 feuilles pliées en deux soit 130 pages environ. Avec les évangiles, il aurait compté 288 pages; un tel volume étant difficilement concevable en papyrologie, l’évangile de Jean devait fournir toute la matière.

[8] LINDARS B., RIGAUX B., Témoignage de l’Evangile de Jean (Bar le Duc 1974) p. 15 B. Lindars écrit: “Le papyrus 52 (Rylands 457) est maintenant regardé comme datant au plus tard de l’année 130”.

[9]  A l’origine, il devait compter au moins 154 pages, et sans doute une ou deux de plus; il en reste 104 complètes en parfait état de conservation; par contre nous n’avons que des fragments de 46 autres pages. Il est conservé dans une bibliothèque constituée par les soins de M. Bodmer à Cologny, en Suisse, près de Genève, “sur la rive savoyarde du Lac Léman” (P. M. Braun, I p. 94).

                Les cercles chrétiens préféraient ces exemplaires aux dimensions réduites, à la fois pour des raisons de commodité, mais aussi pour pouvoir les soustraire plus facilement aux perquisitions des autorités romaines, en un temps où la religion chrétienne demeurait exposée au risque des perquisitions (P. M. Braun, I p. 95).

[10] L’écriture de ∏66 présente les mêmes caractéristiques que celle de R52 et de R Egerton 2 (“verticalité de l’axe des lettres et préoccupation de donner à celles-ci, autant que possible, la même hauteur, tout en attribuant à toutes celles qui en sont susceptibles une largeur égale à cette hauteur” écrit V. Martin). Cette parenté graphique ne signifie pourtant pas que tous ces documents soient de dates très voisines. On sait en effet qu’un même type d’écriture littéraire pouvait se maintenir pendant des siècles (Id p. 96).

                La date d’environ 200 est donc très prudente, d’autant plus que le type de reliure employé, que l’on peut déduire des trous observables dans les feuillets (deux couples de trous distants de 12 mm placés à 13 mm des bordures supérieures et inférieures) confirme sa haute antiquité: c’était une couture à deux fils indépendants, sans aucun lien entre le fil de la partie supérieure et le fil de la partie inférieure. Ce procédé utilisé pour les manuscrits les plus anciens, à l’époque de transition où l’on s’inspirait encore de la façon sommaire dont les tablettes enduites de cire étaient rattachées les unes aux autres par des anneaux métalliques et des lanières. L’idée d’employer un fil unique ne vint que plus tard.

[11] On retrouve un écho de cette conception grecque de l’homme en Sg 9,15 ; pour la Bible au contraire, l’homme est UN, mais il est possible de le regarder sous différents aspects : corps, âme, esprit. Mais il n’a pas une âme comme enfermée en un corps : il est âme, et tout en même temps, il est corps et esprit…

[12] La division du livre en deux parties est justifiée par :

– 1 -La conclusion de la première par un commentaire théologique et l’appel final à la foi (12,37-43.44-50).

– 2 – A partir de ce moment on ne parle plus de signes, sinon à la conclusion de l’évangile (20,30s).

– 3 – Changement d’interlocuteur : on passe de la foule et des Juifs de Jérusalem aux disciples.

[13] L’évangéliste distingue un avant et un après la glorification de Jésus en rapport à la mort-résurrection (12,16 ; 2,22). Remarquer aussi que la terminologie de l’amour est concentrée en Jn 13-17 (égãph (amour) 6/7; égapãv (aimer) 30/37) ; cette 2° partie ne concerne donc plus les signes mais l’accomplissement de l’œuvre entière de Jésus Christ.

[14] Le mot « synoptique » vient du grec sunoptikÒn qui signifie « qui embrasse d’un coup d’œil ». Ces trois évangiles se ressemblent en effet très souvent, et dès les premiers siècles de l’Eglise, certains les disposèrent l’un à côté de l’autre, en trois colonnes, ce qui permet de les comparer. Ils pouvaient alors être vus « d’un seul coup d’œil ».

                Selon la théorie la plus simple et la plus couramment admise, Matthieu et Luc se seraient tous les deux inspirés de Marc et d’une autre source (Q) aujourd’hui perdue. Et chacun des deux disposait bien sûr de ses propres informations…

[15] PHILIPPE Marie-Dominique, Les trois sagesses p. 396: “La paternité de Jésus est le grand secret de son cœur. Jésus est le Fils bien-aimé du Père, et pour lui, cette paternité du Père est tout ; et donc ce qu’il a de plus grand à communiquer, c’est cet esprit filial que nous devons avoir à l’égard de lui-même pour que, par Lui, nous soyons conduits au Père… “

COTHENET E., “Le quatrième Evangile”, La tradition johannique dans “Introduction à la Bible, Le Nouveau Testament” sous la direction de A. George et P. Grelot p. 95, 1° ligne: “Témoignage le plus achevé sur la personne de Jésus dans ses relations avec le Père, appel pressant à la foi en Celui qui…”

[16] FABRIS Rinaldo, Giovanni (Roma 1992) p. 53: B. de Solanges note que 153 versets de Jean sur 868, soit 17,6 %, ont leur contrepartie dans les synoptiques.

[17] SCHNACKENBURG R., Il vangelo di Giovanni (Brescia 1987) compte 16 paroles de Jésus en Jean qui ont une correspondance formelle (lexique et style) avec les synoptiques, alors qu’au moins 20 autres se réfèrent à la tradition synoptique.

[18] Id p. 52.

[19] BROWN Raymond E., The Gospel according to John p. XLVI: d’un point de vue général, Jean est indépendant des synoptiques et de ses sources, mais Brown n’exclut pas la possibilité d’une interférence mineure avec la tradition synoptique lors des premiers stades de la genèse de l’évangile, au niveau de la tradition orale .

[20] BROWN R.E., FITMYER J.A., MURPHY R.E., The New Jerome Biblical Commentary (London 1993) p. 942s : Quelques contacts ont pu avoir lieu avec l’un ou l’autre évangile, mais P. Perkins, entre autres, pense que le 4° Evangile est basé sur un ensemble de traditions indépendantes préservées dans les églises johanniques.

[21] LINDARS B., RIGAUX B., Témoignage de l’Evangile de Jean p. 15-16 B. Lindars écrit: “Il est tout à fait probable que Luc a été écrit plus tard que Jean… Quant à Marc et à Matthieu, ils ont sûrement été composés plus tôt; mais l’intervalle de temps qui les sépare de Jean ne fut pas assez long pour nous permettre de croire que celui-çi les a eus en sa possession, même s’il semble avoir eu quelque connaissance de l’un ou de l’autre. En fait, on peut regarder comme probable que Jean a au moins vu l’évangile de Marc. Il y a en effet de bonnes raisons de croire que Marc est l’inventeur du genre littéraire “évangile”, c’est à dire d’une présentation du kérygme sous la forme d’un récit combiné du ministère et de l’enseignement de Jésus, le tout relié à l’histoire de la passion. Or Jean a lui aussi adopté ce genre littéraire. Mais ceci ne veut pas dire que Marc ait été sa source.

                “Placer à des dates relativement rapprochées la composition des synoptiques et celle de Jean, cela aboutit à une conséquence qu’il importe de tirer. On sera dès lors, en effet, porté à croire que les matériaux utilisés par Jean furent identiques ou parallèles, aux sources des autres évangiles, plutôt qu’à ces évangiles eux‑mêmes“.

[22] FABRIS Rinaldo, Giovanni p. 52-53: F. Neirynck; S. Mendner S. (1958); pour E.K. Lee (1957), Jean dépend de Marc ; pour J.H. Bernard (ICC, 1928), il connaît certainement et emploie Marc, très probablement Luc et peut-être Q et pour lui, il n’existe pas de preuves de son utilisation directe de Matthieu ; position identique de Mac Gregor (1928) ; pour C.K. Barrett (1955), Jean a lu Marc (avis différent de Lindars : cf note précédente), car il en reproduit la matière, le langage et suit le même ordre de Jean-Baptiste à la passion-résurrection ; il a lu aussi Luc car il mentionne des personnages lucaniens (Marthe, Marie et Lazare) ; J.A. Bailey (1963) a particulièrement étudié le rapport Jean-Luc : une dépendance de Luc est possible en quelques cas, pendant que d’autres convergences peuvent s’expliquer par des traditions communes ; pour M.E. Boismard, la première strate de Jean est voisine mais indépendante des synoptiques, mais la tradition de Luc influence la deuxième, ses écrits (Evangile et Actes) la troisième, tandis que la quatrième montre un essai d’harmonisation avec les synoptiques…

[23] Comme par exemple:

                j Opposition à une christologie teintée de docétisme (Hoskyns).

                j Volonté de défendre les chrétiens contre les prétentions des disciples de Jean‑Baptiste (mais la survivance d’une secte de disciples de Jean-Baptiste à cette époque est loin d’être démontrée).

                j Réponse à une objection soulevée par les Juifs: les chrétiens ont répudié la révélation divine contenue dans la Loi de Moïse et ont exalté Jésus à un point tel qu’ils ont fait de la religion un dithéisme.

                j Désir d’apporter aux croyants une explication du retard de la Parousie ou de combattre chez eux un gnosticisme commençant.




« Chemin de Vie » avec l’Evangile selon St Jean

Le monde s’accélère, nous entraîne et avec tous ceux et celles qui nous entourent, nous nous mettons à courir : pour arriver à l’heure au travail, pour « faire » tout ce que nous avons à « faire », etc… Les activités se succèdent, essentielles à la vie, et de fait, il faut bien travailler pour vivre, faire les courses et cuisiner pour manger, aller chercher les enfants à l’école, s’occuper de la maison, notre lieu de vie, et de la voiture indispensable pour nos trajets… Oui, « la vie » ne tombe pas toute cuite dans l’assiette, il faut se bouger !

Nous pourrions alors prendre l’image d’une plante qui, à sa vitesse, « bouge » tout le temps, et c’est la vie ! Autrement, elle meurt… Nouvelles tiges, nouvelles directions à explorer, nouvelles feuilles, nouveaux fruits… Elle n’arrête pas ! Mais tout ce visible vient de l’invisible de ses racines qui puisent dans la terre tout le nécessaire à sa vie…

De ces racines, il faut donc prendre soin ! Trop d’eau, elles pourrissent… Parfois, des insectes nuisibles la rongent, et si la plante n’y prend garde, elle ne pourra bientôt plus rien « faire »… Et puis, avec le temps qui passe, petit à petit, sans qu’on y prenne garde, les ressources de la terre s’épuisent… Les racines ne reçoivent plus le nécessaire pour la vie… La plante s’essouffle, peine, s’épuise, se flétrit… Il lui faudrait un bon engrais adapté à ses besoins… Et si elle-même pouvait agir, elle devrait d’abord prendre conscience de ce « manque » pour essayer ensuite de trouver « un moyen » de le combler…
Avec ce « Chemin de Vie », nous vous proposons un temps d’arrêt dans la course quotidienne, pour ensuite mieux reprendre, avec des racines nourries et fortifiées par la Parole de Dieu, le chemin de la vie…

Ce temps d’arrêt, de réflexion, de « regard sur soi » ne pourra que déboucher sur « un regard vers l’autre »…
Mais d’abord, « s’arrêter », « se regarder » pour mieux « se connaître », c’est petit à petit « prendre conscience de ce que l’on est » : des créatures dépendantes, pour leur vie, de quantités de réalités…

En effet, si la plante fait le point sur sa vie, si elle prend conscience de ce qu’elle est et regarde ses feuilles, elle va réaliser qu’elles ont besoin de lumière pour se développer… Alors, si elle est à l’ombre ou pire, dans l’obscurité, elle va se mettre à « chercher » la lumière pour se diriger vers elle et se laisser simplement « éclairer » par elle… Alors ses feuilles, telles qu’elles sont, et justement parce qu’elles sont ce qu’elles sont, pourront petit à petit s’épanouir dans la lumière… Regarder ses feuilles, prendre conscience de ce qu’elle est et donc de ce qu’elle a besoin pour vivre, a conduit la plante à chercher la lumière, à se tourner vers elle, pour se laisser éclairer par elle… Et maintenant, elle veillera à rester en elle, autant qu’elle le peut, pour pouvoir continuer à s’épanouir en recevant d’elle tout ce dont elle a besoin pour sa vie…

Si elle prend conscience qu’elle a des racines qui sont faites pour puiser l’eau dans la terre, elle va réaliser au même moment qu’elle a besoin d’eau pour vivre. Et si elle constate que le milieu qui l’entoure est désertique et aride, elle va se mettre à « chercher » une source, un ruisseau, un fleuve pour s’installer à proximité… Cela prendra le temps qu’il faudra, mais quand elle aura trouvé, elle pourra à nouveau enfouir ses racines et puiser toute l’eau dont elle a besoin pour vivre, grandir, s’épanouir… Elle pourra enfin devenir ce qu’elle est déjà, potentiellement, en développant justement toutes les potentialités qu’elle porte en elles… Regarder ses racines, prendre conscience de ce qu’elle est et donc de ce qu’elle a besoin pour vivre, a conduit la plante à chercher l’eau nécessaire à sa vie… Et maintenant, elle veillera à rester auprès d’elle, autant qu’elle le peut, pour pouvoir continuer à s’épanouir en puisant en elle tout ce dont elle a besoin pour sa vie…

Ainsi, nous vous proposons de temps en temps de vous arrêter dans cette course de la vie, pour simplement vous regarder, mieux vous connaître et donc prendre conscience petit à petit de ce que nous sommes, jusqu’au plus profond de notre être. Nous découvrirons alors aussi quels sont nos réels besoins pour vivre…

Nous nous retrouvons tous dans cette démarche, car nous sommes tous des créatures avec des besoins fondamentaux identiques : pour nos corps, nous avons besoin de l’air et nous respirons tous le même, nous avons besoin de l’eau et nous buvons tous la même, nous avons besoin d’œufs, de lait, de légumes, de fruits… et nous mangeons tous les mêmes… Mais il nous faut aussi prendre conscience de notre dimension spirituelle qui constitue les vrais fondements du Mystère de notre vie. Certes, l’air, l’eau, la nourriture… nous sont indispensables. Mais nos racines sont à chercher au-delà de notre seule dimension corporelle. En effet, nous sommes tous d’abord des créatures spirituelles qui vivent, s’expriment et entrent en relation les unes avec les autres par notre nature humaine constituée aussi de chair et de sang. Mais en tant que « créature spirituelle », nous avons aussi des besoins spirituels, et nous touchons là aux fondements de notre être…

Si nous prenons conscience, à ce niveau-là aussi, de ce que nous sommes et donc de ce que nous avons besoin pour vivre, grandir et nous épanouir, nous nous mettrons à « chercher », et petit à petit, d’expérience de vie en expérience de vie, nous « trouverons », et nous essaierons, autant que notre faiblesse nous le permet, de nous installer auprès de la Source de Lumière et d’Eau Vive dont nous avons tous besoin pour vivre… Et nous recevrons tous la même Lumière, la même Eau Vive, une réalité spirituelle que la Bible appelle « l’Esprit de Dieu », « l’Esprit Saint ».

Dieu en effet commence à se révéler dans le Livre de la Genèse comme étant notre créateur. Mais il se présente aussi comme « un Soleil » ou « une Source d’Eau Vive ». Et nous, en tant que créatures spirituelles, nous avons été créés pour vivre de ce Soleil et de cette Eau Vive… Si nous en prenons conscience, nous nous mettrons à « chercher » la Lumière, à « chercher » l’Eau Vive, et nous la trouverons, car cette réalité habite déjà notre vie et ne demande qu’à s’épanouir. Certes, nous sommes des créatures blessées, malades, remplies de faiblesse, mais c’est justement la plante mal en point qui requiert le plus d’attention, de prévenance et de soin de la part du jardinier… En effet, le seul but qu’il poursuit par amour de ses plantes est de la voir un jour s’épanouir le plus pleinement possible, développer toutes leurs potentialités pour atteindre, selon leur condition de créature, la Plénitude de la Vie… Alors la plante malade recevra un traitement tout particulier pour atteindre le but recherché… « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin », disait Jésus, « mais les malades ; je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent » (Luc 5,31) et qu’ils vivent !

Voilà donc l’aventure à laquelle les Evangiles nous invitent tous, et notamment l’Evangile selon St Jean… En lisant ces textes, nous prendrons conscience de ce que nous sommes, de nos blessures, de nos besoins fondamentaux… Nous nous mettrons à les chercher et nous les trouverons, car notre Créateur et Sauveur veut communiquer à ses créatures tout ce dont elles ont besoin pour qu’elles deviennent pleinement ce qu’il a voulu qu’elles soient : des créatures vivant de sa vie…

Dans ce monde qui court, acceptons de ne pas être pressé… Dans ce monde qui cherche le « tout tout de suite », acceptons de nous mettre en marche pas à pas, pour recevoir petit à petit une Lumière qui se fera de plus en plus grande… Or cette Lumière est de l’ordre de la Vie… C’est donc notre vie qui se fera de plus en plus intense… N’est-ce pas la plus belle aventure ?

Préliminaires : Les différentes « Bibles » à notre disposition ;

quelques introductions.

Nous allons lire la Bible… Il est donc indispensable d’y avoir accès, d’une manière ou d’une autre.

Sur internet, avec Google, les sites qui proposent les textes bibliques ne manquent pas. Nous pouvons en citer quelques-uns parmi beaucoup d’autres :

http://lire.la-bible.net
http://services.liturgiecatholique.fr/bible/
http://www.interbible.org/
http://www.bible-service.net/

Sous forme de livres, il existe plusieurs éditions possibles. N’oublions jamais que nos Bibles en français sont toujours des traductions de l’hébreu pour l’Ancien Testament (tout ce qui a été écrit avant le Christ), ou du grec pour le Nouveau Testament (tout ce qui a été écrit après « l’événement Jésus Christ »). L’essentiel est d’avoir le texte lui-même, d’une manière ou d’une autre… Néanmoins, si vous désirez vous lancer dans une lecture régulière et approfondie de la Bible, il existe des éditions qui vous fourniront de très bons compléments de lecture par les introductions aux différents livres bibliques, les notes qui accompagnent le texte, et les références donnée ici et là dans les notes ou en marge, références qui permettent d’approfondir tel texte à la lumière de tel autre…

Citons quelques Bibles, à prendre toujours, si possible, en édition complète avec notes :

a) « La Bible de Jérusalem » (BJ ; Editions du Cerf). Certainement la meilleure en ce qui concerne les notes de lecture et les multiples références qu’elle propose.

b) « La Traduction Oeucuménique de la Bible », (TOB ; Editions du Cerf et Société Biblique Française) réalisée par des spécialistes protestants et catholiques. L’Ancien Testament est particulièrement bien traduit et les notes sont aussi très riches.

c) « La Bible Osty », aux éditions du Seuil ; son but est de proposer une traduction la plus proche possible des textes originaux hébreux et grecs.

d) « La Bible des Peuples » (aux Editions Sarment) ; réalisée par deux frères missionnaires, Bernard et Louis Hurault, elle a été réalisée pour « faire entendre la Parole à ceux qui l’attendent », grâce à une traduction simple et à des notes qui se veulent avant tout d’ordre pastoral…

e) « La Bible expliquée », traduction en français courant accompagnée de notes explicatives situées en marge du texte.

Il existe aussi quelques ouvrages d’introduction à la Bible. Citons :

a) « La Bible », par André Paul (Collection Repères pratiques, chez Nathan ; 1998). Très bien présenté, très clair, avec cinq parties : Bible et Bibles ; Histoire ; Ancien Testament ; Nouveau Testament ; Textes ; Interprétations.

b) « La Bible » par Albert Hari, aux Editions du Signe (2006), petit, simple et lui aussi très bien présenté.

c) « Pour lire la Bible », J.-P. Bagot; J.-Cl. Dubs (Société biblique français, 1993). Plus ancien, sans illustrations, mais d’un très beau contenu…

d) « Pour lire l’Ancien Testament » et « Pour lire le Nouveau Testament », d’Etienne Charpentier (Editions du Cerf).

e) Les « Cahiers Evangiles » (Editions du Cerf) ; chacun est consacré à un thème, un livre Biblique,… Plus de 150 numéros sont déjà parus…

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Quelques points concrets à propos du travail proposé

Nous allons donc parcourir, en prenant notre temps, l’évangile selon St Jean… Des questions vous seront tout d’abord proposées. Elles vous inviteront à faire attention à tel ou tel point du texte, à aller lire une autre référence biblique, etc… Puis, au bout d’une quinzaine de jours, un commentaire de la section travaillée vous sera offert, avec de nouvelles questions pour approfondir la section suivante…

Prenez le temps de regarder comment votre Bible est organisée, avec ses deux grandes parties, l’Ancien Testament, puis le Nouveau Testament. Une Bible est en fait une bibliothèque de livres différents écrits à des époques différentes, puis rassemblés en un seul volume, celui que vous avez entre les mains… Regardez dans les tables des matières les différentes parties qui le constituent, avec les livres qu’elles contiennent… Prenez le temps de les repérer, surtout pour le Nouveau Testament…

Lisez l’introduction de votre Bible. Prenez le temps d’apprendre les différents symboles qu’elle utilise pour vous renvoyer à tel ou tel autre texte biblique. Tous les textes ont été découpés en chapitres : les numéros, en caractères gras, apparaissent régulièrement au fil du texte… Chaque chapitre est ensuite lui-même divisé en versets, ce qui permet de se repérer très vite et d’aller très précisément à la phrase recherchée… Les chiffres indiquant les différents versets sont inclus dans le texte lui-même…
Familiarisez-vous ensuite avec les abréviations bibliques : vos Bibles ont toutes des tables récapitulatives (Exemple : Gn : Genèse ; Ex : Exode ; Nb : Nombres…).

Tout verset biblique comporte donc trois références :

1 – Celle du Livre auquel il appartient : Gn (Genèse), Ex (Exode), Nb (Nombres)…
2 – Celle du chapitre où il est situé : Gn 1 ; Ex 2 ; Nb 3…
3 – Son numéro enfin dans le chapitre concerné. Si nous cherchons par exemple le verset 15 du chapitre premier du Livre de la Genèse, nous écrirons : Gn 1,15. Si nous cherchons le verset 20 du second chapitre du Livre de l’Exode, nous écrirons : Ex 2,20.

Et si maintenant nous cherchons le passage délimité par les versets 10 à 15 du premier chapitre du Livre de la Genèse, nous écrirons : Gn 1,10-15.
Par contre, si nous ne nous intéressons qu’aux versets 2, 4, 6, 8 et 10 de ce premier chapitre du Livre de la Genèse, nous écrirons : Gn 1,2.4.6.8.10.
Enfin, si nous devions lire seulement le 2° verset, le 4° verset, puis les versets 6 à 10, nous écrirons : Gn 1,2.4.6-10.

Peut-être cela vous prendra-t-il un peu de temps au début pour vous repérer dans votre Bible, mais très vite, avec l’habitude, vous saurez où vous diriger, et en tâtonnant toujours un peu, vous trouverez le passage recherché à partir de ses trois coordonnées…

Prier avant de lire…

Jean Paul II écrivait en Avril 1993 : « Pour arriver à une interprétation pleinement valable des paroles inspirées par l’Esprit Saint, il faut être soi-même guidé par l’Esprit Saint et, pour cela, il faut prier, prier beaucoup, demander dans la prière la lumière intérieure de l’Esprit et accueillir docilement cette lumière, demander l’amour, qui seul rend capable de comprendre le langage de Dieu, qui “est amour” (1 Jn 4, 8.16). Durant le travail même d’interprétation, il faut se maintenir le plus possible en présence de Dieu ».

Avant d’ouvrir notre Bible, nous commencerons donc toujours par un petit temps de prière où nous demanderons le secours d’en haut pour entrer le mieux possible dans ce Mystère de Vie auquel nous sommes tous invités. On peut par exemple relire ce texte de l’Evangile selon St Luc, et se confier ensuite de tout cœur à Dieu notre Père en récitant un « Notre Père »…

Lc 11, 9-13 (Parole de Jésus à ses disciples) : « Et moi, je vous dis :
demandez et l’on vous donnera;
cherchez et vous trouverez;
frappez et l’on vous ouvrira.
(10) Car quiconque demande reçoit;
qui cherche trouve;
et à qui frappe on ouvrira.
(11) Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson,
et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent?
(12) Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion?
(13) Si donc vous, qui êtes mauvais,
vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père du ciel
donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Lire et… chercher…

« Qui cherche trouve »… Il reste maintenant à chercher, à creuser, petit à petit, jour après jour, en acceptant les écueils et les difficultés du chemin, les jours avec et les jours sans… Mais l’Eau promise en vaut la peine, et son jaillissement récompensera notre persévérance…
Régulièrement, nous vous proposerons donc une section de l’Evangile selon St Jean. Après avoir prié, nous vous invitons à lire, lire et relire cette section en prenant votre temps, tranquillement… Si vous le désirez, vous pouvez même la recopier et souligner avec des couleurs les mots ou expressions qui vous accrochent, qui reviennent régulièrement… Puis, pour approfondir tel ou tel point du texte, nous vous proposerons des questions accompagnées de références bibliques… Les réponses seront toujours dans les références indiquées… Il suffit de les lire avec attention. Parfois, pour garantir la réponse cherchée, plusieurs références seront données… En comparant les réponses trouvées pour chacune d’entre elles, « la » réponse demandée deviendra vite évidente…
Et si un point ne vous semble pas très clair, continuez à avancer… Le « déclic » se fera peut-être par la suite… Et si tel n’était pas encore le cas, envoyez-nous un émail à cette adresse : ……………. Nous essaierons de vous répondre… Et si la formulation de nos questions ne vous semble vraiment pas clair, dites-le nous, et grâce à vous, nous pourrons l’améliorer…
Bonne lecture, bon travail, belle aventure avec Celui qui nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde, dans un Mystère d’union, de communion, dans l ‘unité d’un même Esprit…
C’est par là qu’il nous faut chercher « le trésor de nos vies »…
Alors, beaucoup, beaucoup de « Vie » sur ce « Chemin de Vie » !
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous
et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11)…

Diacre Jacques Fournier