Les deux disciples d’Emmaüs (Lc 24,12-35)

Après les évènements de la Passion, de la mort de Jésus et de sa mise au tombeau, Cléophas et un autre disciple quittent Jérusalem déçus, tristes et découragés… Mais le Christ Ressuscité les rejoint dans leur marche et, petit à petit, se révèle à eux…

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Luc 24,12-35




L’ultime ministère de Jésus à Jérusalem (Luc 19,28 – 21,38)

 

            En Luc 9,51, Jésus avait « pris résolument le chemin de Jérusalem » alors qu’il connaissait le sort qui l’attendait…  Maintenant, il arrive à ses portes, et se prépare à entrer dans la ville, assis sur un ânon, accomplissant ainsi la prophétie de Zacharie d’un Messie « juste, victorieux et humble » (Zacharie 9,9-10)…

jérusalemem au temps de Jésus

« Jérusalem », dans l’Evangile selon St Luc 

Pour St Luc, la ville de Jérusalem a une importance toute particulière. C’est d’ailleurs au cœur du Temple, dans « le Sanctuaire du Seigneur », que le récit commence avec la rencontre de Zacharie et de « l’Ange du Seigneur » dans la pièce appelée « le Saint », juste devant le rideau qui masquait l’unique entrée dans « le Saint des Saints », là où, croyait-on, Dieu siégeait en Roi de son Peuple Israël (Luc 1,5-25 ; Exode 26,31-34 ; Hébreux 9,1-5). Et c’est toujours à Jérusalem, « au lieu appelé Crâne », que Jésus mourra, offrant sa vie pour le salut du monde : « Père, pardonne-leur » (Luc 23,33-34). Ressuscité, il apparaîtra ensuite à Simon Pierre (Luc 24,33-34) et il invitera tous ses disciples à demeurer dans la ville jusqu’à ce qu’ils soient « revêtus de la force d’en-haut » en vue de leur mission future (Luc 24,49). Et le récit des Actes des Apôtres commencera à Jérusalem pour se terminer à Rome, considéré à cette époque comme la capitale du monde. La Bonne Nouvelle a alors accompli symboliquement sa course, elle qui devait être portée par les témoins du Christ mort et ressuscité, dans la force de l’Esprit, « à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1,8 ; 28,11-31)…

jésus enseignant 2

Après sa naissance à Bethléem, Jésus sera tout de suite porté par Marie et Joseph à Jérusalem pour être présenté au Seigneur, « premier acte cultuel de Jésus dans la Ville Sainte » comme le fait remarquer une note de la Bible de Jérusalem. Et c’est bien à Jérusalem qu’il accomplira le dernier : il suivra « la voie de l’amour » et « se livrera pour nous en s’offrant en sacrifice d’agréable odeur » pour notre salut à tous (Ephésiens 5,1-2)… Syméon, dans le Temple, en recevant cet enfant dans ses bras, avait déjà reconnu en lui ce « salut » que Dieu a « préparé pour tous les peuples,  lumière pour éclairer les nations et gloire de son peuple Israël » (Luc 2,25-32). St Luc placera ensuite, juste avant le ministère de Jean-Baptiste et le début de celui de Jésus, l’épisode où le Christ, échappant à la vigilance de ses parents, restera « trois jours » dans le Temple de Jérusalem, « la maison de son Père ». Et à la fin de l’Evangile, Jésus, échappant par sa mort au regard de tous ses proches et de tous ses disciples, leur apparaîtra « trois jours » plus tard dans la splendeur de sa Résurrection… Et entre le début et la fin de l’Evangile, Jérusalem apparaît souvent comme le siège de la haine et du rejet de Dieu, elle qui « tue et lapide ceux qui lui sont envoyés » (Luc 13,33). C’est en effet à Jérusalem, au point le plus haut du Temple, que Jésus sera tenté par le diable de se détourner de son Père et de sa mission d’humble Serviteur souffrant (Luc 4,9-12). Moïse et Elie, au jour de sa Transfiguration, annonceront « son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Luc 9,31). Et juste après, par amour de son Père et de tous les hommes, ses frères, « il prendra résolument le chemin de Jérusalem » (Luc 9,51), bien conscient du sort qui l’attend, mais aussi de l’extraordinaire fruit de salut qu’il offrira à l’humanité tout entière par l’offrande de sa vie (Luc 9,22). On retrouve cette détermination et ce courage au début de notre passage, lorsque St Luc nous présente Jésus « partant en tête, et marchant vers Jérusalem » (Luc 19,28) en Maître de cette Histoire où il apparaîtra pourtant très bientôt avec le visage de la faiblesse humaine ballottée et finalement écrasée par les puissants de ce monde… Mais « la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1Corinthiens 1,25), car, dans cette apparente faiblesse, « son amour envers nous s’est montré le plus fort » (Psaume 117(116))… Et aujourd’hui, grâce à ce sacrifice librement consenti, notre faiblesse peut se découvrir, avec joie, toute remplie de sa force (2Corinthiens 12,7‑9).

« Jésus approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont dit des Oliviers »…

MontOliviers

            « Bethpahgé » signifie  « la maison des figues non mûres »[1]. On peut alors penser à ce figuier sans fruit qui, dans les épisodes parallèles de Marc et de Matthieu (Marc 11,12-14.20-24 ; Matthieu 21,18-22), renvoie à tous ceux qui, parmi les Juifs, refuseront de « porter ce fruit digne du repentir » (Matthieu 3,8) qui leur aurait permis de reconnaître et d’accueillir en Jésus « le Fils Unique de Dieu venu dans le monde non pas pour le condamner mais pour le sauver » (Jean 3,16-17). Hélas pour eux, ils ont préféré leurs ténèbres à Sa Lumière… Pourtant, Jérusalem, « maison des figues non parvenues à maturité » par manque de foi, sera aussi cette « Béthanie » que l’on peut interpréter soit par « maison des pauvres » ou par « maison d’Ananie ». Or « Ananie » signifie en hébreu « Yahvé a pitié », « le Seigneur fait miséricorde »… Et bientôt mourra à Jérusalem Celui qui, « de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté » (2Corinthiens 8,9), une richesse que « les pauvres de cœur » (Matthieu 5,3) recevront du « Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3) qui, par le sacrifice unique de son Fils, fera jaillir une surabondance de grâce là où le péché avait abondé (Romains 5,20)… Et des Fleuves d’Eau vive jailliront de son côté ouvert pour se répandre sur ceux-là mêmes qui, par leur violence, venaient de le mettre à mort (Jean 19,33-35 ; 7,37-39). Jérusalem devient ainsi la « Béthanie », le lieu où le Seigneur a fait Miséricorde, une Miséricorde destinée ensuite à se répandre sur le monde entier… Et c’est toujours à ascension du christBéthanie que l’Evangile se terminera avec l’Ascension du Christ qui « fut emporté au ciel alors qu’il bénissait » ses disciples (Luc 24,50‑53). Il passe ainsi du temps à l’éternité en bénissant, une attitude qui est le signe de cette bénédiction continuelle que le Dieu de Tendresse et de Miséricorde ne cesse de répandre depuis toujours et pour toujours sur tous les hommes, ses enfants, par Jésus, le Fils Unique (Jean 1,4-5 ; 1,9)… Il est bien celui qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Matthieu 5,45). Et en réponse à toute cette violence dont le Christ fut, hélas, l’objet, Dieu ressuscitera son Serviteur avant tout pour ceux-là mêmes qui viennent de le mettre à mort, et il l’enverra les bénir (Actes 3,26) ! Heureux alors celui qui saura « se détourner de ses perversités », du mal et des ténèbres, pour se tourner vers l’Amour… Il sera alors accueilli à « Béthanie », « la Maison du Père » (Jean 14,1-4), dans la Demeure de ce Dieu où nous pouvons « entrer grâce à son Amour » (Psaume 5,8), sa Tendresse, sa Miséricorde et sa Bienveillance.

Et la mention du « mont des Oliviers » (Luc 19,29) ne peut que renvoyer à cette huile d’olive pure qui était utilisée en « huile d’onction » lors de l’intronisation des Rois (1Samuel 16,1-13) et de la consécration des prêtres (Exode 29,4-9). L’image de l’onction était aussi utilisée pour évoquer la grâce de l’Esprit reçue par les prophètes en vue de la mission à laquelle Dieu les avait appelés (Isaïe 61,1-2 cité en Luc 4,18-19 ; et plus largement Isaïe 61-62). Et Jésus, « le Christ », « le Messie », « l’Oint du Seigneur » par excellence[2], s’offrira en sacrifice au pressoir de la croix (Isaïe 63,1-3a) pour que nous puissions tous avoir part à son Onction, l’Esprit Saint, qui sera pour chacun d’entre nous « une huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil » (Isaïe 61,3). Lumière2Si, en effet, « le salaire du péché, c’est la mort, le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus » (Romains 6,23). Cette Vie, qui a jailli en Fleuves du côté ouvert du Christ en Croix, nous est transmise, dans l’aujourd’hui de notre foi, par l’Esprit « Eau Vive » qui vivifie (Jean 19,33-35 ; 7,37-39 ; 4,10-14 ; 6,63 TOB) et qui est tout en même temps pour chacun d’entre nous pardon, purification, renouvellement, salut (Ezéchiel 36,24-30 ; Isaïe 12,3), force, paix, joie (Galates 5,22-23 ; 1Thessaloniciens 1,6) et bonheur profond (Isaïe 66,12-13) reçu avec d’autant plus de reconnaissance qu’il est avant tout destiné à ceux qui n’en sont pas dignes (Luc 5,8.31-32)…

 

L’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem

l'entré de Jésus à Jérusalem

 

            Jésus, Roi (Jean 1,49 ; 18,37), Prêtre (Hébreux 4,14-16 ; 5,5-10) et Prophète (Jean 4,19.44) manifestera d’ailleurs très vite sa qualité de Prophète par cette Parole de Science qui lui vient de l’Esprit : « Allez au village qui est en face et, en y pénétrant, vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a jamais monté; détachez-le et amenez-le. Et si quelqu’un vous demande : “ Pourquoi le détachez-vous ? ” Vous direz ceci : “ C’est que le Seigneur en a besoin ” » (Luc 19,30-31). Et tout se passera exactement selon sa Parole… L’obéissance des disciples aura permis son plein accomplissement…

            En montant sur cet ânon et en entrant ainsi à Jérusalem, Jésus se présente sans un mot comme celui qui accomplit la prophétie de Zacharie : « Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. Il retranchera d’Éphraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux ; l’arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix aux nations. Son empire ira de la mer à la mer et du Fleuve aux extrémités de la terre » (Zacharie 9,9-10). Or, à l’époque de Jésus, cette prophétie était lue à la lumière de l’attente de ce Messie Roi qui devait venir. Jésus se déclare donc indirectement, en silence, comme étant ce Roi promis… Tout le récit le souligne.  L’âne, en effet, était « l’ancienne monture des princes » (Note Bible de Jérusalem pour Zacharie 9,9 ; cf. Genèse 49,11 ; Juges 5,10 ; 10,4 ; 12,14. Comparer aussi 1Rois 1,38 à 1Rois 1,5). De plus, « l’ânon que personne au monde n’a jamais monté » suggère la dignité unique de celui qui, pour la première fois, s’assoira sur lui (cf. Jean 19,38-42), tout comme ces manteaux étendus sur son chemin comme autrefois pour le roi Jéhu (2Rois 9,13 ; 841-814 av JC), et bien sûr les acclamations : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » La foule des disciples reprend alors le verset 26 du Psaume 118 (117) en y rajoutant le titre de Roi…ChristRoi2

Et Jésus est bien ce Roi qui vient au nom du Seigneur et apporte « le salut » et « la victoire » données par Dieu, dans « la joie et l’allégresse », car « éternelle est sa Miséricorde » (cf. Psaume 118(117),22-29, Traduction grecque de la Septante)… Il luttera dans la douceur mais avec force pour extirper toute trace de violence parmi les hommes, invitant ses disciples à agir comme lui-même a agi (1Pierre 2,21-25). Frappés sur la joue droite, ils s’efforceront de tendre l’autre joue, ou de ranger l’épée lorsqu’ils seraient tentés de s’en servir (Matthieu 26,51-52 ; 5,39)… C’est ainsi que « charrerie, chevaux et arcs de guerre seront retranchés ». Et « il annoncera la paix aux nations » en répandant sa Paix (Psaume 29(28),11), un terme qui est synonyme de Plénitude, la Plénitude même de Dieu[3]… Cette Paix, c’est celle que Dieu veut donner depuis toujours à tous les hommes qu’il aime (Luc 2,14). Aussi, puisque l’humanité a perdu le chemin de sa connaissance, et avec elle la clef du seul vrai bonheur, le Père, par amour, va-t-il envoyer dans le monde son Fils, « l’Astre d’en haut », pour nous permettre de retrouver « le chemin de la paix » par « la rémission de nos péchés ». Grâce à ce pardon, expression d’un Amour qui ne s’arrête pas à la multitude de nos fautes mais ne cesse de vouloir le bien de l’être aimé, nous pourrons petit à petit « faire l’expérience du salut », c’est-à-dire de cette Lumière de Dieu qui est tout en même temps Vie (Jean 1,4 ; 8,12), et qu’il veut voir régner dans nos cœurs pour nous permettre de participer à la Plénitude de sa Vie.

Ainsi, grâce « aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu », « l’Astre d’en Haut est-il venu visiter ceux qui habitaient dans les ténèbres et l’ombre de la mort » afin de « redresser nos pas »[4] pour nous aider à quitter nos chemins de mort, de tristesse et de souffrances, et nous permettre ainsi de retrouver avec Lui et grâce à Lui « le chemin de la Paix » (Luc 1,76-79)miséricorde divine… Syméon en fera l’expérience lorsqu’il accueillera l’enfant Jésus dans ses bras. Maintenant qu’il a reçu « la Consolation d’Israël », le « Salut » de Dieu (Luc 2,29-32), il peut « s’en aller dans la Paix » (Luc 2,29) . Et cette femme qui, « dans la ville, était une pécheresse », saura accueillir elle aussi, avec Jésus, le pardon de Dieu pour toutes ses fautes. Elle lui en témoignera une énorme reconnaissance « en arrosant ses pieds de ses larmes, en les essuyant avec ses cheveux, en les couvrant de baisers, en répondant sur eux du parfum ». Et Jésus lui déclarera : « Ta foi t’a sauvée ; va en paix » (Luc 7,36-50). Et il dira la même chose à cette autre femme, « souffrant de pertes de sang depuis douze années » et qui sera guérie de son mal par sa foi en lui (Luc 8,43‑48)… Or la maladie à l’époque était comprise comme la conséquence d’un péché (cf. Jean 9,1-3), et l’on pensait que la vie d’un homme était dans son sang (Lévitique 17,11.14). Cette femme symbolise donc ici l’humanité blessée par ce péché qui lui fait perdre la Vie de Dieu… Mais elle pourra la retrouver avec le Christ, en acceptant de recevoir le pardon de toutes ses fautes. Avec Lui et par Lui, Dieu est en effet venu dans le monde pour le réconcilier avec Lui et l’introduire, par son Pardon, dans la Plénitude de son Mystère de Communion et de Vie… Accepterons-nous de nous laisser aimer tels que nous sommes, de nous laisser pardonner, d’aller à Lui avec « notre poids de péché » ? Nous ne pourrons alors que constater que, si « nos fautes ont dominé sur nous, Lui, il les pardonne » (Psaume 65(64),3-4). Et c’est grâce à ce pardon sans cesse offert et humblement reçu que nous pourrons envers et contre tout, demeurer fidèles à l’Amour malgré, hélas, toutes nos infidélités… « Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon, pour que l’homme te craigne. Oui, près du Seigneur est l’Amour » et puisque cet Amour n’est que Miséricorde[5], « près de Lui abonde le rachat » (Psaume 130(129)). Et de pardon en pardon, de nouveau départ en nouveau départ, nous grandirons petit à petit dans l’amour, la fidélité et la reconnaissance envers celui qui, par son Pardon, nous ouvre les portes de sa Vie, une Vie que nos péchés nous avaient fait perdre… Et nous louerons Celui qui « nous arrache sans cesse à nos ténèbres pour nous transférer dans le Royaume de son Fils bien-aimé » (Colossiens 1,13‑14) ? Nous découvrirons et redécouvrirons jour après jour à quel point « le Seigneur fait tout pour nous ! Seigneur, éternel est ton amour, n’arrête pas l’œuvre de tes mains » (Psaume 138(137),8)[6]. D’où l’appel pressant de St Paul : «  Laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (2Corinthiens 5,20-21)…

 Jésus tête de l'Eglise

Par amour, le Christ a voulu s’unir à nos ténèbres pour que nous puissions être unis à sa Lumière et à sa Vie ! Ainsi, grâce à Lui, grâce à son œuvre d’Amour, il nous est possible de devenir ce que nous n’aurions jamais pu être par nous-mêmes, « saints et immaculés en sa Présence dans l’Amour » (Ephésiens 1,4)… Il suffit de se laisser aimer… Et cette œuvre folle aux yeux des hommes (1Corinthiens 1,17-31) s’accomplira bientôt en cette ville où, pour l’instant, le Christ est accueilli dans la joie. Mais hélas, comme souvent dans les Evangiles, l’attente des foules est entièrement focalisée sur un roi terrestre qui saura rétablir, en cette période d’occupation par les Romains, l’indépendance et la souveraineté d’Israël. Terrible quiproquo que Jésus n’est pas arrivé à dissiper, même parmi ses disciples (cf. Luc 24,19-21 ; Marc 8,27-33 ; 9,34 ; 10,37 ; Actes 1,6) et qui conduira finalement ce Peuple déçu dans son attente à crier devant Pilate : « Crucifie-le ! Crucifie‑le ! » (Luc 23,21). Mais c’est justement à travers ce chemin d’incompréhension que Jésus manifestera avec le plus MGR123.inddd’intensité l’Amour du Père, en acceptant de mourir de la main des hommes pour leur permettre de recevoir le fruit de son offrande, leur salut à tous ! C’est ainsi que « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » par son rejet même (Psaume 118(117),22), accepté, vécu et offert par amour (Jean 10,14‑18)… Et St Luc accentue ici ce rejet de la part de la majorité de la population de Jérusalem en précisant que seule « toute la multitude des disciples » l’acclamait… Les habitants de la ville ne sont donc pas venus l’accueillir… « Quelques pharisiens » semblent pourtant ne pas appartenir au groupe des disciples de Jésus qu’ils appellent « tes disciples » lorsqu’ils interviennent auprès de lui pour lui demander de « les réprimander »… Le climat hostile, qui se manifestera pleinement au moment de la Passion, apparaît donc déjà comme en filigranes…

            Jérusalem n’a donc pas su « reconnaître le temps où elle fut visitée ». Ce verbe « visiter » n’intervient qu’au tout début de l’Evangile, dans le cantique de Zacharie (Luc 1,68 et 1,78) qui présente l’œuvre de Dieu que le Christ accomplira par la suite, puis une fois en Luc 7,16 avec la ville de Naïn qui, elle, a su reconnaître qu’avec Jésus  « Dieu a visité son Peuple », et enfin ici, en Luc 19,44, juste avant la Passion. Malgré tout ce que Jésus a fait et dit depuis le début de son ministère, Jérusalem n’a donc pas reconnu en lui « les entrailles de miséricorde de notre Dieu » offrant « le salut » au monde « par la rémission de ses péchés ».  Elle s’est ainsi privée elle-même de cette Plénitude que Dieu veut nous communiquer : Paix, Joie, Lumière et Vie, Force et soutien dans les épreuves de toutes sortes … Elle ne pourra que connaître la tristesse, la désolation, la solitude, le sentiment d’abandon, la souffrance d’autant plus incompréhensible qu’elle sera vide de la Présence de Dieu… Aussi Jésus, qui ne désire et ne cherche que notre bien, sans jamais regarder l’offense qui lui est faite, ressent-il pour elle de la compassion, et il se désole de son malheur dont elle est pourtant la seule responsable … Alors que tout le monde est dans la joie d’une espérance illusoire, Lui pleure[7] sur cette ville qui souffrira bientôt des conséquences de son refus : en 70, les Romains la détruiront (Luc 21,5-7.20-24 ; 23,26-32)…

Jésus purifie le Temple (Luc 20,45-48) 

          Jésus en colère dans le temple  Jésus entre dans le Temple de Jérusalem et se met aussitôt à chasser « les vendeurs » d’animaux destinés aux sacrifices. Hélas, avec le temps, la finalité de ces pratiques n’était plus avant tout le culte divin et « la prière », mais l’appât du gain… Et le Temple, que Dieu voulait ” maison de prière pour tous les peuples “ (Isaïe 56,7), était devenu « un repaire de brigands » (Jérémie 7,11) dont les activités profitaient avant tout au Grand Prêtre, à sa famille, et aux notables. On comprend alors leur haine à l’égard de ce Jésus qui, si on le laissait faire, les conduirait tout droit à la ruine ! « Ils chercheront donc tout de suite à faire périr » celui qui met ainsi en péril leurs somptueux profits. Cette situation est un nouvel exemple de ce que Jésus posa en principe en Luc 16,13 : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent »…

Jésus purifie donc ici le Temple de Jérusalem en recentrant son activité sur la seule recherche de Dieu. Et il se mettra « journellement à enseigner dans le Temple » la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux, et « tout le peuple l’écoutait, suspendu à ses lèvres », comme autrefois dans la synagogue de Jérusalem où tous « étaient en admiration devant les Paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Luc 4,22). Vraiment, « jamais homme n’avait jusqu’ici parlé comme cela » (Jean 7,46). Ses Paroles sont en effet des Paroles de Vie éternelle au sens où elles tournent notre regard et notre cœur vers ce Dieu qui, de toute éternité, est un Soleil de Lumière et de Vie (Psaume 84(83),12-13 ; 1Jean 1,5 ; Jean 1,4 ; 8,12 ; 6,68) par le don continuel qu’il nous fait de son « Esprit qui vivifie » (Jean 6,63 TOB). Et cet main de dieuEsprit reçu en écoutant la Parole du Christ rend témoignage, par sa seule Présence dans les cœurs, à cette Vie éternelle dont le Christ est venu nous parler. Ainsi, lorsque Jésus nous parle de la Vie de ce Dieu de Miséricorde qui ne désire qu’une seule chose, nous donner d’avoir part à sa Vie, l’Esprit, au même moment, communique cette Vie à ceux et celles qui écoutent le Christ de tout cœur. Ils se mettent alors à Vivre de la Vie dont Jésus leur parle, ils la reconnaissent, ils l’expérimentent avec joie et action de grâces, et ils expriment à Jésus toute leur reconnaissance par l’assentiment de leur foi… Oui, vraiment, « jamais homme jusqu’à présent n’avait parlé comme cela »…

Le prophète Malachie annonçait (Malachie 3,1-5) : « Soudain, il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ». Avec Jésus, cette prophétie s’accomplit, et le parallèle avec Malachie amène tout de suite cette question : mais qui donc est Jésus pour qu’avec Lui et par Lui, la venue de Dieu en personne s’accomplisse ? La réponse s’articule en deux volets. Jésus Lui-même est Dieu au sens où il partage la Plénitude de la Nature divine avec le Père et l’Esprit Saint. « Et le Verbe était Dieu », écrit St Jean au tout début de son Evangile, alors qu’à la fin St Thomas s’exclamera devant le Christ ressuscité : mon Seigneur et mon Dieu« Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 1,4 ; 20,28). Jésus est ainsi « de condition divine » (Philippiens 2,6-11), de telle sorte qu’il peut reprendre pour Lui-même ce Nom divin révélé autrefois à Moïse dans le Buisson ardent : « JE SUIS » (Exode 3,13-15). Or le Nom, dans la Bible, renvoie directement au mystère de la personne qui le porte, de telle sorte que Dieu seul peut dire en toute Plénitude : « JE SUIS ». En reprenant à son compte ce Nom divin, Jésus se présente discrètement mais avec force comme partageant le mystère de cette Plénitude divine. Il est Dieu comme son Père est Dieu de telle sorte qu’il peut dire en Jean 8,59 : « Avant qu’Abraham existât, JE SUIS » (cf. Jean 8,24.28 ; 13,19 ; l’expression apparaît également avec d’autres termes qui permettent d’en pressentir la richesse : 4,26 ; 6,20 ; 6,35.41.48.51 ; 8,12.18 ; 10,7.9.11.14 ; 11,25 ; 14,6 ; 15,1.5 ; 18,5.6.8). Le deuxième volet du mystère de la divinité du Christ apparaît en Jean 10,30 : « Moi et le Père, nous sommes un ». Jésus est bien sûr différent du Père, mais il lui est profondément uni par cette Nature divine qu’il partage en Plénitude avec son Père et avec l’Esprit Saint. Et puisque qu’elle n’est qu’Amour, c’est cet Amour qui va assurer l’unité des volontés de ces Trois Personnes distinctes. Ainsi, tout ce que le Père veut, le Fils et l’Esprit saint le veulent eux aussi, et tout ce que le Père fait, le Fils et l’Esprit Saint le font eux aussi…

Ainsi, lorsque Jésus entre dans le Temple de Jérusalem, c’est bien Dieu qui, avec Lui, visite son Peuple :lumière1

1 – Dieu le Fils, car Jésus est Dieu,

2 – mais aussi Dieu le Père, car les deux sont indissociablement unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit qui est tout en même temps Amour, Lumière, Paix et Vie (Jean 4,24 ; 1Jean 1,5 ; 4,8.16)…

Et Jésus accomplit bien ici la prophétie de Malachie (Malachie 3,1-5) car il est cet « Ange -en son sens étymologique de « messager » – de l’Alliance » avec qui et par qui Dieu est venu annoncer et proposer « l’Alliance Nouvelle et éternelle » (Matthieu 26,26-28 ; Luc 22,20 ; 1Corinthiens 11,25) qui accomplit enfin l’Alliance universelle conclue avec tous les hommes depuis les origines (Genèse 9,8-17). Avec ce vocabulaire humain de l’Alliance, Dieu se révélait déjà, depuis les temps les plus anciens, comme étant un Dieu proche des hommes, quels qu’ils soient, attentif à leur vie et à leurs besoins, et cela depuis les origines du monde… Jésus est ainsi venu nous révéler une réalité qui existe depuis toujours et pour toujours : « Le Royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 3,1-2 ; 4,17 ; 10,1-7 en notant qui sont les acteurs qui annoncent le Royaume), Dieu est tout proche, se proposant sans cesse en Roi de nos cœurs et de nos vies. Et ce Dieu vit déjà en Alliance avec tout homme, essayant par tous les moyens possibles de le conduire sur ce qui sera, pour lui, le meilleur chemin… Heureux alors, où qu’ils soient et quels qu’ils soient, « les hommes de bonne volonté » . Et plus heureux encore tous ceux et celles qui, par l’annonce de l’Evangile, peuvent prendre conscience de cette Présence de Dieu, Vivante et déjà agissante au cœur de leur existence… Ils ne pourront que mieux l’accueillir, mieux collaborer à Son Œuvre dans leur vie, et donc expérimenter avec plus d’intensité toutes les Grâces de Lumière et de Paix que ce Dieu, Amoureux de la vie, veut voir régner en nos cœurs…

3ième dimanche de l'avent (Luc 3,16 ; 12,49 avec Actes 2,1-4) et « Eau » (Jean 7,37-39). Il est « comme le feu du fondeur et comme la lessive des blanchisseurs. Il siègera comme fondeur et nettoyeur » (Malachie 3,2-3). Lui qui est venu purifier tous les hommes pour leur donner d’être pleinement des enfants de Dieu (Jean 1,11-13 ; Romains 8,14-17 ; Ephésiens 5,1-2 ; 5,8-11 ; Philippiens 2,12-16 ; 1Pierre 1,14-16 ; 2,1-3 ; 1Jean 3,1-3) comblés de sa Vie (Jean 10,10) et rayonnants de sa Lumière (Jean 8,12 puis 12,35‑36 avec la note de la Bible de Jérusalem qui précise que Jésus « exhorte les Juifs à croire en Lui avant qu’il soit trop tard » ; Actes 26,17-18 ; Matthieu 5,14-16), « il purifiera » notamment « les fils de Lévi », ces serviteurs du Temple (Nombres 1,49-51 ; 3,6-8 ; Deutéronome 10,8-9), « et les affinera comme l’or et l’argent ». Et le minerai rempli d’impuretés de toutes sortes deviendra, dans la main du Seigneur (Jérémie 18,3-6 ; Isaïe 62,3), un métal resplendissant de beauté et brillant de mille feux… Et le culte du Seigneur sera enfin ce qu’il aurait dû toujours être. Les fils de Lévi purifiés « deviendront pour le Seigneur ceux qui présentent l’offrande selon la justice. Alors l’offrande de Juda et de Jérusalem sera agréée du Seigneur »… Et telle est bien l’œuvre de Dieu pour chacun d’entre nous. Par l’Esprit saint, il nous apprend à rejeter l’impiété de ce monde (Tite 2,11-14), il nous purifie de toutes nos fautes (1Jean 1,5-10 ; Ephésiens 5,25-27 ; Hébreux 1,1‑5 ; 9,13-14 ; 12,22-24) et nous permet de faire de toute notre vie un culte agréable à Dieu (Romains 12,1-2) en nous donnant de répondre à l’Amour par l’amour et le service de tous ceux et celles qui nous entourent…

 

 

La confrontation directe avec les autorités religieuses d’Israël (Luc 20,1-19)

 

Après avoir « chassé les vendeurs » du Temple, Jésus « enseignait donc le peuple et annonçait la Bonne Nouvelle »… Dans la Maison du Père, il était tout à sa mission première : faire connaître le Père (Jean 1,18), transmettre sa Parole (Jean 17,7-8), révéler sa Présence Vivante et agissante (Jean 14,8-11). Surviennent alors les plus hautes autorités du Temple, « les Grands Prêtres, les scribes et les anciens », qui lui demandent : « Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou quel est celui qui t’a donné cette autorité ? » (Luc 20,1-2). L’affrontement est direct, et ils ont bien l’intention de lui faire comprendre qu’ici, dans le Temple de Jérusalem, ce sont eux qui commandent… Jésus aurait pu tout de suite leur répondre qu’il agit ainsi par l’autorité de son Père au sens où c’est Lui qui, avec son Fils et par son Fils, accomplit ses œuvres (Jean 14,10 ; 10,36‑38). Tout « pouvoir » ou toute « autorité » de Jésus lui vient en effet directement du Père, et Jésus ne désire qu’une seule chose : aimer le Père, c’est-à-dire garder sa Parole, faire toujours ce qui lui plaît, accomplir sa volonté, mener son œuvre à bonne fin (Jean 15,10 ; 14,31 ; 8,29 ; 4,34 ; 5,30 ; 6,37-40)… Il est, par amour, le Serviteur du Père (Matthieu 12,15-18 ; Actes 3,13.26 ; 4,27-31) et des hommes tant aimés par le Père (Matthieu 20,25-28 ; Luc 22,24-27 ; Jean 3,16‑17 ; 16,27). Si, comme ils le prétendent, ses interlocuteurs « n’avaient qu’un seul Père, Dieu » (Jean 8,41), ils devraient le reconnaître à l’œuvre avec Lui et par Lui. Mais recherchent-ils la vérité de tout cœur, avec une réelle bonne volonté ?

jésus synagogue

Pour le savoir, Jésus va leur poser une question sur Jean-Baptiste : « Dites-moi donc : le baptême de Jean était-il du Ciel ou des hommes ? » Mais ils refuseront de répondre à cette question, alors même que leur opinion est claire à ce sujet ! Leur calcul intérieur, retranscrit ici par St Luc, l’a manifesté : ils n’ont pas cru en Jean-Baptiste. Mais ils ne veulent pas le déclarer ouvertement par peur de la réaction du peuple qui « était persuadé que Jean était un prophète ».  S’ils ont refusé de croire en Jean-Baptiste, comment pourraient-ils croire aujourd’hui en Celui que Jean-Baptiste avait pour mission d’annoncer ? Et s’ils refusent de « faire la vérité » (Jean 3,19-21) en décidant de ne pas répondre à la question de Jésus, comment pourraient-ils accueillir Celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie », Celui qui n’est venu dans le monde que pour « rendre témoignage à la vérité » par « l’Esprit de Vérité » (Jean 14,6 ; 18,37 ; 14,15-17 ; 15,26 ; 16,13‑15) ? Jésus ne peut donc rien leur dire car ils sont incapables, pour l’instant, d’accueillir son Mystère…

Et il ne se fait aucune illusion sur son sort… Par le passé, Dieu a envoyé quantité de prophètes à son peuple pour l’inviter à reconnaître en vérité ses erreurs et ses infidélités. Et à chaque fois, Dieu encourageait cette démarche humainement difficile par des promesses de pardon… amour du christ« Allons ! Discutons ! dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront ».  Et le but recherché était toujours avant tout le bonheur du peuple lui-même… En acceptant de se détourner de ses idoles, ils ne pourraient que recevoir cette abondance de bénédictions et de bienfaits que Dieu ne cesse de leur envoyer. « Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir », vous recevrez « la paix comme un fleuve, et comme un torrent débordant, la gloire des nations. Vous serez allaités, on vous portera sur la hanche, on vous caressera en vous tenant sur les genoux. Comme celui que sa mère console, moi aussi, je vous consolerai, à Jérusalem vous serez consolés, et votre cœur sera dans la joie » … « Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée qui vous mangera », (Isaïe 1,18-20 ; 66,12‑14) cette épée que nous levons les uns contre les autres lorsque la haine nous aveugle, lorsque la soif de pouvoir et de domination l’emporte sur le service fraternel, lorsque la quête des biens matériels se fait aux dépens de la justice, lorsque la recherche de notre égoïsme nous empêche de penser au bien de ceux et celles qui nous entourent… Alors, le « pour soi » au mépris des autres prend le dessus, avec son cortège d’injustices, de duretés et de souffrances…

croix_tripleLes prophètes en firent la douloureuse expérience. Les uns furent « battus », les autres « couverts d’outrages », d’autres encore « blessés et jetés dehors » (Luc 19,10-12)… Et « l’épée mangera » le dernier envoyé, « le Fils Bien-aimé », lorsque « les Grands Prêtres, les scribes et les notables » décideront de le tuer. Et cette épée continuera son œuvre, « elle vous mangera », disait le prophète Isaïe, laissant ruines et désolation sur son passage. Et c’est bien ce qui arrivera en 70 après JC, lorsque Rome répondra à une tentative d’insurrection par la prise et la destruction de Jérusalem (cf. Luc 21,20). Quarante ans plus tôt, le Christ avait dit à ses disciples qui s’émerveillaient de la beauté du Temple : « De ce que vous contemplez, viendront des jours où il ne restera pas pierre sur pierre : tout sera jeté bas » (Luc 21,6). Et sur le chemin du calvaire, alors qu’il était en proie aux pires souffrances, il aura encore la force de compatir à celles qui attendaient les habitants de Jérusalem : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants !… Car si l’on traite ainsi le bois vert » – Jésus, le Fils, parfaitement uni à son Père dans la communion d’un même Esprit – « qu’adviendra-t-il du sec ? » – ceux qui en le refusant, ont refusé le Père et se sont coupés du même coup de l’Unique Source d’Eau Vive – (Luc 23,28-31). Mais « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » (Psaume 118(117),22 ; Luc 20,17). Et puisqu’ils ont refusé le cadeau du salut, cette Bonne Nouvelle sera donnée « à d’autres », et notamment aux païens qui, eux, sauront lui faire porter son fruit (Matthieu 21,43)…

Notons que Jésus vient d’employer ici l’image de la vigne qui, dans l’Ancien Testament, renvoie souvent au peuple d’Israël (cf. Isaïe 5,1-7)[8]. Dieu avait planté « une vigne, sur un coteau fertile », toute de « raisin vermeil »… Il l’avait entourée de mille soins, « bêchée, épierrée »… Il en attendait de « beaux raisins » de droiture, de justice et de vérité, et « elle donna des raisins sauvages », « vénéneux, aux grappes amères »… « Leur vin est un venin de serpent, un violent poison de vipère » (Deutéronome 32,32-33). Pourquoi ? La Bible ne donne pas de réponse…

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Tel est le mystère du péché où l’homme créé « bon », « à l’image et ressemblance de Dieu », est néanmoins infidèle à Celui qui n’a jamais cessé de « prendre soin de lui », « le menant avec des attaches humaines, des liens d’amour ; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger » (Osée 11,1-4)… Dieu avait ainsi confié son Peuple, « sa vigne », aux vignerons qu’étaient notamment « les Grands Prêtres ». Et ces derniers auraient dû accomplir leur vocation en se mettant au service du seul et unique Vigneron, « le Père » (Jean 15,1-2)… Mais, ils lui ont été infidèles, une infidélité qui s’est aussitôt traduit dans l’exploitation du Peuple pour leur profit personnel (Ezéchiel 34,1-6). Aussi la vigne leur sera-t-elle enlevée et « donnée à d’autres » (Luc 20,16)… « Les scribes et les Grands Prêtres comprendront tout de suite que c’était pour eux que Jésus avait dit cette parabole », et plutôt que de se repentir, ils s’endurciront encore davantage, « cherchant à porter la main sur lui à cette heure même ». Mais comme précédemment pour Jean-Baptiste, ils seront à nouveau prisonniers de leur lâcheté et de leurs hypocrites calculs politiques et ils ne feront rien « par peur du Peuple » qui tenait Jésus en grande estime, « suspendu à ses lèvres »…

Le piège tendu par les autorités religieuses d’Israël (Luc 20,20-26)

Aussi, puisque l’attaque frontale vient de se solder par un échec, ils vont envoyer « des espions » pour « jouer les justes » et tenter ainsi de « prendre Jésus en défaut sur quelque parole, de manière à le livrer à l’autorité et au pouvoir du gouverneur » (Luc 20,20-26).

Leur arme sera la flatterie : « Maître, nous savons que tu parles et enseignes avec droiture et que tu ne tiens pas compte des personnes, mais que tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu ». Nicodème, un notable, était également venu à la rencontre de Jésus, et il l’avait lui aussi honoré du titre de « maître », mais cette fois, c’était de tout cœur : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui » (Jean 3,2)… Ainsi, des paroles quasiment identiques peuvent-elles donner la vie ou la mort selon l’intention du cœur qui les prononce…

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Le piège tendu à Jésus est le suivant : « Est-il permis ou non de payer le tribut à César ? » Si Jésus répond par l’affirmative, ils pourront le déconsidérer aux yeux du Peuple en le présentant comme un collaborateur des Romains. Et cela aurait d’autant plus d’impact que beaucoup pensaient que « c’était lui qui allait délivrer Israël » de leur emprise (Luc 24,21)… Si Jésus répond par la négative, alors ils auront un superbe motif d’accusation devant le gouverneur romain : Jésus prône la subversion et la révolte vis-à-vis de Rome ! Et c’est bien ce que de toute façon, ils diront à Pilate : « Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César et se disant Christ Roi » (Luc 23,2) ; et « si tu le relâches, tu n’es pas ami de César : quiconque se fait roi, s’oppose à César » (Jean 19,12).  Le piège semble donc parfait… Mais Jésus connaît le cœur de l’homme (Jean 2,23-25). Il avait déjà perçu autrefois les murmures intérieurs des scribes et des Pharisiens lorsqu’il avait déclaré au paralytique : « Homme, tes péchés sont remis » (Luc 5,20‑22). Ici, Jésus « pénètre leur astuce », et il va les prendre lui-même à leur propre piège. En leur demandant un denier romain, demande aussitôt satisfaite, il démontre déjà à quel point ceux qui voudraient l’accuser de collaboration avec les romains sont les premiers à le faire en acceptant le système économique imposé par l’envahisseur… Ils en profitaient même pour s’enrichir, car, par un acte de soi-disant résistance, ils avaient imposé la monnaie tyrienne dans l’enceinte du Temple. Pour acheter un animal en vue d’un sacrifice, il fallait donc commencer par changer ses « deniers » romains au taux de change imposé, et c’étaient les Grands Prêtres, les notables et leurs familles qui contrôlaient tout ce trafic ! A nouveau une belle hypocrisie ! « Montrez-moi un denier », leur demande donc Jésus. « De qui porte-t-il l’effigie et l’inscription ? » Ils dirent : « De César. » Alors il leur dit : « Eh bien ! Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Manifestement, cette pièce frappée « à l’image et ressemblance de César » appartient à César… Or l’homme, de son côté, a été créé « à l’image et ressemblance de Dieu » (Genèse 1,26-27). Qu’ils reviennent donc à Celui à qui ils appartiennent, leur Créateur et Père qui ne désire que leur Bonheur et leur Vie ! Qu’ils cessent de mettre l’argent à la première place, qu’ils purifient leur cœur de toute « cupidité » (Marc 7,21‑22 ; Luc 12,15), « rapine » (Luc 11,39), « convoitise » (Marc 4,19)… Et qu’ils rendent « à Dieu ce qui est à Dieu », c’est-à-dire leur propre personne ! Qu’ils se tournent vers Lui de tout cœur, sans faux-semblants (Luc 20,45-47). Alors le Temple de Jérusalem cessera d’être « un repaire de brigands » qui « dévorent le bien des veuves » (Luc 20,47) pour devenir ce qu’il aurait dû être depuis toujours, « une maison de prière pour tous les peuples » …

La question de la Résurrection des morts (Luc 20,27-40)

Contrairement aux Pharisiens, les Sadducéens, le parti des Grands Prêtres et de l’aristocratie, ne croyaient pas en la Résurrection des morts qu’ils comprenaient comme un retour à la vie, cette vie dans la chair que nous connaissons bien avec ses lois et ses exigences… Dans un tel contexte, bien malin serait celui qui pourrait dire, au jour de la Résurrection, « qui » serait le mari de cette femme qui, sur la terre, avait épousé successivement sept frères (Luc 20,27-33), conformément à la possibilité offerte par « la loi du lévirat » … Une veuve sans enfant pouvait en effet épouser un frère de son mari défunt pour lui donner malgré tout une descendance. Et le premier né qui naîtrait de cette union porterait le nom du frère défunt (Deutéronome 25,5‑10). Si une femme a donc épousé l’un après l’autre sept frères, « à la résurrection, de qui sera-t-elle donc l’épouse puisque les sept l’ont eu pour femme » (Luc 20,33) ? Le problème semble à première vue insoluble…

 résurrection de lazarreMais la Résurrection n’est pas un simple retour à la vie, comme ce fut le cas pour Lazare (Jean 11), la jeune fille de Jaïre (Luc 8,40-56), le fils de la veuve de Naïn (Luc 7,11‑17), la généreuse Tabitha (Actes 9,36-43), ou encore Eutyque, cet adolescent tombé du rebord d’une fenêtre du troisième étage sur lequel il s’était assis puis endormi en écoutant St Paul (Actes 20,7‑12)… Non, à la Résurrection, s’il s’agit toujours de la même personne, sa condition a radicalement changé… Le Christ en est le plus bel exemple. Sa chair est en effet semblable à celle qui était la sienne sur cette terre : le Ressuscité mangera du poisson sous les yeux de ses disciples et ces derniers pourront le toucher (Luc 24,36-43 ; Jean 20,24-29). Néanmoins, cette chair est « autre » au sens où elle est maintenant totalement assumée par l’Esprit et donc immortelle (1Corinthiens 15,42‑44)… Cette différence est suggérée dans les récits de Résurrection où Marie-Madeleine, Pierre et les disciples, qui ont pourtant bien connu le Christ sur cette terre, ne le reconnaissent pas tout de suite lorsqu’il se manifeste à eux (Jean 20,11-18 ; 21,1-14 ; Luc 24,13‑35). Les relations humaines, elles aussi, seront semblables (Luc 9,26-31) mais différentes… Ici-bas, Dieu continue son œuvre de création avec la collaboration des parents, et de nouvelles personnes humaines naissent chaque jour à l’existence. Mais lors de la Résurrection, il n’en sera plus ainsi… On ne prendra plus « ni femme ni mari », on sera « pareils aux Anges, fils de la Résurrection, fils de Dieu » (Luc 20,35-36), « semblables à Dieu car nous le verrons tel qu’il est » (1Jean 3,2). Nous participerons tous alors, selon notre condition de créature, à sa « nature divine » (2Pierre 1,4), c’est-à-dire à sa Vie, et donc à sa Lumière, à sa Beauté, à sa Gloire et à son éternité (Sagesse 2,23 ; 3,1-9)… Et c’est « par sa Lumière que nous verrons la Lumière » (Psaume 36(35),10)… Dieu nous a tous en effet « prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ». « Car si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable » (Romains 8,28‑29 ; 6,5). Or cette « mort semblable à la sienne » est, pour St Paul, celle vécue lors de notre baptême, une mort au péché à renouveler chaque jour grâce à la fidélité de Dieu (2Timothée 2,13) et à la force de son Esprit Saint (Romains 8,13). « Et si la joiel’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Romains 8,11). Telle sera « la résurrection semblable à la sienne »… « Pour l’instant, nous voyons dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1Corinthiens 13,12)…

Jésus donnera enfin un argument tout simple en faveur de la résurrection à partir d’une manière très fréquente de nommer Dieu dans les Ecritures : il est Celui qui s’est présenté à Moïse comme étant « le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » (Exode 3,6 ; 3,15-16 ; 4,5 ; 1Rois 18,36 ; 1Chroniques 29,18 ; 2Chroniques 30,6 ; Actes 3,13 ; 7,32). Or Abraham a précédé Moïse de plus de six siècles… Et comme Dieu n’est pas « un Dieu de morts, mais de vivants » (Luc 20,38), il s’ensuit qu’Abraham, Isaac et Jacob ne peuvent, comme Moïse et Elie apparus en gloire lors de la Transfiguration de Jésus (Luc 9,30), qu’être vivants à la Gloire de Celui qui, de toute éternité, est « le Vivant » par excellence[9]… Jésus, dans une de ses paraboles, avait d’ailleurs évoqué ce pauvre Lazare qui mourut de faim devant la porte d’un riche et se retrouva « dans le sein d’Abraham », une expression qui traduit « l’intimité et la proximité avec Abraham dans le banquet messianique » (note de la Bible de Jérusalem ; Luc 16,22). Le riche, replié sur ses richesses, fermé aux autres et donc à Dieu, s’était retrouvé après sa mort « en proie à des tortures »… La vie ne s’arrête donc pas avec la mort… Bien plus, la qualité de ce que nous vivrons par-delà notre mort dépend de nos choix d’ici-bas…

Si les Sadducéens ne croyaient pas en la résurrection des morts, les Pharisiens eux y croyaient. C’est pourquoi « quelques scribes » déclarèrent à Jésus : « Maître, tu as bien parlé » (Luc 20,39). Nous retrouvons ainsi indirectement le fait qu’à l’époque de Jésus, les scribes étaient pour la plupart des Pharisiens…

Le Christ, fils et Seigneur de David (Luc 20,41-44)

Christ-Roi_theme_imageL’épisode suivant, « le Messie, fils et Seigneur de David » (Luc 20,41-44) est pour nous bien mystérieux, d’autant plus qu’une question est posée sans y donner de réponse ! Et Jésus raisonne ici à la manière de son temps, en considérant comme acquis le fait que la moitié du Livre des Psaumes aurait été écrite par le Roi David. C’est du moins ce que l’on croyait à son époque… Alors, si David parle dans ce Psaume 110(109) du Messie, si ce Messie est lui-même son fils, pourquoi l’appelle-t-il « mon Seigneur » ?  Certes, un homme peut dire « mon Seigneur » à son roi pour lui témoigner son respect, comme David le fit autrefois pour Saül (1Samuel 24,11), ou Daniel et Holopherne pour Nabuchodonosor, Roi de Babylone (Daniel 4,21 ; Judith 11,4). Mais dans ce cas, c’est toujours le fils qui devrait s’adresser ainsi à son père, et non l’inverse…

Enfin, l’appellation « mon Seigneur » intervient très souvent dans l’Ancien Testament lorsque quelqu’un s’adresse à Dieu, « son Seigneur » (Abraham en Genèse 15,2.8 ; 18,27.30.31.32 ; Abimélek en 20,4 ; Moïse en Exode 4,10.13…). Mais pour les interlocuteurs de Jésus, il était inconcevable d’imaginer un seul instant que cet homme qu’ils avaient sous les yeux puisse partager la condition divine. Seule la Lumière de la Résurrection permettra aux disciples de comprendre que ce Jésus qu’ils croyaient si bien connaître était tout en même temps vrai homme et vrai Dieu. Le titre de « Seigneur », si souvent donné à Dieu dans l’Ancien Testament, leur servira alors à confesser la divinité et donc l’incomparable dignité du « Christ Seigneur »… « Mon Seigneur et mon Dieu » lui dira Thomas (Jean 20,28)… Et St Luc reprendra ce Psaume 110(109) dans le discours de Pierre à la foule, juste après la Pentecôte : « Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et l’a répandu. C’est là ce que vous voyez et entendez. Car David, lui, n’est pas monté aux cieux ; or il dit lui-même : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie fait de tes ennemis un escabeau pour tes pieds ». Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié » (Actes 2,32-36). Ainsi, en ressuscitant son Fils, « Dieu l’a exalté ; il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au Nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père » (Philippiens 2,9-11). Mais encore une fois, la question que lance Jésus en Luc 20,41-44 ne peut pour l’instant que conduire ses interlocuteurs à se poser la question : « Qui donc sera le Christ ? », et peut-être pour certains : « Qui donc est ce Jésus ? ». Mais seule sa Résurrection et le don de l’Esprit Saint (1Corinthiens 12,3) pourront amener les disciples à confesser que vraiment « Jésus est Seigneur », à la gloire de Dieu le Père »…

L’évocation des derniers temps, l’appel à la vigilance et à la prière (Luc 21,5-38)

Jésus va ensuite terminer son enseignement par une large évocation des « derniers temps », c’est-à-dire ce temps qui s’étendra de sa Résurrection à la fin du monde… L’humanité y est entrée depuis plus de deux mille ans, et nul ne sait quand viendra la fin (Matthieu 24,36 ; Actes 1,7)…

Ils seront marqués par la venue de toutes sortes d’imposteurs qui prétendront être le Christ ! « Il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront : “ C’est moi ! ” et “ Le temps est tout proche ”. N’allez pas à leur suite » (Luc 21,8). « Alors si quelqu’un vous dit : “ Voici : le Christ est ici ! ”, “ Voici : il est là ! ”, n’en croyez rien. Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes qui opéreront des signes et des prodiges pour abuser, s’il était possible, les élus. Pour vous, soyez en garde : je vous ai prévenus de tout » (Marc 13,21-23 ; cf. Actes 13,6-12). Et cette parole s’accomplira dès le tout début de l’Eglise puisque St Paul parlera « des faux apôtres, ces ouvriers trompeurs qui se déguisent en apôtres du Christ » ; ce sont en fait des « faux frères », des « menteurs hypocrites » (2Corinthiens 11,13.26 ; Galates 2,4-5 ; 1Timothée 4,1-7). St Pierre évoquera de son côté des « faux prophètes » qui ont jeté le trouble dans la communauté chrétienne, et il ajoute : « Il y aura aussi parmi vous des faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses et qui, reniant le Maître qui les a rachetés, attireront sur eux‑mêmes une prompte perdition. Beaucoup suivront leurs débauches, et la voie de la vérité sera blasphémée, à cause d’eux.  Par cupidité, au moyen de paroles trompeuses, ils trafiqueront de vous » (2Pierre 2,1-3) comme le faisaient déjà, à l’époque de Jésus, « les Grands Prêtres, les notables et leurs familles »… Aussi, « mes bien-aimés », écrit St Jean, « ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les pour voir s’ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde. À ceci reconnaissez l’esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu ;  et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu; c’est là l’esprit de l’Antichrist. Vous avez entendu dire qu’il allait venir ; eh bien ! maintenant, il est déjà dans le monde ».

Mais St Jean, face à ce tableau qui peut nous apparaître bien sombre et désespérant, nous invite à la confiance car le Christ habite son Eglise. « Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » et il ne permettra pas que les ténèbres l’emportent sur elle (Matthieu 28,20 ; 16,18). De plus, il a envoyé l’Esprit Saint, l’Esprit de Vérité, « pour qu’il soit avec vous à jamais ». C’est Lui qui introduira son Eglise dans la vérité tout entière et qui l’aidera à garder le bon dépôt de la foi (Jean 14,15-17 ; 16,13 ; 2Timothée 1,14). De plus, c’est toujours Lui qui main de dieul’aidera à faire la Vérité et à discerner entre ce qui vient de Dieu et ce qui est le fruit du « père des mensonges », le diable (1Thessaloniciens 5,19-22 ; Jean 8,44 ; Matthieu 7,15-16). Cet Esprit Saint ne lui manquera jamais. Qu’ils ne craignent donc pas : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi »… « Je ne vous laisserai pas orphelins »… « Je viendrai vers vous », je serai avec vous par l’Esprit Saint, et « sur moi, le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir » (Jean 14,1.18.30).  « Vous donc, petits enfants, vous êtes de Dieu » et tous ces faux prophètes, « vous les avez vaincus. Car Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1Jean 4,1-4)…

Dans les « derniers temps » surviendront aussi toutes sortes de « guerres et de désordres, de grands tremblements de terre, des pestes et des famines » (Luc 21,11)… Et nous le constatons bien chaque jour… D’où l’importance des « artisans de paix » (Matthieu 5,9), à tous les niveaux de la société, des gestes de solidarité entre les peuples, et de la recherche scientifique qui permettra de prévoir toujours mieux les catastrophes naturelles …

Les « derniers temps » verront aussi de grandes persécutions contre tous ceux et celles qui invoqueront « le Nom » de Jésus… « Vous serez livrés même par vos père et mère, vos frères, vos proches et vos amis »… Mais dans ces situations de souffrance, la grâce offerte par le Seigneur n’en sera que plus forte, et, paradoxalement, ils ne pourront que constater à quel point « ceux qui sont persécutés pour la justice sont heureux », car « le Royaume des Cieux est à eux » (Matthieu 5,10)… Jésus emploie ici le verbe « être » au présent, car dans cette épreuve survenue à cause de leur foi, ils recevront en abondance, par cette même foi et dans la foi, les grâces du Royaume. « Or le Royaume des cieux est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17). Ils souffriront, mais ils connaîtront aussi la joie incomparable de l’Esprit (cf. 2Corinthiens 1,3-7 avec les notes de la Bible de Jérusalem)… C’est ainsi « après avoir été battus de verges »  parce qu’ils « parlaient au Nom de Jésus », les Apôtres repartirent « tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom » (Actes 5,40-42).

Et « lorsqu’on vous livrera » « devant des rois et des gouverneurs à cause du Nom de Jésus », « ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre lumièrePère qui parlera en vous » (Matthieu 10,19-20 ; Luc 21,12), ce même Esprit de Vie et de Joie qui constitue les arrhes du Royaume (Ephésiens 1,13-14). C’est donc toujours Lui qui remplira de force les Apôtres (2Timothée 1,7-8), leur donnera les mots de leur témoignage (1Corinthiens 2,13 ; Jean 15,26-27) de telle sorte que c’est le Père Lui-même qui parlera en eux…

Après l’évocation des « guerres, désordres, grands tremblements de terre, pestes, famines, phénomènes terribles, persécutions, dévastation de Jérusalem », le Christ conclue par ce qui semble être « la fin du monde », avec « des signes dans le soleil, la lune et les étoiles », « le  fracas de la mer et des flots », ce jour où « les puissances des cieux seront ébranlées ». « L’ordre cosmique vacillera, comme pour un retour au chaos originel marquant la fin de l’Histoire »[10]… Alors, « le Fils de l’Homme apparaîtra, venant dans une nuée avec grande Gloire »… Son unique préoccupation sera alors que nous puissions nous « redresser », « relever la tête » dans la confiance, sans être accablés par le poids de nos misères, et de nous « tenir debout devant lui ». Nous le pourrons si nous sommes sûrs de son Amour et du seul désir qui l’habite : notre Bonheur, notre Plénitude et notre Joie… Nous oserons alors nous abandonner en toute confiance entre les mains de l’Amour (1Jean 4,14-19) qui de son côté trouvera toute sa joie à notre « délivrance », notre « rédemption » (Luc 21,28), en un mot, notre salut… Et déjà, en ce moment, il intercède pour nous auprès du Père pour qu’il en soit bien ainsi (Romains 8,34 ; 1Jean 2,1-2)…

tiens-ma-lampe-allumeeD’ici là, les croyants sont invités à « veiller », à garder allumée la lampe de leur foi, à ne pas éteindre l’Esprit Saint qui les habite (1Thessaloniciens 5,19) en tombant dans « la débauche, l’ivrognerie » ou en se laissant accaparer par « les soucis de la vie » (Luc 21,34 ; 8,14). Qu’ils guettent « les signes des temps » qui manifestent que « le Royaume de Dieu est proche », car au-delà de toute préoccupation vis-à-vis du dernier Jour du monde, Dieu est déjà là, présent, invisible mais agissant par son Esprit au cœur de nos vies. Tel est le Trésor auquel nous sommes sans cesse invités à revenir, une Présence qui nous cherche, nous accompagne, nous entoure de sa Tendresse, nous guide dans le quotidien le plus simple de nos existences… « Veillez donc et priez en tout temps » (Luc 21,36), « dans l’Esprit. Apportez-y une vigilance inlassable » (Ephésiens 6,18). « Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Philippiens 4,7)…

D. Jacques Fournier

 

 

Fiche n20 – Lc 1928-2138 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.

 

[1] GERARD A.-M., « Dictionnaire de la Bible » (Ed. Robert Laffont ; Paris 1989) p. 163.

[2] « Christ » vient du grec « Khristos », « Messie » de l’hébreu « masîha », et dans les deux langues « Khriô » aussi bien que « masah » signifient « oindre ».

[3] Xavier LEON-DUFOUR écrit ainsi dans le Vocabulaire de Théologie Biblique (Ed. du Cerf ; Paris 1995 ; « Paix », col. 879) : « Le mot hébreu salôm dérive d’une racine qui, selon ses emplois, désigne le fait d’être intact, complet (Job 9,4)… Aussi la paix biblique n’est-elle pas seulement le « pacte » qui permet une vie tranquille, ni « le temps de la paix » par opposition au « temps de la guerre » (Quohélet 3,8 ; Apocalypse 6,4) ; elle désigne le bien-être de l’existence quotidienne, l’état de l’homme qui vit en harmonie avec la nature, avec lui-même, avec Dieu ; concrètement, elle est bénédiction, repos, gloire, richesse, salut, vie »… « Loin donc d’être seulement une absence de guerre, la paix est plénitude du bonheur »…

[4] Sens premier du verbe grec « kateuthunô » employé par St Luc en 1,79 : « redresser, mettre droit » et donc « diriger, conduire ».

[5] La traduction grecque de la Septante a : « Près du Seigneur est la Miséricorde »…

[6] La traduction grecque de la Septante a de nouveau : « Le Seigneur se montrera généreux à mon égard ; Seigneur, ta miséricorde est pour toujours »…

[7] Dans les Evangiles de Marc, Matthieu et Luc, C’est la seule et unique fois où Jésus pleure

[8] Et la note de la Bible de Jérusalem précise : « Le thème de la vigne Israël, choisie puis rejetée, déjà amorcé par Osée 10,1, sera repris par Jérémie (2,21 ; 5,10 ; 6,9 ; 12,10) et par Ezéchiel (15,1-8 ; 17,3-10 ; 19,10-14). Voir aussi le Psaume 80(79),9-19 et Isaïe 27, 2-5. Jésus le transposera dans la parabole des vignerons homicides (Matthieu 21,33-44 et parallèles). Et en Jean 15,1-2, il révélera le mystère de la “ vraie ” vigne »…

[9] L’expression « Dieu vivant » intervient 33 fois dans la Bible : Dt 4,33 ; 5,26 ; Jos 3,10 ; 1s 17,26.36 ; 2r 19,4.16 ; Is 37,4.17 ; Jr 10,10 ; 23,36 ; Os 2,1 ; Ps 42,3.9 ; Ps 84,3 ; Jb 27,2 ; Est 8,12 ; Dn 6,21.27 ; Mt 16,16 ; 26,63 ; Ac 14,15 ; Rm 9,26 ; 2co 3,3 ; 6,16 ; 1th 1,9 ; 1tm 3,15 ; 4,10 ; Hb 3,12 ; 9,14 ; 10,31 ; 12,22 ; Ap 7,2.

[10] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 800.




L’ultime proclamation du Salut par Jésus avant son entrée à Jérusalem (Luc 18,35-19,27)

Juste avant son entrée à Jérusalem, St Luc nous présente ce que nous pourrions appeler « un résumé » de ce Salut que le Christ est venu nous apporter, avec toutes ses conséquences concrètes dans la vie de ceux et celles qui l’accueillent.

La guérison d’un aveugle à proximité de Jéricho (Luc 18,35-43)

Jésus guérit un aveugle 1

Tout commence par « un aveugle assis au bord du chemin » que Jésus empruntait alors « qu’il s’approchait de Jéricho » (Luc 18,35-42). « Il mendiait », seule ressource possible pour beaucoup d’entre eux à une époque où n’existait aucun soutien de la part de la société civile. « Entendant une foule marcher, il s’enquérait de ce que cela pouvait être. On lui annonça que c’était Jésus le Nazôréen qui passait. Alors il s’écria : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » ». Nous retrouvons ici la prière du Publicain de la Parabole (Luc 18,9-14) : « « Éléêson (prononcé aujourd’hui Éléïson) mé ! », un verbe qui vient de « Éléos, miséricorde, compassion ». Nos Bibles traduisent souvent par « aie pitié de moi ! », mais on pourrait aussi dire « Fais moi miséricorde ! », « Aie compassion de moi ! ». De plus, le titre de « Fils de David » sous-entend que cet homme a reconnu en Jésus le Messie promis, même si cette perception, comme pour les disciples (Marc 8,27-33 ; 9,30-37 ; 10,32-40 ; Actes 1,6)[1], est encore imparfaite. Nous approchons en effet de la fin de l’Evangile ; bientôt Jésus vivra sa Passion, et c’est sur la Croix, mourant et apparemment impuissant, qu’il manifestera comment l’Amour est Roi… « Insulté sans rendre l’insulte, maltraité sans faire de menaces, il s’en remettait à Celui qui juge avec justice. C’était nos péchés qu’il portait, dans son corps, sur le bois, afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice » (1Pierre 2,21-25 ; Matthieu 8,16-17). Ainsi, « l’amour ne cherche pas son intérêt », mais le nôtre, « il supporte tout » (1Corinthiens 13,4-7), il s’offre et endure le mal que nous pouvons lui faire, pour que « par ses blessures, nous puissions trouver avec Lui et en Lui la guérison » et cesser ainsi de commettre ce mal qui, en fin de compte, nous fait souffrir (Romains 2,9) et finalement nous détruit (Romains 6,23)…

Christ-Roi_theme_image« Le Fils de l’Homme » sera donc « livré aux païens, bafoué, outragé, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera » (Luc 18,32‑33). C’est ainsi que Jésus sera « le Messie », le Roi promis, ce « Fils de David » qui devait venir et à qui Dieu allait offrir « le trône de David »… Voilà pourquoi St Luc a bien pris soin, au tout début de son Evangile, de nous présenter la Mère de Jésus comme étant cette « vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David » qui reçoit de l’Ange Gabriel cette prophétie au sujet de son Fils : « Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. » Telle est « la puissance de salut » que Dieu « a suscitée dans la maison de David, son serviteur »… Le Christ naîtra alors à Bethléem, « la ville de David », et l’Ange dira ensuite aux bergers : « Voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David » (Luc 1,27.32.69 ; 2,4-11).

Ce « Messie Fils de David » ne pouvait donc qu’être roi, et c’est au moment de sa Passion que le Christ révèlera comment il est roi. C’est d’ailleurs en ces chapitres que le titre de roi apparaît soudainement pour lui être très souvent attribué. Et lorsqu’il sera crucifié, tous pourront lire cette inscription fixée au-dessus de lui par les Romains : « Celui-ci est le roi des Juifs » (Luc 19,38 ; 23,1-3 ; 23,37-38)… Dans l’Evangile selon St Jean, la logique est identique et c’est au cours de son procès que Jésus répond à la question de Pilate, « Donc tu es roi ? » : « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre Dieu est amour 2témoignage à la vérité », la vérité d’un Dieu d’Amour, de Miséricorde et de Tendresse qui ne sait faire qu’une chose : aimer, chercher notre bien envers et contre tout, et proposer son pardon qui relève et libère. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34)… Et c’est au moment de sa Passion et de sa mort sur la Croix que le Christ manifestera avec le plus d’intensité l’Amour avec lequel nous sommes tous aimés : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15,13 ; 1Jean 3,16)… « Voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes », dira le Christ à Ste Marguerite Marie Alacoque, à Paray le Monial… En mourant et en ressuscitant pour tous les hommes, il nous a ainsi ouvert les Portes du Royaume de son Amour où ceux qui ont faim sont rassasiés, ceux qui pleurent consolés, ceux qui souffrent réconfortés (Luc 6,20-23 ; Matthieu 5,1‑12)… « Paix aux hommes de bonne volonté », qui, par leur bonne volonté, accueillent cette Bienveillance du Père pour tous les hommes, ses enfants (Luc 2,14). Quant à ceux qui se perdent, ils sont inlassablement recherchés, car Dieu ne poursuit qu’un seul objectif, le vrai Bien de chacun d’entre nous. Et puisque nous avons tous été créés pour vivre de sa Vie, partager sa Lumière et sa Paix, entrer dans le mystère de sa Communion Bienheureuse, nous ne pourrons connaître le vrai Bonheur qu’une fois ce projet pleinement accompli. Dieu ne cessera donc de faire tout son possible – le possible de la Miséricorde Toute Puissante ! – pour qu’il en soit effectivement ainsi. Son seul souci sera donc, pour nous pécheurs, de nous réconcilier avec Lui, de nous ramener auprès de Lui et de nous communiquer toutes les richesses de sa Vie (Jean 10,10)…

Tel est le trésor offert à notre foi, à notre confiance : « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui écoute ma parole et croit à Celui qui m’a envoyé a la vie éternelle » (Jean 5,24 ; 6,47 ; 1Jean 5,13). Or « Dieu est Esprit » (Jean 4,24), et « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jean 6,63). Et tout ce qui touche à l’Esprit est invisible à nos yeux de chair ! Le Concile Vatican II enseigne ainsi que « le Dieu invisible (Colossiens 1,15 ; 1 Timothée 1,17) s’adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu’à des amis (Exode 33, 11; Jean 15, 14-15), il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie »[2]. Et tout ceci est concrètement mis en oeuvre par l’action de l’Esprit « invisible » qui réalise l’œuvre du salut « dans l’esprit de l’homme et dans l’histoire du monde : lui, le Paraclet invisible tout en étant présent partout saint-esprit»… Ainsi, « toute la vie de l’Eglise, signifie aller à la rencontre du Dieu invisible, à la rencontre de l’Esprit qui donne la vie »[3]… Et l’Esprit est comme cette brise légère perçue par Elie (1Rois 19,9-13), et qui, jour après jour, souffle au cœur de nos vies… Apparemment rien n’a changé : les épreuves, les souffrances, les détresses et les combats de toutes sortes sont toujours là… Mais dorénavant, pour celui et celles qui accepteront de se confier dans le Christ, une Lumière jaillira au cœur de leur obscurité, une joie dans leur tristesse, une force dans leur faiblesse … Les tempêtes se déchaînent, tout semble souvent perdu, et pourtant, la barque de nos vies tient bon et repart de plus belle… Parce que St Paul avait conscience que le Christ ressuscité était présent tous les jours à son cœur et à sa vie, luttant avec lui et le soutenant par son Esprit, il pouvait écrire : « Nous sommes pressés de toute part, mais non pas écrasés ; ne sachant qu’espérer, mais non désespérés ; persécutés, mais non abandonnés ; terrassés, mais non annihilés. Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps », dans l’attente de ce jour où il n’y aura « plus de peines, plus de pleurs, plus de cris »… « L’ancien monde » s’en sera allé, et le Royaume des Cieux sera enfin établi en Plénitude pour toujours (2Corinthiens 4,8-10 ; Apocalypse 21,1-4)… Mais au cœur de ce monde marqué par la souffrance, la maladie et la mort, ce Royaume est déjà invisiblement présent par l’Esprit Saint que les pauvres de cœur savent accueillir (Luc 6,20). Puissions-nous tous être de ceux-là, comme cet aveugle à l’entrée de Jéricho qui ne se laisse pas arrêter par les remarques de bienséance qu’on lui adresse. « Tais-toi, cela ne se fait pas de crier ainsi »… « Mais lui criait de plus belle »…

Or, « lorsqu’un pauvre crie, le Seigneur entend et le sauve ». Alors, « je suis là et je t’appelle, car tu réponds, ô Dieu ! » (Psaume 34(33),7 ; 17(16),6). Et de fait, « Jésus s’arrêta et ordonna de lui amener » cet aveugle. Et, comme l’infirme au bord de la piscine de Bethzatha (Jean 5,6), il le rejoindra au cœur de son désir et de sa liberté : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Cette question, Dieu la pose à chacun d’entre nous… Dans la solitude, le silence et le recueillement, nous sommes invités nous aussi à découvrir « le désir » qui nous habite, ce Bandeau-st-Espritdésir que Dieu Lui-même a déposé au plus profond de notre être et qui correspond à ce qu’il veut nous donner. Le reconnaître et l’exprimer, c’est déjà recevoir ce don de Dieu appelé à se déployer dans toute notre vie… Et l’Esprit Saint nous aide à accomplir cette démarche. Il est en effet Celui que le Christ ne cesse de nous envoyer pour nous introduire dans la vérité tout entière, aussi bien celle de Dieu que celle qui nous habite et qui, de toute façon, vient de Dieu (Jean 16,13)… Alors, donnons à l’Esprit Saint la possibilité de nous conduire jusqu’à ce désir que Dieu a placé en chacun d’entre nous, un désir qu’il veut exaucer et combler. Laissons alors l’Esprit nous donner les mots de la prière, car « il vient au secours de notre faiblesse ; nous ne savons en effet que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu » (Romains 8,26-27). Et si effectivement ce désir correspond aux vues de Dieu, nous ne pourrons qu’être exaucés, car il est, avant toute chose, « le désir de Dieu », « la volonté de Dieu », « ce qui plaît à Dieu »… « Et tout ce que veut le Seigneur, il le fait, au ciel et sur la terre, dans les mers et jusqu’au fond des abîmes » (Psaume 135(134),6). « Seigneur, que je recouvre la vue », demande l’aveugle… Et pour montrer que ce désir vient de Dieu, Jésus va reprendre les mêmes mots et lui dire : « Recouvre la vue… ».

Mais l’homme n’est pas simplement un « corps » avec des yeux de chair qui lui permettent de voir l’univers matériel qui l’entoure. Il est aussi « âme » et « esprit », et Jésus rejoint la personne humaine tout entière qui s’exprime au sein de cette nature humaine « corps, âme et esprit » (1Thessaloniciens 5,23). La guérison physique, visible, des yeux de chair manifeste la Présence et l’action du Dieu invisible qui, avec son Fils et par lui, a touché l’aveugle tout entier… Cet homme a donc accueilli de tout cœur l’action de Dieu et la guérison de son corps en a été le signe visible. Mais puisque l’homme est tout en même temps « corps, âme et esprit », toute son intériorité « âme et esprit » a elle aussi été touchée par Dieu, un Dieu qui est Esprit (Jean 4,24) et Source d’Esprit et de Vie (Jérémie 2,13 ; 17,13 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39). Elle a donc été aussitôt remplie, comblée par l’Esprit de Dieu, un Esprit qui vivifie, Jésus guérit un aveugle 2éclaire, pacifie, réjouit… Tel est le salut… Et dans sa joie, l’aveugle guéri va louer et glorifier Dieu avec « la joie de l’Esprit Saint » (1Thessaloniciens 1,6)… Ainsi, Jésus ne va que lui dire ce qu’il vit déjà : « Ta foi t’a sauvé »… A lui maintenant de demeurer dans cette Lumière, dans cette Paix, dans cette Vie en ne désespérant jamais de la Miséricorde Toute Puissante de Dieu (Luc 1,49-50) qui sera toujours infiniment plus grande que toutes nos misères, plus forte que toutes nos faiblesses… C’est elle, si nous lui offrons tout, qui remportera la victoire sur tout (Psaume 51(50))…

La rencontre avec Zachée (Luc 19,1-10)

Après la guérison de l’aveugle, la rencontre avec Zachée manifestera elle aussi le salut que le Christ est venu nous offrir, avec toutes ses conséquences dans le concret de nos vies. Zachée est « un chef de publicains », c’est-à-dire un chef de collecteurs d’impôts qui travaillaient au compte des Romains. Considérés comme des voleurs, des exploiteurs et des êtres impurs au contact de ces païens impurs, ils étaient profondément méprisés…

Mais Zachée est habité par un bon désir : « il cherchait à voir qui était Jésus »… Ce désir vient de Dieu qui a envoyé son Fils dans le monde non pas pour le condamner, mais pour le sauver (Jean 3,16-17). Et Lui-même travaille activement à ce salut en attirant tous les hommes à son Fils : « Nul ne peut venir à moi », disait Jésus, « si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jean 6,44 ; 6,65). Derrière ce mouvement de Zachée vers Jésus, nous pouvons donc reconnaître la Présence du Père qui, par l’action de l’Esprit Saint, le conduit vers son Fils (cf. Luc 2,25-32), et la bonne volonté de Zachée qui sait accueillir l’œuvre de Dieu… Et ce désir en lui est si fort qu’il va trouver le moyen de vaincre tous les obstacles qui l’empêchent de voir Jésus. « Il était petit de taille », et même en se mettant sur la pointe des pieds, « il ne pouvait » voir Jésus « à cause de la foule ». Aussi va-t-il regarder en avant, et repérer un arbre, « un sycomore », qui se trouvait là où Jésus « devait passer »… Dans l’ardeur de son désir, Jésus Zachéeoubliant, comme l’aveugle dans l’épisode précédent, toute bienséance, il va « courir » et « monter » dans l’arbre, agissant en tout comme un enfant, lui, « le riche chef de publicains »… En agissant ainsi, il est déjà, de cœur, sur les chemins de l’enfance retrouvée… Et, disait Jésus, « si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 18,1-4). Sans peut-être s’en rendre compte, captivé par le Christ, ne cherchant que le Christ, Zachée s’est déjà fait « petit comme un enfant », et Jésus, en arrivant auprès du sycomore, verra ce chef des publicains, avec certainement ses beaux habits, perché dans un arbre ! Jésus reconnaît bien là un fruit de l’Esprit déjà à l’œuvre au cœur de Zachée. Et il va lui dire le désir de Dieu à son égard, un désir infiniment plus vif et plus ardent que celui qui avait fait courir Zachée dans cet arbre : « Descends vite », « car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi », demeurer dans ton cœur et dans ta vie pour être avec toi… « Il me faut », il est impossible qu’il en soit autrement, c’est une nécessité pour moi, je ne peux vouloir autre chose… Tel est l’unique désir de l’Amour : être avec la personne aimée pour simplement la combler d’Amour… « Je me sens enveloppée dans le mystère de « la charité du Christ », et, lorsque je regarde en arrière, je vois comme une divine poursuite sur mon âme. Oh ! Que d’amour. Je suis comme écrasée sous ce poids. Alors, je me tais et j’adore » (Ste Elisabeth de la Trinité)… Ce « il faut » est également apparu dans la bouche de Jésus lorsqu’il annonçait à ses disciples « sa nécessité d’amour » de vivre la Passion, la Mort et la Résurrection pour notre salut à tous… « Rappelez-vous », disent les Anges aux femmes devant le tombeau vide, « comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée : Il faut, disait-il, que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour » (Luc 24,6-7 ; 17,24-25 ; 22,37 ; 24,44 ; Jean 10,16)…

Zachée - Giotto« Descends vite »… Et Zachée qui avait « couru » dans cet arbre descendit « vite »… Tout le monde ici est pressé de vivre la rencontre et c’est finalement la joie, la joie de l’Esprit Saint, la joie de Dieu, qui éclatera de toute part… Et Zachée « le reçut avec joie »… Tandis que du côté de Dieu, « le Seigneur ton Dieu est tout joyeux à cause de toi ; dans son amour, il te renouvelle, il jubile et crie de joie à cause de toi » (Sophonie 3,17 ; Luc 15,10). Jésus lui-même avait « tressailli de joie sous l’action de l’Esprit Saint » en constatant que ce salut était révélé et donné aux tout-petits : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir » (Luc 10,21)… Le « tout-petit » Zachée vient d’en faire l’expérience, la joie du Christ est en lui (Jean 15,11)…

Le « murmure » dans la Bible est souvent l’expression du péché : murmure des Israélites au désert (Exode 15,24 ; 16,2.7.8.9.12 ; 17,3 ; Nombres 14,27.29 ; 17,6), murmure de tous ceux qui ne croient pas en Jésus (Jean 6,41.61 ; Luc 5,30 ; 15,2)… Il est l’attitude typique de ceux et celles qui, aveuglés par le péché, jugent sur la seule base de ce qu’ils voient alors même qu’ils sont aveugles de cœur (Jean 12,37-41) ! Les Paroles ou les attitudes du Christ ne rentrent pas dans leurs schémas de pensée. Incapables d’en percevoir la Source, ils jugent, grincent des dents, trament des complots, condamnent et finalement éliminent. Seule la Lumière de l’Esprit Saint permet en effet de reconnaître ce qui vient de l’Esprit. L’homme laissé à ses seules forces d’homme ne peut rien dans le domaine spirituel. « Nul ne connaît colombe_677ce qui concerne Dieu sinon l’Esprit de Dieu… L’homme psychique », c’est-à-dire « laissé à aux seules ressources de sa nature » (Note Bible de Jérusalem), « n’accueille pas ce qui est de l’Esprit de Dieu : c’est folie pour lui et il ne peut le connaître » (1Corinthiens 2,9-14). Et c’est bien ce que font ici ceux qui murmuraient contre Jésus parce qu’il renversait les barrières que les hommes avaient élevés entre eux sur les bases d’une soi-disant pureté toute extérieure : « Il est allé loger chez un pécheur ! », un homme impur, un maudit (Jean 7,49). Mais Jésus, lui, ne juge pas sur l’apparence, mais sur la justice (Jean 7,24). Son regard va directement au cœur (cf. Marc 7,1-23) à la lumière de la Miséricorde divine qui sait toujours voir le meilleur et discerner le moindre mouvement de bonne volonté, de sincérité, d’ouverture et de repentir… Et même si, apparemment, rien n’arrive, il ne cessera de l’espérer et de tout faire pour le susciter. A ce titre, il n’y a pas plus humain que Dieu…

Et pendant que certains murmuraient dans l’aigreur et l’obscurité de leur cœur, Zachée, lui, se dresse « debout », une attitude qui ne peut qu’évoquer la victoire de cette Vie nouvelle qui vient d’envahir son cœur et de l’arracher aux ténèbres de la mort… Cette victoire sera pleinement manifestée avec le Christ qui, une fois mort sur la Croix, sera couché dans jésus enseignant 2l’obscurité d’un tombeau. Mais le troisième jour, il ressuscitera et se manifestera à ses disciples, « debout », dans une Lumière éblouissante, « la Lumière de la Vie » (Jean 8,12 ; 1,4-5). Zachée en est déjà rempli ! Et les fruits se manifestent aussitôt… Cette Lumière et cette Vie sont en effet « participation » à la Lumière et à la Vie de ce Dieu qui n’est qu’Amour… Le dynamisme qui habite désormais le cœur de Zachée est donc lui aussi de l’ordre de l’Amour (Romains 5,5 ; Galates 5,22 ; Ephésiens 5,8-9). « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour. En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui » (1Jean 4,7-9).

En s’ouvrant au Christ, Zachée s’est ouvert à Dieu et au don qu’il fait continuellement de Lui-même pour qu’avec Lui et en Lui nous puissions bénéficier de sa Lumière et vivre de sa Vie. Déjà par sa foi au Christ, il commence à « vivre par le Christ » (cf. Jean 6,57 ; 15,4-5) de la Vie même de Dieu. Or, pour Dieu, vivre c’est aimer, c’est-à-dire rechercher uniquement le bien de l’autre. Zachée commence à vivre de la Vie de Dieu qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16). Cette Vie va donc l’entraîner sur les chemins de l’amour… Et c’est bien ce que le Christ constate, avec certainement beaucoup de bonheur, lorsqu’il l’entend déclarer (cf. 2Corinthiens 9,7) : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple ». Il décide donc de partager, obéissant ainsi à la parole de Jean-Baptiste, au tout début de l’Evangile, qui répondait à la question « Que nous Partagerfaut‑il faire ? » par : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même » (Luc 3,10-11). De plus, il ne déclare pas formellement avoir dans le passé « extorqué quelque chose à quelqu’un », ce qui laisse sous entendre son intégrité personnelle et accentue ainsi la gravité du jugement que certains portaient sur lui en le considérant comme un voleur… Mais si, de fait, il avait extorqué quelqu’un, il va s’engager, sur la moitié restante de ses biens, à rendre au « quadruple » à celui qu’il aurait pu voler. Son comportement rejoindrait alors l’esprit de la Loi de Moïse : « Si quelqu’un vole un bœuf ou un agneau puis l’abat et le vend, il rendra cinq têtes de gros bétail pour le bœuf et quatre têtes de petit bétail pour l’agneau » (Exode 21,37). Zachée manifeste donc son désir d’accomplir le plus parfaitement possible ce qu’il sait être la volonté de Dieu telle qu’il la connaît par la Loi de Moïse. Maintenant, contrairement hélas au jeune homme riche (Luc 18,18-23), sa préoccupation première n’est donc plus l’accumulation des biens matériels jusqu’à devenir « un riche chef de publicains », mais l’accomplissement de la volonté de ce Dieu qui n’est qu’Amour et qu’il vient d’accueillir en son cœur en accueillant le Christ Seigneur (Luc 9,48).

La Vie de Dieu est donc bien là, au plus profond de Zachée. Jésus reconnaît sa Présence et ne peut, comme précédemment pour l’aveugle, que déclarer ce qui existe déjà : « Le salut est arrivé pour cette maison ». Et devant tout le monde, Jésus va proclamer haut et fort la dignité de cet homme, une dignité que lui refusaient toux ceux qui, par leurs jugements hâtifs, l’avaient exclus de la communauté des Fils d’Abraham en le déclarant « impur »… Mais non, « lui aussi est un fils d’Abraham », il est « pur » et porte bien son nom (Zachée vient de l’hébreu « Zakkaï », « pur »)… Ceux par contre qui l’ont exclu et continuent à murmurer dans l’obscurité de leur cœur en refusant d’accueillir la Lumière qui jaillit du Christ, et maintenant de Zachée, ce sont eux qui par leur attitude s’excluent de la communauté des Fils d’Abraham Esprit Saint(cf. Jean 8,31-47)… Les rôles sont renversés. « Oui, il y a des derniers » – ou du moins qui étaient considérés comme tels – « qui seront premiers, et il y a des premiers » – ou du moins qui se considéraient ou apparaissaient comme tel – « qui seront derniers » (Luc 13,30). Car « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (cf. Luc 15,4-10)… Ainsi, ceux qui auront l’humilité et le courage de reconnaître en vérité leur péché, leur fragilité, leurs faiblesses, accueilleront aussitôt dans leur misère les trésors de grâce de la Miséricorde de Dieu qui ne désire qu’une seule chose : les purifier, les justifier, les renouveler, les combler de sa Lumière, de sa Vie et de sa Paix… « Vite » – Dieu est toujours pressé pour sauver – « apportez la plus belle robe et revêtez l’en » dit le Père à ses serviteurs en parlant de son Fils prodigue qui venait de lui déclarer : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi » (Luc 15,11-24)… C’est ainsi qu’ « il élève les humbles », et donne gratuitement, par amour, la dignité royale – la sienne ! – à ceux qui n’en étaient pas dignes (Luc 1,52 ; 5,8 avec 22,28-30 ; Isaïe 61,10-62,5)…

La Parabole des mines (Luc 19,11-27)

Cette parabole va exprimer sous la forme d’un discours ce que nous venons de voir avec les deux exemples précédents : la guérison de l’aveugle aux abords de Jéricho et la conversion de Zachée. Dans les deux cas, le Christ a utilisé la notion de « salut ». « Ta foi t’a sauvé », a-t-il dit à l’aveugle. Et à Zachée : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison ». Dans les deux cas, l’accueil effectif du salut s’est concrètement manifesté par des fruits bien reconnaissables : la guérison physique de l’aveugle qui s’est mis aussitôt à « suivre le Christ en glorifiant Dieu » ; l’accueil que Zachée a réservé à Jésus, dans la joie, avec son désir de partager ses biens et de réparer, au quadruple, les torts qu’il aurait pu commettre … Dans la Parabole des mines, le Christ va reprendre cette perspective : les dons du salut, s’ils sont Fruitseffectivement reçus, ne peuvent que produire du fruit. Le don de Dieu est en effet de l’ordre de l’amour, un amour qui ne peut que pousser celui ou celle qui le reçoit à se donner à son tour au Christ et à ses frères pour travailler activement à l’avènement du Royaume de Dieu parmi les hommes… Si, par contre, aucun fruit ne se manifeste, cela ne pourra qu’être le signe que le salut n’a pas été vraiment reçu… Malheur alors à celui qui, dans ce cas, serait comme un sarment séparé de son cep de vigne : « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent » (Jean 15,6)…

La parabole des Mines est introduite par le verset 11 qui donne la raison pour laquelle le Christ a voulu l’offrir à ceux qui le suivait : « Comme les gens écoutaient cela, il dit encore une parabole, parce qu’il était près de Jérusalem, et qu’on pensait que le Royaume de Dieu allait apparaître à l’instant même ». Jésus arrive donc au terme de son voyage, à Jérusalem. Là, il sera accueilli triomphalement par « toute la multitude des disciples » (Luc 19,37) et « une foule » (Luc 19,39) nombreuse qui « pensait que le Royaume de Dieu allait apparaître à l’instant même ». Beaucoup en effet, et notamment ses disciples, croyaient que le Royaume Christ Bon Pasteur - vitrailde Dieu adviendrait avec un Jésus intronisé « roi », comme tous les rois de la terre, avec, autour de lui, ses collaborateurs qu’il nommerait aux postes clés de son administration (cf. Marc 9,33-37 ; 10,35-40). Ils pensaient donc que « c’était lui qui allait délivrer Israël » (Luc 24,21) de l’envahisseur romain et lui redonner ainsi sa liberté, son indépendance, sa pleine autonomie et sa souveraineté, comme aux temps lointains de sa splendeur, à l’époque du roi David (1010-970 avant Jésus Christ)… Et même après sa mort et sa résurrection, certains, à l’occasion de l’une de ses apparitions, croiront encore en cette royauté bien terrestre du Christ : « Seigneur, est-ce maintenant, le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ? » (Actes 1,6). Mais sa Royauté n’est pas de cet ordre. A la question de Pilate, « Tu es le roi des Juifs ? », Jésus répondra : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18,33-37)…

Jésus va donc donner cette Parabole des Mines pour essayer d’expliquer que sa Royauté n’est pas de ce monde, et il va par contre embrasser tout le temps qui suivra sa mort et sa résurrection pour suggérer que sa Royauté s’instaurera parmi les hommes grâce à la foi et à l’action de ses disciples qui formeront ce que St Paul appelle « le Corps du Christ », grâce au don de l’Esprit du Christ, l’Esprit Saint. Avec eux et par eux, le Christ Ressuscité continuera donc d’accomplir sa Mission de Sauveur du Monde. Unis à eux dans la communion d’un même Esprit, il ira à la rencontre de ceux et celles qui ne le connaissent pas encore pour les appeler à entrer eux aussi dans ce mystère de communion qu’il est venu offrir à tous. Et cette Mission s’accomplira concrètement par les dons de l’Esprit Saint, les Charismes, que le Christ donne à chacun d’entre nous pour lui permettre d’accomplir le service qui est le sien.

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Et ce service accomplira une facette de l’unique Service, celui du Christ Serviteur de Dieu et des hommes (cf. 1Corinthiens 12,5). C’est bien en effet « en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul Corps », « le Corps du Christ » : ainsi, « vous êtes, vous, le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part » (1Corinthiens 12,13.27). Et c’est lui qui a permis qu’il en soit ainsi en donnant « aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints[4] pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait[5], dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Ephésiens 4,11-13). C’est pour cela que St Paul invite Timothée à « raviver le don spirituel qu’il a reçu » pour le mettre activement au service de tous ceux et celles qui l’entourent. Il sera alors « un membre vivant du Corps du Christ », avec lequel et par lequel le Christ Ressuscité pourra mystérieusement, dans la Puissance de l’Esprit Saint, continuer sa mission de Sauveur et de Bon Pasteur… « Ce n’est pas en effet un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais souffre plutôt avec moi pour l’Évangile, soutenu par la force de Dieu » (2Timothée 1,6-11)… Puissions-nous tous être des « Timothée » répondant à l’appel du Christ lancé par ces paroles de St Paul…

Mais revenons à la Parabole des mines. Au tout début, «l’homme de haute naissance » (Luc 19,12), c’est lui, le Christ, « le Fils Unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Il est Dieu, né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, il est de même nature que le Père » (Notre Crédo). De plus, c’est lui aussi qui a été conçu dans le sein de Marie par l’action Toute Puissante de l’Esprit Saint. « Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut » (Luc 1,32.35). Mais hélas, Jésus, « le Verbe fait chair » (Jean 1,14), « l’Unique Engendré » (Jean 1,14.18 ; 3,16.18), « le Fils Unique de Dieu » (1Jean 4,9) venu en ce monde pour le salut de tous, ne sera pas accueilli par les autorités religieuses de son époque qui « le haïront » et « ne voudront pas qu’il règne sur eux » (Luc 19,14 ; Jean 15,22-25). Aussi le livreront-ils aux mains des païens. Là, Jésus s’abaissera, « devenant Christ, chapelle Ste Bernadette, Cité St Pierre, Lourdesobéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Philippiens 2,8-11). Jésus « ressuscita donc le troisième jour, conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père » (Notre Crédo) où il reçut « la dignité royale » (Luc 19,12), en son état glorieux de Ressuscité … Il doit « ensuite revenir » (Luc 19,12), « dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin » (Notre Crédo). Ce retour du Christ vise, dans le Crédo, le dernier Jour du monde, où, « comme l’éclair jaillissant d’un point du ciel resplendit jusqu’à l’autre, ainsi en sera-t-il du Fils de l’homme lors de son Jour » (Luc 17,24). « Et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Matthieu 24,30)…

Ce face à face avec le Fils de l’Homme se réalisera également, pour chacun d’entre nous, au jour de notre mort. Chacun regardera alors, à la Lumière de l’Amour et de la Miséricorde de Dieu, ce que fut sa vie sur la terre : ce sera l’heure du « jugement » (cf. 1Corinthiens 3,10-15)…

Mais avant de les retrouver ainsi, « appelant dix de ses serviteurs, il leur remit dix mines et leur dit : “Faites-les valoir jusqu’à ce que je vienne.” » (Luc 19,13). Chacun reçoit donc « une mine », c’est-à-dire un même cadeau, qui symbolise ici le don de l’Esprit Saint que nous avons tous reçu au jour de notre baptême. « Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, tous en effet, nous avons été abreuvés d’un seul Esprit ». Car « il n’y a qu’un Corps et qu’un saint-espritEsprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous » par le don justement d’un seul et même Esprit fait à tous (1Corinthiens 12,13 ; Ephésiens 4,1-6). Et cet Esprit, c’est le sien, l’Esprit de ce « Dieu qui est Esprit » (Jean 4,24). Avec lui et par lui, Dieu nous donne donc de participer à ce qu’Il Est, à son « insondable richesse » (Ephésiens 3,8), Lui qui Est tout en même temps Amour Miséricordieux, Paix, Joie, Lumière et Vie…

Mais si nous avons tous part au même Esprit, nous ne porterons pas tous les mêmes fruits, car nous sommes tous différents et l’Esprit nous invitera à déployer, au service de Dieu et de nos frères, les dons qui sont les nôtres. C’est donc toujours l’Esprit Saint qui sera à l’origine des fruits que nous pourrons porter. C’est ainsi que St Paul invitait les chrétiens de Thessalonique à « ne pas éteindre l’Esprit », à ne pas lui résister, à consentir à sa Présence pour le laisser porter son fruit en laissant son dynamisme soulever toute notre vie à laje suis la vraie vigne manière du levain enfoui dans la pâte (1Thessaloniciens 5,19 ; Luc 13,20-21 avec Romains 14,17). Cet Esprit reçu par notre foi au Christ est comme la sève vivifiante que le sarment reçoit du cep et qui lui permet de porter du fruit. Aussi, disait Jésus à ses disciples, « demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,4-5).

Les fruits portés par les disciples sont donc avant tout la conséquence de l’Esprit qu’ils reçoivent par leur foi au Christ. C’est ainsi que St Paul parlera du « fruit de l’Esprit » (Galates 5,22), et non pas du fruit du chrétien, même si c’est bien sûr le chrétien qui porte du fruit. Mais encore une fois, il portera du fruit non pas par lui-même mais grâce à la Présence de l’Esprit en son cœur, une Présence sans cesse offerte par « le Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3) et à laquelle il aura consenti. St Luc redira exactement la même chose dans la parole des deux premiers serviteurs lorsqu’ils se présentent devant leur Maître et lui disent non pas « j’ai rapporté dix (ou cinq) mines », mais « Seigneur, ta mine a rapporté dix (ou cinq) mines[6] ». Nous sommes donc tous invités à regarder notre relation avec le Seigneur « Jésus MiséricordieuxSource d’Eau Vive » comme étant « le » trésor de notre vie ; tout le reste n’en sera qu’une conséquence puisque c’est de lui que nous recevrons, jour après jour, cette eau Vive de l’Esprit qui, seule et elle seule, peut nous permettre de porter du fruit (Psaume 42‑43(41-42),2-3 ; Jérémie 2,13 ; 17,13 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39 ; Apocalypse 22,17)… Aussi, Jésus disait à ses disciples : « Veillez donc et priez en tout temps » (Luc 21,36). Et St Paul écrira : « Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit » (Ephésiens 6,18 ; Philippiens 4,6-7)… Puissions-nous ne pas « résister à l’Esprit Saint » (Actes 7,51)…

Le Seigneur avait demandé à ses serviteurs de « faire valoir » ces mines qu’il leur donnait. Ceux qui auront gardé sa Parole et lui auront été « fidèles » (Luc 19,17) en faisant prospérer le don reçu, recevront « autorité » sur cinq ou dix villes. Jésus leur donne donc de participer à sa propre « autorité » (Luc 4,31-37 ; 20,1-8). Il fait d’eux des rois, à son image et ressemblance : « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes » (Luc 22,28-30)…

Le dernier serviteur nous présente l’exemple à ne pas suivre. Premièrement, il désobéit à la Parole de son Maître qui l’avait invité à « faire valoir sa mine jusqu’à ce qu’il vienne ». Lui par contre, « la déposera dans un linge ». Il aurait pu au moins « confier cet argent à la banque ». A son retour, le Maître « l’aurait retiré avec un intérêt » (Luc 19,20.23). De plus, ce serviteur n’est pas dans la vérité, mais dans le mensonge. Comme Adam et Eve autrefois (Genèse 3,1-7), il a oublié la Parole du Dieu Bon et Généreux (Genèse 2,16) pour adhérer à ce visage mensonger de Dieu que « le père du mensonge » (Jean 8,44) cherche à introduire dans nos cœurs : un Dieu tyrannique, inhumain, jaloux de ses prérogatives et qui, quelque part, interdit à l’homme le chemin du bonheur et de l’accomplissement total. Il est donc toujours dans les ténèbres ; il n’a pas accueilli la Lumière qui jaillissait de son Maître… Comme Adam et Eve après leur désobéissance, il va « avoir peur » de Dieu (Genèse 3,10 ; Luc 19,21), une peur qui manifeste justement son état de pécheur et ce faux visage de Dieu qu’il porte en lui-même. Il lui dit en effet : « J’avais peur de toi, qui es un homme sévère, qui prends ce que tu n’as pas mis en dépôt et moissonne ce que tu n’as pas semé ». Nul doute : si Dieu était bien ainsi, nous aurions tout à craindre…

prodiguePourtant, depuis bien longtemps, Dieu a révélé « qui » il était par la Parole de ses prophètes avec par exemple Jérémie : « Reviens, rebelle Israël, oracle du Seigneur. Je n’aurai plus pour vous un visage sévère », c’est-à-dire « si vous pensez jusqu’à présent que je suis sévère, vous constaterez par vous-mêmes qu’il n’en est rien ». Car « JE SUIS miséricordieux »[7]. Aussi, « revenez, fils rebelles, car je veux guérir toutes vos rébellions » et leurs conséquences… « Je me disais : « Vous m’appellerez « Mon Père », et vous ne vous séparerez pas de moi » (Jérémie 3,12.22.19)…

Le Maître va alors dire à ce serviteur : « Je te juge sur tes propres paroles » (Luc 19,22), une manière symbolique d’affirmer que ce n’est pas Dieu qui « jugera » l’homme, mais que c’est l’homme qui, face à Dieu, se jugera lui-même à la lumière de ce qu’il portera en son cœur – Puisse cette lumière être, en cet instant, celle de la Miséricorde du « Père des Miséricordes » ! – Et c’est bien ce que Jésus déclare en St Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde », au sens de condamner, « mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu » (Jean 3,16-18). Dieu ne juge donc jamais au sens de « condamner » : « Je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus » dit Jésus à la femme surprise en flagrant délit d’adultère (Jean 8,11). Bien plus, « si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus Christ le juste. C’est lui qui s’est offert pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1Jean 2,1-2 ; Romains 8,31-34).

Paris Surréalistes+annexesDieu n’est donc que Miséricorde et Pardon, recherche continuelle du bien de l’autre et de sa plénitude par le don qu’il fait sans cesse de Lui-même… « Vous connaissez, en effet, la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était », riche de l’infinie richesse de sa nature divine, « afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2Corinthiens 8,9) en vous donnant d’avoir part, vous aussi, à ce qu’il est (2Pierre 1,3-4).

Dieu « ne prend donc pas ce qu’il n’a pas mis en dépôt, il ne moissonne pas ce qu’il n’a pas semé ». Dans la parabole, il ne se préoccupe d’ailleurs que de « savoir » (Luc 19,15) ce que chaque serviteur a fait de sa mine, et la fin du texte suggère que chacun a gardé la mine reçue et celles qu’il a gagnées. En effet, lorsque le Maître veut donner la mine du mauvais serviteur à celui qui en a gagné dix, les autres répondent : « Mais Seigneur, il a dix mines ! ». Il les a donc bien… De plus, l’attitude du Maître illustre ce principe donné par le Christ en Luc 19,26 (cf. 8,18) : « Je vous le dis : à tout homme qui a l’on donnera ; mais à qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. » Puisque Dieu en effet est Vie et l’Unique Source de Vie, si quelqu’un a quelque chose en ce domaine, c’est qu’il l’a reçu de Dieu (Jean 3,27). Il est donc ouvert de cœur à ce Dieu qui étant Source donne et donne encore… Il ne pourra donc que recevoir et recevoir encore s’il demeure dans cette attitude d’accueil… Ainsi, celui qui a dix mines en reçoit-il encore une supplémentaire… La générosité de Dieu est sans limites…

Christ Ressuscité

Par contre, ceux qui refusent de s’ouvrir à l’infinie bonté de Dieu ne peuvent que faire l’expérience de la dynamique inverse qui est celle du Prince des ténèbres : « il est voleur » (Jean 10,10), de telle sorte que si quelqu’un a quelque chose, il ne pourra qu’en être dépouillé. Ainsi, « à qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a »… Il est de plus « homicide dès le commencement » (Jean 8,44) : « il ne vient que pour voler, égorger et faire périr » (Jean 10,10). Telle est là encore l’expérience que feront ceux qui sont « du diable et qui veulent accomplir ses désirs » (Jean 8,44). Elle est dite de manière cruelle dans la parabole par le dernier verset : « Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence » (Luc 19,27). Mais une parabole est une image ; elle n’a d’autre but que de suggérer une réalité. Ses affirmations ne sont pas à prendre au pied de la lettre. « Dieu en effet n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Il a tout créé pour l’être » et la vie. « Oui, Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature ; c’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde : ils en font l’expérience, ceux qui lui appartiennent ! » (Sagesse 1,13-14 ; 2,23-24).

Jésus christConfions-nous donc chaque jour davantage dans le Christ Sauveur : « Sa Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie ». « Sur lui, le Prince de ce Monde n’a aucun pouvoir » (Jean 1,5 ; 14,30). Laissons-le donc remporter la victoire dans nos cœurs et dans nos vies (1Jean 2,12-14 ; 4,4 ; 5,1-5) sur toute forme de ténèbre en nous offrant sans cesse à la Toute Puissance de sa Miséricorde. Alors, « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde nos cœurs et nos pensées, dans le Christ Jésus » (Philippiens 4,7).

                                                                 D. Jacques Fournier

[1] Remarquer, dans l’Evangile de Marc, la logique toujours identique de chacun de ces trois passages. Jésus commence à chaque fois par annoncer à ses disciples sa Passion et sa mort prochaine. Mais eux ne s’attendaient pas à ce que le Messie accomplisse ainsi sa mission. Ils le voyaient comme un futur Roi, à l’image des grands de ce monde, un Roi qui saurait enfin mettre l’envahisseur Romain à la porte du Royaume d’Israël pour lui redonner toute son indépendance, sa liberté et sa souveraineté, comme à l’époque du grand Roi David. Aussi ne comprennent-ils pas les annonces de la Passion, et restent-ils à chaque fois dans leur perception toute terrestre du Messie. Ils lui interdiront ainsi d’envisager, ne serait-ce qu’un seul instant, qu’il puisse souffrir, être rejeté et mourir (Marc 8,32). Puis ils discuteront entre eux pour savoir « qui est le plus grand » (Marc 9,34), c’est-à-dire qui pourra s’asseoir « à la droite et à la gauche » du futur Roi d’Israël lorsqu’il sera assis sur son trône, en son Palais de Jérusalem, « dans toute sa gloire » (Marc 10,37)… Et lors des premières apparitions du Ressuscité, ils continueront à croire que Jésus devait bientôt « restaurer la royauté en Israël » (Actes 1,6)…

[2] Constitution Dogmatique sur la Révélation Divine, « Dei Verbum » n° 2.

[3] Jean-Paul II, Lettre encyclique sur l’Esprit Saint dans le vie de l’Eglise et du monde, « Dominum et vivificantem », & 42 et 54.

[4] C’est ainsi que St Paul appelle les chrétiens qui ont reçu l’Esprit Saint au jour de leur baptême et qui, avec lui et grâce à lui, sont en marche chaque jour vers la sainteté…

[5] L’Humanité réconciliée à Dieu, comblée par l’Esprit Saint, vivant dans l’Amour et travaillant ainsi à l’avènement d’un monde plus solidaire et plus humain… Tel est l’objectif de l’Eglise, cette communauté imparfaite de pécheurs sans cesse pardonnés, de malades cheminant vers la pleine guérison, et qui essayent chaque jour de mieux accueillir l’Esprit Saint pour mieux vivre l’amour dans leurs relations avec Dieu et avec tous les hommes…

[6] Une mine correspondait à l’époque à trois mois de salaire d’un ouvrier agricole.

[7] La traduction grecque de la Septante reprend ici la même expression employée en Exode 3,14 lorsque Dieu révèle son Nom à Moïse : « JE SUIS ». Le texte sous entend alors non seulement que Dieu est miséricordieux, mais encore qu’il n’est que Miséricorde…

 

Fiche n°19 – Lc 18,35-19,27 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




L’ultime ministère de Jésus avant son entrée à Jérusalem (Luc 17,1-18,34)

Veiller à donner le bon exemple, plutôt que le mauvais, en devant des artisans de Miséricorde (Luc 17,1-10)…

Tout homme est pécheur, c’est-à-dire incapable d’accomplir toujours et partout le bien même s’il le veut de toutes ses forces… Il est en effet un être blessé au plus profond de son cœur, au niveau de sa volonté même, puisque malgré toutes ses résolutions et tous ses efforts, il veut parfois ce mal que justement il s’était juré de ne plus jamais commettre : « Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais »… Trop souvent, « vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas » (Romains 7,14-25)…

Telle est la vérité de l’humanité blessée et donc souffrante, car écrit encore St Paul, « souffrance et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal » (Romains 2,9)…

4ième dimanche de paques1

Le Christ ne se fait donc pas d’illusion, lui qui connaît parfaitement le cœur de l’homme (Jean 2,23-25). Il est venu dans le monde non pas pour juger, pour condamner mais pour sauver (Jean 3,16‑18) ; et lorsque quelqu’un fait le mal, il mettra tout en œuvre pour l’arracher à ses griffes, intercédant pour lui auprès de son Père (1Jean 2,1-2 ; Romains 8,31-39). Inlassablement, il viendra frapper à la porte de son cœur (Apocalypse 3,20) pour le supplier de lui offrir tout ce mal qui, malgré les apparences ou l’illusion d’un certain bien-être passager, nous fait profondément souffrir… Il est en effet « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29), Celui qui par amour a voulu prendre sur lui toutes les conséquences de nos fautes pour que nous puissions en être délivrées (1Pierre 2,24), Celui qui est venu nous révéler à quel point Dieu nous aime et ne désire que notre Bien. Sa miséricorde est infinie. En effet, « si notre cœur venait à nous condamner, Dieu est bien plus grand que notre cœur, et il connaît tout » (1Jean 3,19-20), nous invitant à tout lui offrir pour qu’il puisse remporter la victoire sur tout ce qui, en fait, nous opprime. Et nous recevrons de sa Tendresse « le pardon de toutes nos fautes » et le don de son Esprit qui jour après jour nous aidera à nous détourner du mal pour choisir le bien (Actes 2,38-39 ; 3,19-20 ; 3,26[1] ; 5,30-31).

Logo année de la MiséricordeC’est pourquoi St Paul, après avoir décrit ce sombre tableau du pécheur laissé à ses seules forces humaines peut écrire : « Malheureux homme que je suis ! » Mais juste après, à la lumière de cette Miséricorde dont il a été l’heureux bénéficiaire, il s’écrira : « Grâces soient à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur » (Romains 7,24-25 ; 1Timothée 1,12-17) !

En effet, par son Fils, Dieu est venu nous rejoindre pour « nous arracher à l’emprise des ténèbres et nous transférer dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé » (Colossiens 1,13-14), nous réconciliant ainsi avec Lui par « la foi en Jésus Christ et la rémission de nos péchés » (Actes 26,15-18). Tel est son projet, sa volonté, ce qu’il ne cesse de désirer pour chacun d’entre nous. Heureux alors ceux et celles qui osent l’accueillir en se laissant aimer tels qu’ils sont, jusqu’au plus profond de leur misère. Ils permettront ainsi à Dieu de mettre en œuvre la Toute Puissance de son Amour, de révéler « l’insondable richesse » de sa Miséricorde, et ils pourront alors, dès maintenant, « faire l’expérience de son salut par ce pardon des péchés » (Luc 1,76-79) qu’ils auront accueilli par leur foi et dans la foi …

Dans un tel contexte d’humanité malade, blessée, meurtrie, en marche vers la pleine guérison mais toujours en butte à toutes sortes de tentations, « il est impossible que les scandales n’arrivent pas »… Mais un tel cas réclame de nous tous deux attitudes :

– Rappelons-nous tout d’abord, à l’exemple de St Paul, que nous sommes des êtres marqués par toutes sortes de limites et de faiblesses : « Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle ? S’il faut se glorifier, c’est de mes faiblesses que je me glorifierai » (2Corinthiens 11,29-30). Ainsi, lorsque le Christ annoncera à ses douze apôtres que l’un d’entre eux était sur le point de le trahir, tous, l’un après l’autre, poseront cette question : « Serait-ce moi, Seigneur ? », car ils se sentaient tous, quelque part, capables de la faire (Matthieu 26,20-25)… Aussi, dira St Paul, « dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ » (Galates 6,1-2), Lui qui ne désire qu’une seule chose : que nous nous aimions les uns les autres « comme » Lui nous a aimés, c’est-à-dire d’un amour de miséricorde (Jean 15,12). « C’est la Miséricorde que je désire, et non les sacrifices » (Matthieu 9,13 ; 12,7 ; 23,23 ; Luc 10,37)… Aussi, « si quelqu’un vient à tomber » et donc à se faire mal en commettant le mal, Lionello Spada (1576-1622), le retour de l'enfant prodiguenous viendrons à son aide et nous essaierons de nous faire proche de lui comme le Christ s’est fait proche de chacun d’entre nous en venant « chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10). Puis nous l’aiderons à se relever en lui faisant peut-être prendre conscience du mal qu’il a pu commettre, en « le réprimandant » (Luc 17,3) « en esprit de douceur », dans le seul but de le voir se relever et retrouver ainsi le chemin de la Vie, de la Paix, du Bien-Etre profond…Et puisque c’est avant tout son bien qui est recherché, alors nous serons heureux s’il se repent et décide de changer de tout cœur… Qu’importe alors qu’il ait pu tomber « sept fois le jour », ou « soixante dix fois sept fois » (Matthieu 18,21-22) : « Si ton frère vient à pécher, réprimande-le et, s’il se repent, remets-lui. Et si sept fois le jour il pèche contre toi et que sept fois il revienne à toi, en disant : “Je me repens”, tu lui remettras » (Luc 17,3-4). Aussi, lorsque Pierre demandera à Jésus : « Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? » Ce dernier répondra : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu 18,21-22)…

Mais cela semble humainement impossible… Et les Apôtres réagissent aussitôt : « Seigneur, augmente en nous la foi », c’est-à-dire la confiance en toi et dans ce don de grâce que tu es venu nous communiquer. En effet, si « nous croyons en toi », si vraiment nous croyons que tu fais ce que tu dis, c’est-à-dire que tu nous communiques une grâce, une force qui est de l’ordre de l’Amour, alors nous pourrons nous appuyer sur elle pour essayer de faire ce que nous n’aurions jamais pu faire par nous-mêmes : « pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois », « aimer nos ennemis », « bénir ceux qui nous maudissent », « prier pour ceux qui nous Dieu-Amourpersécutent » (Luc 6,33-35 ; Matthieu 5,43-48)… Aussi, lorsque St Paul nous dit : « l’Amour de Dieu », c’est-à-dire l’Amour avec lequel Dieu nous aime, un Amour de Miséricorde, « a été versé dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné » (Romains 5,5), le croyons-nous vraiment ? Est-ce que nous comptons sur cette grâce pour poser des actes de miséricorde, de bienveillance et de patience que nous n’aurions jamais pu poser par nous-mêmes ? Et qu’importe si nous ne réussissons pas toujours à le faire, pourvu que nous essayions vraiment de progresser en demandant au Seigneur le secours de sa grâce…

2 – Enfin, face à cette Parole de Jésus, « il est impossible que les scandales n’arrivent pas », notre deuxième attitude devrait être de « veiller », d’être prudents, tout à la fois conscients de notre faiblesse et comptant sur le Seigneur pour rester debout au milieu des tentations de ce monde. Jésus lui-même nous a dit : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible » (Matthieu 26,41). C’est en effet la prière qui accueille le don de l’Esprit, un Esprit qui est Lumière et qui nous permet de reconnaître ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, un Esprit qui est aussi Force pour nous soutenir dans les bons choix que nous avons à poser jour après jour… Aussi, disait St Paul, « vivez dans la prière,… priez en saint-esprittout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable ». « N’éteignez pas l’Esprit,… mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » « grâce au secours de l’Esprit de Jésus Christ qui vous sera fourni ». « Nous n’avons pas reçu en effet un Esprit de crainte, mais un Esprit de Force, d’Amour et de maîtrise de soi ». Ainsi, « c’est lorsque nous sommes faibles », c’est-à-dire conscients de notre faiblesse mais comptant sur le secours de l’Esprit, « c’est alors que nous sommes forts » car « la puissance de l’Esprit se déploie dans la faiblesse » (Ephésiens 6,18 ; 1Thessaloniciens 5,19-22 ; Philippiens 1,19 ; 2Timothée 1,7 ; 1Corinthiens 12,7-10 ; cf. 1Jean 2,12-14)…

PrierChaque disciple de Jésus est ainsi invité à « veiller et prier » pour ne pas succomber à la tentation grâce à la force de Dieu reçue par la prière (1Corinthiens 10,13). En effet, tomber, succomber, c’est toujours malgré les apparences se faire mal, se blesser, donner prise à la mort et aux ténèbres (cf. Jacques 1,13-15 ; Romains 2,9 ; 5,12 ; 6,23 ; Galates 6,7-10)… De plus, c’est aussi offrir un mauvais exemple à ceux et celles qui nous entourent et peut-être devenir ainsi pour eux un « scandale », « une pierre qui fait tomber » (sens premier du mot grec skandalon)… Que de malheurs alors en perspective pour les uns et pour les autres (Luc 17,1-2).

Paul, au contraire, n’aura de cesse d’essayer d’être un bon exemple pour ses compagnons, lui-même suivant l’exemple du Christ : « Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi‑même du Christ » (1Corinthiens 11,1 ; Romains 15,5-6 ; Ephésiens 5,1-2). Et il avait bien conscience d’être avant tout un pécheur pardonné, comme nous sommes tous appelés à l’être : « Elle est sûre cette parole et digne d’une entière créance : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier. Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Timothée 1,15-16). Mais cette grâce de miséricorde qu’il avait reçue, en lui apportant le pardon de toutes ses fautes, l’invitait et l’aidait à se détourner jour après jour de tout mal[2] en lui donnant la force d’accomplir le bien… Ainsi, tout dans sa vie était « grâce », à laquelle il essayait de collaborer le mieux possible. C’est pourquoi il n’hésitait pas à écrire : « Tous ensemble, imitez-moi, frères » (Philippiens 3,13 ; cf. 1Corinthiens 4,16 ; 2Thessaloniciens 3,7-9). Et la TOB précise en note pour ce verset : « Les Philippiens doivent imiter la manière dont Paul vit du Christ » et de son Amour de Miséricorde « et lutte pour lui » grâce au secours de sa force (cf. 1Corinthiens 15,10). Et s’ils répondent à son invitation, ils deviendront à leur tour des exemples pour tous ceux et celles qui l’entourent, le Christ appelant tous les hommes, sans exception, à recevoir la grâce de son salut : « Et vous vous êtes mis à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole, parmi bien des souffrances, avec la joie de l’Esprit Saint : vous êtes ainsi devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d’Achaïe » (1Thessaloniciens 1,6-7 ; cf. 2,14). Et le Christ Jésus Lui-jésus enseignant 2même dit dans l’Evangile : « Vous êtes la lumière du monde », grâce à cette Lumière de Miséricorde qui a brillé, brille et brillera toujours, nous l’espérons, au cœur de nos ténèbres pour nous délivrer de son emprise. Elle s’est ensuite donnée à chacun d’entre nous au jour de notre baptême : « jadis, vous étiez ténèbres », écrit St Paul, « maintenant, vous êtes lumière dans le Seigneur. Conduisez-vous donc en enfants de Lumière. Et le fruit de la Lumière consiste en toute bonté, justice et vérité » (Ephésiens 5,8-9). « Ainsi, votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5,14-16), car tout vient de Lui, « le Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3)… C’est la raison pour laquelle le Christ invite ses disciples à l’humilité. S’ils ont pu collaborer à son œuvre (1Corinthiens 3,5-9 ; 2Corinthiens 5,20-6,1), et Dieu sait s’il a besoin d’eux pour porter au monde entier la Bonne Nouvelle de son Salut, une fois tel ou tel service accompli, qu’ils prennent garde à ne pas tomber dans le piège de l’orgueil. « Hors de moi », disait Jésus, « vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,5)… Alors, si cette tentation survient, pour lutter contre elle, nous nous dirons que « nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire » (Luc 17,10)…

Confiance et détachement pour accueillir le Royaume (Luc 17,11-18,34)

Le voyage de Jésus vers Jérusalem, commencé en Luc 9,51, se poursuit et donne à toutes ces paroles la valeur d’un testament… Jésus sait que « le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter » (Luc 9,22 ; 9,44 ; 12,50 ; 17,25 ; 18,31-33). Mais avant de mourir, de ressusciter et « d’être emporté au ciel » (Luc 24,51), il continue d’enseigner ses disciples sur le Royaume des Cieux, « car c’est pour cela qu’il a été envoyé » (Luc 4,42-44)…

Crucifix séminaire de Rennes

Jésus a presque fini de traverser la Galilée. Il arrive à la frontière de la Samarie, puis il descendra dans la vallée du Jourdain qu’il quittera pour passer par Jéricho (Luc 18,35 ; 19,1) et de là il remontera vers Jérusalem (cf. Luc 10,30). Hélas, à l’époque de Jésus, les Samaritains et les Juifs étaient comme des frères ennemis (cf. Jean 4,9 ; Luc 9,52-53). En allant vers eux (Jean 4,4-5), en les accueillant à bras ouverts, en leur offrant à eux aussi le salut (Jean 4,39-42), en les donnant comme ici en exemple aux Juifs eux-mêmes (cf. Luc 10,29-37), Jésus indiquera à ses disciples la route à suivre. Et le jour de la Pentecôte, ils recevront la force de l’Esprit Saint pour « être ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1,8)…

Codex Aureus - Guérison des dix lépreux

Codex Aureus Epternacensis (1030 – 1050 Ap JC)

Dix lépreux s’approchent donc ici de Jésus, et ils restent à distance comme l’ordonnait la Loi (Lévitique 13,45-46), mais au lieu de crier « Impur ! Impur ! », ils implorent la Miséricorde du Maître, sans rien lui demander de précis, ce qui est déjà une belle marque de confiance. « Éléêson (prononcé aujourd’hui Éléïson) êmas ! », un verbe qui vient de « Éléos, miséricorde, compassion ». Nos Bibles traduisent souvent par « Prends pitié de nous ! », mais on pourrait aussi dire « Fais-nous miséricorde ! », « Aie compassion de nous ! ». Et puisque c’est le prêtre qui devait constater officiellement la guérison d’une telle maladie et permettre ainsi à l’ancien lépreux de pouvoir réintégrer la communauté des hommes (Lévitique 14,2s), Jésus les invite à aller se montrer au prêtre, comme s’ils étaient guéris ! Et pourtant, il ne s’est encore rien passé ! Mais malgré les apparences contraires, ils vont lui faire confiance et lui obéir, en ne s’appuyant que sur sa Parole, première grande leçon de notre texte… Le général syrien Naaman n’avait pas su, dans un premier temps, obéir aussi simplement à la parole du prophète Elisée qui l’avait invité à se baigner sept fois dans les eaux du Jourdain (2Rois 5,1-19)… Mais près quelques réticences, il finira lui aussi par obéir, et ce ne sera pas l’eau du Jourdain, qui n’est ni meilleure ni pire que celle « des fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar », qui le guérira mais sa confiance manifestée par son obéissance, une obéissance que St Paul appellera plus tard « l’obéissance de la foi » (Romains 1,1-7 ; 15,18-19 ; 16,19-20 ; 16,25-27 ; 2Corinthiens 7,13-16 ; 9,13 ; 10,6 ; Philippiens 2,12 ; St Jean emploie de son côté l’expression « garder la Parole » ou « les commandements » Jean 8,51 ; 12,47 ; 14,15-17 ; 14,21-24 ; 15,10-11 ; 15,20 ; 17,6).

Codex Aureus Epternacensis

Codex Aureus Epternacensis

Les dix lépreux font donc confiance au « Maître Jésus » et partent se montrer aux prêtres. « Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés ». Mais sur les dix, un seul reviendra vers Jésus pour rendre gloire à Dieu. Les neuf autres n’ont pas, semble-t-il, reconnu la Présence et l’Œuvre de Dieu dans leur guérison… Peut-être Jésus est-il pour eux un « Maître » doué de pouvoirs exceptionnels, mais ils en sont restés là… Et si tel était le cas, ils se tromperaient encore sur son compte, car Jésus « ne peut rien faire de lui-même » (Jean 5,19-20 ; 5,30). Toutes ses œuvres sont en fait celles du Père (Jean 14,10-11), un mystère que seul un regard de foi peut discerner, ce que fera un Samaritain (cf. Jean 3,1-2). « Il reviendra sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix et tombera sur la face aux pieds de Jésus, en le remerciant (eukharistéô, en grec, « rendre grâce », qui donnera notre mot « eucharistie »). Et c’est ce regard de foi que Jésus retiendra, sans revenir sur ce « merci » qui a dû pourtant toucher son cœur : « Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ». Une fois de plus, Jésus ne regarde que le bien de celui qui lui fait face, et la plus grande qualité qu’il souligne est ce « rendre gloire à Dieu » qui manifeste sa foi. Alors il sait que cet homme pourra vraiment accueillir ce qu’il est venu nous offrir à tous : le Salut, par le Pardon de toutes nos fautes (Luc 1,76-79)… Et seul cet homme entendra Jésus lui dire : « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé. » Une guérison physique n’est donc pas un point d’arrivée, un but en soi ; elle est au contraire un point de départ pour une aventure, celle de la foi… Comme tous les autres signes visibles, elle est nous donnée pour nous aider à reconnaître l’invisible : la Présence toujours Bienveillante et agissante de Dieu dans nos vies. Tel est le grand cadeau que Jésus est venu révéler à toute l’humanité, aux Juifs d’abord, puis aux païens… L’épisode de ce Samaritain, « cet étranger », est comme le prélude de la mission future de l’Eglise « jusqu’aux extrémités de la terre » (Marc 16,15 ; Matthieu 28,18-20 ; Luc 24,46-48)… Mais notons-bien que cette Présence de Dieu n’a jamais cessé d’accompagner les hommes depuis qu’ils existent… « Dieu est le Roi de toute la terre », elle lui appartient (Psaume 47(46) ; 89(88),12 ; Exode 19,5 ; Josué 3,11.13 ; Isaïe 54,5). Aussi est-elle « remplie de sa Gloire » (Nombres 14,21 ; Isaïe 6,3) et de son Amour. Dès le commencement, Il a fait alliance avec tout homme quel qu’il soit (Genèse 9,8-17)[3]. Il lui est donc tout proche, il veille sur lui et le conduit de son mieux, selon les circonstances concrètes de sa vie, jusqu’en sa Gloire…

bon pasteur6

Ainsi, « la miséricorde du Seigneur est pour toute chair : il reprend, il corrige, il ramène[4], tel le berger son troupeau » (Siracide (Ecclésiastique) 18,13). Et Jésus est venu nous révéler en toute clarté, par sa Parole et par ses actes, cette Présence Miséricordieuse de Dieu qui remplit l’univers… Et comme « Dieu est Esprit » (Jean 4,24), c’est-à-dire invisible par nature à nos yeux de chair, « la venue du Royaume de Dieu » ne pourra jamais « se laisser observer » comme on observe les astres dans le ciel ou les phénomènes naturels sur la terre… On ne dira pas « Voici, il est ici ! ou bien : il est là ! » (Luc 17,21). La Présence de Dieu ne peut en effet être limitée à des lieux précis comme le Temple de Jérusalem ou le sommet du Mont Garizim (cf. Jean 4,20-24), car Il est partout, invisible mais présent et agissant toujours pour le bien de tous les hommes… Jésus n’aura de cesse de nous révéler cette Présence : « le Royaume de Dieu est au milieu de vous », nous dit-il (Luc 17,21) une réalité qui existe depuis toujours et pour toujours… Aussi, « Gloire à Dieu », au seul et unique vrai Dieu, « au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Luc 2,14). Où qu’ils soient, quels qu’ils soient, heureux sont-ils, tous ces hommes et toutes ces femmes de bonne volonté qui savent accueillir dans la Paix cette Présence de Dieu avec une conscience droite et un cœur pur. Car non seulement ce « Royaume de Dieu est au milieu de nous », mais, « votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32), un Royaume qui est mystère de communion dans l’Unique Esprit donné à tous, l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’Amour, l’Esprit de Paix, l’Esprit de Vie…

Je suis avec vous tous les jours

Ressuscité, sa chair totalement glorifiée et assumée par l’Esprit, le Christ est devenu invisible à ses disciples (Luc 24,30-31). Mais « un avec le Père », il est désormais Présent à tout et Vivant pour tous : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Jean 10,30; Matthieu 28,20). Et sa Présence, comme celle de Dieu – et il est Dieu ! – ne se limite pas à un lieu précis. C’est pourquoi le Christ dira encore à ses disciples : « Si quelqu’un vous dit : “ Voici : le Christ est ici ! ” ou bien : “ Il est là ! ”, n’en croyez rien. Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. Voici que je vous ai prévenus » (Matthieu 24,23-25 ; Luc 17,23). Puissions-nous donc accueillir le Christ par notre foi et dans la foi comme Lui veut se donner et non pas comme nous, nous voudrions qu’il se donne ! Puissions-nous le recevoir comme Lui veut être pour chacun d’entre nous, et non pas comme nous, nous voudrions qu’il soit. Demandons-lui la grâce de faire grandir notre foi pour qu’à l’exemple de Ste Thérèse de Lisieux nous parvenions à le reconnaître à l’œuvre toujours et partout : « Plus que jamais je comprends que les plus petits évènements de notre vie sont conduits par Dieu. C’est la main de Jésus qui conduit tout. Il ne faut voir que Lui en tout »… Et si l’épreuve nous atteint, il sera là pour nous soutenir, nous encourager, nous consoler et nous permettre de la surmonter…

foulePuis, en cette fin du chapitre 17 de l’Evangile selon St Luc, Jésus évoquera le Jour de son Retour Glorieux, à la fin des temps… Sa venue sera imprévisible… Elle surprendra les hommes occupés à leurs activités habituelles. Aussi, « tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir » (Luc 12,40). Ce Jour-là, « le Seigneur lui‑même, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu ; après quoi nous, les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux et emportés sur des nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs. Ainsi nous serons avec le Seigneur toujours » (1Thessaloniciens 4,16‑17)… Il faudra alors être prêt à se laisser « emporter » et donc à tout quitter ici-bas sans chercher à vouloir emporter « ses affaires », sans se préoccuper de ce que pourront devenir « champs », maisons et biens de toutes sortes. Comme il l’avait déjà fait en Luc 14,15-20, le Seigneur nous invite ici au détachement vis-à-vis des biens matériels, c’est-à-dire à la liberté de cœur à leur égard, afin que ces derniers ne nous empêchent pas d’accueillir la Plénitude que Dieu veut nous offrir (cf. Matthieu 13,22)… Alors, celui qui acceptera ce détachement total, celui qui détournera son cœur des réalités d’ici-bas ne pourra que se retrouver aussitôt comblé par les réalités du ciel qui, seules, peuvent vraiment nous nous combler (cf. Colossiens 3,1-4 ; Philippiens 3,7-8 ; Jean 4,13-14). Et c’est dès aujourd’hui, dans la foi, que nous sommes invités à une telle démarche pour trouver avec le Christ la source de cette Joie. « Je ne vois pas bien ce que j’aurai de plus après la mort que je Therese novicen’aie déjà en cette vie », disait Ste Thérèse de Lisieux. « Je verrai le bon Dieu, c’est vrai, mais pour ce qui est d’être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre ». Ainsi, celui « qui cherchera à épargner sa vie » en mettant son espérance et son cœur dans les seules réalités d’ici-bas, en pensant trouver en elles le bonheur, « la perdra ». Il fera l’expérience non pas de la Plénitude escomptée mais justement de l’absence de Plénitude, de Bonheur parfait… Au lieu de la vraie Vie, qui ne peut venir que de Dieu « Source d’Eau Vive » (Jérémie 2,13 ; 17,13), il ne pourra que faire l’expérience de son absence. Pour le décrire, le Livre de la Genèse prendra l’image du sel qui, pur, interdit toute vie et symbolise alors la mort. Ainsi, « la femme de Lot », en se détournant de Dieu, en « regardant en arrière », devint aussitôt « une colonne de sel » (Genèse 19,26). Mais celui qui, par contre, « perdra sa vie » en se détournant des seuls biens de ce monde pour chercher dans le Christ la clé de la vraie Vie « sauvegardera sa vie »… En effet, « qui cherche trouve » (Luc 11,9-13), car il cherche Celui qui, le premier, est venu à notre rencontre pour nous donner d’avoir part à sa Vie, une Vie synonyme de Plénitude qu’il désire nous communiquer « en surabondance » (Jean 10,10)…

Mais pour l’accueillir, il faut « prier sans cesse » (Luc 18,1 ; 21,36 ; Ephésiens 6,18), c’est-à-dire vivre le cœur tourné vers Dieu… Et si nous constatons que nous avons toujours autant de mal à le faire, ne nous « décourageons pas » (Luc 18,1), ne désespérons jamais de la Miséricorde de Dieu car c’est Lui qui est le premier artisan de notre conversion. C’est Lui qui sans cesse, « en Esprit de douceur », nous détourne de ce qui n’est pas bon pour nous tourner vers Lui et nous permettre ainsi de recevoir de Lui ces Biens Véritables qu’il veut nous donner…

Visage de Jésus

Pour nous inviter à la patience, à la confiance et à la persévérance, Jésus va mettre en scène « un juge qui ne craignait pas Dieu » et qui va donc se montrer inhumain avec ses semblables : « il n’avait de considération pour personne » et ne se préoccupait pas de « rendre la justice » , même pour « une veuve » qui, de par sa fragilité et sa précarité, devait pourtant bénéficier, d’après la Loi de Moïse, d’une attention toute particulière (Exode 22,21-23 ; Deutéronome 10,16-18 ; 14,28-29 avec 26,12-13 ; 24,17-22 ; 27,19). Dans le passé, les prophètes avaient largement dénoncé une telle attitude (Isaïe 1,17.23 ; 10,1-2 ; Jérémie 7,5-7 ; 22,3 ; Ezéchiel 22,7 ; Zacharie 7,10 ; Malachie 3,5). Le tableau qui nous dépeint ce juge est donc extrêmement sombre. Pire, ce ne sera finalement pas sa conscience qui le poussera à intervenir, mais son égoïsme. Comme cette veuve n’arrêtait pas en effet de le solliciter, il finira par lui « rendre justice » « pour qu’elle ne vienne pas sans fin lui casser la tête ». Si, dans un tel contexte, la justice a enfin été rendue, combien plus « Dieu », le Juste Juge, « l’Ami des hommes » et de la vie (Sagesse 1,7 ; 7,23 ; 11,26), Celui qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16) et qui désire notre bien plus que nous‑mêmes, « ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit » !

Christ Rédempteur-Rio-de-JaneiroOr, nous avons vu précédemment que Dieu se révèle dans le Livre de la Genèse comme celui qui vit en alliance avec « toute chair » (Genèse 9,8-17). Chaque homme, quel qu’il soit, est donc pour Lui un « élu », c’est-à-dire un enfant infiniment aimé de ce Père du ciel qui veut lui communiquer la Plénitude de sa Vie. Ainsi, malgré peut-être toutes les apparences contraires qui ont pu assombrir le ciel de notre vie, Dieu dit à chacun d’entre nous : « tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Isaïe 43,4). Cet amour, il l’a pleinement manifesté en son Fils Jésus-Christ qui s’est livré entre les mains des pécheurs pour accomplir le salut de tous les pécheurs : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous » (Romains 5,8). Et en agissant ainsi, il a accompli toute justice…

En effet, le projet de Dieu était que nous soyons « à son image et ressemblance », « vivant du Souffle de sa Vie », partageant « sa nature divine » et sa Plénitude (Genèse 1,26-28 ; 2,4b-7 ; 2Pierre 1,3-4 ; Colossiens 2,9-10)… Mais le mystère de la désobéissance de l’homme s’est opposé à la réalisation de ce projet… Chassé du jardin d’Eden par sa faute, l’homme n’a pu libre accès à l’Arbre de Vie… Mais Dieu est « juste », c’est-à-dire fidèle à Lui-même. Il est prodigueAmour, Il n’Est qu’Amour. Aussi va-t-il continuer, envers et contre tout, d’accomplir son projet pour chacun d’entre nous, un projet de Plénitude, de Vie, de Paix et de Bonheur profond. C’est ainsi qu’il va « rendre justice » à l’homme en se proposant de faire disparaître tous les obstacles qui nous empêchent de recevoir la Plénitude de ses dons, c’est-à-dire nos péchés, si, de tout cœur, nous le laissons faire ! La première Parole que nous entendrons donc toujours de sa Miséricorde sera : « Tes péchés sont pardonnés » (Luc 5,20)… C’est comme cela que Dieu accomplit toute justice, en pardonnant nos fautes, jour après jour, et en nous redonnant ce dont elles nous avaient privé : sa Vie, sa Lumière et sa Paix… Alors, de pardon reçu en pardon reçu, l’homme devient « juste » devant Dieu, c’est-à-dire conforme au projet de Bonheur, de Plénitude et de Vie qu’il avait pour lui de toute éternité…

Ainsi, pour Dieu, « être juste » ce n’est pas faire la vérité et condamner celui qui mériterait de l’être. C’est au contraire faire la vérité avec celui ou celle qui accepte de la faire, pour ensuite lui pardonner et lui permettre ainsi de devenir vraiment lui-même petit à petit. Cette personne sera alors « justifiée » par sa foi au Christ Sauveur du Monde, c’est-à-dire « ajustée » au projet de Dieu sur elle (Romains 3,26 ; 5,1), et donc remplie par la Plénitude de son Esprit… C’est ce qui commence à se réaliser dès ici-bas par la foi et les sacrements de l’Eglise, en attendant ce Jour où nous connaîtrons enfin parfaitement cette Plénitude (Apocalypse 21,1-7 ; Romains 8,18-25)…

Un aspect de cette « justice de Dieu » est la patience qu’il manifeste envers les pécheurs. Il ne poursuit en effet à leur égard qu’un seul but : les conduire tous en cette Plénitude dont le péché les a privés (Romains 3,23 avec Jean 17,22-23). Et cette patience est un reflet de sa compassion pour les pécheurs qui ne peuvent que souffrir à cause de ce péché qui les divise intérieurement et les détruit. Cette Patience et cette Compassion s’expriment alors en un appel continuellement lancé, d’une manière ou d’une autre, à se repentir pour pouvoir enfin sortir de ces ténèbres et recevoir de sa Miséricorde le Pardon, la Lumière et la Vie. St Paul Logo année de la Miséricordeécrit ainsi : vas-tu « mépriser ses richesses de bonté, de patience et de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir » (Romains 2,4) ? Et St Pierre déclare de son côté, à propos de la venue du Jour du Seigneur, une venue qui tardait pour certains : « Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir » (2Pierre 3,9). C’est ce même St Pierre qui avait en effet entendu le Christ ressuscité lui dire : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins » (Luc 24,46-48). Et soutenu par l’Esprit reçu au jour de la Pentecôte, il ne cessera, tout au long de sa vie, d’inviter au repentir pour recevoir la Vie de l’Esprit : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit. Car c’est pour vous qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera» (Actes 2,38-39). Et nous savons que Dieu appelle tous les hommes au Salut par son Fils qui « a répandu son sang pour la multitude, en rémission des péchés » (Matthieu 26,28 ; cf. Jean, 3,14-18)…

Nous retrouvons cette Patience de Dieu « qui veut que tous les hommes soient sauvés » Logo année de la Miséricorde - détail(1Timothée 2,4) dans notre passage de l’Evangile de Luc où il est dit que Dieu « patiente au sujet de ses élus » (Bible de Jérusalem). En effet, ce n’est pas Dieu qui est « en retard pour accomplir ses promesses », mais l’homme qui tarde à répondre à son appel . « On les appelle en haut, pas un qui se relève ! » (Osée 11,7). Et pourtant, jour après jour, le Christ Ressuscité « attire à lui tous les hommes » (Jean 12,32) et frappe à la porte de leur cœur, en attendant patiemment qu’ils lui ouvre (Apocalypse 3,20). Alors il pourra tout leur pardonner, les purifier, les vivifier…

Si Dieu est donc le premier à vouloir nous « rendre justice », c’est-à-dire à vouloir nous donner ce pour quoi nous avons été créés, tout ce dont le péché nous avait privés, dès que quelqu’un se tournera vers Lui de tout cœur, il ne pourra que lui « faire prompte justice » en déployant toutes les richesses de sa Miséricorde. Et il sera le premier à se réjouir en voyant son enfant retrouver avec Lui le chemin de la Paix et de la Joie (Luc 15,7.10 ; Sophonie 3,16-18 ; Luc 1,76-79 ; Jean 14,27 ; 15,11) !

Cette invitation à la prière persévérante lancée en Luc 18,1 sera renouvelée avec la parabole du Pharisien et du Publicain (Luc 18,9-14) où retentira à nouveau un appel à l’humilité et à la vérité (Luc 17,7-10). St Luc en profitera également pour illustrer tout ce que nous venons de voir. Un publicain, c’est-à-dire un collecteur d’impôts considéré autrefois comme un voleur et un traître à la solde des Romains, accepte de regarder sa vie en vérité. Son indignité et son péché lui sautent aux yeux. Aussi, « il se tenait à distance, n’osant même pas lever les yeux au ciel, et il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! » Miséricorde de Dieu(Littéralement : « Sois favorable », « fais miséricorde »). Sa supplication rejoint tout à fait le désir de Dieu qui aussitôt va lui « rendre justice » en lui donnant, par le pardon de ses péchés, de devenir un homme « juste », c’est-à-dire conforme à son projet sur chacun d’entre nous. Et de fait, « ce dernier descendit chez lui justifié », c’est-à-dire pardonné, réconcilié avec son Dieu et Père Source de Vie et donc remplie, dans la foi et par sa foi, de sa Vie… C’est ce que vivra aussi Zachée, « un chef de publicains », qui accueillera le Christ Sauveur dans sa maison, et surtout dans son cœur… Or, nul ne peut dire « j’aime ce Dieu que je ne vois pas » sans aimer ses frères qu’il voit (1Jean 4,20). Car Dieu est Amour, Source d’Amour. L’accueillir, c’est s’ouvrir à l’Amour et accepter de se laisser entraîner par l’Amour sur les chemins de l’amour et de la justice. Et Zachée va manifester à Jésus la réalité de sa conversion et de son ouverture à Dieu en lui disant : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Aussi Jésus ne pourra que constater : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison » (Luc 19,8-9). Par sa foi en l’Amour et en la Miséricorde de Dieu, Zachée est devenu « un homme juste »…

Par contre, il n’en est pas de même pour le Pharisien de la parabole. Il était pourtant considéré à l’époque comme « un homme religieux », et rien ne dit dans le texte qu’il ment lorsqu’il déclare certainement en toute sincérité qu’il n’est ni « rapace, ni injuste, ni adultère », « jeûnant deux fois la semaine et donnant la dîme de tout ce qu’il acquiert ». Mais il était Pharisien-Publicaintouché par la pire des lèpres, celle de l’orgueil qui lui faisait croire qu’il est quelqu’un de bien, quelqu’un qui agit bien… Et il n’a besoin de personne, pas même de Dieu, pour être et pour vivre ainsi. Dieu, dans un tel schéma, ne peut alors que reconnaître « son excellence » et lui donner en retour tout ce qu’il mérite… Et puisqu’il porte un tel regard sur sa personne, il aura tendance à mépriser ceux et celles qui, manifestement, n’ont pas encore atteint son degré de perfection… Heureusement, pense-t-il, il n’est pas « comme ce publicain »… Et pourtant, s’il pouvait être comme ce publicain ! Il aurait reconnu en vérité ses faiblesses, son égoïsme, sa cupidité, ses manques d’amour, et il aurait été aussitôt consolé, encouragé, pardonné, relevé et comblé par la Paix et la Force de Dieu… Il aurait alors constaté par lui-même que « le salut est donné par Dieu ». « Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier » (Apocalypse 7,9-10 ; 2,10.17 ; 3,21 ; 21,6 ; Ephésiens 2,4-10). Mais non ! Ce Pharisien est riche de lui-même et donc pauvre de l’Autre et de tous ses dons… Il est aveuglé par son péché (Jean 9,39-41). Il se croit heureux, alors que privé de la Présence de Dieu et de sa grâce, il lui manque l’essentiel… « Malheureux, vous, les riches, car vous avez votre consolation » (Luc 6,24), cette richesse qui est incapable de vous procurer les vraies joies… Mais « heureux, vous les pauvres de cœur » qui mettez en Dieu votre espérance, car « le Royaume des cieux est à vous » (Matthieu 5,3). « Votre Père en effet s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32)…

Enfant souriantJésus invitera ensuite les « petits enfants à venir à lui » (Luc 18,15-17), ces êtres qui ne pouvaient pratiquer la Loi avant l’âge de treize ans et que l’on considérait très souvent avec mépris. L’enfant n’a rien à faire valoir pour recevoir une quelconque récompense, sinon le fait qu’il est là. S’il a la chance d’avoir une famille, il attend tout de ses parents, il peut compter sur eux et « n’entretient aucun souci » puisqu’il en est sûr, « en tout besoin », ils s’occupent de lui (Philippiens 4,4-7 ; Luc 12,22-31). Cette famille, indépendamment de toutes les souffrances qui ont pu être les nôtres en ce domaine, nous l’avons avec ce Dieu qui, par son Fils, s’est révélé être « Notre Père » à tous : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » disait à ses disciples Celui qui « n’a pas rougi de nous appeler ses frères » (Jean 20,17 ; Hébreux 2,11). Il nous faut donc développer cette confiance envers Dieu Notre Père et retrouver avec Lui un cœur de « petit enfant, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu » (Luc 18,16). Le Royaume de Dieu doit être accueilli en effet avec la même simplicité qu’un petit enfant lorsqu’il accueille avec confiance ce que ses parents lui donnent, dans cette certitude qu’ils ne cherchent et ne désirent que le meilleur pour lui…

Puis un notable s’approche de Jésus (Luc 18,18-23), avec le même état d’esprit que le Pharisien de la Parabole : pour eux, il faut « faire » quelque chose pour recevoir en récompense « la vie éternelle ». Jésus a déjà répondu à cette question puisque justement « le Royaume de Dieu » est cette « vie éternelle » que Dieu veut nous donner et qui nous permettra d’être en communion avec Lui et avec tous nos frères[5]… Pour « avoir en héritage la vie éternelle », il suffit donc de devenir semblable à « un petit enfant » en présence de Celui qui est « venu pour que nous ayons la Vie, et que nous l’ayons en surabondance ». Alors, « Christ Miséricordieuxque l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement » (Jean 10,10 ; Apocalypse 21,6 ; 22,17 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39 ; 5,24.40 ; 6,33.35.40.47.48.53-58…). Mais ici, Jésus va accueillir cette personne telle qu’elle est, et il va entrer dans son schéma de pensée en lui rappelant ces commandements centraux de la Loi de Moïse qu’il connaît par cœur (Exode 20,1-17 et tout spécialement 20,12-16 ; Deutéronome 5,6-21 et tout spécialement 5,16-20)… Il devait donc bien s’attendre à une réaction de sa part, réaction qui lui donnera l’occasion d’aller plus loin. Et de fait, elle ne manque pas : « Tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse » (cf. Philippiens 3,5-6). Jésus lui demande alors ce détachement vis-à-vis des biens matériels si souvent abordé précédemment : « Une chose encore te fait défaut : Tout ce que tu as, vends-le et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi ». C’est ce « viens et suis-moi » qui permet à Jésus de lui faire cette demande apparemment si exorbitante. En effet, s’il accepte, il ne sera plus jamais seul. Jésus sera avec lui « tous les jours », à toute heure (Matthieu 28,20 ; Marc 3,14). Il veillera sur lui, il s’occupera de lui jusque dans les moindres petits détails de sa vie de telle sorte que non seulement il ne manquera de rien (Luc 22,35), mais il recevra encore « dès ce temps-ci bien davantage » que tout ce qu’il a pu « laisser à cause du Royaume de Dieu ». « Et dans le monde à venir », il sera comblé de la « vie éternelle », ce « trésor » déjà présent dès ici-bas dans le secret de la foi et des cœurs (Luc 18,24-27 ; 2Corinthiens 4,6-7)… Ce que Jésus demande en fin de compte à ce notable de bonne volonté, c’est la confiance, la foi en lui…

Mais hélas, il était « fort riche » et mettait son cœur dans ses richesses. Il attendait d’elles sa consolation, son bonheur et peut-être une gloire tout humaine (Jean 5,44), et il refusera de perdre tout cela… Il a voulu sauvegarder sa vie, mais pour l’instant, il l’a perdue (Luc 17,33). Il n’a pas accueilli le Christ et sa Parole dans « la Joie de l’Esprit » (1Thessaloniciens 1,6), et « il devint tout triste »…

« Comme il est difficile à ceux qui ont des richesses », dit alors Jésus, « de pénétrer dans le Royaume de Dieu ! Oui, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Luc 18,24-25). Tous les disciples qui l’entourent savent bien qu’ils sont tous riches d’une manière ou d’une autre, et ils se sentent concernés par cette Parole de Jésus tout comme plus tard, lorsqu’il leur dira : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous livrera ». Et chacun alors posera la question : « Serait-ce moi ? », car ils se sentaient tous capables, quelque part, de le faire (Marc 14,17-21)… D’où ici leur désarroi : « Mais alors », puisqu’il est impossible « à un chameau de passer par un trou d’aiguille… qui peut être sauvé ? » La voie semble sans issue, mais pour la Miséricorde infinie et Toute Christ Bon Pasteur - vitrailPuissante de Dieu (cf. Luc 1,49-50), elle ne l’est pas. Lui est « capable » par « sa puissance agissant en nous, de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir » de telle sorte que « ce qui est impossible pour les hommes est toujours possible pour Dieu » (Ephésiens 3,20 ; Luc 18,27. Jésus nous invite ainsi à la patience, à la persévérance, à la confiance et à l’espérance envers Celui qui « cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée » … Et il est hors de question pour lui d’abandonner sa recherche tant qu’il ne l’a pas retrouvée (Luc 15,4-5)… Cet homme a dit « non » aujourd’hui ? Dieu, par son Esprit, continuera de venir à sa rencontre et de l’appeler à sa Vie… Et un jour, espérons qu’il dira « Oui ! ».

Cette patience, cette fidélité, cette persévérance de Dieu n’enlèvent rien à l’urgence de se convertir, car le péché amène toujours avec lui son escorte de souffrances et parfois de malheurs… C’est ainsi que Jésus pleurera sur Jérusalem, car « elle n’a pas compris le message qui pouvait lui apporter la paix, il est demeuré caché à ses yeux ». Aussi, et hélas pour elle, toutes sortes de catastrophes dûes à la violence des hommes s’abattront sur elle « parce qu’elle n’as pas reconnu le temps où elle fut visitée » (Luc 19,41-44). Puissions-nous donc reconnaître aujourd’hui les « visites » de Dieu dans notre vie, Lui qui ne cesse de venir à nous, de nous appeler au repentir et de s’offrir à notre foi pour que nous puissions connaître avec lui le Repos et la Paix (Matthieu 11,28-30 ; Psaume 81(80),7-8)…

Christ, chapelle Ste Bernadette, Cité St Pierre, LourdesEt Jésus poursuit résolument son voyage vers Jérusalem pour que s’accomplisse « tout ce qui a été écrit par les Prophètes pour le Fils de l’homme. Il sera en effet livré aux païens, bafoué, outragé, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera » (Luc 18,31-33). C’est ainsi que devait s’accomplir le Salut du monde, le mystère de notre Rédemption et Jésus s’avance à la fois avec ardeur, par amour pour chacun d’entre nous, mais aussi avec angoisse face à toutes les souffrances qui l’attendent… Pour l’instant, les disciples sont toujours en marche vers la Lumière. Certes, ils ont commencé à la percevoir en Jésus, mais ils sont loin de s’imaginer qu’ils ont en face d’eux « le Fils Unique de Dieu » uni à son Père dans la communion d’un même Esprit, Dieu Lui-même… Et ils ne peuvent pas encore comprendre ce que veut dire « ressusciter d’entre les morts »… Il leur faudra attendre la Résurrection du Christ, ses nombreuses apparitions et le don de l’Esprit Saint pour entrer plus avant dansRésurrection - Lourdes Basilique du Rosaire son Mystère… Le Christ ressuscité « leur ouvrira alors l’esprit à l’intelligence des Ecritures » (Luc 24,45), et leur révèlera toute chose par cet Esprit qui « sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu. Qui donc entre les hommes sait ce qui concerne l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Or, nous n’avons pas reçu, nous, l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, pour connaître les dons de grâce que Dieu nous a faits » (1Corinthiens 2,10-12). Commencera alors pour eux l’aventure de la suite du Christ Ressuscité, invisible à leurs yeux de chair, mais présent par l’Esprit à la vie de l’Eglise et du monde pour inviter tout homme à la conversion et lui permettre ainsi d’accueillir dès maintenant, par sa foi et dans la foi, la Vie du Christ Ressuscité Lui-même… « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres mais ait la lumière de la vie » (Jean 12,46 ; 8,12)…

                                                                                                               D. Jacques Fournier

[1] Alors que Pierre est en train de parler à ceux-là mêmes qui ont contribué à crucifier le Christ en criant devant Pilate « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »

[2] Actes 3,26 (Traduction liturgique ; Pierre parle à ceux-là mêmes qui ont contribué à crucifier le Christ) :

« C’est pour vous d’abord que Dieu a fait se lever (ressusciter) son Serviteur, et il l’a envoyé vous bénir, en détournant chacun de vous de ses actions mauvaises ». Dans cette traduction, le Christ apparaît comme le premier acteur de notre conversion : c’est Lui qui nous détourne de nos actions mauvaises… Et nous avons simplement à consentir à son œuvre en lui opposant le moins de résistance possible… La TOB a une traduction semblable : « C’est pour vous que Dieu a d’abord suscité puis envoyé son Serviteur pour vous bénir en détournant chacun de vous de ses méfaits ». Et en note, elle précise : « La conversion serait ainsi un don de Dieu (cf. 5,31 ; 10,36 ; 11,18…) et de son Serviteur. Mais on pourrait traduire aussi : … « pour bénir chacun d’entre vous s’il se détourne de ses méfaits » », comme l’a fait la Bible de Jérusalem : « … du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités ». Cette deuxième possibilité est tout aussi vraie que la première. Elle est complémentaire et présente le second volet indispensable à toute conversion réelle et profonde : nous avons nous aussi à prendre la décision, en toute liberté et responsabilité, de nous convertir… Mais à la lumière de la première traduction possible, cette décision revient, comme nous l’avons déjà dit, à être le plus souple, le plus docile possible entre les mains de Celui qui, le premier, est à l’œuvre pour nous convertir, en nous indiquant le bon chemin et en nous donnant la force de nous y engager… Ainsi, vraiment, « tout est grâce » (Ste Thérèse de Lisieux)…

[3] Noter en ce dernier texte l’expression « toute chair » qui intervient quatre fois en signe d’universalité (le chiffre 4 renvoie en effet aux quatre points cardinaux). On retrouve cette expression à portée universelle en Psaume 65(64),1-4 ; 136(135),25-26 ; 145(144),21 ; Jérémie 32,27 ; Joël 3,1 (cf. l’explication par Pierre de la Pentecôte en Actes 2,16-18) ; Proverbes 4,20-24 ; Job 12,7-10 ; 34,14-15 à la lumière de Genèse 2,4b-7 ; Siracide (Ecclésiastique) 1,1-10 ; Luc 3,6 (citation d’Isaïe 40,5) ; Jean 17,1-3.

[4] Le texte emploie ici le verbe grec « épistréphô, ramener ; revenir » employé dans le Nouveau Testament pour évoquer l’idée de « conversion » (Luc 17,4 : « s’il revient à toi » ; Actes 3,19 ; 9,35 ; 14,15 ; 26,18.20). Nous retrouvons ainsi avec ce verset que le premier acteur de notre conversion est Dieu lui-même. Et voilà bien ce qu’il fera avec son Fils, le Christ Jésus, « le Bon Pasteur », qui part à la recherche de sa brebis perdue « jusqu’à ce qu’il la retrouve. Et quand il l’a retrouvée, il la met tout joyeux sur ses épaules, et la ramène à la maison » (Luc 15,4-7), la Maison du Père (Jean 14,1-3)… Puissions-nous tous nous laisser faire, jour après jour !

[5] Comparer Marc 9,43 et 9,45 avec 9,47 ; dans les deux premiers cas, Jésus parle de « vie », tandis que dans le dernier, il emploie une expression semblable avec la notion de « Royaume »… De plus Romains 14,17 dit : « Le Royaume de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » ; or, « l’Esprit vivifie » (2Corinthiens 3,6 ; Jean 6,63 TOB ; Romains 8,11 ; Galates 5,25).

Fiche n°18 – Lc 17-18,34 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Remettre Dieu à la première place dans sa vie (Luc 14-16)

Un Chef des Pharisiens invite Jésus à un repas le jour du Sabbat (Luc 14,1-6)

Nous retrouvons ici la question du Sabbat déjà abordée en Luc 6,6-11 et 13,10‑17. Et avec elle, se pose à nouveau celle de la Loi : pourquoi existe-t-elle, dans quel contexte doit‑elle être interprétée, quel est son but ? Marc 2,27 nous donne la réponse à partir justement du Sabbat : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat ». Ce qui est à la première place, ce n’est donc pas la Loi mais l’homme. L’homme n’a pas été fait pour la Loi, c’est la Loi qui a été faite pour l’homme. Elle est tout entière à son service pour le guider sur le chemin de la Vie, de la Plénitude et de la Paix. Or Dieu, Source d’Eau Vive, a créé l’homme pour qu’il trouve dans sa relation avec Lui la Plénitude de la Vie et donc son réel épanouissement. La Loi au départ était au service de cette relation de cœur avec Dieu. Elle invitait l’homme à se tourner tout particulièrement vers son Créateur et Père au moins une fois par semaine pour vivre ce temps de « sabbat » avec Lui (Exode 20,8‑11) et recevoir ainsi de sa générosité et de sa tendresse le repos intérieur, la Paix et le renouvellement des forces pour repartir ensuite dans le combat de la vie (Psaume 23(22),1-3 ; 62(61),1-3.6-9 ; 94(93),12‑13 ; 116(115),1-9)…

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Vézelay, tympan intérieur de la Basilique

Mais les scribes et les Pharisiens, dans la folie de leur orgueil, avaient perdu au fil du temps cette perspective première. La Loi était devenu pour eux un moyen de rechercher leur propre gloire : « J’ai bien agi, donc je suis quelqu’un de bien et mes actions me valent de recevoir ce que je mérite… » ! Dieu n’intervient pas dans un tel schéma, sinon pour acquiescer et s’empresser d’obéir en donnant la récompense « méritée »… Ils mettaient donc toutes leurs forces à observer les plus petits commandements de la Loi et de la Tradition des Anciens (Galates 1,13‑14 ; Philippiens 3,4-6). Ils avaient du zèle, reconnaîtra St Paul, mais « il était mal éclairé » (Romains 10,2)… Et puisqu’ils se croyaient parfaits, ils se donnaient en exemple et multipliaient les exhortations, les ordonnances et les préceptes, tout en se considérant eux‑mêmes comme étant bien au-dessus de tout cela (Luc 18,11-12)… Ils disent, ils se vantent, mais ils ne font pas (Matthieu 23,1-7)… Et ceux qui essayaient de vivre selon leurs indications se décourageaient très vite et risquaient ou bien d’abandonner leur recherche de Dieu (Matthieu 23,13) ou bien d’adopter rapidement la même attitude hypocrite (Matthieu 23,15). Ils se croyaient les meilleurs, mais ils n’avaient pas en eux l’amour de Dieu (Jean 5,42) ! Ils s’attachaient à payer la dîme sur la plus petite des plantes potagères, et ils oubliaient de pratiquer ce que Dieu attend de nous tous : « la justice, la miséricorde et la bonne foi » (Matthieu 23,23). Pire, ils pervertissaient la Loi par leurs enseignements et « annulaient ainsi la Parole de Dieu au nom de leurs traditions » (Matthieu 15,1-9)…

Vézelay tympan intérieur

Pour remettre les choses à leur juste place, Jésus invitera ses disciples à la vérité de la vie. Et cette vérité sera d’abord celle de leur conversion : ils étaient perdus, ils ne connaissaient pas Dieu et menaient une vie contraire à ses attentes, mais Lui est venu à leur rencontre en leur manifestant les profondeurs infinies de sa Miséricorde et de sa Tendresse (1Timothée 1,12‑17). Sa Lumière les a alors arrachés à leurs ténèbres, sa Bonté leur a ouvert gratuitement les Portes du Royaume et de la Vie. Ils ont pu commencer avec Lui une vie nouvelle, soutenue par la Présence de sa grâce, faisant chaque jour l’expérience de leur fragilité, de leur faiblesse, mais aussi de la fidélité sans faille de l’Amour de Dieu et de son soutien (2Corinthiens 12,7-10 ; Isaïe 54,10). Ce qui est premier pour Dieu, c’est l’homme, sa vie, qu’il soit le plus possible pleinement lui-même dans toutes les dimensions de son être, et qu’il grandisse dans la participation à cette Plénitude de Vie qu’Il désire nous communiquer. La Loi devait être au service de la vie ? Le Christ, le Fils Unique de Dieu fait chair se révèlera comme le Serviteur de cette vie (Jean 13,1-17). Il purifiera la Loi de tous ces préceptes contraires à la volonté de Dieu qui s’étaient accumulés au fil du temps. Et il la remettra à sa juste place, au service de la vie… Ainsi par exemple, un jour de sabbat, ses disciples eurent faim… Ils virent des épis de blé au bord du chemin et en prirent quelques grains pour apaiser leur faim. Pour les Pharisiens, ils font quelque chose qui est interdit le jour du Sabbat : ils moissonnent ! Pour Jésus, leur vie passe avant tout, ils ne font rien de mal (Matthieu 12,1-8)…

Vézelay tympan intérieur

En Luc 14,1-6, Jésus rencontre donc un hydropique, un jour de Sabbat, sur le chemin qui le conduisait à la maison d’un chef de Pharisiens où il avait été invité à manger. La vie de l’homme passe toujours pour lui en premier ! Aussi fera-t-il ce que les Pharisiens interdisaient : « Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler ; venez donc ces jours-là vous faire guérir, et non le jour du sabbat ! » (Luc 13,14). Mais Jésus « prit le malade, le guérit et le renvoya »… Notons ici l’initiative de Jésus qui, devant le chef des Pharisiens, « prend » le malade et donc le touche ! Or à cette époque, la maladie était comprise comme la conséquence d’un péché. Tout malade était donc impur et il était interdit de les toucher sous peine de devenir impur à son tour. Mais, la vie de l’homme toujours en premier ! Et Jésus touche ce malade, geste de tendresse, de compassion, de compréhension… Jésus le prend, le guérit, et le renvoie libre de tout ce qui, jusqu’à présent, entravait sa vie… Or nous sommes tous, quelque part, malades, blessés au plus profond de nous-mêmes, souffrants en nos âmes et parfois en nos corps, en quête de guérison et de plénitude… Jésus la désire plus que nous-mêmes : allons-nous lui faire confiance, allons-nous le laisser nous prendre (Jean 14,1-3 ; Luc 15,4-7) et nous emporter là où Il veut que nous soyons tous, dans le Royaume de son Père, dans sa Vie, sa Paix et sa Lumière (Jean 17,20-24) ? Si nous le laissons faire, il nous arrachera encore et encore à nos ténèbres (Colossiens 1,12-14), il nous guérira de toutes les conséquences de nos péchés (Jérémie 2,22 ; Psaume 103(102),1-5 ; 107(106),17-22 ; 30(29),3-4 ; 41(40),5 ; Jérémie 17,13-14 ; 30,17 ; 33,6-9 ; Isaïe 30,26 ; 58,1‑12[1]), il les prendra sur Lui, il les portera avec nous (1Pierre 2,24 ; Matthieu 11,28-30 ; Psaume 81(80),7), et il nous donnera la Paix du cœur (Jean 14,27), synonyme de Plénitude et de Vie éternelle. Puis il nous renverra dans la vie, libres car libérés de tous nos liens (Jean 8,31-36 ; 11,44) et en communion avec Lui (1Corinthiens 1,9 ; 1Jean 1,1-4). Il sera alors le compagnon fidèle de notre quotidien pour nous soutenir, nous guider, nous aider, nous secourir jusqu’à ce que nous soyons enfin arrivés là où il nous attend tous…

Christ ressuscité - Jean Cocteau

Christ Ressuscité, peint par Jean Cocteau (Chapelle St Blaise des Simples ; Milly la Forêt)

Les Pharisiens se taisent à nouveau, refusant de dire à Jésus qu’il a raison, et refusant du même coup de reconnaître qu’ils étaient dans l’erreur. Pourtant, lorsqu’il y avait danger de mort, la Loi permettait d’agir, et Jésus le sait bien : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » Il était en effet permis d’agir en cas de danger de mort, et Jésus, Lui, sauve du plus grave danger qui soit : les conséquences du péché, la séparation d’avec Dieu et la mort en tant qu’absence de Vie qui s’ensuit (Jean 5,14)… C’est la troisième fois que Jésus aborde ce sujet avec eux ! Allaient-ils enfin reconnaître à travers ses œuvres la Présence de ce Salut qu’il est venu nous offrir ? Hélas, « l’orgueil est leur collier » (Psaume 73(72),6), il les aveugle (Jean 9,41)… Aussi Jésus va-t-il les appeler à l’humilité… Après la guérison de l’hydropique, il entre dans la maison du Chef des Pharisiens et remarque que beaucoup « choisissaient les premiers divans ». Dans les grandes occasions, on mangeait en effet « à la romaine », étendu de côté sur un divan (cf. Jean 21,20)… Et Jésus reprendra à nouveau l’image des noces (cf. Luc 12,36), évoquant avec elle l’Alliance que Dieu veut construire avec l’humanité tout entière (Genèse 9,8-17). Un mot intervient alors très souvent : « invité » (Luc 14,7.8.9.10). Il prépare le passage qui suivra où Dieu sera présenté comme celui qui, avec son Fils et par lui, nous invite tous gratuitement, par amour, à sa table (Proverbes 9,1‑6 ; Apocalypse 19,9). Mais l’orgueilleux ne serait tenir en présence de Dieu (Isaïe 2,10-17). Aussi Jésus va-t-il essayer de les faire grandir dans l’humilité en leur conseillant de ne pas choisir les premières places. Si celui qui a organisé le repas avait déjà réservé cette place à quelqu’un d’autre, il faudrait se lever devant tout le monde et quitter la première place tant recherchée pour aller à la dernière. L’orgueilleux humilié ne pourra alors que connaître « la confusion » (cf. Luc 13,17). Celui qui, par contre, choisit la dernière place, « estime les autres supérieurs à soi » et manifeste ainsi son humilité (Philippiens 2,3). Et si le Maître du repas décide de le faire monter plus haut, quelle gloire et quel honneur pour lui… Et c’est toujours ce que Dieu fait : si les orgueilleux ne peuvent que connaître la confusion et la honte à cause de leur orgueil, Dieu, lui, « élève les humbles » (Luc 1,51-52), leur donne sa Gloire (Jean 17,22) et les fait siéger à ses côtés (Luc 22,30) !

Chapelle St Blaise des simples

Motif floral peint par Jean Cocteau, chapelle St Blaise des Simples, Milly la Forêt

Or « l’humble » est avant tout celui qui accepte de faire la vérité sur lui-même et donc de reconnaître ses limites, ses faiblesses, sa misère, ses incohérences… Si cette démarche s’accomplit de tout cœur avec le désir et l’espoir de grandir, avec l’aide de Dieu, dans la fidélité et dans l’amour alors Dieu ne pourra une fois de plus qu’être Bienveillant envers le malade qu’il guérira, l’injuste qu’il justifiera (Luc 5,31-32 ; Romains 3,26), le pécheur qu’il sanctifiera (1Corinthiens 6,9-11 ; 1Thessaloniciens 5,23-24 ; Jean 1,29) en lui donnant une dignité incomparable, la sienne (Luc 22,24-30 ; Jean 12,26) ! C’est ainsi que le Publicain repentant repartit chez lui justifié, à la différence du Pharisien orgueilleux (Luc 18,9-14). C’est ainsi que le fils prodigue repentant se retrouva revêtu d’un vêtement de prince (Luc 15,22). C’est ainsi, disait Jésus aux scribes et aux Pharisiens que « les prostituées vous précèdent dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 21,31-32). Et elles savent bien qu’elles ne doivent leur condition nouvelle qu’à la Miséricorde du Seigneur ! C’est pourquoi la pécheresse repentante avait le cœur débordant de reconnaissance et d’amour (Luc 7,36-50)… Ainsi, « quiconque s’élève sera abaissé » par le simple fait que son orgueil, qui est mensonge et illusion, apparaîtra en pleine lumière dans la Lumière de la Vérité. Mais « celui qui s’abaisse » en faisant humblement la vérité ne pourra que rencontrer en vérité Celui qui ne cherche qu’à sanctifier, vivifier, glorifier… « Il sera donc élevé » par Dieu Lui-même jusqu’à Lui, en son Ciel, sa Vie, sa Gloire et sa Lumière, comme le fût Jésus au jour de son Ascension (Luc 24,50-53 ; Matthieu 19,28 et pour Dieu, juger, c’est sauver (Jean 3,17-18))…

Lourdes - Ascension

Lourdes, Basilique du Rosaire, Ascension du Christ

Pour les aider à guérir de leur orgueil, Jésus vient donc d’appeler très concrètement ceux qui choisissaient les premières places à l’humilité. Et puisque l’orgueilleux risque de se rechercher dans toutes les actions qu’il pose, Jésus va également les inviter à la gratuité, à la pureté d’intention, en posant des actions pour Dieu et pour Lui seul. Et ils le feront en ne cherchant que le bien de ceux et celles qui les entourent (cf. 1Jean 4,20 ; Matthieu 22,34-40)… Or « les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles », tous les blessés de la vie, d’une manière ou d’une autre, sont ceux qui en ont le plus spécialement besoin. Mais quelle révolution pour ces Pharisiens d’accepter de faire entrer chez eux tous ces êtres impurs qui « contaminent » tout ce qu’ils touchent (cf. Jean 18,28) ! Elle ne pourra se faire que petit à petit. St Pierre en sera le premier à en faire l’expérience. Il ne lui faudra rien de moins qu’une apparition pour lui permettre de dépasser toutes ces barrières de soi disant « pureté » ou « impureté » que les hommes avaient dressées entre eux en se servant de la Loi (Actes 10,1-11,18 ; Ephésiens 2,14-18).

Dieu est amour 2

De plus, Dieu se révèle indirectement en ces lignes, Lui dont l’Amour est absolument pur, Lui qui ne se recherche en rien, Lui qui ne fait que poursuivre inlassablement le bien de ceux et celles qu’il aime… Et il aime tous les hommes, même – et tout spécialement – ceux qui font le mal et ne peuvent donc que connaître, dans leur cœur, « la souffrance, l’angoisse » (Romains 2,9), et la tristesse… Or Dieu nous a faits pour la vie ! « Aimer » sera alors synonyme pour lui d’invitation inlassable à la conversion, pour que le pécheur puisse enfin, avec le secours de sa grâce, quitter les chemins du mal et de la mort pour trouver avec Lui celui de la vraie Vie et de la Paix…

Dans la dernière section du chapitre 14 (Luc 14,15-35), Jésus, après s’être attaqué aux pièges de l’orgueil, va remettre à leur juste place les biens matériels et les relations familiales. Rien dans ce domaine n’est mauvais en soi, bien au contraire. Mais la préoccupation première de l’homme devrait être son lien avec Dieu, Source de sa Vie. Tout le reste en découle. Et tout ce qui pourrait conduire à délaisser Dieu doit être corrigé. Dieu est ainsi, absolu, exclusif… Il demande tout, car de son côté, il donne tout et permet ensuite de vivre une relation juste avec tout… Il ne s’agit donc pas de tout lui donner pour être privé de tout, mais au contraire de lui offrir toutes nos fausses pistes de bonheur pour trouver avec Lui cette Plénitude pour laquelle il nous a créés et qu’il veut nous donner de tout son Cœur…

Christ Rédempteur (Rio de Janeiro, de nuit)A la béatitude de Jésus, « heureux seras-tu » de ce que les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles que tu auras invités « n’ont pas de quoi te le rendre, car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes », un convive répond avec une autre béatitude : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume des Cieux »… C’est vrai, mais pour qu’il en soit réellement ainsi, Jésus va nous mettre en garde contre tout ce qui pourrait nous empêcher de répondre à l’invitation du Seigneur. Notons la perspective mise en place : « un grand dîner » où « beaucoup de monde » est invité… Toute l’humanité est conviée au festin du Royaume… Indirectement Jésus se présente comme « le Serviteur », qui, en servant Dieu, se met au service des hommes pour leur transmettre l’invitation à la Vie que Dieu leur adresse… « Venez ; maintenant tout est prêt »… « Tout est accompli » (Jean 19,30), l’Esprit Saint, arrhes du Royaume, nous est déjà donné (1Thessaloniciens 4,8 ; Ephésiens 1,13-14 ; Jean 20,22) … Il suffit d’ouvrir son cœur pour vivre dès maintenant, dans l’aujourd’hui de notre foi, les réalités invisibles du Ciel que nous découvrirons pleinement par-delà notre mort …

Tout est donné, tout est offert… Mais celui qui n’a d’autre préoccupation que « le champ » ou « les cinq paires de bœufs » qu’il vient d’acheter, comment pourra-t-il l’accueillir ? De même, « celui qui vient de se marier » et ne pense qu’à cette nouvelle vie qui s’ouvre à lui, comment pourra-t-il l’accueillir ? Jésus reprendra systématiquement ces deux points en les radicalisant. Les paraboles de l’homme qui « veut bâtir une tour » ou celle du roi qui « part faire la guerre à un autre roi » n’auront en effet d’autre but que d’illustrer ce principe : « Quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple » (Luc 14,28‑33)… Et juste avant, Jésus avait de nouveau abordé les relations humaines, mais cette naissance de jéusfois ce n’est pas seulement l’époux ou l’épouse qui sont concernés, mais les êtres les plus chers, jusqu’à sa propre vie : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14,25-26). Le verbe « haïr » est choisi à dessein : rien ni personne, pas même les plus proches parmi les proches, ne doivent passer avant Dieu. Et si Dieu est vraiment à la première place dans nos cœurs, alors Lui-même sera le principe d’une relation renouvelée, fortifiée, intensifiée avec tous ceux et celles que nous aimons… Avec Lui, nous honorerons nos parents, nous serons fidèles en amitié (Matthieu 19,16-19), nous aimerons notre époux ou notre épouse avec l’Amour même du Seigneur (Ephésiens 5,21-33)…

Cet enseignement est aussi l’occasion pour Jésus de montrer à quel point « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Timothée 2,4). Trois personnes viennent de refuser de répondre à l’invitation ? « Vite », il faut partir « par les place et les rues de la ville » à la rencontre de tous les autres, et tout spécialement de tous ceux qui souffrent, « les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux », car Dieu les veut à sa table… On découvre ainsi que si quelqu’un fait de même ici-bas (Luc 14,13), son festin sera « signe du Royaume » ! Il agira « à l’image et ressemblance de Dieu » (Genèse 1,26-27)… Mais il faut faire plus encore… foule 2Quand « les ordres sont exécutés et qu’il y a encore de la place », il faut aller « par les chemins et le long des clôtures » pour inviter tous ceux et celles que nous rencontrerons[2]… Et pour souligner l’intensité avec laquelle Dieu nous veut avec Lui, auprès de Lui, « de tout son cœur et de toute son âme » (Jérémie 32,40-41), Jésus fait dire au Maître de Maison : « Fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse », même si l’homme est libre et peut toujours refuser ce que Dieu désire si « fort » pour lui… St Paul brûlera de cette même ardeur : « Je me suis fait tout à tous afin d’en sauver à tout prix quelques uns » (1Corinthiens 8,18-22)… Demandons lui, à notre tour, la grâce de participer le plus possible à cette œuvre de Salut universel… Peut-il exister en effet quelque chose de plus beau que de travailler à la Vie éternelle, à la Joie, à la Paix, au vrai Bonheur de tous ceux et celles qui nous entourent ?

Enfin, ce chapitre se conclue par un appel lancé par Jésus à ses disciples : c’est par leur relation à Dieu qu’ils sont ce qu’ils sont, « sel de la terre, et lumière du monde » (Matthieu 5,13‑16). Qu’ils veillent donc à garder Dieu à la première place en leur cœur, et à ne pas laisser « les soucis du monde, la séduction de la richesse et les autres convoitises » les pénétrer et étouffer ainsi la Parole, qui demeurerait alors sans fruit (Marc 4,19). C’est du Dieu
Source d’Eau Vive qu’ils reçoivent la Vie (Jérémie 2,13 ; 17,13-14 ; Psaume 42(41),2-3 ; Jean Source 24,10‑14 ; 7,37-39), du Dieu Lumière la Lumière (1Jean 1,5 ; Ephésiens 5,8 ; Jean 12,35-36 ; 8,12), du Dieu Amour l’Amour (Romains 5,5 ; Galates 5,22), du Dieu Esprit l’Esprit qui vivifie, fortifie, apaise et console (Jean 4,24 ; 6,63 ; Galates 5,25 ; Ephésiens 3,16 ; 2Timothée 1,7)… Sans Lui, ils ne sont rien, avec Lui, ils peuvent tout (Jean 15,5 ; Philippiens 4,13)…

Jésus Miséricordieux

Les Trois paraboles de la Miséricorde (Luc 15)

Jésus vient d’inviter ses auditeurs à mettre Dieu à la première place dans leur vie. Il va maintenant leur révéler qu’ils sont, eux, à la première place dans le cœur de Dieu surtout s’ils sont meurtris, blessés, perdus… Les principales catégories de personnages sont présentes. « Les publicains » (collecteurs d’impôts pour les Romains) et « les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre ». Le courant passe donc entre eux et Jésus, le Sauveur du Monde… Les scribes et les Pharisiens sont par contre emmurés dans leur orgueil : « ils murmurent » entre eux…

 BonPasteur

Parfois, les auteurs bibliques écrivent en utilisant la technique de l’inclusion qui consiste à répéter une ou plusieurs idées disposées autour d’un centre, et c’est bien sûr ce centre qui constitue à leurs yeux le message principal. La Parabole de la Brebis perdue est rédigée ainsi. Si, en la lisant, notre attention se fixe tout naturellement sur le Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve, puis la met sur ses épaules et la ramène à la maison, le centre autour duquel gravite St Luc n’est pas celui-là ! Au cœur du texte, nous découvrons en effet l’appel de Jésus lancé aux scribes et aux Pharisiens pour qu’ils soient avec lui et se réjouissent avec lui du salut de tous. Ce sont eux, en effet, qui le préoccupent le plus. Enfermés qu’ils sont dans l’illusion de leur orgueil, ils se croient parfaits, ils pensent qu’ils sont justes et qu’ils n’ont pas besoin de repentir ! Et pourtant, ils vont droit à leur perte…

Mais Dieu de son côté veut le salut de tous ; il a donné à son Fils le monde à sauver (Jean 3,16-17 ; 4,42), et, dira Jésus, « c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné » (Jean 6,39). D’où cet appel pressant lancé aux scribes et aux Pharisiens qu’il appelle indirectement « ses amis et ses voisins » : pour eux aussi, il est le Bon Pasteur qui cherche, cherche et cherchera encore jusqu’à ce qu’il trouve… Et c’est bien ce qu’il fait à leur égard en ce moment précis où il leur raconte la Parabole de la Brebis Perdue. ..

Le mouvement littéraire présenté ci-dessous respecte l’ordre du texte grec :

 

 

(4) A – Quel homme parmi vous ayant cent brebis et ayant perdu l’une d’entre elles

ne laisse-t-il pas les quatre vingt dix neuf dans le désert

                    B –  et part vers la (brebis) perdue

                            C –  jusqu’à ce qu’il la retrouve ?

(5)                                         Et l’ayant retrouvée, il la pose sur ses épaules

                                           D – se réjouissant

(6)                                                    E –  et étant arrivé à la maison

                                                                      il convoque amis et voisins 

et leur dit :

                                            D’ –  « Réjouissez-vous avec moi

                              C’ –  car j’ai retrouvé ma brebis

                   B’ – (celle qui était) perdue.

(7) A’ –  Je vous le dis : Il y aura ainsi (plus) de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit

que pour quatre vingt dix neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion ».

 

De plus en parlant ainsi, Jésus se présentait indirectement comme le Messie promis appelé à accomplir l’œuvre du Dieu de Miséricorde. En effet, si le titre de Pasteur n’est donné que quatre fois à Dieu dans l’Ancien Testament (Psaume 80(79),2 ; 23(22),1 ; Genèse 48,15 ; 49,24), l’image du berger est très souvent reprise pour décrire le soin attentif avec lequel « le gardien d’Israël » (Psaume 121(120),4) s’occupe du « troupeau de son bercail » (Psaume 79(78),13 ; 95(94),7; 100(99),3) : il marche devant lui (Psaume 68(67),8), il le conduit (Psaume 28(27),9) par la main de Moïse et d’Aaron (Psaume 77(76),21)… Le prophète Ezéchiel reprendra ce thème en son chapitre 34, un texte auquel Jésus fait très certainement allusion ici : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j’aurai soin moi-même de mon troupeau et je jésus brebism’en occuperai. Comme un pasteur s’occupe de son troupeau, quand il est au milieu de ses brebis éparpillées, je m’occuperai de mes brebis. Je les retirerai de tous les lieux où elles furent dispersées, au jour de nuées et de ténèbres. Je leur ferai quitter les peuples où elles sont, je les rassemblerai des pays étrangers et je les ramènerai sur leur sol. Je les ferai paître sur les montagnes d’Israël, dans les ravins et dans tous les lieux habités du pays. Dans un bon pâturage je les ferai paître, et sur les plus hautes montagnes d’Israël sera leur pacage. C’est là qu’elles se reposeront dans un bon pacage ; elles brouteront de gras pâturages sur les montagnes d’Israël. C’est moi qui ferai paître mes brebis et c’est moi qui les ferai reposer, oracle du Seigneur Dieu. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je panserai celle qui est blessée, je fortifierai celle qui est malade. Celle qui est grasse et bien portante, je veillerai sur elle. Je les ferai paître avec justice » (Ezéchiel 34,11-16). Et Dieu agira ainsi par le Messie, nouveau David : « Je susciterai pour le mettre à leur tête un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David : c’est lui qui les fera paître et sera pour eux un pasteur. Moi, le Seigneur, je serai pour eux un Dieu, et mon serviteur David sera prince au milieu d’eux. Moi, le Seigneur, j’ai parlé » (Ezéchiel 34,23-24).

Ainsi, en donnant la Parabole de la Brebis perdue à ces scribes et à ces Pharisiens qui connaissaient par cœur tous ces textes de l’Ancien Testament, Jésus se présentait indirectement comme étant le Messie promis, ce Pasteur d’Israël avec lequel et par lequel Dieu le Père veut rassembler dans l’unité de son Esprit, de son Amour et de sa Paix, tous ses enfants dispersés (Jean 11,52). Avec lui et par lui, Dieu se présentait comme Celui qui cherche l’homme perdu « avec soin » « jusqu’à ce qu’il le retrouve ». Et c’est toujours Lui, avec le Christ et par le Christ, qui se propose de le porter par son Esprit pour qu’il revienne à la Maison… La Bonne Nouvelle d’un Dieu Sauveur imperturbablement fidèle, toujours proche de sa créature (Matthieu 3,2 ; 4,17 ; 10,7), se réjouissant avec elle, portant avec elle ses épreuves et ses peines (Matthieu 11,28‑30 ; 2Corinthiens 1,3-10 ; 4,6-10), transparaît ici en pleine lumière… Dieu nous est donc toujours infiniment proche, et sa Présence se fait d’autant plus pressante que l’homme est en danger, c’est-à-dire égaré, perdu dans les multiples sinuosités de son péché…

miséricorde de dieuCe message sera répété par deux fois avec la Parabole de la Brebis Perdue puis celle, quasiment identique, de la Drachme perdue pour bien souligner que le retour de l’homme à la Maison du Père est avant tout le fruit de l’œuvre de Dieu qui avec son Fils et par son Fils est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10). Avec Lui et par Lui, ce qui est impossible à l’homme laissé à ses seules forces d’homme devient possible (Luc 18,26-27). Et c’est grâce à sa Force, portés par sa Grâce, que nous pourrons tourner le dos aux ténèbres et prendre le chemin du retour, vers la pleine Lumière. .. Tout vient de Dieu, tout est donné par Dieu, mais personne ne se lèvera et ne marchera à notre place… A l’appel du Christ, soutenus par l’Esprit du Christ, nous avons à prendre la décision du retour au Père. Nous coopérerons ainsi librement à l’œuvre divine de notre salut. C’est ce que dira Jésus, dans un deuxième temps, avec la Parabole de l’Enfant prodigue : « Je veux partir, aller vers mon Père » (Luc 15,18)… Ainsi, les deux premières paraboles insistent plus sur l’œuvre du Fils cherchant et ramenant l’humanité au Père, tandis que la dernière nous présente cette humanité (soutenue par le Christ) en marche vers la Maison du Père, où ce dernier nous attend tous avec tendresse pour nous serrer entre ses bras…

Dans cette troisième parabole, cette liberté de l’homme évoquée précédemment apparaît tout de suite. Le fils prodigue demande-t-il à son Père « la part de fortune qui lui revient » ? Il la lui donne aussitôt… Prend-il ensuite la décision de partir ? Il le laisse s’éloigner vers un pays lointain et « dissiper son bien en vivant dans l’inconduite ». Et telle est, de fait, la conséquence de toutes nos inconduites : « le péché m’a fait perdre mes forces » (Psaume 31(30),11) dit le Psalmiste. Il altère cette relation vitale d’union de cœur avec notre Créateur, par laquelle Dieu veut nous communiquer, instant après instant, toutes les richesses de son Esprit SaintEsprit, Lui qui Est Esprit (Jean 4,24) ! Et cet Esprit sera alors en nous ce qu’il est depuis toujours et pour toujours : Amour, Lumière, Douceur, Force, Paix… Voilà tout ce dont le péché nous prive, voilà tout ce que Dieu veut nous communiquer de toute la force de son Cœur. Et il commencera par enlever tout ce qui fait obstacle à la réception de ce don (Psaume 25(24),4-14 ; 32(31),1-5 ; 39(38), 9 ; 51(50),3-4.11-13 ; 65(64),3-4 ; 79(78),8 ; 85(84),2-3 ; 86(85),5 ; 103(102),1-4.10-12 ; 130(129),3-4.7-8 ; 1Jean 1,7-9 ; 1Jean 3,5 ; Jean 1,29 ; Matthieu 9,1-8 ; 26,27-28) pour que nous puissions recevoir l’Esprit comme Il le désire, un Esprit qui nous transformera en ce qu’Il Est par sa simple Présence (2Corinthiens 5,17-18) et nous donnera d’avoir part à la Vie éternelle(Galates 5,25)…

Une fois que tous ses biens sont dissipés, le fils prodigue « sent la privation »… Telle est de nouveau la conséquence du péché… Un « manque » habite le pécheur, « un besoin profond », « une aspiration à un vrai bonheur » qu’il pressent sans pour autant pouvoir le nommer… Ce « mal-être » ne pourra disparaître que par « le bien-être » que Dieu nous offrira par le don de son Esprit… « Détresse (souffrance) et angoisse pour toute âme humaine qui s’adonne au mal », « Gloire, Honneur et Paix à quiconque fait le bien » (Romains 2,9-10). Personne, en effet, ne peut faire le bien sans que son cœur soit tourné vers le bien. Or Dieu est le Bien par excellence, un Bien synonyme de Source de Vie, de Lumière et de Paix… Ainsi, quiconque fait le bien, ouvert de cœur au bien, est ouvert de cœur à Dieu et il ne peut alors qu’être rempli par Celui qui est Source jaillissante. Il recevra alors de Lui « Gloire, Honneur et Paix »… Voilà ce que Dieu fait pour tout homme de bonne volonté, quel qu’il soit (cf. Jean 1,4.9 ; 3,21)…

Face à cette « privation », le fils prodigue va se tourner vers ce qui, à ses yeux, pourrait le soulager. Il va aller vers les hommes, dont le seul but est trop souvent le profit pour soi au mépris des autres. Là, pas de générosité, d’attention, de délicatesse ni de bienveillance… « Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait ». Et quand bien même il aurait reçu ce qu’il désirait, il n’aurait pu que constater que « ventre rempli » n’est pas synonyme de « cœur rempli » (cf. Jean 4,13-14). Certes, la nourriture est indispensable à la dignité de tout être humain, elle est une des nécessités premières de notre vie ici-bas, mais elle n’est pas la finalité ultime de l’existence. OLYMPUS DIGITAL CAMERA« L’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Deutéronome 8,3), et « mes Paroles sont Esprit et elles sont Vie » dira Jésus (Jean 6,63). Aussi, « malheureux sont les riches » qui mettent tout leur cœur à accumuler des richesses en croyant trouver avec elles le vrai bonheur, la plénitude, un « cœur rempli »… Ils ont « leur consolation », mais en fait leur cœur est « vide » des vrais Biens (Luc 6,24 ; 1,53)… Aussi, Jésus dira-t-il : « Je Suis le Pain de Vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif » (Jean 6,35). Il aura enfin « le cœur rempli », comblé… « Cherchez donc dans l’Esprit votre Plénitude ». « Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre ». Dans la foi, « vous tressaillirez de joie bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves… Mais sans l’avoir vu vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire », la joie de l’Esprit, « sûrs d’obtenir l’objet de votre foi : le salut des âmes » (Ephésiens 5,18 ; Colossiens 3,1-4 ; 1Pierre 1,3-8 ; 1Thessaloniciens 1,6 ; Romains 14,17 ; Galates 5,22)…

Pour le fils prodigue, ce « pays lointain » est donc glacial : absence d’humanité, d’attention, de tendresse, de compassion… De plus, aux yeux des Juifs, le porc était un animal impur… Il était donc au milieu de païens impurs, sur une terre impure, s’occupant d’animaux impurs, et donc lui‑même totalement impur, un être à fuir et surtout à ne pas toucher… Voilà celui que le Père serrera dans ses bras… Et notons bien que la raison première de son retour ne sera pas la joie qu’il offrira ainsi à son Père, le consolant de la peine de la séparation, mais encore une fois la recherche égoïste de lui-même : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ». La Bonté du Père transparaît encore dans ces lignes, une Bonté qui resplendira pleinement en Jésus-Christ (Luc 18,19), Lui qui est venu pour « que nous ayons la Vie et que nous l’ayons en surabondance » (Jean 10,10), Lui qui « passait partout en faisant le bien » (Actes 10,37‑38), comblant la faim de ceux qui pourtant ne le recherchaient pas encore avec un cœur pur (Jean 6,10‑12 ; 6,26-27)… Mais Dieu reçoit ceux qui viennent à Lui tels qu’ils sont, il les couvre de sa Tendresse et petit à petit les débarrasse de tout ce qui ne leur permet pas encore de le recevoir en plénitude… Ainsi, même si ce qui intéresse toujours ici le fils prodigue, c’est d’avoir avant tout « un ventre bien rempli, le Père, dans sa Tendresse, l’accueillera tel qu’il est, et, dans sa Miséricorde infinie, le couvrira de ses Biens…

apparition_apres_la_resurrectionLe fils prodigue va donc « rentrer en lui-même »… Jusqu’à présent, il était « au dehors » de lui-même, étranger à lui-même, mais il va retrouver le chemin de son cœur, là où l’attend depuis longtemps Celui qui ne l’a jamais quitté, Celui qui inlassablement se tient à la porte des cœurs fermés et frappe jusqu’à ce qu’on lui ouvre (Apocalypse 3,20), Celui qui cherche ses Brebis perdues jusqu’à ce qu’il les retrouve pour les ramener à la Maison du Père… Ce retour au cœur est déjà un fruit de la grâce à laquelle le fils prodigue, consciemment ou pas, a enfin consenti… Et il va prendre la décision de revenir… Il va marcher depuis ce « pays lointain » jusqu’à la Maison de son Père. Toute la vie de l’homme pécheur et repentant est ici évoquée. Et plus tard, nous reconnaîtrons que tout au long de ce long chemin, que nous avons peut-être cru accomplir tout seul, nous étions en fait portés sur les épaules de Celui qui avait fait depuis longtemps le premier pas vers nous (1Jean 4,10 ; 4,19)…

prodigue« Il partit donc et s’en alla vers son père. Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même[3] ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement ». Le fils prodigue a retrouvé une atmosphère de Tendresse, la seule qui compte… Il peut enfin s’abandonner avec confiance dans les bras de Celui qui ne fait que rechercher son Bien, et lui seul (Luc 15,24.27)… Il sera vrai, mais il sait déjà qu’il ne sera pas rejeté… La Tendresse du Père l’a tout de suite enveloppé alors même qu’il n’avait pas encore ouvert la bouche pour confesser sa faute… Mais sûr maintenant de son Amour, il peut épancher son cœur dans les bras de Celui qui, de son côté, a depuis longtemps épanché le sien… Et c’est ce qu’il fait : « Père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » Le lecteur sait ce qu’il doit encore dire : « Traite-moi comme l’un de tes mercenaires ». miséricorde de dieuMais c’est précisément ce qu’il ne dira pas car le Père va lui couper la parole et agir bien différemment. Impossible pour lui de le considérer comme un mercenaire, il est son fils ! Alors, « vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! ».

Nous retrouvons ici les mots « perdu » et « retrouvé » qui sont déjà intervenus dans les deux premières paraboles (cf. Luc 15,32) ; c’est donc bien la même dynamique qui est décrite ici, mais du point de vue du fils prodigue, la brebis perdue…

Les vêtements, dans la Bible, disent quelque chose du mystère de la personne qui les porte. « La plus belle robe » est ici celle de Dieu Lui-même : il va offrir à son fils prodigue mais repentant un vêtement semblable à celui dont il est revêtu… Et quel est-il ? Lumière, Splendeur et Majesté : « Le Seigneur est vêtu de majesté, enveloppé de puissance » Psaume 93(92),1 ; « Seigneur, mon Dieu, tu es si grand ! Vêtu de faste et d’éclat, drapé de lumière comme d’un manteau » (Psaume 104(103),1-2 ; cf. Job 40,10 où Dieu apparaît indirectement comme « revêtu de Majesté et de Grandeur, de Splendeur et de Gloire »)… Mais pour les hommes, ce vêtement sera tout en même temps « habit du salut et manteau de la justice » (Isaïe 61,10‑62,5), « diadème de Gloire de l’Eternel », « beauté de la Gloire de Dieu » (Baruch 5,1-4) offert par le Christ, l’unique Sauveur du Monde (Jean 4,42). Et tout ceci s’accomplira par le don de l’Esprit qui est tout en même temps Lumière, Splendeur, Gloire et Majesté…

Mousse - Ile de la Réunion

Mousse – Ile de la Réunion

Alors, ceux qui auront consenti à se laisser sauver iront « de gloire en gloire comme de par le Seigneur qui est Esprit » (2Corinthiens 3,18 ). Par le « oui » de leur foi, le sacrement du baptême et le don de l’Esprit du Christ, ils ont « revêtu le Christ » (Galates 3,27) et ont ainsi été « associés à sa Plénitude » (Colossiens 2,9). Petit à petit, de miséricorde en miséricorde, ils avanceront toujours plus avant sur ce chemin de combat et de pardon jusqu’à la manifestation plénière de cette Gloire dans la Maison du Père. Alors, « nous lui serons semblables », écrit St Jean (1Jean 3,1‑2 ; Romains 8,14-25)… Le projet du Père qui nous a créés pour que nous soyons à « son image et ressemblance » en participant au « souffle de son Esprit » sera pleinement accompli grâce à l’œuvre de son Fils. « Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donnée » (Jean 17,22 ; cf. Siracide (Ecclésiastique) 17,2‑3 ; Genèse 1,26-27)… Alors, les justes car justifiés « resplendiront » (Sagesse 3,1-9) pour toujours de la Lumière de Celui-là seul qui Est Lumière (1Jean 1,5)…

Et puisque le sceau servait autrefois à apposer sa signature sur tout document officiel, le don du sceau au fils prodigue signifie, comme celui des chaussures, la dignité retrouvée, la dignité même de Dieu… Il était indigne ? La Miséricorde l’a rendu digne (2Thessaloniciens 1,11-12 ; Romains 9,22-24 où « les vases dignes de perdition », les pécheurs, sont devenus de par l’Amour du Seigneur « des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire », sa Gloire !). « Il n’est » en effet jamais « question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Romains 9,16) et établit ainsi son fils repentant sur tous ses biens (Matthieu 24,45‑47). Alors tout ce qui est à son Père sera aussi à lui (Luc 15,31)…

Fleurs...La réaction du fils aîné vise quant à elle les scribes et les Pharisiens qui n’acceptent pas que Dieu puisse témoigner autant d’Amour et de Générosité aux « publicains et aux pécheurs ». Ils sont dans la logique de la récompense et du mérite, et donc de la punition et du rejet pour tous ceux et celles qui, contrairement à eux, ne « méritent pas de recevoir la récompense propre aux bonnes actions », une récompense qu’ils considèrent comme un dû (Matthieu 20,1-16)… Ils sont dans la logique égoïste de ceux qui ne recherchent que leur propre intérêt, une attitude contraire à celle de Dieu qui, Lui, ne pense qu’au nôtre (Jean 16,7 ; 1Corinthiens 10,24 ; 10,33 ; 13,4-7). Ils ne vivent pas dans l’amour, mais dans la seule perspective du devoir accompli qui leur permet de revendiquer ensuite ce qu’ils pensent leur être dû… Ils sont en fait des mercenaires égoïstes qui ne se préoccupent que d’eux-mêmes : « je », « moi », « mes »… Tout tourne autour d’eux… Et ils rejettent tous ceux qui, n’entrant pas dans leur perspective, apparaissent alors comme des adversaires. Pour le fils aîné, pas de « père » ou de « frère », mais un « tu » accusateur lancé à son père, et un « ton fils que voici » dédaigneux pour désigner son frère… De plus aucun regard bienveillant à son égard : il ne cesse de rappeler le mal qu’il a pu commettre sans prendre en considération sa démarche de repentir… Il ne lui pardonne pas sa conduite passée, et l’accusation continue : « il a dévoré ton bien avec des prostituées ». Mais en agissant ainsi, il courait à sa perte et voilà ce que Dieu regarde avant tout, le cœur bouleversé (Osée 11,7-8). Mais puisque Lui ne cesse de chercher notre bien, il regardera encore son fils aîné avec amour et l’appelle « son enfant »… Dans sa bouche, nul « je », « moi », « mes », mais « toi », « tu » et si un « moi » apparaît, c’est aussitôt pour préciser que « tout ce qui est à moi est à toi ». Alors que le fils aîné ne vit pour l’instant que pour lui-même, Dieu de son côté vit toujours Dieu Père (Giovanni Battista Cima)pour ses enfants. Leur présence à ses côtés est son seul vrai trésor : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi »… Et il ne recherchera à nouveau que son bien en le suppliant d’entrer à son tour dans la fête. Qu’il accepte donc de partager avec son Père son regard de Miséricorde, et il passera aussitôt de l’amertume, du ressentiment, des murmures, de la prison du seul devoir accompli, à « la joie de son Seigneur » (Luc 15,7.10 ; Matthieu 15,21.23) qui, dans son Amour, ne pouvait que se réjouir de voir son jeune fils passer de la mort à la vie (Luc 15,32) ! Car tel est l’unique désir de Dieu : que nous acceptions de nous laisser réconcilier avec Lui par le Christ pour entrer dans la Joie et la Paix de sa Communion (2Corinthiens 5,17-21)…

Entre Dieu et l’argent, Jésus nous presse de mettre Dieu à la première place (Luc 16)

La suite de l’Evangile revient encore sur la juste place à donner aux biens matériels et donc sur le bon usage que nous devons en faire. La parabole de « l’intendant malhonnête » (Luc 16,1-8) peut nous surprendre. La Bible de Jérusalem tente une explication pour en atténuer le caractère scandaleux : « Selon la coutume alors tolérée en Palestine, l’intendant avait le droit de consentir des prêts sur les biens de son maître et comme il n’était pas rémunéré, de se payer en forçant sur la quittance le montant du prêt, afin que, lors du remboursement, il profitât de la différence comme d’un surplus qui représentait son intérêt. Dans le cas présent, il n’avait sans doute prêté en réalité que cinquante barils d’huile et quatre vingt mesures de blé : en ramenant la quittance à ce montant réel, il ne fait que se priver du bénéfice, à vrai dire usuraire, qu’il avait escompté. Sa malhonnêteté ne réside donc pas dans la réduction de quittances, qui n’est qu’un sacrifice de ses intérêts immédiats, manœuvre habile que son maître peut louer, mais plutôt dans les malversations antérieures qui ont motivé son renvoi ».

 pain de vivant

La TOB écrit de son côté : « Cette parabole fait souvent difficulté parce qu’elle semble donner en exemple un filou. Mais Jésus n’hésite pas, en d’autres paraboles, à comparer le jugement de Dieu à celui d’un juge sans justice (Luc 18,1-8), ni à inviter ses disciples à être habiles comme des serpents (Matthieu 10,16) ; il est clair qu’il n’exhorte pas là les siens à l’injustice ou à la méchanceté. Dans la parabole présente, il prend soin de qualifier le gérant comme trompeur (v. 8). Si celui-ci est un exemple, ce n’est que par son habileté »… Jésus invite donc ses « disciples à être aussi habiles dans le service du Royaume que les filous de ce monde dans leurs affaires malhonnêtes ». Ainsi, tous les talents, aussi humains puissent-ils paraître, Le Père qui a tant veillé le retour de son fils prodigue (Rembrandt)doivent être mis en œuvre pour annoncer l’Evangile et instaurer le Royaume de Dieu parmi les hommes… Notons enfin le point de contact entre ce gérant « dilapidant les biens de son maître » et le fils prodigue « dissipant le bien de son Père »… Tous les deux sont des brebis perdues que le Christ, le Bon Pasteur, cherche jusqu’à ce qu’Il les retrouve, et que le Père attend avec Amour « à la Maison » …

Et Jésus rebondira ensuite en nous invitant à nous « faire des amis avec le malhonnête argent ». L’argent est ainsi qualifié non pas parce qu’il serait mauvais en lui-même, mais parce qu’il est trop souvent l’objet des convoitises égoïstes qui peuvent habiter le cœur de l’homme. Et s’il en est ainsi, la logique financière du « accumuler pour soi sans en avoir jamais assez » ne peut que s’opposer à celle de Dieu qui cherche avant tout le bien de l’autre en mettant en œuvre tout ce qu’Il est et tout ce qu’il a… De plus, si « accumuler pour soi » devient la priorité, l’honnêteté et la fidélité risquent bien de ne plus être au rendez-vous (Luc 16,10-12)… Malheur alors à celui qui se détournerait du Bien, du Vrai, du Juste… Il se détournerait du même coup de Dieu et se priverait ainsi de tous les Biens qu’il veut nous offrir. Et ce n’est pas le bien « étranger » au vrai Bien, ce bien trompeur qu’est l’argent considéré en lui-même et pour lui-même, qui pourra combler son cœur ! Ainsi, « si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le bien étranger, qui vous donnera le vôtre », ce Bien que Dieu veut nous donner de toute éternité et qui n’est rien de moins que la participation à ce qu’Il Est (Colossiens 2,9-10 ; Ephésiens 3,14-21 ; 5,18) ? Ainsi, « nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent » (Luc 16,13). « Depuis que Dieu a fait irruption dans le monde, l’homme est placé devant un choix radical ; au chrétien de manifester, par l’usage qu’il fait des biens, qu’il appartient à Dieu et à Dieu seul »[4].

Coeur de Jésus- Paray le Monial

Mais « l’argent trompeur » peut lui aussi se mettre au service de l’Amour lorsque c’est le bien de l’autre qui est recherché en premier. Alors le riche pourra notamment donner « un festin pour les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles » (Luc 14,12-14 ; 12,33-34), c’est-à-dire tous ces blessés de la vie que Dieu chérit tout particulièrement. Et quand sera fini le temps de leur épreuve, quand « Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux » (Apocalypse 21,1‑4), alors viendra le temps de la Consolation et de la Joie éternelles dans le Royaume des Cieux. En ce Jour où l’argent « viendra à manquer », tous ceux et celles qui auront accepté d’entrer dans cette logique de l’Amour ne pourront que se réjouir avec tous les pauvres et les souffrants d’ici-bas dans « les tentes éternelles ». Et cette démarche s’accomplit dès maintenant par l’accueil ou non du Christ qui, par le don qu’il nous fait de son Esprit, un Esprit qui n’est qu’Amour (Romains 5,5), ne peut que nous entraîner petit à petit à vivre non pas pour nous-mêmes mais pour Lui et pour nos frères. « Il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2Corinthiens 5,15 ; cf. Romains 14,7-8 ; 6,11 ; Galates 3,20 ; Romains 4,24-25 ; 5,8 ; 8,31-39). Ainsi, « celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. Que sert en effet à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie ? » (Marc 8,35-36 ; Matthieu 10,39 ; 16,25-26 ; Luc 9,24-25 ; 17,33).

La Parabole « du riche et du pauvre Lazare » ne fera que redire en image le fait qu’on ne peut servir Dieu et l’argent. La dynamique de « l’Amour pour l’autre » ne peut que s’opposer à celle de l’égoïsme, du « pour soi »… Le riche ne fait à priori rien de mal, sinon de profiter de ses richesses qu’il a peut-être gagnées honnêtement… Il se revêt de « pourpre et de lin fin », il fait « chaque jour de brillants festins », ce qui est bien agréable « pour lui »… Ne pensant Le pauvre Lazarequ’à lui, ne regardant que lui, il ne verra pas le pauvre Lazare « gisant près de son portail, tout couvert d’ulcères ». Le Christ, Lui, ne faisait que regarder l’autre, se laissant toucher par sa détresse, le cœur « bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même » (Traduit hélas souvent par « il eût pitié », Matthieu 9,36 ; 14,14 ; 15,32 ; Marc 6,34…) et il agissait ensuite « pour lui », pour son bien… C’est ainsi qu’il « passait en faisant le bien » (Actes 10,38). Mais le climat qui règne autour de ce riche est bien différent ! Il ressemble fortement à celui qu’a connu le fils prodigue sur sa terre étrangère, lui qui « aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait » (Luc 15,16)… Ici, « Lazare aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche », mais, ce riche ne lui a rien donné… Seuls les chiens semblent plus compatissants que les hommes (v. 21) ! Et lorsque le pauvre Lazare mourut, « il fut emporté » au ciel « par les Anges », une expression identique à celle employée pour le Christ lorsque, après sa mort et sa Résurrection, « il fut lui aussi emporté au ciel ». En mourant, « il avait remis son esprit entre les mains du Père » (Luc 23,46), il avait espéré en Lui, et il ne fut pas déçu (Psaume 22(21),5-6). Son Père fit vraiment tout pour lui (Psaume 138(137),8)… Il le ressuscita d’entre les morts, lui donna de se montrer aux disciples qu’il avait choisis d’avance pour être ses témoins (Actes 13,31), puis il l’emporta au ciel… La dynamique de l’Ascension de Lazare apparaît donc identique ici à celle du Christ… Et de fait, nous sommes tous invités à vivre ce que le Christ a vécu et quelque part ce mystère commence à se mettre en œuvre dès maintenant dans la foi et par notre foi. En effet, nous sommes tous invités à faire confiance au Christ, à sa Parole, à ses Promesses… Or, il a déclaré en Jean 14,3 : « Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où Je Suis, vous aussi, vous Soyez »…

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Cette Parole commence à s’accomplir dès maintenant dans la mesure où le Christ Ressuscité s’offre toujours à notre foi comme Celui qui veut nous pardonner toutes nos fautes et nous entraîner là où Lui Il Est, dans ce mystère de communion qui l’unit à son Père en un seul Esprit. Lui ferons-nous confiance, le laisserons-nous accomplir son Œuvre de Miséricorde ? Si « oui », heureux serons-nous car dès aujourd’hui nous connaîtrons la Paix et « quelque chose » de la Vie de ce Royaume dont nous attendons tous la pleine manifestation (Romains 8,18-25)…

Et Jésus va insister ici sur le fait que notre attitude présente, sur cette terre, détermine celle qui sera la nôtre, au ciel. Une idée semblable apparaît en Jean 5,24-29 où les v. 24-25 pointent sur l’accueil actuel du Christ et de sa Vie, et les v. 28-29 sur la résurrection finale, « une résurrection de vie pour ceux qui auront fait le bien, et une résurrection de jugement pour ceux qui auront fait le mal. » Ainsi, nos choix d’aujourd’hui déterminent notre situation de demain (cf. Matthieu 16,19 ; Jean 20,23)…

Bonne NouvelleEn effet, choisir Dieu ici-bas, c’est opter pour notre prochain (Matthieu 22,36-40). « Tout ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », dira Jésus, « et dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait » (Matthieu 25,40.45). Ce riche n’a pas ouvert son cœur au pauvre Lazare ? Il ne l’a pas ouvert non plus à Dieu et cette attitude s’est retrouvée intacte après sa mort. Il se découvre alors incapable d’accueillir Celui qui veut être la Plénitude de notre éternité. C’est comme si « un grand abîme » l’empêchait de le rejoindre. Et comme il ne peut plus jouir des biens de la terre, il éprouve un manque immense… Son cœur est vide des seuls vrais biens, son âme ne connaît que le tourment de l’absence, sa soif n’est pas apaisée par la seule vraie Source d’Eau Vive, Dieu Lui-même (Jérémie 2,13 ; 17,13)… Lazare, par contre, « est maintenant consolé » comme le fut précédemment le fils prodigue dans les bras de son Père, Lui qui, encore une fois, ne recherche que notre bien et se fait, dès maintenant, dans la foi, consolation au cœur de toutes nos épreuves. C’est ainsi que la Bible de Jérusalem écrit en note pour  2Corinthiens 1,3-7 : « Dans le Nouveau Testament, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance ». Et cette réalité d’un Dieu de Compassion, de Miséricorde, de Tendresse et d’Amour apparaîtra alors en pleine lumière par-delà notre mort, « dans le sein d’Abraham », dans la Jérusalem Nouvelle…

miséricordeSoulignons le climat de tendresse qui existe envers et contre tout entre Abraham et l’homme riche. Quelque part, avec Abraham uni à Dieu dans la communion d’un même Amour, c’est le Père qui s’exprime et dit au riche « mon enfant », tout comme le père, dans la parabole du fils prodigue, disait à son fils aîné « mon enfant » (Luc 15,31). Et le riche appelle Abraham « Père Abraham », « Père », comme il pourrait le faire envers Dieu son Père… Mais ce climat de tendresse semble se heurter à une impossibilité, conséquence d’un cœur qui, sur cette terre, ne sut pas s’ouvrir à la détresse de son prochain… Les Pharisiens sont ici tout spécialement visés, « eux qui aimaient l’argent » (Luc 16,14) et qui considéraient la richesse comme une récompense divine à leurs bonnes actions ! Mais Jésus essaiera, pour leur bien, de les rétablir dans la vérité : « Vous êtes, vous, ceux qui se donnent pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; car ce qui est élevé pour les hommes » (la richesse considérée pour elle-même, le pouvoir synonyme de domination orgueilleuse) « est objet de dégoût devant Dieu ». Qu’ils ne s’imaginent donc pas être justes parce qu’ils sont riches (Matthieu 23,27-28) ! L’important aux yeux du Seigneur est la droiture, la justice et la miséricorde, une vie de communion avec Lui dans la recherche des seuls vrais biens (Colossiens 3,1-4). Ce monde en effet passera ; Dieu seul restera… Qu’ils recherchent donc dès maintenant les réalités qui demeurent en vie éternelle (Jean 6,27), qu’ils commencent dès aujourd’hui à mettre à la première place dans leur cœur et dans leur vie ce Royaume qui est déjà offert à leur foi (Luc 12,22-32). Alors ils passeront de la Paix, de la Vie, de la Lumière accueillies et vécues dans la foi à la joie de la pleine vision dans cette même Paix, cette même Vie, cette même Lumière… Qu’ils essayent donc, à l’appel du Christ et avec le soutien de son esprit, « d’aimer le Seigneur leur Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de tout leur esprit et leur prochain comme eux-mêmes » (Matthieu 22,36-40). Que chacun « emploie ainsi toute sa force pour répondre à l’invitation d’entrer dans le Règne »[5] (Luc 16,16)…

L’homme riche le comprend, hélas trop tard. Mais il semble être sur le bon chemin puisqu’il commence à se préoccuper de ses frères qui vivent encore sur la terre comme lui-même a vécu autrefois. Et il voudrait leur épargner toutes ces souffrances qu’il connaît actuellement. Mais ils ont déjà Moïse et les Prophètes qui enseignent l’Amour de Dieu et du prochain (Deutéronome 15,7-11)… S’ils ne les écoutent pas, « même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts » et leur parle, « ils ne seront pas convaincus ». Et c’est bien ce qui se passe lorsque l’Evangile est annoncé et que le Christ ressuscité continue d’agir au cœur de la proclamation de cette Bonne Nouvelle… St Paul en avait bien conscience : « Grâces soient à Dieu qui, dans Jésus christle Christ, nous emmène sans cesse dans son triomphe et qui, par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance. Car nous sommes bien, pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent et parmi ceux qui se perdent ; pour les uns, une odeur qui de la mort conduit à la mort (ceux qui refusent) ; pour les autres (ceux qui acceptent), une odeur qui de la vie conduit à la vie » (2Corinthiens 2,14‑16). Et la certitude de son appel à servir le Christ et à parler en son Nom était si vive qu’il osa un jour écrire : « le Christ parle en moi » (2Corinthiens 13,3). Et de fait, tous les écrits des Evangélistes et de St Paul résonnent de la Voix de Celui qui les a remplis de son Esprit pour qu’ils puissent nous transmettre ce que Lui voulait nous dire. « Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette » (Luc 10,16). Saurons-nous reconnaître dans leur « témoignage » (Luc 16,28) la Présence du Christ qui nous presse à lui ouvrir notre cœur et notre vie pour que nous puissions trouver avec Lui « les arrhes du Royaume » à venir (Ephésiens 1,13-14), sa Vie et sa Paix ? De notre accueil ou de notre refus, aujourd’hui, dans la foi, dépend déjà la qualité de notre vie ici-bas ainsi que celle que Dieu a voulu voir se déployer plus tard en Vie éternelle…

                                                                                                                             D. Jacques Fournier

 

[1] Exemple de dénonciation d’une Loi mal comprise. Le jeûne peut être une très bonne pratique au service d’une relation de cœur plus intense avec le Seigneur. Jésus nous en a donné l’exemple (Matthieu 4,1-2), ainsi que l’Eglise primitive (Actes 13,1-3 ; 14,21‑23 ). Mais l’orgueil peut s’emparer de ce qui est bon et le détourner de sa finalité première. Le but du jeûne n’est plus alors la vie avec Dieu mais une recherche de soi par les louanges que les autres pourraient nous faire (Matthieu 6,16-18). Isaïe dénonce ici une pratique du jeûne qui serait plutôt de cet ordre, purement formelle, sans que le cœur soit réellement impliqué dans une œuvre de conversion sincère et profonde. Comment en effet jeûner soi disant pour Dieu et en même temps opprimer les autres, se livrer aux querelles et aux disputes ? C’est impossible. Un jeûne fait pour Dieu ne peut que s’accompagner de la recherche du bien d’autrui, et c’est avant tout cette attitude de bienveillance, de partage et d’entraide, que le Seigneur recherche…

[2] Signalons une note de la Bible de Jérusalem : « Après “ les places et les rues de la ville ”, du v. 21, “ les chemins et le long des clôtures ” du v. 23 semblent être hors de la ville : on pressent là deux catégories différentes, d’une part les pauvres et les “ impurs ” en Israël, d’autre part les païens »…

[3] Le verbe grec renvoie ici aux « entrailles » de Miséricorde de Dieu qui sont « bouleversées » face aux conséquences du péché (cf. Osée 11,7-9 avec la note de la Bible de Jérusalem pour le verbe « bouleverser » : « Le mot est très fort ; précisément celui qui est employé à propos de la destruction des cités coupables ». Osée laisse entendre que les conséquences du péché sont « comme vécues d’avance dans le cœur de Dieu »). Et Jésus sera ainsi « bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même » par « les foules lasses et prostrées, comme des brebis sans berger » (Matthieu 9,36 ; 14,14), ou celles qui l’avaient suivi « car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas de quoi manger ». Jésus sera aussi « bouleversé » par les deux aveugles de Jéricho qui imploraient leur guérison (Matthieu 20,34), par le lépreux (Marc 1,41), par la veuve de Naïn allant enterrer son fils unique (Luc 7,13)… Tel est « le mouvement » des « entrailles de Miséricorde dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en Haut » (Luc 1,78) : face à nos souffrances, fussent-elles provoquées par notre péché, Dieu est « bouleversé » et agit pour nous guérir, profondément, et nous donner ainsi de retrouver envers et contre tout le sourire, la confiance et la paix…

[4] HERVIEUX J., dans Les Evangiles, textes et commentaires (Paris 2001) p. 739.

[5] HERVIEUX J., dans Les Evangiles, textes et commentaires (Paris 2001) p. 741.

Fiche n°17 – Lc 14-16 : cliquer sur le titre précédent pour accéder au fichier PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Veiller et se repentir (Luc 12,35-13,35)

« Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées » (Lc 12,35-48)

L’image des « reins » peut prendre plusieurs sens selon le contexte :

 

1 – Elle peut renvoyer à ce que nous appelons aujourd’hui « la conscience » :

« Je bénis le Seigneur qui me conseille :

même la nuit mon cœur (littéralement : mes reins) m’avertit.

Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;

Il est à ma droite, je suis inébranlable » (Psaume 16(15),7).

Les reins apparaissent alors comme « le siège des pensées et des affections secrètes » (Note de la Bible de Jérusalem), « le siège de la conscience morale »[1]. C’est ainsi que la TOB a traduit : « Je bénis le Seigneur qui me conseille, même la nuit ma conscience m’avertit ». Et Dieu est le seul à « sonder les cœurs et les reins », en tant qu’il connaît le cœur de l’homme jusqu’au tréfonds de ses pensées les plus secrètes (Psaume 7,10 ; 44(43),22 ; 1Rois 8,39 ; Jérémie 11,20 ; 17,10 ; 20,12 ; Romains 8,27 ; Apocalypse 2,23).

La prière intérieureDans un tel contexte, « que vos reins soient ceints » est un appel à la vigilance intérieure (1Pierre 5,8-11) : que nos mauvaises pensées ou nos mauvais désirs ne nous entraînent pas loin du Seigneur et du don continuel de sa Vie (Romains 6,23). Mais pour qu’il en soit ainsi, il nous faut d’abord « prendre conscience » que telle pensée ou tel désir n’est pas bon, ce qui suppose un certain recul. Et cela ne sera possible que si nous « rentrons en nous-mêmes » (Isaïe 44,18-22 ; Luc 15,17‑18), au plus profond de nos cœurs, là où le Seigneur désire établir sa demeure (Jean 14,23), dans le silence et dans la Paix. Alors, à la lumière de son Esprit (« Gardez vos lampes allumées »), nous pourrons discerner avec Lui, c’est-à-dire rejeter avec Lui ce qui n’est pas bon pour choisir, toujours avec Lui, le chemin de la Vie et de la Paix. Le don de l’Esprit Saint reçu à notre baptême nous permet en effet de faire la part des choses entre ce qui est bon et ce qui ne l’est pas : « N’éteignez pas l’Esprit… mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » (1Thessaloniciens 5,17-22). Et c’est toujours ce même Esprit qui nous donnera la force de choisir le bien et de rejeter le mal, « car ce n’est pas un Esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi » (2Timothée 1,7 ; cf. 1Corinthiens 10,13).

Le Seigneur nous invite ainsi à « garder nos reins ceints et nos lampes allumées », c’est-à-dire, à « prier sans cesse » (1Thessaloniciens 5,17 ; Ephésiens 6,18) en retrouvant le chemin de notre cœur, là où Il habite dans le calme et la Paix de l’Esprit. Alors son Esprit sera la Lumière qui nous permettra de faire les bons choix, et la Force qui nous donnera de les accomplir…

2 – L’image des « reins » renvoie aussi souvent à la notion de « force », mais ce n’est qu’une conséquence de ce que nous venons de voir. « L’homme fort » est en effet l’homme qui, conscient de sa faiblesse, compte sur la force du Seigneur pour rester debout et persévérer dans le bien. Mais il faut, pour cela, avoir fait l’expérience que, laissés à nous-mêmes, nous S'appuyer sur le Seigneurne pouvons pas grand chose, ce qui est toujours, quelque part, douloureux… C’est ce que vécut St Paul avec cette mystérieuse « écharde en sa chair » (faiblesse, limite… ?) qui le faisait souffrir : « A ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur… Mais il m’a déclaré : ” Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. ” C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Corinthiens 12,8-10).

Le fait que la notion de « force » soit liée à celle des « reins » (Job 40,16) provient le plus simplement du monde de l’expérience de la vie quotidienne.

A – C’est en effet autour des reins que le soldat attache son épée : « Un destructeur s’avance contre toi. Monte la garde au rempart, surveille la route, ceins-toi les reins, rassemble toutes tes forces » (Nahum 2,2 ; Isaïe 5,26-28).

B – C’est aussi autour des reins que le voyageur attache sa ceinture ; il rassemble toutes ses forces, prend son bâton et ses sandales, et part (Exode 12,11 ; 2Rois 4,29 ; 9,1).

C – « Se ceindre les reins » peut aussi renvoyer à l’homme invité à être pleinement lui-même en mettant en œuvre tous ses moyens. C’est ce que Dieu demandera à Job pour discuter avec lui « face à face » (Job 38,1-3)[2], et c’est ce qu’il demandera aussi à son prophète Jérémie lorsqu’il l’enverra dire à Israël ce qu’ils n’auraient certainement pas voulu entendre. Mais pour qu’il tienne bon, Dieu lui donnera la force et le courage : « Quant à toi, tu te ceindras les reins, tu te lèveras, tu leur diras tout ce que je t’ordonnerai, moi. Ne tremble point devant eux, sinon je te ferai trembler devant eux. Voici que moi, aujourd’hui même, je t’ai établi comme ville fortifiée, colonne de fer et rempart de bronze devant tout le pays : les rois de Juda, ses princes, ses prêtres et le peuple du pays. Ils lutteront contre toi, mais ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi – oracle du Seigneur – pour te délivrer » (Jérémie 1,17-19 ; cf. pour les adversaires Deutéronome 33,11 ; Siracide (ou Ecclésiastique) 35,19-20).

 

4 – C’est enfin autour des reins que le serviteur noue les lanières de son tablier. C’est ce que fera Jésus avant de laver les pieds de ses disciples (Jean 13,1-5). C’est, ici, ce qu’il promet de faire, au ciel, pour ceux et celles qu’il aura trouvés à son retour en train de veiller (Luc 12,37). Aussi, sommes-nous tous invités à demeurer vigilants, unis de cœur au Christ Serviteur pour recevoir de Lui, par l’Esprit Saint, la force qui nous permettra à notre tour de le servir dans nos frères (1Pierre 4,10-11 ; 2Corinthiens 3,4-6 ; 1Corinthiens 15,9-10 ; Matthieu 25,40).

priere-intercession

« Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées »… Cet appel à veiller est lancé dans une atmosphère de joie, remplie d’espérance. En effet, lorsque le Maître « viendra et frappera », il le fera « à son retour de Noces » (Lc 15,35). Or, dans le contexte des relations entre Dieu et les hommes, l’image des Noces est souvent employée dans la Bible pour évoquer le mystère d’Alliance que Dieu veut vivre avec tout homme. En effet, d’après Genèse 9,8‑17, Dieu se révèle comme Celui qui vit déjà en « alliance éternelle » avec « tous les êtres vivants, en somme toute chair qui est sur la terre », et l’arc-en-ciel est le signe de son engagement irrévocable envers nous tous… Mais que Dieu nous soit proche pour tous nous conduire dans l’aujourd’hui de notre vie sur les meilleurs chemins possibles ne nous servira à rien si, de notre côté, nous n’accueillons pas cette Présence Bienveillante et continuellement offerte. Tel est l’appel que nous lance ici Christ : « Repentez vous », détournez-vous du mal et tournez vous vers Dieu, « car le Royaume des Cieux est tout proche », Dieu est tout proche (Matthieu 3,2 ; 4,17 ; 10,7 ; Marc 1,15 ; Luc 10,8-11)… Le prophète Osée fut, vers 750 av. JC, le premier à parler de cette alliance en termes de Noces (Osée 2,16-22 ; Isaïe 54,4-10 ; 61,10-62,5). Avec lui, Dieu apparaît comme celui qui accomplit son projet créateur décrit en Genèse 1-2 (cf. Osée 2,20) : que nous puissions vraiment être un jour à son image et ressemblance en vivant le plus pleinement possible du Souffle de son Esprit. Et puisque l’homme n’arrive pas à Lui être fidèle par lui-même, c’est Lui qui arrachera les idoles de nos mains et de nos cœurs (cf. Osée 2,18-19) ; il nous donnera la justice qui nous permettra d’être justes, la tendresse qui viendra assouplir toutes nos duretés, la miséricorde qui nous apprendra à pardonner comme Dieu, chaque jour, nous pardonne, et enfin le don de la fidélité qui nous permettra de grandir dans la fidélité envers notre Dieu et Père (Osée 2,21-22)[3]. Et tout ceci s’accomplira par le don de l’Esprit Saint que le Christ a déversé sur nous en surabondance (Tite 2,6)…

Mais Jésus a bien conscience que « l’esprit est ardent mais que la chair est faible » (Matthieu 26,41). Aussi, dans ce long temps de l’attente de son retour, il sait que nous risquons toujours de nous assoupir (Matthieu 25,1-5), de défaillir, mais il se révèle aussi comme Celui qui est « avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20). Il sera donc toujours là, à nos côtés, comme le premier à veiller sur chacun d’entre nous pour que personne ne se perde (Jean 17,11-12), intercédant pour nous dans nos jours de faiblesse st jean(1Jean 12,1-2 ; Romains 8,31-34). Nous pouvons donc toujours espérer en son continuel soutien, car ce n’est rien de moins que la Toute Puissance de sa Miséricorde et de son Pardon qui nous environne sans cesse… Aussi le serviteur, conscient de sa faiblesse et qui se tient humblement sous sa Main Puissante (Michée 6,8), peut-il déjà se réjouir de sa Victoire (Sophonie 3,14-18) et marcher envers et contre tout dans la Joie. En effet, si notre cœur nous condamne, la Miséricorde du Seigneur est bien plus grande que tout ce que nous aurions pu commettre (1Jean 3,18-20 ; Romains 5,20). Douter du contraire serait de l’orgueil. Il suffit ensuite de s’abandonner entre ses mains et de le laisser faire. « Heureux »[4] alors le serviteur qui attendra ainsi le retour de son Maître, car il vivra déjà, dans la foi, dès ici-bas, cette Joie du Royaume des Cieux que le Père a trouvé bon de nous donner (Luc 12,32)…

Et si nous sommes tous invités à persévérer dans l’attente du retour du Christ, qui viendra à l’heure où nous ne pensons pas (Luc 12,40 ; Apocalypse 3,3 ; 16,15 ; Marc 13,33-37), ceux et celles que le Christ a choisis pour une mission particulière sont tout spécialement concernés. Le temps de l’attente n’est pas celui de l’oisiveté ou de la paresse, bien au contraire. Cet Evangile qu’ils ont reçu et accueilli dans la Joie de l’Esprit Saint, ils doivent Annoncer l'Evangile avec le souriremaintenant le transmettre : que la Bonne Nouvelle du Salut offert à tous soit proclamée dans le monde entier (Matthieu 28,18‑20 ; Marc 16,15-18 ; Jean 20,21 ; Actes 1,8). En effet, « il n’y a pas de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? selon le mot de l’Écriture : Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles ! » (Romains 10,12-15). Alors grâce à cette proclamation, ce que St Paul écrivait aux Ephésiens pourra s’accomplir le plus largement possible : « C’est en lui que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ephésiens 1,13-14).

Si l’annonce de l’Evangile est l’affaire de tous, Pierre, les Apôtres et tous ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre, participeront à sa responsabilité, auront à nourrir les communautés chrétiennes qui leur auront été confiées. Et « la ration de blé à distribuer en temps voulu » est avant tout le Christ Jésus Lui-même, ce « grain de blé tombé en terre » pour porter beaucoup de fruits (Jean 12,23-24). En tout ce qu’il était, en tout ce qu’il a vécu et supporté, il s’est manifesté comme « le Pain de Dieu, celui qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Jean 6,33). Par sa Parole et son Corps offert sur la Croix pour notre salut, il est jésus pain vivantle seul et unique « Pain de Vie », « la vraie nourriture et la vraie boisson » qui donne « la vie éternelle » à tous ceux et celles qui le reçoivent avec confiance (Jean 6,35.51-58). Conscient de sa responsabilité et de sa mission, St Pierre décidera de se consacrer au seul service de la Parole de Dieu, et il s’entourera de nombreux collaborateurs pour le seconder dans les autres tâches (Actes 6,1-7). Et plus tard, il invitera tous les disciples du Christ à se nourrir abondamment du « lait non frelaté de la Parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut, si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est excellent ». Et il leur rappelait juste avant qu’en « obéissant à la vérité », transmise par « la Parole de vérité, l’Evangile de votre salut » (Ephésiens 1,13), « vous avez sanctifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères. D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres sans défaillance, engendrés de nouveau d’une semence non point corruptible, mais incorruptible : la Parole de Dieu, vivante et permanente. Et la Parole du Seigneur demeure pour l’éternité. C’est cette Parole dont la Bonne Nouvelle vous a été portée » (1Pierre 1,22-2,3).

jésus enseignant 2Et par cette Parole de Lumière qui rend témoignage au Christ « Lumière du Monde » (Jean 8,12), « Astre d’en Haut venu nous visiter » (Luc 1,78), ceux et celles qui l’accueillent recevront avec elle « l’Esprit de Lumière » qui vient transformer les fils des ténèbres en « enfants de lumière » (Ephésiens 5,8-10). Il « illuminera leur cœur » (Ephésiens 1,17-20) pour les guider au chemin de la Paix. Aussi, « tenons ferme la parole prophétique : vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’astre du matin se lève dans vos cœurs » (2Pierre 1,19)…

saint-espritPuis ils auront à transmettre à leur tour ce qu’ils auront reçu. Ils le feront en se faisant les serviteurs de la Parole de Dieu. Et lorsqu’ils donneront à chacun « en temps voulu sa ration de blé », le Christ ressuscité continuera avec eux et par eux à répandre sa Vie dans les cœurs par « l’Esprit qui vivifie ». Ainsi l’action de Dieu décrite au Psaume 104(103),27‑28.30 s’accomplira par les uns et par les autres : « Tous, ils comptent sur toi, pour recevoir leur nourriture au temps voulu. Tu donnes : eux, ils ramassent. Tu ouvres la main, ils sont comblés… Tu envoies ton Souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre » (1Corinthiens 2,1-5 ; 3,5-9 ; 2Corinthiens 2,14-17 ; 3,3 ; Romains 15,18 ; Ephésiens 4,15‑16 ; Jean 6,63)…

Que chacun soit donc vigilant dans la foi, à demeurer ouvert de cœur au Seigneur pour recevoir sa Grâce sans cesse offerte et partager ensuite les dons reçus. Nous ne sommes que les « intendants » (Luc 12,42), « les gérants » de la grâce de Dieu (1Pierre 4,10-11). Aussi, « à qui on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé », car cette grâce porte en elle-saint_paulmême le dynamisme nécessaire à la production des fruits (Jean 15,1-5). Si St Paul a pu agir comme il le fit, la fougue de son caractère y est certainement pour beaucoup, mais la première place revient à la Grâce dont il fut comblé : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous : oh ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi » (1Corinthiens 15,10).

Pour allumer ce Feu de l’Esprit Saint sur la terre (Luc 12,49), le Feu de l’Amour (Romains 5,5), le Christ ira jusqu’au bout du don de soi en s’offrant sur la Croix pour tous les hommes qu’il appelle « ses amis » (Jean 13,1 ; 15,13 ; Hébreux 2,9-11). Voilà le baptême dont il doit être baptisé et dont la seule perspective le remplit d’angoisse (Luc 12,50). Et en parlant avec une telle simplicité, il nous donne une fois de plus un bel exemple d’humanité… Comme nous tous, il a connu la fatigue, la faim, la soif, la tristesse, le trouble intérieur, le désarroi (Jean 4,6-7 ; 11,32-36 ; 12,27 ; 13,21 ; Matthieu 26,36-38 ; Luc 19,41-44 ; 22,44)… Et il a voulu vivre tout cela pour nous rejoindre au cœur de toutes nos épreuves et les vivre avec nous. Il nous apporte ainsi le soutien et le réconfort de sa Présence en attendant ce Jour où il n’y aura plus de peine, plus de cris, plus de pleurs, car l’ancien monde s’en sera allé (2Corinthiens 1,3-7 ; 7,4 ; Apocalypse 21,1-4)… « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde » (Jean 16,33).

Cette souffrance pourra, hélas, nous être infligée par certains membres de nos familles qui auront refusé d’ouvrir leur cœur à la vérité. Le Christ nous prévient : la division sera alors inévitable (Luc 12,51-53). Et lui, le premier, en a fait l’expérience ! Certains parmi ses proches le considéraient en effet comme un fou (Marc 3,20-21) ou comme un vaniteux qui voulait se donner en spectacle : « On n’agit pas en secret, quand on veut être en vue. Puisque tu fais ces choses-là, manifeste-toi au monde.” Pas même ses frères (ses cousins), en effet, ne croyaient en lui » (Jean 7,2-7). Il est pourtant venu rassembler dans l’unité de l’Amour les enfants de Dieu dispersés (Jean 11,52). Il est le premier à nous presser d’honorer nos parents (Marc 7,6-13). Il veut que nous luttions contre toute forme de division en « aimant nos ennemis, en faisant du bien à ceux qui nous haïssent, en bénissant ceux qui nous maudissent, en priant pour ceux qui nous diffament » (Luc 6,27-35). Et telle devrait être d’ailleurs notre réponse à ceux et celles qui, dans nos familles, pourraient s’opposer à notre démarche de foi. Mais cette situation inévitable souligne l’importance de notre liberté et la gravité du péché : nous pouvons, oui ou non, nous ouvrir à l’Amour, l’accepter ou le rejeter. Dieu se propose toujours, il ne s’impose jamais.… Et Jésus sera « haï sans raison » (Jean 15,25) et finalement écarté et crucifié, lui qui était passé partout en faisant le bien, délivrant christ-souriant-04tous ceux et celles qui étaient aux prises avec le mal (Actes 10,38), ne cherchant qu’à réconcilier les hommes avec Dieu (Luc 5,20 ; 24,45-47 ; 2Corinthiens 5,20), à les consoler, les pacifier, les guérir (Marc 5,34), les combler de ses biens… « C’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein » (Luc 6,38 ; Jérémie 32,40-41 ; Jean 1,14-17 ; 10,10 ; Romains 5,20 ; 15,13 ; 2Corinthiens 1,5 ; 9,14 ; 1Thessaloniciens 1,5 ; 1Thimothée 1,12‑17 ; 2Pierre 1,2 ; Jude 1,2)… Il sera malgré tout haï sans raison … Mais ressuscité, Dieu l’enverra à nouveau vers ceux qui l’ont rejeté pour les bénir ! Et s’ils acceptent de se détourner de leur méchanceté et de leurs perversités, ils connaîtront enfin cette Paix intérieure et profonde qui est synonyme de Plénitude et de Communion, Communion avec Dieu, Communion avec les hommes (Actes 3,12‑15.25-26 ; Luc 2,14 ; 7,50 ; 19,42 ; 24,36 ; Ephésiens 3,19)…

L’appel au repentir (Luc 12,54-13,35)

Le Christ va ensuite inviter ses interlocuteurs à lire les signes des temps. Et s’ils ne le font pas, c’est qu’ils sont « des hypocrites » (Luc 12,56). Ils ne veulent pas se repentir, ils ne veulent pas « faire la vérité » (Jean 3,19-21 ; Marc 3,4-5). « Ils ont des yeux pour voir et ne voient pas ; des oreilles pour entendre et n’entendent pas ; un cœur pour comprendre et ils ne comprennent pas. Ils ne veulent pas se convertir, sinon, je les aurai guéris » (cf. Matthieu 13,14‑15 ; Marc 8,17-18 ; Jean 12,37-40 ; Isaïe 6,9-10).

Visage de JésusDieu veut, en effet, se révéler, se faire connaître grâce à la Présence et à l’action de l’Esprit Saint et il enverra son Fils Unique pour manifester son Mystère : « Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils Unique-Engendré, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1,18). Et tout à la fin de l’Evangile, le Christ promettra à ses disciples que, ressuscité, il continuera à « faire connaître le Nom du Père » : « Je leur ai fait connaître ton Nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux » (Jean 17,26). Alors, écrit St Paul, « le Christ habitera dans vos cœurs par la foi, et vous serez enracinés, fondés dans l’Amour » grâce à l’action du Père « qui vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Thessaloniciens 4,8). Et puisque « l’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains 5,5), « vous connaîtrez l’Amour du Christ qui surpasse toute connaissance et vous entrerez par votre Plénitude dans toute la Plénitude de Dieu » (Ephésiens 3,14-18).

Esprit SaintDieu se révèle donc par le don de l’Esprit Saint, et il a envoyé son Fils dans le monde pour nous le communiquer : c’est lui et lui seul qui « baptise dans l’Esprit Saint », dira Jean-Baptiste (Jean 1,33). Et la mission première de l’Esprit de Vérité sera de nous introduire dès maintenant dans la Vérité tout entière en nous donnant de participer, par notre foi et dans la foi, à la Vie de Dieu (Jean 16,13 ; Galates 5,25). Ce même Esprit était déjà à l’œuvre lorsque le Christ « rendait témoignage à la vérité » (Jean 18,37) : par sa Présence et son action dans les cœurs, il confirmait Sa Parole (Jean 15,26). C’est pourquoi, « jamais un homme n’avait encore parlé comme cet homme » (Jean 7,46), et « tous étaient en admiration devant les Paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Luc 4,22). Tel est le fruit de la Présence de l’Esprit dans les cœurs qui acceptent de s’ouvrir à la vérité, car seul l’Esprit de Dieu peut nous donner de connaître Dieu, de l’accueillir, Lui et tous les cadeaux qu’Il veut nous transmettre (1Corinthiens 2,9-12).

Ne pas reconnaître la Parole du Père dans la Parole du Fils (Jean 12,50 ; 14,10-11), ne pas discerner les signes des temps, est ainsi paradoxalement pour Jésus « le signe » d’un cœur fermé à la vérité, et donc à l’action de l’Esprit de Vérité. « Qui est de Dieu entend en effet les paroles de Dieu ; si vous n’entendez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu » (Jean 8,47 ; cf. 8,42-47). Cette attitude était d’autant plus grave pour les scribes et les Pharisiens qui prétendaient à l’époque être les garants de la foi en Israël ! Voilà pourquoi Jésus les appelle « Hypocrites » !

Dieu-AmourAussi va-t-il les inviter à nouveau à « faire la vérité » par une question qui renvoie encore au mystère de la liberté de l’homme face à son Dieu : « Pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? » (Luc 12,57). Dieu, qui n’est qu’Amour, ne cesse de les couvrir de ses bienfaits et pourtant, ils ne répondent pas et lui demeurent infidèles… « On les appelle en haut, pas un qui se relève !… En quoi vos Pères m’ont-ils trouvé injustes pour s’être éloignés de moi ? Pourtant, je vous avais conduits au pays du verger pour vous rassasier de ses biens » (Osée 11,7 ; Jérémie 2,5-7.29.31 ; 8,5…). « Pourquoi… ? » La question reste sans réponse… Mystère de la liberté des créatures face à leur Créateur. Mais ce dernier ne va pas cesser de les inviter à choisir dès maintenant le chemin de la Vie (Ezéchiel 18,31-32 ; 33,11 ; Deutéronome 30,15-20), en « faisant la vérité » tant qu’il en est encore temps. Pendant notre vie terrestre, nous sommes tous en effet « en chemin » vers « le magistrat » (Luc 12,58), Celui qui est Vérité et devant qui nous ne pourrons que « faire la vérité ». Mais cette démarche s’accomplira aussi dans l’atmosphère de sa Tendresse, de sa Douceur et de sa Compassion. En Lui, « Amour et Vérité se rencontrent » (Psaume 85(84),11 ; 25(24),10 ; 89(88),15), ils sont inséparables. Et Dieu s’est pleinement révélé en Jésus-Christ comme l’ami de l’homme dans son combat contre le péché (1Jean 2,1-2 ; Romains 5,6-11) et tout ce qui le détruit : l’injustice, la violence, le mensonge, la souffrance, la maladie, la mort… « L’adversaire », c’est « Satan », « le DiableVitail » « l’Accusateur », « le Prince de ce Monde », cette créature remplie de haine qui a choisi de dire « non » à l’amour et qui cherche à nous entraîner dans son refus alors que nous sommes « en chemin » vers « le magistrat ». C’est lui et lui seul qui nous juge au sens de « condamner » (cf. Jean 3,16-17 ; 8,10-11). Par une vérité sans amour et donc impitoyable sur la réalité de notre misère – « jusqu’au dernier sou » de notre dette (Luc 12,59) – il espère ainsi renforcer notre honte, nous décourager, et nous entraîner à tout laisser tomber dans le domaine de la vie spirituelle. « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps. » (Matthieu 10,28 ; Jean 10,10 ; 8,44).

prodigueAussi Jésus cherche-t-il à introduire ses interlocuteurs dans l’Amour de son Père, et là, ils pourront « faire la vérité » dans l’action de grâces envers Celui qui ne désire que « nous remettre toutes nos dettes » pour libérer notre conscience du fardeau de nos fautes (Matthieu 6,12 ; 11,28-30 ; Jean 8,31-36 ; Psaume 81(80),7). Alors Dieu accomplira son œuvre : « aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il mettra loin de nous nos péchés » (Psaume 103(102),12), et puisque l’accusateur n’a de prise sur nous que par nos fautes, nous serons libérés de ses filets (Psaume 116(114-115),1-9). Le Christ « doux et humble de cœur » nous invite ainsi à le rejoindre dans l’humilité de la vérité, et si nous lui offrons « en vérité » toutes nos misères, nous ne pourrons que faire l’expérience de la douceur de sa Miséricorde et de la délivrance apportée par son Pardon (Luc 4,18 ; 21,28). Oserons-nous accomplir cette démarche, notamment dans le sacrement de la Réconciliation ? Essayons de tout lui offrir, jusqu’à nos doutes. « Le Père de nos âmes m’enleva tous mes doutes comme avec la main et depuis je suis parfaitement tranquille » (Ste Thérèse de Lisieux ; cf. texte à la fin) …

Création nouvelleCet appel au repentir nous concerne tous. Nous sommes tous en effet, d’une manière ou d’une autre, blessés par le péché. C’est ce que St Paul s’est attaché à montrer au début de sa Lettre aux Romains (3,9-12) : « Juifs et Grecs, tous sont soumis au péché », et il cite le Psaume 14(13),1‑3 : « Tous, ils sont dévoyés, tous ensemble pervertis »… Celui qui penserait être meilleur que les autres (Luc 18,9-14) et ne pas avoir besoin de repentir (Luc 15,7) serait en fait dans l’illusion la plus totale et la plus terrible, celle de l’orgueil. Dans notre lutte contre le péché, nous sommes donc tous solidaires. Pour le souligner, Jésus prendra l’exemple d’un massacre perpétré par Pilate et celui de l’accident de la Tour de Siloé (Luc 13,1-5). On croyait en effet à cette époque que rien n’arrivait sans que Dieu n’intervienne d’une manière ou d’une autre (Lamentations 3,38 ; Isaïe 45,7). Un accident, une épreuve, la souffrance, la maladie et la mort étaient interprétés comme autant de punitions que Dieu envoyait en réponse aux fautes commises (1Rois 8,32). Avec un tel raisonnement, ceux et celles qui avaient été tués par Pilate ou la chute de la Tour de Siloé étaient considérés comme des pécheurs qui avaient reçu de Dieu le juste salaire de leurs actes. Et les survivants pouvaient interpréter leur actuel bien-être comme la récompense de leur bonne conduite… Dans un tel contexte social et religieux, même les disciples de Jésus pensaient ainsi. « Maître », lui demandèrent-ils un jour en croisant un aveugle né, « qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ». Et Jésus répondra sans détours : « Ni lui ni ses parents » (Jean 9,1-3). La logique est la même dans notre passage de St Luc : ceux que Pilate a massacrés ou ceux qui sont morts à Siloé n’étaient ni meilleurs ni pires que les autres… Ils sont passés par la mort comme nous tous un jour, nous passerons par la mort … Mais à ce moment-là, le temps du repentir sera passé, et malheur à celui qui sera mort dans son péché… « Si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés » (Jean 8,24). D’où l’invitation de Jésus à croire en Lui dès maintenant pour accueillir son Salut, son Pardon, sa Lumière et sa Vie …

Christ souriantEt ce temps actuel du repentir est celui de la Miséricorde inlassablement offerte par Celui qui n’est pas venu pour les justes mais pour les pécheurs (2Pierre 3,8-9)… Jésus le dira avec l’image du figuier (Luc 13,6-9). Le fait qu’il ne porte pas de fruit est le signe qu’il ne vit pas encore en relation de cœur avec Celui-là seul qui, par la grâce de son Esprit, peut nous donner de porter du fruit (Jean 15,1-5 ; Matthieu 3,8 ; 12,33-35 avec 13,44-46 ;13,23 ; Galates 5,25 ; Ephésiens 5,8-9 ; Philippiens 1,9‑11 ; Jacques 3,13-18). Et comment Dieu réagira-t-il face à ce figuier ? Par une patience sans limites… Aucune date n’est donnée, aucun délai n’est précisé… Une seule certitude est donnée : Dieu continuera de lui être proche. Jour après jour il s’occupera de lui et lui proposera tous ses dons dans l’espérance qu’un jour, « à l’avenir », il sera enfin accueilli… Alors, en puisant aux Sources d’Eau Vive qui jaillissent continuellement du cœur ouvert du Christ Ressuscité, le figuier donnera ses fruits (Jean 7,37-39; 19,33-35 ; 4,10-14 ; Ezéchiel 47,1-12 ; Psaume 1). Dans le cas contraire, il se condamnerait lui-même aux ténèbres, à l’insatisfaction permanente, au « mal-être » et ferait ainsi le jeu de l’adversaire qui cherche à nous couper de nos racines pour nous entraîner dans la mort (Matthieu 3,10 ; 7,19)…

Le signe accompli dans une synagogue le jour du Sabbat (Luc 13,10-17) sera encore une invitation lancée aux Scribes et Pharisiens « hypocrites » (Luc 13,15) à juger par eux-mêmes de ce qui est juste (Luc 12,57 ; Jean 7,24)… Peut-être se convertiront-ils en cette nouvelle occasion que Dieu leur offre ? Avec son Fils et par son Fils, il va en effet de nouveau se révéler comme Celui qui nous libère de tous ces liens mauvais qui nous oppriment et nous font souffrir. Il suffit de se laisser faire, de le laisser agir… Dans cet épisode, tout ne sera Sacré Coeur Vézelayqu’absolue gratuité. La femme était bien allée rencontrer Dieu dans la synagogue, mais surprise, c’est Lui qui en son Fils prendra l’initiative de la rejoindre d’une manière totalement imprévue. Elle ne demandera rien, elle ne lui adressera aucune prière. Et rien ne dit qu’elle a reconnu en cet homme d’apparence si simple le Fils Unique de Dieu envoyé dans le monde pour le sauver. Tout commence par un regard d’Amour, de Miséricorde et de Tendresse, celui que le Christ pose sur elle. Il l’interpelle et lui adresse une Parole d’autorité qui révèle le désir continuel de Dieu à notre égard : nous délivrer de tout mal, déposer le fardeau qui nous écrase. Et Jésus, par un geste concret, ici « l’imposition des mains », montrera qu’avec Lui et par Lui Dieu est effectivement à l’œuvre pour nous réconcilier avec Lui. Et cette femme ne lui opposera aucune résistance… Elle le laisse accomplir son Œuvre et ce que l’homme « ne peut absolument pas » faire par lui-même se réalisera par la Grâce et la Toute Puissance de l’Esprit Saint (Luc 13,11 ; Matthieu 19,26 ; Romains 9,16). Sa transformation corporelle sera alors le signe de cette transformation spirituelle que le Christ est venu nous offrir : libérée, elle se redresse et loue Dieu dans ce mystère de Communion, de Vie et de Paix qu’elle vient de retrouver avec le Christ. Les Pharisiens reconnaîtront-ils en elle l’action du Père ? S’ils peuvent, le jour du Sabbat, délier leurs bêtes « pour les mener boire », comprendront-ils que Dieu, en ce jour qui lui est consacré, désire plus que tout nous libérer de tous nos liens pour nous conduire à Lui, la vraie Source d’Eaux Vives (Jérémie 2,13) ? Alors, nous pourrons vraiment étancher notre soif et connaître dès ici-bas « quelque chose » de la Plénitude de la Vie… « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jean 7,37-39 ; 6,35)…

En Jésus-Christ, la Lumière de l’Amour et de la Miséricorde vient donc de se manifester. Ses adversaires sont « remplis de confusion », mais ils restent enfermés dans leur orgueil : ils refusent la Vérité et avec elle « de faire la vérité » en reconnaissant humblement leurs erreurs. Par contre, toute la foule est dans la joie, accueillant avec simplicité « les choses magnifiques qui arrivaient par Lui ». Et tel est le jugement : en Présence de la Lumière, les uns la refusent et demeurent enfermés dans leurs ténèbres tandis que les autres l’accueillent et reçoivent ainsi par leur foi cette Présence de Dieu, avec tous ses biens, qui s’offre à eux en Jésus-Christ …

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Certes, pour l’instant, cette Plénitude est cachée sous les apparences humbles et discrètes du charpentier de Nazareth. Mais, comme une toute petite graine de sénevé, sa Puissance est irrésistible, et si elle est accueillie, la petite graine deviendra un arbre que nul ne pourra déraciner (Jean 10,27-30). « Et les oiseaux du ciel s’abriteront dans ses branches », image de cette communion avec le Ciel et tous ses habitants qui est dorénavant devenue possible…

Accueillie, elle sera aussi comme du levain qui, enfoui en quantité minuscule au cœur de notre pâte humaine, la transformera tout entière. Elle la fera se lever en lui communiquant la Vie du Ressuscité. « Lève-toi, et marche », dira Jésus au paralytique étendu sur son brancard (Marc 2,9‑11). « Fillette, je te le dis, lève-toi ! », dira-t-il à la fille de Jaïre qui venait de mourir, et « aussitôt la fillette se leva et elle marchait » (Marc 5,41-42). « Les Paroles que je vous ai dites sont Esprit et elles sont Vie » (Jean 6,63), disait Jésus. Si nous les accueillons, nous recevrons avec elles le don de l’Esprit qui a ressuscité le Christ d’entre les morts, et petit à petit, cette Puissance de Vie nous fera sortir de tous nos tombeaux et nous donnera la force de nous lever pour vivre une vie nouvelle (Romains 8,11 ; Jean 5,24-25). « On enleva la pierre du tombeau de Lazare… Alors Jésus s’écria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le et laissez-le aller. » (Jean 11,41-44). A l’appel du Seigneur, Lazare se découvrait vivant et libre !

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Mais pour vivre ce cadeau, il nous faut accepter d’entrer par « la porte étroite » de la vérité, de l’humilité et d’une conversion sincère. Cela suppose de se tourner de tout cœur vers le Seigneur et d’être prêt avec le secours de sa grâce de renoncer effectivement au mal pour choisir le bien. Ce combat sera celui de toute notre vie, car, pécheurs, nous n’avons pu que constater avec St Paul : « Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais » (Romains 7,15)… Mais la grâce que nous avons reçue au jour de notre baptême est une grâce de « mort au péché » : « comprenons-le, notre vieil homme a été crucifié avec le Christ, pour que fût réduit à l’impuissance ce corps de péché, afin que nous cessions d’être asservis au péché… Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu. Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Romains 6,6.10-11). C’est donc par la grâce de Dieu et par elle seule que nous allons pouvoir, petit à petit, mourir au péché. Notre fidélité à Dieu apparaît ainsi comme un don de Dieu (cf. Jérémie 32,39-40 ; Ezéchiel 36,25-28) si nous acceptons de réellement mettre en œuvre la grâce qui nous est donnée (1Jean 3,5-10). Alors, nous demeurerons unis à Celui qui est venu s’unir à nos ténèbres pour que nous puissions l’être à sa Lumière et à sa Vie (1Thessaloniciens 5,9-10). « Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où Je Suis, vous aussi, vous Soyez » (Jean 14,3). Si nous demeurons vraiment « là où Jésus est », ce mystère de communion en un unique Esprit ne pourra que nous pousser à choisir le bien et à renoncer au mal (Galates 5,16-26 ; 1Jean 2,6). Mais si nous commettons l’injustice, notre acte manifestera que la communion a été blessée. Nous nous serons « éloignés de lui » qui est dans la Lumière… Puissions-nous ne jamais entendre : « Je ne sais d’où vous êtes »… Mais là encore, le mystère de notre liberté demeure entier : resterons-nous « dehors » dans les ténèbres, ou choisirons-nous d’être « dedans », dans la Lumière et dans la Paix, là où le Christ veut tous nous rassembler (Luc 13,28-29 ; 13,34) ?

                                                                                                                              D. Jacques Fournier

Humilité, vérité, ouverture de cœur… et le Christ nous libère !

Therese« La veille (de mon engagement définitif au Carmel) il s’éleva dans mon âme une tempête comme jamais je n’en avais vue… Pas un seul doute sur ma vocation ne m’était encore venu à la pensée, il fallait que je connaisse cette épreuve. Le soir, en faisant mon chemin de la Croix après matines, ma vocation m’apparut comme un rêve, une chimère… Je trouvais la vie du Carmel bien belle, mais le démon m’inspirait l’assurance qu’elle n’était pas faite pour moi, que je tromperais les supérieures en avançant dans une voie où je n’étais pas appelée… Mes ténèbres étaient si grandes que je ne voyais ni ne comprenais qu’une chose : Je n’avais pas la vocation !… Ah ! comment dépeindre l’angoisse de mon âme ?… Il me semblait (chose absurde qui montre que cette tentation était du démon) que si je disais mes craintes à ma maîtresse (des novices), elle m’empêcherait de prononcer mes Saints Vœux; cependant je voulais faire la volonté du bon Dieu et retourner dans le monde plutôt que rester au Carmel en faisant la mienne; je fis donc sortir ma maîtresse et remplie de confusion je lui dis l’état de mon âme… Heureusement elle vit plus clair que moi et me rassura complètement ; d’ailleurs l’acte d’humilité que j’avais fait venait de mettre en fuite le démon qui pensait peut-être que je n’allais pas oser avouer ma tentation. Aussitôt que j’eus fini de parler mes doutes s’en allèrent, cependant pour rendre plus complet mon acte d’humilité, je voulus encore confier mon étrange tentation à notre Mère qui se contenta de rire de moi.

colombe_677Le matin du 8 Septembre, je me sentis inondée d’un fleuve de paix et ce fut dans cette paix “surpassant tout sentiment” que je prononçai mes Saints Vœux (Ph 4,7; Is 66,12)… Mon union avec Jésus se fit, non pas au milieu des foudres et des éclairs, c’est-à-dire des grâces extraordinaires, mais au sein d’un léger zéphyr, semblable à celui qu’entendit sur la montagne notre père Saint Elie (1R 19,11-13)… Que de grâces n’ai-je pas demandées ce jour-là !… Je me sentais vraiment la REINE, aussi je profitais de mon titre pour délivrer les captifs, obtenir les faveurs du Roi envers ses sujets ingrats, enfin je voulais délivrer toutes les âmes du purgatoire et convertir les pécheurs »…

                                                                            Ste Thérèse de Lisieux, « Histoire d’une âme »

 

[1] WOLFF H.W., Anthropologie de l’Ancien Testament (Labor et Fides, Genève 1974) p. 64.

[2] LEVÊQUE J., Job et son Dieu Tome II (Paris 1970) p. 514. « Dieu demande à Job de se ceindre les reins comme pour un combat, un travail ou une mission importante qui requiert puissance et mobilité ».

[3] La Bible de Jérusalem précise en effet en note pour le verbe « fiancer » : « Ce verbe est utilisé dans la Bible uniquement à propos d’une jeune fille vierge. Dieu abolit ainsi totalement le passé adultère d’Israël, qui est comme une créature nouvelle. Dans l’expression “ je te fiancerai dans (la justice) ”, ce qui suit la préposition “ dans ” désigne la dot que le fiancé offre à sa fiancée. Ce que Dieu donne à Israël dans ces noces nouvelles ce ne sont plus les biens matériels de l’alliance ancienne, mais les dispositions intérieures requises pour que le peuple soit désormais fidèle à l’alliance. Nous avons déjà ici en germe tout ce qui sera développé par Jérémie et Ezéchiel : l’alliance nouvelle et éternelle (“ pour toujours ”, cf. Osée 2,21), la loi inscrite dans le cœur, le cœur nouveau, l’Esprit nouveau (Jr 31,31-34 ; Ez 36,26-27) ».

[4] « Heureux » intervient trois fois dans notre texte (12,37.38.43), et le chiffre « trois » dans la Bible renvoie à Dieu en tant qu’il agit. Telle est en effet l’œuvre par excellence de Celui qui désire plus que nous-mêmes que nous soyons là où il est (Jean 17,24), dans l’Amour de son Père, unis à Lui dans la communion d’un même Esprit grâce à la Toute Puissance de sa Miséricorde. « Et là où Je Suis, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12,26).

 

Fiche n°16 – Lc 12,35-13,35 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez à cet article en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Du bon usage des biens de ce monde (Luc 11,37-12,34)

En Luc 11,37, Jésus est invité à manger chez un Pharisien, une occasion qui permettra à St Luc d’insérer ici dans son Evangile une série de mises en garde du Christ vis-à-vis de ce mouvement religieux. Leur portée dépassera d’ailleurs le seul milieu des Pharisiens : les chrétiens eux-mêmes devront faire attention à ne pas adopter un tel comportement…

Les sections précédentes ont préparé ce discours de Jésus. En effet, en Luc 11,29, il mettait en garde ceux qui demandent un signe, alors qu’ils ont sous leurs yeux le plus beau signe qui soit : « le Fils de l’Homme » (Luc 11,30), « le Verbe fait chair » (Jean 1,14), ce Fils Unique et Eternel de Dieu qui s’offre au regard de notre foi en son humanité de chair et de sang. Son Corps devient alors « l’Image visible du Dieu Invisible » (Colossiens 1,15), « l’Effigie de sa substance » (Hébreux 1,3)… Par contre, ne pas discerner en Lui « le resplendissement de sa Gloire » (Hébreux 1,3 ; cf. 2Corinthiens 4,1-6) est le signe d’un cœur aveuglé, conséquence de ce péché dont nous sommes tous blessés. Mais la permanence de cet aveuglement en présence de Jésus est encore le signe d’un refus de se convertir. Le Christ est en effet « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29), Il est cette Lumière qui est marie-madeleinevenue nous rejoindre « pour que quiconque croit en lui ne demeure pas dans les ténèbres mais ait la Lumière de la Vie » (Jean 12,46 ; 8,12). Il est « l’Astre d’en Haut » qui a voulu « visiter » les habitants des « ténèbres et de l’ombre de la mort », pour que nous puissions retrouver avec Lui « le Chemin de la Paix », de la Lumière et de la Vie par « la rémission de nos péchés » (Luc 1,76-79 ; Jean 14,6 ; Actes 26,12-18). Mais pour que le Christ puisse agir, il attend que nous lui remettions de tout cœur toutes ces zones d’ombre qui nous habitent encore et ceci ne peut se faire qu’avec le désir sincère de changer, avec son aide, notre comportement. Ainsi, ceux et celles qui persistaient à ne pas reconnaître en Lui le Sauveur du monde (Matthieu 1,20-21 ; Marc 16,15‑18 ; Jean 3,16-17 ; 4,42 ; 10,9 ; 12,47 ; Luc 2,25-32 ; 3,1-6 ; 19,5‑10 ; Actes 2,21 ; 4,10‑12 ; 15,7‑11 ; 16,30-31 ; Romains 1,16-17 ; 10,9-13 ; Ephésiens 2,4-10 ; 1Thessaloniciens 5,9‑10 ; 2Thessaloniciens 2,13-14 ; 1Timothée 1,15-16 ; 2,3-7 ; 2Timothée 1,6-11 ; Tite 2,11-14 ; 3,4-7) manifestaient par leur attitude leur refus de se convertir. Autrement, en se confiant entre les mains du Médecin de nos âmes (Marc 2,13-17 repris par Matthieu 9,9-13 et Luc 5,27-32 ; cf. « l’œil malade » en Luc 11,34), ils seraient vite passés avec Lui de la nuit à sa Lumière, de la tristesse à sa Joie (Jean 15,11), de la mort à sa Vie (Jean 11,25-26). Alors s’ils ne voient pas « la clarté de la lampe », qu’ils s’interrogent pour savoir si « la lumière » qu’ils croient avoir en eux n’est pas en fait « ténèbres » (Luc 11,35)…

Beaucoup parmi les Pharisiens tomberont dans cette attitude que Jésus dénonce ici. Ils lui demanderont en effet « un signe » (Luc 11,16 ; Marc 8,11-12 ; Matthieu 12,38-39 ; 16,1-4 ; En St Jean, « les Juifs » sont les responsables religieux du Peuple Juif, et donc notamment certains Pharisiens : Jean 2,18 ; 6,30), alors qu’ils refuseront de reconnaître en son humanité le signe de la Présence de Dieu en ce monde (Matthieu 1,22 ; Jean 10,30 ; 14,10-11 ; 20,28). Ils prétendaient « voir » alors que leur cœur était plongé dans les ténèbres (Jean 9,40-41), ils se présentaient aux hommes sous une belle apparence, alors qu’ils n’étaient pas habités par le désir sincère d’aimer Dieu de tout leur cœur. Ils avançaient à visages couverts : « Hypocrites »[1], leur dira Jésus (Luc 12,1 ; Matthieu 6,2.5.16 ; 15,7-9 ; 22,18 ; 13,15.23.25.27.29)…

Mise en garde contre les Pharisiens et les Docteurs de la Loi (Luc 11,37-12,12)

Ablutions rituellesInvité par un Pharisien, Jésus entre donc chez lui et se met à table. Mais il omet sciemment les ablutions rituelles que les Pharisiens observaient avant de prendre leurs repas : en effet, « les Pharisiens, et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être lavé les bras jusqu’au coude, conformément à la tradition des anciens, et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s’être aspergés d’eau, et il y a beaucoup d’autres pratiques qu’ils observent par tradition » (Marc 7,3-4). Ils tenaient en effet pour pécheurs et donc impurs tous ceux et celles qui n’obéissaient pas parfaitement à la Loi de Moïse et à la Tradition des Anciens, un ensemble de 613 commandements à l’époque de Jésus. Et quiconque touchait un pécheur, même par mégarde, devenait impur à son tour… Or Jésus venait d’être en contact avec une foule et un démoniaque (Luc 11,14) ! Mais il aura toujours horreur de ces barrières que les hommes, dans leur orgueil, dressent entre eux. Et les Pharisiens le faisaient en se servant de la Loi de Moïse, une Loi pourtant « sainte, juste et bonne » (Romains 7,12). Mais leur vanité s’en était emparée : ils croyaient bien la connaître, ils se flattaient d’avoir une conduite exemplaire, d’être les guides des aveugles, les éducateurs des ignorants (Romains 2,17-20), Mépris Pharisienset pourtant, ils méprisaient tous ceux et celles qui ne pensaient pas ou qui ne vivaient pas comme eux (Jean 7,49). Dans la multitude de leurs pratiques, ils avaient oublié l’essentiel : la justice, la Miséricorde et la bonne foi (Matthieu 23,23 ; 12,7 ; 9,10-13). Aussi, le Christ va-t-il s’opposer à leur attitude : non, l’homme ne peut pas prétendre devenir juste par ses seuls efforts à bien pratiquer la Loi. D’ailleurs, s’il est honnête avec lui-même, il ne pourra que reconnaître que, tôt ou tard, il désobéit à cette Loi et fait ce qui est mal (Jean 7,19 ; Romains 2,21-24). Mais c’est là, en fait, que tout commencera pour lui : s’il accepte en vérité son impuissance et sa faiblesse, il découvrira alors que Dieu est avant tout Miséricorde (Romains 9,16) et que son seul désir est que nous devenions par sa grâce ce que nous sommes incapables de devenir par nous-mêmes : des femmes et des hommes « justes », vivants de sa Vie et habités par la Lumière et la Force de son Esprit…

Jésus RembrandtJésus supprimera donc « cette Loi des préceptes avec ses ordonnances » qui, mal comprise, contribuait à élever des barrières entre les hommes (Ephésiens 2,14-18) et pour bien le signifier, il accomplira des gestes que « la Tradition des Anciens » interdisait au nom d’une soi-disant ‘pureté’ (Une tradition qu’il dénoncera comme étant souvent contraire à la volonté de Dieu : Matthieu 15,1-9) : il touchera les malades considérés à l’époque comme des êtres impurs[2] (Marc 3,10 ; 6,56), les lépreux (Matthieu 8,3), les aveugles (Matthieu 9,27-29 ; 20,30-34), les sourds (Marc 7,32-35), une femme ayant des pertes de sang (Luc 8,43-48), une pécheresse (Luc 7,36-39), le cercueil d’un mort (Luc 7,12-15) et il se laissera toucher par les foules (Luc 6,17-19)… Pour lui, en effet, ce qui importe, c’est d’être le plus humain possible, ce qui ne peut se réaliser que si nous nous faisons proches les uns des autres : et les prisonniers et les malades seront visités, les affamés nourris, les pauvres habillés (Matthieu 26,34-40)…

Jésus va donc inviter ce Pharisien à une démarche de vérité. Et ce qui compte, aux yeux de Dieu, ce n’est pas l’extérieur, l’apparence, mais l’intérieur, le cœur, car c’est du cœur que naissent les désirs qui seront ensuite à la base des actions posées. Si un désir est bon, il entraînera une action bonne et elle manifestera aux yeux de tous que, de fait, ce désir était bon. Mais si un désir est mauvais et s’il n’est pas écarté et chassé tout de suite par la prière (Romains 8,13), il ne pourra qu’entraîner une action mauvaise (cf. Matthieu 7,15-20). Or beaucoup parmi les Pharisiens étaient des « hypocrites », « des docteurs de mensonge qui séduisaient le peuple par des faux-semblants de piété tout en poursuivant des fins intéressées »[3] avec un cœur « plein de rapacité et de méchanceté ». Ils étaient prisonniers de leur égoïsme : prendre pour soi au mépris de l’autre. Pour échapper à cette spirale infernale, Jésus proposera une dynamique inverse, celle de l’amour de l’autre dans la remise de soi à Dieu. « Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous », dit-il à ce Pharisien (Luc 11,41 ; 12,33), dans la certitude que notre Père du ciel sait de quoi nous avons besoin pour vivre. Et si, nous promet Jésus, nous cherchons d’abord son Royaume et sa justice, en donnant notamment à ceux qui sont dans le besoin, alors « tout le reste vous sera donné par surcroît » (Luc 12,29-30). C’est ainsi que du point de vue de l’égoïsme, il s’agira de « perdre notre vie ». Mais si nous acceptons de mourir à nous-mêmes, nous trouverons avec le Christ « la vraie Vie » du Royaume et des enfants de Dieu (Luc 9,23-25), celle que le Père nous donne par son Fils (Jean 5,26 et 5,39-40 ; 6,47) et l’action de l’Esprit Saint (Jean 6,63), en surabondance (Jean 10,10)…

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De plus, comme l’indique la TOB, il est aussi possible de traduire Lc 11,41 par : « Donnez plutôt en aumône ce qui est dedans, et alors tout sera pur pour vous ». L’expression « ce qui est dedans », peut donc aussi être comprise comme renvoyant à nos richesses intérieures que le Christ nous invite à mettre en œuvre pour le bien de tous ceux et celles qui nous entourent . Il s’agira alors de partager non seulement ce que nous pouvons avoir, mais encore ce que nous sommes. Comme l’écrit St Pierre : « Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez le au service des autres, comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes : si quelqu’un a le don de parler, qu’il dise la Parole de Dieu ; s’il a le don du service, qu’il s’en acquitte avec la force que Dieu communique. Ainsi en toute chose, Dieu recevra sa gloire par Jésus Christ » (1Pierre 4,10‑11)…

« Heureux alors celui qui gardera cette parole de Jésus et qui la mettra en pratique » (Luc 11,28 ; 6,20-24). Mais « malheureux ceux qui font le péché et le mal, car ils se font du tort à eux-mêmes » (Tobie 12,10) : « souffrance et angoisse en effet pour quiconque commet le mal » (Romains 2,9). « Comprends donc et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner le Seigneur ton Dieu » (Jérémie 2,19). Et c’est, hélas, ce que beaucoup de Pharisiens avaient fait. Jésus les regardera alors avec tristesse et compassion : « Malheureux[4] êtes-vous, Pharisiens »… Et il donnera quelques exemples qui manifestent leur abandon de Dieu…

Pressoir antiqueLe premier d’entre eux concerne « la dîme » : la Loi invitait en effet à donner « le dixième » de ses récoltes principales, notamment « de blé, de vin et d’huile » (Néhémie 13,5.10-13 ; Deutéronome 12,17 ; 14,22-24). Mais pour être sûrs de bien agir, les Pharisiens appliquaient ce principe à toute plante cultivée, même en quantité insignifiante, comme la menthe, allant jusqu’à discuter de la dîme sur les plantes sauvages dont on pouvait éventuellement se servir ! Ce scrupule sur le détail poussé à l’extrême manifestait leur ambition de ne jamais être pris en faute, et donc indirectement leur orgueil… Et tout en discutant de façon interminable sur ces questions, ils laissaient de côté l’essentiel : « la justice et l’amour de Dieu » (Luc 11,42) Eux qui se prenaient pour l’élite religieuse d’Israël, Jésus les qualifiera d’infidèles (Jean 8,31-47) ! Eux qui jugeaient si facilement telle ou telle personne en la qualifiant de « pêcheur » et donc « d’impure », ce sont eux en fait qui sont impurs, et de la pire impureté qui soit[5], car ils prétendent être des hommes religieux, ils se présentent comme tels, ils ont belle apparence, ils aiment à « occuper les premiers rangs dans les synagogues » (Matthieu 23,1-7 ; 1Timothée 1,7), et ils ne vivent pas l’amour de Dieu ! Pire, « ils chargent les hommes de fardeaux accablants » en enseignant les multiples obligations de leurs traditions, et « ils ne les touchent pas eux-mêmes d’un seul de leurs doigts » (Luc 11,46) ! Par contre, ceux qui essayent de porter ces fardeaux inhumains sont vite découragés et ils finissent par abandonner ce Dieu dont les exigences semblent impossibles à mettre en pratique. Ces Pharisiens leur ont ainsi fermé l’accès au Royaume des Cieux (Luc 11,52 ; Matthieu 23,13), alors qu’il leur est pourtant grand ouvert. Aussi, leur dira Jésus, « venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau (de la Loi), et vous trouverez le repos, car mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » (Matthieu 11,28-30 ; Jean 7,37-39 ; 17,24)… En effet, si nous acceptons de marcher à sa suite, notre joug, nous révèle-t-il, sera avant tout « son joug » au sens où Lui-même portera avec nous notre fardeau… Et l’impossible deviendra possible …

Le second comportement que Jésus dénonce fait appel « à une importante tradition orale juive concernant la persécution et le meurtre des prophètes par le Peuple d’Israël. L’ouvrage des « Vies des Prophètes » rapporte ainsi qu’Isaïe fut scié en deux, que Jérémie mourut lapidé par le peuple, Amos assommé » (cf. Hébreux 11,32-40)… En mentionnant le premier meurtre, celui d’Abel[6] (Genèse 4,8-10), et le dernier que la Bible nous transmet, celui de « Zacharie qui a péri entre l’autel et le sanctuaire » (Luc 11,51 ; 2Chroniques 24,20-22), Jésus fait allusion à toute cette histoire sanglante… Et ses interlocuteurs y entreront à leur tour en tuant « le prophète par excellence », ce Fils que le Père leur avait envoyé pour leur salut (Marc 12,1-12) ! Eux qui avaient pourtant reconnu la valeur des prophètes du passé en les Tombe d'Absalomhonorant par des tombeaux somptueux, ils agiront finalement comme leurs pères qui les ont tués… Et pourquoi ? Parce qu’ils auront refusé de se laisser remettre en question par Celui qui dénonçait leurs erreurs… Pourtant, son seul but n’était pas de les humilier ou de les écraser, mais de leur permettre à eux aussi de retrouver avec Lui le bon Chemin qui conduit par la vérité à la Lumière de l’Amour, au Salut et à la Vie (Matthieu 23,37)… Qu’ils profitent donc de ce temps que Dieu, dans sa patience, nous offre pour que nous puissions tous nous convertir (2Pierre 3,9 ; Romains 2,4). Qu’ils s’engagent dans une démarche de Vérité en Présence de ce Père des Miséricordes qui ne désire que notre bien ! Mais hélas, leur manque d’humilité les entraînera dans une logique opposée à celle du Christ, celle de la violence et de la mort (Luc 11,53-54)…

Jésus mettra donc en garde ses disciples contre l’hypocrisie, cette attitude double qui présente au dehors une belle apparence alors que la réalité du cœur est tout autre. Certes, ils auront toujours à se convertir, à renoncer au mal pour choisir le bien, à faire mourir les œuvres de péché par la force de l’Esprit (Romains 8,13). Ce sera leur chemin de Croix, à la suite du Christ… Mais qu’ils essayent de l’accepter avec courage, en reconnaissant en vérité leurs incapacités, leurs limites et leurs faiblesses. Avec le Christ, elles deviendront en effet les lieux privilégiés où se manifesteront sa Miséricorde, sa Force, son Soutien et sa Lumière (2Corinthiens 12,7-10)…

Mais si Jésus a été refusé, ses disciples le seront aussi… Si Jésus a été persécuté, ses disciples le seront aussi…Mais qu’ils ne craignent pas toutes ces souffrances qui leur arrivent du fait de leur foi en Lui : Dieu ne les oubliera pas (Luc 12,6-7)… Ils ont du prix à ses yeux (Isaïe 43,1-4). Il leur enverra le Saint Esprit qui viendra les soutenir, les consoler et les Bandeau-st-Espritaider à tenir bon au milieu des persécutions de toutes sortes (Luc 12,11-12). Et le Christ se déclarera ensuite pour eux devant les Anges de Dieu (Luc 12,8). Notons bien par contre que St Luc ne dit pas que ce même Jésus reniera celui qui l’aurait renié ici-bas : il emploie une forme passive, « sera renié », sans en préciser le sujet… Jésus en effet ne juge jamais, il ne condamne jamais (Jean 12,47). Dans la Lumière de la Vérité, ce sont les hommes qui se jugeront eux-mêmes et qui regretteront amèrement tous leurs manquements (Jean 3,16-21 ; Luc 13,28)… S’ils pouvaient donc dès maintenant tout offrir à la Miséricorde Toute Puissante et repartir avec elle dans la bonne direction !

Cette Miséricorde de Dieu, qui nous invite au repentir et à la conversion, est en effet sans limites : « Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis » (Luc 12,10) et ce pardon lui sera communiqué par l’Esprit Saint qui vient du Père, cet Esprit par lequel le Père accomplit toute chose dans nos vies… Mais celui qui refusera en toute conscience cette action de l’Esprit ne pourra pas, bien sûr, bénéficier du Pardon de Dieu qu’Il lui apporte… Tel est le péché le plus grave, « le blasphème contre le Saint Esprit », un péché rarissime, du moins, espérons le…

Faire confiance à la Providence de Dieu (Luc 12,13-34)

Jeune homme richeLa question d’un homme sur un partage de biens familiaux avec son frère amène Jésus à mettre en garde contre « la cupidité, l’avarice », ce désir insatiable d’accumuler pour soi sans penser aux autres et à leurs besoins. Et pour illustrer son propos, il prendra l’image « d’un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté ». Le pronom personnel « mon, ma, mes » intervient alors sans cesse : cet homme ne pense qu’à lui, il est enfermé dans son égoïsme… De plus, il croit que l’abondance des biens matériels peut être un fondement stable sur lequel il pourra construire une longue vie de bien-être et de bonheur… Mais il a oublié une donnée de base : personne ne peut, « en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie » (Luc 12,25). Il ne sait si, demain, il sera encore en vie ou en bonne santé… Et s’il meurt, qui aura ses biens ? Dans sa logique égoïste, tout sera perdu… Mais si, par contre, il avait aidé de ses biens ceux qui étaient dans le besoin, il aurait été « riche » de tous ces dons en se présentant devant Celui qui a dit : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25,40)… Ainsi « celui qui amasse pour lui-même perd tout », tandis que celui qui « cherche le Royaume et sa justice » en acceptant de vivre le partage « se fait un trésor inépuisable dans les cieux » (Luc 12,33-34). De plus, il goûtera, en aimant, à quel point « le Seigneur est bon » (Psaume 34(33),9) puisque tout amour authentique vient de ce Dieu qui est Amour (1Jean 4,8 ; 4,16) et qui s’offre déjà, dès maintenant, dans la foi, à nos cœurs…

Dieu-AmourMais ce détachement vis-à-vis des biens matériels, pourtant nécessaires à la vie, ne peut se vivre qu’à la lumière de l’Amour et de la proximité de Dieu (Matthieu 4,17 ; 6,8). Certes, il ne s’agit pas d’une invitation à tomber dans la paresse et l’oisiveté en attendant tout du ciel (2Thessaloniciens 3,10-12). Mais le Christ nous invite à faire de notre mieux dans la certitude que nous ne sommes pas seuls : Dieu s’occupe de nous (Philippiens 4,4-7) et il ne permettra pas que celui qui met toute sa confiance en lui manque du nécessaire… Le Christ va alors évoquer les deux besoins fondamentaux de tout homme : la nourriture et le vêtement. Et il va appeler ses disciples à s’abandonner avec confiance entre les mains de leur Dieu et Père : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement » (Luc 12,22-23). En effet, « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Deutéronome 8,3 ; Proverbes 9,1-5 ; Sagesse 16,26 ; Jean 6,32s). Le mystère de sa vie est à chercher avant tout en Dieu (Genèse 2,4b-7)…

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Pour illustrer ses paroles, Jésus va alors prendre deux exemples. Le premier visera la nourriture, avec ces oiseaux qui, contrairement à l’homme de la parabole précédente, « ne sèment pas, ne moissonnent pas, et n’ont ni cellier ni grenier » (Luc 12,24). Certes, ils ne restent pas sans rien faire, cherchant à droite à gauche de quoi manger, mais ils ne manquent de rien… « Dieu les nourrit »… Jésus avait déjà dit auparavant qu’aucun passereau « n’est en oubli devant Dieu. Soyez donc sans crainte, vous valez mieux qu’une multitude de passereaux » (Luc 12,7). Et ici, il conclut : « Combien plus valez-vous que les oiseaux » (Luc 12,24)…

Lys

Le second exemple concernera le vêtement, et il sera pris cette fois du monde végétal. « Les lis ne filent pas, ils ne tissent pas, pourtant Salomon dans toute sa gloire ne fut pas vêtu comme l’un d’eux ». Alors, « si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, combien plus le fera-t-il pour vous, gens de peu de foi ».

 

 

La conclusion est claire : « Ne cherchez pas ce que vous mangerez et ce que vous boirez, ne vous tourmentez pas … Votre Père sait que vous en avez besoin ». Une seule chose est en fait nécessaire en cette vie : « Cherchez le Royaume des Cieux et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Ainsi celui qui peut travailler collaborera par son courage et sa peine à ce que cette promesse de Dieu s’accomplisse pour lui, et s’il reçoit en surplus, il pourra partager avec celui qui est dans le besoin. Alors, il participera encore par son aumône à l’œuvre de Dieu « qui comble de biens les affamés » (Luc 1,53) par les hommes et les femmes de bonne volonté… Et dans la fragilité de cette existence, nous savons très bien que celui qui peut donner aujourd’hui sera peut-être demain celui qui remerciera son prochain de l’aider à passer un cap difficile… St Paul exhortait aussi les Corinthiens à l’entraide fraternelle : « Songez-y : qui sème chichement moissonnera aussi chichement ; qui sème largement moissonnera aussi largement. Que chacun donne selon ce qu’il a décidé dans son cœur, non d’une manière chagrine ou contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. Paris Surréalistes+annexesDieu d’ailleurs est assez puissant pour vous combler de toutes sortes de libéralités afin que, possédant toujours et en toutes choses tout ce qu’il vous faut, il vous reste du superflu pour toute bonne œuvre, selon qu’il est écrit : « Il a fait des largesses, il a donné aux pauvres ; sa justice demeure à jamais » » (2Corinthiens 9,6-9 ; cf. 8,13-15). Et à Timothée, il écrivait : « Aux riches de ce monde, recommande… de ne pas placer leur confiance en des richesses précaires, mais en Dieu qui nous pourvoit largement de tout, afin que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de belles œuvres, donnent de bon cœur, sachent partager ; de cette manière, ils s’amassent pour l’avenir un solide capital, avec lequel ils pourront acquérir la vie véritable » (2Timothée 6,17-19). Et par ces quelques lignes, nous découvrons à quel point St Paul résume tous les points principaux de notre passage en St Luc…

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)Ainsi, Jésus invite à mettre à la première place dans notre vie la recherche du Royaume. Et cette recherche, si elle s’accomplit sincèrement et de tout cœur, ne pourra qu’être comblée, car il ajoute juste après : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32). Et ce « Royaume est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17), un mystère de communion et de vie avec Celui qui, « de tout son cœur et de toute son âme » (Jérémie 32,40-41), veut nous combler de sa Vie et nous introduire ainsi auprès de Lui, dans l’Amour (Jean 14,1-3 ; 17,24)… Le message de Luc 12,32 est donc identique à celui de Luc 11,9-13 : « Cherchez et vous trouverez… Car celui qui cherche trouve… Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du Ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! ». Cherchez le Royaume, il vous sera donné… Demandez l’Esprit, il vous sera donné, et avec Lui, vous trouverez le Royaume, ce mystère de communion avec Dieu dans l’Unité de l’Esprit (Ephésiens 4,3 ; 2Corinthiens 13,13)…

Et ce cadeau n’est surtout pas réservé à une élite. Il est le don gratuit que le Christ, dans sa Miséricorde, est venu offrir aux pécheurs pour leur donner de trouver avec lui le vrai Bonheur (Luc 6,20-23 ; 9,33 ; 10,23-24 ; 11,28), la vraie Paix (Jean 14,27), le vrai Repos (Matthieu 11,28-30), la vraie Vie (Jean 14,6)… Nous le savons bien, nous ne sommes pas dignes de le recevoir (Matthieu 8,8 ; Luc 7,6-7). Mais nous découvrons chaque jour, avec une énorme gratitude, à quel point le Christ n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Et là où la misère abonde, la grâce surabonde, car rien, absolument rien, ne peut nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur (Romains 5,20 ; 8,31-39 ; 1Timothée 1,12‑17). Car qu’est-ce qu’un pécheur, sinon celui qui cherche le bonheur sur un chemin de déviance, ou fait la dure expérience de son esclavage dans le mal et de son impossibilité à s’en sortir tout seul. Dans les deux cas, il ne peut que connaître la déception, la souffrance, la tristesse… Et le Seigneur, de son côté, loin de le juger et de le condamner, se fera encore plus proche de lui pour lui redire son Amour, l’inviter à reprendre courage et à repartir à sa suite sur le chemin de la vraie Vie. Car Dieu ne désire qu’une seule chose pour chacun d’entre nous : que nous puissions connaître avec Lui la Plénitude de la Vie par le don de Esprit Saintl’Esprit (Ephésiens 5,18). Heureux alors celui qui acceptera de se lancer dans cette aventure… Telle était la certitude et le bonheur de St Paul : « Je me sens pris dans cette alternative : d’une part, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable ; mais de l’autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien » (Philippiens 1,23-24). Et que fera-t-il pour notre bien ? Il nous invitera à chercher avant tout « les réalités d’en haut », car là, est la vraie Joie : « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu : quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire » (Colossiens 3,1-4 ; cf. Romains 6,1-11 ; Jean 17,22-23).

Telle était aussi l’expérience de St Pierre qui tressaillait déjà de joie, dans la foi, en recevant les dons du Père des Miséricordes : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance…Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves » (1Pierre 1,3-7 ; cf. Jean 3,27-29). Puisse cette expérience être aussi la nôtre !

                                                                                                                 D. Jacques Fournier

[1] Un des sens d’hypocrite (upokrithé” en grec) est « acteur, comédien », car autrefois, tous les acteurs au théâtre jouaient avec un masque.

[2] On croyait en effet que toute maladie ou infirmité était « la punition » que Dieu, dans sa justice, envoyait aux hommes pécheurs (cf Jean 9,1-3) et donc impurs…

[3] Note de la Bible de Jérusalem pour Matthieu 7,15.

[4] Ce terme « malheur », ou « malheureux », reviendra ici six fois, et traditionnellement, le chiffre « six » est symbole d’imperfection !

[5] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 697 : « Une tombe est un objet particulièrement impur du fait du cadavre qu’elle recèle ; si rien ne signale sa présence à la surface du sol, le passant marche dessus sans le savoir et contacte une impureté grave (Nombres 19,11-16) ».

[6] Id. p. 698 : « Dans la tradition orale, c’est parce qu’il avait affirmé que Dieu était juste et ressusciterait les morts que Caïn, son frère, l’avait tué ».

Fiche n°15 – Lc 11,37-12,34 : cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Le don de l’Esprit Saint et le combat spirituel (Luc 11,5-36)

Alors que Jésus est en marche vers Jérusalem (Luc 9,51), St Luc ouvre au début de ce chapitre 11 une nouvelle section consacrée à la prière.

Elle est structurée en trois points :

             1 – Lc 11,1-4 : Jésus donne à ses disciples la prière du « Notre Père ».

             2 – Lc 11,5-13 : Puis il les invite, avec beaucoup d’insistance, à demander au Père

                                                    le don de l’Esprit Saint ; et il les assure qu’ils seront exaucés.

             3 – Luc 11,14-26 : Jésus est vainqueur de Satan par l’Esprit Saint ;

                                                                                              à nous maintenant d’être vigilants…

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Cette section est encadrée par deux invitations à écouter la Parole de Dieu et à la mettre en pratique (Luc 10,38-42 ; 11,27-28) : « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui l’observent ». Marie, la sœur de Marthe, en est un bel exemple : « assise aux pieds du Seigneur, elle écoutait sa Parole ». Et Jésus dira à son sujet : « Elle a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée ».

L’écoute de la Parole de Dieu et la prière sont en effet indissociables, car dans les deux cas, il s’agit avant tout d’ouvrir son cœur à Dieu, une attitude intérieure qui engage toute la vie. Et c’est l’Esprit Saint, l’Enseignant par excellence, qui sera toujours au cœur de l’action :

                      1 – C’est Lui en effet qui nous ouvre aux mystères évoqués par la Parole de Dieu et qui nous permet d’en comprendre le véritable sens (Jean 14,26[1]). Grâce à Lui et à sa Présence vivifiante (Jean 6,63 ; Galates 5,25), nous découvrons, en le vivant, le projet de Dieu tel qu’il nous est décrit par sa Parole : devenir pleinement ses enfants vivants de sa Vie (Jean 1,12-13)…

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                      2 – C’est Lui qui est notre Maître de prière. Il nous donne de pouvoir dire le « Notre Père », de tout cœur, en enfants du Père vivants de sa Vie. Et il nous inspire des désirs conformes à la volonté de Dieu (Romains 8,14-17 ; 8,26-27)…

 

                           3 – Enfin, c’est toujours Lui qui est le Maître d’œuvre de notre combat spirituel (Ephésiens 6,10-17). La Vie reçue de Lui sera en effet Lumière brillant au cœur de nos ténèbres, une Lumière sur laquelle les ténèbres n’ont aucune emprise (Jean 1,4-5). Et petit à petit, de miséricorde en miséricorde, elle purifiera nos désirs et les unifiera en Elle (Romains 8,13)…

La parabole de l’ami importun (Luc 11,5-8)

Avec cette parabole, Jésus agit comme un artiste devant sa toile : il commence par mettre la couleur de fond sur laquelle il peindra ensuite son sujet principal. Et ici, cette couleur est volontairement sombre pour que la Lumière éblouissante du Mystère de Dieu ressorte mieux juste après…

Remarquons également que Jésus n’arrêtera pas de prendre pour exemples nos relations humaines afin de nous aider à vivre le mieux possible, et le plus simplement possible, notre relation avec « Notre Père » du ciel :

Luc 11,1-4 : Notre Père.                               Ciel

Luc 11,5-8 : L’ami importun.                                   Terre

Luc 11,9-10 : Principe général sur la prière.                       Ciel

Luc 11,11-13a : Tout père donne de bonnes choses à son fils.       Terre

Luc 11,13b : Le Père donne l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.       Ciel

Toute notre vie devrait donc se déployer sous le regard de notre « Papa du ciel » comme nous pourrions le faire envers le meilleur des papas de cette terre… « Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? » (Matthieu 6,26).

Avec « la Parabole de l’ami importun », Jésus nous entraîne donc avec lui sur les chaudes routes de Palestine, où il vaut mieux marcher le matin de très bonne heure ou en fin de journée, jusqu’à la tombée de la nuit… Ici, la marche s’est prolongée jusque fort tard puisque ce voyageur n’hésite pas à réveiller l’un de ses amis « au milieu de la nuit » (Luc 11,5) pour lui demander l’hospitalité… Mais ce dernier n’a rien à lui offrir. Il aurait pu attendre le lever du jour… Mais non, il va agir à son tour avec une certaine « impudence » (Luc 11,8 Bible de Jérusalem) pour aller demander « sans vergogne » (Luc 11,8 TOB) du pain à quelqu’un qu’il considère à son tour comme « un ami » (Luc 11,5). Certes, il a des circonstances atténuantes, mais St Luc veut insister ici sur le manque de qualité, parfois, de nos relations humaines, et il emploie volontairement un terme assez péjoratif. Les dictionnaires donnent en effet pour éna€deia (‘anaïdéia’) : « absence de retenue ; insistance déplacée » ; « impudence, manque de pitié, ressentiment implacable »…

Diapositive12Son voisin et ami est donc dans un profond sommeil. Or, à l’époque, dans les familles pauvres, tous dormaient dans une seule et même pièce. Le soir, on déroulait les nattes et chacun s’étendait à côté de son voisin. Pour aller chercher du pain et ouvrir la porte, cet homme devait donc réveiller tous les siens : « mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour t’en donner ». Même s’il a lui aussi des circonstances atténuantes, son refus d’être dérangé manifeste son égoïsme et le peu de cas qu’il fait de la gêne de celui qui l’appelle « mon ami ». Il dit en effet : « Je ne puis me lever »… C’est faux, et la suite montrera le contraire : il se lèvera pour lui donner tout ce dont il a besoin. Notons bien que lui n’emploie pas le mot ‘ami’ : l’égoïsme (penser à soi : « Ne me cause pas de tracas ») est bien le contraire de l’amour qui pense avant tout à l’autre…

St Luc veut donc nous présenter ici une circonstance peu favorable à l’exaucement d’une demande, et pourtant, un égoïste donnera tout ce dont il a besoin à un « impudent»… Le décor est posé… L’ambiance est sombre, mais la demande, elle, est exaucée… Alors combien plus celui qui demande l’Esprit Saint au Père du Ciel sera-t-il exaucé, lui qui s’adresse alors à « l’Ami des hommes » par excellence (Sagesse 1,6-7 ; 7,22-23), Celui qui est Amour en tout son Etre (1Jean 4,8.16), Celui qui s’est révélé en son Fils comme étant « Notre Père » (Jean 20,17) infiniment proche de chacun d’entre nous (Matthieu 4,17)… Et ce Père qui pense avant tout à nous et à notre salut donnera ce qu’Il a de plus cher, son Fils, qui mourra sur la croix pour que nous ayons part à sa Vie par le don de l’Esprit qui vivifie (Jean 6,32-33.51.63)…

La demande de l’Esprit Saint (Luc 11,9-13)

Ce paragraphe est directement relié au précédent, sans aucune transition : « Et moi je vous dis »… Nous l’avons dit : le contraste est posé… Jésus a pris l’exemple d’une relation humaine entre un impudent et un égoïste : le premier demande quelque chose au second et il est malgré tout exaucé … Jésus aborde maintenant la relation entre l’homme et son Père du Ciel sur le même registre : « Demandez et l’on vous donnera »…

L’insistance est ici très forte car en deux versets, Jésus va nous inviter par six fois à « demander », « chercher », « frapper à la porte »… Et à chaque invitation, il va nous assurer du bon aboutissement de la démarche, en se répétant et en insistant à nouveau… En effet, « demandez et l’on vous donnera » est repris peu après sous une autre forme, mais cette fois le deuxième verbe est au présent pour bien souligner l’actualité du don de Dieu dans l’aujourd’hui de notre foi : « Car quiconque demande reçoit ». Le « cherchez et vous trouverez » sera lui aussi repris de la même façon : « qui cherche trouve », tout comme, « frappez, la porte vous sera ouverte » : « et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre » (traduction liturgique)[2]

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)

En effet, une démarche de tout cœur ne peut qu’aboutir, car :

           1 – Avant même que nous demandions à Dieu quoique ce soit, Lui, déjà, nous donne, et notamment la vie, instant après instant… « Si Dieu tournait vers Lui son cœur, s’il concentrait en Lui son souffle (symbole de l’Esprit Saint) et son haleine, toute chair expirerait à la fois et l’homme retournerait à la poussière » (Job 34,14-15 ; cf. Genèse 2,4b-7). Et cette vie que nous recevons de Lui est appelée à s’ouvrir librement et toujours davantage à la Vie qui jaillit sans cesse de Celui qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16) et Don (Siracide 11,17)[3], Soleil (Psaume 84(83),12), Source d’Eau Vive (Jérémie 2,13 ; Jean 4,10-14 ; Romains 6,23)…

     2 – Avant même que nous nous mettions à chercher Dieu, Lui nous cherche inlassablement jusqu’à ce qu’Il nous ait trouvés (Luc 15,4-10 ; Jean 4,23)… Et heureusement qu’il en est ainsi, car la conséquence la plus grave du péché est « l’oubli de Dieu » (Isaïe 17,10 ; Jérémie 2,32 ; 3,21 ; 13,25 ; 18,15 ; 23,27 ; Ezéchiel 22,12 ; 23,35 ; Osée 2,15 ; 13,6 ; Psaume 106(105),21) et donc « la non recherche de Dieu » (Romains 3,9-10) : « Juifs et Grecs, tous sont soumis au péché, comme il est écrit : Il n’est pas de juste, pas un seul, il n’en est pas de sensé, pas un qui recherche Dieu ». Mais Dieu, Lui, ne nous oublie jamais (Isaïe 49,13-16). Il se souvient toujours de l’Alliance qu’il a conclue avec toute chair, c’est-à-dire avec tout homme quel qu’il soit, cette Alliance qu’il a voulu mettre en œuvre avec et par Israël (Genèse 9,12-17 ; Lévitique 26,45 ; 2Maccabées 1,1-2 ; Ezéchiel 16,60 ; Psaume 111(110),5 ; Luc 1,72). Et il est parti à notre recherche par ses prophètes puis par son Fils qu’il a envoyé dans le monde pour que nous soyons tous rassemblés auprès de Lui dans l’Amour (Jean 12,51-52) : Jésus bon berger« Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10). Et puisque « Jésus‑Christ est le même hier et aujourd’hui, comme il le sera à jamais » (Hébreux 13,8), Ressuscité, il continue de chercher et de chercher encore, d’une manière ou d’une autre, tous les hommes qui, tous, sans exception, sont appelés à vivre éternellement de la Vie de Dieu, en sa Présence… Et ce mystère commence dès aujourd’hui pour les cœurs de bonne volonté qui s’ouvrent à cette Lumière qui, de toute façon, nous éclaire tous (Jean 1,1-5.9), et qui s’est tout spécialement manifestée en Jésus Christ, « le Sauveur du monde » (Jean 4,42 ; 8,12). Ainsi, celui qui cherche Dieu de tout son cœur ne pourra que le trouver, car il est déjà là, illuminant sa vie. « Cherchez le Royaume des cieux et sa justice », nous dit Jésus, pour ajouter juste après : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,31‑32)…

           3 – Enfin, avant même que nous nous mettions à frapper à la Porte du Royaume, Dieu depuis longtemps frappait à la porte de nos cœurs : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Apocalypse 3,20 ; Luc 19,5 avec Zachée qui nous représente tous). Celui qui répondra et ouvrira la porte, ne pourra donc que rencontrer le Seigneur, comme nous pouvons le lire dans le Livre de la Sagesse, où la figure de la Sagesse renvoie à Dieu Lui-même (Sagesse 6,12-16) :

    Esprit Saint « La Sagesse est brillante,

                               elle ne se flétrit pas.

   Elle se laisse facilement contempler

                               par ceux qui l’aiment,

     elle se laisse trouver

                              par ceux qui la cherchent.

     Elle prévient ceux qui la désirent en se faisant connaître la première.

     Qui se lève tôt pour la chercher n’aura pas à peiner : il la trouvera assise à sa porte.

     La prendre à cœur est en effet la perfection de l’intelligence,

     et qui veille à cause d’elle sera vite exempt de soucis.

     Car ceux qui sont dignes d’elle, elle-même va partout les chercher

     et sur les sentiers elle leur apparaît avec bienveillance,

     à chaque pensée elle va au-devant d’eux ».

Mais avec le Christ, « ceux qui sont dignes d’elle » sont avant tout « les publicains et les pécheurs » (Luc 15,1 ; 5,8) qui, de par leur misère, sont « dignes » de se laisser combler par la Miséricorde de Celui qui leur fera toujours bon accueil (Luc 15,2). A Sr Faustine, Jésus disait : « Ecris : Plus grande est la misère, plus grand est le droit à ma Miséricorde. Appelle toutes les âmes à la confiance en l’incroyable abîme de ma Miséricorde, car je désire les sauver toutes. La Source de ma Miséricorde a été grande ouverte par la lance quand j’étais sur la Croix. C’était pour toutes les âmes, je n’ai exclu personne ». Ainsi, le Christ ne condamne pas, il offre à chaque fois son pardon et nous invite à ne plus pécher mais plutôt à vivre selon sa Parole (Jean 8,10-11.51 ; 12,47 ; 14,15). Alors, heureux ceux et celles qui l’écouteront, « car celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui… Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui, et nous nous ferons une demeure auprès de lui » (Jean 14,21-23). Tel est « le ciel », ou encore « le Royaume des Cieux », une réalité déjà offerte dès ici-bas à notre foi…

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Ainsi, quoique nous fassions, Dieu, dans nos vies, nous devance toujours : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous as aimés le premier et qui a envoyé son Fils en victime offerte pour nos péchés » (1Jean 4,10)… Et grâce à ce pardon offert, il nous a été donné de connaître Celui qui, de son côté, nous connaît depuis toujours (Jérémie 31,34 ; Galates 4,8-9).

« Celui qui demande » ne pourra donc que recevoir tout ce qui nous est déjà donné en Jésus-Christ, et ce n’est rien de moins que Dieu Lui-même ! Le Père en effet nous a donné son Fils (Jean 6,32-33) « plein de grâce et de vérité » (Jean 1,14) pour qu’en recevant de Lui par la foi cette grâce et cette vérité qui l’habitent en plénitude (Jean 1,17), nous devenions à notre tour des fils et des filles de Dieu (Jean 1,12-13 ; 1Jean 3,1 ; Romains 8,14-17), à l’image et ressemblance du Fils Unique (Romains 8,29), vivants comme Lui de l’Esprit qui vient du Père…

prodigue« Celui qui cherche » ne pourra que trouver ce Fils que le Père a envoyé dans le monde pour « chercher et sauver ce qui était perdu »… Ainsi, ce n’est pas nous qui allons à Lui, mais c’est Lui qui vient à nous et nous devrions toujours être prêts, de cœur, à l’accueillir… « Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où Je Suis vous Soyez vous aussi »… Et Jésus est auprès du Père, uni au Père dans la communion d’un même Esprit, d’une même Paix, d’un même Amour… « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous »… « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui » (Jean 14,3.18.23)… Puisque Jésus est toujours Celui qui d’une manière ou d’une autre vient à nous, nous ne pourrons que le trouver si nous le cherchons de tout cœur et si nous acceptons de le recevoir non pas tel que nous voudrions qu’il soit mais tel qu’il veut se donner à nous dans l’instant présent de notre foi… De temps en temps, nous pourrons le sentir ou le pressentir, le plus souvent il échappera à notre emprise, mais toujours, il nous comblera de sa Paix qui est calme et silence au fond du cœur…

Feuille lumière vieEt Dieu réalise très concrètement tout ceci par le don de l’Esprit Saint qui récapitule et résume tous les dons qu’il veut nous communiquer (Galates 4,6 ; 5,22-23). En effet, Dieu qui, de toute façon, est à la source de tout ce qui existe, ne peut pas nous donner plus en nous donnant l’Esprit Saint car, en agissant ainsi, Il se donne Lui-même ! En effet, « Dieu est Esprit » (Jean 4,24) et « Il est Saint » (Psaume 99(98)). En nous offrant la grâce de l’Esprit Saint, Il nous donne de participer par grâce à ce qu’il est par nature (2Pierre 1,4)… Et c’est ainsi que les pécheurs sont « lavés, sanctifiés, justifiés, par le nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Corinthiens 6,11). « Les plus grands pécheurs pourraient devenir de très grands saints s’ils se fiaient à ma Miséricorde », a dit Jésus à Sr Faustine. « Mon cœur déborde d’amour pour tout ce que j’ai créé. Je trouve mes délices à justifier les âmes. Mon Royaume ici-bas, c’est ma Vie dans les âmes », une Vie qui nous est transmise par « l’Esprit qui vivifie » (Jean 6,63)…

Le Père a ainsi envoyé son Fils dans le monde pour lui communiquer toutes les richesses de son Esprit. Dieu veut donc, de toute la force de son cœur, que nous, pécheurs, nous devenions petit à petit, grâce à sa Patience et à son inépuisable Bonté, des femmes et des hommes « remplis » de son Esprit (cf. Luc 1,15.41.67 ; 2,40 avec Ephésiens 1,17 ; 4,1 ; Actes 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3.5.8 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9.52). C’est pour cela que Jésus insiste autant ici pour que nous demandions l’Esprit à notre Père du ciel. « Demander l’Esprit » sera en fait répondre à l’attente de Dieu et lui manifester notre désir libre et conscient de recevoir ce que Lui-même, en premier, veut nous donner. Voilà pourquoi cette prière ne peut qu’être exaucée, et l’Esprit se fera Présence humble, discrète mais souveraine et toute puissante de Celui qui est tout à la fois « doux et humble de cœur » mais aussi « miséricorde toute puissante » (Matthieu 11,29; Luc 1,49-50). Après avoir lu ce passage de St Luc, Ste Thérèse de Lisieux entra dans le bureau de sa Supérieure, et s’exclama : « Ma Mère ! Ma Mère ! Pour recevoir l’Esprit Saint, il suffit de le demander »…

Paris Surréalistes+annexesEt pour nous aider à grandir encore dans la confiance en l’exaucement d’une telle demande, Jésus prendra l’exemple très concret et très humain d’un père et de son fils. Certes, nous n’avons peut-être pas tous eu la chance d’avoir un bon « papa », mais lorsque tout se passe bien, nous savons qu’un père n’a qu’un seul désir : l’épanouissement de son fils. Et il fera tout pour qu’il en soit effectivement ainsi. Si, par exemple, ce dernier a faim et lui demande un poisson ou un œuf pour nourrir sa vie, son père lui donnera-t-il ce qui le conduirait à la mort : un scorpion ou un serpent venimeux ? Certainement pas ! Si donc « vous qui êtes mauvais », impudents ou égoïstes comme les deux hommes de la Parabole, « vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient », écrit St Matthieu (7,11), « car sa bonté est sans commune mesure avec celle des parents terrestres » (Hugues Cousin). Et en comparant ce dernier verset avec Luc 11,13, nous constatons à nouveau que « la bonne chose » par excellence que le Père du Ciel désire offrir à tous les hommes, ses enfants, est le don de l’Esprit Saint…

colombe_677Ainsi, au jour de notre baptême, nous avons tous été abreuvés par cet Unique Esprit (1Corinthiens 12,9.13 ; Ephésiens 4,1-6) déjà présent à notre cœur et à notre vie puisque c’est lui qui nous fait vivre (Genèse 2,4b-7) ! Mais cet Esprit, reçu librement, est appelé à s’épanouir dans toutes les dimensions de notre être pour devenir la Vie de notre vie, la Paix de nos cœurs, la Lumière de notre esprit, la force de notre faiblesse… Cet Esprit remplit les cœurs du Père, du Fils et du Saint Esprit[4]… Si, par notre « oui » tout simple à Dieu, il remplit aussi le nôtre, nous serons alors en communion avec le Père, le Fils et le Saint Esprit, et avec tous ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre, auront ouvert leur cœur à Dieu… Cet Esprit nous invitera tous à développer et à mettre en œuvre les dons que nous avons reçus pour le bien de tous ceux et celles qui nous entourent. Il pourra aussi nous communiquer tel ou tel « charisme » particulier pour le service de nos frères (1Corinthiens 12,4‑11). Ainsi, d’une manière ou d’une autre, chacun manifestera un aspect de l’insondable richesse de l’Esprit qui est tout à la fois celle du Père (Ephésiens 2,4‑10 ; 3,14-21 ; Philippiens 4,19 ; Romains 2,3-4 ; 11,33), du Fils (Ephésiens 3,8 ; 2Corinthiens 8,9) et du Saint Esprit… Et cette richesse est abondamment versée dans nos cœurs de pécheurs, ces vases qui, abandonnés à eux-mêmes, étaient voués à la perdition… Mais avec le Christ, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, « ces vases dignes de perdition » deviennent des « vases de miséricorde » remplis gratuitement et par amour des trésors de sa gloire (Romains 9,20-24 ; Ephésiens 1,7-8 ; 2Corinthiens 4,5-7 ; Matthieu 13,44-46)…

Jésus est vainqueur de Satan par l’Esprit Saint (Luc 11,14-26)

Ombre et lumièreJésus parle ? Ses auditeurs sont dans l’admiration (Luc 4,22 ; Jean 7,46)… Jésus agit ? Les foules sont dans l’admiration (Luc 11,14) et dans la joie (Luc 13,17) car partout où il passait, « il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui » (Actes 10,38). Mais face à cette Lumière de Dieu qui se révélait et agissait avec lui et par lui (Jean 3,2 ; Actes 2,22-24), si beaucoup l’acceptaient, certains lui résistaient comme c’est le cas ici… Et tel est le jugement : ce n’est pas Dieu qui juge (Jean 5,22), mais ce sont les hommes qui, par leur « oui » ou leur « non », se jugent eux-mêmes en sa Présence (Jean 3,16-21). Et puisque les ténèbres ne sont qu’un refus de la Lumière de Dieu qui éclaire tout l’univers visible et invisible, face au Christ Lumière du monde, elles ne peuvent que se manifester (Marc 1,21-24 ; Luc 8,26-28) et le refuser, le rejeter…

Et c’est bien ce qui se passe ici… Elles réagissent face au signe accompli par le Christ et jouent leur jeu habituel en accusant la vérité de mensonge, « en appelant le mal bien et le bien mal, en faisant des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, de l’amer le doux et du doux l’amer » (Jean 8,42-47 ; Isaïe 5,20). Elles jettent ainsi la confusion, la suspicion et le doute dans les esprits…

Tentation-de-Jésus-3Aussi Jésus qui chasse les démons grâce à l’action de Dieu son Père est-il accusé injustement de les chasser non pas par la Lumière mais par les ténèbres : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons » (Luc 11,15)… Notons aussi tout de suite que le fait de « réclamer à Jésus un signe venant du ciel » est apparenté à la même attitude de refus de la Lumière, un refus qui entraîne l’aveuglement des cœurs (2Corinthiens 4,3-4). En effet, ils demandent « un signe venant du ciel » et ils ont sous leurs yeux le plus beau signe qui soit : Jésus, le Verbe fait chair, le Fils de l’Homme, celui qui est « descendu du ciel pour donner la Vie au monde » (Jean 1,14 ; 3,13.31-32 ; 6,32-33.38-40.50-51.58). Mais Jésus répondra plus tard à cette demande de signe (Luc 11,29-32)…Remarquons malgré tout que là encore se vérifie à la fois l’invitation de Jésus, « demandez et l’on vous donnera », et le fait que Dieu nous précède toujours car au moment même où ils demandent « un signe venant du ciel » ils ont sous les yeux « le signe venant du ciel » que Dieu a voulu leur donner, Jésus de Nazareth, le fils de Marie… Mais ils l’attendaient autrement, ils se l’imaginaient autrement, et ils n’arrivent pas à reconnaître ce que Dieu leur donne… Puissions-nous donc accueillir et reconnaître la Présence de Dieu dans nos vies, non pas telle que nous voudrions qu’elle soit, mais telle qu’elle est déjà effectivement, dans la foi…

tentation jésus au désertEn parlant ainsi, « c’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons », les sceptiques accusent Jésus d’être un faux prophète qui accomplit des signes non pas pour ramener les cœurs à Dieu mais au contraire pour les tromper et les détourner de Lui. « Si quelque prophète ou faiseur de songes surgit au milieu de toi, s’il te propose un signe ou un prodige et qu’ensuite ce signe ou ce prodige annoncé arrive, s’il te dit alors : « Allons à la suite d’autres dieux (que tu n’as pas connus) et servons-les », tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète ni les songes de ce songeur… Ce prophète a prêché l’apostasie (« la révolte » (TOB), le reniement) envers Le Seigneur ton Dieu… et il t’aurait égaré loin de la voie où le Seigneur ton Dieu t’a ordonné de marcher » (Deutéronome 13,2-6). « Ainsi donc le critère ultime pour juger d’un prophète n’est pas la grandeur des miracles qu’il accomplit », aussi beaux soient-ils, « c’est la fidélité de son enseignement à la foi au Dieu unique ; un exorcisme qui détournerait le peuple de cette foi ne peut en aucun cas provenir de Dieu » (Hugues Cousin). Et on peut se souvenir par exemple des magiciens de Pharaon qui accomplissaient des signes semblables à ceux que Dieu faisait par Moïse, ou encore, dans les Actes des Apôtres, de « Simon, qui exerçait la magie et jetait le peuple de Samarie dans l’émerveillement. Il se disait quelqu’un de grand, et tous, du plus petit au plus grand, s’attachaient à lui. « Cet homme, disait-on, est la Puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande. » Ils s’attachaient donc à lui, parce qu’il y avait longtemps qu’il les tenait émerveillés par ses sortilèges » (Exode 7,11-12.22; 8,3 ; Matthieu 24,23-25, Actes 8,9-11).

Face à ces attaques, Jésus va tout d’abord faire appel au bon sens : si c’est par le Prince des démons qu’il chasse les démons, ce dernier va vite se retrouver tout seul et son royaume devenir une peau de chagrin… Et pourquoi acceptent-ils d’un côté les exorcismes pratiqués par leurs fils, tout en refusant de l’autre ceux accomplis par Jésus, le fils de Marie dont peut-être certains connaissent ses cousins, « Jacques, Joseph, Simon et Jude » (Matthieu 13,53-58) ? Cette agressivité vis-à-vis de Jésus ne manifeste-t-elle pas indirectement la vérité de son Mystère ? S’attaque-t-on à ce qui n’en vaut pas la peine ? Cherche-t-on à démolir ce qui est sans importance ? Aujourd’hui encore l’Eglise « Corps du Christ » est attaquée, méprisée… Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps… « Du moment qu’ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de sa maisonnée ! » (Matthieu 10,25 ; 24,9-13 ; Luc 21,12‑19 ; Jean 15,18-16,4.33). Et ceci est d’autant plus vrai que l’Eglise est une communauté de pécheurs avançant difficilement sur les chemins de la conversion… Si certaines fautes sont inacceptables et exigent d’être corrigées le plus rapidement possible, il n’en demeure pas moins que l’Eglise sera marquée jusqu’à la fin des temps par les limites et les faiblesses de ses membres, c’est-à-dire de nous tous… Mais elles sont autant Dieu-Amourd’occasions de témoigner de la Miséricorde et de la Patience infinie de notre Dieu qui révèle toute sa Tendresse au cœur de nos difficultés et toute sa force dans notre faiblesse (2Corinthiens 12,7-10). Bénéficiaires de cette Miséricorde qui nous permet, envers et contre tout, de poursuivre notre chemin à la suite du Christ, nous deviendrons à notre tour de plus en plus miséricordieux pour tous ceux et celles qui nous entourent (Luc 6,36 ; Matthieu 5,7 ; 18,21-22). Car il s’agit d’être « parfait » non pas d’une perfection humaine qui serait exempte de toute forme de limite ou de faiblesse, mais « comme Dieu est parfait ». Or la perfection de Dieu est celle de l’Amour et de la Miséricorde (Comparer Luc 6,36 et Matthieu 5,48 précédé par une invitation à l’amour des ennemis !). La mort du Christ en croix en fut la plus belle démonstration (Luc 23,33-34 ; Romains 5,6-8 ; Actes 3,13-16.25-26)…

Non, Jésus ne cherche pas à détourner de Dieu, bien au contraire. Toute sa prédication est centrée sur la Présence actuelle, mais offerte à la foi, du Royaume des Cieux: « Le Règne, l’action agissante de Dieu n’est plus seulement à venir pour ceux qui entourent Jésus, elle œuvre parmi eux ». Et les signes que Jésus accomplit en sont une démonstration éclatante pour les hommes et les femmes de bonne volonté : « Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Luc 11,20). Et tel est le grand cadeau que le Christ est venu nous révéler. Il est en effet le Fils Unique et Eternel de Dieu venu en ce monde pour que nos yeux s’ouvrent à cette Lumière (Jean 9,39 ; 12,46 ; 8,12) qui de toute façon nous éclairait déjà puisqu’elle éclaire tout homme venant en ce monde (Jean 1,9). Il est donc venu nous révéler une réalité qui existe depuis toujours et pour toujours, mais à laquelle nous étions devenus aveugles par suite du péché (Jean 12,40 qui cite Isaïe 6,9-10 ; cf. Jérémie 5,21). Et cette réalité apparaît dans toute sa pain de vivantsplendeur en sa personne puisqu’elle concerne avant tout cette relation de cœur que Dieu veut vivre avec chacun d’entre nous. En Jésus-Christ, en effet, elle est parfaite, car avec elle et par elle, le Fils reçoit tout de son Père, tout ce qu’Il Est, tout ce qu’Il vit (Jean 3,35 ; 5,26 ; 6,57) dans l’Amour de l’Esprit Saint. Reconnaissons donc cette Lumière qui jaillit du cœur du Christ, car il désire nous la communiquer à nous aussi. Alors, en relation avec Lui et par Lui avec le Père, nous vivrons comme Lui les mystères du Royaume : une relation de cœur avec Dieu notre Père par laquelle nous recevrons le don de sa Vie dans l’Amour de l’Esprit Saint. Et dans la foi, l’Esprit se fera la Lumière de nos cœurs pour que nous puissions « voir » et reconnaître ce que l’œil seul ne peut voir (Ephésiens 1,17-20). « En toi est la Source de Vie ; par ta Lumière, nous voyons la Lumière » dit le Psalmiste (Psaume 36(35),10 ; cf. Jean 1,4-5 ; 8,12 ; 6,63) et la Bible de Jérusalem donne en note : « A la “ lumière de la face ” de Dieu (Psaume 27(26),1 ; 89 16 ; Job 29, 2), expression de sa bienveillance (cf. Psaume 4,7), l’homme trouve la lumière du bonheur ». Or cette Lumière s’est pleinement manifestée en Jésus-Christ… C’est pourquoi il disait à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Bien des prophètes et des rois ont voulu le voir et ne l’ont pas vu » (Matthieu 13,16-17)…

Bandeau-st-Esprit
Et nous pouvons noter que L’Esprit Saint apparaît à nouveau ici comme le Maître d’œuvre par lequel la volonté de Dieu s’accomplit. En St Luc, nous lisons en effet que « c’est par le doigt de Dieu » que Jésus expulse les démons (Luc 11,20). En St Matthieu, il le fait « par l’Esprit de Dieu » (Matthieu 12,28). Le parallèle entre les deux invite à appeler L’Esprit Saint « le doigt de Dieu », une expression qui renvoie au Livre de l’Exode où Dieu écrit sa Loi sur les deux tables de pierre avec « son doigt » (Exode 31,18). St Paul reprendra cette image en disant que la Loi Nouvelle de l’Amour, dans le cadre de la Nouvelle Alliance, n’est plus écrite par Dieu sur des tables de pierre, mais par le Christ, « sur des tables de chair, sur les cœurs », « non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant » (2Corinthiens 3,3). C’est donc toujours par « son doigt », par « l’Esprit » que Dieu accomplit cette œuvre, comme toutes les autres œuvres d’ailleurs. Ainsi, lorsque les magiciens de Pharaon voient les moustiques s’abattrent sur le pays d’Egypte, une plaie contre laquelle ils ne peuvent rien faire, ils reconnaissent que tout se passe comme Moïse l’avait annoncé (cf. Exode 7,14-18.26-29 ; 8,16-19…) et ils disent à Pharaon : « C’est le doigt de Dieu » (Exode 8,15), ou encore, cette action porte la signature de Dieu… « Cette expression de l’Ancien Testament désigne l’intervention concrète et directe de Dieu dans le monde »[5]. Ainsi, quelque soit « l’intervention concrète et directe de Dieu dans le monde », elle sera toujours mise en œuvre par l’Esprit Saint…

Ce principe général s’applique au combat spirituel. Ainsi, lorsque Jésus était avec ses disciples, il veillait sur eux et les gardait du Mauvais (Jean 17,12.15). Ressuscité, il continue de le faire par l’Esprit Saint, cette Troisième Personne de la Trinité que le Père nous envoie à la prière de son Fils pour qu’il soit pour toujours avec nous. Le Fils défendait ses disciples ? Dorénavant, l’Esprit Saint fera de même (Matthieu 10,17-20). Mais l’influence bienfaisante de cette Présence ne peut que s’accueillir dans l’amour, c’est-à-dire dans le désir sincère de vivre le mieux possible selon la Parole du Christ. C’est pour cela qu’avant de parler à ses disciples de la venue « d’un autre Défenseur », qui le remplacera auprès d’eux après sa mort, sa Résurrection et son Ascension auprès du Père, Jésus met en premier le fait de « garder ses commandements » (Jean 14,15-17) :

     « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ;

     et je prierai le Père

     et il vous donnera un autre Paraclet[6], pour qu’il soit avec vous à jamais,

     l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir,

     parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît.

     Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera ».

Et c’est cet Esprit Saint qui se battra avec nous et pour nous contre tout ce qui s’oppose à ce que nous vivions le mieux possible en relation de cœur avec Dieu. Ainsi « les armes de notre combat ne sont pas charnelles » (2Corinthiens 10,4), mais spirituelles : ce sont « les armes de Lumière » que nous communique, par l’Esprit Saint, Celui-là seul qui est Lumière (1Jean 1,5). Et il s’agit de les « revêtir » (Romains 13,12) comme on revêt une armure pour tenir bon face aux attaques de l’adversaire (Ephésiens 6,10-17 ; 1Thessaloniciens 5,8). Mais cette armure est en fait le Christ Lui-même, Celui que nous avons « revêtu » au jour de notre bapteme - remise du vetement blanc-2baptême et que le vêtement blanc des nouveaux baptisés symbolise (Galates 3,26-28). C’est vers Lui désormais qu’il faut se tourner de tout cœur en se détournant du mal (Romains 13,14 ; Ephésiens 4,17-24) et en lui demandant qu’il vienne à notre aide par la force de l’Esprit (2Timothée 1,7 ; 1Corinthiens 10,13). Alors le Christ règnera dans nos cœurs et dans nos vie par son Esprit. Unis à Lui dans la communion de cet Esprit, si le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir sur le Christ, il n’aura aussi aucun pouvoir sur nous (Jean 14,30). Si la Lumière du Christ brille dans les ténèbres sans que celles-ci puissent la retenir (Jean 1,4-5), elle brillera aussi en nos cœurs et remportera la victoire sur tout ce qui s’oppose à elle (Colossiens 1,13-14). Notre première préoccupation devrait donc être notre relation au Christ. C’est vers Lui qu’il s’agit de tourner toute notre attention, et c’est Lui qui nous protègera de toutes les influences mauvaises et nous gardera dans sa Paix (Philippiens 4,4-7). En nous abandonnant entre ses mains et en le laissant agir, plus rien ne nous troublera, ou du moins à tous nos troubles offerts au Christ dans le combat de la foi succèdera la Paix, sa Paix (Jean 14,1.27). Mais il nous faut pour cela grandir dans la confiance en luttant contre la peur, car c’est par elle que le Prince de ce monde a prise sur nous. Mais nous la vaincrons par la prière en acceptant le plus possible de lâcher prise pour laisser le Christ agir en nous selon sa Parole (Matthieu 8,23-27 ; 14,22-33 ; Jean 6,16-21)… Cette attitude devrait être pour nous continuelle (Ephésiens 6,18-20), comme une « manière de vivre », car « le démon comme un lion rugissant va et vient à la recherche de sa proie » (1Pierre 5,8). Il s’agit donc de veiller et de lui résister avec le Christ, « fermes dans la foi »… Car il nous prévient : lorsque notre maison intérieure est balayée et bien en ordre, l’esprit mauvais qu’il a chassé peut prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui, entrer de nouveau si l’on y prend garde, et l’état final serait pire qu’au début (Luc 11,24-26), un état pitoyable car le mal ne peut pas apporter la vraie joie ni le vrai bonheur… Mais une telle perspective ne doit pas nous effrayer par avance : elle n’échapperait pas au pouvoir de Jésus. Il suffit de se rappeler le cas de Marie Madeleine qui avait été libérée de « sept démons » (Luc 8,1-2)…

marie-madeleine

Le signe de Jonas (Luc 11,29-32)

Jésus répond maintenant à ceux qui, dans leur aveuglement, lui demandaient un signe alors qu’ils avaient sous les yeux le Fils Unique de Dieu en son humanité, le plus beau signe qui soit de la Présence vivante et agissante de Dieu… Mais à la Lumière du Fils Unique de Dieu, le jugement se fait aussitôt : ceux qui croyaient voir et se flattaient de voir restent dans les ténèbres de leur cœur aveuglé par l’orgueil. Tandis que ceux qui, pleins de bonne volonté, acceptaient humblement de faire la vérité en disant simplement les choses telles qu’elles étaient, passaient aussitôt des ténèbres à la Lumière (Jean 9,39-41). Mais remarquons que ceux qui acceptaient ainsi de suivre leur conscience étaient déjà sans le savoir « en Dieu » (cf. Jean 3,21). C’est Lui en effet qui a donné à l’homme une conscience, ce foyer de lumière qui participe déjà quelque part à sa Lumière. En étant docile à leur conscience, ils étaient dociles à la Lumière de la Vérité, et donc déjà à Celui qui se présentait à eux comme « le Chemin, la Vérité et la Vie », « la Lumière du monde », cette même « Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jean 14,6 ; 8,12 ; 1,9) au plus profond de son cœur…

 Coeur de Jésus- Paray le Monial

En St Matthieu (Matthieu 12,38-42), « le signe de Jonas » renvoie à cet épisode où le prophète « fut dans le monstre marin durant trois jours et trois nuits. De même, le Fils de l’Homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits ». Le parallèle avec la Passion, la mort, la mise au tombeau et la Résurrection de Jésus est alors claire… Et Dieu ne laissera alors aux incrédules que le signe du tombeau vide… Mais St Luc ne fait pas du tout allusion à cet épisode. « Le signe de Jonas » peut alors être interprété différemment comme renvoyant à l’activité du prophète qui appela Ninive à la conversion. Et la réussite, une surprise pour lui, fut totale (Jonas 3) : « le roi, les hommes et même les bêtes firent pénitence en jeûnant et en se couvrant de sacs. De même cette génération n’aura pas d’autre signe que le Fils de l’Homme et sa prédication : le seul signe, c’est l’invitation à la conversion. N’allons pas trop vite juger que Dieu et son Christ ont été avares de signes. La parabole du riche et de Lazare soulignera justement que celui qui ne se convertit pas en écoutant la Parole de Dieu ne le ferait pas plus en voyant un mort ressusciter (Luc 16,31) »[7].

Lumière dans les coeursJésus prend ensuite comme exemple « la Reine du Midi », la « Reine de Saba » qui avait entendu parler de la Sagesse de Salomon, une Sagesse qui est toujours présentée dans la Bible comme étant un don de Dieu (1Rois 3,4-15 ; 5,9-14 ; Sagesse 9,1-18). Mais elle n’avait pas « voulu croire ce qu’on disait avant de venir et de voir de ses yeux ». Elle vint donc « éprouver Salomon par des énigmes » et « Salomon l’éclaira sur toutes ces questions : aucune ne fut pour le roi un secret qu’il ne put élucider ». Et la Reine de Saba sut reconnaître humblement la vérité : « Vraiment, on ne m’en avait pas appris la moitié : tu surpasses en sagesse et en prospérité la renommée dont j’ai eu l’écho » (1Rois 10,1-13). En reconnaissant la vérité de la sagesse de Salomon, elle reconnaissait, sans le savoir, la vérité de la Sagesse de Dieu : son cœur était ouvert à la vérité, et donc à Dieu Lui-même qui Est Vérité… Sans en avoir explicitement conscience, elle disait « Oui ! » à Dieu en disant « Oui ! » à la vérité présente en Salomon… Aussi, dit Jésus, « elle se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera[8] » en continuant de faire la vérité avec Celui qui n’est que Vérité… Et « les hommes de Ninive » feront de même car en croyant à ce que disait le prophète Jonas, et ils avaient reconnu humblement que leur conduite était mauvaise… Et là encore, croire en Jonas c’était croire en Dieu qui mettait sa Parole dans la bouche de son prophète. Le texte dit d’ailleurs, juste après la proclamation de Jonas : « Ils crurent en Dieu ». Et le roi de Ninive écrira : « On se couvrira de sacs, on criera vers Dieu avec force, et chacun se détournera de sa mauvaise conduite et de l’iniquité que commettent ses mains » (Jonas 3,5.8). Ainsi, bien avant la venue du Verbe fait chair, des femmes et des hommes païens qui vivaient dans un contexte religieux tout autre que celui d’Israël, étaient-ils déjà du côté de Dieu en étant de tout cœur ouverts à la vérité… Et Jésus nous les présente toujours ainsi au ciel, parmi les « sauvés »… La perspective est universelle, dépassant non seulement les frontières géographiques, mais encore celles du temps…

Visage de JésusNotons enfin que ceux qui se croyaient « sauvés » de par leur seule appartenance religieuse se retrouvent en fait parmi « les condamnés » : « Il ne suffit pas de me dire « Seigneur ! Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des Cieux, mais il faut faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux ! » (Matthieu 7,21-23). Et aujourd’hui encore, tant d’hommes et de femmes, sans appartenance religieuse ou d’une autre appartenance religieuse que la nôtre, l’accomplissent en étant fidèles à ce qu’ils ont perçu de la vérité !

Jésus conclut enfin par deux images qui se rejoignent (Luc 11,33-36) : il est cette Lumière que Dieu a envoyée au milieu des hommes pour qu’ils puissent en percevoir la clarté. Mais seul le cœur de bonne volonté, ouvert à la vérité, saura la reconnaître et l’accueillir. Heureux alors sera-t-il car toute sa vie en sera illuminée, et lui-même sera lumineux tout entier (Ephésiens 5,8-9)…

                                                                                                                D. Jacques Fournier

 

[1] La Bible de Jérusalem donne en note pour ce verset : « Après le départ du Christ, c’est l’Esprit qui le remplace auprès des fidèles (Jean 14,16-17 ; 16,7). Il est le “ Paraclet ”, l’avocat qui intercède auprès du Père (1 Jean 2,1), ou qui plaide devant les tribunaux humains (Jean 15,26-27 ; cf. Luc 12,11-12 ; Matthieu 10,19-20 ; Actes 5,32) ; il est l’Esprit de vérité (Jean 8,32) qui mène à la vérité tout entière (Jean 16,13), faisant comprendre la personnalité mystérieuse du Christ : comment il accomplit les Ecritures (Jean 5,39), quel était le sens de ses paroles (Jean 2,19), de ses actes, de ses “ signes ” (Jean 14,16 ; 16,13 ; 1 Jean 2,20s ; 2,27 ; Romains 8,16), toutes choses que les disciples n’avaient pas comprises auparavant (Jean 2,22 ; 12,16 ; 13,7 ; 20,9). Par là, l’Esprit rendra témoignage au Christ (Jean 15,26 ; 1 Jean 5,6-7), et confondra l’incrédulité du monde (Jean 16,8-11 ; Luc 24,49 ; Romains 5, 5) ».

[2] Le texte grec officiel du Nouveau Testament a un futur, repris par la TOB et la Bible de Jérusalem (« et à qui frappe on ouvrira »). Mais il signale qu’il existe « un considérable degré de doute » car beaucoup de manuscrits anciens, dont R75, un papyrus du début du troisième siècle après Jésus-Christ, ont bien un présent…

[3] La traduction grecque de l’Ancien Testament (la Septante) pourrait être traduite ainsi : « le fait que le Seigneur donne demeure pour les (hommes) pieux », c’est-à-dire ceux qui de leur côté demeurent tournés de cœur vers Celui qui n’est que Don…

[4] Attention à la difficulté de notre vocabulaire : « Père », « Fils » et « Saint Esprit » sont ici des noms propres employés pour désigner les Trois Personnes divines. Mais le mot « Esprit » est aussi utilisé pour décrire la nature divine : dans un tel cas, nous dirons que le Père est Esprit, le Fils est Esprit et l’Esprit Saint est Esprit. Cette nature divine « Esprit » correspond alors à ce que nous appelons aussi « la grâce » que Dieu communique à notre esprit… Chaque fois que nous rencontrons l’expression « Esprit Saint », nous devons donc nous demander si nous parlons de « l’Esprit Saint » Troisième Personne de la Trinité (Jean 14,15-17) ou de « l’Esprit Saint » nature divine (Matthieu 3,11)… Mais le plus souvent, les deux sens se rejoignent car c’est « l’Esprit Saint Personne divine » qui vient nous communiquer « l’Esprit Saint nature divine » et nous donner de participer ainsi à ce qu’Il Est selon notre condition de créature… Comme l’écrit le P. Congar : « L’Esprit Saint se cache derrière ses dons »…

[5] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 692.

[6] « Paraclet » du grec paravklhto” « celui qui est appelé auprès de », comme peut l’être un avocat, un défenseur, un consolateur, un intercesseur, un conseiller…

[7] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 694.

[8] Ceci n’est qu’une manière de parler, car Dieu ne condamne personne (Jean 3,16-18 ; 5,22 ; 8,10-11), tout comme ceux et celles qui se sont ouverts en vérité à la Lumière de sa Miséricorde et vivent en communion avec Lui (Colossiens 3,13 ; Philippiens 2,1-5 ; Luc 6,36-38 ; Matthieu 5,7). Mais face à Dieu, c’est-à-dire face à la Vérité, ce sont les hommes qui se jugeront eux-mêmes. En l’acceptant, ils s’ouvriront du même coup à la Miséricorde et au Pardon, car la Vérité de Dieu en est indissociable. Alors, tout ce qui n’a pas été accompli dans la Vérité de l’Amour disparaîtra, et eux seront sauvés « comme à travers le feu » (cf. 1Corinthiens 3,10-15). Mais s’ils refusent cette Vérité, ils se condamneront eux-mêmes…

 

Fiche n°14 – Lc 11,5-36 : cliquez sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




La Prière du « Notre Père » (Luc 11,1-4)

   Une nouvelle section commence ici avec un enseignement sur la prière. L’entrée en matière est des plus vagues : Jésus est « quelque part » à prier. Mais ses disciples en le regardant prier sont subjugués. Ils pressentent une Beauté, une Vie, une Joie discrète et profonde et ils aimeraient eux aussi vivre ce que Jésus vit… « Seigneur, apprends-nous à prier »… Leur question rejoint son désir : le Fils est en effet venu en ce monde pour donner à tous ceux et celles qui croiront en lui de pouvoir vraiment devenir comme Lui, des fils et des filles de Dieu (Jean 1,11-12), à l’image et ressemblance du Fils Unique (Romains 8,28-30). Ils vivront ainsi avec le Fils une relation semblable à celle que le Fils vit avec son Père (Comparer Jean 8,29 et Matthieu 28,20 ; Jean 14,10-11 et Jean 6,56 ; Jean 1,14 et Jean 1,17 ; Jean 5,19-20 et Jean 15,5 ; Jean 17,8 et Jean 17,20 ; noter aussi tous les « comme », ou les « de même » en Jean 6,57 ; 10,14-15 ; 15,9-10 ; 17,18 ; 17,21). Et puisque le Fils est UN avec le Père, c’est-à-dire uni à Lui dans la communion d’un même Esprit (Jean 4,24), d’une même Lumière (1Jean 1,5), d’un même Amour (1Jean 4,8.16), unis au Fils ils seront eux aussi unis au Père. Regardant le Fils, ils verront la gloire du Père (Jean 14,9 ; 1,14). Ecoutant le Fils, ils écouteront le Père (Jean 12,50)… Le Fils est ainsi le Chemin qui nous mène vers son Père et notre Père (Jean 14,6 ; 20,17), et c’est l’Esprit du Fils, reçu par notre foi au Fils, qui nous pousse à prier comme le Fils et à appeler Dieu : « Abba, Père » (Romains 8,14-17 ; Galates 4,4-7)…

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)

Jésus va donc inviter ses disciples à entrer dans le mystère de sa prière, et pour les guider (Il est le Chemin), il va leur donner les mots justes qui les aideront à se tourner vers le Père en toute vérité. Et l’Esprit de Vérité se joindra toujours à ces Paroles de Vérité pour entraîner ceux et celles qui les reprendront de tout cœur dans un mystère de communion et de Vie avec le Père, en un seul Esprit (Ephésiens 2,18 ; Jean 6,63.68 ; 16,13). Ainsi, grâce à la Présence et à l’œuvre de l’Esprit Saint, les mots cessent de n’être que des mots : ils deviennent « vie », la « vie » des enfants de Dieu qui, à la suite de Jésus, appellent leur Créateur : « Papa » (Marc 14,35-36 ; Matthieu 11,25-27)…

La structure du Notre Père

Deux évangélistes nous ont transmis « la » Prière du Chrétien : St Matthieu (6,9-13) et St Luc (11,1-4). Dans les deux cas, le Notre Père se divise en deux parties. Dans la première, le croyant est invité à se tourner vers Dieu pour souhaiter le plein accomplissement de son projet sur l’humanité tout entière (pronom personnel « ton, ta » ; deux souhaits pour St Luc, trois pour St Matthieu). Dans la seconde, il adresse à Dieu son Père trois demandes pour le bien fondamental de tout homme (pronom personnel « nous »).

Ainsi, « le Notre Père nous apprend à porter d’abord notre regard vers Dieu, vers son Nom, son Règne, sa Volonté, avant de le porter sur notre communauté terrestre. Notre situation concrète et nos véritables besoins ne peuvent être compris que si nous envisageons d’abord notre Père, ses objectifs, son oeuvre” (J. Delorme). Jésus enseigne là, en quelque sorte, toute une pédagogie de la prière : avant de demander à Dieu de combler ses propres besoins, le croyant se met devant Lui dans une attitude d’humble adoration, donnant la priorité à la réalisation du dessein d’amour de Dieu sur le monde »[1].

 

Matthieu 6,9-14

Luc 11,2-4

Invocation

Notre Père qui est aux cieux,

 

Trois souhaits

           1 – que ton Nom soit sanctifié ;

(10) 2 – que ton règne vienne ;

           3 – que ta volonté soit faite

                     sur la terre comme au ciel 

Trois demandes

(11) 1 – donne nous aujourd’hui

                            notre pain quotidien,

(12) 2 – et remets-nous nos dettes

  comme nous aussi nous avons remis

                                     à nos débiteurs ;

(13) 3 – et ne nous introduis pas

(traduction littérale) (+)

                                 dans la tentation,

     mais délivre-nous du mal (du Mauvais).

 Invocation

Père,

 

Deux souhaits

     1 – que ton Nom soit sanctifié ;

     2 – que ton règne vienne ;

 

 

Trois demandes

(3) 1 – donne nous chaque jour

                              notre pain quotidien

(4) 2 – et remets-nous nos péchés car nous-mêmes nous pardonnons aussi

à tous ceux qui ont une dette envers nous

     3 – et ne nous introduis pas

(traduction littérale) (+)

                                dans la tentation.

(+) (Nous verrons plus loin pourquoi il vaut mieux traduire cette expression par : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».)

 

Nous remarquons que le « Notre Père » de St Matthieu est plus long que celui de St Luc (cf. texte supplémentaire en italique) : l’invocation initiale est plus solennelle, et des éléments nouveaux apparaissent à la fin de chacune des deux parties. De plus, n’oublions pas que St Matthieu est un Juif qui écrit pour des Juifs, contrairement à St Luc qui, païen, s’adresse à des païens. Or, pour un Juif, Dieu est « le Dieu du Ciel » (Jonas 1,9 ; Psaume 136 (135),25-26 ; Néhémie 1,4-11), « le Dieu qui est au ciel » (Lamentations 3,41 ; Qohélet (Ecclésiaste) 5,1 ; Psaume 123(122),1 ; 1Rois 8,30.32.34.36.39.43.45.49). Il est donc tout à fait normal qu’il l’appelle ainsi. De plus, avec cette Loi qu’il a donnée à Moïse au sommet du Mont Sinaï (Exode 20,1‑17), tout se résume pour Israël à « faire la volonté de Dieu », c’est-à-dire à « garder ses commandements », à les « mettre en pratique » (Deutéronome 4,40 ; 5,29-31 ; 6,1-2). Alors, pour St Matthieu, « que ta volonté soit faite » est un élément incontournable de toute prière.

St LucToutes ces remarques laissent donc supposer que St Luc nous a transmis la forme primitive du Notre Père, un texte auquel St Matthieu a rajouté méthodiquement à la fin de chacune des deux parties les éléments qui lui sont propres… Nous retrouvons ici un fait constant de la révélation : la Parole que Dieu a voulu nous transmettre par son Fils a été rédigée par des hommes avec le soutien et la lumière de l’Esprit Saint. Ces derniers vivaient à une époque donnée, dans une communauté déterminée, et ils avaient chacun une éducation, une personnalité, une sensibilité différentes… Tous ces éléments se retrouvent dans leurs œuvres vis-à-vis desquelles ils ont agi en vrais auteurs. Mais l’Esprit de Dieu aussi était là, éclairant le tout de sa lumière et faisant en sorte que le message qu’il désirait nous communiquer nous parvienne effectivement… Dieu veut en effet nous associer à son œuvre, et il le fait par le don de cet Esprit qui l’habite en plénitude, Lui et son Fils. Et puisque nous avons tous part à ce même Esprit, que nous pouvons appeler notamment « l’Esprit du Christ », nous formons tous ensemble « le Corps du Christ » (Ephésiens 4,1-6 ; 1Corinthiens 12,12-30), cette communauté de croyants qui essaye de vivre le mieux possible ce mystère de communion avec le Christ qui lui est gratuitement offert, jour après jour, par ce Dieu qui n’est que Miséricorde ! Avec elle et par elle, le Christ ressuscité continue d’annoncer au monde d’aujourd’hui la Bonne Nouvelle du Salut (2Corinthiens 2,14-3,3 ; 13,2-3 ; 1Corinthiens 15,9-10 ; Galates 2,20). Ce regard de foi nous invite à la confiance vis-à-vis de l’Eglise, malgré toutes les imperfections, les faiblesses et les limites de ceux et celles qui la constituent, c’est-à-dire… de nous tous ! Et c’est de cette Eglise « Corps du Christ », que nous avons reçu la Prière du Christ, la prière du Fils qui nous invite à la dire et à la redire à sa suite pour que, tous ensemble, nous devenions avec lui des fils et des filles de Dieu.

Jésus christJésus nous invite donc tous à mettre « le Père » à la première place dans notre prière et dans notre vie. C’est vers Lui que doivent se tourner notre regard et notre cœur, car c’est Lui qui nous a tous créés à son image et ressemblance (Genèse 1,26-28), c’est Lui qui nous a fait devenir des êtres vivants en nous donnant d’avoir part à son Souffle de Vie (Genèse 2,4b-7), l’Esprit Saint. Et c’est toujours Lui qui veut faire grandir en chacun d’entre nous cette vie de l’Esprit, la vie des fils et des filles de Dieu (Jean 1,12-13 ; 3,3-8 ; 20,19-23). La perspective est alors universelle, et St Luc y est particulièrement attentif. En effet, si l’expression initiale de St Matthieu, « notre Père », renvoie plus particulièrement à la communauté chrétienne qui se tourne vers Dieu en l’appelant ainsi, celle de St Luc, « Père », plus sobre, plus dépouillée, s’ouvre implicitement à l’humanité tout entière appelée à former une seule et même famille autour de Dieu, son Créateur et Père. Le chrétien apparaît alors comme celui que Dieu appelle par son Fils à vivre pleinement sa vocation d’enfant de Dieu, en communion avec tous ceux et celles qui partagent sa foi en appelant Dieu « Notre Père », et dans un regard de bienveillance et de fraternité vis-à-vis de tous les hommes, ses frères …

Therese noviceLa prière du « Notre Père » doit aussi nous rappeler la proximité de Dieu et de son action au cœur de notre vie. Jésus ne cessait de proclamer : « Le Royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 4,17). Et il disait aussi : « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton père qui est là dans le secret » (Matthieu 6,6). Lorsque nous disons « Notre Père qui est aux cieux », nous nous adressons donc à quelqu’un qui est tout en même temps « tout proche », « dans notre chambre », et « aux cieux ». Ste Thérèse de Lisieux écrivait : « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai, mais pour être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur cette terre. »

En fait, « le ciel » ne désigne pas pour un chrétien un lieu, mais un état, et par suite « une manière d’être »[2]… Il est « l’état » de celui qui s’est ouvert tout entier à l’action réconciliatrice, purificatrice, vivifiante et bienfaisante de Dieu… Grâce à Lui, nos péchés sont pardonnés, et plus rien désormais ne peut nous séparer de son amour manifesté dans le Christ (Romains 8,35-39). Par le baptême, « Dieu nous a arrachés à l’empire des ténèbres et il nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé en qui nous avons la rédemption et le pardon des péchés » (Colossiens 1,13-14)… Car « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés ! Avec lui, Il nous a ressuscités ; avec Lui, il nous a fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus » (Ephésiens 2,4-6).

Dans la foi, « le ciel » est donc déjà commencé ici-bas, sur cette terre… Certes, Dieu reste le Tout Autre, l’Insaisissable, l’Incomparable. Mais Il est là, Présent à notre cœur et à notre vie, tout proche de chacun d’entre nous… Lorsque nous prions le « Notre Père » seuls, dans le secret de notre « chambre », nous nous ouvrons à cette Présence, nous consentons à son action, et nous découvrons aussitôt un mystère de Tendresse, de Miséricorde, de Vie et de Paix. Et dans la foi, nous rejoignons tous ceux et celles qui, de par le monde, lui adressent la même prière dans un même mystère de proximité et de communion dans l’Unique Esprit…

Dieu-Amour

De plus, cette prière que le Fils nous a apprise vient en fait du Père Lui-même, car tout ce que dit Jésus est Parole du Père (Jean 17,7-8). Si Dieu, par son Fils, a mis ces mots sur nos lèvres, c’est donc que Lui, le premier, désire que nous l’appelions « Père » car, de son côté, il l’est déjà, de toute éternité, et pour tous. De plus, Il désire aussi que nous nous ouvrions à Lui et à son œuvre car dans son Amour, il veut nous donner notre pain de chaque jour, nous pardonner nos offenses et nous délivrer de tout mal. Mais comme il a un infini respect pour notre liberté – et telle est la logique de l’amour qui ne peut contraindre l’autre à aimer – il nous offre par son Fils ces paroles qui nous font demander ce qu’il veut nous donner. Les reprendre avec confiance sera donc lui dire « Oui ! » comme Marie, un « Oui ! » qui ne pourra que déboucher sur la louange et l’action de grâces face à tous ces bienfaits qui ne pourront que nous combler… Et Dieu sera le premier à être heureux de pouvoir nous communiquer ce qu’il sait être à la source de notre vraie Vie…

prodigueSi nous acceptons de nous engager sur le chemin régulier de la prière, nous prendrons mieux conscience de cette réalité, et nous grandirons, jour après jour, dans la confiance en ce Dieu qui est avant tout un Père plein de tendresse et d’amour (Psaume 103(102),1-13 ; Jérémie 3,19 ;31,20 ; Osée 2,20-22 ; Psaume 25(24),4-10 ; 116(114-115),5-12), un Père qui prend soin de chacun de ses enfants (Osée 11,1-4 ; Isaïe 49,13‑16 ; 66,12‑13) et qui désire que leur vie soit la plus belle possible. Appeler Dieu « Notre Père » nous invite ainsi à retrouver un cœur d’enfant (Marc 10,13-16 ; Matthieu 18,1-4) dans la certitude que le Père s’occupe très concrètement de chacun d’entre nous (Matthieu 6,7-8 ; 6,25-34) avec la Toute Puissance de sa Tendresse, de son Amour et de sa Miséricorde.

« Un jour, j’entrai dans la cellule de notre chère petite Sœur (Ste Thérèse de Lisieux) et je fus saisie par son expression de grand recueillement. Elle cousait avec activité et cependant semblait perdue dans une contemplation profonde : « A quoi pensez-vous ? », lui demandai-je. « Je médite le Notre Père », me répondit-elle. « C’est si doux d’appeler le bon Dieu « Notre Père »… » Et des larmes brillèrent dans ses yeux ».

Comme l’écrit le Catéchisme de l’Eglise Catholique, « nous pouvons invoquer Dieu comme “Père” parce qu’Il nous est révélé par son Fils devenu homme et que son Esprit nous Le fait connaître. Ce que l’homme ne peut concevoir ni les puissances angéliques entrevoir, la relation personnelle du Fils vers le Père, voici que l’Esprit du Fils nous y fait participer, nous qui croyons que Jésus est le Christ et que nous sommes nés de Dieu. Quand nous prions le Père, nous sommes en communion avec Lui et avec son Fils Jésus-Christ. C’est alors que nous Le connaissons et le reconnaissons dans un émerveillement toujours nouveau »[3]

Que ton Nom soit sanctifié…

Que soit magnifié et sanctifié son grand Nom dans le monde qu’il a créé selon sa volonté” (Prière juive du Qaddish).

Le Nom, dans le langage biblique, renvoie au mystère de la personne qui le porte. Ainsi, dans le Magnificat « Saint est son Nom » (Luc 1,49) signifie « Saint est le Seigneur ».

Quant au mot « saint », il vient, en hébreu, d’un verbe dont le sens premier est « couper, séparer, mettre à part ». Dieu est « saint » en tant qu’Il est « à part » de tout, « séparé » de tout, unique, le seul qui peut pleinement s’appeler « JE SUIS » (Exode 3,13-15), le seul à Etre ce qu’Il Est. Mais attention, parler ainsi ne veut pas dire que le Tout Autre n’est pas aussi le Tout Proche. C’est même justement parce qu’il est le « Tout Autre » qu’il peut aussi être « le Tout Proche », s’occupant particulièrement et en même temps de chacune de ses créatures comme si elle était unique à ses yeux… La notion de sainteté renvoie donc à ce que Dieu Est en Lui‑même, à sa nature divine, à ce qui fait que Dieu est Dieu (Osée 11,9).

Dieu-lumiere

Remarquons maintenant que dans l’expression « Que ton Nom soit sanctifié », la forme passive du verbe sanctifier ne précise pas qui est le sujet de l’action. Et nous allons voir, à la lumière de quelques textes de l’Ancien Testament, que le premier à sanctifier le Nom de Dieu est Dieu Lui-même ! Et il le fait en agissant selon ce qu’il Est… Il manifeste alors le mystère de sa Sainteté[4] : une Miséricorde infinie et toute Puissante (Luc 1,49-50). Les bénéficiaires de cette action de Dieu seront alors invités à dire autour d’eux toutes les merveilles que Dieu a faites pour eux, et quel est le « visage de Dieu » qu’ils ont perçu à travers ses œuvres. Ils contribueront ainsi pour leur part à ce que « le Nom de Dieu soit sanctifié »…

Le Dieu Saint va donc commencer par sanctifier son peuple en étant au milieu de lui (Exode 33,12-17) et en lui donnant sa Loi (Exode 20,1-17). Par elle, il désire le maintenir au cœur de son Alliance et l’aider à vivre jour après jour en sa présence… Alors, ils seront son peuple, et Lui sera leur Dieu (Deutéronome 26,16-19)…

Israël, de son côté, « se sanctifiera » en prenant à cœur d’obéir fidèlement aux commandements du Seigneur (Lévitique 20,7-8)… En se sanctifiant, il sanctifiera le Nom de son Dieu aux yeux des nations païennes (Lévitique 22,31-33) qui constateront à quel point le Peuple de Dieu est un Peuple comblé par toutes sortes de bénédictions sur cette terre que le Seigneur lui a donnée (Deutéronome 2,7 ; 7,12-14 ; 11,26-28[5] ; 12,4-7 ; 28,1-14 ; 30,19-20) …

Fleurs...

Mais hélas, l’histoire d’Israël, au lieu d’être une « sanctification du Nom de Dieu », sera plutôt une profanation de ce Nom qui est invoqué sur eux… La multitude de leurs infidélités les a conduits à être la risée de toutes les nations… De plus, ils se sont souillés par toutes sortes de pratiques idolâtriques, par lesquelles ils ont renié ouvertement le Nom de leur Dieu à la face du monde… Aussi, plutôt que de rester dans cette Terre Promise que Dieu leur avait donnée, une Terre qui ruisselle de lait et de miel – symbole de l’abondance des dons de Dieu – (Exode 3,8.17), ils ont été dispersés parmi les nations… Mais Dieu annonce qu’il va « sanctifier son Nom » (Ezéchiel 36,22-28), c’est-à-dire manifester le Mystère de sa Sainteté, montrer Qui Il Est… Et que fera-t-il pour cela ? Il ira tout d’abord Lui-même à la recherche de ceux et celles que le péché a égarés, dispersés. Il les prendra un à un (Ezéchiel 34,11-16 ; cf Luc 15,4-7; Jean 14,1-3), il les rassemblera autour de Lui (cf. Jean 11,49-52 ; 17,24) et les ramènera en ce Royaume d’où ils n’auraient jamais dû partir. Puis il répandra sur eux une eau pure et les purifiera de toutes leurs souillures, de toutes leurs ordures… Pas une n’échappera à la Toute Puissance de sa Miséricorde, aussi énorme soit-elle… Il enlèvera « leur cœur de pierre », ce cœur dur et froid, et il leur donnera « un cœur de chair » pour qu’ils soient plus humains les uns envers les autres. Et il leur donnera d’avoir part à « son propre Esprit » qui les gardera dans la fidélité à son Nom…

OLYMPUS DIGITAL CAMERATout ceci, il l’accomplira finalement par son Fils Jésus Christ et par l’Esprit Saint qu’il mettra en eux (Jean 14,15-17). Cet Esprit sera « l’eau pure » annoncée par le prophète Ezéchiel (36,22-28) : elle les lavera, les justifiera, les sanctifiera (1Corinthiens 6,9-11) et les guérira petit à petit de leurs blessures (Jérémie 3,22). Elle les fortifiera, les affermira (Ephésiens 3,16 ; 2Timothée 1,7), les invitera à se relever et à changer leurs comportements d’autrefois (Galates 5,25 ; 5,16-24 ; Ephésiens 5,1-11). L’Esprit sera en eux le principe d’une création nouvelle (Tite 3,4-7 ; Jean 3,3-8 ; 2Corinthiens 5,17-21), enfin libre (2Corinthiens 3,17). Sa Présence leur apportera un dynamisme de Vie qui les poussera à un agir nouveau. Mais cette guérison intérieure, œuvre de l’Esprit, demandera du temps, de la patience, et une remise continuelle et incessante de leur vie entre les mains de Sa Miséricorde. Et il faudra accepter, jour après jour, de recommencer et de recommencer encore, en s’appuyant sur cette Présence invisible et bienveillante de l’Esprit toujours offerte à notre foi…

Miséricorde Toute Puissante de Dieu : tel est pour Marie le mystère de sa Sainteté (Luc 1,49-50). Logo année de la MiséricordeAinsi, lorsque Dieu « sanctifie son Nom », il agit selon son incroyable Miséricorde et manifeste ainsi l’infini de sa Patience, de sa Tendresse et de son Amour. Reconnais que « l’infinie bonté de Dieu, sa patience, sa générosité te poussent au repentir » (Romains 2,4)… Ce désir d’agir pour chacun d’entre nous en mettant en œuvre les inépuisables richesses de sa Miséricorde sont si fortes, que Dieu nous a donné ce qu’il avait de plus cher (Jean 3,16-17; 6,32-33) : son Fils Unique, Celui qui fait sa Joie de toute éternité, cet Astre d’en Haut qui nous a visités « dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Luc 1,76-79). Tout, dans sa vie, ne fut que manifestation, en actes et en Paroles, de la Miséricorde de Dieu qui n’a qu’un seul désir : notre guérison profonde, notre retour des ténèbres à son admirable Lumière (Jean 12,46), de l’esclavage du péché à la liberté d’une vie en sa Présence (Jean 8,31-36 ; Luc 1,68-75 ; Ephésiens 1,3-6).

Et puisque ce désir de notre salut est le désir premier qui habite le cœur de Dieu, son vœu le plus cher, le Père va mettre en notre bouche par son Fils les Paroles qui susciteront en nous le désir de nous ouvrir à son action, et de découvrir ainsi grâce à elle et par elle « Qui » Il Est : Miséricorde et Bonté infinie… Alors répondons à son attente, et prions avec ses mots à Lui. « Que ton Nom soit sanctifié », c’est-à-dire que tous les hommes découvrent vraiment « Qui » tu Es, en faisant l’expérience au plus profond d’eux-mêmes de ta Miséricorde et de ta Tendresse… Et si nous acceptons de recevoir jour après jour ce pardon gratuit qui nous relève, nous arrache à nos ténèbres et nous transfère auprès de Lui dans sa Lumière et dans sa Paix, alors notre vie tout entière changera, de pardon en pardon. Et nous serons heureux de pouvoir offrir à notre tour autour de nous, pour en avoir bénéficié tant et tant de fois, un pardon qui relève et redonne l’espérance et la joie, la joie de Vivre … Nous voudrons pour les autres ce que nous avons nous-mêmes vécu (1Timothée 1,12-17). Nous deviendrons des artisans de Miséricorde et de Paix (Matthieu 5,7-9).

 

Que ton Règne vienne

Cette seconde demande rejoint en fait la précédente, car Dieu ne peut qu’agir selon ce qu’Il Est. Or Il n’Est qu’Amour, Miséricorde, Tendresse et Paix. Lorsque nous disons « Que ton Règne vienne », nous souhaitons que « l’Amour, la Miséricorde, la Tendresse et la Paix de Dieu règnent au cœur des hommes ». Si tel est le cas, ils seront les premiers à en être profondément heureux. Mais pour qu’il en soit vraiment ainsi, il faudra qu’ils se fassent « pauvres de cœur » et qu’ils acceptent de recevoir gratuitement les dons de Dieu que nul ne mérite (Matthieu 5,3)… Et si vraiment Dieu règne en leur cœur, son Amour règnera sur la haine (Ephésiens 2,13-18), sa Douceur et sa Paix sur la violence (Matthieu 11,29 ; 2Corinthiens 10,1 ; Galates 5,22-23 et donc Ephésiens 4,26 ; Galates 6,1-2 ; Ephésiens 4,1-6 ; Colossiens 3,12-15 et enfin Matthieu 5,4 !), sa Vérité sur le Mensonge (Jean 14,6 ; 14,15-17 et grâce à lui, ce qui est vrai du Christ sera aussi vrai pour chacun d’entre nous : Jean 14,30 ; 8,44 avec 12,31 ; Ephésiens 4,25), sa Justice sur l’injustice (Romains 3,21-26)… Et petit à petit, ceux et celles qui s’ouvriront à cette action de Dieu dans leur vie deviendront plus humains, plus doux, plus vrais, plus justes… Et la vie en ce monde sera moins difficile et plus belle pour tous, en attendant cette Jérusalem d’en haut où il n’y aura plus du tout cette fois « de pleurs, de cris, de peines, car l’ancien monde s’en sera allé » (Apocalypse 21,1-4)…

foule

Ce « Règne de Dieu » s’est concrètement manifesté dans l’histoire d’Israël à l’occasion de la catastrophe nationale que fut, en 587 avant JC, la défaite face à Nabuchodonosor, Roi de Babylone. Le prophète Jérémie avait pourtant prévenu, de la part de Dieu, qu’il ne fallait pas chercher à lui résister. On l’avait alors accusé de trahison, de collaboration avec l’ennemi, pour ensuite le persécuter… Aussi, lorsque beaucoup d’entre les Israélites se retrouvèrent déportés à Babylone, ils regrettèrent amèrement leur désobéissance (cf Psaume 137(136)) : tout ce qu’ils vivaient n’était en fait que la conséquence de leurs fautes (Jérémie 3,25 ; 14,7-9 ; 14,20‑22). Et maintenant que le Temple était détruit, les fils du roi assassinés et le pays anéanti, leur espérance aussi était morte… Mais Dieu ne va pas les abandonner … Dans leur souffrance, dont ils sont pourtant responsables, il va leur envoyer ses prophètes pour qu’ils leur adressent de sa part des paroles de consolation : « Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur, parlez au cœur de Jérusalem » (Cette dernière expression appartient au langage de l’amour : cf. Genèse 34,1‑3). Et si autrefois il fallait acheter tel ou tel animal et l’offrir en sacrifice pour recevoir le pardon (cf. Lévitique 4-5), Isaïe est chargé d’annoncer au Peuple « qu’ils ont reçu de la main du Seigneur deux fois le prix » qu’il aurait fallu débourser pour toutes « leurs fautes » : Dieu leur offre donc son pardon en surabondance… St Paul dira beaucoup plus tard la même chose : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5,20). De plus, Isaïe affirme que Dieu en Personne va venir et il sauvera son Peuple de la main de ses ennemis. BonPasteurEn ce jour-là, « Il portera les agneaux sur son cœur et conduira doucement les brebis mères ». Il ramènera tout son troupeau sur sa terre (Isaïe 40,1-11 ; 41,8-14 ; 43,1-7)… Les messagers doivent donc crier la Bonne Nouvelle : « Voici votre Dieu ! » (Isaïe 40,9), « Ton Dieu règne ! ». Et cette dernière expression est synonyme en Isaïe 52,7-12 de « paix », de « bonté » (TOB), de « salut », de « joie », « d’acclamation » (TOB), de « consolation », de « réconfort » (TOB), et de Présence de Dieu au milieu de son Peuple pour « marcher à sa tête » et être tout en même temps « son arrière-garde ». Il veut en effet les conduire du pays de l’esclavage, de l’oppression et de la souffrance en ce pays où Il sera pour eux « Source d’Eau Vive » (Jérémie 2,13 ; Isaïe 41,17‑18), de Paix et de Joie (Isaïe 54,10 ; 55,12 ; 57,18-19 ; 66,12-13).

Jean-BaptisteJean-Baptiste se présentera, dans tous les Evangiles, en reprenant les premières paroles du chapitre 40 d’Isaïe : il est « la Voix de celui qui crie dans la désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Matthieu 3,3 ; Marc 1,3 ; Luc 3,4-6 ; Jean 1,23). Avec cette citation, il renvoie à tout le contexte de ce chapitre d’Isaïe : le temps de la consolation est arrivé pour tous les pécheurs que nous sommes. En Jésus-Christ, Dieu Lui-même vient marcher au milieu de nous pour nous proposer le Règne de sa Miséricorde, de son Pardon, de sa Tendresse et de sa Paix. Avec et par son Fils, il se fera notre Bon Pasteur pour que nous tous, brebis égarées, nous puissions retrouver avec Lui le chemin qui conduit à la Maison du Père (Luc 15,4-7 ; Jean 10,11‑15 ; 14,1-6).

« Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ». Telles sont, de fait, les toutes premières paroles de Jean-Baptiste dans l’Evangile de Matthieu (3,1-2). Et en St Marc, celles de Jésus sont : « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (1,15). En effet, « le Verbe s’est fait chair » (Jean 1,14). Par son Incarnation, le Fils nous a rejoints dans notre condition humaine, et puisqu’il vit de toute éternité uni à son Père dans la communion d’un même Amour, avec Lui et par Lui, Dieu le Père s’offre à chacun d’entre nous pour que sa Lumière règne sur nos ténèbres, et sa Vie dans notre vie… Alors, grâce à Jésus dont le nom signifie « Dieu sauve », il nous sera donné de participer à ce que le Fils vit en Plénitude (Colossiens 2,9). Lui-même est en effet l’exemple parfait d’un homme vivant pleinement les mystères du Royaume, c’est-à-dire une vie en communion avec Dieu dans l’unité de l’Esprit. Avec Lui et par Lui, nous découvrons ce qu’est le Règne de Dieu pour y entrer à notre tour par le « Oui ! » de notre foi : « nous avons libre accès auprès du Père en un seul Esprit » (Ephésiens 2,18 ; 1Jean 1,1-4)…

Jesus et les Douze Apôtres

Lorsque Jésus, en St Luc, commencera son ministère public, il présentera son programme d’action en citant à nouveau le prophète Isaïe : « L’Esprit du seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Luc 4,18-19). Et tout ceci sera résumé un peu plus loin par la seule formule de « l’annonce de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu » (Luc 4,43). Cette Bonne Nouvelle est donc avant tout celle du Règne inconditionnel, illimité et toujours offert de la Miséricorde sur nos misères qui nous emprisonnent, nous rendent esclaves, nous oppriment, nous aveuglent et nous défigurent… Mais par l’Amour et le Pardon de Dieu offerts gratuitement en Jésus-Christ, tous les captifs et les opprimés que nous sommes sont appelés à faire dès maintenant l’expérience de la vraie liberté (Jean 8,31-36), une expérience qui est synonyme de Plénitude de Vie… Puissions-nous tous accueillir de tout cœur cette Bonne Nouvelle, et jour après jour, le Christ se fera le compagnon de nos luttes pour nous aider à demeurer en cette liberté, grâce à son soutien, à son pardon et à la force de son Esprit (Galates 5,1 ; Romains 6,1-14 ; 8,13)…

coeur blanc

Et tous les signes accomplis par le Christ dans les Evangiles ne sont destinés qu’à nous aider à croire que le Règne de Dieu est vraiment arrivé jusqu’à nous : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Matthieu 12,28 ; Jean 10,36-38). Avec le Fils de Dieu présent au milieu des hommes, la Lumière de Celui qui n’est que Lumière (1Jean 1,5) est déjà à l’œuvre, et c’est elle qui chassera toutes nos ténèbres (Jean 1,5 ; 12,46). Elle s’est révélée en plénitude sur le visage du Christ Transfiguré (Matthieu 17,1-2), et au Jour de sa Résurrection (Actes 9,3-6 ; 22,6-9 ; 26,12-15). Maintenant, dans la foi, elle frappe à la porte de nos cœurs (Apocalypse 3,20 avec Jean 8,12), notamment par la Parole de Vie que proclame l’Eglise (2Pierre 1,19 avec Luc 1,78‑79), une Parole à laquelle se joint toujours l’Esprit Saint pour lui rendre témoignage (Jean 15,26) en illuminant les cœurs par sa Présence (Ephésiens 1,17-19). Et sa Lumière est Vie (Jean 8,12)…

Parole-de-Dieu

Le Règne de Dieu est donc déjà là, tout proche, offert à notre foi, mais il doit encore venir dans le cœur de tous ceux et celles qui ne l’ont pas encore accueilli. Il doit aussi venir dans nos cœurs pour éclairer toutes ces zones d’ombre qui nous habitent encore. Alors, il viendra aussi très concrètement dans ce monde par les actes que poseront tous ceux et celles qui lui auront ouvert leur cœur… Il viendra enfin en Plénitude, lorsque le Christ Ressuscité reviendra au dernier Jour pour l’établir de façon définitive. Alors, la Communion sera parfaite, communion avec Dieu et communion entre les hommes en un unique Esprit (Ephésiens 4,1-6 ; 2Corinthiens 13,13). Dieu sera tout en tous (1Corinthiens 15,24-28), et toute l’humanité sauvée, nous l’espérons, pourra lui rendre grâce pour ce Royaume des Cieux qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17).

Mais pour l’instant nous ne pouvons que prier pour que ce Royaume déjà présent, déjà offert à notre foi, soit accueilli encore et encore, qu’il grandisse dans les cœurs de ceux et celles qui ont commencé à le recevoir, que tous puissent enfin en bénéficier… « Que ton Règne vienne », « Viens, Seigneur Jésus » (Apocalypse 22,20)…

 

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Nous retrouvons, avec ce troisième souhait propre à St Matthieu, un trait caractéristique de sa culture juive. Pour un Juif en effet, la religion est avant tout un « faire » ou un « ne pas faire », en accord avec la Loi que Dieu a donnée à Moïse. Dans ce contexte, « que ta volonté soit faite » vise avant tout l’agir de l’homme en accord avec la volonté de Dieu exprimée par la Loi.

Mais dans l’Evangile, St Matthieu n’utilise pas ici ce verbe « faire » qu’il connaît pourtant si bien. Il écrit littéralement « qu’advienne ta volonté », un verbe repris dans toutes les expressions où Jésus répond à ceux et celles qui le prient : « Qu’il t’advienne selon ta foi » (Matthieu 8,13 ; 9,29 ; 15,28). Nous le retrouvons aussi dans la prière qu’il adresse à son Père juste avant sa Passion : « Si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, qu’advienne ta volonté » (Matthieu 26,42), une expression strictement identique à celle du « notre Père ». Jésus nous invite donc vraiment à prier comme lui-même priait… Et l’emploi de ce verbe « advenir » suggère, dans tous les textes cités, une action non pas des hommes mais de Dieu… « Qu’il advienne selon ta foi », et Dieu agira pour qu’il en soit effectivement ainsi : le fils du centurion sera guéri, les aveugles verront et la fille de la Cananéenne sera délivrée du mal… L’expression du Notre Père, « que ta volonté advienne », peut donc aussi être interprétée comme précédemment : que Dieu Lui‑même agisse de telle sorte que sa volonté puisse vraiment se réaliser dans notre monde… Et la TOB traduira de fait : « Que ta volonté se réalise ! » Et quelle est la volonté de Dieu ? St Paul y répond clairement : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Timothée 2,3-6). Et déjà, de son côté, il a agi avec son Fils et par Lui : « tout est accompli » (Jean 19,30), c’est-à-dire, comme l’explique la Bible de Jérusalem en note : « L’œuvre du Père, telle qu’elle était annoncée par l’Ecriture : le salut du monde par le sacrifice du Christ ».

Croix Alain Dumas

Ainsi, « le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau » (Apocalypse 7,10 ; 21,6 ; Ephésiens 2,4-10). Il reste maintenant, du côté des hommes, à l’accueillir, à y croire et à le mettre en œuvre… Et tout ceci sera encore le résultat d’une initiative gratuite de Dieu qui, par l’action de l’Esprit Saint, attire les hommes à son Fils (Jean 6,44.65), leur donne de croire en Lui (1Corinthiens 12,3), et les soutient jour après jour pour qu’ils puissent emprunter le bon chemin (Galates 5,22-25). Comme le disait St Bernard, il suffit de consentir à cette action pour être sauvé, de se laisser faire, de s’abandonner activement entre ses mains en collaborant le mieux possible à son œuvre…

Nous constatons donc combien ce troisième souhait, « que ta volonté soit faite », rejoint les deux précédents. Le projet de Dieu de sauver tous les hommes par son Fils, se réalisera en effet dans la mesure où « son Nom sera sanctifié », c’est-à-dire dans la mesure où, grâce à son action, tous comprendront, en l’expérimentant par eux-mêmes, que le Dieu Saint est un Dieu de Miséricorde et de Tendresse, dont la Bienveillance nous entoure sans cesse. Alors grâce à son Pardon offert continuellement en Jésus-Christ, « son Règne » de Paix, de Lumière et de Vie pourra enfin « venir sur la terre comme au ciel », et sa volonté de salut s’accomplir…

Christ Rédempteur-Rio-de-Janeiro

Cette volonté universelle de salut apparaît également dans la parabole de la brebis perdue à laquelle St Matthieu donne comme conclusion : « Ainsi, on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ces petits se perde » (Matthieu 18,14). Et chez lui, la figure du « petit » renvoie tout d’abord à celle du « petit enfant » que Jésus donne en exemple à tous ses disciples : « En vérité, je vous le dis, si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux »(Matthieu 18,1-4 ; 19,13-15). Si tel est le cas, ils seront alors « ces petits qui croient en moi » (Matthieu 18,6 ; Jean 13,33 ; 1Jean 2,1.12.14.18.28 ; 3,7.18 ; 4,4 ; 5,21 ; Galates 4,19). Le Christ Lui-même se compare d’ailleurs à « un petit enfant » (Matthieu 18,5). Et puisque nous sommes tous appelés à reproduire l’Image du Fils (Romains 8,28-30 ; Genèse 1,26-27), Dieu nous regarde tous comme ses enfants, et il nous appelle tous à devenir, par la foi en son Fils, ce que nous sommes déjà à ses yeux (Jean 1,12)…

Paris Surréalistes+annexes

Dieu ne veut donc pas qu’un seul de ses petits se perdent… La portée de ce texte est universelle, et elle rejoint ce que St Jean affirme au début de son Evangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jean 3,16-17). Dieu a donc donné à son Fils le monde à sauver, et le Christ ira jusqu’au don de sa vie pour que la volonté de son Père se réalise… « Tout ce que me donne le Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors ; car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6,37-40).

jésus enseignant 2Le Père a donc donné au Fils le monde à sauver, et le Christ se donnera tout entier pour qu’il en soit ainsi (Jean 4,34 ; 14,30-31). Si la volonté de Dieu est notre salut, et si le Christ est le seul et unique Sauveur du monde (Jean 4,42 ; Actes 4,8-12 ; 1Timothée 2,3-6), la volonté de Dieu pour chacun d’entre nous sera donc aussi que nous croyons en celui qu’il a envoyé dans le monde pour notre salut : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » demandait-on à Jésus, tout en sachant qu’à l’époque, « travailler aux œuvres de Dieu » c’était avant tout mettre en pratique la Loi donnée par Moïse, et accomplir ainsi la volonté de Dieu. Et Jésus répondra : la première volonté de Dieu que vous avez à mettre en œuvre, « l’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jean 6,29)…

Mais « comment croire en Lui si personne ne nous l’a annoncé », dira St Paul en repartant de cette volonté universelle de salut qui habite le cœur de Dieu : « Il n’y a pas en effet de distinction entre Juif et Grec[6] : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? selon le mot de l’Écriture : Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles ! » (Romains 10,12‑15).

Sacré Coeur Vézelay 2La volonté de Dieu est donc que nous croyons en son Fils venu en ce monde nous offrir le salut, et que ce salut puisse s’épanouir dans toutes les dimensions de notre vie. Et en accueillant vraiment l’Amour de Dieu qui nous pardonne toutes nos fautes, cet Amour nous poussera aussi à nous aimer les uns les autres comme il nous aime, ce qui est là encore, sa volonté (Romains 5,5 ; Galates 5,22 ; Jean 14,12 ; 1Jean 4,7-14). Mais dès que nous aurons découvert en Jésus Christ l’Unique Sauveur du monde, nous aurons aussi à accomplir la volonté de Dieu en collaborant, là où nous sommes, à l’accomplissement de sa volonté : que tous les hommes soient sauvés. Et c’est ainsi que les dernières paroles du Christ ressuscité à ses disciples seront : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,18‑20). Et de même en St Marc : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Marc 16,15-16), non pas parce que Dieu l’aura condamné, lui qui ne condamne personne (Jean 5,22 ; Romains 8,31-39 ; 1Jean 2,1-2 ; 3,18-20), mais parce qu’en refusant de croire en Celui-là seul qui pouvait le sauver, il s’est condamné lui-même (Jean 3,18)… Mais nous avons toujours l’espoir que cette situation ne sera que temporaire : le Christ ressuscité, le Bon Pasteur, cherche en effet sa brebis perdue « jusqu’à ce qu’il la retrouve » (Luc 15,4), et il est hors de question pour lui d’abandonner sa recherche tant qu’il ne l’aura pas effectivement retrouvée… Ainsi, si par malheur quelqu’un refuse de croire au Christ, ce dernier, de son côté, ne cessera de le chercher…

 

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour

« Le pain constituait l’aliment de base au temps de Jésus »[7]. Ce que nos traductions expriment souvent par « prendre son repas », se dit en effet dans le grec des Evangiles : « manger du pain » (Matthieu 15,1-2 ; Luc 14,1.15 ; Marc 3,20 ; cf. Luc 11,5-6). « Le pain » est donc habituellement synonyme de « nourriture » qui permet de prendre son « repas »…

Two fish and five loaves of bread with candle-light and an antique wine jar

La prière du « Notre Père » met donc dans la bouche du disciple une demande concernant la nourriture quotidienne nécessaire à sa vie… Par l’intermédiaire de Jésus, le Père nous invite à le prier ainsi car Lui, l’auteur de toute vie, sait bien ce qui est nécessaire à notre vie. Et son premier désir est que cette vie, qu’il a voulue et créée telle qu’elle existe, puisse s’épanouir le mieux possible sur la base de ce dont elle a naturellement besoin[8]… C’est ainsi que le Peuple d’Israël, conduit par Dieu au désert, recevait de lui chaque jour la manne dont ils avaient besoin pour vivre (Exode 16). Et pour leur apprendre la confiance envers Celui qui venait de les libérer de l’oppression des Egyptiens et qui les accompagnait sans cesse, il leur était interdit de mettre de la manne de côté pour le lendemain (Exode 16,19) : Dieu s’engageait à leur donner chaque jour « le pain » dont ils avaient besoin. ..

En priant le Notre Père, et en demandant à Dieu « le pain de ce jour », nous sommes invités aujourd’hui à la même confiance. Dieu est toujours présent à notre vie (cf. Matthieu 6,6 ; 28,20 ; Jean 14,16), il nous accompagne sans cesse, et il œuvre pour que chacun d’entre nous puisse atteindre la Plénitude de Vie à laquelle nous sommes tous appelés. Et il s’occupe très concrètement de nous, jusques dans les moindres détails de notre vie quotidienne (Matthieu 6,25‑34 ; 7,7-11). Jésus, lui qui n’avait pas même une pierre où reposer sa tête (Matthieu 8,20) et qui s’abandonnait jour après jour entre les mains du Père, nous invite au même regard de foi et à la même confiance envers ce Père du ciel qui sait de quoi nous avons vraiment besoin avant même que nous le lui ayons demandé (cf. contexte du “Notre Père”, Matthieu 6,8). Notre première préoccupation devrait être alors de « chercher le Royaume des Cieux et sa justice », c’est-à-dire de chercher à vivre en Présence de ce Dieu qui de toute façon est déjà là, et d’essayer de faire en sorte que notre vie lui soit agréable. Et elle le sera dans la mesure où nous apprendrons à rejeter le mal pour choisir le bien (Isaïe 1,16), et trouver ainsi le chemin de la vraie Paix, de la vraie Joie, de la vraie Vie… Nous en serons alors les premiers bénéficiaires !

ThereseSi nous vivons dans cette confiance, nous trouverons le repos et la paix même au cœur des épreuves les plus dures… « On éprouve une si grande paix d’être absolument pauvre, de ne compter que sur le bon Dieu », disait Ste Thérèse de Lisieux. Et le Catéchisme de l’Eglise catholique écrit de son côté : « Jésus insiste sur cette confiance filiale qui coopère à la Providence du Père. Il ne nous engage à aucune passivité, mais veut nous libérer de toute inquiétude entretenue et de toute préoccupation » (cf. Philippiens 4,6-7). Dieu est bon, « au-delà de toute bonté ». Cette bonté est un fait : si nous sommes à Dieu, Lui de son côté désire « être à nous, et pour nous »[9]. ‘Coopérer à la Providence du Père’, sera donc d’abord s’abandonner à elle le plus possible vis-à-vis de notre propre vie, dans la foi et la confiance. Puis, dans l’assurance que Dieu veille effectivement sur chacun d’entre nous, ce sera aussi travailler à la faire connaître pour que le plus de monde possible puisse trouver la Paix du cœur en vivant dans cette confiance (Matthieu 11,28-30). Enfin, nous collaborerons à cette Providence divine en entrant dans cette dynamique d’amour et de partage à laquelle Dieu nous appelle. Alors, avec nous et par nous, « notre Père qui est aux cieux » fera en sorte que tous, sur cette terre, puissent recevoir « le pain de ce jour »…

Cette demande du « Notre Père » peut aussi être interprétée en termes de « nourriture spirituelle ». Jésus, en effet, s’est présenté Lui-même comme étant le vrai Pain que Dieu nous donne : « En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c’est mon Père qui vous donne le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Jean 6,32-33). Et juste après, Jésus se présentera comme étant « le Pain de Vie » par sa Parole, une Parole qu’il s’agit d’accueillir avec foi (Jean 6,35-47). L’Esprit Saint, qui se joint toujours à elle, nous apportera avec elle la Vie de Dieu, et nous découvrirons comme St Pierre que Jésus a effectivement « les Paroles de la Vie éternelle » (Jean 6,63), des Paroles qui nous ouvrent à l’expérience de la Vie éternelle, dès maintenant, dans la foi… Mais Jésus s’est aussi présenté comme étant « le Pain de Vie » par sa chair offerte (Jean 6,48-58) et il visait directement en jésus pain vivantcet instant le Pain Eucharistique : « Prenez et mangez, ceci est mon Corps » (Luc 22,19-20). Et là encore, c’est l’Esprit Saint qui communiquera la Vie de Dieu à quiconque aura répondu avec foi à l’invitation de Jésus de venir manger sa chair : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi ». Et Jésus précisera juste après : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien » (Jean 6,53-54.63)…

Mais pour que Dieu nous donne chaque jour notre Pain de Vie de ce jour, l’Eglise a besoin de prêtres. La prière du Notre Père rejoindra alors cette invitation de Jésus : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Matthieu 9,37-38 ; Luc 10,2), et notamment des prêtres pour que le Peuple de Dieu ne manque jamais de ce Pain de Vie dont il a besoin…

Pardonne-nous nos offenses,

comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés…

Nous pouvons être surpris par la tournure de la phrase : Dieu prendrait-il exemple sur nous pour « pardonner comme nous, nous pardonnons » ? Si tel était le cas, nous pourrions vraiment vivre dans la crainte et l’angoisse vis-à-vis du pardon de nos offenses… Mais non, Jésus emploie ici un langage pédagogique pour nous montrer l’importance de tous ces pardons que nous pouvons décider d’offrir ou non…

dieu vous aimeDieu, de son côté, est « Amour » (1Jean 4,8.16). Il ne sait qu’aimer, et l’Amour face au péché ne peut que prendre le visage de la Miséricorde (Deutéronome 4,30-31 ; 1Chronique 21,13 ; 2Chroniques 7,14 ; Isaïe 63,7 ; Jérémie 3,12) et du Pardon (Nombres 14,19-20 ; 2Samuel 12,13 ; Isaïe 55,7 ; Jérémie 31,34 ; 33,8 ; 50,20 ; Ezéchiel 16,62-63 ; Michée 7,18 ; Daniel 9,9.15-19 ; Psaume 32(31),5 ; 86(85),5 ; 103(102),1-13 ; 130(129),3-4). Telle est la Bonne Nouvelle que le Christ a proclamée jusqu’en ses derniers instants sur la Croix (Luc 23,34), et que l’Eglise doit à son tour annoncer jusqu’aux extrémités de la terre (Marc 5,19 ; Luc 24,46-48 ; Romains 9,16 ; 11,32 ; Ephésiens 2,4-10 ; 4,32 ; Colossiens 2,13 ; 3,13 ; 1Timothée 1,16 ; Tite 3,4-7 ; Hébreux 4,16 ; 1Jean 1,9 ; 1Pierre 1,3‑7 ; 2,10 ; Jude 1,21 ; Jacques 5,11).

Pour l’illustrer, St Matthieu nous rapporte la parabole du débiteur impitoyable (Matthieu 18,23-35). Un Roi, qui renvoie ici à Dieu, avait un serviteur (nous tous…) qui lui devait 10.000 talents, soit environ 10 millions d’Euros, une somme folle à cette époque comme à la nôtre ! L’impôt que devait payer chaque année la Judée à l’Empire romain était en effet de 600 talents ! Ce serviteur est totalement inconscient de son état :Débiteur impitoyable 1 il demande à son roi de patienter et il lui promet de tout rembourser, ce qui est matériellement impossible… Mais devant sa détresse, le Roi va être bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même : il comprend sa souffrance et son désarroi, et il va agir non pas selon la froide mathématique des comptes, mais selon l’amour qui remplit son cœur : il va effacer gratuitement la dette de son serviteur… Il est fou ? Non, il aime… Le Christ, en exagérant le montant de cette dette, voulait mettre en lumière la profondeur inimaginable de la Miséricorde de Dieu. Pour Lui tout est vraiment possible (Matthieu 19,26)… Ste Thérèse de Lisieux l’avait bien perçu : « On pourrait croire que c’est parce que je n’ai pas péché que j’ai une confiance si grande dans le bon Dieu. Dites bien, ma Mère, que si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent ».

Débiteur impitoyable 2Mais ce serviteur, libéré du poids de sa dette, ne va hélas pas agir de la même façon pour un de ses amis qui ne lui devait que 15 Euros… Le contraste est saisissant : ici, pas « d’entrailles remuées jusqu’au plus profond de soi-même », pas de compassion, de compréhension ni de tendresse… Loin de « libérer » son ami, le serviteur va le faire jeter en prison… En l’apprenant, le Roi le convoquera et lui dira ce qui constitue la pointe de la parabole : « Ne devais-tu pas toi aussi faire miséricorde à ton compagnon comme moi je t’ai fait miséricorde » (Matthieu 18,33)?

Nous l’avons bien remarqué : la dynamique est ici contraire à celle du Notre Père. Si nous reprenons le verbe « pardonner », le serviteur aurait dû pardonner comme son Roi lui avait pardonné, et c’est bien ce qui est conforme à la réalité : « Devenez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6,36). « Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour » (Colossiens 3,13). « Montrez-vous bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (Ephésiens 4,32).

Mais encore une fois, la formulation inverse du Notre Père n’a d’autre but que d’insister sur l’importance de nos pardons donnés, car ils sont le signe que notre relation à Dieu est vraie et vivante. En effet, nous sommes tous pêcheurs devant Lui, et c’est dans le pardon de nos offenses que nous sommes invités à faire l’expérience de la miséricorde de Dieu et du salut (Luc 1,77‑79). Si nous lui offrons en vérité toutes nos misères, nous ne pourrons que rencontrer en vérité « le Sauveur du monde » (Jean 4,42), « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,28), Celui qui est venu nous réconcilier avec Dieu en nous offrant le pardon de toutes nos fautes (2Corinthiens 5,17-21). Et puisque Dieu est Source d’Eau Vive, continuellement jaillissante, si nous nous laissons réconcilier avec lui par le Christ, nous nous découvrirons les heureux bénéficiaires de cette Eau Vive, l’Esprit Saint qui lave toutes nos souillures et nous communique la Vie de Dieu (Jérémie 2,13 ; Ezéchiel 36,25 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39). Mais Dieu est aussi Amour. Pour Lui, Vivre c’est Aimer. Sa Vie sera donc elle aussi Amour, un Amour que nous communiquera encore ce même Esprit : « l’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains 5,5). Cet prodigueAmour en nous ne pourra alors que nous entraîner, petit à petit, sur les chemins de l’Amour, un Amour inconditionnel, toujours offert et qui, face au péché, prend le visage de la miséricorde et du pardon. Ainsi, grâce à l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ, nous commencerons à répondre à l’appel du Christ : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres comme moi je vous ai aimés » (Jean 15,12), c’est-à-dire d’un Amour qui est tout à la fois Vérité, exigence de Justice, mais aussi Bienveillance, Miséricorde et Compassion…

Aussi, celui qui refuse de pardonner refuse du même coup de mettre en œuvre cette Vie d’Amour que Dieu veut nous communiquer instant après instant : « Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme et sa dureté le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père. »[10] En agissant ainsi, il se sépare donc du « Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3) qui ne peut que nous entraîner avec Lui sur des chemins de Miséricorde. Or se séparer du Christ, l’Unique Sauveur du monde, c’est se condamner soi-même… Et si nous quittons Celui-là seul qui est la Lumière, une Lumière d’Amour, de Miséricorde et de Tendresse, nous ne pourrons que nous retrouver dans les ténèbres de l’adversaire, de « l’accusateur » (« Satan » en hébreu signifie : accusateur, calomniateur, adversaire, ennemi ; Apocalypse 12,10). Là, pas de miséricorde, mais la seule vérité incontournable de notre misère qui, dans un tel contexte, recevra en écho non pas des paroles de réconfort et de pardon (Romains 5,15-21 ; 8,1), mais une sentence implacable de condamnation (Marc 16,16 : sauvé par Dieu, mais condamné par celui qui ne sait que condamner, le Prince de ce Monde ; Dieu, Lui, ne condamne jamais (Jean 5,22 ; 8,10-11)).

7ième Dimanche de paquesCertes, pardonner est difficile et cela suppose que la personne en face soit dans les meilleures conditions possibles de repentir. Mais accepter d’essayer de pardonner de tout cœur, c’est dire « Oui » au Christ, c’est choisir d’être vraiment son disciple, c’est prendre sur soi son joug, ce joug que Lui-même porte avec nous (Matthieu 11,28-30). Et en une telle circonstance, il le fera en nous donnant la force d’aimer et de pardonner comme Lui le fait… « Pour le disciple de Jésus, être prêt à pardonner, c’est en quelque sorte tendre les mains vers le pardon de Dieu »[11] : l’amour reçu sera tout en même temps miséricorde pour soi-même et force pour pardonner aux autres… Et « s’il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense, le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession »[12]. Alors, et alors seulement, grâce à la présence de l’Esprit Saint, force d’amour, nous pourrons commencer à faire la volonté de Dieu : « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices (Matthieu 9,7 ; 12,7) ». Comme l’écrit encore le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « Observer le commandement du Seigneur est impossible s’il s’agit d’imiter de l’extérieur le modèle divin. Il s’agit d’une participation vitale et venant « du fond du cœur », à la Sainteté, à la Miséricorde, à l’Amour de notre Dieu. Seul l’Esprit qui est « notre Vie » (Galates 5,25) peut faire « nôtres » les sentiments qui furent dans le Christ Jésus (Philippiens 2,1-5). Alors l’unité du pardon devient possible, « nous pardonnant mutuellement ‘comme’ Dieu nous a pardonnés dans le Christ (Ephésiens 4,32) »[13]. Et « heureux sont les miséricordieux » (Matthieu 5,7), car en acceptant de faire miséricorde à leurs frères, en actes et en vérité (1Jean 4,20), ils témoignent que la Plénitude du Christ commence à habiter leur cœur et leur vie, une Plénitude qui seule peut nous apporter le vrai Bonheur…

Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal.

Là encore, nous pouvons être surpris par cette manière de s’exprimer… Dieu pourrait-il avoir un lien quelconque avec la tentation ? Certainement pas ! St Jacques le dit clairement (1,12‑15) : « Heureux l’homme qui supporte l’épreuve avec persévérance, car, une fois vérifiée sa qualité, il recevra la couronne de la vie comme la récompense promise à ceux qui aiment Dieu. Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu en effet ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. Mais chacun est tenté par ses propres désirs qui l’entraînent et le séduisent. Puis le désir engendre et met au monde le péché, et le péché, parvenu à sa maturité, enfante la mort ».

ligne fleurs

Longtemps, la traduction du Notre Père fut : « Ne nous soumets pas à la tentation ? » Mais le Pape François nous a invités à dire: “Ne nous laisse pas entrer en tentation“… Pourquoi?

Littéralement, le texte grec a “Καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν, et ne nous introduis pas (ou ne nous conduis pas… ou encore ne nous emporte pas…) dans la tentation ». Le P. Tournay[14] explique que Jésus parlait habituellement en araméen, une langue très proche de celle de l’Ancien Testament, l’hébreu. Or l’araméen et l’hébreu ont des formes verbales particulières qu’il est difficile de traduire en grec. Le P. Tournay a ainsi étudié une forme dite « causative » dont la nuance la plus fréquente est celle de « faire faire », mais qui peut aussi se traduire parfois par « laisser faire, permettre de faire ». Et il a remarqué que la traduction grecque de l’Ancien Testament ne prend jamais en compte la seconde nuance. Ainsi par exemple, le Psaume 119(118),10 demande comme traduction de l’hébreu la nuance « laisser faire » (cf. TOB) : « De tout mon cœur je t’ai cherché, ne me laisse pas errer loin de tes commandements ». Or le texte grec réalisé à Alexandrie entre le 1° et le 3° siècle avant Jésus Christ a : « De tout mon cœur je te cherche, ne me repousse pas loin de tes commandements », ce qui correspond à la nuance « faire faire » : « ne me fais pas errer loin de tes commandements »… Comme deuxième exemple, nous pouvons prendre le Psaume 141(140),4 qui, là encore, demande en hébreu comme traduction : « Ne laisse pas mon cœur pencher vers une parole (ou une chose) mauvaise ». Et la traduction liturgique de nos missels a bien : « Ne laisse pas mon cœur pencher vers le mal ». Mais là encore, la traduction grecque de l’Ancien Testament a choisi non pas la nuance du « laisser faire », mais celle du « faire faire » : « Ne fais pas pencher mon cœur vers des paroles mauvaises »…

Visage de JésusLe P. Tournay suggère donc que Jésus a employé, en araméen, cette forme verbale particulière qui demandait, dans un tel contexte, de la comprendre en termes de « laisser faire », c’est-à-dire : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Mais lorsque toutes ces paroles furent transcrites en grec, la nuance de « faire faire » supplanta une fois de plus celle du « laisser faire », ce qui a donné notre « ne nous fais pas entrer en tentation », ou « ne nous introduis pas en tentation » ou encore « ne nous soumets pas à la tentation »…

Si nous choisissons donc « ne nous laisse pas entrer en tentation », une nuance en parfait accord avec le contexte général de la Révélation biblique, Dieu apparaît alors comme étant une fois de plus notre compagnon de route et de combat face ce que nous appelons « le péché ». Et tel est bien son Mystère : quelles que soient les circonstances, bonnes ou mauvaises, de fidélité ou d’infidélité, le Dieu de l’Alliance est toujours Celui qui, dans sa Bienveillance éternelle, est avec nous tous et pour nous tous (1Jean 2,1-2 ; Romains 8,31-39)…

Quant au « péché », il renvoie à un mystère de désobéissance de cœur vis-à-vis de Dieu, à un manque d’amour à son égard. Et il est destructeur pour l’homme, car il abîme la relation vitale qui, de toute façon, l’unit à son Créateur. Que nous le voulions ou pas, et cela fait partie de notre statut de créature, nous vivons tous en effet de Dieu qui nous a créés à son image et ressemblance (Genèse 1,26-28), et qui, instant après instant, nous maintient dans l’existence par son propre Souffle, l’Esprit Saint (Genèse 2,4b-7 ; Job 34,14-15 ; Isaïe 42,5). Le mystère de notre vie est donc tout entier entre ses mains, que nous pensions à lui ou pas, que nous croyions en Lui ou pas, que nous lui soyons fidèles ou pas… Mais en nous créant ainsi, Dieu a aussi voulu que nous soyons des êtres libres appelés à développer et à faire fructifier toutes les potentialités de cette Vie divine qui, de toute façon, nous habite tous. La lumière de Dieu-lumierenotre conscience, qui participe à la Lumière même de Celui qui n’est que Lumière (1Jean 1,5), est là pour nous aider, comme un signal perpétuellement offert à notre liberté de choisir. Sans cesse, elle nous rappelle la direction du Vrai, du Beau, du Bon, du Juste (Romains 2,14-15)… L’écoutons-nous ? Y faisons-nous attention ? Le premier enjeu est là, et il est loin d’être facile car l’homme se découvre habité par toutes sortes de désirs contraires, mystérieusement attisés par une créature qui, de son côté, a fait le choix du « non » à Dieu et qui cherche à nous entraîner dans son refus. Nous l’avons vu, la Bible l’appelle Satan, « l’adversaire, l’ennemi » de Dieu et donc des hommes créés à son Image et Ressemblance… Or se laisser entraîner, d’une manière ou d’une autre, sur la pente d’un désir contraire à Celui de notre Créateur, c’est toujours abîmer, occulter, mettre de côté notre relation de cœur à Dieu, une relation qui est vitale pour nous et qui détermine la qualité même de notre « vivre ». Dieu, en effet, est Vie, Vie toujours offerte (Jean 6,35.48 ; 10,10), foisonnement de Vie, Soleil de Vie (Psaume 84(83),12 (TOB et Traduction Liturgique) ; Jean 1,4 ; 8,12), Source d’Eau Vive (Jérémie 2,13 ; Psaume 42(41),2 ; Isaïe 12,3 ; 55,1 ; 66,12-13 ; Ezéchiel 47,1-12 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39 ; 19,33-35). Que la relation avec Lui ne soit plus ce qu’elle devrait être, et aussitôt l’homme ne reçoit plus la Vie comme il devrait la recevoir… Il ressent un manque, il est intérieurement blessé, il vit une souffrance… « Heureux l’homme qui m’écoute, qui veille jour après jour à mes portes pour en garder les montants ! », dit la Sagesse, une figure féminine qui personnifie Dieu Lui-même… « Car celui qui me trouve trouve la vie, il obtient la faveur du Seigneur ; mais qui pèche contre moi blesse son âme » (Proverbes 8,34-36)… L’homme pécheur est donc un être blessé, et par suite un souffrant… Et Dieu le regarde ainsi : il ne s’attarde pas à l’offense, mais il voit seulement la souffrance de celui ou celle qu’Il aime… Son cœur en est bouleversé (Osée 11,7-9), et il va agir par ses prophètes, puis par son Fils Jésus, pour appeler ses enfants à revenir avec Lui sur le Chemin de la Vie…

miséricorde de dieuDieu désire donc de tout son Etre que nous retrouvions tous la Vie en Plénitude, sa Vie. Pour celui qui l’accueille, il sera toujours son compagnon de route pour l’aider et le guider sur des chemins de Vie où il pourra expérimenter dès maintenant, dans la foi, quelque chose de cette Vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés. Alors, quelle Joie au ciel (Sophonie 3,17‑18 ; Luc 15,7) comme sur la terre (Jean 15,11) ! Mais nous avons à collaborer avec Lui à cette œuvre de Vie qui nous concerne, par les multiples choix que nous avons à faire tout au long de nos journées…

Dieu nous invitera donc tout d’abord à « veiller », à « faire attention » à toutes ces sollicitations qui nous rejoignent, soit par nos désirs intérieurs, soit par les circonstances extérieures : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible » ; oui, « plus que sur toute chose, veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie » (Matthieu 26,41 ; Proverbes 4,23 ; 16,17 ; Josué 1,7-8 ; Siracide (Ecclésiastique) 32,23 puis 1Timothée 4,16 ; Hébreux 12,14-15 ; Marc 13,33-37 ; Luc 12,35‑40). Et s’il s’agit de « veiller » pour éviter le mal, combien plus devrions-nous le faire pour accueillir et reconnaître Celui qui parsème notre vie de ses visites ! « Je dors, mais mon cœur veille… J’entends le Seigneur qui m’appelle : ouvre-moi mon ami ! » (Cantique 5,2 ; Apocalypse 3,20 ; Sagesse 6,12-16). Elles seront toujours Salut offert (Luc 1,76-79) et donc Vie, Plénitude de Vie…

veillez_et_priezEt si Dieu nous invite à « veiller », il est comme toujours le premier à mettre en pratique ce qu’Il nous demande : Il « veille » sur chacun d’entre nous, toujours et partout (cf. Job 10,9‑12 ; 29,2-3 ; Exode 23,20-22 ; Deutéronome 2,7 ; 32,7-14 ; Proverbes 2,6-13 ; Esther 5,1 ; 2Maccabées 15,2 ; Ezéchiel 34,15-16). C’est ce que fit Jésus vis-à-vis de ses disciples (Jean 17,12). Or, Ressuscité, Il est toujours avec nous (Matthieu 28,18‑20 ; Jean 14,3.18.23) et Il continue de veiller sur chacun d’entre nous en nous envoyant la Lumière de l’Esprit qui nous permet de discerner entre ce qui est bon et ce qui ne l’est pas (1Thessaloniciens 5,19-22). Et elle sera au même moment « force » offerte pour renoncer au mal et choisir le bien (2Timothée 1,7). Et cette sollicitude, il l’exerce encore par ceux qu’Il a appelés à devenir les Pasteurs de son troupeau (1Thessaloniciens 5,12-13 ; Hébreux 13,17 ; 1Pierre 5,2-3). Le Pape Jean-Paul II en fut un magnifique exemple…

Et si la tentation devient plus pressante, St Paul nous assure que la grâce se fera plus forte encore : « Aucune tentation ne vous est survenue, qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter » (1Corinthiens 10,13). Cette idée de « supporter » nous invite à la patience. La tentation, qui a toujours quelque part prise sur nous, ne disparaîtra pas comme par un simple coup de baguette magique… mais « Dieu nous encourage puissamment, nous qui avons trouvé un refuge (avec Lui et en Lui), à saisir fortement l’espérance qui nous est offerte. En elle, nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide » (Hébreux 6,18-19)… Cette espérance s’enracine et se nourrit dans le don de l’Esprit Saint (Romains 15,13 ; 1Pierre 1,3), qui est l’ancre véritable lancée au cœur de tout chrétien, le roc sur lequel il peut ensuite construire toute sa vie (Matthieu 7,24-25)…

Et si, hélas, la chute survient, « si nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle » (2Timothée 2,13)… La grâce surabondera là où le péché a abondé (Romains 5,20) et avec elle, le Bon Pasteur cherchera sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve (Luc 15,4-7)… Il consolera celui qui s’est fait mal en tombant, et il l’invitera à se relever le plus vite possible : « Fait-on une chute sans se relever ? Se détourne-t-on sans retour ?… Reviens, rebelle Israël, car Je Suis miséricordieux. Je veux guérir vos rébellions » et toutes leurs conséquences (cf. Jérémie 8,4 ; 3,11.22)…

Therese novice
Ste Thérèse de Lisieux nous donne quelques conseils dans notre combat de tous les jours :

– Tout d’abord, elle ne désespérait jamais de la Miséricorde de Dieu, car elle avait découvert à quel point elle s’était révélée et offerte en Jésus-Christ, Lui qui, par amour, a voulu descendre au plus profond de la misère humaine : « En descendant ainsi le Bon Dieu montre sa grandeur infinie »…

– Elle essayait de « rester un petit enfant devant le Bon Dieu », et qu’est-ce que cela veut dire ? « C’est », disait-elle « reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son Père ; c’est aussi ne s’inquiéter de rien … Enfin, c’est ne pas se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal… Voyez les petits enfants : ils ne cessent de casser, de déchirer, de tomber, tout en aimant beaucoup, beaucoup leurs parents. Quand je tombe ainsi, cela me fait voir encore plus mon néant et je me dis : « Qu’est-ce que je ferais, qu’est-ce que je deviendrais si je m’appuyais sur mes propres forces ? » »

3 – Une mauvaise pensée survient ? Elle essaye de ne pas s’y arrêter : « Faut-il tant aimer le bon Dieu et la Sainte Vierge et avoir ces pensées-là !… Mais je ne m’y arrête pas ».

4 – Elle regrette un geste, une attitude, une parole ? « Quand j’ai commis une faute qui me rend triste, je sais bien que cette tristesse est la conséquence de mon infidélité. Mais croyez-vous que j’en reste là ? Oh non ! Pas si sotte ! Je m’empresse de dire au Bon Dieu : Mon Dieu, je sais que ce sentiment de tristesse, je l’ai mérité, mais laissez-moi vous l’offrir tout de même comme une épreuve que vous m’envoyez par amour. Je regrette mon péché, mais je suis contente d’avoir cette souffrance à vous offrir ». En agissant ainsi, elle mettait alors en œuvre cet autre conseil : « Aimer, c’est tout donner », le bien comme le mal… Et en offrant au Seigneur ce qui n’avait peut‑être pas été totalement conforme à sa volonté, elle se retrouvait aussitôt dans les bras de Celui dont l’unique désir est de nous « délivrer du mal » et de tous ses liens pour nous arracher aux ténèbres et nous transférer dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé, en sa Lumière, sa Présence et son Amour (Colossiens 1,12-14 ; Actes 26,15‑18 ; Jean 8,31-36 ; Ephésiens 1,3-6)… « Le Dieu que nous avons est un Dieu de délivrances ». Aussi, Seigneur, puisque « je suis pauvre et malheureux », puisque « mon cœur est blessé au fond de moi », « agis pour moi selon ton Nom, délivre-moi, car ton amour est bonté » (Psaume 68(67),21 ; 109(108),21-22 ; 6,5 ; 18(17),17-20)…

                                                                                                                  D. Jacques Fournier

[1] POUILLY J., Dieu notre Père (Cahiers Evangile 68, Saint-Etienne 1989) p. 36.

[2] Catéchisme de l’Eglise catholique & 2794.

[3] Catéchisme de l’Eglise catholique & 2780-2781 p. 568.

[4] C’est ainsi que la TOB traduit en Ezéchiel l’expression « sanctifier le Nom de Dieu » par « montrer la sainteté du Nom de Dieu ».

[5] « La malédiction » en soi n’existe pas ; Dieu ne sait que bénir. Ce mot de « malédiction » ne fait que traduire l’état de celui qui, s’étant séparé de Dieu, est devenu étranger à toutes ces bénédictions qu’il ne cesse pourtant de vouloir lui offrir.

[6] A l’époque, pour St Paul, si on n’était pas Juif, on était Grec ou de culture grecque… L’expression « Juifs et Grecs » englobe donc toute l’humanité…

[7] DURRWELL F.-X., Le Père. Dieu en son mystère (Paris 1998) p. 235.

[8]Catéchisme de l’Eglise catholique p. 573: “Le Père, qui nous donne la vie, ne peut pas ne pas nous donner la nourriture nécessaire à la vie, tous les biens “convenables”, matériels et spirituels ».

[9] Catéchisme de l’Eglise catholique p. 573.

[10] Catéchisme de l’Eglise Catholique & 2840 p. 580.

[11] JEREMIAS J., Paroles de Jésus (Paris 1963) p. 75. Cité par POUILLY J., Dieu notre Père (Cahiers Evangile 68) p. 48.

[12] Catéchisme de l’Eglise catholique & 2843 p. 580.

[13] Catéchisme de l’Eglise catholique & 2842 p. 580.

[14] TOURNAY R.J., “Ne nous laisse pas entrer en tentation”, Nouvelle Revue Théologique n° 120 (1998).

Fiche n°13 – Lc 11,1-4 : cliquer sur le titre précédent pour accéder au fichier PDF pour lecture ou éventuelle impression




Jésus, en marche vers sa Passion, prépare ses disciples à la mission (Luc 9,51-10,42)

Ici commence la deuxième grande partie de l’Evangile selon St Luc. Jusqu’à présent, Jésus annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu (Luc 4,42-44; 6,20 ; 8,1-3.9-10 ; 9,10‑11.27) dans la région de la Galilée, au nord de la Palestine. Maintenant – et St Luc emploie une tournure grecque unique pour le décrire[1] – il va prendre gravement, avec courage, le chemin de Jérusalem, cette ville où il s’offrira sur le bois de la Croix pour le salut du monde. Les termes choisis suggèrent la difficulté de la démarche : le Christ, si humain, ne voit pas s’approcher avec joie l’heure de la souffrance et de la mort. Il prendrait bien un autre chemin si cela lui était possible : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! », dira-t-il au mont des Oliviers, juste avant son arrestation. Mais son amour du Père et des hommes, qu’il est venu arracher aux griffes du mal pour leur donner de connaître avec Lui la Vie, la Paix et la Joie, lui donnera le courage d’aller jusqu’au bout : « Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais ta volonté, qui se fasse »… « Allons, il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé » (Luc 22,42-44 ; Jean 14,31). Alors, « louez le Seigneur, tous les peuples ; fêtez-le, tous les pays ! Son amour envers nous s’est montré le plus fort » (Psaume117(116))…

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)

Notons aussi que St Luc a déjà employé plusieurs fois le verbe « s’accomplir » pour bien montrer que le projet de Dieu annoncé dans les Ecritures d’Israël s’accomplissait parfaitement avec le Christ (Luc 1,20 ; 4,21). Nous le retrouvons en Luc 9,51 (cf note 1), puis il disparaît de l’Evangile pour réapparaître seulement au moment de la Passion (Luc 21,24 ; 22,16) et dans la bouche du Ressuscité expliquant les Ecritures à ses disciples (Luc 24,44). Toute la seconde partie de l’Evangile est donc tout entière tendue vers cet accomplissement du projet de Dieu pour le salut du monde : Jésus prend ici avec courage le chemin de Jérusalem, les yeux fixés sur la Croix qui l’attend… Son souci, désormais, sera de bien préparer ses disciples à la mission qui sera la leur après sa mort et sa Résurrection…

Un village de Samaritains refuse d’accueillir le Christ

Le début du ministère de Jésus avait commencé par l’accueil éphémère (Luc 4,22) puis le rejet des habitants de Nazareth (Luc 4,28-30). Cette seconde étape commence elle aussi par un rejet, celui d’un village samaritain[2]. Certes, ses habitants ne savent pas « qui » est Jésus. Ils refusent de le recevoir pour la seule raison qu’il va à Jérusalem, une ville qui centralisait pour eux toutes leurs rancœurs vis-à-vis des Juifs. Jacques et Jean se proposent alors de réagir comme Elie le fit autrefois face à ses adversaires (2Rois 1,1-18). Mais Jésus n’est pas ainsi. L’amour seul l’anime, un amour universel, offert même à ceux qui le rejettent (Luc 6,27-35 ; 23,34 ; Romains 5,6-8)… Il respectera donc leur décision et partira pour un autre village… Bien sûr, il ne leur gardera pas rancune de ce refus, bien au contraire… Un peu plus tard, il donnera même à un Juif Maître de la Loi, l’exemple d’un « bon Samaritain » qui sut se faire le prochain d’un homme dans le besoin, alors qu’un prêtre et un Lévite[3] venaient de passer à ses côtés sans réagir (Luc 10,29‑37). Il guérira aussi dix lépreux, dont un samaritain (Luc 17,11-19) que Jésus donnera à nouveau en exemple : il sera en effet le seul à revenir sur ses pas pour lui dire « Merci ! »… Et St Jean nous rapportera de son côté le bon accueil que lui réserva tout un village de Samaritains (Jean 4,1-42). Plus tard, après sa Résurrection, Jésus demandera à ses disciples de retourner en Samarie pour leur annoncer la Bonne Nouvelle du Salut et de la Vie (Actes 1,8 ; 8,4-8 ; 8,14-15 ; 8,25 ; 9,31). Lui-même sera avec eux (Matthieu 28,18-20), agissant avec la Toute Puissance de l’Esprit Saint, pour que sa Parole de Vérité soit accueillie (Ephésiens 1,13-14 ; Jean 15,26 ; 1Thessaloniciens 1,4-6 ; Luc 24,32 ; Jean 8,40 avec 17,7-8.20)… Et s’ils ouvrent la porte de leur cœur, il sera encore le premier à être heureux de pouvoir établir avec eux une communion de Vie et d’Amour (Apocalypse 3,20 ; Jean 14,21-23 ; Luc 15,7.10) qui débouchera au ciel dans la Plénitude même de Dieu (Ephésiens 1,3-6)…

 

Les conditions pour suivre Jésus (Luc 9,57-62)

 

Ces trois petits épisodes, regroupés juste avant l’envoi en mission des « soixante douze » disciples, soulignent l’urgence de la mission à laquelle il ne faut rien préférer… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Jésus donnera plus tard comme consigne : « N’échangez de salutations avec personne en chemin ». Et a la TOB précise en note : « Les salutations orientales sont interminables. Or le message est urgent (cf 2Rois 4,29[4]) »…

figuier stérile 3

Le Christ invite donc ses disciples à faire des choix radicaux, pour Lui et pour l’Evangile. Le suivre n’est donc pas toujours facile, et il le sait bien (Actes 9,15-16) ! St Paul en a fait l’expérience, mais il a aussi constaté combien le Seigneur était toujours présent au cœur de son épreuve pour l’encourager, le soutenir, le consoler : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des Miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos souffrances »… (2Corinthiens 1,3-4 ; 1,8-10 ; 4,6-12 ; 6,4‑10 ; 11,21b-33 ; 1Corinthiens 4,9-13). St Luc insiste ici par trois fois sur l’aspect humainement exigeant de l’appel de Jésus, sans décrire, semble-t-il, les grâces, sources de joie, que le Christ donne toujours à ceux et celles qu’il appelle. Il le fera plus tard, insistant là aussi par trois fois sur la joie des disciples « d’être inscrits au Livre de Vie », sur la joie de Jésus « sous l’action de l’Esprit Saint », et à nouveau sur le bonheur de ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! » (Luc 10,17-24). La joie de Jésus rejoint d’ailleurs celle de ses disciples, car il leur promet, s’ils acceptent de le suivre, « d’être là où Lui, il est » : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où Je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12,26). Et où est Jésus ? « Dans le Père » (Jean 14,10-11), c’est-à-dire uni au Père dans la communion d’un même Esprit, cet Esprit qui est Source de Vie (Jean 6,63 TOB ; Galates 5,25), de Paix (Galates 5,22-23) et de Joie (1Thessaloniciens 1,6) ! « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jean 15,11). Et il sait de quoi il parle, Lui qui est le Serviteur du Père, Lui qui « suit » le Père en accomplissant parfaitement sa volonté : là est toute sa Vie (Jean 4,34), toute sa Paix, toute sa Joie (Luc 10,21-22)…

suis-moi

A l’occasion de la première rencontre, Jésus va souligner son aspect missionnaire : il passe de villes en villages (Luc 4,42-44) pour annoncer à tous combien Dieu est tout proche (Actes 17,26-28 ; Matthieu 3,2), offert à notre bonne volonté et à notre foi… Il n’a donc pas « d’endroit où reposer la tête »… Il sait ce que cela signifie « dormir à la belle étoile », au Mont des Oliviers par exemple (Luc 21,37 ; 22,39). Il savait aussi accepter l’hospitalité avec simplicité : chez Pierre, à Capharnaüm, où il revenait souvent (Matthieu 4,12-13 ; Marc 2,1 et 9,33 où l’expression « à la maison », renvoie à la maison de Pierre. Elle a été retrouvée par des Franciscains à l’occasion de fouilles archéologiques), chez Marthe et Marie (Luc 10,38), chez Simon le lépreux (Matthieu 26,6), chez St Matthieu son tout nouveau disciple (Luc 5,27-32)… Plus tard, Jésus invitera ses disciples à accepter avec la même simplicité l’hospitalité qui leur sera offerte, mangeant ce qui leur sera servi (Luc 10,5-8)…

Dans le second épisode, l’homme que Jésus appelle lui répond : « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon Père ». Comme l’indique en note la Bible des Peuples, « cela signifie très probablement qu’il voulait s’occuper de son père âgé jusqu’au moment où il l’aurait enterré (cf Tobie 6,14-15) ». Répondre « oui » dans la foi et la confiance à l’appel de Jésus sera alors lui manifester la même confiance vis-à-vis des proches que nous devrons quitter : le Christ Lui-même s’occupera aussi très concrètement d’eux, d’une manière ou d’une autre, pour que tout se passe le mieux possible, et cela jusqu’à la fin… A tout appel correspond une grâce, et nous sommes tous appelés : les uns à tout quitter pour suivre le Christ, les autres à accepter cette séparation demandée par le Seigneur, dans la certitude qu’Il s’occupera aussi bien des uns et des autres pour que tous ne manquent de rien (Luc 12,22-32). Il est en effet inconcevable qu’il n’en soit pas ainsi. Le Seigneur pourrait-il en effet nous inviter à faire le contraire de la Loi de Moïse (Exode 20,12), lui qui n’est pas venu pour abolir, mais pour accomplir (Matthieu 5,17) ? Lui qui nous demande « d’aimer notre prochain comme nous-mêmes » (Matthieu 22,34-40 ; cf 19,16-22), pourrait-il nous pousser à ne pas aimer nos parents, ces tout premiers « prochains » que Dieu nous a donnés ? Lui qui a su prendre soin de sa Mère, jusque sur la Croix, en la confiant à son disciple bien-aimé, pourrait-il nous interdire de faire de même (Jean 19,25-27) ? Non… Par ces paroles qui peuvent sembler dures en première lecture, Jésus invite tout simplement ses disciples à lui faire confiance : confiance pour eux-mêmes, et confiance pour leurs parents qu’ils doivent quitter pour le suivre…

Saint Jean

Le troisième et dernier épisode insiste sur l’urgence de la mission et le don sans retour que Jésus attend de ses disciples. Elisée, avant de suivre Elie, lui avait demandé « d’aller embrasser son père et sa mère » (1Rois 19,19-21). Jésus, ici, semble encore plus exigeant, mais là encore cette position extrême n’est qu’insistance sur la détermination à le suivre que Jésus attend de ses disciples, et il sait que les « au revoir » ne sont jamais faciles… Que les cœurs ne vacillent donc pas pour répondre avec courage et chaque jour à l’appel reçu… En dehors de ce contexte immédiat, la Parole de Jésus a aussi une portée plus grande. « Suivre le Christ » est tout d’abord, et cela est valable pour toutes les vocations, « mettre le Christ en premier dans son cœur et dans sa Vie » en essayant, avec Lui, de renoncer à tout ce qui est contraire à la dynamique du Royaume des Cieux. Sans cette conversion permanente, le danger serait grand de retourner à ses fautes et à ses erreurs passées. Et celui qui agirait ainsi se détournerait du Christ « Source de Vie » et il lui serait alors impossible d’accomplir « les œuvres de Dieu ». Il deviendrait stérile comme la femme de Lot transformée en « colonne de sel » (Genèse 19,23-26 ; cf. Jean 15,4-5 ; Matthieu 5,13-16 où le sel a un autre sens symbolique, positif cette fois, de « donner du goût et de la saveur » à la vie…). Il s’agira donc désormais de faire comme St Paul : « Oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là‑haut, dans le Christ Jésus… C’est ainsi qu’il nous faut penser ; et si, sur quelque point, vous pensez autrement, là encore Dieu vous éclairera. En attendant, quel que soit le point déjà atteint, marchons toujours dans la même ligne » (Philippiens 3,13-16)…

La mission des soixante douze disciples (Luc 10,1-16)

« Jésus désigna 72 autres disciples et les envoya deux par deux en avant de lui dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller »…

Jésus avait d’abord envoyé les Douze apôtres en mission (Luc 9,1-6), ceux-là qui plus tard seront appelés à devenir les colonnes de l’Eglise naissante (Galates 2,7-10), le fondement de l’édifice étant le Christ Jésus Lui-même (1Corinthiens 3,10-15). Maintenant, Jésus envoie également en mission « 72 autres disciples » en des termes quasiment identiques … Or « 72 » est le résultat de « 6 x 12 ». En rajoutant les Douze Apôtres, on a donc « 6 x 12 + 1 x 12 » soit en tout « 7 x 12 », et le chiffre « sept » est, dans la Bible, synonyme de perfection et de plénitude. Toute l’Eglise est donc envoyée en mission[5]… Nous retrouvons la même logique à la fin de l’Evangile où le Christ Ressuscité donnera ses consignes missionnaires « aux Onze et à leurs compagnons » (Luc 24,33-36). Aujourd’hui, la mission de l’Eglise ne concerne donc pas seulement les Evêques, successeurs des Douze, et les prêtres qui collaborent avec les Evêques pour le bon accomplissement de leur ministère de Pasteur, mais aussi les laïcs… Nous sommes tous envoyés par le Christ, pour annoncer, là où nous sommes, dans nos familles, dans notre travail…, la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur. Et le Christ invite ici à partir « deux par deux », c’est-à-dire accompagnés et soutenus par un autre[6]… Nous ne serons pas seuls : en Eglise, nous pourrons compter sur quelqu’un ou même, sur un petit groupe… De plus, le chiffre « deux » renvoie à la notion de « témoignage » : il fallait en effet au moins deux ou trois témoins pour qu’un témoignage soit recevable en justice (Deutéronome 19,15). Les disciples envoyés par le Christ seront donc avant tous les témoins de ce qu’ils auront vu, entendu et vécu avec Lui. Ils seront ainsi comme Jean-Baptiste qui invitait à « préparer les chemins du Seigneur » (Luc 3,1-6 ; cf. Isaïe 40,1-11 ; 52,6-10) où « Lui-même devait aller »… Et après la mort et la résurrection du Christ, cette dernière indication s’accomplira, dans la foi, avec la Présence même du Ressuscité qui sera là où ses disciples seront (Matthieu 28,18-20). Par son Esprit, il les aidera à trouver les mots justes pour rendre témoignage à la Bonne Nouvelle du Salut (1Corinthiens 2,13 ; cf. Luc 21,12-15 et Matthieu 10,17-20). Par son Esprit, il agira aussi au cœur de ceux et celles qui les écouteront pour que ces Paroles de Vérité soient bien accueillies (1Corinthiens 2,1-5 ; 1Thessaloniciens 1,6 ; Jean 15,26), comme l’explique une note de la Bible de Jérusalem (cf. Esprit Saint1Jean 4,13) : « Ce don de  l’Esprit annoncé pour les derniers temps a été répandu dans les cœurs et y fait naître la certitude intime de ce que les apôtres annoncent extérieurement »… La mission devient alors un acte de foi en Celui qui est en fait « le Missionnaire » par excellence : le Christ Ressuscité qui continue invisiblement, mais avec la Puissance, la Douceur, la Lumière et le Feu de l’Esprit Saint, à annoncer le Dieu d’Amour par son Eglise qui est « son Corps » (Romains 12,4-13 ; 1Corinthiens 10,16‑17 ; 12,12-30)… Mais encore faut-il que des « ouvriers » se lancent dans l’aventure. Ils sont « peu nombreux » ; le Seigneur les attend, les désire, et nous invite tous à « prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson »…

Notons que ces « ouvriers » reçoivent, comme les Apôtres, mais bien sûr en lien avec eux (Actes 20,28), « autorité (ou pouvoir) sur tous les démons » (Luc 9,1), c’est-à-dire « l’autorité (ou le pouvoir) de fouler aux pieds toute la puissance de l’ennemi » (Satan) de telle sorte que « rien ne pourra leur nuire » (cf. Marc 16,15-18). Jésus les invite également à « guérir les malades » (Luc 9,1-2 ; 9,6 ; 10,9), une invitation qui est toujours en lien avec « la proclamation de la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux » : ces guérisons seront en effet les signes visibles de la Présence invisible et efficace de Dieu qui se propose à notre foi pour nous offrir le pardon de toutes nos fautes, et avec lui, le don de la vie éternelle… St Paul écrivait : « C’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc – nous les ouvriers envoyés à sa moisson – en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Corinthiens 5,19-20). Et les fruits de cette réconciliation seront un mystère de communion avec Dieu (Ephésiens 2,18 ; Galates 3,27-28 ; 1Jean 1,1-4 ; Jean 14,23 ; 17,20-23) où chacun trouvera, dans le don de l’Esprit Saint, le repos du cœur (Matthieu 11,28-30), la Paix intérieure (Jean 14,27), la Vie (Jean 6,47), la Joie (Jean 15,11)… Tel est ce « Royaume de Dieu qui est tout proche de nous » (Luc 10,9.11), frappant inlassablement à la porte de nos vies et de nos cœurs…

jésus frappe à la porte

Les ouvriers envoyés à la moisson doivent d’ailleurs dire en entrant dans une maison : « Paix à cette maison ! » En agissant ainsi, ils annonceront déjà « l’Evangile de la Paix » (Ephésiens 6,15), cette Paix étant synonyme en hébreu de Plénitude, « don divin qu’ils apportent dans la demeure où ils pénètrent. Qui est « fils de la paix », c’est-à-dire ouvert et réceptif à la Bonne Nouvelle du Règne et à ce don, le recevra effectivement. Et lorsque quelqu’un se ferme et ne croit pas que la paix lui vienne par la bouche du missionnaire, ce « cadeau » n’est pas perdu pour autant : ayant fait ce qu’il devait, le missionnaire demeure en paix »[7].

Enfin, la Loi de Moïse distinguait entre les animaux purs que l’on pouvait manger, et les impurs qu’il fallait proscrire (Lévitique 11). De plus, tous ceux qui n’obéissaient pas à toutes les prescriptions de la Loi, et notamment les païens, étaient considérés comme des êtres impurs : il était alors interdit d’entrer chez eux et de manger avec eux (cf. Luc 5,29-32 ; 15,1-2 ; Jean 18,28). Mais le disciple de Jésus est libéré de toutes ces prescriptions et il n’existe plus pour lui de barrières entre les hommes (1Corinthiens 10,25-27; cf. Ephésiens 2,14-18 où la barrière séparant les deux peuples, les Juifs et les païens, est la Loi ; le Christ l’a supprimée pour que ceux qui étaient loin (les païens) et ceux qui étaient proches (les Juifs) ne fassent plus qu’un seul et même Peuple, une Humanité Nouvelle rassemblée par le Christ, dans l’Esprit, autour du Père. Voir également Actes 10,9-16; à la suite de cette vision, Pierre, qui logeait déjà chez un homme impur de par son métier, Simon le corroyeur (Actes 10,6), n’aura plus de scrupules à accueillir chez lui des païens (Actes 10,19‑23), à marcher avec eux (Actes 11,12) et à entrer chez eux (Actes 10,23-29)). Toute l’humanité, sans exception, est aimée par Dieu et appelée au salut (cf. 1Timothée 2,3-6 ; Jean 3,16-17 ; 6,39 et le Père lui a donné le monde à sauver ; 17,1-3). L’ouvrier envoyé à la moisson peut donc dire, comme St Paul (1Corinthiens 9,18-22) : St Paul« En annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans pleinement user du droit que me confère l’Évangile[8]. Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre. Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi – moi, qui ne suis pas sujet de la Loi – afin de gagner les sujets de la Loi. Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi – moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ – afin de gagner les sans-loi. Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns ». Puissions-nous faire de même…

Cet épisode se termine sur l’éventualité d’un refus d’accueillir « les ouvriers envoyés à la moisson ». Comme en Luc 9,5, le geste manifestant la rupture est sans équivoque. Mais le Christ invite une nouvelle fois à annoncer cette Bonne Nouvelle, envers et contre tout : « Pourtant, sachez-le, le Royaume de Dieu est tout proche »… Si aujourd’hui, ils le refusent, peut‑être finiront-ils un jour par lui ouvrir leur cœur… Mais attention, ils seront responsables des conséquences de leur refus… Et s’ils se ferment à l’Amour, à la Miséricorde, à la Justice, au Pardon, à la Vérité et à la Paix, ils risquent de laisser le champ libre à la haine, la jalousie, l’injustice, la vengeance, le mensonge et la guerre… Autant de forces de destructions qui ne pourront laisser derrière elles qu’un immense champ de ruines. Il ne sera pas question alors de « jugement divin » ou de « châtiment de Dieu » : seuls les hommes, par leur refus de l’Amour, auront été les artisans de leur propre malheur (Jérémie 2,15-19 ; 4,18). Aussi le Christ se lamente‑t-il par avance sur eux (Matthieu 23,37-38). S’ils avaient pu accueillir celui qui, par ses envoyés, était susceptible de leur donner la Paix et la Joie…

Diapositive12« Premier lieu pourtant où Jésus avait guéri et prêché (Luc 4,23.31), Capharnaüm a fait montre d’un endurcissement du cœur » hors du commun. « Au moyen d’une allusion à Isaïe 14,13-15, le Maître signifie à l’orgueilleuse cité qu’elle va tomber de haut de façon catastrophique ; en rejetant l’Envoyé de Dieu, elle a signé son propre rejet »[9]. Comment, en effet, pourrait-être sauvé celui qui refuse de se laisser saisir par l’unique Sauveur ? Même si ce dernier le presse d’accepter son amour et son aide, son refus est synonyme pour lui de condamnation (Jean 3,16-18). Mais encore une fois, qui condamne ? Dieu ? Certainement pas (Jean 8,11 ; 1Jean 1,8-2,2 ; Romains 8,31-39) ! Il ne désire que nous sauver… C’est l’homme qui, par son refus de Dieu, se condamne lui-même…

Enfin, Jésus conclut son discours en ces termes : « Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m’a envoyé ». Jésus en effet a donné à ses disciples la Parole qu’il avait lui-même reçue de son Père (Jean 17,6-8), et l’Esprit Saint aidera l’Eglise jusqu’à la fin des temps à garder intact ce dépôt (2Timothée 1,14 ; Jean 14,26 ; 1Corinthiens 2,9-13)… saint_paulSt Paul prêche ainsi « dans le Christ », c’est-à-dire « uni au Christ dans la communion d’un même Esprit » (2Corinthiens 2,17; 12,19; Romains 9,1 ; Philémon 1,8-9), « miséricordieusement investi de ce ministère » (2Corinthiens 4,1 ; 1Timothée 1,12-17), et il a ainsi conscience que le Christ parle avec Lui et par Lui (2Corinthiens 13,3). Tel est le mystère de l’Eglise « Corps du Christ », unie au Christ dans la communion d’un même Esprit, et qui ne cesse d’offrir au monde « la Parole du Christ » pour inviter tous les hommes au Salut et à la Vie…

Le retour de mission des Soixante-Douze (10,17-24)

Les Soixante-Douze reviennent « joyeux », de cette Joie simple et discrète qui jaillit du cœur à cœur avec Jésus, le Ressuscité, le Vainqueur du mal, des ténèbres et de la mort. Et voici qu’ils se découvrent eux aussi, par leur union au Christ, « vainqueurs » (2Corinthiens 2,14 ; Romains 8,35-39 ; 1Jean 5,4-5 ; Apocalypse 3,20-21 ; 21,5-7 ; Jean 10,27-30)… Mais c’est l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ, cet Esprit qu’ils reçoivent instant après instant du Christ dans une relation de cœur humble et confiante, qui leur donne de remporter la victoire (Matthieu 12,28 ; Luc 11,20). Qu’ils ne se glorifient donc pas de tout ce que le Christ leur a donné : ils risqueraient de tomber dans l’orgueil, et par là-même de se séparer de Lui. Ils seraient alors à la merci de celui qui, pour l’instant, leur est soumis !

Feuille lumière vie« Le vrai motif de la joie des représentants de Jésus n’est pas à chercher dans leur pouvoir sur les forces infernales, mais dans le fait que Dieu a inscrit leurs noms dans le Livre de Vie : ils ont la promesse d’hériter de la Vie qui ne finit pas », une Vie qu’ils commencent dès maintenant à recevoir dans la foi et par leur foi (Jean 6,47)[10]

Mais la joie des disciples fait la joie de Jésus ! Et lui aussi tressaille de joie dans ce même Esprit qu’il reçoit de son Père. Un mystérieux renversement se réalise : ceux qui croient tout savoir sont en fait aveuglés par l’orgueil, et ils demeurent étrangers aux réalités d’en haut (Jean 9,39‑41 ; 1Corinthiens 1,18-31 ; 2,14 où, comme l’indique en note la Bible de Jérusalem, « l’homme psychique » est l’homme laissé aux seules ressources de sa nature)… Par contre, les simples et les tout-petits ont su ouvrir leur cœur à l’action du Père qui leur a donné, grâce à l’action de l’Esprit Saint, d’entrer dans le mystère de Jésus (1Corinthiens 2,9-12 ; Ephésiens 1,17-21 ; Jean 16,12-15) … Ils sont alors « heureux » comme Jésus lui-même est « heureux » (Matthieu 16,15-17). Eclairés de l’intérieur, « leurs yeux illuminés du cœur » (Ephésiens 1,18 ; Matthieu 4,16) savent percevoir en Jésus et dans ses Paroles « quelque chose » de sa Gloire (Jean 6,40[11] ; 6,67‑69 ; 7,45-46 ; 1Jean 1,1-4 ; Luc 9,28-32… Le Christ apparaît pleinement ici comme « l’unique Médiateur » (1Timothée 2,5-6), le seul « Chemin » (Jean 14,6) par qui il nous est donné, dès maintenant, dans la foi et par notre foi, « d’oser nous approcher du Père en toute confiance » (Ephésiens 3,11‑12), et de « le connaître » (Jean 1,18) en ayant part à sa Vie (Jean 17,1-3). Il est pleinement ce « Fils » -et il en a conscience (cf. Luc 10,22 où le mot « Fils » intervient trois fois)- venu en ce monde pour que nous devenions nous aussi, et le plus pleinement possible, des fils et des filles de Dieu par notre foi en Lui (Jean 1,12-13)…

L’amour de Dieu et du prochain (Luc 10,25-42)

Mais « devenir fils et fille de Dieu » engage toute la vie, car il s’agit avant tout de recevoir dans la foi une grâce qui est de l’ordre de la Vie, la Vie même de ce Dieu qui est Amour et qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16)… Cette Vie sera donc tout en même temps dynamisme d’amour et force pour aimer (Jean 6,63 avec Romains 5,5 et Galates 5,22-25)… Elle ne pourra donc que nous entraîner à vivre comme Dieu vit de toute éternité, et sa Vie n’est qu’Amour… Dès lors, le seul et unique commandement ne peut être que Celui de l’amour : un cœur tourné tout entier vers Celui qui, de son côté, est tourné tout entier vers chacun d’entre nous pour nous combler de ses dons (Jérémie 32,40-41). Et ces grâces seront « amour ». Elles nous aideront et nous soutiendront pour mettre en pratique ce que Jésus attend de chacun d’entre nous : « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15,12)… Ainsi, avec le Christ, le commandement de l’Amour de Dieu (Deutéronome 6,4-5) et celui de l’amour du prochain (Lévitique 19,18) ne peuvent plus faire qu’un seul et unique commandement. Celui qui aime vraiment Dieu en lui ouvrant son cœur ne peut pas, au même moment, témoigner de la haine ou du mépris vis-à-vis de son prochain. Si son ouverture de cœur est vraie, totale et sincère, la grâce qu’il recevra de Celui qui n’est que Source de Vie et d’Amour ne pourra que l’entraîner sur des chemins de Vie et d’Amour envers tous ceux et celles qui l’entourent…

Le bon Samaritain, Van GoghPour illustrer ce commandement de l’amour, Jésus donnera deux exemples. Le premier, la parabole du « Bon Samaritain », pose la question : « Qui est mon prochain ? » Jésus évite de répondre de manière trop précise : l’amour ne peut que renverser les barrières qui existent entre les hommes . Il est universel… Aussi donnera-t-il l’exemple « d’un homme », sans préciser sa nationalité ou ses origines, tombé aux mains de brigands qui le laissent « à demi-mort »… Or la Loi de Moïse interdisait de toucher un cadavre sous peine de devenir impur (Nombres19,11‑13). Le Lévite (serviteur du Temple) et le Prêtre, pour qui la Loi était encore plus exigeante (Lévitique 21,1-4 ; Ezéchiel 44,25-27) ne veulent donc pas prendre un tel risque : ils passent leur chemin… Ils n’ont pas su dépasser la barrière de la Loi et mettre à la première place la détresse et le besoin de cet homme… Par contre, un Samaritain, ennemi juré des Juifs à cette époque (Siracide 50,25‑26 ; Jean 4,9 ; 8,48 ; Luc 9,52-55), saura se laisser toucher par la souffrance de cet homme et lui ouvrir son cœur, même s’il pouvait, à priori, le considérer comme un ennemi. Et là, Jésus renverse la perspective : il ne s’agit plus de savoir « qui » est mon prochain, mais plutôt de se faire le prochain de tous ceux et celles qui nous entourent, fussent-ils nos ennemis (cf. Luc 6,27-38) !

Marthe et Marie, Jean VermeerLe deuxième exemple (Luc 10,38-42) soulignera la dynamique qui devrait être celle de tout disciple de Jésus : mettre à la première place l’amour de Dieu, « de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit », puis l’amour du prochain qui ne sera que l’expression vivante de notre amour pour Dieu (1Jean 4,7-8 ; 4,12 ; 4,19-20)… Dès lors, Marie, « assise aux pieds du Seigneur », dans la position du disciple qui écoute son Maître, « a choisi la meilleure par» en se mettant à l’écoute de la Parole de Dieu. Douce comme le miel (Ezéchiel 3,1-3), elle est la nourriture qui demeure en vie éternelle (Jean 6,27), le Pain de Vie offert à tous (Jean 6,35-47). Marthe aurait dû se préoccuper d’abord de ce Pain là avant de se laisser « absorber par les multiples soins du service »… Elle aurait alors compris « qu’elle se donnait beaucoup de soucis et qu’elle s’agitait pour beaucoup de choses », alors que le Christ recherche avant tout la simplicité du cœur et la paix… A nous maintenant d’essayer de privilégier notre relation de cœur avec le Seigneur, avant de nous laisser accaparer par les multiples soucis de la vie (cf. Luc 8,14). Comme l’écrivait St Paul aux Philippiens : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. N’entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Philippiens 4,4-7)…

                                                                                                                          D.Jacques Fournier

[1] Luc 9,51, littéralement : « Et il advint, comme s’accomplissaient entièrement les jours de son enlèvement (allusion à l’Ascension de Jésus auprès du Père ; le même mot est employé en Ac 1,2.11.22), qu’il fixa (affermit, fortifia) sa face pour aller à Jérusalem »… Peut-être est-ce une allusion au troisième chant du Serviteur en Isaïe 50,5-9 : « Le Seigneur Yahvé m’a ouvert l’oreille, et moi je n’ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé. J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats. Le Seigneur Yahvé va me venir en aide, c’est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Qui est mon adversaire ? Qu’il s’approche de moi ! Voici que le Seigneur Yahvé va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait ? » Notons combien ce texte insiste sur le fait que « le Seigneur va venir en aide » à son Serviteur… Telle est la certitude qui devait habiter le cœur de Jésus au cœur de toutes les difficultés et de toutes les souffrances qu’il a rencontrées…

[2] A la mort de Salomon (970-931 av. JC), fils du roi David (1010-970 av. JC), le Royaume d’Israël se scinda en deux, avec le Royaume du Nord et sa capitale Sichem, et le Royaume du Sud et sa capitale Jérusalem. On peut imaginer sans peine les tensions qui devaient exister entre les deux royaumes suite à cette division. Omri, roi du Royaume du Nord de 881 à 841 av. JC, acheta pour 68 Kg d’argent (2 talents) une colline située à une dizaine de km au nord-ouest de Sichem à un certain Chémer qui devait donner son nom à la nouvelle capitale qu’Omri y construisit : Samarie. Puis, après la chute du Royaume du Nord conquis en 722 par le roi assyrien Sargon II, ce dernier fut transformé en province assyrienne qui prit le nom de sa capitale : la Samarie. Toute cette zone ne cessera ensuite de s’appeler ainsi, tout comme ses habitants, « les Samaritains »…

Une étape marquante de la coupure entre les Juifs et les Samaritains fut la construction d’un Temple sur le Mont Garizim, au sud-est de Samarie, sans doute vers 330 av JC. Ce Temple faisait donc concurrence à celui de Jérusalem. Vers 180 av JC, le Livre du Siracide (appelé aussi “l’Ecclésiastique ») parle des Samaritains en terme de “peuple stupide qui habite à Sichem” (Siracide 50,26)… La destruction par Jean Hyrcan en 129/128 av JC de Sichem, du Temple du Mont Garizim, puis de Samarie peu de temps après, achèvera de consommer la rupture entre les Juifs et les Samaritains (cf Jean 4,9 ; 8,48).

[3] Un membre de la tribu de Lévi, une tribu à qui le service du Temple de Jérusalem avait été confié : « Le Seigneur mit alors à part la tribu de Lévi, pour porter l’arche de l’alliance du Seigneur, se tenir en présence du Seigneur, le servir et bénir en son nom jusqu’à ce jour » (Deutéronome 10,8).

[4] La Bible de Jérusalem écrit en note pour ce dernier texte : « Ne saluer personne : signe d’une mission pressante ».

[5] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires (Collection Bayard Compact, 2001) p. 677. Un double symbolisme est très certainement attaché à ce chiffre 72 qui représente en Gn 10,2-31, dans la version grecque, « la table des 72 peuples de la terre ». La mission, visée ici par St Luc, annoncerait déjà celle de l’Eglise naissante envoyée par le Christ Ressuscité dans le monde entier. Il nommera en effet en 10,13-14 deux villes païennes situées au nord d’Israël, « Tyr et à Sidon ». La première mission, celle des Douze (9,1-6) était donc plutôt dans la continuité de celle du Christ envoyé tout d’abord « aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24 ; 10,6 en notant le parallèle entre 10,1-16 et Luc 9,1-6). Et de fait, juste après, la symbolique des chiffres employés dans la multiplication des pains (Luc 9,10-17) renverra au Peuple d’Israël (5 : les cinq livres de la Loi ; 5000 : la multitude du Peuple d’Israël appelé à mettre cette Loi en pratique ; 12 : les douze tribus d’Israël).

[6] Exemples de paires dans le Livre des Actes des Apôtres : Paul et Barnabé (13,2-4), Barnabé et Marc, Paul et Silas (15,39-40).

[7] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires p. 678.

[8] Si « l’ouvrier mérite son salaire », « mangeant et buvant ce qu’on lui servira » (Luc 10,7), St Paul, lui, n’usait pas de ce droit que lui offrait l’Evangile. La Bible de Jérusalem écrit en note pour Actes 18,3 : « Bien qu’il reconnaisse le droit des missionnaires à leur subsistance (1Corinthiens 9,6-14 ; Galates 6,6 ; 2Thessaloniciens 3,9 ; cf. Luc 10,7), Paul a toujours tenu à travailler de ses mains (1Corinthiens 4,12) pour n’être à charge de personne (1Thessaloniciens 2,9 ; 2Thessaloniciens 3,8 ; 2Corinthiens 12,13s) et prouver son désintéressement (Actes 20,33s ; 1Corinthiens 9,15-18 ; 2Corinthiens 11,7-12). « Je m’efforce de plaire en tout à tous, ne recherchant pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés » (1Corinthiens 10,33)…

[9] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires p. 678-679.

[10] Id. p. 680.

[11] Et la Bible de Jérusalem précise en note : « “ Voir ” le Fils, c’est discerner et reconnaître qu’il est réellement le Fils envoyé par le Père, cf. Jean 12,45 ; 14,9 ; 17,6 ». Et cette action n’est possible que grâce à celle du Père qui attire à Jésus (Jean 6,44.65) et donne de croire en Lui en envoyant l’Esprit de Lumière et de Vie dans les cœurs (1Corinthiens 12,3)….

 

Fiche n°12 – Lc 9,51-10,42 : cliquez sur le titre précédent pour accéder au fichier PDF pour lecture ou éventuelle impression.