Le Cantique d’action de grâces de Marie (Le Magnificat ; Lc 1,46-55)

magnificat 1 A – Marie servante du Seigneur loue Dieu son Sauveur 

            Marie dit alors : Mon âme exalte (littéralement : “déclare grand“) le Seigneur,   

           et mon esprit a tressailli de joie à cause de Dieu mon Sauveur,

 

           B – L’action de Dieu pour Marie

(48)         car il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante

                  Voici en effet qu’à partir de maintenant

                                               toutes les générations me proclameront heureuse,

 

                           C – Qui est Dieu pour Marie, d’après ses actes… 

(49)                                        car Le Puissant a fait         pour moi de grandes choses.

                                                          Et Saint (est) son Nom,                                                    

(50)                                       Et sa Miséricorde (est)      pour des générations

                                                                                                                      et des générations

                                                                                              pour ceux qui le craignent.

           B’ – L’action de Dieu pour tous les hommes qu’il aime…

(51)                           Il a déployé (litt.: “Il a fait“) la force de son bras,

                                   il a dispersé les hommes au cœur orgueilleux[1] ;

(52)                            il a fait descendre les puissants des trônes

                                   et il a élevé les humbles,

(53)                            il a rassasié de biens les affamés

                                   et renvoyé les riches (les mains) vides1.

 A’ – L’action de Dieu pour Israël Serviteur et tous les hommes

                                                                           objets de sa Miséricorde 

(54)                Il s’est attaché à Israël son serviteur, se souvenant de (sa) Miséricorde,  

(55)                comme il (l’) avait dit à nos pères,          

                                   en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais.

 

            magnificatLe Magnificat commence par la louange personnelle de Marie face « aux grandes choses » que Dieu a faites pour elle dans son humilité. Après cela, elle fixe son regard sur Dieu Lui-même, ce Dieu qu’elle a déjà appelé « son Sauveur » : Il est Saint, un mystère qui s’exprime avant tout par « une Miséricorde Toute Puissante » (1,49-50). Tel est Dieu pour Marie, et elle conclura son chant en rappelant à nouveau cette Miséricorde dont Israël a largement bénéficié par le passé et qui s’exercera dorénavant « en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais », c’est-à-dire sur tous les hommes appelés à être comme Abraham, des croyants justifiés par leur foi (Romains 4,3.23-25).

            Tout le Magnificat doit donc être compris à la lumière de ce Dieu Sauveur qui désire faire miséricorde à tous les hommes. Mais Marie chante en s’inspirant des Psaumes que beaucoup connaissaient par cœur. Or, les auteurs de l’Ancien Testament attribuent souvent à Dieu le bien et… le mal (Lamentations 3,38 ; Siracide 11,14). Cette manière de s’exprimer traduit leur foi encore imparfaite en la Toute Puissance de Dieu : ils en étaient tellement convaincus qu’ils croyaient que rien ne pouvait lui échapper, le bien comme le mal. Ce n’est que petit à petit, au fil des siècles, qu’ils comprendront avec toujours plus de clarté que Dieu n’est qu’Amour : il est totalement incapable de faire le mal, et notamment de rendre le mal pour le mal, c’est-à-dire de châtier, de punir… Cette révélation atteindra son sommet en Jésus Christ lorsqu’il nous invitera à être parfait comme notre Père du Ciel est parfait. Que faudra-t-il faire alors ? Aimer comme lui nos ennemis, répondre comme lui au mal par le bien, bénir comme lui ceux qui nous maudissent (Matthieu 5,43-48 ; Luc 6,27-38 ; Romains 12,14-21 ; 1Thessaloniciens 5,15) ? Et si tout cela nous apparaît impossible, « l’Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi » viendra à notre secours (2Timothée 1,7 ; 1,14).

Le péché disperse, Dieu rassemble

main1        Ce n’est donc pas Dieu qui « disperse les hommes au cœur orgueilleux ». Tel est plutôt la conséquence de leur orgueil, ce grand péché de toute l’humanité qui se croit assez grande pour se débrouiller toute seule ! Tel fut le cas d’Adam et Eve qui se crurent capables de pouvoir décider par eux-mêmes de ce qui était bon ou mauvais pour eux, sans aucune référence à leur Dieu et Père (Genèse 3,5-7 ; Siracide 10,12 ; Psaume 19,14). Et ils se retrouvèrent « hors du jardin d’Eden », dispersés loin de Dieu. En les poussant à se dresser fièrement les uns contre les autres, l’orgueil sépare également les hommes et les disperse les uns des autres… Tel est l’œuvre du péché et de celui qui nous invite à pécher, ‘Béelzéboul’ (Luc 11,15 et 11,23), ‘le loup’ féroce (Jean10,12). Face à cette situation, le Bon Pasteur partira à la recherche de ses brebis dispersées (Luc 15,4-7) pour les ramener auprès du Père. L’homme dans son orgueil s’était perdu dans les ténèbres ? Dieu envoya son Fils, « Lumière du monde », pour le rejoindre dans sa nuit et lui donner de retrouver son chemin (Jean 12,46 ; 14,4-6). Le péché avait brisé la communion entre le Créateur et ses créatures ? Dieu envoya son Fils non pas pour juger le monde mais pour le sauver (Jean 3,16‑17) et « rassembler dans l’unité de l’Esprit  les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11,51-52 ; Ephésiens 2,17-18)… Voilà ce que Jésus désire faire à tout instant pour chacun d’entre nous : enlever nos péchés (Jean 1,29 ; Psaume 103(102),11‑12) et nous rétablir ainsi, de cœur, en communion avec Dieu, dans son repos et dans sa paix…

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            A ceux qui sont donc pris dans l’illusion de l’orgueil, et notamment aux puissants qui siègent sur leurs trônes (Luc 1,52), Dieu offre par son Fils la Lumière de l’Esprit de Vérité qui, s’ils l’acceptent, les introduira dans la vérité tout entière, sur Dieu et sur eux-mêmes (Jean 16,13). Ils découvriront alors l’Amour de Dieu pour eux, et l’étendue de leur faiblesse et de leurs limites. Descendus des hauteurs de leurs illusions, de leurs faux trônes, ils découvriront que Dieu n’a jamais eu qu’un seul désir : les élever auprès de Lui (Luc 1,52) et leur donner à tous d’être des rois (Matthieu 19,28). Mais dans ce Royaume, « être roi », c’est être par amour le serviteur de tous, à l’image et ressemblance de Celui qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (Luc 22,25-30 ; Jean 13,1-15). Et c’est aussi, dans la douceur et l’humilité (Matthieu 11,29) participer à la victoire du Christ sur le mal et les ténèbres (Luc 10,17-20). Notre combat contre le mal est en effet avant tout « le combat de Dieu » qui lutte avec nous et pour nous. Il s’agit alors, comme le disait Ste Thérèse de Lisieux, d’être tout en même temps « un guerrier vaillant », et « un petit enfant » abandonné avec confiance dans les bras de son Père (Proverbes 21,31 ; Colossiens 1,13-14)…

Il rassasie de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides

 main2

            Les images de « la faim » et de « la soif » expriment avant tout « le désir ». Tout homme est habité par « un désir » : être heureux, vivre en plénitude, connaître le repos et la paix… Les riches espèrent combler ce désir avec leurs seules richesses matérielles, mais la réponse est ailleurs. S’ils sont honnêtes avec eux-mêmes, tôt ou tard ils ne pourront que constater qu’ils sont en fait malheureux, « vides » des biens du Seigneur qui, seuls, peuvent combler le cœur de l’homme (Apocalypse 3,17 ; Proverbes 8,17-21 ; Psaume 119 (118),14 ; Isaïe 33,6). « Un riche trouve-t-il un jour un trésor enfoui dans un champ ? Ravi de joie, il va vendre tout ce qu’il possède et il achète ce champ » (Matthieu 13,44). Ainsi en est-il de la Présence de Dieu découverte dans la foi ; pour elle, les Apôtres ont tout quitté (Matthieu 19,27-29), et St Paul l’a préférée à tout (Philippiens 3,7-8). Jésus lui-même ne possédait rien (Matthieu 8,20), et il nous invite à mettre cette recherche de Dieu à la première place dans nos vies (Luc 12,29-31). Nous ne pourrons que le trouver, car Lui, le premier, désire de tout son cœur nous rencontrer, dans l’Amour (Sagesse 6,12‑14 ; Luc 11,9-10). Certains, hélas, n’ont pas répondu à son appel ; ils sont restés dans leur tristesse, sans goûter à la vraie joie (Luc 18,18-23). « Malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation. Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim » (Luc 6,24‑25). Les autres ont ouvert leur cœur à ce Dieu d’Amour qui se donne et se donne encore, et Jésus les a déclarés « heureux » (Luc 10,23-24). C’est en effet une bonne mesure, pleine, secouée, débordante que Dieu a versée dans leur sein (Luc 6,38) en leur donnant d’avoir part à son Esprit, cette Eau Vive qui est devenue dans leur cœur une Source d’Eau Vive jaillissant en Vie éternelle (Luc 11,13 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39). Les affamés sont alors rassasiés…

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Bien sûr, Marie utilise ici encore le langage de l’Ancien Testament ; ce n’est pas Dieu qui « renvoie les riches les mains vides » : telle est la conséquence de leur propre attitude. Dieu est par contre le premier à s’en désoler, car il veut notre bien, notre joie… Aussi, quelle joie pour Lui quand un pécheur quitte ses chemins de tristesse pour revenir à son Dieu et Père et trouver avec Lui la vraie joie (Luc 15,7 ; 15,10 ; 15,22-24), le vrai trésor (Matthieu 6,19-21)…

            La véritable richesse est donc à chercher du côté de Dieu (Tobie 4,21 ; Sagesse 7,7-14) et de son Fils qui, « de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté » (2Corinthiens 8,9 ; Ephésiens 3,8). Par l’offrande de sa vie, il nous a communiqué en surabondance sa propre Vie (Jean 1,4 ; 6,35 ; 14,6 ; 10,10), selon « la richesse de sa grâce » (Ephésiens 1,7 ; 2,4‑10 ; 1Corinthiens 1,4-9). Pour être comblés (Psaume 65(64),10) comme la Vierge Marie (Luc 1,28), Il nous invite à nous présenter devant Dieu les mains vides, le cœur ouvert et confiant : dans sa miséricorde, Dieu veut nous donner d’avoir part à toutes les richesses de son Royaume (Matthieu 5,3 avec Luc 12,32 ; Isaïe 45,3). Ce don vient de l’Amour et il est de l’ordre de l’Amour : il nous invitera donc à aimer à notre tour, à donner…. Et avec Dieu, plus l’on donne, plus on reçoit (Proverbes 11,24 ; Philippiens 4,18-19) car celui qui agit ainsi garde ses commandements et demeure dans l’Amour (Jean 15,9-12) de ce Dieu et Père qui ne sait qu’aimer, donner et se donner (1Jean 4,8.16)…

La louange de Marie

 Magnifier le Seigneur

            Avec le Magnificat, Marie loue donc la Bonté de Dieu, son « Sauveur ». Tel est le premier titre qu’elle lui attribue. Celui dont la Miséricorde s’étend d’âge en âge est essentiellement « Sauveur » : tout ce qu’il fait pour les hommes n’a d’autre but que leur salut ! Ce titre de Sauveur n’intervient que deux fois dans tout l’Evangile : ici et au moment où l’Ange annoncera aux bergers « un Sauveur, le Christ Seigneur » (Luc 2,10‑11). Le salut offert par Jésus est donc le salut de Dieu Lui-même : le Seigneur Dieu est Sauveur par Jésus notre Seigneur… A travers lui et par Lui, Dieu le Père travaille en personne à notre salut à tous…

            Par sa foi et dans la foi, Marie est « heureuse » (Luc 1,45), « bienheureuse » (Luc 1,48). Elle exalte le Seigneur, car, écrit littéralement St Luc, « son esprit a tressailli de joie à cause de Dieu son Sauveur ». La visite de l’Ange a rempli Marie d’une joie indescriptible, et maintenant que tout cela appartient au passé, la louange de Marie se nourrit du souvenir de cette joie. Marie est donc déjà ici celle « qui conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Luc 2,19). Luc nous la présente ainsi comme l’exemple parfait du croyant : le souvenir aimant de toutes les actions de Dieu dans sa vie l’aide à traverser ses épreuves et ces temps de désert qui ne peuvent manquer dans une vie de foi… Envers et contre tout, elle demeure fidèle. Jésus lui-même l’a déclarera bienheureuse d’agir ainsi (Luc 11,27-28).

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            Marie « Epousée par Dieu » et mettant au monde « le Fils de Dieu » devient aussi le modèle de l’humanité tout entière appelée à se laisser aimer par le Seigneur (Osée 2,18-22) pour que naissent une multitude de fils et de filles de Dieu à l’image et ressemblance du Fils Unique… Avec Marie et comme Marie, nous sommes donc invités à nous laisser revêtir nous aussi des vêtements du salut et du manteau de la justice (Isaïe 61,10-62,5). Nous serons alors comme elle… Tel est son désir pour chacun d’entre nous, telle est sa prière.

                                                                                                            D. Jacques Fournier

[1] Langage imparfait de l’Ancien Testament qui attribue souvent à Dieu les conséquences du péché des hommes : ce sont les orgueilleux qui, par suite de leur orgueil, se dispersent loin de Dieu, ou les riches qui, encombrés par leur richesse, ne peuvent accueillir les dons de Dieu et repartent les mains vides

 

Fiche 2M n°6 – Lc 1,46-55 : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir ou imprimer le document PDF




La visite de Marie à Elisabeth (Lc 1,39-45)

imagesCKRWOFHB(39)    En ces jours-là,

               Marie se mit en route rapidement

               vers une ville de la montagne de Judée.

(40)    Elle entra dans la maison de Zacharie

               et salua Élisabeth.

(41)    Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle.

          Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint,

(42)    et s’écria d’une voix forte :

            « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.

(43)    Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?

(44)    Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation,

            l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.

(45)    Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles

                        qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

            L’Ange vient d’annoncer à Marie sa vocation : devenir la Mère du Sauveur. « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » lui répondit-elle… Et l’Ange la quitta (Luc 1,38)… Après cet instant inoubliable, Marie retrouve la foi, et elle agit dans la foi à la lumière de tout ce qu’elle vient d’apprendre. L’Ange lui avait dit : « Voici qu’Elisabeth, ta parente, vient elle aussi de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile, car rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1,36). Aussitôt Marie réagit à cette parole : elle rassemble ses affaires et part « en toute hâte » voir sa cousine… Selon la tradition, Elisabeth et Zacharie habitaient à Aïn Karim, dans les montagnes de Judée, à 6 km à l’ouest de Jérusalem. Ce départ en toute hâte (expression unique en St Luc) témoigne de sa simplicité, de la spontanéité de son obéissance et de son entière disponibilité… Avec Marie, la Parole commence à faire son chemin … Le Verbe fait chair la sèmera sur les routes de Palestine, et Paul la portera jusqu’à Rome, symbole des extrémités de la terre habitée (Actes 28,16.30-31).

            Regardons maintenant comment ce texte et construit. Des évènements tout simples en apparence prennent une toute autre profondeur à la Lumière de l’Esprit Saint…

Lc 1,39-45: la Visitation

                                                            Marie

(40)    Et Marie entra dans la maison de Zacharie

                                                        et elle salua Elisabeth.

 

                                                            Elisabeth    

(41)    1 –      Et il advint comme Elisabeth entendit la salutation de Marie

           2 –      que l’enfant tressaillit en son sein

           3 –      et Elisabeth fut remplie d’Esprit Saint,

(42)    et elle s’écria d’un grand cri et elle dit :

(43)

       Bénie es-tu entre les femmes 

       et béni est le fruit de ton sein

       et comment se fait-il que la mère de mon Seigneur

                                                                                         vienne à moi ?

(44)   1’= 1 + 3       Voici en effet comme la voix de ta salutation

                                                                                              advint à mes oreilles

            2‘= 2 + 3     que l’enfant tressaillit d’allégresse en mon sein.

(45)   Et heureuse celle qui a cru

                                   qu’il y aura un accomplissement

                                                                       de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur.

visitation3

 

            Lorsque l’Ange s’était manifesté à Marie, il avait commencé par la saluer. Dès que Marie entre chez sa cousine, elle aussi la salue… « Il y a beaucoup de salutations dans ces chapitres », écrit François Bovon, « parce qu’il y a beaucoup de rencontres. Et il y a beaucoup de rencontres, car Dieu intervient et inaugure le salut au travers de relations humaines. La salutation devient ici un signe d’amour et, tout comme les naissances annoncées, commencement d’une vie nouvelle ».

« Dieu intervient et inaugure le salut au travers de relations humaines »… C’est ce qu’il faisait déjà par l’intermédiaire de ses prophètes (Isaïe 45,20-22), mais tous ont été rejetés. Aussi Dieu, dans sa Miséricorde (Ecclésiastique (ou Siracide) 2,6-11), bouleversé par nos péchés et par leurs conséquences (Ezéchiel 18,31-32 ; 33,11), décida de nous envoyer son Fils (Luc 20,9-15a). Il est cet Astre d’En Haut qui nous a visités « dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Luc 1,76-79) : il est venu par amour (Jean 3,16-17) nous révéler à quel point Dieu nous aime (Jean 17,22-23 ; Romains 5,8 ; Ephésiens 2,4-6 ; 2Thessaloniciens 2,16-17 ; 1Jean 4,9-11). Dieu est Amour (1Jean 4,8.16), tel est son Nom, et Jésus a manifesté ce Nom aux hommes (Jean 17,6 ; 1,18) par ses Paroles et par ses actes. Le regarder, c’est regarder l’Image de ce Dieu Invisible (Colossiens 1,15) qui n’est qu’Amour. Découvrir à quel point le Christ nous aime (Marc 10,21 ; Jean 11,3.5.36 ; 13,1.34 ; 15,9 ; Romains 8,35-37 ; Galates 2,20 ; Ephésiens 5,1‑2 ; 5,25-27 ; Apocalypse 1,5-6), c’est découvrir à travers Lui et par Lui l’amour de Dieu notre Père pour chacun d’entre nous. Et cet amour nous rejoint au plus profond de nous-mêmes (Jean 17,26) par le don de l’Esprit Saint (Romains 5,5) que Dieu veut communiquer à tous les hommes (Jean 7,37-39) pour qu’ils trouvent avec lui la vie éternelle (Galates 5,25) et la paix (Galates 5,22-23 ; Romains 14,17 ; Actes 10,36 ; Ephésiens 2,17-18).

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Dieu est entré en relation avec les hommes par son Fils, le Verbe fait chair (Jean 1,14). Aujourd’hui encore, le Père continue d’entrer en relation avec le monde par son Eglise. En effet, chaque baptisé a reçu le même Esprit Saint, cet Esprit qui habite en plénitude le cœur du Christ (Romains 8,9). Sa Présence au cœur du croyant est régulièrement alimentée par les sacrements, notamment l’Eucharistie : tous communient au même Corps et au même Sang par lesquels ils reçoivent une même Vie éternelle, celle de l’Esprit Saint (Jean 6,54 ; 6,63). Dans la foi et par leur foi, ils sont alors unis au Christ ressuscité (1Thessaloniciens 5,9-10) dans la communion d’un seul et unique Esprit (Ephésiens 4,3). Pour l’expliquer, St Paul prend l’image d’un corps (Ephésiens 4,4 ; 1Corinthiens 12,12-13) : tous sont comme les membres d’un seul et unique Corps, nourris du même Sang, vivants de la même Vie, et le Christ est la Tête de ce Corps (Ephésiens 1,22-23) : c’est d’abord Lui qui l’organise (Matthieu 16,18), donnant à chacun la place qui lui correspond pour le bien de tous (Ephésiens 4,7-12). Et c’est toujours Lui qui, par les uns, par les autres, et par l’action de l’Esprit Saint, continue d’entrer en relation avec les hommes pour leur manifester l’Amour de Dieu et leur offrir le salut (Romains 15,17-19 ; 2Corinthiens 13,3 ; Luc 10,16)… Nous comprenons mieux alors, dans la foi et avec un regard de foi, l’importance de notre lien avec notre Pape, et avec celui qu’il a nommé dans notre diocèse pour le représenter (Matthieu 16,18). Avec eux et par eux, le Christ Lui-même continue aujourd’hui de bâtir son Eglise, de la guider (Luc 10,16), de l’éclairer par son Esprit pour qu’elle puisse toujours annoncer la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu : Il est là, tout proche, offert à notre foi, et il veut que tous les hommes soient sauvés (1Timothée 2,3-6)…

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 Mosaïque de la Visitation, Basilique du Rosaire, Lourdes

L’épisode de la Visitation est l’exemple type de ce mystère de communion où Dieu vient transfigurer toutes nos relations humaines :

  • Marie est tout d’abord « la Comblée de Grâce » (Luc 1,28), celle que Dieu, dans sa Miséricorde, a totalement « remplie » par sa grâce dès les premiers instants de sa Conception. Elle est ainsi « l’Immaculée Conception ». En elle, aucune trace de péché ni de ténèbres : elle est parfaitement à l’image et ressemblance de ce Dieu qui n’est que Lumière (1Jean 1,5) ; elle est pleinement unie à Lui dans la communion de l’Esprit Saint.

  • De plus elle porte en elle Jésus, le Fils Unique et éternel de Dieu, Celui « en qui habite corporellement la Plénitude de la Divinité » (Colossiens 2,9), celui qui est de condition divine (Philippiens 2,6), vrai homme mais aussi vrai Dieu (Jean 1,1 ; 20,28). Lui et le Père, en face à face dans l’Amour, sont UN dans la communion de cet Amour (Jean 10,30), car tous les deux possèdent pleinement l’insondable richesse de cet unique Esprit qui est Amour (Ephésiens 3,8 ; 4,4 ; Jean 16,15 ; Romains 5,5)… Le Fils est ainsi pleinement uni à son Père dans la communion de l’Esprit Saint…

  • De son côté, Elisabeth porte en elle Jean-Baptiste. Or, l’Ange Gabriel avait déclaré à son sujet : « Il sera rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa mère » (Luc 1,15). Dieu a donc déjà donné à cet enfant de lui être tout particulièrement uni dans la communion d’un même Esprit…

  • Enfin, au moment où Marie entre et la salue, Elisabeth fut remplie d’Esprit Saint (Luc 1,41). Gratuitement, par amour, Dieu vient de la combler elle aussi de toutes les richesses de son Esprit. En cet instant, Elisabeth participe à l’Etre de Celui qui s’appelle « Je Suis » (Exode 3,14). Or Dieu Est tout en même temps Esprit (Jean 4,24), Lumière (1Jean 1,5), Amour (1Jean 4,8.16) et Paix (2Thessaloniciens 3,16 ; Romains 15,33 ; 16,20 ; Philippiens 4,9 ; 1Thessaloniciens 5,23 ; Hébreux 13,20-21). Unie à Dieu dans l’Amour et la communion de l’Esprit Saint (2Corinthiens 13,13), Elisabeth devient capable, à la Lumière de cet Esprit, de reconnaître la présence de ce même Esprit en ceux et celles qui l’entourent. « Par ta lumière, nous voyons la Lumière » dit le Psalmiste (Psaume 36,10). Nous avons besoin de la Lumière intérieure de l’Esprit de Dieu pour connaître Dieu (Ephésiens 1,17‑19 ; 1Corinthiens 2,10-11) et reconnaître sa Présence et son action dans nos cœurs, dans nos vies (1Corinthiens 2,12) et dans la vie de ceux et celles qui nous entourent… C’est ce qu’Elisabeth découvre ici, émerveillée…

 saint-espritAlors, par l’Esprit de Vérité, Elisabeth est introduite dans la Vérité tout entière (Jean 16,13) ; à la lumière de l’Esprit, la Présence de Dieu s’offre au regard de sa foi. Elle comprend que :

                        – 1 – Marie est vraiment « la Comblée de Grâce », celle qui est « bénie, entre toutes les femmes », celle en qui Dieu est déjà « tout » par son Esprit (1Corinthiens 15,28).

                        – 2 – Jésus vient tout juste d’être conçu en Marie par l’action de l’Esprit Saint. Rien n’est encore visible à l’œil nu, et pourtant Elisabeth comprend que « le fruit de son sein est béni ». Marie porte en elle Celui qui est la Plénitude de la Bénédiction, la Source de toute bénédiction : Jésus, le Fils Unique, en qui Dieu le Père a placé toutes les bénédictions qu’il nous destine (Galates 3,13-14 ; Ephésiens 1,3 ; Romains 15,29 ; 1Pierre 3,9 ; Jean 1,14 lu avec 1,17 : « la grâce et la vérité » dont Jésus est rempli sont aussi pour nous…).

Elisabeth appelle alors sa petite cousine Marie « la Mère de mon Seigneur », d’où viendra plus tard l’expression « Mère de Dieu », Jésus Seigneur étant vrai Dieu. En général, l’Ancien Testament réserve à Dieu ce titre de Seigneur et de fait, il n’était apparu jusqu’à présent, dans l’Evangile selon St Luc, que pour désigner « Dieu le Père » (Luc 1,6.9.11.15.16.17.25.28.32.38). Et c’est ici, au moment de la Visitation, alors que Jésus est toujours dans le sein de Marie, qu’il est appelé pour la première fois : « Seigneur »… « Par Marie à Jésus », lit-on dans la Basilique du Rosaire à Lourdes… Nous en avons ici un nouvel exemple… Puis le titre de Seigneur sera de nouveau attribué à « Dieu le Père » sept fois de suite (Luc 1,45.46.58.66.68.76 ; 2,9) et il faudra attendre la Parole de l’Ange aux bergers pour le retrouver appliqué à Jésus (Luc 2,11).

 joie1

                        – 3 – Au moment où Marie entra et salua Elisabeth, Jean-Baptiste « tressaillit en son sein ». Pour St Luc, l’Esprit Saint, qui remplissait déjà le cœur de cet enfant, lui a donné de percevoir la Présence toute proche, en Marie, de Celui dont il préparera plus tard le chemin (Luc 3,1-6 ; 3,15-18). Il réagit ici en prophète, annonçant par son geste la Présence de Dieu en ce monde : Il est là, par son Fils, caché dans le sein de Marie. Et Elisabeth, à la lumière de l’Esprit Saint, comprend que ce tressaillement de Jean-Baptiste vient de Dieu : il ne s’agit pas d’un banal mouvement de plus. Non, Jean‑Baptiste a tressailli d’allégresse en présence de Celui qui n’est que Bonté et qui apportera à toute l’humanité la joie profonde de se savoir aimé et sauvé (Luc 2,10-11 ; 13,17 ; 19,1-6 ; 24,50-53 ; Jean 3,29 ; 15,11 ; 16,22 ; 17,13 ; 20,20 ; Actes 8,5-8 ; 13,52…).

 Marie Basilique du Rosaire Lourdes

            Enfin, toujours grâce à l’Esprit Saint, Elisabeth proclame la première béatitude de l’Evangile de Luc, et elle concerne la Vierge Marie : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ». Marie a cru que Dieu agirait selon sa Parole, elle lui a fait confiance, elle s’est abandonnée entre ses mains, elle l’a laissé faire en elle ce qu’il désirait … Ensuite, elle n’a pu que constater tout ce que Dieu avait effectivement réalisé pour elle, et, dans son action de grâces, elle s’est déclarée « bienheureuse » (Luc 1,48). Dieu nous veut ainsi, libres et heureux avec Lui, en Lui et grâce à Lui, même si pour l’instant nous avons à traverser toutes sortes d’épreuves (Actes 14,22). Mais il nous l’a promis : il sera toujours là pour nous aider (Matthieu 28,20 ; Hébreux 2,18 ; 4,16). A ce titre, Marie nous montre le chemin et nous invite à notre tour à la confiance en Celui qui nous aime d’un amour qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer (Ephésiens 3,20-21)… Le Dieu Bienheureux (1Timothée 1,11 ; 6,13-16) veut nous donner d’avoir part à sa Joie (Jean 15,11) en nous invitant au mystère de ses noces (Apocalypse 19,9) ; si nous lui ouvrons la porte de notre cœur (Apocalypse 3,20), si nous vivons dans la vérité devant lui (Jean 17,17 ; 3Jn 1,4 ; Psaume 85,11-14 ; 89,14-19), si nous espérons en sa miséricorde (Psaume 86(85),5 ; 130(129)), si nous lui demandons la grâce de pouvoir garder sa Parole (2Timothée 1,14 ; Ezéchiel 36,27), alors il viendra Lui-même déposer sa Joie en nous (Jean 14,23) par son Esprit (Galates 5,22)… Et à la suite de Marie, « heureuse d’avoir cru », nous pourrons reprendre à notre compte cette Parole du Christ ressuscité à Thomas : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jean 20,29)…

Jacques Fournier

Fiche 2M n°5 – Lc 1,39-56 : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir ou imprimer le document PDF




L’Annonciation à Marie (Lc 1,26-38)

          Annonciation 3 Basilique du Rosaire LourdesLe sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, (27) à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.

            (28) L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »

            (29) A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

            (30) L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. (31) Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. (32) Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; (33) il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

            (34) Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »

            (35) L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. (36) Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. (37) Car rien n’est impossible à Dieu. »

            (38) Marie dit alors : “Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

            Alors l’ange la quitta.

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Introduction

Selon son habitude, Luc commence par bien situer ce passage dans le temps et l’histoire, en précisant l’époque, les circonstances historiques et les personnages concernés :

  • Le temps : L’Ange Gabriel est envoyé à Marie le sixième mois après la conception de Jean-Baptiste. Nous sommes donc toujours « aux jours d’Hérode, roi de Judée » (Luc 1,5), vers l’an 5-6 avant JC (Se souvenir de l’erreur de datation de Denys le Petit en 533, à Rome. Or ses calculs sont à l’origine de notre calendrier actuel…).

  • Les circonstances historiques : l’action se déroule en Galilée, dans la ville de Nazareth. Or, tout ce qui venait de la Galilée était regardé avec mépris par les docteurs de la Loi : « Es-tu de la Galilée, toi aussi ? », disent-ils à Nicodème qui tentait de défendre Jésus. « Etudie ! », la pire insulte qu’un Pharisien pouvait entendre lui, qui, chaque jour, lisait et étudiait la Loi. Et Nicodème était en plus un notable et un Maître ! « Tu verras », poursuivent-ils, « que ce n’est pas de la Galilée que surgit le prophète » (Jean 7,45-52). Et c’est vrai, la naissance du Messie devait se produire à Bethléem (Michée 5,1). Mais Dieu se servira d’un recensement ordonné par l’empereur romain César Auguste (Il régna de 30 à 14 avJC) pour que sa prophétie s’accomplisse (Luc 2,1‑7)… De plus, la ville de Nazareth elle-même, écrit André Marie Gérard (Dictionnaire de la Bible p. 980), « bourgade ignorée de l’Ancien Testament… et du monde antique », était méprisée : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jean 1,46) se demande Nathanaël, originaire de Cana en Galilée (Jean 21,2) !

            Dieu agit toujours ainsi : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu » (1Corinthiens 1,27-29).

        P1010618Fresque de l’Annonciation ; Basilique du Rosaire, Lourdes.

Le regard de Dieu n’est pas celui des hommes. Nous, nous jugeons selon les apparences, Dieu Lui regarde les cœurs (Isaïe 11,3; Matthieu 23,27-28; Jean 7,24). Nous, nous aimons si souvent ce qui est éclatant, hors du commun, extraordinaire… Dieu, de son côté, aime ce qui est humble, discret, petit… Ainsi Jésus, « doux et humble de cœur » (Matthieu 11,28-30), vrai Dieu mais aussi homme parmi les hommes, ira s’installer plus tard non pas dans la prestigieuse capitale d’Israël, Jérusalem, mais à Capharnaüm, une autre petite ville inconnue de cette Galilée si peu appréciée par « les grands » de son époque (Matthieu 4,12-17)…

            Lorsque Dieu vient se faire chair dans notre histoire, Il le fait donc au cœur de nos humbles réalités quotidiennes, dans une famille toute simple, habitant une ville toute simple, dans une maison toute simple, au cœur des activités les plus simples de la vie… Et Dieu agit toujours comme cela aujourd’hui… Lorsque, pour croire en lui, les hommes demandent à Jésus d’accomplir des choses extraordinaires, il se désole (Jean 4,48 ; Luc 11,29-32 ; Marc 8,11-13), car en fait, ils sont aveugles : ils ont en effet, sous leurs yeux, le Fils éternel de Dieu en personne ! Quoi de plus extraordinaire ? Et ce grand miracle de l’Incarnation se renouvelle à chacune de nos Eucharisties : par la Puissance de l’Esprit Saint, le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang du Seigneur (Luc 22,19-20 ; 1Corinthiens 11,23-25 ; Jean 6,48-58)! Savons-nous le reconnaître présent en ces humbles signes ? Consolons-nous : les disciples eux aussi ont eu du mal à reconnaître le Fils de Dieu en personne sous les apparences de cet humble menuisier de Nazareth (Marc 6,52 ; 8,17‑21 ; 8,33 ; 9,32 ; cf 6,1-6 ; Jean 6,41-42), et pourtant : « Qui m’a vu a vu le Père » leur disait Jésus (Jean 14,9).

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Mais comme tout le monde, ils avaient le cœur endurci par le péché (Isaïe 6,9‑10 (voir note en fin de document) ; Jérémie 5,21). Tels étaient les disciples de Jésus, tels nous sommes aujourd’hui. Cela nous encourage à persévérer à sa suite, lui qui est venu non pas pour les justes mais pour les pécheurs (Luc 5,31-32). Allons donc à lui tels que nous sommes, offrons-lui tout et faisons lui confiance en remettant nos cœurs entre ses mains… Comme pour ses Apôtres autrefois, il nous guérira petit à petit, Il ouvrira nos yeux (Luc 24,31), il augmentera en nous la foi (Marc 9,24), il veillera sur elle au cœur même de ses défaillances (Matthieu 14,22-33 ; Luc 22,31-32 ; Jean 17,11-12 ; 2Timothée 1,12-14) et il nous apprendra à reconnaître sa Présence non pas hors de nos humbles réalités quotidiennes, mais au cœur de celles-ci. Dieu travaille en elles, par elles, avec elles… C’est ainsi qu’Il aime habiter notre Histoire et s’offrir à notre foi (Matthieu 24,24-25). Ainsi le Père est déjà là, dans le secret, lorsque l’on se retire dans sa chambre pour prier (Matthieu 6,6). Jésus, de son côté, nous a promis de ne pas nous laisser orphelins : il viendra vers nous (Jean 14,18 ; 14,1-3 ; 17,24), de telle sorte qu’il sera avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Matthieu 28,20)… De plus, peu avant sa Passion, il nous a aussi promis d’envoyer un autre Défenseur, l’Esprit de Vérité, pour qu’Il soit avec nous à jamais (Jean 14,15-18). Ainsi, Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Saint Esprit, tous les trois sont déjà là, présents à notre vie, et ils frappent à la porte de nos cœurs pour demeurer avec nous (Apocalypse 3,20 ; Jean 14,23)…

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  • Les personnages 

Marie, Μαριάμ (Mariam) en grec, µy:r“mi (Miryam) en hébreu, a deux origines possibles (André Boulet, Petite catéchèse sur Marie, Mère du Christ et Mère des hommes (Ed. Saint Paul ), p. 40) :

     1 – La sœur de Moïse s’appelait Miryam (Nombres 26,59). Ce nom peut donc provenir de l’égyptien « mir » qui signifie « la bien-aimée, l’aimée » et « yah » est la première syllabe du Nom divin « Yahvé ». Miryam signifierait alors « la bien-aimée de Dieu ».

        2 – Miryam pourrait aussi venir du syriaque « mar », un mot qui désigne « l’épouse du Souverain ». Myriam signifierait alors « la Princesse ». St Jérôme traduisait ainsi le nom de Marie par « la Dame »…

            Ne choisissons pas entre les deux : Marie est vraiment « la bien-aimée de Dieu », sa petite Princesse…

             Lorsque l’Ange vient à sa rencontre, elle habite à Nazareth, dans la maison de ses parents. Selon la tradition, ils s’appelaient Anne et Joachim… Elle était alors toute jeune, entre douze et treize ans…. Peu avant, comme c’était la coutume à l’époque, elle avait été fiancée à un homme plus âgé qu’elle, Joseph, de la maison de David. On l’appelait ainsi car il avait comme lointain parent le plus grand roi de l’histoire d’Israël, le roi David (Il régna de 1010 à 970 avant JC)… Joseph était donc venu demander à ses parents la main de Marie, et tous avaient accepté… Une petite fête avait suivi, et depuis, tous les proches de Marie, ses amis, ses voisins, l’appelaient déjà « la femme de Joseph », même si la grande cérémonie du mariage n’avait pas encore eu lieu… En général, elle se déroulait un an après ! Pendant tout ce temps, la jeune fiancée demeurait dans la maison de ses parents, et ce n’est qu’au jour de son mariage que son mari la conduisait chez lui… Pour l’instant, Marie n’habite donc pas encore avec Joseph… Elle vit chez elle, et comme elle le dira elle-même, « elle ne connaît pas d’homme » (Luc 1,34), c’est à dire, elle est toujours vierge…

            Quant à l’ange c’est la deuxième fois qu’il intervient en St Luc : nous l’avons déjà rencontré lors de l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste à Zacharie, son père (Luc 1,19 ).

 « Salut… » ou plutôt « Réjouis-toi… »

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            Le premier mot de l’Ange Gabriel à Marie est « Χαῖρε », « Kaïré », une salutation courante dans le monde grec (En Israël, la salutation habituelle est « µ/lv;, Shalom, paix »; le Christ ressuscité saluera ainsi ses disciples : « Paix à vous » (Jean 20,19 ; voir aussi Jean 20,21.26 ; Luc 24,36 ; Matthieu 10,12-13 ; Luc 10,5)). Mais souvenons-nous que Luc est un homme de culture grecque qui écrit pour des personnes de même culture, notamment Théophile, un nom grec qui signifie « aimé de Dieu » ou « qui aime Dieu ».  « Kaïré » correspond donc à notre « Salut ! » ; on la retrouve en Matthieu 26,49 ; 27,29 ; Jean 19,3 et Marie comprendra bien cette parole de l’Ange comme une salutation (Luc 1,29).

            St Jérôme la traduira en latin « Have », une traduction qui a donné notre « Avé Maria »…

L’Ange « salue » donc bien Marie par un petit mot courant, plutôt matinal pour certains, bref, tout simple et rempli de tendresse… Néanmoins, si fréquent que puisse être ce « salut » dans la bouche des hommes, il s’agit tout de même ici d’une Parole de Dieu adressée à Marie. Sa portée dépasse donc notre simple « bonjour », aussi chaleureux soit-il… Marie ne s’y trompe pas : elle « réfléchit »… Après l’instant de la surprise, elle se demande ce que veut dire cette salutation. Déjà, dans la foi, elle cherche à comprendre (Luc 1,29 ; 2,19 ; 2,51) Demandons à Marie la grâce d’être comme elle, attentive à l’action de Dieu dans notre vie, et cherchant toujours à mieux le connaître et à mieux comprendre ce qu’il désire accomplir pour chacun d’entre nous…

Beaucoup pensent donc qu’il faut interpréter ici « Kaïré » non pas comme une banale salutation, mais comme une invitation à la joie car le sens premier de « Kaïré », qui vient du verbe « Χαίρω, kaïrô, se réjouir », est : « Réjouis-toi ! ». Et de fait, juste après, Marie dira à Elisabeth, en se rappelant cet instant unique vécu avec l’Ange : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit a tressailli de joie en Dieu mon Sauveur… Oui, désormais, toutes les générations me diront bienheureuse » (Luc 1,46-50)…

JESUS-CHRIST_EST_JOIEAu début de son Evangile, St Luc insiste beaucoup sur la joie (Luc 1,14 ; 1,44 ; 1,47 ; 1,58 ; 2,10) et sur la miséricorde de Dieu, un mot qui intervient cinq fois dans le premier chapitre (Lc 1,50 ; 1,54 ; 1,58 ; 1,72.78 ; le chiffre « cinq » dans la Bible est symbole de la Parole de Dieu : les dix Paroles (2×5) ; Jésus, en Lc 9,10-17, qui nourrit cinq mille hommes (l’ensemble du Peuple d’Israël invité à trouver le chemin de la vie en obéissant à la Parole de Dieu) avec cinq pains multipliés (désormais, la Parole de Dieu nous est pleinement révélée et donnée par Jésus, le Fils). Ici, avec ce mot miséricorde répété cinq fois, la Parole qui nous est tout spécialement adressée est révélation de Dieu en tant qu’Amour Miséricordieux, Lui qui veut le salut de tous les hommes (Jean 3,16-17 ; 1Timothée 2,3-6). Et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait » (Ps 135,6). A nous maintenant de nous laisser faire, de nous laisser aimer, de nous laisser pardonner, purifier, vivifier en lui offrant jour après jours toutes nos misères et toutes nos fautes… Et il ne se lassera pas d’être “l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde” (Jn 1,29).

Ce mot “miséricorde” disparaît ensuite pour ne revenir qu’une seule fois dans une invitation à agir nous aussi comme Dieu agit, c’est-à-dire « avec miséricorde » (Luc 10,36-37 ; Matthieu 9,13 ; Luc 6,36). Par cette insistance, que nous ne devrons pas oublier par la suite, St Luc souligne combien toute action de Dieu pour nous s’enracine dans l’Amour de Miséricorde qu’il nous porte, un Amour qui ne peut que semer gratuitement la joie dans notre vie, si nous l’accueillons…  Et c’est bien ce que fera Jésus dans tout l’Evangile (Luc 8,13; 13,17; 19,6 ; 19,37; 24,41 ; 24,52), déclarant « heureux » ceux qui l’accueillent (Matthieu 5,1-12 ; 11,6 ; 13,16 ; 16,17 ; 17,4 ; 24,46 ; Luc 11,27-28 ; 12,37-38 ; 12,43 ; Jean 13,17 ; 20,29).

            ESPRIT SAINT 1Ouvrir son cœur à Dieu, accueillir son projet de salut sur l’humanité, collaborer étroitement à sa mise en œuvre, est donc pour Marie une très grande joie, un bonheur profond, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne connaîtra pas d’épreuves. Elle devra hélas en supporter beaucoup de la part des hommes, mais Dieu sera toujours avec elle pour l’encourager, la consoler, la soutenir… En 2Corinthiens 1,3-11, la Bible de Jérusalem écrit en note : « Paul insiste constamment sur la présence de réalités antagonistes, voire contradictoires, dans le Christ, l’apôtre et le chrétien: souffrance et consolation, mort et vie, pauvreté et richesse, faiblesse et force. C’est le mystère pascal, la présence du Christ ressuscité au milieu du monde ancien de péché et de mort ».

            De plus, avec ce « Réjouis-toi » lancé par l’Ange, St Luc fait très certainement allusion à tout un ensemble de textes de l’Ancien Testament où le Peuple de Dieu est invité à se réjouir du Salut offert par le Seigneur. Dans ces lignes, Israël est nommé du nom de sa capitale, Jérusalem, ou encore par l’appellation « Fille de Sion », Sion étant le nom de la colline de Jérusalem au sommet de laquelle le Temple avait été construit. Regardons quelques uns de ces passages :

 joie-300x225                        1 – Sophonie 3,14-17 (écrit vers 630 avant JC) ; « Réjouis-toi » intervient au tout début (L’Ancien Testament a été écrit en hébreu. Mais nous retrouvons le mot grec kaïré dans la traduction grecque réalisée à Alexandrie au 3° siècle avant JC. On l’appelle « la Septante ». Le Nouveau Testament, écrit en grec, cite très souvent l’Ancien Testament à partir de la Septante.). La raison profonde de cette joie nous est donnée par deux fois : « Dieu, le Seigneur, est au milieu de toi » (3,15 et 3,17). Le verbe est au présent : le Dieu Tout Autre, le Très Haut, Celui que nul ne peut voir sans mourir (Exode 33,18-23) est dès maintenant présent au milieu des hommes, une Présence que seule la foi peut accueillir. Dans son amour, il a déjà « pardonné » toutes les fautes d’Israël, et donc « enlevé » toutes les condamnations qui pesaient sur eux (3,15 ; cf. Psaume 103,11‑12 ; Colossiens 2,14). Il ne leur reste plus qu’à accueillir ce pardon, à s’ouvrir à sa tendresse et à sa miséricorde… De plus, présent au milieu d’Israël, Il ne restera pas sans rien faire : il sera pour eux un Roi régnant avec sa Toute Puissance, ce qui lui permettra d’emporter la victoire finale sur tous leurs adversaires. Les verbes sont alors au futur : « tu ne verras plus de malheurs…, il te sauvera…, il te renouvellera »… Certes, pour l’instant, les épreuves ne manquent pas, mais le Seigneur combat avec eux et pour eux. Qu’ils se réjouissent donc de ce salut que Dieu leur promet ; il viendra, ce n’est plus qu’une question de temps, et ce jour-là, Dieu Lui-même se réjouira de leur bonheur : « il exultera pour toi de joie, il dansera pour toi avec des cris de joie » !

Marie - Musée de Sens 2

                        2 – Zacharie 9,9-10 (écrit vers 500 avant JC). « Réjouis-toi » intervient là aussi au tout début. Israël est invité à la joie, car Zacharie lui annonce la venue imminente d’un roi : « Ton roi vient vers toi ». Le verbe est à nouveau au présent : ce Roi arrivera bientôt, sa venue est certaine. Il sera humble, juste et victorieux. Avec lui et par lui, le projet de Dieu s’accomplira, un projet de paix. Tous les hommes pourront en bénéficier, « jusqu’aux extrémités de la terre ». Telle sera bien la Mission du Christ Sauveur qui entrera à Jérusalem assis sur un petit âne (Matthieu 21,1-11). Et sur sa croix, Pilate fera écrire : « Celui-ci est le roi des Juifs » (Luc 23,38). Et c’est vrai : Jésus est bien ce Roi (Jean 18,37) humble (Matthieu 11,29) et victorieux du Prince de ce Monde (Jean 12,31-32) : avec Lui sa Vie l’emporte sur toutes nos morts (Jean 5,24), son pardon triomphe de toutes nos fautes (Colossiens 2,12-14 ; 3,13 ; Hébreux 8,10-12 ; 1Jean 1,9 ) et nous donne d’avoir part à sa propre Paix (Jean 14,27 ; Colossiens 3,15 ), une Paix synonyme de Plénitude (Romains 15,13 ; Colossiens 2,9-10 ; Ephésiens 3,19 ; 5,18 ; Jean 1,16). Accueillie dès maintenant par la foi, Dieu veut qu’elle règne dans nos cœurs (Philippiens 4,4-7) pour que nous puissions devenir des artisans de paix (Matthieu 5,9) qui travailleront eux aussi à « supprimer les chars de combat, à briser l’arc de guerre », pour que cesse toute violence, et que le Royaume de Dieu grandisse parmi les hommes (Romains 14,17)…

            Sophonie et Zacharie annoncent bien à eux deux tout ce qui s’est réalisé avec le Christ : Dieu était avec Lui (Jean 8,28-29), instaurant avec Lui et par Lui son Royaume (Matthieu 12,28 ; Marc 1,15 ; Luc 12,32 ; 22,29), agissant et parlant avec Lui et par Lui (Jean 5,19; 12,49-50; 14,10-11), offrant par lui son pardon (2Corinthiens 5,19), sa Vie (Jean 6,57) et sa Paix…

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                        – Zacharie 2,14-15 : la Fille de Sion est invitée à se réjouir, car Dieu, par amour pour son peuple, prend l’initiative de venir habiter au milieu de lui. Ce jour là, « des nations nombreuses… seront pour lui un peuple ». Cette dernière formule renvoie à l’Alliance que Dieu a conclue avec Israël sur la base de la Loi donnée à Moïse (Exode 20,1-17 ; Deutéronome 26,16‑19 ; Jérémie 24,7; 31,33; 32,38-41; Baruch 2,35; Ezéchiel 11,17-20 ; 14,11 ; 37,21-28 ; Zacharie 8,7-8). Cette Loi était comme un chemin offert à la liberté de chacun : celui qui y marchait demeurait uni de cœur à son Dieu, dans l’amour (Psaume 103,17-18 ; 25,10 ; 119,64 ; 119,88 ; 119,159 ; 147,11 ; Jean 15,10) et il trouvait avec Lui le bonheur (Psaume 119,1-2 ; 119,35 ; 119,47 ; Deutéronome 4,39-40 ; 5,32-33 ; 10,12-13 ; Isaïe 48,18). Comme le précise une note de la Bible de Jérusalem, « l’alliance est ici étendue à tous les peuples ». Et telle est bien, dès le commencement du monde, la perspective de Dieu : de son côté, il vit déjà « en alliance » avec tous les hommes (Genèse 9,8‑17)… Et pour que sa Présence soit reconnue et accueillie, il choisira Abraham et tous ses descendants, et les appellera à être les Serviteurs de cette Alliance Universelle : « en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Genèse 12,3). La TOB écrit en note : « A travers Abraham et toute sa descendance, c’est l’ensemble des nations qui est bénie par le Seigneur ». Enfin, pour que ce projet puisse s’accomplir en Plénitude, Dieu enverra son Fils né de la Vierge Marie. En prenant sur lui le péché du monde, il s’unira à nos ténèbres pour nous arracher à leur pouvoir et nous transférer dans son Royaume de Lumière (Colossiens 1,13-14), en son Amour … Telle est cette Bonne Nouvelle déjà offerte à notre foi. Le Christ ressuscité nous invite à l’annoncer au monde entier (Matthieu 28,18-20 ; Marc 16,15-18)…

            L’allusion probable de St Luc à tous ces textes, et il y en aurait d’autres de la même famille (Isaïe 12,1-6 ; 52,7-10…), a conduit l’Eglise chrétienne d’Orient à traduire le plus souvent la salutation de l’Ange par « Réjouis-toi ! ». L’hymne « Acathiste », composée vraisemblablement par Romanos le Mélode au 6°-7° siècle pour la fête de l’Annonciation, dit par exemple :

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« Un ange… fut envoyé du ciel dire à la Mère de Dieu :

            Réjouis-toi ! Et saisi d’admiration, en vous voyant, Seigneur,

            vous incarner à cette Parole immatérielle, il se tenait devant elle en s’écriant :

                                   Réjouis-toi, toi par qui resplendira la joie! (…)

                                   Réjouis-toi, toi le relèvement d’Adam déchu ! (…)

                                   Réjouis-toi, car tu es le trône du grand Roi !

                                   Réjouis-toi, car tu portes Celui qui porte toutes choses!

                                   Réjouis-toi, Etoile annonciatrice du soleil !

                                   Réjouis-toi, Sein de la divine incarnation !

                                   Réjouis-toi, toi par qui est renouvelée la création !

                                   Réjouis-toi, toi par qui et en qui est adoré le Créateur !

                                   Réjouis-toi, Epouse inépousée ! Vierge ! »

 Marie Basilique du Rosaire LourdesBasilique du Rosaire, Lourdes

            L’Ange aurait pu aussi dire à Marie, fille d’Israël : « Réjouis-toi, Fille de Sion ! ». En fait, au moment de sa visite, Marie rassemble en elle tous les désirs et les espérances d’Israël. Avec elle, c’est tout le Peuple de Dieu, ouvert aux dimensions de l’humanité tout entière, qui est invité à se laisser combler au plus intime de l’être par Celui qui vient offrir aux pécheurs son amour, sa grâce et son pardon. Marie nous apparaît donc ici toute proche. Avec nous, elle chante : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur »… Elle-même se comprend donc comme une Sauvée par l’Amour et la Miséricorde du Seigneur… Elle est ainsi tout à la fois notre Sœur aînée dans la foi, mais aussi notre Mère dans ce même ordre de la foi, de par la volonté de Dieu notre Père (cf Jean 19,25-27, où le disciple bien-aimé représente tous les disciples du Christ). Comme l’écrit St Paul, il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous (Ephésiens 4,5-6), un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus (1Timothée 2,5), et l’on pourrait rajouter « Marie notre Mère », toujours à nos côtés pour nous aider à accueillir son Fils et à vivre de sa Vie…

            « O Marie ! Nom béni que j’aime et que je vénère du plus profond de mon être ! Je l’atteste par mon expérience : quand un cœur a reçu du ciel le don précieux de recourir à Marie dans ses peines, ses dangers, ses épreuves, ce cœur est pacifié, reposé, béni ! »

                                               (Jacques Fesch, un des derniers condamnés à mort français)

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Marie, la « Comblée-de-Grâce »

            St Luc utilise ici un terme grec rare et difficile à traduire, κεχαριτωμένη. Les nuances qu’il exprime sont les suivantes : Dieu, à un instant du passé, a totalement « rempli » Marie de sa grâce, et cette action a opéré en elle un changement. De plus, cet état d’être « rempli de grâce » et ce changement demeurent toujours au moment où l’Ange lui parle…

            Notons aussi que le terme en question joue le rôle d’un nom dans la bouche de l’Ange : il appelle Marie « la Comblée de Grâce ». Or le nom dans la Bible, renvoie toujours au mystère de la personne qui le porte. Elisabeth, par exemple, était appelée « la stérile » (Luc 1,36), car elle n’avait jamais pu avoir d’enfant. Marie, elle, depuis qu’elle existe, depuis sa conception dans le sein de sa mère, est « la Comblée de Grâce », celle en qui Dieu est tout (1Corinthiens 15,28) : en elle, pas de ténèbres (1Jean 1,5). Nous sommes donc tout près ici de ce que l’Eglise affirmera solennellement le 8 décembre 1854 dans le dogme de l’Immaculée Conception : dès l’instant de sa conception, Marie a été totalement « remplie » de la grâce de Dieu, et cette grâce a opéré en elle un changement par rapport à nous : elle l’a préservée de la blessure du péché. Tout ceci est le fruit de l’œuvre rédemptrice accomplie par le Christ. Lorsque Jésus meurt sur la Croix pour notre salut, il le fait en effet pour tous les hommes de tous les temps, passé, présent et futur. Marie sera donc elle aussi « sauvée » par l’offrande de son Fils, un salut qui sera mis en œuvre pour elle dès sa conception afin qu’elle puisse répondre à sa vocation : être cette Mère Sainte d’où naîtra, grâce à l’action de l’Esprit Saint, un « Etre Saint », Jésus, le Fils Unique et Eternel de Dieu (Luc 1,35).

            annonciation-vierge Fra AngelicoCe que Marie a reçu dès sa conception, nous sommes invités à le recevoir nous aussi tout au long de notre vie, pour être au ciel comme elle : remplie uniquement par la grâce de Dieu… Elle nous montre donc le chemin, et elle nous aide à faire les efforts de conversion nécessaires pour correspondre à la grâce que Dieu, dans son amour, nous offre sans cesse. Fruit de l’œuvre de salut accomplie par le Christ, cette grâce, reçue en plénitude au jour de notre baptême, nous donne déjà gratuitement « d’être des enfants de Dieu » appelés à « être saints et immaculés dans l’Amour », avec Marie et comme Marie (Ephésiens 1,3-8 ; 5,25-27 ; 1Jean 3,1-2). Mais il nous faut maintenant puiser dans ce don de l’Esprit toujours offert pour qu’il puisse passer effectivement dans toute notre vie : avec lui et grâce à lui, nous essaierons d’éliminer de notre existence, petit à petit, toute violence, toute injustice, pour apprendre, toujours petit à petit, à aimer comme le Christ nous aime (Ephésiens 5,8-11 ; Galates 5,13-26)… Grâce à Dieu, cette conversion est possible, et le but peut être atteint ; sans Lui, nous en sommes incapables (Luc 18,24‑27)..

            « Même si ses péchés étaient noirs comme la nuit, en s’adressant à ma Miséricorde, le pécheur me glorifie et fait honneur à ma Passion. A l’heure de sa mort, moi-même je le défendrai comme ma Gloire. Lorsqu’une âme exalte ma bonté, Satan tremble devant elle et la fuit jusqu’au fond de l’enfer…

On ne puise ma Miséricorde qu’avec la coupe de la confiance. Plus on a confiance, plus on obtient. J’aime que l’on me demande beaucoup, car je désire donner beaucoup et de plus en plus… Je suis Saint et le moindre péché me fait horreur. Mais lorsque les pécheurs se repentent, ma Miséricorde est sans limites. Les plus grands pécheurs pourraient devenir de très grands saints s’ils se fiaient à ma Miséricorde. Mon cœur déborde d’amour pour tout ce que j’ai créé. Je trouve mes délices à justifier les âmes. Mon royaume ici-bas, c’est ma vie dans les âmes.

Je suis tout Amour et toute Miséricorde. Une âme qui se fie à moi est bienheureuse, car moi-même je prends soin d’elle » (Le Christ à Sœur Faustine).

Et Jacques Fesch, peu de temps avant d’être guillotiné écrivait : « Il faut être pur comme le Christ pour pouvoir le contempler… Jésus veut m’emmener avec Lui au Paradis. Jésus peut tout en nous… Je crois que j’irai au ciel tout droit »…

Marie, Servante du Seigneur

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        De la bouche de l’Ange, Marie découvre le mystère de ce Fils qu’elle mettra au monde : il sera « grand », comme Dieu seul est « grand », il sera « Fils du Très Haut » comme seul peut l’être le Fils Unique, Celui qui depuis toujours et pour toujours se reçoit entièrement de son Père par l’Esprit Saint. Là encore, il recevra son humanité de son Père. En effet, de Marie Sainte, Immaculée, et de l’action de l’Esprit Saint en elle naîtra un Etre Saint, qui offrira par la suite à tous les hommes de pouvoir renaître de ce même Esprit pour une Vie nouvelle, éternelle et bienheureuse (Jean 1,12-13 ; 3,1-8). Projet formidable auquel Marie est heureuse de collaborer : « Voici la servante du Seigneur. » γένοιτό μοι κατὰ τὸ ῥῆμά σου, je désire de tout mon être qu’il arrive pour moi selon ta Parole, suggère le mot grec employé par St Luc…

                                                                                                        D. Jacques Fournier

Note 1 : A propos d’Is 6,9-10 : Dieu déclara à Isaïe : « Va dire à ce peuple :Écoutez bien, mais sans comprendre ;regardez bien, mais sans reconnaître. (10) Alourdis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, bouche-lui les yeux ;il ne faut pas qu’il voie de ses yeux, qu’il entende de ses oreilles, que son cœur comprenne, qu’il se convertisse et qu’il soit guéri. »
            Nous avons ici un exemple du langage de l’Ancien Testament : la prédication d’Isaïe manifestera que les Israélites avaient le cœur « engourdi », « endurci », « appesanti » : ils étaient aveugles et sourds de cœur. Ce texte si important sera repris par St Matthieu et St Jean qui l’appliqueront à tous les hommes (Matthieu 13,14-15 ; Jean 12,40 : « il (le péché) a aveuglé leurs yeux »…). Les guérisons physiques d’aveugles et de sourds opérées par Jésus manifesteront son action invisible mais concrète et efficace dans les cœurs : grâce à Lui, les hommes passeront des ténèbres du péché et de l’orgueil à la lumière de Dieu (Matthieu 4,16 ; Jean 8,12 ; 9,39 ; 12,46 ; Actes 26,14-18 ; Colossiens 1,13-14), et grâce à cette lumière intérieure (Ephésiens 1,17‑20), ils pourront percevoir les richesses intérieures de Jésus : Il est Dieu comme son Père est Dieu (Jean 1,18 (TOB) ; 20,28 ; Romains 9,5 ; Philippiens 2,6 ; Colossiens 2,9 ; Tite 2,11-13) ; il possède lui aussi pleinement la nature divine (Jean 16,15 ; 3,35), sa Majesté, sa Vie (Jean 5,26 ; 6,57), sa Lumière (Jean 8,12 ; 1Jean 1,5) et sa Gloire (Jean 17,24) de telle sorte que celui qui a vu la Gloire de Jésus a vu du même coup la Gloire de Dieu son Père et notre Père (Jean 20,17) : « Qui m’a vu a vu le Père »… Aujourd’hui encore, nous sommes invités à ce même regard de foi…

 

Fiche n°2 – Lc 1,26-38  : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF




Annonce de la naissance de Jean-Baptiste (Lc 1,5-25)

            «annonce naissance JB Il y avait, au temps d’Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, du groupe d’Abia. Sa femme aussi était descendante d’Aaron ; elle s’appelait Élisabeth. (6) Tous les deux vivaient comme des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur d’une manière irréprochable. (7) Ils n’avaient pas d’enfant, car Élisabeth était stérile, et tous deux étaient âgés.

            (8) Or, tandis que Zacharie, au jour fixé pour les prêtres de son groupe, assurait le service du culte devant Dieu, (9) il fut désigné par le sort, suivant l’usage liturgique, pour aller offrir l’encens dans le sanctuaire du Seigneur. (10) Toute l’assemblée du peuple se tenait dehors en prière à l’heure de l’offrande de l’encens.

            (11) L’ange du Seigneur lui apparut debout à droite de l’autel de l’encens. (12) En le voyant, Zacharie fut bouleversé et saisi de crainte. (13) L’ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été entendue : ta femme Élisabeth te donnera un fils, et tu le nommeras Jean. (14) Tu seras dans la joie et l’allégresse, beaucoup d’hommes se réjouiront de sa naissance, (15) car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boissons fermentées, et il sera rempli de l’Esprit Saint dès avant sa naissance ; (16) il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu, (17) il marchera devant le Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, convertir les rebelles à la sagesse des hommes droits, et préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir. »

            (18) Mais Zacharie dit à l’ange : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Moi, je suis un vieil homme, et ma femme aussi est âgée. »

            (19) L’ange lui répondit : « Je suis Gabriel ; je me tiens en présence de Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer cette bonne nouvelle. (20) Mais voici que tu devras garder le silence, et tu ne pourras plus parler jusqu’au jour où cela se réalisera, parce que tu n’as pas cru à mes paroles : elles s’accompliront lorsque leur temps viendra. »

            (21) Le peuple attendait Zacharie et s’étonnait de voir qu’il restait si longtemps dans le sanctuaire. (22) Quand il sortit, il ne pouvait pas leur parler, et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire. Il leur faisait des signes, car il demeurait muet.

            (23) Lorsqu’il eut achevé son temps de service au Temple, il repartit chez lui. (24) Quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth devint enceinte. Pendant cinq mois, elle garda le secret. Elle se disait : (25) « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes. »

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            « Hérode » est ici « Hérode le Grand », « Roi de Judée », qui régna de 37 à 4 avant Jésus Christ. Des mages venus d’Orient viendront lui demander : « Où est le Roi des juifs qui vient de naître ? ». Après avoir consulté les Grands prêtres et les scribes, il les enverra à Bethléem : « Allez vous renseigner exactement sur l’enfant ; et quand vous l’aurez trouvé, avisez-moi afin que j’aille, moi aussi, lui rendre hommage ». Mais Hérode était assoiffé de pouvoir ; peu de temps avant, il avait fait assassiner ses deux fils, Alexandre et Aristobule, par peur de les voir prendre sa place. Il aurait aimé que les mages reviennent lui donner des précisions sur ce Jésus en qui il voyait un possible rival. Mais avertis en songe, ils repartiront directement dans leur pays (Matthieu 2,1-12). Aussi Hérode enverra-t-il ses troupes « pour mettre à mort, dans Bethléem et tout son territoire tous les enfants de moins de deux ans ». Mais l’Ange du Seigneur avertira Joseph qui, avec Marie et Jésus, s’enfuira en Egypte (Matthieu 2,13-17).

            D’un point de vue historique, si Jésus est né aux temps d’Hérode, cela signifie qu’il nous faut situer sa naissance vers l’an 5 avant Jésus Christ ! Nous devons cette erreur de calendrier à « Denys le petit » qui, à Rome, en l’an 533, se trompa dans ses calculs…

            Zacharie, dont le nom signifie « Dieu s’est souvenu », est prêtre « de la classe d’Abia ». L’ensemble des prêtres était en effet organisé en 24 classes. Chacune devait assurer le service du Temple de Jérusalem deux fois par an pendant une semaine. Elisabeth appartenait elle aussi à une famille sacerdotale : elle était descendante d’Aaron, le frère de Moïse, considéré comme l’ancêtre des prêtres (Exode 28,1 ; Lévitique 8-9). La nouveauté annoncée par l’Ange Gabriel va donc surgir au cœur des institutions traditionnelles de « l’Ancienne Alliance ». Elisabeth et Zacharie sont d’ailleurs présentés comme répondant parfaitement à l’attente de Dieu dans le cadre de cette Ancienne Alliance : « Tous deux étaient justes devant Dieu, et ils suivaient, irréprochables, tous les commandements et observances du Seigneur ». Ils obéissaient donc parfaitement à la Loi, constituée par « les dix Paroles » données par Dieu à Moïse au sommet du mont Sinaï (Exode 20,1-17). Mais avec le temps, ces « dix Paroles » étaient devenues à l’époque de Jésus, 613 commandements, « un pesant fardeau » (Matthieu 23,1-4) où l’intention de Dieu se perdait, enfouie au cœur d’une multitude de traditions purement humaines (Matthieu 15,1-9). Aussi Jésus purifiera-t-il la Loi en la ramenant à un seul et unique commandement qui résume et englobe tous les autres : l’amour de Dieu et du prochain (Matthieu 22,34-40 ; 7,12 ; Romains 13,8-10). En agissant ainsi il accomplira pleinement l’Ancienne Alliance (Matthieu 5,17 ; Romains 10,4), instituant en son sang une Alliance Nouvelle et éternelle (Matthieu 26,26-29 ; 1Corinthiens 11,23-26). En cette Alliance, Dieu se révèle comme Amour sans cesse offert aux pécheurs que nous sommes, Miséricorde infinie qui nous permet, de pardon en pardon, de demeurer en son Amour. Alors, ce qui est humainement impossible le devient grâce à l’action même de Dieu (Matthieu 19,25-26). Et le joug du Christ se révèle léger et facile à porter (Matthieu 11,28-30), car avant même de « porter » quoique ce soit, le chrétien est celui qui se laisse porter par Dieu…

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            Elisabeth et Zacharie représentent donc à eux deux tout le Peuple de l’Ancienne Alliance en attente de la réalisation des promesses de Dieu. St Luc les décrit d’ailleurs comme Abraham et Sarah, ceux par qui Dieu s’était formé un Peuple. Elisabeth est en effet stérile, comme l’était Sarah (Genèse 11,29-30), et tous les deux étaient avancés en âge, comme Abraham qui avait 75 ans lorsqu’il reçut l’appel de Dieu (Genèse 12,4) et 90 lorsqu’il mettra au monde Isaac (Genèse 17,15-17 ; 18,9-15). La boucle est bouclée… Avec son Peuple et par son Peuple Israël, du moins par ceux qui s’ouvriront à son action, Dieu va maintenant faire toutes choses nouvelles (Isaïe 43,19 ; 65,17) en se constituant un Peuple Nouveau appelé à s’étendre jusqu’aux extrémités de la terre… Là, il n’est plus question d’être Juif ou païen (Galates 3,26-29), mais simplement « fils et fille de Dieu », dans l’Amour…

            Ainsi, lorsque Zacharie recevra de l’Ange Gabriel l’annonce de la naissance prochaine d’un fils, il aurait dû se souvenir de ce que Dieu avait déjà fait pour Sarah et Abraham, ainsi que pour tant d’autres (Juges 13,2-5 ; 1Samuel 1,5-6), et ne pas douter…

            Zacharie entre donc dans le bâtiment central du Temple de Jérusalem. Il était constitué de deux pièces, séparées d’un rideau (Marc 15,38) :

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1 – La première était appelée « Le Saint ». Seuls les prêtres pouvaient y entrer pour présenter à Dieu les offrandes, faire brûler de l’encens en sa présence (Luc 1,9)…

2 – La seconde était « Le Saint des Saints », une pièce où, croyait-on, Dieu Lui‑même habitait. Personne n’avait le droit d’y entrer sinon le Grand Prêtre, une fois par an, au jour du Grand Pardon (Hébreux 9,6-7).

          ange gabriel et zacharie  Et St Luc souligne bien que l’Ange Gabriel va apparaître à Zacharie alors que « toute la multitude du Peuple était en prière » (Luc 1,9) : c’est en effet dans la prière et par la prière que tout arrive, pour le Christ (Luc 3,21-22 ; 6,12-13 ; 9,28-31 ; 11,1-4 ; 22,39-46) comme pour nous (Luc 5,12-13 ; 11,13 ; 18,1 ; Actes 4,31 ; 9,40 ; 10,1-6 ; 12,11-17 ; 22,17-21 ; 28,8)…

            L’Ange se manifeste, le monde de Dieu se manifeste, Zacharie prend peur, mais l’Ange le rassure, « Sois sans crainte », car tout en Dieu n’est qu’Amour (1Jean 4,16‑18). Il vient lui annoncer une Bonne Nouvelle qui lui apportera beaucoup de joie : la naissance prochaine d’un fils qu’il appellera « Jean », un nom qui signifie « Dieu est favorable » . Tout le début de l’Evangile baigne d’ailleurs dans une atmosphère de joie (Luc 1,14 ; 1,44 ; 1,46-47 ; 1,57-58 ; 2,10-11) : lorsque Dieu agit pour les hommes, il ne peut que semer de la joie (Luc 8,13 ; 13,17 ; 19,6 ; 19,37 ; 24,41 ; 24,52) alors même que nous pouvons connaître les plus grandes épreuves (2Corinthiens 1,3-7 ; 7,4).

            « Il ne boira ni vin ni boisson forte »… Boire du vin serait-il un péché ? Mais non… « Le vin réjouit le cœur de l’homme », dit le psalmiste (Psaume 104,13-15). Jésus boira du vin, avec une telle simplicité qu’on le traitera d’ivrogne (Luc 7,34)… Aux noces de Cana – les noces duraient à l’époque une semaine – il en offrira plus de 700 litres à ces jeunes mariés qui, dans leur pauvreté, allaient en manquer (Jean 2,1-12). Enfin, Jésus prendra le fruit de la vigne pour instituer « le sacrement de la vie chrétienne » par lequel, ressuscité, il nous transmettra la Vie et la Joie de Dieu (Luc 22,19-20 ; Jean 6,53-58).

            Présenter Jean-Baptiste comme ne buvant ni vin ni boisson forte nous renvoie en fait au Livre des Nombres et aux usages en vigueur à l’époque pour ceux qui désiraient se consacrer totalement au Seigneur pendant une période donnée (Nombres 6,1-8 ; cf Ac 18,18). Le fait que Jean-Baptiste ne boira jamais de vin et de boisson forte, manifestera donc, dans le contexte de son époque, qu’il sera, pendant toute sa vie, un « consacré au Seigneur », un Serviteur du Seigneur.

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            Il sera en plus « rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère ». Cette dernière précision renvoie à la première parole de Dieu adressée au prophète Jérémie : « Avant de te façonner dans le sein de ta mère, avant que tu ne sortes de son ventre, je te connaissais ; je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations » (Jérémie 1,4‑5). Jean-Baptiste sera donc un grand prophète, comme Jérémie (Luc 1,76 ; 7,24-27 ; 20,6)…

Il marchera en présence de Dieu, « avec l’Esprit et la puissance d’Elie, pour ramener le cœur des pères vers les enfants, et les rebelles à la prudence des justes » (Luc 1,17). St Luc cite ici le prophète Malachie qui annonçait le retour d’Elie « avant que n’arrive le Jour du Seigneur, grand et redoutable » (Malachie 3,23-24). Selon certaines croyances, Elie, ce grand prophète qui avait été enlevé au ciel dans un char de feu (2Rois 2,11-12), devait en revenir avant l’intervention décisive de Dieu en faveur de son Peuple. St Luc déclare ici que cette prophétie s’est accomplie avec Jean-Baptiste : l’Esprit Saint qui le remplit est en effet le même que celui qui habitait le cœur d’Elie. Avec Jean-Baptiste, c’est donc « comme si » Elie était revenu (Matthieu 11,13-14 ; 17,9‑13)… Le Jour de l’intervention de Dieu est donc imminent et de fait, le Christ l’a inaugurée : avec Lui et par Lui, Dieu s’est manifesté comme étant tout proche (Marc 1,14-15 ; Matthieu 6,6), offert à notre foi et mettant tout en œuvre pour notre salut. Notons aussi que Jean-Baptiste devait « préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (Luc 1,17). Le mot Seigneur, dans l’Ancien Testament, désigne Dieu Lui-même ; mais Jean-Baptiste présentera aux hommes… le Christ, homme parmi les hommes, mais aussi vrai Dieu (Jean 20,28)…

ESPRIT SAINT

« Le dernier Jour » est ainsi commencé au sens où notre attitude ici bas vis-à-vis de Dieu sera quelque part identique à celle que nous pourrons avoir avec lui en face à face, au delà de notre mort. Qu’allons-nous faire : reconnaître son Amour, sa Miséricorde, sa Tendresse et lui dire « Oui » pour notre plus grand bien, ou le refuser, nous détourner de Lui et laisser ainsi de côté Celui-là seul qui peut nous sauver et nous offrir la Vie et le Bonheur éternels ? Dieu, de son côté, ne juge personne (Jean 8,11) : c’est nous qui nous jugeons nous-mêmes, dès maintenant, en acceptant ou non de lui ouvrir notre cœur et notre vie (Jean 3,14-18), à Lui qui est déjà là, présent, et qui chaque jour, frappe à notre porte (Apocalypse 3,20 ; Matthieu 28,18-20). Une telle perspective souligne l’importance de nos moindres petits efforts de conversion… Et jour après jour, Dieu nous presse de choisir la Vie (Deutéronome 30,19-20 : la malédiction n’existe pas ; Dieu, en effet, ne sait que bénir ; ce mot décrit simplement l’absence de bénédiction que subit celui qui se détourne de Dieu, Lui qui est l’Unique Source de toutes bénédictions). Et notre vie la plus pleine, la plus heureuse possible, fait toute sa joie (Sophonie 3,16-18 ; Luc 15,4‑7) !

Zacharie répond à l’Ange par une phrase qui rappelle celle prononcée par Abraham juste avant que Dieu ne lui promette solennellement, par une Alliance, de lui donner une terre, à lui et à sa descendance (Genèse 15,8 ; cf Genèse 15,7-11 et 15,17‑21) : « A quoi connaîtrai-je cela ? » Mais alors qu’Abraham découvrait Dieu et lui demandait de l’aide pour croire en sa Parole, Zacharie lui, en tant que prêtre du Seigneur, aurait dû connaître, et depuis longtemps, non seulement son Dieu mais encore l’histoire d’Abraham et d’Isaac, né « d’un vieillard et d’une femme avancée en âge » (Luc 1,18) ! Mais non… Cette phrase, dans sa bouche, manifeste son manque de foi.

zacharie

Aussi Dieu va-t-il lui répondre avec humour : si c’est pour dire des bêtises, alors tais-toi, Zacharie. Toi qui n’a pas cru en la Parole qui t’étais adressée, toi qui demandais un signe, et bien, jusqu’à la naissance de ton fils tu ne pourras plus adresser la parole à qui que ce soit, et tu devras parler par signes pour te faire comprendre ! Et lorsque Jean‑Baptiste naîtra, la langue de Zacharie se déliera, et il chantera de tout son cœur la bonté et la miséricorde du Seigneur (Luc 1,59-66).

Au verset 19, St Luc nous offre ce qui pourrait être la définition d’un Ange. Tout d’abord le mot « ange » vient du verbe grec « anguéllô » qui signifie « annoncer ». Un ange est donc une créature spirituelle dont le rôle est d’être « messager de Dieu », et de fait il annoncera à Zacharie une Bonne Nouvelle, la prochaine naissance de son fils (Luc 1,19). Mais l’Ange Gabriel, dont le nom signifie « Dieu s’est montré fort », dit aussi à Zacharie « qu’il se tient devant Dieu ». Notons que le verbe est au présent. Gabriel a été envoyé par Dieu pour parler à Zacharie : on pourrait se l’imaginer quittant Dieu, au ciel, pour aller rejoindre Zacharie, sur la terre, et lui parler. Mais non ! Alors même qu’il parle à Zacharie, Gabriel se tient « devant Dieu ». Nous retrouvons indirectement combien Dieu est présent à notre monde, Présence invisible à nos yeux de chair, mais Présence offerte à notre regard de foi…

Lorsque Zacharie sort du Temple de Jérusalem, il est muet, il ne peut plus parler, il ne peut plus prononcer la bénédiction d’usage sur le peuple rassemblé (Siracide 50,20 ; Nombres 6,24‑26). Tous comprennent alors qu’il s’est passé quelque chose, mais quoi ? Il leur faudra du temps, de la patience et de la persévérance pour le découvrir…

Une fois son service accompli, Zacharie retourne chez lui et St Luc, par une petite formule toute simple, « quelque temps après », nous suggère qu’Elisabeth concevra après s’être tout naturellement unie à son mari. Certes, elle était stérile et Dieu va la guérir, mais Jean-Baptiste sera conçu comme nous tous nous l’avons été, par l’union charnelle de ses parents. Ces précisions préparent en fait le récit qui suivra où Marie concevra non pas en s’unissant à Joseph, mais en laissant Dieu faire son œuvre en elle par la puissance de l’Esprit Saint…

Jacques Fournier

Fiche 2M n°3 – Lc 1,5-25 : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le doc PDF




Le prologue de l’Evangile de Luc (1,1-4)

            luc-82« Plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, (2) tels que nous les ont transmis ceux qui, dès le début, furent les témoins oculaires et sont devenus les serviteurs de la Parole. (3) C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi, cher Théophile, un exposé suivi, (4) afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus » (Traduction Liturgique AELF).

            A l’époque de St Luc, un certain nombre d’écrits circulaient déjà sur Jésus, sa vie et son œuvre. St Luc parle de « beaucoup ». Sans doute, comme il le dit lui-même, a-t-il recueilli « beaucoup » de témoignages, oraux ou écrits, de personnes qui avaient été « témoins oculaires et serviteurs de la Parole », comme, par exemple, la Vierge Marie. Il disposait aussi très certainement, comme St Matthieu, de deux sources importantes : l’Evangile de Marc, et un ensemble de récits et de paroles de Jésus, aujourd’hui disparu. On l’appelle en général « Q », de l’allemand « Quelle », « source ». Les correspondances entre Marc, Matthieu et Luc peuvent alors s’expliquer de la façon suivante :

Théorie des Sources (Evangiles)

            Notons le souci de St Luc de « s’informer exactement » de tout ce qui s’est passé pour ensuite nous transmettre le plus fidèlement possible les informations qu’il a reçues. Un grand souci de vérité l’habite, mais son récit n’est pas un reportage qui nous rapporterait simplement les faits dans l’ordre historique exact où ils se seraient passés. Non, si toutes les scènes de l’Evangile s’enracinent dans l’Histoire, St Luc les organise en fonction du message qu’il veut nous transmettre : Jésus est le Sauveur de tous les hommes, des Juifs comme des païens… Cette Bonne Nouvelle doit partir de Jérusalem, la Ville Sainte où Jésus est mort et ressuscité, pour atteindre le monde entier…

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            Théophile, un nom grec qui signifie « Aimé de Dieu » ou « Qui aime Dieu », a peut-être vraiment existé. Mais à travers lui, St Luc adresse son Evangile à tous les hommes que Dieu aime, sans exception (Jean 3,16-17 ; 16,27 ; 17,20-23 ; Romains 5,5‑8 ; Ephésiens 2,4-10 ; 2Thessaloniciens 2,16-17). Le Fils Unique est d’ailleurs venu dans ce monde pour que tous puissent justement découvrir à quel point ils sont aimés (Jean 1,18 ; Marc 10,21 ; Jean 11,5 ; 11,36 ; 13,1 ; 13,23 – « le disciple bien-aimé », en St Jean, nous représente tous : 19,26‑27 ; 14,21‑23 ; 15,9 ; 17,26 ; Galates 2,19-20 ; Ephésiens 5,25-27 ; Apocalypse 1,4-6). Et « si Dieu nous a ainsi aimés », nous devons maintenant répondre à l’Amour par l’amour (Matthieu 5,43-48 ; 22,34-40 ; Jacques 2,8 ; 1Jean 3,23-24 ; 4,7-11 ; 4,19-21 ; Jean 13,34 ; 15,12-14 ; 15,17 ; 21,15-17 ; Romains 13,8 ; 1Corinthiens 16,24 ; Ephésiens 5,1-2 ; Philippiens 1,8 ; 1Thessaloniciens 4,9 ; 1Pierre 1,22) …

Fiche 2M n°2 – Lc 1,1-4 : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF




La Prière du « Notre Père » (Luc 11,1-4)

homme en prièreUne nouvelle section commence ici avec un enseignement sur la prière. L’entrée en matière est des plus vagues : Jésus est « quelque part » à prier. Mais ses disciples en le regardant prier sont subjugués. Ils pressentent une Beauté, une Vie, une Joie discrète et profonde et ils aimeraient eux aussi vivre ce que Jésus vit… « Seigneur, apprends-nous à prier »… Leur question rejoint son désir : le Fils est en effet venu en ce monde pour donner à tous ceux et celles qui croiront en lui de pouvoir vraiment devenir comme Lui, des fils et des filles de Dieu (Jean 1,11-12), à l’image et ressemblance du Fils Unique (Romains 8,28-30). Ils vivront ainsi avec le Fils une relation semblable à celle que le Fils vit avec son Père (Comparer Jean 8,29 et Matthieu 28,20 ; Jean 14,10-11 et Jean 6,56 ; Jean 1,14 et Jean 1,17 ; Jean 5,19-20 et Jean 15,5 ; Jean 17,8 et Jean 17,20 ; noter aussi tous les « comme », ou les « de même » en Jean 6,57 ; 10,14-15 ; 15,9-10 ; 17,18 ; 17,21). Et puisque le Fils est UN avec le Père, c’est-à-dire uni à Lui dans la communion d’un même Esprit (Jean 4,24), d’une même Lumière (1Jean 1,5), d’un même Amour (1Jean 4,8.16), unis au Fils ils seront eux aussi unis au Père. Regardant le Fils, ils verront la gloire du Père (Jean 14,9 ; 1,14). Ecoutant le Fils, ils écouteront le Père (Jean 12,50)… Le Fils est ainsi le Chemin qui nous mène vers son Père et notre Père (Jean 14,6 ; 20,17), et c’est l’Esprit du Fils, reçu par notre foi au Fils, qui nous pousse à prier comme le Fils et à appeler Dieu : « Abba, Père » (Romains 8,14-17 ; Galates 4,4-7)…
Jésus va donc inviter ses disciples à entrer dans le mystère de sa prière, et pour les guider (Il est le Chemin), il va leur donner les mots justes qui les aideront à se tourner vers le Père en toute vérité. Et l’Esprit de Vérité se joindra toujours à ces Paroles de Vérité pour entraîner ceux et celles qui les reprendront de tout cœur dans un mystère de communion et de Vie avec le Père, en un seul Esprit (Ephésiens 2,18 ; Jean 6,63.68 ; 16,13). Ainsi, grâce à la Présence et à l’œuvre de l’Esprit Saint, les mots cessent de n’être que des mots : ils deviennent « vie », la « vie » des enfants de Dieu qui, à la suite de Jésus, appellent leur Créateur : « Papa » (Marc 14,35-36 ; Matthieu 11,25-27)…

 

seigneur apprends-nous à prier

La structure du Notre Père

Deux évangélistes nous ont transmis « la » Prière du Chrétien : St Matthieu (6,9-13) et St Luc (11,1-4). Dans les deux cas, le Notre Père se divise en deux parties. Dans la première, le croyant est invité à se tourner vers Dieu pour souhaiter le plein accomplissement de son projet sur l’humanité tout entière (pronom personnel « ton, ta » ; deux souhaits pour St Luc, trois pour St Matthieu). Dans la seconde, il adresse à Dieu son Père trois demandes pour le bien fondamental de tout homme (pronom personnel « nous »).
Ainsi, « le Notre Père nous apprend à porter d’abord notre regard vers Dieu, vers son Nom, son Règne, sa Volonté, avant de le porter sur notre communauté terrestre. Notre situation concrète et nos véritables besoins ne peuvent être compris que si nous envisageons d’abord notre Père, ses objectifs, son oeuvre” (J. Delorme). Jésus enseigne là, en quelque sorte, toute une pédagogie de la prière : avant de demander à Dieu de combler ses propres besoins, le croyant se met devant Lui dans une attitude d’humble adoration, donnant la priorité à la réalisation du dessein d’amour de Dieu sur le monde ».

notre père2

Matthieu 6,9-14 Luc 11,2-4

Invocation
Notre Père qui est aux cieux,

Trois souhaits
1 – que ton Nom soit sanctifié ;
(10) 2 – que ton règne vienne ;
3 – que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel ;

notre_pain_quotidien_600_335Trois demandes

(11) 1 – donne nous aujourd’hui
notre pain quotidien,
(12) 2 – et remets-nous nos dettes
comme nous aussi nous avons remis
à nos débiteurs ;

(13) 3 – et ne nous introduis pas
dans la tentation,
mais délivre-nous du mal (du Mauvais).
Invocation
Père,

Deux souhaitsque ton nom soit sanctifié
1 – que ton Nom soit sanctifié ;
2 – que ton règne vienne ;

Trois demandes
(3) 1 – donne nous chaque jour
notre pain quotidien
(4) 2 – et remets-nous nos péchés
car nous-mêmes nous pardonnons aussi
à tous ceux qui ont une dette envers nous ;
3 – et ne nous introduis pas
dans la tentation.

Nous remarquons que le « Notre Père » de St Matthieu est plus long que celui de St Luc (cf. texte supplémentaire en italique) : l’invocation initiale est plus solennelle, et des éléments nouveaux apparaissent à la fin de chacune des deux parties. De plus, n’oublions pas que St Matthieu est un Juif qui écrit pour des Juifs, contrairement à St Luc qui, païen, s’adresse à des païens. Or, pour un Juif, Dieu est « le Dieu du Ciel » (Jonas 1,9 ; Psaume 136 (135),25-26 ; Néhémie 1,4-11), « le Dieu qui est au ciel » (Lamentations 3,41 ; Qohélet (Ecclésiaste) 5,1 ; Psaume 123(122),1 ; 1Rois 8,30.32.34.36.39.43.45.49). Il est donc tout à fait normal qu’il l’appelle ainsi. De plus, avec cette Loi qu’il a donnée à Moïse au sommet du Mont Sinaï (Exode 20,117), tout se résume pour Israël à « faire la volonté de Dieu », c’est-à-dire à « garder ses commandements », à les « mettre en pratique » (Deutéronome 4,40 ; 5,29-31 ; 6,1-2). Alors, pour St Matthieu, « que ta volonté soit faite » est un élément incontournable de toute prière.

esprit saint 2
Toutes ces remarques laissent donc supposer que St Luc nous a transmis la forme primitive du Notre Père, un texte auquel St Matthieu a rajouté méthodiquement à la fin de chacune des deux parties les éléments qui lui sont propres… Nous retrouvons ici un fait constant de la révélation : la Parole que Dieu a voulu nous transmettre par son Fils a été rédigée par des hommes avec le soutien et la lumière de l’Esprit Saint. Ces derniers vivaient à une époque donnée, dans une communauté déterminée, et ils avaient chacun une éducation, une personnalité, une sensibilité différentes… Tous ces éléments se retrouvent dans leurs œuvres vis-à-vis desquelles ils ont agi en vrais auteurs. Mais l’Esprit de Dieu aussi était là, éclairant le tout de sa lumière et faisant en sorte que le message qu’il désirait nous communiquer nous parvienne effectivement… Dieu veut en effet nous associer à son œuvre, et il le fait par le don de cet Esprit qui l’habite en plénitude, Lui et son Fils. Et puisque nous avons tous part à ce même Esprit, que nous pouvons appeler notamment « l’Esprit du Christ », nous formons tous ensemble « le Corps du Christ » (Ephésiens 4,1-6 ; 1Corinthiens 12,12-30), cette communauté de croyants qui essaye de vivre le mieux possible ce mystère de communion avec le Christ qui lui est gratuitement offert, jour après jour, par ce Dieu qui n’est que Miséricorde ! Avec elle et par elle, le Christ ressuscité continue d’annoncer au monde d’aujourd’hui la Bonne Nouvelle du Salut (2Corinthiens 2,14-3,3 ; 13,2-3 ; 1Corinthiens 15,9-10 ; Galates 2,20). Ce regard de foi nous invite à la confiance vis-à-vis de l’Église, malgré toutes les imperfections, les faiblesses et les limites de ceux et celles qui la constituent, c’est-à-dire… de nous tous ! Et c’est de cette Église « Corps du Christ », que nous avons reçu la Prière du Christ, la prière du Fils qui nous invite à la dire et à la redire à sa suite pour que, tous ensemble, nous devenions avec lui des fils et des filles de Dieu.

prier_Dieu_Lumi_re_dans_nos_vieJésus nous invite donc tous à mettre « le Père » à la première place dans notre prière et dans notre vie. C’est vers Lui que doivent se tourner notre regard et notre cœur, car c’est Lui qui nous a tous créés à son image et ressemblance (Genèse 1,26-28), c’est Lui qui nous a fait devenir des êtres vivants en nous donnant d’avoir part à son Souffle de Vie (Genèse 2,4b-7), l’Esprit Saint. Et c’est toujours Lui qui veut faire grandir en chacun d’entre nous cette vie de l’Esprit, la vie des fils et des filles de Dieu (Jean 1,12-13 ; 3,3-8 ; 20,19-23). La perspective est alors universelle, et St Luc y est particulièrement attentif. En effet, si l’expression initiale de St Matthieu, « notre Père », renvoie plus particulièrement à la communauté chrétienne qui se tourne vers Dieu en l’appelant ainsi, celle de St Luc, « Père », plus sobre, plus dépouillée, s’ouvre implicitement à l’humanité tout entière appelée à former une seule et même famille autour de Dieu, son Créateur et Père. Le chrétien apparaît alors comme celui que Dieu appelle par son Fils à vivre pleinement sa vocation d’enfant de Dieu, en communion avec tous ceux et celles qui partagent sa foi en appelant Dieu « Notre Père », et dans un regard de bienveillance et de fraternité vis-à-vis de tous les hommes, ses frères …
La prière du « Notre Père » doit aussi nous rappeler la proximité de Dieu et de son action au cœur de notre vie. Jésus ne cessait de proclamer : « Le Royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 4,17). Et il disait aussi : « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton père qui est là dans le secret » (Matthieu 6,6). Lorsque nous disons « Notre Père qui est aux cieux », nous nous adressons donc à quelqu’un qui est tout en même temps « tout proche », « dans notre chambre », et « aux cieux ». Ste Thérèse de Lisieux écrivait : « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai, mais pour être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur cette terre. »

dieuvousaimeEn fait, « le ciel » ne désigne pas pour un chrétien un lieu, mais un état, et par suite « une manière d’être »… Il est « l’état » de celui qui s’est ouvert tout entier à l’action réconciliatrice, purificatrice, vivifiante et bienfaisante de Dieu… Grâce à Lui, nos péchés sont pardonnés, et plus rien désormais ne peut nous séparer de son amour manifesté dans le Christ (Romains 8,35-39). Par le baptême, « Dieu nous a arrachés à l’empire des ténèbres et il nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé en qui nous avons la rédemption et le pardon des péchés » (Colossiens 1,13-14)… Car « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés ! Avec lui, Il nous a ressuscités ; avec Lui, il nous a fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus » (Ephésiens 2,4-6).
Dans la foi, « le ciel » est donc déjà commencé ici-bas, sur cette terre… Certes, Dieu reste le Tout Autre, l’Insaisissable, l’Incomparable. Mais Il est là, Présent à notre cœur et à notre vie, tout proche de chacun d’entre nous… Lorsque nous prions le « Notre Père » seuls, dans le secret de notre « chambre », nous nous ouvrons à cette Présence, nous consentons à son action, et nous découvrons aussitôt un mystère de Tendresse, de Miséricorde, de Vie et de Paix. Et dans la foi, nous rejoignons tous ceux et celles qui, de par le monde, lui adressent la même prière dans un même mystère de proximité et de communion dans l’Unique Esprit…

miséricordeDe plus, cette prière que le Fils nous a apprise vient en fait du Père Lui-même, car tout ce que dit Jésus est Parole du Père (Jean 17,7-8). Si Dieu, par son Fils, a mis ces mots sur nos lèvres, c’est donc que Lui, le premier, désire que nous l’appelions « Père » car, de son côté, il l’est déjà, de toute éternité, et pour tous. De plus, Il désire aussi que nous nous ouvrions à Lui et à son œuvre car dans son Amour, il veut nous donner notre pain de chaque jour, nous pardonner nos offenses et nous délivrer de tout mal. Mais comme il a un infini respect pour notre liberté – et telle est la logique de l’amour qui ne peut contraindre l’autre à aimer – il nous offre par son Fils ces paroles qui nous font demander ce qu’il veut nous donner. Les reprendre avec confiance sera donc lui dire « Oui ! » comme Marie, un « Oui ! » qui ne pourra que déboucher sur la louange et l’action de grâces face à tous ces bienfaits qui ne pourront que nous combler… Et Dieu sera le premier à être heureux de pouvoir nous communiquer ce qu’il sait être à la source de notre vraie Vie…
Si nous acceptons de nous engager sur le chemin régulier de la prière, nous prendrons mieux conscience de cette réalité, et nous grandirons, jour après jour, dans la confiance en ce Dieu qui est avant tout un Père plein de tendresse et d’amour (Psaume 103(102),1-13 ; Jérémie 3,19 ; 31,20 ; Osée 2,20-22 ; Psaume 25(24),4-10 ; 116(114-115),5-12), un Père qui prend soin de chacun de ses enfants (Osée 11,1-4 ; Isaïe 49,1316 ; 66,1213) et qui désire que leur vie soit la plus belle possible. Appeler Dieu « Notre Père » nous invite ainsi à retrouver un cœur d’enfant (Marc 10,13-16 ; Matthieu 18,1-4) dans la certitude que le Père s’occupe très concrètement de chacun d’entre nous (Matthieu 6,7-8 ; 6,25-34) avec la Toute Puissance de sa Tendresse, de son Amour et de sa Miséricorde.
« Un jour, j’entrai dans la cellule de notre chère petite Sœur (Ste Thérèse de Lisieux) et je fus saisie par son expression de grand recueillement. Elle cousait avec activité et cependant semblait perdue dans une contemplation profonde : « A quoi pensez-vous ? », lui demandai-je. « Je médite le Notre Père », me répondit-elle. « C’est si doux d’appeler le bon Dieu « Notre Père »… » Et des larmes brillèrent dans ses yeux ».
Comme l’écrit le Catéchisme de l’Église Catholique, « nous pouvons invoquer Dieu comme “Père” parce qu’Il nous est révélé par son Fils devenu homme et que son Esprit nous Le fait connaître. Ce que l’homme ne peut concevoir ni les puissances angéliques entrevoir, la relation personnelle du Fils vers le Père, voici que l’Esprit du Fils nous y fait participer, nous qui croyons que Jésus est le Christ et que nous sommes nés de Dieu. Quand nous prions le Père, nous sommes en communion avec Lui et avec son Fils Jésus-Christ. C’est alors que nous Le connaissons et le reconnaissons dans un émerveillement toujours nouveau »…

mainsQue ton Nom soit sanctifié…

Que soit magnifié et sanctifié son grand Nom dans le monde qu’il a créé selon sa volonté” (Prière juive du Qaddish).

Le Nom, dans le langage biblique, renvoie au mystère de la personne qui le porte. Ainsi, dans le Magnificat « Saint est son Nom » (Luc 1,49) signifie « Saint est le Seigneur ».
Quant au mot « saint », il vient, en hébreu, d’un verbe dont le sens premier est « couper, séparer, mettre à part ». Dieu est « saint » en tant qu’Il est « à part » de tout, « séparé » de tout, unique, le seul qui peut pleinement s’appeler « JE SUIS » (Exode 3,13-15), le seul à Etre ce qu’Il Est. Mais attention, parler ainsi ne veut pas dire que le Tout Autre n’est pas aussi le Tout Proche. C’est même justement parce qu’il est le « Tout Autre » qu’il peut aussi être « le Tout Proche », s’occupant particulièrement et en même temps de chacune de ses créatures comme si elle était unique à ses yeux… La notion de sainteté renvoie donc à ce que Dieu Est en Lui même, à sa nature divine, à ce qui fait que Dieu est Dieu (Osée 11,9).
Remarquons maintenant que dans l’expression « Que ton Nom soit sanctifié », la forme passive du verbe sanctifier ne précise pas qui est le sujet de l’action. Et nous allons voir, à la lumière de quelques textes de l’Ancien Testament, que le premier à sanctifier le Nom de Dieu est Dieu Lui-même ! Et il le fait en agissant selon ce qu’il Est… Il manifeste alors le mystère de sa Sainteté : une Miséricorde infinie et toute Puissante (Luc 1,49-50). Les bénéficiaires de cette action de Dieu seront alors invités à dire autour d’eux toutes les merveilles que Dieu a faites pour eux, et quel est le « visage de Dieu » qu’ils ont perçu à travers ses œuvres. Ils contribueront ainsi pour leur part à ce que « le Nom de Dieu soit sanctifié »…

que ton nom soit sanctifié 1
Le Dieu Saint va donc commencer par sanctifier son peuple en étant au milieu de lui (Exode 33,12-17) et en lui donnant sa Loi (Exode 20,1-17). Par elle, il désire le maintenir au cœur de son Alliance et l’aider à vivre jour après jour en sa présence… Alors, ils seront son peuple, et Lui sera leur Dieu (Deutéronome 26,16-19)…
Israël, de son côté, « se sanctifiera » en prenant à cœur d’obéir fidèlement aux commandements du Seigneur (Lévitique 20,7-8)… En se sanctifiant, il sanctifiera le Nom de son Dieu aux yeux des nations païennes (Lévitique 22,31-33) qui constateront à quel point le Peuple de Dieu est un Peuple comblé par toutes sortes de bénédictions sur cette terre que le Seigneur lui a donnée (Deutéronome 2,7 ; 7,12-14 ; 11,26-28 ; 12,4-7 ; 28,1-14 ; 30,19-20) …
Mais hélas, l’histoire d’Israël, au lieu d’être une « sanctification du Nom de Dieu », sera plutôt une profanation de ce Nom qui est invoqué sur eux… La multitude de leurs infidélités les a conduits à être la risée de toutes les nations… De plus, ils se sont souillés par toutes sortes de pratiques idolâtriques, par lesquelles ils ont renié ouvertement le Nom de leur Dieu à la face du monde… Aussi, plutôt que de rester dans cette Terre Promise que Dieu leur avait donnée, une Terre qui ruisselle de lait et de miel – symbole de l’abondance des dons de Dieu – (Exode 3,8.17), ils ont été dispersés parmi les nations… Mais Dieu annonce qu’il va « sanctifier son Nom » (Ezéchiel 36,22-28), c’est-à-dire manifester le Mystère de sa Sainteté, montrer Qui Il Est… Et que fera-t-il pour cela ? Il ira tout d’abord Lui-même à la recherche de ceux et celles que le péché a égarés, dispersés. Il les prendra un à un (Ezéchiel 34,11-16 ; cf Luc 15,4-7; Jean 14,1-3), il les rassemblera autour de Lui (cf. Jean 11,49-52 ; 17,24) et les ramènera en ce Royaume d’où ils n’auraient jamais dû partir. Puis il répandra sur eux une eau pure et les purifiera de toutes leurs souillures, de toutes leurs ordures… Pas une n’échappera à la Toute Puissance de sa Miséricorde, aussi énorme soit-elle… Il enlèvera « leur cœur de pierre », ce cœur dur et froid, et il leur donnera « un cœur de chair » pour qu’ils soient plus humains les uns envers les autres. Et il leur donnera d’avoir part à « son propre Esprit » qui les gardera dans la fidélité à son Nom…

eauTout ceci, il l’accomplira finalement par son Fils Jésus Christ et par l’Esprit Saint qu’il mettra en eux (Jean 14,15-17). Cet Esprit sera « l’eau pure » annoncée par le prophète Ezéchiel (36,22-28) : elle les lavera, les justifiera, les sanctifiera (1Corinthiens 6,9-11) et les guérira petit à petit de leurs blessures (Jérémie 3,22). Elle les fortifiera, les affermira (Ephésiens 3,16 ; 2Timothée 1,7), les invitera à se relever et à changer leurs comportements d’autrefois (Galates 5,25 ; 5,16-24 ; Ephésiens 5,1-11). L’Esprit sera en eux le principe d’une création nouvelle (Tite 3,4-7 ; Jean 3,3-8 ; 2Corinthiens 5,17-21), enfin libre (2Corinthiens 3,17). Sa Présence leur apportera un dynamisme de Vie qui les poussera à un agir nouveau. Mais cette guérison intérieure, œuvre de l’Esprit, demandera du temps, de la patience, et une remise continuelle et incessante de leur vie entre les mains de Sa Miséricorde. Et il faudra accepter, jour après jour, de recommencer et de recommencer encore, en s’appuyant sur cette Présence invisible et bienveillante de l’Esprit toujours offerte à notre foi…

Miséricorde dieu1Miséricorde Toute Puissante de Dieu : tel est pour Marie le mystère de sa Sainteté (Luc 1,49-50). Ainsi, lorsque Dieu « sanctifie son Nom », il agit selon son incroyable Miséricorde et manifeste ainsi l’infini de sa Patience, de sa Tendresse et de son Amour. Reconnais que « l’infinie bonté de Dieu, sa patience, sa générosité te poussent au repentir » (Romains 2,4)… Ce désir d’agir pour chacun d’entre nous en mettant en œuvre les inépuisables richesses de sa Miséricorde sont si fortes, que Dieu nous a donné ce qu’il avait de plus cher (Jean 3,16-17; 6,32-33) : son Fils Unique, Celui qui fait sa Joie de toute éternité, cet Astre d’en Haut qui nous a visités « dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Luc 1,76-79). Tout, dans sa vie, ne fut que manifestation, en actes et en Paroles, de la Miséricorde de Dieu qui n’a qu’un seul désir : notre guérison profonde, notre retour des ténèbres à son admirable Lumière (Jean 12,46), de l’esclavage du péché à la liberté d’une vie en sa Présence (Jean 8,31-36 ; Luc 1,68-75 ; Ephésiens 1,3-6).

Et puisque ce désir de notre salut est le désir premier qui habite le cœur de Dieu, son vœu le plus cher, le Père va mettre en notre bouche par son Fils les Paroles qui susciteront en nous le désir de nous ouvrir à son action, et de découvrir ainsi grâce à elle et par elle « Qui » Il Est : Miséricorde et Bonté infinie… Alors répondons à son attente, et prions avec ses mots à Lui. « Que ton Nom soit sanctifié », c’est-à-dire que tous les hommes découvrent vraiment « Qui » tu Es, en faisant l’expérience au plus profond d’eux-mêmes de ta Miséricorde et de ta Tendresse… Et si nous acceptons de recevoir jour après jour ce pardon gratuit qui nous relève, nous arrache à nos ténèbres et nous transfère auprès de Lui dans sa Lumière et dans sa Paix, alors notre vie tout entière changera, de pardon en pardon. Et nous serons heureux de pouvoir offrir à notre tour autour de nous, pour en avoir bénéficié tant et tant de fois, un pardon qui relève et redonne l’espérance et la joie, la joie de Vivre … Nous voudrons pour les autres ce que nous avons nous-mêmes vécu (1Timothée 1,12-17). Nous deviendrons des artisans de Miséricorde et de Paix (Matthieu 5,7-9).

mains1Que ton Règne vienne

Cette seconde demande rejoint en fait la précédente, car Dieu ne peut qu’agir selon ce qu’Il Est. Or Il n’est qu’Amour, Miséricorde, Tendresse et Paix. Lorsque nous disons « Que ton Règne vienne », nous souhaitons que « l’Amour, la Miséricorde, la Tendresse et la Paix de Dieu règnent au cœur des hommes ». Si tel est le cas, ils seront les premiers à en être profondément heureux. Mais pour qu’il en soit vraiment ainsi, il faudra qu’ils se fassent « pauvres de cœur » et qu’ils acceptent de recevoir gratuitement les dons de Dieu que nul ne mérite (Matthieu 5,3)… Et si vraiment Dieu règne en leur cœur, son Amour règnera sur la haine (Ephésiens 2,13-18), sa Douceur et sa Paix sur la violence (Matthieu 11,29 ; 2Corinthiens 10,1 ; Galates 5,22-23 et donc Ephésiens 4,26 ; Galates 6,1-2 ; Ephésiens 4,1-6 ; Colossiens 3,12-15 et enfin Matthieu 5,4 !), sa Vérité sur le Mensonge (Jean 14,6 ; 14,15-17 et grâce à lui, ce qui est vrai du Christ sera aussi vrai pour chacun d’entre nous : Jean 14,30 ; 8,44 avec 12,31 ; Ephésiens 4,25), sa Justice sur l’injustice (Romains 3,21-26)… Et petit à petit, ceux et celles qui s’ouvriront à cette action de Dieu dans leur vie deviendront plus humains, plus doux, plus vrais, plus justes… Et la vie en ce monde sera moins difficile et plus belle pour tous, en attendant cette Jérusalem d’en haut où il n’y aura plus du tout cette fois « de pleurs, de cris, de peines, car l’ancien monde s’en sera allé » (Apocalypse 21,1-4)…

suis-roi-monde-L-AqULjoCe « Règne de Dieu » s’est concrètement manifesté dans l’histoire d’Israël à l’occasion de la catastrophe nationale que fut, en 587 avant JC, la défaite face à Nabuchodonosor, Roi de Babylone. Le prophète Jérémie avait pourtant prévenu, de la part de Dieu, qu’il ne fallait pas chercher à lui résister. On l’avait alors accusé de trahison, de collaboration avec l’ennemi, pour ensuite le persécuter… Aussi, lorsque beaucoup d’entre les Israélites se retrouvèrent déportés à Babylone, ils regrettèrent amèrement leur désobéissance (cf Psaume 137(136)) : tout ce qu’ils vivaient n’était en fait que la conséquence de leurs fautes (Jérémie 3,25 ; 14,7-9 ; 14,20-22). Et maintenant que le Temple était détruit, les fils du roi assassinés et le pays anéanti, leur espérance aussi était morte… Mais Dieu ne va pas les abandonner … Dans leur souffrance, dont ils sont pourtant responsables, il va leur envoyer ses prophètes pour qu’ils leur adressent de sa part des paroles de consolation : « Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur, parlez au cœur de Jérusalem » (Cette dernière expression appartient au langage de l’amour : cf. Genèse 34,13). Et si autrefois il fallait acheter tel ou tel animal et l’offrir en sacrifice pour recevoir le pardon (cf. Lévitique 4-5), Isaïe est chargé d’annoncer au Peuple « qu’ils ont reçu de la main du Seigneur deux fois le prix » qu’il aurait fallu débourser pour toutes « leurs fautes » : Dieu leur offre donc son pardon en surabondance… St Paul dira beaucoup plus tard la même chose : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5,20). De plus, Isaïe affirme que Dieu en Personne va venir et il sauvera son Peuple de la main de ses ennemis. En ce jour-là, « Il portera les agneaux sur son cœur et conduira doucement les brebis mères ». Il ramènera tout son troupeau sur sa terre (Isaïe 40,1-11 ; 41,8-14 ; 43,1-7)… Les messagers doivent donc crier la Bonne Nouvelle : « Voici votre Dieu ! » (Isaïe 40,9), « Ton Dieu règne ! ». Et cette dernière expression est synonyme en Isaïe 52,7-12 de « paix », de « bonté » (TOB), de « salut », de « joie », « d’acclamation » (TOB), de « consolation », de « réconfort » (TOB), et de Présence de Dieu au milieu de son Peuple pour « marcher à sa tête » et être tout en même temps « son arrière-garde ». Il veut en effet les conduire du pays de l’esclavage, de l’oppression et de la souffrance en ce pays où Il sera pour eux « Source d’Eau Vive » (Jérémie 2,13 ; Isaïe 41,17-18), de Paix et de Joie (Isaïe 54,10 ; 55,12 ; 57,18-19 ; 66,12-13).

Jean-Baptiste se présentera, dans tous les Évangiles, en reprenant les premières paroles du chapitre 40 d’Isaïe : il est « la Voix de celui qui crie dans la désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Matthieu 3,3 ; Marc 1,3 ; Luc 3,4-6 ; Jean 1,23). Avec cette citation, il renvoie à tout le contexte de ce chapitre d’Isaïe : le temps de la consolation est arrivé pour tous les pécheurs que nous sommes. En Jésus-Christ, Dieu Lui-même vient marcher au milieu de nous pour nous proposer le Règne de sa Miséricorde, de son Pardon, de sa Tendresse et de sa Paix. Avec et par son Fils, il se fera notre Bon Pasteur pour que nous tous, brebis égarées, nous puissions retrouver avec Lui le chemin qui conduit à la Maison du Père (Luc 15,4-7 ; Jean 10,1115 ; 14,1-6).

aimez-vous-1« Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ». Telles sont, de fait, les toutes premières paroles de Jean-Baptiste dans l’Évangile de Matthieu (3,1-2). Et en St Marc, celles de Jésus sont : « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (1,15). En effet, « le Verbe s’est fait chair » (Jean 1,14). Par son Incarnation, le Fils nous a rejoints dans notre condition humaine, et puisqu’il vit de toute éternité uni à son Père dans la communion d’un même Amour, avec Lui et par Lui, Dieu le Père s’offre à chacun d’entre nous pour que sa Lumière règne sur nos ténèbres, et sa Vie dans notre vie… Alors, grâce à Jésus dont le nom signifie « Dieu sauve », il nous sera donné de participer à ce que le Fils vit en Plénitude (Colossiens 2,9). Lui-même est en effet l’exemple parfait d’un homme vivant pleinement les mystères du Royaume, c’est-à-dire une vie en communion avec Dieu dans l’unité de l’Esprit. Avec Lui et par Lui, nous découvrons ce qu’est le Règne de Dieu pour y entrer à notre tour par le « Oui ! » de notre foi : « nous avons libre accès auprès du Père en un seul Esprit » (Ephésiens 2,18 ; 1Jean 1,1-4)…

Lorsque Jésus, en St Luc, commencera son ministère public, il présentera son programme d’action en citant à nouveau le prophète Isaïe : « L’Esprit du seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Luc 4,18-19). Et tout ceci sera résumé un peu plus loin par la seule formule de « l’annonce de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu » (Luc 4,43). Cette Bonne Nouvelle est donc avant tout celle du Règne inconditionnel, illimité et toujours offert de la Miséricorde sur nos misères qui nous emprisonnent, nous rendent esclaves, nous oppriment, nous aveuglent et nous défigurent… Mais par l’Amour et le Pardon de Dieu offerts gratuitement en Jésus-Christ, tous les captifs et les opprimés que nous sommes sont appelés à faire dès maintenant l’expérience de la vraie liberté (Jean 8,31-36), une expérience qui est synonyme de Plénitude de Vie… Puissions-nous tous accueillir de tout cœur cette Bonne Nouvelle, et jour après jour, le Christ se fera le compagnon de nos luttes pour nous aider à demeurer en cette liberté, grâce à son soutien, à son pardon et à la force de son Esprit (Galates 5,1 ; Romains 6,1-14 ; 8,13)…

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Et tous les signes accomplis par le Christ dans les Évangiles ne sont destinés qu’à nous aider à croire que le Règne de Dieu est vraiment arrivé jusqu’à nous : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Matthieu 12,28 ; Jean 10,36-38). Avec le Fils de Dieu présent au milieu des hommes, la Lumière de Celui qui n’est que Lumière (1Jean 1,5) est déjà à l’œuvre, et c’est elle qui chassera toutes nos ténèbres (Jean 1,5 ; 12,46). Elle s’est révélée en plénitude sur le visage du Christ Transfiguré (Matthieu 17,1-2), et au Jour de sa Résurrection (Actes 9,3-6 ; 22,6-9 ; 26,12-15). Maintenant, dans la foi, elle frappe à la porte de nos cœurs (Apocalypse 3,20 avec Jean 8,12), notamment par la Parole de Vie que proclame l’Église (2Pierre 1,19 avec Luc 1,78-79), une Parole à laquelle se joint toujours l’Esprit Saint pour lui rendre témoignage (Jean 15,26) en illuminant les cœurs par sa Présence (Ephésiens 1,17-19). Et sa Lumière est Vie (Jean 8,12)…

Le Règne de Dieu est donc déjà là, tout proche, offert à notre foi, mais il doit encore venir dans le cœur de tous ceux et celles qui ne l’ont pas encore accueilli. Il doit aussi venir dans nos cœurs pour éclairer toutes ces zones d’ombre qui nous habitent encore. Alors, il viendra aussi très concrètement dans ce monde par les actes que poseront tous ceux et celles qui lui auront ouvert leur cœur… Il viendra enfin en Plénitude, lorsque le Christ Ressuscité reviendra au dernier Jour pour l’établir de façon définitive. Alors, la Communion sera parfaite, communion avec Dieu et communion entre les hommes en un unique Esprit (Ephésiens 4,1-6 ; 2Corinthiens 13,13). Dieu sera tout en tous (1Corinthiens 15,24-28), et toute l’humanité sauvée, nous l’espérons, pourra lui rendre grâce pour ce Royaume des Cieux qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17).

Mais pour l’instant nous ne pouvons que prier pour que ce Royaume déjà présent, déjà offert à notre foi, soit accueilli encore et encore, qu’il grandisse dans les cœurs de ceux et celles qui ont commencé à le recevoir, que tous puissent enfin en bénéficier… « Que ton Règne vienne », « Viens, Seigneur Jésus » (Apocalypse 22,20)…

volonté de dieu 1

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Nous retrouvons, avec ce troisième souhait propre à St Matthieu, un trait caractéristique de sa culture juive. Pour un Juif en effet, la religion est avant tout un « faire » ou un « ne pas faire », en accord avec la Loi que Dieu a donnée à Moïse. Dans ce contexte, « que ta volonté soit faite » vise avant tout l’agir de l’homme en accord avec la volonté de Dieu exprimée par la Loi.
Mais dans l’Évangile, St Matthieu n’utilise pas ici ce verbe « faire » qu’il connaît pourtant si bien. Il écrit littéralement « qu’advienne ta volonté », un verbe repris dans toutes les expressions où Jésus répond à ceux et celles qui le prient : « Qu’il t’advienne selon ta foi » (Matthieu 8,13 ; 9,29 ; 15,28). Nous le retrouvons aussi dans la prière qu’il adresse à son Père juste avant sa Passion : « Si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, qu’advienne ta volonté » (Matthieu 26,42), une expression strictement identique à celle du « notre Père ». Jésus nous invite donc vraiment à prier comme lui-même priait… Et l’emploi de ce verbe « advenir » suggère, dans tous les textes cités, une action non pas des hommes mais de Dieu… « Qu’il advienne selon ta foi », et Dieu agira pour qu’il en soit effectivement ainsi : le fils du centurion sera guéri, les aveugles verront et la fille de la Cananéenne sera délivrée du mal… L’expression du Notre Père, « que ta volonté advienne », peut donc aussi être interprétée comme précédemment : que Dieu Lui même agisse de telle sorte que sa volonté puisse vraiment se réaliser dans notre monde… Et la TOB traduira de fait : « Que ta volonté se réalise ! » Et quelle est la volonté de Dieu ? St Paul y répond clairement : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Timothée 2,3-6). Et déjà, de son côté, il a agi avec son Fils et par Lui : « tout est accompli » (Jean 19,30), c’est-à-dire, comme l’explique la Bible de Jérusalem en note : « L’œuvre du Père, telle qu’elle était annoncée par l’Écriture : le salut du monde par le sacrifice du Christ ».imagesEFZX0B23

Ainsi, « le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau » (Apocalypse 7,10 ; 21,6 ; Ephésiens 2,4-10). Il reste maintenant, du côté des hommes, à l’accueillir, à y croire et à le mettre en œuvre… Et tout ceci sera encore le résultat d’une initiative gratuite de Dieu qui, par l’action de l’Esprit Saint, attire les hommes à son Fils (Jean 6,44.65), leur donne de croire en Lui (1Corinthiens 12,3), et les soutient jour après jour pour qu’ils puissent emprunter le bon chemin (Galates 5,22-25). Comme le disait St Bernard, il suffit de consentir à cette action pour être sauvé, de se laisser faire, de s’abandonner activement entre ses mains en collaborant le mieux possible à son œuvre…

Nous constatons donc combien ce troisième souhait, « que ta volonté soit faite », rejoint les deux précédents. Le projet de Dieu de sauver tous les hommes par son Fils, se réalisera en effet dans la mesure où « son Nom sera sanctifié », c’est-à-dire dans la mesure où, grâce à son action, tous comprendront, en l’expérimentant par eux-mêmes, que le Dieu Saint est un Dieu de Miséricorde et de Tendresse, dont la Bienveillance nous entoure sans cesse. Alors grâce à son Pardon offert continuellement en Jésus-Christ, « son Règne » de Paix, de Lumière et de Vie pourra enfin « venir sur la terre comme au ciel », et sa volonté de salut s’accomplir…

jésus brebisCette volonté universelle de salut apparaît également dans la parabole de la brebis perdue à laquelle St Matthieu donne comme conclusion : « Ainsi, on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ces petits se perde » (Matthieu 18,14). Et chez lui, la figure du « petit » renvoie tout d’abord à celle du « petit enfant » que Jésus donne en exemple à tous ses disciples : « En vérité, je vous le dis, si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux »(Matthieu 18,1-4 ; 19,13-15). Si tel est le cas, ils seront alors « ces petits qui croient en moi » (Matthieu 18,6 ; Jean 13,33 ; 1Jean 2,1.12.14.18.28 ; 3,7.18 ; 4,4 ; 5,21 ; Galates 4,19). Le Christ Lui-même se compare d’ailleurs à « un petit enfant » (Matthieu 18,5). Et puisque nous sommes tous appelés à reproduire l’Image du Fils (Romains 8,28-30 ; Genèse 1,26-27), Dieu nous regarde tous comme ses enfants, et il nous appelle tous à devenir, par la foi en son Fils, ce que nous sommes déjà à ses yeux (Jean 1,12)…

Dieu ne veut donc pas qu’un seul de ses petits se perdent… La portée de ce texte est universelle, et elle rejoint ce que St Jean affirme au début de son Evangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jean 3,16-17). Dieu a donc donné à son Fils le monde à sauver, et le Christ ira jusqu’au don de sa vie pour que la volonté de son Père se réalise… « Tout ce que me donne le Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors ; car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6,37-40).

Christ Rédempteur-Rio-de-JaneiroLe Père a donc donné au Fils le monde à sauver, et le Christ se donnera tout entier pour qu’il en soit ainsi (Jean 4,34 ; 14,30-31). Si la volonté de Dieu est notre salut, et si le Christ est le seul et unique Sauveur du monde (Jean 4,42 ; Actes 4,8-12 ; 1Timothée 2,3-6), la volonté de Dieu pour chacun d’entre nous sera donc aussi que nous croyons en celui qu’il a envoyé dans le monde pour notre salut : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » demandait-on à Jésus, tout en sachant qu’à l’époque, « travailler aux œuvres de Dieu » c’était avant tout mettre en pratique la Loi donnée par Moïse, et accomplir ainsi la volonté de Dieu. Et Jésus répondra : la première volonté de Dieu que vous avez à mettre en œuvre, « l’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jean 6,29)…
Mais « comment croire en Lui si personne ne nous l’a annoncé », dira St Paul en repartant de cette volonté universelle de salut qui habite le cœur de Dieu : « Il n’y a pas en effet de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? selon le mot de l’Écriture : Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles ! » (Romains 10,12-15).

Jésus tête de l'EgliseLa volonté de Dieu est donc que nous croyons en son Fils venu en ce monde nous offrir le salut, et que ce salut puisse s’épanouir dans toutes les dimensions de notre vie. Et en accueillant vraiment l’Amour de Dieu qui nous pardonne toutes nos fautes, cet Amour nous poussera aussi à nous aimer les uns les autres comme il nous aime, ce qui est là encore, sa volonté (Romains 5,5 ; Galates 5,22 ; Jean 14,12 ; 1Jean 4,7-14). Mais dès que nous aurons découvert en Jésus Christ l’Unique Sauveur du monde, nous aurons aussi à accomplir la volonté de Dieu en collaborant, là où nous sommes, à l’accomplissement de sa volonté : que tous les hommes soient sauvés. Et c’est ainsi que les dernières paroles du Christ ressuscité à ses disciples seront : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,18-20). Et de même en St Marc : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Marc 16,15-16), non pas parce que Dieu l’aura condamné, lui qui ne condamne personne (Jean 5,22 ; Romains 8,31-39 ; 1Jean 2,1-2 ; 3,18-20), mais parce qu’en refusant de croire en Celui-là seul qui pouvait le sauver, il s’est condamné lui-même (Jean 3,18)… Mais nous avons toujours l’espoir que cette situation ne sera que temporaire : le Christ ressuscité, le Bon Pasteur, cherche en effet sa brebis perdue « jusqu’à ce qu’il la retrouve » (Luc 15,4), et il est hors de question pour lui d’abandonner sa recherche tant qu’il ne l’aura pas effectivement retrouvée… Ainsi, si par malheur quelqu’un refuse de croire au Christ, ce dernier, de son côté, ne cessera de le chercher…

 

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour

notre_pain_quotidien_600_335« Le pain constituait l’aliment de base au temps de Jésus ». Ce que nos traductions expriment souvent par « prendre son repas », se dit en effet dans le grec des Évangiles : « manger du pain » (Matthieu 15,1-2 ; Luc 14,1.15 ; Marc 3,20 ; cf. Luc 11,5-6). « Le pain » est donc habituellement synonyme de « nourriture » qui permet de prendre son « repas »…
La prière du « Notre Père » met donc dans la bouche du disciple une demande concernant la nourriture quotidienne nécessaire à sa vie… Par l’intermédiaire de Jésus, le Père nous invite à le prier ainsi car Lui, l’auteur de toute vie, sait bien ce qui est nécessaire à notre vie. Et son premier désir est que cette vie, qu’il a voulue et créée telle qu’elle existe, puisse s’épanouir le mieux possible sur la base de ce dont elle a naturellement besoin… C’est ainsi que le Peuple d’Israël, conduit par Dieu au désert, recevait de lui chaque jour la manne dont ils avaient besoin pour vivre (Exode 16). Et pour leur apprendre la confiance envers Celui qui venait de les libérer de l’oppression des Egyptiens et qui les accompagnait sans cesse, il leur était interdit de mettre de la manne de côté pour le lendemain (Exode 16,19) : Dieu s’engageait à leur donner chaque jour « le pain » dont ils avaient besoin. ..
En priant le Notre Père, et en demandant à Dieu « le pain de ce jour », nous sommes invités aujourd’hui à la même confiance. Dieu est toujours présent à notre vie (cf. Matthieu 6,6 ; 28,20 ; Jean 14,16), il nous accompagne sans cesse, et il œuvre pour que chacun d’entre nous puisse atteindre la Plénitude de Vie à laquelle nous sommes tous appelés. Et il s’occupe très concrètement de nous, jusques dans les moindres détails de notre vie quotidienne (Matthieu 6,25-34 ; 7,7-11). Jésus, lui qui n’avait pas même une pierre où reposer sa tête (Matthieu 8,20) et qui s’abandonnait jour après jour entre les mains du Père, nous invite au même regard de foi et à la même confiance envers ce Père du ciel qui sait de quoi nous avons vraiment besoin avant même que nous le lui ayons demandé (cf. contexte du “Notre Père”, Matthieu 6,8). Notre première préoccupation devrait être alors de « chercher le Royaume des Cieux et sa justice », c’est-à-dire de chercher à vivre en Présence de ce Dieu qui de toute façon est déjà là, et d’essayer de faire en sorte que notre vie lui soit agréable. Et elle le sera dans la mesure où nous apprendrons à rejeter le mal pour choisir le bien (Isaïe 1,16), et trouver ainsi le chemin de la vraie Paix, de la vraie Joie, de la vraie Vie… Nous en serons alors les premiers bénéficiaires !

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Si nous vivons dans cette confiance, nous trouverons le repos et la paix même au cœur des épreuves les plus dures… « On éprouve une si grande paix d’être absolument pauvre, de ne compter que sur le bon Dieu », disait Ste Thérèse de Lisieux. Et le Catéchisme de l’Église catholique écrit de son côté : « Jésus insiste sur cette confiance filiale qui coopère à la Providence du Père. Il ne nous engage à aucune passivité, mais veut nous libérer de toute inquiétude entretenue et de toute préoccupation » (cf. Philippiens 4,6-7). Dieu est bon, « au-delà de toute bonté ». Cette bonté est un fait : si nous sommes à Dieu, Lui de son côté désire « être à nous, et pour nous ». ‘Coopérer à la Providence du Père’, sera donc d’abord s’abandonner à elle le plus possible vis-à-vis de notre propre vie, dans la foi et la confiance. Puis, dans l’assurance que Dieu veille effectivement sur chacun d’entre nous, ce sera aussi travailler à la faire connaître pour que le plus de monde possible puisse trouver la Paix du cœur en vivant dans cette confiance (Matthieu 11,28-30). Enfin, nous collaborerons à cette Providence divine en entrant dans cette dynamique d’amour et de partage à laquelle Dieu nous appelle. Alors, avec nous et par nous, « notre Père qui est aux cieux » fera en sorte que tous, sur cette terre, puissent recevoir « le pain de ce jour »…

personne en méditationCette demande du « Notre Père » peut aussi être interprétée en termes de « nourriture spirituelle ». Jésus, en effet, s’est présenté Lui-même comme étant le vrai Pain que Dieu nous donne : « En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c’est mon Père qui vous donne le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Jean 6,32-33). Et juste après, Jésus se présentera comme étant « le Pain de Vie » par sa Parole, une Parole qu’il s’agit d’accueillir avec foi (Jean 6,35-47). L’Esprit Saint, qui se joint toujours à elle, nous apportera avec elle la Vie de Dieu, et nous découvrirons comme St Pierre que Jésus a effectivement « les Paroles de la Vie éternelle » (Jean 6,63), des Paroles qui nous ouvrent à l’expérience de la Vie éternelle, dès maintenant, dans la foi… Mais Jésus s’est aussi présenté comme étant « le Pain de Vie » par sa chair offerte (Jean 6,48-58) et il visait directement en cet instant le Pain Eucharistique : « Prenez et mangez, ceci est mon Corps » (Luc 22,19-20). Et là encore, c’est l’Esprit Saint qui communiquera la Vie de Dieu à quiconque aura répondu avec foi à l’invitation de Jésus de venir manger sa chair : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi ». Et Jésus précisera juste après : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien » (Jean 6,53-54.63)…
Mais pour que Dieu nous donne chaque jour notre Pain de Vie de ce jour, l’Eglise a besoin de prêtres. La prière du Notre Père rejoindra alors cette invitation de Jésus : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Matthieu 9,37-38 ; Luc 10,2), et notamment des prêtres pour que le Peuple de Dieu ne manque jamais de ce Pain de Vie dont il a besoin…

 

Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés…

pardonNous pouvons être surpris par la tournure de la phrase : Dieu prendrait-il exemple sur nous pour « pardonner comme nous, nous pardonnons » ? Si tel était le cas, nous pourrions vraiment vivre dans la crainte et l’angoisse vis-à-vis du pardon de nos offenses… Mais non, Jésus emploie ici un langage pédagogique pour nous montrer l’importance de tous ces pardons que nous pouvons décider d’offrir ou non…
Dieu, de son côté, est « Amour » (1Jean 4,8.16). Il ne sait qu’aimer, et l’Amour face au péché ne peut que prendre le visage de la Miséricorde (Deutéronome 4,30-31 ; 1Chronique 21,13 ; 2Chroniques 7,14 ; Isaïe 63,7 ; Jérémie 3,12) et du Pardon (Nombres 14,19-20 ; 2Samuel 12,13 ; Isaïe 55,7 ; Jérémie 31,34 ; 33,8 ; 50,20 ; Ezéchiel 16,62-63 ; Michée 7,18 ; Daniel 9,9.15-19 ; Psaume 32(31),5 ; 86(85),5 ; 103(102),1-13 ; 130(129),3-4). Telle est la Bonne Nouvelle que le Christ a proclamée jusqu’en ses derniers instants sur la Croix (Luc 23,34), et que l’Église doit à son tour annoncer jusqu’aux extrémités de la terre (Marc 5,19 ; Luc 24,46-48 ; Romains 9,16 ; 11,32 ; Ephésiens 2,4-10 ; 4,32 ; Colossiens 2,13 ; 3,13 ; 1Timothée 1,16 ; Tite 3,4-7 ; Hébreux 4,16 ; 1Jean 1,9 ; 1Pierre 1,37 ; 2,10 ; Jude 1,21 ; Jacques 5,11).

Pour l’illustrer, St Matthieu nous rapporte la parabole du débiteur impitoyable (Matthieu 18,23-35). Un Roi, qui renvoie ici à Dieu, avait un serviteur (nous tous…) qui lui devait 10.000 talents, soit environ 10 millions d’Euros, une somme folle à cette époque comme à la nôtre ! L’impôt que devait payer chaque année la Judée à l’Empire romain était en effet de 600 talents ! Ce serviteur est totalement inconscient de son état : il demande à son roi de patienter et il lui promet de tout rembourser, ce qui est matériellement impossible… Mais devant sa détresse, le Roi va être bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même : il comprend sa souffrance et son désarroi, et il va agir non pas selon la froide mathématique des comptes, mais selon l’amour qui remplit son cœur : il va effacer gratuitement la dette de son serviteur… Il est fou ? Non, il aime… Le Christ, en exagérant le montant de cette dette, voulait mettre en lumière la profondeur inimaginable de la Miséricorde de Dieu. Pour Lui tout est vraiment possible (Matthieu 19,26)… Ste Thérèse de Lisieux l’avait bien perçu : « On pourrait croire que c’est parce que je n’ai pas péché que j’ai une confiance si grande dans le bon Dieu. Dites bien, ma Mère, que si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent ».

dieu amour
Mais ce serviteur, libéré du poids de sa dette, ne va hélas pas agir de la même façon pour un de ses amis qui ne lui devait que 15 Euros… Le contraste est saisissant : ici, pas « d’entrailles remuées jusqu’au plus profond de soi-même », pas de compassion, de compréhension ni de tendresse… Loin de « libérer » son ami, le serviteur va le faire jeter en prison… En l’apprenant, le Roi le convoquera et lui dira ce qui constitue la pointe de la parabole : « Ne devais-tu pas toi aussi faire miséricorde à ton compagnon comme moi je t’ai fait miséricorde » (Matthieu 18,33)?
Nous l’avons bien remarqué : la dynamique est ici contraire à celle du Notre Père. Si nous reprenons le verbe « pardonner », le serviteur aurait dû pardonner comme son Roi lui avait pardonné, et c’est bien ce qui est conforme à la réalité : « Devenez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6,36). « Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour » (Colossiens 3,13). « Montrez-vous bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (Ephésiens 4,32).
Mais encore une fois, la formulation inverse du Notre Père n’a d’autre but que d’insister sur l’importance de nos pardons donnés, car ils sont le signe que notre relation à Dieu est vraie et vivante. En effet, nous sommes tous pêcheurs devant Lui, et c’est dans le pardon de nos offenses que nous sommes invités à faire l’expérience de la miséricorde de Dieu et du salut (Luc 1,77-79). Si nous lui offrons en vérité toutes nos misères, nous ne pourrons que rencontrer en vérité « le Sauveur du monde » (Jean 4,42), « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,28), Celui qui est venu nous réconcilier avec Dieu en nous offrant le pardon de toutes nos fautes (2Corinthiens 5,17-21). Et puisque Dieu est Source d’Eau Vive, continuellement jaillissante, si nous nous laissons réconcilier avec lui par le Christ, nous nous découvrirons les heureux bénéficiaires de cette Eau Vive, l’Esprit Saint qui lave toutes nos souillures et nous communique la Vie de Dieu (Jérémie 2,13 ; Ezéchiel 36,25 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39). Mais Dieu est aussi Amour. Pour Lui, Vivre c’est Aimer. Sa Vie sera donc elle aussi Amour, un Amour que nous communiquera encore ce même Esprit : « l’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains 5,5). Cet Amour en nous ne pourra alors que nous entraîner, petit à petit, sur les chemins de l’Amour, un Amour inconditionnel, toujours offert et qui, face au péché, prend le visage de la miséricorde et du pardon. Ainsi, grâce à l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ, nous commencerons à répondre à l’appel du Christ : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres comme moi je vous ai aimés » (Jean 15,12), c’est-à-dire d’un Amour qui est tout à la fois Vérité, exigence de Justice, mais aussi Bienveillance, Miséricorde et Compassion…

Saint Esprit

Aussi, celui qui refuse de pardonner refuse du même coup de mettre en œuvre cette Vie d’Amour que Dieu veut nous communiquer instant après instant : « Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme et sa dureté le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père. » En agissant ainsi, il se sépare donc du « Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3) qui ne peut que nous entraîner avec Lui sur des chemins de Miséricorde. Or se séparer du Christ, l’Unique Sauveur du monde, c’est se condamner soi-même… Et si nous quittons Celui-là seul qui est la Lumière, une Lumière d’Amour, de Miséricorde et de Tendresse, nous ne pourrons que nous retrouver dans les ténèbres de l’adversaire, de « l’accusateur » ( nf;c;, « Satan » : accusateur, calomniateur, adversaire, ennemi ; Apocalypse 12,10). Là, pas de miséricorde, mais la seule vérité incontournable de notre misère qui, dans un tel contexte, recevra en écho non pas des paroles de réconfort et de pardon (Romains 5,15-21 ; 8,1), mais une sentence implacable de condamnation (Marc 16,16 : sauvé par Dieu, mais condamné par celui qui ne sait que condamner, le Prince de ce Monde ; Dieu, Lui, ne condamne jamais (Jean 5,22 ; 8,10-11)).
recevoir-pardonCertes, pardonner est difficile et cela suppose que la personne en face soit dans les meilleures conditions possibles de repentir. Mais accepter d’essayer de pardonner de tout cœur, c’est dire « Oui » au Christ, c’est choisir d’être vraiment son disciple, c’est prendre sur soi son joug, ce joug que Lui-même porte avec nous (Matthieu 11,28-30). Et en une telle circonstance, il le fera en nous donnant la force d’aimer et de pardonner comme Lui le fait… « Pour le disciple de Jésus, être prêt à pardonner, c’est en quelque sorte tendre les mains vers le pardon de Dieu » : l’amour reçu sera tout en même temps miséricorde pour soi-même et force pour pardonner aux autres… Et « s’il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense, le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession ». Alors, et alors seulement, grâce à la présence de l’Esprit Saint, force d’amour, nous pourrons commencer à faire la volonté de Dieu : « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices (Matthieu 9,7 ; 12,7) ». Comme l’écrit encore le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « Observer le commandement du Seigneur est impossible s’il s’agit d’imiter de l’extérieur le modèle divin. Il s’agit d’une participation vitale et venant « du fond du cœur », à la Sainteté, à la Miséricorde, à l’Amour de notre Dieu. Seul l’Esprit qui est « notre Vie » (Galates 5,25) peut faire « nôtres » les sentiments qui furent dans le Christ Jésus (Philippiens 2,1-5). Alors l’unité du pardon devient possible, « nous pardonnant mutuellement ‘comme’ Dieu nous a pardonnés dans le Christ (Ephésiens 4,32) ». Et « heureux sont les miséricordieux » (Matthieu 5,7), car en acceptant de faire miséricorde à leurs frères, en actes et en vérité (1Jean 4,20), ils témoignent que la Plénitude du Christ commence à habiter leur cœur et leur vie, une Plénitude qui seule peut nous apporter le vrai Bonheur…

 

Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.

tentation1Là encore, nous pouvons être surpris par cette manière de s’exprimer… Dieu pourrait-il avoir un lien quelconque avec la tentation ? Certainement pas ! St Jacques le dit clairement (1,12-15) : « Heureux l’homme qui supporte l’épreuve avec persévérance, car, une fois vérifiée sa qualité, il recevra la couronne de la vie comme la récompense promise à ceux qui aiment Dieu. Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu en effet ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. Mais chacun est tenté par ses propres désirs qui l’entraînent et le séduisent. Puis le désir engendre et met au monde le péché, et le péché, parvenu à sa maturité, enfante la mort ».

Alors pourquoi disons-nous dans le Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation ? » Littéralement, le texte grec a : « Ne nous introduis pas (ou ne nous conduis pas… ou encore ne nous emporte pas…) dans la tentation ». Le P. Tournay explique que Jésus parlait habituellement en araméen, une langue très proche de celle de l’Ancien Testament, l’hébreu. Or l’araméen et l’hébreu ont des formes verbales particulières qu’il est difficile de traduire en grec. Le P. Tournay a ainsi étudié une forme dite « causative » dont la nuance la plus fréquente est celle de « faire faire », mais qui peut aussi se traduire parfois par « laisser faire, permettre de faire ». Et il a remarqué que la traduction grecque de l’Ancien Testament ne prend jamais en compte la seconde nuance. Ainsi par exemple, le Psaume 119(118),10 demande comme traduction de l’hébreu la nuance « laisser faire » (cf. TOB) : « De tout mon cœur je t’ai cherché, ne me laisse pas errer loin de tes commandements ». Or le texte grec réalisé à Alexandrie entre le 1° et le 3° siècle avant Jésus Christ a : « De tout mon cœur je te cherche, ne me repousse pas loin de tes commandements », ce qui correspond à la nuance « faire faire » : « ne me fais pas errer loin de tes commandements »… Comme deuxième exemple, nous pouvons prendre le Psaume 141(140),4 qui, là encore, demande en hébreu comme traduction : « Ne laisse pas mon cœur pencher vers une parole (ou une chose) mauvaise ». Et la traduction liturgique de nos missels a bien : « Ne laisse pas mon cœur pencher vers le mal ». Mais là encore, la traduction grecque de l’Ancien Testament a choisi non pas la nuance du « laisser faire », mais celle du « faire faire » : « Ne fais pas pencher mon cœur vers des paroles mauvaises »…

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Le P. Tournay suggère donc que Jésus a employé, en araméen, cette forme verbale particulière qui demandait, dans un tel contexte, de la comprendre en termes de « laisser faire », c’est-à-dire : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Mais lorsque toutes ces paroles furent transcrites en grec, la nuance de « faire faire » supplanta une fois de plus celle du « laisser faire », ce qui a donné notre « ne nous fais pas entrer en tentation », ou « ne nous introduis pas en tentation » ou encore « ne nous soumets pas à la tentation »…
Si nous choisissons donc « ne nous laisse pas entrer en tentation », une nuance en parfait accord avec le contexte général de la Révélation biblique, Dieu apparaît alors comme étant une fois de plus notre compagnon de route et de combat face ce que nous appelons « le péché ». Et tel est bien son Mystère : quelles que soient les circonstances, bonnes ou mauvaises, de fidélité ou d’infidélité, le Dieu de l’Alliance est toujours Celui qui, dans sa Bienveillance éternelle, est avec nous tous et pour nous tous (1Jean 2,1-2 ; Romains 8,31-39)…
Quant au « péché », il renvoie à un mystère de désobéissance de cœur vis-à-vis de Dieu, à un manque d’amour à son égard. Et il est destructeur pour l’homme, car il abîme la relation vitale qui, de toute façon, l’unit à son Créateur. Que nous le voulions ou pas, et cela fait partie de notre statut de créature, nous vivons tous en effet de Dieu qui nous a créés à son image et ressemblance (Genèse 1,26-28), et qui, instant après instant, nous maintient dans l’existence par son propre Souffle, l’Esprit Saint (Genèse 2,4b-7 ; Job 34,14-15 ; Isaïe 42,5). Le mystère de notre vie est donc tout entier entre ses mains, que nous pensions à lui ou pas, que nous croyions en Lui ou pas, que nous lui soyons fidèles ou pas… Mais en nous créant ainsi, Dieu a aussi voulu que nous soyons des êtres libres appelés à développer et à faire fructifier toutes les potentialités de cette Vie divine qui, de toute façon, nous habite tous. La lumière de notre conscience, qui participe à la Lumière même de Celui qui n’est que Lumière (1Jean 1,5), est là pour nous aider, comme un signal perpétuellement offert à notre liberté de choisir. Sans cesse, elle nous rappelle la direction du Vrai, du Beau, du Bon, du Juste (Romains 2,14-15)… L’écoutons-nous ? Y faisons-nous attention ? Le premier enjeu est là, et il est loin d’être facile car l’homme se découvre habité par toutes sortes de désirs contraires, mystérieusement attisés par une créature qui, de son côté, a fait le choix du « non » à Dieu et qui cherche à nous entraîner dans son refus. Nous l’avons vu, la Bible l’appelle Satan, « l’adversaire, l’ennemi » de Dieu et donc des hommes créés à son Image et Ressemblance… Or se laisser entraîner, d’une manière ou d’une autre, sur la pente d’un désir contraire à Celui de notre Créateur, c’est toujours abîmer, occulter, mettre de côté notre relation de cœur à Dieu, une relation qui est vitale pour nous et qui détermine la qualité même de notre « vivre ». Dieu, en effet, est Vie, Vie toujours offerte (Jean 6,35.48 ; 10,10), foisonnement de Vie, Soleil de Vie (Psaume 84(83),12 (TOB et Traduction Liturgique) ; Jean 1,4 ; 8,12), Source d’Eau Vive (Jérémie 2,13 ; Psaume 42(41),2 ; Isaïe 12,3 ; 55,1 ; 66,12-13 ; Ezéchiel 47,1-12 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39 ; 19,33-35). Que la relation avec Lui ne soit plus ce qu’elle devrait être, et aussitôt l’homme ne reçoit plus la Vie comme il devrait la recevoir… Il ressent un manque, il est intérieurement blessé, il vit une souffrance… « Heureux l’homme qui m’écoute, qui veille jour après jour à mes portes pour en garder les montants ! », dit la Sagesse, une figure féminine qui personnifie Dieu Lui-même… « Car celui qui me trouve trouve la vie, il obtient la faveur du Seigneur ; mais qui pèche contre moi blesse son âme » (Proverbes 8,34-36)… L’homme pécheur est donc un être blessé, et par suite un souffrant… Et Dieu le regarde ainsi : il ne s’attarde pas à l’offense, mais il voit seulement la souffrance de celui ou celle qu’Il aime… Son cœur en est bouleversé (Osée 11,7-9), et il va agir par ses prophètes, puis par son Fils Jésus, pour appeler ses enfants à revenir avec Lui sur le Chemin de la Vie…

chemin difficileDieu désire donc de tout son Être que nous retrouvions tous la Vie en Plénitude, sa Vie. Pour celui qui l’accueille, il sera toujours son compagnon de route pour l’aider et le guider sur des chemins de Vie où il pourra expérimenter dès maintenant, dans la foi, quelque chose de cette Vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés. Alors, quelle Joie au ciel (Sophonie 3,17-18 ; Luc 15,7) comme sur la terre (Jean 15,11) ! Mais nous avons à collaborer avec Lui à cette œuvre de Vie qui nous concerne, par les multiples choix que nous avons à faire tout au long de nos journées…
Dieu nous invitera donc tout d’abord à « veiller », à « faire attention » à toutes ces sollicitations qui nous rejoignent, soit par nos désirs intérieurs, soit par les circonstances extérieures : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible » ; oui, « plus que sur toute chose, veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie » (Matthieu 26,41 ; Proverbes 4,23 ; 16,17 ; Josué 1,7-8 ; Siracide (Ecclésiastique) 32,23 puis 1Timothée 4,16 ; Hébreux 12,14-15 ; Marc 13,33-37 ; Luc 12,35-40). Et s’il s’agit de « veiller » pour éviter le mal, combien plus devrions-nous le faire pour accueillir et reconnaître Celui qui parsème notre vie de ses visites ! « Je dors, mais mon cœur veille… J’entends le Seigneur qui m’appelle : ouvre-moi mon ami ! » (Cantique 5,2 ; Apocalypse 3,20 ; Sagesse 6,12-16). Elles seront toujours Salut offert (Luc 1,76-79) et donc Vie, Plénitude de Vie…
Et si Dieu nous invite à « veiller », il est comme toujours le premier à mettre en pratique ce qu’Il nous demande : Il « veille » sur chacun d’entre nous, toujours et partout (cf. Job 10,9-12 ; 29,2-3 ; Exode 23,20-22 ; Deutéronome 2,7 ; 32,7-14 ; Proverbes 2,6-13 ; Esther 5,1 ; 2Maccabées 15,2 ; Ezéchiel 34,15-16). C’est ce que fit Jésus vis-à-vis de ses disciples (Jean 17,12). Or, Ressuscité, Il est toujours avec nous (Matthieu 28,1820 ; Jean 14,3.18.23) et Il continue de veiller sur chacun d’entre nous en nous envoyant la Lumière de l’Esprit qui nous permet de discerner entre ce qui est bon et ce qui ne l’est pas (1Thessaloniciens 5,19-22). Et elle sera au même moment « force » offerte pour renoncer au mal et choisir le bien (2Timothée 1,7). Et cette sollicitude, il l’exerce encore par ceux qu’Il a appelés à devenir les Pasteurs de son troupeau (1Thessaloniciens 5,12-13 ; Hébreux 13,17 ; 1Pierre 5,2-3). Le Pape Jean-Paul II en fut un magnifique exemple…
Et si la tentation devient plus pressante, St Paul nous assure que la grâce se fera plus forte encore : « Aucune tentation ne vous est survenue, qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter » (1Corinthiens 10,13).

patienceCette idée de « supporter » nous invite à la patience. La tentation, qui a toujours quelque part prise sur nous, ne disparaîtra pas comme par un simple coup de baguette magique… mais « Dieu nous encourage puissamment, nous qui avons trouvé un refuge (avec Lui et en Lui), à saisir fortement l’espérance qui nous est offerte. En elle, nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide » (Hébreux 6,18-19)… Cette espérance s’enracine et se nourrit dans le don de l’Esprit Saint (Romains 15,13 ; 1Pierre 1,3), qui est l’ancre véritable lancée au cœur de tout chrétien, le roc sur lequel il peut ensuite construire toute sa vie (Matthieu 7,24-25)…
Et si, hélas, la chute survient, « si nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle » (2Timothée 2,13)… La grâce surabondera là où le péché a abondé (Romains 5,20) et avec elle, le Bon Pasteur cherchera sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve (Luc 15,4-7)… Il consolera celui qui s’est fait mal en tombant, et il l’invitera à se relever le plus vite possible : « Fait-on une chute sans se relever ? Se détourne-t-on sans retour ?… Reviens, rebelle Israël, car Je Suis miséricordieux. Je veux guérir vos rébellions » et toutes leurs conséquences (cf. Jérémie 8,4 ; 3,11.22)…

Ste Thérèse de Lisieux nous donne quelques conseils dans notre combat de tous les jours :
1 – Tout d’abord, elle ne désespérait jamais de la Miséricorde de Dieu, car elle avait découvert à quel point elle s’était révélée et offerte en Jésus-Christ, Lui qui, par amour, a voulu descendre au plus profond de la misère humaine : « En descendant ainsi le Bon Dieu montre sa grandeur infinie »…

enfant en prière

2 – Elle essayait de « rester un petit enfant devant le Bon Dieu », et qu’est-ce que cela veut dire ? « C’est », disait-elle « reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son Père ; c’est aussi ne s’inquiéter de rien … Enfin, c’est ne pas se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal… Voyez les petits enfants : ils ne cessent de casser, de déchirer, de tomber, tout en aimant beaucoup, beaucoup leurs parents. Quand je tombe ainsi, cela me fait voir encore plus mon néant et je me dis : « Qu’est-ce que je ferais, qu’est-ce que je deviendrais si je m’appuyais sur mes propres forces ? » »

3 – Une mauvaise pensée survient ? Elle essaye de ne pas s’y arrêter : « Faut-il tant aimer le bon Dieu et la Sainte Vierge et avoir ces pensées-là !… Mais je ne m’y arrête pas ».

4 – Elle regrette un geste, une attitude, une parole ? « Quand j’ai commis une faute qui me rend triste, je sais bien que cette tristesse est la conséquence de mon infidélité. Mais croyez-vous que j’en reste là ? Oh non ! Pas si sotte ! Je m’empresse de dire au Bon Dieu : Mon Dieu, je sais que ce sentiment de tristesse, je l’ai mérité, mais laissez-moi vous l’offrir tout de même comme une épreuve que vous m’envoyez par amour. Je regrette mon péché, mais je suis contente d’avoir cette souffrance à vous offrir ». En agissant ainsi, elle mettait alors en œuvre cet autre conseil : « Aimer, c’est tout donner », le bien comme le mal… Et en offrant au Seigneur ce qui n’avait peut être pas été totalement conforme à sa volonté, elle se retrouvait aussitôt dans les bras de Celui dont l’unique désir est de nous « délivrer du mal » et de tous ses liens pour nous arracher aux ténèbres et nous transférer dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé, en sa Lumière, sa Présence et son Amour (Colossiens 1,12-14 ; Actes 26,15-18 ; Jean 8,31-36 ; Ephésiens 1,3-6)… « Le Dieu que nous avons est un Dieu de délivrances ». Aussi, Seigneur, puisque « je suis pauvre et malheureux », puisque « mon cœur est blessé au fond de moi », « agis pour moi selon ton Nom, délivre-moi, car ton amour est bonté » (Psaume 68(67),21 ; 109(108),21-22 ; 6,5 ; 18(17),17-20)…

D. Jacques Fournier

 

Fiche n°13 – Lc 11,1-4  : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF

 




Introduction à l’Evangile selon St Luc

Avec la fête du Christ Roi commence une nouvelle année liturgique où l’Eglise nous invite à relire l’Evangile selon St Luc. Nous publierons donc régulièrement, tout au long de l’année, un commentaire suivi de cet Evangile, qui peut aider à la méditation personnelle ou servir de support à un partage en groupe. Nous vous invitons dans tous les cas à toujours commencer par un temps de prière à l’Esprit Saint, cette Troisième Personne de la Trinité dont la mission première est de rendre témoignage au Christ et à sa Parole. Et il le fait en nous donnant de vivre “quelque chose” de cette vie nouvelle éternelle à laquelle le Christ n’a cessé de rendre témoignage, une vie qu’il reçoit du Père de toute éternité, une vie qu’il est venu offrir à tous les hommes, ses frères…

Les nombreuses références proposées éclairent le passage étudié et permettent de se familiariser toujours davantage avec la Bible.

En cette année jubilaire extraordinaire de la Miséricorde, voulue par notre Pape François, nous nous confions tous également à la prière de St Luc, “le cher médecin” (Col 4,14), lui qui, a tant insisté sur ce Dieu qui, Lui, guérit par sa Miséricorde, et sur la joie qu’il veut voir fleurir dans nos coeurs blessés et troublés, dès que nous acceptons ce Pardon surabondant qu’Il ne cesse de proposer à notre repentir… “Jésus disait : “Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir ” (Lc 5,31-32). Car, si “le salaire du péché, c’est la mort, le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur” (Rm 6,23), une vie que Dieu veut voir régner en nos coeurs pour notre plus grand bonheur. Belle aventure à vous…

1 – Auteur, date et lieu de rédaction

       Parole de dieu     L’Evangile lui-même ne donne aucune indication quant à son auteur… Par contre, des textes anciens parlent de St Luc :

  • Le « canon de Muratori », écrit très certainement à Rome vers la fin du 2°siècle après Jésus Christ : « Le troisième livre de l’Evangile est selon Luc. Luc est ce médecin qui, après l’ascension du Christ, fut emmené par Paul comme compagnon de voyage et qui écrivit en son nom selon sa pensée ; cependant, il ne vit pas lui-même le Seigneur en sa chair ; pour cela, il commence son récit à partir de la naissance de Jean ».

  • Irénée, premier Evêque de Lyon, écrit vers 180 après Jésus Christ : « Luc, le compagnon de Paul, a consigné en un livre l’évangile que celui-ci prêchait ». Il dit ailleurs qu’il aurait écrit après la mort de Paul.

  • Clément d’Alexandrie (mort vers 210-215 après Jésus Christ) justifie son affirmation que le Christ est né sous Auguste en disant : « C’est écrit dans l’Evangile de Luc ». Et il compare la relation que Marc avait avec Pierre à celle de Luc avec Paul.

  • Dans le Prologue antimarcionite (écrit du début du 4° siècle après Jésus Christ contre l’hérésie développée par Marcion : il rejetait le « Dieu de l’Ancien Testament » pour ne retenir que « le Dieu de Jésus Christ »… Cette position est extrême car l’Ancien Testament prépare la venue du Christ et permet de mieux le découvrir. Par contre, il est vrai qu’il contient des affirmations « dépassées et imparfaites » (Concile Vatican II) qui témoignent du lent cheminement d’Israël, à la lumière de l’Esprit Saint, vers la vérité toute entière…).

St Luc peignant Marie (Rogier van der Weyden, environ 1440 ao.JC

St Luc peignant la Vierge Marie (Rogier van der Weyden, environ 1440 av.JC).

Ce « Prologue antimarcionite » nous présente donc St Luc comme un « Syrien originaire d’Antioche, médecin, disciple des Apôtres ; plus tard, il a suivi Paul jusqu’à son martyre. Servant le Seigneur sans faute, il n’eut pas de femme, il n’engendra pas d’enfant, il mourut en Béotie, plein du Saint Esprit, âgé de 80 ans. Ainsi donc, comme des évangiles avaient déjà été écrits, par Matthieu en Judée, par Marc en Italie, c’est sur l’inspiration du Saint Esprit qu’il écrivit dans les régions de l’Achaïe (Grèce) cet évangile ; il expliquait au début que d’autres (évangiles) avaient été écrits avant le sien, mais qu’il lui avait paru de toute nécessité d’exposer à l’intention des fidèles d’origine grecque un récit complet et soigné des évènements »…

            A ces quelques éléments de la tradition, ajoutons le fait que le Livre des Actes des Apôtres, qui décrit l’expansion de l’Eglise primitive grâce au dynamisme de l’Esprit Saint, a été lui aussi écrit par St Luc. Au départ, il l’avait voulu comme la suite logique de son Evangile et les deux ouvrages n’en formaient qu’un seul. Mais très vite, l’Eglise primitive sépara tout ce qui concernait plus spécialement la vie et le ministère de Jésus, sa Passion, sa mort et sa Résurrection pour l’associer aux trois autres Evangiles, ceux de St Matthieu, de St Marc et de St Jean.

          miniature  Nous avons vu que la tradition nous parle souvent d’un lien entre Luc et Paul. De fait, le Livre des Actes des Apôtres nous transmet un certain nombre de passages où l’auteur emploie des « nous » qui l’associent à St Paul (Actes 16,10-17 ; 20,5‑21,18 ; 27,1‑28,16). Ces textes semblent donc confirmer que St Luc était bien un compagnon de voyage de St Paul dans les années 55-60. Enfin, notons que la finale de la lettre aux Colossiens, écrite par St Paul ou l’un de ses disciples, parle de St Luc en termes de « cher médecin » : « Vous avez les salutations de Luc, le cher médecin, et de Démas » (Colossiens 4,14 ; cf. Philémon 24 et 2Timothée 4,11).

            Comme tous les auteurs du Nouveau Testament, St Luc écrit en grec, mais c’est lui qui a le plus beau style. « On peut en conclure », écrit François Bovon, « qu’il a fait de bonnes études… A mon avis, Luc est un Grec qui s’est tourné de bonne heure vers la religion juive. Il appartient à ce milieu de sympathisants que l’on caractérisait comme « craignant Dieu ». C’est dans ce milieu qu’il apprit à connaître l’Evangile et qu’il devint chrétien. Comme il le dit clairement dans le prologue, il appartient à la seconde ou à la troisième génération de l’Eglise et n’a donc pas de souvenirs personnels ni de contact direct avec les évènements qu’il relate » (L’Evangile selon Saint Luc (Genève 1991) p. 27). Contrairement à St Matthieu, St Marc et St Jean, St Luc n’a donc pas connu Jésus pendant sa vie terrestre, il ne l’a pas suivi sur les routes de Palestine… Il l’a rencontré dans la foi, comme nous, et il a découvert « les entrailles de Miséricorde » d’un Dieu tout spécialement attentif aux petits, aux pauvres, aux pécheurs, aux méprisés. Aussi, décrit-il le Christ, son Seigneur, avec beaucoup de respect et d’admiration en soulignant souvent sa majesté, la grandeur de son oeuvre de Salut et la joie qu’il ne cesse de semer autour de Lui. St Luc, qui n’a pas connu le Christ « en sa chair », est aussi l’Evangéliste qui met le plus en relief le rôle de l’Esprit Saint et l’importance de la prière, en nous offrant très souvent comme exemple le Seigneur Jésus Lui-même.

Joie-de-l-Evangile

2 – Les destinataires de l’Evangile              

            Si François Bovon s’imagine St Luc rédigeant son Evangile « installé sur le pont d’un bateau ou dans une maison accueillante » (L’œuvre de Luc (Lectio Divina 130, Paris 1987) p. 24-25), d’autres le voient écrivant en Grèce, à Antioche ou à Rome. Pierre Marie Beaude (Qu’est ce que l’Evangile ? (Cahiers Evangiles 96, Paris 1996)) constate en tout cas que « bien des indices pointent vers des croyants de culture grecque, peu familiers – comme St Luc, semble-t-il – de la Palestine ».

            Retenons trois exemples :

            a) Dans la guérison du paralytique, Luc parle d’un toit en tuiles de type gréco-romain, bien différent de ceux de Palestine faits de branchages et de terre battue (comparer Luc 5,19 et Marc 2,4).

            b) Luc explique la coutume de monter à Jérusalem pour la fête de la Pâque (Luc 2,41-42), ce qui, pour un Juif, est une évidence.

            c) Il précise enfin, comme on le ferait pour des interlocuteurs grecs, qu’Arimathie est « une ville juive » (23,51).

 

Le plan des deux premiers chapitres de l’Evangile selon St Luc 

 

            ookSyoGy1qcLMs6qDrdshq13LNIUn rapide regard sur ces deux premiers chapitres permet de découvrir deux personnages principaux : Jésus et Jean‑Baptiste. Tout s’articule et s’organise autour d’eux: annonciations de la naissance de l’un et de l’autre, rencontre des deux futures mères (la Visitation), puis récits de leur naissance. Une telle façon de faire permet de comparer ce qui est dit de Jésus avec ce qui a été dit de Jean-Baptiste. Si les parcours se ressemblent, des différences apparaissent : elles laissent percevoir toute l’originalité du mystère de Jésus, lui qui est tout à la fois vrai Dieu et vrai homme.

             A) Les deux annonciations (1,5-56)

Annonce de la naissance de Jean

(1,5-25)

Annonce de la naissance de Jésus

(1,26-38)

Présentation des parents

Apparition de l’Ange

Trouble de Zacharie

“Ne crains pas…”

Annonce de la naissance

Question: “Comment le saurai-je?”

Réponse – Réprimande de l’ange

Signe: “Voici que tu seras muet…”

Silence contraint de Zacharie

Départ de Zacharie

Présentation des parents

Entrée de l’Ange

Trouble de Marie

“Ne crains pas…”

Annonce de la naissance

Question: “Comment cela se fera-t-il?”

Réponse – Révélation de l’ange

Signe: “Voici que ta cousine…”

Réponse spontanée de Marie

Départ de l’Ange

Episode complémentaire: La visitation (1,39-56)

avec le Magnificat (1,46-55) et en conclusion le retour de Marie à Nazareth (1,56)

           Jean%20A

             B) Les deux naissances (1,56 – 2,52)

Naissance de Jean (1,57-58)

Naissance de Jésus (2,1-20)

Joie autour de la naissance

avec des éléments de cantique en 1,58.

Joie autour de la naissance

Cantique des Anges et des bergers

Circoncision et manifestation

de Jean (1,57-80)

Circoncision et manifestation

de Jésus (2,21)

Première manifestation du Prophète

Cantique de Zacharie (Benedictus)

Conclusion: refrain de la croissance (1,80)

Manifestation du Sauveur à Jérusalem

Cantique de Syméon (Nunc Dimitis)

Episode d’Anne (1,36-38)

Conclusion: refrain de la croissance (2,40)

Episode complémentaire: Jésus au Temple parmi les docteurs (2,41-52)

avec en conclusion le refrain de la croissance (2,52)

                                                                                                                        D. Jacques Fournier

Fiche 2M n°1 – Introduction Lc  : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF



La Jérusalem Céleste, mystère d’Amour entre Dieu et les hommes (Ap 21,1-8)

            Lisons tout d’abord Ap 21,1-4 : « Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. (2) Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. (3) Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. (4) Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. »

 

L’appel à la conversion 

            St Jean fait ici allusion au prophète Isaïe (65,17) : « Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle »…

            Le contexte est celui d’un peuple pécheur, infidèle à Dieu… « Je me suis laissé approcher par qui ne me demandait rien, je me suis laissé trouver par ceux qui ne me cherchaient pas. J’ai dit : « Me voici ! Me voici ! » à une nation qui n’invoquait pas mon nom. (2) J’ai tendu les mains, tout le jour, vers un peuple rebelle, vers ceux qui suivent le mauvais chemin, entraînés par leurs pensées. (3) Ce peuple m’offense, ouvertement, sans cesse : ils sacrifient dans les jardins, brûlent de l’encens sur des briques, (4) ils habitent dans les tombeaux, passent la nuit dans des cachettes, ils mangent de la viande de porc, avec des sauces impures dans leurs plats » (Is 65,1‑4). Et à propos de cette dernière précision, la Bible de Jérusalem explique en note : « Il s’agit de rites païens qui se pratiquèrent en secret à Jérusalem pendant l’Exil à Babylone (587 – 538 av JC), et que la communauté eut à combattre à son retour ».

            dieu_amourEt un peu plus loin, Isaïe écrit : « J’ai appelé, et vous n’avez pas répondu, j’ai parlé, et vous n’avez pas écouté ; vous avez fait ce qui est mal à mes yeux, et vous avez choisi ce qui me déplaît » (Is 65,12).

            Cette notion de choix renvoie à la nécessaire décision des hommes vis-à-vis de leur Créateur et Père, ces hommes qu’il a voulu libres. Il les a tous « créés à son image et ressemblance » (Gn 1,26-27). Il les aime tous, car Il Est Amour (1Jn 4,8.16), et il les a tous créés par Amour pour les combler de son Amour : « Tu aimes en effet tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé » (Sg 11,24).

            Mais qui dit Amour dit Liberté… L’Amour ne peut contraindre l’autre à se laisser aimer, à aimer… L’Amour ne peut que venir à la rencontre de l’être aimé, se proposer et attendre sa réponse, espérer son « oui »… « J’ai dit : « Me voici ! Me voici ! » à une nation qui n’invoquait pas mon nom. (2) J’ai tendu les mains, tout le jour, vers un peuple rebelle »… « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3,20). Et si la porte ne s’ouvre pas, il restera là, à attendre… C’est pourquoi celui qui le cherche de tout cœur, et décide enfin de lui ouvrir la porte de son cœur et de sa vie, ne peut que le trouver… Il est déjà là ! « La Sagesse est brillante, elle ne se flétrit pas. Elle se laisse facilement contempler par ceux qui l’aiment, elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle prévient ceux qui la désirent en se faisant connaître la première. Qui se lève tôt pour la chercher n’aura pas à peiner : il la trouvera assise à sa porte » (Sg 6,12-14)…

            Dieu est là, présent, à la porte de chacun d’entre nous, et il frappe… Quel sera notre choix ? Nous savons que si nous décidons de lui ouvrir, cela suppose au même moment que nous nous détournions de tout ce qui lui est contraire, et qui peut néanmoins, nous apporter une satisfaction temporaire, mensongère, illusoire… Il n’est pas facile à un pécheur d’y renoncer, et Jésus le sait bien… Mais tel est « le » renoncement qu’il attend de nous, un renoncement possible si nous « luttons » avec Lui, avec le secours de sa grâce, de son soutien… « Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s’y engagent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent… Luttez donc pour entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas » (Mt 7,13-14 ; Lc 13,24).

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            Ce « bon choix », Dieu Lui-même nous encourage à le faire :

LES DEUX VOIES (Dt 30,15-20)

Introduction : 

Vois, je te propose            aujourd’hui        (1)           vie et bonheur,

                                                                       (2)          mort et malheur.

(1) La voie de la vie et du bonheur : la relation à Dieu 

(16)   (a) Ecouter la Loi de Dieu 

                       Si tu écoutes les commandements du Seigneur ton Dieu

                                                                                      que je te prescris aujourd’hui,

         (b) aimer Dieu 

                      et que tu aimes le Seigneur ton Dieu,

         (c) Mettre en pratique sa Parole 

                      que tu marches dans ses voies,

          (d) Rester fidèle dans le temps 

                      que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes,

 

Conséquences : – Accomplissement des Promesses de l’Alliance – 

                                                     vie, prospérité du Peuple, bénédiction sur la terre promise 

                       (1) – tu vivras

                       (2) – et tu multiplieras, (Gn 12,1-3 ; 13,16 ; 15,5 ; 18,18 ; 22,17 ; 26,4 ; 28,3.14…)

                       (3) – Le Seigneur ton Dieu te bénira (Gn 12,1-3 ; 17,16 ; 22,17-18  25,11 ; 26,3-4…)

                       (4) –     dans le pays où tu entres pour en prendre possession.

                                                          (Gn 12,1.5-7 ; 13,15.17 ; 15,7.18 ; 17,8 ; 26,3.24…)

 

(2) La voie de la mort et du malheur : l’abandon de Dieu… 

(17)        (a) Se détourner de cœur 

                     Mais si ton cœur se détourne,

            (b) Ne pas écouter 

                     si tu n’écoutes point

            (c) Mal agir en servant les idoles 

                     et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir,

                

 Conséquences : mort, sur la terre que Dieu donne, fidèle malgré tout à son Alliance

                                                                                             et à ses promesses. 

(18)        je vous déclare aujourd’hui

(1) – que vous périrez certainement et que vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre où vous pénétrerez pour en prendre possession en passant le Jourdain.

          

 Conclusion : appel de Dieu à choisir la vie !

 

(19)        Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre :

   Liberté de l’homme 

            je te propose       (1) la vie                               ou           (2) la mort,                         

                                          (1) la bénédiction             ou           (2) la malédiction.

    Appel de Dieu à choisir la vie ! 

Choisis donc      (1) la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez,             

(20)        (b’)         aimer Dieu                aimant le Seigneur ton Dieu,

(a’)                       écouter sa voix         écoutant sa voix,

(d’)                       rester fidèle               t’attachant à lui ;

car là est ta vie (1)ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre que le Seigneur a juré   à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner.

 

aimer c'est tout donner

            « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), et « aimer, c’est tout donner et se donner soi‑même » (Ste Thérèse de Lisieux). C’est ainsi que « le Père aime le Fils et il a tout donné dans sa main » (Jn 3,35) de telle sorte que « tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15). Le Père est Dieu ? Le Fils est Dieu né de Dieu. Le Père est Lumière ? Le Fils est Lumière née de la Lumière. Le Père a la vie en lui-même ? « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui‑même » (Jn 5,26). Et le Fils « demeure en son amour » (Jn 15,10), « tourné de tout cœur vers le sein du Père » (Jn 1,18), accueillant ce « Don de Dieu », ce Don de l’Eau Vive de l’Esprit (Jn 4,10-14 ; 7,37-39), que le Père ne cesse de lui faire, l’engendrant ainsi en Fils de même nature que le Père…

            Or, nous dit St Paul, nous sommes tous appelés, dans notre condition de créatures, à « reproduire l’image du Fils afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29). Choisir librement de se tourner de tout cœur vers le Père, avec Lui et grâce à son soutien, sera au même moment recevoir avec Lui ce qu’il reçoit du Père depuis toujours et pour toujours : sa Bénédiction qui est Vie ! Dans son Amour, le Père ne sait que bénir, et en bénissant, il donne la vie, la Plénitude de la vie… Et il est le premier à se réjouir du bonheur qui en résulte pour ses enfants… Se détourner de cœur de cette source équivaudrait, pour notre malheur et la tristesse de Dieu, à nous « priver » (Rm 3,23) de cette Vie, ce que les textes bibliques évoquent en terne de « mort » : « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). Et puisque ce Don est tout en même temps sa bénédiction, s’en priver, c’est ce que le Livre du Deutéronome appelle « la malédiction ». En soi, elle n’est rien sinon une privation de bénédiction, tout comme la mort est une absence de vie…

            Et Dieu dans son Amour nous presse de faire le bon choix : celui de la bénédiction, et avec elle, celui de la Plénitude de la Vie. « Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez ! » Il suffit de se tourner de tout cœur vers Lui, de s’ouvrir à Lui, de se laisser aimer, combler, remplir, comme un petit enfant qui reçoit dans les bras de sa mère la meilleure nourriture qui soit, pour sa vie, une vie qui fera tout le bonheur de ses parents…

Accueillir librement le Don de l’Esprit par lequel Dieu fait toutes choses nouvelles. 

      croix glorieuse     

De cette réponse libre et consciente à l’Amour de Dieu, de ce choix de Dieu de tout cœur, naîtra, par le Don de l’Esprit Saint, cet Esprit qui est vie (Jn 6,63 ; 2Co 3,6 ; Ga 5,25), « un cœur nouveau », « un esprit nouveau », « un homme nouveau », « une créature nouvelle » :

            « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes » (Ez 36,25-27). « Le jour où apparurent la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes, il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération » (nouvelle naissance) « et de la rénovation en l’Esprit Saint. Et cet Esprit, il l’a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l’héritage de la vie éternelle » (Tt 3,4-7). « Le Christ Jésus a voulu créer en sa personne un seul Homme nouveau et faire la paix » (Ep 2,15). « Si quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ » (2Co 5,17-18). 

            « Il nous a donné de son Esprit » (1Th 4,8) : c’est fait… « L’être ancien a disparu, un être nouveau est là »… Le dernier verbe est au présent… Le Don de Dieu est donc pour l’aujourd’hui de notre foi, un trésor à accueillir au plus profond de nous‑mêmes alors même que tout notre être est encore marqué par ses blessures, ses échardes, ses fragilités, ses faiblesses (2Co 12,7-10). Nous portons ce « trésor » de l’Esprit dans « des vases d’argile » (2Co 4,7), écrit St Paul, en faisant allusion au second récit de la création où l’homme apparaît comme un être vivant une fois que Dieu eut soufflé son haleine de vie, le souffle de l’Esprit, dans la statue de glaise, d’argile, qu’il avait préalablement façonnée (Gn 2,4b-7).

souffle de l'Esprit Saint

            « Je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle »… Certes l’Apocalypse nous invite à contempler l’au-delà de cette vie, un au-delà que nous ne découvrirons vraiment que le jour où nous y arriverons. Mais son germe habite déjà notre humanité blessée, ‘ancienne’… Au jour de la Pentecôte, l’Eglise est remplie de l’Esprit Saint (Ac 2,4), l’Esprit de Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5), « l’Esprit de gloire,  l’Esprit de Dieu » (1P 4,14). D’où cette affirmation de St Jean : « Les ténèbres s’en vont », mais elles sont toujours là, « et que la véritable lumière brille déjà », mais pas encore pleinement (1Jn 2,8). Il n’empêche, par « le Don gratuit » (Rm 6,23) du « Père des Miséricordes » (2Co 1,3), « le Père des Lumières » (Jc 1,17), la véritable Lumière habite déjà notre humanité blessée, la Paix du Christ commence à régner sur toutes nos tempêtes, la création nouvelle commence à émerger de notre chaos. Qu’allons‑nous donc regarder ? Le mal qui nous habite, toutes nos imperfections, au risque de perdre cœur ? Ou cette divine Présence qui ne nous fait jamais défaut et se donne, imperturbablement fidèle, Don gratuit de l’Amour, trésor immérité, et cela au cœur même de tous nos combats et de toutes nos défaillances ?

            Nous l’avons vu : « le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6,23), une mort à comprendre en termes d’absence de Plénitude de Vie. Le pécheur, alors même qu’il agit mal, est bien vivant ! Et Jésus s’adresse tout particulièrement à ces « morts vivants » que nous sommes tous, pour nous permettre de trouver avec Lui cette Plénitude de Vie dont nous étions privés par suite de nos fautes : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jn 5,25). Or, le thème de la voix en St Jean renvoie à celui de l’Esprit Saint, qui joint toujours sa voix à celle de Jésus pour lui rendre témoignage : « Le vent (ou l’Esprit, pneuma en grec) souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit… Et cet Esprit de vérité qui vient du Père me rendra témoignage… Oui, c’est l’Esprit qui rend témoignage. Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui. Et voici ce témoignage : c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Qui a le Fils, par le oui de sa foi, a la vie » (Jn 3,8 ; 15,26 ; 1Jn 5,5-13). C’est ainsi qu’en lui ayant ouvert son cœur, St Pierre accueillait tout à la fois la Parole de Jésus prononcée par la bouche de chair du « Verbe fait chair » (Jn 1,14), et la voix de l’Esprit qui se joint toujours à elle et qui est « vie » dans les cœurs. Il pouvait alors dire à Jésus : « Tu as les Paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Faisons donc attention à ce qu’il nous est donné de vivre au moment où nous lisons ou écoutons la Parole de Dieu…

victoire

            Ce ciel nouveau et cette terre nouvelle promise aux pécheurs par le Père des Miséricordes sera donc « Vie » là où régnait « la mort », « Lumière » là où régnaient « les ténèbres », « Paix » là où il n’y avait que tourments… Cette réalité commence dès maintenant, par le oui de notre foi et dans la foi, et elle fait déjà ici-bas notre bonheur, notre vraie joie… Mais nous attendons toujours son plein accomplissement dans cet au-delà de notre mort qui sera pleinement Vie, Joie, Paix… E c’est bien ce qu’écrit ici St Jean : « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Ainsi est Dieu… Face à la douleur de son enfant, il n’a qu’une réaction : consolation ! A Moïse, il avait révélé son Nom : « Je Suis Celui qui Est » (Ex 3,14 ; littéralement : Je Suis l’Etant). Avec Isaïe, il le précise : « Je Suis, Je Suis Celui qui te console (Is 51,12 ; littéralement : Je Suis Je Suis le Consolant toi). Autrement dit, « le Père des Miséricordes », en tout son Être n’est que Consolation, Compassion, Réconfort… L’homme est-il responsable de sa souffrance par le mal qu’il commet, puisque « souffrance et angoisse à toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9) ? Dieu Père se fera proche, une Présence de Consolation, à laquelle se joindra tout en même temps un pressant appel à « cesser de faire ce mal » (Is 1,16) qui fait d’abord du mal à celui qui le commet !

            Nous sommes ici au cœur de l’Evangile, déjà si bien résumé en Ap 7,13-17. Souvenons-nous : « « Ces gens vêtus de robes blanches » (la plus belle robe de la Maison du Père, la robe du Père même, celle qui est donnée au fils prodigue qui accepte de revenir au Père en se repentant de tout cœur (Lc 15,22) !) « viennent de la grande épreuve », l’épreuve de cette vie sur la terre ; « ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau » : ils ont lavé leur cœur, et purifié leur vie en accueillant par le oui de leur foi « le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28). « C’est pourquoi ils sont devant letrône de Dieu », car c’est par la grâce qu’ils sont sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas d’eux, il est un Don de Dieu (Ep 2,4-10) ; « et ils le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux » : ce n’est donc pas l’homme qui va habiter chez Dieu, c’est Dieu qui vient habiter chez l’homme, dans son cœur, dans sa vie, par le Don de l’Esprit ! C’est la même logique que celle de l’Incarnation. Avec le Fils et par le Fils, Dieu vient « dresser sa tente » au milieu des hommes (Jn 1,14) ! Et Jésus déclare encore à ses disciples, juste avant sa Passion, pour évoquer tout ce temps qui suivra sa mort et sa résurrection, et donc notre temps, aujourd’hui, maintenant : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14,23). Là encore, même logique : ce n’est pas nous qui allons à Dieu, c’est Lui qui vient à nous et agit pour nous, en serviteur de notre vie, de notre Plénitude, de notre Joie, en nous donnant l’Esprit qui nous unit à Lui. Allons-nous le laisser faire ? En pensant à Ste Thérèse de Lisieux, on pourrait dire : « C’est par la confiance et rien que la confiance que l’on accueille l’Amour ! »

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Par l’accueil du Don de l’Esprit, devenir fils à l’image du Fils 

            Et si tel est le cas, alors, poursuit St Jean dans l’Apocalypse : « Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif », ils seront comblés, comme l’affirme aussi Jésus en Jn 6,35 : « Je Suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif ».

            « Ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. » Toute la mission de l’Agneau, le Fils, vrai Dieu puisque « au milieu du Trône » de Dieu, est ici résumée par « nous conduire aux sources des eaux de la vie », c’est-à-dire au Père qui est pour lui, le Fils Unique « engendré non pas créé », la source éternelle du Mystère de son Être ! Souvenons‑nous : « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même » (Jn 5,26). Et le Père lui donne d’avoir la vie en lui‑même en l’engendrant en Fils, « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Autrement dit, le Père est Dieu ? Il donne au Fils tout ce qu’il est, tout ce qui fait qu’il est Dieu, et le Fils est Dieu né de Dieu. Le Père est Lumière ? Il donne au Fils tout ce qu’il est, tout ce qui fait qu’il est Lumière, et le Fils est Lumière née de la Lumière. Mais si « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), « Dieu est aussi Esprit » (Jn 4,24). Lui donner toute sa Lumière, c’est lui donner tout son Esprit, et c’est ainsi qu’il engendre le Fils, qu’il lui donne d’avoir aussi la vie en lui-même… Donner l’Esprit, c’est donner la vie. L’Esprit est vie… « Si tu savais le Don de Dieu », dit Jésus à la Samaritaine… Lui, il le connaît, ce Don est toute sa vie !

            Le Fils nous conduit donc au Père, « la Source des eaux de la vie » pour que nous puissions aussi en être abreuvés nous aussi, et recevoir ainsi avec le Fils ce que le Fils reçoit de toute éternité du Père, « l’Eau Vive de l’Esprit » (Jn 4,10-14 ; 7,37‑39), cette réalité qui l’engendre à la vie, qui fait de lui qu’il est ce qu’il est, Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu… Et c’est cela même que nous sommes invités à recevoir selon notre condition de créature… Nous vivrons alors en personne humaine créée ce que le Fils vit de toute éternité, en Personne divine engendrée non pas créée ! Notre vocation à « reproduire l’image du Fils afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » sera pleinement accomplie ! En accueillant le Don de Dieu, en nous laissant remplir par l’Esprit Saint (Ac 2,4), « Dieu sera alors tout en tous » (1Co 15,28) !

 

Dieu triomphe de tout mal par l’Esprit 

 

 117          Or « Dieu est Lumière, en lui point de ténèbres » (1Jn 1,5). Si vraiment « Dieu est tout en tous », alors, il n’y aura plus de ténèbres, plus de mal… L’Apocalypse nous laisse d’ailleurs pressentir la disparition totale du mal : « le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus ». Or la mer dans la Bible symbolise souvent les puissances du mal, comme l’explique en note la Bible de Jérusalem : « La mer, habitat du Dragon et symbole du mal disparaîtra »… Et ce sera toujours le fruit du Don de l’Esprit, donné gratuitement, et accueilli avec reconnaissance… « Dieu est Esprit »  (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), « et la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5). Par sa simple Présence, la Lumière de l’Esprit chasse les ténèbres de nos cœurs et de nos vies (1Jn 2,8), le silence et la paix de l’Esprit se proposent de régner sur le tumulte du mal : « « Silence ! Tais-toi ! » Et le vent tomba et il se fit un grand calme ». « Que la paix du Christ règne dans vos cœurs » (Mc 4,39 ; Col 3,15), un mystère à accueillir instant après instant… D’où le « veillez et priez » si souvent rappelé de Jésus (Mc 13,33-37 ; 14,34.38 ; Lc 21,36 ; Ep 6,18)…

 

La Jérusalem céleste, accomplissement de l’Alliance entre Dieu et les hommes

 

            « Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. » Cette « Jérusalem nouvelle » renvoie donc à l’humanité renouvelée par le Don de Dieu. Elle descend du ciel comme le Don de l’Esprit Saint avec lequel et par lequel Dieu fait toutes choses nouvelles… Elle est donc elle aussi tout entière le fruit du Don de Dieu !

  Communion des saints avec le Christ          « Elle s’est faite belle »… On pourrait aussi traduire : « elle a été préparée », de telle sorte qu’elle est « prête » (Osty). Cette forme passive renvoie alors à Dieu comme le premier à avoir agi pour qu’il en soit ainsi… Tel est par exemple le point de vue d’Ezéchiel lorsqu’il nous présente l’histoire d’Israël en prenant l’image d’une jeune femme arrivée à « l’âge des amours » (Ez 16,8-14) : « Je me suis engagé envers toi par serment, je suis entré en alliance avec toi – oracle du Seigneur Dieu – et tu as été à moi. Je t’ai plongée dans l’eau, je t’ai nettoyée de ton sang, je t’ai parfumée avec de l’huile. Je t’ai revêtue d’habits chamarrés, je t’ai chaussée de souliers en cuir fin, je t’ai donné une ceinture de lin précieux, je t’ai couverte de soie. Je t’ai parée de joyaux : des bracelets à tes poignets, un collier à ton cou, un anneau à ton nez, des boucles à tes oreilles, et sur ta tête un diadème magnifique. Tu étais parée d’or et d’argent, vêtue de lin précieux, de soie et d’étoffes chamarrées. La fleur de farine, le miel et l’huile étaient ta nourriture. Tu devins de plus en plus belle et digne de la royauté. Ta renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté, car elle était parfaite, grâce à ma splendeur dont je t’avais revêtue. »

 

 pentecote 2           Nous retrouvons ici tous les éléments des relations de Dieu avec les hommes pécheurs : son alliance éternelle avec l’humanité tout entière (Gn 9,8-17) et donc avec Israël appelé à être serviteur de cette alliance pour « toutes les familles de le terre » (Gn 12,1-4 ; 15 ; 17) ; sa Miséricorde inlassable qui ne cesse de laver, nettoyer, purifier ce qui doit l’être (Ez 36,25) ; son Amour qui se donne pour parer de sa Beauté même l’être aimé… « Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Revêtu de magnificence, tu as pour manteau la lumière ! » (Ps 104(103),1-2). Et Ezéchiel écrit ici : « Tu devins de plus en plus belle et digne de la royauté… grâce à ma splendeur dont je t’avais revêtue »… Pensons à la plus belle robe de la Maison du Père donnée au fils prodigue. Nous retrouvons ces éléments avec Isaïe (Is 61,10-62,5) et un vocabulaire de salut, de justice où transparaît la gratuité de l’Amour de Dieu à notre égard : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux… Les nations verront ta justice ; tous les rois verront ta gloire… Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu ».

Saint Jean         L’image des noces entre Dieu et les hommes apparaît également dans ce dernier texte, comme dans notre verset de l’Apocalypse : « prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari ». Un des textes les plus anciens où apparaît cette image est celui d’Osée 2 ; citons juste Os 2,21-22 : « Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse ; je ferai de toi mon épouse dans la loyauté, et tu connaîtras le Seigneur ». Le chiffre trois dans la Bible symbolise souvent Dieu en tant qu’il agit. Ce triple « je ferai » nous situe donc, par excellence, dans le cadre de l’action de Dieu à notre égard. Ce sera vraiment Lui qui « fera que »… ce qui suppose de notre côté un abandon actif entre ses mains. En hébreu, la langue de l’Ancien Testament, nous avons le verbe « fiancer dans… », et ce qui suit la préposition « dans » décrit habituellement la dot que le fiancé offre à sa fiancée. Dans ce Mystère d’Amour et de Noce, qu’offrira donc le Seigneur à son épouse souffrante, blessée, malade ? Son injustice accueillera « la justice et le droit », et grâce à ce Don, elle sera juste… Son infidélité chronique accueillera « la fidélité », et grâce à ce Don, elle pourra enfin être fidèle… La dureté de son cœur de pierre (Ez 36,26) accueillera « la tendresse », et grâce à ce Don elle deviendra plus humaine, avec un cœur de chair… Elle était prisonnière du mensonge, elle se cachait dans les ténèbres ? Elle recevra le Don de « la loyauté » qui l’aidera à faire la vérité sur sa condition blessée, et à tout abandonner entre les mains de son cher médecin (Lc 5,31-32) : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

            Et « pouvoir se convertir » est encore un Don à recevoir du Seigneur : « Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi, pour que ce peuple sache que c’est toi, Seigneur, qui es Dieu et qui convertis leur cœur ! » (1R 18,37). « C’est lui, le Christ, que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés… Et même aux nations païennes, Dieu a donné la conversion qui fait entrer dans la vie ! » (Ac 5,31 ; 11,18).

 Dieu-Amour

            Jésus reprendra ce contexte des Noces pour accomplir son premier signe dans l’Evangile selon St Jean, lors des Noces de Cana, un nom qui en hébreu signifie « jaloux » : « Le Seigneur a pour nom Jaloux : c’est un Dieu jaloux ». Oui, dit-il, « je suis jaloux envers Jérusalem d’une grande jalousie ». Nous ne sommes pas loin de « Dieu est Amour ! » (Ex 34,14 ; Za 1,14 ; 1Jn 4,8.16). Dans ce contexte d’amour, Jésus donnera « le bon vin », signe du Don de l’Esprit Saint avec lequel et par lequel Dieu vient sceller son Alliance avec les hommes. Toutes les prophéties sont donc accomplies, puisque « le fruit » de « l’Esprit qui sanctifie » (Th 2,13) est « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité (cf. Os 2,22), douceur et maîtrise de soi » (Ga 5,22-23), « bonté, justice (cf. Os 2,21) et vérité » (Ep 5,9 avec Jn 4,24 et 1Jn 1,5 ; cf.  1Co 1,30 ; 6,11)…

 

            Ainsi est « la Jérusalem Nouvelle », car renouvelée par le Don de l’Esprit avec lequel et par lequel, pourrait-elle dire, « le Seigneur fait tout pour moi ! Seigneur éternel est ton amour, n’arrête pas l’œuvre de tes mains ! » (Ps 138(137),8). « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3,23) ? « Père, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée » (Jn 17,22) en leur donnant « l’Esprit de gloire » (1P 4,14), l’Esprit de Lumière et de Beauté. Tel est, tout en même temps, « le vêtement du salut », un salut qui est « comme une torche allumée », Lumière et « gloire », « diadème », « turban royal », « couronne de splendeur » (Is 61,10-62,5)… « Soyons dans la joie, exultons, et rendons gloire à Dieu ! Car elles sont venues, les Noces de l’Agneau, et pour lui son épouse a revêtu sa parure. Un vêtement de lin fin lui a été donné, splendide et pur. Car le lin, ce sont les actions justes des saints » (Ap 19,7-8), qui sont les fruits de l’Esprit Saint (Ez 36,27 ; Ep 2,4-10)…

 

La formule de l’Alliance : « Ils seront son Peuple et Lui sera leur Dieu ».

 

            Nous ne pouvons que le constater : les premiers versets de ce chapitre 21 du Livre de l’Apocalypse récapitulent le projet de Dieu sur l’humanité par les thèmes de la Création nouvelle et des Noces entre Dieu et les hommes, le tout réalisé par le Don de l’Esprit Saint. Cette image des Noces est très présente dans la Bible pour évoquer l’Alliance entre Dieu et les hommes, une Alliance éternelle qui existe, du côté de Dieu, depuis que l’homme existe (Gn 9,8-17), et qui n’attend que l’assentiment de l’homme pour sa pleine réalisation.

            Pour évoquer cette Alliance, les auteurs bibliques ont aussi utilisé les formules qui étaient habituellement en usage dans les cérémonies des mariages à leur époque. « Je suis ton mari » déclarait le fiancé à sa fiancée. « Je suis ta femme » disait la fiancée à son fiancé. C’est ainsi que, dans le cadre de l’Alliance, Dieu dit à son peuple : « Je suis ton Dieu. » Et son peuple lui répond : « Nous sommes ton peuple ». C’est ainsi que le premier signe que Jésus accomplit dans l’Evangile selon St Jean à l’occasion des Noces de Cana (Jn 2,1-12) n’est rien de moins que le signe de l’Alliance Nouvelle et Eternelle qu’il est venu proposer à tout homme. Dans le cadre de cette Alliance, Dieu donne gratuitement « le bon vin » de l’Esprit Saint qui apporte avec Lui une Plénitude de Vie et de Joie, les arrhes de cette pleine « communion dans l’Esprit » (2Co 13,13 ; Ep 4,3) à laquelle Dieu appelle toute l’humanité…

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            Regardons quelques exemples de l’utilisation de cette formule de l’Alliance dans la Bible. Le Livre du Deutéronome s’inspire très fortement de ces célébrations de mariage faites à l’époque, avec une double « déclaration » (Dt 26,17-19) :

            « Aujourd’hui tu as obtenu du Seigneur cette déclaration : lui sera ton Dieu ; toi, tu suivras ses chemins, tu garderas ses décrets, ses commandements et ses ordonnances, tu écouteras sa voix.

            Aujourd’hui le Seigneur a obtenu de toi cette déclaration : tu seras son peuple, son domaine particulier, comme il te l’a dit, tu devras garder tous ses commandements.

            Il te fera dépasser en prestige, renommée et gloire toutes les nations qu’il a faites, et tu seras un peuple consacré au Seigneur ton Dieu, comme il l’a dit. »

            Les textes bibliques vont alors employer souvent des formules semblables à celle que nous avons ici : « Ils seront son peuple, et lui sera leur Dieu » (Ap 21,3). Elles traversent quasiment toute la Bible… Nous pouvons prendre le temps d’en lire et d’en relire quelques unes. Avec elles ne peut que grandir cette certitude que tout vient de Dieu, tout est Don de Dieu, jusqu’à notre conversion même…

 Fleurs...

            « Je vous prendrai pour mon peuple et je serai votre Dieu. Et vous saurez que je suis le Seigneur, votre Dieu, qui vous aura soustraits aux corvées des Égyptiens » (Ex 6,7). « Je vivrai au milieu de vous, je serai votre Dieu et vous serez mon peuple » (Lv 26,12). « Tu as établi ton peuple Israël pour qu’il soit à jamais ton peuple, et toi, Seigneur, tu es devenu leur Dieu » (2Sm 16,24). « Et voici ce que je leur ai ordonné : Écoutez ma voix, alors je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. Suivez en tout la voie que je vous prescris pour votre bonheur » (Jr 7,23 ; 11,4). « Je leur donnerai un cœur pour connaître que je suis le Seigneur. Ils seront mon peuple et moi je serai leur Dieu, car ils reviendront à moi de tout leur cœur » (Jr 24,7 ; 30,22). « En ce temps-là – oracle du Seigneur – je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, et elles seront mon peuple » (Jr 31,1). « Et voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : Ayez la connaissance du Seigneur !   Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur – parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché. » (Jr 31,33-34 ; 32,38). « Je leur donnerai un seul cœur et je mettrai en eux un esprit nouveau : j’extirperai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu’ils marchent selon mes lois, qu’ils observent mes coutumes et qu’ils les mettent en pratique. Alors ils seront mon peuple et moi je serai leur Dieu » (Ez 11,20). « Ainsi la maison d’Israël ne s’égarera plus loin de moi et ne se souillera plus de tous ses crimes. Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu, oracle du Seigneur Dieu » (Ez 14,11). « Alors on saura que c’est moi leur Dieu, qui suis avec eux, et qu’eux, la maison d’Israël, ils sont mon peuple, oracle du Seigneur Dieu » (Ez 34,30).

eau            Et citons à nouveau ce texte déjà lu précédemment et qui reprend les éléments d’Ez 11,20. Après avoir longuement évoqué l’infidélité d’Israël et ses conséquences catastrophiques, Dieu déclare : « Je vous prendrai parmi les nations, je vous rassemblerai de tous les pays étrangers et je vous ramènerai vers votre sol. Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères. Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu » (Ez 36,24-28). « Ils ne se souilleront plus avec leurs ordures, leurs horreurs et tous leurs crimes. Je les sauverai des infidélités qu’ils ont commises et je les purifierai, ils seront mon peuple et je serai leur Dieu » (Ez 37,23). « Je conclurai avec eux une alliance de paix, ce sera avec eux une alliance éternelle. Je les établirai, je les multiplierai et j’établirai mon sanctuaire au milieu d’eux à jamais. Je ferai ma demeure au-dessus d’eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et les nations sauront que je suis le Seigneur qui sanctifie Israël, lorsque mon sanctuaire sera au milieu d’eux à jamais. » (Ez 37,26-28). « Je la sèmerai dans le pays, j’aurai pitié de Lo-Ruhamah, je dirai à Lo-Ammi[1] : Tu es mon peuple et lui dira : Mon Dieu ! » (Os 2,25 ; cf. 2,1). « Je les ramènerai pour qu’ils habitent au milieu de Jérusalem. Ils seront mon peuple et moi je serai leur Dieu, dans la fidélité et la justice » (Za 8,8). « Je les ferai entrer dans le feu ; je les épurerai comme on épure l’argent, je les éprouverai comme on éprouve l’or. Lui, il invoquera mon nom, et moi je lui répondrai; je dirai : Il est mon peuple !   et lui dira : le Seigneur est mon Dieu ! » (Za 13,9). « C’est lui notre Dieu, et nous le peuple de son bercail, le troupeau de sa main. Aujourd’hui si vous écoutiez sa voix ! » (Ps 95,7 ; 100,3).                 

 

L’Alliance accomplie : Dieu est Père ! « Je serai son Dieu et lui sera mon fils. »

            En Ap 21,5, « celui qui siège sur le trône déclara »… Dieu Lui-même reprend donc la parole, comme en 21,3 : « J’entendis une voix clamer du trône »… La Révélation (Apokalupsis en grec), initiée dès le début de notre Livre (Ap 1,10.12.15) se poursuit donc…

            Mais en 21,1-4, le titre de Dieu, répété quatre fois en clin d’œil d’universalité[2] (nous parlons bien d’une « terre nouvelle », « la première terre ayant disparu », toute la terre est concernée), ce Dieu créateur de tous les hommes, « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), ce Dieu qui vit en alliance éternelle avec eux tous (Gn 9,8-17) est le même qui s’est révélé par le biais d’un peuple choisi, Israël. Et puisqu’il vit déjà en alliance avec tout homme, il vit bien en alliance avec eux : « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple ». De plus la citation « il essuiera toute larme de leurs yeux » est une allusion au prophète Isaïe, où la portée universaliste est manifeste : « Le Seigneur Sabaoth prépare pour tous les peuples, sur cette montagne, un festin de viandes grasses, un festin de bons vins, de viandes moelleuses, de vin dépouillés. Il a détruit sur cette montagne le voile qui voilait tous les peuples et le tissu tendu sur toutes les nations ; il a fait disparaître la mort à jamais. Le Seigneur Dieu a essuyé les pleurs sur tous les visages, il ôtera l’opprobre de son peuple sur toute la terre, car le Seigneur a parlé » (Is 25,6-8)… Souvenons-nous de notre texte : « Il essuiera toute larme de leurs yeux : De mort, il n’y en aura plus, de pleur, de cri, de peine, il n’y en aura plus »… Toute la mission de Jésus sera de nous inviter à nous tourner vers « le Seigneur Dieu, le Seigneur Sabaoth » en lui disant : « Notre Père »…

 Paris Surréalistes+annexes

            En Ap 21,5-8, nous l’avons dit, c’est toujours Dieu qui parle, mais le contenu de ses Paroles dirige aussi notre regard vers le Fils, Jésus Christ…

            « Voici, je fais l’univers nouveau » fait écho au « ciel nouveau » et la « terre nouvelle »… Et Celui qui parle est bien « l’Alpha et l’Oméga », première et dernière lettre de l’alphabet grec, une manière d’évoquer « le Principe et la Fin », un titre qui était apparu au tout début de notre Livre : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Il est, Il était et Il vient , le Maître-de-tout » (Ap 1,8). Puis nous le retrouvons appliqué au Christ en Ap 1,17 et 2,8, « transposition au bénéfice du Christ d’une qualité de Dieu principe et fin de toutes choses ». Nous ne sommes pas loin, au niveau du sens, ce que St Jean écrit explicitement au tout début de son Evangile : « Au commencement », au principe, avant tout commencement, « était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu ». Il siège donc bien sur le trône, il est même « au milieu du trône » (Ap 5,6). « Il était au commencement auprès de Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut » (Jn 1,1-3)… « Voici, je fais l’univers nouveau »…

            Puis, l’invitation lancée, « celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement », est très proche de celle que Jésus lance en St Jean : « Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! » selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui » (Jn 7,37‑39).             Cet adverbe « gratuitement, dôrean » souligne l’idée de « don, dôrea ». Avec Dieu, tout est Don, pour peu que l’on accepte de le recevoir en se tournant vers Lui de tout cœur, ce qui n’est pas possible sans sa grâce, nous l’avons vu précédemment… « Gratuitement »[3] interviendra aussi à la fin de l’Apocalypse, toujours en lien avec « l’eau de la vie », « l’Eau Vive » de l’Esprit Saint qui est vie et qui vivifie : « L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Que celui qui entend dise : « Viens ! » Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement » (Ap 22,17).

Esprit Saint            « Le vainqueur » est donc celui qui accepte, envers et contre tout, de recevoir, par sa foi en Jésus, le Fils, ce Don que Lui-même reçoit du Père de toute éternité… « Au vainqueur, je donnerai de goûter à l’arbre de la vie qui est dans le paradis de Dieu… Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, je lui donnerai aussi un nom nouveau (Ap 2,7.17.26 ; 3,21). Il est « vainqueur » non pas par lui-même, mais par ce Don qu’il reçoit, l’Amour Miséricordieux du Seigneur triomphant jour après jour de sa misère, la Lumière régnant sur ses ténèbres, la Vie comblant toutes ses morts…

            « Mais », poursuit le texte de l’Apocalypse, et là, plusieurs catégories de personnes sont évoquées, et elles nous concernent tous plus ou moins :

                        – « les lâches » : il est difficile pour un pécheur de dire « Non ! » au péché. Il a besoin de « l’Esprit de force et de maîtrise de soi » (2Tm 1,7), qui soutiendra son courage pour renoncer à lui-même, prendre sa croix (Mt 16,24), ce « joug » de Jésus (Mt 11,28-30) que le Christ est le premier à porter par le Don de l’Esprit, si l’on accepte, bien sûr, et de tout cœur de le laisser faire…

                        – « les renégats », qui renient leur foi au Christ Sauveur, en toute lucidité, comment pourraient-ils être sauvés par Celui qui respecte infiniment notre liberté, nous presse certes à le recevoir, en nous tendant toujours la main, mais sans jamais nous obliger, nous forcer ?

                        – « les dépravés », qui choisissent le mal plutôt que le bien, qui se complaisent dans le mal plutôt que dans le bien… Or le mal ne peut coexister avec Dieu, c’est impossible… Choisir d’entrer dans la Maison de Dieu ne peut qu’être synonyme de renoncer au mal de tout cœur, avec l’aide de sa grâce… « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni dépravés, ni gens de mœurs infâmes, ni voleurs, ni cupides, pas plus qu’ivrognes, insulteurs ou rapaces, n’hériteront du Royaume de Dieu. Et cela, vous l’étiez bien, quelques-uns. Mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Co 6,9-11). « Et cela, vous l’étiez bien, quelques-uns », mais grâce au Bon Pasteur qui « cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve, puis la met sur ses épaules et la ramène chez lui », dans la Maison du Père, ils ont pu revenir à Dieu (Lc 15,4-7)… « Mettre sur ses épaules », c’est cela « le joug du Christ », ce que le Christ Ressuscité ne cesse de faire aujourd’hui en donnant au pécheur la Force de son Esprit pour lui permettre de renoncer au mal…

            Suivent encore « les assassins (« Tu ne tueras pas » Ex 20,13), « les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge »Ils sont tels car ils se confient à des réalités de mensonge, des idoles qui n’existent pas, qui ne sont rien et ne peuvent donc rien donner (Jr 2,5.11) : leur cœur ne peut qu’être vide, vide notamment du Don de Dieu, vide de la vraie Vie : c’est « la seconde mort ». « Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n’était pas établi dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge » (Jn 8,44). Toute la mission de l’Eglise consiste à tout faire pour « arracher » les hommes (Col 1,13-14), dans le respect de leur liberté, et cela « grâce à l’action de l’Esprit Saint », à ces ténèbres mensongères qui ne peuvent apporter le vrai Bonheur, mais plutôt un manque à toujours combler, un vide, un mal être, une souffrance, une angoisse (Rm 2,9)… « Je te délivrerai du peuple et des nations païennes, vers lesquelles je t’envoie, moi » dit le Christ à St Paul et à travers lui, à tous ses disciples (Jn 20,21 : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie »), « pour leur ouvrir les yeux, afin qu’elles reviennent des ténèbres à la lumière et de l’empire de Satan à Dieu, et qu’elles obtiennent, par la foi en moi, la rémission de leurs péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés » (Ac 26,17-18). Cette part d’héritage, c’est le Don de l’Esprit Saint, « l’Esprit qui sanctifie » (2Th 2,13), l’Esprit toujours donné gratuitement, en surabondance, par ce Dieu qui n’est qu’Amour (1Jn 4,8.16) et qui ne sait que donner (Jn 3,35). Voilà pourquoi nous sommes invités à « ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu » (St Benoît).

            Après cette énumération de sept termes, qui englobe symboliquement la plénitude « des hommes de mensonge », Dieu ne peut qu’exprimer les inévitables conséquences pour ceux qui se détournent de la Lumière, de la Source d’Eau Vive : « Leur lot se trouve dans l’étang brûlant de feu et de soufre : c’est la seconde mort », la mort spirituelle (Rm 6,23). Mais n’oublions jamais : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6). Tout pécheur est un « cherché par Dieu jusqu’à ce qu’il le retrouve » et l’Amour et la Patience de Dieu sont infinis… « N’entrera pas au ciel celui qui ne voudra pas y entrer » (P. Rodolphe, Abbaye de Ste Marie du Désert). Espérons que, librement, tôt ou tard, toutes les créatures de Dieu finiront par dire « Oui ! » à son Amour. Alors, « heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, la nation qu’il s’est choisie en héritage » (Ps 33,12 ; 144,15), et Dieu a ‘choisi’ tous les hommes pour qu’ils soient avec Lui pour toujours, comblés par son Amour (Ap 21,3). A nous maintenant, jour après jour, de le choisir, et d’inviter le plus grand nombre à

[1] « Lo-Ruhamah » signifie en hébreu, « je n’ai pas pitié de », et « Lo-Ammi », « pas mon peuple ». Ces deux formules avaient été employées précédemment pour évoquer l’infidélité d’Israël (Os 1,6-8) ce qui, de leur côté, était donc une rupture d’Alliance. D’où la formule officielle de divorce, négation de celle du mariage : « Intentez procès à votre mère, intentez-lui procès ! Car elle n’est pas ma femme, et moi je ne suis pas son mari » (Os 2,4). Mais Dieu ne peut se résoudre à une telle situation, et il va partir à la recherche de ses créatures tant aimées ! « C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Os 2,16). Or « parler au cœur de… » appartient à cette époque au langage de l’amour… « Le cœur de Sichem s’attacha à Dina, fille de Jacob, il eut de l’amour pour la jeune fille et il parla à son cœur » (Gn 34,3)…

[2] Le chiffre quatre est symbole d’universalité : les quatre points cardinaux, le nord, le sud, l’est, l’ouest.

[3] « Gratuitement » intervient aussi en Mt 10,8 (Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ; cf 2Co 11,7), Rm 3,24 (ils sont justifiés gratuitement par sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus)…le faire, pour le Bonheur de tous, pour la plus grande Joie de Dieu (So 3,16-18) !   DJF

 

AP – SI – Fiche 35 – Ap 21,1-8 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression 




Le Règne de mille années du Christ et de l’Eglise (Ap 20)

Ap 20,1-15 : Puis je vis un Ange descendre du ciel, ayant en main la clef de l’Abîme, ainsi qu’une énorme chaîne. (2) Il maîtrisa le Dragon, l’antique Serpent, – c’est le Diable, Satan -, et l’enchaîna pour mille années. (3) Il le jeta dans l’Abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés, afin qu’il cessât de fourvoyer les nations jusqu’à l’achèvement des mille années. Après quoi, il doit être relâché pour un peu de temps.

(4)        Puis je vis des trônes sur lesquels ils s’assirent, et on leur remit le jugement ; et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d’adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main; ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. (5) Les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années. C’est la première résurrection. (6) Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection ! La seconde mort n’a pas pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils régneront mille années.

(7)        Les mille ans écoulés, Satan, relâché de sa prison, (8) s’en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer ; (9) ils montèrent sur toute l’étendue du pays, puis ils investirent le camp des saints, la Cité bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel et les dévora. (10) Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles.

(11)        Puis je vis un trône blanc, très grand, et Celui qui siège dessus. Le ciel et la terre s’enfuirent de devant sa face sans laisser de traces. (12) Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône; on ouvrit des livres, puis un autre livre, celui de la vie ; alors, les morts furent jugés d’après le contenu des livres, chacun selon ses œuvres. (13) Et la mer rendit les morts qu’elle gardait, la Mort et l’Hadès rendirent les morts qu’ils gardaient, et chacun fut jugé selon ses œuvres. (14) Alors la Mort et l’Hadès furent jetés dans l’étang de feu – c’est la seconde mort cet étang de feu – (15) et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de vie, on le jeta dans l’étang de feu.

Christ bénissant (Icône copte)

       « Je vis un Ange descendre du ciel »… Nous retrouvons ici l’Ange serviteur, messager, envoyé de Dieu pour introduire dans une révélation plus profonde du Mystère qui s’est révélé en Jésus Christ, « le Verbe fait chair, le Fils Unique-Engendré » (Jn 1,14), «  envoyé dans le monde non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui » (Jn 3,16-18). Cet Ange était déjà intervenu au tout début du Livre : « Révélation de Jésus Christ : Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt ; il envoya son Ange pour la faire connaître à Jean son serviteur » (1,1). Notons que ce terme de « serviteur », sous entendu ‘de Dieu’, employé ici pour St Jean, apparaît aussi en 15,3, pour Moïse, et en 22,9 pour l’Ange (littéralement « serviteur-avec, compagnon de service ») qui déclare à St Jean : « Je suis un serviteur comme toi et tes frères les prophètes et ceux qui gardent les paroles de ce livre ».

Vézelay, fraternité monastique de Jérusalem en prière       Cet Ange serviteur de Dieu a « en sa main la clef de l’Abîme. » « Avoir la clef » d’une réalité, c’est pouvoir en disposer librement : « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux », avait dit Jésus à St Pierre : « quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié » (Mt 16,19). Le Royaume des Cieux étant « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), et donc Mystère de communion dans l’unité d’un même Esprit (2Co 13,13 ; Ph 2,1 ; Jn 10,30 ; 17,20-23 ; 1Co 1,9 ; 1Jn 1,1-4), l’Esprit d’Amour (Jn 4,24 avec 1Jn 4,8.16 ; et donc Rm 5,5 ; Ga 5,22), Pierre, « serviteur et apôtre de Jésus Christ » (2P,1,1), reçoit de Jésus, « le Serviteur » du Père (Ac 3,13.26 ; 4,27), tout pouvoir pour « se mettre au service » de ses frères dans l’ordre de l’Amour : tous les liens d’Amour qu’il aura contribué à tisser sur cette terre le seront encore dans les cieux, et tous les liens du péché et du mal qu’il aura contribué à délier sur cette terre pour une plus grande liberté des personnes concernées, et donc un plus grand amour, seront aussi déliés dans les cieux. En effet, « le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2Co 3,17 ; Lc 4,18 ; Ga 5,1). Et « la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité, – non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise, – c’est avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8,19-21).

 Dieu-lumiere      L’Ange qui a « en main la clef de l’Abîme » a donc pour mission de révéler et de mettre en œuvre la souveraineté de Dieu sur l’Abîme, sur les profondeurs du Royaume des morts et des ténèbres… Sur Lui, « le Prince de ce Monde », le Prince de l’Abîme, « n’a aucun pouvoir » (Jn 14,30) : sa Lumière, par sa simple Présence, triomphe des ténèbres (Jn 1,5), sa Vie triomphe de la mort et cela au bénéfice de tous ceux et celles qui accepteront de lui ouvrir la porte de leur cœur (Ap 3,20), pour leur plus grand bonheur : « Je t’envoie, moi, vers les nations païennes, pour leur ouvrir les yeux, afin qu’elles reviennent des ténèbres à la Lumière et de l’empire de Satan à Dieu, et qu’elles obtiennent, par la foi en moi, la rémission de leurs péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés » (Ac 26,17‑18). Et cette « part d’héritage » n’est autre que « le Don du Saint Esprit », cet Esprit promis dans l’Ancienne Alliance (Ez 36,24‑28 ; Joël 3,1-5), répandu en surabondance au jour de la Pentecôte (Ac 2,1‑41), « l’Esprit de la Promesse, l’Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,13-14). Et c’est dans l’accueil de ce Don offert gratuitement aux pécheurs (Lc 5,31-32), dans l’attitude de cœur sans cesse renouvelée d’un repentir sincère (Ac 2,38 ; 5,30-32 ; 1Th 4,8), que nous sommes invités, dès maintenant, dans la foi et par notre foi, à « trouver » notre « Plénitude » :

colombe_677« Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! » (Lc 11,9-13). « Cherchez donc dans l’Esprit votre Plénitude » (Ep 5,18). En le recevant du Père, jour après jour, de repentir en repentir, de pardon en pardon, « l’homme intérieur se fortifiera en vous, le Christ habitera en vos cœurs par la foi et vous serez enracinés, fondés dans l’Amour. Vous recevrez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l’Amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre Plénitude dans toute la Plénitude de Dieu » (Ep 3,14-21).

       A « la clef de l’Abîme » est associée « une énorme chaîne », une image qui renvoie encore à la Maîtrise de Dieu sur toute forme de mal. Si, par cette « chaîne », Dieu « maîtrise le Dragon, l’antique Serpent, le Diable, Satan », s’il « l’enchaîne pour mille années », au même moment « les chaînes tombent des mains » (Ac 12,7) de celles et ceux qui étaient esclaves du mal, opprimés par le mal, prisonniers du mal (Lc 4,18-19 ; Rm 6), et donc finalement ‘mal-heureux’ (Rm 2,9 ; 7,15.19.24-25 ; Ap 3,17 ; Lc 6,24‑26)… « En effet, ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de Force, d’Amour et de Maîtrise de soi » (2Tm 1,7). Satan est jugé, « jeté dehors », dans ses ténèbres, tandis que tous les hommes pécheurs (Rm 3,9‑24) qui, d’une manière ou d’une autre, étaient pris dans ses filets par leur connivence avec le mal, sont invités à se laisser attirer vers Dieu : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,31-32). Et c’est encore Lui qui, en les rejoignant (Lc 15,4-7) les aidera à se repentir (Ac 5,30), à se tourner vers Lui de tout cœur, tels qu’ils sont, avec « toutes leurs ordures et toutes leurs souillures ». baptemeAlors, dit‑il, « je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai » (Ez 36,25). Cela se réalisera, très concrètement, par l’Eau Pure et Vive de l’Esprit Saint qui purifie et vivifie (Jn 4,10-14 ; 7,37-39), sanctifie, justifie (1Co 6,9-11). Et pour Dieu, un homme ‘juste’ est un homme qui correspond à son projet lorsqu’il décida de le créer. Or Dieu nous a tous faits « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-27) pour que nous soyons comme Lui en participant à la Plénitude de sa nature divine (2P 1,4), comblé par elle, et donc « remplis » par son Esprit Saint, puisque « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) et « Dieu est Saint » (Lv 11,45 ; 19,2 ; Is 6,3 ; 1P 1,16). « Le salaire du péché, c’est la mort », au sens de privation d’une Plénitude de Vie (Rm 6,23) ? La situation d’un tel homme n’est pas « juste ». Aussi, Dieu travaillera-t-il à ce que justice soit faite en mettant tout en œuvre pour que cet état « injuste » cesse enfin : et il lui proposera un pardon surabondant que son repentir sincère ne pourra qu’accueillir… Et avec ce pardon, il sera comblé de cette Vie divine pour laquelle Dieu nous a tous créés. « Prenant la parole, Jésus leur dit : Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. » « Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr. Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » (Lc 5,31-32 ; Jn 10,10). « Le salaire du péché, c’est la mort ? Le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ? » (Rm 3,23). Cette situation n’est pas juste aux yeux de Dieu ! Le Père a donc envoyé son Fils dans le monde « pour accomplir toute justice » (Mt 3,15) en comblant les pécheurs repentant par la surabondance de sa Miséricorde (Rm 5,20), et en leur donnant gratuitement, par amour, tout ce dont ils étaient privés par suite de leur faute : « Père », disait Jésus, « je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée » (Jn 17,22), en leur donnant cet Esprit Saint par lequel le Père engendre le Fils de toute éternité… Esprit Saint« Dieu vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8), « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14). « Cherchez donc dans l’Esprit votre plénitude » (Ep 5,18). Là Est la Vraie Joie (1Th 1,7). Et Dieu sera le premier à se réjouir (So 3,14-18) en voyant sa Joie régner au cœur de ses créatures (Jn 15,10). Voilà pour Lui ce qui est « juste » ! « Heureux celles et ceux qui croient » (Jn 20,29)…

       Cet Ange, avec lequel et par lequel Dieu agit, « enchaîna le Diable pour mille années (…) afin qu’il cessât de fourvoyer les nations jusqu’à l’achèvement des mille années »… Cette expression « mille années » intervient encore quatre fois par la suite (20,4.5.6.7), soit six fois en tout. Or le chiffre six, sept moins un, sept étant symbole de perfection, renvoie à une réalité imparfaite. Nous avons donc ici un premier élément pour l’interprétation de ces « mille années ».

       Ce chiffre grec « χίλιοι, mille » intervient également en Ap 11,3 et 12,6, où il évoque la durée symbolique de 1260 jours, soit trois années et demi, la moitié de sept années, une durée qui peut certes être longue à l’échelle humaine, mais qui en soit est très limitée. En Ap 14,20 ce sang versé « hors de la ville » de Jérusalem « monta jusqu’au mors des chevaux sur une étendue de mille six cents stades ». Or, écrit Jean-Pierre Prévost, « plutôt que de voir dans cette scène l’effusion du sang des ennemis (cf. Is 63,1‑6), il est plus indiqué d’y voir une Martyr chrétien Mosaïqueréférence au sang versé des martyrs chrétiens (cf. 6,10 ; 16,6 ; 19,2), dont la mise à mort s’est faite, comme celle de Jésus (Hb 13,12) « hors de la ville » (cf. Lc 4,29 ; 23,33 ; Ac 7,58 ; 14,19). Quant à l’ampleur du phénomène, la description de Jean est manifestement hyperbolique : le texte grec parle d’une étendue de « mille six cents stades ». Jouant sur les propriétés du chiffre quatre », symbole d’universalité (les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est, l’ouest), « et de son multiple quarante (40×40), Jean voudrait ainsi indiquer l’universalité : le sang des martyrs aura une influence décisive sur l’issue du jugement universel » (L’Apocalypse ; Bayard Editions/Centurion ; Paris 1995 ; p. 119).

       Le mot « χιλιάς, millier » apparaît quant à lui en Ap 5,11 ; 7,4-8 ; 11,13 ; 14,1.3 et 21,16. Son usage est à nouveau symbolique pour évoquer une réalité immense et donc en fait innombrable :

  • « La multitude des Anges rassemblés autour du Trône, qui se comptent en myriades de myriades et par milliers de milliers » (Ap 5,11). La myriade, quant à elle, équivaut à « 10 à la puissance de quatre », soit 10.000…

multitude d'anges

  • « Attendez, pour malmener la terre et la mer et les arbres, que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. Et j’appris combien furent alors marqués du sceau : cent quarante-quatre mille de toutes les tribus des fils d’Israël. » Suit alors l’énumération des « douze mille » des douze tribus d’Israël (Ap 7,4-8). Mais puisque la vision concerne le ciel, et donc la fin ultime de l’Histoire humaine, bien après la période historique des douze tribus d’Israël et la mort sur la Croix à Jérusalem du Fils Unique, ce chiffre de 144.000 évoque la foule des hommes de tous les temps qui auront accepté de s’en remettre avec confiance à l’Amour de leur Créateur et Père. Elle est d’ailleurs évoquée juste après, au verset 9, par une expression qui emploie quatre termes pour la décrire, le chiffre 4 étant symbole d’universalité : « Après quoi, voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation (1), race (2), peuple (3) et langue (4) ; debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : Le salut est donné par notre Dieu, Lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau ! » St Jean évoque ainsi de manière symbolique, l’accomplissement de la volonté de Dieu exprimée si clairement par St Paul : Jésus Eglise« Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme luimême, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés », tous, sans aucune exception, et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait au ciel et sur la terre, dans les mers et jusqu’au fond des abîmes » (Ps 135(134),6 ; 115(113B),3). Et comment le fait-il ? St Jean a déjà répondu : « Le salut est donné par notre Dieu, Lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau ! » (cf. Ep 2,4-10). L’Esprit Saint est donné, gratuitement, par Amour : «  Dieu vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). A nous maintenant de consentir à ce que sa volonté soit faite, envers et contre tout… Sa Miséricorde est infinie… Et la première démarche à laquelle Dieu nous invite lorsque nous acceptons de répondre à son appel est celle du baptême où nous recevons « le sceau de l’Esprit Saint ». Or, ce « sceau » est celui-là même que le Fils reçoit du Père de toute éternité, ce Don qui le constitue en Fils « né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père » (Crédo), et le Père est Esprit, le Père est Saint… « Travaillez donc non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, car c’est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau » (Jn 6,27). C’est ce que Jean-Baptiste a « vu » au moment du baptême de Jésus, une réalité qui, pour le Fils, est en fait éternelle : « Et Jean rendit témoignage en disant : J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel », venant du Père, « et demeurer sur lui » (Jn 1,32). Or, tout homme a été créé pour recevoir ce même sceau et devenir ainsi, selon sa condition de créature, comme le Fils, « reproduisant l’image du Fils » en participant à ce que le Fils Est en Lui-même ! Il sera alors « l’aîné d’une multitude de frères ». Voilà ce à quoi tout homme a été « prédestiné ». Et d’une manière ou d’une autre, le Père nous « appelle » tous, ne serait-ce que par notre conscience, à nous tourner de tout cœur vers Lui pour recevoir avec le Fils ce que le Fils reçoit du Père de toute éternité ! Quiconque répond de tout cœur à cet appel, faisant ce qu’il peut pour que toute sa vie réponde à cette exigence de justice et de vérité qu’il porte déjà au plus profond de lui‑même, ne peut donc que recevoir ce Don de l’Esprit Feuille lumière viequi ne cesse de jaillir du Père engendrant son Fils, et cet Esprit va lui donner d’être en cet état « juste » que Dieu veut pour nous tous : comblés par l’Esprit, glorifiés par sa simple Présence en nos cœurs… « Et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés » (Rm 8,28‑30) par le Don de cet « Esprit de Gloire » (1P 4,14). Ce Don résume et englobe en lui-même « toutes les bénédictions spirituelles » dont Dieu veut nous combler, et qu’il destine tout particulièrement aux pécheurs car ce sont eux qui en ont le plus besoin, eux qui sont privés de tous ces Biens par suite de leurs fautes…

       Le Don de cet « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6 ; Rm 8,2.11 ; Ga 5,25) sera pleinement manifesté, avec une intensité insoutenable, lorsque le soldat romain transpercera le Cœur du Fils sur la Croix (Jn 19,33-35)… Ce qui remplit son Cœur sera alors totalement répandu, totalement donné… Or les anciens croyaient que « la vie de la chair est dans le sang » (Lv 17,11), « la vie de toute chair, c’est son sang » (Lv 17,14). Ce sang si cruellement versé renvoie donc à la Vie de Jésus, cette Vie qu’il reçoit du Père en Fils (Jn 5,26 ; 6,57) « né du Père avant tous les siècles, engendré non pas créé » (Crédo). Et le Père l’engendre en se donnant totalement à Lui, en lui donnant « l’Esprit qui vivifie », c’est-à-dire tout ce qu’Il Est Lui-même, Lui qui Est Esprit, Lui qui Est Vie. Le Cœur de Jésus est ainsi « rempli par l’Esprit » (Lc 4,1) qui vient du Père, et cela depuis toujours et pour toujours, et cet Esprit est Vie… Son sang qui coule de son Cœur de chair transpercé par le soldat, est donc une Parole silencieuse adressée à tout homme : l’Esprit de Vie qu’il reçoit du Père et qui remplit son Cœur est totalement répandu, totalement donné, gratuitement, par Amour, à quiconque consentira à le recevoir par son repentir sincère… Avec ce Don de l’Esprit librement accueilli source_de_vies’accomplira alors le Mystère de notre Rédemption car c’est « l’Esprit Saint qui sanctifie » (2Th 2,13) les pécheurs, « l’Esprit de Gloire » qui glorifie les pécheurs, « l’Esprit de Justice » (Is 28,6 ; Rm 14,17) qui justifie les pécheurs en leur donnant de retrouver cet état « juste » pour lequel Dieu nous a tous créés : que nous soyons tous « remplis par l’Esprit » (Lc 1,15.41.67 ; Ac 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3.5 ; 7,55 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9.52), et donc par le Lumière et la Vie du Dieu Vivant… « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé. En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence : Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres… C’est en lui que vous aussi », les païens, « après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,3-10).

 foule      Et St Jean rapporte dans le Livre de l’Apocalypse ce qu’il a « vu » de la réalisation de ce projet de Dieu : « Attendez, pour malmener la terre et la mer et les arbres, que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. Et j’appris combien furent alors marqués du sceau : cent quarante-quatre mille de toutes les tribus des fils d’Israël », un chiffre qui renvoie, nous l’avons vu, à l’humanité toute entière appelée à consentir à l’œuvre de Dieu, Lui qui se propose de nous marquer d’un sceau et de mettre dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit (2Co 1,22)… Et tout notre « travail » consistera ensuite, jour après jour, soutenus par la Miséricorde de Dieu, à essayer de contrister le moins possible cet Esprit qui habite en nous : « Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption » (Ep 4,30).

  • En Ap 11,13, nous lisons : « À cette heure-là, il se fit un violent tremblement de terre, et le dixième de la ville croula, et dans le cataclysme périrent sept mille personnes. Les survivants, saisis d’effroi, rendirent gloire au Dieu du ciel. » Et la note de la Bible de Jérusalem précise : « Chiffre symbolique : des gens de toutes les catégories (7), en grand nombre (1000) ».

  • En Ap 14,1.3, nous retrouvons le chiffre de 144.000 qui renvoie à l’humanité tout entière appelée au salut… Et Jean voit cette multitude innombrable de celles et ceux qui ont ainsi consenti à l’Amour gratuit de Dieu et se sont laissés racheter par Lui en offrant la vérité de leurs misères à la Vérité de sa Miséricorde : « Voici que l’Agneau apparut à mes yeux ; il se tenait sur le mont Sion, avec cent quarante-quatre milliers de gens portant inscrits sur le front son nom et le nom de son Père ». On se souvient que le « nom » dans la Bible renvoie au Mystère de celui qui le porte, et donc ici au Mystère de Dieu Lui-même… Or « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24) et « Dieu Est Saint » (Lv 11,45). Ainsi, « le nom » du Fils et le « nom » du Père sont identiques en tant que le Père est Dieu, et que le Fils « est Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père », c’est-à-dire « Esprit » et « Saint ». ‘Recevoir le sceau de l’Esprit Saint’ ou ‘porter inscrit sur son front le nom du Fils et le nom de son Père’ sont donc deux expressions qui renvoie à une seule et même réalité : participer à ce que Dieu Est, à sa « nature divine » (2P 1,4), celle que le Fils reçoit du Père de toute éternité, et telle est la vocation de tout homme sur cette terre.

 que-joie

      Et puisque « tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu » (Rm 3,23), rachetés, ils ont ainsi retrouvé avec le Don de ce « Nom » divin, « l’Esprit de Gloire », tout ce qu’ils avaient perdu par suite de leurs fautes… Et « ils chantent un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre Vivants et les Vieillards. Et nul ne pouvait apprendre le cantique, hormis les cent quarante-quatre milliers, les rachetés à la terre », eux qui ont accepté, librement, de recevoir le Don de Dieu. Souvenons-nous d’ailleurs de ce « cantique nouveau » chanté par « les rachetés de la terre », tel qu’il a déjà été présenté en Ap 5,9-10 : « Ils chantaient un cantique nouveau : Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation ; tu as fait d’eux pour notre Dieu une Royauté de Prêtres régnant sur la terre ». Et rappelons-nous ce que chantent, en Ap 7,9, ces « cent quarante quatre mille », cette « foule immense de toute nation, race, peuple et langue » : « Le salut est donné par notre Dieu, Lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ».

Agneau Mystique

  • Enfin, en Ap 21,16, nous découvrons les « mesures » de la Jérusalem, la Cité Sainte : « Celui qui me parlait tenait une mesure, un roseau d’or, pour mesurer la ville, ses portes et son rempart ; cette ville dessine un carré », signe de perfection, précise en note la Bible de Jérusalem : « sa longueur égale sa largeur. Il la mesura donc à l’aide du roseau, soit douze mille stades ; longueur, largeur et hauteur y sont égales ». Et à nouveau, une note précise : « 12 (le nombre de l’Israël nouveau) multiplié par mille (multitude) ».

      En conclusion, nous ne pouvons que constater que le chiffre 1000 ou la notion de milliers ont toujours, dans le Livre de l’Apocalypse, une signification symbolique, comme la plupart des autres chiffres qui y sont employés.

       L’interprétation du règne de « mille années » est donc à rechercher dans ce sens d’une multitude d’années, quasiment innombrables…

       Quel est son contenu, à quelle réalité renvoie-t-il ? Notons ce qui est dit de lui :

  • « Le Dragon, l’antique Serpent, le Diable, Satan » est « maîtrisé », « enchaîné », toujours bien vivant, mais ‘impuissant’ dans le cœur et la vie de celles et ceux qui s’en remettent, instant après instant, au Christ Vainqueur, Celui qui « s’appelle Fidèle et Vrai » (Ap 19,11), et qui ne peut donc que dire la vérité lorsqu’il déclare juste avant sa Passion et sa Résurrection : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi ». Et la note de la Bible de Jérusalem précise : « Satan dominait le monde (1Jn 5,19) ; la mort de Jésus affranchit les hommes de sa tyrannie ». Et encore : « En lui », Jésus, le Fils, « était la Vie, et la Vie était la Lumière des hommes, et la Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie »… Et il déclare : « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. » « Je Suis la Lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la Lumière de la Vie » (Jn 1,4-5 ; 12,46 ; 8,12).

 Croix Alain Dumas

      Nous retrouvons ainsi cette Promesse de Jésus faite à Pierre : « Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle » (Mt 16,18).

  • « Puis je vis des trônes sur lesquels ils s’assirent et on leur remit le jugement » ; St Jean ne précise pas de qui il s’agit. On peut penser à cette Parole de Jésus adressée aux Apôtres peu avant sa Passion, et à travers eux à la communauté tout entière des croyants : « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 22,28-30). Et en Ap 3,21 le Christ ressuscité, en s’adressant « au vainqueur », c’est-à-dire à celui qui lui a remis sa confiance et sa foi, déclare : « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône » (Ap 3,21). foule 2Nous aurions donc ici « les 144.000 », la multitude des « rachetés », qui œuvrent avec Dieu au salut du monde puisque, pour Dieu, « juger » c’est « sauver » (Jn 3,16-18 ; 5,22-30 ; 8,1-12). « Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre » disait Ste Thérèse de Lieux. Et St Jean poursuit : je vis « aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d’adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main (remarquer la similitude d’expression avec « le sceau », « le Nom sur le front » du baptême chrétien : dans son désir de prendre sa place, la Bête ‘singe’ Dieu, mais elle, ce n’est pas un ‘plus’ qu’elle propose, même si elle veut, bien sûr, nous faire croire le contraire, mais un ‘moins’, un ‘vide’, un ‘manque’, une ‘privation’ de la seule Plénitude qui peut nous combler, celle qui vient de Dieu, celle pour laquelle nous avons tous été créés) ; ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. » Et la Bible de Jérusalem d’écrire en note : « Cette « résurrection » des martyrs est symbolique : c’est le renouveau de l’Eglise après la fin de la persécution romaine » qui s’achèvera avec la conversion de l’Empereur Constantin en 312, « renouveau de même durée que la captivité du Dragon. Les martyrs qui attendent sous l’autel (6,9-11) sont dès maintenant heureux avec le Christ (cf. Lc 23,43 ; 1Th 4,14 ; Sg 3,1-9). Le « règne de mille ans » est donc la phase terrestre du Règne de Dieu, de la chute de Rome à la venue du Christ » au dernier jour du monde.

croix dans le ciel

       St Jean vient donc d’évoquer les martyrs et tous ceux qui ont « refusé d’adorer la Bête et son image » : ce sont les chrétiens qui ont répondu, et qui répondent chaque jour, à l’appel de Jésus : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15). Pécheurs, ils recommencent et recommencent encore à suivre Jésus, jour après jour, de nouveau départ en nouveau départ, en s’appuyant sur la Miséricorde de Dieu qui ne fera jamais défaut… « Si nous sommes infidèles, Dieu, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même » (2Tm 2,13). En effet, « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), Il n’Est qu’Amour, désirant, recherchant, poursuivant instant après instant le seul bien de tous les hommes qu’il aime… En nous créant « esprit » (1Th 5,23) « à son image » (Gn 1,26-27), Lui qui Est « Esprit » (Jn 4,24), il s’est déjà donné Lui-même tout entier pour que nous surgissions dans l’existence, et il ne cesse de le faire pour nous y maintenir : « S’il tournait vers Lui son cœur, s’il concentrait en lui son souffle et son haleine, toute chair expirerait à la fois et l’homme retournerait à la poussière » (Job 34,14-15). De plus, Il est le premier à mettre en pratique pour nous ce qu’il nous invite à faire pour Lui : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force » (Mc 12,30). Et c’est bien ce qu’il déclare en Jérémie. Son peuple l’a abandonné ? Ils sont partis de tous côtés, loin de sa Maison ? « Moi, je vais les rassembler de tous les pays » où ils se sont dispersés par suite de leurs fautes ; « en ce lieu je les ramènerai et les ferai demeurer en sécurité. Alors Visage de Jésusils seront mon peuple et moi, je serai leur Dieu. Je leur donnerai un seul cœur et une seule manière d’agir, de façon qu’ils me craignent toujours, pour leur bien et celui de leurs enfants après eux. Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien et je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu’ils ne s’écartent plus de moi. Je trouverai ma joie à leur faire du bien et je les planterai solidement en ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme » (Jr 32,37-42). Or, « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux), une phrase à prendre pour Dieu au pied de la lettre, comme nous le voyons dans le contexte éternel des relations entre le Père et le Fils : « Le Père aime le Fils et il a tout donné dans sa main » (Jn 3,35), tout, tout ce qu’Il Est, tout ce qu’Il a. « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15). « Tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17,10). Et cela tout simplement parce que le Père est éternellement Amour, et donc éternellement Don de Lui-même… Or, il en est de même pour nous tous : telle est la Présence qui, instant après instant, s’offre à notre foi, non pas parce que nous le méritons, nous sommes pécheurs, mais parce qu’Il Est ce qu’Il Est : Amour, et donc Don de Lui‑même, de tout ce qu’Il Est… « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu Est Lumière » (1Jn 1,5), Dieu Est Vie (Jn 1,4)… Ce Don de l’Esprit qui est Lumière et Vie ne cesse de frapper à la porte de nos cœurs (Ap 3,20), car il ne cesse de rayonner de ce Dieu qui Est « Soleil, qui donne la grâce, qui donne la gloire » (Ps 84(83),12). Tel est le Mystère que le Fils, le Verbe fait chair, est venu révéler aux hommes pécheurs… Qu’ils l’écoutent de tout cœur, qu’ils lui ouvrent leur cœur, et aussitôt cette réalité de Lumière et de Vie éternellement donnée par Dieu triomphera en eux de leurs ténèbres et de leur mort : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts », les morts spirituels, les pécheurs que nous sommes tous, « entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement parce qu’il est Fils d’homme » (Jn 5,25‑27). Et exercer le jugement, pour Dieu, c’est donner la Vie aux pécheurs qui en étaient privés par suite de leurs fautes (Rm 6,23). Toute la Mission du Fils consiste donc à proposer à notre foi ce qu’il reçoit du Père de toute éternité : cette Plénitude de l’Esprit qui est Vie et qui le constitue en « vrai Dieu né du vrai Dieu »… « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (St Irénée), et cela selon sa condition de créature… Christ souriant« Je suis venu pour qu’on ait la Vie et qu’on l’ait en surabondance… Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 10,10 ; 17,1-2 ; 6,47). Et le Père a donné au Fils le monde entier à sauver (Jn 3,16‑18 ; 4,42)… Quiconque croit, quiconque se repent de tout cœur, quiconque « produit un fruit qui exprime sa conversion » (Mt 3,8), ne peut que recevoir de celui qui est venu « baptiser dans l’Esprit Saint et le Feu » (Mt 3,11), ce Don de l’Esprit qui est Lumière et Vie. Tel est le grand Don qui jaillit éternellement du Dieu Amour et Don de Lui-même, un Don accueilli au Baptême, à la Confirmation, et renouvelé ensuite dans la célébration de tous les sacrements : Réconciliation, Eucharistie, Sacrement des malades, etc…

       Par ce Baptême, le disciple de Jésus devient prêtre, prophète et roi à l’image du Fils Prêtre, Prophète et Roi. En effet, tout ce qu’Est le Fils, il le doit au Don que le Père lui fait de Lui-même, Don de la Lumière qui règne sur les ténèbres (Jn 1,5), Don de l’Amour qui règne sur la haine (Lc 22,34), Don de la Vie qui règne sur la mort (Jn 5,26 ; 6,57 ; Rm 8,11). Autrement dit, le Fils est Roi non pas par Lui-même, mais par le Don qu’il reçoit de son Père de toute éternité (cf. 1Co 15,28). Et il en est de même pour sa dimension de Prêtre et de Prophète… Recevant par sa foi au Fils d’avoir part lui aussi à ce Don que le Fils reçoit du Père de toute éternité, le chrétien devient lui aussi, par ce Don même qu’il reçoit, Prêtre, Prophète et Roi. Il ne le doit pas à lui-même, à ses qualités, à ses mérites… Il le doit au « Don 6de Dieu » (Jn 4,10-14 ; 7,37-39), fruit de son Amour gratuit, cet Esprit qui vient du Père et qui unit dans un même Mystère de Communion la terre et le Ciel, cet Esprit qui inspire des Paroles d’Amour et de Paix, cet Esprit qui règne sur le mal, ce dernier n’ayant sur lui aucun pouvoir (Jn 14,30). C’est ainsi que les chrétiens, jusqu’à la fin des temps, une ‘durée’ évoquée ici avec l’image des « mille années », « seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui il règneront mille années », et cela dans « l’unité d’un même Esprit » (Ap 20,6 ; Ep 4,3). Car « Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre, nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang », c’est-à-dire par l’Esprit qui est Vie et Vivifie, par ce même Esprit « Eau Vive », Eau Pure qui purifie… Par ce Don de l’Esprit, « il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père : à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles » (Ap 1,5-6).

       Telle est « la première résurrection », accueillie par la foi, où il est déjà donné dès maintenant de vivre « quelque chose » qui est de l’ordre même de « la Vie éternelle » (Jn 6,47), de la Paix éternelle (Jn 14,27), de la Lumière éternelle (Jn 12,46 ; 1Jn 2,8). Cette réalité spirituelle accueillie par la foi et vécue dans la foi constitue dès ici-bas les fondements intérieurs (Mt 7,24‑27) du seul vrai Bonheur… Et ils sont inébranlables car, indépendamment de nous, Dieu Est toujours ce qu’Il Est : Amour, Eternel Don de Lui-même, de sa Paix, de sa Lumière, de sa Vie… Et cette réalité demeure ‘stable’ au plus profond de nous-mêmes, fusse au milieu des pires tempêtes de la vie. « Je m’arrange, même au milieu de la tempête, de Theresefaçon à me conserver bien en paix au dedans… Si mon âme n’était pas toute remplie d’avance par l’abandon à la volonté du bon Dieu, s’il fallait qu’elle se laisse submerger par les sentiments de joie ou de tristesse qui se succèdent si vite sur la terre, ce serait un flot de douleur bien amer, et je ne pourrais le supporter. Mais ces alternatives ne touchent que la surface de mon âme… Ah ! Ce sont pourtant de grandes épreuves… (Mais) mon cœur est plein de la volonté du bon Dieu ; aussi, quand on verse quelque chose par-dessus, cela ne pénètre pas à l’intérieur ; c’est un rien qui glisse facilement, comme l’huile qui ne peut se mélanger avec l’eau. Je reste toujours au fond dans une paix profonde que rien ne peut troubler » (Ste Thérèse de Lisieux).

       « Heureux » donc qui, avec l’aide de Dieu, se détourne de tout cœur de tout ce qui Lui est contraire, pour se laisser combler (Ga 5,22 ; 1Th 1,6) et sanctifier (2Th 2,13) par ce Don de l’Esprit Saint : « il participe à la première résurrection ! La seconde mort, » la mort spirituelle et éternelle, la privation de la Plénitude divine de Lumière et de Vie, « n’a pas de pouvoir sur lui » car il s’est justement ouvert par sa foi à ce cadeau de Lumière et de Vie qui se propose de régner dans nos cœurs et cela dès maintenant sur la terre ! « La Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5).

Saint Jean

       St Paul évoque aussi dans sa Lettre aux Ephésiens cette « première résurrection » qui renvoie en fait à notre vie de foi ici-bas : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés! -, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ep 2,4-10). C’est à ce cadeau de la grâce de l’Esprit qui vivifie que nous acquiesçons par le « Oui ! » de notre foi, ce « Oui ! » qui est par excellence celui donné au jour de notre Baptême, de notre Confirmation, ou de la (re)découverte plus tard de ces trésors offerts à la foi : « Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés », une mort qui est « une mort au péché »… Mourir au péché est donc un Don de Dieu… « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle… Si donc nous sommes morts » au péché « avec le Christ, nous croyons que nous vivons aussi avec lui » (Noter le présent). « Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu. Considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rm 6,1-11).

resurrection2

       Cette réalité de foi apparaît aussi dans les Paroles de Jésus à Marthe : « Je Suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra absolument jamais pour toujours (Triple négation !). Crois-tu cela ? » (Jn 11,26). En effet, « celui qui croit (en moi) a la vie éternelle », dans le présent de sa foi (Jn 6,47)… Comment donc pourrait-il mourir puisqu’il est déjà habité par une réalité éternelle et indestructible ? Ce qu’il a commencé à vivre dès ici‑bas dans la foi ne pourra que s’épanouir en Plénitude par-delà la mort… Ste Thérèse de Lisieux - Lourdes« Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » disait Ste Thérèse de Lisieux, elle qui avait reconnu cette Présence spirituelle qui s’offre dès maintenant, jour après jour, à notre foi : « « La vie est bien mystérieuse. Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, et pourtant, Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l’œil de l’homme n’a pas vu. Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensée pour exprimer un « je ne sais quoi » que nous sentons dans notre âme ». « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai ! mais pour être avec lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre ».

Statue de Ste Thérèse de Lisieux, esplanade de Lourdes

       Par contre, celui qui refuse de croire, de consentir à la vérité – vérité de sa misère, vérité de la Miséricorde de Dieu -, celui qui refuse de faire preuve tout simplement de bonne volonté en restant dans l’injustice, le mensonge et l’hypocrisie (Mt 6,2.5.16 ; 15,7 ; 22,18 ; 23,13.15.23.25.27.29 ; 24,51), celui-là ne peut pas recevoir ce « je ne sais quoi » qui vient de Dieu, et qui est déjà, dans la foi, Lumière et Vie… « Les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années » (Ap 20,5).

       Mais l’expression « pas… avant l’achèvement des milles années » ouvre un espoir… En effet, que se passera-t-il donc après ? Jésus déclare en St Jean, à propos cette fois des morts à cette vie terrestre : « N’en soyez pas étonnés, car elle vient l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l’Homme, et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement » (Jn 5,28-29). Nous venons de le voir avec Ep 2,4-10 et l’expression de St Paul, « pratiquer des bonnes œuvres », « faire le bien », comme dit ici St Jean, est un Don de Dieu car « hors de moi, vous ne pouvez rien faire, » nous dit Jésus (Jn 15,5). La bonne volonté demande certes à être éclairée par la foi, mais elle suffit, en s’ouvrant à la justice, à la vérité, au respect de l’autre, dans la recherche de son bien, à s’ouvrir à Dieu qui Est en Plénitude Justice, Vérité, Respect de l’Autre, Recherche du Bien de tous… Cette bonne volonté de cœur – encore mieux si elle s’accompagne d’une démarche de foi consciente – s’ouvre ainsi au Don de Dieu : l’Esprit d’Amour, de Lumière et de Vie, une Force donnée pour aimer et accomplir ainsi des « bonnes œuvres »… Celui qui est dans cette démarche accueille donc déjà en son cœur un Don de l’ordre de la Vie éternelle… Lors du passage par la mort de la terre au ciel, cette dynamique ne pourra que se poursuivre dans « une résurrection de Vie »… C’était « la première résurrection » vue précédemment…

Amour, pardon, réconciliation

       Mais « ceux qui auront fait le mal » sortiront des tombeaux, écrit St Jean, et cela « pour une résurrection de jugement »… La Résurrection est donc pour tous… Or, nous l’avons déjà vu, « juger », pour Dieu, c’est « sauver » (Jn 3,16‑18 ; 5,22-30 ; 8,1-12). Souvenons-nous des Paroles de Jésus à cette femme surprise en flagrant délit d’adultère : « « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus », car « le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repenstoi et croie à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15), Bonne Nouvelle d’un Dieu qui n’est qu’Amour et qui ne cherche, ne poursuis que ton Bien… Bien en accord avec notre expression du Livre de l’Apocalypse, « pas… avant l’achèvement des milles années », qui suggère une possibilité de fin heureuse pour celles et ceux qui ne se seraient pas repentis pendant cette vie sur terre, la notion de « résurrection de jugement » en St Jean la prolonge et la précise en ouvrant une porte d’Espérance. Dieu proposera une nouvelle fois à la liberté de ses enfants la surabondance de son Amour et de sa Miséricorde, pour leur plus grand bien, pour leur Bonheur et leur Plénitude éternelle, pour leur Sainteté qui sera, à nouveau, le Fruit du Don de « l’Esprit qui sanctifie »…

       La suite du Livre de l’Apocalypse évoque un Satan « relâché de sa prison », « séduisant les nations des quatre coins de la terre » par « la séduction du péché » (Hb 3,13). A l’universalité de la perspective, doublement évoqué par le pluriel « les nations » et le chiffre quatre (les quatre points cardinaux), se joint l’énormité de la menace, « rassemblés pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer », à tel point qu’ils sont capables de monter « sur toute l’étendue du pays » et là « ils investirent le camp des saints, la Cité Bien-aimée », « P1120145figure de toute l’Eglise » comme l’indique en note la Bible de Jérusalem. Humainement parlant, tout semble dit : la victoire de ces forces du mal ne semblent faire aucun doute… Mais la promesse faite autrefois à Pierre demeure jusqu’à la fin des temps :
«  Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle » (Mt 16,18). Alors que tout semble perdu, « un feu descendit du ciel et les dévora »… Ce feu est celui de l’Esprit Saint (Mt 3,12 où la Bible de Jérusalem donne en note : « Le feu, moyen de purification moins matériel et plus efficace que l’eau, symbolise déjà dans l’Ancien Testament (Is 1,25 ; Za 13,9 ; Ml 3,2-3 ; Si 2,5), l’intervention souveraine de Dieu et de son Esprit purifiant les consciences ».

       Et la victoire de Dieu est ici totale : « Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles » et cela aussi longtemps que durera leur « non ! ». La Lumière de l’Esprit est Vie, Douceur et Paix pour quiconque y consent. Et cette même Lumière est « grincement de dents » (Mt 8,12 ; 13,42.50 ; 22,13 ; 24,51 ; 25,30), « charbons ardents » (Rm 12,20) pour quiconque la refuse et demeure ainsi dans les « supplices » intérieurs de la jalousie et de l’orgueil (Rm 2,9)…

       La perspective se termine sur celle du jugement final… Le Trône est « blanc », symbole, dans le Livre de l’Apocalypse, de cette nature divine (Ap 1,14 ; 6,2 ; 19,11.14 ; 14,14) que Dieu veut communiquer à tout homme (Ap  2,17 ; 3,4.5.18 ; 4,4 ; 6,11 ; 2P 1,4). Il est « très grand », à la mesure sans mesure de Dieu Lui-même et de son projet d’y faire « asseoir » la multitude innombrable de ses créatures (Ap 3,21). Comme en Ap 4,2, avec « siégeant sur le Trône, Quelqu’un », St Jean ne le nomme pas directement et l’évoque par l’expression « Celui qui siège dessus »… Et nous avons vu que l’Agneau Immolé est Lui aussi « au milieu de ce trône et des quatre vivants » (Ap 5,6 littéral), à la place centrale de Dieu Lui-même, une nouvelle façon d’affirmer indirectement le Mystère de sa divinité…

jésus enseignant 2

       « Le ciel et la terre s’enfuirent de devant sa face sans laisser de traces ». Nous sommes donc au dernier jour du monde… « Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le Trône ». Notons leur position : ils sont « devant » le Trône, et non pas « assis » sur lui. Or cet accueil de Dieu ‘sur son Trône’ commence dès la mort pour les pécheurs qui se confient en sa Miséricorde infinie : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23,43 ; cf. Ap 4,9-10 ; 6,9-11 ; 7,9‑17). « Les morts, grands et petits » qui apparaissent ici, sont donc plutôt ceux évoqués précédemment, « ces autres morts », qui « ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années », autrement dit les pécheurs qui, sur terre, ont refusé de se repentir… Chacun est alors « jugé selon ses œuvres », évoquées ici par l’expression « on ouvrit des livres », les livres des vies de chacun… « Les premiers livres ouverts contiennent inscrites les actions bonnes ou mauvaises des hommes » (Bible de Jérusalem). « Puis (on ouvrit) un autre livre, celui de la vie » ; « le livre de vie (3,5) contient le nom des prédestinés (3,5 ; 17,8 ; 20,12.15 ; 21,27 ; cf Ph 4,3 ; Ac 13,48) » (Bible de Jérusalem) c’est-à-dire les nomes de tous les hommes de tous les temps puisque « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4).

je suis la vraie vigne

       Ces pécheurs qui, sur terre ont refusé de se repentir, sont donc « jugés selon leurs œuvres »… Mais souvenons-nous que Dieu ne juge pas au sens de condamner… Son jugement est certes selon la Vérité, mais il est Celui de la Miséricorde, de l’Amour éternel, de la Bonté, qui ne recherche et ne poursuit que le Bien de ses créatures, et cela inlassablement… Si la bonne volonté est au rendez-vous, alors chacun sera « jugé » en vérité « selon ses œuvres », de telle sorte que « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20), triomphant finalement de tout mal et de toutes ses conséquences…

       « Alors, la Mort et l’Hadés », le séjour des morts, « furent jetés dans l’étang de feu »… Eux disparaissent totalement… Il ne reste plus que la Vie, le Triomphe de la Vie, enfin réalisé pour le Bien éternel de celles et ceux qui auront accepté qu’il en soit ainsi…

       « Et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de vie, on, le jeta dans l’étang de feu »… Nous avons noté le singulier « celui »… Existe-t-il, puisque Dieu a tout créé pour la vie ? « Ne recherchez pas la mort par les égarements de votre vie et n’attirez pas sur vous la ruine par les œuvres de vos mains. Car Dieu n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Il a tout créé pour l’être ; les générations dans le monde sont salutaires, en elles il n’est aucun poison destructeur, et l’Hadès ne règne pas sur la terre ; car la justice est immortelle » (Sg 1,12-15). Et la Bible de Jérusalem donne en note : « Dieu, « Celui qui Est » (Ex 3,14), a créé toutes choses pour qu’elles « soient », pour qu’elles aient une vie réelle, solide, durable ». Toutes ses créatures, sans aucune exception, sont donc « inscrites au livre de vie »… « Oui, Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature », une expression qui sous-entend une participation à « sa propre nature », et la « nature divine » est éternelle… Nous le retrouvons dans le simple fait que « Dieu qui Est Esprit » (Jn 4,24) a créé l’homme « esprit » (1Th 5,23) en « insufflant » en lui « une haleine de vie » (Gn 2,4b-7), le souffle de Dieu, dans la Bible, renvoyant à l’Esprit Saint : « Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le Souffle au peuple qui l’habite, et l’Esprit à ceux qui la parcourent » (Is 42,5). « C’est l’Esprit de Dieu qui m’a fait, le Souffle de Shaddaï qui m’anime » (Job 33,4). « Baptême de Jésus (2)Prophétise donc à l’Esprit, prophétise, fils d’homme. Tu diras à l’Esprit : ainsi parle le Seigneur Dieu. Viens des quatre vents, Esprit, souffle sur ces morts, et qu’ils vivent » (Ez 37,9). « Le vent (pneuma, en grec) souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit (pneuma) » (Jn 3,8). Tout homme, par le simple fait qu’il existe, qu’il a été créé, participe donc de par sa nature humaine à la nature divine qui est Esprit… Il est donc, par nature, immortel… « L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc. ” Humani generis “, 1950 : DS 3896) – elle n’est pas « produite » par les parents – ; elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513 : DS 1440) : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale » (Catéchisme Eglise Catholique & 366).

       Et maintenant, pour que sa vie soit pleine, heureuse, comblée, Dieu, dans le respect infini de sa liberté, l’appelle inlassablement sa créature faire le choix de l’Amour… « Tu fais Miséricorde à tous, parce que tu peux tout, tu fermes les yeux sur les péchés des hommes, pour qu’ils se repentent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ? En réalité, tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie ! Car ton Esprit incorruptible est en toutes choses ! Aussi est-ce peu à peu que tu reprends ceux qui tombent ; tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pèchent, pour que, s’étant débarrassés du mal, ils croient en toi, Seigneur » (Sg 11,23-12,2), et pour qu’en croyant, ils reçoivent de toi de pouvoir participer à la Plénitude de ta Vie éternelle. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 6,47).

la transfiguration 4

       Oui, « voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6)…

                                                                                                                      D. Jacques Fournier

AP – SI – Fiche 34 – Ap 20 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document PDF de cet article, pour lecture ou impression.




« La victoire du Christ, le Verbe de Dieu » (Ap 19,11-21)

Toutes les illustrations de cet article ont été prises dans la crypte de la Cathédrale d’Auxerre où l’on peut voir cette magnifique fresque du Christ à cheval, peinte à la fin du 11e siècle ou au début du 12e siècle sous l’évêque Humbaud. Le grand Christ en majesté est d’inspiration byzantine. Il est nimbé, porte le sceptre et est vêtu d’un manteau blanc et d’une tunique rouge. Une telle représentation comme cavalier sur un cheval blanc est unique. Le Christ est flanqué de quatre anges cavaliers, figurant les armées du ciel. La scène illustre le triomphe du Christ selon le chapitre 19 de l’Apocalypse de saint Jean (Photos J. Fournier ; cf. http://www.bourgogneromane.com/edifices/auxerreCat.htm). 

 

Auxerre a

Crypte d’Auxerre, déambulatoire

            Ap 19,11-21 : Alors je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc ; celui qui le monte s’appelle Fidèle et Vrai , il juge et fait la guerre avec justice. (12) Ses yeux ? Une flamme ardente ; sur sa tête, plusieurs diadèmes ; inscrit sur lui, un nom qu’il est seul à connaître ; (13) le manteau qui l’enveloppe est trempé de sang ; et son nom ? Le Verbe de Dieu. (14) Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de lin d’une blancheur parfaite. (15) De sa bouche sort une épée acérée pour en frapper les païens ; c’est lui qui les mènera avec un sceptre de fer ; c’est lui qui foule dans la cuve le vin de l’ardente colère de Dieu, le Maître-de-tout. (16) Un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

 (17)    Puis je vis un Ange, debout sur le soleil, crier d’une voix puissante à tous les oiseaux qui volent au zénith : Venez, ralliez le grand festin de Dieu ! (18) Vous y avalerez chairs de rois, et chairs de grands capitaines, et chairs de héros, et chairs de chevaux avec leurs cavaliers, et chairs de toutes gens, libres et esclaves, petits et grands !

 (19)    Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs armées rassemblés pour engager le combat contre le Cavalier et son armée. (20) Mais la Bête fut capturée, avec le faux prophète – celui qui accomplit au service de la Bête des prodiges par lesquels il fourvoyait les gens ayant reçu la marque de la Bête et les adorateurs de son image -, on les jeta tous deux, vivants, dans l’étang de feu, de soufre embrasé. (21) Tout le reste fut exterminé par l’épée du Cavalier, qui sort de sa bouche, et tous les oiseaux se repurent de leurs chairs.

 

Auxerre cAuxerre b

Auxerre d

Auxerre e

 

 

            La vision de Jean se poursuit. « Et voici un cheval blanc »… Nous l’avions déjà rencontré en Ap 6,1-8, premier de quatre chevaux : « Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval blanc ; celui qui le montait tenait un arc (symbole de jugement) ; on lui donna une couronne et il partit en vainqueur, et pour vaincre encore ». C’est ainsi que St Jean présentait déjà le Jugement du Roi : condamnation du mal, mais salut offert aux pécheurs. En effet, si « le Prince de ce monde est jeté dehors » (Jn 12,31), les pécheurs qui acceptent de se repentir et de renoncer au mal sont saisis par Dieu qui les « arrache à l’empire des ténèbres et les transfère dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé, en qui nous avons la Rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,12-14 ; Ac 26,17-18). L’Amour et la Miséricorde de Dieu se révèlent alors victorieux de tout mal : « et il partit en vainqueur et pour vaincre encore »… Suivent en les chevaux de la guerre, de la famine et de la mort, tous vaincus (Ap 6,3-8). Cette même victoire contre toute forme de mal continue ici à se mettre en œuvre : « il juge et fait la guerre avec justice »…

Auxerre g

Auxerre h      Auxerre i

 

            Et qui est-il ? Il s’appelle « Fidèle »… Au tout début du Livre de l’Apocalypse, St Jean nous avait présenté « Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre. Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père : à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen » (Ap 1,5-6). C’est bien Lui, « le Verbe de Dieu » (Ap 19,13 ; Jn 1,1.14 ; 1Jn 1,1), « le Fils Unique » (Jn 1,14.18 ; 3,16.18) qui est venu parmi les hommes leur transmettre la Parole du Père (Jn 3,34 ; 7,16-17 ; 8,26.28.40 ; 12,49-50 ; 14,10.24 ; 15,15 ; 17,7-8). Il est « le Prince des Rois de la terre » qui porte « sur sa tête plusieurs diadèmes » (Ap 19,12), « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (19,16), lui qui mène les nations avec « un sceptre de fer » (19,15), la Toute Puissance de l’Esprit de Vérité, de Douceur et d’Amour… « Il s’appelle Fidèle et Vrai », « le Témoin fidèle et vrai » (Ap 3,14), « le Saint, le Vrai » (Ap 3,7), celui qui dit toujours « la vérité qu’il a entendue de Dieu » son Père (Jn 8,40 ;18,37).

 Auxerre j           Est « inscrit sur lui un nom qu’il est seul à connaître », et l’on se souvient que dans la Bible, le nom vise le Mystère de la personne qui le porte… Ici, il ne s’agit rien de moins que du Mystère de Dieu, Jésus étant tout à la fois vrai Dieu et vrai homme… « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1). « Il était de condition divine » (Ph 2,6), et ressuscité, il a reçu du Père « le Nom qui est au dessus de tout nom », le Nom de Dieu Lui-même (Ph 2,9)… Tel est le Mystère du Fils qui, de toute éternité, se reçoit du Père : « Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, il est de même nature que le Père » (Crédo)… Si le Père est Dieu, lui aussi est Dieu : « en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité » (Col 2,9). Si, dans le buisson ardent, Dieu révèle son nom à Moïse et lui dit « Je Suis » (Ex 3,14), Jésus peut dire lui aussi de lui-même : « Je Suis ». « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, Je Suis » (Jn 8,58.28.24)… Et « il est seul à connaître » pleinement ce Nom car « qui donc entre les hommes sait ce qui concerne l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu » (1Co 10,11), cet Esprit qu’en tant que vrai Dieu il reçoit de son Père en Plénitude de toute éternité… Mais le Fils est venu nous partager son Mystère. Il est venu nous offrir son Esprit de Fils pour que nous devenions à notre tour des fils et des filles de Dieu à son image et ressemblance (Rm 8,9 ; Ga 4,6 ; Rm 8,15-17) ; 8,29-30 ; 1Co 15,49 ; 2Co 3,18). Et nul ne peut connaître ce « nom nouveau » hormis celui ou celle qui le reçoit par sa foi au Fils : « Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit » (Ap 2,17). 

Auxerre k« Le manteau qui l’enveloppe est trempé de sang », une allusion à cette Passion qu’il a vécue pour chacun d’entre nous, versant son sang, donnant sa vie pour que nous, pécheurs, nous puissions recevoir sa vie éternelle en surabondance… « C’est lui », en effet, « qui foule dans la cuve le vin de l’ardente colère de Dieu » (Ap 19,16). Et l’on se souvient que, dans la Bible, la notion de « colère de Dieu » décrit les conséquences du péché des hommes, de leur résistance à Dieu, de leur refus de croire, d’obéir à Celui qui ne désire que les combler de sa Vie : « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui résiste au Fils ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jn 3,36). Et le Christ est celui qui, par amour, a voulu prendre sur lui toute cette « colère » (Is 53,4-6 et 11-12 ; 2Co 5,21 ; 1P 2,21-25) pour nous en délivrer. Il est « celui qui nous délivre de la colère qui vient » (1Th 1,10), c’est-à-dire des ténèbres et de la mort… 

                    Anges cavaliers…

Auxerre m            « Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs », eux aussi, car les Anges et les saints, les pécheurs sauvés, participent, à leur mesure de créature, à « la nature divine » (2P 1,1-4) que symbolise le blanc dans le Livre de l’Apocalypse (cf. Ap 1,14 ; 6,2 ; 14,14 ; 19,11 ; 20,11 ; et donc, de par la volonté et l’agir de Dieu en son Fils Jésus Christ : Ap 7,13-17 ; 2,17 ; 3,4‑5.18 ; 4,4 ; 6,11 ; 7,9 ; 19,6-8). « Ils sont vêtus de lin d’une blancheur parfaite », conséquence du don de cette « nature divine », l’Esprit de Dieu (Jn 4,24), qui leur a permis d’accomplir de bonnes actions. Auxerre n« On lui a donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante» – le lin, c’est en effet les bonnes actions des saints » (Ap 19,8). En effet, « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau » (Ap 7,10), « c’est par grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2,5), « c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu » (Ep 2,8). Et ce Don de Dieu, c’est l’Esprit Saint offert gratuitement aux pécheurs pour les purifier, les arracher aux ténèbres, les fortifier, les vivifier (Jn 4,10 avec 7,37-39 et Ap 21,6 ; 22,17 ; 1Th 4,8)… Le fruit de l’Esprit reçu avec foi et dans la foi est ensuite « amour, joie, paix… » (Ga 5,22-23), « bonté, justice et vérité » (Ep 5,9)… Telles sont « les bonnes actions » que peuvent accomplir les pécheurs pardonnés grâce au Don de l’Esprit qu’ils ont reçu de la Miséricorde de Dieu (Ac 2,37‑39). Car « en dehors de moi », dit Jésus, en dehors de ce mystère de communion avec moi dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,1-4 ; 1Jn 1,1‑4 ; 1Co 1,9 ; 6,17 ; 1Th 5,9-10), « vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5)… 

Auxerre o

          « De sa bouche sort une épée acérée pour en frapper les païens », la Parole de Dieu, « plus tranchante qu’un glaive à deux tranchants » (Hb 4,12). Cette « Parole de Dieu est Vivante » par l’Esprit qui se joint toujours à elle (Jn 3,34 ; 15,26 ; 1Jn 5,5-13). Accueillant de tout cœur la Parole de Jésus et donc avec elle l’Esprit de Lumière et de Vie, Pierre pouvait dire à Jésus : « Tu as les Paroles de la Vie éternelle » (Jn 6,68). Et la Vie de Dieu remporte la victoire sur la mort, conséquence de nos péchés (Rm 6,23 avec 5,12 et 5,20), « et la Lumière de Dieu brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,4-5). Si nous reprenons « l’homme plein de lèpre » de l’Evangile (Lc 5,12s) qui représente l’humanité touchée par la maladie mortelle du péché, Jésus le « frappa » de sa Parole : « Je le veux, sois purifié ». « Aussitôt la lèpre le quitta »… Reste l’homme, pleinement homme, délivré de tout ce qui pouvait l’abîmer, le blesser, le tuer… 

salut de dieu            Suit « un rassemblement plutôt insolite pour « le grand festin de Dieu » (Ap 19,17-18), repas auquel sont convoqués « tous les oiseaux qui volent en plein ciel ». Repas insolite, en effet, et guère édifiant à première vue, puisqu’on y mange « la chair des rois » et de leurs acolytes. La scène revêt toutefois un sens symbolique, qu’on doit comprendre à la lumière d’un texte d’Ezéchiel (Ez 39,17-20 : Ez 39,17-20 : « Et toi, fils d’homme, ainsi parle le Seigneur Dieu. Dis aux oiseaux de toute espèce et à toutes les bêtes sauvages : Rassemblez-vous, venez, réunissez-vous de partout alentour pour le sacrifice que je vous offre, un grand sacrifice sur les montagnes d’Israël, et vous mangerez de la chair et vous boirez du sang. Vous mangerez la chair des héros, vous boirez le sang des princes de la terre. Ce sont tous des béliers, des agneaux, des boucs, des taureaux gras du Bashân. Vous mangerez de la graisse jusqu’à satiété et vous boirez du sang jusqu’à l’ivresse, en ce sacrifice que je vous offre. Vous vous rassasierez à ma table, de chevaux et de coursiers, de héros et de tout homme de guerre, oracle du Seigneur Dieu. »), selon lequel « la chair des héros », représentée par la figure mythique du Prince de Gog, est offerte en pâture aux oiseaux de proie et aux animaux sauvages » (PRÈVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse » p. 152)… « Figure mythique », car, écrit en note la Bible de Jérusalem, « il semble vain de chercher à l’identifier. Empruntant peut-être des traits à plusieurs personnages contemporains, il est présenté comme le type du conquérant barbare », source d’épreuves pour Israël… St Jean reprend donc ce texte d’Ezéchiel et l’applique au contexte de la persécution romaine pour annoncer une fois de plus la victoire prochaine de Dieu… Et c’est bien ce qu’il explique juste après (Ap 19,19-21) avec l’image de la Bête qui, en Ap 13, renvoyait déjà à « l’empire romain qui représente toutes les forces dressées contre le Christ et l’Eglise en s’arrogeant des pouvoirs divins » (Note Bible de Jérusalem). Et comme en Ap 16,13s, « le faux prophète » symbolise tous « les faiseurs de prodiges » qui, par leurs signes mensongers, égarent non seulement tous ceux et celles qui « portent la marque de la Bête et adorent son image », mais aussi, « s’il était possible, même les élus » (Mt 24,23-25). Mais tout ce mal est « exterminé par l’épée du Cavalier », la Parole de Dieu « qui sort de la bouche » de Jésus. Comme nous l’avons vu précédemment, Dieu remporte avec elle et par elle la victoire sur le mal en sauvant tous ceux et celles qui faisaient le mal… Mais pour cela, il faut qu’ils se repentent de tout cœur pour recevoir le pardon de Dieu toujours offert. Alors, avec le Christ et grâce au Christ, ils pourront repartir sur des chemins nouveaux où ils trouveront enfin la vraie Paix, la vraie Vie, la vraie Joie.

                                                                                                                       D. Jacques Fournier

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AP – SI – Fiche 31 – Ap 19,11-21  : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.