Le miracle des Noces de Cana (Jn 2,1-12)

A l’invitation de Marie, Jésus va accomplir son premier signe en St Jean à Cana, en Galilée, à l’occasion de Noces: il va changer plus de sept cent litres d’eau en vin. Ce signe est “le signe des signes” au sens où il n’est rien de moins que le signe de l’Alliance Nouvelle et éternelle que le Christ est venu instaurer pour tous les hommes, gratuitement, par amour. Dans cette Alliance, Dieu se révèle comme Celui qui donne le vin, ici symbole de l’Esprit Saint, en surabondance, pour sceller l’union entre Lui et les hommes dans la Communion d’un même Esprit. Si nous acceptons de nous laisser remplir, de nous laisser combler, notre vocation à tous s’accomplira, et nous expérimenterons, enfin, “quelque chose”, dès ici-bas, du vrai bonheur… Souvenons du récit de la Pentecôte en St Luc : “Ils sont remplis de vin doux”, disent en se moquant, ceux qui ne croyaient pas… Moquerie peut-être dans leur bouche, mais très belle expression en fait de ce qui est notre vocation à tous: être remplis par Dieu de son Esprit Saint, un “état” dans lequel nous expérimenterons la vraie joie… 

Et Marie était là, pour contribuer par sa présence discrète, par ses invitations aux serviteurs, à faire en sorte que ce projet de Bonheur sur l’homme s’accomplisse le plus pleinement possible…

Les noces de Cana (Jn 2,1-12) : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




La Visitation (Lc 1,39-45)

L’Ange Gabriel vient d’annoncer à Marie sa vocation : mettre au monde le Fils du Très Haut par l’Esprit Saint qui viendra sur elle… “Voici la servante du Seigneur“, répond-elle et aussitôt elle part rendre visite à sa cousine Elisabeth, “elle qu’on appelait la stérile“. Mais l’Ange vient de lui dire qu’elle était enceinte depuis déjà six mois… Marie comprend qu’elle sont entraînées toutes les deux dans une seule et même aventure, celle de la mise en oeuvre, avec elles et par elles, des merveilles que Dieu, dans sa Miséricorde, veut accomplir pour le salut de l’humanité tout entière ! 

Ce récit de la rencontre entre Marie et Elisabeth, est très court, très simple… Mais l’Esprit Saint est présent lui aussi au coeur de tous, et il transforme ainsi cette rencontre ordinaire en un instant extraordinaire de Lumière, de Vie, de Joie… 

Visitation 1 Basilique du Rosaire Lourdes

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Et que l’Esprit Saint nous accompagne nous aussi, jour après jour, pour transformer le plus simple de nos vies en découverte toujours extraordinaire de la Présence vivante et agissante de Dieu à nos côtés…

                                                                                                                       D. Jacques Fournier

Marie (Lc 1,39-45) SI Document PDF




L’Annonciation à Marie (Lc 1,26-38)

Avec ce récit de l’Annonciation, où la Vierge Marie prend conscience de sa vocation à être la Mère de Dieu, en la Personne du “Fils du Très Haut”, du “Fils de Dieu”, le “Saint”, St Luc nous offre le début de la prière du “Réjouis-toi Marie, Comblée de Grâce”. Avec “Réjouis-toi”, “khaïré” en grec, il fait allusion à de nombreux textes de l’Ancien Testament qui nous annoncent déjà le coeur de l’Evangile… Et l’expression “Comblée de grâce, kekharitômenê”, unique dans toute la Bible, est un des fondements scripturaires les plus riches du Dogme de l’Immaculée Conception… Avec ce seul mot,St Luc nous conduit à cette conclusion…

Annonciation 3 Basilique du Rosaire Lourdes

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Bonne lecture à vous, sur ce chemin avec Marie, qui, nous l’espérons, de Miséricorde en Miséricorde, nous conduira nous aussi à être comme elle, tous “comblés de grâce”, “saints et immaculés en Présence de Dieu, dans l’Amour” (Ep 1,4)…

                                                                                                                                D. Jacques Fournier

Marie (Lc 1,26-38) SI – Document PDF




Le Père, le Fils et le Saint Esprit : Trois Personnes, un seul Dieu.

Nous sommes ici au coeur de notre foi. Nous commencerons par voir le Crédo d’Israël en un Dieu Unique (Dt 6,4-9), repris bien sûr par le Nouveau Testament. Mais dès le début de son Evangile, St Jean nous présente deux Personnes divines : le Père et le Fils. Et pourtant, nous ne sommes pas face à deux Dieux : “Moi et le Père, nous sommes un” (Jn 10,30). Comment pouvons-nous donc rendre compte de ce Mystère? Nous nous appuierons avant tout sur les textes bibliques, tout en commençant par bien préciser le vocabulaire que nous emploierons, avec les notions de “nature” et de “personne”. 

Pour des questions de présentation, et donc pour facilitervotre lecture, nous vous invitons à cliquer sur le document PDF ci-joint. Vous constaterez que chaque fois que nous avons cité ou l’hébreu de l’AT, ou le grec du NT, nous y avons toujours joint une traduction littérale. Rien ne devrait donc être “compliqué”, et si tel était le cas, il faudrait y remédier car le Dieu infiniment riche est tout en même temps infiniment simple… Bonne lecture à vous, et surtout beaucoup de joie dans l’approfondissement de son Mystère, Lui dont l’Amour nous invite tous à la Plénitude du Bonheur et de la Paix, et cela pour l’éternité !

D. Jacques Fournier

Crédo Biblique (3)-2015 : Cliquer sur ce titre pour télécharger le document PDF, pour lecture et éventuelle impression…




La vision de l’homme d’après la Bible (Anthropologie biblique)

La Bible nous présente l’homme comme étant “un”. Ainsi, il serait plus juste de dire, non pas “l’homme a un corps”, mais il est corps; non pas “l’homme a une âme”, mais il est âme; non pas “l’homme a un esprit”, mais il est esprit. Il est ainsi tout à la fois corps, âme et esprit. Ces trois termes renvoient ainsi à trois points de vue différents d’une seule et même réalité : l’homme. Notons que seul St Paul nous présente ces trois termes à la fois: “Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche à l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle : c’est encore lui qui fera cela” (1Th 5,23-24).

Nous verrons que le coeur ultime de l’homme, ce qui fait que l’homme est homme, est sa réalité spirituelle. Il est la seule créature en Gn 2 pour laquelle la vie a été suscitée par le Souffle de Vie que Dieu lui a communiqué. Or cette image évoque souvent l’Esprit Saint: Dieu est Esprit (Jn 4,24), Dieu est Saint (Lv 19,2). Et il va susciter l’homme dans l’existence en lui donnant, à lui aussi, d’être “Esprit Saint”, c’est-à-dire de participer à ce que Dieu Est en Lui-même… Et l’Esprit de Dieu est Vie !

Pour des raisons pratiques, nous vous invitons à cliquer sur le document PDF ci-joint, ce qui permettra d’afficher ces trois mots hébreux principaux que l’Ancien Testament utilise pour parler de l’homme.

La vision de l’homme d’après la Bible – Document PDF




Le Livre de l’Apocalypse : Introduction

jésus christ 1.

Dans la Bible, nous allons le voir, le Livre de l’Apocalypse n’a pas pour sujet la fin du monde, mais la Révélation du Mystère du Christ, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes… « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6,38), et « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4)…

Introduction générale au Livre de l’Apocalypse

 

             A l’exception de l’Evangile selon St Matthieu qui avait peut-être un original en araméen, tous les Livres du Nouveau Testament ont été rédigés en grec et le titre « Livre de l’Apocalypse » ne fait que reprendre le premier mot grec de cet ouvrage : « Apocalypse de Jésus Christ ». Or, « apokalupsis » en grec ne renvoie pas à des catastrophes ou à des bouleversements, mais il signifie : « Révélation »…

            Le « Livre de l’Apocalypse » est donc une « Révélation de Jésus Christ », de son Mystère, de son œuvre universelle de Salut par sa Mort et sa Résurrection. Le premier bénéficiaire de cette « Révélation » fut son auteur lui-même qui raconte au tout début « la vision » qu’il eut du Christ Ressuscité « le Jour du Seigneur », c’est-à-dire un Dimanche. Et toute la suite du Livre ne fera que raconter les conséquences de cette Présence du Ressuscité au cœur de son Eglise, et donc au cœur du monde… L’auteur en parlera immédiatement en termes de bonheur : « Heureux » celui ou celle qui accueillera dans son cœur et dans sa vie le Mystère de ce Fils Ressuscité qui désire nous rejoindre au plus profond de nous-mêmes pour nous communiquer sa Vie et vivre tout simplement notre vie « avec nous »…

             Et pourtant, le Livre de l’Apocalypse a été écrit dans un contexte de persécution des chrétiens, pour soutenir leur foi, leur espérance et les aider dans leur combat. Ils avaient déjà connu la souffrance avec l’empereur romain Néron (54-68 après J.C.). C’est lui en effet qui décida de la mort de St Pierre et de St Paul dans les années 64-67. Mais il s’agit très probablement ici de la persécution qui éclata sous l’empereur Domitien (90-95 après JC). C’est ainsi que « La Bête » désigne avant tout dans l’Apocalypse l’Empire Romain avec Rome, sa capitale, que l’auteur nomme « Babylone la Grande », en référence à l’Ancien Testament. Ses « sept Têtes » font allusion aux « sept collines » sur lesquelles la ville était construite. Et 666, « le chiffre de la Bête », renvoie, selon le langage codé de l’époque ou bien à des surnoms de l’empire romain, « Latin », « Titan », ou bien, (616 selon certains manuscrits) à l’empereur Caligula ou à tout empereur divinisé.

            Les circonstances difficiles dans lesquelles ce Livre a été écrit ont déterminé son style, avec l’emploi continuel d’images et de symboles… En effet, « en période de persécution, Jean se doit de faire appel à un langage codé, qui pourra ranimer l’espérance des chrétiens sans les exposer ouvertement à la tyrannie du pouvoir impérial romain. Jean fait donc usage d’un langage que seuls les chrétiens pourront décoder et comprendre pleinement »[1]. L’auteur utilise ainsi :

1 – des symboles universels, comme par exemple le chiffre 4, qui renvoie aux quatre points cardinaux et souligne justement la dimension d’universalité ; ou encore l’épée, symbole de violence qui n’hésite pas à répandre le sang…

2 – des symboles déjà utilisés dans l’Ancien Testament,  facilement compréhensibles par ceux-là seuls qui connaissent les Saintes Ecritures. On trouve ainsi « le Fils de l’Homme » du Livre de Daniel, « l’arbre de vie » du Livre de la Genèse, « la manne cachée » qui renvoie au Livre de l’Exode…

 3 – des symboles dévoilés par l’auteur lui-même que seule une lecture attentive et assidue permet de comprendre : ainsi « les étoiles » qui renvoient au mystère des différentes Eglises locales…

 4 – des symboles créés par l’auteur à interpréter à la lumière de l’ensemble du Livre, et il est parfois difficile de choisir entre plusieurs possibilités… Mais si elles sont toutes en cohérence avec l’ensemble, pourquoi choisir ?… Le sens n’en est alors que plus riche…

             Selon Justin (+150) et Irénée de Lyon (+180), l’auteur du Livre de l’Apocalypse, qui se nomme lui-même « Jean », serait St Jean l’Evangéliste. Mais beaucoup pensent à un disciple qui, selon la tradition de l’époque, aurait repris le nom de son Maître pour honorer sa mémoire… Les destinataires sont les chrétiens « des sept Eglises » mentionnées aux chapitres deux et trois. Mais le chiffre sept étant symbole de perfection, c’est toute l’Eglise d’Asie Mineure, et même l’Eglise Universelle, qui est concernée.

                                                                                                                                  D. Jacques Fournier

 Tenture Apocalypse Angers 14°s

Tenture de l’Apocalypse exposée à Angers (14° s)

Introduction proposée par la nouvelle Traduction Liturgique (CNPL)

 Heureux lecteur !

 L’Apocalypse est un livre à lire. Jean, qui se présente comme son auteur, y promet du bonheur : “ Heureux celui qui lit, heureux ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui est écrit en elle, car le temps est proche ” (1,3). Cest que ce livre-prophétie porte le beau nom grec d’apokalupsis (Ἀποκάλυψις) qui ne signifie nullement malheur ou catastrophe, mais révélation, dévoilement. Et il s’agit, selon les premiers mots du livre, de la “ révélation de Jésus Christ ” (1,1). Cette révélation est confiée à la lettre du texte, que Jean présente comme l’aboutissement d’une chaîne de transmission qui part de Dieu et aboutit au livre. Entre deux, les relais-témoins nécessaires ont été Jésus Christ lui-même, mais aussi l’ange et finalement Jean, qui atteste “ comme parole de Dieu et témoignage de Jésus Christ tout ce qu’il a vu ” (1,2).

 Apostolicité, inspiration, canonicité. La question de l’auteur

 L’auteur de l’Apocalypse dit s’appeler Jean (1,1.4.9 ; 22,8). Cherchant à l’identifier historiquement, la tradition des deux premiers siècles y voit l’Apôtre Jean des Évangiles, l’un des Douze, à qui est attribué aussi le Quatrième Évangile (hypothèse à laquelle a succédé celle, privilégiée aujourd’hui, du “ disciple bien-aimé ”, maître d’une école johannique). C’est l’interprétation de Justin déjà (Dialogue avec Tryphon, 81,4), puis d’Irénée (Contre les hérésies, IV.20.11) qui n’hésite pas à prêter longue vie à l’Apôtre puisqu’il situe cette révélation sous le règne de Domitien, vers 94-95 ap. J.-C. (hypothèse encore majoritairement suivie aujourd’hui, aux dépens de celle des années 68-70, sous Néron). Durant cette période, en Occident et à Alexandrie, du fait de son apostolicité reconnue, l’Apocalypse est reçue comme livre inspiré, donc canonique. On ne sait trop pourquoi certaines Églises d’Orient par contre ne l’inscrivent que tardivement au canon de leurs Écritures (VIe siècle en Syrie, plus tard encore en Grèce).

C’est pourtant à Rome que le prêtre Caïus, au IIIe siècle déjà, considérant l’Apocalypse comme un écrit gnostique, la fait proscrire comme hérétique et apocryphe. Peu après, Denys, évêque d’Alexandrie de 248 à 264, sans pourtant la rejeter hors du canon, refuse d’y voir la main de l’Apôtre, la différence de style et de thèmes avec le Quatrième Évangile lui paraissant trop marquée. Prolongeant cette quête d’auteur, Eusèbe de Césarée propose d’identifier Jean de Patmos avec le “ presbytre Jean, disciple du Seigneur ” dont il trouve mention dans un écrit de Papias. La question est donc posée: l’auteur est-il Jean l’Apôtre, ou un autre Jean ? L’enquête historienne ne permet pas d’en décider.

S’intéressant, comme Denys déjà, à la question littéraire, l’exégèse critique du XIXe siècle échafaude quant à elle deux hypothèses, perdurant jusqu’à aujourd’hui, qui sont diamétralement opposées. Se basant sur des critères de langue et de style, la première juge impossible qu’une même main s’exprime de manière incorrecte dans l’Apocalypse (au grec truffé d’erreurs) et raffinée dans l’Évangile. Elle renverse donc l’ordonnance chronologique la plus communément postulée, et fait de l’Apocalypse une œuvre antérieure du seul Apôtre Jean (peu cultivé et relégué sur son île de Patmos), et de l’Évangile un écrit plus tardif rédigé à Éphèse par des disciples lettrés. Quant à la seconde, se fondant principalement sur des repérages thématiques, elle juge que la présence dans l’Apocalypse de figures johanniques caractéristiques (l’Agneau, l’eau de la vie, etc.) permet de postuler une identité d’auteur. Nouvelle énigme, donc.

Mais qu’en dit le texte de Jean lui-même ? À y regarder de près, l’on découvre que l’auteur, qui parle des Apôtres (18,20) et du groupe des “ douze Apôtres de l’Agneau ” (21,14), ne se présente jamais lui-même comme tel. Il ne s’attribue pas plus le titre d’Ancien, alors qu’il fait des vingt-quatre Anciens une figure majeure de son livre (4,4.10 ; 5,8 ; 11,16 ; 19,4 ; sans le chiffre : 5,5.6.11.14 ; 7,11.13 ; 14,3). De plus, en déclinant son nom à plusieurs reprises (“ moi, Jean ”), il ne se cache derrière aucun pseudonyme, à la différence notamment de nombreuses apocalypses juives contemporaines, ou de Daniel dans le Premier Testament. D’où tire-t-il dès lors son autorité ? Il l’indique lui-même dans le récit de sa vision inaugurale (1,9-20). Le Vivant, mort mais désormais vivant pour les siècles des siècles, lui apparaît sur l’île de Patmos et lui dit : “ Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises ” (1,11, ordre réitéré en 1,19). Cette parole donne à Jean mission d’écrivain. Sans identité historique précise, il n’en est ainsi pas moins investi d’une solide identité et autorité littéraire. Les nombreux “ j’entendis ” et “ je vis ” qui ponctuent sa prophétie le rappellent au lecteur : c’est de la parole d’un autre et d’une vision qui lui advient qu’il est le témoin, autorisé.

Structure du livre

Qu’en est-il de la structure du livre ? Les multiples détours, ruptures et répétitions du texte ont fait émettre l’hypothèse, invérifiable, de plusieurs manuscrits ou rédactions successives. Ce qui est sûr, par contre, c’est que le livre, en son état final, ne se laisse enfermer dans aucune logique d’évidence. De multiples propositions de plan ont été suggérées, dont certaines, se fondant sur des critères chronologiques, veulent rapporter au présent des Églises les chapitres 1 à 3, puis à l’avenir du monde les chapitre 4 à 21. Cette proposition ne prend pas en compte le fait que l’Apocalypse brouille du début à la fin tout repère temporel par des allers-retours incessants entre présent, passé et futur. D’autres lectures optent dès lors pour l’observation de critères formels d’ordre littéraire, parmi lesquels sont patents, sur fond d’enchaînement continu des visions, la récurrence de l’expression “ je fus saisi (ou transporté) en esprit ” (1,10, puis 4,2 et 17,3) ainsi que quatre séries de sept éléments nommés “ septénaires ”. Prenant notamment en compte ces indices, la Table proposée ci-après permet au lecteur qui se risque à une lecture suivie du livre de ne pas s’égarer en chemin. Quelques remarques suffiront à en expliciter les principaux axes signifiants.

                   I – Le lecteur est tout d’abord invité à passer par le porche monumental que constitue la Vision inaugurale et les Lettres aux sept Églises d’Asie (1,9 à 3,22).

Christ - Angers

 

Vision inaugurale du Christ ressuscité, au milieu des sept candélabres, les sept Eglises… 

“De sa bouche sort une épée acérée à double tranchant”, la Parole de Dieu (Angers)

 – Dans l’île de Patmos, Jean est gratifié de la vision d’un “ être qui semblait un fils d’homme ” (1,13) mais dont l’aspect et les attributs revêtent un caractère glorieux et transcendant (1,9-20).

 – Se manifestant à lui comme le Vivant, ce personnage majestueux lui intime l’ordre d’écrire aux sept Églises d’Asie, pour lesquelles il lui dicte le contenu de sept lettres (ch. 2–3). Chacun de ces messages, destiné à la lecture de toutes les Églises, est nommément adressé à chacune d’elles, et déployé dans une structure récurrente d’une Lettre à l’autre. Ce premier septénaire, de facture moins apocalyptique que la suite, présente ainsi les sept Églises d’Asie comme les destinataires internes du livre. Il permet aussi au lecteur de s’apprivoiser à l’univers apocalyptique étonnant qui s’offre à lui. 

7 Eglises-Angers

Les sept Eglises (Angers)

                   II – Une première série de visions s’ouvre alors, qui se déploie de 4,1 à 11,19.

 – Elle s’inaugure par l’immense liturgie des ch. 4–5. Celle-ci met en place les acteurs qui organiseront bientôt la dynamique du septénaire des sceaux : Trône divin, Siégeant, Vivants, Anciens du ch. 4, Livre scellé et Agneau du ch. 5. Tous ces acteurs sont d’abord positionnés de manière statique, puis progressivement articulés les uns aux autres quand la scène s’anime en liturgie d’adoration et de louange. Vient alors la séquence du deuxième septénaire, celui des sept sceaux (6,1–8,5). Le rythme d’ouverture des sceaux du Livre y est d’abord rapide (succession des quatre premiers éléments), puis ralenti. Les cinquième, sixième et septième sceaux sont détachés les uns des autres, et surtout un long intermède vient s’intercaler entre le sixième et le septième, avec les épisodes des 144.000 protégés et de la foule immense au ciel (ch. 7). C’est dire que le texte éprouve la patience du lecteur : réjoui d’abord, celui-ci est ensuite déçu par le parcours des visions, qui s’achève, avec l’ouverture du septième sceau, non sur la révélation de la Fin, mais sur “ un silence d’environ une demi-heure ” qui précède une petite liturgie céleste (8,1-5). Le lecteur reste étonné : qu’est-ce qui se révèle là, en fait de signe à lire et de parole à entendre ?

 – Heureusement pour lui, le troisième septénaire, celui des trompettes (8,6 à 11,19) qui s’ouvre alors, ne succède pas chronologiquement à celui des sceaux, comme si l’Apocalypse consistait en une suite continue d’événements allant jusqu’à la parousie prochaine. Mettant en œuvre le principe dit de la “ récapitulation ”, ce nouveau septénaire reprend et reparcourt ce qui a été raconté ou annoncé plus ou moins explicitement dans le précédent. On y retrouve la même dynamique. Après la sonnerie des quatre premières trompettes, la cinquième ouvre un épisode plus long, et entre la sixième et la septième s’insère un nouvel intermède : l’évocation de la manducation d’un petit livre par Jean, ainsi instauré prophète d’un temps nouveau (ch. 10) et celle de la destinée de deux témoins prophètes (ch. 11).

                   III – Une deuxième série de visions s’étend de 12,1 à 22,5. Au cœur de cette longue plage textuelle se donne à lire le quatrième et dernier septénaire, celui des coupes (ch. 16).

 – Cette série s’ouvre à nouveau par une grande vision céleste, celle de la Femme couronnée d’étoiles et du Dragon, avec le combat qui les oppose (ch. 12). Elle est suivie de la vision, sur terre, d’un autre combat : celui que mènent deux Bêtes, celle de la mer, puis celle de la terre (nommée “ faux prophète ” en 16,13 ; 19,20 et 20,10), qui, se mettant au service du Dragon, égarent les habitants de la terre, les fourvoient dans l’idolâtrie et mettent à mort ceux qui leur résistent (ch. 13). Le ciel ne reste pourtant pas inactif, puisqu’on y célèbre, comme en contrepoint à ce désastre et pour en révéler l’issue lumineuse, la victoire de l’Agneau et de ses 144.000 compagnons (14,1-5).

 – Vient alors une séquence organisée autour du septénaire des coupes (14,6 à 16,21) : on y annonce et prépare le Jugement (14,6-20), y résonne déjà le Cantique des vainqueurs (15,1-4) et se déploie la série de déversements des sept coupes de la colère de Dieu, selon un rythme déjà connu (six premiers éléments, puis intermède, puis septième élément).

 Le Jugement et la chute de Babylone la Grande, la prostituée, “ mère des prostitutions et des abominations de la terre ” (17,5) sont ensuite montrés au visionnaire et présentés au lecteur dans une série de tableaux impressionnants (ch. 17–18). Au terme, et en contraste avec les lamentations de ceux qui, peu avant, pleurent sur Babylone dévastée, un grand “ alléluia ” s’élève dans le ciel (19,1-10) : il associe foule nombreuse, Anciens et Vivants dans la même acclamation du Dieu qui a jugé la grande prostituée.

Chute de Babylone - Angers

Chute de Babylone (Angers)

 – C’est l’heure désormais où les ennemis de Dieu et de son règne sont l’un après l’autre neutralisés. Se succèdent : la victoire du Cavalier sur la Bête, le faux prophète et les rois (19,11-21) ; l’enchaînement du Dragon et le règne de mille ans avec le Christ (le millénaire de 20,1-6) ; le combat final et la victoire sur Satan (20,7-10) ; le jugement des morts et la neutralisation de la Mort et du Séjour des morts (20,11-15).

 – Le lecteur est ainsi acheminé vers la vision de l’avènement du monde nouveau (21,1–22,5) : ciel nouveau et terre nouvelle ; Jérusalem nouvelle, qui descend du ciel pour devenir la demeure de Dieu parmi les hommes. 

                   IV – Reste l’écrin de l’Apocalypse, son prélude et son final.

 – Au début, nous l’avons indiqué déjà, un prélude (1,1-8) offre au livre de se présenter lui-même à son lecteur comme porteur de “ la révélation de Jésus Christ ” au travers de paroles prophétiques écrites pour son bonheur (1,1-3). Une adresse (1,4-8) précise ensuite qui parle à qui. La voix du texte y délègue d’abord la parole à Jean, qui souhaite grâce et paix aux Églises “ de la part de Celui qui est, qui était et qui vient, de la part des sept esprits qui sont devant son trône, de la part de Jésus Christ… ”, dont l’œuvre libératrice est ensuite solennellement déployée (1,4-5). Y répond comme la voix d’une assemblée qui donne, par son “ amen ”, plein accord aux paroles proférées (1,6). Résonne alors une autre voix, anonyme, annonçant : “ Voici qu’il vient avec les nuées… ” (1,7), puis une voix présentée comme parole du “ Seigneur Dieu ” : “ Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers ” (1,8). Le “ nous ” que Jean introduit à trois reprises en ces versets invite le lecteur à s’associer lui aussi à ce dialogue. Le Christ y est acclamé, en son amour sauveur : “ À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen ” (1,5-6).

 – Tout à la fin du livre et comme en écho à ce prélude se retrouvent, dans le final (22,6‑21), des expressions et surtout le ton du début, comme si tout le livre se présentait comme une longue lettre. C’est là que le souffle qui l’anime d’un bout à l’autre trouve à s’exprimer avec le plus de force, dans l’intensité d’un nouveau dialogue liturgique où le désir de la venue de Jésus se dit sur ses lèvres (“ Oui, je viens sans tarder ”) et dans la demande de son partenaire (“ Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! ”, 22,20). Le désir parlé, échangé, entre l’Église-Épouse et son Époux, aux derniers versets de la Bible chrétienne, dit clairement que ces réalités sont à disposition des lecteurs, maintenant.

 La structure de l’Apocalypse porte ainsi en elle un dynamisme d’épiphanie vocale qui trouve sa pleine force d’expression dans l’échange des voix du final. L’irréductible et l’indomptable de la parole qui porte la prophétie y manifeste toute sa vigueur. L’alternance entre récits en prose et poèmes liturgiques (cf. les cantiques des chapitres 4–5, 11–12, 15 et 19, repris et chantés dans la Liturgie des Heures) convie comme tout naturellement le lecteur à joindre sa voix à celles qui y célèbrent le triomphe de la vie sur les puissances du mal et de la mort.

Agneauimmole

“Gloire à l’Agneau Immolé !”

Apocalypse et littérature de crise

 Peut-on dès lors trouver issue à l’une des énigmes auxquelles est affrontée l’exégèse du livre : s’agit-il d’une littérature évoquant une situation réelle de persécution plus ou moins active de certaines communautés chrétiennes dans l’empire romain idolâtre de la fin du Ier siècle (hypothèse longtemps privilégiée) ? Ou d’une fiction dans laquelle l’écriture apocalyptique a pour fonction de faire naître la crise au sein même de ces communautés, de les provoquer à un regard critique en dénonçant leur trop facile compromission avec le milieu ambiant (hypothèse nouvellement soutenue) ? Sans doute, ces deux interprétations ne se contredisent-elles pas, dans la mesure où l’orientation du livre convie bel et bien son lecteur à discerner, pour s’en distancer, toute forme d’asservissement à des pensées ou comportements idolâtres, qu’ils soient individuels ou collectifs. À plusieurs reprises, le lecteur est invité à faire preuve de sagesse et d’intelligence (cf. 13,18 ; 17,9) pour interpréter sa vie et le fonctionnement des institutions sociales, politiques et religieuses à la lumière du vrai, et non de l’illusion ou du mensonge. Les chapitres 12 et 13 sont à ce titre exemplaires, qui mettent en scène le processus idolâtrique, au sein duquel blasphème divin et meurtre des frères s’enchaînent et s’appellent comme deux formes de la même perversion.

Pluralité des lectures

             L’Apocalypse est un livre aux richesses aussi étonnantes que foisonnantes. Aucune des méthodes de lecture mises en œuvre au cours des siècles pour le lire n’en épuise la signification. Et toutes y trouvent de quoi s’y exercer : lecture historico-critique (questions d’auteur, de rédaction, de milieu de production, de cadre socio-historique des communautés d’Asie Mineure du Ier siècle, de données archéologiques, etc.), lecture féministe (l’Apocalypse figure la Femme enfantant un fils, puis l’Épouse de l’Agneau, mais aussi, en contraste, la grande prostituée, et Jézabel, la femme qui se dit prophétesse, etc.), lecture écologiste (figuration du cosmos, des astres, de la terre et du ciel, des arbres, de l’eau, des fleuves…), libérationniste (sociologique et politique, qui exploite la critique apocalyptique du pouvoir mondial de l’argent et du commerce), spirituelle (son langage amoureux fait écho à celui du Cantique des Cantiques), etc. Recevant l’Apocalypse dans toute sa force d’œuvre littéraire et s’appliquant à la lire en son statut synchronique final, l’exégèse des dernières décennies s’est quant à elle enrichie des outils fournis par les sciences du langage (narratologie et sémiotique notamment) et les sciences humaines (psychologie et psychanalyse entre autres).

             En résulte, pour la lecture de l’Apocalypse, une capacité nouvelle de prêter attention à la parole qui cherche à se faire entendre entre Jean et ses destinataires du Ier siècle (les sept Églises d’Asie mineure) et qui continue à se dire, en tout lieu et toute époque, entre le texte et ses lecteurs. Car l’actualité du livre prend source aux questionnements humains fondamentaux qu’il met en travail : vie et mort, au-delà et jugement, salut et rétribution, bien et mal, injustices sociales et pouvoirs totalitaires… L’Apocalypse, qui clôture la Bible chrétienne, n’achève donc en rien sa lecture mais la stimule. Elle convie, plus qu’aucun autre livre, à l’incessant labeur d’interprétation qui incombe à chaque génération et à tout lecteur. Si celle-ci a pu donner lieu à des dérives sectaires, teintées de fanatisme et d’illuminisme, (et cela se trouve parfois aujourd’hui encore), elle contribue surtout à nourrir la foi des communautés chrétiennes en la conduisant au lieu de la plus grande contemplation et de la plus vive action : celle de l’Alliance entre Dieu et les hommes, en sa forme nuptiale, dans les noces de l’Agneau et de l’Église (21,2).

 En clôture du Livre chrétien : place à la parole, dans la chair

 L’Apocalypse renouvelle le langage de la foi chrétienne. Elle permet une exploration du mystère qui sous-tend tout le Nouveau Testament, celui de Jésus Christ crucifié, relevé d’entre les morts et devenu participant de la royauté souveraine de Dieu. Tout au long du livre se donne à entendre le lien qui unit les fidèles (saints, élus, martyrs aussi) à Jésus, Christ, Agneau immolé debout (5,6), Cavalier triomphant nommé “ Parole de Dieu ” (19,13), le Vivant (1,18) loué comme “ Roi des rois et Seigneur des seigneurs ” (17,14 ; 19,16). Éminemment christologique, l’Apocalypse mérite bien, ne serait-ce qu’à ce titre, la qualification de “ Cinquième Évangile ” qui lui est parfois attribuée.

Elle déploie de plus une théologie des Églises et de l’Église (chandeliers et étoiles du ch. 1 ; messages des ch. 2-3 ; Femme mère d’un enfant mâle et d’une nombreuse descendance du ch. 12 ; Femme Épouse de l’Agneau de 21,9…) et une admirable évocation, tout au long du livre, du témoignage de ceux qui partagent avec Jean “ la détresse, la royauté et la patience en Jésus ” (1,9). Elle ouvre l’espace et le temps terrestres aux horizons du ciel et de l’éternité, avec l’espérance que fonde, pour les morts, la résurrection du Christ. La “ première résurrection ” (ch. 20) rend participant chaque être créé de l’actuelle puissance de la résurrection.

On peut regretter, sans doute, qu’un tel ferment d’espérance ne s’élève que trop peu au cœur des liturgies de l’Église (catholique). En dehors du temps pascal (chaque deux ans, en semaine), où en sont proposés de larges extraits, le cycle liturgique ne prévoit de lire l’Apocalypse qu’en la solennité du Christ Roi (1,9-20), de l’Assomption de Marie (ch. 12) et en la fête de tous les Saints (ch. 7).

 Reste que cette parole de Dieu attestée en Jésus Christ retentit jusqu’en la pierre des tympans des cathédrales, dans la lumière de leurs vitraux, dans les lettres vivaces et les couleurs de chaudes enluminures, et qu’elle se donne aujourd’hui encore à lire, écouter, garder en ce livre toujours disponible à la lecture. Là commence, pour chacun, la vraie “ apocalypse ” : quand se joue, dans la chair, l’écoute de la parole et sa pratique. Jean n’a-t-il pas lui-même mangé le petit livre que lui tendait l’ange descendu du ciel (ch. 10), éprouvant en lui douceur et amertume, et figurant par cette manducation le trajet de la parole jusqu’au plus intime du corps de l’homme ? L’Apocalypse, écriture de la Fin et fin de l’Écriture, clôt la Bible chrétienne. Réécrivant l’histoire, elle réinterprète tout. Le Livre complet, achevé, définitif, laisse place au Christ Vivant et au travail de la parole en la chair des humains. Lisant le Livre, sachant qu’il n’y a rien à y ajouter ou retrancher désormais (22,18-19), le lecteur peut librement en sortir pour vivre en régime d’incarnation. Ce travail d’humanisation prolonge l’œuvre du Verbe dans la chair des hommes, pour la joie d’une vie sauve. Le lecteur est ainsi convié à laisser place en lui, ici et maintenant, à une “ apocalypse ” désirée : “ Viens, Seigneur Jésus ”, toi qui te tiens à la porte (2,20) !

                                                                                                                     D. Jacques Fournier

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[1] « L’APOCALYPSE », Jean-Pierre PRÉVOST (Bayard Editions/Centurion » ; Collection Commentaires ; Paris 1995) p. 17.




Pourquoi appeler la Vierge Marie «Mère de l’Église» ?

pape paul VIC’est le bienheureux pape Paul VI qui a tenu à vénérer la Vierge Marie sous le vocable de « Mère de l’Église » au cours du concile Vatican II, le 21 novembre 1964, dans son discours d’approbation de la Constitution dogmatique sur l’Église « Lumen Gentium », tout en ne faisant pas partie de celle-ci. De son côté, le Catéchisme de l’Église catholique a intégré officiellement dans la foi catholique ce vocable riche en signification théologique même s’il n’a pas été le résultat d’un vote lors de ce Concile. Le Catéchisme cite ce vocable dans le commentaire de l’article du Credo sur l’Église : « Je crois à la sainte Église catholique ». À la suite de « Lumen Gentium » au chapitre VIII qui situe la Vierge Marie dans le mystère du Christ et de l’Église, le Catéchisme reprend l’expression « Mère de l’Église » dans le contexte de la vie du Sauveur et au cœur de l’Église. Il convient de se souvenir qu’un certain nombre d’évêques conciliaires avaient souhaité un texte sur la Vierge Marie à part entière. Dans le souffle de l’Esprit, les pères conciliaires choisirent de présenter la Vierge Marie plongée dans le mystère du Christ et comme membre éminent de l’Église.

L’Église, Corps du Christ

Saint Paul, célèbre le Christ « Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église » (Col 1,18). Dans son épître aux Colossiens, l’apôtre des nations appelle l’Église « Corps du Christ » (Col 1,24). L’image du corps humain avec la tête et ses membres correspond au Christ total, qui rassemble dans l’unité le Christ, sa Tête, et les chrétiens, ses membres. Dans son épître aux Corinthiens (1 Co 12,12.27), saint Paul explique la dépendance des membres du même corps avec ses différentes fonctions, image qui s’applique à l’Église, « le Christ répandu et communiqué », selon la belle formule de Bossuet, où chaque baptisé participe à la vie du Fils de Dieu en tant que membre vivant de son Corps.

Le Christ ressuscité est devenu inséparable de son Église. L’Église n’existe qu’unie au Christ, sa Tête. Le Christ et l’Église forment le Christ total : sa Tête et ses membres. Inutile de parler du Christ sans son Église. Erreur que d’imaginer l’Église comme existant sans le Christ.

 

La Vierge Marie, Mère du Christ, Mère de l’Église

La foi de l’Église prend naissance dans la Bible. La prière de l’Église manifeste aussi le projet de salut de Dieu pour l’humanité : « Lexorandi, lexcredendi » (« La loi de la prière est la loi de la foi »). C’est pourquoi il convient de faire appel à la liturgie de l’Église pour comprendre le mystère de la Vierge Marie.

À annonciation1l’Annonciation, la Vierge Marie est devenue la Mère du Fils de Dieu fait homme, qui recevra le nom de Jésus. L’événement de l’Annonciation représente non seulement la nouveauté de l’Incarnation mais aussi le commencement de l’Église. La liturgie de cette fête, appelée par certains Pères de l’Église « la fête de la racine » car cachée et fondatrice, exprime le mystère de l’accueil du Fils de Dieu « par la foi de Marie » et sa tendresse maternelle envers le corps de son fils Jésus (cf. Préface de la messe) tandis que la prière sur les offrandes met en lumière la naissance de l’Église, Corps du Christ : « L’Église n’oublie pas qu’elle a commencé le jour où ton Verbe s’est fait chair ».

Si Marie est la mère de Jésus, elle est aussi la mère de l’Église. Étant la mère de la Tête du Corps elle demeure aussi la mère du reste du Corps, les membres unis au Christ par la foi et le baptême. S’il n’est pas possible de séparer la Tête du Corps, il n’est pas possible non plus de séparer la maternité divine de Marie de sa maternité spirituelle envers le Corps de son Fils Jésus, l’Église.

Un théologien du XIIe siècle, Isaac de l’Étoile[1], moine cistercien, a su mettre en valeur l’union du Christ et de l’Église, la maternité de Marie envers le Christ et à l’égard de l’Église : «  Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare donc pas. Ce mystère est grand, je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église. Garde-toi bien de séparer la tête du corps ; n’empêche pas le Christ d’exister tout entier ; car le Christ n’existe nulle part tout entier sans l’Église, ni l’Église sans le Christ. Le Christ total, intégral, c’est la tête et le corps[2]

Dans un autre sermon sur l’Assomption, Isaac de l’Étoile élargit sa réflexion à l’union de Marie et de l’Église dont elle est la figure : « Les hommes, en eux-mêmes, par leur naissance selon la chair, sont une multitude ; mais par la seconde naissance, la naissance divine, ils ne sont avec lui qu’un seul. Le seul Christ, unique et total, c’est la tête et le corps. 

Et ce Christ unique est le Fils d’un seul Dieu, dans le ciel et d’une seule mère sur la terre. Il y a beaucoup de fils, et il n’y a qu’un seul fils. Et de même que la tête et le corps sont un seul fils et plusieurs fils, de même Marie et l’Église, sont une seule mère et plusieurs mères, une seule vierge et plusieurs vierges. L’une et l’autre ont conçu du Saint-Esprit, sans attrait charnel (…). L’une a engendré, sans aucun péché, une tête pour le corps ; l’autre a fait naître, dans la rémission des péchés, un corps pour la tête. L’une et l’autre sont mères du Christ, mais aucune des deux ne l’enfante tout entier sans l’autre. Aussi c’est à juste titre que, dans les Écritures divinement inspirées, ce qui est dit en général de la vierge mère qu’est l’Église, s’applique en particulier à la Vierge Marie ; et ce qui est dit de la vierge mère qu’est Marie, en particulier, se comprend en général de la vierge mère qu’est l’Église.

De plus, chaque âme croyante est également, à sa manière propre, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ, vierge et féconde. Ainsi donc c’est la Sagesse même de Dieu, le Verbe du Père, qui désigne à la fois l’Église au sens universel, Marie, dans un sens très spécial et chaque âme croyante en particulier.

C’est pourquoi l’Écriture dit : « Je demeurerai dans l’héritage du Seigneur ». L’héritage du Seigneur, dans sa totalité, c’est l’Église, c’est tout spécialement Marie, et c’est l’âme de chaque croyant en particulier. En la demeure du sein de Marie, le Christ est resté neuf mois ; en la demeure de la foi de l’Église, il restera jusqu’à la fin du monde ; et dans la connaissance et l’amour du croyant, pour les siècles des siècles[3]. »

64_Les_noces_de_Cana

Au XIIIe siècle, le grand théologien dominicain saint Thomas d’Aquin voit dans les noces de Cana l’image de l’union mystique du Christ et de l’Église, union commencée à l’Annonciation : « Ces épousailles eurent leur commencement dans le sein de la Vierge, lorsque Dieu le Père unit la nature humaine à son Fils dans l’unité de la personne, en sorte que le lit nuptial de cette union fut le sein virginal… Ce mariage fut rendu public lorsque l’Église s’est unie au Verbe par la foi[4]. »

Le Docteur Angélique s’inspire de la pensée de saint Augustin pour qui le sein de la Vierge Marie est une chambre nuptiale où s’unissent dans la personne du Verbe la nature divine et la nature humaine. Pour saint Augustin, le corps de Jésus s’unit à l’Église formant ainsi « le Christ total tête et corps »[5].

L’Incarnation comporte une dimension ecclésiale. Marie a accueilli le Verbe au nom de l’humanité et pour l’humanité. Marie, nouvelle Ève, accomplit la prophétie du livre de la Genèse en écrasant la tête du serpent par sa foi (cf. Gn 3,15). Elle est aussi la femme de l’Apocalypse qui enfante une nouvelle humanité (cf. Ap 12).

La Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes » enseigne que « par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » (n°22,2). Par conséquent, la Vierge Marie est devenue aussi mère de cette humanité ce qui peut expliquer en partie la dévotion des croyants des religions non chrétiennes qui se rendent en pèlerinage dans les sanctuaires mariaux comme Lourdes ou Notre-Dame de la Garde à Marseille.

Vénérer la Vierge Marie

Plus récemment, le père Marie-Joseph Lagrange (1855-1938), dominicain, fondateur de l’École biblique de Jérusalem, notait dans son Journal spirituel au cours de son noviciat au couvent royal de Saint-Maximin : « La bienheureuse Vierge Marie a détruit dans sa personne toutes les hérésies : elle est Mère de Dieu, donc, le Fils de Dieu, Jésus-Christ, n’est qu’une seule personne, et il a deux natures puisqu’il est aussi vraiment son Fils, né de sa substance[6]. »

 L’histoire de l’Église montre aussi comment la fréquentation de la Vierge Marie dans la prière loin d’éloigner les fidèles du Christ les a rapprochés avec justesse de son mystère.

Aussi le concile Vatican II exhorte-t-il les chrétiens à vénérer la Vierge Marie avec amour en lui adressant des prières d’invocation et en cherchant à imiter sa foi[7].

Il arrive que des sociologues s’étonnent de l’impact de la spiritualité mariale auprès des chrétiens ayant subi la violence,l’emprisonnement, la pauvreté et toutes sortes de persécutions. Avec la Vierge Marie, ils ont gardé la foi au Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes.

Mère spirituelle des chrétiens, Mère de l’Église, la Vierge Marie, femme au regard pénétrant, active dans son amour, conduit au Christ comme elle l’a fait aux  noces de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5).

Fr. Manuel Rivero O.P.

 

[1] Isaac de l’Étoile (1100-1178), moine de Pontigny, puis abbé de l’Étoile en Poitou, ami de saint Thomas Becket.

[2]Sermon d’Isaac de l’Étoile. Liturgie des heures IV. Temps ordinaire. 23e semaine.

[3]Sermon d’Isaac de l’Étoile pour l’Assomption. Marie et l’Église. La liturgie des heures I. Avent – Noël.II Samedi de l’Avent.

 [4] Saint Thomas d’Aquin, In Ioan. 1, n°338.

[5] Cf. Jean-Pierre TORRELL, Le Christ en ses mystères. La vie et l’œuvre de Jésus selon saint Thomas d’Aquin, tome I. Paris. Desclée. 1999.  PP. 76-77.

[6]Marie-Joseph Lagrange, Journal spirituel. Paris. Édition du Cerf. 2014. 16  novembre 1880. P. 104.

[7] Concile Vatican II. Lumen gentium. Chapitre VIII. « La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Église »,n°66-67.




Chemin de Croix avec Marie

« Nous vous adorons, ô Christ dans toutes les églises du monde entier, et nous vous bénissons parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix! ». (Saint François d’Assise, Legenda Major 4: 3)

Chemin de Croix avec Marie

Texte fr. Manuel Rivero O.P.

Introduction

Marie, célébrée par la liturgie comme Notre Dame des douleurs, a accompagné son fils Jésus sur le chemin du Calvaire. Dans la chapelle du Rosaire de Vence (Alpes-Maritimes), l’artiste Matisse présente dans son Chemin de croix Marie qui marche devant son fils. Marie n’a pas ressenti uniquement la souffrance de son enfant comme toute mère peut l’éprouver dans ses entrailles maternelles. À la suite de Jésus, Marie priait méditant dans son cœur les paroles et les événements de la vie de son fils. Fille d’Israël, pleinement juive, Marie faisait aussi mémoire des paroles des prophètes qui avaient annoncé la venue du Messie Serviteur souffrant (Isaïe 52, 13 ; 53, 12). Dans les rues de Jérusalem, le vendredi saint, Marie communie à la Passion de Jésus tout en demeurant ancrée dans le mystère du Père que son propre fils lui a fait comprendre à travers ses prédications et la prière du Notre Père. La spiritualité mariale ne consiste pas à dire « Marie, Marie » mais à croire en Jésus. Marie ne nous demande pas de la regarder mais elle oriente notre cœur vers son fils : « Faites tout ce qu’il dira » (Jean 2, 5). La mort de Jésus élevé sur la croix conduit l’humanité au zénith de son histoire par son amour plus puissant que les puissances de mort. Avec Marie, guide et modèle des chrétiens, mettons nos pas dans les pas de Jésus qui avance librement vers la mort pour nous réconcilier avec son Père et notre Père, son Dieu et notre Dieu.

Première station : Jésus est condamné à mort

chemindecroix1De l’évangile selon saint Jean : « Pilate prend Jésus et le fait flagellé. Les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posent sur la tête, et ils le revêtent d’un manteau de pourpre ; et ils s’avancent vers lui et disent : “Salut, roi des Juifs ! ” Et lui donnent des coups. De nouveau, Pilate sort dehors et leur dit : “Voyez, je vous l’amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.” Jésus sort donc dehors, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : “Voici l’homme !” Lorsqu’ils le voient, les grands prêtres et les gardes vocifèrent, disant : “Crucifie-le ! Crucifie-le !” Pilate leur dit : “Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation.” Les Juifs lui répliquent : “Nous avons une loi et d’après cette loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu” » (Jean 19, 1-7). D’après les autorités juives Jésus est condamné à mort pour blasphème. De son côté, Pilate craint la réaction de la foule manipulée par les grands prêtres et la mauvaise image de marque auprès de César qui découlerait d’une éventuelle agitation politique à Jérusalem. Sa carrière pourrait être compromise. Il s’agit d’un procès truqué où les responsables juifs et romains se renvoient mutuellement la balle. Pilate publiquement se lave les mains : « Je ne suis pas responsable de ce sang ; à vous de voir » (Matthieu 27, 24). « Voici l’homme ! », voici l’homme parfait sans idée du mal, conduit à la mort comme un agneau à l’abattoir. Seigneur Jésus, par les souffrances de ta Passion, nous te prions de nous délivrer de l’aveuglement, de l’orgueil et de la jalousie. Accorde-nous le discernement, la droiture et la force nécessaire pour vaincre le mal par le bien même dans la persécution.

Deuxième station : Jésus est chargé de sa croix

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Du prophète Isaïe : « Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison » (Isaïe 53, 3-5).Il y a le poids de la croix en bois, il y a le poids du péché de chaque homme. Jésus souffre dans son corps et dans son âme. Souffrance infinie à la mesure de son amour infini pour l’humanité. Seigneur Jésus, fils de David, aie pitié de nous, pécheurs.

Troisième station : Jésus tombe pour la première fois

 

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De l’évangile selon saint Jean : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd » (Jean 12, 24-25). Jésus qui a dit « sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5) tombe maintenant par terre sans forces. Lui, de condition divine, s’est dépouillé de la gloire qui était la sienne dès avant la fondation du monde. Devenu semblable aux hommes, il s’est abaissé jusqu’à porter une croix. Donnez-moi quelqu’un qui aime et il comprendra ce que Jésus fait ! Seigneur Jésus, apprends-nous à aimer comme toi. Délivre-nous de la volonté de puissance et de domination ! Fais-nous passer de l’amour qui prend à l’amour qui donne.

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Quatrième station : Jésus rencontre sa mère

chemindecroix4De l’évangile selon saint Luc : à Jérusalem, lors de la présentation de Jésus au temple, Syméon avait dit à Marie : « Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, – et toi-même, une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs » (Luc 2, 34-35). Sur le chemin du Calvaire, les hurlements de la foule et la souffrance de Jésus transpercent le cœur de Marie, sa mère. Il ne s’agit pas de se lamenter devant l’injustice. Il faut choisir et agir. Les uns injurient Jésus, Judas l’a trahi, Pierre l’a renié, d’autres l’ont oublié. Il y a débat en Israël : qui est cet homme, Jésus ? Les réponses apportées sont contradictoires. Dans les ténèbres du vendredi saint, la foi de Marie comme une petite flamme résiste aux vents contraires. Le cœur aimant et lumineux de Marie attire notre regard. Jésus pose son regard sur sa mère fidèle. En elle il peut contempler l’humanité telle que Dieu son Père l’a voulue. Aujourd’hui encore nous contemplons en Marie comme dans un miroir très pur l’humanité réussie, épanouie, en état de grâce, comblée de l’amour de Dieu à la mesure de sa foi. Seigneur Jésus, nous te prions pour les condamnés sans foi ni espoir ; nous te prions aussi pour leurs mères, remuées dans leurs entrailles, lors de leur emprisonnement ou de leur mort. Nous te confions ceux qui sont seuls dans la détresse. Fais de nous des artisans d’amitié. Accorde à chacun le regard aimant des proches dont il a besoin pour continuer à vivre et à espérer.

 

Cinquième station : Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix

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De l’évangile selon saint Luc : « Les soldats mettent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revient des champs, et le chargent de la croix pour la porter derrière Jésus » (Luc 23, 26). Simon de Cyrène n’a pas demandé à porter la croix. Il rentrait fatigué d’une journée de travail aux champs. Il méritait le repos à la maison. Nous pouvons imaginer les murmures de Simon qui se voit imposer une corvée : aider un condamné sur le chemin de la mort. Mais nous pouvons aussi imaginer Simon en train de découvrir le mystère de Jésus aidé par la proximité physique et le partage du poids de la croix. Il a pu alors changer d’avis transformé par l’amour si proche du Fils de Dieu fait homme et considérer ce vendredi saint comme le jour le plus important de son existence. Seigneur Jésus, apprends-nous à être généreux, à servir Dieu et les autres, à donner sans compter, à travailler sans chercher le repos, à nous dépenser pour les autres, sans attendre d’autre récompense que d’accomplir ta Volonté. (Saint Ignace de Loyola)

 

Sixième station : Véronique essuie la face de Jésus

chemindecroix6De l’épître aux Colossiens : « Jésus Christ est l’image du Dieu invisible, premier-né de toute créature » (Colossiens 1, 15). Nul n’a jamais vu Dieu. Jésus est l’image du Dieu invisible. Qui voit Jésus voit le Père. Celui qui entend la parole de Jésus entrevoit le mystère caché du Père. La Parole de Jésus fait voir Dieu. D’après une pieuse tradition, une femme nommée Véronique aurait essuyé le visage ensanglanté de Jésus dont les traits seraient restés gravés sur le linge en signe de la reconnaissance divine envers ce geste de compassion. L’étymologie de Véronique, « véritable image », fait bien penser au sens de cet événement : le visage de Jésus – Dieu fait homme – nous révèle le visage invisible du Père. Pour les chrétiens Dieu est Esprit et nulle image ne saurait le représenter correctement. En revanche, à la lumière du mystère de l’Incarnation, les artistes ont peint le visage humain, image de Dieu, qui rappelle le visage de Jésus. La connaissance de Dieu passe par des médiations terrestres dont la plus belle est celle du visage de l’homme, sommet et but de toute la création. Véronique nous rappelle que le moindre geste d’amour accompli envers quelqu’un concerne Jésus lui-même qui s’identifie à tout homme sans distinction de race ni de religion : « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les hommes c’est à moi que vous l’avez fait », dit Jésus (Matthieu 25,45). Pardon, Seigneur Jésus, de n’avoir pas voulu te reconnaître en chaque homme.

 

Septième station : Jésus tombe pour la deuxième fois

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Du psaume 90 : « Le malheur ne pourra te toucher, ni le danger approcher de ta demeure : Dieu donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Les anges te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres ; tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le dragon. » À la synagogue Jésus a chanté ce psaume. Et pourtant Jésus tombe pour la deuxième fois. Où est Dieu ? Que fait-il ? Pourquoi le saint subit-il des outrages alors que le méchant prospère ? Dans sa chair d’homme, semblable à la nôtre, Jésus fait l’expérience de la faiblesse et du découragement. Il continue de faire confiance à son Père. Parole donnée à son Père jamais reprise : « Voici, je suis venu pour faire ta volonté » (Hébreux 10, 9). Seigneur Jésus, délivre-nous du découragement qui est la tentation préférée du diable.

 

Huitième station : Jésus parle aux femmes qui le suivent

chemindecroix8De l’évangile selon saint Luc : « Le peuple, en grande foule, suit Jésus, ainsi que des femmes qui se frappent la poitrine et se lamentent sur lui. Se retournant vers elles, Jésus dit : “Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants !” » (Luc 23, 26-28). Jésus ne cherche pas à nous apitoyer sur son sort mais à éveiller notre conscience. Ce n’est pas celui qui pleure ou qui s’exclame « Seigneur, Seigneur » qui entrera dans le Royaume des cieux mais celui qui se reconnaît pécheur et qui change de mentalité et de conduite. Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où il y a la haine que je mette l’amour. Là où il y a l’offense que je mette le pardon. Là où il y a la discorde que je mette l’union. Là où il y a l’erreur que je mette la vérité. Là où il y a le désespoir que je mette l’espérance. Là où il y a les ténèbres que je mette la lumière. Là où il y a la tristesse que je mette la joie. Fais que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. (Saint François d’Assise)

 

Neuvième station : Jésus tombe pour la troisième fois

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Du psaume 34 : « Des gens se rient de ma chute, ils s’attroupent contre moi, ils m’éprouvent, moquerie sur moquerie, grinçant des dents contre moi. »

Par trois fois Jésus tombe, par trois fois il pardonne dans son cœur. C’est par ignorance qu’ils torturent Jésus. Ils ne l’auraient jamais fait s’ils avaient reconnu en lui le Saint d’Israël, le Seigneur de gloire (Actes des Apôtres 3, 17).

Seigneur Jésus, accorde-nous la grâce de ne faire à personne ce que nous redoutons pour nous.

 

Dixième station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

chemindecroix10De l’évangile selon saint Jean : « Les soldats prennent les vêtements de Jésus dont ils font quatre parts, une pour chaque soldat, et la tunique. Cette tunique était sans couture, tissée d’une pièce de haut en bas, ils se disent entre eux : “Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l’aura” » (Jean 19, 23-24). Jésus n’a pas révélé le mystère de son Père en déployant la puissance des armées ou la séduction de l’argent. Il a fait resplendir l’amour de Dieu par la folie de la croix. Jésus parle avec autorité car il fait ce qu’il dit. Doux et humble de cœur, il prêche par la parole et par l’exemple. En lui point d’égocentrisme ou de narcissisme. Né à Bethléem dans la pauvreté, Jésus va mourir sur le Calvaire dépouillé de sa réputation, de ses vêtements, de sa gloire divine tenue cachée sous le voile de sa chair. En danger de mort, il ne retire pas ses billes : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même » (sainte Thérèse de l’Enfant Jésus). Les paroles de l’Eucharistie s’accomplissent au cours de la Passion : « Voici mon corps livré pour vous ; voici mon sang versé pour vous ». Jésus donne sa vie pour le salut du monde dans un acte d’amour absolu et parfait : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15, 13). Sa tunique sans couture symbolise la vocation de l’Église appelée à vivre l’unité par la charité : « Que tous soient un, Père, comme tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean 17, 21). L’apôtre Paul exhorte les chrétiens à offrir leur existence en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu, à la suite du Christ qui offre sa vie et sa mort au Père. Seigneur Jésus, accorde-nous la grâce de t’offrir toute notre vie par amour sans partage.

Onzième station : Jésus est crucifié

chemindecroix11De l’évangile selon saint Matthieu : « Au Golgotha, les soldats donnent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel. L’ayant goûté, il ne voulut pas boire […] Les passants l’insultaient hochant la tête et disant : “Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix !” » (Matthieu 27, 40). « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ? » disent certains au moment de la maladie, de l’échec ou du deuil. Nous avons à passer d’une image de Dieu qui peut tout et qui n’agirait pas par mollesse ou distraction au véritable visage de Dieu manifesté par Jésus. Autrement nous resterions déistes mais pas chrétiens. Par la grâce de la foi, le disciple de Jésus croit que Dieu est venu habiter la souffrance et la mort de manière à les vaincre par l’énergie de sa résurrection. Ceux qui aiment entrevoient le sens de la Passion de Jésus. Il faut aller au-delà des apparences pour rejoindre le cœur – le Sacré Cœur – de Jésus. Seigneur Jésus, quand les gens se moquent de notre foi chrétienne, donne-nous la grâce de l’humilité et de la parole juste.

Douzième station : Jésus meurt sur la croix

chemindecroix12Accueillons dans notre âme les sept paroles du Christ en croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46) ; « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34) ; « J’ai soif » (Jean 19, 28) ; à sa mère lui montrant son disciple bien-aimé, Jean : « Femme, voici ton fils », au disciple : « Voici ta mère » (Jean 19, 26-27) ; au bon larron qui lui demandait « Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume », Jésus répondit : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23, 43) ; « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23, 46) ; « Tout est accompli » (Jean 19,30). Pitié, Seigneur, car nous avons péché !

Treizième station : Jésus est descendu de la croix et mis au tombeau

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« Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. Nicodème – celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus – vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de bandelettes, avec des aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs » (Jean 19, 38-40). Jésus est mort pour le salut de tous les hommes : Juifs et païens. Nicodème, notable juif de la secte des Pharisiens, est là sur le Calvaire. Le centurion romain, symbole des païens, s’est exclamé en voyant Jésus mourir : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Marc 15, 39). Seigneur Jésus, nous te prions pour tous les hommes afin qu’ils parviennent à la connaissance de ta Vérité et au salut par la foi.

Quatorzième station : Le tombeau vide…

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Au matin de Pâques, les apôtres et Marie-Madeleine trouvent le tombeau de Jésus vide. Dans la nuit, le tombeau est devenu le berceau du premier-né d’entre les morts (Colossiens 1, 18). Là où le péché avait abondé la grâce a surabondé (Romains 5, 20). Là où la mort avait abondé la Vie et la Résurrection ont surabondé. Comme la chrysalide se transforme en papillon, Jésus abaissé et enseveli a été relevé par l’énergie du Saint-Esprit. À l’image du grain de blé semé en terre qui devient épi, Jésus répand la grâce de la résurrection à la multitude de sœurs et de frères qui croient en lui. « Je te dis que si tu crois tu verras la gloire de Dieu » (Jean 11, 40).

 

 

 

Le Christ est ressuscité !

 

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Dieu Créateur de l’homme “à son image et ressemblance” (Gn 1,1-2,7).

Ces deux premiers chapitres du Livre de la Genèse sont certainement parmi les plus importants de la Bible. Avec eux, nous découvrons le projet de Dieu sur l’homme : qui est-il et pourquoi a-t-il été créé ? 

Aujourd’hui, prendre un peu de temps est de plus en plus difficile… Et pourtant, sûrs d’être devant un trésor, nous ne pouvons que vous inviter à lire tranquillement ces quelques pages… Nous vous avons laissé parfois le texte en hébreu (langue de l’Ancien Testament) et en grec (traduction grecque de l’Ancien Testament par la communauté juive d’Alexandrie à partir du 3° s avant JC), avec toujours une traduction littérale jointe, ce qui permet souvent de “goûter” un peu plus la richesse du texte biblique… 

L’homme est une créature unique, la seule à avoir été créée “à l’image et ressemblance de Dieu” (Gn 1), la seule qui doit sa vie à l’action directe de Dieu en elle par le Don de son Souffle de vie, l’Esprit Saint (Gn 2). Et Dieu qui “Est Esprit” (Jn 4,24) nous a tous suscités dans la vie en créatures spirituelles pour vivre en “face à face” avec lui: le regarder, l’écouter, le comprendre, lui répondre… Et cette relation du Père avec ses enfants est, pour lui comme pour nous, source de joie… Au ciel, par delà notre vie ici-bas, nous partagerons, nous l’espérons, la Plénitude de son Être, de sa Lumière et de sa Vie… Nous avons tous été créés pour cela… “Là” est le vrai Bonheur, le seul qui dure, toujours possible grâce à l’Amour Fidèle et Miséricordieux de Dieu, qui le veut pour chacun d’entre nous plus que nous-mêmes… Et ce Trésor, il est possible de le pressentir dès maintenant, et cela au coeur même de toutes nos épreuves, nos difficultés, nos souffrances… “Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru” (Jn 20,29)… 

La mise en ligne de l’hébreu et du grec est complexe sur Word Press… C’est pourquoi, pour ces raisons purement pratiques, nous vous invitons à lire le texte PDF ci-joint, et mieux, si possible, à l’imprimer… Plein de bonnes choses à vous,

D. Jacques Fournier

Crédo Biblique – SI (2) Document PDF pour lecture et impression éventuelle

 




La Résurrection du Christ, à la lumière des textes du Nouveau Testament

En 1993, la Commission Théologique Internationale a publié une étude intitulée : « Quelques questions actuelles concernant l’Eschatologie », c’est à dire « les fins dernières »… C’est à partir de ce travail que nous allons regarder le Mystère de la Résurrection du Christ, en nous basant essentiellement sur les témoignages de celles et ceux qui l’ont vu Ressuscité, tels qu’ils nous sont rapportés dans le Nouveau Testament…

Pour des raisons pratiques de mise en page du document, et donc pour vous faciliter la lecture, nous vous invitons à cliquer sur le document PDF ci-joint… Plein de bonnes choses à vous…

D. Jacques Fournier

La Résurrection du Christ : document PDF pour lecture et éventuelle impression.