« Une foule immense au ciel chante le triomphe du Christ » (Ap 19,1-10)

            Ap 19,1-10 : Après quoi j’entendis comme un grand bruit de foule immense au ciel, qui clamait :

                        Alleluia ! Salut et gloire et puissance à notre Dieu,

(2)                   car ses jugements sont vrais et justes :

                        il a jugé la Prostituée fameuse

 

                        qui corrompait la terre par sa prostitution,

                        et vengé sur elle le sang de ses serviteurs.

(3)       Puis ils reprirent :

                        Alleluia !

                        Oui, sa fumée s’élève pour les siècles des siècles !

(4)       Alors, les vingt-quatre Vieil

 

lards et les quatre Vivants se prosternèrent pour adorer Dieu, qui siège sur le trône, en disant :

                        Amen, alléluia !

(5)       Puis une voix partit du trône :

                        Louez notre Dieu, vous tous qui le servez,

                        et vous qui le craignez, les petits et les grands.

(6)      Alors j’entendis comme le bruit d’une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux, comme le grondement de violents tonnerres ; on clamait :

    

jésus christ 1

                    Alleluia ! Car il a pris possession de son règne,

                        le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout.

(7)                  Soyons dans l’allégresse et dans la joie,

                        rendons gloire à Dieu,

                        car voici les noces de l’Agneau,

                        et son épouse s’est faite belle :

(8)                  on lui a donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante

                        – le lin, c’est en effet les bonnes actions des saints.

(9)       Puis il me dit : Écris :

                        Heureux les gens invités au festin de noce de l’Agneau.

                        Ces paroles de Dieu, ajouta-t-il, sont vraies.

(10)    Alors je me prosternai à ses pieds pour l’adorer, mais lui me dit :

            Non, attention, je suis un serviteur comme toi et comme tes frères

            qui possèdent le témoignage de Jésus. C’est Dieu que tu dois adorer.

            Le témoignage de Jésus, c’est l’Esprit de prophétie.

 

117

  Christ Roi, Mosaïque de la Basilique St Marc (Venise)

          « Après avoir consacré deux chapitres à la chute de Babylone (Ap 17 et 18), dont la contrepartie positive (le salut de Jérusalem) en compte autant (Ap 21 et 22), Jean a placé au centre de la dernière section deux autres chapitres (Ap 19 et 20), dédiés à la victoire totale et absolue du Christ ressuscité sur les forces du mal. La symétrie est parfaite, et entier le renversement de perspective : tout est orienté désormais vers la contemplation et l’acclamation du salut final » (PRÈVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse » (Bayard Éditions / Centurion ; Paris 1995) p. 146).

            « Trois » catégories de personnes s’étaient lamentées sur la chute de Babylone qui, ne l’oublions pas, représente ici Rome et son empire : « les rois de la terre » (Ap 18,9), « les trafiquants » (18,15) et les marins (18,17). Et cette chute, bien que non encore arrivée, est considérée comme déjà accomplie… Ce n’est plus qu’une question de temps… D’où cette louange “ au ciel”», une perspective qui ne peut qu’encourager l’espérance des chrétiens qui souffrent encore, au moment où Jean écrit, de cette persécution déclenchée par les romains…

            A ces « trois » lamentations vont succéder « trois » louanges : « la foule immense au ciel » (Ap 19,1-3.6.8), puis « les vingt quatre Anciens et les quatre Vivants » (19,4) et enfin « une voix qui venait du trône » (19,5). Ce chiffre « trois » reviendra souvent par la suite : il renvoie dans la Bible à Dieu en tant qu’il agit, et souligne ainsi que cette victoire sur le mal est Son Œuvre… « La foule immense au ciel » des saints et des anges « clamait » ainsi : « Alléluia ! », c’est-à-dire en hébreu « Louez Dieu ! ». Ce mot n’intervient qu’ici dans tout le Nouveau Testament, et quatre fois (Ap 19,1.3.4.6), un chiffre qui est symbole d’universalité (les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est et l’ouest) : toute la création, visible et invisible, est invitée à chanter les louanges du Dieu Sauveur, une louange est elle-même constituée de « trois » termes : « Salut, gloire et puissance à notre Dieu ». C’est donc bien Dieu qui a agi et fait naître cette louange…

alléluia louange

« Le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6,23), écrit St Paul, au sens d’absence de Plénitude de vie. Or « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ez 18,23.32 ; 33,11). Pour lui permettre ce changement, Dieu ne va pas cesser de lui manifester son Amour, sa Tendresse, et sa Miséricorde en lui offrant inlassablement son pardon pour toutes les fautes qu’il a pu commettre. Il l’aidera ainsi à prendre conscience, petit à petit, que ce mal le tue et le prive d’une qualité de vie incomparable, celle de Dieu lui-même… Or Dieu nous a tous créés pour sa vie : son seul désir est donc de la voir régner en nos cœurs en Plénitude… 

Christ Rédempteur (Rio de Janeiro)

« Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés… Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit », « l’Esprit qui vivifie » (Ac 3,19, 2,38 ; Jn 6,63). Voilà le seul et unique désir de Dieu pour chacun d’entre nous, sans exception, Lui qui « veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3).  Il luttera donc inlassablement avec les pécheurs et pour les pécheurs contre le mal qu’ils commettent, un mal qui finalement les détruit… 

C’est ainsi qu’il faut comprendre le thème du jugement… Dieu ne juge jamais au sens de « condamner »… En effet, « il a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17 ; 8,11 ; 6,37-40). Tous les pécheurs sont en effet toujours et avant tout ses enfants : il les regarde avec amour et ne désire que leur bien… Et c’est justement parce qu’il ne désire que leur bien qu’il ne peut supporter ce qui les opprime, les blesse et les détruit… « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui commet le mal » (Rm 2,9 ; 5,12 ; 6,23)… Christ Rédempteur (Rio de Janeiro, de nuit)Aussi va-t-il se battre avec la toute Puissance de son Esprit de Tendresse, de Douceur et de Paix contre ce mal qui sème la désolation parmi ses enfants, aussi bien au cœur de tous ceux et celles qui le commettent que dans la vie de tous ceux et celles qui le subissent… Et en Jésus Christ, son Amour va le vaincre… Ainsi, le mal est-il irrémédiablement condamné, dès maintenant et pour toujours : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,31-32), pour leur proposer le salut, le pardon et la paix…

Ainsi, « le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau » (Ap 7,10). « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés! –, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus » (Ep 2,4-6). Mais si, du côté de Dieu, tout est donné gratuitement, par amour, en surabondance (Jn 10,10 ; Rm 5,20 ; 2Co 1,5 ; 7,4 ; 9,10.14 ; 1Th 1,5 ; 1Tm 1,14 ; 1P 1,2) encore faut-il de notre côté consentir à recevoir ce don de Dieu… C’est la foi (cf. Ep 2,8)… Croire, c’est recevoir et finalement obéir à Celui qui veut tout nous donner…

Christ Rédempteur-Rio-de-Janeiro

Jn 1,12 :         A – « A tous ceux qui l’ont accueilli (le Verbe, le Fils Unique),

                                                                 B – il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu,

                        A’ – à ceux qui croient en son nom ».

 

 Esprit Saint           On le voit bien avec ce verset de St Jean : « croire au Nom de Jésus Christ », c’est « l’accueillir »… Or le Christ ne cesse de donner, dans sa Miséricorde, ce pardon qui nous permet jour après jour de nous détacher de tout ce qui nous prive de la Plénitude de la Vie … Ainsi, accueillir le Christ Miséricordieux, c’est recevoir de lui « la possibilité de devenir enfants de Dieu », vivants pleinement de sa Vie par « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25)…

           Mais accueillir le pardon du Christ Sauveur, c’est tout à la fois accepter de reconnaître le mal que nous avons pu faire, et le regretter de tout cœur… Alors, ce repentir sincère pourra recevoir en vérité le pardon de Dieu, et avec lui la Paix, la Lumière et la Vie dont nous étions privés par suite de nos fautes… « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3,23) ? « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée » (Jn 17,22)… Alors, « salut, gloire et puissance à notre Dieu » (Ap 19,1)…

            Nous l’avons dit, « s’il a jugé la prostituée fameuse qui corrompait la terre de sa prostitution » (Ap 19,2), Rome et son empire, ce jugement est « condamnation du mal commis » et « volonté de sauver les pécheurs »… « Je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus » dit Jésus à la femme surprise en flagrant délit d’adultère (Jn 8,11). Il en est 

Christ bénissant (Icône copte)

de même ici : condamnation du mal et des persécutions menées par l’empire romain, et volonté de sauver tous ceux qui ont participé à ces persécutions… Et si vraiment « le sang des serviteurs » de Dieu tombe sur eux, mêlé à Celui du Christ, le Serviteur par excellence, il sera « le sang de l’Alliance répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28 ; 27,25). Heureux alors seront-ils s’ils acceptent de se repentir en vérité de tout le malqu’ils ont pu commettre… Par ce repentir, ils recevront les fruits de la Croix, le nouvel « arbre de vie » (Gn 2,9 ; Jn 6,51-58 ; Ep 1,7 ; 2,13 ; Col 1,20 ; Hb 9,14 ; 1P 1,18-20 ; 1Jn 1,7), car « c’est pour eux que le Père a ressuscité son Serviteur et l’a envoyé les bénir, du moment que chacun d’eux se détourne de ses perversités » (Ac 3,26)… 

 

            Par sa mort et sa résurrection, le Christ a donc vaincu le mal et la mort… D’une manière ou d’une autre, tôt ou tard, ces persécutions cesseront, c’est une certitude… Aussi, « la foule immense du ciel » chante déjà : « Alléluia ! Oui, la fumée de Rome et de son empire s’élève pour les siècles des siècles ! » Alors, « les vingt quatre Vieillards » qui représentent toute la communion des saints au ciel, ceux de l’ancienne Alliance et ceux de la Nouvelle, et « les quatre Vivants » qui eux renvoient à l’action de Dieu sur toute la terre, soulignent à quel point la victoire revient à « celui qui siège sur le Trône » et à lui seul : « Amen », « oui, c’est vrai » en hébreu, « Alléluia ! », « louez Dieu » ! 

Vézelay, fraternité monastique de Jérusalem en prière

  Fraternité monastique de Jérusalem, Vézelay.

          « Et une voix partit du trône : « Louez notre Dieu, vous tous qui le servez, et vous qui le craignez, les petits et les grands. » » « Trois » verbes servent à décrire l’attitude des serviteurs de Dieu… Nous avons vu que le chiffre « trois » renvoie à Dieu en tant qu’il agit : cette attitude sera donc avant tout, en eux et dans leur vie, le fruit de la grâce reçue de Dieu… « Ils le craignent », c’est-à-dire ils tiennent compte de lui, ils l’écoutent, ils lui obéissent, ils gardent sa parole, en un mot, ils l’aiment… Et tel est bien le fruit de « l’Esprit de crainte du Seigneur », un des multiples dons de l’Esprit décrit en Isaïe 11,1‑3. « Moi, je vais les rassembler de tous les pays » où ils furent dispersés par suite de leurs fautes, écrit le prophète Jérémie. « En ce lieu je les ramènerai et les ferai demeurer en sécurité. Alors ils seront mon peuple et moi, je serai leur Dieu (formule de l’Alliance). Je leur donnerai un seul cœur et une seule manière d’agir, de façon qu’ils me craignent toujours, pour leur bien (« Bien, bon, bonheur » est un seul et même mot en hébreu.) et celui de Paris Surréalistes+annexesleurs enfants après eux. Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien et je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu’ils ne s’écartent plus de moi. Je trouverai ma joie à leur faire du bien et je les planterai solidement en ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme » (Jr 32,37-41). Si Dieu est « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13 ; 17,13), si nous avons tous été créés pour cette Eau Vive de l’Esprit qui, seule, peut nous apporter le vrai et profond bonheur du cœur, alors, le plus grand cadeau que Dieu peut offrir aux pécheurs que nous sommes, est de faire en sorte que nous ne nous écartions plus jamais de cette Source de Vie… C’est la prière du prêtre juste avant la communion : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, selon la volonté du Père et avec la puissance du Saint Esprit, tu as donné, par ta mort, la vie au monde ; que ton corps et ton sang me délivrent de mes péchés et de tout mal ; fais que je demeure fidèle à tes commandements et que jamais je ne sois séparé de toi », une prière qui rejoint le désir de Dieu pour chacun d’entre nous… « Je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu’ils ne s’écartent plus de moi »…

 Sourds-muets-et-aveugles-en-fete-avec-le-pape-Francois_article_popin           Les serviteurs de Dieu « le craignent et le servent » (Ap 19,5). Or, dit Jésus, « là où Je Suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26). Or Jésus est « dans le Père » (Jn 14,10), uni au Père dans la Communion d’un même Esprit (Jn 10,30), qui est Plénitude de Vie et de Joie… Aussi, « louez notre Dieu, les petits et les grands », c’est-à-dire tous les serviteurs de Dieu qui, par le « oui ! » de leur foi, un « oui ! » de tout cœur et qui engage toute leur vie, sont entrés dans « la joie de leur Seigneur » (Mt 25,21.23)…

            Et c’est bien ce qui arrive… Ils vont louer Dieu, source de leur joie profonde, une joie reçue gratuitement de la Miséricorde de Celui qui ne désire que leur joie… Pour décrire cette louange, l’auteur va employer à nouveau « trois » expressions, pour souligner à nouveau combien tout est don de Dieu… « Le bruit d’une foule immense » est celui de la communion des saints (Souvenons-nous des « 144 000 », un chiffre qui apparaît « trois » fois dans le Livre de l’Apocalypse : Ap 7,4 ; 14,1.3… Ils représentent la multitude des sauvés de tous les temps : 12 (tribus d’Israël : tout le temps de l’ancienne Alliance, avant le Christ) x 12 (Apôtres : tout le temps de la Nouvelle Alliance, après la mort et la st jeanrésurrection du Christ) x 1000 (symbole d’une multitude innombrable, la culture hébraïque n’ayant pas la notion d’infini)…) et des anges déjà évoquée en 19,1. Puis « le mugissement des grandes eaux » évoque « la voix de Dieu » (cf. Ap 1,15), « la voix de l’Esprit » (Jn 3,8), un Esprit auquel participe la multitude des sauvés ; poussés par cet Esprit, leur voix se joint donc à celle de Dieu pour exprimer une seule et même Joie : la Joie de Dieu (Ap 14,1-5)… Enfin, le « grondement de violents tonnerres » renvoie aux manifestations divines (Ex 19,16-25 ; 20,18 ; Ap 4,5 ; 6,1 ; 8,5 ; 11,19 ; 16,18)… Tout le ciel chante donc la Joie d’un bonheur donné, la Joie d’un bonheur reçu… « Alléluia ! » 

« Alleluia ! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout ». Or, que veut dire pour Dieu « prendre possession de son Règne » ? C’est la Lumière qui vient régner dans les ténèbres, pour tous ceux et celles qui étaient dans ces « régions sombres de la mort » (Mt 4,16-17 ; Lc 1,76-79)… C’est la vie qui vient arracher tous ceux et celles qui étaient pris dans les filets du péché et de la mort (Ps 25(24),15 ; 31(30),3-9 ; 124(123))… C’est la Miséricorde qui vient toujours dire le dernier mot dans sa rencontre avec notre misère (Ps 130(129),4 ; 103(102),1-13)… C’est la force qui vient relever et soutenir notre faiblesse (2Co 12,7-10 ; Ph 4,13)… En un mot, c’est le salut, le bonheur retrouvé et la paix pour tous ceux et celles qui étaient perdus par suite de leurs Visage de Jésusfautes… « Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : « Ton Dieu règne. » C’est la voix de tes guetteurs : ils élèvent la voix, ensemble ils poussent des cris de joie, car ils ont vu de leurs propres yeux le Seigneur qui revient à Sion. Ensemble poussez des cris, des cris de joie, ruines de Jérusalem ! car le Seigneur a consolé son peuple, il a racheté Jérusalem. Le Seigneur a découvert son bras de sainteté aux yeux de toutes les nations, et tous les confins de la terre ont vu le salut de notre Dieu » (Is 52,7-10). Nous le voyons avec ce texte d’Isaïe, « ton Dieu règne » est synonyme pour Israël pécheur de bonne nouvelle, de salut, de rachat, de consolation, de joie et de paix… Alors, « que ton Règne vienne, sur la terre comme au ciel ! »

            « Il a pris possession de son règne » ? « Soyons donc dans l’allégresse et la joie » car Dieu a remporté la victoire en Jésus Christ sur tout ce qui s’oppose au plein épanouissement de la vie ! « Rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l’Agneau, et son épouse s’est faite belle : on lui a donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante – le lin, c’est en effet les bonnes actions des saints. Puis il me dit : « Écris : Heureux les gens invités au festin de noce de l’Agneau. Ces paroles de Dieu, ajouta-t-il, sont vraies » (Ap 19,6-9). Nous avons ici un résumé de l’Evangile… « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils dans le monde »… « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous »… « Le Christ Jésus ayant la condition de Dieu ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes, reconnu homme à son aspect » (Jn 3,16 ; 1,14 ; Ph 2,6-11), il s’est pleinement christ-souriant-04uni à notre condition humaine pour nous donner, à nous pécheurs, d’être pleinement unis à sa condition divine. Telles sont les Noces de l’Agneau. Avec son Fils et par son Fils, Dieu nous a rejoints, par amour. Si nous l’acceptons, il vient s’unir à nous pour nous arracher à toutes nos ténèbres et nous donner de pouvoir partager sa Lumière et sa Vie (cf. Col 1,12-14 ; Jn 8,12 ; 12,46). Tout ceci se réalise très concrètement par le don de l’Esprit Saint… « Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit » (1Co 12,13). Alors, quiconque le reçoit par le « oui » de sa foi, donné librement au jour de son baptême ou de sa confirmation, « s’unit ainsi au Seigneur : il est avec lui un seul Esprit » (1Co 6,17). Il était « impudique, idolâtre, adultère, dépravé, ivrogne, insulteur, rapace » ? « Il a été lavé, il a été sanctifié, il a été justifié par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Co 6,9-11). Car dans le mystère de ses noces, « le Christ a aimé l’Eglise », son épouse. « Il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5,25-27). Grâce à Lui, « son épouse s’est donc faite belle » (Ap 19,8)… 

Feuille lumière vieEt « c’est bien par la grâce qu’elle est sauvée, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ep 2,8‑10). Les bonnes œuvres ne nous méritent donc pas la grâce : elles en sont la conséquence ! Ce n’est pas parce que nous accomplissons des bonnes œuvres que Dieu nous donne sa grâce, mais gratuitement, par amour. Et en nous comblant de grâce, il nous donne de pouvoir accomplir des bonnes œuvres. « On lui a donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante – le lin, c’est en effet les bonnes actions des saints » (Ap 19,8), c’est-à-dire des pécheurs sanctifiés gratuitement, par amour, par le don de l’Esprit Saint.

Les bonnes œuvres sont donc le fruit de la Présence en nous de l’Esprit Saint reçu dans la foi… « Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur ; conduisez-vous en enfants de lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité » (Ep 5,8‑9). « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5). « Le fruit de la lumière » est donc « le fruit de l’Esprit », une expression reprise par St Paul en Ga 5,22s : « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soiPuisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir ». Ainsi, « il ne s’agit pas de l’homme qui veut et qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rm 9,16), et qui « selon sa grande miséricorde, efface notre péché, nous lave tout entier de nos fautes, nous purifie de nos offenses » et « crée en nous un cœur pur ». Notre « esprit, au fond de nous est alors renouvelé, raffermi ». « L’Esprit généreux nous soutient » (Ps 51(50)) et nous donne de pouvoir accomplir de « bonnes actions », dans la joie de l’Esprit. « Que celui qui donne le fasse sans calcul ; celui qui préside, avec diligence ; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie » (Rm 12,8 ; 14,17 ; 15,13 ; Ac 13,52)… « Heureux donc les gens invités au festin de noce de l’Agneau », quatrième béatitude d’un Livre qui en compte sept en signe de perfection et de plénitude (Ap 1,3 ; 14,13 ; 16,15 ; 19,9 ; 20,6 ; 22,7.14)… Le seul bonheur vrai, profond et plénier vient de Dieu et de Dieu seul…

ESPRIT SAINT 1

Alors St Jean se prosterne aux pieds de l’ange, mais tout de suite ce dernier le reprend : « Non, attention, je suis un serviteur comme toi et comme tes frères qui possèdent le témoignage de Jésus. C’est Dieu que tu dois adorer ». Et, précise-t-il, « le témoignage de Jésus, c’est l’Esprit de prophétie » (Ap 19,10), l’Esprit Saint qui rend témoignage à Jésus au plus profond des cœurs (Jn 15,26 ; 1Jn 5,6.10), un témoignage qui est de l’ordre de la Vie (1Jn 5,11). Cet « Esprit de prophétie » permet de « connaître le Mystère de la volonté de Dieu, ce dessein bienveillant qu’il a formé en lui par avance pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres ». En illuminant les yeux du cœur, il nous donne de pressentir « l’à-venir » que Dieu prépare à tous les hommes ses enfants, « les trésors de gloire de son héritage parmi les saints » (Ep 1,9-10 ; 1,17‑23)…

                                                                                               D. Jacques Fournier

 

 

AP – SI – Fiche 30 – Ap 19,1-10 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Les sept fléaux des sept coupes (Ap 15,5-16,21)

           Après quoi, ma vision se poursuivit. Au ciel s’ouvrit le temple, la Tente du Témoignage, (6) d’où sortirent les sept Anges aux sept fléaux, vêtus de robes de lin pur, éblouissantes, serrées à la taille par des ceintures en or. (7) Puis, l’un des quatre Vivants remit aux sept Anges sept coupes en or remplies de la colère du Dieu qui vit pour les siècles des siècles. (8) Et le temple se remplit d’une fumée produite par la gloire de Dieu et par sa puissance, en sorte que nul ne put y pénétrer jusqu’à la consommation des sept fléaux des sept Anges. 

            (16, 1) Et j’entendis une voix qui, du temple, criait aux sept Anges : Allez, répandez sur la terre les sept coupes de la colère de Dieu. (2) Et le premier s’en alla répandre sa coupe sur la terre; alors, ce fut un ulcère mauvais et pernicieux sur les gens qui portaient la marque de la Bête et se prosternaient devant son image. (3) Et le deuxième répandit sa coupe dans la mer ; alors, ce fut du sang – on aurait dit un meurtre ! – et tout être vivant mourut dans la mer. (4) Et le troisième répandit sa coupe dans les fleuves et les sources; alors, ce fut du sang. (5) Et j’entendis l’Ange des eaux qui disait : Tu es juste, Il est et Il était , le Saint, d’avoir ainsi châtié ; (6) c’est le sang des saints et des prophètes qu’ils ont versé, c’est donc du sang que tu leur as fait boire, ils le méritent ! (7) Et j’entendis l’autel dire : Oui, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, tes châtiments sont vrais et justes. (8) Et le quatrième répandit sa coupe sur le soleil ; alors, il lui fut donné de brûler les hommes par le feu, (9) et les hommes furent brûlés par une chaleur torride. Mais, loin de se repentir en rendant gloire à Dieu, ils blasphémèrent le nom du Dieu qui détenait en son pouvoir de tels fléaux. (10) Et le cinquième répandit sa coupe sur le trône de la Bête ; alors, son royaume devint ténèbres, et l’on se mordait la langue de douleur. (11) Mais, loin de se repentir de leurs agissements, les hommes blasphémèrent le Dieu du ciel sous le coup des douleurs et des plaies. (12) Et le sixième répandit sa coupe sur le grand fleuve Euphrate; alors, ses eaux tarirent, livrant passage aux rois de l’Orient. (13) Puis, de la gueule du Dragon, et de la gueule de la Bête, et de la gueule du faux prophète, je vis surgir trois esprits impurs, comme des grenouilles – (14) et de fait, ce sont des esprits démoniaques, des faiseurs de prodiges, qui s’en vont rassembler les rois du monde entier pour la guerre, pour le grand Jour du Dieu Maître-de-tout. – (15) (Voici que je viens comme un voleur : heureux celui qui veille et garde ses vêtements pour ne pas aller nu et laisser voir sa honte.) (16) Ils les rassemblèrent au lieu dit, en hébreu, Harmagedôn. (17) Et le septième répandit sa coupe dans l’air; alors, partant du temple, une voix clama : C’en est fait ! (18) Et ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres, avec un violent tremblement de terre ; non, depuis qu’il y a des hommes sur la terre, jamais on n’avait vu pareil tremblement de terre, aussi violent ! (19) La Grande Cité se scinda en trois parties, et les cités des nations croulèrent ; et Babylone la grande, Dieu s’en souvint pour lui donner la coupe où bouillonne le vin de sa colère. (20) Alors, toute île prit la fuite, et les montagnes disparurent. (21) Et des grêlons énormes – près de quatre-vingts livres ! – s’abattirent du ciel sur les hommes. Et les hommes blasphémèrent Dieu, à cause de cette grêle désastreuse ; oui, elle est bien cause d’un effrayant désastre.

 

 

            Comme l’indiquent les notes de nos Bibles, les allusions aux fléaux qui frappèrent les Egyptiens avant le départ de Moïse et du Peuple de Dieu se multiplient : l’ulcère mauvais et pernicieux (Ap 16,2 ; Ex 9,8-11), l’eau qui se change en sang (Ap 16,4 ; Ex 7,14-24), les ténèbres (Ap 16,10 ; Ex 10,21-23), les grenouilles (Ap 16,13 ; Ex 8,2-3), les grêlons énormes (Ap 16,21 ; Ex 9,22-26)… Cinq allusions… Or le chiffre cinq dans la Bible renvoie à la Loi, à la Parole de Dieu : la première partie de l’Ancien Testament, « la Loi » ou « la Torah » pour les Juifs, est en effet constituée de cinq livres… A travers ces allusions au Livre de l’Exode, Dieu adresse donc une Parole aux chrétiens persécutés par l’empire romain : tout comme Dieu sut vaincre autrefois les Egyptiens, il saura vaincre les Romains, ce n’est plus qu’une question de temps. Le premier fléau, « l’ulcère mauvais et pernicieux », s’abat d’ailleurs sur eux et sur tous ceux qui collaboraient avec eux, « ces gens qui portaient la marque de la Bête et se prosternaient devant son image ». Ce sont donc les premiers à faire le mal qui sont touchés, et nous retrouvons avec eux cette vérité générale : le mal commence par blesser celui qui le commet… Mais avec Dieu, il n’aura jamais le dernier mot. Après le temps de l’oppression, viendra pour ceux qui en souffrent celui de la libération et de l’entrée en Terre Promise. A l’époque de St Jean comme à la nôtre, cette Terre est à comprendre en termes de Royaume des Cieux, Mystère de Communion dans l’unité d’un même Esprit offert dès maintenant à notre foi (cf. Mt 12,28 ; Rm 14,17 ; Ep 4,3). Dans cette Communion, Dieu console tous ceux qui souffrent (2Co 1,3-7), il soutient les opprimés et encourage ceux qui ne savent plus quoi espérer (2Co 4,6-12). Certes, les épreuves sont toujours là, mais Dieu commence par son Esprit à mettre très concrètement en œuvre ce Jour où « il n’y aura plus de mort, de pleur, de cri et de peine », car l’ancien monde s’en sera allé (Ap 21,1-5 ; 7,13-17)… Mais cette disparition du mal pour celui qui en souffre n’est pas synonyme de destruction pour celui qui le commet. En effet, ce dernier se blesse lui aussi à « mort » (Rm 5,12 ; 6,23) en le faisant et « Dieu ne veut pas la mort du méchant, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ez 33,11 ; 18,23.32)… Mais hélas, malgré toutes ces épreuves qu’ils provoquent finalement eux-mêmes, « loin de se repentir en rendant gloire à Dieu », beaucoup continuèrent à « blasphémer le nom de Dieu » (Ap 16,9.11)…

misericordia

            Notons que ce refus de se repentir[1] fait encore écho au Livre de l’Exode où malgré les fléaux, le Pharaon d’Egypte refusait d’accéder aux demandes répétées de Moïse de laisser partir le Peuple de Dieu (Ex 7,13.22 ; 8,15 ; 9,35…). Et pourtant, malgré toutes ces résistances, c’est bien ce qui finira par arriver… Dieu finalement sera vainqueur, mais que de souffrances et de peines auraient pu être évitées s’ils avaient accepté de se convertir… Et c’est ce qui arrivera enfin au 4° siècle : l’empereur Constantin se convertira et les persécutions cesseront…

            A la lumière de toutes ces références au livre de l’Exode, nous voyons bien qu’il ne faut pas interpréter littéralement tous ces fléaux, et penser qu’ils arriveront tels quels dans l’histoire des hommes… Le message que St Jean veut faire passer est le suivant : des épreuves frapperont le monde par suite de la méchanceté des hommes (Mt 24,4-14). Mais Dieu est présent au cœur de notre histoire. Par son Esprit, il soutient l’innocent qui souffre et aide à combattre l’injustice par les armes de la douceur et de la paix… Et par ce même Esprit, il ne cesse de frapper à la porte de celui qui commet le mal pour l’inviter à la conversion, cette attitude de cœur qui lui permettra à lui aussi de trouver la vraie Vie et la vraie Paix, grâce à la Miséricorde Toute Puissante de Dieu… Alors, s’ils ont versé le sang du Christ et « le sang des saints et des prophètes », c’est ce même sang que Dieu leur offrira à boire « en rémission des péchés », pour leur salut (Ap 16,6 ; Mt 26,28)… Voilà ce que « mérite » leur grande misère… Car « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20)…

 

Lionello Spada (1576-1622), le retour de l'enfant prodigue

 Lionello Spada (1576-1622), le retour de l’enfant prodigue

           C’est donc par sa Miséricorde que Dieu a remporté en Jésus Christ la victoire sur toute forme de mal. Cette victoire est encore symbolisée dans notre passage par ces « esprits démoniaques, impurs, faiseurs de prodiges, qui sortent de la gueule du Dragon, de la gueule de la Bête et de la gueule du faux prophète » (Ap 16,13-14). Notons tout d’abord que ces « esprits impurs » peuvent accomplir des « prodiges »… Attention donc aux signes et merveilles que nous pouvons voir : ils ne viennent pas forcément de Dieu et demandent un discernement… Le Christ Lui-même nous a mis en garde : « Si quelqu’un vous dit : “Voici : le Christ est ici!” ou bien : “Il est là!”, n’en croyez rien. Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. Voici que je vous ai prévenus » (Mt 24,23-24). C’est ce que St Jean nous répète ici avec ces « esprits impurs, faiseurs de prodiges » qui agissent par « la gueule du faux prophète »… Mais qu’ils viennent « de la gueule du Dragon », Satan, ou de celle de « la Bête », l’empire romain persécuteur, ou de celle encore du « faux prophète », s’ils rassemblent « les rois du monde entier pour la guerre », ce sera au lieu dit « en hébreu Harmagedôn », « c’est-à-dire la montagne de Meggido », nous précise en note la Bible de Jérusalem. « Cette ville de la plaine qui borde la chaîne du Carmel, lieu de la défaite du roi Josias, (2 R 23,29s), reste un symbole de désastre pour les armées qui s’y rassemblent (cf. Za 12,11) »… Et voilà une nouvelle annonce indirecte de la victoire de Dieu sur le mal…

dieu vous aime

            Cette annonce est encore reprise et abondamment développée par la suite pour « la Grande Cité, Babylone la grande », Rome, qui renvoie à tout l’empire romain… Il commencera par « se diviser », et « tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine » (Mt 12,25)… Ses alliés en effet se retourneront contre elle et contribueront à son déclin (Ap 17,16-18). Elle-même se scindera « en trois », un chiffre qui évoque « Dieu en tant qu’il agit »… Et Dieu agit par sa simple Présence au cœur de l’histoire, une Présence évoquée en Ap 16,18 par « les éclairs, les voix, le tonnerre » (encore le chiffre trois). Or, Dieu est Lumière, et les ténèbres, si elles refusent de se convertir, ne peuvent tenir en sa Présence… En faisant le mal, Rome et « les cités des nations », ses alliées, s’autodétruiront par ce mal qu’elles commettent… Pour elles, ce sera un véritable « tremblement de terre »… « Et elles crouleront »…

 La suite ne fait qu’annoncer et annoncer encore ce désastre. « La Grande Cité », la « Bête écarlate portant sept têtes » (Ap 17,9 ; les sept collines de Rome) et « dix cornes » (Ap 17,12-13 ; évocation de sa puissance et de celle de ses alliés) devra donc subir les conséquences inévitables de « ses blasphèmes », de ses « abominations », des « souillures de sa prostitution » et de son refus de « se repentir en rendant gloire à Dieu » : elle boira « la coupe où bouillonne le vin de la colère »… Aussi, dit le Seigneur à ses fidèles qui seraient encore en ses murs : « Sortez, ô mon peuple, quittez‑la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n’ayez à pâtir de ses plaies ! Car ses péchés se sont amoncelés jusqu’au ciel… Payez-la de sa propre monnaie ! Rendez-lui au double de ses forfaits ! Dans la coupe de ses mixtures, mélangez une double dose ! À la mesure de son faste et de son luxe, donnez-lui tourments et malheurs ! » (Ap 18,4-7). Nous voyons bien à quel point toutes ces expressions renvoient aux conséquences du mal qu’elle commet… jesus-pleureEt, répétons-nous, Dieu est le premier à s’en désoler, lui qui s’est chargé en Jésus Christ de toutes les conséquences de nos fautes pour nous en délivrer… Relisons cet extrait de l’Evangile de Luc concernant Jérusalem en l’appliquant à notre contexte : « Quand il fut proche, à la vue de la ville, Jésus pleura sur elle, en disant : « Ah ! si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux. Oui, des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’environneront de retranchements, t’investiront, te presseront de toute part. Ils t’écraseront sur le sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu fus visitée ! » (Lc 19,41-44).

 

            « Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande », Rome et sa puissance (Ap 18,2) annonce donc St Jean aux chrétiens persécutés par elle… La victoire est acquise, ce n’est plus qu’une question de temps… Si l’empereur romain et ses soldats ont mené « campagne contre l’Agneau, l’Agneau les vaincra », c’est une certitude, « car il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois, avec les siens : les appelés, les choisis, les fidèles ». Et nous retrouvons encore ce chiffre « trois » pour évoquer tous les disciples de Jésus, tous ceux et celles qui ont accepté de laisser l’Agneau, le Christ Sauveur, régner dans leur vie et les associer ainsi à sa victoire sur le mal et sur la mort… Jésus est « le Seigneur des seigneurs », il est « le Roi des rois » ? Avec Lui et par Lui, ils participent eux-aussi à sa royauté et donc à sa victoire… « Moi », disait Jésus, « je suis au milieu de vous comme celui qui sert », qui vous sert, vous lavant les pieds, vous purifiant de toutes vos fautes pour vous donner d’avoir part à mon Esprit, à ma Lumière et à ma Vie… «Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves » vécues pour vous… « Et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes » avec moi, près de moi, dans les cieux, pour toujours (Lc 22,27-30)…    

                                                                               D. Jacques Fournier

 

           

[1] Le verbe « repentir » intervient quatre fois dans tout le Livre de l’Apocalypse (Ap 2,21 ; 16,9.11). Le chiffre quatre étant un symbole d’universalité (les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est, l’ouest), est-ce un clin d’œil de cet appel à la conversion que Dieu ne cesse de lancer à la terre entière, pour son salut, son bonheur et la plénitude de sa vie ?

 

AP – SI – Fiche 29 – Ap 15,5-16,21 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




L’annonce de la victoire du Christ sur toute forme de mal (Ap 15,1-4)

           Puis je vis dans le ciel encore un signe, grand et merveilleux : sept Anges, portant sept fléaux, les derniers puisqu’ils doivent consommer la colère de Dieu. (2) Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de cette mer de cristal. S’accompagnant sur les harpes de Dieu, (3) ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau : Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître-de-tout ; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations. (4) Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car seul tu es saint ; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes vengeances.

   Vitrail Christ Ressuscité            La vision de Jean se poursuit… Dieu va lui donner de voir « encore un signe ». Or par définition, un signe demande à être interprété. Comme un panneau indicateur, il indique un but. Il ne s’agit donc pas de s’arrêter au signe mais de chercher son sens, pour découvrir à travers lui la réalité spirituelle qu’il évoque… 

            « Sept Anges »… « Sept » est symbole de plénitude, et un « ange » est un messager de Dieu… La plénitude de la Révélation du Mystère de Dieu et de son action en faveur des hommes se poursuit… Ils portent « sept » fléaux qui « doivent consommer la colère de Dieu »… Or, le thème de « la colère de Dieu » est une manière « imparfaite et dépassée »[1] de décrire, dans la Bible, les conséquences du péché des hommes. Notre mauvaise conduite pourrait-elle donc mettre Dieu en colère? Mais non ! Prenons un exemple. Un enfant est particulièrement dissipé. Son maître d’école, excédé, se met en colère et l’expulse de la classe… Et il se retrouve dehors… Voilà comment l’Ancien Testament décrit les conséquences du péché, en appliquant à Dieu des réactions bien humaines… Mais avec le Christ, nous découvrons qu’il n’en est pas ainsi… Le pécheur s’expulse lui-même de la communion avec Dieu par sa désobéissance… Ce n’est pas Dieu qui se met en colère et le chasse, c’est lui qui, en désobéissant, décide de partir et de sortir… Croix Alain DumasAlors si Dieu est Lumière, Paix et Joie, il va se retrouver dans les ténèbres (Rm 1,18-25)[1], l’angoisse (Rm 2,9) et la tristesse (Lc 18,18-23)… Et Jésus est ce Fils Unique qui, par amour pour chacun d’entre nous, s’est dévêtu de son manteau de Lumière pour assumer notre humanité telle que nous, pécheurs, nous la connaissons, c’est-à-dire « privée de gloire » (Rm 3,23). Et il est venu nous rejoindre dans nos ténèbres, « devenant semblable aux hommes » (Ph 2,6‑8). Bien plus, il les a prises sur lui, pour nous donner de retrouver grâce à Lui cette Lumière que nous avions perdue par suite de nos fautes. Ainsi, il prend nos ténèbres et nous donne sa Lumière…

            Pour illustrer ce thème de « la colère », prenons quelques exemples dans le Nouveau Testament. Dans la première Lettre aux Thessaloniciens, St Paul parle du Christ comme celui « qui nous délivre de la colère qui vient » (1Th 1,9-10). Si nous l’interprétons en termes de « colère de Dieu », cette colère serait donc celle de Dieu son Père… Le Fils nous délivrerait donc de la colère du Père, alors que, nous dit-il en St Jean, « moi et le Père nous sommes un » dans la communion d’un même Esprit (Jn 10,30). Ainsi, « tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement » (Jn 5,19). Mais ici, l’agir du Fils s’opposerait à celui du Père ! Nous voyons bien qu’il est impossible d’interpréter ainsi « la colère de Dieu ».

 

[1] « L’Ancien Testament avait pour raison d’être majeure de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde, et de son royaume messianique, d’annoncer prophétiquement cet avènement (cf. Luc 24,44; Jean 5,39 ; 1Pierre 1,10) et de le signifier par diverses figures (cf. 1Cor 10,11). Compte tenu de la situation humaine qui précède le salut instauré par le Christ, les livres de l’Ancien Testament permettent à tous de connaître qui est Dieu et qui est l’homme, non moins que la manière dont Dieu dans sa justice et sa miséricorde agit avec les hommes. Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine. C’est pourquoi les chrétiens doivent les accepter avec vénération : en eux s’expriment un vif sens de Dieu ; en eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d’admirables trésors de prières; en eux enfin se tient caché le mystère de notre salut » (Concile Vatican II, Dei Verbum & 15).

Christ apparaît aux Apôtres

Christ Ressuscité apparaît aux Apôtres, Cathédrale Notre Dame de Paris

St Jean n’utilise qu’une seule fois ce thème dans tout son Evangile, en Jn 3,36. Et nous voyons bien avec ce verset que « la colère de Dieu » décrit en fait les conséquences du péché : « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui résiste au Fils ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui. » « Résister à Dieu » pourrait être une définition du péché qui se manifeste ici par le refus de « croire au Fils ». On voit bien dans ce verset que « celui qui croit en Jésus » reçoit aussitôt de lui ce que Dieu est venu nous communiquer par lui : la Vie de son Esprit qui est Lumière… Celui qui, par contre, refuse de croire, ne verra pas cette Vie qui est Lumière… Il se prive par son refus de l’expérience de la Plénitude de Dieu… « La colère de Dieu (les ténèbres) demeure sur lui ». Quel dommage, et Jésus est le premier à le regretter (Lc 19,41-44) car « moi, Lumière », nous dit-il, « je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres mais ait la Lumière de la Vie » (Jn 8,12 ; 12,46)…

Résurrection du Christ, Basilique du Rosaire, Lourdes

Résurrection 2, Lourdes, Basilique du Rosaire

Enfin, St Paul écrit encore (1Th 5,9‑10) : « Dieu ne nous a pas réservés pour sa colère, mais pour entrer en possession du salut par notre Seigneur Jésus Christ, qui est mort pour nous afin que, éveillés ou endormis, nous vivions unis à lui. » Si cette « colère » était la sienne, Dieu le Père semblerait ici se battre contre lui-même… Mais non… La colère renvoie une fois de plus ici à ces ténèbres qui sont les conséquences de nos désobéissances… Certes, Dieu respecte infiniment notre liberté, et donc nos mauvais choix… Et aussitôt commis, ils nous plongent dans les ténèbres, la souffrance intérieure, l’absence de paix, le mal-être sans compter toutes les blessures « physiques » qui peuvent survenir… Et cela, Dieu le Père ne le supporte pas… Aussi ne cesse-t-il de nous inviter à revenir à Lui en cessant de faire le mal… « Reviens, rebelle Israël, car Je Suis miséricordieux » (Jr 3,12). Et inlassablement, il guérit nos blessures par la douceur de son Esprit, et nous communique par ce même Esprit cette Plénitude de Vie, de Lumière et de Paix que nous avions perdue par suite de nos fautes…

            Ainsi, Dieu ne répond pas à noRésurrection - Lourdes Basilique du Rosaires péchés par la colère, une colère qui le pousserait à punir, châtier… Il n’est qu’Amour (1Jn 4,8.16), Douceur (Mt 11,29), Bienveillance envers tous (Mt 5,43-45). Son seul désir ? Notre Plénitude, notre bonheur d’où ces neuf « heureux » dans les Béatitudes en St Matthieu (Mt 5,1‑12)… Or, le chiffre trois dans la Bible renvoie à Dieu en tant qu’il agit… Ces neuf Béatitudes (3×3) évoquent donc le bonheur parfait et total que connaîtra celui ou celle qui aura laissé le Christ agir dans sa vie. Il est en effet « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) en le prenant sur lui. Folie de l’Amour qui a voulu vivre en son cœur et en son corps toutes les conséquences de nos désobéissances afin que nous puissions bénéficier de tous les fruits de son obéissance éternelle ! « C’étaient nos péchés, qu’en son propre corps, il portait sur le bois, afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures », qui sont en fait nos blessures qu’il a voulu vivre par amour pour nous, « nous sommes guéris » (1P 2,24). C’est pour cela qu’en regardant cette folie de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, St Paul s’écriait (2Co 5,20-21) : « Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous », au sens où le Christ a pris sur lui et vécu toutes les conséquences de nos fautes, « afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu », c’est-à-dire parfaitement ajustés à Dieu dans la communion d’un même Esprit…

 

Christ Crucifié, Lumière

 

            C’est donc en regardant cette œuvre du Christ que nous interprèterons tous les « fléaux » évoqués dans le Livre de l’Apocalypse. Certes, ils sont les conséquences inévitables des péchés des hommes, ce que l’Ancien Testament appelait imparfaitement « la colère de Dieu »… Mais ces conséquences, cette « colère », Jésus la prise sur lui pour nous en délivrer… Et il est mort de notre mort pour que nous vivions de sa vie ! Dans un premier temps, le mal et ses conséquences ont semblé les plus forts : il est mort et a été mis au tombeau… Le mal s’est déchaîné, il ne pouvait rien faire de plus, il ne pouvait pas aller plus loin… Et c’est là, au cœur des ténèbres du tombeau qu’a resplendi la Lumière de la Toute Puissance de l’Esprit par laquelle le Père a ressuscité son Fils… « En lui était la Vie, et la Vie était la Lumière des hommes, et la Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5). L’Evangile se termine comme les tout premiers versets l’annonçaient déjà : la Lumière a remporté la victoire sur les ténèbres, la Vie sur la mort, l’Amour sur le mal…

Crucifix, forêt de Bélouve, île de la Réunion

Crucifix, Forêt de Bélouve, Réunion            La logique du Livre de l’Apocalypse est la même : avant d’aborder tous les fléaux, qui ne sont que les conséquences des péchés des hommes, St Jean va d’abord présenter la victoire du Christ sur le mal, et donc la victoire de tous ceux et celles qui ont accepté de laisser le Christ régner dans leur cœur et dans leur vie… « Je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de cette mer de cristal » (Ap 15,2). Cette « mer de cristal » était déjà apparue en Ap 4,6 lorsque St Jean avait vu « un trône dressé au ciel, et siégeant sur le trône, Quelqu’un… Celui qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline ; un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d’émeraude… Devant le trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal » (Ap 4,2-6)… Ici, cette « mer de cristal » est « mêlée de feu », un nouveau symbole qui nous renvoie à Dieu Lui-même, au Mystère de son Etre. Après la pureté, la transparence, la limpidité et la beauté du cristal, voici maintenant le feu qui éclaire et purifie… Si « Dieu est Esprit » nous dit St Jean (4,24), « un esprit saint, clair, sans souillure » (Sg 7,22-8,1), on pourrait dire aussi qu’Il est « feu » (Dt 4,24 ; Gn 15,17‑18 ; Ex 3,1-6). Et c’est bien « le feu » de l’Esprit que Jésus est venu jeter sur la terre (Lc 12,49), un feu dans lequel il désire que nous nous laissions tous plonger (Mt 3,11), un feu que les disciples ont reçu en surabondance lors de la Pentecôte (Ac 2,1-4)…

Christ Ressuscité, Basilique de Lisieux

Christ Ressuscité, Basilique de Lisieux

Nous nous rappelons que « la Bête » désigne ici l’empire romain, « son image » les emblèmes de sa puissance, « le chiffre de son nom » renvoyant à celui d’un empereur, « César-Néron » ou « César-dieu »… Et les armées romaines, en semant ruines, destructions et souffrances sur leur passage, et en persécutant les premiers chrétiens, se faisaient les instruments du mal, du Prince de ce monde… Mais ici, tout de suite, St Jean voit « ceux qui ont triomphé » de tout cela grâce à l’action de Dieu sur cette Bête : la triple mention de « la bête, de son image, du chiffre de son nom » suggère d’ailleurs cette action de Dieu[1], et donc « sa » victoire… « Ceux qui ont triomphé » sont d’ailleurs « debout », en signe de résurrection, « près de cette mer de cristal », tout près de Dieu et de son trône, en sa Présence, unis à Lui dans la communion d’un même Esprit (Ep 2,18)… Cette victoire du ciel commence dès ici‑bas sur la terre dans le cœur de tous ceux et celles qui, par leur foi et dans la foi, accueillent déjà au plus profond de leur être le Don de l’Esprit Saint (1Th 4,8) par lequel le Père ressuscita son Fils (Rm 8,11)…

[1] Noter le thème de « la colère » qui intervient dans ce texte, pour s’appliquer ensuite aux conséquences du péché : « ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré ». Les païens, écrit St Paul, pouvaient connaître Dieu en regardant les merveilles de la création. A travers elle se manifeste en effet sa Toute Puissance, et en elle brille « quelque chose » de la Gloire de Dieu pour celui qui la regarde avec un cœur pur… Mais ils se sont détournés de cette Présence de Dieu qui s’offrait si simplement à eux à travers la création pour se construire des idoles et se prosterner devant elles… Mais le Dieu Père ne les a pas abandonnés pour autant (cf. Sg 14,1-4)…

Sacré Coeur, Basilique de Vézelay

Sacré Coeur Vézelay 2 Pour dire cette relation avec Dieu, « ceux qui ont triomphé » chantent les louanges de ce Dieu Sauveur en « s’accompagnant sur les harpes de Dieu »… « La harpe » est l’instrument de la louange par excellence (cf. Ps 71(70),20-23 ; 33(32),2s ; 43,8-11 ; 81(80),2-3 ; 92(91),2-6 ; 98(97),1-6…). Mais ici, il s’agit « des harpes de Dieu », des harpes que Dieu lui-même utilise… L’expression suggère non seulement un don de Dieu mais une participation à la joie même de Dieu, à son chant de joie… « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11), une joie qui est celle de l’Esprit Saint (1Th 1,6 ; Ga 5,22)… Ainsi la joie du ciel est avant tout celle de Dieu Lui-même, un Dieu de joie qui nous a créés pour nous partager sa joie (Lc 10,21). D’où ses multiples appels au bonheur (Mt 5,3-12 ; 11,6 ; 13,16 ; 16,17 ; 24,46), un bonheur qu’ont pressenti Pierre, Jacques et Jean au jour où ils virent le Christ transfiguré… Pour vivre cette expérience, ils ne pouvaient en effet qu’être remplis de l’Esprit de Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) et de joie, qui, seul, permet de voir la Lumière (Ps 36(35),10)… Remplis de l’Esprit, unis à Dieu dans la communion d’un même Esprit, ils vivaient la joie de l’Esprit et faisaient donc l’expérience du bonheur du ciel : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici » (Mt 17,4)… 

            Et que chantent-ils ? Le cantique de Moïse (Ex 15,1-21), une louange adressée à Dieu après sa victoire sur les Egyptiens oppresseurs… Et ce fut bien sûr son Peuple qui en fut l’heureux bénéficiaire… « Je chante pour le Seigneur car il s’est couvert de gloire, il a jeté à la mer cheval et cavalier. Le Seigneur est ma force et mon chant, à lui je dois mon salut. Il est mon Dieu, je le célèbre, le Dieu de mon père et je l’exalte »… Mais cette action de Dieu ne faisait qu’annoncer sa victoire définitive sur toute forme de mal et d’oppression qu’il allait accomplir par son Fils, le nouveau Moïse, en faveur de tous ceux et celles qui accepteraient par leur foi d’en être les heureux bénéficiaires… Communion des saintsC’est pourquoi « ceux qui ont triomphé » en laissant Dieu triompher dans leur cœur et dans leur vie, chantent-ils ici « le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau », le Christ Jésus, le Serviteur de Dieu par excellence (cf. Mt 12,15-21 ; 20,28 ; Jn 4,34 ; 14,31)… « C’était Dieu en effet qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes » (2Co 5,19)… Et c’est Lui qui, avec son Fils, par son Fils et en Lui, a remporté la victoire contre la souffrance et le mal. Et cette victoire est dorénavant offerte à l’humanité tout entière, cette humanité blessée par le mal qu’elle commet, ce mal qui la détruit… « Père, pardonne leur », demandait Jésus pour ceux-là mêmes qui le tuaient, et à travers eux pour tous les hommes pécheurs de tous les temps… Car « Dieu veut en effet que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4)… Cette perspective universelle se retrouve dans notre passage lorsque St Jean désigne Dieu comme le « Roi des nations », et lorsqu’il affirme que « tous les païens viendront se prosterner devant lui », reconnaissant ainsi sa Royauté, une Royauté qui n’est que celle de son Amour, de sa Bonté et de sa Miséricorde envers toutes ses créatures qu’il désire associer à sa Vie… Ce geste de « tous les païens » qui acceptent pour eux‑mêmes cette Royauté ne peut donc qu’être synonyme pour eux de salut… Quelle perspective ! Quelle espérance ! Ce verset est d’ailleurs une citation du Ps 86(85) où le Psalmiste déclare aussi : prodigue« Seigneur, tu es pardon et bonté, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent… Je te rends grâces de tout mon cœur, Seigneur mon Dieu, toujours je rendrai gloire à ton nom ; il est grand, ton amour pour moi : tu m’as tiré de l’abîme des morts », une mort, un abîme de ténèbres, que l’on peut regarder ici comme étant la conséquence du péché… Et telle est justement l’œuvre de Dieu : nous arracher à cet abîme qui n’est pourtant que la conséquence directe de toutes nos désobéissances : « Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé en qui nous avons la Rédemption, le pardon des péchés » (Col 1,13-14 ; Ac 26,12-18). Et c’est en vidant ainsi « l’empire des ténèbres » par son Amour Miséricordieux et la Toute Puissance de sa Douceur et de sa Bonté que Dieu « fait éclater ses vengeances » à l’encontre du mal (Ap 15,4)… Il suffit au pécheur d’accepter cette main que Dieu lui tend sans cesse pour « l’arracher aux ténèbres » et le « transférer » dans son Royaume de Lumière et de Paix… Et Dieu en sera le premier à en être heureux… Et le pécheur ainsi sauvé des conséquences de ses fautes ne pourra que constater à quel point « son amour envers nous s’est montré le plus fort » (Ps 117(116)… A nous maintenant d’accepter de nous laisser aimer tels que nous sommes, en lui offrant tout, jour après jour, le bien comme le mal que nous avons pu commettre en cette vie… Et aussitôt, il mettra « loin derrière nous tous nos péchés » (Ps 103(102),10-12)… Alors, nous nous retrouverons « saints et immaculés en sa Présence dans l’Amour » (Ep 1,4), chantant avec joie « sur les harpes de Dieu » la victoire de sa Miséricorde dans nos vies…

  dieu vous aime           Notons bien que St Jean a commencé par présenter cette perspective de salut et de victoire de Dieu sur toute forme de mal avant de décrire les fléaux qui vont toucher « la terre »… Ces fléaux ne seront que les conséquences inévitables du péché des hommes, mais le lecteur sait déjà que Dieu, dans son Amour et sa Miséricorde, a déjà triomphé de « tout cela », et notamment aussi de cette persécution que les chrétiens de l’époque subissaient de la part des Romains : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? la souffrance, l’angoisse[2], la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? selon le mot de l’Écriture : À cause de toi, l’on nous met à mort tout le long du jour ; nous avons passé pour des brebis d’abattoir. Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les principautés, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8,35-39).

D. Jacques FOURNIER

 

[1] « Trois » est souvent le chiffre de Dieu en tant qu’il agit…

[2] Dieu apparaît ici aussi comme étant le Vainqueur des conséquences du péché, car les deux premiers termes, « souffrance et angoisse », les décrivent en Rm 2,9 : « Souffrance et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal, au Juif d’abord, puis au Grec »… Et à l’époque, ou bien on était Juif, ou bien on était Grec. La perspective est donc bien universelle, valable pour « toute âme humaine »…

 

AP – SI – Fiche 28 – Ap 15,1-4 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




La moisson et la vendange des nations (14,14-20)

       Et voici qu’apparut à mes yeux une nuée blanche et sur la nuée était assis comme un Fils d’homme, ayant sur la tête une couronne d’or et dans la main une faucille aiguisée. (15) Puis un autre Ange sortit du temple et cria d’une voix puissante à celui qui était assis sur la nuée : Jette ta faucille et moissonne, car c’est l’heure de moissonner, la moisson de la terre est mûre. (16) Alors celui qui était assis sur la nuée jeta sa faucille sur la terre, et la terre fut moissonnée. (17) Puis un autre Ange sortit du temple, au ciel, tenant également une faucille aiguisée. (18) Et un autre Ange sortit de l’autel – l’Ange préposé au feu – et cria d’une voix puissante à celui qui tenait la faucille : Jette ta faucille aiguisée, vendange les grappes dans la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs. (19) L’Ange alors jeta sa faucille sur la terre, il en vendangea la vigne et versa le tout dans la cuve de la colère de Dieu, cuve immense ! (20) Puis on la foula hors de la ville, et il en coula du sang qui monta jusqu’au mors des chevaux sur une étendue de mille six cents stades.

 

Christ, fresques d’Auxerre (fin 11° s)

Christ, fresque d'Auxerre (fin du 11°s)

            La vision se poursuit… Une nuée apparaît, et dans l’Ancien Testament, elle renvoie toujours à la Présence de Dieu Lui-même : « Le Seigneur marchait avec eux, le jour dans une colonne de nuée pour leur indiquer la route, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils puissent marcher de jour et de nuit. La colonne de nuée ne se retirait pas le jour devant le peuple, ni la colonne de feu la nuit » (Ex 13,21‑22 ; 14,24 ; 16,10…).

             Cette nuée ici est « blanche », et, nous l’avons déjà vu à l’occasion de la vision inaugurale, « le blanc » dans le Livre de l’Apocalypse renvoie toujours à Dieu, à ce qu’Il est, à sa nature divine… En effet, dans le Livre de Daniel (Dn 7,9-14), Dieu est présenté comme le Roi de l’Univers visible et invisible… Le « blanc » de son vêtement comme celui des cheveux de sa tête, « purs comme la laine », renvoie au Mystère de sa Nature divine, car dans la Bible, les vêtements, tout comme les attributs d’une personne, disent quelque chose de ce qu’elle est… Et en Ap 20,11, c’est le trône de Dieu qui est « blanc », en Ap 19,11, le cheval du Christ ; en Ap 19,14 les armées du ciel sont elles aussi sur des chevaux blancs, vêtues de lin d’une blancheur parfaite car les Anges, ces créatures célestes, participent pleinement, selon leur condition de créature, à la nature divine… Et c’est ce que Dieu nous réserve à nous aussi : c’est pourquoi tous les « rachetés », au ciel, sont revêtus de blanc (cf. Ap 3,4-5 ; 3,18 ; 4,4 ; 6,11 ; 7,9.13-14)… 

Christ Ressuscité, cimetière des Pères Spiritains à Chevilly Larue.

 Christ ressuscité, cimetière des Pères Spiritains, Chevilly Larue           « Sur la nuée était assis comme un Fils d’Homme », le Christ Ressuscité, le Fils Unique, vrai homme et vrai Dieu, « ayant sur la tête une couronne d’or » car Il est Roi comme Dieu seul est Roi, « assis » car pleinement revêtu de l’autorité divine… 

« Et dans sa main, il tient une faucille aiguisée »… Ce mot « faucille » est utilisé sept fois dans ce seul passage et nulle part ailleurs dans le Livre de l’Apocalypse. Sept est symbole de perfection… Mais de toute façon, tout ce que fait le Christ ne peut qu’être parfait… Cette faucille dans sa main renvoie donc à une œuvre « parfaite », celle du salut qu’il ne cesse d’accomplir parmi les hommes… Nous retrouvons cette image en Jn 4,34‑38 où les champs « blancs pour la moisson » renvoyaient à tous ces Samaritains qui commençaient à croire en lui, et qui, par leur foi, recevaient déjà le don de la vie éternelle… Aujourd’hui encore, le Christ Ressuscité travaille ce monde par la Toute Puissance de son Esprit d’Amour, la collaboration de son Eglise (1Co 3,5‑9) et celle de tous les hommes de bonne volonté…

            Trois Anges vont ensuite se succéder, et le chiffre « trois » renvoie à Dieu en tant qu’il agit… Avec eux, c’est donc l’œuvre de Dieu le Père qui va s’accomplir… Et le premier Ange va d’ailleurs demander au Fils de jeter sa faucille sur la terre… Ce qu’il fait aussitôt… Nous retrouvons cette attitude fondamentale du Fils qui est d’obéir au Père, par amour, pour accomplir sa volonté (Jn 4,34 ; 6,38-39 ; 14,31)… Et sa volonté est le bien, la vie, le salut de tous les hommes (1Tm 2,3-6)… 

            Les deux autres Anges vont donc eux aussi s’inscrire dans cette perspective… « Ils sortent du Temple, du Ciel », c’est-à-dire de la Maison du Père, ou « de l’autel » qui renvoie à la Présence de Dieu lui-même… Et après l’heure de la moisson, vient celle de la vendange… Et il semble ici que l’auteur fasse allusion à l’œuvre de rédemption accomplie par le Christ. Lisons ce texte d’Isaïe en pensant à lui : « Pourquoi ce rouge à ton manteau, pourquoi es-tu vêtu comme celui qui foule au pressoir ? – À la cuve j’ai foulé solitaire, et des gens de mon peuple pas un n’était avec moi. Alors je les ai foulés dans ma colère, je les ai piétinés dans ma fureur, leur sang a giclé sur mes habits, et j’ai taché tous mes vêtements » (Is 63,2-3). Et c’est par ce sang offert et répandu sur le monde que le Christ va accomplir son salut… Et souvenons‑nous, St Jean avait vu « sous l’autel », cet Autel d’où sort également ici le troisième Ange, « les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu » (Ap 7,9-11). Mosaïque romaine, martyr chrétienC’est leur sang, mêlé au sang du Christ, que St Jean évoque ici, avec l’image d’une quantité immense : « il en coula du sang qui monta jusqu’au mors des chevaux sur une étendue de mille six cents stades » (4x4x100, avec 4 symbole d’universalité : pour le monde entier). Le sang des martyrs s’unit donc à celui du Christ et participe ainsi au salut du monde entier… C’est ce que St Paul déclare en Col 1,24 : « En ce moment je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète ce qui manque aux tribulations du Christ en ma chair pour son Corps, qui est l’Église ». Avec les martyrs et par eux, le Christ continue donc de vivre sa Passion pour le salut de tous les hommes que Dieu aime et veut voir à ses côtés…   

                                                                                                               D. Jacques Fournier

 

AP – SI – Fiche 27 – Ap 14,14-20 :  Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Des Anges annoncent l’heure du jugement (Ap 14,6-13)

             Puis je vis un autre Ange qui volait au zénith, ayant une bonne nouvelle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, à toute nation, race, langue et peuple. (7) Il criait d’une voix puissante : Craignez Dieu et glorifiez-le, car voici l’heure de son Jugement; adorez donc Celui qui a fait le ciel et la terre et la mer et les sources.

(8)    Un autre Ange, un deuxième, le suivit en criant :  Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande, elle qui a abreuvé toutes les nations du vin de la colère.

(9)    Un autre Ange, un troisième, les suivit, criant d’une voix puissante :  Quiconque adore la Bête et son image, et se fait marquer sur le front ou sur la main, (10) lui aussi boira le vin de la fureur de Dieu, qui se trouve préparé, pur, dans la coupe de sa colère. Il subira le supplice du feu et du soufre, devant les saints Anges et devant l’Agneau. (11) Et la fumée de leur supplice s’élève pour les siècles des siècles ; non, point de repos, ni le jour ni la nuit, pour ceux qui adorent la Bête et son image, pour qui reçoit la marque de son nom. (12) Voilà qui fonde la constance des saints, ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi en Jésus.

(13)    Puis j’entendis une voix me dire, du ciel : Écris : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ; dès maintenant – oui, dit l’Esprit – qu’ils se reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent.  

 

            Un Ange, un messager de Dieu, s’apprête à annoncer « une Bonne Nouvelle » à « tous ceux qui demeurent sur la terre » : « nation, race, langue et peuple », quatre termes qui soulignent à nouveau l’universalité de la perspective, le chiffre « quatre » étant un symbole d’universalité (les quatre points cardinaux)… Tous les hommes sont donc concernés, et il ne peut qu’en être ainsi car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6 ; Jn 3,15-17)… Notons que cette « Bonne Nouvelle » est « éternelle » : elle concerne tous les hommes de tous les temps, et elle est nous rejoint déjà dans l’aujourd’hui de notre foi en attendant sa pleine réalisation au ciel… Nous retrouvons ainsi que tout ce que nous découvrons avec le Christ existait déjà avant le Christ… Dieu est notre Père depuis toujours, Dieu est tout proche de tous les hommes, avec eux, depuis toujours… Dieu vit en Alliance avec eux, depuis toujours (Gn 9,16)… Dieu les appelle à son Ciel, à sa Vie, à sa Paix, à sa Joie depuis toujours… L’œuvre de Rédemption accomplie par la mort et la Résurrection du Christ concerne ainsi tous les hommes ses enfants, depuis toujours et pour toujours… Mais ce n’est que grâce à la Révélation qu’il nous a transmise que nous avons pu en prendre conscience…

 la main

            Cet Ange crie donc d’une voix puissante pour être bien entendu de tous : « Craignez Dieu », c’est-à-dire « tenez compte de lui », « mettez le dans votre cœur et votre vie », « écoutez sa parole », « faites lui confiance », « obéissez lui »… Et comme Dieu ne désire que le bonheur de ses enfants, « sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur tous ceux qui le craignent » (Lc 1,50), heureux sont-ils… « Ah ! si leur cœur pouvait toujours être ainsi, pour me craindre et garder mes commandements en sorte qu’ils soient heureux à jamais, eux et leurs fils » (Dt 5,29)… Oui, « puisses-tu écouter, Israël, garder et pratiquer ce qui te rendra heureux » (Dt 6,3) car « tu feras alors ce qui est juste et bon aux yeux du Seigneur afin d’être heureux » (Dt 6,18)…

 Crucifix vitrail

            Si tel est vraiment le cas, tous ceux et celles qui expérimenteront ce bonheur ne pourront que « glorifier » Dieu (Ap 14,7), comme ce lépreux purifié « qui revint sur ces pas en glorifiant Dieu » (Lc 17,15) ou cet aveugle guéri qui « suivait le Christ en glorifiant Dieu » (Lc 18,43)…

 

            Et quel est ici le motif d’action de grâce ? « Voici l’heure de son jugement »… Le Jugement de Dieu est donc « Bonne Nouvelle » pour chacun d’entre nous… En effet, quel est-il ? Ecoutons le Christ : « C’est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, une fois élevé de terre, je les attirerai tous à moi » (Jn 12,31-32). Nous retrouvons ici avec le mot « maintenant », répété par deux fois, que cette « Bonne Nouvelle » du « jugement de ce monde » nous concerne dès « maintenant », dans la foi et par notre foi… « Le Prince de ce monde va être jeté dehors »… En effet, « la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5). Bien plus, par sa simple Présence, la Lumière ne peut que chasser les ténèbres car ces dernières n’ont aucune prise sur elle, elles ne peuvent lui résister… « Je suis la Lumière du monde » (Jn 8,12), disait Jésus, « sur moi, le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir » (Jn 14,30). Or, le Christ Lumière est venu nous rejoindre dans nos ténèbres pour nous offrir sa Lumière : « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres », mais « ait la Lumière de la Vie » (Jn 12,46 ; 8,12). Et tout ceci s’accomplit par le Don gratuit de l’Esprit ; en effet, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5). Qui reçoit l’Esprit reçoit la Lumière, et la Lumière ne peut que chasser les ténèbres des cœurs qui l’accueillent avec confiance et simplicité : ils s’abandonnent à elle, ils la laissent accomplir son œuvre dans leur cœur et dans leur vie. Alors, ils ne pourront que constater que « les ténèbres s’en vont » et que « la véritable Lumière brille déjà » (1Jn 2,8). Car « déjà », dès maintenant, par leur foi et dans la foi, ils vivent en communion avec ce Dieu qui est Lumière toujours offerte à leurs ténèbres, Miséricorde toujours offerte à leur misère, Force toujours offerte à leur faiblesse… Crucifix égliseDe cœur, jour après jour, ils essayent de vivre vraiment leur foi en laissant le Christ Sauveur accomplir son œuvre de salut dans leur vie… Alors, dès maintenant, ils vivront « la Bonne Nouvelle » du « Jugement de Dieu » qui juge, condamne, expulse le Prince de ce Monde et ses ténèbres, mais aime, accueille, guérit, console le pécheur qui s’abandonne en sa Tendresse. Alors, quiconque s’en remet « aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,78), n’est pas jugé-condamné car Dieu ne condamne jamais le pécheur son enfant. La seule chose qu’il désire c’est sa vie, la seule chose qu’il espère c’est sa conversion. Aussi ne cesse-t-il de le chercher (Lc 15,4-7 ; 19,10), de l’attirer à Lui (Jn 6,44 ; 6,65 ; 12,32), de frapper à la porte de son cœur (Ap 3,20), d’attendre son retour (Lc 15,20-24)… Quelle joie sera alors la sienne quand il acceptera de lui dire « oui », de se laisser aimer, combler, gratuitement… Alors le Père lui enlèvera sa robe de misère pour lui donner la plus belle robe du Ciel, il guérira toutes ses blessures, il remplira sa pauvreté reconnue, acceptée et offerte de sa Richesse, ses ténèbres de sa Lumière, sa mort de sa Vie…

 

            Ainsi, nous voyons que pour Dieu, juger, c’est condamner le mal et les ténèbres, certes, mais pour sauver le pécheur… Car le mal fait mal à celui qui l’accomplit. Il séduit, il se présente sous un beau visage, il promet le bonheur, mais tout en lui n’est que mensonge… Et le résultat final pour celui qui se laisse prendre n’est que « souffrance et angoisse » (Rm 2,9). Mais Dieu ne supporte pas de voir ses enfants abîmés, blessés, souffrants et malheureux… Aussi va-t-il se battre avec eux et pour eux contre ce mal qui leur fait du mal… Et ce combat, nous avons à le mener avec Lui, en lui remettant inlassablement tous nos échecs, et en nous relevant et en nous relevant encore grâce à sa Miséricorde chaque fois que nous avons pu défaillir… Alors, petit à petit, il nous affermira, nous permettra de le choisir avec toujours plus de détermination, et nous ne pourrons qu’expérimenter la Plénitude de sa Vie, de sa Paix, dès maintenant, dans la foi, en attendant de le voir au Ciel… « Le Jugement de Dieu » est donc pour nous pécheurs une « Bonne Nouvelle », car pour Lui, « juger », c’est nous sauver et nous délivrer de tout mal… A nous maintenant, soutenus par sa grâce, d’accepter de le laisser faire dans nos cœurs et dans nos vies… Offrons-lui « l’obéissance de notre foi » (Rm 1,5 ; 6,16-17 ; 10,16 ; 15,18 ; 16,19.26 ; Ac 5,32) en vivant vraiment la confiance…

 

Crucifix chapelle séminaire de Rennes« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique-Engendré de Dieu » (Jn 3,16-17 ; 8,1-11). 

 

            « Adorez donc Celui qui a fait le ciel et la terre et la mer et les sources » (Ap 14,7), quatre termes qui soulignent encore l’universalité de la perspective…

 

Crucifix de la chapelle du séminaire de Rennes

 

 Crucifix séminaire de Rennes           Ce « jugement-condamnation » du mal pour le salut des pécheurs repentants va maintenant être exposé par une conséquence concrète… Si le mal ne peut tenir devant Dieu, si Dieu est présent à l’histoire des hommes, alors, tôt ou tard, ce mal ne peut que s’écrouler. Et avec lui s’écrouleront tous ceux et celles qui tiennent à lui et refusent de se convertir, de se repentir… « Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande, elle qui a abreuvé toutes les nations du vin de la colère » (Ap 14,8). L’Ange annonce cette Nouvelle comme déjà accomplie, car ce n’est plus qu’une question de temps… « Babylone la Grande », c’est-à-dire l’empire romain, va s’effondrer… Et c’est bien ce qui arrivera… Alors, les persécutions contre les chrétiens cesseront… Bien plus, l’empereur Constantin, au quatrième siècle, se convertira et entraînera avec lui tout l’empire…

 

            « Elle qui a abreuvé toutes les nations du vin de la colère »… Nous voyons bien ici que « la colère » ne renvoie pas à « la colère de Dieu » en tant que telle, mais aux conséquences du péché, du refus de Dieu, de la désobéissance à Dieu… Dieu ne se met jamais en colère comme les hommes, qui, dans leur fureur, cassent, détruisent et sèment la désolation… « Mon peuple est cramponné à son infidélité. On les appelle en haut, pas un qui se relève ! Mais comment t’abandonnerais-je, Éphraïm… Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent… Je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint, et je ne viendrai pas avec fureur » (Os 11,7‑9), même si humainement, ils le mériteraient bien… prodigueMais Dieu n’est pas ainsi… Il est le premier à mettre en œuvre les commandements qu’il nous donne : « Aimez vos ennemis, faites leur du bien » (Lc 6,27-35)… Tous les textes de l’Ancien Testament qui nous présentent un Dieu qui, dans sa colère, tape, frappe et punit sont donc « imparfaits et dépassés »[1], comme le déclare le Concile Vatican II. Ils reflètent une manière trop humaine de parler de Dieu… Et l’Esprit Saint, petit à petit, conduira les auteurs bibliques à modifier leur regard sur ce Dieu qui n’est que Tendresse et Miséricorde…

 

« Le vin de la colère » renvoie donc ici à tout ce mal et ces souffrances que l’empire romain, « Babylone la Grande », a semés de par le monde par ses guerres sans fin… Nous retrouvons ce sens en Jn 3,36, où la notion de « colère » décrit simplement les conséquences du refus de croire à la Bonne Nouvelle du Salut offert par le Christ : « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui résiste au Fils ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui ». Et Dieu, en Jésus Christ, est justement venu nous délivrer des conséquences du péché (ténèbres, mort, tristesse, mal-être…) car il ne peut se résoudre à nous voir demeurer dans ces ténèbres. Aussi nous a-t-il envoyé son Fils pour nous « sauver de la colère » (Rm 5,9), nous « délivrer de la colère » (1Th 1,10 ; 5,9 ; Ep 2,1‑10), c’est-à-dire nous arracher à toutes les conséquences de nos fautes, en nous donnant par amour tout ce dont nous étions privées à cause d’elles…


Coeur de Jésus- Paray le Monial
Nous retrouvons ce sens « colère de Dieu – fureur de Dieu / conséquences du péché » dans les lignes qui suivent… Ceux qui choisissent de faire le mal doivent aussi en assumer les conséquences… Ainsi, quiconque décide « d’adorer la Bête et son image » « boira le vin de la fureur de Dieu qui se trouve préparé, pur, dans la coupe de sa colère »… « Souffrance et angoisse à toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9)… Il ne peut en être autrement… Ces souffrances sont évoquées ici avec l’image du « feu et du soufre », un vrai « supplice »… Et pourtant, par amour, le Christ a voulu vivre en son cœur et en sa chair ces souffrances, ce « supplice », pour nous en délivrer… Mais nul ne prendra la décision de l’accueillir à notre place… Quel dommage pour les pécheurs qui le refusent ! Il est venu nous délivrer du fardeau de nos fautes, et eux ne veulent pas l’accueillir et entrer ainsi dans son repos… « A qui jura-t-il qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient désobéi ? » (Hb 3,18). « Non, point de repos ni le jour ni la nuit, pour ceux qui adorent la Bête et son image, pour qui reçoit la marque de son nom » (Ap 14,11). «Venez donc à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le poids » de vos fautes, car par amour, je me suis chargé de toutes vos souffrances et de vos maladies (Mt 8,16-17). Venez – moi « et je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école », acceptez de m’obéir et de me faire confiance, « car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes ». Car je suis « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », et donc « la souffrance et l’angoisse » qui en sont les conséquences (Mt 11,28-30 ; Jn 1,29). Et à la place, je vous donnerai ma Paix (Jn 14,27), ma Vie (Jn 10,10) et ma Joie (Jn 15,11)…

 

Cette fidélité inébranlable du Christ, cette Présence Miséricordieuse offerte inlassablement à toutes nos infidélités, à toutes nos défaillances, pour notre bien, voilà le Roc sur lequel nous, fragiles et inconstants, nous pouvons construire la maison de notre vie, envers et contre tout… « La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n’a pas croulé : c’est qu’elle avait été fondée sur le roc » (cf. Mt 7,24-27). Visage de Jésus« Voilà donc ce qui fonde la constance des saints, ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi en Jésus », le Sauveur du monde, Celui qui nous entoure sans cesse de sa Tendresse et de sa Miséricorde pour que nous puissions prendre et reprendre grâce à Lui le Chemin de la Vie… « Heureux alors les morts qui meurent dans le Seigneur »… Unis à Lui dès cette terre par leur foi, ils vivent déjà mystérieusement de sa vie, ils connaissent sa Paix, ils expérimentent sa Force et sa Douceur… Bienheureux sont-ils déjà, un état qui ne pourra que déboucher dans le plein accomplissement de la Vie, au Ciel… C’est ce que Jésus déclarait à Marthe : « Je suis la Résurrection et la Vie. Qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et qui conque vit et croit en moi » sur cette terre, « ne mourra jamais » car il participe dès maintenant par sa foi et dans la foi à la vie éternelle… « En vérité, en vérité, celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 11,25-26 ; 6,47)… Et quand il mourra, il passera dans la Plénitude de cette même Vie : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ; dès maintenant – oui, dit l’Esprit – qu’ils se reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent » (Ap 14,13). Et leur œuvre la plus importante fut leur foi, leur confiance au Christ Sauveur par laquelle ils ont pu recevoir ce pardon que Dieu veut offrir à tous. Et avec ce pardon, « là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20)… Puis, leur vie de foi fut obéissance à cette grâce toujours offerte, une grâce qui leur a permis d’accomplir toute bonne œuvre (Ep 2,4-10 ; 1Co 15,9-10)… Elle était dans leur vie comme cette sève que le sarment reçoit de la vigne en décidant de demeurer attacher au cep, le Christ. Et cela est toujours possible, même lorsque nous nous détachons de lui par suite de nos faiblesses. Il suffit alors, aussi rapidement que nous le pouvons, d’accepter de nous laisser encore et encore aimer par cet Amour de Miséricorde qui ne cesse de nous entourer… Aussi, « demeurez en mon amour »… « Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,4-5).

                                                                                                                  D. Jacques Fournier

[1] Dei Verbum (ch. 4 ; & 15) : « L’Ancien Testament » avait avant tout pour but de « préparer la venue du Christ Rédempteur de tous et du Règne messianique, pour l’annoncer prophétiquement » et le présenter « par diverses figures. Les livres de l’Ancien Testament présentent à tous, selon la situation du genre humain avant le salut apporté par le Christ, une connaissance de Dieu et de l’homme et des méthodes dont Dieu, qui est juste et miséricordieux, agit avec les hommes. 
Ces livres, bien qu’ils contiennent des choses imparfaites et provisoires, montrent pourtant la vraie pédagogie divine. Aussi ces mêmes livres, qui expriment un sens vivant de Dieu, dans lesquels sont dissimulés des enseignements élevés sur Dieu, une sagesse profitable sur la vie des hommes et de magnifiques trésors de prières, dans lesquels enfin est caché le mystère de notre salut, doivent être reçus avec piété par les chrétiens ».



Les compagnons de l’Agneau (Ap 14,1-5)

            Puis voici que l’Agneau apparut à mes yeux ; il se tenait sur le mont Sion, avec cent quarante-quatre milliers de gens portant inscrits sur le front leur nom et le nom de son Père.

(2) Et j’entendis un bruit venant du ciel, comme le mugissement des grandes eaux ou le grondement d’un orage violent, et ce bruit me faisait songer à des joueurs de harpe touchant de leurs instruments;

(3) ils chantent un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre Vivants et les Vieillards. Et nul ne pouvait apprendre le cantique, hormis les cent quarante-quatre milliers, les rachetés à la terre.

(4) Ceux-là, ils ne se sont pas souillés avec des femmes, ils sont vierges; ceux-là suivent l’Agneau partout où il va; ceux-là ont été rachetés d’entre les hommes comme prémices pour Dieu et pour l’Agneau.

(5) Jamais leur bouche ne connut le mensonge : ils sont immaculés.

  

            st jeanLe Christ ressuscité apparaît à St Jean « sur la montagne de Sion », là où était le Temple du Seigneur, la Maison de Dieu. Mais ici, avec Lui, c’est le Temple Céleste, la Jérusalem Nouvelle qui s’offre à son regard, le Mystère accompli de la Communion de Dieu avec les hommes. « Cent quarante quatre mille » l’accompagnent, comme en Ap 7,4, un chiffre qui, souvenons-nous, renvoie à la multitude des hommes[1] de tous les temps que Dieu appelle au salut. Ils ne se sont pas laissés marquer du chiffre de la Bête ; ils ont dit « non » au mal, autant qu’il leur était possible… Et librement, ils ont accepté de tout cœur de dire « oui » à Dieu et à son œuvre, et ils se sont laissés marquer du sceau de l’Esprit (Ep 1,13-14 ; 4,30 ; 2Co 1,22). La promesse de Jésus s’est alors accomplie pour eux, ils sont bien avec Lui dans la Maison du Père, ce Mystère de communion en un seul Esprit (1Jn 1,1-4 ; Rm 14,17) : « Le vainqueur, je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu ; il n’en sortira plus jamais et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du Ciel, de chez mon Dieu, et le nom nouveau que je porte » (Ap 3,12). « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ; en recevant l’Esprit, ils ont reçu « le Nom de Dieu »[2]. Ils participent maintenant au Mystère de ce qu’Il Est (cf. Ex 3,14)… Tous ont reçu ce même Esprit, l’Esprit de Dieu. Par cet Esprit, ils sont en communion avec Dieu et entre eux : ils portent donc « le nom de la cité de Dieu » qui est « communion » (cf. Jn 10,30 ; 17,20-24)… De plus, le Père a ressuscité son Fils d’entre les morts par la puissance de ce même Esprit (Rm 1,4 ; 8,11). Tous ceux et celles qui reçoivent cet Esprit participent donc à la vie du Christ Ressuscité, déjà sur la terre dans la foi (Ep 2,4-6 ; Col 2,12-13), et bien sûr plus tard, dans la Plénitude du Ciel. Tous portent alors « le Nom nouveau » du Christ : « ressuscité »… Nous les retrouvons ici « portant inscrits sur leur front » le Nom de l’Agneau, le Christ, et celui de Dieu « son Père » et « notre Père » (Jn 20,17). « Dieu est tout en tous » (1Co 15,28), dans l’unité d’un même Esprit… Ils sont maintenant pleinement ses enfants « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), vivants pleinement de sa Vie par le Souffle (Gn 2,4b-7) de l’Esprit qui vivifie (Jn 6,63 ; Ga 5,25)… Pour eux, le projet de Dieu sur tout homme est accompli… 

Christ en gloire. Tympan Vézelay

Vézelay, tympan intérieur, portail central du narthex

            Puis St Jean entend un « mugissement de grandes eaux » qui renvoie à une manifestation de Dieu Lui-même. Souvenons-nous : dans l’Apparition inaugurale, « la voix » du Christ Ressuscité était « comme la voix des grandes eaux » (Ap 1,15), c’est-à-dire comme celle de Dieu Lui-même (Ez 1,24 ; 43,2). Le Père est Dieu, le Fils est Dieu… Le Père et le Fils, bien que différents l’un de l’autre, sont « un » (Jn 10,30), dans la communion d’un même Esprit, d’une même Vie, d’un même Amour. Alors, dans ce Mystère de Communion, qui écoute le Fils écoute le Père (Jn 6,45 ; 8,28 ; 12,49-50)… Dans l’Ancien Testament, « le grondement de l’orage » (Ps 81(80),8) renvoie aussi aux manifestations divines, souvent évoquées par cette figure de l’orage ou du tonnerre (Ap 6,1 ; Ex 19,16.19 ; 20,18 ; Ps 77(76),19 ; 104(103),7). Mais ici, les 144 000, c’est-à-dire la multitude de tous les hommes de tous les temps ayant accepté de se laisser sauver par Dieu, unissent leur voix à celle de Dieu… Tous en fait chantent d’une seule voix dans ce Mystère de Communion qui les unit : Dieu sur son « trône », évoqué aussi avec l’image des « quatre vivants » (Ap 4,6), et « les Vieillards » (Ap 4,4) qui renvoient en fait aux 144 000 : la communion des saints (Ap 14,3)… Chacun est unique, chacun donne du sien, mais l’harmonie et la beauté de l’ensemble viennent de ce même Esprit que tous possèdent en Plénitude : Dieu Lui‑même bien sûr, Source de Toute Plénitude (Ep 3,14-21 ; 5,18 ; Col 1,18-20 ; 2,8‑10), et « les rachetés de la terre », les femmes et les hommes sauvés, chacun selon sa condition de créature… On pourrait dire que le résultat final, avec la collaboration de tous, est en fait « la voix de l’Esprit » (Jn 3,8), une voix qui s’unissait silencieusement à celle de Jésus lorsqu’il donnait au monde les Paroles qu’il avait reçues de son Père (Jn 3,34 BJ[3] ; 15,26 ; 1Jn 1,5,5-13). C’est pourquoi « jamais homme n’a parlé comme cela » (Jn 7,46). Et « ce cantique nouveau » que tous chantent d’une seule voix est un chant de louange qui célèbre le salut des hommes et la Vie de tous… « La harpe », dans les Psaumes, est en effet l’instrument de la louange par excellence (Ps 9,1 ; 33(32),2 ; 43(42),4 ; 57(56),8-10 ; 71(70),22…).


Christ Vézelay, tympan extérieur

Vézelay, tympan de la façade extérieure de la Basilique Ste Madeleine

            Comme nous le disions au tout début, « ces rachetés » ont choisi de se laisser racheter par Dieu. Jour après jour, ils lui ont offert leurs misères, leurs faiblesses, tout ce qui pouvait s’opposer à son amour… Et ils ont reçu en retour l’abondance de ses miséricordes (Rm 5,20 ; 2Co 1,3 ; 1P 1,3 ; Lc 1,49-50 ; 1,76-79) qui leur a permis de vivre, grâce à Lui, ce qu’ils n’auraient jamais pu vivre par eux-mêmes… En offrant jour après jour leur péché à « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), ils ont librement choisi de ne pas demeurer dans le péché… St Jean l’évoque avec l’image de la prostitution qui, dans l’Ancien Testament, renvoie au culte des idoles de toutes sortes (Jg 8,27 ; Lv 17,7 ; Ps 106(105),39 ; Jr 3,6 ; Ez 20,30 ; 23,19 ; Os 6,10…). En refusant que le péché ait le dernier mot dans leur vie, en s’abandonnant jour après jour entre les mains du Christ Sauveur, ils ne se sont pas définitivement « souillés avec des femmes ». Bien plus, ils ont retrouvé grâce à l’Eau Vive de l’Esprit Saint répandue sur eux en surabondance cette virginité de cœur qu’ils avaient perdue… En laissant le Christ avoir le dernier mot dans leur vie de pécheurs, d’êtres blessés, la prophétie d’Osée a pu pleinement s’accomplir pour eux : « Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde ; je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras le Seigneur » (Os 2,21-22). La Bible de Jérusalem explique en note : « Ce verbe « fiancer » est utilisé dans la Bible uniquement à propos d’une jeune fille vierge. Dieu abolit ainsi totalement le passé adultère d’Israël, qui est comme une créature nouvelle » (cf. 2Co 5,17-21 ; Tt 3,4-7). « Ils sont vierges » déclare St Jean en Ap 14,4. Et, poursuit la note, « dans l’expression “ je te fiancerai dans (la justice) ”, ce qui suit la préposition “ dans ” désigne la dot que le fiancé offre à sa fiancée (même construction en 2 S 3,14). Ce que Dieu donne à Israël dans ces noces nouvelles ce ne sont plus les biens matériels de l’alliance ancienne, mais les dispositions intérieures requises pour que le peuple soit désormais fidèle à l’alliance. Nous avons déjà ici en germe tout ce qui sera développé par Jérémie et Ezéchiel : l’alliance nouvelle et éternelle (“ pour toujours ”, 2,21), la loi inscrite dans le cœur, le cœur nouveau, l’Esprit nouveau, (Jr 31,31-34 ; Ez 36,24-28). » 

Vézelay, fraternité monastique de Jérusalem en prière

Vézelay, Fraternité Monastique de Jérusalem en prière…

Mais en acceptant de s’abandonner avec confiance entre les mains du Christ, ils répondaient en fait à son appel pressant de se laisser aimer tels qu’ils étaient, avec toutes leurs faiblesses, leurs limites, leurs imperfections, leurs fragilités et leurs misères… Et jour après jour, fidèlement, l’Esprit du Christ les relevait et leur donnait inlassablement la possibilité de reprendre et de reprendre encore le chemin à sa suite : « ceux-là suivent l’Agneau partout où il va ». Et où va-t-il ? Vers la Plénitude de Lumière et de Vie que l’on trouve dans la Maison du Père, ce Mystère de Communion dans l’Esprit où Dieu veut que nous soyons, dès maintenant par la foi (Jn 17,24 ; 14,1‑3), et pour toujours au Ciel… Et c’est là où ils se retrouvent maintenant rassemblés dans un unique chant de louange… Dieu est heureux de leur bonheur, « il exulte pour eux de joie, il danse pour eux avec des cris de joie, comme aux jours de fête » (So 3,17-18 ; Lc 15,7). Et de leur côté, ils sont heureux de ce Bonheur de Dieu qui les remplit (Jn 15,10), et ils lui chantent à leur tour leur reconnaissance et leur joie…

         Sacré Coeur, Vézelay.

Sacré Coeur, Vézelay

Ils sont ainsi « les prémices pour Dieu et pour l’Agneau » en attendant la fin du monde et le rassemblement complet de toute l’humanité[4] qui, espérons-le, acceptera de répondre à la Miséricorde par la vérité d’une misère acceptée et offerte… C’est ainsi, en reconnaissant la vérité de leurs erreurs et de leurs mensonges passés, en les regrettant amèrement, qu’ils se retrouveront « saints et immaculés en Présence de Dieu dans l’Amour » (Ep 1,4) grâce à l’action purificatrice de l’Esprit Saint… Ils l’avaient reçu au jour de leur baptême, ils lui ont redit « oui » fidèlement tout au long de leur vie en acceptant de recevoir les sacrements de l’Eglise, et notamment ceux de la Réconciliation et de l’Eucharistie… Alors, au long des jours, de pardon en pardon, de grâce en grâce, la volonté du Seigneur s’est accomplie pour eux : « le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5,25-27 ; Ap 14,5).

                                                                                                                   D. Jacques Fournier

  

[1] Douze (les douze tribus d’Israël, et avec elles, tous ceux et celles qui ont vécu au temps de l’Ancienne Alliance) x Douze (les douze apôtres, et avec eux tous ceux et celles qui, après la mort et la Résurrection du Christ, ont vécu, vivent et vivront dans le régime de la Nouvelle Alliance, et cela jusqu’à la fin des temps) x 1000 (multitude innombrable).
[2] Dans la Bible, le nom d’une personne renvoie au Mystère de ce qu’elle est ; ainsi « être marqué du Nom de Dieu » c’est, quelque part, participer au Mystère de ce qu’Il Est. Et c’est bien ce qui arrive lorsque les croyants disent « oui » par leur foi et dans la foi au Don de Dieu, l’Esprit Saint… En recevant l’Esprit, ils participent par grâce à ce que Dieu est par nature, ils sont marqués de son Nom. Mais l’image dit encore plus : en portant le Nom de leur « Papa », leur vocation à devenir « enfant de Dieu », qui est la vocation de tout homme, s’accomplit pleinement… « Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes! (…) Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est » (1Jn 3,1-2). 
[3] Jn 3,34 : « Celui que Dieu a envoyé (Jésus, le Fils Unique) prononce les paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure ». 
[4] La Bible de Jérusalem donne en note pour « prémices » : « Vocabulaire sacrificiel. Les prémices représentaient toute la moisson (Dt 26,2), les premiers-nés toute la famille (Nb 3,12), etc. Les victimes offertes au vrai Dieu devaient être sans défaut, (Ex 12,5 ; 1 P 1,19). » Et elles le sont ici, vraiment, grâce à la Toute Puissance de la Miséricorde de Dieu : « Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez lavés de toutes vos souillures » (Ez 36,25), dit le Seigneur…

AP – SI – Fiche 25 – Ap 14,1-5 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Le Dragon transmet son pouvoir à la Bête (Ap 13,1-10)

            Alors je vis surgir de la mer une Bête ayant sept têtes et dix cornes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des titres blasphématoires. (2) La Bête que je vis ressemblait à une panthère, avec les pattes comme celles d’un ours et la gueule comme une gueule de lion ; et le Dragon lui transmit sa puissance et son trône et un pouvoir immense. (3) L’une de ses têtes paraissait blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie; alors, émerveillée, la terre entière suivit la Bête. (4) On se prosterna devant le Dragon, parce qu’il avait remis le pouvoir à la Bête; et l’on se prosterna devant la Bête en disant :  Qui égale la Bête, et qui peut lutter contre elle ? (5) On lui donna de proférer des paroles d’orgueil et de blasphème ; on lui donna pouvoir d’agir durant quarante-deux mois ; (6) alors elle se mit à proférer des blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son nom et sa demeure, ceux qui demeurent au ciel. (7) On lui donna de mener campagne contre les saints et de les vaincre; on lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation. (8) Et ils l’adoreront, tous les habitants de la terre dont le nom ne se trouve pas écrit, dès l’origine du monde, dans le livre de vie de l’Agneau égorgé. (9) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! (10) Les chaînes pour qui doit être enchaîné ; la mort par le glaive pour qui doit périr par le glaive ! Voilà qui fonde l’endurance et la confiance des saints.  

            Souvenons-nous : le Dragon est « l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier » (Ap 13,9). Jésus l’appelle le Mauvais (Mt 5,37 ; 6,13), « le Prince de ce monde » (Jn 12,31 ; 14,30 ; 16,11). St Paul parle du « dieu de ce monde » qui enténèbre le cœur, la pensée et l’intelligence (2Co 4,4) de ceux qui lui obéissent… Mais nul ne saurait comparer une créature de Dieu au Créateur lui‑même… Les actions, les manœuvres du Mauvais ne peuvent qu’être « petites » actions et « petites » manœuvres devant l’Infini du créateur… Aucune comparaison n’est donc possible entre le Serpent qui rampe sur la terre, et le Fils Unique qui vient du ciel… Le premier tremble devant le second, s’écrase et disparaît (Lc 8,28 ; Mc 1,23-26 ; Lc 4,33-37), comme les ténèbres ne peuvent que fuir et finalement disparaître devant la Lumière (Jn 1,4-5). En fait, le Serpent n’a d’autre poids que celui qu’on lui donne.  Dans son orgueil, il veut prendre le devant de la scène, il aime qu’on s’intéresse à lui, qu’on parle de lui, qu’on lui accorde de l’importance, une importance qu’il n’a pas devant le Seigneur…
victoire
Il est comme cette grenouille qui se gonfle démesurément pour faire peur… Mais une grenouille restera toujours une grenouille… Et le Seigneur est venu justement rétablir la vérité, remettre chacun à sa juste place et manifester sa Souveraineté sur ce monde des ténèbres… « Sur lui, il n’a aucun pouvoir » (Jn 16,11). Et puisque « la véritable Lumière brille déjà » dans le cœur de tous ceux et celles qui consentent à sa Présence (1Jn 2,8), les ténèbres ne peuvent que s’en aller. En effet, la mort et la résurrection du Christ sont déjà la victoire définitive de Dieu sur toutes les « Principautés, Puissances et Régisseurs de ce monde de ténèbres » (Ep 6,12 ; Col 2,15).  « Le Prince de ce monde est déjà condamné » (Jn 16,11) et les disciples de Jésus ont déjà vaincu le Mauvais (Jn 2,14) parce qu’ils ont accueilli la Parole du Christ, ils ont cru en elle… Et en accueillant cette Parole du Père transmise par le Fils, ils ont accueilli l’Esprit Saint qui se joint toujours à elle et qui a commencé à remplir leur cœur de sa Lumière… 

Esprit Saint

« En effet », nous dit Jean Baptiste, « celui que Dieu a envoyé », Jésus, « prononce les Paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34). Qui accueille sa Parole accueille donc au même moment l’Esprit de ce Dieu qui est Esprit (Jn 4,24) et qui est tout en même temps « Lumière » (1Jn 1,5). Et cet Esprit de Lumière chassera bien vite les ténèbres des cœurs… A chacun ensuite d’essayer de son mieux de « garder sa Parole », car « garder la Parole », c’est « obéir à Dieu » qui « donne l’Esprit Saint à ceux qui lui obéissent » (Ac 5,32 ; Jn 14,15-17). « Garder la Parole », c’est donc « garder l’Esprit », veiller à demeurer de cœur dans la paix, ne pas éteindre sa Lumière en faisant ce qui est mal (1Th 5,19-22).
En agissant ainsi, soutenu par l’Esprit qui l’a libéré des chaînes de ses esclavages (cf. Jn 8,31-36 ; Ga 5,1 ; Rm 6,12-14), le disciple de Jésus décide librement et de tout cœur de suivre son Maître sur ses chemins de lumière (Jn 8,12 ; 12,46). Or, nous dit Jésus, « si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26). Et où est Jésus ? Uni au Père dans la communion d’un même Esprit, cet Esprit qui est tout en même temps Vie et Plénitude de Vie (Jn 6,63 ; Rm 8,2 ; 8,6 (TOB) ; fin de 2Co 3,6 ; Ga 5,25 ; fin de Ga 6,8 ; fin de 1P 3,18 ;fin de 1P 4,6 ; Ap 11,11), Lumière, Paix, Joie, Douceur (Ga 5,22-23)… Là est le vrai Bonheur… « Gloire, honneur et paix » à quiconque emprunte ce chemin… Mais qui se laisse emporter sur les chemins du mal ne pourra qu’être privé de tous ces biens… Au lieu de faire l’expérience d’une Plénitude discrète mais bienheureuse, il vivra un manque, un mal-être, un sentiment indéfini de vide, et donc une souffrance… « Souffrance et angoisse à toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9)… Notre vraie boussole intérieure est donc la paix sur laquelle il faut veiller comme sur un trésor, la paix qui est synonyme de Plénitude, la paix qui ne fait pas de bruit, qui est infiniment discrète et qui pourtant est déjà, quelque part, participation à la Plénitude de « l’insondable richesse du Christ » (Ep 3,8)… 
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Récapitulons… Le mal fait du bruit, il veut occuper toute l’attention, il impressionne par sa force, sa violence, son aspect terrifiant… Il est rempli d’orgueil et de suffisance… Mais les apparences sont trompeuses… Il est en fait comme un colosse aux pieds d’argile, prêt à s’effondrer (Dn 2,31-45)… Dieu, Lui, est humble (Mt 11,29)… Il agit toujours dans la discrétion, la douceur et la paix … Face au mal, il semble faible… Apparemment écrasé, un instant, sa force silencieuse se révèle finalement invincible… 
Tel est le regard de foi que le disciple de Jésus s’est invité à porter sur les réalités qui l’entourent… Il demande une prière continuelle, « dans l’Esprit » (Ep 6,18), sa source inépuisable de tendresse, de miséricorde, de force, de douceur et de paix… Par cet Esprit, Dieu lui-même fait sa demeure dans son cœur (Jn 14,23), au sens où il l’établit dès maintenant, dans la foi et par sa foi, dans un Mystère de Communion avec Lui dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,1-6) : l’Esprit qu’il accueille en son cœur habite au même moment en Plénitude en Dieu Père, Fils et Saint Esprit… Or, sur Dieu et donc sur son Esprit, le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir (Jn 16,11). Sa Lumière, par sa seule Présence, chasse les ténèbres (Jn 1,5)… Et c’est ainsi que le disciple de Jésus, par sa foi, peut triompher de tout mal…
colombe_677            Ainsi, notre préoccupation première ne doit pas être Satan, mais Jésus… Ce n’est pas à Satan qu’il faut donner de l’importance, mais à Jésus… Ce n’est pas de Satan qu’il faut parler, même pour inviter à se détourner de lui… C’est Jésus qu’il faut annoncer, c’est vers Lui qu’il faut tourner notre regard et notre cœur. Seul son Nom devrait habiter nos pensées… Plutôt que de se préoccuper de Satan, de le voir partout, d’avoir peur de lui (ce qui serait le signe d’un manque de foi[1]), il vaut mieux se tourner vers Jésus. « Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20), avec nous et pour nous1Co 1,30-31), offert à notre cœur pour que nous puissions bénéficier avec Lui des « fleuves d’Eau Vive » et de « paix » qu’il est venu nous offrir (Jn 7,37-39 ; Is 66,12). Alors, même si nous ne le voyons pas, nous le reconnaîtrons (Jn 14,21) par la qualité et l’intensité de cette vie qu’il nous apporte (Jn 10,10 ; 6,47 ; 20,30-31 ; 1Jn 5,13), par la paix qu’il nous communique (Jn 14,27), par le repos dans lequel il nous introduit (Mt 11,28-30 ; Hb 4,3.11). Discrétion toute puissante du Dieu Tout Puissant, face à celui qui s’agite et fait beaucoup de bruit, pour impressionner, faire peur, terroriser, alors qu’en définitive, il n’est rien… Alors que Dieu, Lui, Il Est (cf. Ex 3,13-15 ; Jn 8,24.28.58)… 

 

[1] Ceux qui ont peur se laissent impressionner ; en fait, ils ne voient que le mal : « Qui égale la Bête, qui peut lutter contre elle ? ». « Personne », pensent-ils, et ils se trompent… Ils oublient Dieu et ses serviteurs comme Mickaël dont le nom signifie : « Qui (est) comme Dieu ? » (cf. Ap 12,7-8). Et là, la seule réponse est : personne…

            Impressionnante… Telle est bien cette Bête « qui ressemble à une panthère, avec les pattes comme celles d’un ours et la gueule comme une gueule de lion » (Ap 13,2). Tout dit sa puissance et sa royauté : ses « dix cornes » et ses « dix diadèmes »… Mais si la corne est effectivement un symbole de force, le chiffre dix, tout en étant important, renvoie malgré tout à une puissance limitée… Cela est encore suggéré par l’expression : « on lui donna de mener campagne contre les saints et de les vaincre ; on lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue et nation » (Ap 13,7)… « On lui donna »… Ce n’est donc pas la Toute Puissance Libre et Souveraine de Dieu… Un jour ou l’autre, on lui reprendra, c’est-à-dire, la justice et la paix finiront toujours par triompher…
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            « Ses sept têtes » symbolisent les sept collines de Rome. La Bête de la mer est donc l’empire romain, avec sa puissante armée qui avait envahi à l’époque tout le monde connu, le bassin méditerranéen… « L’une de ses têtes paraissait blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie », et la Bible de Jérusalem écrit en note : « Allusion à quelque restauration de l‘empire momentanément ébranlé (Mort de César ? Troubles qui suivirent la mort de Néron ?). La Bête égorgée et guérie est une parodie du Christ mort et ressuscité. » Et en écrasant les peuples, en semant les inévitables souffrances et destructions des guerres de conquêtes, la Bête, l’empire romain, fait le jeu du mal, de Satan, le Dragon… C’est pourquoi l’auteur écrit : « le Dragon avait remis le pouvoir à la Bête ». 
            Et la Bête agit bien comme le Dragon : « paroles d’orgueil », le péché par excellence, « et de blasphème » : « sur sa tête, des titres blasphématoires » (Ap 13,1)… Elle blasphème car elle veut écarter Dieu et prendre sa place (cf. Lc 4,5‑8) : viendra « l’Adversaire, celui qui s’élève au dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui‑même comme Dieu » (2Th 2,4). Les empereurs romains se faisaient d’ailleurs appeler « Sauveurs ». Certains se présentaient même comme l’incarnation des dieux, dieux eux‑mêmes, et ils se faisaient construire des temples. Mais seul le Christ est « Sauveur », « Fils Unique de Dieu », Dieu lui-même… Et il avait prévenu ses disciples : « Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. Voici que je vous ai prévenus » (Mt 24,23-25)… 
Icône de la TrinitéCette Bête « se mit donc à proférer des blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son nom et sa demeure, ceux qui demeurent au ciel » (Ap 13,5-6)… Si Dieu est Mystère de Communion de Trois Personnes divines, Père, Fils et Saint Esprit, dans l’unité d’un même Esprit, si Satan, l’Adversaire (2Th 2,3-4), s’attaque à Dieu, il ne peut donc au même moment que s’attaquer aussi à tous ceux et celles que Dieu, dans sa Miséricorde, a introduits dans son Mystère de Communion (Ep 2,18) par le pardon généreusement offert de toutes leurs fautes et le Don de l’Esprit Saint (Ac 2,38)…
D’où sa « campagne contre les saints » et son apparente victoire (Ap 12,7)… L’agneau aussi fut égorgé… Apparente victoire… Mais sa résurrection d’entre les morts a finalement manifesté la défaite de toutes les puissances du mal… « Ceux dont le nom se trouve écrit dans le Livre de Vie » (Ap 13,8), les disciples du Christ, participent dès maintenant, par leur foi et dans la foi à cette victoire : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés! –, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus » (Ep 2,4-7). Et puisque Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1Tm 2,3-6), c’est cette Bonté, cet Amour et cette Miséricorde qu’il faut maintenant annoncer à temps et à contre-temps, pour que le plus possible de personnes puissent bénéficier du Mystère du « Livre de Vie »… Du côté de Dieu, leur nom y est déjà inscrit… Il leur reste juste à signer, à dire « oui » au Don déjà offert, une signature qui remplira de joie le cœur de Dieu (Lc 15,7.10 ; So 3,16‑17). En effet, dit Jésus, « je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait en surabondance » (Jn 10,10)… Et tous ceux et celles qui acceptent de la recevoir, gratuitement, par amour, lui disent ainsi indirectement : « Merci, tu n’es pas venu pour rien, tu n’as pas souffert pour rien »… 
D. Jacques Fournier

 

AP – SI – Fiche 23 – Ap 13,1-10 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




La Femme et le dragon (Ap 12)

Immaculée Conception            Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; (2) elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement. (3) Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge-feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème. (4) Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né. (5) Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; (6) et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône, tandis que la Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.

(7)       Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses Anges, (8) mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. (9) On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui. (10) Et j’entendis une voix clamer dans le ciel :  Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. (11) Mais eux l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir. (12) Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le Diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés.

(13)    Se voyant rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l’Enfant mâle. (14) Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu’au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps. (15) Le Serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d’eau derrière la Femme pour l’entraîner dans ses flots. (16) Mais la terre vint au secours de la Femme : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du Dragon.

(17) Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus.”

Marie - Musée de Sens 2

Marie, Musée de Sens

            Ce texte est très bien construit, en inclusion, c’est-à-dire avec des éléments qui se répondent en symétrie autour d’un cœur (voir en fin de document). L’auteur donne ainsi la place centrale à ce qui lui semble le plus important. Et que souligne-t-il ici ?     

 La victoire finale de Dieu sur le mal, sur Satan (de l’hébreu « accusateur »), triomphe de l’Amour sur la haine (Ep 2,14-18), de la Miséricorde sur le péché… Tous ceux et celles qui ont accepté de se laisser laver par le sang de l’Agneau pour vivre ensuite en conformité avec la grâce reçue sont les heureux bénéficiaires de ce salut donné par Dieu, et ils sont dans la joie… « Soyez donc dans la joie, cieux, et vous qui les habitez »…

Marie, cachot de Bernadette

Marie, ancien cachot où Ste Bernadette habita avec sa famille…

             « Un signe grandiose apparaît donc au ciel »… « Une Femme, le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ». Dans le contexte du Nouveau Testament et de la foi au Christ mort et ressuscité pour notre salut, les « douze étoiles » renvoient aux Douze Apôtres, ces colonnes que le Christ a choisies pour construire, avec eux et par eux, son Eglise (cf. Mc 3,13-15 ; Lc 6,12-16 ; Mt 16,18-19 ; Ga 2,7-8 ; Ep 2,19-22). Bien sûr, le choix de Douze Apôtres est un clin d’œil aux Douze tribus d’Israël : avec eux, le Christ accomplit tout ce qui était en préparation avec l’Ancienne Alliance en permettant à la vocation d’Israël d’atteindre son but : que « soient bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12,1‑3). Désormais l’Eglise Peuple de Dieu n’a plus de frontières : elle contient en son sein aussi bien des Juifs que des païens. Et elle est ouverte à tous les peuples de la terre, car sa vocation est d’annoncer le salut au monde entier (Mt 28,18-20) pour que l’humanité soit rassemblée dans le Christ, c’est-à-dire dans l’unité de cet Esprit que nous recevons par notre foi au Christ (Ep 1,3-10 ; 4,1-6 ; Jn 11,51-52 ; 17,20-23)… Cette Femme couronnée d’étoiles représente donc tout d’abord l’Eglise, selon une habitude fréquente dans l’Ancien Testament d’évoquer le Peuple de Dieu par une figure féminine. Souvenons-nous par exemple de la jeune femme d’Ezéchiel (Ez 16), de « la Fille de Sion » (So 3,14 ; Za 2,14 ; 9,9 ; Is 1,8 ; 10,32 ; 52,2 ; 62,11…), de l’épouse infidèle du prophète Osée, de « la mère Jérusalem » dans le prophète Baruch (Ba 4,5 – 5,9)…

 « Le soleil l’enveloppe » car elle a accueilli la Lumière du « Père de la Gloire » (Ep 1,17), « le Père des Miséricordes » (2Co 1,3 ; 1P 1,3 ; 2,10), qui, avec son Fils et par son Fils « Lumière du monde » (Jn 8,12) est venu déchirer nos ténèbres (Mc 1,9‑11)… « Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu » (Rm 3,23) ?  

   Marie, Eglise Notre Dame de la Salette

Notre Dame de la Salette

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande Lumière, sur les habitants du pays de l’ombre, une Lumière a resplendi… Un enfant nous est né, un Fils nous est donné » (Is 9,1-6)… Il est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) en lui offrant le pardon de Dieu. Grâce à lui, nous pouvons retrouver tout ce dont nous étions privés par suite de nos fautes : « Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donnée » (Jn 17,22)… Alors, si « jadis, vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (Ep 5,8) pour avoir accueilli « la lumière de la Vie » (Jn 8,12) grâce au Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Le projet de ce Dieu « drapé de lumière comme d’un manteau », (Ps 104(103),2) s’est accompli : il a revêtu son épouse « de vêtements de salut, il l’a drapée dans un manteau de justice » ; alors « les nations verront sa justice et tous les rois sa Gloire », car désormais, « le soleil l’enveloppe ». « Dans la main de son Dieu, elle est une couronne de splendeur » (Is 59,10-62,5 ; 60,1-7), car elle reçoit le Don de ce Dieu « Soleil » qui « donne la grâce, qui donne la Gloire » (Ps 84(83),12).

Marie Grand Ilet la Réunion

Marie, devant l’Eglise de Grand Ilet, cirque de Salazie, Ile de la Réunion

            « La lune est sous ses pieds »… L’astre de la nuit est sous ses pieds, en signe de victoire sur le monde des ténèbres (cf. Jn 6,16-21). En effet, avec le Christ, « la Lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5). Et cela s’accomplit dès maintenant, car dès aujourd’hui, dans la foi, « les ténèbres s’en vont et la véritable lumière brille déjà » (1Jn 2,8). Mais, nous le verrons par la suite, tout ceci se réalise au cœur d’un combat quotidien où il s’agit de recevoir et de recevoir encore par la prière cette Lumière de l’Esprit qui, seule, peut venir à bout de toutes « les Principautés, les Puissances, les Régisseurs de ce monde de ténèbres » (Ep 6,10-20 ; 1Th 5,4-10)… « La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière » (Rm 13,12)… Alors, « réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 5,14), le soleil t’enveloppera…

Marie Forêt de Bélouve la Réunion

Grotte de Notre Dame de Lourdes, forêt de Bélouve, Île de la Réunion

            « Elle est enceinte »… L’Eglise est « enceinte »… En effet, rappelle St Jacques, « le Père de toutes les lumières a voulu nous enfanter par une parole de vérité pour que nous soyons comme les prémices de ses créatures » (Jac 1,17-18). Cette Parole de Vérité nous a été transmise par Jésus, le Fils unique et éternel de Dieu (Jn 12,49-50 ; 8,26 ; 17,8), « la Parole faite chair »(Jn 1,14). Et « à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, eux qui ne furent engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jn 1,12-13). Par notre « oui » de foi à la Parole, et donc au Christ Ressuscité, nous sommes invités petit à petit à naître et à renaître « d’en haut », de « l’Esprit » (Jn 3,1-8) pour devenir « une créature nouvelle » (2Co 5,17) dans le Christ. Tout commence bien sûr au jour de notre baptême (Tt 3,4-7), mais nous avons à nourrir ensuite cette créature nouvelle par les sacrements, la prière et la lecture de la Parole de Dieu. En effet, l’Esprit Saint se joint toujours à la Parole car « celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu, et avec elles, il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34). Accueillir la Parole, c’est donc accueillir l’Esprit Saint qui se joint à elle et lui rend témoignage (Jn 15,26) en communiquant à celui ou celle qui la lit cette Vie nouvelle qu’elle ne cesse d’évoquer. Dieu rend ainsi témoignage à son Fils par l’action de l’Esprit qui donne la Vie à quiconque accueille avec foi la Parole du Fils (1Jn 5,5-12 ; Ga 5,25). « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 6,47).

Marie Basilique du Rosaire Lourdes

Marie Reine, mosaïque de la Basilique du Rosaire, Lourdes

Dieu le Père, avec son Fils et par son Fils, est donc venu nous enfanter à sa vie par sa Parole qui se propose à notre liberté, et l’action souveraine de l’Esprit Saint. Et maintenant, la Mission du Fils se poursuit avec l’Eglise qui est son « Corps » (1Co 12,12-13.27). Lui, il en est comme « la Tête » (Ep 1,22-23) et il lui a demandé d’aller dans le monde entier pour transmettre ce qu’elle avait elle-même reçu. Il lui a alors promis d’être avec elle tous les jours, jusqu’à la fin du monde, et d’agir avec elle par la Puissance de son Esprit pour que sa Parole puisse être accueillie (Mt 28,18-20 ; Mc 16,20 ; 1Co 2,1-5 ; Rm 15,15-19). qui a reçu la charge de transmettre la Parole de Dieu au monde (Mt 28,18-20). L’Esprit qui se joignait à la Parole du Christ pour lui rendre témoignage et communiquer ainsi par elle la vie éternelle (Jn 6,63) se joint donc toujours à la même Parole proclamée aujourd’hui par l’Eglise pour accomplir la même œuvre : communiquer la vie (2Co 3,4-6), enfanter un monde nouveau… C’est ainsi que l’Eglise est « Mère »… « Mes petits enfants », écrit St Paul dans sa Lettre aux Galates, « vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Ga 4,19)… En effet, nous sommes tous appelés à devenir des fils et des filles de Dieu à « l’image et ressemblance » de Jésus, le Fils Unique et éternel, qui reçoit sa vie du Père de toute éternité : « Il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). « Comme le Père a la vie en lui‑même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui‑même » (Jn 5,26). Et un peu plus loin, Jésus dit : « Je vis par le Père » (Jn 6,57). Nous sommes donc tous invités à recevoir par notre foi au Fils ce que le Fils reçoit de son Père de toute éternité : « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me reçoit vivra par moi » (Jn 6,57). Alors, sauvés par le Fils, les croyants reçoivent du Fils de « pouvoir devenir », petit à petit, de grâce en grâce, de miséricorde en miséricorde, des fils comme le Fils, « à l’image du Fils » : « Nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés » (Rm 8,29‑30 ; 2Co 3,17-18). Alors, « le soleil enveloppe » la communauté de ceux et celles qui, par la Parole du Fils, ont accueilli « la lumière de la Vie » (Jn 8,12)…

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Marie, chapelle de la forêt de Bélouve, île de la Réunion

            Ainsi l’Eglise, par les sacrements et « le lait non frelaté de la Parole » (1P 2,2), enfante-t-elle des fils, vivants de la vie du Fils et appelés à être au ciel « Lumière » et « Gloire » comme le Fils… Et tout ceci se réalise très concrètement par le « oui » de notre foi à « la Parole de Vérité, la Bonne Nouvelle de notre salut ». Par ce « oui » renouvelé chaque jour, à tout instant, dans une prière qui devrait être continuelle (Ep 6,18), le chrétien accueille la grâce de l’Esprit reçu au jour de son baptême : « C’est en lui que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,13-14). En effet, « le Christ a tant aimé l’Église qu’il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne (le baptême) ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante » (« enveloppée de soleil »), « sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5,25-27).

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Ainsi, l’Eglise est notre Mère à tous car l’Esprit Saint, jour après jour, vient sur elle. La Puissance du Très Haut la prend sous son ombre ; c’est pourquoi les êtres saints car sanctifiés qui naissent d’elle sont appelés fils de Dieu (cf. Lc 1,35 ; 1Th 5,23-24)…

            Et nous constatons à quel point il est impossible de parler de l’Eglise sans parler de Marie, de penser à l’Eglise sans penser à Marie… En effet, si l’Eglise grâce à l’action de l’Esprit Saint est la Mère des fils et des filles de Dieu, Marie, grâce à l’action du même Esprit Saint est la Mère du Fils Unique et éternel de Dieu. Et dans l’ordre chronologique, c’est elle qui vient en premier.  « Comblée de Grâce » (Lc 1,28) pour accomplir sa vocation unique, « l’Immaculée Conception », la « Bénie entre toutes les femmes » (Lc 1,42) a mis au monde ce Fils qui allait appeler toute l’humanité à devenir comme lui, des fils et des filles de Dieu… Et comblée à son tour de grâce (Ep 1,6), sanctifiée par l’eau du baptême, appelée elle aussi à être « sainte et immaculée dans l’Amour », « bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ »(Ep 1,3-10), l’Eglise recevra elle aussi la vocation de devenir la Mère d’une humanité nouvelle de fils et de fille de Dieu… Nous voyons bien que si « la Femme couronnée d’étoiles » du Livre de l’Apocalypse évoque le Mystère de l’Eglise, il est impossible de ne pas penser en même temps à Marie…

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Marie, Basilique de Vézelay

            Marie enfantant le Fils par l’Esprit est en effet l’image parfaite de l’Eglise enfantant des fils et des filles de Dieu par le même Esprit. Et Marie collabore toujours activement à cette Mission de l’Eglise, qui est tout en même temps celle de son Fils, car elle a reçu de lui, au pied de la Croix, la vocation d’être la Mère de tous les fils et les filles de Dieu… « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : “Femme, voici ton fils.” Puis il dit au disciple : “Voici ta mère.” Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui » (Jn 19,25-27). Et St Jean, dans son Evangile, prend bien soin de ne pas nommer « le disciple bien-aimé », car il représente tous les disciples de Jésus, et donc l’Eglise tout entière… Marie, Mère du Fils par l’Esprit, est ainsi la Mère de tous ceux et celles qui, par leur foi au Fils et l’action du même Esprit, deviennent à leur tour des fils et des filles de Dieu à « l’image du Fils » unique et éternel de Dieu (Rm 8,29)… Le Père Paul Boiteau, ancien curé de Cilaos et supérieur du Petit Séminaire, écrivait ainsi : « Nous sommes les collaborateurs de la Très Sainte Vierge Marie pour la formation de Jésus Christ dans les âmes »…

Marie Lourdes

 « La Femme mit donc au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer[1] ; et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône » (Ap 12,5). Au regard des deux interprétations complémentaires que nous venons de voir, « la Femme – Eglise », « la Femme – Marie », ce verset peut se comprendre de deux façons. Si nous pensons à Marie, et donc à son Fils Jésus, le texte nous renvoie au jour de son Ascension (Lc 24,50‑53 ; Ph 2,6-11 ; Ep 1,17-23 ; Ac 7,55–56 ; Rm 8,34).

Mais si nous pensons à « la Femme – Eglise », celui qui a dit « oui » au Christ par sa foi a été uni, au jour de son baptême, au Mystère de sa mort au péché et à celui de sa vie à Dieu. Dès lors, « considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rm 6,1-11). Dans la foi et l’attente de la résurrection de la chair au dernier Jour, le chrétien est donc déjà ressuscité en tant qu’il participe dès aujourd’hui à la victoire du Christ sur la mort par le don de l’Esprit Saint. Grâce à lui, il a été arraché aux ténèbres et placé dans un état de communion avec ce Dieu qui est Lumière (1Jn 1,5). A lui maintenant de rester fidèle, jour après jour, à cette grâce reçue, pour grandir dans la vie des enfants de Dieu…  « Vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,12‑14). Oui,

[1] Et nous retrouvons avec ce « sceptre de fer » une citation du Ps 2 déjà employé lors du baptême de Jésus par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain (cf. Lc 3,21-22). Mais Jésus, qui reçoit en cet instant « un baptême de repentir en vue de la rémission des péchés » (Lc 3,3) est descendu dans l’eau pour nous donner l’exemple, pour nous montrer le chemin à suivre (Jn 14,6) … En effet, il est « l’Agneau sans reproche et sans tâche » (1P 1,19), « le Saint, le Juste » (Ac 3,14), « il n’a jamais commis de faute » (1P 2,22 ; Jn 8,46). Il n’avait donc pas besoin de se repentir. Jean-Baptiste le savait bien (Mt 3,13-15). Mais Jésus dans les eaux du Jourdain nous représente tous, plongés dans les eaux du baptême pour que naisse de l’Esprit une création nouvelle de fils et de filles de Dieu vivants de la vie du Fils (2Co 5,17 ; Tt 3,4-7). Et d’ailleurs, ce Psaume 2 qui concerne avant tout le Fils est aussi appliqué aux disciples du Christ en Ap 2,26-28 : « Le vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai pouvoir sur les nations : c’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile ! Ainsi moi-même j’ai reçu ce pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l’Étoile du matin ». Nous retrouvons, par cette citation commune appliquée au Christ et aux chrétiens, à quel point nous sommes tous appelés à devenir comme le Fils, à son image, vivants de sa vie, partageant son Mystère de communion avec le Père dans l’unité d’un même Esprit…

Marie Nevers Ste Bernadette
Marie Nevers Ste Bernadette

Marie; statue devant laquelle Ste Bernadette aimait prier à Nevers, dans le jardin de sa communauté.

« Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés! –, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus » (Ep 2,4-6). « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu : quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire » (Col 3,1-4), « enveloppés de soleil »… Cette « vie cachée avec le Christ en Dieu » est communion dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,1-6) avec le Christ « Lumière du monde » (Jn 8,12), cette Lumière qui, seule, peut briller dans les ténèbres et remporter la victoire sur elle (Jn 1,4-5)… Avec elle « le Prince de ce monde est jeté dehors » (Jn 12,31), hors de nos cœurs. Et la prière du Christ s’accomplit : « Père, je ne te demande pas de les enlever du monde, mais de les garder du mauvais » (Jn 17,15)… Ainsi, le chrétien qui vit dans le monde, est-il déjà par sa foi « enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône » (Ap 12,5) dans la mesure où il vit déjà, au plus profond de son être, un Mystère de Communion avec Dieu dans le silence, la paix et le repos de l’Esprit (Hb 4,3 ; Mt 11,28). Tel est « le Royaume des Cieux » qui est « arrivé jusqu’à nous » par le Don de « l’Esprit de Dieu » (Mt 12,28)…

Notre Dame de France Puy en VelayNotre Dame de France Le Puy en Velay

Marie, Notre Dame de France, Puy en Velay

Tel est « le désert » où nous sommes tous invités à trouver déjà « quelque chose » du vrai bonheur en vivant déjà de la vie de Dieu accueillie par la foi : et « la Femme s’enfuit au désert où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours » (Ap 12,6). Et la Bible de Jérusalem précise en note : le désert est le « refuge traditionnel des persécutés dans l’Ancien Testament (cf. Ex 2,15 ; 1R 19,3s ; 1M 2,29-30). L’Eglise doit fuir loin du monde et se nourrir de la vie divine (cf. Ex 16 ; 1R 17,4-6 ; 19,5-8 ; Mt 4,3-4 ; 14,13-21) ». Sa communion avec Dieu sera alors son refuge, sa forteresse, sa force (Ps 16(15),1 ; 18(17),3 ; 32(31),7 ; 46(45),2 ; 59(58),17 ; 64(63),11 ; 73(72),28 ; 90(89),1 ; 91(90),2 ; 94(93),22 ; 144(143),2). St Jean y revient un peu plus loin lorsqu’il écrit que « la Femme reçut les deux ailes du grand aigle[1] pour voler au désert jusqu’au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps » (Ap 12,14). « Les deux ailes » nous font bien sûr penser à « l’Esprit Saint » (Mt 3,16 ; Mc 1,10 ; Lc 3,22 ; Jn 1,32) avec lequel et par lequel le Christ Ressuscité vient à nous et nous prend avec lui pour nous emmener dans la Maison du Père, ce Mystère de Communion qu’il vit avec son Père. « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez » (Jn 14,1‑3).

Marie Notre Dame de France Puy en Velay Marie Notre Dame de France Puy en Velay

Marie, Notre Dame de France, Puy en Velay

Et cela durera « un temps et des temps et la moitié d’un temps » (Ap 12,14), « mille deux cent soixante jours » (Ap 12,6), c’est-à-dire « trois ans et demi »… Cette moitié du chiffre sept, symbole de perfection, « est devenu depuis le Livre de Daniel (Dn 7,25) la durée type de toute persécution », de toute souffrance (cf. Lc 4,25 ; Jc 5,17). « Ici, il s’agit immédiatement de la persécution de Rome, la Bête d’Ap 13 ; 17,10-14 » (Note de la Bible de Jérusalem en Ap 11,2). Ainsi, même si cette période d’épreuve peut sembler longue pour celui qui la subit, tôt ou tard elle s’arrêtera, car Dieu qui est présent  à l’Histoire lutte contre toute injustice avec tous les hommes de bonne volonté…

L’adversaire est ici représenté avec l’image « d’un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème. Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né » (Ap 12,3-4). Ce Dragon est « l’antique Serpent, le Diable (diviseur, en grec) ou le Satan (accusateur, en hébreu), comme on l’appelle, le séducteur du monde entier » (Ap 12,9), « le Prince de ce monde » (Jn 12,31) qui contribue à attiser la haine chez ceux qui se tournent vers le mal…

[1] Allusion au Livre de l’Exode où Dieu délivra Israël des persécutions et des souffrances que leur infligeaient à l’époque les Egyptiens : « Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait aux Égyptiens, et comment je vous ai emportés sur des ailes d’aigles et amenés vers moi » (Ex 19,4-5 ; voir aussi Dt 32,11 ; Is 40,11 ; 46,4 ; 63,9). Et ce que Dieu fit autrefois avec les Egyptiens, il le refera bientôt avec les Romains…

Marie Notre Dame de la Salette

Marie, église de Notre Dame de la Salette

Avec le Christ, « il avait mis au cœur de Judas Iscariote le dessein de le livrer », et ce dernier avait accueilli ce mauvais désir et décidé de le mettre en pratique. Et lorsqu’il sortit pour livrer Jésus, « il faisait nuit », c’était l’heure des ténèbres (Jn 13,2.30)… Ainsi, le démon agit concrètement dans notre monde par tous ceux et celles qui disent « Oui ! » au mal, aux mauvaises pensées, aux convoitises de toutes sortes, à la haine, à la volonté de dominer etc… Dans le Livre de l’Apocalypse, il agit par les Romains qui persécutent les chrétiens… St Jean y fait allusion lorsqu’il décrit cet « énorme Dragon rouge feu » avec « sept têtes », un chiffre qui renvoie aux sept collines de Rome… Mais l’empire romain sera ensuite clairement désigné par l’image de la Bête au chapitre suivant…

            Le Diable s’attaque donc à « ceux qui gardent le commandement de Dieu (cf. Jn 15,12.17) et possèdent le témoignage de Jésus », l’Esprit Saint qui rend témoignage à Jésus en leur cœur (Jn 15,26) et leur donne la force nécessaire pour continuer à rendre témoignage à Jésus, envers et contre tout (Jn 15,27 avec Ac 1,8 ; 4,31). Mais toutes ces souffrances endurées pour l’Evangile sont autant d’occasions à vivre cet Evangile et à plonger au cœur de la Bonne Nouvelle… Et quelle est-elle ? Evoquons-là avec cette phrase de Paul Claudel : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance ; il est venu la remplir de sa Présence », une Présence qui est Joie, Paix, Bonheur Profond, un Bonheur que nul « méchant » ne peut atteindre… « Heureux les affligés, ils seront consolés… Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5,5.11-12).

Marie Eglise de Ste Praxède Rome

Marie, église Ste Praxède, Rome.

            St Paul écrivait de son côté aux chrétiens de Thessalonique : « Vous avez accueilli la Parole parmi bien des souffrances, avec la joie de l’Esprit Saint » (1Th 1,6). La promesse de Jésus s’accomplissait : « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes. Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux sanhédrins et vous flagelleront dans leurs synagogues ; vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, pour rendre témoignage en face d’eux et des païens. Mais, lorsqu’on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10,16-20). Et « le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5,22-23). En effet, écrivait St Paul à Timothée, « ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais souffre plutôt avec moi pour l’Évangile, soutenu par la force de Dieu » (2Tm 1,7-8).

   Marie, basilique de Vézelay

Marie Vézelay

            Ainsi, Dieu promet la Présence toute particulière de son Esprit Saint au cœur des épreuves endurées pour l’Evangile (Mt 10,24-25 ; Jn 15,18-21 ; 1Th 2,2 ; cf. Ac 9,16 ; 1Co 4,9-13 ; 2Co 1,5 ; 4,8-12 ; 6,4-10 ; 11,23-33 ; Ph 3,10-11 ; Col 1,24). Et la Présence de cet Esprit est toujours synonyme de joie, de consolation, de paix et donc de bonheur… La voilà la Bonne Nouvelle, déjà présente au cœur de notre monde, avec toutes ses souffrances, ses détresses, ses épreuves, dans l’attente et l’espérance de la Jérusalem d’en haut où « il n’y aura plus de pleurs, plus de peines, plus de cris, car l’ancien monde s’en sera allé » (Ap 21,1-4 ; 7,13-17).

Au début de sa seconde Lettre aux Corinthiens, St Paul parle de cette Bonne Nouvelle, la Présence de Dieu par son Esprit au cœur de toutes nos souffrances : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation » (2Co 1,3-5). Et la Bible de Jérusalem écrit en note : « La consolation est annoncée par les prophètes comme caractéristique de l’ère messianique. Elle consiste essentiellement dans la fin de l’épreuve et dans le début d’une ère de paix et de joie. Mais, dans le Nouveau Testament, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance (2 Co 1,4-7 ; 7 4 ; cf. Col 1,24) ». Dans cette Lettre, « Paul insiste constamment sur la présence de réalités antagonistes, voire contradictoires, dans le Christ, l’apôtre et le chrétien : souffrance et consolation (2Co 1,3-7 ; 7,4), mort et vie (4,10-12 ; 6,9), pauvreté et richesse (6,10 ; 8,9), faiblesse et force (12,9‑10). C’est le mystère pascal, la présence du Christ ressuscité au milieu du monde ancien de péché et de mort ». Et telle est la Bonne Nouvelle…

      Marie, église de Citeaux

Marie Notre Dame de Citeaux

            Au milieu de toutes les difficultés de cette vie, le chrétien n’est donc pas seul. Le Père (Mt 6,6) et le Fils sont avec lui (Mt 28,20) par l’Esprit Saint (Jn 14,15-17 ; 16,7), artisan de toute Communion. La Paix, la Force, la Lumière et la Joie que le Fils reçoit de son Père par l’Esprit sont maintenant communiquées aux croyants par ce même Esprit… « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite… Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 15,10 ; 14,27) disait Jésus. Et rien ni personne ne peut empêcher l’Esprit d’être là, présent et agissant au cœur de celui ou celle qui le reçoit dans la prière… Avec lui et par lui, Dieu règne avec puissance et donne la victoire : « Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu » (Ap 12,10)… Avec lui et par lui, « la domination est acquise au Christ puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu » (Ap 12,10)… « Satan », en effet, veut dire « accusateur »… Il est le Séducteur qui, si l’on consent à ses tentations, nous fait tomber, puis ensuite nous accuse, nous condamne, nous désespère… « Dieu, lui, ne juge personne » (Jn 5,22) et ne condamne jamais (Jn 8,11 ; 3,16-18). Il sait que celui qui tombe se fait mal et qu’il souffre… Aussi le regarde-t-il avec amour et compassion. Et il va même avec son Fils jusqu’à prendre sur lui sa souffrance pour le soutenir, le soulager, le délivrer (Mt 8,17 ; 11,28-30 ; Is 52,13-53,12). Son seul désir est de nous sauver, de nous relever, de nous pardonner, de nous délivrer pour que nous puissions retrouver avec lui la vie, la paix et la joie que nous avions perdues par suite de nos fautes… Si nous consentons à sa Miséricorde, nous serons dans la joie (Ap 12,12) et notre joie fera sa joie (So 3,14-20).

                                                                                                             D. Jacques Fournier

 

AP – SI – Fiche 22 – Ap 12 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.

 




La septième trompette (Ap 11,14-19)

      (14) Le deuxième  Malheur  a passé, voici que le troisième accourt ! (15) Et le septième Ange sonna… Alors, au ciel, des voix clamèrent :  La royauté du monde est acquise à notre Seigneur ainsi qu’à son Christ ; il régnera dans les siècles des siècles. (16) Et les vingt-quatre Vieillards qui sont assis devant Dieu, sur leurs sièges, se prosternèrent pour adorer Dieu en disant :

(17)  Nous te rendons grâce, Seigneur, Dieu Maître-de-tout,  Il est et Il était , parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne.

(18) Les nations s’étaient mises en fureur; mais voici ta fureur à toi, et le temps pour les morts d’être jugés; le temps de récompenser tes serviteurs les prophètes, les saints, et ceux qui craignent ton nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre.

(19) Alors s’ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le temple; puis ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres et un tremblement de terre, et la grêle tombait dru…

 

            Cette septième trompette conclut le septénaire des trompettes commencé en 8,6‑13 pour les quatre premières, puis en 9,1-21 pour les cinquième et sixième. Et souvenons-nous : avec la sixième trompette, St Jean évoquait tous les fléaux des guerres de toutes sortes qui peuvent frapper les hommes où qu’ils soient sur cette terre. Et malgré cela, ceux qui « ont échappé à l’hécatombe de ces fléaux » ne se sont pas convertis… Mystère de l’intensité de ce que nous appelons « péché », « ténèbres », « aveuglement », « résistance à Dieu », « désobéissance » et donc « refus de se convertir »… Mais Dieu poursuit son œuvre de salut envers et contre tout, avec cette humanité blessée, telle qu’elle est, et pour elle… « Eloigne-toi de moi », disait St Pierre à Jésus, « car je suis un homme pécheur » (Lc 5,8). Mais « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17). Alors Pierre fera l’expérience difficile et douloureuse de sa faiblesse et de sa misère, mais il découvrira tout en même temps l’intensité de l’Amour de Dieu pour lui, envers et contre tout, et il en pleurera (Lc 22,62). Et son annonce de l’Evangile, vécue au sein d’une conversion permanente, sera avant tout un témoignage rendu au « Père des Miséricordes » (2Co 1,3) qui veut notre salut plus que nous-mêmes (1Tm 2,3-6 ; Lc 15,1-7 ; Mt 18,12-14 ; Jn 6,37-40 et le Père donne au Fils le monde à sauver ; mais encore faut-il lui dire « oui ! »)… Ainsi, « quand nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle » (2Tm 2,13), poursuivant inlassablement par l’action de l’Esprit Saint et la collaboration des hommes de bonne volonté (1Co 3,5-9) son œuvre universelle de salut (2Co 5,16-6,2)… C’est ce que St Jean va dire ici avec cette septième trompette. En effet, elle avait été annoncée en Ap 10,7 comme « l’accomplissement du mystère de Dieu, comme il en fit l’annonce à ses serviteurs les prophètes ». Or qu’annoncèrent les prophètes ? st jeanUn salut offert par Dieu (So 3,14‑15) et mis en œuvre à son initiative par un Messie juste, victorieux et humble (Za 9,9-10). Il nous offrira alors comme premier cadeau « le pardon des péchés » (Lc 1,76-79). Ce pardon sera accueilli par tous ceux et celles qui accepteront de s’engager dans une démarche de repentir sincère, de tout cœur, sous le regard aimant de Dieu qui nous connaît mieux que nous-mêmes (Lc 3,3 ; 24,46-48 ; Ac 2,38 ; 5,31 ; 10,43 ; 13,38-39 ; 26,13-18 ; 1Co 13,12). Alors Dieu pourra faire ce qu’il désire tant : nous réconcilier avec Lui pour que nous puissions trouver en Lui la Plénitude de la Vie, de la Paix, de la Joie. Soutenus et aidés par sa grâce qui vient la première à notre rencontre, dès que nous lui aurons dit ce « oui ! » de tout cœur qu’il attend, il enlèvera bien vite par son Fils, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), tout ce qui pouvait nous séparer de lui, nous fermer à lui. Nous recevrons alors le don du Saint Esprit qui nous établira, dès aujourd’hui, dans la foi, en communion de vie avec Lui. Tel est ce que le Nouveau Testament appelle « le Royaume des Cieux » : un Mystère de Communion avec Dieu dans l’unité d’un même Esprit (Rm 14,17 ; Ep 4,3). C’est ainsi que Jésus en St Marc parle tout en même temps « d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Mc 9,47), et « d’entrer dans la vie » (Mc 9,43.44), une vie qui est le fruit de la Présence de l’Esprit au cœur de celui ou celle qui accepte de le recevoir, car « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Le voilà donc « le règne sur le monde de notre Seigneur et de son Christ » (Ap 11,15) et il commence dès maintenant au cœur de tous ceux et celles qui l’accueillent dans la foi et deviennent ainsi « des enfants de Dieu » (Jn 1,12-13) « vivant de sa vie » (Jn 20,30-31 ; 6,47). Oui, dès maintenant, « tout est accompli » (Jn 19,30), et donc tout est à recevoir, à faire passer dans notre vie, même si nous ne pouvons qu’attendre la pleine réalisation du projet de Dieu sur nous, par-delà notre mort, avec « la résurrection de la chair au dernier Jour » (Crédo). Mais le Christ est déjà ressuscité, une humanité glorifiée vit déjà en parfaite communion avec le Père, pour « les siècles des siècles »… Et avec lui, c’est déjà toute l’humanité qui est passée par la mort et la résurrection… C’est fait, mais pour nous, tout reste malgré tout à faire, et rien ne se fera sans notre consentement à la grâce donnée, ce « oui » de la foi, dès maintenant, dans la foi… Avec lui, nous commençons à suivre celui que nous ne voyons pas pour l’instant. Mais il est « le chemin » qui, par « la vérité » et la Miséricorde de Dieu, nous conduit à la Plénitude de « la Vie » du Ciel (Jn 14,6). Et si nous ne voyons toujours pas le ciel ici-bas, la vie du ciel, elle, nous est par donnée dès maintenant, une vie qui se poursuivra ensuite « dans les siècles des siècles »… Et ce n’est que par‑delà notre mort que nous verrons enfin, en face à face, celui que notre foi ne fait aujourd’hui que pressentir, grâce justement à cette vie nouvelle, cette paix, cette joie qu’il nous est donnée de recevoir dès ici-bas de la Miséricorde de Dieu…

 

Man jump through the gap. Element of design.

« Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ :

dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau

par la Résurrection de Jésus Christ d’entre les morts,

pour une vivante espérance, 

            pour un héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure,

et qui vous est réservé dans les cieux,

            à vous que, par la foi, la puissance de Dieu garde pour le salut

prêt à se manifester au dernier moment.   

            Vous en tressaillez de joie,

bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, 

            afin que, bien éprouvée, votre foi,

plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu,

devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur,

lors de la Révélation de Jésus Christ. 

            Sans l’avoir vu vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant,

vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire, 

                        sûrs d’obtenir l’objet de votre foi : le salut des âmes » (1P 1,3-9).  

 

            Souvenons-nous : les vingt-quatre Vieillards représentent l’ensemble de ceux et celles qui ont fini leur pèlerinage sur cette terre et accepté le salut de Dieu. Ils vivent désormais ce que nous appelons « la communion des saints », « saints » car sanctifiés par la Toute Puissance de Celui qui n’est que Miséricorde (cf. Lc 1,49-50). Ils remercient le Père qui les a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il les a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et transférés dans le Royaume de son Fils bien aimé en qui « nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,12-14). fouleGrâce à ce pardon obtenu par le sacrifice du Christ sur la Croix et mis en œuvre très concrètement par l’Eau Vive de l’Esprit qui a lavé leur cœur de toute souillure, Dieu les a sanctifiés (cf. 1Th 5,23-24) de telle sorte qu’ils sont maintenant « tout resplendissants, sans tâche ni ride ni rien de tel, mais saints et immaculés » (Ep 5,25-27). Son projet s’est accompli pour eux (Ep 1,3-10) : il a pu, grâce à leur consentement, leur partager son Royaume et sa Gloire… « Vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siègerez sur des trônes » (Lc 22,30), avait dit Jésus à ses disciples, et à travers eux à toute l’Eglise, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté… Et c’est bien ce qui est arrivé : « les vingt quatre Vieillards », toute la communion des saints, « sont assis devant Dieu sur leurs trônes » (Ap 11,16 ; 4,4), à l’image et ressemblance du Fils unique (Rm 8,29) « assis à la droite de Dieu » (Col 3,1) par sa Résurrection et son Ascension au plus haut des cieux (Ph 2,6-11)… Et « ils se prosternent pour adorer Dieu en disant : « Nous te rendons grâce, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, “Il est et Il était” (et ils ne disent pas « Il vient », car Il est là, avec eux, devant eux, en face à face) parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne ». Cette immense puissance est celle de sa Miséricorde révélée par le Christ en Croix, portant sur lui notre péché, souffrant de nos souffrances, mourant de notre mort (Mt 8,17, citation d’Is 52,13-53,12 ; 2Co 5,21 ; 1P 2,21-25)… « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Toi la Source d’Eau Vive (Jr 2,13 ; 17,13), en te rejetant, en me rejetant (Jn 5,26 ; 7,37‑39 ; 10,10), ils se tuent (Jn 5,40), et ils n’en ont pas conscience !… Alors, je meurs de leur mort pour qu’un jour, ils puissent vivre de notre vie… « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Ressuscité, le Christ continuera de mettre en œuvre cette Miséricorde Toute Puissante par son Eglise qui est son Corps (1Co 12,12-13.27 ; Ep 4,4-6 ; 2Co 5,20 ; 2Co 13,3 ; Lc 10,16) et par l’Esprit Saint (1Co 2,1-5), Puissance (Lc 4,14) d’Amour (Rm 5,5) de Dieu (Jn 4,24 avec 1Jn 4,8.16)…

 communion des saints

« Les nations s’étaient mises en fureur ; mais voici ta fureur à toi » (Ap 11,18). Au déchaînement de violence dans le monde, Dieu répond par le déchaînement de son Amour, par la Toute Puissance de sa grâce, cachée, silencieuse, discrète, mais capable de remporter dès maintenant la victoire au cœur de tous ceux et celles qui l’accueillent dans leurs épreuves, leurs souffrances, leurs maladies, leurs détresses… « La Lumière » de l’Amour (cf. 1Jn 1,5 ; 4,8.16) « a brillé dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5). « Maintenant, le Prince de ce monde est jeté dehors » (Jn 12,31), hors du cœur et de la vie de ceux, qui, par leur foi, sont déjà « un seul esprit avec le Seigneur » (1Co 6,17), car sur Lui et sur Lui seul, « il n’a aucun pouvoir » (Jn 14,30). Heureux alors, ceux qui se confient dans le Seigneur, même si notre vie ici-bas ne peut qu’être marquée par le combat (Ep 6,10-13) et les souffrances de toutes sortes (1P 1,6). « Mais il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous » (Rm 8,1)… 

Mais contrairement à « la fureur » du monde, cette « fureur » de l’Amour, expression de l’ardent désir de Dieu qui « veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4) respecte l’autre, ne cherche que le bien de l’autre… Mais Dieu, parfois, n’hésite pas à se mettre en colère (Mc 3,5) pour interpeller les pécheurs (Jn 2,13-17), et leur permettre ainsi de prendre conscience de leurs erreurs, de leurs mauvais choix qui les conduisent à la mort. Et cela, Dieu, de tout son cœur, ne le veut pas (Ez 33,11 ; 18,23). 

« Voici donc ta fureur à toi, et le temps pour les morts d’être jugés » (Ap 11,18). Qui sont ces morts ? A la lumière de l’Evangile selon St Jean, nous pouvons penser tout d’abord aux pécheurs qui, quelque part, vivent un état de mort spirituelle par suite de leurs fautes. Car « le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6,23), dès maintenant… Mais « l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jn 5,25). jésus frappe à la porteD’une manière ou d’une autre, « la voix du Fils de Dieu » se propose donc à tout homme : voix de sa conscience au plus profond de lui-même (Rm 2,14-15), voix de la vérité et de la justice à travers tout ce qui, en ce monde, est porteur de telles valeurs, et, par excellence, voix de l’Evangile proclamé aujourd’hui encore par les disciples du Christ… Et c’est à chacun, en toute liberté et conscience, de répondre à Celui qui est « Vérité » (Jn 14,6 ; 6,32 ; 8,40) et « Justice » (Ac 3,14 ; 22,14) avec l’aide et le soutien de « l’Esprit de Vérité » (Jn 14,17 ; 15,26 ; 16,13) envoyé « en mission par toute la terre » (Ap 5,6)… A travers cette « voix du Fils » se révèle « le Père qui ne juge personne » (Jn 5,22) : « Je ne te condamne pas », dit ainsi Jésus à la femme surprise en flagrant délit d’adultère ; « va, désormais ne pèche plus » (Jn 8,11). « Dieu », en effet, « n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,17). Alors, si « le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6,23), les pécheurs qui accepteront de répondre à cette Voix du Fils qui les appelle au repentir recevront le pardon de toutes leurs fautes et avec lui « le don gratuit de Dieu, la vie éternelle » (Rm 6,23), dès maintenant, dans la foi… Tout dépend donc de la réponse, du consentement donné ou non à la grâce qui, par le Christ, vient frapper à notre cœur pour nous appeler au salut… Alors, celui qui croit en ce Dieu qui ne juge personne et ne désire que son salut ne sera pas jugé. Mais celui qui refusera de croire se privera lui-même du salut offert : il se condamnera lui-même (Jn 3,18)…

 Jean 5

L’expression « le temps pour les morts d’être jugés » ne peut bien sûr que nous faire penser à tous ceux et celles qui sont déjà passés par la mort. Or tel fut le Fils ici-bas parmi les hommes, tel il est au ciel pour l’éternité (Hb 13,8)… Et tous les morts, nous dit St Jean, ressusciteront : « Ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement » (Jn 5,28‑29), un jugement qui se fera toujours à la Lumière de Celui qui « ne juge personne » (Jn 5,20). Alors, il en sera au ciel comme il en est déjà sur cette terre, dans la foi : « celui qui croit en lui n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas en lui est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique de Dieu » (Jn 3,18)… L’important est donc de dire « Oui ! » à Jésus, l’Unique « Sauveur du monde » (Jn 4,42), dès maintenant et le plus rapidement possible… Et l’Eglise prie chaque jour pour les défunts, pour que tous disent ce « Oui ! » au Christ qui nous appelle tous à sa Lumière et à sa Vie… 

C’est donc dès maintenant, en toute liberté, en toute conscience et de tout cœur, que nous sommes invités à répondre « oui » à Dieu en lui offrant avec confiance toute notre vie et notamment tout ce qui ne fut pas conforme à sa volonté… Alors, il commencera à mettre en oeuvre sur la terre ce qui se poursuivra ensuite au ciel : une vie de communion avec Lui dans l’unité d’un même Esprit… prodigueEt tout ceci se réalise par excellence au moyen des sacrements que le Christ a donnés à son Eglise. Voilà pourquoi il est si important d’annoncer Dieu au monde, de lui présenter son Amour, sa Tendresse, son Infinie Miséricorde, ce salut, cette Plénitude, ce Bonheur éternel qu’il veut pour chacun de nous plus que nous-mêmes… La mission du Christ était de nous faire connaître le Père (Jn 1,18), de manifester son Nom (Jn 17,6), c’est à dire « Qui » il est… Ensuite, c’est à chacun, en toute liberté, aidé par l’Esprit Saint (1Co 12,3), d’accepter ou de refuser cet Amour, un Amour têtu qui, en cas de refus, se proposera et se proposera encore… Et le Christ compte maintenant sur chacun d’entre nous pour que cette mission puisse se poursuivre de génération en génération, et cela jusqu’à la fin des temps. Mais avec ses disciples et par eux, c’est Lui et Lui seul qui continue à révéler le Père par l’action de l’Esprit Saint… « Je leur ai fait connaître ton Nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux. Allez donc dans le monde entier, je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Jn 17,26 ; Mt 28,18-20 ; Mc 16,14-20 ; Rm 15,15-19)…

 

Et « si le temps est venu pour les morts d’être jugés », « le temps » est aussi venu « de récompenser tes serviteurs les prophètes, les saints, et ceux qui craignent ton nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre » (Ap 11,18). L’accent en ce verset est mis sur l’obéissance au Christ, à sa Parole, à son Esprit…

St Paul l’appelle « l’obéissance de la foi » (Rm 1,5 ; 16,26 ; cf. 6,16, 15,18 ; 16,19 ; 2Co 7,15 ; 9,13 ; 10,6 ; Ep 6,5-6 ; Ph 2,12 ; Paul et ses compagnons « serviteurs » de Dieu et du Christ : Rm 1,1 ; Ga 1,10 ; Col 4,12 ; 1Tm 4,6 ; 2Tm 2,24 ; Tt 1,1) une attitude qui devrait caractériser tout chrétien et qui l’engage tout entier, à l’image et ressemblance du Fils dont la seule nourriture était d’accomplir la volonté du Père, et donc de lui obéir dans l’amour (Jn 4,34 ; 15,9-10 ; 14,31 ; 5,19-20 ; Christ Serviteur du Père : Ac 3,13 ; 3,26 ; 5,27)… St Benoît commence ainsi sa Règle : Paris Surréalistes+annexes« Ecoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et incline l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’avertissement d’un père plein de tendresse, et accomplis-le efficacement, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’a éloigné la lâcheté de la désobéissance. A toi donc s’adresse en ce moment ma parole, qui que tu sois, qui, renonçant à tes propres volontés pour militer sous le vrai Roi, le Seigneur Jésus Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance »… 

Et dans la langage biblique, « craindre Dieu », c’est encore tenir compte de lui, l’écouter, lui obéir… Les « serviteurs » de Dieu sont donc « ceux qui craignent son Nom, petits et grands », et leur obéissance commence à les conduire sur les chemins de la sainteté car ils obéissent à Celui là seul qui peut sanctifier, qui désire le faire, et qui attend notre libre consentement pour qu’il en soit effectivement ainsi… Et « les prophètes » dans la Bible sont avant tout ceux qui ont reçu comme vocation de transmettre la Parole de Dieu qu’ils ont d’abord reçue… Ce qui sous entend d’obéir à l’appel reçu, d’écouter cette Parole, pour ensuite essayer de la servir le mieux possible en la transmettant aux autres… Et tout baptisé est un prophète appelé à se faire le serviteur de « la Parole de Vérité, l’Evangile » pour « le salut »(Ep 1,13) de tous… Au jour de son baptême, il a en effet reçu « l’onction du saint chrême, huile parfumée consacrée par l’évêque » qui « signifie le don de l’Esprit Saint au nouveau baptisé. Il est devenu un chrétien, c’est-à-dire ” oint ” de l’Esprit Saint, incorporé au Christ, qui est oint prêtre, prophète et roi » (Catéchisme de l’Eglise Catholique & 1241 ; cf. 1546).

prier-pere-fils-saint-espritEnfin, le chapitre 11 se termine par une vision du « Temple de Dieu dans le ciel » qui « s’ouvre » et laisse apparaître « l’arche d’alliance »… L’image du Temple au ciel, comme celle de « la Maison de Dieu » en St Jean, renvoie à nouveau à ce Mystère de Communion que le Père, le Fils et l’Esprit Saint vivent de toute éternité dans l’unité d’un même Esprit qui est tout à la fois Amour, Lumière, Paix, Joie… Et c’est à ce Mystère de Communion que nous sommes tous appelés, un Mystère qui commence dès ici-bas dans la foi et par une foi vivante qui accueille le Don de l’Esprit… Telles sont ces Noces Nouvelles que le Christ est venu sceller avec l’humanité tout entière en versant sur la Croix « le sang de l’Alliance répandu pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28 ; Mc 14,24). Le Miracle des Noces de Cana (Jn 2,1-12) en est l’illustration, en acte, « le bon vin » symbolisant le Don de l’Esprit Saint, ce grand cadeau que Dieu veut faire à tous les hommes…

Et tout s’achève comme par une signature divine avec « les éclairs », « les voix », « les tonnerres », « le tremblement de terre » et « la grêle », autant d’éléments que l’on retrouve très souvent dans l’Ancien Testament lors des manifestations divines…

Jacques Fournier

 

AP – SI – Fiche 21 – Ap 11,14-19 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Les deux témoins (Ap 11,1-13)

            “Puis on me donna un roseau, une sorte de baguette, en me disant :  Lève-toi pour mesurer le Temple de Dieu, l’autel et les adorateurs qui s’y trouvent ; (2) quant au parvis extérieur du Temple, laisse-le, ne le mesure pas, car on l’a donné aux païens : ils fouleront la Ville Sainte durant quarante-deux mois. (3) Mais je donnerai à mes deux témoins de prophétiser pendant mille deux cent soixante jours, revêtus de sacs. (4) Ce sont les deux oliviers et les deux flambeaux qui se tiennent devant le Maître de la terre. (5) Si l’on s’avisait de les malmener, un feu jaillirait de leur bouche pour dévorer leurs ennemis; oui, qui s’aviserait de les malmener, c’est ainsi qu’il lui faudrait périr. (6) Ils ont pouvoir de clore le ciel afin que nulle pluie ne tombe durant le temps de leur mission ; ils ont aussi pouvoir sur les eaux, de les changer en sang, et pouvoir de frapper la terre de mille fléaux, aussi souvent qu’ils le voudront. (7) Mais quand ils auront fini de rendre témoignage, la Bête qui surgit de l’Abîme viendra guerroyer contre eux, les vaincre et les tuer. (8) Et leurs cadavres, sur la place de la Grande Cité, Sodome ou Égypte comme on l’appelle symboliquement, là où leur Seigneur aussi fut crucifié, (9) leurs cadavres demeurent exposés aux regards des peuples, des races, des langues et des nations, durant trois jours et demi, sans qu’il soit permis de les mettre au tombeau. (10) Les habitants de la terre s’en réjouissent et s’en félicitent ; ils échangent des présents, car ces deux prophètes leur avaient causé bien des tourments. (11) Mais, passés les trois jours et demi, Dieu leur infusa un souffle de vie qui les remit sur pieds, au grand effroi de ceux qui les regardaient. (12) J’entendis alors une voix puissante leur crier du ciel  Montez ici !  Ils montèrent donc au ciel dans la nuée, aux yeux de leurs ennemis. (13) À cette heure-là, il se fit un violent tremblement de terre, et le dixième de la ville croula, et dans le cataclysme périrent sept mille personnes. Les survivants, saisis d’effroi, rendirent gloire au Dieu du ciel.”   

            Ce passage est quelque peu mystérieux, mais les notes de nos Bibles nous donnent tous les éléments nécessaires à son interprétation. Les deux principales seront mentionnées par leurs abréviations : Bible de Jérusalem (BJ), Traduction Oeucuménique de la Bible (TOB).

            Jusqu’à présent, St Jean a entendu « une voix » (Ap 10,4.8), qui reviendra en Ap 11,12, et l’Ange (Ap 10,6-7.9). Soulignons l’alternance des deux… Si la voix renvoie à Dieu le Père, si l’Ange symbolise ici le Christ, nous constatons à nouveau à quel point ils collaborent tous les deux à la même œuvre. Celui qui écoute le Fils écoute le Père qui l’a envoyé (Mc 9,37) car « ce que je dis », déclare Jésus, « tel que le Père me l’a dit, je le dis » (Jn 12,50 ; cf. 3,34 ; 7,16-17 ; 8,28 ; 12,49-50 ; 14,10.24 ; 17,7-8). Alors, si en Ap 10,11 et 11,1 l’auteur ne précise pas « qui » lui parle, c’est toujours la volonté du Père qui s’exprime, soit directement, soit plutôt par son Fils, « l’Ange », « le messager » par excellence, chargé de nous transmettre sa Parole. Ici encore, « c’est donc sans doute le Christ qui parle » (Osty)… 

Christ Sauveur

            Et St Jean est invité à « mesurer le Temple de Dieu, l’autel et les adorateurs qui s’y trouvent ». « Il s’agit d’un mesurage symbolique en vue d’une préservation (cf. v.2) » (Osty). Tous ceux et celles qui, de manière imagée, seront « à l’intérieur », n’auront donc rien à craindre des persécutions et des souffrances de toutes sortes qui pourraient s’abattre sur eux : Dieu les protègera, veillera sur eux, il les consolera, les réconfortera… Il sera pour eux ce roc sur lequel la maison de leur vie tiendra bon malgré « la pluie, les torrents et les vents » qui pourraient s’abattre sur elle (Mt 7,24‑25). Nous sommes au cœur de la Bonne Nouvelle : Présence du Christ offerte sans conditions, par amour, pour que nous puissions trouver avec Lui, dès aujourd’hui, dans la foi et par notre foi, « quelque chose » de cette Plénitude de l’Esprit qui nous permettra de tenir bon dans l’épreuve. « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage… Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde, et j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33 ; Mt 28,20). St Jean s’inspire peut-être ici du Livre de Zacharie où il s’agit de « mesurer Jérusalem » pour lui assurer ensuite la protection de Dieu et sa Présence au milieu d’elle, Source de Gloire, et donc de Lumière et de Vie… « Je levai les yeux et j’eus une vision. Voici : il y avait un homme, et dans sa main, un cordeau pour mesurer. Je lui dis : « Où vas-tu ? » Il me dit : « Mesurer Jérusalem, pour voir quelle est sa largeur et quelle est sa longueur. » Et voici : l’ange qui me parlait s’avança et un autre ange s’avança au devant de lui. Il lui dit : « Cours, parle à ce jeune homme et dis-lui : Jérusalem doit rester ouverte, à cause de la quantité d’hommes et de bétail qui s’y trouve.  Quant à moi, je serai pour elle – oracle du Seigneur – une muraille de feu tout autour, et je serai sa Gloire »  (Za 2,5-9).

BonPasteur            « Le Temple de Dieu, l’autel et les adorateurs qui s’y trouvent » représentent donc ici l’Eglise, cette communauté de pécheurs rassemblés par le Christ Bon Pasteur (Lc 15,4-7 ; 5,31-32). Le premier cadeau qu’ils ont reçu par une démarche sincère de repentir, dans la vérité de leur misère acceptée, regrettée et offerte, fut le pardon de toutes leurs fautes. Et avec ce pardon, le Christ leur a offert en surabondance « l’Eau Vive de l’Esprit », cet Esprit qui les établit dès maintenant dans un Mystère de Communion avec Lui et avec son Père (Ep 4,1-6 ; 2,18 ; 2Co 13,13 ; 1Jn 1,1-4). Jésus disait ainsi à la Samaritaine : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… (En effet), l’heure vient – et c’est maintenant – où les véritables adorateurs adoreront le Père en Esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est Esprit, et ceux qui adorent, c’est en Esprit et en vérité qu’ils doivent adorer » (Jn 4,21-24). Et l’Eglise trouve dans ce Mystère de Communion avec Dieu, « en Esprit et en vérité », une source de réconfort et de paix au cœur de toutes les souffrances de ce monde…

 

            C’est pourquoi St Jean précise : « Quant au parvis extérieur du Temple, laisse-le, ne le mesure pas, car on l’a donné aux païens : ils fouleront la Ville Sainte durant quarante-deux mois ». De cœur, dans l’intériorité et l’invisible de leur vie de foi vécue avec le Seigneur, les chrétiens ont accès « aux parvis du Seigneur », dans « la Maison du Père » : ce Mystère de Communion où le Christ les a établis dès maintenant, par leur foi et dans la foi… Aussi, « il est beau de te louer, Dieu, dans Sion… (Car) jusqu’à toi vient toute chair avec son poids de péché ; nos fautes ont dominé sur nous : toi, tu les pardonnes. Heureux ton invité, ton élu : il habite ta demeure ! Les biens de ta maison nous rassasient, les dons sacrés de ton Temple ! » (Ps 65(64),2-5). Oui, « de quel amour sont aimées tes demeures », nos cœurs, « Seigneur, Dieu de l’univers ! Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ; mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant ! L’oiseau lui-même s’est trouvé une maison et l’hirondelle, un nid pour abriter sa couvée : tes autels, Seigneur de l’univers, mon Roi et mon Dieu ! Heureux les habitants de ta maison : ils pourront te chanter encore ! Heureux les hommes dont tu es la force : des chemins s’ouvrent dans leur cœur ! Quand ils traversent la vallée de la soif, ils la changent en source ; de quelles bénédictions la revêtent les pluies de printemps ! Ils vont de hauteur en hauteur, ils se présentent devant Dieu à Sion… Oui, un jour dans tes parvis en vaut plus que mille. (C’est pourquoi) j’ai choisi de me tenir sur le seuil, dans la maison de mon Dieu, plutôt que d’habiter parmi les infidèles. (Car) le Seigneur Dieu est un soleil, il est un bouclier ; le Seigneur donne la grâce, il donne la gloire. Jamais il ne refuse le bonheur à ceux qui vont sans reproche. Oh Seigneur, Dieu de l’univers, heureux qui espère en toi ! » (Ps 84(83).

 jésus enseignant 2

            Dans « les parvis du Seigneur », uni à Lui dans la communion d’un même Esprit, le disciple du Christ trouve donc auprès de son Seigneur « Soleil et Bouclier », une Source de Vie, de Lumière, de réconfort et de Paix… « A l’intérieur », dans cette communion vécue au plus profond de son coeur, il est en paix, alors que « l’extérieur », « le parvis extérieur du Temple » (Ap 11,2), la vie en ce monde, peut être secoué par toutes sortes d’épreuves : à l’époque de St Jean, les persécutions déclenchées par les Romains, aujourd’hui, toutes les souffrances que les hommes peuvent rencontrer en ce monde… « Je m’arrange, même au milieu de la tempête, de façon à me conserver bien en paix au dedans » (Ste Thérèse de Lisieux ». Et cela durera pendant « quarante deux mois », « trois ans et demi », « durée type de toute persécution (cf. Dn 7,25). Ici, il s’agit immédiatement de la persécution de Rome » (BJ), mais la perspective s’étend « au temps de l’Eglise sur la terre » (TOB), sans jamais oublier que si « cette période de malheur est d’assez longue durée », elle n’en demeure pas moins « limitée » (Osty) : un jour, le temps de l’épreuve prendra fin (cf. Ap 7,13-17 ; 21,1-4)… Et déjà, dans l’aujourd’hui de la foi, « brille la véritable Lumière alors que les ténèbres s’en vont » (1Jn 2,8)…

 

            Telle est la Bonne Nouvelle dont l’Eglise est la première bénéficiaire et qu’elle est invitée à annoncer dans le monde entier « pendant douze cent soixante jours » (Ap 11,3), c’est-à-dire « quarante deux mois » (Ap 11,2), « trois ans et demi », tout ce temps de l’Eglise vécu sur cette terre d’épreuves, « jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,16-20 )… C’est pour cela que Jésus avait choisi les Douze et les avait envoyés en mission (Lc 9,1‑6). Puis, il en avait choisi encore « soixante-douze autres et il les  avait envoyés deux par deux en avant de lui dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller ». Et il leur avait dit : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups… En quelque maison que vous entriez, dites d’abord : « Paix à cette maison ! »… (Puis) « le Royaume de Dieu est tout proche de vous » (Lc 10,1-16). « Douze » plus « soixante douze », cela fait sept fois douze… Le chiffre « sept » étant symbole de Plénitude, c’est donc toute l’Eglise fondée sur les Douze Apôtres qui, avec eux, est appelée à rendre témoignage à la Bonne Nouvelle du Salut. C’est ce que St Jean évoque ici en écrivant : « Et je donnerai à mes deux témoins de prophétiser pendant mille deux cent soixante jours, revêtus de sacs » (Ap 11,3). « Les deux témoins » représentent toute l’Eglise des disciples du Christ « envoyés deux par deux » dans le monde pour rendre témoignage à tout ce qu’ils ont vécu avec le Christ, tout ce qu’ils ont vu et entendu… Souvenons-nous des dernières paroles de Jésus en St Luc : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins. Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en-haut » (Lc 24,46-49). Soutenus par « la force d’en haut », l’Esprit Saint leur donne « d’exprimer en termes spirituels les réalités spirituelles » (1Co 2,9-13). Ils peuvent alors être les « témoins » qu’un « repentir » sincère (c’est pourquoi ils sont « revêtus de sacs » en Ap 11,3 (cf. Lc 10,13)) reçoit aussitôt « la rémission des péchés » : ils l’ont eux mêmes vécu, ils ont fait l’expérience du salut grâce « aux entrailles de miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,76-79). 

La-force-de-lesprit En agissant ainsi ils sont comme « deux oliviers et deux lampadaires dressés devant le Seigneur de la terre » (cf. Za 4,1-14). En effet, par leur baptême, ils ont reçu « l’huile d’onction », l’Esprit Saint (cf. Lc 4,18-19 ; 2Co 1,20-21 ; 1Jn 2,20 avec 1Co 2,12 et 1Co 12,7-11). Et Dieu, par leur témoignage, continue de répandre et de proposer cette même huile d’onction à tous ceux et celles qui accepteront de répondre de tout cœur à son appel à se repentir (cf. Ac 2,37-39 ; 1Co 2,1-5). Ils sont aussi « deux lampadaires » car jadis « ils étaient ténèbres, mais maintenant », par leur baptême et le Don de l’Esprit, « ils sont Lumière dans le Seigneur » (Ep 5,8). La promesse du Seigneur s’est accomplie pour eux : « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres mais ait la Lumière de la Vie » (Jn 12,46 ; 8,12). « Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5,15-16). Telle est la mission à laquelle sont appelés tous les disciples du Christ…Et « si l’on s’avisait de les malmener, un feu jaillirait de leur bouche pour dévorer leurs ennemis » (Ap 11,4), car le Seigneur, Lui qui est « un Feu dévorant » (Dt 4,24). « Il agit avec eux et confirme la Parole par les signes qui l’accompagnent » (Mc 16,20 ; Rm 15,17-19 ; 1Co 2,1-5), il veille sur eux, il s’occupe d’eux, il les protège… C’est pourquoi il avait dit à St Paul : « Je te délivrerai du peuple et des nations païennes, vers lesquelles je t’envoie, moi, pour leur ouvrir les yeux, afin qu’elles reviennent des ténèbres à la lumière et de l’empire de Satan à Dieu, et qu’elles obtiennent, par la foi en moi, la rémission de leurs péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés » (Ac 26,17‑18). Et St Paul constata maintes et maintes fois cette Présence du Seigneur au cœur de toutes les souffrances endurées pour la diffusion de l’Evangile. Une fois, il crut même qu’il allait mourir : « Nous ne voulons pas que vous l’ignoriez, frères : la tribulation qui nous est survenue en Asie nous a accablés à l’excès, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de conserver la vie. Vraiment, nous avons porté en nous-mêmes notre arrêt de mort, afin d’apprendre à ne pas mettre notre confiance en nous-mêmes mais en Dieu, qui ressuscite les morts. C’est lui qui nous a délivrés d’une telle mort et nous en délivrera ; en lui nous avons cette espérance qu’il nous en délivrera encore » (2Co 1,8-10 ; 1Co 4,9-13 ; 2Co 4,5-10 ; 6,4-10). 

            Certains pensent d’ailleurs que « les deux témoins » évoqués en 11,3, et qui vont connaître une fin tragique (Ap 11,7-10), sont les apôtres « Pierre et Paul, martyrisés à Rome sous l’empereur Néron en 64-67 ap JC » (BJ). Mais si « l’auteur vise deux martyrs chrétiens de son époque, le voile des traits allégoriques ne permet aucune identification certaine. De toute façon, c’est le symbole du témoignage rendu au Christ par les fidèles de l’Eglise, face aux persécuteurs » (Osty). En effet, « il semble que c’est l’Eglise qui soit désignée, récapitulant le témoignage d’Elie et de Moïse (Ap 11,6 ; cf. 2R 1,10.14 pour Elie ; et Ex 7,17 ; 1Sm 4,8 pour Moïse) et celui du Christ mort et ressuscité à Jérusalem (Ap 11,7-12) » (TOB).

 

transfiguration2Toutes ces allusions s’entrecroisent en fait comme dans une tresse pour évoquer le plan divin du salut tel qu’il se met en œuvre dans l’histoire des hommes. Au moment de la transfiguration, Moïse et Elie apparaissent aux côtés du Seigneur. Moïse représente la Loi, et Elie, les prophètes. Avec eux, toutes les Ecritures de l’Ancienne Alliance rendent témoignage au « départ » que Jésus devait « accomplir à Jérusalem » (Lc 9,28‑36), « là même où leur Seigneur a été crucifié » (Ap 11,8). « La grande cité, Sodome ou Egypte » représente donc dans un premier temps Jérusalem, « toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés » (Mt 23,37). Mais elle évoque aussi « la grande cité de Babylone » : « Rome » dans le Livre de l’Apocalypse. « Elle est appelée Sodome et Egypte en raison de ses deux crimes majeurs : impudicité et oppression des fidèles du Christ » (BJ). « Plusieurs fois dans l’Ancien Testament, Sodome est en effet désignée comme le type d’une ville licencieuse (cf. Dt 29,23 ; 32,32 ; Is 1,9-10 ; Jr 23,14 ; Ez 16,46) ; et l’Egypte est l’exemple des puissances idolâtres et hostiles au Peuple de Dieu (cf. Ex 13,14 ; Is 19,1-3 ; Sg 11,15-16 ; 12,23-27 ; 15,14‑19). Et ce sont bien les Romains qui mettront à mort St Pierre et St Paul… Et plus largement encore, la scène évoque les persécutions, les tentations, les souffrances et les difficultés de toutes sortes que les chrétiens auront à subir en ce monde si souvent sous la coupe du « Prince de ce monde » … « La Bête qui monte de l’Abîme leur fera la guerre, les vaincra et les tuera » (Ap 11,7)… Cette Bête, si elle symbolise Rome dans le contexte immédiat du Livre de l’Apocalypse, renvoie plutôt ici au démon et à ses anges, car l’Abîme évoque dans la Bible le lieu de leur demeure (cf. Lc 8,30-31 ; Ap 9,11 ; 20,1-3). « Et des hommes d’entre les peuples et tribus et langues et nations » (noter l’universalité de la perspective) « regardent leur cadavre… Et « ceux qui habitent la terre » (noter à nouveau l’universalité de la perspective)  « se réjouissent »  du fait que cette Eglise de prophètes soit « torturée » de milles manières à cause de sa foi… Nous retrouverons ce point en Ap 12 avec l’image de la Femme, l’Eglise, et celle du Dragon, le Prince de ce monde agissant par tous ceux qui font le mal… Mais que l’Eglise n’oublie jamais que son Seigneur l’a fondée sur son Apôtre Pierre, un ministère qui se poursuit avec tous ses successeurs : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle » (Mt 16,18). L’Esprit de Vie, l’Esprit du Christ, la travaille en effet de l’intérieur, au cœur de toutes ses épreuves, et l’aide à accomplir sa mission jour après jour. Et si certains doivent passer par la mort comme le Christ leur Seigneur, morts avec Lui et pour Lui, ils ressusciteront avec Lui et comme Lui… « Un souffle de Vie venant de Dieu entrera en eux et ils se tiendront debout sur leurs pieds » (Ap 11,11 ; cf. Ez 37,5.10). Alors, « ils entendront venant du ciel une voix puissante », celle de Dieu notre Père, « qui leur dira : « Montez ici » ». Et comme le Christ au Jour de son Ascension (cf. Lc 24,50-53), « ils monteront au ciel dans la nuée » (Ap 11,12)… « Leurs ennemis verront tout cela » et seront ébranlés par ce spectacle : ils « tomberont » à terre, en signe de faiblesse et de défaite, comme les soldats au jour de l’arrestation du Christ (Jn 18,3-6) … Et il y aura « une grande secousse », « un grand tremblement de terre » (Ez 38,19-20), une image qui renvoie à ce Jour du Seigneur qui marquera son intervention décisive dans l’histoire des hommes, pour leur salut… Or ce Jour a commencé à se mettre en œuvre avec l’Incarnation du Fils, sa vie, sa mort, sa Résurrection, son Ascension et l’envoi de l’Esprit Sauveur sur le monde… C’est ainsi que la terre « trembla » en St Matthieu juste après la mort du Christ (Mt 27,51), à l’annonce de sa Résurrection par un Ange vêtu de Lumière (Mt 28,1-8), et dans les Actes, au moment où l’Esprit vient reposer sur l’Eglise en prière (Ac 4,23‑31)… Et cette perspective de salut est encore évoquée ici par les chiffres qui évoquent les conséquences du « tremblement de terre » : « le dixième de la ville tomba », donc les neuf dixièmes subsistèrent et « sept mille personnes moururent » : « un châtiment relativement léger qui entraîne une conversion en masse » (Osty). « Et les autres », tous les autres, « foule immense » (Ap 7,9-12), « furent saisis de peur et ils rendirent gloire au Dieu du ciel »…                           

D. Jacques Fournier

 

AP – SI – Fiche 20 – Ap 11,1-13 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.