Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Thyatire (Ap 2,18-29)

     THIATIREÀ l’Ange de l’Église de Thyatire, écris : Ainsi parle le Fils de Dieu, dont les yeux sont comme une flamme ardente et les pieds pareils à de l’airain précieux. (19) Je connais ta conduite : ton amour, ta foi, ton dévouement, ta constance ; tes œuvres vont sans cesse en se multipliant. (20) Mais j’ai contre toi que tu tolères Jézabel, cette femme qui se dit prophétesse; elle égare mes serviteurs, les incitant à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles. (21) Je lui ai laissé le temps de se repentir, mais elle refuse de se repentir de ses prostitutions. (22) Voici, je vais la jeter sur un lit de douleurs, et ses compagnons de prostitution dans une épreuve terrible, s’ils ne se repentent de leur conduite. (23) Et ses enfants, je vais les frapper de mort : ainsi, toutes les Églises sauront que c’est moi qui sonde les reins et les cœurs; et je vous paierai chacun selon vos œuvres. (24) Quant à vous autres, à Thyatire, qui ne partagez pas cette doctrine, vous qui n’avez pas connu  les profondeurs de Satan, comme ils disent, je vous déclare que je ne vous impose pas d’autre fardeau ; (25) du moins, ce que vous avez, tenez-le ferme jusqu’à mon retour. (26) Le vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai pouvoir sur les nations : (27) c’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile ! (28) Ainsi moi-même j’ai reçu ce pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l’Étoile du matin. (29) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.

 

            En ces 2° et 3° chapitres du Livre de l’Apocalypse, sept messages sont adressés à sept Eglises différentes et certains ont remarqué que le quatrième, celui destiné à l’Eglise de Thyatire, a une place centrale : 3 messages – Thyatire – 3 messages. Et de fait, comme nous le verrons, un certain nombre d’éléments caractéristiques de notre foi n’interviennent qu’ici : « Il y a dans cette description des œuvres de l’Eglise de Thyatire un condensé remarquable de l’expérience chrétienne, qui confirme le rôle d’Eglise exemplaire que Jean entend lui donner »[1].
            Rappelons-nous que « l’Ange de l’Eglise » peut désigner ou l’Evêque du lieu chargé de lire ce message à toute sa communauté (il serait bien alors un « messager », « angélos » en grec, qui a donné le mot « ange » en français, transmettant un « message de Dieu » à ses fidèles), ou la communauté elle-même… Les deux sens se rejoignent…
            Celui qui parle est toujours ce « Fils d’Homme » apparu à Jean « le Jour du Seigneur », « ce Premier et ce Dernier », ce « Vivant » qui parle comme Dieu et se présente comme Dieu (Ap 1,9-20), car il est cette Personne Divine qui existe depuis toujours et pour toujours, et qui, à un instant du temps, a assumé notre nature humaine… Et « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14)… Et nous, les hommes, nous l’avons appelé du nom de « Jésus », ce nom que l’Ange Gabriel a donné à Marie (Lc 1,31) et qui signifie « le Seigneur sauve », « car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1,21) en venant lui offrir, au Nom de son Père, le Pardon de toutes ses fautes (Lc 1,76-79 ; 5,20 ; 24,46-48 ; Jn 1,29). Mais seul un repentir sincère peut l’accueillir, d’où les multiples appels de Jésus : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4,17 ; Mc 1,14-15)…

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            Premier élément qui n’intervient que pour l’Eglise de Thyatire : le titre de « Fils de Dieu », et il n’apparaît qu’ici dans tout le Livre de l’Apocalypse ! Et pourtant, le Nouveau Testament dans son ensemble lui donne une place de choix… St Marc ouvre ainsi son Evangile par : “Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu » (Mc 1,1). Et, vers la fin, le centurion romain déclare, au pied de la Croix, juste après la mort de Jésus : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15,39 ; cf Lc 1,35 ; 4,3.9.41 ; 22,70 ; Jn 1,49 ; 5,25 ; 10,36 ; 11,4.27 ; 19,7 ; 20,31 ; Ac 9,20 ; Rm 1,1-5 ; 2Co 1,19 ; Ga 2,20 ; 1Jn 3,8 ; 4,15 ; 5,5.10.13.20). Et Jésus est bien « Fils de Dieu » en tant qu’il est « né du Père avant tous les siècles », « engendré, non pas créé, de même nature que le Père » (Notre Crédo). En effet, depuis toujours et pour toujours, le Père se donne tout entier à lui et l’engendre ainsi à son Etre et à sa Vie… « Comme le Père a la Vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la Vie en lui-même » (Jn 5,26). Ainsi, nous dit Jésus, « tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15), de telle sorte que si le Père peut dire de Lui-même « JE SUIS », comme il l’a dit un jour dans le Buisson Ardent à Moïse (Ex 3,14), Jésus peut aussi dire de Lui-même « JE SUIS » : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, JE SUIS » (Jn 8,58), car de toute éternité, le Père lui donne d’Etre ce qu’Il Est… st jeanEt Dieu notre Père nous a créés par son Fils (Jn 1,3) et par la Puissance de l’Esprit Saint pour que nous puissions participer grâce à notre foi au Fils à ce que le Fils Est depuis toujours… « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est » (1Jn 3,2). Or, il est « Lumière du monde » et ce n’est que par « sa Lumière que nous verrons la Lumière » (Psaume 36(35),10). Or cette Lumière est Vie (Jn 1,4 ; 8,12) et « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Ainsi, le don de l’Esprit Saint que le Fils est venu nous offrir au Nom de son Père (Jn 20,22 ; 1Th 4,8 ; Ac 2,38) nous donne de participer dès maintenant, dans la foi, à ce que Dieu Est, lui qui Est Esprit (Jn 4,24) et qui Est Saint (Ps 99(98),3.5 ; Is 6,3). Et par cette participation au Mystère de son Etre et de sa Vie, nous devenons, petit à petit, de miséricorde en miséricorde, fils comme le Fils par notre foi au Fils… Le Père nous a en effet tous créés pour que « reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29)…
            Comme pour les Eglises précédentes, le « Fils de Dieu » « connaît la conduite » des chrétiens de Thiatyre (Ap 2,2.9.13). Mais si jusqu’à présent il connaissait « leurs labeurs », « leurs épreuves », « leur pauvreté », « là où ils demeurent », cette connaissance apparaît ici comme étant capable d’atteindre le plus secret et le plus profond des cœurs : « Je connais ton amour, ta foi » car « c’est moi qui sonde les reins et les cœurs », dit-il peu après (Ap 2,19.23). Or la Bible sait très bien que « le cœur de l’homme est impénétrable » pour l’homme (Jdt 8,14). Dieu seul peut percer « ses secrets » (Ps 44(43),22) : « Moi, Yahvé, je scrute le cœur, je sonde les reins » (Jr 17,10 ; 11,20 ; 20,12). Et c’est bien parce que « Dieu sait » que le Psalmiste se confie en lui dans l’espoir que la justice et la vérité finiront bien un jour par triompher : « Mets fin à la malice des impies, affermis le juste, toi qui sondes les cœurs et les reins, ô Dieu le juste ! Mon bouclier est auprès de Dieu, le sauveur des cœurs droits » (Ps 7,10-11). Alors, « toi, écoute au ciel, où tu résides, pardonne et agis ; rends à chaque homme selon sa conduite, puisque tu connais son cœur (et tu es le seul à connaître le cœur de tous) » (1R 8,39)… Dieu, avec son Fils et par lui, rendra bien « à chaque homme selon sa conduite », mais certainement pas au sens où nous pouvons comprendre spontanément une telle affirmation. Ainsi, celui qui a fait le mal ne recevra pas le châtiment qu’il mériterait dans le cadre d’une justice tout humaine, mais s’il accepte de se repentir de tout cœur, « là où le péché a abondé, la grâce surabondera » (Rm 5,20). Dieu ne rajoute rien en effet aux conséquences déjà destructrices du mal commis, car celui qui agit mal en désobéissant à la vérité, à la justice, à la droiture, à la bonté et donc à Dieu, s’engage par lui-même sur un chemin de mort, de tristesse, de « souffrance et d’angoisse » (Rm 6,23 ; 2,9). Et Dieu, dans son Amour, ne cesse de désirer pour lui le meilleur : la Plénitude de sa Vie, de sa Lumière et de sa Joie dont le pécheur ne peut qu’être privé par suite de ses fautes… Alors cet Amour prendra pour lui le visage de la Miséricorde qui fait le premier pas vers le pécheur, le rejoint au cœur de sa misère et de ses ténèbres, et l’appelle au repentir. Alors, par le « pardon des péchés », celui qui faisait le mal pourra retrouver avec le Christ « le chemin de la Paix » (Lc 1,76-79), de la Vie (Jn 10,10), de la Lumière (Jn 12,46), de l’Amour (Rm 5,5 ; Ga 5,22) et donc de la vraie Joie (Jn 15,11) car « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux) et « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35)…
            Jésus, vrai homme mais aussi vrai Dieu, « connaît donc ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2,23-25), et ici « il connaît l’amour et la foi » des chrétiens de Thyatire. Autrement dit, leur cœur est bien ouvert à Dieu, et tel est l’essentiel : ils peuvent recevoir ce Don de l’Esprit qui jaillit sans cesse de ce Dieu Source d’Esprit, de Lumière (Ps 84(83),12) ou d’Eau Vive (Jr 2,13 ; 17,13 ; Jn 4,10-14 ; 7,37-39 ; 19,33‑34). Alors, l’Esprit reçu leur donnera de croire (1Co 12,3) et rendra chaque jour leur foi plus parfaite (Col 1,9-12). Il leur donnera aussi d’aimer (Rm 5,5 ; Ga 5,22) et de grandir chaque jour dans l’amour… Les chrétiens de Thyatire gardent donc bien les commandements de Jésus, car ils demeurent en son amour (Jn 15,10), unis à Lui dans la Communion d’un même Esprit. Et vis-à-vis d’eux, Jésus peut dire : « Je Suis le bon pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10,14-15).
saint esprit
Or cette Vie reçue est celle du Christ Serviteur qui, petit à petit, transforme ceux et celles qui la reçoivent en serviteurs et en servantes. Autrement dit, une foi vivante qui accueille l’Esprit d’Amour ne pourra que s’exprimer très concrètement en une attitude d’accueil, de disponibilité et de service (Jc 2,17-18.26), à l’exemple du Christ Jésus lui‑même, lui qui « n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10,45). Et il le manifestera très concrètement juste avant sa Passion : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint » (Jn 13,1-5). Ainsi, nous dit Jésus, « si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où Je Suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26). Jésus est « dans le Père », uni au Père dans la communion d’un même Esprit, Esprit d’Amour et de Paix (Jn 14,10) ? Là aussi sera son serviteur… Jésus est par amour au pied des hommes, au service de leur vie et de leur bien-être profond, surtout au cœur des pires épreuves ? Là aussi sera son serviteur (2Co 4,5)…

Jésus serviteur

            Et telle est bien la dynamique des chrétiens de Thyatire : après avoir évoqué leur amour et leur foi, Jésus aborde leur « dévouement » (Bible de Jérusalem), littéralement leur « diakonia », leur « service » (TOB). Après l’amour[2], « la mention du service est une autre nouveauté par laquelle Thyatire se distingue des autres Eglises, puisque le mot ne sera employé nulle part ailleurs dans l’Apocalypse. Ce mot est pourtant riche de résonances apostoliques et il traduit une réalité de grande importance pour les premières communautés chrétiennes (Ac 1,17.25 ; 6,4 ; 12,25 ; Rm 11,13 ; 1Co 12,5) »[3]. La foi de ces chrétiens est donc bien vivante : elle accueille le don de l’Esprit d’Amour qui les met « au service » de leurs frères, de telle sorte que « leurs œuvres vont en se multipliant » (Ap 2,19)…
            Enfin, après la notion de « service », apparaît celle de « constance, endurance, persévérance, patience », un terme clé du Livre de l’Apocalypse que nous avons déjà rencontré dès Ap 1,9, et qui apparaît sept fois en tout dans l’ensemble du Livre, en signe de perfection. Cette « persévérance » est encore un des fruits de l’Esprit Saint accueilli par une foi vivante, un Esprit qui est participation à la Patience de Dieu (Rm 2,4 ; 1Tm 1,16 ; 2P 3,9) et « force » (2Tm 1,7) dans l’épreuve. Alors, grâce à Lui, « la pluie peut tomber, les torrents venir, les vents souffler et se déchaîner », ces disciples de Jésus tiendront bon car leur vie était construite sur le Roc par leur foi en lui (Mt 7,21-27), une foi qui leur permettra de se laisser remplir par cet Esprit donné en surabondance (Ac 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3.5 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9.52). Et les croyants de l’époque avaient bien besoin de sa Présence et de son soutien pour faire face à cette persécution déclenchée par les Romains…
            Mais qui peut se prétendre parfais ici-bas ? Qui peut dire qu’il n’a aucun progrès à faire ? Personne, pas même ces chrétiens de Thyatire… Et le Christ va leur indiquer quelques points à corriger. En effet, certains parmi eux devaient tout à la fois participer au culte chrétien et continuer de fréquenter les temples dédiés aux idoles ou au culte de l’empereur romain. Pour le dénoncer, le Christ va recourir à la figure de Jézabel, cette fille du Roi des Sidoniens que le Roi d’Israël Achab (874-853 av JC) avait épousée. Et il s’était laissé entraîner par elle à se prosterner devant ses idoles, Baal et Ashéra , allant même jusqu’à leur construire un Temple à Samarie, la capitale du Royaume du Nord (1R 16,31-33)… Et la reine Jézabel, de son côté, « massacrera les prophètes du Seigneur » (1R 18,4) et cherchera à tuer Elie (1R 19,2). Ainsi, tout comme Jézabel avait « séduit » et « dévoyé » son mari (1R 21,25) en le poussant à se tourner vers les idoles, une femme qui se disait prophétesse incitait les chrétiens de Thyatire « à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles », une pratique qui sous-entendait à l’époque la reconnaissance et le culte de ces idoles. L’allusion à la prostitution ne sert ici qu’à dénoncer l’infidélité au Seigneur dès lors qu’on l’abandonne pour se tourner vers d’autres dieux (cf. Ps 106(105),35-39 ; Jr 2,20 ; 3,1-13 ; Ez 16,15-19 ; Os 2,4-10). Aussi, Dieu va-t-il réagir une fois de plus au mal par un appel au repentir car telle est bien l’œuvre continuelle de cette Lumière qui jaillit sans cesse de ce Dieu Lumière (1Jn 1,5). Pour celui qui est tourné vers elle, elle se fera nourriture et vie permettant à la bonne plante de grandir et de se développer. Et pour celui qui lui tourne le dos ou lui ferme son cœur, elle ne cessera de toute façon de le rejoindre, mais sa Présence se fera alors appel continuel au repentir, pour que ce pécheur se détourne enfin de ses ténèbres qui ne pourront jamais rien lui offrir, pour se tourner vers cette Lumière qui veut se donner à Lui, pour son bien. Et il découvrira avec elle, une Source de Vie, de Plénitude et de Paix… Dieu est ainsi jaillissement continuel de grâce… Elle comblera les cœurs qui se tournent vers Lui, et elle ne cessera au même moment d’inviter les pécheurs à se détourner du mal pour trouver avec elle la vraie Paix et la vraie Joie. Telle est l’action de Dieu au cœur de ce monde, depuis qu’il existe, car « toute la terre, Seigneur, est remplie de ton Amour » et de « ta Gloire » (Ps 97(96),6 ; Jn 1,9)…
source_de_vieC’est donc la grâce de Dieu toujours présente, toujours offerte, qui nous apprend à renoncer au mal pour nous tourner de tout cœur vers la Bonne Direction : Dieu Lui-même, Source de Vie… Dieu donne ainsi à tous « la repentance qui conduit à la Vie » (Ac 11,18 ; 5,31). Et c’est toujours cette « Grâce de Dieu source de salut pour tous les hommes, qui s’est manifestée » en Jésus Christ, « nous enseignant à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, pour vivre en ce siècle présent dans la réserve, la justice et la piété » (Tt 2,11-12).
            Le verbe « se repentir » intervient ici trois fois, et « trois » est très souvent dans la Bible le chiffre de Dieu en tant qu’il agit… Et telle est bien son action continuelle envers tous les hommes blessés par le péché : jour après jour, qu’ils se repentent avec l’aide de sa grâce qui ne cesse de les appeler par sa simple Présence à se tourner vers Lui pour trouver avec Lui le Repos, la Paix et la Plénitude de la Vie. Mais s’ils refusent, le mal qu’ils commettent finira par les ronger et les détruire : « Lavez-vous, purifiez‑vous ! Otez de ma vue vos actions perverses ! Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien ! Recherchez le droit, redressez le violent ! Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve ! Allons ! Discutons ! dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront ; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront. Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir. Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée qui vous mangera ! » (Is 1,16‑20). Et tu verras alors à quel point c’est « ta méchanceté qui te châtie et tes infidélités qui te punissent ! Comprends et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner le Seigneur ton Dieu » (Jr 2,19).
            « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu – et non pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ? » Non, « je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit, oracle du Seigneur Dieu. Convertissez-vous et vivez ! Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la Vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir, maison d’Israël » (Ez 18,23.32 ; 33,11 ; Dt 30,15-20) ?
            Nous voyons donc bien que Jean emploie en Ap 2,22-23 le langage imparfait de l’Ancien Testament qui attribue très souvent à Dieu les conséquences du péché. Mais non… Dieu n’agit pas ainsi… Mais si ces pécheurs de Thyatire ne répondent pas à son appel au repentir, ils ne pourront, tôt ou tard, que se tordre sur « un lit de douleurs » et se découvrir « frappés de mort » par suite du mal qu’ils commettent… Car se détourner de Dieu Source de Vie, c’est s’engager sur un chemin de privation de cette Vie, et donc sur un chemin de mort… Et c’est cela que Dieu veut éviter à tout prix… D’où ses multiples appels au repentir…

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            Enfin, Jean « fustige au passage la doctrine des prétendues « profondeurs de Satan », allusion à peine voilée » à ces courants hérétiques du 1° siècle qui affirmaient que « le salut pouvait s’obtenir par la seule connaissance de révélations secrètes, sans aucune exigence de conversion réelle »[4]
            Après avoir souligné les dangers qui menacent l’Eglise de Thyatire, le Christ va revenir indirectement sur les éloges du début, lorsqu’il évoquait leur « amour », leur « foi », leur « dévouement », leur « constance », autant de bons fruits de l’Esprit Saint que l’on ne peut cueillir que sur des bons arbres (Mt 7,15-20). Alors, cette relation vraie et vivante qu’ils ont avec leur Seigneur, qu’ils la gardent ! « Ce que vous avez », et « nul ne peut rien recevoir si cela ne lui a été donné du ciel » (Jn 3,27), « tenez-le ferme jusqu’à mon retour », ce dernier Jour du monde où vous verrez « le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec Puissance et grande Gloire » (Mt 24,30 ; 1Tm 6,13‑16 ; 2Tm 4,8 ; Tt 2,13).
            Et le message à Thyatire se termine comme les précédents par un appel lancé « au vainqueur », c’est-à-dire à celui qui, par sa fidélité au Christ, aura, jour après jour, laissé le Christ remporter la Victoire dans sa vie sur toute forme de ténèbre et de mort… La citation qui suit est d’ailleurs riche d’enseignements : « je lui donnerai pouvoir sur les nations ; c’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile ! » (Ps 2,8-9). Or ce Psaume était habituellement chanté dans le Temple de Jérusalem lors des cérémonies d’intronisation royale. Le nouveau roi, en recevant l’onction des mains d’un prophète[5] ou plus tard d’un prêtre, devenait « l’Oint » du Seigneur, « le Messie » (du verbe hébreu « Massah, oindre »), le Christ (du verbe grec « Khriô, oindre »). Par la grâce de cette onction, bien que toujours homme comme tous les hommes, il était établi dans une relation toute particulière avec son Seigneur qui l’appelait à le servir en tant que roi d’Israël : « Tu es mon fils, moi aujourd’hui, je t’ai engendré ». Cette Parole, Jésus l’entendra au jour de son baptême par Jean-Baptiste, et c’est en cet instant qu’il sera manifesté à tous comme le Messie promis, ce Roi Fils de David tant attendu par Israël (Lc 3,21-22). Et son règne sera bien appelé à s’étendre au‑delà des seules frontières de la Palestine : « Je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre »…
            lumièreMais ici, surprise, le Psaume n’est pas appliqué au Christ mais à tous ceux qui croient en Lui. Et nous retrouvons ainsi indirectement que le Fils est venu transformer les hommes a son image en leur donnant d’avoir part à cette « insondable richesse »  de grâce qui remplit son cœur (Ep 3,8 ; Jean 1,14 et 1,17 ; Rm 8,9). Il est Roi pour avoir reçu sa Royauté de son Père (1Co 15,28) ? Ils seront rois en recevant leur royauté du Fils, leur grand frère… « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves », disait Jésus à ses disciples juste avant sa Passion ; « et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 22,28-30). Jésus est « Prince des rois de la terre » (Ap 1,5), il a « pouvoir sur les nations », car il a « reçu ce pouvoir de son Père » (Ap 2,26-28) ? Dès maintenant, par leur foi, ses disciples recevront eux‑aussi ce « pouvoir sur les nations », et notamment, dans le contexte du Livre de l’Apocalypse, sur ces Romains qui les persécutent. Ces paroles devaient être pour eux pleines d’espérance, car elles étaient promesse d’une victoire finale, tôt ou tard : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! » (Ap 12,10).
Jésus est Lumière du monde ? Ils deviendront eux aussi lumière du monde en accueillant par leur foi sa Lumière et sa Vie : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne  peut se cacher, qui est sise au sommet d’un mont. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5,14-16).
Jésus est « l’Astre d’en Haut venu nous visiter dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,78), « l’Etoile resplendissante du matin » (Ap 22,16) ? En recevant de Lui « l’Etoîle du matin » (Ap 2,28), ses disciples deviendront eux aussi, quelque part, comme leur Maître, à son Image et Ressemblance…
Jésus est glorieux en tant qu’il reçoit du Père sa Gloire ? Ils seront glorieux en tant qu’ils recevront du Fils leur Gloire : « Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17,22). Ainsi, en se recevant du Fils comme Lui-même se reçoit du Père, tous les disciples de Jésus sont invités à devenir par grâce ce qu’Il Est, Lui, par nature …

Thérèse Lisieux Evangile “L’Evangile m’apprend…

                   … et mon coeur me révèle”…

                                        Ste Thérèse de Lisieux

 

Mais bien sûr, pour que tout ceci s’accomplisse, les disciples sont invités à la fidélité vis-à-vis de leur Seigneur : « celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai »… Heureusement, cette fidélité sera avant tout le fruit de la fidélité du Seigneur ; en effet, « si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui‑même » (2Tm 2,13). Le Soleil ne peut que briller, la Source ne peut que couler, l’Amour ne peut que se donner et se donner encore, que nous soyons fidèles ou pas… Si nous nous détournons de Lui, comme nous l’avons vu précédemment, Lui continuera à se donner, sa grâce sera toujours là, offerte, prête à être reçue dès que l’on se tournera vers Lui. Et c’est encore elle qui nous invitera à le faire en nous donnant la force de nous dégager, petit à petit, des filets du mal… De miséricorde en miséricorde, notre fidélité à Dieu apparaît alors comme un don de Dieu, un nouveau fruit de l’Esprit Saint, comme l’annonçait déjà au 8° siècle av JC le prophète Osée (Os 2,18-22) : « Il adviendra en ce jour-là – oracle du Seigneur – que tu m’appelleras «Mon mari», et tu ne m’appelleras plus «Mon Baal». J’écarterai de sa bouche les noms des Baals, et ils ne seront plus mentionnés par leur nom. Je conclurai pour eux une alliance, en ce jour-là, avec les bêtes des champs, avec les oiseaux du ciel et les reptiles du sol; l’arc, l’épée, la guerre, je les briserai et les bannirai du pays, et eux, je les ferai reposer en sécurité. Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde ; je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras le Seigneur ».
            Dieu apparaît ainsi comme le premier artisan de la conversion de son Peuple, arrachant de son cœur et de sa bouche les « Baals », les idoles… Et la Bible de Jérusalem précise en note que l’expression « je te fiancerai dans »… est une expression technique de l’époque, tout ce qui suit la préposition « dans » étant la dot que le fiancé offrait à sa fiancée. Les cadeaux de Dieu à son épouse infidèle (Os 2,4-7) sont donc « la justice » qui lui donnera d’être juste (cf. Rm 3,21-30 ; 4,24-25 ; 5,1-2 ; 5,15-21 ; 8,33-34 ; 10,4 ; Ga 2,15-16 ; 3,24), « la tendresse et la miséricorde » qui, petit à petit, l’invitera à aimer comme Dieu aime (cf. Rm 5,5 qui permet l’accomplissement de Jn 15,12), et « la fidélité »… Ainsi, c’est Dieu qui, par le don de sa grâce, nous permet de grandir dans la fidélité à sa grâce…
Sincérité avec Dieu
            Le vainqueur sera ainsi « celui qui garde jusqu’à la fin les œuvres du Christ dans sa vie », l’œuvre du Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve (Lc 15,4), l’œuvre du Médecin qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 5,31-32 ; 19,10), l’œuvre de l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29) en nous offrant inlassablement le pardon de toutes nos fautes, l’œuvre du Christ « Lumière du monde » qui est venu pour que sa Lumière brille dans nos ténèbres (Jn 8,12 ; 12,46), l’œuvre du Christ « Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu » (1Co 1,24) qui désire voir sa Force régner au cœur de notre faiblesse (2Co 12,7-10) et son « Esprit de sagesse illuminer les yeux de notre cœur » (Ep 1,15-17), l’œuvre de Jésus Pain de Vie qui, par sa Parole et par ses Sacrements, vient jour après jour nous donner d’avoir part à sa Vie… Nous voyons bien que c’est parce que le Christ est ce qu’Il Est que l’aventure chrétienne est possible
                                                                                                                           D. Jacques Fournier
[1] PREVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse », (Bayard Editions/Centurion ; collection Commentaires ; Paris 1995) p. 48.
[2] PREVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse » p. 48 : Ce mot amour, « (agapé en grec) avait déjà été employé à propos de l’Eglise d’Ephèse, mais pour évoquer une réalité périmée (Ap 2,4). Thyatire est donc la seule Eglise à se recommander par ce qui est proprement constitutif de la vie chrétienne (Jn 15,12 ; 1Co 13 ; 1Jn 4,7) ».
[3] Id p. 48.
[4] PREVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse » p. 49.
[5] Le roi David, par exemple, fut oint par le prophète Samuel (1 Samuel 16,1-13) : Samuel prit une corne remplie d’huile et la versa sur la tête du jeune David. Dès lors, « l’Esprit du Seigneur fondit sur David ». L’huile en elle-même n’a aucune importance : elle est le signe visible de l’Esprit invisible de Dieu qui vient pénétrer le cœur du jeune David comme l’huile pénètre dans la peau. Par le don de cet Esprit, Dieu communiquait au roi toutes les grâces nécessaires pour le bon accomplissement de sa mission. En effet, le roi n’était que l’instrument par lequel Dieu régnait sur son Peuple.

 

AP – SI – Fiche 9 – Ap 2,18-29 cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Pergame (Ap 2,12-17)

            À l’Ange de l’Église de Pergame, écris : Ainsi parle celui qui possède l’épée acérée à double tranchant. (13) Je sais où tu demeures : là est le trône de Satan. Mais tu tiens ferme à mon nom et tu n’as pas renié ma foi, même aux jours d’Antipas, mon témoin fidèle, qui fut mis à mort chez vous, là où demeure Satan. (14) Mais j’ai contre toi quelque grief : tu en as là qui tiennent la doctrine de Balaam; il incitait Balaq à tendre un piège aux fils d’Israël pour qu’ils mangent des viandes immolées aux idoles et se prostituent. (15) Ainsi, chez toi aussi, il en est qui tiennent la doctrine des Nicolaïtes. (16) Allons! repens-toi, sinon je vais bientôt venir à toi pour combattre ces gens avec l’épée de ma bouche. (17) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises : au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit.

 

       EPHESIENSLe Christ Ressuscité se présente à nouveau avec un élément de la vision inaugurale où Jean l’avait vu avec « une épée acérée à double tranchant sortant de sa bouche » (1,16). Ici, il est « Celui qui possède l’épée acérée à double tranchant », c’est-à-dire la Parole de Dieu (Hb 4,12 ; Ep 6,17). Elle est à double tranchant car elle concerne aussi bien celui qui la reçoit que celui qui la donne : nous sommes tous profondément égaux devant elle, dans la mesure où il s’agit avant tout de la vivre… Mais heureusement, cette Parole est Révélation de la Miséricorde infinie de Dieu, de son éternelle bienveillance qui nous poursuit de ses bienfaits et ne cesse de désirer notre vie, notre plénitude, notre bonheur… Et nous avons confiance que de pardon en pardon, de chute en relèvement, avec le concours de notre bonne volonté si souvent défaillante, il saura remporter la victoire et nous introduire ainsi auprès de lui pour toujours…           
         Pergame est le lieu où « demeure » le trône de Satan car c’est là que le Proconsul romain exerçait l’autorité judiciaire pour toute la région, et lui seul avait le droit de condamner quelqu’un à mort[1], ce qui fut hélas le cas pour le chrétien « Antipas, mon témoin fidèle » (2,13). Quelle louange pour Antipas, car le Christ lui donne ce titre de « témoin fidèle » qui lui revient par excellence… Souvenons-nous, St Jean le présente ainsi au tout début du Livre de l’Apocalypse : « Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-Né d’entre les morts, le Prince des Rois de la terre » (1,5)… Nul doute qu’Antipas partage maintenant son titre de Roi et sa Couronne de Vie… Pergame est aussi appelée « trône de Satan », car il existait en cette ville quatre sanctuaires dédiés à des idoles païennes : Jupiter, Athéna, Dyonisos et Esculape. Enfin, en 29 avant JC, Pergame fut la première à recevoir de l’Empereur Octavien la permission d’édifier un Temple en faveur de la déesse Rome et du divin César… 
BonPasteur            Et malgré ce contexte défavorable, les chrétiens de Pergame « tiennent ferme au Nom » de Jésus Christ, l’unique Sauveur du monde (Jn 4,42 ; Ac 4,12). Mais certains suivent la mystérieuse doctrine des Nicolaïtes, clairement condamnée ici par le parallèle avec Balaam qui, « selon une tradition juive (Nb 31,16), suggéra à Balaq d’attirer les Israélites à l’idolâtrie avec l’aide des filles de Moab (Nb 25,1‑3) » (Note de la Bible de Jérusalem). Le Christ ne peut donc que les appeler au repentir… Et il commence dès maintenant à le faire par « l’épée de sa bouche », c’est-à-dire par cette Parole qu’il transmet à l’Ange de l’Eglise de Pergame… Et s’ils ne se convertissent pas, « il viendra bientôt à eux » d’une autre manière pour les appeler encore à la conversion par cette même « épée »… Telle est la patience du Christ qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve. Il se tient ainsi à la porte des cœurs, et il frappe, avec douceur mais aussi avec opiniâtreté, jusqu’à ce qu’enfin, la porte s’ouvre et qu’il puisse dire : « Aujourd’hui le salut est arrivé à cette maison ! » (Lc 19,9).
            Comme précédemment, nous avons encore : « au vainqueur, je donnerai »… Quelle insistance, car « il ne s’agit pas de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde ». En effet, « c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier » (Rm 9,16 ; Ep 2,4-10). 
  manne          « Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée ». La manne fut ce pain qui descendait du ciel et que Dieu donna chaque jour à son Peuple pendant quarante ans lors de sa traversée du désert, après qu’il les eut libérés de l’oppression du Pharaon d’Egypte (cf. Ex 16). Mais maintenant, c’est Jésus « le pain de Dieu, celui descend du ciel et donne la vie au monde ». Il est « Pain de Vie » par sa Parole, de telle sorte que « celui qui croit a la vie éternelle ». Et il est également « Pain de Vie » par sa chair offerte. En effet, « vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts ; ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et ne meure pas. Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde » (Jn 6,33.35.47-51). Ainsi, « la manne cachée » peut renvoyer tout aussi bien à la Parole du Christ, vrai Pain de Vie, qu’à son Corps et à son Sang consacrés pour devenir cette nourriture qui demeure elle aussi en vie éternelle. Telles sont d’ailleurs les « deux tables » de chacune de nos Eucharisties, la table de la Parole, avec les différentes lectures suivies de l’Evangile, puis celle du Pain Rompu…
L’image du caillou blanc renvoie aux athlètes grecs : « Le vainqueur des jeux recevait une petite plaque blanche portant son nom ».

caillou blanc

             « Au vainqueur, je lui donnerai aussi un caillou blanc »… Dans le contexte de l’époque, l’image ne pouvait qu’évoquer bien des situations (cf. Pierre Prigent, « L’Apocalypse de St Jean », chez Delachaux-Niestlé, p. 53) :
  • Dans le domaine sportif, le vainqueur des jeux recevait une petite plaque blanche portant son nom… Nous sommes bien dans un contexte de « victoire », mais cette fois non pas sur la seule base des forces humaines, mais sur celle de la grâce de Dieu… « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait. Ainsi tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire » (Ps 51(50)), victoire de l’Amour et de la Miséricorde sur toutes nos misères… « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône » (Ap 3,21). « Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu » (Ap 12,10). « Grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ ! » (1Co 15,57) car « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). Telle est donc « la victoire qui a triomphé du monde : notre foi » en l’Amour. Oui, « nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est Amour » (1Jn 4,16). 
  • Dans le domaine public, les grandes décisions portant sur la vie de la cité étaient prises en votant. Deux cailloux étaient donnés à chacun : un blanc pour le oui, un noir pour le non… De son côté, Dieu a déjà voté « blanc » pour tout homme, son enfant créé à son image et ressemblance (Gn 1,26-28), pour qu’il trouve grâce à lui, en se laissant aimer, en se laissant prendre par amour, la Plénitude de la vie et du bonheur dans « le jardin d’Eden » : « Le Seigneur Dieu planta un jardin en Eden, et il y mit l’homme qu’il avait modelé » (Gn 2,8). Juste avant sa Passion, sa mort et sa Résurrection, Jésus disait à ses disciples : « Dans la Maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures, sinon, je vous l’aurais dit. Je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où je suis, vous aussi vous soyez » (Jn 14,1-3). Oui, Dieu a déjà voté « blanc » pour tout homme, son enfant, « Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés, le Christ Jésus s’étant livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). « Reconnais seulement ta faute » et abandonne-toi entre les mains de l’Amour, car « Je Suis miséricordieux, dit le Seigneur » (Jr 3,12-13). 
  • Dans le domaine de la justice, l’acquittement au tribunal était également voté par une pierre blanche. 
  • Enfin, Pierre Prigent signale « la pierre d’invitation aux banquets officiels »… « Heureux les invités au festin du Royaume », et encore une fois, tout homme est invité… A nous maintenant de répondre de tout cœur, en essayant, avec la grâce de Dieu, de « produire un fruit digne du repentir » (Mt 3,8).
 
            Toutes ces situations ont donc du sens à la Lumière de l’Amour qui veut que tout homme créé par Amour soit pour toujours avec lui dans l’Amour… Car « il nous a tous élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé. En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence : il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres » (Ep 1,4-10). 
 coeur blanc       « Le caillou blanc » par sa couleur, renvoie dans le Livre de l’Apocalypse, au Mystère de la Divinité que Dieu est venu nous partager avec et par son Fils. Tel est l’incroyable cadeau qu’il désire communiquer à tout homme : lui donner de participer à ce qu’Il Est, à « sa nature divine » (2P 1,3-4)… « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu » disait St Irénée. Jean le redira avec l’image du vêtement, qui, dans la Bible, dit quelque chose du mystère de la personne qui le porte. Ainsi, au ciel, nous serons tous « revêtus de blanc » car nous participerons tous à une même Vie, une même Lumière, un même Amour… Telle sera l’œuvre de Dieu et de son infinie Miséricorde offerte en surabondance grâce à l’offrande du Christ sur une Croix pour notre salut à tous… « Et voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue ; debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : « Le salut à notre Dieu, qui siège sur le trône, ainsi qu’à l’Agneau ! »… L’un des Vieillards prit alors la parole et me dit :
La multitude des sauvés, Apocalypse, miniature de Valenciennes
La multitude des sauvés, Apocalypse, miniature de Valenciennes
« Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont‑ils et d’où viennent-ils ? » Et moi de répondre : « Monseigneur, c’est toi qui le sais. » Il reprit : « Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ». Ainsi, « le vainqueur sera revêtu de blanc ; et son nom, je ne l’effacerai pas du livre de vie, mais j’en répondrai devant mon Père et devant ses Anges » (Ap 7,9-17 ; 3,5). St Paul dit la même chose, à sa façon, lorsqu’il écrit que, par notre baptême, nous avons « revêtu le Christ » : « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,27-28 ; Col 3,9-11). 
            Et ce « caillou blanc » porte « gravé un nom nouveau que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit »… L’image du nom nouveau gravé ou du « sceau » renvoie à nouveau au baptême où Dieu communique à celui qui accepte de le recevoir le don de l’Esprit Saint. Or, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et « Dieu est Saint » (Ps 99(98),3.5 ; Is 57,14-15). En donnant l’Esprit Saint, Dieu donne à l’homme de participer le plus pleinement possible à ce qu’Il Est… Voilà ce qui commence dès maintenant par ce baptême où nous recevons déjà « les arrhes » du Royaume en attendant la Plénitude promise : « Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit ». En effet, « après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (2Co 1,21-22 ; Ep 1,13‑14).

shining dove with rays on a dark

            Telle est la créature nouvelle qui sort des eaux du baptême, fruit de l’union de l’Esprit Saint à notre esprit. « Le jour où apparurent la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes, il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. Et cet Esprit, il l’a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l’héritage de la vie éternelle » (Tt 3,4‑7). Ainsi, par le Don de l’Esprit, « celui qui s’unit au Seigneur » par le « oui » de sa foi, celui qui se laisse unir au Seigneur, « n’est avec lui qu’un seul Esprit » (1Co 6,17). « Être uni au Christ dans la communion d’un même Esprit » : voilà ce que St Paul appelle « être dans le Christ ». Et celui qui « est dans le Christ » « est une créature nouvelle » : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ » (2Co 5,17-18). « Dès lors, qui rejette cela, ce n’est pas un homme qu’il rejette, c’est Dieu, lui qui vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). Aussi, « ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption. Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (2Co 1,21-22 ; Ep 1,13‑14 ; 4,30-32).  

L'Agneau mystique, groupe des vierges, Gand

Jan Van Eyck, l’Agneau mystique, groupe des vierges, Gand.
            Cette Présence de l’Esprit au plus profond des cœurs ne se laisse pas observer avec nos yeux de chair. Elle « n’est connue que de lui seul, dans le secret de son être renouvelé » (Pierre Prigent). Elle se reçoit dans l’invisible de la foi, mais elle est source de Paix, de Lumière et de Vie que « nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit ». « La vie est bien mystérieuse », écrivait Ste Thérèse de l’Enfant Jésus. « Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, et pourtant, Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l’œil de l’homme n’a pas vu. Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensée pour exprimer un « je ne sais quoi » que nous sentons dans notre âme ». Puissions-nous tous vivre dès ici-bas et le plus intensément possible ce « je ne sais quoi » de Lumière, de Vie, de Paix et de Joie que le Christ est heureux de déposer au plus profond de nous-mêmes… « Je vous ai dit cela pour que ma Joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11)…
                                                                                                           D. Jacques Fournier
[1] « Le droit du glaive » auquel le Christ oppose ici « le glaive de la Parole de Dieu » !

 

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Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Smyrne (Ap 2,8-11)

           eglise de smyrne

          À l’Ange de l’Église de Smyrne, écris : Ainsi parle le Premier et le Dernier, celui qui fut mort et qui a repris vie. (9) Je connais tes épreuves et ta pauvreté – tu es riche pourtant – et les diffamations de ceux qui usurpent le titre de Juifs – une synagogue de Satan plutôt! – (10) Ne crains pas les souffrances qui t’attendent : voici, le Diable va jeter des vôtres en prison pour vous tenter, et vous aurez dix jours d’épreuve. Reste fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. (11) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises : le vainqueur n’a rien à craindre de la seconde mort.

 

             Smyrne avait été détruite dans les années 600 avant JC par les Lydiens, et elle avait repris vie vers 300 avant JC. Aussi, lorsque le Christ se présente à elle comme « celui qui fut mort et qui a repris vie », peut-être fait-il allusion à sa lointaine histoire… Quoiqu’il en soit, comme il le fit déjà pour l’Eglise d’Ephèse (2,1 à comparer avec 1,13.16 et 1,20), le Christ reprend des éléments de son apparition à Jean pour se présenter aux Eglises… Celui qui est apparu à Jean et lui a parlé est donc le même qui s’adresse désormais aux Eglises… En effet, il lui avait dit : « Je suis le Premier et le Dernier, le Vivant ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles » (1,17-18). Ici, il déclare à « l’Ange de l’Eglise de Smyrne » : « Ainsi parle le Premier et le Dernier, celui qui fut mort et qui a repris vie » (2,8). Il reprend donc ce titre qui autrefois était réservé à Dieu dans l’Ancien Testament (Is 44,6 ; 48,12), ce qui constitue indirectement une déclaration de divinité : le Christ, le Fils Unique, est Dieu comme le Père est Dieu…
            Comme précédemment le Christ commence par un « je connais »… Lui nous connaît, à fond, et rien de notre vie ou de notre cœur ne lui est caché… Il nous connaît même mieux que nous pouvons nous connaître nous-mêmes (Jn 1,47-50 ; 2,23-25)… C’est pourquoi Lui seul peut vraiment nous montrer ce chemin où il sait que nous pourrons être le plus possible nous-mêmes… Ce chemin, c’est notre vocation personnelle, unique pour chacun. Et si nous acceptons vraiment de la recevoir du Christ, quelle qu’elle soit, heureux serons-nous ! « Tu me conduis par le juste chemin, pour l’honneur de ton nom. Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie » (cf. Ps 23(22)).

79_Chemin_de_verite

            Smyrne était une ville qui ne connaissait pas le luxe et l’opulence ? Elle ne vivait pas dans une certaine richesse matérielle ? Le Christ pourtant la déclare « riche », et c’est un très beau compliment qu’il lui fait, car dans sa pauvreté, elle a su accueillir la seule vraie richesse qui compte : celle du Christ. « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5,3), car ils ont su accueillir ce Royaume que Dieu a trouvé bon de donner aux hommes par son Fils (Lc 12,32). Et « le Royaume est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), cette justice de la Miséricorde qui rend justes les injustes ! Et c’est bien grâce à elle, grâce « aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu », qu’ils peuvent retrouver « le chemin de la paix » par le pardon de toutes leurs fautes (Lc 1,76-79). Et si le péché, l’égoïsme, la recherche de soi au détriment de Dieu et des autres, les avaient finalement plongés dans la tristesse, à la Lumière du Pardon reçu de l’Amour, ils découvrent qu’ « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35)… C’est la joie de l’amour, car « aimer, c’est tout donner et se donner soi‑même » (Ste Thérèse de Lisieux)…
            « De riche qu’il était, notre Seigneur Jésus Christ s’est fait pauvre, pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2Co 8,9). Heureuse l’Eglise de Smyrne qui a su accueillir ses cadeaux, et mettre ainsi à la première place les réalités spirituelles qui seules, peuvent nous apporter les vraies joies (Col 3,1-4). « Ne crains pas les souffrances qui t’attendent » (2,10), lui dit le Christ, car sa Présence et son soutien ne leur feront jamais défaut. « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps », disait Jésus à ses disciples, « mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt Celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps. Ne vend-on pas deux passereaux pour un as ? Et pas un d’entre eux ne tombera au sol à l’insu de votre Père ! Et vous donc ! vos cheveux même sont tous comptés ! Soyez donc sans crainte ; vous valez mieux, vous, qu’une multitude de passereaux » (Mt 10,28-31).
            Certes, poursuit le Christ, « le diable », c’est-à-dire en ce contexte « les persécuteurs romains », « jetteront des vôtres en prison » (2,10)… « Vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, pour rendre témoignage en face d’eux et des païens. Mais, lorsqu’on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment,  car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10,18-20). Et la Présence de l’Esprit est toujours synonyme de Paix, de Force et de Joie. C’est ainsi que St Paul écrivait à Timothée (1,7-14) :
ESPRIT SAINT    « Ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais souffre plutôt avec moi pour l’Évangile, soutenu par la force de Dieu, qui nous a sauvés et nous a appelés d’un saint appel, non en considération de nos œuvres, mais conformément à son propre dessein et à sa grâce. À nous donnée avant tous les siècles dans le Christ Jésus, cette grâce a été maintenant manifestée par l’Apparition de notre Sauveur le Christ Jésus, qui a détruit la mort et fait resplendir la vie et l’immortalité par le moyen de l’Évangile… C’est à cause de cela que je connais cette nouvelle épreuve, mais je n’en rougis pas, car je sais en qui j’ai mis ma foi et j’ai la conviction qu’il est capable de garder mon dépôt jusqu’à ce Jour-là. (Alors, toi aussi), garde le bon dépôt avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous ». 
             Cet Esprit, cette grâce, habite en Plénitude les cœurs du Père et du Fils. Il est « l’Esprit du Père », mais aussi « l’Esprit du Christ » (Rm 8,9 ; 1P 1,11), et c’est en nous donnant de participer nous aussi à son Esprit, que le Christ nous permettra de sortir victorieux de nos épreuves (Jn 16,33). Ici, elles dureront « dix jours », c’est-à-dire un temps limité, aussi long puisse-t-il paraître pour celui qui doit les subir. Mais tôt ou tard, ces persécutions prendront fin, et le temps de la paix reviendra…
            Dans cette espérance, le Christ invite donc les chrétiens de Smyrne à lui demeurer fidèles. Ils le pourront en continuant de s’appuyer sur Lui, de compter sur Lui… Et lorsque viendra l’heure de mourir, « je te donnerai la couronne de vie ». Tout apparaît à nouveau comme don gratuit du Christ. La notion de « couronne », c’est-à-dire de « royauté », de « force » et de « victoire » est associée à celle de « vie ». Car c’est bien « la vie » du Ressuscité qui remporte la victoire sur toute forme de mort et donne ainsi à celui et celle qui la reçoivent de « régner dans la vie ». « Je suis la lumière du monde » dit Jésus. « Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie », et « la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne peuvent la saisir » (Jn 8,12, 1,4-5).
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            Enfin, « le vainqueur n’a rien à craindre de la seconde mort », une « seconde mort » qui est synonyme « d’absence de Plénitude de Vie éternelle », et donc de souffrance et de mal-être éternels… En feront la douloureuse expérience, « ceux qui ne seront pas inscrits dans le Livre de Vie » (Ap 20,13-15), c’est-à-dire ceux qui auront refusé toute démarche de conversion, de repentir, nécessaire pour renoncer clairement et fermement au mal, et choisir ainsi librement le bien. Celui qui demeure quelque part attaché au mal ne peut pas en effet « entrer dans le Royaume des Cieux », car toute forme de mal est radicalement exclue de ce Mystère de Communion avec Dieu auquel nous sommes tous appelés. Et lorsqu’il sera pleinement accompli, « Dieu sera tout en tous » (1Co 15,28). Or, « Dieu est Lumière, en Lui, point de ténèbres » (1Jean 1,5). Il est donc impossible d’être tout à la fois pleinement uni à Dieu, et en même temps attaché à quelque chose qui est de l’ordre des ténèbres… Et puisque ces ténèbres sont quelque part une absence de Lumière, et donc une absence de Plénitude, tant que nous aurons des liens avec elles, nous ne pourrons goûter le bonheur parfait. Telle est l’expérience de ce riche qui, sur terre, n’avait pas vécu l’amour et le partage avec les pauvres, et notamment « Lazare qui gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères ». Lorsque les deux moururent, Lazare trouva auprès du Père la Plénitude du Bonheur et de la Vie, tandis que le riche, encore attaché à ses richesses et prisonnier de son égoïsme, « était en proie à des tortures » (Lc 16,19-31). Son cœur n’était pas dans le repos et la Paix de Dieu… Ainsi, « les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l’étang brûlant de feu et de soufre : c’est la seconde mort » (Ap 21,8). St Paul dit autrement la même chose : « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni dépravés, ni gens de mœurs infâmes, ni voleurs, ni cupides, pas plus qu’ivrognes, insulteurs ou rapaces, n’hériteront du Royaume de Dieu. Et cela, vous l’étiez bien, quelques-uns. Mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Co 6,9-11). Mais c’est bien parce qu’il n’y aura plus de voleurs, de rapaces, de méchants, de violents et d’injustes que le bonheur pourra enfin être parfait pour toujours… « On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (Is 11,9 ; cf. 11,1-9 ; 65,17‑25). Et nul ne peut « connaître » Dieu s’il ne lui est uni dans la communion d’un même Esprit, un Esprit de Lumière, d’Amour, de Paix et de Vie… Alors, il n’y aura « plus de pleurs, plus de cris, plus de peines, car l’ancien monde s’en sera allé » (Ap 21,4)…
            Mais c’est dès maintenant que Dieu désire faire toutes choses nouvelles par l’annonce de la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur venu enlever le péché du monde en proposant le pardon total de toutes nos fautes. Celui qui se repent et accepte de le recevoir recevra grâce à ce pardon, dès maintenant, dans la foi, « quelque chose » de cette Plénitude de Vie que Dieu nous réserve dans l’éternité… « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit » (Ac 2,38). St Paul pourra alors lancer comme appel : « Cherchez dans l’Esprit votre Plénitude » (Ep 5,18)…
                                                                                                   D. Jacques Fournier

 

AP – SI – Fiche 7 – Ap 2,8-11 cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise d’Ephèse (Ap 2,1-7)

            À l’Ange de l’Église d’Éphèse, écris : Ainsi parle celui qui tient les sept étoiles en sa droite et qui marche au milieu des sept candélabres d’or. (2) Je connais ta conduite, tes labeurs et ta constance; je le sais, tu ne peux souffrir les méchants : tu as mis à l’épreuve ceux qui usurpent le titre d’apôtres, et tu les as trouvés menteurs (3) Tu as de la constance : n’as-tu pas souffert pour mon nom, sans te lasser ? (4) Mais j’ai contre toi que tu as perdu ton amour d’antan. (5) Allons ! rappelle-toi d’où tu es tombé, repens-toi, reprends ta conduite première. Sinon, je vais venir à toi pour changer ton candélabre de son rang, si tu ne te repens. (6) Il y a cependant pour toi que tu détestes la conduite des Nicolaïtes, que je déteste moi-même. (7) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises : au vainqueur, je ferai manger de l’arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu. 

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            Le Christ ressuscité va adresser sept messages à St Jean, destinés à sept Eglises d’Asie Mineure, l’actuelle Turquie. Sept est un chiffre qui symbolise la perfection : ces messages s’adressent donc à l’Eglise universelle… Chacun est d’ailleurs construit, à quelques exceptions près quant à l’ordre suivi, sur le même plan :
                        1 – Adresse : « A l’Ange… écris ! »
                        2 – Le Christ se présente en reprenant un élément de la vision inaugurale.
                        3 – Regard du Christ sur l’Eglise.
                        4 – Exhortation particulière ;
                        5 – Promesse faite au « vainqueur »…
                        6 – Exhortation générale.
            Le quatrième message, « à l’Eglise de Thyatire », situé au cœur de l’ensemble, revêt une importance toute particulière…
            « A l’Ange de l’Eglise d’Ephèse, écris »… Cet Ange sera ensuite invité à lire ce message à toute l’Eglise d’Ephèse… Il n’est donc pas au ciel, mais bien sur la terre… Nous avons vu précédemment qu’il pouvait désigner ou l’Evêque, responsable de la communauté chrétienne, ou cette communauté elle-même… Les deux sens se rejoignent. Peut-être peut-on privilégier le premier ; en effet, « ange » en grec signifie « messager ». Il est donc envoyé par Dieu pour annoncer « une Bonne Nouvelle », car toute Parole de Dieu est « Bonne Nouvelle », Source de Joie et de Paix, même si nous pouvons parfois y lire quelques reproches, ou des annonces d’évènements difficiles… Mais dans les deux cas, le but est toujours notre bien le plus profond. En effet, les reproches nous sont adressés pour nous inviter à sortir des ténèbres, de la tristesse et des filets de la mort, pour entrer dans la Lumière, la Joie, la Plénitude de Vie et donc le vrai Bonheur… Et cette œuvre sera avant tout celle de Dieu, car avec tout reproche, Dieu nous donne la grâce de pouvoir y répondre. Notre conversion sera donc avant tout le fruit de son œuvre et de sa grâce ; il suffit pour nous de consentir à sa Présence, de nous laisser prendre, nous laisser porter par le Bon Pasteur (Lc 15,4-7) et entraîner avec Lui vers son Royaume de Lumière et de Vie… Alors, « avec joie vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,12-14). Et si le messager de Dieu nous annonce une épreuve à venir, là encore sa Parole est indirectement révélation d’une grâce que Dieu veut nous communiquer pour nous permettre de tenir bon envers et contre tout : « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33). Et si nous laissons le Christ remporter en nous sa victoire sur le mal, l’épreuve et la souffrance, alors à la suite de St Paul, nous expérimenterons au cœur de toutes nos difficultés la joie de sa Présence : « Je surabonde joie au milieu de toutes nos souffrances » (2Co 7,4 ; 1,3-7 ; 6,10 ; Mt 5,5 ; 10,17-20 et l’Esprit est toujours source de joie : 1Th 1,6 ; Ga 5,22).
            Nous pouvons donc voir dans « l’Ange de l’Eglise d’Ephèse », et par la suite dans tous les Anges qui interviendront, les Evêques, successeurs des Apôtres, qui ont reçu du Christ la mission de conduire l’Eglise en son Nom. Et avec eux et par eux, regroupés dans l’unité autour de la figure de « Pierre », le Pape, c’est le Christ qui marche à la tête de son Eglise. Tel est le regard de foi auquel nous sommes invités en écoutant sa Parole : « Simon, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de la mort ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié » (Mt 16,18 ; Jn 20,19‑23).
            La ville d’Ephèse était à l’époque la capitale de l’Asie romaine, et son Eglise tenait la place que tient aujourd’hui celle de Rome : elle était le centre spirituel de la toute nouvelle chrétienté. St Paul et ses compagnons y avaient des attaches toutes particulières, et c’est là où, selon la tradition, l’Apôtre Jean et la Vierge Marie se seraient installés… C’est pour cela que le premier message du Christ Ressuscité lui est adressé, et ce sera pour la prévenir : si elle ne retrouve pas son amour d’antan, « il changera son candélabre de son rang » (1,5) et comme l’indique en note la Bible de Jérusalem, « Ephèse perdra son rang de métropole religieuse »…

EPHESE

   D’ailleurs, à cette Eglise de premier rang, le Christ rappelle aussitôt que l’important n’est pas d’être à la première place, mais de vivre le plus intensément possible en relation avec Lui. En effet, c’est Lui et Lui seul « qui tient les sept étoiles en sa droite » (2,1), la main de la force, celle qui tient l’épée et le sceptre royal… « Et les sept étoiles sont les Anges des sept Eglises » (1,20), c’est-à-dire les Evêques responsables des Eglises. Le Christ Ressuscité est donc le seul et unique vrai Chef de l’Eglise (Ep 1,10 ; 5,23 ; Hb 2,9-11 ; 12,1-2) : il est la Tête et l’Eglise est son Corps (Ep 1,22 ; 4,15-16 ; Col 1,18-20 ; 2,9-10.18-19 ; 1Co 12,12-13.27 ; Hb 3,6 ; 10,19-21). Et toute l’Eglise, « Pierre » en premier (Jean 21,19 ; Lc 5,8-11), est invitée à suivre le Christ (Mc 1,17-20 ; 10,51-52) à lui obéir, à le servir, Lui qui le premier, par amour de Dieu et des hommes, a voulu être le Serviteur de tous (Mt 12,15-18)… Dans l’Amour, nous obéissons ainsi jour après jour à Celui qui est au milieu de nous comme celui qui sert (Lc 22,27), un tablier autour de la taille, agenouillé devant chacun d’entre nous pour nous laver les pieds (Jn 13,2-5)…
            Dans la vision inaugurale, le Christ Ressuscité était déjà apparu comme étant « au milieu des candélabres » (1,12), « les sept candélabres étant les sept Eglises » (1,20). Mais ici, une précision supplémentaire nous est donnée : « il marche au milieu des sept candélabres d’or »… « Il marche »… La vision est donc très dynamique… Le Ressuscité est bien « le Vivant » (Lc 24,5), celui qui agit, bouge, va vers les uns et vers les autres… Si nous nous mettons vraiment à sa suite, nous aussi, nous allons bouger avec Lui et notre vie chrétienne sera riche et intense de toutes les relations que nous établirons avec les uns et les autres, car c’est là, au cœur de nos relations quotidiennes, que le Christ nous invite à vivre l’amour qu’il nous donne… « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 15,12.17)… Et cet amour concrètement vécu sera missionnaire, car ceux qui sont encore dans les ténèbres auront ainsi sous leurs yeux « la Lumière de l’Amour » (1Jn 1,5 avec 1Jn 4,8.16) qui devrait régner au cœur de chaque croyant et donc au cœur de toute communauté chrétienne qui vit sa foi… « Père », disait Jésus juste avant sa Passion, « je leur ai fait connaître ton Nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux ».  Alors, grâce à cet amour en eux, un amour qui vient de toi, « qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17,22-26). Et tel est l’appel que lance ici le Christ à l’Eglise d’Ephèse : « Tu as perdu ton amour d’antan » (1,4). Mais Celui qui parle ainsi est justement ce Fils qui est venu rempli nos cœurs de sa Lumière et de sa Vie par le don de son Esprit saint, une Vie qui n’est qu’Amour et Paix : « l’amour de Dieu », l’amour avec lequel Dieu nous aime, « a été versé dans nos cœurs par l’Esprit saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Alors grâce à ce don qui nous vient sans cesse de la Miséricorde de Dieu, nous pourrons répondre à son appel et repartir jour après jour à sa suite sur les chemins de l’amour (Ep 5,1-2).
            Nous savons bien que nous sommes loin de vivre cet idéal, mais il ne s’agit pas de nous juger les uns les autres : nous sommes des malades et des pécheurs, nous ne le savons que trop bien… Mais c’est justement pour les malades et les pécheurs que le Christ est venu (Lc 5,31-32 ; 19,10) ! L’important est donc de reprendre jour après jour cet appel à aimer comme nous étant personnellement adressé, et de recommencer et recommencer encore à essayer, avec la grâce de Dieu, de le mettre en pratique. Et avec un tel Amour, pas de jugement ni de condamnation, mais seulement… de l’amour (Jn 3,16-17 ; 5,22 ; 8,10-11 ; Lc 6,36) ! Certes, cela ne sera pas facile tous les jours, et nous aurons des écueils et des pièges à éviter (2Tm 3,1-5), nous rencontrerons nous aussi des « faux apôtres », « menteurs » (2,2), « à la fois trompeurs et trompés » (2Tm 3,13), des personnes qui comme ces mystérieux « Nicolaïtes » sèmeront le doute et la confusion parmi les croyants… Il s’agira pour nous d’être prudents, de fuir le mal, et de nous attacher fermement et avec confiance au Christ et à son Eglise, car malgré toutes ses imperfections, c’est bien le Seigneur Ressuscité qui nous conduit avec elle et par elle …  « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes ». « Et si quelqu’un vous dit : “ Voici : le Christ est ici ! ” ou bien : “ Il est là ! ”, n’en croyez rien. Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. Voici que je vous ai prévenus ». Et gardez confiance, car « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 10,16 ; 24,23-25 ; 28,20).

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            « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises » (1,7). Mais c’est le Christ ressuscité qui parle ! L’Esprit Saint n’a donc rien d’autre à nous dire que la Parole du Christ. Et c’est Lui qui, de génération en génération, continue de joindre sa voix à la Parole de Dieu transmise par les Ecritures pour que cette Parole demeure vivante au fil des siècles. Alors, nous qui n’avons jamais vu le Christ, en ouvrant nos cœurs à sa Parole, nous pouvons redire à notre compte comme St Pierre autrefois : « Tu as les Paroles de la Vie éternelle » (Jn 6,68). Car en écoutant cette Parole, nous sommes invités à reconnaître l’œuvre de l’Esprit en nos cœurs… En effet, il ne cesse de lui rendre témoignage (Jean 15,26) en déposant au plus profond de nous-mêmes la Vie du Christ (Jn 6,63 ; Ga 5,25), sa Douceur, sa Paix, son Amour… C’est ainsi, comme nous dit Jésus, qu’il « prend de son bien » et qu’il nous le communique (Jn 16,14-15). Alors, si grâce à Lui, nous commençons à participer à « l’insondable richesse du Christ » (Ep 3,8) qui habite son cœur, richesses de « grâce et de vérité » (Jn 1,14 avec 1,17), nous entrerons avec Lui dès aujourd’hui, dans la foi et par notre foi, dans un Mystère de Communion et de Vie que nous ne pourrons découvrir pleinement que lorsque nous passerons de cette terre au Ciel (1Jn 1,1-4 ; 3,1-2)…         
            « Au vainqueur », dit encore le Christ Ressuscité, c’est-à-dire à celui qui aura laissé le Christ remporter en lui sa victoire sur le mal, les ténèbres et la mort, « je ferai manger de l’arbre de vie placé dans le paradis de Dieu » (2,7). « Je ferai » : c’est toujours le Christ qui agit, et nous sommes invités à retrouver avec Lui la confiance et l’abandon d’un petit enfant qui ouvre tout simplement sa bouche quand ses parents – ou son frère aîné (Rm 8,28-30)! – le font manger (Lc 18,16-17)… L’image de « l’arbre de vie » renvoie quant à elle au Livre de la Genèse où cet arbre est placé parmi tous les autres « arbres séduisants à voir et bons à manger ». Et Dieu avait dit à l’homme : « Tu peux manger à satiété de tous les arbres du jardin », et donc de l’arbre de vie qui symbolise le don de la vie éternelle… Nous retrouvons à nouveau la générosité de Dieu qu’exprimera le Christ : « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance » (Jn 10,10). Et cette générosité est celle de la Miséricorde qui poursuit envers et contre tout son projet de Bonheur et de Plénitude pour l’homme, même et peut‑être surtout, lorsque ce dernier ne répond pas à son attente et court à la catastrophe en préférant les ténèbres à la lumière… Mais dès qu’il commencera à répondre enfin à Celui qui ne cesse de le chercher (Lc 15,4-7 ; 19,10 ; Jn 4,23), de l’attendre (Lc 15,20), de l’espérer (Ap 3,20), dès qu’il acceptera de se repentir, il reconnaîtra à quel point « la grâce surabonde là où le péché a abondé » (Rm 5,20), et comme la pécheresse pardonnée et aimante, il pourra en pleurer de bonheur (Lc 7,36-50)… Avec le Christ, nous sommes donc tous invités à retrouver gratuitement, par amour, ce que nous avions perdu par suite de nos fautes. « Le salaire du péché, c’est la mort » ? « Le don gratuit de Dieu c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). « Pécheurs, nous étions privés de la Gloire de Dieu » (Rm 3,23) ? « Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donné », dira Jésus à son Père, « pour qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17,22). Et pour qu’il en soit ainsi, le Christ par amour, acceptera d’être blessé de nos blessures pour que nous puissions trouver en ses blessures notre guérison (1P 2,23)… Ainsi, avec Lui, la Porte (Jn 10,7.9) du « Paradis de Dieu » (1,7), ce jardin d’Eden des origines, nous est à nouveau grande ouverte… Le péché nous en avait chassés (Gn 3,23-24) ? Grâce à Lui nous avons de nouveau « libre accès auprès du Père en un seul Esprit » car en mourant sur la Croix pour chacun d’entre nous, il nous a tous réconciliés avec notre Dieu et Père (Ep 2,14-18). Désormais, « tout est accompli » (Jn 19,30). Aussi, « nous vous en supplions au Nom du Christ : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » » (2Co 5,20).
                                                                                                           D. Jacques Fournier

 

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L’apparition du Christ Ressuscité dans le Livre de l’Apocalypse (Ap 1,10-20)

(9) Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’épreuve, la royauté et la constance, en Jésus. Je me trouvais dans l’île de Patmos, à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus. (10) Je tombai en extase, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix clamer, comme une trompette :

(11)    « Ce que tu vois, écris-le dans un livre pour l’envoyer aux sept Églises : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. »

(12)    Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait ; et m’étant retourné, je vis sept candélabres d’or, (13) et, au milieu des candélabres, comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or. (13) Sa tête, avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche, comme de la neige, ses yeux comme une flamme ardente, (15) ses pieds pareils à de l’airain précieux que l’on aurait purifié au creuset, sa voix comme la voix des grandes eaux. (16) Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant ; et son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat.

(17)    À sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort ; mais il posa sur moi sa main droite en disant : 

            « Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, (18) le Vivant ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès.

(19)    Écris donc ce que tu as vu : le présent et ce qui doit arriver plus tard.

(20)    Quant au mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite et des sept candélabres d’or, le voici : les sept étoiles sont les Anges des sept Églises; et les sept candélabres sont les sept Églises ».

            Nous sommes « le Jour du Seigneur », c’est-à-dire le Dimanche, le lendemain du Sabbat, ce « premier jour de la semaine » où les femmes découvrirent le tombeau vide (Lc 24,1-8 ; Mc 16,1-8 ; Mt 28,1-8 ; Jn 20,1-2). Et depuis, chaque Dimanche, la communauté chrétienne se rassemble, à l’invitation de son Seigneur, pour faire mémoire de sa Mort et de sa Résurrection et pour en accueillir tous les fruits dans l’aujourd’hui de sa foi : « Les Paroles que je vous ai dites sont Esprit et elles ont Vie. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit » en ces Paroles « a la Vie éternelle… Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés… Qui mange ma chair et boit mon sang a la Vie éternelle » (Jn 6,63.47 ; Lc 22,19 ; Mt 26,28 ; 1Co 11,23-26). Toute la communauté chrétienne est alors invitée, comme les deux disciples d’Emmaüs, à « avoir le cœur tout brûlant » en laissant le Ressuscité lui « ouvrir l’esprit à l’intelligence des Ecritures ». Comme nous le verrons, c’est bien ce que vivra ici St Jean en contemplant le Mystère du Christ à la lumière de très nombreux passages de l’Ancien Testament.
eucharistieEn ce jour du Seigneur, les croyants sont aussi invités à reconnaître la Présence Vivante du Christ Ressuscité venu les rejoindre sous les apparences du pain et du vin. C’est l’expérience que vécurent les deux disciples d’Emmaüs. Tandis que le Christ marchait avec eux sur la route, « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ». Mais quand le soir fut venu, il répondit à leur invitation de rester avec eux. « Et il advint, comme ils étaient à table, qu’il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Alors, leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… mais il avait disparu de devant eux » (Lc 24,13-35 ; 24,44-48). Ainsi, à la fraction du pain, les yeux du cœur se sont ouverts… Dans la foi, ils ont reconnu le Ressuscité qui, aussitôt, a disparu à leurs yeux de chair… L’important en effet, ici-bas, n’est pas la vision mais la foi qui permet, en Esprit, de vivre dès maintenant une relation vivante avec « le Vivant » et d’accueillir au plus profond de soi-même le Mystère de sa Vie. C’est l’expérience que fera aussi St Jean en ce « Jour du Seigneur », puisqu’il lui sera donné « en Esprit »[1] de voir le Christ Ressuscité et de vivre un moment d’une particulière intensité avec Lui. Les circonstances mêmes de cette manifestation sont donc un appel lancé à toute l’Eglise pour qu’elle reste fidèle à ce rendez-vous du Dimanche que le Ressuscité ne cesse de lui adresser. Si elle répond à son invitation, « en Esprit », dans l’invisible de la foi, « les yeux illuminés du cœur » reconnaîtront la Présence du Vivant venu offrir sa Vie à tous ceux et celles qu’il aime appeler « ses frères » (Ep 1,17-18 ; Jn 10,10 ; 5,40 ; 1,12‑13 ; 20,17 ; Hb 2,11)…
Jean entend donc une voix « derrière lui ». Pour « regarder cette voix qui lui parlait », il doit « se retourner », un verbe qui évoque la notion de repentir (Ac 3,19 ; 9,35 ; 11,21 ; 14,15 ; 15,19 ; 26,17-18). En effet, pour regarder Celui qui est le Bien et la Source de tout Bien, il faut se détourner du mal, crucifier son égoïsme, choisir le Bien et « se retourner » vers Lui. Cet appel à la conversion est donc suggéré par cette manifestation du Christ « derrière » St Jean qui, librement, doit « se retourner » pour rencontrer Celui, qui, le premier, est venu le rejoindre… Et c’est ce même mouvement que nous avons tous à faire si nous désirons rencontrer le Christ à notre tour et recevoir le don de sa Vie (Ga 2,19-20 ; 2Co 4,10-12 ; Ph 3,10-11)… C’est pourquoi, l’Eglise nous invite au début de chaque Eucharistie, à nous reconnaître pécheurs, à nous détourner du mal pour nous tourner de tout cœur vers le Christ Ressuscité Présent au milieu de l’Assemblée : « Si deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis là au milieu d’eux » (Mt 18,20)…
            C’est ce que vit ici St Jean « en Esprit » et par l’Esprit. Ce travail de l’Esprit est encore suggéré par la notion de « voix ». En effet, Jésus est ce Fils que le Père a envoyé dans le monde pour nous donner sa Parole (Jn 17,7-8 ; 12,50). Et quand le Fils dit aux hommes ce qu’il a entendu auprès de son Père (Jn 8,26), l’Esprit, silencieusement, joint « sa voix » à la sienne pour lui rendre témoignage (Jn 15,26). Jésus disait ainsi à Nicodème : « L’Esprit (ou « le vent », même mot grec) souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va » (Jn 3,8). « En Esprit », St Jean entend ici « la voix » de l’Esprit, et lorsqu’il se retourne « pour regarder la voix qui lui parlait », qui voit-il ? Non pas l’Esprit, mais le Christ Jésus, celui qui « prononce les Paroles de Dieu et donne ainsi l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34)… Cette « voix » est donc celle de Dieu Lui-même qui parle par son Fils et par l’Esprit (Mc 9,37 ; Jn 8,42-47). L’image de « la trompette » le souligne encore en renvoyant par exemple à l’épisode de Moïse montant au sommet de la montagne du Sinaï : « Dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne, ainsi qu’un très puissant son de trompe et, dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu, et ils se tinrent au bas de la montagne. Or la montagne du Sinaï était toute fumante, parce que le Seigneur y était descendu dans le feu ; la fumée s’en élevait comme d’une fournaise et toute la montagne tremblait violemment. Le son de trompe allait en s’amplifiant ; Moïse parlait et Dieu lui répondait dans le tonnerre » (Ex 19,16-19)… Mais maintenant, ce n’est plus Dieu qui parle à Moïse pour lui donner les Dix Paroles de l’Alliance, mais le Christ qui vient révéler les Mystères de l’Alliance Nouvelle et Eternelle qu’il est venu conclure avec tous les hommes en s’offrant pour eux sur le bois de la Croix (Mc 14,23-24). Et c’est cette même « trompette » qui annoncera son retour au dernier jour (1Th 4,16-17 ; Mt 24,30-31 ; 1Co 15,52)…
            Si St Jean reçoit cette Révélation, il en est certes le premier bénéficiaire… Mais il ne doit pas la garder pour lui-même. Comme St Paul, il est appelé à devenir « le serviteur et le témoin de la vision » dans laquelle il vient de voir le Christ (Ac 26,16). Jésus l’invite donc à écrire « ce qu’il voit dans un livre pour l’envoyer aux sept Eglises ». Tous les noms cités renvoient à l’Asie Mineure, l’actuelle Turquie. Mais le chiffre « sept », symbole de perfection, n’a pas été choisi au hasard : c’est toute l’Eglise Universelle qui est invitée à recevoir le témoignage de Jean…
            Dès qu’il se retourne, St Jean vit « sept candélabres d’or »… La description fait aussitôt penser au Temple de Jérusalem où « dix candélabres d’or » était disposés dans la première pièce où seuls les prêtres pouvaient entrer, « le Saint » ou « le Hékal », « cinq à droite et cinq à gauche ». Ils devaient ainsi briller devant « le Saint des Saints », « le Débir », cette seconde pièce carrée où Dieu, pensait-on, habitait (2Ch 4,7.20). Mais ici « les sept candélabres d’or » sont « les sept Eglises », qui, elles-mêmes renvoient à l’Eglise Universelle. Et c’est « au milieu » des « sept candélabres d’or » que St Jean verra « comme un Fils d’Homme ». Le Temple Nouveau de l’Alliance Nouvelle n’est donc pas un Temple fait de pierres et de bois précieux ; il est l’Eglise elle-même, la communauté des croyants. Et c’est au milieu d’elle que se tient le Christ Ressuscité. Et dans l’Evangile de Jean, le Christ est lui-même présenté comme le Temple de Dieu. « Détruisez ce Temple, et en trois jours, je le relèverai », disait-il. Et si ses interlocuteurs pensaient au Temple de Jérusalem, St Jean précise : « Mais lui parlait du Sanctuaire de son Corps » (Jean 2,18-21). Jésus est en effet « le Temple de Dieu », car « le Père demeure en lui », « Il est en lui » ; « qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,5-11 ; 17,21 ; cf. Col 2,9). Et la communauté chrétienne rassemblée dans l’Esprit est elle-même le Temple du Christ, « la demeure de Dieu » : « La construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et les prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit » (Ep 2,20‑22 ; 2Co 6,16). Et le Christ présent au milieu d’elle rejoint chaque croyant en son cœur, des croyants que St Paul appelle des « Temples de Dieu », car « l’Esprit de Dieu », « l’Esprit du Christ », « habite en eux » (1Co 3,16-17 ; 6,19 ; Rm 8,9.11 ; Ep 3,17).
 shining dove with rays on a darkDans ce Mystère de Communion mis en œuvre par le Christ, grâce à son Amour de Miséricorde, son Pardon continuellement offert, les chrétiens participent donc dès maintenant aux arrhes du Royaume par le don de « l’Esprit de la Promesse » : « Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et l’a répandu ». Ce don de l’Esprit accomplit en effet toutes les Promesses faites par Dieu dans l’Ancienne Alliance (Ac 2,32-33 ; 2,38-39 ; Ga 3,13‑14 ; Ep 1,13-14 ; 2Co 1,22). Or, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), sa nature divine est Esprit. Ainsi, par le Christ, « les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise » (2P 1,4). Or, dans le Livre de l’Apocalypse, tout ce qui touche à Dieu, à son « insondable richesse » (Ep 3,8), est présenté avec l’image de l’or : « la ceinture en or » du Christ (Ap 1,13) et celle des Anges (Ap 15,6), « les coupes d’or pleines de parfums » utilisées dans la liturgie céleste (Ap 5,8 ; cf. 15,7), « la pelle en or » de l’Ange qui offre les parfums « sur l’autel d’or placé devant le trône » de Dieu (Ap 8,3-5 ; 9,13), « le roseau d’or » qui sert à mesurer la Jérusalem céleste (Ap 21,15), une ville qui elle-même est en « or pur » (Ap 21,18.21). Ainsi, cet « or » renvoie quelque part à ce que Dieu Est en Lui‑même, à sa nature divine « Esprit », un Esprit qu’il désire communiquer à tous les hommes pour leur donner d’avoir part à ce qu’Il Est (Ap 3,18)… Et c’est là, dans l’Esprit, qu’ils trouveront leur Plénitude (Ep 5,18). Les « vieillards », c’est-à-dire tous les croyants, tous les hommes de bonne volonté des générations précédentes, sont représentés au ciel avec des « couronnes d’or » sur la tête, tout comme le Fils de l’Homme Lui-même (Ap 4,4 ; 14,14). Ils participent donc à sa Lumière qui règne sur les ténèbres (Jn 1,4-5), à sa Vie qui règne sur la mort, et donc à cette Royauté divine du seul Dieu et Roi de l’univers (Mt 19,28 ; Ap 1,5 ; 5,10)… C’est ainsi que, déjà, dans la foi et par sa foi, les Eglises sont associées à la Plénitude de Dieu et du Christ (Col 2,9-10). C’est pourquoi, si celle-ci est évoquée avec l’image de l’or, les Eglises sont-elles mêmes présentées comme étant « des candélabres d’or »…
            De plus, « l’or » de cette nature divine qui est « Esprit » peut aussi être décrit en terme de « Lumière », car si « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), il est aussi « Lumière » (1Jn 1,5). C’est pourquoi, tous ceux et celles qui autrefois étaient ténèbres par suite de leurs fautes sont maintenant, par la grâce du baptême et le don de l’Esprit Saint, « Lumière dans le Seigneur »[2]. « En se conduisant en enfants de Lumière », « leur Lumière brillera devant les hommes qui rendront gloire à votre Père qui est dans les cieux » (Ep 5,8-9 ; Mt 5,14-16). Ces « candélabres d’or » doivent donc porter dans le monde la Lumière de Celui-là seul qui est « Lumière du Monde » (Jn 1,4-5.9 ; 8,12 ; 9,5 ; 12,35-36.46 ; Mt 17,2 ; Lc 1,76-79 ; 2,25-32 ; Ac 9,3‑5 ; 2Co 4,6), Celui qui est venu appeler tous les hommes à participer le plus pleinement possible à « la Lumière de sa Vie »… S’ils acceptent de se convertir pour la recevoir, heureux seront-ils (Col 1,12-14 ; Lc 6,20-23 ; Mt 5,1‑12 ; Lc 2,10-11 ; 19,6 ; 10,21 avec Jn 15,11 et 1Th 1,6 ; Ga 5,22 ; Rm 14,17)…

 

            « Au milieu » des « sept candélabres d’or », au cœur de l’Eglise, St Jean voit maintenant « comme un Fils d’homme » : le Christ. Et s’il est décrit « comme » un Fils d’homme, c’est à la fois parce qu’il est vrai homme, mais aussi beaucoup plus qu’un homme : il est vrai Dieu, « engendré non pas créé, de même nature que le Père » (Crédo). « Engendré » de toute éternité par le Père, il est ce Fils Unique qui se reçoit entièrement du Père par l’Esprit Saint (Jn 5,26 et 6,57 avec 6,63). Son humanité n’échappe donc pas à cette dynamique : il l’a bien reçue de son Père par l’action de l’Esprit Saint en Marie (Lc 1,35). Ainsi, il est bien « vrai homme », et quiconque le voyait pensait tout naturellement que Joseph était son père : « Il était, à ce qu’on croyait, fils de Joseph » (Lc 3,23)… Mais non, Jésus vrai homme est tout entier le Fils du Père, et il est en même temps vrai Dieu, une Personne divine qui existe depuis toujours et pour toujours… « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1 ; 8,24.27.58 ; 20,28 ; Ph 2,6.9 ; Col 2,9 ; Tt 2,11‑13 ; 2P 1,1).
         dieu-le-pere-enfant-jesus-et-colombe-copie-1           La figure du « Fils de l’Homme » vient du Livre de Daniel. En effet, si St Jean a écrit : « je vis… comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or », on peut lire en Daniel 10,5 : « Je levai les yeux pour regarder. Voici : Un homme vêtu de lin, les reins ceints d’or pur ». Et en Daniel 7,9-14, il avait eu la vision d’un Ancien (Dieu le Père), assis sur son Trône : « Tandis que je contemplais : Des trônes furent placés et un Ancien s’assit. Son vêtement, blanc comme la neige ; les cheveux de sa tête, purs comme la laine. Son trône était flammes de feu, aux roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait, issu de devant lui. Mille milliers le servaient, myriade de myriades, debout devant lui. Le tribunal était assis, les livres étaient ouverts… Je contemplais, dans les visions de la nuit : Voici, venant sur les nuées du ciel, comme un Fils d’homme. Il s’avança jusqu’à l’Ancien et fut conduit en sa présence. À lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire éternel qui ne passera point, et son royaume ne sera point détruit ».
            Dieu est donc présenté comme le Roi de l’Univers visible et invisible… Le « blanc » de son vêtement comme celui des cheveux de sa tête, « purs comme la laine », renvoie au Mystère de sa Nature divine, car dans la Bible, les vêtements, tout comme les attributs d’une personne, disent quelque chose de ce qu’elle est… Ainsi lorsque Jonathan, le fils du roi Saül, donne à David le berger « son manteau, sa tenue, son arc, son épée, son ceinturon », il l’élève à son rang de prince (1Sm 18,1‑4)… Or dans le Livre de Daniel, c’est l’Ancien, c’est-à-dire Dieu le Père, qui a les cheveux comme de la laine blanche. Mais dans le Livre de l’Apocalypse, c’est ce que St Jean dit du Fils de l’Homme, de Jésus ! Ce transfert de l’Ancien au Fils de l’Homme suggère que le Fils de l’Homme « Est » ce que l’Ancien « Est »… Ainsi, Jésus est « Dieu » comme son Père est « Dieu »…
On peut tirer la même conclusion à partir des « yeux » du Christ qui sont « comme une flamme ardente ». En effet, « le feu » exprime souvent dans l’Ancien Testament le Mystère de Dieu. Dans le Livre de Daniel, « son trône était flammes de feu, aux roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait, issu de devant lui » (Dn 7,9-10), issu de lui en fait car « le Seigneur Dieu est un feu dévorant » (Dt 4,24), le feu de l’Amour (1Jn 4,8.16). Le Fils de l’Homme participe donc à ce Feu qui caractérise le Mystère de Dieu (cf. Jn 4,24 avec Mt 3,11 ; Ac 2,1-4 ; Lc 12,49 ; 24,32 ; Gn 15,17‑18 ; Ex 3,2.13‑15; 19,18 ; Dt 4,12; 5,4.22.24 ; 9,10).
De même, St Jean nous dit que la voix du Christ « était comme la voix des grandes eaux » (Ap 1,15). Et dans le Livre d’Ezéchiel, c’est Dieu, sous-entendu le Père, qui parle ainsi : « comme le bruit des grandes eaux, comme la voix de Shaddaï » (Ez 1,24 ; 43,2). Le Fils de l’Homme parle ainsi comme le Père, car il est Dieu comme le Père est Dieu…
Et encore lorsque nous lisons que « son visage » est « comme le soleil qui brille dans tout son éclat » (Ap 1,16), c’est Dieu qui dans les Psaumes est présenté comme un Soleil : « Le Seigneur Dieu est un Soleil, il est un Bouclier ; le Seigneur donne la grâce, il donne la Gloire » (Ps 84(83),12). Nous avons donc ici une nouvelle affirmation indirecte de la divinité du Fils de l’Homme, qui de fait, sera présenté dans les Evangiles comme « la Lumière du monde » (Jn 1,4-5.9 ; 8,12 ; 9,5 ; 12,35-36.46 ; Mt 17,2 ; Lc 1,76-79 ; 2,25-32 ; Ac 9,3‑5 ; 2Co 4,6), et « Dieu seul est Lumière » (1Jn 1,5)…

lumière

            La même conclusion pourrait encore être tirée de Dn 7,9-14, où Dieu le Roi de l’Univers « confère » au Fils de l’Homme « empire, honneur et royaume », et « son empire est un empire éternel ». Or Dieu seul est éternel…
            Notons enfin que dans le Livre de Daniel, ce Royaume sera aussi conféré « aux saints du Très Haut », et telle est bien l’œuvre du Christ Roi qui est venu élever à sa dignité royale tous ceux et celles qui accepteront de l’accueillir… « Ceux qui recevront le royaume sont les saints du Très-Haut, et ils posséderont le royaume pour l’éternité, et d’éternité en éternité… Le temps vint et les saints possédèrent le royaume » (Dn 7,18-22). Et Jésus dira à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume ». En effet, de par la volonté du Père, « je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 12,32 ; 22,29-30). Les disciples de Jésus seront donc rois comme Jésus est Roi. Ils participeront pleinement à sa Royauté. Et la Royauté du Christ est une Royauté de Service. « Je suis au milieu de vous comme Celui qui sert » (Lc 22,27), agenouillé aux pieds des hommes pour les purifier (Jn 13,1-5), portant leurs péchés sur le bois de la Croix (1P 2,24), et mourant de leur mort pour qu’ils puissent vivre de sa Vie (Rm 6,1-11)…
            La « longue robe » de Jésus suggère aussi qu’il est Grand Prêtre (Ex 28,4 ; 29,5 ; Za 3,4), un honneur qu’il ne s’est pas donné à Lui-même, mais qu’il a, une fois de plus, reçu de son Père (Hb 5,5)… Le Fils reçoit tout du Père… Et « il est devenu en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un Grand Prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés » du monde entier (Hb 2,17 ; 4,15-16). En effet, en « s’offrant lui-même » sur la Croix (Hb 7,26-27), il a offert pour les péchés « un unique sacrifice » (Hb 10,11-12), le sien, par lequel il nous sauve et nous associe au Mystère de sa Dignité en faisant de nous « une Royauté de Prêtres » (Ap 1,6 ; 5,10)…
            « Dans sa main droite », la main de la force et de la puissance, celle qui tient l’épée au combat (Ex 15,6.12 ; Ps 17(16),7 ; 18(17),36 ; 21(20),9 ; 44(43),2-4 ; 60(59),7 ; 63(62),7-9 ; 108(107),7 ; 138(137),7-8), « il a sept étoiles », et ces étoiles sont « les Anges des sept Eglises ». Aucune précision supplémentaire ne nous est donnée… Qui sont ces Anges ? Certains pensent aux Evêques, ministres responsables des communautés chrétiennes. D’autres rappellent certaines croyances de l’époque qui croyaient qu’un Ange particulier avait pour mission de protéger chaque cité. A travers la figure de l’Ange, ce serait donc toute la communauté chrétienne qui serait concernée. Cette interprétation rejoint la précédente au sens où l’Evêque a reçu la charge de veiller sur la communauté qui lui a été confiée… Ainsi donc, toute l’Eglise vue dans son ensemble ou considérée à travers ses Pasteurs, est « dans la main droite » du Christ qui la protège et veille sur elle avec la Puissance de l’Esprit Saint. Cette présentation rejoint la promesse de Jésus à St Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle » (Mt 16,18). Ainsi quelles que soient ses épreuves, quelles que soient les persécutions qu’elle subit, les disciples du Christ Ressuscité sont invités à vivre dans la confiance. Leur sort, leur vie est « dans sa main droite », et le Christ va veiller sur eux avec la Toute Puissance de son Esprit. Si les vagues se soulèvent, si la tempête fait rage, le Ressuscité est toujours au cœur de sa communauté, Lui qui a reçu tout pouvoir de son Père, Lui qui a été élevé par le Père au plus haut des Cieux et qui domine ainsi toute Puissance et toute Principauté (Jn 6,16‑21 ; Mt 14,22-33 ; 28,18-20 ; Ph 2,9-11 ; Ep 1,22-23)… Rien ne pourra l’empêcher d’agir selon sa volonté et d’atteindre le but qu’il s’est fixé… Sa Lumière brille dans les ténèbres et celles-ci ne peuvent pas la saisir (Jn 1,4-5). Sur Lui le démon n’a aucun pouvoir (Jn 14,30). Sa Vie triomphe de toute forme de mort… Unis à Lui par la grâce de notre baptême et par la prière, nous pouvons compter en toute confiance sur son Amour de Miséricorde et nous appuyer sur la Force de son Esprit… Il nous suffit de veiller à « demeurer en Lui », « dans sa main droite », car « hors de Lui, nous ne pouvons rien faire » (Jn 15,4-5)… Et si par malheur nous venions à nous égarer, laissons nous vite reprendre par le Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve (Lc 15,4-7)… Et sa Miséricorde nous ramènera vite « en Lui » (1Jn 2,1‑2 ; 3,19-20 ; Rm 9,16)…
            « De la bouche » du Fils de l’Homme « sort une épée acérée à double tranchant », la Parole de Dieu (Hb 4,12). Elle est à double tranchant car tous sont égaux devant elle, aussi bien celui qui la prononce que celui qui l’écoute. L’important, en effet, n’est pas de proclamer la Parole de Dieu, mais de la vivre (Mt 7,21-27). Et cette Parole nous presse tous à nous convertir, à nous détourner vraiment du mal, à mourir par la grâce de Dieu à tous nos égoïsmes (Tt 2,11-14), pour recevoir le Pardon de toutes nos fautes (Lc 5,20 ; 1,76-79 ; 24,46-48) et être ainsi comblé de toutes les richesses de grâce dont le péché nous avait privées (Rm 3,23 avec Jn 17,22‑23 ; Rm 6,23). Et ces richesses sont Vie (Jn 10,10 ; 6,47 ; 1Jn 5,13), Lumière (Jn 12,46 ; 8,12), Paix (Jn 14,27), Joie (Jn 15,11)… en un mot participation à l’Etre de Celui là seul qui s’appelle « Je Suis » (Ex 3,14 ; Col 2,9-10)… Et la Parole de Dieu sera aussi l’arme qui nous permettra de sortir victorieux du combat contre le mal, grâce à la Puissance de l’Esprit Saint qui se joint sans cesse à elle (Lc 4,1-13 ; Ep 6,17).
            Face à la Révélation de ce Mystère de Dieu en Jésus Christ, l’homme ne peut que faire l’expérience de sa faiblesse et de sa misère, car la Lumière de Vérité l’éclaire jusqu’au plus profond de son être blessé par le péché. Et « le salaire du péché, c’est la mort ». Aussi, St Jean commence-t-il, en Présence du Christ, par « tomber à ses pieds, comme mort » (Ap 1,17). St Paul vivra la même expérience lorsqu’il verra le Christ Ressuscité sur la route de Damas : il tombera à terre (Ac 9,3-6 ; 22,6-11 ; 26,12-18)… Mais le Fils est venu dans le monde, non pas pour le condamner mais pour le sauver et lui donner d’avoir part à sa Vie éternelle (Jn 3,16-17 ; 10,10). « Le don gratuit de Dieu », écrit en effet St Paul, « c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus » (Rm 6,23). Aussi le Christ va-t-il poser sur lui sa main, comme il le fit autrefois pour la belle-même de Simon Pierre. Elle était au lit avec la fièvre, couchée comme une morte, symbole de cette humanité souffrante blessée par le péché. Mais « s’approchant, il la fit se lever en la prenant par la main. Et la fièvre la quitta » (Mc 1,29-31). Ici, le Christ fait de même pour Jean : « il posa sur moi sa main droite », la main de la force, de la puissance. Par ce geste, il manifeste de façon visible ce qu’il fait dans l’invisible des cœurs : il s’approche, communique la Puissance de l’Esprit Saint, et les pécheurs blessés se lèvent pour une vie nouvelle soutenue et rendue possible par le Mystère de cet Esprit qui purifie et Vivifie…
alpha omeg Et de nouveau, la Parole du Christ va nous suggérer le Mystère de sa Divinité. « Ne crains pas » commence-t-il par dire. Il parle comme Dieu Lui-même dans l’Ancien Testament lorsqu’il se manifeste aux hommes (Gn 15,1 ; Nb 21,34 ; Is 41,10.13.14 ; 43,1.5 ; 44,2 ; Jr 30,10 ; 46,28 ; So 3,16-17 ; Mt 1,20 ; Lc 1,30). « Ne crains pas »… Comme Dieu son Père, le Fils de l’Homme ne recherche que notre Bien, notre Vie et notre Salut. Avec Lui, « l’Emmanuel, Dieu-avec-nous » (Mt 1,23), c’est d’ailleurs Dieu Lui-même qui nous rejoint pour nous sauver : « Je Suis le Premier et le Dernier ». Avec cette affirmation, nous avons en effet à nouveau, et par deux fois, une affirmation de la divinité du Christ. En effet, « le Premier et le Dernier » ou « l’Alpha et l’Oméga », première et dernière lettre de l’alphabet grec, sont des noms divins dans l’Ancien Testament (Is 41,4 ; 44,6), et d’ailleurs en Ap 1,8, Dieu Lui-même s’était ainsi présenté : « Je Suis l’Alpha et l’Oméga ». Et à la fin du Livre, il dira encore : « Je Suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin ; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement. Telle sera la part du vainqueur ; et je serai son Dieu, et lui sera mon fils » (Ap 21,6-7)[3]. De plus, en Ap 1,8 comme ici en Ap 1,17, « Je Suis » est écrit avec cette forme particulière que l’on retrouve en Ex 3,14 lorsque Dieu révèle son Nom à Moïse : « Je Suis »… Ainsi, Jésus peut dire, comme Dieu son Père, non seulement « Je Suis », mais aussi, « Je Suis le Premier et le dernier » (cf. Ap 2,8 ; 22,13)… Et cela, Dieu seul peut le dire… Il est donc Dieu comme son Père est Dieu…
            Mais avec le Fils, c’est Dieu qui va se faire homme et vivre notre vie. Et par amour, il prendra sur Lui le péché du monde, il sera blessé de nos blessures, il mourra de notre mort, « je fus mort »… « Père, en tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46)… Et le Père répondra à la confiance de son Fils : il le ressuscitera d’entre les morts par la Puissance de l’Esprit Saint. « Me voici vivant pour les siècles des siècles »… « Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et l’a répandu » (Rm 1,1‑7 ; 8,11 ; Ac 2,22-24.32-33 ; 3,14-15.26 ; 4,10 ; 5,30-31). Et cet Esprit de Vie a la puissance d’arracher à toutes nos morts tous ceux et celles qui se confient en lui… C’est ainsi que, dès maintenant, dans la foi, et pour toujours, le Christ « détient la clé de la mort et du séjour des morts, l’Hadès » (Ap 1,18). Il est « la Résurrection et la Vie » (Jn 11,25), « le Prince de la Vie » (Ac 3,15) et l’amoureux de la vie. Aussi, Ressuscité, ne cesse-t-il pas de frapper à la porte de tous les cœurs de bonne volonté (Ap 3,20) pour leur proposer gratuitement cette Vie victorieuse de la mort (Jn 5,24-25) qui fera d’eux des vivants et les entraînera sur les chemins de la Vie en Plénitude et donc du Bonheur… Heureux alors tous ceux et celles qui oseront lui ouvrir la porte, car il est venu pour que nous ayons la Vie et que nous l’ayons en surabondance (Jn 10,10)…

                                                                                   D. Jacques Fournier

 

[1] Traduction littérale du début du verset 10 : « Il advint en Esprit, le Jour du Seigneur »…

[2] Noter le singulier employé par St Paul. Chaque croyant reçoit le même baptême, le même don de l’Esprit, la même Lumière (Ep 4,4-6)… Et tous ensemble « dans le Seigneur », unis au Christ dans la Communion d’un même Esprit, ils sont « Lumière »… L’Eglise est ainsi « le Corps du Christ » (1Co 12,12‑13.27), ce Christ qui est « Lumière du Monde » (Jn 8,12)…

[3] Et Jésus parlera de même en Jn 7,37-39 : « Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et il boira, celui qui croit en moi!” selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui »… On perçoit par ces exemples l’unité du Père et du Fils (Jn 10,30), qui, bien que différents, disent la même chose et accomplissent la même œuvre de Salut…

 

 




L’auteur et les destinataires du Livre de l’Apocalypse : des chrétiens persécutés (Ap 1,9)…

            « Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’épreuve, la royauté et la constance, en Jésus. Je me trouvais dans l’île de Patmos, à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus ».

 

            jean_le_theologienJean est tout d’abord un témoin (Ap 1,1-2.9 ; cf. Jn 19,35 ; 21,24 ; 1Jn 1,1-4 ). Avec lui, nous sommes tout de suite entraînés au cœur du Mystère Chrétien. En effet, le Christ Lui-même fut un témoin de la Présence et de l’Action du Père dans sa vie et dans celle des hommes (Ap 1,5 ; 3,14 ; Jn 18,37). Il n’a fait que dire ce que le Père lui montrait (Jn 5,19-20), ce qu’il a vu et entendu (Jn 3,31-34 ; 6,46 ; 8,26.38.40 ; 15,15).  Et le Père (Jn 5,37 ; 8,18 ; 12,27-30 ; 1Jn 5,9-10 ; Mt 3,17 ; 17,5) et l’Esprit Saint (Jn 15,26 ; 1Jn 5,6) lui rendront témoignage à leur tour … Chacun s’occupe ainsi avant tout de l’autre… Et tout chrétien est invité à entrer dans cette dynamique (Jn 15,27 ; 2Co 5,15) : rendre témoignage à ce Dieu d’Amour et de Tendresse qu’il a découvert en Jésus Christ, un Dieu qui ne recherche que le bien de sa créature et l’accompagne sans cesse dans sa vie pour son bien (Jr 32,40‑41). Jean va donc témoigner de ce qui lui aura été donné de percevoir du Mystère du Christ. Il dira tout simplement ce qu’il a vu, ce qu’il a entendu, ce qu’il a vécu … Et l’Esprit de Vérité rendra témoignage à la vérité de ses paroles au cœur de ceux et celles qui lui feront bon accueil (1Jn 2,20.27 ; 5,5-12).
            Jean s’adresse ici avant tout à la communauté chrétienne pour l’encourager à demeurer fidèle au Christ malgré toutes ces persécutions qu’ils doivent endurer à cause de leur foi… Il écrit ainsi pour ses « frères », ses « compagnons », littéralement en grec « tous ceux et celles qui sont en communion avec » le Christ. La grande œuvre du Christ est en effet de nous introduire dans un Mystère de Communion avec Lui. Il est venu nous réconcilier avec Dieu (2Co 5,17-21 ; Rm 5,10-11). Jour après jour, il frappe à la porte de nos cœurs (Ap 3,20) pour nous offrir le pardon de toutes nos fautes (1Jn 1,9 ; Col 2,13 ; 3,13 ; Lc 1,76-79 ; 5,20-25). Par ce pardon, il reconstruit notre relation de cœur avec notre Dieu et Père, une relation vitale puisque le grand cadeau que Dieu veut offrir à toutes ses créatures est sa propre Vie éternelle. Mais encore faut-il se tourner vers Lui et l’accueillir. L’œuvre du Christ Sauveur, du Bon Pasteur, est ainsi de partir à la recherche de toutes les brebis perdues (Lc 15,1-7), pour les ramener à l’unique Source d’Eau Vive qui pourra combler leur cœur. Si elles se laissent faire, elles recevront cette Vie de Dieu grâce à laquelle il nous est possible de vivre dès maintenant en communion avec Lui (Jn 3,36 ; 5,24 ; 6,47.57 ; Ac 11,18 ; 2Co 2,15-16 ; 1Jn 5,12-13). Tel est le Royaume des Cieux déjà commencé sur cette terre par le don de l’Esprit qui vivifie (Rm 14,17 ; Jn 6,63), un don proposé à notre foi. Heureux alors ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20,29)… Ils ne voient rien, ils n’entendent rien de particulier, mais ils vivent déjà « quelque chose » de cette Plénitude du Royaume qui est Repos, Silence, Paix du cœur, grâce à la Présence en eux de cet Esprit (Jn 14,15-17) qui est aussi Amour (Jn 4,24 avec 1Jn 4,8.16 ; Rm 5,5), Lumière (Jn 4,24 avec 1Jn 1,5) et Vie (Jn 4,24 et 1Jn 1,5 avec Jn 1,4 ; 8,12 ; puis Jn 6,63 ; Ga 5,25)…
             Jean écrit donc à tous ses « frères » dans la foi « qui sont en communion avec » lui par leur foi au Christ et l’action de l’Esprit qui vivifie… Et tous, à cette époque, vivaient une persécution déclenchée par les Romains. Ils étaient ainsi « dans la souffrance, la royauté et la constance en Jésus », une expression qui résume tout l’évangile. En effet, l’homme sur cette terre ne peut que connaître l’épreuve, d’une manière ou d’une autre. Par leurs injustices, leur méchanceté, leur violence, leur « cœur de pierre », leur égoïsme, leur course à l’argent, leur soif de pouvoir et de domination, leurs passions déréglées… les pécheurs (et nous le sommes tous !) sèment la souffrance sur leur passage, une souffrance qui devient intolérable lorsqu’elle touche des innocents… Et Dieu respecte infiniment notre liberté à tous ! « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5,45). Ce « soleil » se fera pour ces « méchants » et ces « injustes » invitation patiente mais ferme à la conversion. En agissant ainsi, Dieu les aime et poursuit toujours leur bien car il ne peuvent que vivre en eux-mêmes les conséquences de leurs péchés : « souffrance, angoisse » (Rm 2,9), « mort spirituelle » (Rm 6,23), mal-être (Lc 6,24-26), tristesse (Lc 18,18-23). Et « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’ils vivent », qu’il se tourne vers le Soleil de Vie, Celui qui se donne et se donne sans cesse pour le bien de ceux qu’il a créés et qu’il aime. Alors, « ils vivront » de sa Vie (Sg 1,13 ; Ez 18,23 ; 33,11)… « Gloire, honneur et paix » en effet « à quiconque fait le bien » (Rm 2,10)…

l'amour de dieu

Mais en attendant, les souffrances et les épreuves demeurent, d’autant plus que nous sommes tous pécheurs, et donc tous plus ou moins responsables de ce mal qui nous blesse en premier et qui, hélas, blesse aussi trop souvent tous ceux et celles qui nous entourent… Mais la Bonne Nouvelle est justement cette Présence parmi nous du Christ Ressuscité, une Présence qui nous rejoint au plus profond de nous-mêmes si nous acceptons de l’accueillir. Au cœur de la souffrance, fût-elle la conséquence de notre misère, elle se fera alors soutien, réconfort, encouragement, force, paix et joie envers et contre tout (cf. 2Co 1,3-7 avec notamment les notes de la Bible de Jérusalem)… Et c’est ainsi qu’Antoine, douze ans, crucifié avec d’autres chrétiens pour sa foi en 1597 à Nagasaki, chantait sur la croix avec ses « compagnons »… Il manifestait ainsi à quel point le Christ peut régner dans nos épreuves. « Je surabonde de joie dans toutes nos souffrances », écrivait ainsi St Paul (2Co 7,4). Dans les circonstances concrètes et difficiles de son ministère, il vivait les béatitudes : « Heureux ceux qui pleurent » (Lc 6,21), ceux qui humainement ont toutes les raisons de pleurer, mais qui essayent de vivre leurs épreuves avec le Christ. Il les consolera sur leur lit de souffrance (2Co 4,7-12), en attendant ce Jour où « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde aura disparu » (Ap 21,4). Et Jean, dans sa persécution, pouvait reprendre à son compte cette autre béatitude : « Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5,10-12)… Ainsi, tout disciple de Jésus qui désire marcher à sa suite doit essayer de prendre chaque jour le plus courageusement possible « sa croix ». Elle sera avant tout la croix de son péché, due à la présence en lui de ce « vieil homme » égoïste qui a tant de mal à mourir (Ep 4,20‑24) et qu’il devra « renier » (Lc 9,23), soutenu par la force de la grâce de Dieu (Tt 2,11-14). Cette croix pourra aussi être celle de la maladie qui survient à l’improviste, celle du péché de ses frères qu’il portera avec eux en les invitant à la conversion et en luttant contre toute forme d’injustice, celle de toutes ces situations humaines difficiles qu’il essaiera d’améliorer autant que possible… Mais cette croix, le Christ l’appelle ailleurs « son joug », car par amour, il a voulu nous rejoindre et porter avec nous toutes nos croix, toutes nos épreuves, toutes nos difficultés. Ainsi, nous ne sommes plus seuls dans le combat de cette vie. Le Christ, par amour, veut le mener avec nous et pour nous… Tout notre travail consistera alors à demeurer en Lui (Jean 15,9-11), unis à Lui (1Co 6,17 ; 1Th 5,9-10) et il portera avec nous cette souffrance contre laquelle nous n’aurons rien pu faire. Le Christ viendra l’habiter de sa Présence et de sa Paix. Avec Lui, la Croix devient Glorieuse, cette Croix, notre croix, qu’il appelle « son joug » : « Il s’est chargé de nos maladies, et il a pris sur lui toutes nos infirmités » corporelles ou spirituelles (Matthieu 8,17 pour les porter avec nous, pour nous soulager et éviter ainsi qu’elles nous écrasent… « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » (Mt 11,28‑30).
            pape françoisLe chrétien est ainsi un homme comme tous les autres hommes. Il connaît lui aussi les épreuves de la vie, les souffrances, les maladies, les tentations de toutes sortes, les combats, les persécutions… Certes, il essaye comme il peut de construire un monde plus juste, plus humain, plus fraternel comme beaucoup d’hommes et de femmes de bonne volonté. Mais lorsqu’il a fait tout son possible et que la souffrance se présente à lui sans nul moyen de la combattre, alors il peut se tourner de tout cœur vers le Christ et compter sur Lui. « Le Seigneur est mon Berger. Je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer… Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure » (Ps 23(22),1-4)[1]. Telle est la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Le disciple de Jésus qui connaît l’épreuve découvrira ainsi par lui-même, en le vivant, qu’il n’est pas seul au milieu de tous ses combats. Son cœur sera envers et contre tout rempli d’une Paix, d’un Silence, d’un Repos qui, déjà ici-bas, fera toute sa joie (Col 3,15)… Ainsi nos Croix sont dorénavant inséparables de Celui qui est Lumière et qui a voulu les remplir de sa Lumière. D’une manière ou d’une autre, elles sont maintenant avec Lui et grâce à Lui des « Croix Glorieuses »… Certes, la souffrance demeure, mais la Gloire du Christ Ressuscité la transfigure et la remplit déjà d’un Bonheur qui n’est pas de ce monde. Ste Thérèse de Lisieux, qui n’a jamais cultivé la souffrance pour elle-même (elle est un mal !)[2] disait : « Il n’y a pas de plus pur bonheur qu’aimer en souffrant »… Elle vivait cette Présence du Christ, son soutien, qui lui permettait de tenir bon dans l’épreuve, ce qu’elle n’aurait jamais pu faire par elle-même si elle avait été laissée à ses propres forces. « Je n’ai jamais rien pu faire toute seule », disait-elle. « Qu’est-ce que je ferais, qu’est ce que je deviendrais si je m’appuyais sur mes propres forces ? » Le Christ était ainsi à la source de sa patience, de son endurance, de sa constance. Avec Lui et grâce à Lui, elle pouvait tenir bon. « Je comprends très bien que St Pierre soit tombé. Ce pauvre St Pierre, il s’appuyait sur lui-même au lieu de s’appuyer uniquement sur la force du Bon Dieu »…
            Nous voyons à quel point St Jean a comme résumé toute la vie chrétienne en une seule phrase : « Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans la souffrance, la royauté et la constance en Jésus » (Ap 1,9). Comme tous les autres chrétiens de son époque, et peut-être plus qu’eux puisqu’il avait été déporté par les Romains sur l’île de Patmos en raison de sa foi, il a connu « la souffrance ». Mais par sa foi et dans la foi, il a laissé le Christ Ressuscité s’unir à lui dans la Communion d’un même Esprit. Le Christ a pu alors exercer en sa faveur le Mystère de sa « Royauté ». Sa Présence dans cette persécution est devenue Règne de sa Grâce, de sa Force et de sa Paix, et donc aussi Source de « constance », de « persévérance » (Ap 1,9 ; 2,2.3.19 ; 3,10 ; 13,10 ; 14,12)…

                                                                            D. Jacques Fournier      

 

[1] La TOB traduit ainsi le verset 4 : « Même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton, ton appui, voilà qui me rassure ».

Et la Bible de Jérusalem a : « Passerais-je un ravin de ténèbre, je ne crains aucun mal car tu es près de moi ; ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent »…

  

[2] « Ce n’est pas la souffrance qui sauve le monde, c’est l’amour. Le Christ veut être uni à tous les hommes et il est uni d’une façon particulière à ceux qui souffrent. L’amour sans la souffrance peut se rencontrer, mais la souffrance sans l’amour n’a pas de sens ». Jean Paul II.




L’adresse du Livre de l’Apocalypse (Ap 1,4-8)

               Jean, aux sept Églises d’Asie. Grâce et paix vous soient données par  Il est, Il était et Il vient , par les sept Esprits présents devant son trône, et par Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre. Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père : à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen. Voici, il vient avec les nuées; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. Oui, Amen! Voici, il vient avec les nuées; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. Oui, Amen !

 7 églises de l'apocalypseJean s’adresse donc « aux sept Eglises d’Asie » qui seront énumérées par la suite : Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée. Il est possible de repérer ces villes sur les cartes que nous trouvons à la fin de nos Bibles.

L’Asie Mineure, l’actuelle Turquie, est essentiellement concernée, mais avec le choix de ce chiffre sept, symbole de perfection, c’est toute l’Eglise, l’Eglise Universelle, qui est visée…

            Avec « grâce » et « paix », Jean fait allusion aux salutations habituelles des Grecs et des Juifs. A l’époque, depuis l’invasion de tout le bassin méditerranéen par le grec Alexandre le Grand (4° siècle avant JC), le monde connu se partageait entre « les Juifs » et ceux qui avaient été marqués par la culture grecque, « les Grecs ». Parler de Juifs et de Grecs revient donc à évoquer le monde entier… Et c’est ce que Jean fait ici, avec une allusion au salut grec « Khaïré » par un mot très proche, « kharis, grâce », et au salut Juif, « Shalom, paix ! ». Tout homme est ainsi invité à recevoir gratuitement du Christ Sauveur cette « grâce » qui est « paix » (Jn 14,27). Avec Lui et par Lui, « la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s’est manifestée » (Tt 2,11), pour que « la paix du Christ règne dans nos cœurs » (Col 3,15). Telle est « la Bonne Nouvelle de la Paix » (Ep 6,15). Alors, « à vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ » (Rm 1,7 ; 5,1 ; 15,33 ; 16,20 ; 1Co 1,3 ; 2Co 1,2 ; 13,11 ; Ga 1,3)…

            Et de fait, cette Paix est donnée ici en premier lieu par Celui qui est Source de tout et qui est nommé « Il est, il était et il vient ». Jean fait ici allusion au Nom divin révélé à Moïse en Ex 3,13-15 : « Je suis qui je suis » ou « Je suis ». Or, en hébreu, la langue de l’Ancien Testament, cette forme verbale du verbe être peut très bien se traduire, selon le contexte, par un présent, un imparfait ou un futur[1], c’est-à-dire par « je suis », « j’étais » ou « je serai »… Avec « Il est, il était et il vient », Jean reprend ces possibilités à la troisième personne du singulier, en changeant la dernière. Celui qui sera, c’est Celui qui vient avec son Fils et par Lui…

            Et son Fils « Jésus[2] Christ[3], est le Témoin Fidèle » (Ap 1,5) du Père et de la Vérité de ce Mystère de Communion qu’il vit avec Lui et qu’il est venu nous proposer. Et il est aussi « le Premier Né d’entre les morts » (Col 1,15-20), par sa Résurrection qui inaugure la résurrection à venir de tous ceux et celles qui auront cru en Lui. Il sera alors « l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29), Lui qui « ne rougit pas de nous appeler ses frères » (Hb 2,11 ; Mt 12,48-49 ; 25,40 ; 28,10 ; Jn 20,17). Il est enfin « le Prince des rois de la terre », « le très haut parmi les rois de la terre » (Ps 89(88),27-30), notamment par sa Résurrection et son Ascension au plus haut des Cieux, quand le Père lui a donné « le Nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au Nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,9‑11 ; Ep 1,18-23)…

 

            ESTE TRINITEn Ap 1,4-5, Jean évoque donc le Père, « Il est, Il était et Il vient », le Fils, « Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre », et aussi l’Esprit Saint avec « les sept Esprits présents devant son trône ». Le chiffre sept évoque à nouveau la Plénitude, ici celle de l’Esprit Troisième Personne de la Trinité… Comme nous le disons dans notre Crédo : « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire »… Et notons la place où il intervient en Ap 1,4-5 : entre le Père et le Fils… Il est en effet l’Amour qui unit le Père au Fils, Celui par qui le Père donne tout à son Fils, Celui par qui le Fils reçoit tout du Père… Et il en sera de même pour nous tous, si nous l’acceptons. C’est l’Esprit Saint, Troisième Personne de la Trinité, qui, par notre foi au Fils, nous communique en effet tous les dons que le Père veut nous transmettre, et ces dons ne seront que participation à la Plénitude que le Fils reçoit de toute éternité de son Père par ce même Esprit. Jésus dit ainsi à son sujet : « (L’Esprit Saint) recevra de ce qui est à moi, et il vous le communiquera » (Jn 16,14). Comme le Fils, c’est donc par l’Esprit Saint que nous sommes engendrés à la vie nouvelle et éternelle en fils et filles de Dieu… Et c’est toujours ce même Esprit qui nous transmet les charismes que nous serons ensuite invités à mettre au service de nos frères (1Co 12,11)… L’Esprit Saint est ainsi Celui par qui nous recevons tout du Père. Et ces donc reçus nous établissent en communion d’Etre et de Vie avec le Père, avec le Fils, avec tous ceux et celles qui mettent leur foi dans le Fils, mais aussi avec tous les hommes de bonne volonté qui, en suivant des chemins de vérité et de justice, ouvrent leur cœur à Celui-là seul qui est Vérité (Jn 14,6 ; 14,17a ; 17,3) et Justice…

 

            Toute l’œuvre du Christ est ensuite résumée en quelques lignes… « Il nous aime »… On peut noter le présent, un présent éternel qu’il nous est déjà possible d’accueillir dès aujourd’hui dans le présent et l’invisible de la foi. Et ce présent est participation à l’éternel présent de cet Amour que le Père vit avec son Fils : « Le Père aime le Fils » (Jn 3,35 ; 5,20)… Et le Fils répond à l’Amour du Père par l’Amour : « Il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que j’agis conformément à ce que le Père m’a prescrit » (Jn 14,31). Or, qu’est-ce que le Père lui a prescrit, quelle est sa volonté ? Manifester l’Amour de Dieu jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie, pour que le monde le reconnaisse, l’accepte et puisse se détourner, avec Lui et grâce à Lui, de ce mal qui le détruit… Le Père a ainsi envoyé son Fils dans le monde avec comme but ultime : que le monde soit sauvé… « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ». Ainsi, « je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné » (Jn 3,16-17 ; 6,38-39)… Et le Fils a accompli (Jn 19,30) ce Salut du monde en s’offrant Lui-même jusqu’au bout, ne cessant de répondre à tout le mal qu’on lui faisait par de l’amour… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34)… « C’est pour vous », dira St Pierre, vous qui avez contribué à sa mort d’une manière ou d’une autre, « que Dieu a ressuscité son Serviteur et l’a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,26). Ainsi le Fils, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13,1), « jusqu’à l’extrême de l’amour », précise en note la Bible de Jérusalem, en vivant sa Passion, sa mort et sa résurrection pour chacun d’entre nous. « Il nous a ainsi aimés » (Jn 13,34 ; 15,9 ; 15,12) en nous révélant l’Amour du Père et en prenant sur Lui toutes les conséquences de nos fautes pour que nous puissions avoir part à sa Vie et à sa Gloire, ce dont nous étions justement privés par suite de nos fautes (Rm 3,23 ; 6,23 ; Ep 2,4-10). Par amour, il a donné sa vie pour chacun d’entre nous (Jn 15,13) en prenant sur lui nos infirmités (Mt 8,17) et en portant sur le bois de la Croix les conséquences de nos fautes (1P 2,21-25). Lui qui n’avait jamais péché (Jn 8,46), il est ainsi devenu « péché pour nous afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (1Co 5,21)… Grâce à son offrande, si nous l’acceptons, « nous sommes lavés de nos péchés par son sang » (Ap 1,5) qui « purifie notre conscience de toutes les œuvres mortes que nous aurions pu accomplir » (Hb 9,14). C’est ainsi que le Christ nous a aimés… Ressuscité, il continue de nous aimer en intercédant pour nous auprès du Père (1Jn 2,1-2) et en actualisant jour après jour les fruits de sa Passion et de sa Résurrection dans nos vies par le don de l’Esprit. Avec Lui et par Lui, Il vient se proposer à tout homme de bonne volonté, pour s’unir à lui et le soutenir dans sa vie. Et cela se vérifie tout spécialement dans l’épreuve et la souffrance, fussent-elles les conséquences de nos péchés. Inlassablement, l’Agneau de Dieu se proposera pour prendre sur Lui sa brebis perdue (Lc 15,4-7 ; Jn 14,1-3), pour enlever son péché (Jn 1,29) par l’œuvre purificatrice de l’Esprit (1Co 6,9-11), pour porter avec elle sa souffrance et la remplir ainsi de la Lumière et de la Force de sa Présence. Mais accueillir cette Présence compatissante du Christ ne peut qu’être au même moment synonyme de renoncement à tout ce qui peut s’opposer à sa Lumière, à sa Vérité et à son universelle Bienveillance…

 paix

            « Il a fait de nous une Royauté de Prêtres » (Ap 1,6). Le Christ Lui-même est Roi (Jn 18,37 ; Mt 21,5 ; 25,31-40 ; 1Co 15,22-28) par l’Esprit qui l’habite en Plénitude, un Esprit de Lumière qui brille dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pu saisir (Jn 1,4-5), un Esprit de Paix qui désire régner au cœur de tout homme pour faire de Lui un artisan de Paix (Col 3,15 ; Mt 5,9), un Esprit d’Amour et de Vie qui se révèle plus fort que le mal et la mort (Ps 117(116) ; Rm 5,15-21). En se faisant homme, il a voulu s’unir à nos ténèbres pour régner en elles et nous donner ainsi de pouvoir bénéficier de sa Lumière et de sa Vie. Lui qui n’avait jamais commis de faute, il a voulu assumer notre nature humaine blessée par le péché, ce que St Paul appelle notre « condition d’esclave » (Ph 2,6-11), pour régner en elle et nous permettre de partager ainsi sa Liberté (Jn 8,31‑36 ; Ga 5,1), sa Gloire (Rm 3,23 ; Jn 17,22-23) sa Plénitude (Jr 2,5 (TOB) ; Col 2,9-10), et sa Joie (Jn 15,11)… C’est donc par cette union de Miséricorde avec nous qu’il élève ceux et celles qui acceptent de le recevoir (Lc 1,52), et qu’il les fait asseoir sur son Trône de Lumière (Lc 22,28-30 ; 2Tm 2,12)…

Il leur donne ainsi de participer à sa Royauté et à son Sacerdoce, les deux n’étant que l’expression de son Amour. « Je vous exhorte, frères, par la miséricorde de Dieu », écrivait St Paul aux chrétiens de Rome, « à vous offrir vous‑mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Rm 12,1). Cette aventure sera possible grâce à l’action de l’Esprit Saint qu’ils ont reçu au jour de leur baptême. C’est Lui qui, petit à petit, fera mourir en eux le mal qui les habite (Rm 8,13) et leur permettra de faire le bien (Ga 5,16 ; 5,22-25). Il leur donnera de se donner, comme le Christ, au service de leurs frères et sœurs en humanité… « La mort du Christ fut en effet une mort au péché, une fois pour toutes », et maintenant, Ressuscité, « sa vie est une vie à Dieu » (Rm 6,10). Or tous les croyants ont été unis à la mort et à la Résurrection du Christ par leur baptême (Rm 6,1-11). Tout leur travail consistera donc à laisser l’Esprit du Christ les associer à cette mort au péché que le Christ a vécu « une fois pour toutes » et pour nous tous, afin que notre vie soit comme la sienne, une vie pour Dieu et pour nos frères. « Ainsi, vous de mêmes », écrit encore St Paul, « considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu dans le Christ Jésus » (Rm 6,11). Et encore : « L’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts », sous entendu, au péché. « Et il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus égoïstement pour eux‑mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2Co 5,14-15). En vivant pour le Christ, ils vivront alors pour le Père et pour tous leurs frères les hommes, car la volonté du Père est notre salut à tous… Voilà ce qu’affirme ici le Livre de l’Apocalypse : grâce à son Amour de Miséricorde, en nous lavant de toutes nos fautes par son sang, le Christ a fait de nous, et continue de faire de chacun d’entre nous, « une Royauté de Prêtres pour Dieu son Père » (2Co 5,16-21). Ainsi, en laissant le Christ accomplir en eux son œuvre de mort au péché et de communication de la Vie nouvelle et éternelle, les chrétiens s’offrent en fait à l’action de l’Esprit Saint. Ils reçoivent alors des dons, des grâces, des charismes qu’ils sont invités à mettre en œuvre au service de leurs frères, pour que le projet d’amour de Dieu sur chacun d’entre nous s’accomplisse le plus pleinement possible. En s’offrant eux-mêmes à l’Esprit, ils contribuent ainsi, grâce à la Force de ce même Esprit, au retour et à l’offrande à Dieu de la création tout entière (Rm 8,18‑22). « Prêtres, unis au Christ Prêtre » grâce à son Amour de Miséricorde, « ils offriront à Dieu l’univers entier en sacrifice de louange » (Note de la Bible de Jérusalem pour « Royauté de Prêtres ») … Ils rendront grâces pour tant de grâces reçues, et ils oseront laisser éclater leur joie… « A lui la Gloire et la Puissance pour les siècles des siècles ! »

L’auteur termine enfin avec une allusion au retour du Christ (cf. Lc 21,27), soit au dernier jour du monde, soit à notre dernier jour à tous. « Chacun alors le verra, même ceux qui l’ont transpercé » (Ap 1,7 ; Jn 19,37). L’allusion à la Passion est claire, mais elle déborde aussi le seul événement historique. Le Christ est toujours persécuté dans les chrétiens qui souffrent en raison de leur foi (Ac 9,1-6), et nous tous, de par notre péché, nous participons, d’une manière ou d’une autre, au mystère de son rejet, de sa mise à l’écart et de sa mort au monde… Alors, « sur lui se lamenteront toutes les races de la terre » (Za 12,10)… La vision est encore universelle : toute la famille humaine est concernée, tous les hommes et toutes les femmes « de toute race, langue, peuple et nation »[4] que le Christ « a racheté au prix de son sang » (Ap 5,9-10 ; 7,9-10). Et cette notion de « lamentation », première étape de la conversion, ouvre à l’espérance de l’accueil du salut par cette multitude que Dieu n’a jamais cessé d’aimer, un salut « qui est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau » (Ap 7,10)… D’ailleurs, juste avant cette « lamentation » sur « celui qu’ils ont transpercé », Dieu promet, dans le Livre de Zacharie, d’envoyer l’Esprit : « Je répandrai sur la Maison de David et sur Jérusalem un Esprit de grâce et de supplication » (BJ), « un Esprit de bonne volonté et de supplication », traduit la TOB qui précise en note : « Transformation intérieure qui place l’homme dans une attitude de confiance et d’ouverture à Dieu »… « La lamentation » sur « celui qu’ils ont transpercé » apparaît alors comme le fruit de l’œuvre de l’Esprit dans le cœur des pécheurs… L’Esprit, en nous révélant notre misère, nous pousse ainsi à demander à Dieu ce qu’il veut nous donner : le salut…

Le Père, aujourd’hui encore, continue donc, par son Fils Ressuscité et par l’Esprit, de chercher toutes les brebis perdues de ce monde jusqu’à ce qu’il les retrouve (Lc 15,4‑7). « Je me tiens à la porte et je frappe : si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Ap 3,20)… « Zachée », et nous tous avec lui, « descend vite » dans la vérité de ta vie blessée, « car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi » (Lc 19,1-10), pour te guérir et connaître la joie de te voir tel que j’ai voulu que tu sois de toute éternité : « à l’image du Fils » (Rm 8,28-30), rempli de sa vie (Jn 10,10), de sa Lumière (Jn 12,46 ; 8,12), de sa Gloire (Jn 17,22-23) …

Dès que cette porte du cœur commence à s’ouvrir, à consentir à la Présence de Celui qui ne cesse de venir à notre rencontre, l’Esprit manifeste aussitôt l’intensité de l’Amour et de la Miséricorde du Père, il enveloppe de sa Tendresse le fils prodigue (Lc 15,20), et laisse éclater la joie des retrouvailles. Sur cette misère acceptée et offerte, « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils », le Père pourra verser en surabondance l’Eau Vive de l’Esprit qui lave, purifie, vivifie… C’est ce qu’évoque Zacharie après la « lamentation » rencontrée précédemment : « En ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem, pour laver péché et souillure » (Za 13,1). « Le péché » et « la souillure », qui avaient provoqué, en les reconnaissant, cette « lamentation », sont vite lavés par cette « fontaine ouverte »…

Cette prophétie de Zacharie s’est pleinement accomplie, non seulement pour « la maison de David et les habitants de Jérusalem », mais encore pour « toutes les tribus de la terre ». Du côté transpercé du Christ crucifié ont en effet jailli des Fleuves d’Eau Vive en signe de cette grâce donnée en surabondance aux pécheurs (Jn 19,33-35 ; 7,37‑39 ; Rm 5,20).

 

« « Je suis plein d’allégresse dans le Seigneur,

mon âme exulte en mon Dieu,

car il m’a revêtu des vêtements de salut,

il m’a drapé dans un manteau de justice,

comme l’époux qui se coiffe d’un diadème,

comme la fiancée qui se pare de ses bijoux ». 

Alors, Jérusalem, ta justice jaillira comme une clarté,

et ton salut comme une torche allumée. 

Alors les nations verront ta justice,

et tous les rois ta gloire.

Alors on t’appellera d’un nom nouveau

que la bouche du Seigneur dictera. 

Tu seras une couronne de splendeur dans la main du Seigneur,

un turban royal dans la main de ton Dieu, » 

(« une Royauté de Prêtres pour ton Dieu et Père »)…

« Comme un jeune homme épouse une vierge,

ton bâtisseur t’épousera.

Et c’est la joie de l’époux au sujet de l’épouse

que ton Dieu éprouvera à ton sujet »…             

 

                                                                                  (Is 61,10-62,5 ; Ap 1,6)

 

 

        fils prodigue  Souvenons-nous du Fils prodigue… Dès qu’il commence à dire à son Père ce qu’il n’avait cessé de répéter tout le long du chemin du retour,  « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi », le Père le coupe et ne lui laisse pas le temps de dire la suite : « Je ne mérite pas d’être appelé ton Fils, traite-moi comme l’un de tes serviteurs ». Il n’est pas question qu’il ne le regarde plus comme son fils ! Il est son fils, désiré et attendu depuis toujours et pour toujours ! Aussi, dit-il à ses serviteurs, « Vite, apportez la plus belle robe et revêtez l’en »… Si cette robe est « la plus belle » que Dieu possède, elle ne peut qu’être la sienne, une robe de Splendeur, de Majesté et de Gloire… Tel est « le vêtement de salut » : « le manteau de justice » et « le diadème » qui évoque la participation à la Justice et à la Royauté mêmes de Dieu… Le résultat sera « clarté », « gloire » par le don de « l’Esprit de gloire » (1P 4,14), création « nouvelle » car renouvelée par le Don de l’Esprit (2Co 5,17-18 ; Tt 2,4-7), et enfin joie, « joie de l’Esprit » (1Th 1,6), joie des sauvés qui ont reçu l’Esprit (1Th 4,8) et joie de Dieu à qui appartient la Plénitude de l’Esprit (Jn 4,24 ; Ep 3,18 ; 5,18 ; Col 2,9-10)…

            Alors, « Oui, Amen ! », un mot qui, en hébreu, signifie : « C’est vrai, c’est du solide, on peut faire confiance », comme l’écrit St Paul en 1Tm 1,12-17 : « Elle est sûre cette parole » (BJ), « elle est digne de confiance » (TOB), « elle mérite d’être pleinement accueillie par tous » (TOB), « elle est digne d’une entière créance » (BJ) : « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier » ». Alors, « Oui, Amen ! », que cette Parole déjà accomplie dans le cœur de Dieu (Ps 103(102),1-5.10-13), déjà accomplie dans le cours du temps et de l’Histoire par la mort et la résurrection du Christ (Jn 19,30 ; Rm 4,23-25 ; 5,8 ; 8,31-39 ; 1Co 15,3-8 ; Ga 1,3-5 ; 2,19-20 ; Ep 2,4-6 ; 5,1-2 ; 5,25-27 ; Col 1,21-22 ; Tt 2,11‑14), s’accomplisse maintenant en plénitude dans le cœur de tous les hommes… Que tous osent s’ouvrir à cette Miséricorde, à cette Tendresse, à cette Bonté qui ne désire qu’une seule chose : notre Plénitude et notre Vie à tous…

         Et cette déclaration se termine en Ap 1,8 par ce qui ressemble à une signature de Dieu le Père en personne : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, « Il est, Il était et Il vient », le Maître-de-tout ». Nous retrouvons l’expression déjà rencontrée en Ap 1,4. Et Dieu se présente aussi comme « l’Alpha et l’Oméga ». Or, alpha (a) est la première lettre de l’alphabet grec, et oméga (v) la dernière… Dieu est ainsi Celui qui Est au commencement, et Celui qui est à la fin, l’Eternel Présent à ce monde qu’il a créé (Jn 1,4 ; 1,9) en vue de notre naissance à la vie éternelle… Jean reprend ici un titre déjà apparu dans le Livre d’Isaïe : « Qui a agi et accompli ? Celui qui dès le commencement appelle les générations ; moi, le Seigneur, je suis le premier, et avec les derniers je serai encore… Ainsi parle le Seigneur, le roi d’Israël, le Seigneur Tout Puissant, son rédempteur : Je suis le premier et je suis le dernier, à part moi, il n’y a pas de dieu » (Is 41,4 ; 44,6 ; cf. 48,12).

Enfin, « Tout Puissant » (environ 170 fois dans la traduction grecque de l’AT dont 60 dans le seul Livre de Zacharie) renvoie non seulement à la Puissance créatrice du Roi de l’Univers mais aussi à la Toute Puissance de sa Miséricorde (Lc 1,49-50) qu’aucune de nos misères ne peut mettre en échec dans la mesure où nous la lui offrons avec un désir sincère de repentir…              

 alpha omeg                                                                                                D. Jacques Fournier

 

[1] Il suffit pour s’en convaincre de comparer les traductions pour Ex 3,12 (BJ : « Je serai avec toi » ; TOB : « Je suis avec toi »), Ex 3,14 (BJ : « Je suis celui qui est » ; TOB : « Je suis qui je serai ») ; Ex 4,15 (BJ : « Moi, je serai avec ta bouche » ; TOB : « Et moi, je suis avec ta bouche »)…

[2] Lorsque l’Ange Gabriel annonça à Marie qu’elle allait « être enceinte  et enfanter un fils », il lui indiqua le nom qu’il fallait donner à l’enfant : « tu l’appelleras du nom de Jésus » (Lc 1,26-33). « Jésus » (Yéhoshua ou Yeshua en hébreu) signifie « Yah(vé) sauve ». Or Yahvé, dans l’Ancien Testament, est le Nom du Dieu de l’Alliance (Ex 3,13-15, traduction Bible de Jérusalem), Celui qui dans le Nouveau Testament s’est révélé comme étant « Notre Père ». Le nom de « Jésus » renvoie donc au Père en tant qu’Il nous sauve. Avec son Fils et par Lui, Dieu le Père en personne vient sauver tous les hommes, ses enfants…

[3] « Christ » vient du verbe grec « kriô » qui signifie « oindre, enduire » ; « kristos » sera donc « celui qui a reçu l’onction ». Le mot « Messie » a exactement la même signification, mais lui vient de l’hébreu, la langue de l’Ancien Testament. « Massah » signifie « asperger, oindre », et « massiah » ou « messiah », « celui qui a reçu l’onction ». Dans l’Ancien Testament, le roi était « l’Oint du Seigneur » par excellence, celui que Dieu avait « élu » pour gouverner son Peuple. L’onction d’huile lui était appliquée par un homme de Dieu, prophète ou prêtre. Le roi David, par exemple, fut oint par le prophète Samuel (1 Sm 16,1-13). Et sur la base de la promesse faite par Dieu à David en 2Sm 7,16, les Juifs, à l’époque de Jésus, attendaient ce Messie « Fils de David », qui devait, du moins le pensaient-ils, rétablir la royauté en Israël en chassant l’occupant romain (Lc 24,21 ; Ac 1,6). Mais Jésus accomplira toutes ces prophéties en se manifestant par sa Parole, les signes accomplis, sa mort et sa Résurrection, comme le Roi vainqueur du mal et de la mort. Et il désire que nous soyons tous les heureux bénéficiaires de sa victoire…

[4] Nous l’avons noté : quatre termes sont employés. Or « quatre » symbolise l’universalité déjà évoquée par les mots employés : « toute race, langue, peuple et nation »… L’auteur souligne ainsi à quel point « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6).

 

 

     

 

 

 

  

 




Le prologue du Livre de l’Apocalypse (Ap 1,1-3)

    « Révélation de Jésus Christ : Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt; Il envoya son Ange pour la faire connaître à Jean son serviteur, lequel a attesté la Parole de Dieu et le témoignage de Jésus Christ : toutes ses visions. Heureux le lecteur et les auditeurs de ces paroles prophétiques s’ils en retiennent le contenu, car le Temps est proche ! »

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            Dès le premier verset, Dieu le Père apparaît comme celui qui révèle son Fils en lui donnant de se manifester aux « serviteurs » qu’il a choisis. La « révélation de Jésus Christ » est donc toute à la fois une Révélation qui vient par le Christ et qui porte sur son Mystère. Les « serviteurs » seront ainsi avant tout « les témoins » de ce qu’ils auront perçu du Mystère du Christ (Lc 24,44-48 ; Ac 1,21‑22 ; 26,12-18 ; 22,12-15).

            L’expression grecque « en takhei » traduite par « bientôt » dans nos Bibles n’apparaît que deux fois dans le Livre de l’Apocalypse : ici, au tout début (1,1), et à la fin en 22,6. Comparons ces deux passages :

 

Ap 1,1-3 : Révélation de Jésus Christ :

            Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt.

            Il la fit connaître

                        en envoyant son ange à Jean son serviteur,

                        lequel a attesté comme Parole de Dieu et témoignage de Jésus Christ

                                   tout ce qu’il a vu.

            Heureux celui qui lit, et ceux qui écoutent les paroles de la prophétie

                        et gardent ce qui s’y trouve écrit,

            car le temps est proche.

 

Ap 22,6-8a.10 : Ces paroles sont certaines et véridiques ;

            le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes, a envoyé son ange,

            pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. 

            Voici, je viens bientôt.

            Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre. 

            Moi, Jean, j’ai entendu et j’ai vu cela…

            Ne garde pas secrètes les paroles prophétiques de ce livre,

                        car le temps est proche.

 

            Les ressemblances sont donc nombreuses. Nous avons là ce que l’on appelle « une inclusion » au sens où tout le Livre de l’Apocalypse est « inclus » entre ces deux passages quasiment identiques. Cette simple remarque permet déjà de répondre à la question : mais qu’est-ce qui doit arriver bientôt ? Tout simplement ce qui se trouve entre ces deux passages, c’est-à-dire Celui qui est au centre de la Révélation transmise par le Livre de l’Apocalypse, « Jésus Christ et son Mystère ». Et de fait, le verset 22,7 donne une réponse semblable : « Je viens bientôt », une affirmation reprise par trois fois en cette fin de l’ouvrage (Ap 22,12 ; 22,20 ; cf. 3,11 ; 2,25). Le retour du Christ est donc tout proche, voilà ce qui doit arriver bientôt… « Bientôt », au Jour que Dieu seul connaît en ce qui concerne la fin du monde (Ac 1,7 ; Mt 24,36), « bientôt », au jour de la mort de chacun d’entre nous, et nul ne sait ni le jour ni l’heure, demain peut-être ?

 IlEsprit Saint y a donc urgence à se convertir, c’est-à-dire à se tourner de tout cœur vers le Christ, ce Christ qui est notre à-venir à tous par-delà notre mort. Mais sa rencontre n’est pas réservée au seul « au-delà ». Bien que nous ne puissions le voir avec nos yeux de chair, Il est là, Présent à notre vie (Mt 28,20), frappant à la porte de notre cœur (Ap 3,20) par sa Parole que l’Esprit Saint ne cesse de nous dire et de nous redire à sa façon à Lui (Jn 15,26 ; 3,8)… Telle est aujourd’hui encore « la voix du Christ » (Jn 5,25), mystérieuse, insaisissable, indescriptible mais synonyme pour celui qui l’accueille de Vie, de Lumière, de Bonheur et de Paix… Alors, « heureux es-tu Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 16,17), par l’action de l’Esprit Saint, source de joie (1Th 1,5-6). « Puis, se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu ! » (Mt 16,17 ; Lc 10,23-24). Et « heureux le lecteur et les auditeurs de ces paroles prophétiques s’ils en retiennent le contenu, car le Temps est proche ! »… Il vient bientôt, Celui qui est déjà là, offert en Mystère de Communion par le don de sa Vie (1Jn 1,1-4 ; 1Co 6,17 ; 1Th 5,9-10). Tel est ce Royaume « tout proche » (Mt 3,2 ; 4,17 ; 10,7) qui se propose à notre foi, un Royaume qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), Mystère de Communion (2Co 13,13) et de Vie (Ga 5,25 ; Jn 6,63 (TOB)) qui vient soutenir notre espérance (Rm 15,13). « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai, mais pour ce qui est d’être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur cette terre » (Ste Thérèse de Lisieux). « C’est si bon cette Présence de Dieu ! C’est là, tout au fond, dans le Ciel de mon âme que j’aime le trouver puisqu’il ne me quitte jamais… Et vous êtes vous-mêmes la retraite où il s’abrite, la demeure où il se cache… Pensez à ce Dieu qui habite en vous, dont vous êtes le Temple (1Co 3,16-17 ; 6,19 ; Jn 14,23). C’est Saint Paul qui parle ainsi, nous pouvons le croire. Petit à petit, l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie, elle comprend qu’elle porte en elle un petit ciel où le Dieu d’Amour a fixé son séjour. Alors, c’est comme une atmosphère divine en laquelle elle respire… Ah ! Je voudrais pouvoir dire à toutes les âmes quelles sources de force, de paix et aussi de bonheur, elles trouveraient si elles consentaient à vivre en cette intimité  » (Ste Elisabeth de la Trinité)…Tel est ce « trésor » caché au plus profond de nos cœurs et qui n’est comparable à aucune richesse de cette terre (Mt 13,44-46 ; Sg 7,7-14). Celui ou celle qui le découvre ne peut qu’être profondément « heureux »… Ce mot revient sept fois dans le Livre de l’Apocalypse en signe de Plénitude (Ap 1,3 ; 14,13 ; 16,15 ; 19,9 ; 20,6; 22,7 ; 22,14). Et pourtant, il a été écrit dans un contexte de persécutions et donc de souffrances ! Mais telle est « la Bonne Nouvelle » par excellence : le Christ vient régner au cœur de nos épreuves. Nos croix sont habitées par sa Lumière. « Heureux ceux qui pleurent »… « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5,2-12). La persécution ne peut que faire souffrir, pleurer… Mais le soutien réconfortant du Christ ressuscité est source de Consolations… Par amour, Il vient porter avec nous ces fardeaux qui, sans Lui, nous écraseraient (Mt 11,28-30). Et alors même que nous peinons sur les chemins de la vie, Christ est envers et contre tout joie pour celui qui l’accueille. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos détresses » (2Co 1,3)… Et la Bible de Jérusalem écrit en note : « Cette consolation consiste essentiellement dans la fin de l’épreuve et dans le début d’une ère de paix et de joie » (cf. 1Jn 2,8). « Mais, dans le Nouveau Testament, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance »… Et  « Paul insiste constamment sur la présence de réalités antagonistes, voire contradictoires, dans le Christ, l’apôtre et le chrétien : souffrance et consolation, mort et vie, pauvreté et richesse, faiblesse et force. C’est le mystère pascal, la présence du Christ ressuscité au milieu du monde ancien de péché et de mort ».

             Le Père a ainsi envoyé son Fils dans le monde pour nous annoncer cette Bonne Nouvelle de sa Présence inconditionnelle à nos côtés, continuellement offerte pour notre seul bien… A ce titre, le Fils a été « le messager » du Père, Celui qui nous a transmis « les Paroles » de son Père (Jn 17,8 ; 12,50 ; 8,26 ; 15,15). Or, le mot « angélos, ange » signifie en grec « messager ». C’est pour cela que la Bible de Jérusalem écrit en note pour Ap 1,1 : « L’Ange représente probablement le Christ Lui‑même ». Envoyé par le Père, il est venu révéler à « Jean son serviteur » « qui » Il Est grâce à son Père qui l’engendre de toute éternité, et « quelle » est cette œuvre du Père qu’il est venu accomplir dans le cœur et la vie de ceux et celles qui accepteront de l’accueillir. Le Père veut en effet de tout son Etre que tous les hommes soient sauvés (1Tm 2,3-7) et reçoivent par son Fils et par l’action de l’Esprit Saint, le don de sa Vie éternelle (Jn 17,1-3)…

             Jean témoignera alors tout simplement de ce qu’il a vu et entendu, et notamment que « le témoignage de Jésus Christ » est « Parole de Dieu ». La Parole du Christ naît en effet de l’action de Dieu dans sa vie. Elle est témoignage rendu à cette action du Père de qui il reçoit tout, son être et sa vie (Jn 5,26), et sans qui il ne peut rien (Jn 5,19-20.30). Aussi, Jésus ne cesse-t-il de se tourner de tout cœur vers le Père (Jn 1,18) qui est toujours avec Lui (Jn 8,29), uni à Lui dans la communion d’un même Esprit (Jn 10,30), et le Père Lui montre tout ce qu’il fait. « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5,8). Le Fils, vrai Dieu et vrai homme, a un cœur parfaitement pur, et c’est par ce regard du cœur, dans la foi, qu’il voit (Jn 5,19-20 ; 3,31‑32 ; 6,46 ; 8,38) et entend le Père (Jn 5,30 avec note BJ ; 8,26 ; 15,15). Ensuite, il ne fait que témoigner de ce qu’il a vécu, vu et entendu auprès de son Père (Jn 3,31-36 ; 8,14.18 ; 18,37). Et c’est par ce témoignage que le Fils désire nous entraîner dans le mystère de sa relation avec son Père : que nous puissions nous aussi recevoir du Père ce que lui‑même reçoit, que nous puissions vivre nous aussi par Lui, avec Lui et comme Lui en communion avec le Père (Jean 6,57 ; 15,9-11 ; 17,20‑23)… Le Christ était ainsi le premier à vivre le Mystère de ce Royaume des Cieux qu’il n’a cessé d’annoncer. Il fut le « témoin fidèle » (Ap 1,5 ; 3,14) de la Présence du Père au cœur de sa Vie dans un Mystère de Communion qui est justement le Mystère du Royaume…

                                                                                                               D. Jacques Fournier

     

 

 

 

  

 




Comment Dieu communique-t-il ?

Le Père « communique » par son Fils éternel, Lui que nous appelons « le Verbe fait chair » (Jn 1,14) lorsque nous évoquons son Incarnation. Et c’est en tant que Fils qu’il est Parole éternelle du Père. En effet, le Père ne cesse de lui dire : « Tu es mon Fils bien aimé » (Mc 1,11 ; 9,7), autrement dit « je t’aime »… Mais « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16) et c’est parce qu’Il Est Amour qu’il est éternellement Don gratuit de Lui-même, Don gratuit de ce qu’Il Est en Lui-même… Cette réalité est évoquée dans la Bible par l’image de la Source d’Eau Vive (Jr 2,13 ; 17,13 ; Ps 42-43…), du Soleil (Ps 84,12 (TOB) ; Mt 5,43), de la pluie (Is 55,10-11 ; Mt 5,43), etc… Autrement dit, le Père Amour ne cesse de donner au Fils, et cela de toute éternité, tout ce qu’Il Est en Lui-même, lui donnant ainsi d’Être ce que Lui, le Père, Il Est de toute éternité : « Le Père aime le Fils et il a tout donné (« et il donne tout » ; parfait grec) en sa main » (Jn 3,35). Le Fils est alors cet Unique Engendré (Jn 1,14.18), fruit éternel de l’amour du Père en acte… C’est à ce titre qu’il est tout entier « Parole de Dieu », Parole du Père, qui, en acte, ne cesse de lui dire « je t’aime » en se donnant tout entier à lui… Bien distinct du Père, le Fils est alors « né du Père avant tous les siècles, engendré non pas créé, de même nature que le Père, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo).

Or toute la mission de Jésus consiste à nous révéler le projet de Dieu sur nous. Et nous avons tous été créés gratuitement, par amour, par le Don du Souffle de Dieu qui, en nous, est à l’origine de notre vie (Gn 2,4b-7), et cela « pour reproduire l’image du Fils » (Rm 8,29). Autrement dit, nous sommes tous appelés à recevoir nous aussi, gratuitement, par amour, ce Don que le Père ne cesse de faire au Fils, ce Don par lequel le Père l’engendre en Fils, ce Don qui est l’expression même de son « Je t’aime » éternel… Mais alors… si nous acceptons de le recevoir, gratuitement, et cela sans aucun mérite de notre part, ce serait plutôt le contraire (…), ce Don va lui aussi faire en nous ce qu’il fait dans le Fils de toute éternité : nous engendrer en fils, à l’image du Fils, en nous donnant de participer nous aussi, selon notre condition de créatures, à la Plénitude de cette nature divine qui est celle du Fils, en tant qu’il la reçoit lui aussi du Père depuis toujours et pour toujours… Voilà pourquoi le Fils est tout entier « Parole » pour nous, puisque nous sommes tous appelés, tel est le projet de Dieu, à être un jour, pleinement, ce qu’Il Est Lui-même ! Mais bien sûr en tant que personnes humaines créées, Lui étant une Personne divine non créée, engendrée par le Père depuis toujours et pour toujours, et c’est « par Lui que tout a été fait » (Jn 1,3), nous compris…

Mais ce verbe « communiquer » peut prendre pour Dieu un autre sens… Le Père « communique » avec nous par celui qui est tout entier « Parole » pour nous, et donc « chemin » à suivre en faisant comme Lui : nous tourner de tout cœur vers le Père (« Repentez-vous », première Parole de Jésus en St Marc, 1,15), pour demeurer dans l’Amour du Père, en acceptant d’en être nous aussi les heureux bénéficiaires, comblés par le Don de l’Amour qui accomplira en nous son œuvre : nous engendrer à la Plénitude de la vie divine, en fils à l’image du Fils. « Si vous gardez mes commandements », et « son commandement est vie éternelle », « vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour » (Jn 15,10 ; 12,50). Et c’est là où le verbe « communiquer » a un double sens en Dieu : Dieu « communique », au sens de « donner », par notre foi au Fils qui se traduira alors par un « recevoir ». Mais cette œuvre est cette fois celle de l’Esprit Saint, qui procède du Père et du Fils, autrement dit qui se reçoit de toute éternité du Père et du Fils, comme le Fils se reçoit de toute éternité du Père… La traduction de la TOB pour Jn 16,12-15 est tout particulièrement belle à ce sujet : « Il me glorifiera », dit Jésus de l’Esprit Saint, « l’Esprit de vérité », « car il recevra de ce qui est à moi », et c’est bien ce qu’il fait depuis toujours et pour toujours, « et il vous le communiquera. Tout ce que possède mon Père est à moi », puisque le Père donne tout ce qu’il est, tout ce qu’il a au Fils, l’engendrant ainsi en Fils, « c’est pourquoi j’ai dit qu’il vous communiquera ce qu’il reçoit de moi », et cette fois, Jésus emploie bien un présent pour le verbe « recevoir », qui de fait est éternel : l’Esprit ne cesse de se recevoir (du Père) et du Fils en tant qu’il « procède du Père et du Fils » (Crédo)…

Autrement dit, par l’Esprit Saint qui est « Seigneur et qui donne la vie » (Crédo), « Dieu communique » en nous donnant d’avoir part à ce qu’Il Est en lui‑même… « Dieu est Amour », et donc Don de Lui-même… « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ? Il donne l’Esprit, un Esprit qui est Vie, un Esprit qui vivifie… Et c’est ainsi que nous disons : « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie ».

Voilà comment Dieu ne cesse de nous parler en silence en nous donnant l’Esprit qui est tout à la fois Vie, Paix, Joie douce et discrète… Et le Père n’a qu’une Parole à nous dire, une Parole qui correspond en fait à ce qu’il vit continuellement à notre égard : « Je vous aime ». C’est le résumé de tout ce que Jésus a à nous transmettre de la part du Père : « Le Père Lui-même vous aime » (Jn 16,27). Et il le fait en « témoin », puisque c’est ce qu’il « entend » du Père depuis toujours et pour toujours… Voilà pourquoi il nous dit : « Tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15,15). « Père, les paroles que tu m’as données », « Tu es mon Fils bien-aimé », « je t’aime », « je les leur ai données », « le Père Lui-même vous aime » (Jn 17,8)…

Tout ceci se résume avec Jn 3,34 :

  • Dieu communique par une Parole audible, intelligible: « Celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu » (Jn 3,34 a)…
  • Dieu communique par le Don qu’il ne cesse de faire de Lui-même (« Dieu est Esprit » (Jn 4,24), il donne donc l’Esprit) : … « car il donne l’Esprit sans mesure» (Jn 3,34b), un « Esprit qui est vie » (Ga 5,25), un « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6).

A nous maintenant de nous convertir, de nous repentir, jour après jour, avec le secours et la grâce de Dieu, pour nous tourner de tout cœur vers le Père, comme le Fils l’est de toute éternité (Jn 1,18), et demeurer ainsi avec Lui dans cet Amour du Père qui n’est que Don de Lui-même, un Don par lequel il ne cesse d’engendrer à la vie, à sa Vie… Alors, nous recevrons nous aussi, avec le Fils, ce Don que le Fils reçoit du Père de toute éternité, un Don par lequel le Père l’engendre en Fils, un Don par lequel nous serons engendrés à notre tour en Fils à l’image du Fils… Alors notre vocation sera accomplie, et telle est la vocation de tout homme quel qu’il soit sur cette terre… « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté » (Lc 2,14 ; St Jérôme)… « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance » (Lc 2,14 BJ). « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix pour ses bien-aimés » (Lc 2,14 TOB), car Dieu dans son Amour ne cesse de répandre en surabondance sur le monde tout ce qu’Il Est en Lui-même… « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ? Gratuitement, par amour, il ne cesse de donner l’Esprit, et « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22)… Alors, « paix à tous les hommes de bonne volonté »…

                                                                                                                                            D. Jacques Fournier

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Tous appelés à être sauvés par Dieu de la Colère de Dieu…

Dieu est Amour” écrit par deux fois St Jean (1Jn 4,8.16). “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés” (Jn 15,12), nous demande-t-il. “Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes” (Mt 5,43-45). “Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien“, nous dit St Paul (Rm 12,21). Or l’Ancien Testament nous présente très souvent Dieu comme se mettant en colère face au mal, une colère qui l’amène à répondre au mal par le mal avec parfois beaucoup de violence… Un texte va même jusqu’à nous le montrer prenant du plaisir à détruire ! “Parce que tu n’auras pas obéi à la voix de Yahvé ton Dieu, autant Yahvé avait pris plaisir à vous rendre heureux et à vous multiplier, autant il prendra plaisir à vous perdre et à vous détruire” (Dt 28,63). Et le prophète Ezéchiel nous le montre “allant même jusqu’à leur donner des lois qui n’étaient pas bonnes et des coutumes dont ils ne pouvaient pas vivre, et je les souillai par leurs offrandes, en leur faisant sacrifier tout premier-né, pour les frapper d’horreur, afin qu’ils sachent que je suis Yahvé » (Ez 20,25-26). Nous sommes ici au comble de l’horreur… 

Comment les auteurs de l’Ancien Testament ont-ils pu s’imaginer que Dieu pouvait être ainsi ? Quelle était donc leur compréhension du monde ? Comment percevaient-ils le problème du mal et de ses conséquences, et surtout quels liens établissaient-ils entre le mal et Dieu ? Gerhard Von Rad, dans sa “Théologie de l’Ancien Testament”, a enquêté sur les croyances anciennes du monde oriental, des croyances qui ont influencé la manière dont les auteurs de l’Ancien Testament se représentaient Dieu et sa manière de réagir face au mal… Mais d’étape en étape, leur cheminement s’est affiné… jusqu’à atteindre son sommet: “Dieu est Amour‘, et il n’Est qu’Amour…

Nous commencerons ici par regarder le thème de la Colère de Dieu dans le Livre de l’Exode, en soulignant à quel point Dieu y est perçu de manière “humaine”, et en mettant en lumière quelques belles contradictions… Puis nous regarderons rapidement les colères humaines dans la Bible, pour ensuite faire une rapide synthèse des informations trouvées dans les textes parlant de la Colère de Dieu: ses destinataires, les agents de cette Colère, ses effets, les raisons qui la déclenchent… Puis nous verrons, avec Gerhard Von Rad, comment deux principes simples peuvent nous aider à rendre compte de tout cela… Enfin, nous regarderons, avec de magnifiques textes de l’Ancien Testament lui-même, quelles sont les attitudes et les réactions de Dieu face au mal, autant d’éléments que l’on retrouve, avec une pureté inégalée, dans la vie et les Paroles du Christ…

En regardant cette “Colère de Dieu” bien en face, en l’interprétant à la lumière des clés qui ont présidé à une telle vision de Dieu, nous ne pourrons que constater à quel point c’est bien un seul et même Dieu qui a guidé tout ce cheminement biblique. Certes, il a pris les hommes tels qu’ils étaient, et heureusement, il en fait toujours de même avec nous. Mais avec une infinie patience, de génération en génération, par ses prophètes et dans la prière, sa Lumière, présente dès les tout débuts, a, petit à petit, percé nos ténèbres, illuminé nos intelligences, jusqu’à se révéler, dans toute sa splendeur,avec le Christ, “le Verbe fait chair” (Jn 1,14), “la Lumière du monde” (Jn 8,12), révélation parfaite du Mystère éternel d’un “Dieu Amour“… “Moi et le Père nous sommes un” (Jn 10,30), dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,3), d’une même Lumière (Jn 12,46; 1Jn 1,5)… “Recevez l’Esprit Saint“… C’est en ce Don que nous espérons aujourd’hui pour qu’il nous guide, jour après jour, vers la vérité tout entière… “L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout… Il vous introduira dans la vérité tout entière” (Jn 14,26; 16,13)… A nous maintenant de lui demander sa Présence et son soutien, le plus simplement possible, et de partir à l’aventure dans la recherche de la vérité, en étant, avec Lui, ouvert à tout…

Bonne lecture à vous… 

D. Jacques Fournier

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Sauvés par Dieu de la Colère de Dieu-PDF