Mc 1,14-39 : Les premiers signes de la proximité du Royaume

1 – Mc 1,14-15 : la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu

Jean-Baptiste disparaît de la scène et passe le relais à Jésus qui, de suite, va en Galilée. Cette province était située au nord de la Palestine, et elle était entourée de territoires païens : au nord et à l’ouest, la région de Tyr et de Sidon (l’actuel Liban), au sud‑est, une confédération de dix villes, la Décapole (l’actuelle Jordanie) et au nord-est, la Trachonitide (l’actuelle Syrie). Au Sud se trouvait la Samarie, héritière de l’ancien Royaume israélite du Nord ; avec le temps, les samaritains étaient devenus les « frères ennemis » des habitants de Jérusalem et de sa région (cf Jn 4,9).

Avec une telle position géographique, on comprend que le prophète Isaïe ait appelé la Galilée (mot hébreu qui signifie « district, région ») « le district des nations ». Et pour St Marc comme pour St Matthieu, cette venue de Jésus en Galilée accomplit pleinement, et pour toutes les nations, la prophétie messianique rapportée en Is 8,23b‑9,6 (cf Mt 4,12-17).

Nous pouvons d’ailleurs mieux comprendre ce qu’est « la Bonne Nouvelle » de ce « Royaume de Dieu tout proche » (Mc 1,14) en lisant ce texte du prophète Isaïe. La Galilée, « district des nations », autrefois humilié, va être glorifié car le Fils Unique de Dieu, « le Seigneur de la Gloire » (1Co 2,8), y établira sa demeure en se faisant homme parmi les hommes. Cet enfant naîtra pour nous : il est le grand cadeau que Dieu offre au monde (Is 9,5 ; Jn 6,32-33). Avec Lui, la Lumière du Dieu Lumière (1Jn 1,5) vient nous visiter (Lc 1,76-79) pour nous arracher au pouvoir des ténèbres, du mal, du péché et de la mort (Col 1,13-14 ; Jn 1,4-5, 8,12 et 12,46 ; Ac 26,16-18), nous libérer de son joug (Is 9,3 ; Jn 8,31-36) et nous donner de vivre dès maintenant, dans la foi, un mystère de communion avec Dieu (1Jn 1,1‑4).

Ce Fils appartiendra, par Joseph, son père adoptif, à la lignée de David et il sera Roi, accomplissant ainsi la promesse faite à David par le prophète Nathan (2Sm 7,12‑16) : « Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant toi ; ton trône sera affermi à jamais» Par ce Fils Roi, par ce « Prince de Paix », Dieu mettra en œuvre la Toute Puissance de son Amour pour que sa Paix règne dans les cœurs (Col 3,15 ; Ph 4,4-7). Cette Paix de Dieu accueillie par les hommes de bonne volonté (Lc 2,14) les transformera en « artisans de paix » (Mt 5,9) : soutenus par ce « Dieu-fort », ils lutteront contre toutes formes de guerre, en commençant par leur propre cœur, leur famille, leurs relations professionnelles… Chacun travaillera ainsi, à sa mesure, à ce que disparaissent « les chaussures qui résonnent sur le sol », et les « manteaux roulés dans le sang »… Voilà ce que fera, « dès maintenant et à jamais, l’amour jaloux du Seigneur Sabaoth » (Is 9,6 BJ) : c’est Lui qui nous le promet, et Il fait toujours ce qu’Il dit…

Avec Jésus, Dieu a vraiment accompli toutes ses promesses : « les temps sont accomplis » car le Christ, en mourrant pour nous sur la croix et en ressuscitant des morts a « tout accompli » (Jn 19,28-30) ; du côté de Dieu, tout est fait, tout est déjà donné … D’où l’appel de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à cette Bonne Nouvelle ». A nous maintenant de nous convertir, c’est-à-dire de nous détourner de cœur de tout mal pour nous tourner de cœur vers Dieu. Nous pourrons alors accueillir par la foi et dans la foi sa grâce donnée en surabondance. Il est en effet « un Soleil » qui donne et donne encore « la grâce et la gloire » (Ps 84(83),12). Or, « la gloire » n’est que la manifestation d’une manière ou d’une autre de ce qu’Il Est. Un feu, par exemple, ne peut qu’émettre de la lumière ou de la chaleur. Or, l’image du feu est aussi employée pour évoquer le Mystère de Dieu : « Le Seigneur ton Dieu est un feu dévorant » (Dt 4,24). Pensons au buisson que vit Moïse : « Dieu lui apparut dans une flamme de feu, du milieu d’un buisson. Moïse regarda : le buisson était embrasé mais il ne se consumait pas. Dieu vit qu’il faisait un détour, pour voir » (Ex 3,2-4)… Que voyait Moïse ? Il voyait la lumière qui jaillissait de ce feu, il voyait la Gloire que rayonnait la Présence de Dieu… Pas de Gloire sans Dieu Lui-même : elle est « le rayonnement », « la manifestation », d’une manière ou d’une autre de son Être… Alors, quand le Psaume 84 présente Dieu comme un « Soleil » qui « donne la gloire », puisqu’il n’existe pas de « gloire de Dieu » sans ce que Dieu Est en lui-même, nous voyons déjà que le Psalmiste nous présente Dieu comme se donnant Lui-même. Il donne et ne cesse de donner ce qu’Il Est en Lui-même. Le pécheur, en se détournant de Dieu, se prive de ce Don que Dieu ne cesse de faire de lui-même… « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3,23). Mais s’il répond à l’appel de Celui qui est venu le rejoindre dans ses ténèbres pour lui proposer le pardon de tous ses péchés (Lc 1,76-79 ; 5,20) et l’inviter à se tourner de tout cœur vers la Lumière, il ne pourra que découvrir cette Lumière en l’accueillant… Elle ne vient pas de lui, elle n’est pas avant tout le résultat de ses efforts ni le fruit de ses bonnes actions. Elle est là car « Dieu est un Soleil », il brille, brille, et ne cesse de briller : « Il donne sa gloire » et donc ce qu’Il Est en Lui-même… « Père, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée » (Jn 17,22)… Or « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Saint » (Lv 11,44-45 ; 19,2 ; 20,26 ; 21,8 ; 1P 1,16 ; Is 57,15 ; Ps 99(98),3.5). Donner la gloire, c’est donc donner l’Esprit Saint… « Recevez l’Esprit Saint », dit Jésus à ses disciples. Et encore : « Jésus, debout, s’écria : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui » (Jn 20,22 ; 7,37‑39).

Et Dieu est toujours là, le premier, pour nous aider à nous tourner vers Lui : sa Présence offerte est à la base de notre conversion (Jn 6,65). Il nous invite (Lc 14,15‑24 ; Ap 19,9), Il nous encourage (Jn 16,33 ; Ac 23,11 ; Lc 18,1), Il nous réconforte, Il nous console (2Co 1,3-7 ; Rm 15,5-6 ; 2Th 2,16-17), Il nous attire (Jn 6,44 ; 12,32), Il nous pousse (Lc 2,27), Il nous porte (Lc 15,4-6) de telle sorte que « se convertir » est encore un don de Dieu (Ac 5,30-32 ; 11,18) : il suffit simplement de ne pas lui dire « non », de consentir à sa Présence et à son action, de le laisser faire en nos cœurs et en nos vies ce qu’il désire. En un mot, il s’agit de le « suivre »…

 

2 – Marc 1,16-20 : l’appel des premiers disciples

 St Marc a dans la tête un schéma type « d’appel » qu’il emploie ici par deux fois :

Mc 1,16-18 : l’appel de Simon et André

1 – Comme il passait sur le bord de la mer de Galilée,

2 – il vit Simon et André, le frère de Simon,

qui jetaient l’épervier dans la mer; car c’étaient des pêcheurs.

3 – Et Jésus leur dit :

«Venez à ma suite et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes.»

4 – Et aussitôt, laissant les filets,

5 – ils le suivirent.

Mc 1,19-20 : l’appel de Jacques et Jean

1 – Et avançant un peu,

2 – il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère,

eux aussi dans leur barque en train d’arranger les filets;

3 – et aussitôt il les appela.

4 – Et laissant leur père Zébédée dans la barque avec ses employés,

5 – ils partirent à sa suite.

Jésus a l’initiative ; c’est Lui qui, le premier, va vers ses futurs disciples (1) et il pose sur eux un regard d’amour (2) qui va jusqu’au plus profond d’eux-mêmes (Jn 1,47‑50). Jésus les rejoint dans leurs occupations habituelles (2) et il leur parle (3) ; sa Parole a l’efficacité de la Parole créatrice de Dieu : « Il dit et cela fut » (Gn 1,3…). A cette Parole qui leur était directement adressée, les disciples eurent-ils « le cœur tout brûlant » (Lc 24,32) ? Le texte ne le dit pas… Toujours est-il qu’ils se mettent aussitôt à « suivre » celui qui, dorénavant, aura toujours la première place dans leur vie. On peut aussi remarquer que Jésus leur présente leur nouvelle vocation en employant un langage qu’ils connaissent bien : celui de la pêche. Et ce sera encore Jésus qui leur donnera de pouvoir répondre à son appel : « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes »… (2Co 3,4‑6 ; 1Co 15,10 ; Jn 1,12). Enfin, il sera toujours avec eux, jusqu’à la fin du monde (Mt 28,28) ; il marchera devant eux et il les guidera sur le chemin de leur mission : laissant tout (4), ils partirent à sa suite (5)

Il en est toujours ainsi dans notre vie chrétienne : Dieu est toujours avec nous (Mt 6,6 ; 28,20 ; Jn 14,15-17), offert à notre foi, nous guidant sur le chemin de notre vie et nous donnant toujours tout ce qu’il faut pour que nous puissions répondre à ses appels. Ainsi par exemple pour le commandement de l’amour (Jn 15,17) : la grâce reçue au jour de notre baptême nous aide, jour après jour, à le mettre en œuvre (Rm 5,5)… A nous maintenant de lui ouvrir notre cœur par la prière pour recevoir le Don de Dieu (Ac 2,38).

 

3 – Mc 1,21-28 : à la synagogue de Capharnaüm

 Ce texte est construit de façon symétrique autour d’un centre : Jésus et sa Parole Toute Puissante qui impose silence aux esprits mauvais et les expulse hors de l’homme (A’ répond à A, B’ à B, C’ à C, et au milieu, D, la Parole de Jésus) :

(21) A – Ils pénètrent à Capharnaüm.

              Et aussitôt, le jour du sabbat, étant entré dans la synagogue, il enseignait.

(22)                   B – Et ils étaient frappés de son enseignement,

                                               car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes.

(23)                                   C – Et aussitôt il y avait dans leur synagogue un homme possédé d’un esprit impur,

                                                qui cria (24) en disant : « Que nous veux-tu, Jésus le Nazarénien ?

                                                                                         Es-tu venu pour nous perdre ?

                                                                                         Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. »

(25)                                                         D – Et Jésus le menaça en disant: « Tais-toi et sors de lui ! »

(26)                                   C’ – Et le secouant violemment, l’esprit impur cria d’une voix forte et sortit de lui.

(27)                    B’ – Et ils furent tous effrayés, de sorte qu’ils se demandaient entre eux:

                                               « Qu’est cela? Un enseignement nouveau, donné d’autorité !

                                                Même aux esprits impurs, il commande et ils lui obéissent ! »

(28) A’ – Et sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de Galilée.

Faisons quelques remarques :

  • Les mots « enseigner » et « enseignement » reviennent souvent (v. 21-22 et 27) : la mission principale de Jésus est d’enseigner la Bonne Nouvelle : « Dieu est tout proche» (Mc 1,38 ; Lc 4,42-44), sa Lumière éclaire déjà notre vie (Jn 1,9)…

  • La notion « d’autorité » (pouvoir, capacité) est importante : Jésus peut vraiment faire ce qu’Il dit. Ce mot lui est appliqué sept fois en St Marc, symbole de perfection. L’autorité (pouvoir, capacité) de Jésus est en fait celle-là même de Dieu. Il la mettra en œuvre pour remporter la victoire sur toute force hostile, pour pardonner les péchés (Mc 2,10) et instaurer ainsi le Règne de Dieu parmi les hommes. Et ce Règne sera avant tout celui de la Miséricorde. Celui et celle qui la recevront en seront bien sûr les premiers bénéficiaires. Mais s’ils acceptent en vérité que cette Miséricorde règne en eux sur leur misère, cette Présence en eux de la Miséricorde de Dieu les invitera aussi à pratiquer la Miséricorde pour tous ceux et celles qui les entourent… « Heureux» alors seront-ils, car nul ne peut donner ce qu’il n’a d’abord reçu. « Donner la Miséricorde » sera bien le fruit objectif qui montrera qu’ils l’ont d’abord reçue. Et « heureux» tous ceux et celles qui, en recevant la Miséricorde de Dieu, en seront les premiers bénéficiaires (Mt 5,7) !

Aujourd’hui, ce récit de victoire sur « l’esprit impur » nous invite à remettre au Seigneur notre cœur et notre vie pour qu’il fasse de même pour nous. Par sa mort et sa résurrection, Il a remporté la victoire sur le Prince de ce monde. Libre et souveraine, sa Lumière a jailli des ténèbres du tombeau et de la mort et celles‑ci n’ont rien pu faire pour la retenir (Jn 1,5 ; 14,30). Puis, selon sa promesse, le Christ ne nous a pas laissés orphelins : sans cesse, il vient à nous (Jn 14,18), il se propose à notre cœur et à notre foi (Ap 3,20) pour nous prendre auprès de Lui dans un mystère de communion avec Lui et avec son Père en un seul Esprit (Jn 14,3 ; 17,20-24 ; 1Co 1,9 ; 2Co 13,13 ; 1Jn 1,3), l’Esprit d’Amour (Jn 4,24 avec 1Jn 4,8.16 ; Rm 5,5 ; Ga 5,22) et de Miséricorde (Rm 15,9 ; 2Co 1,3 ; Ep 2,4 ; Tt 3,5 ; Lc 1,50.54.78 ; 6,36). Dieu veut en effet que « nous entrions en possession du Salut par notre Seigneur Jésus Christ qui est mort pour nous afin que, éveillés ou endormis, nous vivions unis à Lui » (1Th 5,10). Ce mystère d’union au Christ est le grand cadeau de notre baptême : ce jour-là, nous avons reçu le don de l’Esprit Saint, ce même Esprit qui habite en plénitude le cœur de Jésus et celui du Père. D’une manière invisible mais bien réelle, Dieu nous a alors offert, dans sa grande miséricorde, de vivre « unis à Lui », « en communion avec Lui » (1Jn 1,3) dans la foi et par notre foi. Tel est « l’espace » ouvert à notre cœur (Jn 10,9), un « espace » où Dieu règne : tout ce qui n’est pas en harmonie avec Lui ne peut qu’être « jeté dehors » (Jn 12,31), hors de ce mystère de communion, et donc hors du cœur de l’homme, hors de notre cœur. « Tais‑toi et sors de lui ! »… Laissons le Christ ressuscité prononcer en nous la même Parole, jour après jour. Il sera la victoire de nos combats (Rm 16,20), et il nous donnera de vivre sans crainte (Mt 8,26 ; Jn 14,1), dans son amour (Jn 15,9-11) et dans sa paix (Jn 14,27).

 

4 – Mc 1,29-31 : guérison de la belle-mère de Simon

Ce texte très simple est comme un résumé de toute la vie chrétienne.

Une fois de plus, Jésus a l’initiative : « Il vient ! » Il entre dans la maison de Simon, le futur Pierre (Mc 3,13-16 ; Mt 16,15-19), avec André son frère, Jacques et Jean. La belle‑mère de Simon est au lit avec de la fièvre. Comme nous le verrons plus en détail à l’occasion de la guérison du lépreux (Mc 1,40-45), la maladie était comprise à l’époque comme une conséquence du péché : étendue sur son lit, souffrante, la belle-mère de Simon représente ici toute l’humanité malade du péché, blessée dans sa vie, incapable de vivre pleinement, d’être pleinement elle-même. Elle vit, mais elle est étendue comme une morte. Pensons à tous ceux et celles qui, pour une raison ou pour une autre, sont blessés dans leur vie, dans leur chair, assoiffés de bonheur mais écrasés, anéantis, notamment par toutes ces drogues qui n’apportent qu’un bonheur fugace, et ne laissent derrière elles que des champs de ruines…

Jésus vient visiter cette humanité malade pour la remettre sur pied. Qu’elle soit pleinement ce que Dieu veut qu’elle soit : remplie de sa vie dans « la Plénitude de l’Esprit » (Ep 5,18), « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; Rm 8,2 ; 2Co 3,6). C’est « là » qu’est la vraie Vie (Ga 5,25), la vraie joie (1Th 1,6), le vrai bonheur, profond et durable… La Présence de Jésus auprès de tous ces hommes blessés est le fruit des « entrailles de miséricorde de notre Dieu » : bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même par leurs souffrances (Lc 1,76-79), Dieu n’a pas pu rester sans rien faire. Alors, il est venu nous rejoindre en la Personne de son Fils pour nous arracher à tout ce qui nous détruit, nous attriste, nous plonge dans l’amertume, le désespoir, « la souffrance ». « Souffrance et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal » (Rm 2,9). En un mot, il est venu nous « arracher » au mal et à son cortège de ténèbres et de souffrances, pour nous « transférer » dans son Royaume où, dans l’Esprit, il nous est déjà donné de vivre de sa Vie dans la foi et par notre foi. « Avec joie, vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,11-13). Il nous a ainsi donnés « d’entrer dans sa vie », de « vivre de sa vie », et de connaître ainsi la paix du cœur, fondement du vrai bonheur… « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie ». « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 14,27 ; 15,11). Or, celui qui nous parle ainsi s’adresse à notre cœur profond… Lui ouvrirons-nous la porte (cf. Ap 3,20) ? Si nous consentons à répondre à son appel, puisque « celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il ne mesure pas le don de l’Esprit » (Jn 3,34), avec cette Parole reçue nous recevrons également ce « Don de l’Esprit » et son fruit en nous : paix, joie…

Voilà ce qui se passe ici, en images, avec la belle-mère de Simon… Jésus vient, il nous prend par la main et nous qui étions séparés de Dieu par suite de nos fautes, nous voilà de nouveau avec Lui grâce à son Fils, main dans la main en signe d’un cœur à cœur… Et ce contact que Jésus Lui-même établit avec nous est un contact vital : unis de cœur avec Lui grâce à son initiative, à son action, à sa miséricorde et à son pardon, la Vie peut à nouveau passer entre Lui et nous (Jn 10,10)… Et voici que la malade « se lève » : St Marc emploie ici le même verbe qu’il utilisera en Mc 16,6 (cf 16,1-8) pour dire de Jésus qu’il est « ressuscité » d’entre les morts. La Vie de Jésus remporte la victoire sur toutes nos morts, « son amour envers nous s’est montré le plus fort » (Ps 117(116)). Mais puisque Dieu est Amour (1Jn 4,8 et 4,16) la Vie de Dieu est « Vie d’Amour », « dynamisme d’amour », « force pour aimer » : la belle-mère de Simon revenue de la mort, « ressuscitée » par la Vie de Jésus se met aussitôt à le servir avec amour, Lui et ses disciples.

Et tout ceci se réalise très concrètement par le Don de son Esprit avec lequel Jésus frappait à la porte de son cœur… « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), cet Esprit est « un Esprit de Force, d’Amour » (2Tm 1,7) qui lui donne de pouvoir se lever et de servir, par amour…

« Dieu, qui est riche en miséricorde,

à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

alors que nous étions morts par suite de nos fautes,

il nous a fait revivre avec le Christ

– c’est par grâce que vous êtes sauvés! -,

avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir

l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi.

Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.

Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus

en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance

pour que nous les pratiquions. »

Le message de ce dernier texte de St Paul est identique à celui de la guérison de la belle-mère de Simon. Dans sa Miséricorde, Dieu agit en premier… En Jésus Christ, il a pris l’initiative de se faire homme et de se donner pour chacun d’entre nous sur le bois de la Croix. Ressuscité, il continue invisiblement à venir à nous, à nous chercher, à nous rejoindre par les uns et par les autres… De multiples manières, il frappe ainsi à la porte de nos cœurs par le Don de son Esprit. Si nous consentons à lui ouvrir, alors, sa grâce purifiera notre être comme la Lumière qui, par sa simple Présence, chasse les ténèbres. Avec elle et par elle, il nous prendra, nous fera lever, nous attirera à sa suite, et nous donnera de pouvoir, comme lui, nous mettre au service de nos frères. Alors, nous goûterons à sa joie.

Nous voyons bien que ce ne sont pas nos œuvres qui nous méritent le salut, comme une récompense accordée après un certain nombre de bonnes actions… Non, le salut de Dieu est premier. La gratuité absolue de son Amour est première… Dieu donne, simplement parce qu’il Est éternellement Don de Lui-même, comme le Soleil qui ne cesse de donner sa Lumière, comme la Source qui ne cesse de donner son Eau (Jr 2,13 ; 17,13)… En Jésus Christ, Dieu Esprit (Jn 4,24) donne l’Esprit… Et nous avons tous été créés pour le recevoir comme la base première qui permet la vie, un Don qui rend possible une vie donnée… Ainsi, avant de donner une feuille nouvelle, la plante commence-t-elle par recevoir la Lumière… Avant de donner une grappe nouvelle, le sarment de vigne commence-t-il par recevoir la sève du pied de vigne… Or, « Je Suis la vigne », nous dit Jésus, « et vous les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Nos œuvres ne peuvent donc qu’être le fruit de la grâce donnée, de l’Esprit reçu… Alors, si « l’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit qui nous a été donné » (Rm 5,5), « le fruit de l’Esprit » ne pourra qu’être « amour, joie, paix » (Ga 5,22)… Nous participerons à la vie de Dieu qui n’est qu’Amour, c’est-à-dire don de soi‑même. Et en nous donnant comme la belle-mère de Simon, au service de Dieu et donc au service de nos frères, nous ne pourrons que vivre ce que Jésus a vécu : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15,11).

Comme l’écrira plus tard St Paul à propos du baptême et de ses conséquences, Christ s’est uni à notre mort pour que nous soyons unis à sa Vie (Rm 6,4 et 6,8), et le Père l’a ressuscité d’entre les morts par la Puissance de l’Esprit (Rm 1,1‑7). Grâce à ce même Esprit, il nous est maintenant possible de « mourir au péché » et donc de vivre non plus pour nous-mêmes, mais « pour Dieu en Jésus Christ », (Rm 6,11 ; 8,10-17), au service de Dieu, le Père de tous, et donc au service de tous les hommes, nos frères… « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur ». Et, « nous sommes vos serviteurs, pour l’amour de Jésus » (Rm 14,8 ; 2Co 4,5-6). Tel est le grand appel de notre vie chrétienne, de miséricorde en miséricorde…

Notons enfin que cette guérison, comme la précédente, a eu lieu « un jour de sabbat » (Mc 1,21). A l’origine, le Sabbat, septième jour de la création (Gn 2,1-3), était un jour béni où l’homme était invité à accorder une attention toute spéciale à sa relation à Dieu. En ce jour, Dieu « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13) se donne à lui avec une intensité toute particulière et il l’invite à partager son intimité et sa paix. «  », dans un mystère de communion et d’amour, il découvre le vrai repos (Mt 11,28-30). Le Sabbat est ainsi fait pour l’homme (Mc 2,27) : déjà, dans la foi, il lui est donné de pressentir combien le Seigneur est bon (Ps 34(33),9), et à quelle Plénitude Dieu l’appelle (Ep 5,18)…

Mais au fil du temps, le but et la raison d’être du Sabbat s’étaient perdus : ce « jour pour Dieu » était devenu un jour où il fallait seulement « ne rien faire » (Ex 20,9-10). Jésus sera souvent attaqué lorsque Lui ou ses disciples « feront » quelque chose le jour du Sabbat (Lc 6,1-2 ; 6,6-11). Mais en fait Jésus « accomplit » le Sabbat car il est venu avant tout pour réconcilier tous les hommes avec Dieu, et leur permettre ainsi de vivre le mieux possible ce mystère de communion auquel nous sommes tous appelés (Ep 2,18). Les guérisons physiques ne sont que les signes extérieurs de cette guérison plus profonde qu’il est venu nous offrir, celle du cœur. Sauvé, pardonné, purifié et guéri par le Christ le jour du Sabbat, l’homme peut alors vivre pleinement sa relation à Dieu en ce jour du Sabbat…

 

5 – Mc 1,32-34 : guérisons multiples

Le Sabbat fini, au coucher du soleil, les Juifs pouvaient de nouveau « faire » ce qui leur était jusqu’alors interdit, et notamment porter un malade sur un brancard. Ceux qui avaient des malades les amènent donc à Jésus, mais la perspective est encore plus grande ici car St Marc précise bien que « la ville entière était rassemblée devant la porte » (Mc 1,33). Or Capharnaüm était une ville proche de la frontière avec la Trachonitide et la Décapole, et beaucoup d’étrangers y habitaient. La foule qui se rassemble autour de Jésus est donc composée de Juifs et de païens, et « beaucoup de malades » seront guéris, nous dit St Marc, sans nous préciser leur origine. St Luc écrira de son côté qu’il guérissait « chacun des malades » (Lc 4,41). Nous voyons donc ici, en actes, combien le salut de Dieu est offert gratuitement à tous les hommes, sans exception… Dieu est le Père de tous…

« Jésus ne laissait pas parler les démons, parce qu’ils savaient qui il était ». La Bible de Jérusalem écrit en note : « Aux démons (Mc1,25 ; 1,34 et 3,12), comme aux miraculés (1,44 ; 5,43 ; 7,36 ; 8,26) et même aux apôtres (8,30 ; 9,9), Jésus impose sur son identité messianique une consigne de silence qui ne sera levée qu’après sa mort, (Mt 10, 27) ». Le Peuple d’Israël « se faisant alors du Messie une idée nationaliste et guerrière fort différente de celle que voulait incarner Jésus, il lui fallait user de beaucoup de prudence pour éviter des méprises fâcheuses sur sa mission (cf. Jn 6, 15 ; Mt 13, 13). Cette consigne du “ secret messianique ” n’est pas une thèse artificielle inventée après coup par St Marc, ainsi que certains l’ont prétendu ; elle répond à une attitude historique de Jésus, encore que Marc en ait fait un thème sur lequel il aime à insister ».

 

6 – Mc 1,35-39 : Jésus quitte secrètement Capharnaüm et parcourt la Galilée

Alors que tout le monde dort encore, Jésus se lève et va prier dans un endroit désert. Toute la vie de Jésus était enracinée dans une relation de cœur avec son Père. « Il est Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vraie Dieu né du vrai Dieu », disons‑nous dans notre Crédo. Jésus se recevait du Père, car le Fils se reçoit du Père de toute éternité… Dans la prière, il rejoignait les racines les plus profondes de son Être : le Père, par le Don de l’Esprit… Et nous, nous avons tous été créés « à l’image du Fils » (Rm 8,29). Nous sommes donc tous appelés, comme le Fils, à nous recevoir de Dieu dans la prière. Vivons‑nous assez cette aventure où nous ne pourrons, à notre tour, que trouver dans le silence et la paix du cœur, les racines de notre être ? « Il m’entraîne dans des silences profonds d’où je voudrais ne jamais sortir » (Elisabeth de la Trinité). « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même… Comme je vis par le Père, de même celui qui me mangera », qui me recevra par sa foi et dans la foi, « lui aussi vivra par moi » grâce au Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 5,26 ; 6,57 ; 6,63), cet Esprit dont un des fruits est la paix du cœur (Ga 5,22 ; Rm 14,17), « silence profond »…

Notre relation au Christ ressuscité est-elle le fondement de notre vie, « l’ancre » vers laquelle nous revenons sans cesse (Hb 6,18b-20) ? Le Christ nous donne ici l’exemple : commençons-nous notre journée par un instant de prière ? Il suffit d’un petit endroit tranquille : « Le Père est là dans le secret » (Mt 6,6), l’Esprit Saint, présent lui aussi à la demande expresse du Fils (Jn 14,15-17) « vient à notre secours, car nous ne savons pas prier comme il faut » (Rm 8,26-27). Et le Ressuscité lui-même est là lui aussi, avec nous, « tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20)…

Pour nous aider à vivre cette aventure de la prière du cœur comme Source de Vie, l’Eglise met à notre disposition « Prière du Temps Présent » où des prières (la prière de l’Eglise) fondées sur les Psaumes et réparties sur quatre semaines pourront nourrir notre prière du matin et du soir. N’oublions pas que ces Psaumes ont nourri avant nous la prière de Jésus (Mt 26,30 ; Mt 27,46 (Ps 22(21),2 ; Jn 19,28-30 (Ps 69(68),22).

En Mc 1,38, Jésus nous livre le cœur de sa mission : non pas guérir d’un coup de baguette magique toutes nos maladies mais proclamer « la Bonne Nouvelle » d’un Dieu  « tout proche » (Mc 1,15). Avec son Fils et par Lui, il vient s’offrir pour régner dans nos cœurs et dans nos vies, pour notre vrai bonheur, envers et contre tout… Le verbe sortir a ici un double sens : certes, Jésus est sorti de Capharnaüm, mais il est aussi « sorti » d’auprès du Père et venu dans le monde pour notre salut (Jn 8,42 ; 16,26-30 ; 17,8), pour nous donner d’avoir part à sa vie, en surabondance (Jn 10,10). Heureux alors tous ceux et celles qui accepteront de l’accueillir (Jn 20,29 car Jn 20,30-31)…

Fiche n°4 (Mc 1,14-39) – PDF en vue d’une éventuelle impression




Mc 1,2-13 : La prédication de Jean-Baptiste, le baptême de Jésus.

La prédication de Jean-Baptiste :

                                l’accomplissement des Ecritures.

St Marc commence tout de suite par citer l’Ancien Testament pour bien montrer que le Christ accomplit toutes les prophéties et toutes les promesses (2Co 1,19-20) qu’il contient. C’est d’ailleurs ce qu’il déclare lui-même au moment de son arrestation, juste avant sa Passion : « Suis-je un brigand, que vous vous soyez mis en campagne avec des glaives et des bâtons pour me saisir ! Chaque jour j’étais auprès de vous dans le Temple, à enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent » (Mc 14,48‑49).

Dieu « a parlé par les prophètes », disons-nous dans notre Crédo. Il leur a révélé ses volontés, ses projets. Isaïe avait ainsi annoncé la venue d’un mystérieux Serviteur « objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance. Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé… Il portait le péché des multitudes, il intercédait pour les criminels… Par lui, la volonté du Seigneur s’accomplira : le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes » (Is 52,13-53,12).

Jésus savait que tous ces textes le concernaient. Quand il les lisait, il découvrait quelles seraient les grandes lignes de sa mission. « Alors j’ai dit : « Voici, je viens, car c’est bien de moi qu’il est écrit dans le rouleau du livre : je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté » (Hb 10,7). Et à ses disciples, il dira : « Voici que nous montons à Jérusalem et que s’accomplira tout ce qui a été écrit par les Prophètes pour le Fils de l’homme » (Lc 18,31). « Il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes » (Lc 24,44).

Ces Écritures lui révélaient quelle était la volonté de son Père. Et son seul désir, par amour, était de lui obéir le plus parfaitement possible. « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6,38). Et « il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a prescrit ». (Jn 14,31). Or « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés », écrit St Paul (1Tm 2,4). En effet, « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,17). Le Père a donc donné tous les hommes à son Fils pour qu’il les conduise au salut : « Et c’est la volonté de mon Père que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné » (Jn 6,39)…

Aimer Dieu, accomplir sa volonté, c’est donc aimer les hommes et tout faire pour qu’ils puissent être sauvés… Ce désir de nous voir tous ensemble avec Lui, dans sa Lumière et dans sa Vie, est si fort que Jésus acceptera de mourir sur une Croix pour qu’il en soit effectivement ainsi… « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis », dit-il à l’un des « malfaiteurs » qui fut crucifié avec lui et qui acceptait de se repentir (Lc 23,39-43)… Ce « bon larron » nous représente tous, si nous acceptons, comme lui, de reconnaître le mal qui a habité notre vie pour le regretter ensuite sincèrement. « Père, je veux que là où je suis », dans ta Maison, uni à toi dans la communion d’un même Esprit, « eux aussi soient avec moi » (Jn 17,24). Ce désir du Christ, qui est aussi le désir du Père, commençait à s’accomplir… Le « bon larron » en fut un superbe exemple…

Sauver tous les hommes de tous les temps… Voilà l’œuvre que Jésus voudra réaliser le plus parfaitement possible, par amour de Dieu, par amour pour chacun d’entre nous… Sur la croix, il dira ainsi « J’ai soif » « pour que l’Ecriture fût parfaitement accomplie » (Jn 19,28-30). Les soldats lui donneront alors la boisson réservée aux suppliciés : du vinaigre. Et ce geste « accomplira » le Psaume 69,22 : « Quand j’avais soif, il m’ont donné du vinaigre ».

« Il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de lui dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes »… Telle est la conviction qui habite St Marc lorsqu’il commence à écrire « la Bonne Nouvelle de Jésus Christ Fils de Dieu ». Aussi ouvre-t-il son Evangile par une citation du prophète Isaïe…

 

Avec Jésus, Dieu Lui-même vient à notre rencontre…

Mais lorsque nous comparons le texte cité avec celui d’Isaïe, nous constatons que St Marc a combiné en fait deux textes de l’Ancien Testament. Le début de sa citation est extrait du prophète Malachie (Ml 3,1 ; vers 450 av JC) : « Voici que j’envoie mon messager pour qu’il prépare le chemin devant moi … dit le Seigneur tout-puissant », un texte très proche d’Isaïe 40,3 (Partie du Livre écrite vers 550 av JC, bien après le prophète Isaïe qui a vécu dans les années 750 av JC) : « Une voix proclame :« Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu ».

La combinaison de ces deux textes a permis à St Marc de préciser qui est cette « voix » anonyme en Isaïe : grâce à Malachie, elle devient celle du « messager »… Or, dans l’Evangile, le « messager » est « Jean le Baptiste ». Et en Isaïe, tout comme en Malachie, c’est le Seigneur lui-même, c’est-à-dire Dieu en personne, qui annonce sa venue : « Qu’il prépare le chemin devant moi, dit le Seigneur tout-puissant. » St Marc a changé ce « moi » en « toi » : « Voici que j’envoie mon messager devant toi, pour préparer ta route ». Or ce « toi », c’est Jésus ! Avec le Christ, c’est donc Dieu en personne qui vient… Tout de suite, une question se pose : « Mais qui donc est Jésus ? »

Deux points peuvent être soulignés. Tout d’abord, Jésus est « le Fils de Dieu », « l’Unique Engendré » (Jn 1,14.18 ; 3,16.18). En tant que Personne divine, il existe depuis toujours et pour toujours. Avant tout commencement, il « était Dieu » (Jn 1,1), « né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu », disons-nous dans notre Crédo. De toute éternité, il est « engendré non pas créé », et le Père « l’engendre » en se donnant totalement à lui. Le Fils de son côté, se reçoit totalement du Père. Ce mouvement en Dieu est éternel, il est celui de l’Amour… « Je vis par le Père », dit Jésus (Jn 6,57)… « Tout comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même » (Jn 5,26). Ainsi, « le Père aime le Fils et a tout donné en sa main » (Jn 3,35) : tout, « tout ce qu’il a » (Jn 16,15), tout ce qu’il est… Le Père est Dieu ? Voilà ce qu’il donne au Fils depuis toujours et pour toujours de telle sorte que le Fils lui aussi est Dieu… Le Père est Lumière ? Voilà ce qu’il donne au Fils depuis toujours et pour toujours de telle sorte que le Fils lui aussi est Lumière… Le Fils est ainsi « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ».

De toute éternité, le Père donne donc tout ce qu’il est au Fils, et en se donnant à Lui, il l’engendre… Et le Fils de son côté se reçoit entièrement du Père de telle sorte que tout ce qu’est le Père, le Fils l’est lui aussi… Cet « être », notre Crédo l’appelle « la nature » divine. Et nous disons : « Engendré, non pas créé, de même nature que le Père »… Le Père et le Fils sont deux personnes bien distinctes. Mais de toute éternité, le Fils est engendré par le Père en tant qu’il se reçoit entièrement du Père qui, de son côté, ne cesse de se donner à lui… Pour le Fils, la relation à son Père est donc la Source de son être et de sa vie… Et Jésus passait des nuits à prier Dieu (Lc 6,12), c’est-à-dire à se laisser aimer par le Père, à se laisser combler par le Père… Il demeurait en son Amour (Jn 15,10)…

Nous venons de le voir : la Personne divine qui a assumé notre nature humaine et que nous appelons Jésus est « Dieu », en tant qu’elle se reçoit du Père de toute éternité… La venue de Dieu parmi les hommes s’accomplit donc avec Jésus, comme l’annonçaient les prophètes Isaïe et Malachie. Mais chez eux, le mot « Dieu » renvoie plutôt à la Personne divine que nous appelons « Notre Père » dans le Nouveau Testament. Alors, comment la venue du Père s’accomplit-elle avec celle du Fils ? Jésus nous le révèle en St Jean : « Moi et le Père nous sommes un » (Jn 10,30). Jésus n’est pas le Père, mais il est uni au Père dans la communion d’un même « être », d’une même Lumière, d’une même Vie, en un mot, d’une même « nature divine ». Et cette « nature divine », il la reçoit du Père de toute éternité. Il est « vrai Dieu né du vrai Dieu »… Or « Dieu est Esprit » nous dit-il en St Jean (Jn 4,24). Le Père possède donc la Plénitude de cet Esprit, et il la donne au Fils de toute éternité de telle sorte que lui aussi possède cette même Plénitude. Ils sont ainsi unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit. Et c’est ce que Jésus déclare lorsqu’il dit : « Moi et le Père, nous sommes un ».

Alors, par ce Mystère de Communion, là où est Jésus, là est le Père : « Celui qui m’a envoyé est avec moi, il ne m’a pas laissé seul » (Jn 8,29). Préparer le chemin du Fils, c’est aussi préparer celui du Père. Et quand Jésus vient à la rencontre des hommes, le Père lui aussi vient à leur rencontre, avec son Fils et par lui… « Qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé » (Mc 10,40), « et qui me rejette rejette Celui qui m’a envoyé » (Lc 10,16)…

 

La mission de Jésus à la lumière des prophètes Malachie et Isaïe

Mais si le Fils Unique nous rejoint en celui que nous appelons « Jésus Christ », ce n’est pas simplement pour être à nos côtés : il va agir pour nous et les textes de Malachie et d’Isaïe vont nous aider à mieux comprendre ce qu’il fera.

Malachie commence d’abord par évoquer la venue de Dieu : « Et soudain, il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ». Nous venons de voir comment cette perspective s’accomplit. Puis, intervient une figure mystérieuse : « Et l’Ange de l’Alliance que vous désirez, le voici qui vient » (Ml 3,1). Le mot « ange » vient du grec « angéllô » qui signifie « annoncer ». Un ange est donc un messager qui vient transmettre une Parole de Dieu à ceux et celles à qui il est envoyé. Ce verset prend tout son sens à la lumière du Christ. Bien sûr, il est beaucoup plus qu’un ange, comme il est beaucoup plus qu’un prince lorsque nous l’appelons « le Prince de la vie » (Ac 3,15). Mais il est vraiment Celui que le Père nous a envoyé pour nous transmettre sa Parole. « Celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu » (Jn 3,34). « Ainsi donc, ce que je dis, tel que le Père me l’a dit, je le dis » (Jn 12,50). « Père, les paroles que tu m’as données, je les leur ai données » (Jn 17,8). Et il est aussi Celui qui est venu inaugurer, au Nom de son Père, une Alliance nouvelle et éternelle avec tous les hommes… « J’ai fait de toi l’Alliance du Peuple, la lumière des nations » prophétisait Isaïe à son sujet (Is 42,6). Et juste avant de s’offrir sur la Croix pour le salut du monde, Jésus instituera l’Eucharistie en présentant son sang comme «  le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28). Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous » (Lc 22,19-20)

Dans cette Alliance, Dieu se révèle, avec son Fils et par Lui, comme étant « tout proche » de tous les hommes (Mc 1,15), présent à leur vie pour leur bien, imperturbablement fidèle et bienveillant à leur égard. « Il ne les abandonnera jamais (Is 49,14‑15 ; 54,10 ; 2 Tim 2,13), il ne cessera pas de les suivre pour leur faire du bien (Jr 32,40-41), il cherchera la brebis perdue, il ramènera celle qui s’est égarée, il pansera celle qui est blessée, il fortifiera celle qui est malade, il veillera sur celle qui est grasse et bien portante » (Ez 34,15-16). A tous, il ne cessera d’offrir son Amour, sa Miséricorde et sa Paix par le don de son Esprit (Jl 3,1‑2 ; Col 3,15 ; Ph 4,7).

Voilà l’Amour Fidèle et Miséricordieux que Ste Thérèse de Lisieux avait découvert. Elle écrira à la fin de sa vie : « Comment s’achèvera-t-elle, cette “histoire d’une petite fleur blanche ?” Peut-être la petite fleur sera-t-elle cueillie dans sa fraîcheur ou bien transplantée sur d’autres rivages… Je l’ignore, mais ce dont je suis certaine, c’est que la Miséricorde du Bon Dieu l’accompagnera toujours »…

Jésus est donc cet « Ange de l’Alliance » annoncé par Malachie, venu révéler à tous les hommes l’éternelle bienveillance du Père à leur égard… Et c’est à la lumière de cet Amour Miséricordieux qu’il faut comprendre toute la suite. Le Christ sera en effet « comme le feu d’un fondeur, comme la lessive des blanchisseurs » (Ml 3,2-3). Les deux images contraires du feu et de l’eau sont associées pour évoquer une seule et même action : la purification des péchés que le Christ réalisera gratuitement en ceux et celles qui accepteront de se confier totalement en son Amour. Ce pardon sera très concrètement mis en œuvre dans les cœurs par l’Esprit Saint qui est tout à la fois « feu » (Mt 3,11) et « eau » (Is 44,3 ; Ez 36,25-28), une « Eau Vive » qui, tout en purifiant, communique la Vie même de Dieu (Jn 7,37-39), cette Vie dont nous étions tous privés par suite de nos fautes. « Le salaire du péché, c’est la mort », écrit St Paul. « Mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23).

Ainsi, le Christ « viendra pour fondre et purifier… Il purifiera les fils de Lévi et les affinera comme or et argent, et ils deviendront pour le Seigneur ceux qui présentent l’offrande selon la justice » (Ml 3,3). Le résultat de l’action purificatrice du Christ sera donc de permettre aux pécheurs de « présenter » à Dieu « l’offrande selon la justice ». Grâce à lui, ils pourront vivre une relation juste avec lui. Tel sera le fruit du baptême : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Co 6,11). Et cet Esprit reçu nous apprendra à vivre une relation juste avec Dieu : « L’Esprit en effet vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements inexprimables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu » (Rm 8,26-27). Grâce à lui, la prière devient « juste », « l’offrande est présentée selon la justice ». Et c’est lui aussi qui donnera à ceux et celles qui acceptent de le recevoir d’accomplir des actions « justes » : « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, humilité et maîtrise de soi » (Ga 5,22). Grâce à lui, toute la vie pourra devenir, petit à petit, une offrande « vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12,1-2), « agréée par Dieu » (Ml 3,4)… Et si le Christ se déclarera « contre les devins, les adultères et les parjures, contre ceux qui oppriment le salarié, la veuve et l’orphelin, et qui violent le droit de l’étranger » (Ml 3,5), ce ne sera pas pour les condamner (Jn 8,11) mais pour les inviter au repentir : « Car Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ez 33,11).

La section du prophète Isaïe, au chapitre 40 a déjà été abordée précédemment dans la notion d’Evangile, de « Bonne Nouvelle ». Insistons simplement sur le fait qu’il s’agit de « préparer le chemin du Seigneur » car il vient lui-même, en personne, pour consoler son peuple des conséquences de ses infidélités passées. Oui, ils ont péché en cherchant à se libérer du joug des Babyloniens par une alliance avec l’Egypte. Le prophète Jérémie les avait prévenus… Mais ils ne l’ont pas écouté… Et Nabuchodonosor, Roi de Babylone, est revenu dix ans après sa première attaque. Il a assiégé Jérusalem. Six mois après, il l’a prise et il a tout détruit : ses murailles, le Palais Royal, le Temple de Dieu… Maintenant, tout est en ruines… « N’as-tu pas provoqué cela pour avoir abandonné le Seigneur ton Dieu alors qu’il te guidait sur ta route ?… Comprend et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner le Seigneur ton Dieu » (Jr 2,17-19).

Mais Dieu, de son côté, est resté fidèle. « Comment t’abandonnerais-je ? Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent ». « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas » (Os 11,8 ; Is 49,15). Face à leur détresse, il est bouleversé, … Certes, ils sont responsables de tout ce qui est arrivé et ils doivent le reconnaître pour ne plus se retrouver à l’avenir dans une situation semblable. Mais pour l’instant, Dieu ne désire qu’une seule chose : qu’ils se relèvent et reconstruisent, avec son aide, ce qui a été détruit… Et si leur moral est au plus bas, Dieu va les réconforter, les encourager, les « consoler » par ses prophètes… « Consolez, consolez mon peuple. Parlez au cœur de Jérusalem », une expression qui, dans la Bible, renvoie au langage de l’amour. Le cœur de Sichem, par exemple, « s’attacha à Dina, fille de Jacob, il eut de l’amour pour la jeune fille et il parla à son cœur » (Gn 34,3). Et Dieu, dans le prophète Osée, se comparant à un mari délaissé par son épouse infidèle, déclare : « Elle courait après ses amants (les idoles étrangères), et moi, elle m’oubliait ! Oracle du Seigneur. C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Os 2,16). Le langage d’Isaïe est donc celui de l’amour… Dieu en personne vient vers son peuple découragé : ils n’ont pas écouté sa voix, ils lui ont désobéi, ils ont agi à leur guise, et maintenant, toute leur vie est détruite… Mais le Seigneur est toujours là, et sa Miséricorde leur est offerte en surabondance. Autrefois, il fallait offrir des sacrifices de réparation pour obtenir le pardon de ses péchés, et donc débourser une certaine somme pour acheter les animaux nécessaires aux sacrifices. Ici, Dieu se présente comme celui qui a déjà payé « deux fois le prix de toutes leurs fautes » (Is 40,2)… Il a déjà tout pardonné, en surabondance… Il suffit d’accepter cet Amour, et une vie nouvelle pourra commencer… Et Dieu sera le premier à se réjouir en voyant son Peuple retrouver goût à la vie…

En faisant allusion à ces deux textes de Malachie et d’Isaïe, St Marc nous présente donc déjà ce que sera l’œuvre du Christ : il agira comme un Bon Pasteur venu « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52). « De son bras, il rassemblera les agneaux, et il les portera sur son cœur » pour les ramener là dans cette Maison du Père qu’ils n’auraient jamais dû quitter (Is 40,10 ; Lc 15,4-7 ; Jn 14,1-3). Leur joie retrouvée sera alors sa joie, « la récompense » de ses peines, « le salaire » de son travail… Et le Christ offrira sa vie sur la croix pour qu’il en soit ainsi… Tel est « le prix » qu’il a accepté de « payer » pour que nous soyons un jour avec lui, au ciel… Si nous acceptons de nous laisser ainsi aimer, notre présence à ses côtés sera sa joie : il ne sera pas mort pour rien.

 

Marc 1,4-8 : la figure de Jean le Baptiste

Après avoir évoqué « la Bonne Nouvelle de Jésus Christ », « livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Rm 4,25), St Marc va maintenant présenter avec la figure de Jean le Baptiste le tout premier cadeau que le Christ offrira aux hommes : « le pardon des péchés ». Nous sommes bien dans la dynamique ouverte par Malachie et Isaïe…

Jean-Baptiste « proclamait » en effet « un baptême de repentir en vue de la rémission des péchés ». Ce baptême n’apportait pas « la rémission des péchés », mais il était proposé « en vue de la rémission des péchés » qu’offrira le Christ et Lui seul. Le seul but poursuivi par Jean Baptiste était donc d’apprendre aux foules à se reconnaître pécheurs. Ceux et celles qui acceptaient cette démarche d’humilité et de vérité étaient alors prêts à accueillir Celui qui venait derrière lui : Jésus, le seul et unique Sauveur du monde (Jn 4,42 ; 1 Jn 4,14)… « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés », commencera-t-il par dire au paralytique, alors que tous attendaient sa guérison physique (Mc 2,5)…

Ainsi, le baptême de Jean Baptiste n’était qu’un « baptême d’eau » s’inscrivant dans la longue tradition des bains rituels juifs qui n’apportaient qu’une purification toute extérieure, superficielle… Celui de Jésus sera « un baptême d’Esprit Saint » qui agira vraiment, au plus profond des cœurs, pour les purifier de tout péché et leur donner de pouvoir se lancer dans une vie nouvelle… Là encore, toutes les prophéties de l’Ancien Testament s’accomplissent pleinement : « Je vous prendrai,… je vous rassemblerai… Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes… Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu. Je vous sauverai de toutes vos souillures » (Ez 36,22-32).

Avec le Christ et le don de l’Esprit Saint, la grande prière du pécheur souffrant par suite de ses fautes est enfin exaucée : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton Amour. Selon ta grande Miséricorde efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie‑moi de mon offense… Purifie-moi et je serai pur, lave-moi et je serai blanc plus que la neige. Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit… Rends-moi la joie d’être sauvé, que l’Esprit généreux me soutienne » (Ps 51(50)).

« Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » (Ps 34(33),9). Voilà ce que le Christ est venu révéler aux hommes en leur offrant de pouvoir « faire l’expérience du salut par la rémission de leurs péchés, grâce aux entrailles de miséricorde de notre Dieu dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en Haut, pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix » (Lc 1,76-79)…

Après avoir présenté « le baptême de repentir » proposé par Jean le Baptiste, St Marc prend soin ensuite de le décrire comme étant « vêtu d’une peau de chameau et mangeant des sauterelles et du miel sauvage ». Et telle était autrefois l’apparence d’Elie : «  C’était un homme avec une toison et un pagne de peau autour des reins » (2 R 1,8). Or, à l’époque de Jésus, beaucoup attendaient le retour d’Elie comme un signe de la venue du « Jour du Seigneur », ce Jour où il interviendrait avec une intensité toute particulière pour sauver son Peuple . C’est ce qu’avait annoncé autrefois le prophète Malachie (Ml 3,23-24). En effet, selon la tradition, Elie n’était pas mort : il avait été enlevé au ciel dans un char de feu (2 R 2,11-12). Et s’il était parti ainsi, il pouvait revenir de même… En nous présentant Jean-Baptiste habillé comme Elie, St Marc nous suggère que cette prophétie du retour d’Elie s’est accomplie. Certes, Jean-Baptiste n’est pas Elie, mais, comme l’écrit St Luc en citant Malachie, il marchera « avec l’esprit et la puissance d’Elie pour ramener le cœur des pères vers les enfants » (Lc 1,17). L’Esprit Saint qui habitait le cœur d’Elie et qui avait fait de lui ce grand prophète « remplit » maintenant le cœur de Jean Baptiste (Lc 1,15) : c’est donc « comme si » Elie était revenu… Et de fait Jésus dira à propos de Jean Baptiste : « Si vous voulez bien comprendre, le prophète Elie qui doit venir, c’est lui » (Mt 11,14)…

Le retour d’Elie devait être le signe de la venue imminente de la fin des temps. Avec Jean Baptiste et Jésus, il en est bien ainsi : « le temps est accompli » (Mc 1,15), et nous vivons en ce moment « ces derniers temps » où « le Seigneur est tout proche », offert à notre foi… Cette période ne prendra fin qu’avec « le dernier jour du monde », à une date que le Père seul connaît (Mt 24,36)… Pour l’instant, « veillez donc » nous dit Jésus, « et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme » lorsqu’il viendra « sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire »(Lc 21,36 ; Mt 24,30 ; Mc 13,26)…

Marc 1,9-11 : le baptême de Jésus

« Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi » dit Jean-Baptiste, et « je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales »… A cette époque, les routes n’étaient pas goudronnées comme aujourd’hui : les chemins étaient très poussiéreux, les pieds des marcheurs se salissaient vite. Aussi, quand un hôte arrivait dans une maison, le plus humble des serviteurs venait lui délier la courroie de ses sandales. Puis, il les nettoyait pendant que d’autres serviteurs lui lavaient les pieds (cf. Lc 7,36-50). Il pouvait ensuite entrer dans la maison, sans craindre de salir tapis et coussins… Jean Baptiste déclare donc ici n’être pas digne d’accomplir pour Jésus le service le plus humble qui soit… Quelle est donc sa dignité ? St Marc nous suggère ainsi qu’elle est bien celle de Dieu Lui-même…

Après cette déclaration de Jean-Baptiste, Jésus peut venir se faire baptiser dans le Jourdain. Personne ne se trompera sur l’identité du plus grand : Jésus est bien « le Maître et le Seigneur » (Jn 13,13), « il sera grand » (Lc 1,32) mais non à la manière des hommes… « Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! » Car « Il est venu non pas pour être servi, mais pour servir » (Lc 22,27 ; Mc 10,45), et c’est bien Lui qui s’agenouillera devant ses disciples pour leur laver les pieds (Jn 13,2-5 et 13,12-15)…

Rappelons que le baptême de Jean-Baptiste s’inscrivait dans tout un contexte de rituels d’aspersions de toutes sortes. St Marc nous en a gardé le souvenir (Mc 7,3-4) : « Les Pharisiens, et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être lavé les bras jusqu’au coude, conformément à la tradition des anciens, et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s’être aspergés d’eau, et il y a beaucoup d’autres pratiques qu’ils observent par tradition : lavages de coupes (Littéralement, « baptême de coupes »), de cruches et de plats d’airain» Ceux et celles qui acceptaient de recevoir ce baptême se reconnaissaient donc pécheurs et ils priaient pour la purification de toutes leurs fautes. Et voilà que Jésus se met dans la file… Pourtant, « il n’a jamais connu le péché » (2 Co 5,21), « il a toujours fait ce qui plaît au Père » (Jn 8,29), « personne ne peut le convaincre de péché » (Jn 8,46), il est « le Saint, le Juste » (Ac 3,14), « l’agneau sans tache » (1P 1,19)… D’ailleurs, lorsqu’il reçoit le baptême de Jean, il ne confesse pas ses péchés comme tous les autres (Marc 1,9). Nous voyons à quel point Jésus se présente ici, en actes, comme celui qui est « doux et humble de cœur » (Mt 11,29). Qu’importe ce que les gens peuvent dire de lui. Il est venu pour montrer le chemin qui mène au salut, et c’est très concrètement ce qu’il fait ici. Jésus dans les eaux du Jourdain représente toute l’humanité que Dieu appelle au baptême… Alors, chacun entendra le Père lui dire : « Tu es mon enfant bien-aimé, en toi, j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11)…

Jésus manifeste donc par son attitude sa solidarité avec les pécheurs que nous sommes. Il est venu nous rejoindre dans nos ténèbres pour nous révéler le chemin qui mène à la Lumière. Et lui, le premier, par amour, a voulu l’emprunter. Immergé au milieu des pécheurs au tout début de l’Evangile, il mourra crucifié au milieu des pécheurs, pour le salut de tous les pécheurs… « Pour nous, c’est justice », dira l’un d’eux, « nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal » (Lc 23,41). Mais, il a voulu « payer tous nos actes » par son offrande pour nous racheter de la mort et nous donner de vivre ce que nous n’aurions jamais pu vivre par nous-mêmes : la communion à sa vie éternelle…

Cette solidarité ira même encore plus loin car « c’étaient nos péchés qu’en son propre corps, il portait sur le bois, afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par tes blessures, ô Christ, nous sommes guéris ! » (1P 2,21-25). St Matthieu citera le prophète Isaïe : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Mt 8,17 ; Is 53,4). St Paul écrira de son côté que le Christ s’est fait « péché pour nous afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (1Co 5,16-21). Par amour, il a voulu vivre en son cœur et en son corps toutes les conséquences de nos fautes. Il a pris sur lui toutes nos souffrances pour nous en libérer. Sa Croix est en fait la nôtre… En la portant, c’est notre vie de péché qu’il a voulu porter pour nous permettre d’en triompher… A nous maintenant d’accepter de tout lui offrir : nos fautes, nos misères, nos faiblesses, nos lâchetés, nos remords, tout ce qui en fait alourdit notre vie au point, parfois, de l’écraser. Et notre joug deviendra le sien : il le portera avec nous. « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Mt 11,28‑30). Le joug du Christ, c’est donc notre vie blessée qu’il désire porter avec nous. Et cet amour, il va le manifester jusqu’à « l’extrême de l’amour » (Jn 13,1) en mourant sur la Croix de notre mort à tous afin que nous puissions tous vivre de sa vie…

Voilà ce que préfigure son baptême au tout début de l’Evangile : la mort du Christ au milieu des pécheurs pour le salut des pécheurs. Le Christ va s’immerger dans notre mort pour ensuite, si nous l’acceptons, nous entrainer dans sa Résurrection. Jésus reprendra d’ailleurs le vocabulaire du baptême pour évoquer sa Passion : elle sera « le baptême dont je vais être baptisé » (Mc 10,38). Et nous allons le constater : les circonstances mêmes du baptême de Jésus vont encore nous ramener à sa Passion…

En effet, lorsque Jésus fut baptisé, « aussitôt, remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe » (Mc 1,10)… Les cieux se déchirent… Selon la tradition juive, ils s’étaient fermés après la disparition des derniers prophètes (Aggée, Zacharie, Malachie). La communication entre Dieu et les hommes passait pour être rompue. Aussi la prière d’Israël s’élevait-elle avec ardeur : « Ah ! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais » (Is 63,19)… Avec Jésus, elle sera exaucée… Dieu va prendre l’initiative de « déchirer les cieux », c’est-à-dire de balayer tous les obstacles qui pourraient se dresser entre Lui et les hommes. Puis, il envoie l’Esprit Saint qui fera le lien entre le ciel et la terre : « Il est celui qui fait que la rencontre s’accomplit », écrit le P. Jacques Guillet (Vocabulaire de Théologie Biblique, article « Esprit »). C’est lui qui est au cœur de la relation entre le Père et le Fils. Il est cet Amour qui, recevant tout du Père, donne tout au Fils. En Dieu, il est l’artisan de toute relation, de toute communion. Ce n’est d’ailleurs qu’une fois l’Esprit « descendu » sur le Fils que la voix du Père se fait entendre… Jésus apparaît donc dans ce texte comme Celui sur qui repose la Plénitude de l’Esprit, Celui qui vit une parfaite relation avec le Père, en communion avec Lui. Toute sa mission sera de nous donner de pouvoir vivre ce qu’il vit. « Par lui, nous avons libre accès auprès du Père en un seul Esprit » (Ep 2,18). Oui, écrira St Jean, « ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ; – car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie (ou « votre joie ») soit complète » (1 Jn 1,1-4).

Remarquons que St Marc n’emploie le verbe « se déchirer » que deux fois dans tout son Evangile, ici et en 15,38 : « Jésus, jetant un grand cri, expira. Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ». Ce voile séparait dans le Temple de Jérusalem la pièce où, croyait-on, Dieu habitait (le Saint des Saints), de l’autre (le Saint) où les prêtres pouvaient entrer pour brûler de l’encens (Lc 1,8-10) et déposer des offrandes… La signification de ce voile « déchiré de haut en bas » est identique à celle des « cieux déchirés » au moment du baptême de Jésus. Il se déchire à partir du haut, car c’est Dieu qui agit pour enlever toutes les barrières qui le séparent des hommes tout comme celles qui séparent les hommes entre eux (Ep 2,14-18)… Désormais, il n’existe plus aucun obstacle, aucun « voile », qui pourrait empêcher la libre circulation entre « le lieu de Dieu » et « celui des hommes ». Avec le Christ, les deux ne font plus qu’un… Là où est Dieu, là sont les hommes qui accepteront de répondre à son invitation et d’entrer dans la maison de sa Communion. Et là où sont les hommes, là est Dieu, par amour pour eux… « Sa Lumière éclaire déjà tout homme » (Jn 1,9). Et il est là, présent dans le secret de notre chambre, dès que nous nous tournons vers lui pour le prier (Mt 6,6). Et par l’Esprit, jour après jour, il continue de chercher toutes les brebis perdues jusqu’à ce qu’il les retrouve (Lc 15,4-7).

Notons enfin la correspondance entre la symbolique du baptême et l’événement de la passion. Jésus est baptisé par Jean-Baptiste et il descend dans les eaux du Jourdain, une descente qui symbolise son immersion dans notre mort. Et ce n’est que lorsqu’il va atteindre le point le plus profond et commencer à remonter que les cieux vont se déchirer. De même, ce n’est qu’une fois mort sur la Croix que le voile du sanctuaire va se déchirer.

« Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute ma faveur ».

         Cette Parole du Père renvoie à trois textes de l’Ancien Testament :

1 – Psaume 2,7: « Tu es mon Fils »… Dans la scène du baptême de Jésus, St Luc cite d’ailleurs entièrement ce verset : « Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Lc 3,22). Ce psaume était chanté lors de la cérémonie d’intronisation d’un nouveau roi. Jésus est donc présenté ici comme ce Messie royal tant attendu… Tout comme David reçut autrefois l’onction royale du prophète Samuel (1 Sm 16,12-13), Jésus la reçoit ici du prophète Jean-Baptiste. Avec ce psaume, nous découvrons déjà que la royauté de Jésus sera universelle : il recevra du Père « les nations en héritage » et son Royaume s’étendra jusqu’aux « extrémités de la terre ».

2 – Isaïe 42,1 : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j’ai moi-même en faveur, j’ai mis mon Esprit sur lui ». Lorsque le Père dit à Jésus : « Tu as toute ma faveur » (Bible de Jérusalem), « il m’a plu de te choisir » (TOB), il fait allusion à ce texte d’Isaïe (Is 42,1-7: premier poème dit “du serviteur”; les autres sont : 49,1-7; 50,4-11; 52,13-53,12)). Jésus apparaît alors comme le Serviteur de Dieu, qui sera « l’Alliance du Peuple, la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour extraire du cachot le prisonnier, et de la prison ceux qui habitent les ténèbres ». Et c’est bien ce qui arrivera : Christ instaurera en son sang une Alliance Nouvelle et Eternelle dans laquelle le Dieu de Miséricorde ne cessera de se proposer aux pécheurs que nous sommes pour nous arracher à tous nos liens, nous libérer de nos ténèbres, et nous donner de nous réjouir de sa Lumière et de sa Vie…

3 – Genèse 22,2 (22,12 et 22,16). Isaac est appelé ici « fils unique », mais Abraham a eu d’autres enfants (Genèse 16,1-16 ; 25,1-6) ! « Unique » signifie donc ici « infiniment cher », car c’est avec lui et par lui que s’accompliront toutes les promesses que Dieu avaient faites à Abraham: promesse de bénédiction (Gn 12,1-4; promesse d’une terre (Gn 15), promesse d’une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel (Gn 15,5; 22,17; 26,4), la poussière de la terre (Gn 13,16; 28,14), le sable au bord de la mer (Gn 22,17)… La traduction grecque du texte hébreu original, réalisée au 3° s avant JC par la communauté juive d’Alexandrie, a bien, non pas “unique – un seul”, mais “unique – bien-aimé », le mot repris par St Marc ! Tout comme Abraham est prêt à offrir Isaac sur le bois du bûcher, Dieu offrira son Fils Unique, son Bien-Aimé sur le bois de la Croix pour le salut du monde… et cette offrande sera bien sûr aussi celle, totalement libre, par amour, du Fils lui-même pour notre salut à tous… “

Dès le début de l’Evangile, Jésus est ainsi présenté comme le Bien-Aimé offert en sacrifice, l’Oint royal consacré comme Maître des nations, le Serviteur mis à part pour révéler le salut. Toute la suite ne fera que développer ce qui est suggéré ici à demi-mot

                                                                                                                     D.Jacques Fournier

Fiche n°3 (Mc 1,2-13) PDF pour une éventuelle impression




Mc 1,1 : « La Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu ».

« Commencement »… Nous avons vu qu’en reprenant le premier mot du Livre de la Genèse, St Marc nous entraîne tout de suite dans un contexte de création. Le Christ qu’il va nous présenter est venu accomplir le projet créateur de Dieu sur tous les hommes. Il veut permettre à l’humanité d’atteindre le but que Dieu désirait pour elle depuis toujours. En accueillant le Christ et son témoignage sur sa vie de communion avec le Père, chaque homme, chaque femme pourra devenir le plus pleinement possible un fils, une fille « à l’image et ressemblance » du Fils Unique (Gn 1,26‑28; Rm 8,28‑30). Tout comme le Fils se reçoit du Père de toute éternité par « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 5,26), chaque être humain est en effet invité à se tourner librement et de tout cœur vers son Dieu et Père pour se recevoir à son tour de lui… Mais pour qu’il en soit ainsi, Dieu doit d’abord être connu, révélé, manifesté tel qu’il est… Ce sera la mission première du Fils : « faire connaître le Père » (Jn 1,18), manifester « ses entrailles de Miséricorde » (Lc 1,76-78), Lui qui est bouleversé (Os 11,7-9 ; Jr 2,17 ; 4,18-21) devant les multiples souffrances occasionnées par le péché, aussi bien en ceux qui le commettent (Rm 2,9 ; 6,23 ; Lc 15,11-20) qu’en ceux qui le subissent. Aussi, pour nous réconcilier avec le Père et nous donner de retrouver le chemin de la Paix, de la Vie, de la Joie (Jn 15,11) :

  • Il viendra à notre rencontre pour nous rappeler que Dieu est tout proche. En fait, il est déjà là, invisible à nos yeux de chair mais présent au monde et à l’Histoire. « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et l’Esprit par nature échappe à notre regard… Et pourtant, « toute la terre, Seigneur, est remplie de ton amour »… Seul notre cœur peut percevoir cette Présence. Telle est l’aventure à laquelle le Christ est venu nous initier, dans la foi, et c’est lui-même qui, petit à petit, nous apprendra à le reconnaître. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde », dit-il, ressuscité, à ses disciples (Mt 28,20). Mais il sait bien que cette démarche n’est pas facile pour nous : « Ô cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes !», dit-il aux deux disciples d’Emmaüs (Lc 24,25). Mais il nous aime. Il veut nous sauver, il veut notre bien plus que nous-mêmes. Sa patience est infinie. Accepterons-nous de le laisser faire, c’est‑à-dire de le laisser agir et régner dans nos cœurs et dans nos vies (Marc 1,15) ?

  • Il nous invitera et nous aidera à revenir à Dieu et à nous tourner vers Lui de tout notre cœur : c’est la conversion (Marc 1,15), un immense bonheur pour tous ceux et celles qui acceptent cette démarche.

  • Il nous offrira de balayer tous les obstacles qui pourraient exister entre nous et Dieu. Il suffira de tout lui offrir. Envoyé par « le Père des miséricordes» (2Co 1,3), il est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Il effacera toutes nos misères passées par « le pardon des péchés » qu’il est venu nous proposer au Nom de son Père. Toute sa mission est là : « Donner » à tous les hommes de « faire l’expérience du salut » par « le pardon des péchés » (Lc 1,77). Dieu, le premier, veut en effet tout nous pardonner car sa seule préoccupation est que nous « soyons » le mieux possible, au sens fort du terme. C’est pourquoi il fera tout pour que nous puissions retrouver, avec son Fils et par lui, ce dont nous étions privés par suite de nos fautes. Mais pour cela, il faut que nous acceptions de notre côté nos imperfections, nos faiblesses et nos misères… Nous sommes tous ainsi (Rm 3,9) ! Et si nous les lui offrons de tout cœur, en les regrettant bien sûr, Dieu sera le premier à s’en réjouir : « Il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentir» (Lc 15,7). Jésus est mort sur la croix pour cela, pour que, de son cœur transpercé, la surabondance de sa Miséricorde coule sur nous en « fleuves d’Eau Vive » (Jn 7,37-39 avec 19,33). Alors, si nous acceptons de la recevoir, nous expérimenterons avec elle, jour après jour, « le pardon » et la paix : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28). « Il n’y a qu’un mouvement au cœur du Christ : effacer le péché et emmener l’âme à Dieu », écrivait Elisabeth de la Trinité. Aussi, « qu’il est bon, au jour où l’on ne sent que sa misère, d’aller se faire sauver par lui ». « Nous sommes bien faibles, je dirais même que nous ne sommes que misère, mais Il le sait bien, Il aime tant nous pardonner, nous relever, puis nous emporter en Lui, en sa pureté, en sa sainteté infinie. C’est comme cela qu’Il nous purifiera, par son contact continuel »… Si nous consentons à ce « contact continuel » toujours offert (Mt 28,20), si nous acceptons de tout lui offrir jour après jour avec confiance, alors il agira en nous et petit à petit nous transformera : « Avec joie, vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien‑aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,12-14)… En effet, « voici qu’à présent », ce Fils « vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et sans reproche » (Col 1,22). Pouvait-il faire plus pour nous réconcilier à Dieu et nous permettre ainsi d’être avec lui dans sa Lumière et dans sa Vie ?

Jean-Baptiste préparera les foules à le recevoir (Marc 1,4) en les apprenant à se reconnaître pécheurs… S’ils l’acceptent, ils n’auront plus qu’à accomplir la même démarche avec le Christ Sauveur. Alors, ils recevront aussitôt de lui le Pardon (Mc 2,5) et la Paix du cœur, prémices de ce vrai bonheur que Dieu veut offrir à tous les hommes, par-delà notre mort…

  • Puis le Christ nous invitera, jour après jour, à marcher à sa suite en demeurant dans son amour, comme lui-même demeure dans l’amour du Père (Jn 15,10). Et rappelons-nous ce principe de Ste Thérèse de Lisieux. Pour Dieu, il est à prendre au pied de la lettre : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». Or « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16). Dans son Amour éternel, il ne cesse de se donner Lui-même, tout ce qu’il est, et c’est ainsi qu’il engendre le Fils de toute éternité. Se laisser aimer par le Père, c’est donc accepter, à la suite et à l’exemple du Fils, de recevoir ce Don que le Père ne cesse de faire de lui‑même. Et il est « Esprit» (Jn 4,24). Et c’est dans l’accueil de ce Don de l’Esprit (1Th 4,8) que nous trouverons avec lui la Plénitude de la Vie… Car « l’Esprit vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Et comme « Dieu est aussi Lumière » (1Jn 1,5), accueillir l’Esprit de Lumière suppose que nous nous détournions, avec son aide, de toute forme de ténèbres… Heureusement, de pardon en pardon, Dieu nous permet, avec une infinie patience, de lui redire notre « oui ! »…

« L’Evangile »

Le deuxième mot employé par St Marc au tout début de son récit est « Evangile ». Le Nouveau Testament nous est parvenu en grec. Le mot « Evangile » vient directement du grec « eÙagg™lion » ; il signifie « Bonne Nouvelle ». En parlant ainsi, le Christ reprenait les termes du prophète Isaïe où le verbe correspondant, « annoncer une Bonne Nouvelle à… , porter une Bonne Nouvelle à», apparaît en :

  • Isaïe 40,1-5.9-11 : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,

(2) parlez au cœur de Jérusalem

et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée,

qu’elle a reçu de la main du Seigneur deux fois le prix pour toutes ses fautes.

(3) Une voix crie : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ;

dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.

(4) Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées,

que les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée;

(5) alors la gloire du Seigneur se révélera

et toute chair, d’un coup, la verra, car la bouche du Seigneur a parlé.

(9) Monte sur une haute montagne, toi qui portes la Bonne Nouvelle à Sion ;

élève et force la voix, toi qui portes la Bonne Nouvelle à Jérusalem ;

élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! »

(10) Voici le Seigneur Dieu qui vient avec puissance, son bras assure son autorité ;

voici qu’il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui.

(11) Tel un berger il fait paître son troupeau,

de son bras, il rassemble les agneaux, il les porte sur son sein,

il conduit doucement les brebis mères.

Les rois d’Israël n’ont pas écouté les prophètes qui, au nom de Dieu, les exhortaient à ne pas résister aux Babyloniens. Ils ont désobéi, ils ont péché, ils ont été vaincus et déportés à Babylone. Leur souffrance est grande, ils sont tentés par le désespoir : s’ils avaient écouté, ils n’en seraient pas là… Mais Dieu, dans sa miséricorde et sa tendresse, va les rejoindre là où leur désobéissance les a conduits, et il va les consoler des conséquences douloureuses de leurs péchés ! Or, dans le contexte de l’époque, pour recevoir le pardon de ses péchés, il fallait offrir un sacrifice de « réparation » (un taureau, un bouc…) au Temple de Jérusalem. Mais comment le faire désormais : déportés, ils sont loin de leur pays et en plus, le Temple est détruit ! Alors, avec une infinie délicatesse, Dieu va leur dire par son prophète Isaïe qu’ils n’ont pas besoin de revenir à Jérusalem. Et si le Temple est détruit, qu’ils ne s’en fassent pas : Lui‑même a déjà offert « deux fois le prix de toutes leurs fautes » (TOB) ! Tout est abondamment pardonné et « réparé »… Qu’ils se réjouissent donc : un avenir nouveau s’ouvre devant eux. Dieu ne les a pas abandonnés : Il vient les rejoindre ! Aussi, qu’ils se préparent à l’accueillir, « qu’ils dégagent un chemin pour le Seigneur » car « voici votre Dieu, voici le Seigneur Dieu ! ». « Il vient avec puissance » pour sauver et rassembler son troupeau dispersé. Lui-même d’ailleurs « portera ses agneaux sur son cœur », et les ramènera tous dans sa Maison (Jean 14,1-3). Les voir sauvés sera alors pour lui « son salaire, sa récompense », sa joie (So 3,14-18).

  • Isaïe 52,7-10 : Comme il est beau de voir courir sur les montagnes

celui qui porte la Bonne Nouvelle de la paix,

celui qui porte la Bonne Nouvelle du salut,

celui qui vient dire à la cité sainte : « Ton Dieu règne ! »

8 – Écoutez la voix des guetteurs, leur appel retentit, c’est un seul cri de joie ;

ils voient de leurs yeux le Seigneur qui revient à Sion.

9 – Éclatez en cris de joie, ruines de Jérusalem,

car le Seigneur a consolé son peuple,

il rachète Jérusalem !

10 – Le Seigneur a montré la force divine de son bras aux yeux de toutes les nations.

Et, d’un bout à l’autre de la terre, elles verront le salut de notre Dieu.

 

Là encore, la Bonne Nouvelle annoncée est celle du salut que Dieu offre gratuitement, par amour. « Le Seigneur revient à Sion[1] », c’est-à-dire Jérusalem. Sa venue est donc certaine. Et que fera-t-il ? Il va « déployer la force de son bras » pour « consoler » son Peuple des conséquences douloureuses de ses infidélités évoquées ici par « les ruines de Jérusalem ». L’ennemi s’était emparé de la ville, la déclarant sienne ? Ne tenant pas compte de ses fautes passées, Dieu la « rachète », la reprend, car en fait elle a toujours été sienne… La Bonne Nouvelle qu’il s’agit d’annoncer est donc : « Ton Dieu règne ». Sa miséricorde règne sur notre misère, son pardon efface toutes nos fautes. Libéré du poids du remords et de la culpabilité, le Peuple de Dieu peut regarder l’avenir en poussant des cris de joie. Ils vont enfin connaître « la paix », une paix inespérée, fruit du salut que Dieu vient leur offrir. Et dans la Bible, « la paix » est synonyme de « plénitude » et donc de « bonheur »… « Toutes les nations » verront ce « salut de Dieu » pour son Peuple, un salut que le Christ invitera à annoncer « d’un bout à l’autre de la terre »… « Allez dans le monde entier » (Mt 28,19)…

  • Isaïe 61,1-3 : L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi,

car le Seigneur m’a donné l’onction ;

il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres,

panser les cœurs meurtris,

annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance,

(2) proclamer une année de grâce de la part du Seigneur

et un jour de vengeance pour notre Dieu,

pour consoler tous les affligés,

(3) pour leur donner un diadème au lieu de cendre,

de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil,

un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu ;

       et on les appellera térébinthes de justice, plantation du Seigneur pour se glorifier.

« La Bonne Nouvelle » sera portée ici par le Messie, c’est-à-dire celui qui a reçu « l’onction ». Dans l’Evangile selon St Luc (Lc 4,16‑22), Jésus lit ce texte dans la synagogue de Nazareth au moment où il commence sa mission publique… « La délivrance », « la libération » qu’il apporte est avant tout celle offerte dans « le pardon des péchés ». Dans le grec des Evangiles, c’est le même mot qui est employé pour parler de « pardon », de « délivrance », de « liberté » ou de « libération » (Lc 3,3 ; 24,47)… Et Jésus arrête sa lecture au début du verset 2, laissant de côté une des nombreuses imperfections de l’Ancien Testament[2] : « un jour de vengeance pour notre Dieu ». Non, Dieu n’est pas ainsi… Son seul souci est que tous ses enfants de par le monde soient les plus heureux possible, de cette « huile de joie » que lui seul peut communiquer : « l’onction » de « l’Esprit du Seigneur »…

Tous ces textes qui annonçaient « prophétiquement » une action libératrice de Dieu peuvent maintenant être lus « au présent » avec le Christ. Avec Lui et par Lui, Dieu réalise très concrètement dans nos cœurs et dans nos vies, toutes ses promesses. C’est pour cela que le Christ insiste si souvent sur « l’accomplissement » de ces paroles :

  • Marc 1,15 : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche :

convertissez-vous et croyez à l’Evangile ».

  • Luc 4,21 (après avoir lu Isaïe 61,1-2, le Christ leur dit) :

« Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture ».

Ce point est très important : maintenant, par notre foi au Christ Jésus, Dieu se propose d’agir pour nous selon sa Parole. Ste Thérèse de Lisieux, en lisant certains textes ne pouvait que s’écrier : « Oui ! C’est çà ! C’est vraiment cela que je vis, c’est cela que Dieu fait pour moi ». Après avoir lu par exemple Ezéchiel 16,1-14, elle écrira : « Le bon Dieu a fait pour moi ce que rapporte Ezéchiel dans ses prophéties : « Passant auprès de moi, Jésus a vu que le temps était venu pour moi d’être aimée, Il a fait alliance avec moi et je suis devenue sienne… Il a étendu sur moi son manteau, il m’a lavée dans les parfums précieux, m’a revêtue de robes brodées, me donnant des colliers et des parures sans prix… Il m’a nourrie de la plus pure farine, de miel et d’huile en abondance… alors je suis devenue belle à ses yeux et Il a fait de moi une puissante reine !… »

Oui Jésus a fait tout cela pour moi, je pourrais reprendre chaque mot que je viens d’écrire et prouver qu’il s’est réalisé en ma faveur »…

Dans un autre passage, en évoquant sa vie de foi, elle se rappellera une phrase de l’Evangile selon St Luc (17,21) : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de nous »[3]. Et elle écrira : « Je comprends et je sais par expérience “Que le royaume de Dieu est au-dedans de nous.” Jésus n’a point besoin de livres ni de docteurs pour instruire les âmes ; Lui, le Docteur des docteurs, il enseigne sans bruit de paroles… Jamais je ne l’ai entendu parler, mais je sens qu’Il est en moi ; à chaque instant, Il me guide et m’inspire ce que je dois dire ou faire. Je découvre juste au moment où j’en ai besoin des lumières que je n’avais pas encore vues ; ce n’est pas le plus souvent pendant mes oraisons qu’elles sont le plus abondantes, c’est plutôt au milieu des occupations de ma journée ».

L’Evangile est donc avant tout cette « Bonne Nouvelle » que Dieu est là, tout proche de chacun d’entre nous et il se propose de « régner » dans nos cœurs et dans nos vies si nous acceptons de le laisser faire. A nous de tout lui offrir, de tout lui donner, de nous laisser aimer et de le laisser régner en nous… Alors, sa Lumière brillera dans nos ténèbres sans que celles-ci ne puissent la saisir (Jn 1,5). Sa Miséricorde règnera sur notre misère pour nous rétablir et nous rétablir encore en cette condition d’enfants de Dieu vivants de sa vie et comblés de sa paix.

A sa sœur Pauline, devenue Mère Agnès, Ste Thérèse de Lisieux écrivait : « Ma Mère chérie, vous qui m’avez permis de m’offrir ainsi au Bon Dieu, vous savez les fleuves ou plutôt les océans de grâces qui sont venus inonder mon âme… Ah ! depuis cet heureux jour, il me semble que l’Amour me pénètre et m’environne, il me semble qu’à chaque instant cet Amour Miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme et n’y laisse aucune trace de péché »…

« Jésus »

Lorsque l’Ange Gabriel annonça à Marie qu’elle allait « être enceinte et enfanter un fils », il lui indiqua le nom qu’il fallait lui donner : « tu l’appelleras du nom de Jésus » (Luc 1,26-33).

Dans notre Crédo, nous disons à propos du Fils Unique de Dieu qu’il est « né du Père avant tous les siècles ». Il existe donc depuis toujours d’une existence qu’il reçoit sans cesse de son Père. « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». C’est ce que le Père fait de toute éternité pour le Fils. Il l’aime, il se donne à lui, tout entier, tout ce qu’il est, et en se donnant, il « l’engendre ». Nous proclamons alors notre foi en disant : « Il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé »… Tel est le Mystère du Fils, qui se reçoit du Père de toute éternité, et qui nous invite à faire de même pour que nous aussi, nous accomplissions pleinement notre vocation : devenir des enfants de Dieu vivants comme lui de la vie du Père (Jn 6,57), la vie éternelle (Jn 1,12).

Envoyé par le Père, ce Fils Unique est venu dans le monde et « par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». Plus tard, lorsque les hommes le rencontreront sur les routes de Palestine, ils l’appelleront du nom de « Jésus ».

« Jésus » désigne donc « le Fils Unique de Dieu fait homme », vrai Dieu et aussi vrai homme. St Jean l’appelle aussi « le Verbe ». « Le Verbe était Dieu… et le Verbe s’est fait chair, … nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Unique-Engendré » (Jn 1,1 ; 1,14). Et dans sa chair, tout le monde l’appelait « Jésus »…

De plus ce nom exprime sa Mission. « Jésus » (Yéhoshua ou Yeshua en hébreu) signifie « Yahvé sauve ». Or « Yahvé », dans l’Ancien Testament, est le Nom du Dieu de l’Alliance (Exode 3,13-15, traduction Bible de Jérusalem), Celui qui dans le Nouveau Testament s’est révélé comme étant « Notre Père » (Mt 6,9 ; Jn 20,17). Le nom de « Jésus » renvoie donc au Père en tant qu’Il nous sauve. Avec son Fils et par Lui, Dieu le Père en personne vient sauver tous les hommes, ses enfants…

« Christ »

« Christ » est encore un nom qui se rapporte à la mission de Jésus. Il vient du verbe grec « kriô » qui signifie « oindre, enduire » ; « kristos » sera donc « celui qui a reçu l’onction ».

Le mot « Messie » a exactement la même signification, mais lui vient de l’hébreu, la langue de l’Ancien Testament. « Massah » signifie « asperger, oindre », et « massiah » ou « messiah », « celui qui a reçu l’onction ».

Dans l’Ancien Testament, le roi était « l’Oint du Seigneur » par excellence, celui que Dieu avait « élu » pour gouverner son Peuple. L’onction d’huile lui était appliquée par un homme de Dieu, prophète ou prêtre.

Le roi David, par exemple, fut oint par le prophète Samuel (1 Samuel 16,1-13) : Samuel prit une corne remplie d’huile et la versa sur la tête du jeune David. Dès lors, « l’Esprit du Seigneur fondit sur David ». L’huile en elle-même n’a aucune importance : elle est le signe visible de l’Esprit invisible de Dieu qui vient pénétrer le cœur du jeune David comme l’huile pénètre dans la peau. Par le don de cet Esprit, Dieu communiquait au roi toutes les grâces nécessaires pour le bon accomplissement de sa mission. En effet, le roi n’était que l’instrument par lequel Dieu régnait sur son Peuple.

La royauté disparut en Israël lorsque Nabuchodonosor, roi de Babylone, envahit la Palestine en 587 avant Jésus-Christ. Les Israélites espèreront toujours avoir un nouveau roi car Dieu avait promis à David : « Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi » (2 Samuel 7,12-17). Les siècles passèrent… A l’époque de Jésus, Israël attendait encore la réalisation de cette promesse, et ils lisaient un certain nombre de textes prophétiques en pensant à ce Roi, descendant de David, qui devait venir : le Messie (Psaumes 2,2 ; 20(19),7 ; 132(131),17 ; Isaïe 9,1-6 ; Isaïe 11,1-9…). Beaucoup croyaient qu’il libèrerait son Peuple de ses ennemis, les Romains, pour lui redonner enfin son indépendance, sa liberté, sa splendeur d’autrefois. Mais la royauté de Jésus (Jn 18,33-37) n’est pas d’ordre national ou politique (Jn 6,15) : elle est proposition à tout homme d’un Amour qui sauve et ne décevra jamais.

Le titre de Roi est d’ailleurs le plus souvent appliqué à Jésus pendant sa Passion[4], car c’est là qu’il manifeste avec le plus de clarté « comment » il est le Messie, « comment » il est le Roi promis. En cet instant, Jésus offre sa vie et les souffrances que lui infligent les hommes… pour les hommes eux-mêmes ! Bref, Jésus continue d’aimer « jusqu’à l’extrême de l’amour » (Jean 13,1). Sa croix est comme une déclaration d’amour lancée à toutes les générations : « Vous pouvez me faire cela, je vous aimerai toujours ; bien plus, j’offre cette souffrance que vous m’infligez pour votre salut. Vous me faites du mal, je ne cesse de penser à votre bien. Vous voulez ma mort, je veux votre vie, je souffre pour vous, je meurs pour vous et je ressuscite pour vous »… Celui qui fait le mal manifeste en effet, par ce mal qu’il commet, qu’il n’est pas « à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,26-28) puisque « Dieu est Amour » et qu’il n’est qu’Amour (1Jn 4,8.16)… « Il fait lever son soleil sur les bons et les méchants et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5,45). Celui qui fait le mal est donc spirituellement malade… Or, nous dit Jésus, « ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir » (Lc 5,31-32). Et il offrira sa vie pour la guérison de tous ces malades de cœur qui font le mal, qui le tuent… Et ressuscité, il viendra vers eux pour les appeler à se repentir, à recevoir son pardon et trouver avec lui la Plénitude de la Vie. C’est ainsi que Pierre dira à ceux qui avaient crié « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » : « C’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et l’a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,26).

Dieu, en effet, ne cesse de « bénir » tous les hommes, où qu’ils soient, quoi qu’ils fassent… Se convertir, c’est, avec son aide, se détourner du mal de tout cœur pour se découvrir aussitôt comblé par « toutes sortes de bénédictions spirituelles » (Ep 1,3).

« O Jésus ! laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie… Comment veux-tu devant cette Folie, que mon cœur ne s’élance pas vers toi ? Comment ma confiance aurait-elle des bornes ? » (Ste Thérèse de Lisieux)…

 

« Fils de Dieu »

Dans l’Ancien Testament, le titre de « fils de Dieu » est donné :

1 –  Aux anges : ces créatures participent à la vie éternelle de Dieu.

2 – A Israël (Exode 4,22 ; Osée 11,1) tout entier ; Dieu apparaît alors déjà comme un Père pour son Peuple avec tout l’amour et la tendresse que cela suppose (Jérémie 3,4 ; 3,19 ; 31,9 ; 31,20). Et Jésus nous révèlera que Dieu est avant tout pour chacun d’entre nous un Père très aimant.

3 – Au roi d’Israël (2 Samuel 7,14 ; Psaume 2,7 et 89 (88), 27-28). Mais ce titre ne fait que décrire la relation toute spéciale qui unit Dieu à son roi. Ce dernier reste un homme invité, comme tout le monde, à aimer Dieu de tout son cœur et de toute sa force (Deutéronome 6,4-5), dans la fidélité à la Loi donnée à Moïse au sommet du Mont Sinaï… En Egypte, le Pharaon était considéré comme un Dieu ; en Israël, il n’en sera jamais ainsi.

Avec Jésus, vrai homme, vrai fils d’Israël et vrai roi, les deux derniers sens (2 et 3) restent valables. Mais il est aussi une Personne divine qui existe de toute éternité. Il est le Fils qui, depuis toujours et pour toujours, se reçoit entièrement de son Père. « Engendré, non pas créé, de même nature que le Père », il est le « Fils de Dieu » au sens fort, à un titre unique. Son Père possède toutes les richesses de la « nature » divine, et en se donnant totalement à lui, il lui communique tout ce qu’Il a (Jean 16,15), tout ce qu’Il est, de telle sorte que le Fils est de même « nature » que le Père… L’Esprit Saint, quant à Lui, est cette Personne divine qui fait le lien entre le Père et le Fils. Il est au cœur de leur relation : le Fils reçoit tout du Père par l’Esprit Saint et il rend grâces au Père par ce même Esprit Saint.

Et nous, créatures humaines, Dieu nous appelle nous aussi à devenir ses fils et ses filles en participant, par notre foi au Fils, au don que le Père fait à son Fils par l’Esprit Saint… En effet, nous sommes tous invités à recevoir par le Fils ce que le Fils Lui-même reçoit de son Père. Le don du Père fait de lui le Fils Unique ; ce même don, reçu avec le Fils et par notre foi au Fils, accomplira pour chacun d’entre nous notre vocation à « devenir enfants de Dieu » (Jean 1,12) par l’accueil de « l’Esprit qui vivifie » (Jean 6,63 ; Galates 5,25 ; 2P 1,3-4)…

 

 Conclusion

« Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu ». En ce premier verset de son ouvrage, St Marc donne donc le ton en utilisant les mots clés qui structureront toute la suite.

« L’Evangile, la Bonne Nouvelle » dont il est question sera centrée sur Jésus. Elle sera tout aussi bien « la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus » que « la Bonne Nouvelle qu’est Jésus Lui-même, mort et ressuscité pour chacun d’entre nous ». En effet, Jésus est venu nous partager ce qu’il vit avec son Père. Lorsqu’il nous parle du « Royaume des Cieux », il le vit, car « le Règne de Dieu n’est pas une affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). « Dans l’Esprit Saint » : voilà ce qui résume le trésor de Jésus. Il vit uni à son Père dans la communion d’un même Esprit. C’est cela « le Royaume des Cieux »… Voilà la réalité spirituelle dont il ne cesse de nous parler, notamment avec les nombreuses images des paraboles. Et quand nous le regardons, nous voyons « quelqu’un » qui vit parfaitement ce qu’il dit… C’est pourquoi Jésus lui-même est « le chemin » qui nous conduit vers le Père (Jn 14,6) : il est l’exemple parfait, le modèle de ce que le Père nous invite tous à vivre… Et l’aventure est possible car elle sera avant tout le fruit de sa Miséricorde sans mesure. Il nous suffit, instant après instant, de nous offrir à elle de tout cœur… « Le Seigneur fait tout pour moi… Seigneur, éternel est ton amour, n’arrête pas l’œuvre de tes mains » (Ps 138(137),8)…

De plus, l’Evangile de Marc compte 16 chapitres qui se divisent à peu près en deux parties égales :

1 – Dans la première moitié, nous cheminerons avec les disciples de Jésus, et nous reconnaîtrons avec eux, grâce à sa Parole et aux nombreux signes qu’il accomplit, qu’Il est bien « le Christ » (Mc 8,27-30).

2 – Dans la deuxième moitié, nous verrons comment Jésus est le Christ, le Messie promis. Et en le regardant mourir sur une croix par amour pour chacun d’entre nous, nous dirons avec le centurion romain : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15,39).

Puis, témoins de sa Résurrection (chapitre 16), nous serons tous invités à « aller dans le monde entier pour proclamer l’Evangile à toute la création » (Mc 16,15‑18). La perspective de St Marc est en effet missionnaire car lui-même est un missionnaire qui désire faire de chacun d’entre nous des témoins de l’Evangile (Lc 24,48). Si vraiment, en effet, nous avons rencontré le Christ, si nous avons goûté à sa Miséricorde, à sa Douceur et à sa Paix, nous ne pourrons que reconnaître que nous avons trouvé avec lui « le trésor » de la vie :

Mt 13,44 : « Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ ».

Or, nous l’avons vu, « le Royaume des Cieux est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), et « votre Père », nous dit Jésus, « a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32) en vous « donnant l’Esprit Saint » (1Th 4,8). Tel est « le trésor » que nous portons dès maintenant dans « le vase d’argile » de notre condition humaine blessée et si souvent souffrante (2Co 4,5-12)… Et même si notre vie est parsemée d’épreuves de toutes sortes, la vraie vie et la vraie joie sont «  », offertes mystérieusement à notre foi : « Vous avez accueilli la Parole parmi bien des souffrances, avec la joie de l’Esprit Saint », écrit St Paul aux Thessaloniciens (1Th 1,6)… Et aux Corinthiens : « Je surabonde de joie dans toutes nos épreuves », dit-il aux Corinthiens (2Co 7,4). Il expérimentait, en effet, la Présence Fidèle de Dieu au cœur de toutes ses difficultés, une Présence qui le consolait, le réconfortait, l’encourageait et lui permettait de tenir bon… La Parole du Christ s’accomplissait :

Mt 11,28-30 : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau,

et moi, je vous procurerai le repos.

(29)              Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples,

car je suis doux et humble de cœur,

et vous trouverez le repos.

(30)              Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Telle est « la Bonne Nouvelle, L’Evangile ». Le mot apparaît 8 fois en tout en St Marc, et le chiffre 8 est symbole « d’infinie perfection » (7 est symbole de perfection) : avec les trois premières (Mc 1,1 ; 1,14 et 15), il nous présente son contenu. Puis il nous exposera ses exigences pour que nous puissions être vraiment des disciples de Jésus annonçant l’Evangile (Mc 8,35 ; 10,29). Enfin il nous dira à qui cet Evangile doit être annoncé : aux nations (13,10), au monde entier (14,9), à toute la création (16,15)…

                                                                                                             D. Jacques Fournier

 

[1] Sion est le nom de la colline de Jérusalem sur laquelle le Temple était construit.
[2] Concile Vatican II, « Dei Verbum » &15 : « L’économie de l’Ancien Testament était organisée par-dessus tout pour préparer la venue du Christ Rédempteur de tous et du Règne messianique, pour l’annoncer prophétiquement et la présager par diverses figures. Les livres de l’Ancien Testament présentent à tous, selon la situation du genre humain avant le salut apporté par le Christ, une connaissance de Dieu et de l’homme et des méthodes dont Dieu, qui est juste et miséricordieux, agit avec les hommes.
Ces livres, bien qu’ils contiennent des choses imparfaites et provisoires, montrent pourtant la vraie pédagogie divine. Aussi ces mêmes livres, qui expriment un sens vivant de Dieu, dans lesquels sont dissimulés des enseignements élevés sur Dieu, une sagesse profitable sur la vie des hommes et de magnifiques trésors de prières, dans lesquels enfin est caché le mystère de notre salut, doivent être reçus avec piété par les chrétiens. »
[3] On peut aussi traduire comme la Bible de Jérusalem : « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous » ; ou comme la TOB : « Le Règne de Dieu est parmi vous ». Mais la Bible de Jérusalem et la TOB indiquent en notes que l’on peut aussi traduire « en vous », une traduction habituelle à l’époque de Ste Thérèse…
[4] Le titre de « Roi » apparaît en St Jean en : 1,49 (présentation de Jésus « Roi d’Israël » au tout début de l’Evangile) ; 6,15 (il n’est pas un roi « terrestre ») ; 12,13 et 12,15 (entrée de Jésus à Jérusalem, juste avant sa Passion) ; puis vient la Passion : 18,33 ; 18,37 ; 18,39 ; 19,3 ; 19,12 ; 19,14 ; 19,15 ; 19,19 ; 19,21.

Fiche n°2 (Mc 1,1) – Fichier PDF pour une éventuelle impression




Mc 1,1 : « Commencement de l’Evangile de Jésus Christ, Fils de Dieu ». « Commencement », une allusion à la Création décrite en Genèse 1.

Le tout premier mot de l’Evangile selon St Marc est « Commencement », un début identique à celui du Livre de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1). Or les premiers chapitres de la Genèse nous présentent le projet créateur de Dieu. St Marc nous entraine donc dans un contexte identique : avec le Christ, il va nous parler de « création », car il a découvert que la mission première du Christ est de « faire toutes choses nouvelles » par le Don de l’Esprit Saint (Is 43,19). Avec lui et par lui, le projet de Dieu sur l’humanité va pouvoir s’accomplir pleinement…

St Jean commencera lui aussi son Evangile comme St Marc, en faisant allusion au Livre de la Genèse : « Au commencement était le Verbe »… Mais chez lui ce mot « commencement » ne renvoie pas au « commencement » de la création, mais à l’éternité de Dieu, avant tout « commencement »… Il écrit en effet : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu »… Néanmoins, lui aussi reste bien dans un contexte de création. Genèse 1 nous présentait Dieu créant le monde en Dix Paroles. St Jean nous parle lui d’une Personne Divine qu’il appelle « le Verbe », « la Parole » : c’est Jésus, « le Fils Unique » qui prendra chair de la Vierge Marie. «Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut », nous dit-il. Le Père créa donc le monde et les hommes par son Fils. Il les sauvera aussi par son Fils. Le contexte est donc identique à celui de St Marc : accueillir le Christ, c’est recevoir avec Lui le Don de Dieu qui nous permettra de devenir ce que Dieu veut vraiment que nous soyons. Le Livre de la Genèse en parle en termes « d’image et ressemblance », comme un enfant qui ressemble à son papa… St Jean, lui, emploiera directement ce mot « enfant », et il écrira : « A tous ceux qui ont accueilli » le Verbe, « le Fils Unique », « il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom » (Jn 1,12). Ainsi, l’Evangile de Jean, tout comme celui de Marc, a été écrit « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom » (Jn 20,31), cette vie de Dieu qui, accueillie librement, permet à celui ou celle qui la reçoit de devenir en plénitude ce qu’il est déjà aux yeux de Dieu Notre Père : un enfant vivant de sa Vie…

 Si nous voulons bien comprendre la suite de l’Evangile, la mission de Jésus, les moyens qu’il a employés pour la mettre en œuvre, il est donc important de relever les points principaux de ce projet créateur de Dieu tels qu’ils nous sont présentés dans les premiers chapitres du Livre de la Genèse.

 Le récit de la création du monde (Gn 1,1-2,4a) nous apparaît sous la forme d’une poésie en sept strophes, qui était peut-être à l’origine un cantique liturgique. Chaque strophe correspond à une journée et se termine par un refrain : « Et Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin, Xème jour ». L’homme apparaît comme la toute dernière créature : il est le sommet de la création, la plus belle œuvre de Dieu, avec lui « tout est très bon ».

Gn 1,26-28 : Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. (27) Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa[1](28) Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre ».

 A la différence de toutes les autres créatures, Dieu commence par désirer l’homme. Quelque soit notre histoire, les souffrances et les blessures de notre enfance, si nous sommes là aujourd’hui, c’est que Dieu nous a désirés, voulus, aimés…

 Sagesse 11,24 : Seigneur, « tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé ».

 Lisons maintenant Gn 1,24-25 : « Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espècebestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce et il en fut ainsi. (25) Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les bestioles du sol selon leur espèce, et Dieu vit que cela était bon. »

Nous l’avons remarqué, le mot « espèce » revient très souvent pour évoquer la multitude des différentes « espèces » d’animaux. Mais il disparaît en Gn 1,26‑28 dès que l’on parle de l’homme. Il n’existe donc pas différentes « espèces » d’homme, mais une seule ; quelques soient la couleur de notre peau ou de nos cheveux, la forme de nos yeux… nous appartenons tous à une seule et même « espèce », « l’espèce » humaine. Toutes nos différences visibles ne sont qu’une illustration de l’incroyable richesse de l’humanité où chaque personne humaine créée est unique. Et cette unicité est comme imprimée dans tout ce que nous sommes. Prenons l’image d’un sceau. Chaque personne humaine est unique ; chacune a son sceau particulier. Par contre, nous vivons et nous nous exprimons tous au travers d’une « nature humaine » identique pour tous : un corps de chair et de sang, une intelligence, une mémoire, une volonté, une sensibilité et une dimension spirituelle qui est à la racine du Mystère de notre vie, nous le verrons par la suite… Cette nature humaine commune à tous, comparons là à de la cire. Nous allons maintenant utiliser cette même cire pour chaque sceau, et le résultat sera à chaque fois différent, car chaque sceau est unique… Ainsi sommes-nous sur cette terre… Tous les hommes possèdent la même nature humaine, mais chacun est différent car les personnes humaines qui vivent et s’expriment par cette nature humaine commune à tous sont différentes… Une même cire, des sceaux différents, magnifique richesse de l’humanité prise en son ensemble…

Remarquons aussi qu’en Gn 1,26, le mot « homme » (« Adam » en hébreu) est au singulier ; et pourtant, juste après, le verbe est au pluriel : « qu’ils dominent »[2]. Le mot « homme » au singulier ne désigne donc pas ici un seul homme mais toute l’humanité qui, en son ensemble (hommes et femmes), a été créée « à l’image et ressemblance de Dieu ». Seule la révélation apportée par Jésus-Christ permet de percevoir toute la portée de ce texte. En effet, nous découvrons avec elle que Dieu est un Mystère de Trois Personnes Divines différentes unies entre elles dans la communion d’un même Esprit : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Ces Trois Personnes divines sont bien distinctes l’une de l’autre, et pourtant, Jésus déclare : « Moi et le Père, nous sommes UN » (Jn 10,30). Jésus n’est pas le Père, le Père n’est pas Jésus, et pourtant les deux sont UN au sens où tous les deux sont unis l’un à l’autre dans la communion d’une même nature divine par laquelle ils vivent et s’expriment. Cette nature divine, nous dit St Jean, « est Esprit » (Jn 4,24), « Amour » (1Jn 4,8.16) et « Lumière » (1Jn 1,5). Les Trois sont ainsi unis l’un à l’autre par la communion d’un même Esprit qui est tout à la fois Amour, Lumière et nous pourrions rajouter Vie, Douceur, Joie, Paix, Justice… Ils agissent toujours ensemble, l’un avec l’autre (Jn 8,29 ; 15,10), l’un par l’autre (Jn 5,19-20). Et toute l’humanité est appelée à « être à leur image et ressemblance », c’est-à-dire à vivre elle aussi ce Mystère de Communion que Dieu vit. Nous l’avons vu, nous sommes déjà en communion les uns avec les autres par cette nature humaine qui est la même pour tous. La Bible emploie trois mots principaux pour la décrire : « corps », « âme » et « esprit ». Et l’homme est tout à la fois « corps », « âme » et « esprit ». Ces trois dimensions de son être sont inséparables l’une de l’autre… Cette notion « d’esprit » nous rappelle que nous sommes tous des créatures spirituelles « à l’image et ressemblance » de ce Dieu qui « est Esprit »… Le second récit de la création le présente avec cette image d’un Dieu qui, en créant l’homme, a commencé par le façonner statue « de glaise ». Puis il souffla en elle, « et l’homme devint un être vivant ». Or « le souffle de Dieu » dans la Bible renvoie à son Esprit. Le mystère de nos vies réside donc dans la présence, au plus profond de chacun d’entre nous, d’une réalité qui est de l’ordre de l’Esprit…

 Gn 2,4b-7 : « Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, (5) il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. (6) Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol. (7) Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. »

 Cette vie nous est donnée instant après instant par Dieu, qui nous maintient ainsi dans l’existence :

 Job 34,14-15 : Si Dieu tournait vers lui son cœur, s’il concentrait en lui son souffle et son haleine, (15) toute chair expirerait à la fois et l’homme retournerait à la poussière.

 Notre vie est « dans sa main » (Sg 7,16)… Dieu « n’est pas loin de chacun de nous », dit St Paul, il est même infiniment proche, car « c’est par lui que nous vivons, que nous bougeons et que nous sommes » (Ac 17,28 ; Traduction Bible Expliquée), « lui qui donne à tous la vie et le souffle et tout le reste » (Ac 17,25). C’est donc Lui qui nous fait vivre… Notre vie « naturelle » est déjà « communion » au Mystère de sa vie. C’est pourquoi il est aussi vrai de dire : « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28 Bible de Jérusalem, TOB, Osty).

L’homme est donc un être spirituel. L’origine de sa vie est à chercher dans « le souffle de Dieu », l’Esprit Saint, par lequel Dieu l’a créé tel qu’il est et par lequel Dieu le maintient dans l’existence instant après instant. Mais nous pouvons aller plus loin. St Irénée écrivait au 2° siècle : « Ce ne fut pas parce que Dieu avait besoin de l’homme qu’il modela Adam, mais pour avoir quelqu’un en qui déposer ses bienfaits ». On peut ainsi parler de « l’esprit » de l’homme en termes de « capacité spirituelle » que Dieu a créée pour la remplir de ses bienfaits. Or, le plus grand des bienfaits qu’il puisse nous accorder est le don de l’Esprit. En effet, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24). En nous donnant l’Esprit, Dieu offre gratuitement à sa créature, par amour, de pouvoir participer à ce qu’il est en lui-même. Avec l’Esprit, il se donne lui-même… Il ne pouvait nous donner davantage… Et cet Esprit se révèlera en nous source de Lumière et de Vie…

Ainsi, « l’esprit » de l’homme a été créé « capacité spirituelle » pour être « rempli » par « l’Esprit de Dieu ». Mais si Dieu veut le « remplir », le combler de son Esprit, cela ne se fera jamais sans lui. Dans son Amour, Dieu ne peut pas nous imposer de recevoir ses bienfaits. L’Amour est fondamentalement respectueux de l’autre. Et ce sont des créatures libres qu’il a voulu susciter dans l’existence, libres de se tourner vers lui, de l’écouter, de l’accueillir, de recevoir ce qu’il désire leur donner, pour leur plus grand bonheur, en un mot libres de l’aimer… L’Amour ne peut pas nous forcer à l’aimer… Le Nouveau Testament nous présente souvent l’exemple d’hommes et de femmes qui ont accepté de se laisser aimer par Dieu, et donc d’accueillir ce qu’il veut donner à tous. « Nous sommes témoins de ces choses », dit St Pierre, « nous et l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (Ac 5,32), à ceux qui, librement, par amour, l’ont accepté dans leur cœur et dans leur vie. Ils étaient alors « remplis de l’Esprit Saint » comme Elisabeth au moment où Marie est entrée chez elle (Lc 1,41), Zacharie juste avant de chanter les louanges de Dieu (Lc 1,67), tous les disciples lors de la Pentecôte (Ac 2,4), l’Eglise rassemblée en prière (Ac 4,31), Pierre alors qu’il témoignait de sa foi (Ac 4,8), Etienne choisi avec d’autres (Ac 6,3) pour servir le Christ et l’Eglise (Ac 6,5.8), ce qu’il fera jusqu’à mourir en martyr (Ac 7,55), Paul après avoir été baptisé (Ac 9,17 ; 13,9), Barnabé envoyé en mission à Antioche (Ac 11,24), tous les chrétiens de cette communauté (Ac 13,52)…

Par le souffle de son Esprit, Dieu nous a donc créés « capacités spirituelles libres » d’aller à Lui pour nous laisser combler par le Don de son Esprit. Si tous les hommes l’acceptent, ils recevront cet Esprit qui habite en Plénitude le Père, le Fils et l’Esprit Saint. L’humanité vivra alors un Mystère de Communion à « l’image et ressemblance » de ce Dieu qui est Mystère de Communion de Trois Personnes divines dans l’unité d’un même Esprit.

Voilà la perspective ouverte par St Marc dès le début de son Evangile lorsqu’il fait allusion au Livre de la Genèse. Le Christ est venu en ce monde accomplir le projet créateur du Père, c’est-à-dire réconcilier l’humanité avec Lui pour pouvoir donner à tout homme de devenir ce que Dieu veut pour lui depuis toujours : qu’il soit pleinement son enfant, vivant de sa vie par le don de son « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Et St Paul nous apporte une précision supplémentaire lorsqu’il écrit que toute personne humaine sera alors « à l’image et ressemblance du Fils » :

Rm 8,28-30 : « Nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. (29) Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères; (30) et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.

 En effet, le Père engendre le Fils de toute éternité en se donnant à lui. C’est ce que nous disons dans notre Crédo : « Il est Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père »… Il est « de même nature que le Père » car il reçoit cette « nature » du Père de toute éternité… Et souvenons-nous avec St Jean, cette nature divine est « Esprit », « Amour », « Lumière »… Or la mission du « Fils » est de faire en sorte que nous puissions tous recevoir à notre tour ce que Lui-même reçoit du Père… Le grand cadeau qu’il proposera à notre foi sera donc « l’Esprit Saint » qui fera en nous toutes choses nouvelles… En recevant à notre tour ce que le Fils reçoit de son Père, nous deviendrons nous aussi des fils et des filles de Dieu « à l’image et ressemblance du Fils », vivants de sa vie (Jn 6,57), communiant à sa Paix (Jn 14,27) et à sa Joie (Jn 15,11)…

Nous sommes donc des créatures spirituelles et notre relation à Dieu est vitale. Dieu nous appelle par son Fils à en prendre conscience pour que nous puissions collaborer à son œuvre en nous et développer ainsi toutes les potentialités de cette Vie qu’il veut nous donner en surabondance (Jn 10,10). Mais cette dynamique ne pourra s’accomplir que par l’accueil libre et conscient de ce Mystère que le Fils est venu nous faire connaître (Jn 1,18) : le Père est éternellement Don de lui‑même, et ce Don suscite et nourrit la vie… « Le Seigneur Dieu est un soleil… Il donne la grâce, il donne la gloire » (Ps 84(83),12). Il est « Source d’Eau Vive » toujours jaillissante (Jérémie 2,13 ; 17,13 ; Psaume 42 (43),2-3), « toujours offert » (Psaume 46 (45),2) et il nous a créés pour que nous trouvions notre Plénitude dans l’accueil de ce jaillissement perpétuel de vie (Jean 4,7-14 et 10,10). « Là » est notre vrai bonheur (Deutéronome 5,28-29 ; 5,33 ; 6,3 ; 6,18 ; 6,24). Et cette Source ne demande qu’à jaillir au plus profond de nous-mêmes (Jn 4,14), si nous l’acceptons…

Mais hélas, écrit St Paul, « le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et la mort a passé ainsi en tous les hommes, du fait que tous ont péché » (Rm 5,12). Le péché est tout simplement l’abandon de Dieu : « Ils m’ont abandonné, moi, la Source d’Eau Vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau » (Jr 2,13 ; 2,17 ; 17,13 ; 1,16 ; 5,7 ; 5,19 ; 9,12 ; 16,11 ; 19,4 ; 22,9). L’homme ne reçoit plus de Dieu cette Eau Vive de l’Esprit qui ne cesse de jaillir de Lui pour la vie de ses créatures. Privé de cette vie, de cette Plénitude de vie, il ne peut que faire l’expérience d’un manque profond que St Paul appelle « la mort ». Mais comme l’homme a été créé pour le bonheur, ce désir légitime d’être heureux demeure en lui, et il cherche à le combler par toutes sortes de moyens que Jérémie évoque par l’image de ces « citernes ». On les construit en espérant qu’elles seront un jour remplies d’eau, symbole de vie, d’abondance et de bonheur dans ces pays désertiques. On se donne beaucoup de peine pour les construire ou pour les acquérir, et lorsqu’on espère enfin en recueillir les fruits, on se rend compte qu’elles ne contiennent pas « l’eau » espérée, le bonheur espéré, la Plénitude espérée… « Tristesse pour quiconque fait le mal » écrit encore St Paul (Rm 2,9). Tristesse et déception… Le vrai bonheur n’est toujours pas au rendez-vous… « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait St Augustin…

 Le pécheur, par suite de cet abandon de Dieu, connaît donc une privation de vie, une absence de Plénitude et de réel bien-être. « N’as-tu pas provoqué cela pour avoir abandonné le Seigneur ton Dieu alors qu’il te guidait sur ta route ? » (Jr 2,17). Sa désobéissance l’a profondément blessé et entraîné sur un chemin d’autodestruction et de mort. Et cela, Dieu ne le supporte pas… Maître de la vie, Ami de la vie (Sg 11,26), il nous a tous créés pour la vie (Sg 1,12-15). Notre souffrance le bouleverse (Os 11,7-9). Aussi ne reste-t-il pas sans réagir… Inlassablement, il envoya ses prophètes rappeler aux hommes le chemin de la vie. Et finalement, il nous enverra son Fils qui ne cessera de nous inviter à revenir à Dieu de tout cœur… Il est déjà là puisque c’est Lui qui nous a créés par le Souffle de son Esprit et qui nous maintient dans la vie, instant après instant, par ce même Esprit. Doucement, discrètement, respectueusement, il ne cesse de frapper à la porte de nos cœurs, et il attend le « oui » de notre liberté pour nous combler de ses dons. « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3,20).

 « Le Royaume des Cieux est donc tout proche ». Telles sont les premières paroles de Jésus dans l’Evangile de Marc (Mc 1,15). Et comme tous les hommes sont pécheurs, le premier cadeau que le Christ leur offrira sera le pardon de toutes leurs fautes. Dieu veut nous pardonner plus que nous-mêmes… Il veut, il désire de tout son cœur que sa créature revienne à lui. Il pourra alors lui donner ce pourquoi il nous a tous créés : son Esprit. Et il enlèvera lui-même tout ce qui pourrait nous empêcher de le recevoir : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », dira Jean-Baptiste de Jésus (Jn 1,29). Encore faut-il que nous acceptions librement de reconnaître le mal qui habite effectivement notre vie, que nous acceptions librement d’y renoncer pour avoir reconnu à quel point il n’est que mensonge, que nous acceptions librement de l’offrir au Christ pour qu’il l’enlève et nous guérisse de toutes nos blessures. Alors, si nous acceptons librement de nous remettre de tout cœur entre ses mains, de collaborer jour après jour à son œuvre de Vie dans nos vies en apprenant avec lui à rejeter ce qui est contraire à la vie pour choisir ce qui la fait grandir, nous connaîtrons enfin le repos et la paix du cœur, prémices de cette Plénitude de Bonheur et de Vie à laquelle Dieu nous appelle tous par-delà notre mort physique…

Cette aventure est possible car Dieu ne cesse d’être ce qu’il est : un Père rempli de Tendresse et de Miséricorde pour toutes ses créatures, et qui poursuit inlassablement avec elles l’accomplissement parfait de leur vocation à devenir ses enfants vivants de sa vie… Chaque fois qu’elles s’égareront, il sera pour elles comme « un Bon Pasteur qui part à la recherche de sa brebis perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve… Et lorsqu’il l’a retrouvée, il la met sur ses épaules et la ramène à la maison » (Lc 15,4-7). Alors, de miséricorde en miséricorde, de pardon en pardon, de consentement libre à son Amour en consentement libre à son Amour, elles deviendront « à son Image et Ressemblance » en partageant avec Lui la Plénitude de son Souffle, de son Esprit, de sa Vie…

Telle est l’aventure à laquelle St Marc nous appelle lorsqu’il écrit son Evangile. Lui-même en a fait l’expérience, notamment en écoutant et en accueillant le témoignage de Pierre. En effet, il est très certainement ce jeune homme qui, lors de l’arrestation de Jésus, laissera dans la main d’un soldat le morceau de drap qui lui servait de vêtement pour « s’enfuir tout nu » (Mc 14,52). Plus tard, après la mort (7 avril 30) et la résurrection du Christ, Pierre, une fois libéré miraculeusement de sa prison, ira spontanément chez sa mère à Jérusalem (Ac 12,12). Vers l’an 45, Marc partira en mission avec Paul et Barnabé, puis il retournera à Jérusalem (Ac 13,13) pour repartir ensuite à Chypre avec Barnabé. Il se retrouvera finalement à Rome, compagnon de Paul (Col 4,10 ; Phm 24) et de Pierre (1P 5,13). Et c’est très certainement là, en écoutant le témoignage de Pierre, qu’il écrira son Evangile dans les années 60-70… Pierre et Paul, eux, mourront martyrs sous l’empereur Néron en 64 ou 67…

       D. Jacques Fournier.

[1] La TOB, en suivant la traduction grecque de la Septante réalisée par la communauté juive d’Alexandrie vers le 3° siècle avant JC, a : « mâle et femelle il les créa ». Il y a donc « l’homme mâle », et « l’homme femelle », une magnifique façon de dire que l’homme et la femme sont strictement égaux en droits et en devoirs, cette égalité étant ensuite vécue au cœur de leur diversité…
[2] Il en est ainsi dans le texte hébreu. La Bible de Jérusalem lui est restée fidèle en traduisant par un pluriel (« qu’ils dominent »). La Bible des Peuples a un singulier (« qu’il ait autorité »), mais elle écrit « Homme » avec un « H » majuscule, renvoyant ainsi à l’humanité tout entière…

Fiche n°1 (Mc 1,1): Document en PDF pour impression éventuelle.




Introduction à l’Evangile selon St Marc.

L’Auteur

St Marc était d’origine juive ; « l’Evangile de Marc » ne cite pas son nom, mais au moment de l’arrestation de Jésus, en 14,51, on lit :

Mc 14,51 (Jésus est arrêté, tous prennent la fuite) : « Un jeune homme le suivait, n’ayant pour tout vêtement qu’un drap, et on le saisit; (52) mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu ».

Et la note de la Bible de Jérusalem précise que « beaucoup de commentateurs ont vu dans ce jeune homme l’évangéliste lui-même ». En effet, ce détail si simple, si pittoresque, si humain n’apparaît que dans l’Evangile de Marc… Et on comprend sans peine qu’il ne l’ait pas oublié !

 De leur côté, les Actes des Apôtres, écrits par St Luc, parlent d’un certain Jean, surnommé Marc (12,12.25 ; 15,37) ; parfois un seul de ces noms apparaît, Jean (13,5.13) ou Marc (15,39). Nous sommes certainement face à la même personne, d’origine juive. Sa mère s’appelait Marie, comme la Mère de Jésus, et elle habitait Jérusalem. Sa maison accueillait la première communauté chrétienne pour la prière et c’est là que Pierre se rendra après sa délivrance miraculeuse de prison (Ac 12,12).

 Marc aurait ensuite été un temps compagnon de St Paul, puis de St Pierre qu’il connaissait bien. La première Lettre de Pierre se termine d’ailleurs par :

1P 5,13 : « La communauté des élus qui est à Babylone (Rome) vous salue, ainsi que Marc, mon fils. »

 Papias, Evêque d’Hiérapolis (dans l’actuelle Turquie) a écrit vers 110 ap JC : « Marc était devenu l’interprète de Pierre ; il a écrit avec exactitude… tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n’avait pas entendu ou accompagné le Seigneur ; mais, plus tard, comme je l’ai dit, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins… (et Marc) n’a eu en effet qu’un seul dessein, celui de ne rien laisser de côté de ce qu’il avait entendu et ne tromper en rien dans ce qu’il rapportait ».

Souvenons-nous de deux éléments importants :

 1) Marc fut l’interprète de Pierre ; il suivit Pierre et mémorisa ses instructions.

 2) Marc fut fidèle en écrivant ; sa fidélité est celle de Pierre lui-même.

Marc est le premier à avoir écrit un Evangile (vers 60-70)… Lorsque Matthieu et Luc s’y mettront eux aussi quelques années plus tard (vers 70-80), ils auront l’Evangile de Marc sous les yeux, et ils y puiseront abondamment. Or, lire Marc, c’est écouter Pierre… Et l’on s’aperçoit que cette Parole de Jésus s’est accomplie jusques dans les textes fondateurs que l’Eglise ne cessera de scruter jusqu’à la fin des temps : « Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16,18)…

 Marc aurait donc écrit son Evangile à Rome pour des chrétiens d’origine non juive qui ne connaissaient pas la Palestine. Marc est ainsi soucieux d’expliquer les coutumes juives (Mc 7,1-5 ; 14,12 ; 15,42-43), il traduit les mots d’origine juive (3,17 ; 5,41 ; 7,11 ; 7,34 ; 10,46 ; 14,36 ; 15,34)… Il va aussi expliquer que les deux piécettes données par une pauvre veuve en offrande au Temple de Jérusalem correspondent à un quart d’as, la monnaie romaine (Mc 12,42)…

Enfin, Marc aurait écrit son Evangile vers les années 65-70 ap JC. Il utilise la langue grecque qui était, depuis Alexandre le Grand (330 av JC), la langue officielle de tout le Bassin méditerranéen.

 

II – Le premier verset de l’Evangile: le plan suivi par St Marc

 

Le premier verset de l’Evangile est spécialement important : “Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu“.

 En quelque mot, tout est dit. Nous reprendrons ces éléments plus tard, mais donnons-en tout de suite les grandes lignes :

 CommencementTout d’abord, Marc emploie le même mot que le tout début du Livre de la Genèse : nous sommes ici à un nouveau commencement, une nouvelle création qui va accomplir la première…

Evangile vient du grec εὐαγγελίον  qui à son tour a été composé à partir de deux mots : l’adverbe εὐ qui signifie « bien » et le verbe γγέλω, « porter un message, une nouvelle ; annoncer, faire savoir ». D’où, « annoncer une Bonne Nouvelle ».

 Dans le monde profane de l’époque, une Bonne Nouvelle est d’abord ce qui rend heureux : une victoire militaire, la paix, un tyran renversé, un nouveau roi, son mariage, la naissance d’un descendant…

« Annoncer une Bonne Nouvelle » est employé notamment dans le Livre du prophète Isaïe, et beaucoup pensent que Jésus Lui-même aurait puisé dans tous ces textes, qu’il connaissait par cœur, cette notion de « Bonne Nouvelle ». La synagogue de Nazareth possédait en effet un rouleau du prophète Isaïe (les livres étaient rares et chers à l’époque), lu et relu à chaque sabbat (cf. Lc 4,16-22). Or les synagogues avaient aussi des « écoles synagogales » où les enfants du village apprenaient à lire et à écrire… Ce que Jésus a fait avec notamment le rouleau du Livre d’Isaïe… On comprend dès lors qu’Isaïe soit le prophète qu’il cite le plus souvent…

 Is 40,9 : « Monte sur une haute montagne, « annonciatrice de bonne nouvelle » à Sion ; élève et force la voix, « annonciatrice de bonne nouvelle » à Jérusalem ; élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » »

 Is 52,7 : « Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, « messager de bonne nouvelle » qui annonce le salut, qui dit à Sion : « Ton Dieu règne. » »

Or la première parole de Jésus dans l’Evangile de Marc est justement :

Mc 1,15 (TOB) : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile (la Bonne Nouvelle) ».

La Bonne Nouvelle est donc la proximité du Règne de Dieu : Dieu est là, tout proche, et il désire régner dans ton cœur et dans ta vie pour ton bonheur. Vas-tu l’accueillir ?

En Isaïe, Dieu allait venir en personne pour délivrer son peuple de la main des Assyriens qui les avaient déportés dans leur pays. Jésus Christ est Celui qui est venu nous délivrer du péché qui nous opprime et nous rend esclave, pour nous ramener dans le Royaume de Dieu, c’est à dire nous permettre de retrouver une vie vécue en communion avec Dieu, « dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8,21), la paix du cœur (Jn 14,27), la joie (Jn 15,11).

Jésus : Ce nom signifie « le Seigneur Sauve »… Toute sa vie, toute sa mission est résumée ici… Avec Lui et par Lui, Dieu nous sauve, et nous délivre du mal, des ténèbres, du Mauvais…

Christ est le mot grec, Χριστός qui correspond à Messie en hébreu ; il vient du verbe Χρίω qui veut dire « oindre ». Les nouveaux rois étaient « oints » par un prophète : il versait un peu d’huile parfumée sur leur tête, symbole de l’Esprit Saint que Dieu donnait au roi pour gouverner son Peuple en son Nom… Plus tard, quand la royauté disparaîtra, ce sera le Grand Prêtre, devenu chef du peuple, qui recevra l’onction. Le rite sera ensuite étendu à tous les prêtres… Enfin, les prophètes étaient appelés eux aussi « les oints du Seigneur » (cf Is 61,1), même s’ils n’étaient pas oints officiellement avec de l’huile ; mais c’était une façon de rappeler que Dieu les avait consacrés à son service et que l’Esprit de Dieu reposait sur eux.

« Christ » intervient sept fois en St Marc (1,1 ; 8,29 ; 9,41 ; 12,35 ; 13,21 ; 14,61 ; 15,32), un chiffre qui, dans la Bible, est habituellement symbole de Plénitude… Dès le cinquième mot de l’Evangile, le lecteur sait donc que Jésus est le Christ, et la première apparition de ce titre a valeur de programme pour l’Evangile tout entier : Marc a pour but de nous conduire à la foi en Jésus, le Christ. Puis, « Christ » disparaît pendant près de 8 chapitres, pour intervenir de nouveau dans la bouche même de Pierre, première confession de foi du “premier” apôtre… Pierre, le premier, semble être arrivé au but : reconnaître que Jésus est le Christ (8,29), mais cette reconnaissance est encore imparfaite, et tout le reste de l’Evangile sera une explicitation et une purification pour bien comprendre comment Jésus est le Christ.

La première partie de l’Evangile de Marc, après l’introduction (1,1-13), va donc de 1,14 à 8,30, une partie jalonnée de questions sur Jésus (1,27; 2,7 4,41…) qui trouveront un début de réponse avec cette profession de foi de Pierre.

Fils de Dieu. En Israël, le roi était appelé « fils de Dieu », mais il ne l’était pas au sens fort. C’était un homme comme tout le monde, mais Dieu s’était rendu particulièrement proche de lui pour l’aider à bien accomplir la mission particulière à laquelle il l’appelait.

Ici, pour St Marc, Jésus est « Fils de Dieu » au sens fort, et tout l’Evangile sera un cheminement vers la découverte de ce mystère. Au moment du baptême et au moment de la Transfiguration (1,11 et 9,7), une voix viendra du ciel et dira : « Tu es mon Fils Bien-Aimé » ou « Celui-çi est mon Fils bien-Aimé ». Jésus aussi se présentera indirectement comme le Fils Bien Aimé envoyé par le propriétaire de la vigne dans la Parabole des vignerons homicides (Mc 12,6). Et pendant sa Passion, devant le Grand Prêtre, pour la première et seule fois dans tout l’Evangile, il dira publiquement et clairement qu’Il est Fils de Dieu : “Es-tu le Christ, le Fils du Béni?“…Je le suis” (Mc 14,62). Et en disant, dans le grec des Evangiles, « Egô eimi », il va implicitement bien plus loin puisqu’il reprend le Nom divin autrefois révélé à Moïse dans l’épisode du Buisson ardent (Ex 3,14). Le Mystère de la divinité du Fils apparaît avec encore plus de splendeur lorsqu’il est méprisé, abaissé, insulté, bafoué… Car « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), Amour Infini, totalement pur et gratuit, un Mystère qui se révèle avec d’autant plus de force lorsqu’il se trouve face à nos ténèbres, nos misères, nos refus, notre violence, notre cruauté… « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Lc 6,27-35). Dieu est le premier à mettre en pratique ce qu’il nous demande… Alors « vous serez les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45). Tout homme n’a-t-il pas été créé « à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,26). Telle est donc la direction vers laquelle Jésus nous entraine, la « nouvelle création » qu’il veut mettre en œuvre, le nouveau commencement qu’il ne cesse de nous proposer chaque jour… « Pour les hommes », laissés à leurs seules forces d’homme, « c’est impossible, mais pas pour Dieu, car tout est possible à Dieu » (Mt 19,26). « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8).

Enfin, en voyant comment Jésus venait de mourir, un centurion romain dira : “Vraiment, cet homme était Fils de Dieu” (Mc 15,39)…

Toute la deuxième partie de cet évangile, de 8,31 jusqu’à la fin du ch 15, est donc une révélation progressive du « comment Jésus sera effectivement le Christ, le Messie », et aussi que le mystère de sa Personne va bien au delà des apparences : Il est vraiment le Fils Unique de Dieu… et le centurion l’a perçu dans sa façon de souffrir et de mourir…

Les premiers mots de l’Evangile de Marc sont en fait une présentation de l’œuvre toute entière, centrée sur Jésus Christ Fils de Dieu… Elle a pour but de nous conduire à la foi en Jésus, et donc de faire de nous des disciples qui vont accueillir la Bonne Nouvelle du Salut pour ensuite devenir des missionnaires de l’Evangile par notre témoignage…

Dans la première partie, qui se déroule toute entière en Galilée, en découvrant les miracles de Jésus, en écoutant sa Parole, nous sommes conduits à reconnaître que Jésus est le Christ. Dans la seconde partie, nous suivons les disciples depuis Césarée de Philippe, à l’extrême nord de la Galilée jusqu’à Jérusalem, et avec eux nous comprenons que le Messie devait souffrir beaucoup, mourir et ressusciter. Le disciple de Jésus doit aussi prendre sa croix pour marcher à sa suite…

Enfin, la dynamique missionnaire se perçoit dans l’emploi du mot Evangile : trois fois au tout début, où Jésus nous révèle son contenu (1,1.14-15) ; puis en 8,35 et 9,29 où Jésus forme ses disciples : il faut prendre sa croix pour l’Evangile, et quitter maison, frères, sœurs, mère, père… Et puis, ces disciples annonceront à leur tour l’Evangile aux nations (13,10), au monde entier (14,9), à toute la création (16,15)…

 D. Jacques Fournier

 

Plan de l’Evangile selon St Marc

 

Introduction : 1,1-15. Les personnages principaux sont présentés, les idées fondamentales mises en place ; le destin de Jésus est déjà symboliquement suggéré.

(Les versets 14-15 pourraient former une « section charnière » servant de fin à l’introduction et de début à la première partie.)

Première partie : 1,14-8,33. Jésus, à travers sa mission, révèle qu’il est le Christ, le Messie promis.

  1. a) 1,14-3,6 : Jésus cherche à manifester sa vraie mission devant les foules.
  2. b) 3,7-6,6a : Jésus fait des disciples pour étendre sa mission.
  3. c) 6,6b-8,33 : la reconnaissance de Jésus comme Messie est un sommet, mais le refus d’envisager pour lui la passion relance le mouvement.

(La confession de Pierre, avec la guérison qui précède, constitue comme une charnière, qui appartient à la fin de la première partie et au début de la seconde)

Deuxième partie : 8,22-15,47. Jésus, à travers sa passion et sa mort, révèle qu’il est le Fils de Dieu.

  1. a) 8,22-10,52 : annonces de la Passion.
  2. b) 11,1-13,37 : à Jérusalem.
  3. c) 14,1-15,47 : la passion.

Conclusion : 16,1-20

  1. a) 16,1-8 : le tombeau vide
  2. b) 16,9-20 : apparitions et envoi en mission…

Paul LAMARCHE, Evangile de Marc (Ed Gabalda, 1996)

 

Introduction à St Marc : texte en PDF




Les ancêtres des douze tribus du peuple d’Israël

ancetre-sisrael

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La composition littéraire du Pentateuque : l’hypothèse des sources

Tout d’abord, l’expression “le pentateuque” désigne les cinq premiers livres de la bible (grec πέντε (α) – cinq – τευχη – “instruments”, d’où étuis pour rouleaux de papyrus, et finalement “livres”).

            Dès que l’on ouvre le livre de la Genèse, des problèmes se posent:

                      j Double récit de la création de l’homme: Gn 1-2,4a et Gn 2,4b-7 (création de l’h…) + 2,18-24 (complète avec celle de la femme.)

                         j Gn 4,26: Adam a eu un fils: Seth et l’humanité commence à invoquer le nom de Yahvé. Mais en 5,1, on reprend brusquement l’histoire d’Adam à zéro, la naissance de Seth revient en 5,3, le nom de Yahvé disparaît jusqu’en 5,29.

                        j Gn 7,7: le déluge commence et Noé entre dans l’arche avec ses fils et les animaux, mais le récit s’arrête au v.10 pour faire place à un autre récit, où est mentionné à nouveau le début du déluge et le texte continue par l’entrée de Noé et de ses fils dans l’arche (v.13) comme si rien n’avait été dit… Remarquons aussi cette contradiction, qui provient de cette superposition de deux récits différents: Noé doit faire entrer dans l’arche tantôt un couple d’animaux de chaque espèce (sans distinction entre espèces pures et espèces impures, Gn 6,19), tantôt un couple d’animaux impurs et sept couples d’animaux purs (Gn 7,2) : ces deux façons de compter sont incompatibles…

                        j Gn20: ce chapitre commence par: “Abraham partit de là…” alors que les versets précédents ne parlent même pas d’Abraham…

                        j Dieu est parfois appelé Yahvé, parfois Elohim: ainsi le 1° récit de la création parle d’Elohim, et le second de Yahvé-Elohim, puis de Yahvé seulement… d’où l’habitude de distinguer des textes yahvistes et des textes élohistes.

                        j La montagne du désert où Dieu se révèle tout en étant identifiée au Sinaïe (Ex 3,12), est appelée “Horeb” dans le Dt et en Ex 3,1; 17,6; 33,6, et Sinaï dans bien d’autres passages…

                        j Ex 2,18: le beau-père de Moïse s’appelle Réuel et… Jethro en 3,1; 18,1…

                        j Enfin,toute une série de textes emploie un vocabulaire très spécifique en rapport avec les rites de la liturgie juive, d’où le nom de textes sacerdotaux donné à cette série, caractérisé par un style précis et sec.

                        j Le Deutéronome a aussi son vocabulaire particulier: “faire ce qui est bien aux yeux de Yahvé”, “garder les commandements”… Certains y ont vu la trace d’une rédaction indépendante des autres textes et l’ont appelé D.

                        j Enfin, Moïse était considéré comme étant l’auteur unique des cinq livres, mais comment a-t-il pu être inspiré au point de décrire sa propre mort (Dt 34,5-12)? A.B. Karlstadt (1486-1541) fut le 1° à démontrer que cela est impossible.

            Résumons-nous: quatre familles de textes ont été différenciées:

                        1) Yahviste (de “Yahvé”) ou Jahviste, d’où le sigle J qu’on lui donne.

                        2) Elohiste (de “Elohim”): E.

                        3) Famille d’origine “sacerdotale” : P comme “prêtres”.

                        4) Famille “deutéronomiste”, principale responsable de la rédaction du Dt: sigle D.

            Telle est l’hypothèse documentaire rendue fameuse par les travaux de Julius Wellhausen (1876-78) : 4 récits (ou documents) continus, rédigés à des époques différentes par des milieux différents ont été par la suite juxtaposés, imbriqués:

                                                                       

                                                                                  ß                  —                                     

                                                                       

                                               ——————

Deux autres modèles furent développés pour expliquer la naissance du Pentateuque:

                        A – L’hypothèse des fragments: des récits épars, des textes isolés ont été rassemblés pour former un seul récit (défendue aujourd’hui par R. Rendtorff, 1977, et C. Houtman, 1980).

                        B – L’hypothèse des compléments: un texte de base aurait été augmenté par des ajouts successifs (S. Tengström, 1976 et H.C. Schmitt, 1980).

            Reprenons donc la première hypothèse “documentaire”, la plus suivie (cf notes BJ ; Henri Cazelles, Introduction critique à l’AT, Paris 1973) avec J. Wellhausen:

Epoque monarchique

vers 950 av. JC

J1,2,3 E1,2,3

(J et E auraient connu 3 rédactions successives)

vers 750 av. JC

JERéforme religieuse de Josias,

roi de Juda.

vers 620 av. JC

D         vers 550 av. JC

JED                    Q (P) + Textes législatifs         vers 500 av. JC

JEDQ (P)

 La composition littéraire du Pentateuque




Le regard parfois imparfait de l’Ancien Testament sur les réactions de Dieu face au mal

Un jour, « en passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : « Rabbi (Maître), qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents » » (Jean 9,1-3)

Beaucoup pensaient donc qu’il existe un lien direct entre péché et maladie. Cette conception s’enracine dans les temps les plus anciens. Déjà, les peuples voisins d’Israël, croyaient en ce que l’on appelle souvent « Le Principe de Rétribution selon les actes ». Cette croyance était totalement païenne, au sens où les dieux n’intervenaient pas. Elle est très certainement née de l’expérience, mais la vision du monde qu’elle transmet est non seulement simpliste, mais encore erronée. Selon cette conception, lorsque quelqu’un commet le mal, il déclenche une puissance malfaisante qui, tôt ou tard, retombera sur lui et sur son entourage.

et de ce fait libère une puissance malfaisante

k                                                                             l

qui déclenche toutes sortes

commet le mal                                               de conséquences mauvaises

sur lui et sur son entourage

j                 m

Un homme

Israël va accueillir cette croyance et l’intégrer dans sa foi encore toute jeune. Lors de la sortie d’Egypte, racontée dans le Livre de l’Exode, ils ont vu le Seigneur à l’œuvre avec une grande Puissance, et ils en ont déduit que cette Puissance ne pouvait qu’être celle du Dieu Créateur, ce Dieu Tout Puissant qui a fait surgir l’univers du néant. Et ils se faisaient une idée si grande de cette Toute Puissance de Dieu qu’ils pensaient que rien ne pouvait lui échapper, pas même le mal (Amos 3,6 ; Lamentations 3,38)… Ces conséquences mauvaises qui, soi disant, retombent sur le pécheur ne pouvaient donc venir que de Dieu. « Le Principe de Rétribution selon les actes » a donc conduit Israël à s’imaginer que Dieu était un Juge qui, du haut du ciel, récompensait les justes et punissait ceux qui font le mal :

       1Rois 8,32 (cf Ezéchiel 7,3 et 22,31) : « Toi, écoute au ciel et agis ; juge entre tes serviteurs : déclare coupable le méchant en faisant retomber sa conduite sur sa tête,

et justifie l’innocent en lui rendant selon sa justice ».

 

L’ensemble peut se représenter par le schéma suivant :

                                             Dieu, du haut du ciel, voit et juge…

k                                                                                … et châtie.

                                          et de ce fait libère une puissance malfaisante                  l

(conception païenne)

toutes sortes de conséquences

commet le mal                                               mauvaises frappent le pécheur

et son entourage

j              m

Un homme

Disons le tout de suite : même appliquée à Dieu, cette conception est fausse.

Déjà, dans l’Ancien Testament, beaucoup réagirent en trouvant injuste que Dieu fasse retomber sur la tête des enfants la conduite de leurs parents (Exode 20,5 ; 2Samuel 24,10-17). Aussi, certains prophètes commencèrent à annoncer que seuls ceux qui ont commis une faute recevront le châtiment qui lui correspond (Jérémie 31,29-30 ; Ezéchiel 18,1-3 et 18,20). C’était déjà mieux, mais les croyances ont la vie dure : la question des disciples de Jésus cinq siècles plus tard le prouve ! Le Christ balaiera d’une phrase une telle conception de Dieu. Non, Dieu n’est pas un juge qui punit et nous fait du mal parce que nous-mêmes avons mal agi. Certes, il fait la vérité, mais cette vérité est inséparable chez Lui de son Amour et de son infinie Miséricorde. Lorsque Dieu veut nous faire prendre conscience de notre péché, il nous révèle toujours en même temps son amour (Isaïe 1,2-4 ; 1,15-18). Petit à petit, il nous montre ce qui ne va pas dans notre vie pour que nous puissions aller à lui sans peur et lui offrir toutes nos misères. Voilà ce qu’Il attend. Et il enlèvera bien vite tout ce qui nous empêche d’être pleinement en relation avec lui et avec nos frères (Psaume 103(102),11-12), il nous purifiera et il nous rétablira par le don de son Esprit ((Ezéchiel 36,25-28) dans cette communion avec Lui que nous n’aurions jamais dû quitter !

Quoiqu’il en soit, une telle conception de Dieu a conduit les auteurs de l’Ancien Testament à nous le décrire souvent de façon contradictoire : « Il blesse, puis il panse la plaie ; il meurtrit, puis il guérit de sa main » (Job 5,18) ; « C’est moi qui fais mourir et qui fait vivre ; quand j’ai frappé, c’est moi qui guéris » (Deutéronome 32,39). Et nous lisons peut-être le pire dans ce même livre du Deutéronome : « Autant Yahvé avait pris plaisir à vous rendre heureux et à vous multiplier, autant il prendra plaisir à vous perdre et à vous détruire » (28,63). Non ! Dieu n’est pas ainsi ! Il n’est qu’Amour et Bonté (1Jean 4,8 ; 4,16 ; Tite 3,4-7), un Amour pleinement manifesté en Jésus-Christ (1Jean 3,16 ; Jean 15,13 ; 15,9 ; Actes 10,37-38 ; Romains 8,35-39). Jamais Il ne juge au sens de condamner (Jean 3,16-17 ; 8,11). Son seul désir est que nous connaissions le plus possible la Vie en plénitude (Jean 10,10), le vrai Bonheur (Deutéronome 5,27-33 ; 6,18 ; 6,24), la vraie Paix (Jean 14,27) et la vraie Joie qui est communion à sa Joie (Jean 15,11)…

D. Jacques Fournier

Intreprétation du mal AT

 




Les grandes dates de l’Histoire d’Israël

1850 Av JC: Abraham, originaire d’Ur en basse Mésopotamie

                                             |

Joseph, son père Jacob et ses frères en Egypte

                                             |

1250 av JC: sous le Pharaon Ramsès II, l’Exode avec Moïse.

La Loi donnée au sommet du Mont Sinaï

                                             |

1200 av JC: Josué pénètre en Palestine (Terre de Canaan)

                                             |

1200 à 1025: les Juges

Confédération des douze tribus d’Israël, chacune étant dirigée par un “Juge”.

A partir de 1040 av JC, le prophète Samuel.

                                             |

1030-1010 av JC, Saül, premier roi d’Israël, consacré par Samuel.

                                            |

1010-970 av JC: le roi David. Il fait de Jérusalem la capitale de son grand Royaume.

                                            |

970-931 av JC: Salomon, fils de David,

grand constructeur (Temple de Jérusalem) et administrateur.

                                            |

931: mort de Salomon, assemblée de Sichem; Israël se divise en deux royaumes:

                     ___________|_____________________

                     |                                                                |

Royaume d’Israël (Nord)                           Royaume de Juda (Sud)

                     |                                                                |

931-910 av JC: Jéroboam I                                             931-913 av JC: Roboam, fils de Salomon.

                     |                                                                |

………………….                                           ………………….

                     |                                                                |

885-874 av JC: Omri, fonde la capitale Samarie.  ………………

                     |                                                                |

874-853 av JC: Achab; le prophète Elie.           ………………….

                     |                                                                |

853-852 av JC: Ochozias                                   ………………….

                     |                                                                |

852-841 av JC: Joram; le prophète Elisée       ………………….

                     |                                                                |

………………….                                            …………………

                     |                                                                |

783-743 av JC: Jéroboam II ;

les prophètes Amos puis Osée                         ………………….

                     |                                                                |

………………….                       781-740 av JC: Ozias; 740: vocation d’Isaïe.

                     |                                                                |

………………….                    740-736 av JC: Yotam. Débuts de Michée.

                     |                                                                |

………………….                 736-716 av JC: Achaz; prophétie d’Isaïe sur “l’Emmanuel”.

                     |                                                                |

732-724 av JC: Osée,

dernier roi du Royaume du Nord                      ………………….

 

721 av JC: prise de Samarie par l’Assyrien Sargon II.   

Fin du Royaume du Nord. Déportation massive en Assyrie.

(Suite des grandes dates de l’Histoire d’Israël)  Royaume de Juda (Sud)

                                                                                    |

716-687 av JC: Ezéchias

En 701 av JC Sennachérib lui prend 46 villes et impose un tribut.

                                                                                    |

………………….

                                                                                    |

640-609 av JC: le roi Josias

Vers 630, le prophète Sophonie

627: vocation du prophète Jérémie

622: Réforme religieuse sur la base d’un texte de Loi découvert dans le Temple de Jérusalem.

                                                                                    |

………………….

                                                                                    |

598-597 av JC: Joïaqim règne trois mois.

Nabuchodonosor, roi de Babylone assiège et prend Jérusalem.

Première déportation à Babylone (10.000 personnes).

                                                                                    |

597-587 av JC: Sédécias.

Le prophète Ezéchiel prédit la ruine de Jérusalem.

Vers 589, révolte de Sédécias malgré les avis de Jérémie.

                                                 587 av JC: Nabuchodonosor prend Jérusalem.

                                                   Destruction du Temple. Seconde déportation.

                                                              Fin du Royaume de Juda.

Jérémie est entraîné en Egypte.

Ministère d’Ezéchiel auprès des déportés.

Vers 550 av JC: Is 40-55 (le livre de la consolation).

 

Le 29 Octobre 539, le roi perse Cyrus entre en triomphateur à Babylone.

538 av JC: édit de Cyrus; retour des exilés à Jérusalem.

            515: Dédicace du second Temple de Jérusalem. Reprise de la vie religieuse.

445 av JC: Néhémie relève les murailles de Jérusalem.

 

336 av JC: Alexandre le Grand, roi de Macédoine, bat les Perses à Issos en 333.

332 av JC: Alexandre le Grand occupe la Palestine.

Déportation en Egypte dans sa nouvelle ville d’Alexandrie.

Diffusion de la culture grecque dans tout le bassin méditerranéen.

323 av JC: décès à 33 ans d’Alexandre aux confins de l’Inde.

Ses généraux se partagent l’empire:   les Séleucides en Syrie Babylonie,

les Lagides en Egypte.

La Judée est soumise aux Lagides jusques vers 200 av JC.

Vers 250 av JC, commencement de la traduction des Ecritures juives

                                               en grec, à Alexandrie (la Septante).

             200-142 av JC: la Judée est soumise aux Séleucides. Révolte maccabéenne (167-142).

63 av JC: prise de Jérusalem par Pompée;

                                   la palestine devient province romaine.

 40-4 av JC: Hérode le Grand, roi des Juifs.

Vers l’an 5 av JC, naissance de Jésus…

 

Les grandes dates -Histoire d’Israël PDF pour éventuelle impression




Pour lire un texte d’Evangile…

Se munir si possible d’une Bible complète avec notes : Bible de Jérusalem ou TOB.

    1- Commencer toujours par un temps de prière

La Parole de Dieu est un texte qui ressemble à tous les autres textes, et pourtant, il est différent. Nos journaux nous transmettent des informations ; les romans nous entraînent dans une histoire et nous font rêver… Ici, il ne s’agit pas d’un homme qui s’adresse à d’autres hommes par l’intermédiaire de l’écriture, mais de Dieu qui, par sa Parole, vient à notre rencontre: “Dans les Saints Livres, le Père qui est aux cieux vient avec tendresse au devant de ses fils et entre en conversation avec eux” (Concile Vatican II, Dei Verbum &21).

            Je me tiens à la porte et je frappe : si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure“... Dieu parle au cœur : pour l’écouter, il nous faut d’abord nous recueillir par un moment de silence où nous allons laisser de côté (temporairement) tous nos soucis. Et tout de suite, nous allons nous confier à l’Esprit Saint : c’est Lui le maître intérieur. Qu’il fasse régner dans nos cœurs son silence et sa paix pour nous permettre ensuite de mieux accueillir, toujours avec son aide, la Parole de Dieu. Nous vivrons toute cette aventure avec Lui et grâce à Lui : qu’il nous garde fidèles !

Pour prier, nous pouvons commencer par lire un texte où il est fait mention de l’Esprit Saint, en demandant que cette Parole s’accomplisse pour nous, en cet instant que nous consacrons à Dieu (Exemples : Luc 11,9-13 ; Jean 14,15-20 ; 14,23-26 ; 16,12‑15 ; Ephésiens 3,14-21). On peut ensuite prier un “Notre Père” et un “Je vous salue Marie”.

2- Bien lire et relire le texte choisi.

Prendre son temps, dans la gratuité. Bien faire attention au texte lui-même. Le lire et le relire, tout simplement.

Puis noter ce qui a pu nous sembler le plus important, le plus beau, le point à garder et à conserver précieusement comme lumière pour ma vie.

Dès cette première étape, il est important de ne jamais se décourager : un jour, tel texte peut être feu dans nos cœurs. Tel autre jour, tout peut nous sembler lourd et pesant, aride et bien peu engageant. En cet instant précis, Dieu nous attend : qu’allons-nous faire ? Abandonner la lecture, ou persévérer avec Lui, creuser et creuser encore jusqu’à ce que l’eau jaillisse ? Lire la Parole de Dieu est déjà le lieu où cette Parole de Jésus nous est adressée : “Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive“. Mais n’oublions pas aussi que ce que nous lisons est “Bonne Nouvelle” : “Heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce ce qu’elles entendent”, disait Jésus à ses disciples; “Amen, je vous le dis: beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu” (Mc 8,34 ; Mt 13,16-17).

3 – Pour continuer à creuser…

Après ce premier contact, essentiel, voici quelques points pour nous aider à poursuivre notre travail “d’attention” :

  1. a) Le contexte : Repérer, dans une Bible complète, où se situe notre texte (Les têtes de paragraphe, rédigées par nos traducteurs, et les notes sont ici très précieuses). Faire attention à ce qui précède. Essayer de bien repérer sa place dans la dynamique générale de l’œuvre où il se trouve.

Cette démarche est très importante pour une bonne interprétation. Noter toutes les informations recueillies.

  1. b) Mettre en lumière le mouvement interne du texte :

j Repérer les personnages, les indications de temps, de lieu…

j Faire attention aux répétitions, et éventuellement à la place de ces mots dans notre passage. Parfois, tout tourne autour d’un centre qu’il s’agit de repérer, car tel est alors le cœur du texte.

j Observer les différents acteurs : qui sont-ils ? Que font–ils ? Que disent-ils ?

j Qu’est-ce qui change entre le début et la fin? Quelle est la signification de ces changements ? Que nous révèlent ces changements sur les personnes concernées, sur celui qui les opère ? Essayer de repérer quel est l’enjeu…

  1. c) Les citations ou les allusions à l’Ancien Testament (AT) :

 j Elles sont écrites en caractères gras ou en italiques pour nous aider à les repérer. Les Bibles complètes indiquent leurs références en marge ou dans les notes (Parfois, l’auteur fait seulement allusion à l’AT sans le citer : les références sont aussi indiquées en marge).

j Retrouver dans l’AT lui-même les textes cités ; repérer les paragraphes d’où ils sont extraits. Les lire. Essayer de retrouver le contexte dans lequel ce texte a été écrit, puis observer les personnages : qui sont-ils, que disent-ils, que font‑ils ? Noter toutes ces informations, puis se reporter à l’Evangile où notre citation est peut-être appliquée à d’autres personnages. Noter ces glissements. Que nous apprennent les informations recueillies dans l’AT sur l’identité et la mission de nos personnages du NT ?

L’Ancien Testament annonce le Christ : sa lecture est essentielle pour mieux comprendre Celui qui accomplit toutes ces Ecritures…

  1. d) Signification et enjeux

j Essayer de bien définir “le message central” de notre texte.

j Ces lignes ont été écrites par des croyants qui désiraient nous partager leur foi, nous faire grandir dans notre foi, nous introduire dans le mystère du Christ.

– Tout d’abord, ce passage d’Evangile, a-t-il été vraiment pour moi “une Bonne Nouvelle” ?

– Que m’a-t-il appris sur Dieu et sur le Christ ?

– M’a-t-il aidé vis à vis de ma relation à Dieu et au Christ ? M’a-t-il permis de mieux appréhender l’amour que Dieu porte sur le monde? De mieux pressentir toutes les grâces qu’Il désire nous donner?

– “Jésus Christ est le même hier et aujourd’hui comme il le sera à jamais” (Hb 13,8). Ce texte a-t-il contribué à rendre ma foi plus vivante, à mettre davantage le Christ ressuscité au cœur de ma vie, à espérer toujours plus en Lui ? M’a-t-il invité à changer pour mieux accueillir cette Présence bienveillante et toujours offerte ? Prier davantage? Consacrer plus de temps à Dieu ? Ne pas manquer l’Eucharistie du Dimanche ? S’ouvrir plus souvent à la guérison intérieure offerte dans le sacrement de réconciliation ?

– M’a-t-il interpellé aussi sur la qualité de ma relation avec ma famille, mes proches, les voisins de mon quartier, mes frères croyants, ma communauté paroissiale ? M’a-t-il aidé à mieux vivre le commandement de l’amour, à mieux m’engager dans l’Eglise pour annoncer la Bonne Nouvelle du Christ ?

Jacques Fournier