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L’Agneau ouvre le septième sceau ; annonce de l’intervention décisive de Dieu (Ap 8,1-5)

      Et lorsque l’Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure… (2) Et je vis les sept Anges qui se tiennent devant Dieu ; on leur remit sept trompettes. (3) Un autre Ange vint alors se placer près de l’autel, muni d’une pelle en or. On lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or placé devant le trône. (4) Et, de la main de l’Ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu, avec les prières des saints. (5) Puis l’Ange saisit la pelle et l’emplit du feu de l’autel qu’il jeta sur la terre. Ce furent alors des tonnerres, des voix et des éclairs, et tout trembla.

            « Lorsque l’Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure »… Le ciel et tous les anges retiennent leur souffle ? L’instant est solennel. « Comme dans la tradition prophétique », précise en note la Bible de Jérusalem, « ce silence précède et annonce « la venue » de Dieu ». Trois citations sont indiquées en marge :
            Ha 2,20 :        « Le Seigneur réside dans son temple saint :  silence devant lui, terre entière ! » 
            Za 2,17 :        « Silence ! toute chair, devant le Seigneur, car il se réveille en sa sainte Demeure. » 
            So 1,7 :          « Silence devant le Seigneur Dieu, car le jour du Seigneur est proche ! » 

 

            dieu est lumièreOr le Jour du Seigneur est celui de son intervention décisive qui sera aussi celui de sa Manifestation. Sa Lumière pénètrera le tréfonds de tous les cœurs et manifestera alors le bien et le mal qui habitent la vie de tout homme… Or, dans une logique tout humaine, dit Jésus, « quiconque commet le mal hait la Lumière et ne vient pas à la Lumière de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables » (Jn 3,20). Il a peur en effet de la sentence du juste juge et donc du châtiment qu’il sait très bien mériter… Alors, il fuit et « va se cacher de devant Dieu » (Gn 3,8). Une telle attitude prouve qu’il est persuadé que Dieu pourrait le châtier et le punir. Il a ainsi au plus profond de lui-même l’image d’un Dieu dur, dominateur, intraitable, capable de répondre au mal par le mal… Souvenons-nous de la parabole des talents et de ce que pensait celui qui n’en avait reçu qu’un seul : « Seigneur, j’ai appris à te connaître pour un homme âpre au gain : tu moissonnes où tu n’as point semé, et tu ramasses où tu n’as rien répandu. Aussi, pris de peur, je suis allé enfouir ton talent dans la terre : le voici, tu as ton bien » (Mt 25,24‑25). Cette fausse image d’un Dieu injuste, ne pensant qu’à lui-même pour lui‑même, est l’image pervertie de Dieu que le démon cherche à insinuer dans nos cœurs. S’il réussit, il aura gagné, car nous adopterons alors le même comportement. En effet, si Dieu était effectivement ainsi, une seule démarche s’imposerait : penser à son tour à soi‑même, et réagir pour soi-même afin d’échapper à la pression d’une telle tyrannie, pour trouver loin d’elle, cet espace de liberté où nous pourrions enfin respirer et être heureux. L’homme se retrouverait alors loin de son Dieu, et c’est bien ce que cherche le démon, « le malin », par tous les moyens… Et il ne faudrait surtout pas s’approcher de lui, car notre désobéissance, notre rébellion provoquerait la Colère de Celui qui n’attendrait qu’une seule attitude de ses créatures : une obéissance servile et silencieuse, qui ne serait que l’expression d’une liberté piétinée… Il est certain que si une telle conviction nous habite, au Jour du Seigneur, la peur du châtiment ne pourra que nous faire fuir (Is 2,10.20-21) : « Va dans le rocher, terre-toi dans la poussière devant la Terreur du Seigneur, devant l’éclat de sa majesté, quand il se lèvera pour faire trembler la terre… En ce jour-là, l’homme jettera aux taupes et aux chauves-souris ses faux dieux d’argent et ses faux dieux d’or, ceux qu’on lui a fabriqués pour qu’il les adore, il s’en ira dans les crevasses des rochers et dans les fentes des falaises, devant la Terreur du Seigneur, devant l’éclat de sa majesté, quand il se lèvera pour faire trembler la terre. »
st jean            Mais non, Dieu n’est pas ainsi… « N’ayez pas peur », disait Jean Paul II, car le Seigneur ne désire que notre bonheur. Ce sont nos fautes qui nous plongent dans la tristesse, « l’angoisse et la souffrance » (Rm 2,9 ; Jr 2,19). Et Dieu de son côté, envers et contre tout, ne cherche toujours que notre bien. Alors, par ses prophètes puis par son Fils, il ne va cesser de nous appeler à nous convertir, à nous repentir, à quitter nos chemins de mensonges, d’injustices et de ténèbres, pour nous engager sur celui de la vérité qui, grâce à sa Miséricorde, nous conduit à la Vie. Il est en effet « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). La première attitude qu’il attend de chacun d’entre nous est que nous osions lui faire confiance en lui offrant de tout cœur notre misère, tout ce qui dans le cadre d’une justice purement humaine mériterait châtiment et condamnation. Et lui nous délivrera de ce fardeau par son pardon, il fera disparaître petit à petit tous nos liens, et nous trouverons alors avec lui la Plénitude de la Liberté, du Bonheur et de la Vie. Dieu, en Jésus Christ, s’est en effet manifesté comme le Serviteur de notre vie, agenouillé au pied de ses disciples pour les laver, les purifier et leur donner ainsi de pouvoir entrer dans sa Maison, là où il ne peut y avoir ni mal, ni injustice, ni égoïsme, ni domination. « Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21,3-4 ; 7,16-17). 
            Le septième sceau est donc ouvert… Le Livre peut maintenant être lu et connu dans son ensemble grâce au Christ et au don de l’Esprit répandu sur son Eglise pour l’introduire dans la vérité tout entière (Jn 16,13 ; 14,26 ; 1Co 2,9-12)… « L’exécution des décrets consignés dans le Livre ouvert va maintenant se dérouler, selon une nouvelle liturgie céleste marquée par sept sonneries de trompette » (Note Bible de Jérusalem). Et « la trompette est l’instrument par excellence qui souligne tous les grands moments de l’histoire d’Israël. Elle appelle au combat (Jr 4,5), rehausse l’éclat des fêtes (2Sm 15,10), participe aux cérémonies cultuelles (Nb 10,10), retentit lors des théophanies (Ex 19,16s). C’est elle enfin qui annoncera le Jour de Dieu (Jl 2,1 ; So 1,16) »[1]… Ce Jour renvoie bien sûr au dernier jour du monde : « Le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées.

[1] PRIGENT P., « L’Apocalypse de Saint Jean », (Paris 1981) p. 131.

 Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités » (Mt 24,29-31). Notons que nous retrouvons bien les trompettes… Ce Jour sera donc bien comme nous le disions précédemment le Jour de la manifestation de Dieu, de sa Lumière qui éclairera le plus profond des cœurs. Alors, tous ceux et celles qui l’accepteront « se frapperont la poitrine » en signe de repentir, et ils mettront toute leur espérance dans l’infinie miséricorde de Dieu. Mais cette démarche commence dès maintenant, car, dans la foi, le Jour du Seigneur est déjà commencé. En effet, il est là, présent à notre vie : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20), et, nous dit-il en St Jean, « je suis la lumière du monde » (Jn 8,12). jésus enseignant 2Cette Lumière est donc toute proche de chacun d’entre nous, frappant inlassablement à la porte de nos cœurs (Ap 3,20) : « Les ténèbres s’en vont, la véritable lumière brille déjà » (1Jn 2,8). C’est donc dès maintenant que nous sommes tous invités à découvrir cette Lumière de l’Amour, et à tout lui offrir. Alors, « nous connaîtrons le salut », c’est-à-dire au sens biblique « nous ferons l’expérience du salut », « par la rémission de nos péchés grâce aux entrailles de Miséricorde dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en Haut, pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort afin de guider nos pas dans le chemin de la paix » (Lc 1,77-79). Or, dans la Bible, « les ténèbres et l’ombre de la mort » sont les conséquences du péché (Sg 1,12-15 ; Rm 5,12). L’Astre d’en Haut est donc venu dans le monde pour illuminer avant tout ceux qui en avaient besoin : les pécheurs… Offrons-lui donc notre vie telle qu’elle est, offrons lui toutes nos misères, nos blessures, nos incapacités, nos souffrances, jour après jour, et Lui, petit à petit, les soulagera, les guérira, les comblera de sa Lumière qui est Vie, Paix, Joie… Nos blessures offertes deviendront alors chemin de salut où nous ferons l’expérience du feu de l’amour qui veut venir brûler nos cœurs de sa douceur… Le Jour du Seigneur sera donc avant tout le Jour de la Miséricorde, le Jour de l’Amour, le Jour du Salut, de la Lumière et de la Vie pour nous tous qui étions perdus sur nos chemins de mort et de ténèbres… Dieu dit : « Au moment favorable, je t’ai exaucé ; au jour du salut, je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut » (2Co 6,2).  « Heureux alors ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent » (Lc 11,28) en la mettant en pratique, en demeurant vraiment dans son amour de miséricorde (Jn 15,9-11), en offrant au Soleil de l’Amour toutes leurs misères et en essayant, jour après jour, de marcher sur le bon chemin de la vérité, de la justice, de la droiture, de la tendresse grâce au soutien de sa Présence… Heureux sont-ils car, tournés de tout cœur vers le Soleil, ils accueillent sa Lumière qui est grâce et gloire : « Dieu est un Soleil, il donne la grâce, il donne la gloire » (Ps 84(83),12). Alors, « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur eux » (1P 4,14), et « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22)… « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11)… 

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            Nous verrons avec les quatre premières trompettes comment cette Miséricorde est annoncée, en images, parfois déroutantes… Mais pour l’instant, St Jean nous présente « sept Anges qui se tiennent devant Dieu ». Dans la littérature juive, le Livre d’Hénoch, nous avons leurs noms : « Uriel, Raphaël (Tb 5,4), Raguel, Michaël (cf. Dn 10 ; 12), Saraqiel, Gabriel (Dn 8-9), Remeiel. Ce sont eux dont parle Tb 12,15. Is 63,9 les appelle « anges de la Face », leur reconnaissant par là le privilège d’approcher Dieu et de lui parler directement. Le Livre des Jubilés les nomme « anges de la Présence ». Notre auteur ne dit pas autre chose : ils se tiennent devant Dieu. Et Gabriel se définit bien en Lc 1,19 comme celui qui se tient devant Dieu, tel un ministre devant son roi »[1]… « L’intervention de ces Anges est toujours porteuse d’espérance pour le peuple choisi »[2], car Dieu n’a qu’un seul désir : « que tous les hommes soient sauvés » et connaissent ainsi la Plénitude de son Bonheur, de sa Paix, de sa Vie, de sa Joie…
            Nous sommes en pleine liturgie céleste. « Un autre Ange vint se placer près de l’autel » qui symbolise sur la terre la Présence de Dieu… Mais a-t-on besoin au ciel d’un symbole de cette Présence, alors que Dieu « brille » sur son « trône » dans toute sa Gloire ?

[1] PRIGENT P., « L’Apocalypse de Saint Jean », p. 130-131.

[2] PREVOST J.-P., « L’Apocalypse » (Paris 1995) p. 87.

 Mais cette manière de s’exprimer montre à quel point la liturgie du ciel et celle de la terre ne font qu’un dans la communion d’un même Esprit. Cet autel fait d’ailleurs allusion à « l’autel des parfums, en or », du Temple de Jérusalem où l’on faisait brûler de l’encens arômatique en présence de Dieu (Ex 30,1-7 ; Hb 9,4). Et ce parfum représentait les prières du Peuple d’Israël montant au ciel comme la fumée de l’encens : « Seigneur, je t’appelle : accours vers moi ! Ecoute mon appel quand je crie vers toi ! Que ma prière devant toi s’élève comme un encens, et mes mains comme l’offrande du soir » (Ps 141(140),1-2)… L’Ange reçoit donc ici « beaucoup de parfum pour qu’il les offrît », du parfum qui vient du ciel et peut représenter ici la louange des Anges et de la communion des saints, « les Vieillards »… Et avec ce parfum qui renvoie donc à la liturgie céleste, se joignent « les prières de tous les saints », les fidèles qui, sur cette terre, ont reçu par leur baptême ce pardon des péchés qui leur permet d’accueillir le plus possible, dès ici-bas, l’Esprit Saint, « arrhes de notre héritage » (Ac 2,37-39 ; Ep 1,13-14 ; 1Co 12,13…). St Paul les appelle souvent des « saints » (Rm 1,7 ; 8,27 ; 12,13 ; 15,25-26.31 ; 16,2.15). Mais ces « saints » pour avoir reçu l’Esprit Saint sont « appelés à être saints » (1Co 1,2), c’est-à-dire à correspondre par toute leur conduite à la grâce qu’ils ont reçue… Aussi, « quant à la fornication, à l’impureté sous toutes ses formes, ou encore à la cupidité, que leurs noms ne soient même pas prononcés parmi vous : c’est ce qui sied à des saints. De même pour les grossièretés, les inepties, les facéties : tout cela ne convient guère ; faites entendre plutôt des actions de grâces » (Ep 5,3-4). Nous voyons bien à quel point ces saints sont invités à la conversion continuelle, ce qui est bien notre aventure à tous… 

victoire

            « Puis l’Ange saisit la pelle et l’emplit du feu de l’autel qu’il jeta sur la terre. Ce furent alors des tonnerres, des voix et des éclairs, et tout trembla ». « Le silence d’une demi-heure » (Ap 8,1) introduisait une intervention décisive de Dieu. « Les tonnerres, les voix, les éclairs » sont les symboles habituellement utilisés dans l’Ancien Testament pour une théophanie, une manifestation de Dieu (Ex 19,16). Ce dernier va donc agir, son action sera présentée avec l’image du feu. Si l’autel représente Dieu Lui-même, « le feu de l’autel » renvoie à ce que Dieu est en Lui-même, et c’est ce Feu qui va être « jeté sur la terre ». La Présence de Dieu lui-même habitera donc l’histoire des hommes et c’est elle qui accomplira le jugement. De fait « le Seigneur Dieu est un feu dévorant » (Dt 4,24), et c’est bien sous l’apparence d’un feu qu’il conclut une Alliance avec Abraham (Gn 15) ou se manifeste à Moïse dans le buisson ardent (Ex 3,1-6). Si Jésus en St Jean affirme « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), si Dieu dit de Lui‑même « Je suis Saint » (Lv 11,44-45 ; 19,2 ; 20,26 ; 21,8), on pourrait dire aussi « Dieu est Feu », et donc son Esprit Saint est Feu… Telle est bien l’expression sous-entendue par Jean-Baptiste lorsqu’il déclare que Jésus « vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Mt 3,11). Et les disciples d’Emmaüs auront « le cœur tout brûlant » (Lc 24,32) lorsque l’Esprit Saint rendra témoignage en eux (Jn 16,26) à la Parole du Christ Ressuscité. Et au jour de la Pentecôte, des « langues de feu » descendront sur toute l’Eglise rassemblée en prière (Ac 2,1-4)… Ce « Feu de l’autel » « jeté sur la terre » est donc le Feu de l’Esprit répandu sur le monde en surabondance. Pour tous ceux qui consentiront à sa Présence, il ne sera que Douceur, Réconfort, Consolation, Miséricorde et Paix… Mais pour ceux qui le refuseront, sa seule Présence sera dénonciation des œuvres mauvaises et appel à un repentir sincère … Puisque le mal tue le pécheur, Dieu, dans son amour pour lui, ne pourra en effet chercher son bien qu’en l’invitant à renoncer à tout ce qui le tue… Enfermé dans les ténèbres de ses mensonges et de son orgueil, ce Dieu d’amour sera alors pour lui comme un adversaire, un empêcheur de tourner en rond, un perpétuel casse-pieds qui l’empêche de vivre comme il l’entend… Or, quand quelqu’un nous dérange, le meilleur moyen de retrouver la tranquillité est de l’éliminer d’une manière ou d’une autre. Et c’est ainsi que les prophètes furent assassinés, et le Christ crucifié (Mc 12)…

feu de l'amour

            Ce Feu de l’Esprit répandu sur le monde accomplit donc le Jugement de Dieu par sa simple Présence. Mais ce n’est pas Lui qui juge ou qui condamne. Il n’est là que pour éclairer, faire la vérité, appeler au repentir, pardonner, guider, vivifier, donner la paix… Avec Lui et par Lui, le Christ Ressuscité poursuit dans l’histoire son œuvre de Sauveur du monde. « Dieu en effet a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique de Dieu » (Jn 3,16-18).             
D. Jacques Fournier

 

 

 AP – SI – Fiche 17 – Ap 8,1-5 : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF




La joie de la multitude des sauvés (Ap 7)…

(1)       Après quoi je vis quatre Anges, debout aux quatre coins de la terre, retenant les quatre vents de la terre pour qu’il ne soufflât point de vent, ni sur la terre, ni sur la mer, ni sur aucun arbre. (2) Puis je vis un autre Ange monter de l’orient, portant le sceau du Dieu vivant; il cria d’une voix puissante aux quatre Anges auxquels il fut donné de malmener la terre et la mer : (3)  Attendez, pour malmener la terre et la mer et les arbres, que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. (4) Et j’appris combien furent alors marqués du sceau : cent quarante-quatre mille de toutes les tribus des fils d’Israël. (5) De la tribu de Juda, douze mille furent marqués; de la tribu de Ruben, douze mille; de la tribu de Gad, douze mille ; (6) de la tribu d’Aser, douze mille ; de la tribu de Nephtali, douze mille; de la tribu de Manassé, douze mille ; (7) de la tribu de Siméon, douze mille; de la tribu de Lévi, douze mille ; de la tribu d’Issachar, douze mille ; (8) de la tribu de Zabulon, douze mille ; de la tribu de Joseph, douze mille ; de la tribu de Benjamin, douze mille furent marqués.

(9)       Après quoi, voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue; debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, (10) ils crient d’une voix puissante : Le salut à notre Dieu, qui siège sur le trône, ainsi qu’à l’Agneau ! (11) Et tous les Anges en cercle autour du trône, des Vieillards et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le trône, la face contre terre, pour adorer Dieu ; (12) ils disaient :

            Amen ! Louange, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen !

(13)    L’un des Vieillards prit alors la parole et me dit : Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? (14) Et moi de répondre : Monseigneur, c’est toi qui le sais.  Il reprit : Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. (15) C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. (16) Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. (17) Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. 

 

            Entre le sixième et le septième sceau, nous avons une parenthèse où St Jean voit le sort de tous ceux et celles qui auront mis Dieu dans leur cœur et dans leur vie. La perspective est à nouveau universelle avec « les quatre Anges, debout aux quatre coins de la terre, retenant les quatre vents de la terre » (Ap 7,1)… Remarquons que ce chiffre « quatre », symbole d’universalité, intervient trois fois… Or le chiffre « trois » renvoie dans la Bible à Dieu en tant qu’il agit… Tout ce qui suit sera donc le résultat de l’action de ce Dieu qui a créé l’homme pour qu’il partage la Plénitude de sa Vie… Et il a envoyé son Fils dans le monde en « Sauveur du monde » (Jn 4,42) pour qu’un jour, il en soit effectivement ainsi… Il annonça donc la Bonne Nouvelle de ce Dieu Amour qui veut que tous les hommes, ses fils, soient « saints et immaculés en sa Présence dans l’Amour ». Et cette volonté, il l’a accomplie par l’offrande de son Fils en qui « nous trouvons la Rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce ». Et tous ceux et celles qui ont « entendu la Parole de Vérité, l’Evangile de notre salut, et y ont cru ont été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis à la louange de sa gloire » (Ep 1,3-14).
 
            Ainsi, avant que « la terre et la mer ne soient malmenées », « un autre Ange monta de l’orient », de là où le soleil se lève, de là où la Lumière brille pour finalement remporter la victoire sur les ténèbres. Cet Ange vient donc de Dieu, et il va exprimer sa volonté : avant la fin de toutes choses, il faut que « nous ayons marqué au front », avec « un sceau », le sceau du baptême, « les serviteurs de notre Dieu ». « Dieu veut en effet que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6). Il faut donc qu’au Nom du Christ, « le repentir en vue de la rémission des péchés soit proclamé à toutes les nations à commencer par Jérusalem » (Lc 24,46-47). L’annonce de la Bonne Nouvelle de ce Dieu Amour qui veut la Vie et la Plénitude de l’homme doit conduire à une prise de conscience du mal commis, des erreurs faites, une première étape qui permettra de recevoir ce Pardon que Dieu veut nous offrir. Et avec lui, nous serons comblés par la grâce de l’Esprit qui renouvelle toutes choses… Cette démarche s’accomplit notamment lors du baptême voulu par le Seigneur, et qui marque d’un sceau indélébile celui qui le reçoit… Souvenons-nous des dernières paroles du Christ Ressuscité dans l’Evangile selon St Matthieu : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez  donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,  et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge » (Mt 28,18-20). Avec cet Esprit Saint reçu lors du baptême, les croyants sont « marqués au front » (Ap 7,4) du « Nom de Dieu », du « Nom nouveau » (Ap 3,12) que le Christ porte : Ressuscité, Premier Né d’entre les morts, vainqueur de la mort et des ténèbres… Et ils participent à sa Victoire…

 


agneau immolé
    Ceux qui sont marqués sont 144.000… Le chiffre est bien sûr symbolique, et son interprétation s’enracine dans l’Ancien Testament avec les Douze tribus du Peuple d’Israël dont les noms sont cités en Ap 7,5-8. Mais ce fondement de l’ancienne Alliance n’était là que pour préparer celui de la Nouvelle Alliance : ces Douze Apôtres, appartenant tous au Peuple d’Israël, et qui furent envoyés dans le monde entier pour porter d’innombrables fruits de salut… La culture hébraïque ne connaissant pas la notion d’infini, une foule innombrable était évoquée par le chiffre 1000, ou par des expressions comme « myriades de myriades » ou « milliers de milliers » (Ap 5,11)… Ce chiffre de 144.000 évoque donc la multitude (1000) de ceux et celles qui, au temps de l’Ancienne Alliance (12 tribus d’Israël) et au temps de la Nouvelle Alliance (12 apôtres) ont accepté de se laisser aimer par Dieu et donc combler par Lui de tous ses trésors de Miséricorde, de Lumière et de Vie. Douze fois douze fois mille égale cent quarante quatre mille (12 x 12 x 1000), la foule innombrable des hommes et des femmes de tous les temps rassemblés dans le Paradis de Dieu, vivants de sa Vie… Elle apparaît d’ailleurs au verset suivant : « Après quoi, voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue ; debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : « Le salut à notre Dieu, qui siège sur le trône, ainsi qu’à l’Agneau ! » Et tous les Anges en cercle autour du trône, des Vieillards et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le trône, la face contre terre, pour adorer Dieu ; ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen ! » (Ap 7,9-13).

 

            Nous pouvons souligner ici l’universalité de la perspective ; alors que Dieu dans l’Ancienne Alliance ne s’était révélé qu’à son Peuple choisi, Israël, alors que l’Evangile commence juste à se répandre dans le bassin méditerranéen, la foule des sauvés comprend déjà des hommes et des femmes « de toute nation, race, peuple et langue ». Nous voyons bien que les frontières de l’Eglise dépassent ses seules apparences visibles. Toute personne de bonne volonté, attentive à la voix de sa conscience, suit son créateur et Père, même si elle ne le sait pas… Et lui, de son côté, veille sur elle, s’occupe d’elle et la conduit là où Il nous attend tous… Pourrait-il en être autrement d’un Père vis-à-vis de tous ses enfants ? Mais encore faut-il qu’ils acceptent de se laisser aimer, de quitter les chemins d’injustice et de mensonge pour suivre le seul qui pourra en fait leur apporter la paix : celui de la vérité, de la justice, de l’amour et de la paix…
 je suis la vraie vigne
            Ils sont « debout », en ressuscités, comme le Christ. Et ils se tiennent en présence du Père et du Fils, « devant le trône et devant l’Agneau ». Et tel est bien le salut : être réconcilié avec Dieu, ouvert de cœur à sa Présence, rendu capable de se tenir « devant sa face »… Ils sont vêtus de « robes blanches », symboles de leur participation à la nature divine, « les palmes » de la victoire à la main : ils ont donc bien reçu ce salut qui est donné gratuitement, par amour… Ils le crieront en action de grâce : « Ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau » » (Ap 7,10 ; Traduction liturgique). St Paul ne dit pas autre chose, insistant avec force sur cette grâce donnée gratuitement, indépendamment des œuvres que nous aurions pu accomplir. Personne, en effet, ne doit pouvoir s’enorgueillir et penser, ne serait-ce qu’une seconde, qu’il a bien mérité en fait ce salut par sa fidélité, ses prières, sa générosité, ses sacrifices, ses bonnes œuvres… Non, le salut est donné gratuitement… Et c’est la grâce de l’Esprit Saint reçue de la Miséricorde de Dieu, de pardon en pardon, qui permet de grandir dans la foi, de s’affermir dans l’amour et le don de soi, pour être enfin rendu capable d’accomplir de bonnes œuvres… Nous ne sommes donc pas sauvés à cause d’elles… Non… Mais c’est le salut reçu gratuitement qui fait de chacun de nous, petit à petit, des créatures nouvelles « dans le Christ Jésus », qui pourront alors, et alors seulement, se comporter de manière nouvelle et donc accomplir enfin des œuvres qui plaisent à Dieu… Et c’est l’Esprit Saint qui, petit à petit, réalise très concrètement cette transformation intérieure avec le concours toujours fragile de notre liberté… Le croyant est alors « dans le Christ Jésus », uni au Christ dans la communion d’un même Esprit reçu gratuitement de la Bonté et de la Miséricorde de Dieu. Et c’est cet Esprit qui lui permettra d’agir. D’où l’importance de la prière, accueil intérieur de la grâce et action de grâce, de la fréquentation habituelle des sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie, de la lecture de la Parole de Dieu qui, par l’Esprit, nourrit notre vie intérieure (1P 2,2), et de « la garde du cœur » pratiquée autant que possible à tout instant… « Veillez »… Dans sa Lettre aux Ephésiens, St Paul rappelle et insiste sur ces bases de la vie chrétienne : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés ! –, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ep 2,4-10).

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            Tout s’enracine donc dans ce Dieu d’Amour qui donne et se donne entièrement, instant après instant, à toute l’humanité qu’il a créée par amour et pour l’amour. La Source de notre Vraie Vie est donc à chercher dans ce Don continuel que Dieu fait de Lui-même et qui ne saurait jamais nous manquer… « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), « le Seigneur Dieu est un Soleil, le Seigneur donne la grâce, il donne la gloire » (Ps 84(83),12)… Toute notre vie est ainsi invitée à se déployer au Soleil de l’Amour… Il suffit de tout lui offrir, et notamment toutes nos blessures, toutes nos incapacités, toutes nos failles, et petit à petit, elles se cicatriseront à la Lumière de l’Amour. « Pour vous qui craignez mon Nom », dit le Seigneur, « le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons » (Ml 3,20), car « son éclat est pareil à la lumière, deux rayons sortent de ses mains : là se tient cachée sa puissance » (Ha 3,4), la Puissance de Miséricorde de Celui qui n’est pas venu pour les bien portants mais pour les malades (Lc 5,31-32), la Puissance de l’Esprit Saint qui faisait accomplir au Seigneur ces guérisons physiques (Lc 5,17), signes visibles de notre guérison intérieure, invisible celle-là… 
            Cette gratuité de la Miséricorde Toute Puissante, voilà ce que chantent « tous les Anges » du ciel « en cercle » autour des vingt quatre Vieillards, assis sur vingt quatre trônes qui entourent eux-mêmes (Ap 4,4) « le trône aux quatre vivants » (Ap 5,6) sur lequel Dieu siège ainsi que l’Agneau (Ap 7,10)… Et l’on se souvient que ces vingt quatre Vieillards représentent la multitude des sauvés de tous les temps : les Douze Patriarches, tous fils de Jacob, renvoient aux Douze tribus d’Israël pour le temps de l’Ancienne Alliance, avant le Christ, et les Douze Apôtres évoquent le temps de la Nouvelle Alliance qui s’est ouvert avec le Christ et qui se conclura au dernier Jour du monde… Ainsi, tous les sauvés, entourés par les Anges, sont-ils entraînés dans la liturgie céleste, une liturgie de louange et de joie… « Ils se prosternent » en effet pour « adorer Dieu » et chanter : « Amen ! Louange, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen ! » (Ap 7,12). Notons que cette louange « à notre Dieu, pour les siècles des siècles » célèbre 7 de ses attributs, en signe de sa Perfection et de sa Plénitude…

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            Et c’est bien un de ces Vieillards qui va expliquer qui sont « ces gens vêtus de robes blanches », car il les représente tous… Sa réponse est magnifique, car elle résume toute notre vie : « Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. » 
            « La grande épreuve » est tout simplement notre vie, trop souvent mise à mal par les fléaux de la guerre, da la famine et de la mort (Ap 6,3-8), et par les persécutions de toutes sortes (Ap 6,9)… Mais nous sommes tous responsables de la présence du mal en ce monde, chacun portant ses blessures et contribuant ainsi pour sa part, d’une manière ou d’une autre, à ce que ce mal existe et se développe… Aussi le Christ nous invite-t-il tous à venir « blanchir » la robe de notre cœur et de notre vie « dans son sang ». Son offrande sur la Croix nous « purifie en effet de tout péché » (1Jn 1,7 ; Mt 26,27-28 ; Ep 2,13 ; Col 1,19-20 ; 1P 1,18-19). Et c’est l’Esprit Saint qui met très concrètement en œuvre cette purification au plus profond de nous-mêmes (Ez 36,25-28). Sur le chemin de la guérison, nous pourrons alors commencer à le servir, lui et nos frères, comme le fit autrefois la belle-mère de Pierre arrachée à sa fièvre par le Christ (Mc 1,29-31). Et c’est encore la Puissance de l’Esprit Saint, Source de notre guérison intérieure, qui nous donnera la force d’accomplir des bonnes œuvres et de nous donner au service de Dieu et des hommes, pour notre salut à tous (Ga 5,22‑23 ; Ep 5,8-9 ; 2Tm 1,6-11). Et la Présence de ce même Esprit en nos cœurs sera également le Principe de notre communion avec Dieu et avec nos frères. En Eglise, nous serons aussi dans « la Maison du Père » (Jn 14,1-4) car Dieu aura « étendu sur nous sa tente ». Alors, au cœur de toutes les épreuves de ce monde, « la faim, la soif, l’ardeur du soleil, les vents brûlants », l’Esprit se fera Consolation, Encouragement, Réconfort (2Co 1,3-7). Grâce à Lui, nous pourrons tenir bon et même connaître déjà « quelque chose » de la Joie du ciel (1Th 1,6)… En effet, c’est par « les Fleuves d’Eau Vive de l’Esprit » (Jn 7,37-39) qui nous rejoignent dès maintenant dans la foi, que Dieu essuie « toute larme de nos yeux » en attendant le Bonheur parfait et sans fin du ciel…
 Jacques Fournier

 

 AP – SI – Fiche 16 – Ap 7 : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




L’Agneau brise les six premiers sceaux (Ap 6)…

(1)       Et ma vision se poursuivit. Lorsque l’Agneau ouvrit le premier des sept sceaux, j’entendis le premier des quatre Vivants crier comme d’une voix de tonnerre : Viens ! (2) Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval blanc ; celui qui le montait tenait un arc; on lui donna une couronne et il partit en vainqueur, et pour vaincre encore.

(3)       Lorsqu’il ouvrit le deuxième sceau, j’entendis le deuxième Vivant crier : Viens ! (4) Alors surgit un autre cheval, rouge-feu ; celui qui le montait, on lui donna de bannir la paix hors de la terre, et de faire que l’on s’entr’égorgeât ; on lui donna une grande épée.

(5)       Lorsqu’il ouvrit le troisième sceau, j’entendis le troisième Vivant crier : Viens !  Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval noir ; celui qui le montait tenait à la main une balance, (6) et j’entendis comme une voix, du milieu des quatre Vivants, qui disait :  Un litre de blé pour un denier, trois litres d’orge pour un denier ! Quant à l’huile et au vin, ne les gâche pas !

(7)       Lorsqu’il ouvrit le quatrième sceau, j’entendis le cri du quatrième Vivant : Viens ! (8) Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval verdâtre ; celui qui le montait, on le nomme : la Mort ; et l’Hadès le suivait. Alors, on leur donna pouvoir sur le quart de la terre, pour exterminer par l’épée, par la faim, par la peste, et par les fauves de la terre.

(9)       Lorsqu’il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu. (10) Ils crièrent d’une voix puissante : Jusques à quand, Maître saint et vrai, tarderas-tu à faire justice, à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ?  (11) Alors on leur donna à chacun une robe blanche en leur disant de patienter encore un peu, le temps que fussent au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort comme eux.

(12)    Et ma vision se poursuivit. Lorsqu’il ouvrit le sixième sceau, alors il se fit un violent tremblement de terre, et le soleil devint noir comme une étoffe de crin, et la lune devint tout entière comme du sang, (13) et les astres du ciel s’abattirent sur la terre comme les figues avortées que projette un figuier tordu par la tempête, (14) et le ciel disparut comme un livre qu’on roule, et les monts et les îles s’arrachèrent de leur place ; (15) et les rois de la terre, et les hauts personnages, et les grands capitaines, et les gens enrichis, et les gens influents, et tous enfin, esclaves ou libres, ils allèrent se terrer dans les cavernes et parmi les rochers des montagnes, (16) disant aux montagnes et aux rochers :  Croulez sur nous et cachez-nous loin de Celui qui siège sur le trône et loin de la colère de l’Agneau. (17) Car il est arrivé, le grand Jour de sa colère, et qui donc peut tenir ?

            La vision de St Jean se poursuit. Rappelons-nous… Il avait vu « dans la main droite de Celui qui siège sur le trône un livre roulé, écrit au recto et au verso, et scellé de sept sceaux ». Et seul le Christ, Lui qui a « remporté la victoire » sur le mal, le péché et la mort, « le Lion de la tribu de Juda, le Rejeton de David », « l’Agneau comme immolé » fut « trouvé digne d’ouvrir le livre aux sept sceaux » (Ap 5,1-5). 

            L’Agneau ouvre donc le premier des sept sceaux. Alors, dit St Jean, « j’entendis le premier des quatre vivants crier comme d’une voix de tonnerre : « Viens ! » ».

D’après Ap 4,7, « le premier vivant est comme un lion », et nous venons de voir que le Christ en Ap 5,5 est appelé « le Lion de la tribu de Juda »… Notre regard commence donc à se tourner vers le Christ.

orageDe plus ce « premier des quatre vivants » parle « comme d’une voix de tonnerre ». Or l’image du tonnerre apparaît très souvent dans l’Ancien Testament pour introduire une manifestation de Dieu. Ainsi par exemple, lorsque Moïse fut invité à le rencontrer sur la montagne du Sinaï « dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne, ainsi qu’un très puissant son de trompe et, dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu, et ils se tinrent au bas de la montagne. Or la montagne du Sinaï était toute fumante, parce que Yahvé y était descendu dans le feu ; la fumée s’en élevait comme d’une fournaise et toute la montagne tremblait violemment. Le son de trompe allait en s’amplifiant ; Moïse parlait et Dieu lui répondait dans le tonnerre » (Ex 19,16-19 ; cf. 20,18). Et dans le Livre de l’Apocalypse, on lit en 11,19 : « Alors s’ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le temple ; puis ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres et un tremblement de terre »… L’image du tonnerre introduit donc très souvent une manifestation de Dieu … Avec ce « premier des quatre Vivants », c’est donc Dieu Lui-même qui va intervenir… Et souvenons‑nous : l’expression « les quatre Vivants » renvoie à Dieu, le Vivant par excellence, en tant qu’il est Présent à tout l’univers… Le chiffre quatre est en effet un symbole d’universalité (les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est, l’ouest). Et de fait, tout l’univers sera ici concerné…

            Si nous rassemblons les éléments précédents, le Christ « comme un lion », « le premier des quatre vivants » qui « crie comme d’une voix de tonnerre » et montre ainsi que Dieu Lui-même intervient, nous constatons que l’auteur tourne notre regard vers le Christ, vrai Dieu et vrai homme… C’est Lui ici qui est évoqué…

            D’autres éléments renforcent cette interprétation. En effet, que dit-il ? « Viens ! ». Or cet impératif intervient sept fois dans l’ensemble du Livre de l’Apocalypse, en signe de perfection, de plénitude. Regardons où il apparaît. Nous le trouvons ici quatre fois pour les « quatre » premiers sceaux (Ap 6,1.3.5.7), un nouveau clin d’œil vers une perspective universelle. Pas de doute, dans notre passage, toute la terre est bien concernée. Puis « Viens ! » réapparaît en Ap 22,17.20 : « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin. L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Que celui qui entend dise : « Viens ! » Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement… Le garant de ces révélations l’affirme : « Oui, mon retour est proche ! » Amen, viens, Seigneur Jésus ! » Ainsi, Celui qui « vient » dans l’Apocalypse, c’est le Christ Jésus, d’où ces sept « Viens ! », en signe de Plénitude. En effet, avec Lui, c’est toute la Plénitude de Dieu, « Lumière du monde » (Jn 8,12 ; 1Jn 1,5), Vie et Plénitude de Vie qui vient et qui permet ainsi au projet créateur de Dieu de s’accomplir pleinement… 

avec-nous-mathieu-28_20-ellecroit_com_Or le Christ reviendra au dernier Jour du monde, « sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt 24,29-31), nous le reverrons par la suite.  Et ce sera le jugement dernier (Mt 24,31-46)… Mais, Ressuscité, Il est déjà présent à notre vie, offert à notre foi dans la communion d’un même Esprit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Oui, nous a-t-il promis, après ma mort et ma résurrection, « je ne vous laisserai pas orphelins, je reviendrai vers vous », en Esprit et par l’Esprit (Mt 28,20 ; Jn 14,18)… Or, lorsque Dieu est Présent, le Jugement aussi est présent. En effet, qu’est-ce que « le Jugement » ? Ce n’est pas Dieu qui juge ou qui condamne le pécheur, même s’il le mériterait… En effet, Jésus nous dit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ». Ainsi, Dieu ne condamne jamais. Son seul désir, sa seule volonté est que « tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3), tous, sans exception. Mais cet Amour, cette Miséricorde, ce Pardon sans limites, cette Plénitude de Vie déjà donnée en espérance, tout cela est proposé à la liberté de l’homme qui peut ou non refuser le cadeau qui lui est fait. Nous constatons alors que c’est l’homme qui se jugera lui-même par l’acceptation de cet Amour de Dieu ou son refus… L’accepter, se laisser aimer, recevoir le pardon dans un acte de repentir sincère et avec lui la Vie et la Paix de Dieu, telle est l’attitude que les Evangiles résument en un mot : « croire ». Ainsi, « qui croit en lui n’est pas jugé » poursuit St Jean, car il accepte d’accueillir Celui qui n’est qu’Amour et Pardon, Celui qui ne condamne jamais, Celui qui ne cherche toujours que le meilleur pour tous ceux et celles qu’il aime. Mais celui qui refuse l’Amour, « celui qui ne croit pas » en ce Dieu qui ne juge jamais « est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique-Engendré de Dieu ». En fait, il se condamne lui-même… Car « tel est le jugement : la Lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la Lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jn 3,17-19). Dès que l’on parle de jugement, c’est donc l’homme qui se juge lui-même par son acceptation ou son refus de Dieu, qui est tout en même temps décision libre, profonde et responsable de se détourner du mal pour se tourner vers le bien, et donc vers la Source de Tout Bien : Dieu… Choisir Dieu ou le refuser, croire en lui ou refuser de croire : tel est le jugement… Il s’agit donc pour l’homme de se déterminer vis-à-vis de Dieu. C’est pour cela que si Dieu est là, le jugement aussi est là. En Jésus Christ, la Lumière nous a rejoints dans nos ténèbres. Et maintenant, dans la foi en attendant la pleine vision, que ferons-nous ? Irons-nous vers elle, ou au contraire, partirons-nous loin d’elle, dans les ténèbres ? Tel est le jugement, et il commence dès maintenant, dans la foi, car le Christ Ressuscité, Lumière du Monde, est présent à notre cœur, à notre vie… « Je me tiens à la porte et je frappe… Si tu m’ouvres ton cœur », et tel est le jugement, « je ferai chez toi ma demeure », pour ta Plénitude et ton Bonheur (Ap 3,20)…

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Ajoutons que nous n’avons rien à craindre de cette Lumière, de cette Présence, de cet Amour car Dieu ne désire qu’une seule chose, notre Salut, notre Vie, notre Joie… Pour Lui, « juger » c’est « sauver » (Jn 3,17‑18), c’est-à-dire « enlever le péché du monde » (Jn 1,29), « donner dès maintenant la vie éternelle » (Jn 20,30-31 ; 6,47.54.57) et introduire ainsi le croyant dans un Mystère de Communion avec son Dieu (1Jn 1,1-4). Alors, rien, absolument rien ne pourra l’arracher de sa main. Le Prince de ce monde quant à lui sera « jeté dehors » : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi… Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent ; je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main. » Car « Je Suis la Lumière du monde », et « la Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie ». Et « moi, Lumière, je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres » mais « ait la Lumière de la Vie » (Jn 12,31-32 ; 10,27-28 ; 8,12a ; 1,4-5 ; 12,46 ; 8,12b).

            Ce jugement est donc déjà à l’œuvre dès ici-bas par la Puissance de l’Esprit et il apparaît encore en Ap 6,2 avec l’image de l’arc : « L’arc qu’on remet au cavalier évoque le thème fréquent dans l’Ancien Testament, de l’arc et des flèches de Dieu, c’est-à-dire ses jugements et ses châtiments (Dt 32,41-42 ; Hb 3,8-9 ; Lm 2,4) »[1].

            Notons aussi que le cheval de ce « premier des quatre vivants » est « blanc » et l’on se souvient que le blanc dans le Livre de l’Apocalypse évoque « la nature divine », c’est-à-dire ce que Dieu est en Lui-même (En Ap 20,11, le trône de Dieu est « blanc » ; en 1,14, ce sont les cheveux de la tête du Christ qui sont blancs comme ceux de Dieu le Père (l’Ancien) dans le Livre de Daniel (Dn 7,9) ; et la nuée sur laquelle le Christ est assis en Ap 14,14 est elle aussi blanche…).

Blanc ChristOr toute l’œuvre du Christ est de nous rendre participants de sa nature divine (2P 1,3‑4), d’où le « caillou blanc » donné au vainqueur (Ap 2,17), et « les vêtements blancs » qui seront les siens après s’être purifié dans le Sang de l’Agneau (Ap 3,4-5.18 ; 4,4 ; 6,11 ; 7,9.13-14 ; 19,8). Le « cheval blanc » souligne donc ici une nouvelle fois la divinité de Celui qui le monte. Nous le retrouvons en Ap 19,11-16 : « Alors je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc ; celui qui le monte s’appelle « Fidèle » (Ap 1,5) et « Vrai » (Ap 3,7.14), il juge (Jn 5,22.26-27) et fait la guerre avec justice. Ses yeux ? Une flamme ardente (Ap 1,14) ; sur sa tête, plusieurs diadèmes ; inscrit sur lui, un nom qu’il est seul à connaître ; le manteau qui l’enveloppe est trempé de sang ; et son nom ? Le Verbe de Dieu. Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de lin d’une blancheur parfaite. De sa bouche sort une épée acérée (Hb 4,12 ; Ep 6,17) pour en frapper les païens… Un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. » 

            Nous le voyons bien : toutes ces constatations rejoignent ce que nous disions au tout début avec ce « premier des quatre vivants », « comme un lion », « qui crie d’une voix de tonnerre : Viens ! » (Ap 6,1 ; 4,7). « Celui qui monte ce cheval blanc », c’est le Christ, « le Verbe de Dieu », celui qui est tout à la fois vrai Dieu et vrai homme. Il possède la Plénitude de la nature divine (« blanc ») et Dieu lui a donné d’exercer le jugement (« l’arc » ; cf. Jn 5,27), c’est-à-dire de sauver le monde en lui offrant le pardon de toutes ses fautes et la vie éternelle (Jn 3,14-18 ; 17,1-3). Il porte « une couronne, et il partit en vainqueur et pour vaincre encore ». La couronne étant un symbole de royauté, c’est le Père qui donne à son Fils d’être Roi… Lorsque St Paul évoque la fin du monde, il écrit en effet : « Ce sera la fin, lorsque le Christ remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort ; car il a tout mis sous ses pieds. Mais lorsqu’il dira : « Tout est soumis désormais », c’est évidemment à l’exclusion de Celui qui lui a soumis toutes choses. Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous » (1Co 15,24-28).

           Cette Royauté est celle de l’Amour : « Son Amour envers nous s’est montré le plus fort » (Ps 117(116)). Rien, absolument rien n’a pu l’empêcher de nous aimer. Bien au contraire, nos misères qui nous détruisent, blessent la vie de Dieu en nous et nous plongent dans le mal-être, la tristesse, l’absence de paix, sont autant d’appels lancés à l’Amour de venir à notre aide. Et c’est bien ce qu’il a fait en Jésus Christ : de pardon en pardon, « Il nous a arrachés à l’empire des ténèbres », à tout ce qui était plus fort que nous, « pour nous transférer dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé » (Col 1,13-14), en qui nous trouvons enfin la Plénitude de Vie, de Paix et de Lumière…

           dieu viensAlors, si Dieu « Amour, Lumière, Paix, Vie » doit être « tout en tous », nous serons donc nous aussi des « rois » comme Lui‑même est Roi, à « son image et ressemblance » (Gn 1,26-27)…Et de fait, la mission du Christ est de nous associer au Mystère de sa Royauté en nous donnant d’avoir part, dès maintenant, dans la foi et par notre foi, à cette Plénitude de l’Esprit qu’il reçoit lui‑même de son Père de toute éternité. « En lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude », écrit St Paul (Col 2,9-10). « Cherchez donc dans l’Esprit votre Plénitude » (Ep 5,12). Or, « le Règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). Si Dieu nous « a donc fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8), là où est l’Esprit, là est le Royaume, là est la Royauté de la Lumière sur les ténèbres (Jn 1,5), de la Vie sur la mort… Rien ne peut alors « nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rm 8,39). C’est donc bien en « baptisant dans l’Esprit et le feu » (Mt 3,11) que Jésus « dispose pour nous du Royaume comme son Père en a disposé pour lui » (Lc 22,29). C’est ainsi que le Christ Roi (cf. la « couronne » d’Ap 6,2 ; 14,14) donne à tous ceux et celles qui accepteront qu’Il règne dans leur vie des « couronnes » (Ap 2,10 ; 3,11 ; 4,4.10). Car, c’est dans la mesure où Il règnera en eux, dans leur cœur et dans leur vie, qu’ils seront eux aussi des rois, comme le Christ. Sa Lumière règnera dans leurs ténèbres, sa Vie règnera dans leur mort, sa Paix règnera dans leur cœur… Ils seront « rois » grâce au Christ roi et par lui. Ils participeront au Mystère de sa Royauté, vainqueurs eux aussi du mal et de la mort grâce à cet Esprit qu’ils auront reçu du Christ. En remportant la victoire sur le mal et la mort, Christ aura ainsi fait de chacun de ceux et celles qui auront accepté de le recevoir des vainqueurs… Et ressuscité, le Christ part chaque jour, à toute heure, à tout instant « en vainqueur et pour vaincre encore ». Et toute l’Eglise est au service de Sa Mission. Et il attend, il espère, pour « vaincre encore », ce « oui » de la foi qui saura lui donner ce qui, dans nos existences, n’a pas encore été vaincu…

            Si le Christ combattant et vainqueur apparaît ici en premier sur son cheval « blanc », c’est déjà pour dire sa victoire sur tous les malheurs qui seront évoqués par la suite… « Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde » (Jn 16,33). Nous sommes ici au cœur de l’Evangile : Présence du Ressuscité qui s’unit au croyant dans la communion d’un même Esprit, pour lui donner de remporter la victoire sur tout ce qui blesse, altère, détruit la vie… Et même si les épreuves sont toujours là, elles n’auront pas le dernier mot. Avec le Christ et grâce à Lui, la maison construite sur le Roc tiendra bon (Mt 7,24-25)… Souvenons-nous d’Ap 1,9 : « Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’épreuve, la royauté et la constance, en Jésus »… Dans « l’épreuve », « la royauté » du Christ mise en œuvre par le Don de l’Esprit au cœur de celui ou celle qui acceptera de l’accueillir lui donnera « la constance », la grâce de tenir bon… 

            Les malheurs de la vie vont maintenant défiler, symbolisés par les différents chevaux qui vont suivre. Avec eux, nous allons retrouver tous ces fléaux qui, hélas, bouleversent encore trop souvent la vie des hommes sur cette terre… Le Christ ne dit pas autre chose dans les Evangiles : « Vous aurez à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres ; voyez, ne vous alarmez pas : car il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas encore la fin. On se dressera, en effet, nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura par endroits des famines et des tremblements de terre. Et tout cela ne fera que commencer les douleurs de l’enfantement » (Mt 24,6-8)… 

            Au deuxième sceau, le cheval « rouge feu » représente la guerre… Si l’amour ne règne pas dans les cœurs, la haine destructrice pousse alors à « s’entr’égorger »…

dieu vous aime

            Au troisième sceau, le cheval « noir » comme peuvent l’être des vêtements de deuil, est monté par quelqu’un qui tient à la main « une balance » : les denrées sont pesées, rationnées. Les aliments de base sont hors de prix… « Un denier » était en effet le salaire d’une journée de travail (cf. Mt 20,2). Or, « le litre de blé » coûte ici « un denier ». Et un litre de blé était la ration journalière pour une personne… Avec de tels prix, un père de famille ne peut donc plus nourrir les siens par son travail… Nous sommes alors en pleine famine… 

            Au quatrième sceau, le cheval est « verdâtre » comme la mort qu’il symbolise, suivie de près par « l’Hadès », ce séjour des morts prêt à engloutir les défunts… 

            Nous le voyons bien ; tous ces fléaux, sur lesquels nous ne nous attardons pas, appartiennent bien à l’histoire des hommes sur cette terre. Cette première partie, avec les quatre sceaux (quatre, symbole d’universalité), est d’ailleurs comme indépendante par rapport au reste. En effet, dans une conclusion saisissante, l’auteur va reprendre un à un ces fléaux : « Alors, on leur donna pouvoir sur le quart de la terre, pour exterminer par l’épée (2° cheval, rouge feu), par la faim (3° cheval noir), par la peste (4° cheval verdâtre), et par les fauves de la terre » (précision qui prépare le passage suivant consacré aux martyrs). Nous l’avons remarqué : l’auteur ne parle pas du premier cheval blanc qui a décidément une place à part. Il ne devra en effet jamais être oublié car celui qui le monte, c’est « le Verbe de Dieu », le Christ Ressuscité, Présent à la vie des hommes pour leur donner de « vaincre et vaincre encore » toutes ces épreuves qu’ils doivent traverser. Mais sa victoire est celle de la croix : échec apparent lorsque le Christ meurt de la pire mort qui pouvait exister à l’époque, mais triomphe total avec sa Résurrection qui ne laissera en tout et pour tout qu’un tombeau vide… Et « le disciple n’est pas au‑dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître » (Lc 6,40). Tel fut le chemin du Christ, tel sera aussi le nôtre, d’une manière ou d’une autre, avec la Puissance de l’Esprit Saint qui viendra à notre secours et qui, nous l’espérons, nous donnera de « tenir bon »…

Croix Alain Dumas

            Avec le cinquième sceau, St Jean va évoquer tous les martyrs qui sont déjà morts « pour la Parole de Dieu et leur témoignage ». Jean-Baptiste fut assassiné par Hérode en vrai précurseur de Jésus (Mt 14,3-12), Etienne fut lapidé (Ac 7,55-60), Jacques, frère de Jean, périt par le glaive sur ordre d’Hérode (Ac 12,3)… Et dans les années 64-67, à Rome, Pierre sera crucifié dans le cirque de Néron, tandis que Paul, lui, sera décapité… Et beaucoup d’autres encore, comme Antipas (Ap 2,14), connurent le même sort…

             Où sont-ils ? Que sont-ils devenus ? Ils ne sont pas descendus, comme beaucoup le croyaient à l’époque, sous la terre, au Shéol ou dans l’Hadès, le lugubre royaume des morts. Ils sont « sous l’autel ». Or l’autel renvoie, dans la Bible, à la Présence de Dieu. Ils sont donc sous son ombre (Lc 1,35), sous sa protection, sous sa garde, et rien ni personne ne pourra les arracher de sa main (Jn 10,27-30). « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Et nul tourment ne les atteindra. Aux yeux des insensés, ils ont paru bien morts, leur départ a été tenu pour un malheur et leur voyage loin de nous pour un anéantissement, mais eux sont en paix.  S’ils ont, aux yeux des hommes, subi des châtiments, leur espérance était pleine d’immortalité ; pour une légère correction, ils recevront de grands bienfaits. Dieu en effet les a mis à l’épreuve et il les a trouvés dignes de lui ; comme l’or au creuset, il les a éprouvés, comme un parfait holocauste, il les a agréés. Au temps de leur visite, ils resplendiront, et comme des étincelles à travers le chaume, ils courront. Ils jugeront les nations et domineront sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux à jamais. Ceux qui mettent en lui leur confiance comprendront la vérité et ceux qui sont fidèles demeureront auprès de lui dans l’amour, car la grâce et la miséricorde sont pour ses saints et sa visite est pour ses élus » (Sg 3,1‑9). 

Agneau Mystique

            « Egorgés » (Ap 6,8) comme « l’agneau » (Ap 5,6), ils partagent aussi maintenant sa vie de Ressuscité en attendant le plein accomplissement du projet de Dieu sur nous tous : « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir » (Crédo)… Car « Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera nous aussi avec Jésus, et nous placera près de lui » (2Co 4,14). Oui, « nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité ; et de même, ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les emmènera avec lui » (1Th 4,14). Ils participeront alors à la nature divine de Celui qui n’est que Lumière et Vie, car elle leur sera « donnée » comme « une robe blanche »…

Puis ils patienteront « un peu, le temps que fussent au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort comme eux ». Le chapitre suivant, en un passage qui est un vrai petit évangile en miniature (Ap 7,9‑17) nous apportera quelques précisions à leur sujet…

             Le sixième sceau évoque la fin du monde, en des termes très proches de ceux de l’Evangile de Matthieu (24,29-31) : « Aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités. »

            Ici, « trompettes », précédemment « voix de tonnerre » (Ap 6,1) : nous retrouvons ces images qui accompagnent habituellement une manifestation de Dieu. Ici, nous sommes à la fin du monde, précédemment, nous étions dans le cours de l’histoire avec toutes les épreuves et les souffrances que l’on peut connaître sur cette terre. Mais dans les deux cas, Dieu est présent, Dieu se manifeste, avec une intensité toute particulière bien sûr à la fin du monde. Or, nous l’avons vu, dès que Dieu est présent, le jugement est là lui aussi, et notre passage va évoquer le jugement dernier avec la réaction qu’auront face à Dieu tous ceux qui l’avaient mis à la porte de leur vie. Plongés dans les ténèbres par suite de leurs fautes, ils étaient sous l’emprise du Prince des Ténèbres qui ne cesse de pervertir l’image de Dieu en le présentant comme un Dictateur Tout Puissant qui punit et châtie dans sa justice implacable tous ceux qui ont osé lui désobéir… Face à une telle perception, on comprend la réaction de ceux et celles qui se retrouvent brusquement dans l’éclat de sa Présence : « Ils allèrent se terrer dans les cavernes et parmi les rochers des montagnes, disant aux montagnes et aux rochers : « Croulez sur nous et cachez-nous loin de Celui qui siège sur le Trône et loin de la colère de l’Agneau » (Ap 6,15-16). Ils ont exactement la même réaction qu’Adam et Eve qui, après leur désobéissance, coururent « se cacher parmi les arbres du jardin » quand « ils entendirent le pas du Seigneur Dieu »… Tous les éléments du « jugement » que nous avons vu précédemment sont là : Présence de Dieu, absence de foi, de confiance, d’obéissance filiale, fuite loin de la lumière par peur du châtiment, car ils se savent bien coupables… Mais Dieu n’est pas ainsi. Lui les désire, Lui les recherche, Lui les veut à ses côtés, en sa Présence, dans son Jardin, en sa Maison… Il va les chercher, « Où es-tu ? », et puisqu’ils ont honte par suite de leurs fautes, un sentiment décrit par l’intermédiaire de l’image de la nudité, l’innocence perdue, « le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit » (Gn 3,21), pour cacher la honte de leur nudité… « Tu as aimé, Seigneur, cette terre, tu as fait revenir les déportés de Jacob ; tu as ôté le péché de ton peuple, tu as couvert toute sa faute » (Ps 85(84),2-3)… prodigueEncore faut-il accepter ce pardon offert, d’où l’urgence d’annoncer le plus largement possible l’Amour de ce Père Miséricordieux et rempli de Tendresse qui s’est révélé en Plénitude en Jésus Christ son Fils… Car au dernier jour du monde, il sera « arrivé, le grand jour de sa Colère »… Or le thème de « la Colère de Dieu » renvoie toujours dans la Bible aux conséquences du péché… Alors, quand les ténèbres seront pleinement manifestées « ténèbres » dans la Lumière du Seigneur, tous ceux et celles qui n’auront pas reconnu que « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) et qu’Il n’est qu’Amour, s’enfuiront loin de Celui dont ils auront peur alors qu’Il les attend et les désire ! « Qui tiendra donc devant ta face ? », c’est-à-dire en ta Présence ? « Mes ennemis, eux, retournent en arrière, ils fléchissent, ils périssent devant ta face », écrivait le Psalmiste, tandis que moi, « que tu soutiens » dans ta Tendresse et ta Bonté, « je resterai indemne, car tu m’auras à jamais établi devant ta face » grâce à ton Pardon et à ta Miséricorde. En effet, le Seigneur « pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe » où nos fautes nous entraînaient, « et te couronne d’amour et de tendresse… Car le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ; aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés ; comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint ! ». Alors, j’en suis sûr, « tu m’apprendras le chemin de vie, devant ta face, plénitude de joie, en ta droite, délices éternelles » (Ps 76(75),8 ; 9,4 ; 41(40),13 ; 103(102),1-13 ; 16(15),11).           

D. Jacques Fournier

[1] PRIGENT P., « L’Apocalypse de Saint Jean » (Aux éditions Delachaux et Niestlé, Paris 1981) p. 109. Sans oublier que la notion de « châtiment » dans la Bible renvoie aux conséquences du péché. Dieu ne châtie jamais, il ne punit jamais… C’est l’homme qui, par ses fautes et son manque de foi, se retrouve dans des conditions de vie difficiles, sinon désastreuses. Et Dieu n’en rajoute pas ; bien au contraire, son seul désir est de les soulager par sa Présence et son action. C’est ainsi que le Christ, lui qui n’avait jamais commis de faute, « se fera péché pour nous » (2Co 5,21 ; Mt 8,17 ; 1P 2,21-25) en prenant sur lui toutes les conséquences de nos péchés. Et c’est comme cela qu’il nous soulage, en se proposant de porter avec nous tout le poids de nos misères. Mais pour l’accueillir, il faut se tourner vers Lui de tout cœur et donc au même moment, se détourner du mal…

AP – SI – Fiche 15 – Ap 6 : cliquer sur le titre précédent pour avoir accès au document PDF de cet article.




La vision du Fils : l’Agneau « comme égorgé » (Ap 5)

            Et je vis dans la main droite de Celui qui siège sur le trône un livre roulé, écrit au recto et au verso, et scellé de sept sceaux. (2) Et je vis un Ange puissant proclamant à pleine voix :  Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en briser les sceaux ? (3) Mais nul n’était capable, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, d’ouvrir le livre et de le lire. (4) Et je pleurais fort de ce que nul ne s’était trouvé digne d’ouvrir le livre et de le lire. (5) L’un des Vieillards me dit alors : Ne pleure pas. Voici : il a remporté la victoire, le Lion de la tribu de Juda, le Rejeton de David; il ouvrira donc le livre aux sept sceaux. (6) Alors je vis, debout entre le trône aux quatre Vivants et les Vieillards, un Agneau, comme égorgé, portant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu en mission par toute la terre. (7) Il s’en vint prendre le livre dans la main droite de Celui qui siège sur le trône. (8) Quand il l’eut pris, les quatre Vivants et les vingt‑quatre Vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfums, les prières des saints ; (9) ils chantaient un cantique nouveau :  Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation ; (10) tu as fait d’eux pour notre Dieu une Royauté de Prêtres régnant sur la terre. (11) Et ma vision se poursuivit. J’entendis la voix d’une multitude d’Anges rassemblés autour du trône, des Vivants et des Vieillards – ils se comptaient par myriades de myriades et par milliers de milliers ! – (12) et criant à pleine voix :  Digne est l’Agneau égorgé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange. (13) Et toute créature, dans le ciel, et sur la terre, et sous la terre, et sur la mer, l’univers entier, je l’entendis s’écrier :  À Celui qui siège sur le trône, ainsi qu’à l’Agneau, la louange, l’honneur, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles ! (14) Et les quatre Vivants disaient :  Amen ! ; et les Vieillards se prosternèrent pour adorer.

 

            Puis St Jean voit « dans la main droite » du Père « un livre roulé, écrit au recto et au verso, et scellé de sept sceaux ». Nous retrouvons ce chiffre « sept », symbole de perfection. Le mot « livre » lui-même apparaîtra sept fois en ce chapitre 5…

            le livre scélléCe livre est donc donné par Dieu lui-même, il est en rapport direct avec lui, revêtu de toute son autorité… C’est le Livre parfait par excellence, « le Livre de Dieu »…Il est roulé, écrit au dehors et au dedans… Il y a donc beaucoup à lire et à découvrir… Dès le 3° – 4° siècle, les Pères de l’Eglise ont vu en lui « l’Ancien Testament ». Il est en effet le Livre de cette Parole de Dieu transmise par les prophètes. Qu’il soit écrit « à l’extérieur » manifeste qu’il est offert à tous… Tous peuvent le lire, mais une dimension demeure secrète et elle est évoquée par cette face « intérieure ». Or le Livre est « scellé de sept sceaux » : il est donc impossible d’accéder à l’intérieur tant que ces sceaux n’auront pas été brisés… « Et je vis un Ange puissant proclamant à pleine voix : « Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en briser les sceaux ? » Mais nul n’était capable, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, d’ouvrir le livre et de le lire » (Ap 5,2-3). « Au ciel, sur terre et sous la terre » est une expression qui englobe toutes les créatures de Dieu, les créatures célestes « au ciel », celles qui vivent « sur terre », et toutes celles, « sous la terre », qui sont déjà passées par la mort (cf. Ph 2,10). Aucune créature ne peut donc par elle-même accéder au Mystère de Dieu. Ce n’est pas l’homme qui monte vers Dieu par ses efforts, ses bonnes actions et ses mérites… Mais c’est plutôt Dieu qui descend vers l’homme avec son Fils et par Lui, et qui lui donne, par le pardon de toutes ses fautes reçu grâce à un repentir sincère, de devenir petit à petit une créature nouvelle enfin capable d’accomplir des bonnes actions… Et ces bonnes actions glorifieront la Miséricorde et la Puissance de la Grâce de Dieu à l’œuvre dans le cœur des pécheurs qui auront accepté de l’accueillir… « Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5,16). 

Pour accéder à « l’intérieur » de ce Livre et connaître enfin le Mystère de Dieu et « de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance » (Ep 1,9), il faudra une intervention de Dieu Lui-même… Et si St Jean pleurait fort de ce que nul ne s’était trouvé digne d’ouvrir le livre et de le lire, l’un des Vieillards lui dit alors : « Ne pleure pas. Voici : il a remporté la victoire, le Lion de la tribu de Juda, le Rejeton de David ; il ouvrira donc le livre aux sept sceaux » (Ap 5,4-5).  

            Le Christ seul nous permet donc d’accéder à la Plénitude de sens des Ecritures.  Avec Lui se révèle en effet « un Mystère enveloppé de silence aux siècles éternels » même si déjà « des Ecritures le prédisaient selon l’ordre du Dieu éternel » (Rm 16,25‑27). Mais ceux qui refusent de l’accueillir lisent ces Ecritures avec « un voile » sur leur cœur, « un voile » qui leur interdit l’accès à « l’intérieur »… « Jusqu’à ce jour en effet, lorsqu’on lit l’Ancien Testament, ce même voile demeure. Il n’est point retiré ; car c’est le Christ qui le fait disparaître. Oui, jusqu’à ce jour, toutes les fois qu’on lit Moïse, un voile est posé sur leur cœur. C’est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé » (2Co 3,14‑16). 

 la croix

            C’est ce que vécurent deux disciples de Jésus lorsqu’ils le rencontrèrent, ressuscité, sur cette route par laquelle ils s’éloignaient de Jérusalem pour aller à Emmaüs. Ils avaient bien vu ses souffrances et sa mort sur la croix. Ils étaient prêts à reconnaître en lui un prophète, mais ils n’avaient pas pu aller plus loin… Un voile était posé sur leur cœur, « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Lc 24,16) dans la Plénitude de son Mystère. Ils avaient bien lu les Ecritures d’Israël, mais ils n’avaient pas pu accéder à cet « intérieur » qui annonçait la venue du Messie, ses souffrances, sa mort… Alors Jésus leur dit : « O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24,25‑27). Et lorsque peu après « leurs yeux s’ouvrirent et qu’ils le reconnurent », le Christ disparaîtra à leur regard « extérieur ». Mais peu importe, le regard « intérieur » s’était éveillé, les yeux de leur cœur s’étaient ouverts et ils le demeureront par la suite. Alors, par ce regard de foi, ils reconnaîtront au-delà des apparences la Présence à leurs côtés, et « en eux » par son Esprit, de Celui qui leur a promis de ne pas les « laisser orphelins » (Jn 14,15-18), « d’être avec eux tous  les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20)… Tel est « le » trésor de la foi… Et ils se rappelleront cette rencontre avec le Christ en disant : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24,32). Le feu de l’Esprit Saint (Mt 3,11), le feu de l’Amour (Rm 5,5), les éclairait de l’intérieur. « Il illuminait les yeux de leur cœur » (Ep 1,18) pour leur donner d’entrer « dans la vérité tout entière » (Jn 16,12-15), et donc de pouvoir lire entièrement le rouleau des Ecritures d’Israël, tant « l’extérieur » que « l’intérieur »… Ainsi, ce n’est qu’à la Lumière de l’Esprit Saint que le visage du Christ apparaît lorsqu’on ouvre les Ecritures d’Israël, l’Ancien Testament…

            C’est ce message qui est transmis ici avec l’image des sept sceaux que seul le Christ peut briser… Seule, en effet, la foi au Christ permet de recevoir l’Esprit du Christ, cet Esprit qui habitait déjà le cœur des prophètes de l’Ancien Testament : « L’Esprit du Christ, qui était en eux, attestait à l’avance les souffrances du Christ et les gloires qui les suivraient » (1P 1,11). Et comme ce n’est que « par la Lumière que l’on peut voir la Lumière » (Ps 36(35),10), ce n’est que par l’Esprit du Christ que l’on peut reconnaître le Christ déjà annoncé dans les Ecritures d’Israël…

Dieu-lumiere« Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), « Dieu est Esprit » (Jn 4,24). Son Esprit est donc Lumière, et c’est justement cet Esprit que Dieu a voulu nous donner par son Fils : « Il vous a fait le Don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). Alors, « le Dieu qui a dit : Que des ténèbres resplendisse la lumière, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs », par le Don de son Esprit de Lumière, « pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ » (2Co 4,6).  Par la Lumière de l’Esprit, il est donc possible de « voir », dans la foi, la Lumière de la Gloire de Dieu qui resplendit « sur la face du Christ »… « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9 ; Hb 1,3). Telle est la connaissance de foi, cette certitude intime et inexplicable qui « vous envahit tout entier », disait Jacques Fesch, et que Ste Thérèse de Lisieux résumait par un « je ne sais quoi »…

            Et tout ceci est le fruit de « la victoire remportée » par le Christ : l’Amour a « tué la haine » (Ep 2,14), « la Lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5), le Christ est sorti du tombeau, libre est vainqueur. Le Prince de ce monde a été « jeté dehors » (Jn 12,31). Alors, si nous nous offrons au Christ tels que nous sommes, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) nous fera passer avec Lui des ténèbres à sa Lumière (Col 1,13-14 ; Ac 26,17-18), et grâce à elle, nous pourrons parcourir avec Lui le rouleau des Ecritures. Il est en effet ce « Rejeton de David » (Ap 5,5) annoncé par le prophète Isaïe : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte du Seigneur : son inspiration est dans la crainte du Seigneur » (Is 11,1-3). Et c’est bien parce que « l’Esprit du Seigneur » repose sur lui en plénitude que le Christ, une fois glorifié, pourra le communiquer à tous ceux et celles qui s’abandonneront avec confiance entre ses mains… 

Agneau Mystique

            Et la vision se poursuit… Littéralement, St Jean a écrit : « Et je vis au milieu du Trône et des quatre Vivants, et au milieu des Anciens, un Agneau debout comme égorgé » (Ap 5,6). Cet Agneau, c’est Jésus qui est mort le jour de la Préparation de la fête de Pâque (Jn 19,14.31.42), c’est-à-dire la veille, ce jour où l’on immolait dans le Temple de Jérusalem tous les agneaux qui allaient ensuite être rôtis au feu et mangés en famille lors du repas pascal (Ex 12,1-14). Jésus est bien « l’agneau qui s’est laissé mener à l’abattoir » pour le salut des multitudes (Is 52,13-53,12), « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Et il se présente ici « debout », ressuscité, « comme égorgé », avec toutes les traces de sa Passion qu’il montrera à ses disciples et notamment à Thomas : « Porte ton doigt ici : voici mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais croyant » (Jn 20,27).

            Mais il est aussi « au milieu du Trône et des quatre Vivants » : il est donc à la place centrale, celle de Dieu Lui-même ! St Jean nous le présente ainsi comme étant « vrai Dieu » au même titre que son Père et que l’Esprit Saint, mais aussi comme « le Christ Roi de l’Univers » à qui le Père a tout soumis (1Co 15,24-28)… Et il est également « au milieu des Vieillards », c’est-à-dire au milieu de tous ceux et celles qui sont déjà sauvés. Cette précision souligne le lien qui existe entre le Christ et les hommes : en effet, si « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité », « unique est le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). « Nul ne vient au Père que par moi », disait-il (Jn 14,6)… 

            Puis St Jean le voit « portant sept cornes »… Or « la corne » est l’image de la force, de la puissance, et « sept » renvoie toujours à l’idée de perfection… L’Agneau jouit donc de « la puissance parfaite » qui ne peut que renvoyer ici à la Toute Puissance de Dieu. Nous retrouvons ainsi indirectement le Mystère de sa Divinité, soulignée à nouveau par ces « sept yeux » : l’Agneau « voit tout », il « connaît tout », et bien sûr cela ne peut être dit que de Dieu seul… Nous l’avions déjà vu avec ces « quatre Vivants, constellés d’yeux tout autour » (Ap 4,8)… Ces « sept yeux » sont « les sept Esprits de Dieu en mission par toute la terre ». Nous retrouvons ainsi la Plénitude de cet Esprit qui n’appartient qu’à Dieu seul et qui est principe de connaissance… Et cet Esprit est en « mission par toute la terre », travaillant sans cesse depuis toujours à son salut…

            Lors de son ministère terrestre, le Christ a ainsi accompli sa mission avec cette Plénitude de l’Esprit qui l’habite (Lc 4,14 ; 5,17), une Plénitude qui est aussi celle de son Père. Uni au Fils dans la communion d’un même Esprit, le Père travaillait au salut du monde (Jn 14,10-11). Une aventure semblable se poursuit aujourd’hui avec le Christ et son Eglise. En effet, par leur baptême, tous les membres de l’Eglise ont reçu un seul et même Esprit, l’Esprit qui remplit en plénitude le cœur du Christ. St Paul parle alors de l’Eglise comme étant « le Corps du Christ », chacun de ses membres étant uni au Christ dans la communion d’un même Esprit (Ep 4,3-6). Et en s’efforçant de garder cette unité de l’Esprit, chacun essaye de vivre au mieux l’obéissance de cœur au Christ (Rm 1,5 ; 15,18 ; 16,19.26 ; 2Co 7,15 ; 10,6 ; Ph 2,12), qui est synonyme d’amour (Jn 14,15.21.23). Le Christ Ressuscité est alors « la Tête de l’Eglise » qui est comme son Corps. Uni à elle dans la communion d’un même Esprit, il continue aujourd’hui encore de travailler avec elle et par elle au salut du monde…

SAINT ESPRIT 1

          C’est ce que St Paul explique dans sa seconde Lettre aux Corinthiens : « De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ. Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul Corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit », l’Esprit du Christ. Et « à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun. À l’un, c’est un discours de sagesse qui est donné par l’Esprit; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit ; à un autre la foi, dans le même Esprit; à tel autre les dons de guérisons, dans l’unique Esprit ; à tel autre la puissance d’opérer des miracles ; à tel autre la prophétie ; à tel autre le discernement des esprits ; à un autre les diversités de langues, à tel autre le don de les interpréter. Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend » (1Co 12,12‑13 ; 12,7‑11). Et c’est grâce à cet Esprit donné et à ses charismes que cette Parole du Christ à ses disciples s’accomplit : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre ». Avec eux et par eux, mais aussi par ses voies connues de Lui seul, le Christ uni à eux dans la communion et la Plénitude de l’Esprit – « les sept Esprits de Dieu » – continue aujourd’hui encore d’être « en mission par toute la terre »… 

            La vision se poursuit… L’Agneau immolé, resplendissant de la Plénitude de l’Esprit qui l’habite, Esprit de Force et de Sagesse, « s’en vint prendre le livre dans la main droite de Celui qui siège sur le trône », la main droite du Père. « Quand il l’eut pris, les quatre Vivants et les vingt‑quatre Vieillards se prosternèrent devant l’Agneau » (Ap 5,8). Tous lui rendent donc témoignage. C’est ce que le Père faisait déjà autrefois, par cette voix qui jaillissait du ciel, « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11 ; cf. Lc 3,22 ; 9,35 ; Jn 12,28), par tous les miracles qu’il accomplissait dans le ministère de son fils (Jn 10,37-38 ; 14,10-11), par le témoignage de l’Esprit de vérité au cœur de tous ceux et celles qui accueillaient sa Parole (Jn 15,26). Et bien sûr, « les vingt quatre Vieillards », toute la communion des Saints, lui rendent aussi témoignage en « se prosternant » devant Lui comme on se prosterne devant Dieu seul (cf. Lc 4,8). Et ils lui offrent « les prières des saints », les prières des chrétiens (cf. Rm 1,7 ; 12,9-13 ; 15,25), ces prières qui ne sont adressées qu’à Dieu seul. Tout proclame donc ici le Mystère de cet « Agneau », vrai Dieu et vrai homme, qui, par amour, s’est offert sur le bois de la Croix pour le salut et la vie éternelle de tout homme. « Et ils chantaient un cantique nouveau : « Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation ». Par le pardon de toutes leurs fautes et le don de son Esprit, il a « fait d’eux » – et notons bien que tout ce qui sera dit par la suite sera le résultat de son action et non pas de la nôtre – « pour notre Dieu une Royauté de Prêtres régnant sur la terre. » Par le pardon de leurs péchés et le don de l’Esprit Saint, ils ont donc reçu « une couronne » royale semblable à celle du Christ Lui‑même, nous l’avons déjà vu… Ils participent ainsi à sa Royauté. St Paul a une formule très brève qui résume tout : « ils ont revêtu le Christ » (Ga 3,27). Le Christ est Roi ? Ils sont rois, par Lui et avec Lui. Le Christ est Prêtre ? Ils sont prêtres, par Lui et avec Lui. Le Christ est Prophète ? Ils sont prophètes, par Lui et avec Lui… Ici, seuls les deux premiers aspects sont évoqués et regroupés dans cette formule dense : « une royauté de prêtres »…  Et si la fonction d’un prêtre est d’être avant tout un médiateur entre Dieu et les hommes, puisqu’il n’y a qu’un seul Médiateur, le Christ, tous les baptisés, à des degrés divers selon leurs vocations respectives, participent donc à l’unique médiation de Jésus. Unis à Lui dans la communion d’un même Esprit, ils sont tous « prêtres, prophètes et rois » en étant les serviteurs de l’Unique Grand Prêtre, Prophète et Roi… 

 Communion des saints avec le Christ           Nous étions partis du Trône avec la vision des « quatre Vivants », c’est-à-dire de Dieu Lui-même, honorant son Fils, « l’Agneau comme égorgé ». Puis nous avons vu « les vingt quatre Vieillards », la Communion des Saints, se prosterner devant Lui en lui apportant les prières de tous les croyants encore sur cette terre, en chemin vers le Ciel… Et le cercle s’élargit de nouveau avec cette « multitude d’Anges », « myriades de myriades et milliers de milliers » qui entourent l’ensemble et font retentir « en criant à pleine voix » une louange dans laquelle toutes les autres créatures sont entraînées : « Digne est l’Agneau égorgé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange. » Et de fait, « toute créature, dans le ciel, et sur la terre, et sous la terre, et sur la mer, l’univers entier, je l’entendis s’écrier : « À Celui qui siège sur le trône, ainsi qu’à l’Agneau, la louange, l’honneur, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles ! » Ainsi, ce sont ces Anges par milliers, ces créatures célestes qui vivent en parfaite communion avec Dieu dans l’unité d’un même Esprit, qui entraînent l’univers entier dans leur prière et dans leur louange… Nous ne sommes pas loin de la déclaration de Paul dans la Lettre aux Romains : « L’Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu » (Rm 8,26-27). La vraie prière est ainsi un Don de Dieu. Notons que dans ce texte, St Paul nomme à nouveau les chrétiens « des saints ». Ils ont en effet reçu l’Esprit Saint au jour de leur baptême, et ils sont tous appelés à devenir des saints par leur fidélité quotidienne au don reçu. 

            « Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! ». A nouveau, Dieu rend témoignage à cette louange, il honore son Fils. Tout ce qui a été dit, « c’est vrai »… C’est le sens du mot « amen » qui vient de l’hébreu « ‘émûnah, vérité, solidité, sûreté »… Et « les Vieillards », tous les saints qui sont au ciel, poursuivent leur adoration de l’Agneau commencée précédemment : « ils se prosternent pour adorer »…

D. Jacques Fournier

AP – SI – Fiche 14 – Ap 5 : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




Le Mystère du Dieu Créateur et Père (Ap 4)

            J’eus ensuite une vision. Voici : une porte était ouverte au ciel, et la voix que j’avais naguère entendu me parler comme une trompette me dit : Monte ici, que je te montre ce qui doit arriver par la suite. (2) À l’instant, je tombai en extase. Voici, un trône était dressé dans le ciel, et, siégeant sur le trône, Quelqu’un… (3) Celui qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline ; un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d’émeraude. (4) Vingt‑quatre sièges entourent le trône, sur lesquels sont assis vingt-quatre Vieillards vêtus de blanc, avec des couronnes d’or sur leurs têtes. (5) Du trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu. (6) Devant le trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d’yeux par-devant et par-derrière. (7) Le premier Vivant est comme un lion; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau; le troisième Vivant a comme un visage d’homme; le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. (8) Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d’yeux tout autour et en dedans. Ils ne cessent de répéter jour et nuit : Saint, Saint, Saint, Seigneur, Dieu Maître-de-tout,  Il était, Il est et Il vient. (9) Et chaque fois que les Vivants offrent gloire, honneur et action de grâces à Celui qui siège sur le trône et qui vit dans les siècles des siècles, (10) les vingt-quatre Vieillards se prosternent devant Celui qui siège sur le trône pour adorer Celui qui vit dans les siècles des siècles ; ils lancent leurs couronnes devant le trône en disant : (11) Tu es digne, ô notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, car c’est toi qui créas l’univers ; par ta volonté, il n’était pas et fut créé.

 

            Une nouvelle vision intervient… Et la première réalité que St Jean voit est « une porte ouverte au ciel »… Par elle, il va pouvoir découvrir les réalités sur lesquelles elle s’ouvre : « le ciel »…

            Et puis, il retrouve aussitôt cette « voix » qu’il avait déjà entendue, cette « voix qui clamait comme une trompette » (Ap 1,11 ; une allusion à la manifestation de Dieu au sommet du Mont Sinaï lors de l’exode d’Israël à travers le désert (Ex 19,16)) ou encore qui faisait penser à « la voix des grandes eaux », (Ez 1,24 ; 43,2 : une allusion cette fois à la voix de Dieu dans le Livre d’Ezéchiel). De toute façon cette « voix » était celle du Père, et en se retournant, St Jean avait vu non pas « une porte ouverte », mais « comme un Fils d’homme » (Ap 1,13), le Christ Ressuscité. Le parallèle est saisissant, surtout en se rappelant l’image employée par Jésus Lui-même, « Je Suis la Porte » (Jn 10,7.9). C’est par le Fils en effet que nous avons accès au Père en un seul Esprit (Ep 2,18), c’est par Lui que nous l’écoutons (Jn 12,49s), que nous le voyons (Jn 14,9), que nous le connaissons (Jn 1,18), et c’est toujours par Lui que nous pouvons aller dans sa Maison (Jn 14,1-6)…

 

            Ce lien à la vision inaugurale par le thème de la voix ne peut donc que nous renvoyer au Christ et à son rôle d’unique Médiateur entre Dieu et les hommes (1Tm 2,3-6). Mais gardons-nous ici de toute identification rigide entre le Christ et cette « porte ouverte », car en « montant » jusqu’à elle, St Jean verra plus tard… « un Agneau comme égorgé » (Ap 5,6), le Christ Ressuscité qui porte encore en son corps glorifié les saintes marques de sa Passion (cf. Jn 20,19-29)…

 

            Esprit SaintEt tout ceci advint « en Esprit » : « je fus saisi par l’Esprit » (Ap 4,2 TOB), « je tombai en extase » (Bible de Jérusalem ; BJ). « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), et ce n’est que grâce à la Lumière de l’Esprit qu’il nous est possible de découvrir « quelque chose » du Mystère de ce Dieu qui est Lumière. « Nul ne connaît en effet ce qui concerne Dieu sinon l’Esprit de Dieu. Et nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits » (1Co 2,11-12). L’Esprit est donc principe de connaissance des réalités spirituelles : « Nul ne peut dire « Jésus est Seigneur », sinon dans (ou par) l’Esprit Saint » (1Co 12,3). C’est Lui qui « illumine » discrètement, dans la foi, par sa Présence insaisissable, « les yeux de notre cœur pour nous faire voir quelle espérance nous ouvre son appel » (Ep 1,17-20)… Ainsi, avant toute lecture de la Parole de Dieu, avant tout travail pour le Seigneur, il nous faut donc demander la Lumière, l’aide et le soutien de l’Esprit Saint, puis nous lancer avec confiance dans la foi, car Jésus a dit : « Demandez, vous recevrez… Quiconque demande, reçoit… Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Lc 11,9-13 ; Jn 4,10 avec Jn 7,37-39).

« Voici, un trône était dressé dans le ciel, et, siégeant sur le trône Quelqu’un »… St Jean se garde bien de le décrire : il est l’Incomparable (Is 40,25), le Tout Autre (cf. Lc 9,29), Celui que nos mots ne pourront jamais « saisir »… Des images l’évoqueront par la suite, mais notons avec Pierre Prigent[1] que « l’Ancien Testament parle volontiers du ciel comme du trône de Dieu » : « Ainsi parle le Seigneur : Le ciel est mon trône, et la terre l’escabeau de mes pieds  » (Is 66,1). Jésus reprendra ce texte en Mt 5,33-34 : « Vous avez entendu qu’il a été dit : tu ne te parjureras pas… Eh bien ! moi je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le Ciel, car c’est le trône de Dieu ; ni par la Terre, car c’est l’escabeau de ses pieds ; ni par Jérusalem, car c’est la Ville du grand Roi ». Ces images soulignent la proximité de Dieu dès cette terre, « le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4,17 ; Mc 1,15), mais elles présentent le Ciel tout entier comme « le trône de Dieu », « là » où par excellence « Dieu règne »… Ainsi, « entrer au ciel » c’est s’asseoir sur « le trône de Dieu », c’est entrer dans un état de vie où Dieu règne parfaitement et totalement jusques dans les profondeurs les plus intimes de notre être… C’est bien ce que dit Jésus à ses Apôtres : « Vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 22,30). Et dans le Livre de l’Apocalypse, Jésus est présenté « comme un Fils d’homme, ayant sur la tête une couronne d’or » (Ap 14,14), et il promet à chacun de ses disciples : « Reste fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie ; mon retour est proche : tiens ferme ce que tu as, pour que nul ne ravisse ta couronne » (Ap 2,10 ; 3,11). Ainsi la Royauté de Dieu, qui est bien sûr celle du Christ, symbolisée ici par « la couronne », est une réalité de l’ordre de « la vie ». Lorsque Dieu règne, il donne sa vie. « Entrer dans le Royaume de Dieu », c’est laisser Dieu régner dans son cœur et dans sa vie, c’est le laisser nous communiquer sa vie, c’est vivre de sa vie, c’est « entrer dans la vie » (Comparer Mc 9,43 et 9,45 avec Mc 9,47). Si « le ciel » est ce « trône de Dieu » où Dieu règne en donnant sa Vie, le ciel n’est donc pas un lieu mais une réalité de l’ordre de la vie…

[1] PRIGENT P., L’Apocalypse de Saint Jean (Lausanne 1981) p. 82.

jésus frappe à la porteEt nous pouvons tous y entrer dès maintenant, dans la foi, et par notre foi, si nous laissons le Christ Miséricordieux accomplir son œuvre : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure… Et Je Suis la Lumière du monde, une Lumière qui brille dans les ténèbres et que les ténèbres ne peuvent saisir » : cette Lumière règne ! Et elle est vie… En effet,  « quiconque croit en moi ne demeurera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. Car je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait en surabondance… En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit a la vie éternelle » (Ap 3,20 ; Jn 1,4 ; 8,12 ; 1,4-5 ; 12,46 ; 10,10 ; 6,47). A nous maintenant d’aller en vérité à « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), à nous maintenant de mourir en vérité au péché avec lui et grâce à lui (Rm 5,20-6,11), et nous pourrons dire alors avec St Paul : « Je suis crucifié avec le Christ. Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » pour que sa Vie règne dans ma vie (Ga 2,19-20)…

             C’est ce que le Livre de l’Apocalypse redit encore avec ces « vingt quatre sièges qui entourent le trône, et sur lesquels sont assis vingt quatre Vieillards vêtus de blanc, avec des couronnes d’or sur leurs têtes » (Ap 4,4)… Eux aussi ont donc accueilli le Christ Roi dans leur vie : leurs « couronnes d’or » montrent qu’ils participent au Mystère de sa Royauté, c’est-à-dire au Mystère de sa vie… Ils sont « revêtus de blanc » car ils ont laissé le Christ les laver, les purifier, les sanctifier par cette eau et ce sang qui ont jailli de son Cœur transpercé (Jn 19,33‑35 ; 1Co 6,9‑11). Ils se sont ouverts à son Amour, à sa Miséricorde, ils ont accueilli son Pardon, ils l’ont laissé agir au plus profond de leur être, ils se sont abandonnés activement entre ses mains, « ils ont lavé leur robe et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son Temple » (Ap 7,14-15).

            Qui sont ces vingt quatre « Vieillards » (BJ) ou « anciens » (TOB) ?  LA TOB explique en note : « Les trois éléments qui les caractérisent – trônes, vêtements blancs, couronnes – correspondent aux attributs promis aux chrétiens (cf. Ap 3,21 ; 3,4-5 ; 3,11). Cette assemblée céleste représente donc en un certain sens le Peuple de Dieu participant à la gloire et célébrant une liturgie d’adoration et d’action de grâces qui s’adresse d’abord à Dieu comme créateur (ch. 4), puis à l’Agneau comme Rédempteur (ch. 5). Le nom même d’anciens qui leur est donné évoque les chefs ou responsables d’Israël, puis des synagogues » (Ac 4,5.8.23 ; 6,12…) « et enfin des communautés chrétiennes » (Ac 11,30 ; 14,23 ; 15,2.4.6…). Ces anciens sont vingt quatre, ce qui peut faire penser soit aux vingt quatre classes sacerdotales (1Ch 24,3‑19), soit à douze prophètes représentant le prophétisme de l’Ancien Testament et aux douze apôtres, soit aux douze tribus de l’Ancien Israël augmentées des douze du nouveau Peuple de Dieu… Le caractère relativement général de la description de ces personnages laisserait supposer que l’auteur n’attache pas une grande importance à leur identification précise ».

Ces « anciens », ces « Vieillards » évoqueraient donc ce Mystère de la Communion des Saints qui rassemble tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps qui ont dit « Oui ! » au Christ Sauveur… Et cette « terre » déjà au « ciel » travaille avec Dieu pour le bien de tous ceux qui vivent encore « sur la terre »… « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre », disait Ste Thérèse de Lisieux…

 

            dieu-le-pere-enfant-jesus-et-colombe-copie-1« Celui qui siège » « sur le trône » « est comme une vision de jaspe et de cornaline ; un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d’émeraude. » Ces pierres précieuses nous disent la Beauté, la Pureté, l’Eclat de Dieu, dans la Splendeur de son Etre… Et elles sont ici au nombre de trois, un chiffre qui ne peut que nous faire penser au Mystère de la Trinité… « L’arc-en-ciel autour du trône » (BJ) renvoie d’abord ici à ce rayonnement de Lumière et de Beauté qui entoure le trône de Celui qui Est Lumière (1Jn 1,5), « une gloire » (TOB) qui est celle du Dieu de Gloire, le « Père de la Gloire » (Ep 1,17) tout comme le  « Seigneur de la Gloire » (1Co 2,8), Jésus, son Fils. Mais la traduction de la BJ, « arc‑en‑ciel », ne peut que nous rappeler « l’arc-en-ciel » du Livre de la Genèse, signe de cette Alliance que Dieu vit avec tout homme vivant sur la terre (Gn 9,8-17)… Il est ainsi le Dieu Tout Proche de tous, pour leur bien, d’une manière ou d’une autre… Et du « trône, partent des éclairs, des voix et des tonnerres », les images habituelles pour décrire les manifestations de Dieu dans l’Ancien Testament (Ex 19,16-25 ; Ez 1…).

 

            « Sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu » (Ap 4,5). Pierre Prigent et la TOB interprètent ces « sept Esprits » conformément à l’interprétation biblique habituelle du chiffre sept, symbole de perfection. Il s’agit donc de « l’Esprit dans sa plénitude » (TOB), « le Saint Esprit considéré dans sa septuple perfection » (P. Prigent). La dynamique serait alors identique à celle de la prophétie d’Is 11,1-2 sur le Messie à venir : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit de Yahvé, Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. Son inspiration est dans la crainte du Seigneur. » Cette traduction basée sur le texte hébreu évoque six dons du Saint Esprit. Et pour qu’il y en ait sept, la traduction grecque de la Septante réalisée par la communauté juive d’Alexandrie à partir du 3° siècle avant Jésus Christ en a rajouté un en traduisant « la crainte du Seigneur » par deux termes synonymes et donc différents, et en rajoutant une fois « Esprit de… », ce qui donne  : « Sur lui reposera l’Esprit de Dieu, un Esprit de sagesse et d’intelligence, un Esprit de conseil et de force, un Esprit de connaissance et de piété. Un Esprit de crainte de Dieu le remplira. » Rappelons que le Nouveau Testament a été écrit en grec et que les trois quarts des citations de l’Ancien Testament qu’il renferme viennent directement de cette traduction grecque d’Alexandrie…

 

            « Devant le trône, on dirait une mer transparente autant que du cristal » (Ap 4,6). Ce verset évoque la manifestation de Dieu au moment de l’accomplissement du rituel de la conclusion de l’Alliance en Ex 24,9-10 : « Moïse monta, ainsi qu’Aaron, Nadab, Abihu et soixante-dix des anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël. Sous ses pieds il y avait comme un pavement de saphir, aussi pur que le ciel même. » Or, on affirmait à l’époque que « nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20). C’est pourquoi l’auteur prendra bien soin de rajouter juste après que « ce jour-là, Dieu  ne porta pas la main sur les notables des Israélites » (Ex 24,11)… Comme les pierres précieuses d’Ap 4,3, cette « mer transparente autant que du cristal » renvoie donc à l’infinie pureté de Dieu. Mais elle évoque également « la Mer de bronze » (1R 7,23‑26), cet énorme bassin placé près de l’autel, au cœur du Temple de Jérusalem, et qui servait à toutes les ablutions rituelles. Avec cette « Mer » et par elle, Dieu annonçait l’unique purification qu’il met en œuvre et que le Christ nous a pleinement révélée : « la purification des péchés » (Hb 1,3) accomplie par son offrande sur la Croix (Hb 9,14 ; 12,24 ; 1Jn 1,7-9 ; Tt 2,11-14) et concrètement réalisée dans les cœurs par « l’eau pure » de l’Esprit versée jour après jour en surabondance (Ez 36,24-28 ; Ac 22,16 ; Ep 5,25-27). Ainsi le Dieu pur veut-il que nous aussi nous soyons purs comme Lui-même est pur. « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu, car tout est possible à Dieu » (Mc 10,27). Et cela, « c’est encore Lui qui le fera » (1Th 5,23-24) par son Fils mort et ressuscité pour notre salut et par le Don de l’Esprit qui purifie, sanctifie, vivifie… Alors, « heureux les cœurs purs » car purifiés par son inlassable Miséricorde, « ils verront Dieu » (Mt 5,8 ; Ap 3,18)…

RivièreLangevin 

            « Au milieu du Trône et autour de lui »… L’image est volontairement abrupte pour nous conduire de suite à son interprétation… Celui-là seul qui est au milieu du Trône, c’est Dieu, mais là aussi, attention à ne pas s’arrêter à une représentation qui serait trop humaine, car Dieu est aussi Présent à toute sa création… Nul ne peut le confiner en un lieu déterminé… C’est ainsi qu’Il est tout à la fois « au milieu du Trône et autour de lui », Présence universelle qui se propose de régner en Maître Souverain au cœur de tous ceux et celles qui accepteront de l’accueillir, pour qu’ils trouvent avec Lui la Plénitude de la Vie (Jn 1,12). Dieu étant « le Dieu Vivant » par excellence (Dt 4,30 ; 5,26, Ps 42‑43(41-42),3.9 ; 84(83),3 ; Ac 14,15) cette Présence à tous et partout sera encore symbolisée par ces « quatre Vivants », le chiffre « quatre » renvoyant aux quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est et l’ouest… Tout l’univers est ainsi concerné car « Dieu est le grand Roi, le Très Haut sur toute la terre » (Ps 47(46),3), une terre qui est remplie de sa gloire (Is 6,3)… Le Dieu Vivant est donc présent à tous et partout : c’est ce que symbolisent ces « quatre Vivants »…

             De plus, « il sait tout » (Ba 3,32 ; 1Jn 3,20), « il voit tout » (2M 7,35 ; 9,5 ; 12,22 ; Si 15,18), ce que St Jean évoque avec ces « quatre Vivants, constellés d’yeux tout autour » … Et bien sûr il est le seul à avoir une pleine connaissance de lui-même (cf. 1Co 2,11), d’où cette « constellation d’yeux en dedans » (Ap 4,8).

            Chacune des descriptions de ces « quatre Vivants » évoquera ensuite un aspect de « l’insondable richesse » (Ep 3,8) du Mystère de ce Dieu fort comme « un lion », puissant comme « un taureau », à la vue perçante comme « un aigle » planant au plus haut des cieux. Mais sa toute puissance n’est que de douceur car c’est elle qui permettra à une jeune vierge d’enfanter un fils, un bébé à « visage d’homme » (Ap 4,7), Jésus, le Fils Unique de Dieu en Personne ! Et ce n’est que bien plus tard qu’Irénée, Evêque de Lyon (mort vers 202 après Jésus Christ), a vu en ces quatre animaux les symboles des quatre évangiles… St Augustin mort vers 430 reprendra cette interprétation avec quelques variantes, et depuis il est d’usage de représenter artistiquement St Marc par un lion, St Luc par un taureau, St Matthieu par un homme et St Jean par un aigle… Mais encore une fois, cette interprétation tardive n’était certainement pas celle du Livre de l’Apocalypse à l’origine… Il n’empêche que cette symbolique des « quatre » évangiles est belle, car avec eux et par eux, c’est bien la Bonne Nouvelle d’un Dieu Vivant, Aimant et Régnant pour la Vie, qui est proposée à la foi aux « quatre » points cardinaux de la terre…

quatre évangile symbole

            Ces « quatre Vivants » seront ensuite décrits avec des éléments empruntés au texte nous racontant la vocation d’Isaïe : « L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre ces paroles : « Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth, sa gloire emplit toute la terre » » (Is 6,1-3).  Mais Isaïe nous parle d’Anges, de Séraphins alors que le Livre de l’Apocalypse, avec ces « quatre Vivants portant chacun six ailes », continue de nous évoquer le Mystère de Dieu… Mais cette manière de faire rejoint celle de l’Ancien Testament où très souvent « l’Ange de Dieu » renvoie à la Présence de Dieu Lui-même… Ainsi par exemple lors de l’épisode du Buisson ardent, il est écrit que « l’Ange du Seigneur apparut à Moïse dans une flamme de feu ». Mais après, c’est Dieu qui verra Moïse faire un détour pour voir cet étrange spectacle, et c’est Lui qui lui adressera directement la Parole (Ex 3,1-6). La Bible de Jérusalem explique ainsi à propos de « cet Ange » : « Dieu Lui-même sous la forme qu’il apparaît aux hommes ». Nous aurions donc ici, en Ap 4,8, quelque chose de semblable avec ces « quatre Vivants portant chacun six ailes »…

            Et ces quatre Vivants « ne cessent de répéter jour et nuit : « Saint, Saint, Saint, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, “Il était, Il est et Il vient” » (Ap 4,8). Dieu proclame ici son Nom, comme il le fit autrefois avec Moïse (Ex 34,5-9)… La notion de sainteté renvoie directement au Mystère de son Etre, ce Dieu qui se nomme « Je Suis » (Ex 3,14), et qui est le seul à Etre ce qu’Il Est… Les trois « saint » annoncent déjà de manière voilée le Mystère de la Trinité qui se révèlera pleinement avec le Fils et par Lui. Ainsi, chacune des Trois Personnes divines peut dire d’elle-même : « Je Suis » (cf. Jn 8,58). Et le Fils est venu nous partager le Mystère de son Etre pour qu’un jour, nous puissions tous dire comme Lui, selon notre condition de créature : « Je suis »…

           Puis St Jean reprend l’expression légèrement modifiée « Il est, il était et il vient » qu’il avait déjà employée en Ap 1,4 et 1,8 pour parler de Dieu le Père, « le Seigneur Dieu », « le Maître de tout » (1,8), deux titres qu’il replace d’ailleurs en Ap 4,8 juste après le « saint, saint, saint » d’Isaïe. La vision continue donc de se centrer sur ce Dieu Créateur et Père, ce « Seigneur Dieu Maître de tout » qui s’est révélé par ses prophètes dans l’Ancien Testament, et puis par son Fils dans le Nouveau…

          Mais ce Dieu qui s’est présenté avant tout comme un « Dieu Sauveur » par Jésus, « le Sauveur du monde » (Jn 4,42), agissait déjà au temps de l’Ancienne Alliance pour sauver et accueillir auprès de Lui tous ces « anciens », tous ces « Vieillards », tous ces hommes et femmes de bonne volonté qui ont vécu avant l’Incarnation de son Fils. L’histoire de l’humanité et de son salut ne peut donc qu’être placée sous le signe de la continuité vis-à-vis de cet Unique Dieu Créateur Présent à sa création depuis qu’elle existe, vivant en Alliance éternelle avec elle et qui l’a sauvée par l’unique sacrifice de son Fils, réalisé une fois pour toutes sur le bois de la Croix (Hb 7,25-27). Cette continuité de la Présence de ce Dieu aimant tous les hommes et travaillant à leur salut depuis que le monde existe sera soulignée ici, en Ap 4,8, par l’inversion des deux premiers membres de « Il est, il était et il vient ». Et nous avons : « Il était, il est et il vient »…

             Face à une telle Beauté, les « Vieillards », les « anciens », cette multitude qui participe à la Vie de Dieu, à sa Lumière et à sa Gloire « se prosternent devant Celui qui siège sur le Trône  pour adorer Celui qui vit dans les siècles des siècles », et pour lui rendre grâces. Dans leur joie, « ils lancent leurs couronnes devant le Trône », manifestant ainsi « qu’un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a été donné du ciel » (Jn 3,27). Cette couronne, en effet, leur a été donnée, gratuitement, par amour (Ap 2,10). « Car c’est par grâce que nous sommes sauvés ». « Ce salut ne vient pas de nous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier ». « Il n’est donc pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » « Et Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ. Avec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux dans le Christ Jésus » (Ep 2,4-10 ; Rm 9,16). Et ceci est valable pour tous les hommes de tous les temps, pourvu qu’ils soient de bonne volonté… Car avec elle et par elle, ils accueillent souvent sans le savoir, l’action de ce Dieu Sauveur et Père de tous les hommes qu’il désire accueillir à la table de son Royaume pour l’éternité…

           C’est ce que disent ici tous « ces anciens », tous « ces Vieillards » qui ont vécu avant le Christ, lorsqu’ils « lancent leurs couronnes devant le trône » en geste d’action de grâces. Et puisque la vision est ici centrée sur ce Dieu Créateur, « le Seigneur Dieu Maître de tout », leur louange va se focaliser sur son acte de création : « Tu es digne, ô notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance (notons les « trois » attributs, clin d’œil vers Dieu…), car c’est toi qui créas l’univers ; par ta volonté, il n’était pas et fut créé » (Ap 4,11).

 D. Jacques Fournier

Cliquer sur le titre pour ouvrir le document pdf : AP – SI – Fiche 13 – Ap 4




Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Laodicée (Ap 3,14-22)

À l’Ange de l’Église de Laodicée, écris : Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe de la création de Dieu. (15) Je connais ta conduite : tu n’es ni froid ni chaud – que n’es-tu l’un ou l’autre ! – (16) Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. (17) Tu t’imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien ; mais tu ne le vois donc pas : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! (18) Aussi, suis donc mon conseil : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir ; des habits blancs pour t’en revêtir et cacher la honte de ta nudité; un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue. (19) Ceux que j’aime, je les semonce et les corrige. Allons ! Un peu d’ardeur, et repens-toi ! (20) Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. (21) Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône. (22) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. 

             Après l’adresse habituelle à « l’Ange de l’Eglise de Laodicée », le Christ Ressuscité se présente à nouveau avec un titre qui, comme « le Saint » et « le Véritable », n’était encore jamais apparu jusqu’à présent : « l’Amen ». Ce mot vient de l’hébreu « ‘emûnah, vérité, stabilité, sûreté, constance, loyauté, fidélité, sincérité ». Le Christ est donc « l’Amen », c’est-à-dire « le Véritable », le Loyal, le Fidèle, Celui sur qui on peut compter toujours et partout, il ne décevra jamais (cf. Ps 22(21),4-6 ; Mt 7,24-25). En Is 65,16 le prophète nomme Dieu « le Dieu de l’Amen », une expression traduite par « le Dieu de vérité » (BJ ; TOB). Nommer Jésus du même nom que Dieu dans l’Ancien Testament, c’est encore une fois affirmer indirectement que le Fils partage la même condition divine que Celui qui, dans le Nouveau Testament, se révèlera comme étant aussi « Notre Père »…
            Puis Jésus se présente comme « le Témoin fidèle et vrai ». « Témoin fidèle » était déjà apparu en Ap 1,5 ; « vrai » reprend un des aspects de  « l’Amen », « le Vrai », « le Véritable »…
 amen
            « Le Principe de la création de Dieu » est par contre une expression nouvelle. Le Christ est ainsi Celui « par qui » le Créateur et Père a tout fait et continue de tout faire. St Jean l’avait déjà affirmé au tout début de son Evangile : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut » (Jn 1,1-3). Et si le Père a tout créé par son Fils et par la Puissance de l’Esprit Saint, il va tout sauver par son Fils et par la Puissance de l’Esprit Saint… Le salut que Jésus nous apporte permet donc le plein accomplissement du projet créateur de Dieu : que nous soyons ses enfants « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-27) vivants le plus parfaitement possible du Souffle de son Esprit (Gn 2,7)… St Paul reprendra ce thème du Christ Médiateur dans ses lettres : « Il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes » (1Co 8,6). Et la TOB précise en note : « Dans cette phrase, les verbes absents en grec, ont dû être ajoutés pour la bonne compréhension du texte. On peut aussi comprendre ainsi la deuxième phrase : « et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout vient à l’existence et par qui nous allons (vers le Père) ». Et telle est la traduction de la Bible de Jérusalem (BJ). Et en Col 1,15-20, Paul écrit :
 
            « Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
             car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre,
             les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ;
             tout a été créé par lui et pour lui.
             Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
            Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église :
             Il est le Principe, Premier-Né d’entre les morts,
             il fallait qu’il obtînt en tout la primauté,
             car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude
             et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui,
            aussi bien sur la terre que dans les cieux,
                        en faisant la paix par le sang de sa croix ».
             La perspective est universelle. Que l’on en soit conscient ou pas, le Père nous a tous créés par son Fils, et instant après instant, c’est toujours Lui qui nous maintient dans l’existence par ce même Fils et par l’action de l’Esprit Saint. Dieu est ainsi infiniment proche de tout homme, quel qu’il soit, puisque c’est Lui qui est à la racine du mystère de son être, agissant au plus profond de son cœur pour lui donner « vie, souffle et toutes choses », comme l’écrit St Paul en Ac 17,24-28 :
             « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui, le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main d’homme. Il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses. Si d’un principe unique[1] il a fait tout le genre humain pour qu’il habite sur toute la face de la terre ; s’il a fixé des temps déterminés et les limites de l’habitat des hommes, c’était afin qu’ils cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons et la trouver ; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être ».
 main divine
            Aussi, lorsque le Christ nous annonce que « le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4,17 ; 10,7), il nous permet de prendre conscience, petit à petit, d’une réalité qui existe depuis que les hommes existent… A la lumière de cette révélation, aidés par le soutien de sa grâce, nous pourrons alors mieux diriger notre vie en discernant ce qui va ou non dans le sens de l’accomplissement du projet de Dieu sur chacun d’entre nous. Et ce projet n’est que Vie et Plénitude de Vie pour tous les hommes qu’il aime. Voilà pourquoi il est urgent de toujours mieux connaître le Christ pour découvrir avec Lui « le Chemin qui conduit à la Vie » (Jn 14,6), et vivre ainsi le plus intensément possible, quelles que soient les épreuves que nous pouvons traverser. Et heureusement, le Christ est tout proche de tout homme, même s’il n’en a pas conscience, et il le guide au mieux par sa conscience, s’il lui obéit ! Le mystère de notre conscience s’enracine en effet dans la présence au plus profond de nous-mêmes de l’Esprit Saint, ce Souffle par lequel Dieu nous a créés (Gn 2,4b-7) et par lequel il nous maintient dans l’existence (Job 34,14-15)…  Obéir à sa conscience et aux valeurs de droiture, d’honnêteté, de justice… qui l’habitent, c’est donc obéir aux valeurs de Dieu et aller dans le sens de l’accomplissement de sa volonté, même si cette conscience aurait encore besoin d’être éclairée. Le Christ est justement venu pour cela, pour renouveler notre jugement à la Lumière de l’Esprit Saint et nous permettre le plus librement possible d’engager nos pas, à sa suite, sur des chemins de vie. « Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait ». (Rm 12,2 ; Ep 4,17-24). Et ce qui plaît à Dieu, c’est de nous voir les plus « vivants » possible de sa Vie… Et pour ceux et celles qui n’auraient pas eu la chance de découvrir la Lumière de l’Evangile, Dieu, en s’adressant à leur bonne volonté, fera en sorte de les guider le mieux possible vers la Vie. Et comme le dit le Christ : « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups », et ils ne seront que la conséquence de ses mauvais choix. « Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre » (Lc 12,47-48)…
             Enfin, si le Christ est « le Principe de la création de Dieu », si c’est par Lui que Dieu nous a tous créés et qu’il nous fait vivre en ce moment même, si c’est par Lui qu’il nous a réconciliés avec Lui en mourant sur la Croix, ce sera aussi par Lui qu’il nous ressuscitera et nous introduira pour toujours dans sa Vie… « Le Principe de la création de Dieu » est ainsi « le Premier né d’entre les morts », « car il fallait qu’il obtînt en tout la primauté »… Christ est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes (1Tm 2,5) et nous sommes tous invités à collaborer à son unique médiation en nous faisant ses serviteurs. La Vierge Marie le fit avec une intensité tout exceptionnelle : « Voici la Servante du Seigneur » (Lc 1,38)…
             Comme pour les Eglises d’Ephèse (Ap 2,2), de Thyatire (Ap 2,19), de Sardes (Ap 3,1), de Philadelphie (Ap 3,8), le Christ « connaît la conduite » des chrétiens de Laodicée (Ap 3,15). Dans leur vie de foi, ils ne sont ni chauds, ni froids… Leur amour s’est attiédi. Et Jésus va faire allusion à l’histoire de cette ville pour les inviter à sortir de leur tiédeur. A l’époque, « Laodicée est en effet une ville remarquablement prospère, tellement même qu’elle est une des rares villes asiatiques à avoir pu assurer seule sa reconstruction, aux lendemains du tremblement de terre de l’an 60 de notre ère, sans aucun recours à l’assistance romaine. La ville était renommée pour ses activités commerciales (fabrication de textiles et de vêtements) et bancaires, ainsi que pour son école médicale et les différents onguents pharmaceutiques qu’elle produisait »[2].
            Alors Jésus va leur déclarer : « Tu t’imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien »… Et tel est le grand danger des richesses matérielles qui peuvent laisser croire que leur seule présence suffit à notre bonheur et à notre bien-être. Mais non… Même si elles sont nécessaires, elles ne peuvent être le but et le centre de notre vie car tout passe : « la mite et le ver les consument », « les voleurs percent et cambriolent » (Mt 6,19), et un jour nous mourrons tous (Lc 12,13-21)… Ainsi, « la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement » (Lc 12,23)… Ceux qui ne se préoccupent que de leurs biens matériels sont rongés par le souci de les préserver ou d’en gagner toujours plus… Dans leur cœur, il n’y a ainsi plus de place pour accueillir les vrais biens, les seuls qui demeurent et qui peuvent apporter le vrai Bonheur… En fait, « malheureux sont-ils » (Lc 6,24), et le Christ se désole à leur sujet, Lui qui est venu nous donner d’avoir part à « son insondable richesse » : « Vous connaissez, en effet, la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (Ep 3,8 ; 2Co 8,9) . Si « les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a donc pas où reposer la tête » (Mt 8,21), mais il est riche de « la Plénitude que Dieu s’est plu à faire habiter en Lui » (Col 1,19). Et par la grâce de notre baptême, « nous nous trouvons en lui associés à sa plénitude » (Col 2,9‑10). St Jean dira de Jésus qu’il est ce « Fils Unique plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14). Et si la Loi est autrefois venue par Moïse, « la grâce et la vérité sont venus par Jésus Christ » (Jn 1,17). Jésus est donc venu nous offrir ce dont il est rempli, cette Vie qu’il tient du Père de toute éternité et qui lui est communiquée par l’Esprit de grâce et de vérité… Ainsi Jésus « rempli de l’Esprit Saint » (Lc 4,1) veut-il que nous soyons tous « remplis » à notre tour de ce même Esprit Saint (Lc 1,15 ; 1,41 ; 1,67 ; Ac 2,4 ; 4,8 ; 4,31 ; 6,3 ; 6,5 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9 ; 13,52 ; 19,28) qui jaillit du Père et du Fils (Jn 15,26a et 4,10. Puis Jn 15,26b ; 4,13-14 avec 7,37-39)… Et c’est le Père qui donne au Fils « ce pouvoir », cette possibilité, cette faculté, de « donner la vie à toute chair » (Jn 17,3) par « son Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)…
 main eau
            Les chrétiens de Laodicée se croient riches ? Ils disent « me voilà riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien » ? Mais leurs richesses les empêchent justement de recevoir les seuls vrais biens ! En fait, « ils sont malheureux, pitoyables, pauvres, aveugles et nus » car privés de cette Présence de Dieu qui, seule, peut « rassasier » le cœur de l’homme et le revêtir de sa Majesté, de sa Lumière et de sa Gloire… Ils ne peuvent dire, comme Isaïe : « Je suis plein d’allégresse dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de justice » (cf. Is 61,10-62,5)… Voilà ce que le Christ est venu offrir, gratuitement, par amour, comme l’annonçait encore ce même prophète :
             Is 55,1-3 : « Ah ! vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez ; venez, achetez sans argent, sans payer, du vin et du lait. Pourquoi dépenser de l’argent pour autre chose que du pain, et ce que vous avez gagné, pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez, écoutez-moi et mangez ce qui est bon ; vous vous délecterez de mets succulents.  Prêtez l’oreille et venez vers moi, écoutez et vous vivrez ».
             Et Jésus dit ici : « Suis donc mon conseil : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir ; des habits blancs pour t’en revêtir et cacher la honte de ta nudité ; un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue » (Ap 3,18). Toutes les spécialités de Laodicée sont ainsi reprises les unes après les autres !
             Nous l’avons vu en Ap 1,12-13 : tout ce qui est en « or » dans le Livre de l’Apocalypse renvoie au Mystère de la Divinité et à tout ce qui est en relation avec lui : la ceinture en or du Christ ressuscité (Ap 1,13), l’autel (Ap 9,13), les coupes (Ap 5,8), la pelle à parfum (Ap 8,3), la Jérusalem céleste en « or pur » (Ap 21,18)… Et l’or dans la Bible est le trésor par excellence des rois. St Jean utilise donc d’autant plus cette image pour présenter le Fils de l’Homme, Lui qui est « le Prince des rois de la terre » (Ap 1,5), et il nous le montre avec « sur la tête une couronne d’or » (Ap 14,14). Et tous les Anciens qui sont au ciel, c’est-à-dire tous ceux et celles qui ont accueilli le Christ et ses dons, ont eux aussi sur la tête « une couronne d’or » : ils participent au Mystère de sa Royauté (Ap 4,4)… « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône » (Ap 3,21). C’est ce que Jésus avait déjà déclaré à ses disciples lors de son dernier repas, juste avant la Passion : « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 22,28‑30).           
SAINT ESPRIT 1
Si le Christ invite donc les chrétiens de Laodicée à recevoir dès maintenant, dans la foi et par leur foi, « de l’or purifié au feu », c’est donc que le Royaume des Cieux quelque part est déjà là, déjà présent, déjà offert (Mt 12,28). « Heureux alors les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5,1) : dès aujourd’hui, Dieu règne dans leur cœur et dans leur vie, pour les arracher aux ténèbres, les préserver de tout mal, leur donner la force et la persévérance dans l’épreuve, la consolation, le réconfort et la paix dans la souffrance… Et tout ceci se réalise très concrètement par la Présence et l’action de l’Esprit Saint dans leur vie, un Esprit qui leur apporte toutes les richesses d’en haut en leur donnant de participer à « la nature divine » (2P 1,4)…

 

 

         
C’est ce qui est dit de nouveau avec l’image des « habits blancs », le « blanc » renvoyant dans l’Apocalypse au Mystère de ce que Dieu Est en Lui-même, à sa « nature divine ». Ainsi, « le trône » de Dieu est « blanc » (Ap 20,11). « La tête » du Christ Ressuscité est comme celle de « l’Ancien » (Dieu le Père) dans le Livre de Daniel : « avec des cheveux blancs comme de la laine blanche, comme de la neige » (Ap 1,14 ; Dn 7,9). Et le cheval que monte « le Verbe de Dieu », « le Fidèle et Vrai » est encore « blanc » (Ap 19,11-13)… Notons enfin que les Evangélistes ont utilisé cette même couleur symbolique lors de la Transfiguration du Christ, cet instant où le Mystère de sa Divinité apparut en toute clarté aux yeux émerveillés des disciples : « Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante » (Lc 9,29 ; Mt 17,2 ; Mc 9,2-3). Et si les Anciens, au ciel, sont revêtus de blanc, c’est bien parce qu’ « ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau » (Ap 7,14). Ils ont laissé la Miséricorde de Dieu remporter la victoire dans leur vie, ils se sont totalement abandonnés entre ses mains, ils se découvrent eux aussi « vainqueurs » avec le Christ, participant à sa victoire et à sa Vie, « revêtus de blanc », « inscrits au Livre de Vie » (Ap 3,4-5 ; 4,4)… Mais encore une fois, si le Christ propose dès maintenant « ces habits blancs » aux chrétiens de Laodicée, c’est bien parce que ce Mystère commence dès l’aujourd’hui de notre foi, dans la foi. Et il est offert notamment dans le cadre du sacrement de la Réconciliation où par l’Eglise, nous retrouvons, de pardon en pardon, ce « vêtement blanc » reçu au jour de notre baptême, un vêtement qui vient cacher « la honte de notre nudité » (Ap 3,18 ; cf. Gn 3,7) : nos péchés sont effacés, nous retrouvons la pleine dignité et la légitime fierté des enfants de Dieu…
             Ces reproches adressés aux chrétiens de Laodicée n’ont donc d’autre but que de leur permettre de retrouver tout ce dont ils avaient été privés par suite de leur tiédeur. Quel dommage ! Aussi le Christ vient-il les rejoindre par amour, et les secouer un peu pour les aider à retrouver la Plénitude de ces dons qu’il désire leur communiquer : sa Vie, sa Paix, sa Joie… « Ceux que j’aime, je les semonce et les corrige. Allons ! un peu d’ardeur et repens-toi ! » Et n’oublions jamais que lorsque le Seigneur nous demande quelque chose, il nous donne toujours la grâce nécessaire pour l’accomplir. Tous ses appels, toutes ses demandes, sont donc autant de révélations indirectes de la grâce qui nous est offerte. Cette ardeur, ce zèle qu’il attend des chrétiens de Laodicée sont de fait l’expression de leur amour : « Le zèle pour ta maison me dévorera » dit-on du Christ en St Jean (Jn 2,17). Et l’amour est le tout premier fruit de l’Esprit Saint : « l’amour de Dieu », l’amour avec lequel Dieu nous aime, « a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5 ; cf. Ga 5,22 ; Ep 5,8-9). Et si Jésus leur demande de se repentir, St Pierre nous présente la possibilité de se repentir comme un don de Dieu : « C’est lui », le Christ, « que Dieu a exalté par sa droite, le faisant Chef et Sauveur, afin d’accorder par lui la repentance et la rémission des péchés » (Ac 5,31). Et pour nous permettre de nous repentir, le Christ nous attire à Lui par la douceur de son Esprit (Jn 12,32), il nous révèle et nous fait expérimenter son Amour (Lc 24,32), sa Miséricorde, son Pardon, puis, dans l’Amour, il nous montre tout ce à quoi nous devons renoncer… Et par l’Esprit, il nous donne encore la force de le faire, petit à petit, jour après jour (2Tm 1,7 ; Rm 6,14)… Accepter cette démarche, c’est ouvrir la porte de son cœur à celui qui ne cesse d’y frapper (Ap 3,20). Alors il entrera, Lui près de nous et nous près de Lui (Jn 14,23), pour sa plus grande Joie et pour la nôtre…
                                                                                                             D. Jacques Fournier
[1] Ici, St Paul pense à la figure d’Adam interprétée à la lumière de Gn 3 comme le premier individu… Mais en Gn 1, Adam représente l’humanité tout entière : « Faisons Adam (singulier)… et qu’ils dominent (pluriel) » (Gn 1,26)…
[2] PREVOST JEAN-PIERRE, « L’Apocalypse » (Ed. Bayard / Centurion ; Paris 1995) p. 57.

 

AP – SI – Fiche 12 – Ap 3,14-22 cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Philadelphie (Ap 3,7-13)

            PhildelphieÀ l’Ange de l’Église de Philadelphie, écris : Ainsi parle le Saint, le Vrai, celui qui détient la clef de David : s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira. (8) Je connais ta conduite : voici, j’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer, et, disposant pourtant de peu de puissance, tu as gardé ma parole sans renier mon nom. (9) Voici, je forcerai ceux de la synagogue de Satan – ils usurpent la qualité de Juifs, les menteurs -, oui, je les forcerai à venir se prosterner devant tes pieds, à reconnaître que je t’ai aimé. (10) Puisque tu as gardé ma consigne de constance, à mon tour je te garderai de l’heure de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre. (11) Mon retour est proche : tiens ferme ce que tu as, pour que nul ne ravisse ta couronne. (12) Le vainqueur, je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu ; il n’en sortira plus jamais et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du Ciel, de chez mon Dieu, et le nom nouveau que je porte. (13) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.

Comme pour les cinq messages précédents, St Jean s’adresse à « l’Ange de l’Eglise de Philadelphie », et l’on se souvient que le mot « ange », « angélos » en grec, signifie « messager ». Il devra donc transmettre ce qu’il aura lui-même reçu et se faire ainsi le Serviteur de cette Parole que Dieu lui communique par l’intermédiaire de St Jean.  Nous retrouvons ainsi celui qui a la charge de « veiller » sur sa communauté chrétienne (« épiskopéô » en grec, qui donnera notre « épiscopal » en français) : aujourd’hui, nos Evêques…
jésus enseignant 2
« Celui qui parle », c’est toujours le Christ Ressuscité s’adressant à St Jean « le Jour du Seigneur » (Ap 1,10), le Dimanche, jour privilégié de la rencontre avec Lui. Or, avec son Fils et par son Fils, c’est Dieu le Père qui nous adresse en fait la Parole (cf. Jn 8,28-29 ; 12,49-50 ; 17,8), une Parole qui n’a d’autre but que notre Vie (cf. Jn 6,47.63.68). A nous maintenant de l’écouter et de la faire passer le plus concrètement possible dans notre existence quotidienne par les choix que nous faisons, instant après instant, et nous découvrirons alors qu’avec elle, nous suivons « le Christ », Lui qui est « la Vérité et la Vie » (Jn 14,6), Plénitude de Vie (Col 2,9). Et il ne désire qu’une seule chose : que nous partagions avec Lui cette Plénitude qu’il tient de son Père (Jn 10,10 ; 5,26 ; 6,57). Et si Lui-même la reçoit par un cœur grand ouvert et toujours tourné vers le Père (Jn 1,18), nous ne pourrons la recevoir à notre tour que par un cœur grand ouvert et tourné le plus possible vers le Christ. Or, nos cœurs sont blessés par le mal que nous avons pu commettre, trop souvent fermés, repliés sur eux-mêmes, remplis de ténèbres et donc aveugles (Jn 12,40). Aussi, la grande mission de Jésus sera de nous offrir ce « pardon des péchés » (Lc 1,76‑79 ; 24,46-48 ; Ac 2,38-39) qui, petit à petit, jour après jour, de repentir en repentir, nous donnera la force de nous détourner du mal pour nous tourner vers Dieu et nous ouvrir à Lui. Alors, puisque Dieu est Lumière et qu’il n’est que Lumière (1Jn 1,5), sa Lumière ne pourra que commencer à remplir nos cœurs. Et avec elle, nous découvrirons la vraie Vie (Jn 1,4 ; 8,12), dans la Paix…
eucharistie1Ce cadeau, nous le devrons à la seule Miséricorde de ce Dieu qui, inlassablement, ne poursuit que notre Bien. Et il sait, puisque c’est Lui qui nous a créés, que nous ne pourrons trouver notre Bonheur qu’en partageant sa Lumière et sa Vie. Aussi, quel que soit l’obstacle qui pourrait nous empêcher de l’accueillir, son seul souci sera de l’enlever, de le faire disparaître. « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29)… Et c’est toujours Lui le premier qui viendra à nous (Ap 3,20) pour nous demander de lui offrir tout ce mal qui peut encore nous habiter. Si nous osons cette démarche de tout cœur, jour après jour, encore et encore, alors nous ne pourrons que constater qu’une réalité nouvelle commence à naître au plus profond de nous-mêmes: sa Vie, sa Force, que nous ne devrons qu’à sa seule Miséricorde…
Ainsi, « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16) et Amour toujours… Sa seule réponse à toute action, quelle qu’elle soit, est toujours de l’ordre de l’Amour, c’est-à-dire de la recherche du Bien de l’autre… Si le pécheur se détruit, se blesse et donc se plonge lui‑même dans la souffrance en commettant le mal, Dieu ne pourra que l’inviter à se convertir, à renoncer à ce mal qui le tue pour recevoir, grâce au pardon de toutes ses fautes, la vraie Vie et la Paix… Cette attitude foncièrement et éternellement bienveillante de Dieu constitue le Mystère de sa Sainteté, car cette notion de Sainteté renvoie à ce que Dieu Est en Lui-même… Très souvent, le prophète Isaïe appelle Dieu « le Saint d’Israël » (Is 1,4 ; 5,19.24 ; 10,20 ; 12,6 ; 17,7 ; 29,19 ; 30,11-12…), « le Dieu Saint » (Is 5,16) et même tout simplement « le Saint » (Is 40,25), car Il est le seul Saint, le Seul à Etre ce qu’Il est… Et c’est bien parce qu’il en est ainsi, nous dit le prophète Osée, que Dieu ne répond pas au mal par le mal : il ne se met pas en colère, il ne punit pas, il ne châtie pas, il n’en rajoute pas : « Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère… car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint, et je ne viendrai pas avec fureur » (Os 11,9).

Dieu-Amour

Aussi, « tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre ; il n’y a pas d’autre dieu que moi. Un dieu juste et sauveur, il n’y en a pas excepté moi » (Is 45,21-22). Dieu est le seul à Etre ce qu’Il Est, il est le seul Saint… Aussi, lorsque St Jean appelle Jésus « le Saint », nous avons ici une belle confession du Mystère de sa Divinité… Comme son Père, il est vrai Dieu tout en étant vrai homme. Et toute sa vie d’homme manifestera « Qui » est Dieu…
 Jésus christ           Jésus est aussi « le Vrai », « le Véridique », « le Véritable », un seul mot en grec, « aléthinos ». Or, pour St Jean, la notion de « véritable » renvoie à Dieu Lui‑même ou à tout ce qui gravite autour de Lui. « Celui qui m’a envoyé est véridique », dit Jésus (Jn 7,28), il est « le seul vrai Dieu » (Jn 17,3), « le Véritable » (1Jn 5,20 ; 1Th 1,9), et « ses Paroles sont vraies » (Ap 19,9 ; 21,5 ; 22,6) tout comme « ses jugements » (Ap 19,2). Et bien sûr, son Fils, « engendré non pas créé, de même nature que le Père » (Crédo) peut aussi être appelé ainsi : « Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable. Nous sommes dans le Véritable, dans son Fils Jésus Christ. Celui-ci est le Dieu véritable et la Vie éternelle » (1Jn 5,20). Et la TOB explique en note à propos de la fin de ce verset : « Cette affirmation ne semble plus s’appliquer à Dieu, comme dans la première partie, mais au Christ, en qui Dieu se révèle », et elle choisit de traduire par : « Et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus Christ. Lui est le Véritable, il est Dieu et la vie éternelle ». Nous voyons donc que l’emploi de ce mot « véritable » en Ap 3,7 revient, dans un tel contexte, à affirmer à nouveau le Mystère de la Divinité du Christ, tout comme St Jean venait de le faire avec le mot Saint. Jésus est ainsi « le Véritable, il est Dieu et la vie éternelle », « la Lumière Véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1,9), « le Pain Véritable » (Jn 6,32) que le Père donne au monde pour lui communiquer sa Vie. Or cette Vie est celle de l’Esprit (Jn 6,63 ; Ga 5,25) que les Trois Personnes de la Trinité possèdent chacune en Plénitude. En donnant l’Esprit aux hommes (1Th 4,8), le Fils leur permet d’entrer à leur tour dans ce Mystère de communion qu’il vit de toute éternité avec le Père et l’Esprit Saint. Tous sont ainsi appelés à « être dans le Véritable », c’est-à-dire à être unis au Père, au Fils et au Saint Esprit dans la Communion d’un même Esprit… Pour décrire ce Mystère de Communion, les expressions sont nombreuses : être « en son Fils Jésus Christ » (Ap 5,20), « dans le Christ » (Rm 6,11.23 ; 8,1-2 ; 12,5…), « dans le Seigneur » (Rm 16,8-13 ; Ga 5,10), « demeurer dans le Fils et dans le Père » (1Jn 2,24), « en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ » (1Th 1,1) « dans l’Esprit » (Ep 2,22 ; 6,18 ; Ph 2,1 ; Col 1,8), « en Dieu » (Col 2,19)… Et « en Dieu », unis au Fils en un seul Esprit (1Co 6,17), nous sommes aussi avec Lui, « avec le Christ » : « Votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3,3)… Il en est de même pour Jésus : il est « dans le Père » et « avec Lui » (Jn 14,10-11 ; 8,29).

 

Ainsi, la Vie donnée transforme la qualité de notre vie et nous ouvre à la relation avec tous ceux et celles qui la partagent : le Père, le Fils et l’Esprit Saint qui possèdent cette Vie en Plénitude et qui veulent nous la communiquer, mais aussi tous nos frères et sœurs dans la foi, qu’ils soient ici-bas sur cette terre où déjà au Ciel…
christ-souriant-04            Puis, après avoir présenté Jésus comme « le Saint », « le Véritable », St Jean écrit qu’il est également « Celui qui détient la clef de David : s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira ».  David est ce grand roi d’Israël qui régna de 1010 à 970 av. JC et le prophète Natân lui avait annoncé au Nom du Seigneur que « sa maison et sa royauté subsisteraient à jamais devant lui » (2Sm 7,12-16). « Avoir la clef de David », c’est donc « avoir la clef de sa Maison et de son Royaume », c’est en être l’héritier légitime. Jésus est donc bien ce « fils de David » (Mt 1,1 ; 21,9) promis par les Ecritures, ce « Roi d’Israël » tant attendu (Jn 12,13). Mais son Royaume n’est pas de ce monde (Jn 18,36) : il est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), Mystère de Communion dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,3). Puisque Jésus vit pleinement ce Mystère de Communion avec le Père et l’Esprit Saint, il s’est fait chair pour nous le révéler et nous donner d’y entrer à notre tour (Ep 2,18). Il est ainsi « le Chemin » qui y mène (Jn 14,6), « le Bon Pasteur » qui nous y conduit (Jn 10,11.14), « la Porte » qui nous permet d’y accéder (Jn 10,7)… Et l’entrée nous est gratuitement offerte si nous acceptons de nous confier en toute vérité entre ses mains. Nous lui offrirons alors tous nos péchés, toutes nos misères, et pas une ne pourra résister à la Toute Puissance de sa Miséricorde. Nous nous abandonnerons entre ses mains, et le Prince de ce Monde ne pourra l’empêcher de faire ce qu’Il veut, et Il veut que nous soyons tous « ses fils et ses filles », « par Jésus Christ », « saints et immaculés en sa Présence dans l’Amour » (Ep 1,4-5). S’il verse sur nous cette eau pure qui nous purifie de toute souillure (Ez 36,24-28), s’il nous ouvre la porte du Royaume par le Pardon de toutes nos fautes (Ep 1,7 ; 5,25-27 ; Col 1,12-14), « nul ne fermera », nul ne pourra l’empêcher d’accomplir sa volonté, car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4), et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait » (Ps 115(113B),3 ; 135(134),6)… A nous maintenant de le laisser faire et son Esprit nous arrachera à nos chemins d’impiété pour nous enraciner dès maintenant dans sa Vie… Si nous acceptons de nous laisser reprendre par ce Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve, il nous prendra sur ses épaules, il nous portera par son Esprit  il nous ramènera là où le Père veut que nous soyons : dans sa Maison, dans son Mystère de Communion, unis à Lui dans la communion d’un même Esprit, « en Dieu » (Lc 15,4-7 ; Jn 14,1-3 ; 17,24 lu avec 17,21). Alors rien, absolument rien ne pourra nous arracher à Lui (Rm 8,35-39) si nous nous abandonnons encore une fois avec confiance entre ses mains. « Nul en effet ne peut rien arracher de la main du Père » et « dès maintenant, le Prince de ce monde va être jeté dehors » (Jn 10,29 ; 12,31). Alors, si le Fils lui ferme la porte, « nul n’ouvrira »…

croix glorieuse

            Et c’est bien ce que le Christ déclare juste après : « j’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer » (Ap 3,8). La Bible de Jérusalem précise en note : « J’ai donné le champ libre à ton apostolat » et elle cite Ac 14, 27 où Paul et Barnabé racontent « tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi ». Rien ni personne ne peut empêcher en effet la Lumière de briller dans les ténèbres (Jn 1,5), la Vérité de triompher du mensonge, la Justice de l’injustice. Voilà pourquoi Jésus déclare à propos de certains menteurs parmi la communauté juive de Philadelphie : « Voici, je forcerai ceux de la synagogue de Satan – ils usurpent la qualité de Juifs, les menteurs –, oui, je les forcerai à venir se prosterner devant tes pieds, à reconnaître que je t’ai aimé » (Ap 3,9). Et ce sera le plus beau cadeau qui pourra leur arriver. Car s’ils reconnaissent à quel point Dieu a aimé et continue d’aimer ces chrétiens de Philadelphie, ils prendront conscience que Dieu est Amour et qu’ils sont aimés eux-aussi du même Amour… La logique est identique à la fin de la grande prière de Jésus à son Père juste avant sa Passion. Il demande en effet que tous ceux qui ont cru en Lui « soient un comme nous sommes un », rassemblés dans la Communion d’un même Amour par cet Amour qui n’est que Miséricorde. Alors, tous ceux et celles qui n’auront pas encore été les heureux bénéficiaires de cette Miséricorde sans limites pourront « reconnaître que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17,22‑23 ; cf. 1Tm 1,12-17)… Nous sommes ainsi tous invités à bénéficier de l’Amour du Père dont le Fils est comblé de toute éternité, un Amour qui est Don de soi et qui, par ce Don, engendre à la Vie tous ceux et celles qui acceptent de se laisser aimer, tels qu’ils sont… Et si nos cœurs doivent encore être guéris, purifiés, sanctifiés, l’Amour y travaillera inlassablement jusqu’à ce que Son Œuvre soit parfaite (1Th 5,23-24)…
 Christ souriant           Pour bénéficier de cet Amour, il suffit simplement de consentir à son action. Mais c’est justement la victoire sur toutes nos résistances qui prend du temps… Pourtant, petit à petit, c’est bien le fruit de l’œuvre de Dieu qui, de miséricorde en miséricorde, permet aux pécheurs aveuglés que nous sommes de pressentir quelque chose de la vraie Vie et de la vraie Lumière… Et ce « quelque chose » vécu et reconnu nous permet de dire de tout cœur : « Oui, je crois », dans l’attente de contempler enfin cette Plénitude que nous n’aurons fait que deviner sur cette terre… « Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1Co 13,12).
Et de fait, le Christ déclare ici : « Je connais ta conduite » (Ap 3,8)… En effet, puisqu’il est vrai Dieu tout en étant vrai homme, il connaît ce que Dieu seul connaît, et Dieu est le seul à « sonder les cœurs et les reins » (Ps 7,10). Et St Jean nous raconte (Jn 2,23-25) : « Comme Jésus était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme ». Il en avait déjà donné un bel exemple en déclarant à Nathanaël qui le rencontrait pour la première fois : « Voici vraiment un Israélite sans détour »… Surprise pour Nathanaël : « D’où me connais-tu ? » (Jn 1,47‑48 ; cf. Jn 4,15-19 ; Lc 5,22).
Dans l’amour, le Christ connaît donc la conduite des chrétiens de Philadelphie. Il sait qu’ils ont gardé, grâce au secours de l’Esprit Saint accueilli fidèlement jour après jour (2Tm 1,12-14), « sa consigne de constance ». Ils participent ainsi par cet Esprit reçu du Christ à « la constance du Christ » (2Th 3,5) : « l’activité de votre foi, le labeur de votre charité, la constance de votre espérance sont dus à notre Seigneur Jésus Christ » (1Th 1,3). Le Christ sait donc bien que grâce à Lui ils ont pu « garder sa consigne de constance »… Il est heureux qu’ils aient été fidèles à sa grâce, une grâce qui n’a d’autre but que de les réconforter, les soutenir, les combler de sa Paix…

Pape François

Le Christ se réjouit donc de leur vraie Joie car c’est bien pour nous donner d’avoir part à sa Joie qu’il est venu nous rejoindre en notre humanité : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11)… « Je trouverai ma joie à leur faire du bien », avait déjà dit le Seigneur par son prophète Jérémie (Jr 32,41). Un pécheur accueille ainsi sa Parole de Salut, sa Miséricorde, le Pardon de toutes ses fautes ? Dieu est le premier à se réjouir du vrai Bonheur qu’il aura ainsi retrouvé : « Il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,7). Il aura accueilli ce Dieu tout proche révélé par le Christ, un Dieu Source de Vie, Donateur de Vie, heureux de voir sa Vie régner dans nos cœurs : « Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur ! Il exultera pour toi de joie, il tressaillira dans son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête » (So 3,17-18 ; Is 62,5).
Alors, si l’épreuve survient, le Seigneur sera fidèle : « je te garderai de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier » (Ap 3,10). A l’époque, cette épreuve était surtout celle des persécutions provoquées par les Romains. Mais le principe est toujours valable pour toutes les épreuves que les hommes de tous les temps auront à traverser : « Lorsque vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne vous effrayez pas » disait Jésus à ses disciples ; « car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas de sitôt la fin… On se dressera nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, par endroits, des pestes et des famines ; il y aura aussi des phénomènes terribles et, venant du ciel, de grands signes… On portera la main sur vous, on vous persécutera… mais c’est par votre constance que vous sauverez vos vies » (Lc 21,9-19). On retrouve « la constance », fruit de la grâce, qui permet au chrétien de tenir dans l’épreuve : « Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde et je continue de le vaincre instant après instant » (Jn 16,33) par l’envoi de l’Esprit Saint, cet Esprit qui vient du Père, et qui est source de consolation, de réconfort et de force au cœur de l’épreuve. C’est ainsi que St Paul écrivait : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation. Sommes-nous dans la tribulation ? c’est pour votre consolation et salut. Sommes-nous consolés ? c’est pour votre consolation, qui vous donne de supporter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons, nous aussi. Et notre espoir à votre égard est ferme : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation » (2Co 1,3-7). Et un peu plus loin, St Paul écrit : « Je surabonde de joie dans toute notre tribulation » (2Co 7,4). Il vivait la Béatitude de l’Evangile : « Heureux les affligés, ils seront consolés » (Mt 5,5).

prodigue

Et nous sommes bien ici au cœur de l’Evangile. Le chrétien, comme tout homme, connaîtra les épreuves de la vie, les maladies, la souffrance de perdre ses proches, les difficultés professionnelles… Mais, et c’est l’énorme cadeau de la foi, il aura conscience de ne pas être tout seul pour les affronter et il pourra compter sur le Seigneur et sur sa grâce pour traverser ces moments difficiles…
Il pourra tenir jusqu’à la venue du Christ dans sa gloire, et « mon retour est proche », dit-il (Ap 3,11). Il se produira certainement, soit au dernier jour de la vie de chacun d’entre nous, soit en ce dernier Jour du monde où il viendra sur les nuées du ciel (Mt 24,30-31 ; 26,64). Mais pour l’instant, « tiens ferme ce que tu as pour que nul ne ravisse ta couronne » (Ap 3,11). Et « ce que tu as », c’est notamment cette Parole du Seigneur, qui, par l’action de l’Esprit qui lui rend témoignage en nos cœurs (Jn 15,26), est Lumière dans notre nuit (2P 1,19). Elle est « vivante et permanente » (1P 1,23), car, avec elle et par elle, « l’Esprit » nous « vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Avec St Pierre, nous pourrions la comparer à un « biberon » qui transmet aux « enfants nouveaux nés » que nous sommes ce « lait non frelaté » de l’Esprit qui nous fait « grandir pour le salut ». Et nous « goûterons » alors, en la gardant jour après jour dans nos vies, à quel point « le Seigneur est excellent » (1P 2,2-3). Comme le disait déjà le Psalmiste : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ; heureux qui s’abrite en lui » (Ps 34(33),9). Et souvenons-nous, « en lui » renvoie à ce Mystère de Communion dans l’unique Esprit où il désire nous introduire dès maintenant dans la foi et par notre foi… La lecture assidue de la Parole de Dieu, qui est tout simplement une manière de nous mettre à l’écoute du Christ Ressuscité, « Verbe fait chair » (Jn 1,14), est le Chemin par excellence qui nous y conduit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14,23). Cette Présence de Dieu en nous, et de nous en Lui, sera le fruit de l’action de l’Esprit Saint dont la mission première est de « nous introduire dans la vérité tout entière » (Jn 16,13), « dans le Véritable » (1Jn 5,20), « en Dieu » (Col 3,3)…

Esprit Saint

            Et telle est « la couronne » du chrétien : cette Présence de Dieu en Lui qui désire régner sur tout ce qui s’oppose à notre vie, sur tout ce qui pourrait la blesser : les ténèbres, le mal, l’injustice, l’épreuve, la souffrance, la maladie… Dieu et Dieu seul a vaincu le mal, le péché et la mort en son Fils Jésus Christ. Et il nous invite à nous laisser unir à Lui dans la communion d’un même Esprit (1Th 5,10) pour que nous puissions bénéficier nous aussi de sa Victoire… Le Psalmiste avait déjà fait l’expérience de la victoire de la Miséricorde de Dieu sur son péché (Ps 51(50)). C’est pourquoi, en regardant tout d’abord l’Amour de Dieu pour lui, il osait ensuite lui offrir toutes ses misères et le laisser remporter la victoire sur elles. Dans la traduction grecque du texte hébreu des Psaumes réalisée au 2° siècle avant JC par la communauté juive d’Alexandrie, nous avons : « Fais moi miséricorde, Dieu, selon ta grande miséricorde, et selon la multitude de tes gestes de compassion efface mes fautes. Lave-moi tout entier de mon mal et de mon péché, purifie moi ». « Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice » qui ne condamne pas le pécheur, mais bien au contraire « le justifie » (Rm 8,33 ; 3,21-26), « être juge et montrer ta victoire » sur le mal par ton Pardon et la surabondance de tes Miséricordes…
            « Le vainqueur », celui qui aura ainsi laissé la Miséricorde de Dieu remporter la victoire dans sa vie en l’arrachant à ses chemins d’injustices pour le lancer sur la voie de la vérité, de la droiture et de la justice, « je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu : il n’en sortira plus jamais ». Petit à petit, jour après jour, il sera ainsi affermi dans ce Mystère de Communion qu’est Dieu, uni à Lui dans l’unité d’un même Esprit, et rien ni personne ne pourra ne pourra l’arracher de la main de Dieu (Jn 10,29), « il n’en sortira plus jamais », dès maintenant et pour toujours… « Vous qui jadis étiez loin », écrit St Paul, « vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ… Par lui, nous avons tous en effet libre accès auprès du Père en un seul Esprit. Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit » (Ep 2,13.18-22).
         baptême   Ce Mystère de Communion avec Dieu, dans l’Esprit, est pleinement mis en œuvre par le sacrement du baptême. Initialement, il était la réponse à la proclamation de la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus Christ. Par un « oui » donné en toute conscience, le nouveau converti s’offrait à la Miséricorde de Dieu, recevait l’eau pure de l’Esprit qui le lavait de toute souillure et lui donnait tout en même temps de participer à la Vie même de Dieu. St Paul écrit ainsi : « C’est en lui que vous aussi, (les païens), après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,13-14). Et il rappellera souvent les fruits de ce baptême : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? Vous avez été bel et bien achetés ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1Co 6,19-20).  Dans un langage imagé, St Paul déclare ainsi que le Christ a payé notre rachat au prix de son sang « versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28)… « Tu fus égorgé », écrit St Jean, « et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation » (Ap 5,9). Dès lors, si nous acceptons de bénéficier de tout ce qu’il a déjà fait pour nous, nous n’appartenons plus aux ténèbres mais à la Lumière. « Dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur » (Rm 14,8) qui, au jour de notre baptême, a apposé sur chacun de nous son sceau, le sceau de l’Esprit Saint. Et par le don de cet Esprit Saint, nous participons selon notre condition de créature à ce que Dieu est en Lui-même… En effet, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et « Dieu est Saint »… Et comme le nom dans la Bible renvoie au Mystère de la personne qui le porte, recevoir l’Esprit Saint c’est avoir « gravé sur soi le nom de Dieu »…
  Communion des saints          Mais « être gravé du Nom de Dieu » en recevant de pouvoir participer à la Plénitude de son Esprit, c’est aussi « être gravé du nom de la cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel, de chez mon Dieu » (Ap 3,12). En effet, le Mystère de Dieu est un Mystère de Communion de Trois Personnes divines distinctes qui possèdent chacune la Plénitude de cette nature divine qui est tout à la fois « Esprit » (Jn 4,24), « Amour » (1Jn 4,8.16), « Lumière » (1Jn 1,5), et l’on pourrait rajouter Vérité, Vie, Joie, Paix… « La cité de Dieu », tout comme « la Maison du Père » ou « le Royaume des Cieux » sont autant d’expressions différentes qui renvoient à ce Mystère de Communion dans lequel Dieu veut que nous entrions tous pleinement à notre tour. C’est pour cela qu’il est venu nous rejoindre avec et par son Fils Unique, « le Verbe fait chair », pour nous supplier de nous laisser réconcilier avec Lui (2Co 5,20‑21). Et cette réconciliation s’opère très concrètement par le don de l’Esprit Saint qui « descend du ciel » pour nous offrir le pardon des péchés, et au même moment cette Vie de Dieu qui nous introduit toujours plus profondément dans ce Mystère de Communion avec Dieu et donc entre nous. Avec l’Esprit, « nous entrons ainsi dans la vie » (Mc 9,43.45), c’est-à-dire « dans le Royaume de Dieu » (Mc 9,47)…

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Cette Vie est celle-là même qui a triomphé de la mort en ressuscitant le Christ et en l’arrachant aux ténèbres de son tombeau. Elle agira de même dans notre vie, en nous arrachant encore et encore à toutes les ténèbres de nos misères, et en nous redonnant inlassablement tout ce que nous avions perdu par suite de nos fautes : la Plénitude de la Vie, la Joie, la Paix… Alors, si le Christ porte désormais comme « Nom nouveau » celui de « ressuscité », tous ceux et celles qui par leur foi auront accepter de recevoir l’Esprit et la Vie du Ressuscité porteront eux aussi « le nom nouveau que je porte »…
« Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises », hier comme aujourd’hui…
                                                                                                                        D. Jacques Fournier

 

AP – SI – Fiche 11 – Ap 3,7-13 cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Sardes (Ap 3,1-6)

             sardesÀ l’Ange de l’Église de Sardes, écris : Ainsi parle celui qui possède les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles. Je connais ta conduite ; tu passes pour vivant, mais tu es mort. (2) Réveille-toi, ranime ce qui te reste de vie défaillante ! Non, je n’ai pas trouvé ta vie bien pleine aux yeux de mon Dieu. (3) Allons ! rappelle‑toi comment tu accueillis la parole ; garde-la et repens-toi. Car si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur sans que tu saches à quelle heure je te surprendrai. (4) À Sardes, néanmoins, quelques-uns des tiens n’ont pas souillé leurs vêtements ; ils m’accompagneront, en blanc, car ils en sont dignes. (5) Le vainqueur sera donc revêtu de blanc ; et son nom, je ne l’effacerai pas du livre de vie, mais j’en répondrai devant mon Père et devant ses Anges. (6) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. 

 

            Ici, le Christ se présente non pas en reprenant un des éléments de la vision inaugurale, mais par une déclaration qui renvoie à l’introduction du Livre de l’Apocalypse (Ap 1,4-5), avec ces trois expressions qui désignaient tour à tour au Père (Il est, il était et il vient), l’Esprit Saint (les sept Esprits présents devant son trône) et le Fils (Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier Né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre). 

Icône de la Trinité

            Cet Esprit Saint, Troisième Personne de la Trinité, possède donc pleinement la nature divine évoquée ici par l’expression « les sept Esprits », sept étant symbole de plénitude… Le Père et le Fils la possèdent bien sûr également en Plénitude, d’où l’affirmation du Christ en Ap 3,1 : « Ainsi parle celui qui possède les sept Esprits de Dieu ». Cette nature divine commune aux Trois Personnes divines[1] peut être évoquée aussi bien en parlant de « l’Esprit de Dieu », sous-entendu du ‘Père’, que de « l’Esprit du Fils », « l’Esprit du Christ ». Or c’est justement cet Esprit qu’il possède en plénitude que le Christ est venu nous transmettre. St Paul évoque cette réalité en Rm 8,9 aussi bien en termes « d’Esprit de Dieu », sous-entendu du ‘Père’, que « d’Esprit du Christ » : « l’Esprit de Dieu habite en vous. Qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas »… Et c’est en nous donnant cet Esprit que le Christ nous établit en communion avec Lui. Celui qui le reçoit a donc au plus profond de lui-même une réalité qui est au même moment dans le cœur du Christ, et donc qui appartient au Christ… St Paul dit alors du chrétien qu’il ne s’appartient plus, mais qu’il appartient lui aussi au Christ : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? Vous avez été bel et bien achetés ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1Co 6,19).  « Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus… Vous appartenez au Christ » (Ga 3,26-29). C’est en ce sens qu’il faut comprendre ici l’appartenance au Christ des « sept étoiles », ces « sept étoiles qui sont les Anges des sept Eglises » (Ap 1,20) : les Evêques responsables des communautés, ou les communautés elles-mêmes… Mais quoi qu’il en soit, tous ont reçu au jour de leur baptême « l’Esprit du Christ » ; ils appartiennent donc tous au Christ, ils sont « dans sa main droite » (Ap 2,16.20)…
 corps st esprit
            Le regard que porte le Christ sur l’Eglise de Sardes a de nouveau la profondeur de celui de Dieu lui-même, le seul à pouvoir « sonder les cœurs et les reins »… En effet, sa remarque porte sur leur vie même de disciple, ou plutôt sur son engourdissement… Que s’est-il passé ? Ont-ils laissé l’Esprit s’éteindre (1Th 5,19) ? Ont-ils oublié cet avertissement du Christ : « Tenez-vous sur vos gardes, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent dans la débauche, l’ivrognerie, les soucis de la vie » (Lc 21,34) ? « Les plaisirs de la vie », « la séduction de la richesse et les autres convoitises » les ont‑ils pénétrés, « étouffant la Parole qui est alors demeurée sans fruit » (Mc 4,19 ; Lc 8,14) ? Ont-ils dit en leur cœur : « « Mon maître tarde. » Se sont‑ils mis alors à frapper leurs compagnons, à manger et à boire en compagnie des ivrognes » (Mt 24,45‑51 ; Lc 12,42-46) ? Le texte ne donne aucune précision… Seul résonne l’appel : « Réveille-toi, ranime ce qui te reste de vie défaillante ! ». Et l’on pourrait ajouter avec St Paul : « C’est l’heure désormais de sortir de votre sommeil ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru. La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises » (Rm 13,11-14). 
Alors si « le jour est arrivé », « puisque les ténèbres s’en vont et que la véritable lumière brille déjà » (1Jn 2,8), « éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. Ainsi prenez bien garde à votre conduite ; qu’elle soit celle non d’insensés mais de sages, qui tirent bon parti de la période présente ; car nos temps sont mauvais ; ne vous montrez donc pas inconsidérés, mais sachez voir quelle est la volonté du Seigneur. Ne vous enivrez pas de vin : on n’y trouve que libertinage ; mais cherchez dans l’Esprit votre plénitude. Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur. En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus Christ » (Ep 5,14-20). « Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable » (Ep 6,18). « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible » (Mt 26,40). « Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison va venir » (Mc 13,34). « Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur sans que tu saches à quelle heure je te surprendrai » (Ap 3,3 ; Mt 24,42-44 ; Mc 13,33 ; 1Th 5,2). « Que vos reins soient donc ceints et vos lampes allumées. Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira » (Lc 12,35-37). 

jésus frappe à la porte

Cet appel à la vigilance devait résonner tout particulièrement aux oreilles des habitants de Sardes, car « deux fois au cours de l’histoire, les habitants de la ville s’étaient fait surprendre de nuit (par Cyrus en 546 av JC, et par Antiochus III en 218 av JC), et la ville était tombée. D’où sans doute l’avertissement donné par le Christ au sujet de sa venue comme un voleur »[3]
 
Mais cet avertissement se retrouve aussi très souvent dans le Nouveau Testament. Veiller fait en effet partie intégrante de la vie du croyant, dans l’aujourd’hui de sa foi : il doit se montrer attentif à garder en son cœur la Lumière de son Seigneur qui est pour lui la Vie de sa vie. Et pour que la flamme de sa foi ne vacille pas, le Christ l’invite à « garder la Parole », à la fréquenter assidûment, en essayant de mettre sa vie en harmonie avec elle pour ne pas perdre cette Paix, le grand cadeau du Ressuscité (Jn 20,19.21 ; 14,27 ; Rm 5,1 ; 8,6 ; 14,17 ; 15,13 ; 15,33 ; 16,20 ; 1Co 14,33 ; 2Co 13,11 ; Ga 5,22 ; 6,16 ; Ep 2,11-18 ; 4,3 ; Ep 6,14-15 ; Ph 4,6‑9 ; Col 3,15 ; 1Th 5,23 ; 2Th 3,16 ; 2Tm 2,22 ; 1P 3,11 ; 5,14 ; 2P 1,1-2 ; 3,14 ; 2Jn 1,3 ; Jude 1,2 ; Ap 1,4)… S’ils « gardent la Parole », ils garderont avec elle l’Esprit Saint qui se joint toujours à elle (Jn 3,34 BJ), car il est le Souffle qui dit la Parole au cœur de ceux et celles qui l’accueillent. Or cet Esprit « Souffle » est tout à la fois Lumière (Jn 4,24 avec 1Jn 1,5) et Vie (Jn 6,63 TOB ; Ga 5,25). C’est donc grâce à Lui que « la Parole de Dieu est vivante » (1P 1,23). Au cœur de celui qui l’accueille avec la Parole, l’Esprit « Lumière » et « Vie » ne pourra donc que ranimer « la mèche qui faiblit » (Mt 12,20) et « ce qui reste de vie défaillante » (Ap 3,2), et semer sa Joie comme aux jours où ils l’entendirent pour la première fois (cf. 1Th 1,6). « Allons ! Rappelle-toi comment tu accueillis la Parole ; garde-la et repens-toi » (Ap 3,3).
 Esprit Saint
Tenons-donc ferme la Parole prophétique : « Vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs » (2P 1,19). Si la Parole est « une lampe qui brille dans un lieu obscur » grâce à l’Esprit de Lumière, elle a donc ce mystérieux pouvoir de communiquer sa Lumière, car celui qui s’ouvre à elle de tout cœur reçoit en même temps cet Esprit de Lumière qui ne cesse de lui rendre témoignage (Jn 15,26 ; 1Jn 5,6) par un Don qui est de l’ordre de la Vie (1Jn 5,11-12), cette Vie qui est Lumière (Jn 1,4 ; 8 ,12) ! Alors « l’étoile du matin se lèvera dans son cœur », cette étoile que le Christ Ressuscité lui-même nous donne avec sa Parole et par elle (Ap 2,28) : Père, « je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître encore, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux » (Jn 17,26). Or « connaître » en St Jean, c’est « faire l’expérience de »[4]… Et le Nom dans la Bible renvoie au Mystère de celui qui le porte. « Le Nom de Dieu » évoque donc son Mystère d’Amour, de Lumière et de Vie. « Connaître le Nom de Dieu » sera, dans la foi et par la foi, « faire l’expérience de son Amour, de sa Lumière et de sa Vie », une grâce que nous recevons de l’Esprit Saint qui, par sa simple Présence en nos cœurs, se fera « Amour » (Rm 5,5 ; Ga 5,22), « Lumière » (Ep 1,17-18) et « Vie » (Jn 6,63 TOB ; Ga 5,25)… « Le Royaume des Cieux est tout proche », ne cessait de dire Jésus (Mt 4,17 ; 10,7 ; Lc 10,9.11 ; 21,29-31), il « est arrivé jusqu’à vous » (Lc 11,20). Or ce Royaume est « Justice, Paix et Joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). Dire que le Royaume est tout proche, c’est donc dire que l’Esprit Saint est tout proche, arrivé jusqu’à nous, déjà présent, déjà offert à nos cœurs… Il nous précède, il nous devance, il vient se donner à nous, sans conditions, gratuitement…
                Toute notre vie de foi consistera dès lors à « ne pas le contrister » (Ep 4,30), à « ne pas l’éteindre »lamph1 (1Th 5,19), « à conserver l’unité » intrieure et la paix qu’il nous transmet, une unité qui ne peut que se manifester dans la construction de l’unité de la communauté (Ep 4,3) et les « bons fruits » produits par « la bonne sève » (Jn 15,1-5 ; Ga 5,22-23 ; Ep 5,8-9). « L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon » (Lc 6,45), et ce trésor, c’est le Don de l’Esprit Saint… Alors le Christ pourra trouver leur vie « bien pleine aux yeux de son Dieu » (Ap 3,2).

 

« Néanmoins, quelques uns » des chrétiens de Sardes « n’ont pas souillé leurs vêtements » en allant rendre un culte aux idoles ou à l’empereur… « Ils m’accompagneront en blanc, car ils en sont dignes » (Ap 3,4). Or la couleur blanche renvoie dans le livre de l’Apocalypse, mais aussi dans l’Evangile selon St Jean, à « la nature divine », c’est-à-dire à ce que Dieu Est en Lui-même[4]. C’est ainsi que Dieu siège « sur un trône blanc, très grand » (Ap 20,11), et Jésus, vrai homme mais aussi vrai Dieu, est présenté avec des traits semblables à Dieu dans le Livre de Daniel : « sa tête avec ses cheveux blancs est comme de la laine blanche, comme de la neige » (Ap 1,14 ; Dn 7,9). Et plus tard, St Jean écrira : « Et voici qu’apparut à mes yeux une nuée blanche et sur la nuée était assis comme un Fils d’homme », le Christ… Et « les armées du ciel », ces créatures célestes qui participent à cette nature divine selon leur condition de créature, « suivent le Verbe de Dieu sur des chevaux blancs, vêtues de lin d’une blancheur parfaite » (Ap 19,14), le Verbe Lui-même apparaissant sur « un cheval blanc » en Ap 6,2 et 19,11. Et au jour de la Résurrection, les deux Anges assis dans le tombeau se manifestent à Marie Madeleine « en vêtements blancs » (Jn 20,12)… Or Dieu nous a créés pour participer à sa Vie, à son Etre, à sa nature divine : « La divine puissance de notre Seigneur nous a donné tout ce qui concerne la vie et la piété : elle nous a fait connaître Celui qui nous a appelés par sa propre gloire et vertu. Par elles, les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise » (2P 1,3-4). Cette participation à la nature divine sera évoquée dans le Livre de l’Apocalypse par l’image des vêtements blancs. C’est ainsi que Dieu va donner à l’Eglise, l’Epouse du Christ, d’en être revêtue : « Soyons dans l’allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l’Agneau, et son épouse s’est faite belle : on lui a donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante » (Ap 19,7-8).
jesus robe blancheCe vêtement, Dieu le donne gratuitement, par amour, dès lors qu’on se repent pour accueillir le pardon de toutes ses fautes et repartir avec Lui sur le bon chemin. C’est ce qui est arrivé au fils prodigue de la parabole. Après avoir dépensé l’héritage de son Père dans une vie de désordre, il connut sa misère et prit conscience de son état. Alors, rentrant en lui-même, il se dit : « Je veux partir, aller vers mon Père et lui dire : “Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi”… Il partit donc et s’en alla vers son père. «Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. Le fils alors lui dit : “Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils.” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez” » (Lc 15,11‑24). « La plus belle robe de la maison », la robe de Dieu lui-même, le vêtement blanc, est donc donné gratuitement par notre « Père des Miséricordes » (2Co 1,3) dès lors qu’on se repent. Tel est le cadeau qui vient immédiatement avec le Pardon des péchés, fruit de l’œuvre rédemptrice accomplie par la mort et la résurrection du Christ. « En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce » (Ep 1,7). C’est ainsi qu’en contemplant la foule de « ces gens vêtus de robes blanches », il sera révélé à St Jean que « ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve », l’épreuve de cette vie avec son cortège de souffrances physiques et morales : « ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 7,13-17). Et les martyrs qui « furent égorgés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu », « on leur donna eux aussi à chacun une robe blanche » (Ap 6,9-11)… Ainsi, le Salut est donné gratuitement par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau (Ap 7,10). Alors, celui qui accepte de se repentir, « qu’il suive mon conseil : qu’il achète chez moi de l’or purifié au feu pour s’enrichir ; des habits blancs pour s’en revêtir et cacher la honte de sa nudité; un collyre enfin pour s’en oindre les yeux et recouvrer la vue » (Ap 3,18). Et c’est « aujourd’hui que s’accomplit à nos oreilles ce passage de l’Écriture » (Lc 4,15), par la foi et dans la foi…

 

 prodigue            Ainsi « le vainqueur », celui qui aura accepté que le Christ remporte la Victoire dans sa vie sur son péché, sa misère, ses multiples infidélités (Ps 51(50),1-6), ce « vainqueur » sera revêtu de blanc grâce à la Tendresse et à la Miséricorde de Dieu… Et il connaîtra le Bonheur de la Vie éternelle : « je ne l’effacerai pas du Livre de Vie », dit le Christ, même s’il le mériterait largement par suite de ses fautes. Mais Dieu veut notre Vie plus que nous-mêmes (cf. 1Tm 2,3-6 ; Jn 3,14-17 ; 17,24)… Et si quelqu’un vient à pécher, c’est le Christ en personne qui prend sa défense et intercède pour lui : « Si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus Christ, le Juste » (1Jn 2,1). Alors, « si c’est Dieu qui justifie » le pécheur gratuitement, par amour, « qui donc condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ? » (Rm 8,34). Jamais de la vie ! Alors, quiconque accepte de s’en remettre totalement à Lui, tel qu’Il est, avec toutes ses lacunes, ses manques et ses défaillances, « j’en répondrai devant mon Père et devant ses Anges », dit Jésus. « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux » (Mt 10,32)… Rappelons nous cette phrase de Ste Faustine : « Même si ses péchés étaient noirs comme la nuit, en s’adressant à ma Miséricorde, le pécheur me glorifie et fait honneur à ma Passion. A l’heure de sa mort, moi-même je le défendrai comme ma gloire. Lorsqu’une âme exalte ma bonté, Satan tremble devant elle et la fuit jusqu’au fond de l’enfer… Et on ne puise ma Miséricorde qu’avec la coupe de la confiance. Plus on a confiance et plus on obtient. J’aime que l’on me demande beaucoup car je désire donner beaucoup et de plus en plus… Je suis Saint et le moindre péché me fait horreur. Mais lorsque les pécheurs se repentent, ma Miséricorde est sans limites »… Et Ste Thérèse de Lisieux écrivait de son côté : « On pourrait croire que c’est parce que je n’ai pas péché que j’ai une confiance si grande dans le bon Dieu. Dites bien, ma Mère, que si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent ».
                                                                                                                        D. Jacques Fournier
[1] « Dieu est Esprit », nous dit St Jean (4,24). Nous pouvons donc dire que le Père est Esprit, le Fils est Esprit, et « l’Esprit Saint » troisième Personne de la Trinité est Esprit. Et nous pourrions redire la même chose en changeant le mot Esprit par celui de Lumière, car « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), ou par celui d’Amour, car « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16). La nature divine est donc tout en même temps « Esprit », « Lumière », « Amour »… Et les Trois Personnes divines possèdent pleinement cette même nature divine qui est ainsi à la racine de leur mystère de communion : l’Esprit qui « remplit » le Père est le même Esprit qui « remplit » le Fils, le Père et le Fils étant bien sûr deux Personnes différentes. Et c’est cet Esprit que Dieu veut communiquer à tous les hommes. Ils seront ainsi, bien que tous différents, « remplis » du même Esprit qui les établira en communion de Vie avec Dieu et les uns avec les autres (1Jn 1,1-4)…
[2] PREVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse » p. 51.
[3] La Bible de Jérusalem écrit ainsi pour Jn 10,14 : « Dans la Bible, la “ connaissance ” procède, non d’une démarche purement intellectuelle, mais d’une “ expérience ”, d’une présence (comparer (Jn 10,14-15 et Jn 14,20 ; 17, 21-22 ;   voir aussi Jn 14,17 ; 17,3 ; 2 Jn 1-2) ; elle s’épanouit nécessairement en amour »…
[4] Voir la Fiche n° 2 (Ap 1,9-20) p. 11 et la Fiche n°3 (Ap 2,1-17) p. 12. Nous reprenons ici quelques textes déjà cités dans cette dernière, notamment cet Evangile en miniature qu’est Ap 7,13-17…

 

AP – SI – Fiche 10 – Ap 3,1-6 cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Thyatire (Ap 2,18-29)

     THIATIREÀ l’Ange de l’Église de Thyatire, écris : Ainsi parle le Fils de Dieu, dont les yeux sont comme une flamme ardente et les pieds pareils à de l’airain précieux. (19) Je connais ta conduite : ton amour, ta foi, ton dévouement, ta constance ; tes œuvres vont sans cesse en se multipliant. (20) Mais j’ai contre toi que tu tolères Jézabel, cette femme qui se dit prophétesse; elle égare mes serviteurs, les incitant à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles. (21) Je lui ai laissé le temps de se repentir, mais elle refuse de se repentir de ses prostitutions. (22) Voici, je vais la jeter sur un lit de douleurs, et ses compagnons de prostitution dans une épreuve terrible, s’ils ne se repentent de leur conduite. (23) Et ses enfants, je vais les frapper de mort : ainsi, toutes les Églises sauront que c’est moi qui sonde les reins et les cœurs; et je vous paierai chacun selon vos œuvres. (24) Quant à vous autres, à Thyatire, qui ne partagez pas cette doctrine, vous qui n’avez pas connu  les profondeurs de Satan, comme ils disent, je vous déclare que je ne vous impose pas d’autre fardeau ; (25) du moins, ce que vous avez, tenez-le ferme jusqu’à mon retour. (26) Le vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai pouvoir sur les nations : (27) c’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile ! (28) Ainsi moi-même j’ai reçu ce pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l’Étoile du matin. (29) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.

 

            En ces 2° et 3° chapitres du Livre de l’Apocalypse, sept messages sont adressés à sept Eglises différentes et certains ont remarqué que le quatrième, celui destiné à l’Eglise de Thyatire, a une place centrale : 3 messages – Thyatire – 3 messages. Et de fait, comme nous le verrons, un certain nombre d’éléments caractéristiques de notre foi n’interviennent qu’ici : « Il y a dans cette description des œuvres de l’Eglise de Thyatire un condensé remarquable de l’expérience chrétienne, qui confirme le rôle d’Eglise exemplaire que Jean entend lui donner »[1].
            Rappelons-nous que « l’Ange de l’Eglise » peut désigner ou l’Evêque du lieu chargé de lire ce message à toute sa communauté (il serait bien alors un « messager », « angélos » en grec, qui a donné le mot « ange » en français, transmettant un « message de Dieu » à ses fidèles), ou la communauté elle-même… Les deux sens se rejoignent…
            Celui qui parle est toujours ce « Fils d’Homme » apparu à Jean « le Jour du Seigneur », « ce Premier et ce Dernier », ce « Vivant » qui parle comme Dieu et se présente comme Dieu (Ap 1,9-20), car il est cette Personne Divine qui existe depuis toujours et pour toujours, et qui, à un instant du temps, a assumé notre nature humaine… Et « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14)… Et nous, les hommes, nous l’avons appelé du nom de « Jésus », ce nom que l’Ange Gabriel a donné à Marie (Lc 1,31) et qui signifie « le Seigneur sauve », « car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1,21) en venant lui offrir, au Nom de son Père, le Pardon de toutes ses fautes (Lc 1,76-79 ; 5,20 ; 24,46-48 ; Jn 1,29). Mais seul un repentir sincère peut l’accueillir, d’où les multiples appels de Jésus : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4,17 ; Mc 1,14-15)…

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            Premier élément qui n’intervient que pour l’Eglise de Thyatire : le titre de « Fils de Dieu », et il n’apparaît qu’ici dans tout le Livre de l’Apocalypse ! Et pourtant, le Nouveau Testament dans son ensemble lui donne une place de choix… St Marc ouvre ainsi son Evangile par : « Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu » (Mc 1,1). Et, vers la fin, le centurion romain déclare, au pied de la Croix, juste après la mort de Jésus : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15,39 ; cf Lc 1,35 ; 4,3.9.41 ; 22,70 ; Jn 1,49 ; 5,25 ; 10,36 ; 11,4.27 ; 19,7 ; 20,31 ; Ac 9,20 ; Rm 1,1-5 ; 2Co 1,19 ; Ga 2,20 ; 1Jn 3,8 ; 4,15 ; 5,5.10.13.20). Et Jésus est bien « Fils de Dieu » en tant qu’il est « né du Père avant tous les siècles », « engendré, non pas créé, de même nature que le Père » (Notre Crédo). En effet, depuis toujours et pour toujours, le Père se donne tout entier à lui et l’engendre ainsi à son Etre et à sa Vie… « Comme le Père a la Vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la Vie en lui-même » (Jn 5,26). Ainsi, nous dit Jésus, « tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15), de telle sorte que si le Père peut dire de Lui-même « JE SUIS », comme il l’a dit un jour dans le Buisson Ardent à Moïse (Ex 3,14), Jésus peut aussi dire de Lui-même « JE SUIS » : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, JE SUIS » (Jn 8,58), car de toute éternité, le Père lui donne d’Etre ce qu’Il Est… st jeanEt Dieu notre Père nous a créés par son Fils (Jn 1,3) et par la Puissance de l’Esprit Saint pour que nous puissions participer grâce à notre foi au Fils à ce que le Fils Est depuis toujours… « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est » (1Jn 3,2). Or, il est « Lumière du monde » et ce n’est que par « sa Lumière que nous verrons la Lumière » (Psaume 36(35),10). Or cette Lumière est Vie (Jn 1,4 ; 8,12) et « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Ainsi, le don de l’Esprit Saint que le Fils est venu nous offrir au Nom de son Père (Jn 20,22 ; 1Th 4,8 ; Ac 2,38) nous donne de participer dès maintenant, dans la foi, à ce que Dieu Est, lui qui Est Esprit (Jn 4,24) et qui Est Saint (Ps 99(98),3.5 ; Is 6,3). Et par cette participation au Mystère de son Etre et de sa Vie, nous devenons, petit à petit, de miséricorde en miséricorde, fils comme le Fils par notre foi au Fils… Le Père nous a en effet tous créés pour que « reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29)…
            Comme pour les Eglises précédentes, le « Fils de Dieu » « connaît la conduite » des chrétiens de Thiatyre (Ap 2,2.9.13). Mais si jusqu’à présent il connaissait « leurs labeurs », « leurs épreuves », « leur pauvreté », « là où ils demeurent », cette connaissance apparaît ici comme étant capable d’atteindre le plus secret et le plus profond des cœurs : « Je connais ton amour, ta foi » car « c’est moi qui sonde les reins et les cœurs », dit-il peu après (Ap 2,19.23). Or la Bible sait très bien que « le cœur de l’homme est impénétrable » pour l’homme (Jdt 8,14). Dieu seul peut percer « ses secrets » (Ps 44(43),22) : « Moi, Yahvé, je scrute le cœur, je sonde les reins » (Jr 17,10 ; 11,20 ; 20,12). Et c’est bien parce que « Dieu sait » que le Psalmiste se confie en lui dans l’espoir que la justice et la vérité finiront bien un jour par triompher : « Mets fin à la malice des impies, affermis le juste, toi qui sondes les cœurs et les reins, ô Dieu le juste ! Mon bouclier est auprès de Dieu, le sauveur des cœurs droits » (Ps 7,10-11). Alors, « toi, écoute au ciel, où tu résides, pardonne et agis ; rends à chaque homme selon sa conduite, puisque tu connais son cœur (et tu es le seul à connaître le cœur de tous) » (1R 8,39)… Dieu, avec son Fils et par lui, rendra bien « à chaque homme selon sa conduite », mais certainement pas au sens où nous pouvons comprendre spontanément une telle affirmation. Ainsi, celui qui a fait le mal ne recevra pas le châtiment qu’il mériterait dans le cadre d’une justice tout humaine, mais s’il accepte de se repentir de tout cœur, « là où le péché a abondé, la grâce surabondera » (Rm 5,20). Dieu ne rajoute rien en effet aux conséquences déjà destructrices du mal commis, car celui qui agit mal en désobéissant à la vérité, à la justice, à la droiture, à la bonté et donc à Dieu, s’engage par lui-même sur un chemin de mort, de tristesse, de « souffrance et d’angoisse » (Rm 6,23 ; 2,9). Et Dieu, dans son Amour, ne cesse de désirer pour lui le meilleur : la Plénitude de sa Vie, de sa Lumière et de sa Joie dont le pécheur ne peut qu’être privé par suite de ses fautes… Alors cet Amour prendra pour lui le visage de la Miséricorde qui fait le premier pas vers le pécheur, le rejoint au cœur de sa misère et de ses ténèbres, et l’appelle au repentir. Alors, par le « pardon des péchés », celui qui faisait le mal pourra retrouver avec le Christ « le chemin de la Paix » (Lc 1,76-79), de la Vie (Jn 10,10), de la Lumière (Jn 12,46), de l’Amour (Rm 5,5 ; Ga 5,22) et donc de la vraie Joie (Jn 15,11) car « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux) et « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35)…
            Jésus, vrai homme mais aussi vrai Dieu, « connaît donc ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2,23-25), et ici « il connaît l’amour et la foi » des chrétiens de Thyatire. Autrement dit, leur cœur est bien ouvert à Dieu, et tel est l’essentiel : ils peuvent recevoir ce Don de l’Esprit qui jaillit sans cesse de ce Dieu Source d’Esprit, de Lumière (Ps 84(83),12) ou d’Eau Vive (Jr 2,13 ; 17,13 ; Jn 4,10-14 ; 7,37-39 ; 19,33‑34). Alors, l’Esprit reçu leur donnera de croire (1Co 12,3) et rendra chaque jour leur foi plus parfaite (Col 1,9-12). Il leur donnera aussi d’aimer (Rm 5,5 ; Ga 5,22) et de grandir chaque jour dans l’amour… Les chrétiens de Thyatire gardent donc bien les commandements de Jésus, car ils demeurent en son amour (Jn 15,10), unis à Lui dans la Communion d’un même Esprit. Et vis-à-vis d’eux, Jésus peut dire : « Je Suis le bon pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10,14-15).
saint esprit
Or cette Vie reçue est celle du Christ Serviteur qui, petit à petit, transforme ceux et celles qui la reçoivent en serviteurs et en servantes. Autrement dit, une foi vivante qui accueille l’Esprit d’Amour ne pourra que s’exprimer très concrètement en une attitude d’accueil, de disponibilité et de service (Jc 2,17-18.26), à l’exemple du Christ Jésus lui‑même, lui qui « n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10,45). Et il le manifestera très concrètement juste avant sa Passion : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint » (Jn 13,1-5). Ainsi, nous dit Jésus, « si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où Je Suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26). Jésus est « dans le Père », uni au Père dans la communion d’un même Esprit, Esprit d’Amour et de Paix (Jn 14,10) ? Là aussi sera son serviteur… Jésus est par amour au pied des hommes, au service de leur vie et de leur bien-être profond, surtout au cœur des pires épreuves ? Là aussi sera son serviteur (2Co 4,5)…

Jésus serviteur

            Et telle est bien la dynamique des chrétiens de Thyatire : après avoir évoqué leur amour et leur foi, Jésus aborde leur « dévouement » (Bible de Jérusalem), littéralement leur « diakonia », leur « service » (TOB). Après l’amour[2], « la mention du service est une autre nouveauté par laquelle Thyatire se distingue des autres Eglises, puisque le mot ne sera employé nulle part ailleurs dans l’Apocalypse. Ce mot est pourtant riche de résonances apostoliques et il traduit une réalité de grande importance pour les premières communautés chrétiennes (Ac 1,17.25 ; 6,4 ; 12,25 ; Rm 11,13 ; 1Co 12,5) »[3]. La foi de ces chrétiens est donc bien vivante : elle accueille le don de l’Esprit d’Amour qui les met « au service » de leurs frères, de telle sorte que « leurs œuvres vont en se multipliant » (Ap 2,19)…
            Enfin, après la notion de « service », apparaît celle de « constance, endurance, persévérance, patience », un terme clé du Livre de l’Apocalypse que nous avons déjà rencontré dès Ap 1,9, et qui apparaît sept fois en tout dans l’ensemble du Livre, en signe de perfection. Cette « persévérance » est encore un des fruits de l’Esprit Saint accueilli par une foi vivante, un Esprit qui est participation à la Patience de Dieu (Rm 2,4 ; 1Tm 1,16 ; 2P 3,9) et « force » (2Tm 1,7) dans l’épreuve. Alors, grâce à Lui, « la pluie peut tomber, les torrents venir, les vents souffler et se déchaîner », ces disciples de Jésus tiendront bon car leur vie était construite sur le Roc par leur foi en lui (Mt 7,21-27), une foi qui leur permettra de se laisser remplir par cet Esprit donné en surabondance (Ac 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3.5 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9.52). Et les croyants de l’époque avaient bien besoin de sa Présence et de son soutien pour faire face à cette persécution déclenchée par les Romains…
            Mais qui peut se prétendre parfais ici-bas ? Qui peut dire qu’il n’a aucun progrès à faire ? Personne, pas même ces chrétiens de Thyatire… Et le Christ va leur indiquer quelques points à corriger. En effet, certains parmi eux devaient tout à la fois participer au culte chrétien et continuer de fréquenter les temples dédiés aux idoles ou au culte de l’empereur romain. Pour le dénoncer, le Christ va recourir à la figure de Jézabel, cette fille du Roi des Sidoniens que le Roi d’Israël Achab (874-853 av JC) avait épousée. Et il s’était laissé entraîner par elle à se prosterner devant ses idoles, Baal et Ashéra , allant même jusqu’à leur construire un Temple à Samarie, la capitale du Royaume du Nord (1R 16,31-33)… Et la reine Jézabel, de son côté, « massacrera les prophètes du Seigneur » (1R 18,4) et cherchera à tuer Elie (1R 19,2). Ainsi, tout comme Jézabel avait « séduit » et « dévoyé » son mari (1R 21,25) en le poussant à se tourner vers les idoles, une femme qui se disait prophétesse incitait les chrétiens de Thyatire « à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles », une pratique qui sous-entendait à l’époque la reconnaissance et le culte de ces idoles. L’allusion à la prostitution ne sert ici qu’à dénoncer l’infidélité au Seigneur dès lors qu’on l’abandonne pour se tourner vers d’autres dieux (cf. Ps 106(105),35-39 ; Jr 2,20 ; 3,1-13 ; Ez 16,15-19 ; Os 2,4-10). Aussi, Dieu va-t-il réagir une fois de plus au mal par un appel au repentir car telle est bien l’œuvre continuelle de cette Lumière qui jaillit sans cesse de ce Dieu Lumière (1Jn 1,5). Pour celui qui est tourné vers elle, elle se fera nourriture et vie permettant à la bonne plante de grandir et de se développer. Et pour celui qui lui tourne le dos ou lui ferme son cœur, elle ne cessera de toute façon de le rejoindre, mais sa Présence se fera alors appel continuel au repentir, pour que ce pécheur se détourne enfin de ses ténèbres qui ne pourront jamais rien lui offrir, pour se tourner vers cette Lumière qui veut se donner à Lui, pour son bien. Et il découvrira avec elle, une Source de Vie, de Plénitude et de Paix… Dieu est ainsi jaillissement continuel de grâce… Elle comblera les cœurs qui se tournent vers Lui, et elle ne cessera au même moment d’inviter les pécheurs à se détourner du mal pour trouver avec elle la vraie Paix et la vraie Joie. Telle est l’action de Dieu au cœur de ce monde, depuis qu’il existe, car « toute la terre, Seigneur, est remplie de ton Amour » et de « ta Gloire » (Ps 97(96),6 ; Jn 1,9)…
source_de_vieC’est donc la grâce de Dieu toujours présente, toujours offerte, qui nous apprend à renoncer au mal pour nous tourner de tout cœur vers la Bonne Direction : Dieu Lui-même, Source de Vie… Dieu donne ainsi à tous « la repentance qui conduit à la Vie » (Ac 11,18 ; 5,31). Et c’est toujours cette « Grâce de Dieu source de salut pour tous les hommes, qui s’est manifestée » en Jésus Christ, « nous enseignant à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, pour vivre en ce siècle présent dans la réserve, la justice et la piété » (Tt 2,11-12).
            Le verbe « se repentir » intervient ici trois fois, et « trois » est très souvent dans la Bible le chiffre de Dieu en tant qu’il agit… Et telle est bien son action continuelle envers tous les hommes blessés par le péché : jour après jour, qu’ils se repentent avec l’aide de sa grâce qui ne cesse de les appeler par sa simple Présence à se tourner vers Lui pour trouver avec Lui le Repos, la Paix et la Plénitude de la Vie. Mais s’ils refusent, le mal qu’ils commettent finira par les ronger et les détruire : « Lavez-vous, purifiez‑vous ! Otez de ma vue vos actions perverses ! Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien ! Recherchez le droit, redressez le violent ! Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve ! Allons ! Discutons ! dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront ; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront. Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir. Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée qui vous mangera ! » (Is 1,16‑20). Et tu verras alors à quel point c’est « ta méchanceté qui te châtie et tes infidélités qui te punissent ! Comprends et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner le Seigneur ton Dieu » (Jr 2,19).
            « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu – et non pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ? » Non, « je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit, oracle du Seigneur Dieu. Convertissez-vous et vivez ! Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la Vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir, maison d’Israël » (Ez 18,23.32 ; 33,11 ; Dt 30,15-20) ?
            Nous voyons donc bien que Jean emploie en Ap 2,22-23 le langage imparfait de l’Ancien Testament qui attribue très souvent à Dieu les conséquences du péché. Mais non… Dieu n’agit pas ainsi… Mais si ces pécheurs de Thyatire ne répondent pas à son appel au repentir, ils ne pourront, tôt ou tard, que se tordre sur « un lit de douleurs » et se découvrir « frappés de mort » par suite du mal qu’ils commettent… Car se détourner de Dieu Source de Vie, c’est s’engager sur un chemin de privation de cette Vie, et donc sur un chemin de mort… Et c’est cela que Dieu veut éviter à tout prix… D’où ses multiples appels au repentir…

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            Enfin, Jean « fustige au passage la doctrine des prétendues « profondeurs de Satan », allusion à peine voilée » à ces courants hérétiques du 1° siècle qui affirmaient que « le salut pouvait s’obtenir par la seule connaissance de révélations secrètes, sans aucune exigence de conversion réelle »[4]
            Après avoir souligné les dangers qui menacent l’Eglise de Thyatire, le Christ va revenir indirectement sur les éloges du début, lorsqu’il évoquait leur « amour », leur « foi », leur « dévouement », leur « constance », autant de bons fruits de l’Esprit Saint que l’on ne peut cueillir que sur des bons arbres (Mt 7,15-20). Alors, cette relation vraie et vivante qu’ils ont avec leur Seigneur, qu’ils la gardent ! « Ce que vous avez », et « nul ne peut rien recevoir si cela ne lui a été donné du ciel » (Jn 3,27), « tenez-le ferme jusqu’à mon retour », ce dernier Jour du monde où vous verrez « le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec Puissance et grande Gloire » (Mt 24,30 ; 1Tm 6,13‑16 ; 2Tm 4,8 ; Tt 2,13).
            Et le message à Thyatire se termine comme les précédents par un appel lancé « au vainqueur », c’est-à-dire à celui qui, par sa fidélité au Christ, aura, jour après jour, laissé le Christ remporter la Victoire dans sa vie sur toute forme de ténèbre et de mort… La citation qui suit est d’ailleurs riche d’enseignements : « je lui donnerai pouvoir sur les nations ; c’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile ! » (Ps 2,8-9). Or ce Psaume était habituellement chanté dans le Temple de Jérusalem lors des cérémonies d’intronisation royale. Le nouveau roi, en recevant l’onction des mains d’un prophète[5] ou plus tard d’un prêtre, devenait « l’Oint » du Seigneur, « le Messie » (du verbe hébreu « Massah, oindre »), le Christ (du verbe grec « Khriô, oindre »). Par la grâce de cette onction, bien que toujours homme comme tous les hommes, il était établi dans une relation toute particulière avec son Seigneur qui l’appelait à le servir en tant que roi d’Israël : « Tu es mon fils, moi aujourd’hui, je t’ai engendré ». Cette Parole, Jésus l’entendra au jour de son baptême par Jean-Baptiste, et c’est en cet instant qu’il sera manifesté à tous comme le Messie promis, ce Roi Fils de David tant attendu par Israël (Lc 3,21-22). Et son règne sera bien appelé à s’étendre au‑delà des seules frontières de la Palestine : « Je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre »…
            lumièreMais ici, surprise, le Psaume n’est pas appliqué au Christ mais à tous ceux qui croient en Lui. Et nous retrouvons ainsi indirectement que le Fils est venu transformer les hommes a son image en leur donnant d’avoir part à cette « insondable richesse »  de grâce qui remplit son cœur (Ep 3,8 ; Jean 1,14 et 1,17 ; Rm 8,9). Il est Roi pour avoir reçu sa Royauté de son Père (1Co 15,28) ? Ils seront rois en recevant leur royauté du Fils, leur grand frère… « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves », disait Jésus à ses disciples juste avant sa Passion ; « et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 22,28-30). Jésus est « Prince des rois de la terre » (Ap 1,5), il a « pouvoir sur les nations », car il a « reçu ce pouvoir de son Père » (Ap 2,26-28) ? Dès maintenant, par leur foi, ses disciples recevront eux‑aussi ce « pouvoir sur les nations », et notamment, dans le contexte du Livre de l’Apocalypse, sur ces Romains qui les persécutent. Ces paroles devaient être pour eux pleines d’espérance, car elles étaient promesse d’une victoire finale, tôt ou tard : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! » (Ap 12,10).
Jésus est Lumière du monde ? Ils deviendront eux aussi lumière du monde en accueillant par leur foi sa Lumière et sa Vie : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne  peut se cacher, qui est sise au sommet d’un mont. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5,14-16).
Jésus est « l’Astre d’en Haut venu nous visiter dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,78), « l’Etoile resplendissante du matin » (Ap 22,16) ? En recevant de Lui « l’Etoîle du matin » (Ap 2,28), ses disciples deviendront eux aussi, quelque part, comme leur Maître, à son Image et Ressemblance…
Jésus est glorieux en tant qu’il reçoit du Père sa Gloire ? Ils seront glorieux en tant qu’ils recevront du Fils leur Gloire : « Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17,22). Ainsi, en se recevant du Fils comme Lui-même se reçoit du Père, tous les disciples de Jésus sont invités à devenir par grâce ce qu’Il Est, Lui, par nature …

Thérèse Lisieux Evangile « L’Evangile m’apprend…

                   … et mon coeur me révèle »…

                                        Ste Thérèse de Lisieux

 

Mais bien sûr, pour que tout ceci s’accomplisse, les disciples sont invités à la fidélité vis-à-vis de leur Seigneur : « celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai »… Heureusement, cette fidélité sera avant tout le fruit de la fidélité du Seigneur ; en effet, « si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui‑même » (2Tm 2,13). Le Soleil ne peut que briller, la Source ne peut que couler, l’Amour ne peut que se donner et se donner encore, que nous soyons fidèles ou pas… Si nous nous détournons de Lui, comme nous l’avons vu précédemment, Lui continuera à se donner, sa grâce sera toujours là, offerte, prête à être reçue dès que l’on se tournera vers Lui. Et c’est encore elle qui nous invitera à le faire en nous donnant la force de nous dégager, petit à petit, des filets du mal… De miséricorde en miséricorde, notre fidélité à Dieu apparaît alors comme un don de Dieu, un nouveau fruit de l’Esprit Saint, comme l’annonçait déjà au 8° siècle av JC le prophète Osée (Os 2,18-22) : « Il adviendra en ce jour-là – oracle du Seigneur – que tu m’appelleras «Mon mari», et tu ne m’appelleras plus «Mon Baal». J’écarterai de sa bouche les noms des Baals, et ils ne seront plus mentionnés par leur nom. Je conclurai pour eux une alliance, en ce jour-là, avec les bêtes des champs, avec les oiseaux du ciel et les reptiles du sol; l’arc, l’épée, la guerre, je les briserai et les bannirai du pays, et eux, je les ferai reposer en sécurité. Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde ; je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras le Seigneur ».
            Dieu apparaît ainsi comme le premier artisan de la conversion de son Peuple, arrachant de son cœur et de sa bouche les « Baals », les idoles… Et la Bible de Jérusalem précise en note que l’expression « je te fiancerai dans »… est une expression technique de l’époque, tout ce qui suit la préposition « dans » étant la dot que le fiancé offrait à sa fiancée. Les cadeaux de Dieu à son épouse infidèle (Os 2,4-7) sont donc « la justice » qui lui donnera d’être juste (cf. Rm 3,21-30 ; 4,24-25 ; 5,1-2 ; 5,15-21 ; 8,33-34 ; 10,4 ; Ga 2,15-16 ; 3,24), « la tendresse et la miséricorde » qui, petit à petit, l’invitera à aimer comme Dieu aime (cf. Rm 5,5 qui permet l’accomplissement de Jn 15,12), et « la fidélité »… Ainsi, c’est Dieu qui, par le don de sa grâce, nous permet de grandir dans la fidélité à sa grâce…
Sincérité avec Dieu
            Le vainqueur sera ainsi « celui qui garde jusqu’à la fin les œuvres du Christ dans sa vie », l’œuvre du Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve (Lc 15,4), l’œuvre du Médecin qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 5,31-32 ; 19,10), l’œuvre de l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29) en nous offrant inlassablement le pardon de toutes nos fautes, l’œuvre du Christ « Lumière du monde » qui est venu pour que sa Lumière brille dans nos ténèbres (Jn 8,12 ; 12,46), l’œuvre du Christ « Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu » (1Co 1,24) qui désire voir sa Force régner au cœur de notre faiblesse (2Co 12,7-10) et son « Esprit de sagesse illuminer les yeux de notre cœur » (Ep 1,15-17), l’œuvre de Jésus Pain de Vie qui, par sa Parole et par ses Sacrements, vient jour après jour nous donner d’avoir part à sa Vie… Nous voyons bien que c’est parce que le Christ est ce qu’Il Est que l’aventure chrétienne est possible
                                                                                                                           D. Jacques Fournier
[1] PREVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse », (Bayard Editions/Centurion ; collection Commentaires ; Paris 1995) p. 48.
[2] PREVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse » p. 48 : Ce mot amour, « (agapé en grec) avait déjà été employé à propos de l’Eglise d’Ephèse, mais pour évoquer une réalité périmée (Ap 2,4). Thyatire est donc la seule Eglise à se recommander par ce qui est proprement constitutif de la vie chrétienne (Jn 15,12 ; 1Co 13 ; 1Jn 4,7) ».
[3] Id p. 48.
[4] PREVOST Jean-Pierre, « L’Apocalypse » p. 49.
[5] Le roi David, par exemple, fut oint par le prophète Samuel (1 Samuel 16,1-13) : Samuel prit une corne remplie d’huile et la versa sur la tête du jeune David. Dès lors, « l’Esprit du Seigneur fondit sur David ». L’huile en elle-même n’a aucune importance : elle est le signe visible de l’Esprit invisible de Dieu qui vient pénétrer le cœur du jeune David comme l’huile pénètre dans la peau. Par le don de cet Esprit, Dieu communiquait au roi toutes les grâces nécessaires pour le bon accomplissement de sa mission. En effet, le roi n’était que l’instrument par lequel Dieu régnait sur son Peuple.

 

AP – SI – Fiche 9 – Ap 2,18-29 cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.




Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Pergame (Ap 2,12-17)

            À l’Ange de l’Église de Pergame, écris : Ainsi parle celui qui possède l’épée acérée à double tranchant. (13) Je sais où tu demeures : là est le trône de Satan. Mais tu tiens ferme à mon nom et tu n’as pas renié ma foi, même aux jours d’Antipas, mon témoin fidèle, qui fut mis à mort chez vous, là où demeure Satan. (14) Mais j’ai contre toi quelque grief : tu en as là qui tiennent la doctrine de Balaam; il incitait Balaq à tendre un piège aux fils d’Israël pour qu’ils mangent des viandes immolées aux idoles et se prostituent. (15) Ainsi, chez toi aussi, il en est qui tiennent la doctrine des Nicolaïtes. (16) Allons! repens-toi, sinon je vais bientôt venir à toi pour combattre ces gens avec l’épée de ma bouche. (17) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises : au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit.

 

       EPHESIENSLe Christ Ressuscité se présente à nouveau avec un élément de la vision inaugurale où Jean l’avait vu avec « une épée acérée à double tranchant sortant de sa bouche » (1,16). Ici, il est « Celui qui possède l’épée acérée à double tranchant », c’est-à-dire la Parole de Dieu (Hb 4,12 ; Ep 6,17). Elle est à double tranchant car elle concerne aussi bien celui qui la reçoit que celui qui la donne : nous sommes tous profondément égaux devant elle, dans la mesure où il s’agit avant tout de la vivre… Mais heureusement, cette Parole est Révélation de la Miséricorde infinie de Dieu, de son éternelle bienveillance qui nous poursuit de ses bienfaits et ne cesse de désirer notre vie, notre plénitude, notre bonheur… Et nous avons confiance que de pardon en pardon, de chute en relèvement, avec le concours de notre bonne volonté si souvent défaillante, il saura remporter la victoire et nous introduire ainsi auprès de lui pour toujours…           
         Pergame est le lieu où « demeure » le trône de Satan car c’est là que le Proconsul romain exerçait l’autorité judiciaire pour toute la région, et lui seul avait le droit de condamner quelqu’un à mort[1], ce qui fut hélas le cas pour le chrétien « Antipas, mon témoin fidèle » (2,13). Quelle louange pour Antipas, car le Christ lui donne ce titre de « témoin fidèle » qui lui revient par excellence… Souvenons-nous, St Jean le présente ainsi au tout début du Livre de l’Apocalypse : « Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-Né d’entre les morts, le Prince des Rois de la terre » (1,5)… Nul doute qu’Antipas partage maintenant son titre de Roi et sa Couronne de Vie… Pergame est aussi appelée « trône de Satan », car il existait en cette ville quatre sanctuaires dédiés à des idoles païennes : Jupiter, Athéna, Dyonisos et Esculape. Enfin, en 29 avant JC, Pergame fut la première à recevoir de l’Empereur Octavien la permission d’édifier un Temple en faveur de la déesse Rome et du divin César… 
BonPasteur            Et malgré ce contexte défavorable, les chrétiens de Pergame « tiennent ferme au Nom » de Jésus Christ, l’unique Sauveur du monde (Jn 4,42 ; Ac 4,12). Mais certains suivent la mystérieuse doctrine des Nicolaïtes, clairement condamnée ici par le parallèle avec Balaam qui, « selon une tradition juive (Nb 31,16), suggéra à Balaq d’attirer les Israélites à l’idolâtrie avec l’aide des filles de Moab (Nb 25,1‑3) » (Note de la Bible de Jérusalem). Le Christ ne peut donc que les appeler au repentir… Et il commence dès maintenant à le faire par « l’épée de sa bouche », c’est-à-dire par cette Parole qu’il transmet à l’Ange de l’Eglise de Pergame… Et s’ils ne se convertissent pas, « il viendra bientôt à eux » d’une autre manière pour les appeler encore à la conversion par cette même « épée »… Telle est la patience du Christ qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve. Il se tient ainsi à la porte des cœurs, et il frappe, avec douceur mais aussi avec opiniâtreté, jusqu’à ce qu’enfin, la porte s’ouvre et qu’il puisse dire : « Aujourd’hui le salut est arrivé à cette maison ! » (Lc 19,9).
            Comme précédemment, nous avons encore : « au vainqueur, je donnerai »… Quelle insistance, car « il ne s’agit pas de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde ». En effet, « c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier » (Rm 9,16 ; Ep 2,4-10). 
  manne          « Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée ». La manne fut ce pain qui descendait du ciel et que Dieu donna chaque jour à son Peuple pendant quarante ans lors de sa traversée du désert, après qu’il les eut libérés de l’oppression du Pharaon d’Egypte (cf. Ex 16). Mais maintenant, c’est Jésus « le pain de Dieu, celui descend du ciel et donne la vie au monde ». Il est « Pain de Vie » par sa Parole, de telle sorte que « celui qui croit a la vie éternelle ». Et il est également « Pain de Vie » par sa chair offerte. En effet, « vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts ; ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et ne meure pas. Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde » (Jn 6,33.35.47-51). Ainsi, « la manne cachée » peut renvoyer tout aussi bien à la Parole du Christ, vrai Pain de Vie, qu’à son Corps et à son Sang consacrés pour devenir cette nourriture qui demeure elle aussi en vie éternelle. Telles sont d’ailleurs les « deux tables » de chacune de nos Eucharisties, la table de la Parole, avec les différentes lectures suivies de l’Evangile, puis celle du Pain Rompu…
L’image du caillou blanc renvoie aux athlètes grecs : « Le vainqueur des jeux recevait une petite plaque blanche portant son nom ».

caillou blanc

             « Au vainqueur, je lui donnerai aussi un caillou blanc »… Dans le contexte de l’époque, l’image ne pouvait qu’évoquer bien des situations (cf. Pierre Prigent, « L’Apocalypse de St Jean », chez Delachaux-Niestlé, p. 53) :
  • Dans le domaine sportif, le vainqueur des jeux recevait une petite plaque blanche portant son nom… Nous sommes bien dans un contexte de « victoire », mais cette fois non pas sur la seule base des forces humaines, mais sur celle de la grâce de Dieu… « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait. Ainsi tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire » (Ps 51(50)), victoire de l’Amour et de la Miséricorde sur toutes nos misères… « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône » (Ap 3,21). « Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu » (Ap 12,10). « Grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ ! » (1Co 15,57) car « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). Telle est donc « la victoire qui a triomphé du monde : notre foi » en l’Amour. Oui, « nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est Amour » (1Jn 4,16). 
  • Dans le domaine public, les grandes décisions portant sur la vie de la cité étaient prises en votant. Deux cailloux étaient donnés à chacun : un blanc pour le oui, un noir pour le non… De son côté, Dieu a déjà voté « blanc » pour tout homme, son enfant créé à son image et ressemblance (Gn 1,26-28), pour qu’il trouve grâce à lui, en se laissant aimer, en se laissant prendre par amour, la Plénitude de la vie et du bonheur dans « le jardin d’Eden » : « Le Seigneur Dieu planta un jardin en Eden, et il y mit l’homme qu’il avait modelé » (Gn 2,8). Juste avant sa Passion, sa mort et sa Résurrection, Jésus disait à ses disciples : « Dans la Maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures, sinon, je vous l’aurais dit. Je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où je suis, vous aussi vous soyez » (Jn 14,1-3). Oui, Dieu a déjà voté « blanc » pour tout homme, son enfant, « Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés, le Christ Jésus s’étant livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). « Reconnais seulement ta faute » et abandonne-toi entre les mains de l’Amour, car « Je Suis miséricordieux, dit le Seigneur » (Jr 3,12-13). 
  • Dans le domaine de la justice, l’acquittement au tribunal était également voté par une pierre blanche. 
  • Enfin, Pierre Prigent signale « la pierre d’invitation aux banquets officiels »… « Heureux les invités au festin du Royaume », et encore une fois, tout homme est invité… A nous maintenant de répondre de tout cœur, en essayant, avec la grâce de Dieu, de « produire un fruit digne du repentir » (Mt 3,8).
 
            Toutes ces situations ont donc du sens à la Lumière de l’Amour qui veut que tout homme créé par Amour soit pour toujours avec lui dans l’Amour… Car « il nous a tous élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé. En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence : il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres » (Ep 1,4-10). 
 coeur blanc       « Le caillou blanc » par sa couleur, renvoie dans le Livre de l’Apocalypse, au Mystère de la Divinité que Dieu est venu nous partager avec et par son Fils. Tel est l’incroyable cadeau qu’il désire communiquer à tout homme : lui donner de participer à ce qu’Il Est, à « sa nature divine » (2P 1,3-4)… « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu » disait St Irénée. Jean le redira avec l’image du vêtement, qui, dans la Bible, dit quelque chose du mystère de la personne qui le porte. Ainsi, au ciel, nous serons tous « revêtus de blanc » car nous participerons tous à une même Vie, une même Lumière, un même Amour… Telle sera l’œuvre de Dieu et de son infinie Miséricorde offerte en surabondance grâce à l’offrande du Christ sur une Croix pour notre salut à tous… « Et voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue ; debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : « Le salut à notre Dieu, qui siège sur le trône, ainsi qu’à l’Agneau ! »… L’un des Vieillards prit alors la parole et me dit :
La multitude des sauvés, Apocalypse, miniature de Valenciennes
La multitude des sauvés, Apocalypse, miniature de Valenciennes
« Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont‑ils et d’où viennent-ils ? » Et moi de répondre : « Monseigneur, c’est toi qui le sais. » Il reprit : « Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ». Ainsi, « le vainqueur sera revêtu de blanc ; et son nom, je ne l’effacerai pas du livre de vie, mais j’en répondrai devant mon Père et devant ses Anges » (Ap 7,9-17 ; 3,5). St Paul dit la même chose, à sa façon, lorsqu’il écrit que, par notre baptême, nous avons « revêtu le Christ » : « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,27-28 ; Col 3,9-11). 
            Et ce « caillou blanc » porte « gravé un nom nouveau que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit »… L’image du nom nouveau gravé ou du « sceau » renvoie à nouveau au baptême où Dieu communique à celui qui accepte de le recevoir le don de l’Esprit Saint. Or, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et « Dieu est Saint » (Ps 99(98),3.5 ; Is 57,14-15). En donnant l’Esprit Saint, Dieu donne à l’homme de participer le plus pleinement possible à ce qu’Il Est… Voilà ce qui commence dès maintenant par ce baptême où nous recevons déjà « les arrhes » du Royaume en attendant la Plénitude promise : « Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit ». En effet, « après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (2Co 1,21-22 ; Ep 1,13‑14).

shining dove with rays on a dark

            Telle est la créature nouvelle qui sort des eaux du baptême, fruit de l’union de l’Esprit Saint à notre esprit. « Le jour où apparurent la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes, il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. Et cet Esprit, il l’a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l’héritage de la vie éternelle » (Tt 3,4‑7). Ainsi, par le Don de l’Esprit, « celui qui s’unit au Seigneur » par le « oui » de sa foi, celui qui se laisse unir au Seigneur, « n’est avec lui qu’un seul Esprit » (1Co 6,17). « Être uni au Christ dans la communion d’un même Esprit » : voilà ce que St Paul appelle « être dans le Christ ». Et celui qui « est dans le Christ » « est une créature nouvelle » : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ » (2Co 5,17-18). « Dès lors, qui rejette cela, ce n’est pas un homme qu’il rejette, c’est Dieu, lui qui vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). Aussi, « ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption. Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (2Co 1,21-22 ; Ep 1,13‑14 ; 4,30-32).  

L'Agneau mystique, groupe des vierges, Gand

Jan Van Eyck, l’Agneau mystique, groupe des vierges, Gand.
            Cette Présence de l’Esprit au plus profond des cœurs ne se laisse pas observer avec nos yeux de chair. Elle « n’est connue que de lui seul, dans le secret de son être renouvelé » (Pierre Prigent). Elle se reçoit dans l’invisible de la foi, mais elle est source de Paix, de Lumière et de Vie que « nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit ». « La vie est bien mystérieuse », écrivait Ste Thérèse de l’Enfant Jésus. « Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, et pourtant, Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l’œil de l’homme n’a pas vu. Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensée pour exprimer un « je ne sais quoi » que nous sentons dans notre âme ». Puissions-nous tous vivre dès ici-bas et le plus intensément possible ce « je ne sais quoi » de Lumière, de Vie, de Paix et de Joie que le Christ est heureux de déposer au plus profond de nous-mêmes… « Je vous ai dit cela pour que ma Joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11)…
                                                                                                           D. Jacques Fournier
[1] « Le droit du glaive » auquel le Christ oppose ici « le glaive de la Parole de Dieu » !

 

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