Retraite préparatoire à la fête de la Sainte Trinité (1) : “Le Père et le Fils, en face à face, unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit.”

« Si Dieu était votre Père », dit Jésus à ses adversaires, « vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne viens pas de moi-même ; mais lui m’a envoyé » (Jn 8,42), « et celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît » (Jn 8,29). « Celui qui ma envoyé », le Père, « est avec moi », dit Jésus, et cela « toujours », car Jésus « fait toujours ce qui lui plaît ». Accueillir le Fils, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), celui que les hommes pouvaient voir avec leurs yeux de chair, « c’est donc au même moment accueillir le Père », « toujours » avec le Fils, mais invisible à nos yeux de chair, car « Dieu est Esprit », dit Jésus à la Samaritaine (Jn 4,24).

Nicodème avait reconnu que Jésus n’était pas seul : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui » (Jn 3,2). C’était Dieu le Père, en effet, qui, avec lui et par lui, accomplissait des miracles, signes et prodiges pour aider les foules à croire en son Fils : « Jésus le Nazôréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous », dit St Pierre à la foule (Ac 2,22). Et Jésus lui-même disait : « Les œuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin, ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m’a envoyé » (Jn 5,35). En effet, « le Père demeurant en moi fait ses œuvres » (Jn 14,10), car « le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait » (Jn 5,19‑20).

Le Fils est donc tout d’abord entièrement « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18). Dans la foi, en « Verbe fait chair », vrai Dieu (Jn 1,1 ; 20,28) mais aussi vrai homme, « Fils de l’homme » (Mc 9,31), il le regarde, il le voit, il l’écoute. En serviteur du Père, il fait ce qu’il voit faire au Père, il dit ce qu’il a vu auprès du Père, et aussi ce que le Père lui dit : « Je dis ce que j’ai vu chez mon Père » (Jn 8,38), « je dis ce que le Père m’a enseigné » (Jn 8,28).

Le compagnonnage de Jésus avec son Père est donc au cœur de son Mystère. Jésus est tout entier tourné vers le Père, il ne cesse de le regarder, de l’écouter, il est tout entier à son service, ne cherchant qu’une seule chose : accomplir sa volonté, dans une obéissance parfaite… « Et Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6)…

Mais ce Mystère d’un « être avec… », « d’un être auprès de… », « d’un être tourné vers » un Autre que Lui-même, Jésus en parle aussi avec d’autres expressions qui peuvent sembler incompatibles avec les premières. En effet, Jésus le Fils, « l’Unique Engendré » (Jn 1,18), est le seul à être « qui » il est. Le Fils n’est pas le Père, et le Père n’est pas le Fils. A ce titre, le Père et le Fils, en tant que Personnes divines uniques, sont toujours en face à face. De ce point de vue, le Père n’est pas dans le Fils, et le Fils n’est pas dans le Père : le Père, lui qui est le seul à être le Père, est face à face avec un autre que Lui-même, le Fils, qui, de son côté, est lui aussi le seul à être le Fils. Et pourtant, Jésus nous dit : « Le Père », ce Père que je ne suis pas, ce Père qui est un autre que moi-même, « est en moi et moi, je suis dans le Père ». C’est ce qu’il affirme par deux fois à Philippe après lui avoir déclaré : « Nul ne vient au Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » Jésus lui dit : Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père ! ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes » (Jn 14,6-11).

Le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père ; à ce titre, ils sont toujours en face à face… Et pourtant, « le Père est dans le Fils, et le Fils est dans le Père », nous dit Jésus plusieurs fois. Comment donc harmoniser ce qui semble si contradictoire ? Nous touchons ici aux conséquences éternelles de l’engendrement éternel du Père par le Fils, « dès avant la fondation du monde » (Jn 17,24), « avant tous les siècles » (Crédo), et donc avant que le temps n’existe… « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même… Ainsi, je vis par le Père » (Jn 5,26 ; 6,57), nous dit Jésus. Et pourquoi ? « Car le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), tout, tout ce qu’il est, tout ce qu’il a : « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15 ; 17,10). Le Père est Dieu ? Le Père aime le Fils, et de toute éternité, il se donne à lui, lui donnant ainsi gratuitement, par amour, d’être « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) ? Le Père aime le Fils, se donne totalement à lui, en tout ce qu’Il Est, lui donnant ainsi, gratuitement, par amour, d’être « Lumière née de la Lumière » (Crédo). Qui voit la Lumière du Fils voit donc la Lumière du Père, car il s’agit dans les deux cas de la même réalité spirituelle. C’est ainsi que Jésus peut dire : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9), alors même que le Père n’est pas le Fils et que le Fils n’est pas le Père… « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) ? « Tu es mon Fils Bien Aimé », lui dit le Père, « en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11), tout ce que Je Suis. Ainsi, par ce Don total que le Père ne cesse de faire au Fils, tout ce qu’Est le Père, le Fils l’Est aussi en tant qu’il le reçoit du Père. Jésus peut alors dire : tout ce qui Est « en moi », tout ce qui me constitue, ma Plénitude d’Être et de Vie, tout cela Est aussi « en toi », Père, puisque le Fils reçoit tout du Père en « Unique Engendré » (Jn 1,18), « engendré non pas créé, né du Père avant tous les siècles » (Crédo). A ce titre, même si le Père n’est pas le Fils, et si le Fils n’est pas le Père, tout ce qui Est dans le Père Est dans le Fils, en tant que le Père le donne au Fils de toute éternité. Et tout ce qui Est dans le Fils Est dans le Père, en tant que le Fils le reçoit du Père de toute éternité… En considérant donc cette Plénitude d’Être et de Vie qui le constitue tout entier, le Fils peut donc dire qu’il Est dans le Père et que le Père Est en Lui, alors même qu’ils sont toujours en face à face…

Le talent de St Jean est tel qu’il n’a besoin que de quelques mots pour exprimer ce Mystère de Communion du Père et du Fils, bien distincts l’un de l’autre, mais dans l’unité d’un même Esprit (cf Ep 4,3) : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10,30). En français, nous avons deux genres : le masculin et le féminin. En grec, il en existe trois : le masculin, le féminin et le neutre. Le masculin renvoie à des personnes de sexe masculin, avec énormément d’exceptions… Le féminin renvoie à des personnes de sexe féminin, avec énormément d’exceptions… Le neutre renvoie au domaine des choses, des réalités non personnifiées, avec énormément d’exceptions… Et en Jn 10,30, pour écrire « un », St Jean n’a pas utilisé le masculin, ce qui aurait voulu dire que le Père et le Fils n’auraient en fait été qu’une seule et même Personne, mais un neutre qui renvoie donc à une réalité non personnifiée, ici, ce que sont le Père et le Fils de toute éternité : « Amour » (1Jn 4,8.16), « Esprit » (Jn 4,24), « Lumière » (1Jn 1,5). Le Père et le Fils sont « un » en tant qu’ils sont unis l’un à l’autre dans la Communion d’un même Esprit, d’une même Lumière, d’un même Amour, en un mot d’une même Plénitude divine d’Être et de Vie, le Père la donnant au Fils de toute éternité, le Fils la recevant du Père de toute éternité…

Ainsi, le Père et le Fils sont bien l’un en face de l’autre, l’un auprès de l’autre, l’un avec l’autre, bien distincts l’un de l’autre, et pourtant, ils sont unis au niveau de leur Être même dans la communion d’une même Plénitude spirituelle (« Dieu est Esprit » (Jn 4,24), le Père la donnant au Fils, gratuitement, par Amour, l’engendrant ainsi en Fils, le Fils la recevant gratuitement du Père, dans l’Amour. La relation qui existe ainsi entre les deux est vitale, existentielle, le Fils n’étant rien sans le Père…

Alors, si, à un instant du temps, le Fils a assumé notre nature humaine, « corps, âme et esprit » (1Th 5,23), son esprit d’homme était pleinement uni à sa Plénitude spirituelle éternelle, mais cette réalité, invisible par nature à nos yeux de chair, ne se laisse percevoir qu’au regard du cœur, au regard de la foi… Et bien sûr, là où est le Fils, là est le Père, avec lui, auprès de lui, uni à lui dans la communion d’un même Esprit… Ainsi, « celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille mais celui qui m’a envoyé »…

D. Jacques Fournier

 

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“Recevez l’Esprit Saint du Père des Miséricordes”…

« Soyez miséricordieux comme le Père est miséricordieux »

Dieu Père (Giovanni Battista Cima) 2

Que Dieu soit Père et qu’il soit Miséricordieux, le prophète Jérémie l’affirmait dès le 6° siècle avant JC :

« Reviens rebelle Israël, oracle du Seigneur, car JE SUIS miséricordieux.

Reconnais seulement ta faute (il la connaît donc déjà parfaitement

                                                                             et Israël va l’apprendre de sa bouche…) :

tu t’es révoltée contre le Seigneur ton Dieu,

et tu n’as pas écoutée ma voix.

Et moi qui m’étais dit : comment te placerais-je au rand des fils ?

          Je te donnerai une terre de délices, l’héritage le plus précieux d’entre les nations.

          Je me disais : « Vous m’appellerez « Mon Père »,

          et vous ne vous séparerez pas de moi. »

          Mais non… Ils m’ont abandonné, ils ont encensé d’autres dieux,

          Ils se sont prosternés devant l’œuvre de leurs mains…

          Et maintenant, vois ta terre en solitude, tes villes incendiées…

          N’as tu pas provoqué cela pour avoir abandonné le Seigneur ton Dieu,

          alors qu’il te guidait sur ta route ?

          Comprend et vois comme il est mauvais et amer

               d’abandonner le Seigneur ton Dieu.

          Ai-je été un désert pour Israël, ou une terre ténébreuse ?

          Pourquoi mon Peuple dit-il : « Nous vagabondons, nous n’irons plus à toi ? »

          Une vierge oublie-t-elle sa parure, une fiancée sa ceinture ?

          Mais mon peuple m’a oublié depuis des jours sans nombre…

          Ah ! Comme tu t’es tracée un bon chemin pour quêter l’amour ! » (Jr 2-3)

Dieu-Amour

     Et Jésus ne fera que nous rappeler que « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), Amour Créateur, Amour Pur, Amour qui ne fait que poursuivre le bien de l’être aimé, Amour qui se réjouit de sa joie, Amour qui s’attriste de ses peines…

     Et c’est bien ainsi dont les prophètes Jérémie et Sophonie parlaient déjà de l’Amour :

« Je vais les rassembler de tous les pays où » ils se sont égarés par suite de leurs fautes.

« Je les ramènerai en ce lieu et les ferai habiter en sécurité.

Ils seront mon peuple, et moi, je serai leur Dieu.

Je leur donnerai un seul cœur, un seul chemin, afin qu’ils me craignent chaque jour, pour leur bonheur et celui de leurs fils après eux.

Je conclurai avec eux une alliance éternelle :

je ne cesserai pas de les suivre pour les rendre heureux

et je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu’ils ne s’écartent pas de moi.

J’aurai de la joie à les rendre heureux ;

en vérité, je les planterai dans ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme. »

          Oui, ainsi parle le Seigneur : « De même que » leurs fautes ont fait venir sur eux

          « tout ce grand malheur,

          de même, je fais venir sur eux tout le bonheur dont je parle » (Jr 32,37-42).

« Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël !

Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem !

Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis.

Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.

Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !

Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut.

Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ;

il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. »

J’ai écarté de toi le malheur, pour que tu ne subisses plus l’humiliation.

Me voici à l’œuvre contre tous tes oppresseurs.

En ce temps-là je sauverai la brebis boiteuse, je rassemblerai celles qui sont égarées…

          En ce temps-là je vous ramènerai, en ce temps-là je vous rassemblerai…

          je ramènerai vos captifs, et vous le verrez, – dit le Seigneur » (So 3,14-20).

BonPasteur

          D’un côté, Dieu est donc « Père » de tous les hommes, « lui qui les a tous créés à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), pour qu’ils vivent en relation avec Lui, comblés par Lui. En effet, ce « Père » est « Amour » : il ne cesse de désirer, de vouloir, de poursuivre le bien de tous ces hommes, ses enfants, qu’il a créés par Amour pour qu’ils connaissent le Bonheur en accueillant, en leur cœur, la Plénitude de ses Bienfaits…

     Mais les hommes se sont détournés de lui, et du même coup, ils se sont privés du Don de Dieu. « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3,23). « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui commet le mal » (Rm 2,9). « Souffrance, angoisse » et « tristesse », comme pour ce jeune homme riche qui ne répond pas à l’appel que lui avait lancé Jésus, « Suis-moi ! », car il avait de grands biens. Alors, « il repartit, tout triste » (Lc 18,18-23)…

     Mais rien n’empêche Dieu d’Être, de son côté, ce qu’Il Est depuis toujours et pour toujours : « Dieu est Amour » et il veut, encore plus, le bien de l’homme pécheur qui souffre et qui est triste par suite de ses fautes : « Quand nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle, car il ne peut se renier Lui-même » (2Tm 2,13), écrit St Paul, et Il Est Amour, Il n’Est qu’Amour et donc recherche inlassable du bien de l’autre…

     Telle est ce que nous appelons « la Miséricorde de Dieu » : la découverte, infiniment heureuse, du fait que nous sommes aimés au cœur même de notre misère et de notre indignité par « Quelqu’un » qui, de son côté, ne poursuit, ne désire, ne travaille qu’à notre Bien le plus profond.

Esprit Saint

     Nous avons tous été créés pour être « comblés » par le Don de Dieu, le Don gratuit de l’Amour, un Don qui Est Plénitude de Vie, de Paix, de Joie ? C’est ce que Jésus, le Fils éternel du Père, vient nous proposer au Nom de son Père, et cela gratuitement, par amour, pour notre seul bien : « Si tu savais le Don de Dieu » dit-il à cette femme samaritaine qui vivait maritalement avec un homme, et c’était, déjà, son sixième ! Et pour nous aider à l’accueillir, il ca commencer par nous proposer d’effacer tout notre passé d’infidélités par son pardon offert en surabondance, sans regarder à la dépense, son seul but étant notre bonheur. Alors si quelque chose nous inquiète, quoique ce soit, aussi énorme cela puisse-t-il être, Jésus nous invite à l’offrir à ce Dieu immense, infini, Lui qui a créé l’infini de l’Univers qui nous entoure, Lui qui est Amour, tout aussi infini… Et nous serons pardonnés, nos fautes disparaîtront, il n’y aura plus rien, car Jésus est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), tous les péchés, de tous les hommes, de tous les temps, et cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant en sacrifice sur le bois de la Croix pour chacun d’entre nous, pour nous tous. Infini de l’Amour qui rendra possible, si nous y consentons, l’accomplissement total de la volonté de Dieu : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). Alors, « j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre
fouleDieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! »Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux
» (Ap 7,9-17).

Coeur de Jésus- Paray le Monial     Jésus, le Fils, est donc « l’Agneau » qui se propose d’être « le Pasteur » de tous les hommes « pour les conduire aux sources des eaux de la vie ». Et quelles sont-elles ? Ce sont les Sources de l’Amour qui ne cesse de se donner gratuitement, de se proposer gratuitement, de s’offrir gratuitement à toutes ses créatures, pour leur seul bien, leur seul bonheur, leur seule joie. Le Pape François dit ainsi : « L’amour de Dieu est gratuit. Il ne nous demande rien en échange ; il demande seulement de l’accueillir » (Juin 2015). Ecoutons ce que Jésus dit à la Samaritaine : « Si tu savais le Don de Dieu, et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire », c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’Eau vive » (Jn 4,10). Et quelle est-elle cette « Eau Vive ». St Jean lui-même nous donne la clé de cette image au chapitre sept de son Evangile, lorsque Jésus, debout, cria : « « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jn 7,37-39). Et de fait, Ressuscité, il dira à ses disciples : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22).

     Tel est le Don de Dieu par excellence, le Don de l’Amour, offert gratuitement à notre foi, un Don qui est appelé à devenir en nous la Source de notre vrai bonheur, de notre vraie vie, de notre Plénitude, inégalée, incomparable, car elle est celle de Dieu Lui-même : « Quiconque boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif. L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4,13-14).

  Jésus Sr Faustine   Cette vie n’est rien de moins que celle que Jésus reçoit du Père de toute éternité. « Si tu savais le Don de Dieu », dit-il à la Samaritaine. Il le connaît bien, Lui, car c’est par ce Don que le Père l’engendre en Fils de toute éternité. « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même. Je vis par le Père » (Jn 5,26 ; 6,57), et cela, depuis toujours et pour toujours, en « Fils né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé » (Crédo), « engendré » par ce Don du Père, le Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), cet « Esprit qui est vie » (Ga 5,25), « Eau Vive »… Alors si nous acceptons de recevoir à notre tour ce Don par lequel le Père engendre son Fils, nous serons nous aussi engendrés à cette même Plénitude, et notre vocation de créatures « appelées à reproduire l’image du Fils » (Rm 8,29) s’accomplira…

     « Quand vous priez, dites : Père » (Lc 11,2). Avec moi, tournez-vous vers le Père (Jn 1,18) pour recevoir avec moi le Don du Père, et avec Lui, la Plénitude de ma vie, de ma paix, de ma joie… « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi… Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit… Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne… Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite… Recevez l’Esprit Saint » (Jn 6,57.47 ; 14,27 ; 15,11 ; 20,22)…

                                                                                                                             D. Jacques Fournier




L’ultime proclamation du Salut par Jésus avant son entrée à Jérusalem (Luc 18,35-19,27)

Juste avant son entrée à Jérusalem, St Luc nous présente ce que nous pourrions appeler « un résumé » de ce Salut que le Christ est venu nous apporter, avec toutes ses conséquences concrètes dans la vie de ceux et celles qui l’accueillent.

La guérison d’un aveugle à proximité de Jéricho (Luc 18,35-43)

Jésus guérit un aveugle 1

Tout commence par « un aveugle assis au bord du chemin » que Jésus empruntait alors « qu’il s’approchait de Jéricho » (Luc 18,35-42). « Il mendiait », seule ressource possible pour beaucoup d’entre eux à une époque où n’existait aucun soutien de la part de la société civile. « Entendant une foule marcher, il s’enquérait de ce que cela pouvait être. On lui annonça que c’était Jésus le Nazôréen qui passait. Alors il s’écria : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » ». Nous retrouvons ici la prière du Publicain de la Parabole (Luc 18,9-14) : « « Éléêson (prononcé aujourd’hui Éléïson) mé ! », un verbe qui vient de « Éléos, miséricorde, compassion ». Nos Bibles traduisent souvent par « aie pitié de moi ! », mais on pourrait aussi dire « Fais moi miséricorde ! », « Aie compassion de moi ! ». De plus, le titre de « Fils de David » sous-entend que cet homme a reconnu en Jésus le Messie promis, même si cette perception, comme pour les disciples (Marc 8,27-33 ; 9,30-37 ; 10,32-40 ; Actes 1,6)[1], est encore imparfaite. Nous approchons en effet de la fin de l’Evangile ; bientôt Jésus vivra sa Passion, et c’est sur la Croix, mourant et apparemment impuissant, qu’il manifestera comment l’Amour est Roi… « Insulté sans rendre l’insulte, maltraité sans faire de menaces, il s’en remettait à Celui qui juge avec justice. C’était nos péchés qu’il portait, dans son corps, sur le bois, afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice » (1Pierre 2,21-25 ; Matthieu 8,16-17). Ainsi, « l’amour ne cherche pas son intérêt », mais le nôtre, « il supporte tout » (1Corinthiens 13,4-7), il s’offre et endure le mal que nous pouvons lui faire, pour que « par ses blessures, nous puissions trouver avec Lui et en Lui la guérison » et cesser ainsi de commettre ce mal qui, en fin de compte, nous fait souffrir (Romains 2,9) et finalement nous détruit (Romains 6,23)…

Christ-Roi_theme_image« Le Fils de l’Homme » sera donc « livré aux païens, bafoué, outragé, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera » (Luc 18,32‑33). C’est ainsi que Jésus sera « le Messie », le Roi promis, ce « Fils de David » qui devait venir et à qui Dieu allait offrir « le trône de David »… Voilà pourquoi St Luc a bien pris soin, au tout début de son Evangile, de nous présenter la Mère de Jésus comme étant cette « vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David » qui reçoit de l’Ange Gabriel cette prophétie au sujet de son Fils : « Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. » Telle est « la puissance de salut » que Dieu « a suscitée dans la maison de David, son serviteur »… Le Christ naîtra alors à Bethléem, « la ville de David », et l’Ange dira ensuite aux bergers : « Voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David » (Luc 1,27.32.69 ; 2,4-11).

Ce « Messie Fils de David » ne pouvait donc qu’être roi, et c’est au moment de sa Passion que le Christ révèlera comment il est roi. C’est d’ailleurs en ces chapitres que le titre de roi apparaît soudainement pour lui être très souvent attribué. Et lorsqu’il sera crucifié, tous pourront lire cette inscription fixée au-dessus de lui par les Romains : « Celui-ci est le roi des Juifs » (Luc 19,38 ; 23,1-3 ; 23,37-38)… Dans l’Evangile selon St Jean, la logique est identique et c’est au cours de son procès que Jésus répond à la question de Pilate, « Donc tu es roi ? » : « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre Dieu est amour 2témoignage à la vérité », la vérité d’un Dieu d’Amour, de Miséricorde et de Tendresse qui ne sait faire qu’une chose : aimer, chercher notre bien envers et contre tout, et proposer son pardon qui relève et libère. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34)… Et c’est au moment de sa Passion et de sa mort sur la Croix que le Christ manifestera avec le plus d’intensité l’Amour avec lequel nous sommes tous aimés : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15,13 ; 1Jean 3,16)… « Voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes », dira le Christ à Ste Marguerite Marie Alacoque, à Paray le Monial… En mourant et en ressuscitant pour tous les hommes, il nous a ainsi ouvert les Portes du Royaume de son Amour où ceux qui ont faim sont rassasiés, ceux qui pleurent consolés, ceux qui souffrent réconfortés (Luc 6,20-23 ; Matthieu 5,1‑12)… « Paix aux hommes de bonne volonté », qui, par leur bonne volonté, accueillent cette Bienveillance du Père pour tous les hommes, ses enfants (Luc 2,14). Quant à ceux qui se perdent, ils sont inlassablement recherchés, car Dieu ne poursuit qu’un seul objectif, le vrai Bien de chacun d’entre nous. Et puisque nous avons tous été créés pour vivre de sa Vie, partager sa Lumière et sa Paix, entrer dans le mystère de sa Communion Bienheureuse, nous ne pourrons connaître le vrai Bonheur qu’une fois ce projet pleinement accompli. Dieu ne cessera donc de faire tout son possible – le possible de la Miséricorde Toute Puissante ! – pour qu’il en soit effectivement ainsi. Son seul souci sera donc, pour nous pécheurs, de nous réconcilier avec Lui, de nous ramener auprès de Lui et de nous communiquer toutes les richesses de sa Vie (Jean 10,10)…

Tel est le trésor offert à notre foi, à notre confiance : « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui écoute ma parole et croit à Celui qui m’a envoyé a la vie éternelle » (Jean 5,24 ; 6,47 ; 1Jean 5,13). Or « Dieu est Esprit » (Jean 4,24), et « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jean 6,63). Et tout ce qui touche à l’Esprit est invisible à nos yeux de chair ! Le Concile Vatican II enseigne ainsi que « le Dieu invisible (Colossiens 1,15 ; 1 Timothée 1,17) s’adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu’à des amis (Exode 33, 11; Jean 15, 14-15), il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie »[2]. Et tout ceci est concrètement mis en oeuvre par l’action de l’Esprit « invisible » qui réalise l’œuvre du salut « dans l’esprit de l’homme et dans l’histoire du monde : lui, le Paraclet invisible tout en étant présent partout saint-esprit»… Ainsi, « toute la vie de l’Eglise, signifie aller à la rencontre du Dieu invisible, à la rencontre de l’Esprit qui donne la vie »[3]… Et l’Esprit est comme cette brise légère perçue par Elie (1Rois 19,9-13), et qui, jour après jour, souffle au cœur de nos vies… Apparemment rien n’a changé : les épreuves, les souffrances, les détresses et les combats de toutes sortes sont toujours là… Mais dorénavant, pour celui et celles qui accepteront de se confier dans le Christ, une Lumière jaillira au cœur de leur obscurité, une joie dans leur tristesse, une force dans leur faiblesse … Les tempêtes se déchaînent, tout semble souvent perdu, et pourtant, la barque de nos vies tient bon et repart de plus belle… Parce que St Paul avait conscience que le Christ ressuscité était présent tous les jours à son cœur et à sa vie, luttant avec lui et le soutenant par son Esprit, il pouvait écrire : « Nous sommes pressés de toute part, mais non pas écrasés ; ne sachant qu’espérer, mais non désespérés ; persécutés, mais non abandonnés ; terrassés, mais non annihilés. Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps », dans l’attente de ce jour où il n’y aura « plus de peines, plus de pleurs, plus de cris »… « L’ancien monde » s’en sera allé, et le Royaume des Cieux sera enfin établi en Plénitude pour toujours (2Corinthiens 4,8-10 ; Apocalypse 21,1-4)… Mais au cœur de ce monde marqué par la souffrance, la maladie et la mort, ce Royaume est déjà invisiblement présent par l’Esprit Saint que les pauvres de cœur savent accueillir (Luc 6,20). Puissions-nous tous être de ceux-là, comme cet aveugle à l’entrée de Jéricho qui ne se laisse pas arrêter par les remarques de bienséance qu’on lui adresse. « Tais-toi, cela ne se fait pas de crier ainsi »… « Mais lui criait de plus belle »…

Or, « lorsqu’un pauvre crie, le Seigneur entend et le sauve ». Alors, « je suis là et je t’appelle, car tu réponds, ô Dieu ! » (Psaume 34(33),7 ; 17(16),6). Et de fait, « Jésus s’arrêta et ordonna de lui amener » cet aveugle. Et, comme l’infirme au bord de la piscine de Bethzatha (Jean 5,6), il le rejoindra au cœur de son désir et de sa liberté : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Cette question, Dieu la pose à chacun d’entre nous… Dans la solitude, le silence et le recueillement, nous sommes invités nous aussi à découvrir « le désir » qui nous habite, ce Bandeau-st-Espritdésir que Dieu Lui-même a déposé au plus profond de notre être et qui correspond à ce qu’il veut nous donner. Le reconnaître et l’exprimer, c’est déjà recevoir ce don de Dieu appelé à se déployer dans toute notre vie… Et l’Esprit Saint nous aide à accomplir cette démarche. Il est en effet Celui que le Christ ne cesse de nous envoyer pour nous introduire dans la vérité tout entière, aussi bien celle de Dieu que celle qui nous habite et qui, de toute façon, vient de Dieu (Jean 16,13)… Alors, donnons à l’Esprit Saint la possibilité de nous conduire jusqu’à ce désir que Dieu a placé en chacun d’entre nous, un désir qu’il veut exaucer et combler. Laissons alors l’Esprit nous donner les mots de la prière, car « il vient au secours de notre faiblesse ; nous ne savons en effet que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu » (Romains 8,26-27). Et si effectivement ce désir correspond aux vues de Dieu, nous ne pourrons qu’être exaucés, car il est, avant toute chose, « le désir de Dieu », « la volonté de Dieu », « ce qui plaît à Dieu »… « Et tout ce que veut le Seigneur, il le fait, au ciel et sur la terre, dans les mers et jusqu’au fond des abîmes » (Psaume 135(134),6). « Seigneur, que je recouvre la vue », demande l’aveugle… Et pour montrer que ce désir vient de Dieu, Jésus va reprendre les mêmes mots et lui dire : « Recouvre la vue… ».

Mais l’homme n’est pas simplement un « corps » avec des yeux de chair qui lui permettent de voir l’univers matériel qui l’entoure. Il est aussi « âme » et « esprit », et Jésus rejoint la personne humaine tout entière qui s’exprime au sein de cette nature humaine « corps, âme et esprit » (1Thessaloniciens 5,23). La guérison physique, visible, des yeux de chair manifeste la Présence et l’action du Dieu invisible qui, avec son Fils et par lui, a touché l’aveugle tout entier… Cet homme a donc accueilli de tout cœur l’action de Dieu et la guérison de son corps en a été le signe visible. Mais puisque l’homme est tout en même temps « corps, âme et esprit », toute son intériorité « âme et esprit » a elle aussi été touchée par Dieu, un Dieu qui est Esprit (Jean 4,24) et Source d’Esprit et de Vie (Jérémie 2,13 ; 17,13 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39). Elle a donc été aussitôt remplie, comblée par l’Esprit de Dieu, un Esprit qui vivifie, Jésus guérit un aveugle 2éclaire, pacifie, réjouit… Tel est le salut… Et dans sa joie, l’aveugle guéri va louer et glorifier Dieu avec « la joie de l’Esprit Saint » (1Thessaloniciens 1,6)… Ainsi, Jésus ne va que lui dire ce qu’il vit déjà : « Ta foi t’a sauvé »… A lui maintenant de demeurer dans cette Lumière, dans cette Paix, dans cette Vie en ne désespérant jamais de la Miséricorde Toute Puissante de Dieu (Luc 1,49-50) qui sera toujours infiniment plus grande que toutes nos misères, plus forte que toutes nos faiblesses… C’est elle, si nous lui offrons tout, qui remportera la victoire sur tout (Psaume 51(50))…

La rencontre avec Zachée (Luc 19,1-10)

Après la guérison de l’aveugle, la rencontre avec Zachée manifestera elle aussi le salut que le Christ est venu nous offrir, avec toutes ses conséquences dans le concret de nos vies. Zachée est « un chef de publicains », c’est-à-dire un chef de collecteurs d’impôts qui travaillaient au compte des Romains. Considérés comme des voleurs, des exploiteurs et des êtres impurs au contact de ces païens impurs, ils étaient profondément méprisés…

Mais Zachée est habité par un bon désir : « il cherchait à voir qui était Jésus »… Ce désir vient de Dieu qui a envoyé son Fils dans le monde non pas pour le condamner, mais pour le sauver (Jean 3,16-17). Et Lui-même travaille activement à ce salut en attirant tous les hommes à son Fils : « Nul ne peut venir à moi », disait Jésus, « si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jean 6,44 ; 6,65). Derrière ce mouvement de Zachée vers Jésus, nous pouvons donc reconnaître la Présence du Père qui, par l’action de l’Esprit Saint, le conduit vers son Fils (cf. Luc 2,25-32), et la bonne volonté de Zachée qui sait accueillir l’œuvre de Dieu… Et ce désir en lui est si fort qu’il va trouver le moyen de vaincre tous les obstacles qui l’empêchent de voir Jésus. « Il était petit de taille », et même en se mettant sur la pointe des pieds, « il ne pouvait » voir Jésus « à cause de la foule ». Aussi va-t-il regarder en avant, et repérer un arbre, « un sycomore », qui se trouvait là où Jésus « devait passer »… Dans l’ardeur de son désir, Jésus Zachéeoubliant, comme l’aveugle dans l’épisode précédent, toute bienséance, il va « courir » et « monter » dans l’arbre, agissant en tout comme un enfant, lui, « le riche chef de publicains »… En agissant ainsi, il est déjà, de cœur, sur les chemins de l’enfance retrouvée… Et, disait Jésus, « si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 18,1-4). Sans peut-être s’en rendre compte, captivé par le Christ, ne cherchant que le Christ, Zachée s’est déjà fait « petit comme un enfant », et Jésus, en arrivant auprès du sycomore, verra ce chef des publicains, avec certainement ses beaux habits, perché dans un arbre ! Jésus reconnaît bien là un fruit de l’Esprit déjà à l’œuvre au cœur de Zachée. Et il va lui dire le désir de Dieu à son égard, un désir infiniment plus vif et plus ardent que celui qui avait fait courir Zachée dans cet arbre : « Descends vite », « car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi », demeurer dans ton cœur et dans ta vie pour être avec toi… « Il me faut », il est impossible qu’il en soit autrement, c’est une nécessité pour moi, je ne peux vouloir autre chose… Tel est l’unique désir de l’Amour : être avec la personne aimée pour simplement la combler d’Amour… « Je me sens enveloppée dans le mystère de « la charité du Christ », et, lorsque je regarde en arrière, je vois comme une divine poursuite sur mon âme. Oh ! Que d’amour. Je suis comme écrasée sous ce poids. Alors, je me tais et j’adore » (Ste Elisabeth de la Trinité)… Ce « il faut » est également apparu dans la bouche de Jésus lorsqu’il annonçait à ses disciples « sa nécessité d’amour » de vivre la Passion, la Mort et la Résurrection pour notre salut à tous… « Rappelez-vous », disent les Anges aux femmes devant le tombeau vide, « comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée : Il faut, disait-il, que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour » (Luc 24,6-7 ; 17,24-25 ; 22,37 ; 24,44 ; Jean 10,16)…

Zachée - Giotto« Descends vite »… Et Zachée qui avait « couru » dans cet arbre descendit « vite »… Tout le monde ici est pressé de vivre la rencontre et c’est finalement la joie, la joie de l’Esprit Saint, la joie de Dieu, qui éclatera de toute part… Et Zachée « le reçut avec joie »… Tandis que du côté de Dieu, « le Seigneur ton Dieu est tout joyeux à cause de toi ; dans son amour, il te renouvelle, il jubile et crie de joie à cause de toi » (Sophonie 3,17 ; Luc 15,10). Jésus lui-même avait « tressailli de joie sous l’action de l’Esprit Saint » en constatant que ce salut était révélé et donné aux tout-petits : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir » (Luc 10,21)… Le « tout-petit » Zachée vient d’en faire l’expérience, la joie du Christ est en lui (Jean 15,11)…

Le « murmure » dans la Bible est souvent l’expression du péché : murmure des Israélites au désert (Exode 15,24 ; 16,2.7.8.9.12 ; 17,3 ; Nombres 14,27.29 ; 17,6), murmure de tous ceux qui ne croient pas en Jésus (Jean 6,41.61 ; Luc 5,30 ; 15,2)… Il est l’attitude typique de ceux et celles qui, aveuglés par le péché, jugent sur la seule base de ce qu’ils voient alors même qu’ils sont aveugles de cœur (Jean 12,37-41) ! Les Paroles ou les attitudes du Christ ne rentrent pas dans leurs schémas de pensée. Incapables d’en percevoir la Source, ils jugent, grincent des dents, trament des complots, condamnent et finalement éliminent. Seule la Lumière de l’Esprit Saint permet en effet de reconnaître ce qui vient de l’Esprit. L’homme laissé à ses seules forces d’homme ne peut rien dans le domaine spirituel. « Nul ne connaît colombe_677ce qui concerne Dieu sinon l’Esprit de Dieu… L’homme psychique », c’est-à-dire « laissé à aux seules ressources de sa nature » (Note Bible de Jérusalem), « n’accueille pas ce qui est de l’Esprit de Dieu : c’est folie pour lui et il ne peut le connaître » (1Corinthiens 2,9-14). Et c’est bien ce que font ici ceux qui murmuraient contre Jésus parce qu’il renversait les barrières que les hommes avaient élevés entre eux sur les bases d’une soi-disant pureté toute extérieure : « Il est allé loger chez un pécheur ! », un homme impur, un maudit (Jean 7,49). Mais Jésus, lui, ne juge pas sur l’apparence, mais sur la justice (Jean 7,24). Son regard va directement au cœur (cf. Marc 7,1-23) à la lumière de la Miséricorde divine qui sait toujours voir le meilleur et discerner le moindre mouvement de bonne volonté, de sincérité, d’ouverture et de repentir… Et même si, apparemment, rien n’arrive, il ne cessera de l’espérer et de tout faire pour le susciter. A ce titre, il n’y a pas plus humain que Dieu…

Et pendant que certains murmuraient dans l’aigreur et l’obscurité de leur cœur, Zachée, lui, se dresse « debout », une attitude qui ne peut qu’évoquer la victoire de cette Vie nouvelle qui vient d’envahir son cœur et de l’arracher aux ténèbres de la mort… Cette victoire sera pleinement manifestée avec le Christ qui, une fois mort sur la Croix, sera couché dans jésus enseignant 2l’obscurité d’un tombeau. Mais le troisième jour, il ressuscitera et se manifestera à ses disciples, « debout », dans une Lumière éblouissante, « la Lumière de la Vie » (Jean 8,12 ; 1,4-5). Zachée en est déjà rempli ! Et les fruits se manifestent aussitôt… Cette Lumière et cette Vie sont en effet « participation » à la Lumière et à la Vie de ce Dieu qui n’est qu’Amour… Le dynamisme qui habite désormais le cœur de Zachée est donc lui aussi de l’ordre de l’Amour (Romains 5,5 ; Galates 5,22 ; Ephésiens 5,8-9). « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour. En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui » (1Jean 4,7-9).

En s’ouvrant au Christ, Zachée s’est ouvert à Dieu et au don qu’il fait continuellement de Lui-même pour qu’avec Lui et en Lui nous puissions bénéficier de sa Lumière et vivre de sa Vie. Déjà par sa foi au Christ, il commence à « vivre par le Christ » (cf. Jean 6,57 ; 15,4-5) de la Vie même de Dieu. Or, pour Dieu, vivre c’est aimer, c’est-à-dire rechercher uniquement le bien de l’autre. Zachée commence à vivre de la Vie de Dieu qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16). Cette Vie va donc l’entraîner sur les chemins de l’amour… Et c’est bien ce que le Christ constate, avec certainement beaucoup de bonheur, lorsqu’il l’entend déclarer (cf. 2Corinthiens 9,7) : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple ». Il décide donc de partager, obéissant ainsi à la parole de Jean-Baptiste, au tout début de l’Evangile, qui répondait à la question « Que nous Partagerfaut‑il faire ? » par : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même » (Luc 3,10-11). De plus, il ne déclare pas formellement avoir dans le passé « extorqué quelque chose à quelqu’un », ce qui laisse sous entendre son intégrité personnelle et accentue ainsi la gravité du jugement que certains portaient sur lui en le considérant comme un voleur… Mais si, de fait, il avait extorqué quelqu’un, il va s’engager, sur la moitié restante de ses biens, à rendre au « quadruple » à celui qu’il aurait pu voler. Son comportement rejoindrait alors l’esprit de la Loi de Moïse : « Si quelqu’un vole un bœuf ou un agneau puis l’abat et le vend, il rendra cinq têtes de gros bétail pour le bœuf et quatre têtes de petit bétail pour l’agneau » (Exode 21,37). Zachée manifeste donc son désir d’accomplir le plus parfaitement possible ce qu’il sait être la volonté de Dieu telle qu’il la connaît par la Loi de Moïse. Maintenant, contrairement hélas au jeune homme riche (Luc 18,18-23), sa préoccupation première n’est donc plus l’accumulation des biens matériels jusqu’à devenir « un riche chef de publicains », mais l’accomplissement de la volonté de ce Dieu qui n’est qu’Amour et qu’il vient d’accueillir en son cœur en accueillant le Christ Seigneur (Luc 9,48).

La Vie de Dieu est donc bien là, au plus profond de Zachée. Jésus reconnaît sa Présence et ne peut, comme précédemment pour l’aveugle, que déclarer ce qui existe déjà : « Le salut est arrivé pour cette maison ». Et devant tout le monde, Jésus va proclamer haut et fort la dignité de cet homme, une dignité que lui refusaient toux ceux qui, par leurs jugements hâtifs, l’avaient exclus de la communauté des Fils d’Abraham en le déclarant « impur »… Mais non, « lui aussi est un fils d’Abraham », il est « pur » et porte bien son nom (Zachée vient de l’hébreu « Zakkaï », « pur »)… Ceux par contre qui l’ont exclu et continuent à murmurer dans l’obscurité de leur cœur en refusant d’accueillir la Lumière qui jaillit du Christ, et maintenant de Zachée, ce sont eux qui par leur attitude s’excluent de la communauté des Fils d’Abraham Esprit Saint(cf. Jean 8,31-47)… Les rôles sont renversés. « Oui, il y a des derniers » – ou du moins qui étaient considérés comme tels – « qui seront premiers, et il y a des premiers » – ou du moins qui se considéraient ou apparaissaient comme tel – « qui seront derniers » (Luc 13,30). Car « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (cf. Luc 15,4-10)… Ainsi, ceux qui auront l’humilité et le courage de reconnaître en vérité leur péché, leur fragilité, leurs faiblesses, accueilleront aussitôt dans leur misère les trésors de grâce de la Miséricorde de Dieu qui ne désire qu’une seule chose : les purifier, les justifier, les renouveler, les combler de sa Lumière, de sa Vie et de sa Paix… « Vite » – Dieu est toujours pressé pour sauver – « apportez la plus belle robe et revêtez l’en » dit le Père à ses serviteurs en parlant de son Fils prodigue qui venait de lui déclarer : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi » (Luc 15,11-24)… C’est ainsi qu’ « il élève les humbles », et donne gratuitement, par amour, la dignité royale – la sienne ! – à ceux qui n’en étaient pas dignes (Luc 1,52 ; 5,8 avec 22,28-30 ; Isaïe 61,10-62,5)…

La Parabole des mines (Luc 19,11-27)

Cette parabole va exprimer sous la forme d’un discours ce que nous venons de voir avec les deux exemples précédents : la guérison de l’aveugle aux abords de Jéricho et la conversion de Zachée. Dans les deux cas, le Christ a utilisé la notion de « salut ». « Ta foi t’a sauvé », a-t-il dit à l’aveugle. Et à Zachée : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison ». Dans les deux cas, l’accueil effectif du salut s’est concrètement manifesté par des fruits bien reconnaissables : la guérison physique de l’aveugle qui s’est mis aussitôt à « suivre le Christ en glorifiant Dieu » ; l’accueil que Zachée a réservé à Jésus, dans la joie, avec son désir de partager ses biens et de réparer, au quadruple, les torts qu’il aurait pu commettre … Dans la Parabole des mines, le Christ va reprendre cette perspective : les dons du salut, s’ils sont Fruitseffectivement reçus, ne peuvent que produire du fruit. Le don de Dieu est en effet de l’ordre de l’amour, un amour qui ne peut que pousser celui ou celle qui le reçoit à se donner à son tour au Christ et à ses frères pour travailler activement à l’avènement du Royaume de Dieu parmi les hommes… Si, par contre, aucun fruit ne se manifeste, cela ne pourra qu’être le signe que le salut n’a pas été vraiment reçu… Malheur alors à celui qui, dans ce cas, serait comme un sarment séparé de son cep de vigne : « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent » (Jean 15,6)…

La parabole des Mines est introduite par le verset 11 qui donne la raison pour laquelle le Christ a voulu l’offrir à ceux qui le suivait : « Comme les gens écoutaient cela, il dit encore une parabole, parce qu’il était près de Jérusalem, et qu’on pensait que le Royaume de Dieu allait apparaître à l’instant même ». Jésus arrive donc au terme de son voyage, à Jérusalem. Là, il sera accueilli triomphalement par « toute la multitude des disciples » (Luc 19,37) et « une foule » (Luc 19,39) nombreuse qui « pensait que le Royaume de Dieu allait apparaître à l’instant même ». Beaucoup en effet, et notamment ses disciples, croyaient que le Royaume Christ Bon Pasteur - vitrailde Dieu adviendrait avec un Jésus intronisé « roi », comme tous les rois de la terre, avec, autour de lui, ses collaborateurs qu’il nommerait aux postes clés de son administration (cf. Marc 9,33-37 ; 10,35-40). Ils pensaient donc que « c’était lui qui allait délivrer Israël » (Luc 24,21) de l’envahisseur romain et lui redonner ainsi sa liberté, son indépendance, sa pleine autonomie et sa souveraineté, comme aux temps lointains de sa splendeur, à l’époque du roi David (1010-970 avant Jésus Christ)… Et même après sa mort et sa résurrection, certains, à l’occasion de l’une de ses apparitions, croiront encore en cette royauté bien terrestre du Christ : « Seigneur, est-ce maintenant, le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ? » (Actes 1,6). Mais sa Royauté n’est pas de cet ordre. A la question de Pilate, « Tu es le roi des Juifs ? », Jésus répondra : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18,33-37)…

Jésus va donc donner cette Parabole des Mines pour essayer d’expliquer que sa Royauté n’est pas de ce monde, et il va par contre embrasser tout le temps qui suivra sa mort et sa résurrection pour suggérer que sa Royauté s’instaurera parmi les hommes grâce à la foi et à l’action de ses disciples qui formeront ce que St Paul appelle « le Corps du Christ », grâce au don de l’Esprit du Christ, l’Esprit Saint. Avec eux et par eux, le Christ Ressuscité continuera donc d’accomplir sa Mission de Sauveur du Monde. Unis à eux dans la communion d’un même Esprit, il ira à la rencontre de ceux et celles qui ne le connaissent pas encore pour les appeler à entrer eux aussi dans ce mystère de communion qu’il est venu offrir à tous. Et cette Mission s’accomplira concrètement par les dons de l’Esprit Saint, les Charismes, que le Christ donne à chacun d’entre nous pour lui permettre d’accomplir le service qui est le sien.

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Et ce service accomplira une facette de l’unique Service, celui du Christ Serviteur de Dieu et des hommes (cf. 1Corinthiens 12,5). C’est bien en effet « en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul Corps », « le Corps du Christ » : ainsi, « vous êtes, vous, le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part » (1Corinthiens 12,13.27). Et c’est lui qui a permis qu’il en soit ainsi en donnant « aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints[4] pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait[5], dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Ephésiens 4,11-13). C’est pour cela que St Paul invite Timothée à « raviver le don spirituel qu’il a reçu » pour le mettre activement au service de tous ceux et celles qui l’entourent. Il sera alors « un membre vivant du Corps du Christ », avec lequel et par lequel le Christ Ressuscité pourra mystérieusement, dans la Puissance de l’Esprit Saint, continuer sa mission de Sauveur et de Bon Pasteur… « Ce n’est pas en effet un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais souffre plutôt avec moi pour l’Évangile, soutenu par la force de Dieu » (2Timothée 1,6-11)… Puissions-nous tous être des « Timothée » répondant à l’appel du Christ lancé par ces paroles de St Paul…

Mais revenons à la Parabole des mines. Au tout début, «l’homme de haute naissance » (Luc 19,12), c’est lui, le Christ, « le Fils Unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Il est Dieu, né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, il est de même nature que le Père » (Notre Crédo). De plus, c’est lui aussi qui a été conçu dans le sein de Marie par l’action Toute Puissante de l’Esprit Saint. « Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut » (Luc 1,32.35). Mais hélas, Jésus, « le Verbe fait chair » (Jean 1,14), « l’Unique Engendré » (Jean 1,14.18 ; 3,16.18), « le Fils Unique de Dieu » (1Jean 4,9) venu en ce monde pour le salut de tous, ne sera pas accueilli par les autorités religieuses de son époque qui « le haïront » et « ne voudront pas qu’il règne sur eux » (Luc 19,14 ; Jean 15,22-25). Aussi le livreront-ils aux mains des païens. Là, Jésus s’abaissera, « devenant Christ, chapelle Ste Bernadette, Cité St Pierre, Lourdesobéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Philippiens 2,8-11). Jésus « ressuscita donc le troisième jour, conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père » (Notre Crédo) où il reçut « la dignité royale » (Luc 19,12), en son état glorieux de Ressuscité … Il doit « ensuite revenir » (Luc 19,12), « dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin » (Notre Crédo). Ce retour du Christ vise, dans le Crédo, le dernier Jour du monde, où, « comme l’éclair jaillissant d’un point du ciel resplendit jusqu’à l’autre, ainsi en sera-t-il du Fils de l’homme lors de son Jour » (Luc 17,24). « Et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Matthieu 24,30)…

Ce face à face avec le Fils de l’Homme se réalisera également, pour chacun d’entre nous, au jour de notre mort. Chacun regardera alors, à la Lumière de l’Amour et de la Miséricorde de Dieu, ce que fut sa vie sur la terre : ce sera l’heure du « jugement » (cf. 1Corinthiens 3,10-15)…

Mais avant de les retrouver ainsi, « appelant dix de ses serviteurs, il leur remit dix mines et leur dit : “Faites-les valoir jusqu’à ce que je vienne.” » (Luc 19,13). Chacun reçoit donc « une mine », c’est-à-dire un même cadeau, qui symbolise ici le don de l’Esprit Saint que nous avons tous reçu au jour de notre baptême. « Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, tous en effet, nous avons été abreuvés d’un seul Esprit ». Car « il n’y a qu’un Corps et qu’un saint-espritEsprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous » par le don justement d’un seul et même Esprit fait à tous (1Corinthiens 12,13 ; Ephésiens 4,1-6). Et cet Esprit, c’est le sien, l’Esprit de ce « Dieu qui est Esprit » (Jean 4,24). Avec lui et par lui, Dieu nous donne donc de participer à ce qu’Il Est, à son « insondable richesse » (Ephésiens 3,8), Lui qui Est tout en même temps Amour Miséricordieux, Paix, Joie, Lumière et Vie…

Mais si nous avons tous part au même Esprit, nous ne porterons pas tous les mêmes fruits, car nous sommes tous différents et l’Esprit nous invitera à déployer, au service de Dieu et de nos frères, les dons qui sont les nôtres. C’est donc toujours l’Esprit Saint qui sera à l’origine des fruits que nous pourrons porter. C’est ainsi que St Paul invitait les chrétiens de Thessalonique à « ne pas éteindre l’Esprit », à ne pas lui résister, à consentir à sa Présence pour le laisser porter son fruit en laissant son dynamisme soulever toute notre vie à laje suis la vraie vigne manière du levain enfoui dans la pâte (1Thessaloniciens 5,19 ; Luc 13,20-21 avec Romains 14,17). Cet Esprit reçu par notre foi au Christ est comme la sève vivifiante que le sarment reçoit du cep et qui lui permet de porter du fruit. Aussi, disait Jésus à ses disciples, « demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,4-5).

Les fruits portés par les disciples sont donc avant tout la conséquence de l’Esprit qu’ils reçoivent par leur foi au Christ. C’est ainsi que St Paul parlera du « fruit de l’Esprit » (Galates 5,22), et non pas du fruit du chrétien, même si c’est bien sûr le chrétien qui porte du fruit. Mais encore une fois, il portera du fruit non pas par lui-même mais grâce à la Présence de l’Esprit en son cœur, une Présence sans cesse offerte par « le Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3) et à laquelle il aura consenti. St Luc redira exactement la même chose dans la parole des deux premiers serviteurs lorsqu’ils se présentent devant leur Maître et lui disent non pas « j’ai rapporté dix (ou cinq) mines », mais « Seigneur, ta mine a rapporté dix (ou cinq) mines[6] ». Nous sommes donc tous invités à regarder notre relation avec le Seigneur « Jésus MiséricordieuxSource d’Eau Vive » comme étant « le » trésor de notre vie ; tout le reste n’en sera qu’une conséquence puisque c’est de lui que nous recevrons, jour après jour, cette eau Vive de l’Esprit qui, seule et elle seule, peut nous permettre de porter du fruit (Psaume 42‑43(41-42),2-3 ; Jérémie 2,13 ; 17,13 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39 ; Apocalypse 22,17)… Aussi, Jésus disait à ses disciples : « Veillez donc et priez en tout temps » (Luc 21,36). Et St Paul écrira : « Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit » (Ephésiens 6,18 ; Philippiens 4,6-7)… Puissions-nous ne pas « résister à l’Esprit Saint » (Actes 7,51)…

Le Seigneur avait demandé à ses serviteurs de « faire valoir » ces mines qu’il leur donnait. Ceux qui auront gardé sa Parole et lui auront été « fidèles » (Luc 19,17) en faisant prospérer le don reçu, recevront « autorité » sur cinq ou dix villes. Jésus leur donne donc de participer à sa propre « autorité » (Luc 4,31-37 ; 20,1-8). Il fait d’eux des rois, à son image et ressemblance : « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes » (Luc 22,28-30)…

Le dernier serviteur nous présente l’exemple à ne pas suivre. Premièrement, il désobéit à la Parole de son Maître qui l’avait invité à « faire valoir sa mine jusqu’à ce qu’il vienne ». Lui par contre, « la déposera dans un linge ». Il aurait pu au moins « confier cet argent à la banque ». A son retour, le Maître « l’aurait retiré avec un intérêt » (Luc 19,20.23). De plus, ce serviteur n’est pas dans la vérité, mais dans le mensonge. Comme Adam et Eve autrefois (Genèse 3,1-7), il a oublié la Parole du Dieu Bon et Généreux (Genèse 2,16) pour adhérer à ce visage mensonger de Dieu que « le père du mensonge » (Jean 8,44) cherche à introduire dans nos cœurs : un Dieu tyrannique, inhumain, jaloux de ses prérogatives et qui, quelque part, interdit à l’homme le chemin du bonheur et de l’accomplissement total. Il est donc toujours dans les ténèbres ; il n’a pas accueilli la Lumière qui jaillissait de son Maître… Comme Adam et Eve après leur désobéissance, il va « avoir peur » de Dieu (Genèse 3,10 ; Luc 19,21), une peur qui manifeste justement son état de pécheur et ce faux visage de Dieu qu’il porte en lui-même. Il lui dit en effet : « J’avais peur de toi, qui es un homme sévère, qui prends ce que tu n’as pas mis en dépôt et moissonne ce que tu n’as pas semé ». Nul doute : si Dieu était bien ainsi, nous aurions tout à craindre…

prodiguePourtant, depuis bien longtemps, Dieu a révélé « qui » il était par la Parole de ses prophètes avec par exemple Jérémie : « Reviens, rebelle Israël, oracle du Seigneur. Je n’aurai plus pour vous un visage sévère », c’est-à-dire « si vous pensez jusqu’à présent que je suis sévère, vous constaterez par vous-mêmes qu’il n’en est rien ». Car « JE SUIS miséricordieux »[7]. Aussi, « revenez, fils rebelles, car je veux guérir toutes vos rébellions » et leurs conséquences… « Je me disais : « Vous m’appellerez « Mon Père », et vous ne vous séparerez pas de moi » (Jérémie 3,12.22.19)…

Le Maître va alors dire à ce serviteur : « Je te juge sur tes propres paroles » (Luc 19,22), une manière symbolique d’affirmer que ce n’est pas Dieu qui « jugera » l’homme, mais que c’est l’homme qui, face à Dieu, se jugera lui-même à la lumière de ce qu’il portera en son cœur – Puisse cette lumière être, en cet instant, celle de la Miséricorde du « Père des Miséricordes » ! – Et c’est bien ce que Jésus déclare en St Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde », au sens de condamner, « mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu » (Jean 3,16-18). Dieu ne juge donc jamais au sens de « condamner » : « Je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus » dit Jésus à la femme surprise en flagrant délit d’adultère (Jean 8,11). Bien plus, « si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus Christ le juste. C’est lui qui s’est offert pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1Jean 2,1-2 ; Romains 8,31-34).

Paris Surréalistes+annexesDieu n’est donc que Miséricorde et Pardon, recherche continuelle du bien de l’autre et de sa plénitude par le don qu’il fait sans cesse de Lui-même… « Vous connaissez, en effet, la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était », riche de l’infinie richesse de sa nature divine, « afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2Corinthiens 8,9) en vous donnant d’avoir part, vous aussi, à ce qu’il est (2Pierre 1,3-4).

Dieu « ne prend donc pas ce qu’il n’a pas mis en dépôt, il ne moissonne pas ce qu’il n’a pas semé ». Dans la parabole, il ne se préoccupe d’ailleurs que de « savoir » (Luc 19,15) ce que chaque serviteur a fait de sa mine, et la fin du texte suggère que chacun a gardé la mine reçue et celles qu’il a gagnées. En effet, lorsque le Maître veut donner la mine du mauvais serviteur à celui qui en a gagné dix, les autres répondent : « Mais Seigneur, il a dix mines ! ». Il les a donc bien… De plus, l’attitude du Maître illustre ce principe donné par le Christ en Luc 19,26 (cf. 8,18) : « Je vous le dis : à tout homme qui a l’on donnera ; mais à qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. » Puisque Dieu en effet est Vie et l’Unique Source de Vie, si quelqu’un a quelque chose en ce domaine, c’est qu’il l’a reçu de Dieu (Jean 3,27). Il est donc ouvert de cœur à ce Dieu qui étant Source donne et donne encore… Il ne pourra donc que recevoir et recevoir encore s’il demeure dans cette attitude d’accueil… Ainsi, celui qui a dix mines en reçoit-il encore une supplémentaire… La générosité de Dieu est sans limites…

Christ Ressuscité

Par contre, ceux qui refusent de s’ouvrir à l’infinie bonté de Dieu ne peuvent que faire l’expérience de la dynamique inverse qui est celle du Prince des ténèbres : « il est voleur » (Jean 10,10), de telle sorte que si quelqu’un a quelque chose, il ne pourra qu’en être dépouillé. Ainsi, « à qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a »… Il est de plus « homicide dès le commencement » (Jean 8,44) : « il ne vient que pour voler, égorger et faire périr » (Jean 10,10). Telle est là encore l’expérience que feront ceux qui sont « du diable et qui veulent accomplir ses désirs » (Jean 8,44). Elle est dite de manière cruelle dans la parabole par le dernier verset : « Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence » (Luc 19,27). Mais une parabole est une image ; elle n’a d’autre but que de suggérer une réalité. Ses affirmations ne sont pas à prendre au pied de la lettre. « Dieu en effet n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Il a tout créé pour l’être » et la vie. « Oui, Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature ; c’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde : ils en font l’expérience, ceux qui lui appartiennent ! » (Sagesse 1,13-14 ; 2,23-24).

Jésus christConfions-nous donc chaque jour davantage dans le Christ Sauveur : « Sa Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie ». « Sur lui, le Prince de ce Monde n’a aucun pouvoir » (Jean 1,5 ; 14,30). Laissons-le donc remporter la victoire dans nos cœurs et dans nos vies (1Jean 2,12-14 ; 4,4 ; 5,1-5) sur toute forme de ténèbre en nous offrant sans cesse à la Toute Puissance de sa Miséricorde. Alors, « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde nos cœurs et nos pensées, dans le Christ Jésus » (Philippiens 4,7).

                                                                 D. Jacques Fournier

[1] Remarquer, dans l’Evangile de Marc, la logique toujours identique de chacun de ces trois passages. Jésus commence à chaque fois par annoncer à ses disciples sa Passion et sa mort prochaine. Mais eux ne s’attendaient pas à ce que le Messie accomplisse ainsi sa mission. Ils le voyaient comme un futur Roi, à l’image des grands de ce monde, un Roi qui saurait enfin mettre l’envahisseur Romain à la porte du Royaume d’Israël pour lui redonner toute son indépendance, sa liberté et sa souveraineté, comme à l’époque du grand Roi David. Aussi ne comprennent-ils pas les annonces de la Passion, et restent-ils à chaque fois dans leur perception toute terrestre du Messie. Ils lui interdiront ainsi d’envisager, ne serait-ce qu’un seul instant, qu’il puisse souffrir, être rejeté et mourir (Marc 8,32). Puis ils discuteront entre eux pour savoir « qui est le plus grand » (Marc 9,34), c’est-à-dire qui pourra s’asseoir « à la droite et à la gauche » du futur Roi d’Israël lorsqu’il sera assis sur son trône, en son Palais de Jérusalem, « dans toute sa gloire » (Marc 10,37)… Et lors des premières apparitions du Ressuscité, ils continueront à croire que Jésus devait bientôt « restaurer la royauté en Israël » (Actes 1,6)…

[2] Constitution Dogmatique sur la Révélation Divine, « Dei Verbum » n° 2.

[3] Jean-Paul II, Lettre encyclique sur l’Esprit Saint dans le vie de l’Eglise et du monde, « Dominum et vivificantem », & 42 et 54.

[4] C’est ainsi que St Paul appelle les chrétiens qui ont reçu l’Esprit Saint au jour de leur baptême et qui, avec lui et grâce à lui, sont en marche chaque jour vers la sainteté…

[5] L’Humanité réconciliée à Dieu, comblée par l’Esprit Saint, vivant dans l’Amour et travaillant ainsi à l’avènement d’un monde plus solidaire et plus humain… Tel est l’objectif de l’Eglise, cette communauté imparfaite de pécheurs sans cesse pardonnés, de malades cheminant vers la pleine guérison, et qui essayent chaque jour de mieux accueillir l’Esprit Saint pour mieux vivre l’amour dans leurs relations avec Dieu et avec tous les hommes…

[6] Une mine correspondait à l’époque à trois mois de salaire d’un ouvrier agricole.

[7] La traduction grecque de la Septante reprend ici la même expression employée en Exode 3,14 lorsque Dieu révèle son Nom à Moïse : « JE SUIS ». Le texte sous entend alors non seulement que Dieu est miséricordieux, mais encore qu’il n’est que Miséricorde…

 

Fiche n°19 – Lc 18,35-19,27 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




L’EXISTENCE PASCALE DU CHRETIEN

bapteme enfant« Ignorer-vous que, baptisés dans le Christ, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ?

Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle. Car si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable ; comprenons-le, notre vieil homme a été crucifié avec lui, pour que fût détruit ce corps de péché. Car celui qui est mort est quitte du péché. Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que le Christ, une fois ressuscité des morts, ne meurt plus, que la mort n’exerce plus de pouvoir sur lui. Sa mort est une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie en Dieu. Et vous de même : regardez-vous comme morts au péché et vivants pour Dieu dans le Christ Jésus » (Rm 6, 3-11)

Le baptême nous incorpore au Christ et nous associe à sa Pâque, c’est-à-dire à sa mort et à sa résurrection. Et tout d’abord à sa mort. Que veut dire « être baptisé dans la mort du Seigneur » ?

L’expression est étonnante.

croix_tripleLa mort, celle de Jésus comme la nôtre, est un phénomène physique qui ne dure que l’espace de quelques secondes. Pourtant nous savons que la mort de Jésus sur la croix ne fut que l’achèvement d’une existence déjà marquée de cette mort et à l’avance acceptée comme la suprême expression d’une constante manière de mourir à tout ce qui, dans sa vie, eût contrarié la volonté du Père.

« Ma nourriture, disait-il, est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 4, 34) et, à la veille de sa Passion : « Non ce que je veux, mais ce que tu veux, Père » (Mc 14, 36). Il y a donc en lui, comme en chacun de nous, la mort que l’on subit comme le terme de la vie, et la mort que l’on choisit de vivre en pleine existence. Etre incorporé par le baptême à la mort du Christ, c’est donc apprendre à mourir de cette double mort.

LA MORT TOUJOURS PRESENTE

Envisageons d’abord la mort que l’on subit, la nôtre et celle des autres. Ma propre mort, bien avant d’être l’instant du dernier soupir, est une part essentielle et une donnée de mon aventure terrestre. Elle m’est déjà présente par la mort des autres en tant qu’elle me signifie la mienne et m’avertit qu’elle peut me surprendre à tout moment.

personne en méditationMais surtout elle me rejoint par la multitude des ses signes anticipés : la maladie et le vieillissement me préviennent que son œuvre est commencée et que déjà j’en porte les traces. Si je demeurais insensible à ces signes biologiques, d’autres ne manqueraient pas de m’agresser jour après jour, en particulier la contrariété et la contradiction des choses, je dirais même l’absurdité des choses. Il y a, en effet, une constante rupture entre, d’une part, le projet de vie et de plénitude que je porte en moi et, d’autre part, la réalité de ce qui m’arrive : je veux la joie et le bonheur, et je récolte la tristesse et parfois le désespoir ; je mûris et je prépare longuement un projet dans le domaine affectif ou professionnel, et je récolte l’échec. A mesure que je m’efforce de former en moi l’homme libre que je veux être, je me surprends asservi par toutes sortes d’esclavages issus de ma nature comme aussi de mon environnement social. Ici, nous rejoignons le niveau le plus profond : celui de la vie morale ; à cet égard, écoutons encore l’apôtre Paul : « Ce que je veux, je ne le fais pas ; mais ce que je hais, je le fais…  Vouloir le bien est, certes, à ma portée, mais non l’accomplir, car le bien que je veux, je ne le fais pas, mais le mal que je ne veux pas, je le commets ». Et l’Apôtre conclut : « Si je fais ce que je ne veux pas, c’est à cause du péché qui habite en moi » (Rm 7, 15-20) et qui est en moi l’expression de la mort.

Or, c’est déjà à cette mort-là que le Christ nous invite à mourir à longueur de vie. Et, par le baptême reçu dans la foi et revécu dans la liberté, il nous communique sa puissance de ressuscité pour mourir de la sorte avec lui : « Ne crains point, car ma puissance se déploie dans la faiblesse », confiait-il à Paul. « Nous le savons, déclare celui-ci : notre vieil homme a été crucifié avec le Christ pour que fût détruit le corps de péché et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché » (Rm 6, 6)homme en prière

Mais si l’on peut, avec la force de la miséricorde et avec la puissance de l’Esprit, mourir au péché, on se demande comment on pourrait échapper au vieillissement, par exemple ; car les avancées biologiques de la mort paraissent irréversibles. Et pourtant, ainsi que nous le dirons plus loin, la jeunesse de l’esprit et du cœur peut opérer une croissance spirituelle capable d’aller à contre-courant de la sclérose des membres et de toutes les « puissances de diminution » : « Même si notre homme extérieur se détruit, écrit encore Paul, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4, 16).

Il y a aussi la mort des autres, je veux dire leur disparition ou leur déchéance qui, à cause du lien qui nous unit à eux, nous atteint à cette profondeur de nous-mêmes qu’on appelle le « cœur ». S’il y a une façon de souffrir de leur mort, il y a également une manière de mourir, avec le Christ, au désespoir qu’elle engendre. Nous savons ce que peut contenir à la fois d’atrocité crucifiante, mais aussi de sursaut spirituel, la mort d’un enfant.

MOURIR AU VIEL HOMME

Voilà qui nous amène d’emblée à envisager cette autre forme de la mort : celle que nous choisissons librement de vivre, si j’ose dire : mourir avec Jésus Christ à tout ce qui n’est pas de Dieu, à tout ce qui, parce que source de division et de désagrégation ; s’oppose à l’amour qui est en Dieu. C’est cela mourir au vieil homme en vue de revêtir une créature nouvelle qui tend à rejoindre la stature même du Christ.

prendre sa croixEcoutons ce que saint Paul écrivait aux gens de Corinthe : « Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit elle aussi, manifestée dans notre corps. Quoique vivants, en effets, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus, pour que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre chair mortelle » (2 Co 4, 10-11). Ce que le Christ en Matthieu, dit en termes très simples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24) ou encore : « Qui aura trouvé sa vie la perdra, et qui aura perdu sa vie à cause de moi, la trouvera » (Mt 10, 39). Commentant ce propos, saint Jean de la Croix écrit ceci : « Oh ! Qui pourrait faire comprendre jusqu’à quel degré notre Seigneur veut que ce renoncement parvienne ! Il faut certainement qu’il soit comme une mort, un anéantissement volontaire par rapport à tout ce qui est du temps, de la nature et de l’esprit : et là est la source de tous les biens, comme Notre Seigneur le déclare par ces paroles » (Montée au Carmel, chap 6). En vérité, cela ne revient-il pas d’abord à mourir aux multiples idoles qui encombrent nos vies aux dépens du seul vrai Dieu, je veux dire à toutes ces réalités éphémères et périssables auxquelles nous serions tentés de subordonner nos existences tout entières : l’argent, le pouvoir, l’idéologie politique, les affaires, le métier… Rappelons-nous cette parole tombée naguère du Sinaï : « Tu n’auras point d’autres dieux devant ma face ! »

homme en prièreMourir à tout cela n’a, bien sûr, de sens que par rapport à l’unique commandement de l’amour. Et celui-ci est le seul critère de la validité d’une telle mort : l’amour de Dieu pour son peuple, dont le baptême nous fait être les relais. C’est bien cela le sacrifice : « sacrum facere », l’acte par lequel j’élève ma vie à l’ordre du sacré, l’initiative par laquelle je me prive en vue de partager et ainsi me soumettre à Celui qui est « l’Eternel jaillissement hors de Lui-même ». L’Amour qui partage consent à cette manière de mort qui s’appelle « renoncement ».

Si nous avons été baptisés dans la mort du Christ, « c’est afin que, comme le Christ est ressuscité d’entre les morts, nous menions semblablement, nous aussi, une vie nouvelle »… et dès à présent.

PAQUE : L’AVENTURE DE NOTRE VIE

chemin_eclaireVoilà bien le « passage » – ce qui traduit le mot de « Pâque » – : passer d’une vie à l’autre. Sans doute, s’agit-il, au bout du compte, de passer, par mode de mutation radicale, de l’existence larvaire et brumeuse qui est notre condition présente, à la vie pleine et lumineuse du Christ ressuscité dans la gloire du Père, et cela par le franchissement de la mort charnelle. Mais cette vie de plénitude ne peut être que l’épanouissement final d’une existence elle-même déjà pascale. Notre Pâque définitive ne saurait être qu’à la mesure de son anticipation dans la durée terrestre. Pâque est l’aventure de notre vie, comme elle fut l’aventure du peuple hébreu, marchant à coups de sursauts et de renouvellements, depuis les rives de l’esclavage jusqu’aux rivages de la liberté, au travers des eaux de la mer Rouge qui marquèrent le départ et les eaux du Jourdain qui consacrèrent l’arrivée.

Baptisés pour passer un jour de la mort à la Vie du ressuscité, nous le sommes donc aussi pour passer, dès aujourd’hui et indéfiniment, du vieil homme à l’homme nouveau, de l’esclave du péché à l’homme libéré, j’oserais dire : de l’état de mort à l’état de vie par le moyen de la mort consentie. C’est dire que le baptême nous engage et nous entraîne dans ce mouvement ou ce rythme de dépassement et de renaissance ininterrompue, fait de mort et de vie, et de vie nouvelle surgissant sans cesse de la mort au vieil être, dans le Christ victorieux de toute mort. Il est donc vrai de dire que, si notre vie de baptisé est, ainsi que nous l’avons dit, une manière de mort quotidiennement, elle est aussi déjà une existence de salut, de salut anticipé : elle l’est par la puissance du Christ qui nous habite par l’Esprit et à qui tout est possible, même l’apparemment impossible ; elle l’est par la transformation que cette force opère au cœur de notre liberté : la résurrection de Jésus ne transparaît-elle déjà au travers de cette capacité de jeunesse et de renouvellement dont témoignent la disponibilité, l’accueil, le partage, l’ouverture, l’intelligence des situations ? Une telle jeunesse conquise dépasse la jeunesse de l’âge, pour atteindre son sommet aux approches de la mort, c’est-à-dire au seuil de l’éternelle jeunesse. Mais cette conquête est évidemment au prix d’une mort constante du vieil homme, de cet homme immobile et replié dans le « chacun pour soi », dans le péché. C’est cela : mourir et renaître en Jésus Christ.

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AU SOIR DE LA GRANDE MUTATION

Alors, au soir de la grande mutation, au jour de la mort charnelle, encore présente dans le monde quoique vaincue, « la vie ne sera pas détruite, mais transformée », ainsi que le proclame la préface de la messe des funérailles. Disons que cette vie, vécue selon le rythme pascal ou baptismal de mort et de résurrection, trouvera sa plénitude par mode de transfiguration. Et c’est bien là le sens de cet autre propos de Paul aux Romains : « Nous savons que jusqu’à maintenant la création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement… Mais elle attend avec impatience la révélation des fils de Dieu… car elle doit être libérée de l’esclavage de la corruption pour connaître la glorieuse liberté des enfants de Dieu… Certes si nous possédons déjà les prémices de l’Esprit, ce n’est encore qu’une espérance que nous sommes sauvés. Et nous attendons avec constance de voir ce que nous espérons » (Rm 8, 18-25). Voir ce que nous espérons ? Paul précise aux Corinthiens : « Nous ne voyons à présent que dans un miroir, en énigme ; mais alors ce sera le face à face. A présent je connais d’une manière partielle : mais alors je connaitrai comme je suis connu » (1 Cor 13, 12). Pourtant, si la foi et l’espérance ne sont que des vertus passagères propres à notre régime actuel et, par conséquent, appelées à disparaître devant la pleine possession de leur objet, la charité, elle, demeure, car « elle ne passera jamais » : l’amour qui jaillit de Dieu, l’amour qui, avec Jésus Christ, s’oublie et se donne, constitue dès à présent en nous cette part éternelle qui déjà nous éternise.

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« Car si nous sommes devenus un même être avec le Christ par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une semblable résurrection ». Tel est donc l’ultime « passage » d’une existence pascale. Et ensuite ? Après, je ne sais plus. Nul ne peut savoir. Il me semble pourtant qu’un signe de cette béatitude nous est parfois accordé, afin de nous en donner le goût et l’impatience. Et ce signe, c’est la Joie !

DES SIGNES AVANT-COUREURS

Qui d’entre nous, sans être un mystique, n’a un jour éprouvé dans son existence une joie immense, une sorte de transport de joie, un instant de bonheur débordant jusqu’à nous faire passagèrement perdre le sentiment de la pesanteur et même le sens de l’espace et du temps ? Ce fut un peu comme une fenêtre ouverte sur l’éternité bienheureuse, mais qui bien vite, hélas ! s’est refermée. L’occasion en fut, peut-être, la naissance d’un amour ou d’un enfant ou d’une vocation, ou simplement la soudaine et lumineuse intuition d’une certaine coïncidence entre le projet de plénitude que nous portons enfoui au fond de nous et son reflet dans la réalité. Cette expérience éblouissante pour signifier et déjà anticiper le destin définitif de l’homme sauvé, les apôtres l’ont un jour éprouvéé au sommet du Thabor en présence de Jésus transfiguré. Cette vision n’aurait-elle pas été pour Pierre, Jacques et Jean le début d’une existence nouvelle toute entière tendue vers la réalisation définitive et globale de ce qu’ils ont entendu, touché, vu, contemplé et surtout vécu du Christ mort et vivant, afin qu’à notre tour nous entrions, à la suite, dans ce dynamisme de la Pâque. C’est à peu près en ces termes que saint Jean, le témoin par excellence, commence sa première épître. Et il en achève l’avant-propos par ces mots : « Ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie et la vôtre soient complètes. »

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Pierre BOCKEL

Archiprêtre de la cathédrale de Strasbourg

 

 

 

 

 




L’ultime ministère de Jésus avant son entrée à Jérusalem (Luc 17,1-18,34)

Veiller à donner le bon exemple, plutôt que le mauvais, en devant des artisans de Miséricorde (Luc 17,1-10)…

Tout homme est pécheur, c’est-à-dire incapable d’accomplir toujours et partout le bien même s’il le veut de toutes ses forces… Il est en effet un être blessé au plus profond de son cœur, au niveau de sa volonté même, puisque malgré toutes ses résolutions et tous ses efforts, il veut parfois ce mal que justement il s’était juré de ne plus jamais commettre : « Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais »… Trop souvent, « vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas » (Romains 7,14-25)…

Telle est la vérité de l’humanité blessée et donc souffrante, car écrit encore St Paul, « souffrance et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal » (Romains 2,9)…

4ième dimanche de paques1

Le Christ ne se fait donc pas d’illusion, lui qui connaît parfaitement le cœur de l’homme (Jean 2,23-25). Il est venu dans le monde non pas pour juger, pour condamner mais pour sauver (Jean 3,16‑18) ; et lorsque quelqu’un fait le mal, il mettra tout en œuvre pour l’arracher à ses griffes, intercédant pour lui auprès de son Père (1Jean 2,1-2 ; Romains 8,31-39). Inlassablement, il viendra frapper à la porte de son cœur (Apocalypse 3,20) pour le supplier de lui offrir tout ce mal qui, malgré les apparences ou l’illusion d’un certain bien-être passager, nous fait profondément souffrir… Il est en effet « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29), Celui qui par amour a voulu prendre sur lui toutes les conséquences de nos fautes pour que nous puissions en être délivrées (1Pierre 2,24), Celui qui est venu nous révéler à quel point Dieu nous aime et ne désire que notre Bien. Sa miséricorde est infinie. En effet, « si notre cœur venait à nous condamner, Dieu est bien plus grand que notre cœur, et il connaît tout » (1Jean 3,19-20), nous invitant à tout lui offrir pour qu’il puisse remporter la victoire sur tout ce qui, en fait, nous opprime. Et nous recevrons de sa Tendresse « le pardon de toutes nos fautes » et le don de son Esprit qui jour après jour nous aidera à nous détourner du mal pour choisir le bien (Actes 2,38-39 ; 3,19-20 ; 3,26[1] ; 5,30-31).

Logo année de la MiséricordeC’est pourquoi St Paul, après avoir décrit ce sombre tableau du pécheur laissé à ses seules forces humaines peut écrire : « Malheureux homme que je suis ! » Mais juste après, à la lumière de cette Miséricorde dont il a été l’heureux bénéficiaire, il s’écrira : « Grâces soient à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur » (Romains 7,24-25 ; 1Timothée 1,12-17) !

En effet, par son Fils, Dieu est venu nous rejoindre pour « nous arracher à l’emprise des ténèbres et nous transférer dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé » (Colossiens 1,13-14), nous réconciliant ainsi avec Lui par « la foi en Jésus Christ et la rémission de nos péchés » (Actes 26,15-18). Tel est son projet, sa volonté, ce qu’il ne cesse de désirer pour chacun d’entre nous. Heureux alors ceux et celles qui osent l’accueillir en se laissant aimer tels qu’ils sont, jusqu’au plus profond de leur misère. Ils permettront ainsi à Dieu de mettre en œuvre la Toute Puissance de son Amour, de révéler « l’insondable richesse » de sa Miséricorde, et ils pourront alors, dès maintenant, « faire l’expérience de son salut par ce pardon des péchés » (Luc 1,76-79) qu’ils auront accueilli par leur foi et dans la foi …

Dans un tel contexte d’humanité malade, blessée, meurtrie, en marche vers la pleine guérison mais toujours en butte à toutes sortes de tentations, « il est impossible que les scandales n’arrivent pas »… Mais un tel cas réclame de nous tous deux attitudes :

– Rappelons-nous tout d’abord, à l’exemple de St Paul, que nous sommes des êtres marqués par toutes sortes de limites et de faiblesses : « Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle ? S’il faut se glorifier, c’est de mes faiblesses que je me glorifierai » (2Corinthiens 11,29-30). Ainsi, lorsque le Christ annoncera à ses douze apôtres que l’un d’entre eux était sur le point de le trahir, tous, l’un après l’autre, poseront cette question : « Serait-ce moi, Seigneur ? », car ils se sentaient tous, quelque part, capables de la faire (Matthieu 26,20-25)… Aussi, dira St Paul, « dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ » (Galates 6,1-2), Lui qui ne désire qu’une seule chose : que nous nous aimions les uns les autres « comme » Lui nous a aimés, c’est-à-dire d’un amour de miséricorde (Jean 15,12). « C’est la Miséricorde que je désire, et non les sacrifices » (Matthieu 9,13 ; 12,7 ; 23,23 ; Luc 10,37)… Aussi, « si quelqu’un vient à tomber » et donc à se faire mal en commettant le mal, Lionello Spada (1576-1622), le retour de l'enfant prodiguenous viendrons à son aide et nous essaierons de nous faire proche de lui comme le Christ s’est fait proche de chacun d’entre nous en venant « chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10). Puis nous l’aiderons à se relever en lui faisant peut-être prendre conscience du mal qu’il a pu commettre, en « le réprimandant » (Luc 17,3) « en esprit de douceur », dans le seul but de le voir se relever et retrouver ainsi le chemin de la Vie, de la Paix, du Bien-Etre profond…Et puisque c’est avant tout son bien qui est recherché, alors nous serons heureux s’il se repent et décide de changer de tout cœur… Qu’importe alors qu’il ait pu tomber « sept fois le jour », ou « soixante dix fois sept fois » (Matthieu 18,21-22) : « Si ton frère vient à pécher, réprimande-le et, s’il se repent, remets-lui. Et si sept fois le jour il pèche contre toi et que sept fois il revienne à toi, en disant : “Je me repens”, tu lui remettras » (Luc 17,3-4). Aussi, lorsque Pierre demandera à Jésus : « Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? » Ce dernier répondra : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu 18,21-22)…

Mais cela semble humainement impossible… Et les Apôtres réagissent aussitôt : « Seigneur, augmente en nous la foi », c’est-à-dire la confiance en toi et dans ce don de grâce que tu es venu nous communiquer. En effet, si « nous croyons en toi », si vraiment nous croyons que tu fais ce que tu dis, c’est-à-dire que tu nous communiques une grâce, une force qui est de l’ordre de l’Amour, alors nous pourrons nous appuyer sur elle pour essayer de faire ce que nous n’aurions jamais pu faire par nous-mêmes : « pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois », « aimer nos ennemis », « bénir ceux qui nous maudissent », « prier pour ceux qui nous Dieu-Amourpersécutent » (Luc 6,33-35 ; Matthieu 5,43-48)… Aussi, lorsque St Paul nous dit : « l’Amour de Dieu », c’est-à-dire l’Amour avec lequel Dieu nous aime, un Amour de Miséricorde, « a été versé dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné » (Romains 5,5), le croyons-nous vraiment ? Est-ce que nous comptons sur cette grâce pour poser des actes de miséricorde, de bienveillance et de patience que nous n’aurions jamais pu poser par nous-mêmes ? Et qu’importe si nous ne réussissons pas toujours à le faire, pourvu que nous essayions vraiment de progresser en demandant au Seigneur le secours de sa grâce…

2 – Enfin, face à cette Parole de Jésus, « il est impossible que les scandales n’arrivent pas », notre deuxième attitude devrait être de « veiller », d’être prudents, tout à la fois conscients de notre faiblesse et comptant sur le Seigneur pour rester debout au milieu des tentations de ce monde. Jésus lui-même nous a dit : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible » (Matthieu 26,41). C’est en effet la prière qui accueille le don de l’Esprit, un Esprit qui est Lumière et qui nous permet de reconnaître ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, un Esprit qui est aussi Force pour nous soutenir dans les bons choix que nous avons à poser jour après jour… Aussi, disait St Paul, « vivez dans la prière,… priez en saint-esprittout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable ». « N’éteignez pas l’Esprit,… mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » « grâce au secours de l’Esprit de Jésus Christ qui vous sera fourni ». « Nous n’avons pas reçu en effet un Esprit de crainte, mais un Esprit de Force, d’Amour et de maîtrise de soi ». Ainsi, « c’est lorsque nous sommes faibles », c’est-à-dire conscients de notre faiblesse mais comptant sur le secours de l’Esprit, « c’est alors que nous sommes forts » car « la puissance de l’Esprit se déploie dans la faiblesse » (Ephésiens 6,18 ; 1Thessaloniciens 5,19-22 ; Philippiens 1,19 ; 2Timothée 1,7 ; 1Corinthiens 12,7-10 ; cf. 1Jean 2,12-14)…

PrierChaque disciple de Jésus est ainsi invité à « veiller et prier » pour ne pas succomber à la tentation grâce à la force de Dieu reçue par la prière (1Corinthiens 10,13). En effet, tomber, succomber, c’est toujours malgré les apparences se faire mal, se blesser, donner prise à la mort et aux ténèbres (cf. Jacques 1,13-15 ; Romains 2,9 ; 5,12 ; 6,23 ; Galates 6,7-10)… De plus, c’est aussi offrir un mauvais exemple à ceux et celles qui nous entourent et peut-être devenir ainsi pour eux un « scandale », « une pierre qui fait tomber » (sens premier du mot grec skandalon)… Que de malheurs alors en perspective pour les uns et pour les autres (Luc 17,1-2).

Paul, au contraire, n’aura de cesse d’essayer d’être un bon exemple pour ses compagnons, lui-même suivant l’exemple du Christ : « Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi‑même du Christ » (1Corinthiens 11,1 ; Romains 15,5-6 ; Ephésiens 5,1-2). Et il avait bien conscience d’être avant tout un pécheur pardonné, comme nous sommes tous appelés à l’être : « Elle est sûre cette parole et digne d’une entière créance : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier. Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Timothée 1,15-16). Mais cette grâce de miséricorde qu’il avait reçue, en lui apportant le pardon de toutes ses fautes, l’invitait et l’aidait à se détourner jour après jour de tout mal[2] en lui donnant la force d’accomplir le bien… Ainsi, tout dans sa vie était « grâce », à laquelle il essayait de collaborer le mieux possible. C’est pourquoi il n’hésitait pas à écrire : « Tous ensemble, imitez-moi, frères » (Philippiens 3,13 ; cf. 1Corinthiens 4,16 ; 2Thessaloniciens 3,7-9). Et la TOB précise en note pour ce verset : « Les Philippiens doivent imiter la manière dont Paul vit du Christ » et de son Amour de Miséricorde « et lutte pour lui » grâce au secours de sa force (cf. 1Corinthiens 15,10). Et s’ils répondent à son invitation, ils deviendront à leur tour des exemples pour tous ceux et celles qui l’entourent, le Christ appelant tous les hommes, sans exception, à recevoir la grâce de son salut : « Et vous vous êtes mis à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole, parmi bien des souffrances, avec la joie de l’Esprit Saint : vous êtes ainsi devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d’Achaïe » (1Thessaloniciens 1,6-7 ; cf. 2,14). Et le Christ Jésus Lui-jésus enseignant 2même dit dans l’Evangile : « Vous êtes la lumière du monde », grâce à cette Lumière de Miséricorde qui a brillé, brille et brillera toujours, nous l’espérons, au cœur de nos ténèbres pour nous délivrer de son emprise. Elle s’est ensuite donnée à chacun d’entre nous au jour de notre baptême : « jadis, vous étiez ténèbres », écrit St Paul, « maintenant, vous êtes lumière dans le Seigneur. Conduisez-vous donc en enfants de Lumière. Et le fruit de la Lumière consiste en toute bonté, justice et vérité » (Ephésiens 5,8-9). « Ainsi, votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5,14-16), car tout vient de Lui, « le Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3)… C’est la raison pour laquelle le Christ invite ses disciples à l’humilité. S’ils ont pu collaborer à son œuvre (1Corinthiens 3,5-9 ; 2Corinthiens 5,20-6,1), et Dieu sait s’il a besoin d’eux pour porter au monde entier la Bonne Nouvelle de son Salut, une fois tel ou tel service accompli, qu’ils prennent garde à ne pas tomber dans le piège de l’orgueil. « Hors de moi », disait Jésus, « vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,5)… Alors, si cette tentation survient, pour lutter contre elle, nous nous dirons que « nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire » (Luc 17,10)…

Confiance et détachement pour accueillir le Royaume (Luc 17,11-18,34)

Le voyage de Jésus vers Jérusalem, commencé en Luc 9,51, se poursuit et donne à toutes ces paroles la valeur d’un testament… Jésus sait que « le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter » (Luc 9,22 ; 9,44 ; 12,50 ; 17,25 ; 18,31-33). Mais avant de mourir, de ressusciter et « d’être emporté au ciel » (Luc 24,51), il continue d’enseigner ses disciples sur le Royaume des Cieux, « car c’est pour cela qu’il a été envoyé » (Luc 4,42-44)…

Crucifix séminaire de Rennes

Jésus a presque fini de traverser la Galilée. Il arrive à la frontière de la Samarie, puis il descendra dans la vallée du Jourdain qu’il quittera pour passer par Jéricho (Luc 18,35 ; 19,1) et de là il remontera vers Jérusalem (cf. Luc 10,30). Hélas, à l’époque de Jésus, les Samaritains et les Juifs étaient comme des frères ennemis (cf. Jean 4,9 ; Luc 9,52-53). En allant vers eux (Jean 4,4-5), en les accueillant à bras ouverts, en leur offrant à eux aussi le salut (Jean 4,39-42), en les donnant comme ici en exemple aux Juifs eux-mêmes (cf. Luc 10,29-37), Jésus indiquera à ses disciples la route à suivre. Et le jour de la Pentecôte, ils recevront la force de l’Esprit Saint pour « être ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1,8)…

Codex Aureus - Guérison des dix lépreux

Codex Aureus Epternacensis (1030 – 1050 Ap JC)

Dix lépreux s’approchent donc ici de Jésus, et ils restent à distance comme l’ordonnait la Loi (Lévitique 13,45-46), mais au lieu de crier « Impur ! Impur ! », ils implorent la Miséricorde du Maître, sans rien lui demander de précis, ce qui est déjà une belle marque de confiance. « Éléêson (prononcé aujourd’hui Éléïson) êmas ! », un verbe qui vient de « Éléos, miséricorde, compassion ». Nos Bibles traduisent souvent par « Prends pitié de nous ! », mais on pourrait aussi dire « Fais-nous miséricorde ! », « Aie compassion de nous ! ». Et puisque c’est le prêtre qui devait constater officiellement la guérison d’une telle maladie et permettre ainsi à l’ancien lépreux de pouvoir réintégrer la communauté des hommes (Lévitique 14,2s), Jésus les invite à aller se montrer au prêtre, comme s’ils étaient guéris ! Et pourtant, il ne s’est encore rien passé ! Mais malgré les apparences contraires, ils vont lui faire confiance et lui obéir, en ne s’appuyant que sur sa Parole, première grande leçon de notre texte… Le général syrien Naaman n’avait pas su, dans un premier temps, obéir aussi simplement à la parole du prophète Elisée qui l’avait invité à se baigner sept fois dans les eaux du Jourdain (2Rois 5,1-19)… Mais près quelques réticences, il finira lui aussi par obéir, et ce ne sera pas l’eau du Jourdain, qui n’est ni meilleure ni pire que celle « des fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar », qui le guérira mais sa confiance manifestée par son obéissance, une obéissance que St Paul appellera plus tard « l’obéissance de la foi » (Romains 1,1-7 ; 15,18-19 ; 16,19-20 ; 16,25-27 ; 2Corinthiens 7,13-16 ; 9,13 ; 10,6 ; Philippiens 2,12 ; St Jean emploie de son côté l’expression « garder la Parole » ou « les commandements » Jean 8,51 ; 12,47 ; 14,15-17 ; 14,21-24 ; 15,10-11 ; 15,20 ; 17,6).

Codex Aureus Epternacensis

Codex Aureus Epternacensis

Les dix lépreux font donc confiance au « Maître Jésus » et partent se montrer aux prêtres. « Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés ». Mais sur les dix, un seul reviendra vers Jésus pour rendre gloire à Dieu. Les neuf autres n’ont pas, semble-t-il, reconnu la Présence et l’Œuvre de Dieu dans leur guérison… Peut-être Jésus est-il pour eux un « Maître » doué de pouvoirs exceptionnels, mais ils en sont restés là… Et si tel était le cas, ils se tromperaient encore sur son compte, car Jésus « ne peut rien faire de lui-même » (Jean 5,19-20 ; 5,30). Toutes ses œuvres sont en fait celles du Père (Jean 14,10-11), un mystère que seul un regard de foi peut discerner, ce que fera un Samaritain (cf. Jean 3,1-2). « Il reviendra sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix et tombera sur la face aux pieds de Jésus, en le remerciant (eukharistéô, en grec, « rendre grâce », qui donnera notre mot « eucharistie »). Et c’est ce regard de foi que Jésus retiendra, sans revenir sur ce « merci » qui a dû pourtant toucher son cœur : « Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ». Une fois de plus, Jésus ne regarde que le bien de celui qui lui fait face, et la plus grande qualité qu’il souligne est ce « rendre gloire à Dieu » qui manifeste sa foi. Alors il sait que cet homme pourra vraiment accueillir ce qu’il est venu nous offrir à tous : le Salut, par le Pardon de toutes nos fautes (Luc 1,76-79)… Et seul cet homme entendra Jésus lui dire : « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé. » Une guérison physique n’est donc pas un point d’arrivée, un but en soi ; elle est au contraire un point de départ pour une aventure, celle de la foi… Comme tous les autres signes visibles, elle est nous donnée pour nous aider à reconnaître l’invisible : la Présence toujours Bienveillante et agissante de Dieu dans nos vies. Tel est le grand cadeau que Jésus est venu révéler à toute l’humanité, aux Juifs d’abord, puis aux païens… L’épisode de ce Samaritain, « cet étranger », est comme le prélude de la mission future de l’Eglise « jusqu’aux extrémités de la terre » (Marc 16,15 ; Matthieu 28,18-20 ; Luc 24,46-48)… Mais notons-bien que cette Présence de Dieu n’a jamais cessé d’accompagner les hommes depuis qu’ils existent… « Dieu est le Roi de toute la terre », elle lui appartient (Psaume 47(46) ; 89(88),12 ; Exode 19,5 ; Josué 3,11.13 ; Isaïe 54,5). Aussi est-elle « remplie de sa Gloire » (Nombres 14,21 ; Isaïe 6,3) et de son Amour. Dès le commencement, Il a fait alliance avec tout homme quel qu’il soit (Genèse 9,8-17)[3]. Il lui est donc tout proche, il veille sur lui et le conduit de son mieux, selon les circonstances concrètes de sa vie, jusqu’en sa Gloire…

bon pasteur6

Ainsi, « la miséricorde du Seigneur est pour toute chair : il reprend, il corrige, il ramène[4], tel le berger son troupeau » (Siracide (Ecclésiastique) 18,13). Et Jésus est venu nous révéler en toute clarté, par sa Parole et par ses actes, cette Présence Miséricordieuse de Dieu qui remplit l’univers… Et comme « Dieu est Esprit » (Jean 4,24), c’est-à-dire invisible par nature à nos yeux de chair, « la venue du Royaume de Dieu » ne pourra jamais « se laisser observer » comme on observe les astres dans le ciel ou les phénomènes naturels sur la terre… On ne dira pas « Voici, il est ici ! ou bien : il est là ! » (Luc 17,21). La Présence de Dieu ne peut en effet être limitée à des lieux précis comme le Temple de Jérusalem ou le sommet du Mont Garizim (cf. Jean 4,20-24), car Il est partout, invisible mais présent et agissant toujours pour le bien de tous les hommes… Jésus n’aura de cesse de nous révéler cette Présence : « le Royaume de Dieu est au milieu de vous », nous dit-il (Luc 17,21) une réalité qui existe depuis toujours et pour toujours… Aussi, « Gloire à Dieu », au seul et unique vrai Dieu, « au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Luc 2,14). Où qu’ils soient, quels qu’ils soient, heureux sont-ils, tous ces hommes et toutes ces femmes de bonne volonté qui savent accueillir dans la Paix cette Présence de Dieu avec une conscience droite et un cœur pur. Car non seulement ce « Royaume de Dieu est au milieu de nous », mais, « votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32), un Royaume qui est mystère de communion dans l’Unique Esprit donné à tous, l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’Amour, l’Esprit de Paix, l’Esprit de Vie…

Je suis avec vous tous les jours

Ressuscité, sa chair totalement glorifiée et assumée par l’Esprit, le Christ est devenu invisible à ses disciples (Luc 24,30-31). Mais « un avec le Père », il est désormais Présent à tout et Vivant pour tous : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Jean 10,30; Matthieu 28,20). Et sa Présence, comme celle de Dieu – et il est Dieu ! – ne se limite pas à un lieu précis. C’est pourquoi le Christ dira encore à ses disciples : « Si quelqu’un vous dit : “ Voici : le Christ est ici ! ” ou bien : “ Il est là ! ”, n’en croyez rien. Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. Voici que je vous ai prévenus » (Matthieu 24,23-25 ; Luc 17,23). Puissions-nous donc accueillir le Christ par notre foi et dans la foi comme Lui veut se donner et non pas comme nous, nous voudrions qu’il se donne ! Puissions-nous le recevoir comme Lui veut être pour chacun d’entre nous, et non pas comme nous, nous voudrions qu’il soit. Demandons-lui la grâce de faire grandir notre foi pour qu’à l’exemple de Ste Thérèse de Lisieux nous parvenions à le reconnaître à l’œuvre toujours et partout : « Plus que jamais je comprends que les plus petits évènements de notre vie sont conduits par Dieu. C’est la main de Jésus qui conduit tout. Il ne faut voir que Lui en tout »… Et si l’épreuve nous atteint, il sera là pour nous soutenir, nous encourager, nous consoler et nous permettre de la surmonter…

foulePuis, en cette fin du chapitre 17 de l’Evangile selon St Luc, Jésus évoquera le Jour de son Retour Glorieux, à la fin des temps… Sa venue sera imprévisible… Elle surprendra les hommes occupés à leurs activités habituelles. Aussi, « tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir » (Luc 12,40). Ce Jour-là, « le Seigneur lui‑même, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu ; après quoi nous, les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux et emportés sur des nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs. Ainsi nous serons avec le Seigneur toujours » (1Thessaloniciens 4,16‑17)… Il faudra alors être prêt à se laisser « emporter » et donc à tout quitter ici-bas sans chercher à vouloir emporter « ses affaires », sans se préoccuper de ce que pourront devenir « champs », maisons et biens de toutes sortes. Comme il l’avait déjà fait en Luc 14,15-20, le Seigneur nous invite ici au détachement vis-à-vis des biens matériels, c’est-à-dire à la liberté de cœur à leur égard, afin que ces derniers ne nous empêchent pas d’accueillir la Plénitude que Dieu veut nous offrir (cf. Matthieu 13,22)… Alors, celui qui acceptera ce détachement total, celui qui détournera son cœur des réalités d’ici-bas ne pourra que se retrouver aussitôt comblé par les réalités du ciel qui, seules, peuvent vraiment nous nous combler (cf. Colossiens 3,1-4 ; Philippiens 3,7-8 ; Jean 4,13-14). Et c’est dès aujourd’hui, dans la foi, que nous sommes invités à une telle démarche pour trouver avec le Christ la source de cette Joie. « Je ne vois pas bien ce que j’aurai de plus après la mort que je Therese novicen’aie déjà en cette vie », disait Ste Thérèse de Lisieux. « Je verrai le bon Dieu, c’est vrai, mais pour ce qui est d’être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre ». Ainsi, celui « qui cherchera à épargner sa vie » en mettant son espérance et son cœur dans les seules réalités d’ici-bas, en pensant trouver en elles le bonheur, « la perdra ». Il fera l’expérience non pas de la Plénitude escomptée mais justement de l’absence de Plénitude, de Bonheur parfait… Au lieu de la vraie Vie, qui ne peut venir que de Dieu « Source d’Eau Vive » (Jérémie 2,13 ; 17,13), il ne pourra que faire l’expérience de son absence. Pour le décrire, le Livre de la Genèse prendra l’image du sel qui, pur, interdit toute vie et symbolise alors la mort. Ainsi, « la femme de Lot », en se détournant de Dieu, en « regardant en arrière », devint aussitôt « une colonne de sel » (Genèse 19,26). Mais celui qui, par contre, « perdra sa vie » en se détournant des seuls biens de ce monde pour chercher dans le Christ la clé de la vraie Vie « sauvegardera sa vie »… En effet, « qui cherche trouve » (Luc 11,9-13), car il cherche Celui qui, le premier, est venu à notre rencontre pour nous donner d’avoir part à sa Vie, une Vie synonyme de Plénitude qu’il désire nous communiquer « en surabondance » (Jean 10,10)…

Mais pour l’accueillir, il faut « prier sans cesse » (Luc 18,1 ; 21,36 ; Ephésiens 6,18), c’est-à-dire vivre le cœur tourné vers Dieu… Et si nous constatons que nous avons toujours autant de mal à le faire, ne nous « décourageons pas » (Luc 18,1), ne désespérons jamais de la Miséricorde de Dieu car c’est Lui qui est le premier artisan de notre conversion. C’est Lui qui sans cesse, « en Esprit de douceur », nous détourne de ce qui n’est pas bon pour nous tourner vers Lui et nous permettre ainsi de recevoir de Lui ces Biens Véritables qu’il veut nous donner…

Visage de Jésus

Pour nous inviter à la patience, à la confiance et à la persévérance, Jésus va mettre en scène « un juge qui ne craignait pas Dieu » et qui va donc se montrer inhumain avec ses semblables : « il n’avait de considération pour personne » et ne se préoccupait pas de « rendre la justice » , même pour « une veuve » qui, de par sa fragilité et sa précarité, devait pourtant bénéficier, d’après la Loi de Moïse, d’une attention toute particulière (Exode 22,21-23 ; Deutéronome 10,16-18 ; 14,28-29 avec 26,12-13 ; 24,17-22 ; 27,19). Dans le passé, les prophètes avaient largement dénoncé une telle attitude (Isaïe 1,17.23 ; 10,1-2 ; Jérémie 7,5-7 ; 22,3 ; Ezéchiel 22,7 ; Zacharie 7,10 ; Malachie 3,5). Le tableau qui nous dépeint ce juge est donc extrêmement sombre. Pire, ce ne sera finalement pas sa conscience qui le poussera à intervenir, mais son égoïsme. Comme cette veuve n’arrêtait pas en effet de le solliciter, il finira par lui « rendre justice » « pour qu’elle ne vienne pas sans fin lui casser la tête ». Si, dans un tel contexte, la justice a enfin été rendue, combien plus « Dieu », le Juste Juge, « l’Ami des hommes » et de la vie (Sagesse 1,7 ; 7,23 ; 11,26), Celui qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16) et qui désire notre bien plus que nous‑mêmes, « ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit » !

Christ Rédempteur-Rio-de-JaneiroOr, nous avons vu précédemment que Dieu se révèle dans le Livre de la Genèse comme celui qui vit en alliance avec « toute chair » (Genèse 9,8-17). Chaque homme, quel qu’il soit, est donc pour Lui un « élu », c’est-à-dire un enfant infiniment aimé de ce Père du ciel qui veut lui communiquer la Plénitude de sa Vie. Ainsi, malgré peut-être toutes les apparences contraires qui ont pu assombrir le ciel de notre vie, Dieu dit à chacun d’entre nous : « tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Isaïe 43,4). Cet amour, il l’a pleinement manifesté en son Fils Jésus-Christ qui s’est livré entre les mains des pécheurs pour accomplir le salut de tous les pécheurs : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous » (Romains 5,8). Et en agissant ainsi, il a accompli toute justice…

En effet, le projet de Dieu était que nous soyons « à son image et ressemblance », « vivant du Souffle de sa Vie », partageant « sa nature divine » et sa Plénitude (Genèse 1,26-28 ; 2,4b-7 ; 2Pierre 1,3-4 ; Colossiens 2,9-10)… Mais le mystère de la désobéissance de l’homme s’est opposé à la réalisation de ce projet… Chassé du jardin d’Eden par sa faute, l’homme n’a pu libre accès à l’Arbre de Vie… Mais Dieu est « juste », c’est-à-dire fidèle à Lui-même. Il est prodigueAmour, Il n’Est qu’Amour. Aussi va-t-il continuer, envers et contre tout, d’accomplir son projet pour chacun d’entre nous, un projet de Plénitude, de Vie, de Paix et de Bonheur profond. C’est ainsi qu’il va « rendre justice » à l’homme en se proposant de faire disparaître tous les obstacles qui nous empêchent de recevoir la Plénitude de ses dons, c’est-à-dire nos péchés, si, de tout cœur, nous le laissons faire ! La première Parole que nous entendrons donc toujours de sa Miséricorde sera : « Tes péchés sont pardonnés » (Luc 5,20)… C’est comme cela que Dieu accomplit toute justice, en pardonnant nos fautes, jour après jour, et en nous redonnant ce dont elles nous avaient privé : sa Vie, sa Lumière et sa Paix… Alors, de pardon reçu en pardon reçu, l’homme devient « juste » devant Dieu, c’est-à-dire conforme au projet de Bonheur, de Plénitude et de Vie qu’il avait pour lui de toute éternité…

Ainsi, pour Dieu, « être juste » ce n’est pas faire la vérité et condamner celui qui mériterait de l’être. C’est au contraire faire la vérité avec celui ou celle qui accepte de la faire, pour ensuite lui pardonner et lui permettre ainsi de devenir vraiment lui-même petit à petit. Cette personne sera alors « justifiée » par sa foi au Christ Sauveur du Monde, c’est-à-dire « ajustée » au projet de Dieu sur elle (Romains 3,26 ; 5,1), et donc remplie par la Plénitude de son Esprit… C’est ce qui commence à se réaliser dès ici-bas par la foi et les sacrements de l’Eglise, en attendant ce Jour où nous connaîtrons enfin parfaitement cette Plénitude (Apocalypse 21,1-7 ; Romains 8,18-25)…

Un aspect de cette « justice de Dieu » est la patience qu’il manifeste envers les pécheurs. Il ne poursuit en effet à leur égard qu’un seul but : les conduire tous en cette Plénitude dont le péché les a privés (Romains 3,23 avec Jean 17,22-23). Et cette patience est un reflet de sa compassion pour les pécheurs qui ne peuvent que souffrir à cause de ce péché qui les divise intérieurement et les détruit. Cette Patience et cette Compassion s’expriment alors en un appel continuellement lancé, d’une manière ou d’une autre, à se repentir pour pouvoir enfin sortir de ces ténèbres et recevoir de sa Miséricorde le Pardon, la Lumière et la Vie. St Paul Logo année de la Miséricordeécrit ainsi : vas-tu « mépriser ses richesses de bonté, de patience et de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir » (Romains 2,4) ? Et St Pierre déclare de son côté, à propos de la venue du Jour du Seigneur, une venue qui tardait pour certains : « Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir » (2Pierre 3,9). C’est ce même St Pierre qui avait en effet entendu le Christ ressuscité lui dire : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins » (Luc 24,46-48). Et soutenu par l’Esprit reçu au jour de la Pentecôte, il ne cessera, tout au long de sa vie, d’inviter au repentir pour recevoir la Vie de l’Esprit : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit. Car c’est pour vous qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera» (Actes 2,38-39). Et nous savons que Dieu appelle tous les hommes au Salut par son Fils qui « a répandu son sang pour la multitude, en rémission des péchés » (Matthieu 26,28 ; cf. Jean, 3,14-18)…

Nous retrouvons cette Patience de Dieu « qui veut que tous les hommes soient sauvés » Logo année de la Miséricorde - détail(1Timothée 2,4) dans notre passage de l’Evangile de Luc où il est dit que Dieu « patiente au sujet de ses élus » (Bible de Jérusalem). En effet, ce n’est pas Dieu qui est « en retard pour accomplir ses promesses », mais l’homme qui tarde à répondre à son appel . « On les appelle en haut, pas un qui se relève ! » (Osée 11,7). Et pourtant, jour après jour, le Christ Ressuscité « attire à lui tous les hommes » (Jean 12,32) et frappe à la porte de leur cœur, en attendant patiemment qu’ils lui ouvre (Apocalypse 3,20). Alors il pourra tout leur pardonner, les purifier, les vivifier…

Si Dieu est donc le premier à vouloir nous « rendre justice », c’est-à-dire à vouloir nous donner ce pour quoi nous avons été créés, tout ce dont le péché nous avait privés, dès que quelqu’un se tournera vers Lui de tout cœur, il ne pourra que lui « faire prompte justice » en déployant toutes les richesses de sa Miséricorde. Et il sera le premier à se réjouir en voyant son enfant retrouver avec Lui le chemin de la Paix et de la Joie (Luc 15,7.10 ; Sophonie 3,16-18 ; Luc 1,76-79 ; Jean 14,27 ; 15,11) !

Cette invitation à la prière persévérante lancée en Luc 18,1 sera renouvelée avec la parabole du Pharisien et du Publicain (Luc 18,9-14) où retentira à nouveau un appel à l’humilité et à la vérité (Luc 17,7-10). St Luc en profitera également pour illustrer tout ce que nous venons de voir. Un publicain, c’est-à-dire un collecteur d’impôts considéré autrefois comme un voleur et un traître à la solde des Romains, accepte de regarder sa vie en vérité. Son indignité et son péché lui sautent aux yeux. Aussi, « il se tenait à distance, n’osant même pas lever les yeux au ciel, et il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! » Miséricorde de Dieu(Littéralement : « Sois favorable », « fais miséricorde »). Sa supplication rejoint tout à fait le désir de Dieu qui aussitôt va lui « rendre justice » en lui donnant, par le pardon de ses péchés, de devenir un homme « juste », c’est-à-dire conforme à son projet sur chacun d’entre nous. Et de fait, « ce dernier descendit chez lui justifié », c’est-à-dire pardonné, réconcilié avec son Dieu et Père Source de Vie et donc remplie, dans la foi et par sa foi, de sa Vie… C’est ce que vivra aussi Zachée, « un chef de publicains », qui accueillera le Christ Sauveur dans sa maison, et surtout dans son cœur… Or, nul ne peut dire « j’aime ce Dieu que je ne vois pas » sans aimer ses frères qu’il voit (1Jean 4,20). Car Dieu est Amour, Source d’Amour. L’accueillir, c’est s’ouvrir à l’Amour et accepter de se laisser entraîner par l’Amour sur les chemins de l’amour et de la justice. Et Zachée va manifester à Jésus la réalité de sa conversion et de son ouverture à Dieu en lui disant : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Aussi Jésus ne pourra que constater : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison » (Luc 19,8-9). Par sa foi en l’Amour et en la Miséricorde de Dieu, Zachée est devenu « un homme juste »…

Par contre, il n’en est pas de même pour le Pharisien de la parabole. Il était pourtant considéré à l’époque comme « un homme religieux », et rien ne dit dans le texte qu’il ment lorsqu’il déclare certainement en toute sincérité qu’il n’est ni « rapace, ni injuste, ni adultère », « jeûnant deux fois la semaine et donnant la dîme de tout ce qu’il acquiert ». Mais il était Pharisien-Publicaintouché par la pire des lèpres, celle de l’orgueil qui lui faisait croire qu’il est quelqu’un de bien, quelqu’un qui agit bien… Et il n’a besoin de personne, pas même de Dieu, pour être et pour vivre ainsi. Dieu, dans un tel schéma, ne peut alors que reconnaître « son excellence » et lui donner en retour tout ce qu’il mérite… Et puisqu’il porte un tel regard sur sa personne, il aura tendance à mépriser ceux et celles qui, manifestement, n’ont pas encore atteint son degré de perfection… Heureusement, pense-t-il, il n’est pas « comme ce publicain »… Et pourtant, s’il pouvait être comme ce publicain ! Il aurait reconnu en vérité ses faiblesses, son égoïsme, sa cupidité, ses manques d’amour, et il aurait été aussitôt consolé, encouragé, pardonné, relevé et comblé par la Paix et la Force de Dieu… Il aurait alors constaté par lui-même que « le salut est donné par Dieu ». « Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier » (Apocalypse 7,9-10 ; 2,10.17 ; 3,21 ; 21,6 ; Ephésiens 2,4-10). Mais non ! Ce Pharisien est riche de lui-même et donc pauvre de l’Autre et de tous ses dons… Il est aveuglé par son péché (Jean 9,39-41). Il se croit heureux, alors que privé de la Présence de Dieu et de sa grâce, il lui manque l’essentiel… « Malheureux, vous, les riches, car vous avez votre consolation » (Luc 6,24), cette richesse qui est incapable de vous procurer les vraies joies… Mais « heureux, vous les pauvres de cœur » qui mettez en Dieu votre espérance, car « le Royaume des cieux est à vous » (Matthieu 5,3). « Votre Père en effet s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32)…

Enfant souriantJésus invitera ensuite les « petits enfants à venir à lui » (Luc 18,15-17), ces êtres qui ne pouvaient pratiquer la Loi avant l’âge de treize ans et que l’on considérait très souvent avec mépris. L’enfant n’a rien à faire valoir pour recevoir une quelconque récompense, sinon le fait qu’il est là. S’il a la chance d’avoir une famille, il attend tout de ses parents, il peut compter sur eux et « n’entretient aucun souci » puisqu’il en est sûr, « en tout besoin », ils s’occupent de lui (Philippiens 4,4-7 ; Luc 12,22-31). Cette famille, indépendamment de toutes les souffrances qui ont pu être les nôtres en ce domaine, nous l’avons avec ce Dieu qui, par son Fils, s’est révélé être « Notre Père » à tous : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » disait à ses disciples Celui qui « n’a pas rougi de nous appeler ses frères » (Jean 20,17 ; Hébreux 2,11). Il nous faut donc développer cette confiance envers Dieu Notre Père et retrouver avec Lui un cœur de « petit enfant, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu » (Luc 18,16). Le Royaume de Dieu doit être accueilli en effet avec la même simplicité qu’un petit enfant lorsqu’il accueille avec confiance ce que ses parents lui donnent, dans cette certitude qu’ils ne cherchent et ne désirent que le meilleur pour lui…

Puis un notable s’approche de Jésus (Luc 18,18-23), avec le même état d’esprit que le Pharisien de la Parabole : pour eux, il faut « faire » quelque chose pour recevoir en récompense « la vie éternelle ». Jésus a déjà répondu à cette question puisque justement « le Royaume de Dieu » est cette « vie éternelle » que Dieu veut nous donner et qui nous permettra d’être en communion avec Lui et avec tous nos frères[5]… Pour « avoir en héritage la vie éternelle », il suffit donc de devenir semblable à « un petit enfant » en présence de Celui qui est « venu pour que nous ayons la Vie, et que nous l’ayons en surabondance ». Alors, « Christ Miséricordieuxque l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement » (Jean 10,10 ; Apocalypse 21,6 ; 22,17 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39 ; 5,24.40 ; 6,33.35.40.47.48.53-58…). Mais ici, Jésus va accueillir cette personne telle qu’elle est, et il va entrer dans son schéma de pensée en lui rappelant ces commandements centraux de la Loi de Moïse qu’il connaît par cœur (Exode 20,1-17 et tout spécialement 20,12-16 ; Deutéronome 5,6-21 et tout spécialement 5,16-20)… Il devait donc bien s’attendre à une réaction de sa part, réaction qui lui donnera l’occasion d’aller plus loin. Et de fait, elle ne manque pas : « Tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse » (cf. Philippiens 3,5-6). Jésus lui demande alors ce détachement vis-à-vis des biens matériels si souvent abordé précédemment : « Une chose encore te fait défaut : Tout ce que tu as, vends-le et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi ». C’est ce « viens et suis-moi » qui permet à Jésus de lui faire cette demande apparemment si exorbitante. En effet, s’il accepte, il ne sera plus jamais seul. Jésus sera avec lui « tous les jours », à toute heure (Matthieu 28,20 ; Marc 3,14). Il veillera sur lui, il s’occupera de lui jusque dans les moindres petits détails de sa vie de telle sorte que non seulement il ne manquera de rien (Luc 22,35), mais il recevra encore « dès ce temps-ci bien davantage » que tout ce qu’il a pu « laisser à cause du Royaume de Dieu ». « Et dans le monde à venir », il sera comblé de la « vie éternelle », ce « trésor » déjà présent dès ici-bas dans le secret de la foi et des cœurs (Luc 18,24-27 ; 2Corinthiens 4,6-7)… Ce que Jésus demande en fin de compte à ce notable de bonne volonté, c’est la confiance, la foi en lui…

Mais hélas, il était « fort riche » et mettait son cœur dans ses richesses. Il attendait d’elles sa consolation, son bonheur et peut-être une gloire tout humaine (Jean 5,44), et il refusera de perdre tout cela… Il a voulu sauvegarder sa vie, mais pour l’instant, il l’a perdue (Luc 17,33). Il n’a pas accueilli le Christ et sa Parole dans « la Joie de l’Esprit » (1Thessaloniciens 1,6), et « il devint tout triste »…

« Comme il est difficile à ceux qui ont des richesses », dit alors Jésus, « de pénétrer dans le Royaume de Dieu ! Oui, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Luc 18,24-25). Tous les disciples qui l’entourent savent bien qu’ils sont tous riches d’une manière ou d’une autre, et ils se sentent concernés par cette Parole de Jésus tout comme plus tard, lorsqu’il leur dira : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous livrera ». Et chacun alors posera la question : « Serait-ce moi ? », car ils se sentaient tous capables, quelque part, de le faire (Marc 14,17-21)… D’où ici leur désarroi : « Mais alors », puisqu’il est impossible « à un chameau de passer par un trou d’aiguille… qui peut être sauvé ? » La voie semble sans issue, mais pour la Miséricorde infinie et Toute Christ Bon Pasteur - vitrailPuissante de Dieu (cf. Luc 1,49-50), elle ne l’est pas. Lui est « capable » par « sa puissance agissant en nous, de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir » de telle sorte que « ce qui est impossible pour les hommes est toujours possible pour Dieu » (Ephésiens 3,20 ; Luc 18,27. Jésus nous invite ainsi à la patience, à la persévérance, à la confiance et à l’espérance envers Celui qui « cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée » … Et il est hors de question pour lui d’abandonner sa recherche tant qu’il ne l’a pas retrouvée (Luc 15,4-5)… Cet homme a dit « non » aujourd’hui ? Dieu, par son Esprit, continuera de venir à sa rencontre et de l’appeler à sa Vie… Et un jour, espérons qu’il dira « Oui ! ».

Cette patience, cette fidélité, cette persévérance de Dieu n’enlèvent rien à l’urgence de se convertir, car le péché amène toujours avec lui son escorte de souffrances et parfois de malheurs… C’est ainsi que Jésus pleurera sur Jérusalem, car « elle n’a pas compris le message qui pouvait lui apporter la paix, il est demeuré caché à ses yeux ». Aussi, et hélas pour elle, toutes sortes de catastrophes dûes à la violence des hommes s’abattront sur elle « parce qu’elle n’as pas reconnu le temps où elle fut visitée » (Luc 19,41-44). Puissions-nous donc reconnaître aujourd’hui les « visites » de Dieu dans notre vie, Lui qui ne cesse de venir à nous, de nous appeler au repentir et de s’offrir à notre foi pour que nous puissions connaître avec lui le Repos et la Paix (Matthieu 11,28-30 ; Psaume 81(80),7-8)…

Christ, chapelle Ste Bernadette, Cité St Pierre, LourdesEt Jésus poursuit résolument son voyage vers Jérusalem pour que s’accomplisse « tout ce qui a été écrit par les Prophètes pour le Fils de l’homme. Il sera en effet livré aux païens, bafoué, outragé, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera » (Luc 18,31-33). C’est ainsi que devait s’accomplir le Salut du monde, le mystère de notre Rédemption et Jésus s’avance à la fois avec ardeur, par amour pour chacun d’entre nous, mais aussi avec angoisse face à toutes les souffrances qui l’attendent… Pour l’instant, les disciples sont toujours en marche vers la Lumière. Certes, ils ont commencé à la percevoir en Jésus, mais ils sont loin de s’imaginer qu’ils ont en face d’eux « le Fils Unique de Dieu » uni à son Père dans la communion d’un même Esprit, Dieu Lui-même… Et ils ne peuvent pas encore comprendre ce que veut dire « ressusciter d’entre les morts »… Il leur faudra attendre la Résurrection du Christ, ses nombreuses apparitions et le don de l’Esprit Saint pour entrer plus avant dansRésurrection - Lourdes Basilique du Rosaire son Mystère… Le Christ ressuscité « leur ouvrira alors l’esprit à l’intelligence des Ecritures » (Luc 24,45), et leur révèlera toute chose par cet Esprit qui « sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu. Qui donc entre les hommes sait ce qui concerne l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Or, nous n’avons pas reçu, nous, l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, pour connaître les dons de grâce que Dieu nous a faits » (1Corinthiens 2,10-12). Commencera alors pour eux l’aventure de la suite du Christ Ressuscité, invisible à leurs yeux de chair, mais présent par l’Esprit à la vie de l’Eglise et du monde pour inviter tout homme à la conversion et lui permettre ainsi d’accueillir dès maintenant, par sa foi et dans la foi, la Vie du Christ Ressuscité Lui-même… « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres mais ait la lumière de la vie » (Jean 12,46 ; 8,12)…

                                                                                                               D. Jacques Fournier

[1] Alors que Pierre est en train de parler à ceux-là mêmes qui ont contribué à crucifier le Christ en criant devant Pilate « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »

[2] Actes 3,26 (Traduction liturgique ; Pierre parle à ceux-là mêmes qui ont contribué à crucifier le Christ) :

« C’est pour vous d’abord que Dieu a fait se lever (ressusciter) son Serviteur, et il l’a envoyé vous bénir, en détournant chacun de vous de ses actions mauvaises ». Dans cette traduction, le Christ apparaît comme le premier acteur de notre conversion : c’est Lui qui nous détourne de nos actions mauvaises… Et nous avons simplement à consentir à son œuvre en lui opposant le moins de résistance possible… La TOB a une traduction semblable : « C’est pour vous que Dieu a d’abord suscité puis envoyé son Serviteur pour vous bénir en détournant chacun de vous de ses méfaits ». Et en note, elle précise : « La conversion serait ainsi un don de Dieu (cf. 5,31 ; 10,36 ; 11,18…) et de son Serviteur. Mais on pourrait traduire aussi : … « pour bénir chacun d’entre vous s’il se détourne de ses méfaits » », comme l’a fait la Bible de Jérusalem : « … du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités ». Cette deuxième possibilité est tout aussi vraie que la première. Elle est complémentaire et présente le second volet indispensable à toute conversion réelle et profonde : nous avons nous aussi à prendre la décision, en toute liberté et responsabilité, de nous convertir… Mais à la lumière de la première traduction possible, cette décision revient, comme nous l’avons déjà dit, à être le plus souple, le plus docile possible entre les mains de Celui qui, le premier, est à l’œuvre pour nous convertir, en nous indiquant le bon chemin et en nous donnant la force de nous y engager… Ainsi, vraiment, « tout est grâce » (Ste Thérèse de Lisieux)…

[3] Noter en ce dernier texte l’expression « toute chair » qui intervient quatre fois en signe d’universalité (le chiffre 4 renvoie en effet aux quatre points cardinaux). On retrouve cette expression à portée universelle en Psaume 65(64),1-4 ; 136(135),25-26 ; 145(144),21 ; Jérémie 32,27 ; Joël 3,1 (cf. l’explication par Pierre de la Pentecôte en Actes 2,16-18) ; Proverbes 4,20-24 ; Job 12,7-10 ; 34,14-15 à la lumière de Genèse 2,4b-7 ; Siracide (Ecclésiastique) 1,1-10 ; Luc 3,6 (citation d’Isaïe 40,5) ; Jean 17,1-3.

[4] Le texte emploie ici le verbe grec « épistréphô, ramener ; revenir » employé dans le Nouveau Testament pour évoquer l’idée de « conversion » (Luc 17,4 : « s’il revient à toi » ; Actes 3,19 ; 9,35 ; 14,15 ; 26,18.20). Nous retrouvons ainsi avec ce verset que le premier acteur de notre conversion est Dieu lui-même. Et voilà bien ce qu’il fera avec son Fils, le Christ Jésus, « le Bon Pasteur », qui part à la recherche de sa brebis perdue « jusqu’à ce qu’il la retrouve. Et quand il l’a retrouvée, il la met tout joyeux sur ses épaules, et la ramène à la maison » (Luc 15,4-7), la Maison du Père (Jean 14,1-3)… Puissions-nous tous nous laisser faire, jour après jour !

[5] Comparer Marc 9,43 et 9,45 avec 9,47 ; dans les deux premiers cas, Jésus parle de « vie », tandis que dans le dernier, il emploie une expression semblable avec la notion de « Royaume »… De plus Romains 14,17 dit : « Le Royaume de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » ; or, « l’Esprit vivifie » (2Corinthiens 3,6 ; Jean 6,63 TOB ; Romains 8,11 ; Galates 5,25).

Fiche n°18 – Lc 17-18,34 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Remettre Dieu à la première place dans sa vie (Luc 14-16)

Un Chef des Pharisiens invite Jésus à un repas le jour du Sabbat (Luc 14,1-6)

Nous retrouvons ici la question du Sabbat déjà abordée en Luc 6,6-11 et 13,10‑17. Et avec elle, se pose à nouveau celle de la Loi : pourquoi existe-t-elle, dans quel contexte doit‑elle être interprétée, quel est son but ? Marc 2,27 nous donne la réponse à partir justement du Sabbat : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat ». Ce qui est à la première place, ce n’est donc pas la Loi mais l’homme. L’homme n’a pas été fait pour la Loi, c’est la Loi qui a été faite pour l’homme. Elle est tout entière à son service pour le guider sur le chemin de la Vie, de la Plénitude et de la Paix. Or Dieu, Source d’Eau Vive, a créé l’homme pour qu’il trouve dans sa relation avec Lui la Plénitude de la Vie et donc son réel épanouissement. La Loi au départ était au service de cette relation de cœur avec Dieu. Elle invitait l’homme à se tourner tout particulièrement vers son Créateur et Père au moins une fois par semaine pour vivre ce temps de « sabbat » avec Lui (Exode 20,8‑11) et recevoir ainsi de sa générosité et de sa tendresse le repos intérieur, la Paix et le renouvellement des forces pour repartir ensuite dans le combat de la vie (Psaume 23(22),1-3 ; 62(61),1-3.6-9 ; 94(93),12‑13 ; 116(115),1-9)…

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Vézelay, tympan intérieur de la Basilique

Mais les scribes et les Pharisiens, dans la folie de leur orgueil, avaient perdu au fil du temps cette perspective première. La Loi était devenu pour eux un moyen de rechercher leur propre gloire : « J’ai bien agi, donc je suis quelqu’un de bien et mes actions me valent de recevoir ce que je mérite… » ! Dieu n’intervient pas dans un tel schéma, sinon pour acquiescer et s’empresser d’obéir en donnant la récompense « méritée »… Ils mettaient donc toutes leurs forces à observer les plus petits commandements de la Loi et de la Tradition des Anciens (Galates 1,13‑14 ; Philippiens 3,4-6). Ils avaient du zèle, reconnaîtra St Paul, mais « il était mal éclairé » (Romains 10,2)… Et puisqu’ils se croyaient parfaits, ils se donnaient en exemple et multipliaient les exhortations, les ordonnances et les préceptes, tout en se considérant eux‑mêmes comme étant bien au-dessus de tout cela (Luc 18,11-12)… Ils disent, ils se vantent, mais ils ne font pas (Matthieu 23,1-7)… Et ceux qui essayaient de vivre selon leurs indications se décourageaient très vite et risquaient ou bien d’abandonner leur recherche de Dieu (Matthieu 23,13) ou bien d’adopter rapidement la même attitude hypocrite (Matthieu 23,15). Ils se croyaient les meilleurs, mais ils n’avaient pas en eux l’amour de Dieu (Jean 5,42) ! Ils s’attachaient à payer la dîme sur la plus petite des plantes potagères, et ils oubliaient de pratiquer ce que Dieu attend de nous tous : « la justice, la miséricorde et la bonne foi » (Matthieu 23,23). Pire, ils pervertissaient la Loi par leurs enseignements et « annulaient ainsi la Parole de Dieu au nom de leurs traditions » (Matthieu 15,1-9)…

Vézelay tympan intérieur

Pour remettre les choses à leur juste place, Jésus invitera ses disciples à la vérité de la vie. Et cette vérité sera d’abord celle de leur conversion : ils étaient perdus, ils ne connaissaient pas Dieu et menaient une vie contraire à ses attentes, mais Lui est venu à leur rencontre en leur manifestant les profondeurs infinies de sa Miséricorde et de sa Tendresse (1Timothée 1,12‑17). Sa Lumière les a alors arrachés à leurs ténèbres, sa Bonté leur a ouvert gratuitement les Portes du Royaume et de la Vie. Ils ont pu commencer avec Lui une vie nouvelle, soutenue par la Présence de sa grâce, faisant chaque jour l’expérience de leur fragilité, de leur faiblesse, mais aussi de la fidélité sans faille de l’Amour de Dieu et de son soutien (2Corinthiens 12,7-10 ; Isaïe 54,10). Ce qui est premier pour Dieu, c’est l’homme, sa vie, qu’il soit le plus possible pleinement lui-même dans toutes les dimensions de son être, et qu’il grandisse dans la participation à cette Plénitude de Vie qu’Il désire nous communiquer. La Loi devait être au service de la vie ? Le Christ, le Fils Unique de Dieu fait chair se révèlera comme le Serviteur de cette vie (Jean 13,1-17). Il purifiera la Loi de tous ces préceptes contraires à la volonté de Dieu qui s’étaient accumulés au fil du temps. Et il la remettra à sa juste place, au service de la vie… Ainsi par exemple, un jour de sabbat, ses disciples eurent faim… Ils virent des épis de blé au bord du chemin et en prirent quelques grains pour apaiser leur faim. Pour les Pharisiens, ils font quelque chose qui est interdit le jour du Sabbat : ils moissonnent ! Pour Jésus, leur vie passe avant tout, ils ne font rien de mal (Matthieu 12,1-8)…

Vézelay tympan intérieur

En Luc 14,1-6, Jésus rencontre donc un hydropique, un jour de Sabbat, sur le chemin qui le conduisait à la maison d’un chef de Pharisiens où il avait été invité à manger. La vie de l’homme passe toujours pour lui en premier ! Aussi fera-t-il ce que les Pharisiens interdisaient : « Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler ; venez donc ces jours-là vous faire guérir, et non le jour du sabbat ! » (Luc 13,14). Mais Jésus « prit le malade, le guérit et le renvoya »… Notons ici l’initiative de Jésus qui, devant le chef des Pharisiens, « prend » le malade et donc le touche ! Or à cette époque, la maladie était comprise comme la conséquence d’un péché. Tout malade était donc impur et il était interdit de les toucher sous peine de devenir impur à son tour. Mais, la vie de l’homme toujours en premier ! Et Jésus touche ce malade, geste de tendresse, de compassion, de compréhension… Jésus le prend, le guérit, et le renvoie libre de tout ce qui, jusqu’à présent, entravait sa vie… Or nous sommes tous, quelque part, malades, blessés au plus profond de nous-mêmes, souffrants en nos âmes et parfois en nos corps, en quête de guérison et de plénitude… Jésus la désire plus que nous-mêmes : allons-nous lui faire confiance, allons-nous le laisser nous prendre (Jean 14,1-3 ; Luc 15,4-7) et nous emporter là où Il veut que nous soyons tous, dans le Royaume de son Père, dans sa Vie, sa Paix et sa Lumière (Jean 17,20-24) ? Si nous le laissons faire, il nous arrachera encore et encore à nos ténèbres (Colossiens 1,12-14), il nous guérira de toutes les conséquences de nos péchés (Jérémie 2,22 ; Psaume 103(102),1-5 ; 107(106),17-22 ; 30(29),3-4 ; 41(40),5 ; Jérémie 17,13-14 ; 30,17 ; 33,6-9 ; Isaïe 30,26 ; 58,1‑12[1]), il les prendra sur Lui, il les portera avec nous (1Pierre 2,24 ; Matthieu 11,28-30 ; Psaume 81(80),7), et il nous donnera la Paix du cœur (Jean 14,27), synonyme de Plénitude et de Vie éternelle. Puis il nous renverra dans la vie, libres car libérés de tous nos liens (Jean 8,31-36 ; 11,44) et en communion avec Lui (1Corinthiens 1,9 ; 1Jean 1,1-4). Il sera alors le compagnon fidèle de notre quotidien pour nous soutenir, nous guider, nous aider, nous secourir jusqu’à ce que nous soyons enfin arrivés là où il nous attend tous…

Christ ressuscité - Jean Cocteau

Christ Ressuscité, peint par Jean Cocteau (Chapelle St Blaise des Simples ; Milly la Forêt)

Les Pharisiens se taisent à nouveau, refusant de dire à Jésus qu’il a raison, et refusant du même coup de reconnaître qu’ils étaient dans l’erreur. Pourtant, lorsqu’il y avait danger de mort, la Loi permettait d’agir, et Jésus le sait bien : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » Il était en effet permis d’agir en cas de danger de mort, et Jésus, Lui, sauve du plus grave danger qui soit : les conséquences du péché, la séparation d’avec Dieu et la mort en tant qu’absence de Vie qui s’ensuit (Jean 5,14)… C’est la troisième fois que Jésus aborde ce sujet avec eux ! Allaient-ils enfin reconnaître à travers ses œuvres la Présence de ce Salut qu’il est venu nous offrir ? Hélas, « l’orgueil est leur collier » (Psaume 73(72),6), il les aveugle (Jean 9,41)… Aussi Jésus va-t-il les appeler à l’humilité… Après la guérison de l’hydropique, il entre dans la maison du Chef des Pharisiens et remarque que beaucoup « choisissaient les premiers divans ». Dans les grandes occasions, on mangeait en effet « à la romaine », étendu de côté sur un divan (cf. Jean 21,20)… Et Jésus reprendra à nouveau l’image des noces (cf. Luc 12,36), évoquant avec elle l’Alliance que Dieu veut construire avec l’humanité tout entière (Genèse 9,8-17). Un mot intervient alors très souvent : « invité » (Luc 14,7.8.9.10). Il prépare le passage qui suivra où Dieu sera présenté comme celui qui, avec son Fils et par lui, nous invite tous gratuitement, par amour, à sa table (Proverbes 9,1‑6 ; Apocalypse 19,9). Mais l’orgueilleux ne serait tenir en présence de Dieu (Isaïe 2,10-17). Aussi Jésus va-t-il essayer de les faire grandir dans l’humilité en leur conseillant de ne pas choisir les premières places. Si celui qui a organisé le repas avait déjà réservé cette place à quelqu’un d’autre, il faudrait se lever devant tout le monde et quitter la première place tant recherchée pour aller à la dernière. L’orgueilleux humilié ne pourra alors que connaître « la confusion » (cf. Luc 13,17). Celui qui, par contre, choisit la dernière place, « estime les autres supérieurs à soi » et manifeste ainsi son humilité (Philippiens 2,3). Et si le Maître du repas décide de le faire monter plus haut, quelle gloire et quel honneur pour lui… Et c’est toujours ce que Dieu fait : si les orgueilleux ne peuvent que connaître la confusion et la honte à cause de leur orgueil, Dieu, lui, « élève les humbles » (Luc 1,51-52), leur donne sa Gloire (Jean 17,22) et les fait siéger à ses côtés (Luc 22,30) !

Chapelle St Blaise des simples

Motif floral peint par Jean Cocteau, chapelle St Blaise des Simples, Milly la Forêt

Or « l’humble » est avant tout celui qui accepte de faire la vérité sur lui-même et donc de reconnaître ses limites, ses faiblesses, sa misère, ses incohérences… Si cette démarche s’accomplit de tout cœur avec le désir et l’espoir de grandir, avec l’aide de Dieu, dans la fidélité et dans l’amour alors Dieu ne pourra une fois de plus qu’être Bienveillant envers le malade qu’il guérira, l’injuste qu’il justifiera (Luc 5,31-32 ; Romains 3,26), le pécheur qu’il sanctifiera (1Corinthiens 6,9-11 ; 1Thessaloniciens 5,23-24 ; Jean 1,29) en lui donnant une dignité incomparable, la sienne (Luc 22,24-30 ; Jean 12,26) ! C’est ainsi que le Publicain repentant repartit chez lui justifié, à la différence du Pharisien orgueilleux (Luc 18,9-14). C’est ainsi que le fils prodigue repentant se retrouva revêtu d’un vêtement de prince (Luc 15,22). C’est ainsi, disait Jésus aux scribes et aux Pharisiens que « les prostituées vous précèdent dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 21,31-32). Et elles savent bien qu’elles ne doivent leur condition nouvelle qu’à la Miséricorde du Seigneur ! C’est pourquoi la pécheresse repentante avait le cœur débordant de reconnaissance et d’amour (Luc 7,36-50)… Ainsi, « quiconque s’élève sera abaissé » par le simple fait que son orgueil, qui est mensonge et illusion, apparaîtra en pleine lumière dans la Lumière de la Vérité. Mais « celui qui s’abaisse » en faisant humblement la vérité ne pourra que rencontrer en vérité Celui qui ne cherche qu’à sanctifier, vivifier, glorifier… « Il sera donc élevé » par Dieu Lui-même jusqu’à Lui, en son Ciel, sa Vie, sa Gloire et sa Lumière, comme le fût Jésus au jour de son Ascension (Luc 24,50-53 ; Matthieu 19,28 et pour Dieu, juger, c’est sauver (Jean 3,17-18))…

Lourdes - Ascension

Lourdes, Basilique du Rosaire, Ascension du Christ

Pour les aider à guérir de leur orgueil, Jésus vient donc d’appeler très concrètement ceux qui choisissaient les premières places à l’humilité. Et puisque l’orgueilleux risque de se rechercher dans toutes les actions qu’il pose, Jésus va également les inviter à la gratuité, à la pureté d’intention, en posant des actions pour Dieu et pour Lui seul. Et ils le feront en ne cherchant que le bien de ceux et celles qui les entourent (cf. 1Jean 4,20 ; Matthieu 22,34-40)… Or « les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles », tous les blessés de la vie, d’une manière ou d’une autre, sont ceux qui en ont le plus spécialement besoin. Mais quelle révolution pour ces Pharisiens d’accepter de faire entrer chez eux tous ces êtres impurs qui « contaminent » tout ce qu’ils touchent (cf. Jean 18,28) ! Elle ne pourra se faire que petit à petit. St Pierre en sera le premier à en faire l’expérience. Il ne lui faudra rien de moins qu’une apparition pour lui permettre de dépasser toutes ces barrières de soi disant « pureté » ou « impureté » que les hommes avaient dressées entre eux en se servant de la Loi (Actes 10,1-11,18 ; Ephésiens 2,14-18).

Dieu est amour 2

De plus, Dieu se révèle indirectement en ces lignes, Lui dont l’Amour est absolument pur, Lui qui ne se recherche en rien, Lui qui ne fait que poursuivre inlassablement le bien de ceux et celles qu’il aime… Et il aime tous les hommes, même – et tout spécialement – ceux qui font le mal et ne peuvent donc que connaître, dans leur cœur, « la souffrance, l’angoisse » (Romains 2,9), et la tristesse… Or Dieu nous a faits pour la vie ! « Aimer » sera alors synonyme pour lui d’invitation inlassable à la conversion, pour que le pécheur puisse enfin, avec le secours de sa grâce, quitter les chemins du mal et de la mort pour trouver avec Lui celui de la vraie Vie et de la Paix…

Dans la dernière section du chapitre 14 (Luc 14,15-35), Jésus, après s’être attaqué aux pièges de l’orgueil, va remettre à leur juste place les biens matériels et les relations familiales. Rien dans ce domaine n’est mauvais en soi, bien au contraire. Mais la préoccupation première de l’homme devrait être son lien avec Dieu, Source de sa Vie. Tout le reste en découle. Et tout ce qui pourrait conduire à délaisser Dieu doit être corrigé. Dieu est ainsi, absolu, exclusif… Il demande tout, car de son côté, il donne tout et permet ensuite de vivre une relation juste avec tout… Il ne s’agit donc pas de tout lui donner pour être privé de tout, mais au contraire de lui offrir toutes nos fausses pistes de bonheur pour trouver avec Lui cette Plénitude pour laquelle il nous a créés et qu’il veut nous donner de tout son Cœur…

Christ Rédempteur (Rio de Janeiro, de nuit)A la béatitude de Jésus, « heureux seras-tu » de ce que les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles que tu auras invités « n’ont pas de quoi te le rendre, car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes », un convive répond avec une autre béatitude : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume des Cieux »… C’est vrai, mais pour qu’il en soit réellement ainsi, Jésus va nous mettre en garde contre tout ce qui pourrait nous empêcher de répondre à l’invitation du Seigneur. Notons la perspective mise en place : « un grand dîner » où « beaucoup de monde » est invité… Toute l’humanité est conviée au festin du Royaume… Indirectement Jésus se présente comme « le Serviteur », qui, en servant Dieu, se met au service des hommes pour leur transmettre l’invitation à la Vie que Dieu leur adresse… « Venez ; maintenant tout est prêt »… « Tout est accompli » (Jean 19,30), l’Esprit Saint, arrhes du Royaume, nous est déjà donné (1Thessaloniciens 4,8 ; Ephésiens 1,13-14 ; Jean 20,22) … Il suffit d’ouvrir son cœur pour vivre dès maintenant, dans l’aujourd’hui de notre foi, les réalités invisibles du Ciel que nous découvrirons pleinement par-delà notre mort …

Tout est donné, tout est offert… Mais celui qui n’a d’autre préoccupation que « le champ » ou « les cinq paires de bœufs » qu’il vient d’acheter, comment pourra-t-il l’accueillir ? De même, « celui qui vient de se marier » et ne pense qu’à cette nouvelle vie qui s’ouvre à lui, comment pourra-t-il l’accueillir ? Jésus reprendra systématiquement ces deux points en les radicalisant. Les paraboles de l’homme qui « veut bâtir une tour » ou celle du roi qui « part faire la guerre à un autre roi » n’auront en effet d’autre but que d’illustrer ce principe : « Quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple » (Luc 14,28‑33)… Et juste avant, Jésus avait de nouveau abordé les relations humaines, mais cette naissance de jéusfois ce n’est pas seulement l’époux ou l’épouse qui sont concernés, mais les êtres les plus chers, jusqu’à sa propre vie : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14,25-26). Le verbe « haïr » est choisi à dessein : rien ni personne, pas même les plus proches parmi les proches, ne doivent passer avant Dieu. Et si Dieu est vraiment à la première place dans nos cœurs, alors Lui-même sera le principe d’une relation renouvelée, fortifiée, intensifiée avec tous ceux et celles que nous aimons… Avec Lui, nous honorerons nos parents, nous serons fidèles en amitié (Matthieu 19,16-19), nous aimerons notre époux ou notre épouse avec l’Amour même du Seigneur (Ephésiens 5,21-33)…

Cet enseignement est aussi l’occasion pour Jésus de montrer à quel point « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Timothée 2,4). Trois personnes viennent de refuser de répondre à l’invitation ? « Vite », il faut partir « par les place et les rues de la ville » à la rencontre de tous les autres, et tout spécialement de tous ceux qui souffrent, « les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux », car Dieu les veut à sa table… On découvre ainsi que si quelqu’un fait de même ici-bas (Luc 14,13), son festin sera « signe du Royaume » ! Il agira « à l’image et ressemblance de Dieu » (Genèse 1,26-27)… Mais il faut faire plus encore… foule 2Quand « les ordres sont exécutés et qu’il y a encore de la place », il faut aller « par les chemins et le long des clôtures » pour inviter tous ceux et celles que nous rencontrerons[2]… Et pour souligner l’intensité avec laquelle Dieu nous veut avec Lui, auprès de Lui, « de tout son cœur et de toute son âme » (Jérémie 32,40-41), Jésus fait dire au Maître de Maison : « Fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse », même si l’homme est libre et peut toujours refuser ce que Dieu désire si « fort » pour lui… St Paul brûlera de cette même ardeur : « Je me suis fait tout à tous afin d’en sauver à tout prix quelques uns » (1Corinthiens 8,18-22)… Demandons lui, à notre tour, la grâce de participer le plus possible à cette œuvre de Salut universel… Peut-il exister en effet quelque chose de plus beau que de travailler à la Vie éternelle, à la Joie, à la Paix, au vrai Bonheur de tous ceux et celles qui nous entourent ?

Enfin, ce chapitre se conclue par un appel lancé par Jésus à ses disciples : c’est par leur relation à Dieu qu’ils sont ce qu’ils sont, « sel de la terre, et lumière du monde » (Matthieu 5,13‑16). Qu’ils veillent donc à garder Dieu à la première place en leur cœur, et à ne pas laisser « les soucis du monde, la séduction de la richesse et les autres convoitises » les pénétrer et étouffer ainsi la Parole, qui demeurerait alors sans fruit (Marc 4,19). C’est du Dieu
Source d’Eau Vive qu’ils reçoivent la Vie (Jérémie 2,13 ; 17,13-14 ; Psaume 42(41),2-3 ; Jean Source 24,10‑14 ; 7,37-39), du Dieu Lumière la Lumière (1Jean 1,5 ; Ephésiens 5,8 ; Jean 12,35-36 ; 8,12), du Dieu Amour l’Amour (Romains 5,5 ; Galates 5,22), du Dieu Esprit l’Esprit qui vivifie, fortifie, apaise et console (Jean 4,24 ; 6,63 ; Galates 5,25 ; Ephésiens 3,16 ; 2Timothée 1,7)… Sans Lui, ils ne sont rien, avec Lui, ils peuvent tout (Jean 15,5 ; Philippiens 4,13)…

Jésus Miséricordieux

Les Trois paraboles de la Miséricorde (Luc 15)

Jésus vient d’inviter ses auditeurs à mettre Dieu à la première place dans leur vie. Il va maintenant leur révéler qu’ils sont, eux, à la première place dans le cœur de Dieu surtout s’ils sont meurtris, blessés, perdus… Les principales catégories de personnages sont présentes. « Les publicains » (collecteurs d’impôts pour les Romains) et « les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre ». Le courant passe donc entre eux et Jésus, le Sauveur du Monde… Les scribes et les Pharisiens sont par contre emmurés dans leur orgueil : « ils murmurent » entre eux…

 BonPasteur

Parfois, les auteurs bibliques écrivent en utilisant la technique de l’inclusion qui consiste à répéter une ou plusieurs idées disposées autour d’un centre, et c’est bien sûr ce centre qui constitue à leurs yeux le message principal. La Parabole de la Brebis perdue est rédigée ainsi. Si, en la lisant, notre attention se fixe tout naturellement sur le Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve, puis la met sur ses épaules et la ramène à la maison, le centre autour duquel gravite St Luc n’est pas celui-là ! Au cœur du texte, nous découvrons en effet l’appel de Jésus lancé aux scribes et aux Pharisiens pour qu’ils soient avec lui et se réjouissent avec lui du salut de tous. Ce sont eux, en effet, qui le préoccupent le plus. Enfermés qu’ils sont dans l’illusion de leur orgueil, ils se croient parfaits, ils pensent qu’ils sont justes et qu’ils n’ont pas besoin de repentir ! Et pourtant, ils vont droit à leur perte…

Mais Dieu de son côté veut le salut de tous ; il a donné à son Fils le monde à sauver (Jean 3,16-17 ; 4,42), et, dira Jésus, « c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné » (Jean 6,39). D’où cet appel pressant lancé aux scribes et aux Pharisiens qu’il appelle indirectement « ses amis et ses voisins » : pour eux aussi, il est le Bon Pasteur qui cherche, cherche et cherchera encore jusqu’à ce qu’il trouve… Et c’est bien ce qu’il fait à leur égard en ce moment précis où il leur raconte la Parabole de la Brebis Perdue. ..

Le mouvement littéraire présenté ci-dessous respecte l’ordre du texte grec :

 

 

(4) A – Quel homme parmi vous ayant cent brebis et ayant perdu l’une d’entre elles

ne laisse-t-il pas les quatre vingt dix neuf dans le désert

                    B –  et part vers la (brebis) perdue

                            C –  jusqu’à ce qu’il la retrouve ?

(5)                                         Et l’ayant retrouvée, il la pose sur ses épaules

                                           D – se réjouissant

(6)                                                    E –  et étant arrivé à la maison

                                                                      il convoque amis et voisins 

et leur dit :

                                            D’ –  « Réjouissez-vous avec moi

                              C’ –  car j’ai retrouvé ma brebis

                   B’ – (celle qui était) perdue.

(7) A’ –  Je vous le dis : Il y aura ainsi (plus) de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit

que pour quatre vingt dix neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion ».

 

De plus en parlant ainsi, Jésus se présentait indirectement comme le Messie promis appelé à accomplir l’œuvre du Dieu de Miséricorde. En effet, si le titre de Pasteur n’est donné que quatre fois à Dieu dans l’Ancien Testament (Psaume 80(79),2 ; 23(22),1 ; Genèse 48,15 ; 49,24), l’image du berger est très souvent reprise pour décrire le soin attentif avec lequel « le gardien d’Israël » (Psaume 121(120),4) s’occupe du « troupeau de son bercail » (Psaume 79(78),13 ; 95(94),7; 100(99),3) : il marche devant lui (Psaume 68(67),8), il le conduit (Psaume 28(27),9) par la main de Moïse et d’Aaron (Psaume 77(76),21)… Le prophète Ezéchiel reprendra ce thème en son chapitre 34, un texte auquel Jésus fait très certainement allusion ici : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j’aurai soin moi-même de mon troupeau et je jésus brebism’en occuperai. Comme un pasteur s’occupe de son troupeau, quand il est au milieu de ses brebis éparpillées, je m’occuperai de mes brebis. Je les retirerai de tous les lieux où elles furent dispersées, au jour de nuées et de ténèbres. Je leur ferai quitter les peuples où elles sont, je les rassemblerai des pays étrangers et je les ramènerai sur leur sol. Je les ferai paître sur les montagnes d’Israël, dans les ravins et dans tous les lieux habités du pays. Dans un bon pâturage je les ferai paître, et sur les plus hautes montagnes d’Israël sera leur pacage. C’est là qu’elles se reposeront dans un bon pacage ; elles brouteront de gras pâturages sur les montagnes d’Israël. C’est moi qui ferai paître mes brebis et c’est moi qui les ferai reposer, oracle du Seigneur Dieu. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je panserai celle qui est blessée, je fortifierai celle qui est malade. Celle qui est grasse et bien portante, je veillerai sur elle. Je les ferai paître avec justice » (Ezéchiel 34,11-16). Et Dieu agira ainsi par le Messie, nouveau David : « Je susciterai pour le mettre à leur tête un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David : c’est lui qui les fera paître et sera pour eux un pasteur. Moi, le Seigneur, je serai pour eux un Dieu, et mon serviteur David sera prince au milieu d’eux. Moi, le Seigneur, j’ai parlé » (Ezéchiel 34,23-24).

Ainsi, en donnant la Parabole de la Brebis perdue à ces scribes et à ces Pharisiens qui connaissaient par cœur tous ces textes de l’Ancien Testament, Jésus se présentait indirectement comme étant le Messie promis, ce Pasteur d’Israël avec lequel et par lequel Dieu le Père veut rassembler dans l’unité de son Esprit, de son Amour et de sa Paix, tous ses enfants dispersés (Jean 11,52). Avec lui et par lui, Dieu se présentait comme Celui qui cherche l’homme perdu « avec soin » « jusqu’à ce qu’il le retrouve ». Et c’est toujours Lui, avec le Christ et par le Christ, qui se propose de le porter par son Esprit pour qu’il revienne à la Maison… La Bonne Nouvelle d’un Dieu Sauveur imperturbablement fidèle, toujours proche de sa créature (Matthieu 3,2 ; 4,17 ; 10,7), se réjouissant avec elle, portant avec elle ses épreuves et ses peines (Matthieu 11,28‑30 ; 2Corinthiens 1,3-10 ; 4,6-10), transparaît ici en pleine lumière… Dieu nous est donc toujours infiniment proche, et sa Présence se fait d’autant plus pressante que l’homme est en danger, c’est-à-dire égaré, perdu dans les multiples sinuosités de son péché…

miséricorde de dieuCe message sera répété par deux fois avec la Parabole de la Brebis Perdue puis celle, quasiment identique, de la Drachme perdue pour bien souligner que le retour de l’homme à la Maison du Père est avant tout le fruit de l’œuvre de Dieu qui avec son Fils et par son Fils est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10). Avec Lui et par Lui, ce qui est impossible à l’homme laissé à ses seules forces d’homme devient possible (Luc 18,26-27). Et c’est grâce à sa Force, portés par sa Grâce, que nous pourrons tourner le dos aux ténèbres et prendre le chemin du retour, vers la pleine Lumière. .. Tout vient de Dieu, tout est donné par Dieu, mais personne ne se lèvera et ne marchera à notre place… A l’appel du Christ, soutenus par l’Esprit du Christ, nous avons à prendre la décision du retour au Père. Nous coopérerons ainsi librement à l’œuvre divine de notre salut. C’est ce que dira Jésus, dans un deuxième temps, avec la Parabole de l’Enfant prodigue : « Je veux partir, aller vers mon Père » (Luc 15,18)… Ainsi, les deux premières paraboles insistent plus sur l’œuvre du Fils cherchant et ramenant l’humanité au Père, tandis que la dernière nous présente cette humanité (soutenue par le Christ) en marche vers la Maison du Père, où ce dernier nous attend tous avec tendresse pour nous serrer entre ses bras…

Dans cette troisième parabole, cette liberté de l’homme évoquée précédemment apparaît tout de suite. Le fils prodigue demande-t-il à son Père « la part de fortune qui lui revient » ? Il la lui donne aussitôt… Prend-il ensuite la décision de partir ? Il le laisse s’éloigner vers un pays lointain et « dissiper son bien en vivant dans l’inconduite ». Et telle est, de fait, la conséquence de toutes nos inconduites : « le péché m’a fait perdre mes forces » (Psaume 31(30),11) dit le Psalmiste. Il altère cette relation vitale d’union de cœur avec notre Créateur, par laquelle Dieu veut nous communiquer, instant après instant, toutes les richesses de son Esprit SaintEsprit, Lui qui Est Esprit (Jean 4,24) ! Et cet Esprit sera alors en nous ce qu’il est depuis toujours et pour toujours : Amour, Lumière, Douceur, Force, Paix… Voilà tout ce dont le péché nous prive, voilà tout ce que Dieu veut nous communiquer de toute la force de son Cœur. Et il commencera par enlever tout ce qui fait obstacle à la réception de ce don (Psaume 25(24),4-14 ; 32(31),1-5 ; 39(38), 9 ; 51(50),3-4.11-13 ; 65(64),3-4 ; 79(78),8 ; 85(84),2-3 ; 86(85),5 ; 103(102),1-4.10-12 ; 130(129),3-4.7-8 ; 1Jean 1,7-9 ; 1Jean 3,5 ; Jean 1,29 ; Matthieu 9,1-8 ; 26,27-28) pour que nous puissions recevoir l’Esprit comme Il le désire, un Esprit qui nous transformera en ce qu’Il Est par sa simple Présence (2Corinthiens 5,17-18) et nous donnera d’avoir part à la Vie éternelle(Galates 5,25)…

Une fois que tous ses biens sont dissipés, le fils prodigue « sent la privation »… Telle est de nouveau la conséquence du péché… Un « manque » habite le pécheur, « un besoin profond », « une aspiration à un vrai bonheur » qu’il pressent sans pour autant pouvoir le nommer… Ce « mal-être » ne pourra disparaître que par « le bien-être » que Dieu nous offrira par le don de son Esprit… « Détresse (souffrance) et angoisse pour toute âme humaine qui s’adonne au mal », « Gloire, Honneur et Paix à quiconque fait le bien » (Romains 2,9-10). Personne, en effet, ne peut faire le bien sans que son cœur soit tourné vers le bien. Or Dieu est le Bien par excellence, un Bien synonyme de Source de Vie, de Lumière et de Paix… Ainsi, quiconque fait le bien, ouvert de cœur au bien, est ouvert de cœur à Dieu et il ne peut alors qu’être rempli par Celui qui est Source jaillissante. Il recevra alors de Lui « Gloire, Honneur et Paix »… Voilà ce que Dieu fait pour tout homme de bonne volonté, quel qu’il soit (cf. Jean 1,4.9 ; 3,21)…

Face à cette « privation », le fils prodigue va se tourner vers ce qui, à ses yeux, pourrait le soulager. Il va aller vers les hommes, dont le seul but est trop souvent le profit pour soi au mépris des autres. Là, pas de générosité, d’attention, de délicatesse ni de bienveillance… « Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait ». Et quand bien même il aurait reçu ce qu’il désirait, il n’aurait pu que constater que « ventre rempli » n’est pas synonyme de « cœur rempli » (cf. Jean 4,13-14). Certes, la nourriture est indispensable à la dignité de tout être humain, elle est une des nécessités premières de notre vie ici-bas, mais elle n’est pas la finalité ultime de l’existence. OLYMPUS DIGITAL CAMERA« L’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Deutéronome 8,3), et « mes Paroles sont Esprit et elles sont Vie » dira Jésus (Jean 6,63). Aussi, « malheureux sont les riches » qui mettent tout leur cœur à accumuler des richesses en croyant trouver avec elles le vrai bonheur, la plénitude, un « cœur rempli »… Ils ont « leur consolation », mais en fait leur cœur est « vide » des vrais Biens (Luc 6,24 ; 1,53)… Aussi, Jésus dira-t-il : « Je Suis le Pain de Vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif » (Jean 6,35). Il aura enfin « le cœur rempli », comblé… « Cherchez donc dans l’Esprit votre Plénitude ». « Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre ». Dans la foi, « vous tressaillirez de joie bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves… Mais sans l’avoir vu vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire », la joie de l’Esprit, « sûrs d’obtenir l’objet de votre foi : le salut des âmes » (Ephésiens 5,18 ; Colossiens 3,1-4 ; 1Pierre 1,3-8 ; 1Thessaloniciens 1,6 ; Romains 14,17 ; Galates 5,22)…

Pour le fils prodigue, ce « pays lointain » est donc glacial : absence d’humanité, d’attention, de tendresse, de compassion… De plus, aux yeux des Juifs, le porc était un animal impur… Il était donc au milieu de païens impurs, sur une terre impure, s’occupant d’animaux impurs, et donc lui‑même totalement impur, un être à fuir et surtout à ne pas toucher… Voilà celui que le Père serrera dans ses bras… Et notons bien que la raison première de son retour ne sera pas la joie qu’il offrira ainsi à son Père, le consolant de la peine de la séparation, mais encore une fois la recherche égoïste de lui-même : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ». La Bonté du Père transparaît encore dans ces lignes, une Bonté qui resplendira pleinement en Jésus-Christ (Luc 18,19), Lui qui est venu pour « que nous ayons la Vie et que nous l’ayons en surabondance » (Jean 10,10), Lui qui « passait partout en faisant le bien » (Actes 10,37‑38), comblant la faim de ceux qui pourtant ne le recherchaient pas encore avec un cœur pur (Jean 6,10‑12 ; 6,26-27)… Mais Dieu reçoit ceux qui viennent à Lui tels qu’ils sont, il les couvre de sa Tendresse et petit à petit les débarrasse de tout ce qui ne leur permet pas encore de le recevoir en plénitude… Ainsi, même si ce qui intéresse toujours ici le fils prodigue, c’est d’avoir avant tout « un ventre bien rempli, le Père, dans sa Tendresse, l’accueillera tel qu’il est, et, dans sa Miséricorde infinie, le couvrira de ses Biens…

apparition_apres_la_resurrectionLe fils prodigue va donc « rentrer en lui-même »… Jusqu’à présent, il était « au dehors » de lui-même, étranger à lui-même, mais il va retrouver le chemin de son cœur, là où l’attend depuis longtemps Celui qui ne l’a jamais quitté, Celui qui inlassablement se tient à la porte des cœurs fermés et frappe jusqu’à ce qu’on lui ouvre (Apocalypse 3,20), Celui qui cherche ses Brebis perdues jusqu’à ce qu’il les retrouve pour les ramener à la Maison du Père… Ce retour au cœur est déjà un fruit de la grâce à laquelle le fils prodigue, consciemment ou pas, a enfin consenti… Et il va prendre la décision de revenir… Il va marcher depuis ce « pays lointain » jusqu’à la Maison de son Père. Toute la vie de l’homme pécheur et repentant est ici évoquée. Et plus tard, nous reconnaîtrons que tout au long de ce long chemin, que nous avons peut-être cru accomplir tout seul, nous étions en fait portés sur les épaules de Celui qui avait fait depuis longtemps le premier pas vers nous (1Jean 4,10 ; 4,19)…

prodigue« Il partit donc et s’en alla vers son père. Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même[3] ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement ». Le fils prodigue a retrouvé une atmosphère de Tendresse, la seule qui compte… Il peut enfin s’abandonner avec confiance dans les bras de Celui qui ne fait que rechercher son Bien, et lui seul (Luc 15,24.27)… Il sera vrai, mais il sait déjà qu’il ne sera pas rejeté… La Tendresse du Père l’a tout de suite enveloppé alors même qu’il n’avait pas encore ouvert la bouche pour confesser sa faute… Mais sûr maintenant de son Amour, il peut épancher son cœur dans les bras de Celui qui, de son côté, a depuis longtemps épanché le sien… Et c’est ce qu’il fait : « Père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » Le lecteur sait ce qu’il doit encore dire : « Traite-moi comme l’un de tes mercenaires ». miséricorde de dieuMais c’est précisément ce qu’il ne dira pas car le Père va lui couper la parole et agir bien différemment. Impossible pour lui de le considérer comme un mercenaire, il est son fils ! Alors, « vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! ».

Nous retrouvons ici les mots « perdu » et « retrouvé » qui sont déjà intervenus dans les deux premières paraboles (cf. Luc 15,32) ; c’est donc bien la même dynamique qui est décrite ici, mais du point de vue du fils prodigue, la brebis perdue…

Les vêtements, dans la Bible, disent quelque chose du mystère de la personne qui les porte. « La plus belle robe » est ici celle de Dieu Lui-même : il va offrir à son fils prodigue mais repentant un vêtement semblable à celui dont il est revêtu… Et quel est-il ? Lumière, Splendeur et Majesté : « Le Seigneur est vêtu de majesté, enveloppé de puissance » Psaume 93(92),1 ; « Seigneur, mon Dieu, tu es si grand ! Vêtu de faste et d’éclat, drapé de lumière comme d’un manteau » (Psaume 104(103),1-2 ; cf. Job 40,10 où Dieu apparaît indirectement comme « revêtu de Majesté et de Grandeur, de Splendeur et de Gloire »)… Mais pour les hommes, ce vêtement sera tout en même temps « habit du salut et manteau de la justice » (Isaïe 61,10‑62,5), « diadème de Gloire de l’Eternel », « beauté de la Gloire de Dieu » (Baruch 5,1-4) offert par le Christ, l’unique Sauveur du Monde (Jean 4,42). Et tout ceci s’accomplira par le don de l’Esprit qui est tout en même temps Lumière, Splendeur, Gloire et Majesté…

Mousse - Ile de la Réunion

Mousse – Ile de la Réunion

Alors, ceux qui auront consenti à se laisser sauver iront « de gloire en gloire comme de par le Seigneur qui est Esprit » (2Corinthiens 3,18 ). Par le « oui » de leur foi, le sacrement du baptême et le don de l’Esprit du Christ, ils ont « revêtu le Christ » (Galates 3,27) et ont ainsi été « associés à sa Plénitude » (Colossiens 2,9). Petit à petit, de miséricorde en miséricorde, ils avanceront toujours plus avant sur ce chemin de combat et de pardon jusqu’à la manifestation plénière de cette Gloire dans la Maison du Père. Alors, « nous lui serons semblables », écrit St Jean (1Jean 3,1‑2 ; Romains 8,14-25)… Le projet du Père qui nous a créés pour que nous soyons à « son image et ressemblance » en participant au « souffle de son Esprit » sera pleinement accompli grâce à l’œuvre de son Fils. « Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donnée » (Jean 17,22 ; cf. Siracide (Ecclésiastique) 17,2‑3 ; Genèse 1,26-27)… Alors, les justes car justifiés « resplendiront » (Sagesse 3,1-9) pour toujours de la Lumière de Celui-là seul qui Est Lumière (1Jean 1,5)…

Et puisque le sceau servait autrefois à apposer sa signature sur tout document officiel, le don du sceau au fils prodigue signifie, comme celui des chaussures, la dignité retrouvée, la dignité même de Dieu… Il était indigne ? La Miséricorde l’a rendu digne (2Thessaloniciens 1,11-12 ; Romains 9,22-24 où « les vases dignes de perdition », les pécheurs, sont devenus de par l’Amour du Seigneur « des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire », sa Gloire !). « Il n’est » en effet jamais « question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Romains 9,16) et établit ainsi son fils repentant sur tous ses biens (Matthieu 24,45‑47). Alors tout ce qui est à son Père sera aussi à lui (Luc 15,31)…

Fleurs...La réaction du fils aîné vise quant à elle les scribes et les Pharisiens qui n’acceptent pas que Dieu puisse témoigner autant d’Amour et de Générosité aux « publicains et aux pécheurs ». Ils sont dans la logique de la récompense et du mérite, et donc de la punition et du rejet pour tous ceux et celles qui, contrairement à eux, ne « méritent pas de recevoir la récompense propre aux bonnes actions », une récompense qu’ils considèrent comme un dû (Matthieu 20,1-16)… Ils sont dans la logique égoïste de ceux qui ne recherchent que leur propre intérêt, une attitude contraire à celle de Dieu qui, Lui, ne pense qu’au nôtre (Jean 16,7 ; 1Corinthiens 10,24 ; 10,33 ; 13,4-7). Ils ne vivent pas dans l’amour, mais dans la seule perspective du devoir accompli qui leur permet de revendiquer ensuite ce qu’ils pensent leur être dû… Ils sont en fait des mercenaires égoïstes qui ne se préoccupent que d’eux-mêmes : « je », « moi », « mes »… Tout tourne autour d’eux… Et ils rejettent tous ceux qui, n’entrant pas dans leur perspective, apparaissent alors comme des adversaires. Pour le fils aîné, pas de « père » ou de « frère », mais un « tu » accusateur lancé à son père, et un « ton fils que voici » dédaigneux pour désigner son frère… De plus aucun regard bienveillant à son égard : il ne cesse de rappeler le mal qu’il a pu commettre sans prendre en considération sa démarche de repentir… Il ne lui pardonne pas sa conduite passée, et l’accusation continue : « il a dévoré ton bien avec des prostituées ». Mais en agissant ainsi, il courait à sa perte et voilà ce que Dieu regarde avant tout, le cœur bouleversé (Osée 11,7-8). Mais puisque Lui ne cesse de chercher notre bien, il regardera encore son fils aîné avec amour et l’appelle « son enfant »… Dans sa bouche, nul « je », « moi », « mes », mais « toi », « tu » et si un « moi » apparaît, c’est aussitôt pour préciser que « tout ce qui est à moi est à toi ». Alors que le fils aîné ne vit pour l’instant que pour lui-même, Dieu de son côté vit toujours Dieu Père (Giovanni Battista Cima)pour ses enfants. Leur présence à ses côtés est son seul vrai trésor : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi »… Et il ne recherchera à nouveau que son bien en le suppliant d’entrer à son tour dans la fête. Qu’il accepte donc de partager avec son Père son regard de Miséricorde, et il passera aussitôt de l’amertume, du ressentiment, des murmures, de la prison du seul devoir accompli, à « la joie de son Seigneur » (Luc 15,7.10 ; Matthieu 15,21.23) qui, dans son Amour, ne pouvait que se réjouir de voir son jeune fils passer de la mort à la vie (Luc 15,32) ! Car tel est l’unique désir de Dieu : que nous acceptions de nous laisser réconcilier avec Lui par le Christ pour entrer dans la Joie et la Paix de sa Communion (2Corinthiens 5,17-21)…

Entre Dieu et l’argent, Jésus nous presse de mettre Dieu à la première place (Luc 16)

La suite de l’Evangile revient encore sur la juste place à donner aux biens matériels et donc sur le bon usage que nous devons en faire. La parabole de « l’intendant malhonnête » (Luc 16,1-8) peut nous surprendre. La Bible de Jérusalem tente une explication pour en atténuer le caractère scandaleux : « Selon la coutume alors tolérée en Palestine, l’intendant avait le droit de consentir des prêts sur les biens de son maître et comme il n’était pas rémunéré, de se payer en forçant sur la quittance le montant du prêt, afin que, lors du remboursement, il profitât de la différence comme d’un surplus qui représentait son intérêt. Dans le cas présent, il n’avait sans doute prêté en réalité que cinquante barils d’huile et quatre vingt mesures de blé : en ramenant la quittance à ce montant réel, il ne fait que se priver du bénéfice, à vrai dire usuraire, qu’il avait escompté. Sa malhonnêteté ne réside donc pas dans la réduction de quittances, qui n’est qu’un sacrifice de ses intérêts immédiats, manœuvre habile que son maître peut louer, mais plutôt dans les malversations antérieures qui ont motivé son renvoi ».

 pain de vivant

La TOB écrit de son côté : « Cette parabole fait souvent difficulté parce qu’elle semble donner en exemple un filou. Mais Jésus n’hésite pas, en d’autres paraboles, à comparer le jugement de Dieu à celui d’un juge sans justice (Luc 18,1-8), ni à inviter ses disciples à être habiles comme des serpents (Matthieu 10,16) ; il est clair qu’il n’exhorte pas là les siens à l’injustice ou à la méchanceté. Dans la parabole présente, il prend soin de qualifier le gérant comme trompeur (v. 8). Si celui-ci est un exemple, ce n’est que par son habileté »… Jésus invite donc ses « disciples à être aussi habiles dans le service du Royaume que les filous de ce monde dans leurs affaires malhonnêtes ». Ainsi, tous les talents, aussi humains puissent-ils paraître, Le Père qui a tant veillé le retour de son fils prodigue (Rembrandt)doivent être mis en œuvre pour annoncer l’Evangile et instaurer le Royaume de Dieu parmi les hommes… Notons enfin le point de contact entre ce gérant « dilapidant les biens de son maître » et le fils prodigue « dissipant le bien de son Père »… Tous les deux sont des brebis perdues que le Christ, le Bon Pasteur, cherche jusqu’à ce qu’Il les retrouve, et que le Père attend avec Amour « à la Maison » …

Et Jésus rebondira ensuite en nous invitant à nous « faire des amis avec le malhonnête argent ». L’argent est ainsi qualifié non pas parce qu’il serait mauvais en lui-même, mais parce qu’il est trop souvent l’objet des convoitises égoïstes qui peuvent habiter le cœur de l’homme. Et s’il en est ainsi, la logique financière du « accumuler pour soi sans en avoir jamais assez » ne peut que s’opposer à celle de Dieu qui cherche avant tout le bien de l’autre en mettant en œuvre tout ce qu’Il est et tout ce qu’il a… De plus, si « accumuler pour soi » devient la priorité, l’honnêteté et la fidélité risquent bien de ne plus être au rendez-vous (Luc 16,10-12)… Malheur alors à celui qui se détournerait du Bien, du Vrai, du Juste… Il se détournerait du même coup de Dieu et se priverait ainsi de tous les Biens qu’il veut nous offrir. Et ce n’est pas le bien « étranger » au vrai Bien, ce bien trompeur qu’est l’argent considéré en lui-même et pour lui-même, qui pourra combler son cœur ! Ainsi, « si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le bien étranger, qui vous donnera le vôtre », ce Bien que Dieu veut nous donner de toute éternité et qui n’est rien de moins que la participation à ce qu’Il Est (Colossiens 2,9-10 ; Ephésiens 3,14-21 ; 5,18) ? Ainsi, « nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent » (Luc 16,13). « Depuis que Dieu a fait irruption dans le monde, l’homme est placé devant un choix radical ; au chrétien de manifester, par l’usage qu’il fait des biens, qu’il appartient à Dieu et à Dieu seul »[4].

Coeur de Jésus- Paray le Monial

Mais « l’argent trompeur » peut lui aussi se mettre au service de l’Amour lorsque c’est le bien de l’autre qui est recherché en premier. Alors le riche pourra notamment donner « un festin pour les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles » (Luc 14,12-14 ; 12,33-34), c’est-à-dire tous ces blessés de la vie que Dieu chérit tout particulièrement. Et quand sera fini le temps de leur épreuve, quand « Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux » (Apocalypse 21,1‑4), alors viendra le temps de la Consolation et de la Joie éternelles dans le Royaume des Cieux. En ce Jour où l’argent « viendra à manquer », tous ceux et celles qui auront accepté d’entrer dans cette logique de l’Amour ne pourront que se réjouir avec tous les pauvres et les souffrants d’ici-bas dans « les tentes éternelles ». Et cette démarche s’accomplit dès maintenant par l’accueil ou non du Christ qui, par le don qu’il nous fait de son Esprit, un Esprit qui n’est qu’Amour (Romains 5,5), ne peut que nous entraîner petit à petit à vivre non pas pour nous-mêmes mais pour Lui et pour nos frères. « Il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2Corinthiens 5,15 ; cf. Romains 14,7-8 ; 6,11 ; Galates 3,20 ; Romains 4,24-25 ; 5,8 ; 8,31-39). Ainsi, « celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. Que sert en effet à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie ? » (Marc 8,35-36 ; Matthieu 10,39 ; 16,25-26 ; Luc 9,24-25 ; 17,33).

La Parabole « du riche et du pauvre Lazare » ne fera que redire en image le fait qu’on ne peut servir Dieu et l’argent. La dynamique de « l’Amour pour l’autre » ne peut que s’opposer à celle de l’égoïsme, du « pour soi »… Le riche ne fait à priori rien de mal, sinon de profiter de ses richesses qu’il a peut-être gagnées honnêtement… Il se revêt de « pourpre et de lin fin », il fait « chaque jour de brillants festins », ce qui est bien agréable « pour lui »… Ne pensant Le pauvre Lazarequ’à lui, ne regardant que lui, il ne verra pas le pauvre Lazare « gisant près de son portail, tout couvert d’ulcères ». Le Christ, Lui, ne faisait que regarder l’autre, se laissant toucher par sa détresse, le cœur « bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même » (Traduit hélas souvent par « il eût pitié », Matthieu 9,36 ; 14,14 ; 15,32 ; Marc 6,34…) et il agissait ensuite « pour lui », pour son bien… C’est ainsi qu’il « passait en faisant le bien » (Actes 10,38). Mais le climat qui règne autour de ce riche est bien différent ! Il ressemble fortement à celui qu’a connu le fils prodigue sur sa terre étrangère, lui qui « aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait » (Luc 15,16)… Ici, « Lazare aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche », mais, ce riche ne lui a rien donné… Seuls les chiens semblent plus compatissants que les hommes (v. 21) ! Et lorsque le pauvre Lazare mourut, « il fut emporté » au ciel « par les Anges », une expression identique à celle employée pour le Christ lorsque, après sa mort et sa Résurrection, « il fut lui aussi emporté au ciel ». En mourant, « il avait remis son esprit entre les mains du Père » (Luc 23,46), il avait espéré en Lui, et il ne fut pas déçu (Psaume 22(21),5-6). Son Père fit vraiment tout pour lui (Psaume 138(137),8)… Il le ressuscita d’entre les morts, lui donna de se montrer aux disciples qu’il avait choisis d’avance pour être ses témoins (Actes 13,31), puis il l’emporta au ciel… La dynamique de l’Ascension de Lazare apparaît donc identique ici à celle du Christ… Et de fait, nous sommes tous invités à vivre ce que le Christ a vécu et quelque part ce mystère commence à se mettre en œuvre dès maintenant dans la foi et par notre foi. En effet, nous sommes tous invités à faire confiance au Christ, à sa Parole, à ses Promesses… Or, il a déclaré en Jean 14,3 : « Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où Je Suis, vous aussi, vous Soyez »…

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Cette Parole commence à s’accomplir dès maintenant dans la mesure où le Christ Ressuscité s’offre toujours à notre foi comme Celui qui veut nous pardonner toutes nos fautes et nous entraîner là où Lui Il Est, dans ce mystère de communion qui l’unit à son Père en un seul Esprit. Lui ferons-nous confiance, le laisserons-nous accomplir son Œuvre de Miséricorde ? Si « oui », heureux serons-nous car dès aujourd’hui nous connaîtrons la Paix et « quelque chose » de la Vie de ce Royaume dont nous attendons tous la pleine manifestation (Romains 8,18-25)…

Et Jésus va insister ici sur le fait que notre attitude présente, sur cette terre, détermine celle qui sera la nôtre, au ciel. Une idée semblable apparaît en Jean 5,24-29 où les v. 24-25 pointent sur l’accueil actuel du Christ et de sa Vie, et les v. 28-29 sur la résurrection finale, « une résurrection de vie pour ceux qui auront fait le bien, et une résurrection de jugement pour ceux qui auront fait le mal. » Ainsi, nos choix d’aujourd’hui déterminent notre situation de demain (cf. Matthieu 16,19 ; Jean 20,23)…

Bonne NouvelleEn effet, choisir Dieu ici-bas, c’est opter pour notre prochain (Matthieu 22,36-40). « Tout ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », dira Jésus, « et dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait » (Matthieu 25,40.45). Ce riche n’a pas ouvert son cœur au pauvre Lazare ? Il ne l’a pas ouvert non plus à Dieu et cette attitude s’est retrouvée intacte après sa mort. Il se découvre alors incapable d’accueillir Celui qui veut être la Plénitude de notre éternité. C’est comme si « un grand abîme » l’empêchait de le rejoindre. Et comme il ne peut plus jouir des biens de la terre, il éprouve un manque immense… Son cœur est vide des seuls vrais biens, son âme ne connaît que le tourment de l’absence, sa soif n’est pas apaisée par la seule vraie Source d’Eau Vive, Dieu Lui-même (Jérémie 2,13 ; 17,13)… Lazare, par contre, « est maintenant consolé » comme le fut précédemment le fils prodigue dans les bras de son Père, Lui qui, encore une fois, ne recherche que notre bien et se fait, dès maintenant, dans la foi, consolation au cœur de toutes nos épreuves. C’est ainsi que la Bible de Jérusalem écrit en note pour  2Corinthiens 1,3-7 : « Dans le Nouveau Testament, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance ». Et cette réalité d’un Dieu de Compassion, de Miséricorde, de Tendresse et d’Amour apparaîtra alors en pleine lumière par-delà notre mort, « dans le sein d’Abraham », dans la Jérusalem Nouvelle…

miséricordeSoulignons le climat de tendresse qui existe envers et contre tout entre Abraham et l’homme riche. Quelque part, avec Abraham uni à Dieu dans la communion d’un même Amour, c’est le Père qui s’exprime et dit au riche « mon enfant », tout comme le père, dans la parabole du fils prodigue, disait à son fils aîné « mon enfant » (Luc 15,31). Et le riche appelle Abraham « Père Abraham », « Père », comme il pourrait le faire envers Dieu son Père… Mais ce climat de tendresse semble se heurter à une impossibilité, conséquence d’un cœur qui, sur cette terre, ne sut pas s’ouvrir à la détresse de son prochain… Les Pharisiens sont ici tout spécialement visés, « eux qui aimaient l’argent » (Luc 16,14) et qui considéraient la richesse comme une récompense divine à leurs bonnes actions ! Mais Jésus essaiera, pour leur bien, de les rétablir dans la vérité : « Vous êtes, vous, ceux qui se donnent pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; car ce qui est élevé pour les hommes » (la richesse considérée pour elle-même, le pouvoir synonyme de domination orgueilleuse) « est objet de dégoût devant Dieu ». Qu’ils ne s’imaginent donc pas être justes parce qu’ils sont riches (Matthieu 23,27-28) ! L’important aux yeux du Seigneur est la droiture, la justice et la miséricorde, une vie de communion avec Lui dans la recherche des seuls vrais biens (Colossiens 3,1-4). Ce monde en effet passera ; Dieu seul restera… Qu’ils recherchent donc dès maintenant les réalités qui demeurent en vie éternelle (Jean 6,27), qu’ils commencent dès aujourd’hui à mettre à la première place dans leur cœur et dans leur vie ce Royaume qui est déjà offert à leur foi (Luc 12,22-32). Alors ils passeront de la Paix, de la Vie, de la Lumière accueillies et vécues dans la foi à la joie de la pleine vision dans cette même Paix, cette même Vie, cette même Lumière… Qu’ils essayent donc, à l’appel du Christ et avec le soutien de son esprit, « d’aimer le Seigneur leur Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de tout leur esprit et leur prochain comme eux-mêmes » (Matthieu 22,36-40). Que chacun « emploie ainsi toute sa force pour répondre à l’invitation d’entrer dans le Règne »[5] (Luc 16,16)…

L’homme riche le comprend, hélas trop tard. Mais il semble être sur le bon chemin puisqu’il commence à se préoccuper de ses frères qui vivent encore sur la terre comme lui-même a vécu autrefois. Et il voudrait leur épargner toutes ces souffrances qu’il connaît actuellement. Mais ils ont déjà Moïse et les Prophètes qui enseignent l’Amour de Dieu et du prochain (Deutéronome 15,7-11)… S’ils ne les écoutent pas, « même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts » et leur parle, « ils ne seront pas convaincus ». Et c’est bien ce qui se passe lorsque l’Evangile est annoncé et que le Christ ressuscité continue d’agir au cœur de la proclamation de cette Bonne Nouvelle… St Paul en avait bien conscience : « Grâces soient à Dieu qui, dans Jésus christle Christ, nous emmène sans cesse dans son triomphe et qui, par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance. Car nous sommes bien, pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent et parmi ceux qui se perdent ; pour les uns, une odeur qui de la mort conduit à la mort (ceux qui refusent) ; pour les autres (ceux qui acceptent), une odeur qui de la vie conduit à la vie » (2Corinthiens 2,14‑16). Et la certitude de son appel à servir le Christ et à parler en son Nom était si vive qu’il osa un jour écrire : « le Christ parle en moi » (2Corinthiens 13,3). Et de fait, tous les écrits des Evangélistes et de St Paul résonnent de la Voix de Celui qui les a remplis de son Esprit pour qu’ils puissent nous transmettre ce que Lui voulait nous dire. « Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette » (Luc 10,16). Saurons-nous reconnaître dans leur « témoignage » (Luc 16,28) la Présence du Christ qui nous presse à lui ouvrir notre cœur et notre vie pour que nous puissions trouver avec Lui « les arrhes du Royaume » à venir (Ephésiens 1,13-14), sa Vie et sa Paix ? De notre accueil ou de notre refus, aujourd’hui, dans la foi, dépend déjà la qualité de notre vie ici-bas ainsi que celle que Dieu a voulu voir se déployer plus tard en Vie éternelle…

                                                                                                                             D. Jacques Fournier

 

[1] Exemple de dénonciation d’une Loi mal comprise. Le jeûne peut être une très bonne pratique au service d’une relation de cœur plus intense avec le Seigneur. Jésus nous en a donné l’exemple (Matthieu 4,1-2), ainsi que l’Eglise primitive (Actes 13,1-3 ; 14,21‑23 ). Mais l’orgueil peut s’emparer de ce qui est bon et le détourner de sa finalité première. Le but du jeûne n’est plus alors la vie avec Dieu mais une recherche de soi par les louanges que les autres pourraient nous faire (Matthieu 6,16-18). Isaïe dénonce ici une pratique du jeûne qui serait plutôt de cet ordre, purement formelle, sans que le cœur soit réellement impliqué dans une œuvre de conversion sincère et profonde. Comment en effet jeûner soi disant pour Dieu et en même temps opprimer les autres, se livrer aux querelles et aux disputes ? C’est impossible. Un jeûne fait pour Dieu ne peut que s’accompagner de la recherche du bien d’autrui, et c’est avant tout cette attitude de bienveillance, de partage et d’entraide, que le Seigneur recherche…

[2] Signalons une note de la Bible de Jérusalem : « Après “ les places et les rues de la ville ”, du v. 21, “ les chemins et le long des clôtures ” du v. 23 semblent être hors de la ville : on pressent là deux catégories différentes, d’une part les pauvres et les “ impurs ” en Israël, d’autre part les païens »…

[3] Le verbe grec renvoie ici aux « entrailles » de Miséricorde de Dieu qui sont « bouleversées » face aux conséquences du péché (cf. Osée 11,7-9 avec la note de la Bible de Jérusalem pour le verbe « bouleverser » : « Le mot est très fort ; précisément celui qui est employé à propos de la destruction des cités coupables ». Osée laisse entendre que les conséquences du péché sont « comme vécues d’avance dans le cœur de Dieu »). Et Jésus sera ainsi « bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même » par « les foules lasses et prostrées, comme des brebis sans berger » (Matthieu 9,36 ; 14,14), ou celles qui l’avaient suivi « car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas de quoi manger ». Jésus sera aussi « bouleversé » par les deux aveugles de Jéricho qui imploraient leur guérison (Matthieu 20,34), par le lépreux (Marc 1,41), par la veuve de Naïn allant enterrer son fils unique (Luc 7,13)… Tel est « le mouvement » des « entrailles de Miséricorde dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en Haut » (Luc 1,78) : face à nos souffrances, fussent-elles provoquées par notre péché, Dieu est « bouleversé » et agit pour nous guérir, profondément, et nous donner ainsi de retrouver envers et contre tout le sourire, la confiance et la paix…

[4] HERVIEUX J., dans Les Evangiles, textes et commentaires (Paris 2001) p. 739.

[5] HERVIEUX J., dans Les Evangiles, textes et commentaires (Paris 2001) p. 741.

Fiche n°17 – Lc 14-16 : cliquer sur le titre précédent pour accéder au fichier PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Veiller et se repentir (Luc 12,35-13,35)

« Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées » (Lc 12,35-48)

L’image des « reins » peut prendre plusieurs sens selon le contexte :

 

1 – Elle peut renvoyer à ce que nous appelons aujourd’hui « la conscience » :

« Je bénis le Seigneur qui me conseille :

même la nuit mon cœur (littéralement : mes reins) m’avertit.

Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;

Il est à ma droite, je suis inébranlable » (Psaume 16(15),7).

Les reins apparaissent alors comme « le siège des pensées et des affections secrètes » (Note de la Bible de Jérusalem), « le siège de la conscience morale »[1]. C’est ainsi que la TOB a traduit : « Je bénis le Seigneur qui me conseille, même la nuit ma conscience m’avertit ». Et Dieu est le seul à « sonder les cœurs et les reins », en tant qu’il connaît le cœur de l’homme jusqu’au tréfonds de ses pensées les plus secrètes (Psaume 7,10 ; 44(43),22 ; 1Rois 8,39 ; Jérémie 11,20 ; 17,10 ; 20,12 ; Romains 8,27 ; Apocalypse 2,23).

La prière intérieureDans un tel contexte, « que vos reins soient ceints » est un appel à la vigilance intérieure (1Pierre 5,8-11) : que nos mauvaises pensées ou nos mauvais désirs ne nous entraînent pas loin du Seigneur et du don continuel de sa Vie (Romains 6,23). Mais pour qu’il en soit ainsi, il nous faut d’abord « prendre conscience » que telle pensée ou tel désir n’est pas bon, ce qui suppose un certain recul. Et cela ne sera possible que si nous « rentrons en nous-mêmes » (Isaïe 44,18-22 ; Luc 15,17‑18), au plus profond de nos cœurs, là où le Seigneur désire établir sa demeure (Jean 14,23), dans le silence et dans la Paix. Alors, à la lumière de son Esprit (« Gardez vos lampes allumées »), nous pourrons discerner avec Lui, c’est-à-dire rejeter avec Lui ce qui n’est pas bon pour choisir, toujours avec Lui, le chemin de la Vie et de la Paix. Le don de l’Esprit Saint reçu à notre baptême nous permet en effet de faire la part des choses entre ce qui est bon et ce qui ne l’est pas : « N’éteignez pas l’Esprit… mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » (1Thessaloniciens 5,17-22). Et c’est toujours ce même Esprit qui nous donnera la force de choisir le bien et de rejeter le mal, « car ce n’est pas un Esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi » (2Timothée 1,7 ; cf. 1Corinthiens 10,13).

Le Seigneur nous invite ainsi à « garder nos reins ceints et nos lampes allumées », c’est-à-dire, à « prier sans cesse » (1Thessaloniciens 5,17 ; Ephésiens 6,18) en retrouvant le chemin de notre cœur, là où Il habite dans le calme et la Paix de l’Esprit. Alors son Esprit sera la Lumière qui nous permettra de faire les bons choix, et la Force qui nous donnera de les accomplir…

2 – L’image des « reins » renvoie aussi souvent à la notion de « force », mais ce n’est qu’une conséquence de ce que nous venons de voir. « L’homme fort » est en effet l’homme qui, conscient de sa faiblesse, compte sur la force du Seigneur pour rester debout et persévérer dans le bien. Mais il faut, pour cela, avoir fait l’expérience que, laissés à nous-mêmes, nous S'appuyer sur le Seigneurne pouvons pas grand chose, ce qui est toujours, quelque part, douloureux… C’est ce que vécut St Paul avec cette mystérieuse « écharde en sa chair » (faiblesse, limite… ?) qui le faisait souffrir : « A ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur… Mais il m’a déclaré : ” Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. ” C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Corinthiens 12,8-10).

Le fait que la notion de « force » soit liée à celle des « reins » (Job 40,16) provient le plus simplement du monde de l’expérience de la vie quotidienne.

A – C’est en effet autour des reins que le soldat attache son épée : « Un destructeur s’avance contre toi. Monte la garde au rempart, surveille la route, ceins-toi les reins, rassemble toutes tes forces » (Nahum 2,2 ; Isaïe 5,26-28).

B – C’est aussi autour des reins que le voyageur attache sa ceinture ; il rassemble toutes ses forces, prend son bâton et ses sandales, et part (Exode 12,11 ; 2Rois 4,29 ; 9,1).

C – « Se ceindre les reins » peut aussi renvoyer à l’homme invité à être pleinement lui-même en mettant en œuvre tous ses moyens. C’est ce que Dieu demandera à Job pour discuter avec lui « face à face » (Job 38,1-3)[2], et c’est ce qu’il demandera aussi à son prophète Jérémie lorsqu’il l’enverra dire à Israël ce qu’ils n’auraient certainement pas voulu entendre. Mais pour qu’il tienne bon, Dieu lui donnera la force et le courage : « Quant à toi, tu te ceindras les reins, tu te lèveras, tu leur diras tout ce que je t’ordonnerai, moi. Ne tremble point devant eux, sinon je te ferai trembler devant eux. Voici que moi, aujourd’hui même, je t’ai établi comme ville fortifiée, colonne de fer et rempart de bronze devant tout le pays : les rois de Juda, ses princes, ses prêtres et le peuple du pays. Ils lutteront contre toi, mais ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi – oracle du Seigneur – pour te délivrer » (Jérémie 1,17-19 ; cf. pour les adversaires Deutéronome 33,11 ; Siracide (ou Ecclésiastique) 35,19-20).

 

4 – C’est enfin autour des reins que le serviteur noue les lanières de son tablier. C’est ce que fera Jésus avant de laver les pieds de ses disciples (Jean 13,1-5). C’est, ici, ce qu’il promet de faire, au ciel, pour ceux et celles qu’il aura trouvés à son retour en train de veiller (Luc 12,37). Aussi, sommes-nous tous invités à demeurer vigilants, unis de cœur au Christ Serviteur pour recevoir de Lui, par l’Esprit Saint, la force qui nous permettra à notre tour de le servir dans nos frères (1Pierre 4,10-11 ; 2Corinthiens 3,4-6 ; 1Corinthiens 15,9-10 ; Matthieu 25,40).

priere-intercession

« Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées »… Cet appel à veiller est lancé dans une atmosphère de joie, remplie d’espérance. En effet, lorsque le Maître « viendra et frappera », il le fera « à son retour de Noces » (Lc 15,35). Or, dans le contexte des relations entre Dieu et les hommes, l’image des Noces est souvent employée dans la Bible pour évoquer le mystère d’Alliance que Dieu veut vivre avec tout homme. En effet, d’après Genèse 9,8‑17, Dieu se révèle comme Celui qui vit déjà en « alliance éternelle » avec « tous les êtres vivants, en somme toute chair qui est sur la terre », et l’arc-en-ciel est le signe de son engagement irrévocable envers nous tous… Mais que Dieu nous soit proche pour tous nous conduire dans l’aujourd’hui de notre vie sur les meilleurs chemins possibles ne nous servira à rien si, de notre côté, nous n’accueillons pas cette Présence Bienveillante et continuellement offerte. Tel est l’appel que nous lance ici Christ : « Repentez vous », détournez-vous du mal et tournez vous vers Dieu, « car le Royaume des Cieux est tout proche », Dieu est tout proche (Matthieu 3,2 ; 4,17 ; 10,7 ; Marc 1,15 ; Luc 10,8-11)… Le prophète Osée fut, vers 750 av. JC, le premier à parler de cette alliance en termes de Noces (Osée 2,16-22 ; Isaïe 54,4-10 ; 61,10-62,5). Avec lui, Dieu apparaît comme celui qui accomplit son projet créateur décrit en Genèse 1-2 (cf. Osée 2,20) : que nous puissions vraiment être un jour à son image et ressemblance en vivant le plus pleinement possible du Souffle de son Esprit. Et puisque l’homme n’arrive pas à Lui être fidèle par lui-même, c’est Lui qui arrachera les idoles de nos mains et de nos cœurs (cf. Osée 2,18-19) ; il nous donnera la justice qui nous permettra d’être justes, la tendresse qui viendra assouplir toutes nos duretés, la miséricorde qui nous apprendra à pardonner comme Dieu, chaque jour, nous pardonne, et enfin le don de la fidélité qui nous permettra de grandir dans la fidélité envers notre Dieu et Père (Osée 2,21-22)[3]. Et tout ceci s’accomplira par le don de l’Esprit Saint que le Christ a déversé sur nous en surabondance (Tite 2,6)…

Mais Jésus a bien conscience que « l’esprit est ardent mais que la chair est faible » (Matthieu 26,41). Aussi, dans ce long temps de l’attente de son retour, il sait que nous risquons toujours de nous assoupir (Matthieu 25,1-5), de défaillir, mais il se révèle aussi comme Celui qui est « avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20). Il sera donc toujours là, à nos côtés, comme le premier à veiller sur chacun d’entre nous pour que personne ne se perde (Jean 17,11-12), intercédant pour nous dans nos jours de faiblesse st jean(1Jean 12,1-2 ; Romains 8,31-34). Nous pouvons donc toujours espérer en son continuel soutien, car ce n’est rien de moins que la Toute Puissance de sa Miséricorde et de son Pardon qui nous environne sans cesse… Aussi le serviteur, conscient de sa faiblesse et qui se tient humblement sous sa Main Puissante (Michée 6,8), peut-il déjà se réjouir de sa Victoire (Sophonie 3,14-18) et marcher envers et contre tout dans la Joie. En effet, si notre cœur nous condamne, la Miséricorde du Seigneur est bien plus grande que tout ce que nous aurions pu commettre (1Jean 3,18-20 ; Romains 5,20). Douter du contraire serait de l’orgueil. Il suffit ensuite de s’abandonner entre ses mains et de le laisser faire. « Heureux »[4] alors le serviteur qui attendra ainsi le retour de son Maître, car il vivra déjà, dans la foi, dès ici-bas, cette Joie du Royaume des Cieux que le Père a trouvé bon de nous donner (Luc 12,32)…

Et si nous sommes tous invités à persévérer dans l’attente du retour du Christ, qui viendra à l’heure où nous ne pensons pas (Luc 12,40 ; Apocalypse 3,3 ; 16,15 ; Marc 13,33-37), ceux et celles que le Christ a choisis pour une mission particulière sont tout spécialement concernés. Le temps de l’attente n’est pas celui de l’oisiveté ou de la paresse, bien au contraire. Cet Evangile qu’ils ont reçu et accueilli dans la Joie de l’Esprit Saint, ils doivent Annoncer l'Evangile avec le souriremaintenant le transmettre : que la Bonne Nouvelle du Salut offert à tous soit proclamée dans le monde entier (Matthieu 28,18‑20 ; Marc 16,15-18 ; Jean 20,21 ; Actes 1,8). En effet, « il n’y a pas de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? selon le mot de l’Écriture : Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles ! » (Romains 10,12-15). Alors grâce à cette proclamation, ce que St Paul écrivait aux Ephésiens pourra s’accomplir le plus largement possible : « C’est en lui que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ephésiens 1,13-14).

Si l’annonce de l’Evangile est l’affaire de tous, Pierre, les Apôtres et tous ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre, participeront à sa responsabilité, auront à nourrir les communautés chrétiennes qui leur auront été confiées. Et « la ration de blé à distribuer en temps voulu » est avant tout le Christ Jésus Lui-même, ce « grain de blé tombé en terre » pour porter beaucoup de fruits (Jean 12,23-24). En tout ce qu’il était, en tout ce qu’il a vécu et supporté, il s’est manifesté comme « le Pain de Dieu, celui qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Jean 6,33). Par sa Parole et son Corps offert sur la Croix pour notre salut, il est jésus pain vivantle seul et unique « Pain de Vie », « la vraie nourriture et la vraie boisson » qui donne « la vie éternelle » à tous ceux et celles qui le reçoivent avec confiance (Jean 6,35.51-58). Conscient de sa responsabilité et de sa mission, St Pierre décidera de se consacrer au seul service de la Parole de Dieu, et il s’entourera de nombreux collaborateurs pour le seconder dans les autres tâches (Actes 6,1-7). Et plus tard, il invitera tous les disciples du Christ à se nourrir abondamment du « lait non frelaté de la Parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut, si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est excellent ». Et il leur rappelait juste avant qu’en « obéissant à la vérité », transmise par « la Parole de vérité, l’Evangile de votre salut » (Ephésiens 1,13), « vous avez sanctifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères. D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres sans défaillance, engendrés de nouveau d’une semence non point corruptible, mais incorruptible : la Parole de Dieu, vivante et permanente. Et la Parole du Seigneur demeure pour l’éternité. C’est cette Parole dont la Bonne Nouvelle vous a été portée » (1Pierre 1,22-2,3).

jésus enseignant 2Et par cette Parole de Lumière qui rend témoignage au Christ « Lumière du Monde » (Jean 8,12), « Astre d’en Haut venu nous visiter » (Luc 1,78), ceux et celles qui l’accueillent recevront avec elle « l’Esprit de Lumière » qui vient transformer les fils des ténèbres en « enfants de lumière » (Ephésiens 5,8-10). Il « illuminera leur cœur » (Ephésiens 1,17-20) pour les guider au chemin de la Paix. Aussi, « tenons ferme la parole prophétique : vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’astre du matin se lève dans vos cœurs » (2Pierre 1,19)…

saint-espritPuis ils auront à transmettre à leur tour ce qu’ils auront reçu. Ils le feront en se faisant les serviteurs de la Parole de Dieu. Et lorsqu’ils donneront à chacun « en temps voulu sa ration de blé », le Christ ressuscité continuera avec eux et par eux à répandre sa Vie dans les cœurs par « l’Esprit qui vivifie ». Ainsi l’action de Dieu décrite au Psaume 104(103),27‑28.30 s’accomplira par les uns et par les autres : « Tous, ils comptent sur toi, pour recevoir leur nourriture au temps voulu. Tu donnes : eux, ils ramassent. Tu ouvres la main, ils sont comblés… Tu envoies ton Souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre » (1Corinthiens 2,1-5 ; 3,5-9 ; 2Corinthiens 2,14-17 ; 3,3 ; Romains 15,18 ; Ephésiens 4,15‑16 ; Jean 6,63)…

Que chacun soit donc vigilant dans la foi, à demeurer ouvert de cœur au Seigneur pour recevoir sa Grâce sans cesse offerte et partager ensuite les dons reçus. Nous ne sommes que les « intendants » (Luc 12,42), « les gérants » de la grâce de Dieu (1Pierre 4,10-11). Aussi, « à qui on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé », car cette grâce porte en elle-saint_paulmême le dynamisme nécessaire à la production des fruits (Jean 15,1-5). Si St Paul a pu agir comme il le fit, la fougue de son caractère y est certainement pour beaucoup, mais la première place revient à la Grâce dont il fut comblé : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous : oh ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi » (1Corinthiens 15,10).

Pour allumer ce Feu de l’Esprit Saint sur la terre (Luc 12,49), le Feu de l’Amour (Romains 5,5), le Christ ira jusqu’au bout du don de soi en s’offrant sur la Croix pour tous les hommes qu’il appelle « ses amis » (Jean 13,1 ; 15,13 ; Hébreux 2,9-11). Voilà le baptême dont il doit être baptisé et dont la seule perspective le remplit d’angoisse (Luc 12,50). Et en parlant avec une telle simplicité, il nous donne une fois de plus un bel exemple d’humanité… Comme nous tous, il a connu la fatigue, la faim, la soif, la tristesse, le trouble intérieur, le désarroi (Jean 4,6-7 ; 11,32-36 ; 12,27 ; 13,21 ; Matthieu 26,36-38 ; Luc 19,41-44 ; 22,44)… Et il a voulu vivre tout cela pour nous rejoindre au cœur de toutes nos épreuves et les vivre avec nous. Il nous apporte ainsi le soutien et le réconfort de sa Présence en attendant ce Jour où il n’y aura plus de peine, plus de cris, plus de pleurs, car l’ancien monde s’en sera allé (2Corinthiens 1,3-7 ; 7,4 ; Apocalypse 21,1-4)… « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde » (Jean 16,33).

Cette souffrance pourra, hélas, nous être infligée par certains membres de nos familles qui auront refusé d’ouvrir leur cœur à la vérité. Le Christ nous prévient : la division sera alors inévitable (Luc 12,51-53). Et lui, le premier, en a fait l’expérience ! Certains parmi ses proches le considéraient en effet comme un fou (Marc 3,20-21) ou comme un vaniteux qui voulait se donner en spectacle : « On n’agit pas en secret, quand on veut être en vue. Puisque tu fais ces choses-là, manifeste-toi au monde.” Pas même ses frères (ses cousins), en effet, ne croyaient en lui » (Jean 7,2-7). Il est pourtant venu rassembler dans l’unité de l’Amour les enfants de Dieu dispersés (Jean 11,52). Il est le premier à nous presser d’honorer nos parents (Marc 7,6-13). Il veut que nous luttions contre toute forme de division en « aimant nos ennemis, en faisant du bien à ceux qui nous haïssent, en bénissant ceux qui nous maudissent, en priant pour ceux qui nous diffament » (Luc 6,27-35). Et telle devrait être d’ailleurs notre réponse à ceux et celles qui, dans nos familles, pourraient s’opposer à notre démarche de foi. Mais cette situation inévitable souligne l’importance de notre liberté et la gravité du péché : nous pouvons, oui ou non, nous ouvrir à l’Amour, l’accepter ou le rejeter. Dieu se propose toujours, il ne s’impose jamais.… Et Jésus sera « haï sans raison » (Jean 15,25) et finalement écarté et crucifié, lui qui était passé partout en faisant le bien, délivrant christ-souriant-04tous ceux et celles qui étaient aux prises avec le mal (Actes 10,38), ne cherchant qu’à réconcilier les hommes avec Dieu (Luc 5,20 ; 24,45-47 ; 2Corinthiens 5,20), à les consoler, les pacifier, les guérir (Marc 5,34), les combler de ses biens… « C’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein » (Luc 6,38 ; Jérémie 32,40-41 ; Jean 1,14-17 ; 10,10 ; Romains 5,20 ; 15,13 ; 2Corinthiens 1,5 ; 9,14 ; 1Thessaloniciens 1,5 ; 1Thimothée 1,12‑17 ; 2Pierre 1,2 ; Jude 1,2)… Il sera malgré tout haï sans raison … Mais ressuscité, Dieu l’enverra à nouveau vers ceux qui l’ont rejeté pour les bénir ! Et s’ils acceptent de se détourner de leur méchanceté et de leurs perversités, ils connaîtront enfin cette Paix intérieure et profonde qui est synonyme de Plénitude et de Communion, Communion avec Dieu, Communion avec les hommes (Actes 3,12‑15.25-26 ; Luc 2,14 ; 7,50 ; 19,42 ; 24,36 ; Ephésiens 3,19)…

L’appel au repentir (Luc 12,54-13,35)

Le Christ va ensuite inviter ses interlocuteurs à lire les signes des temps. Et s’ils ne le font pas, c’est qu’ils sont « des hypocrites » (Luc 12,56). Ils ne veulent pas se repentir, ils ne veulent pas « faire la vérité » (Jean 3,19-21 ; Marc 3,4-5). « Ils ont des yeux pour voir et ne voient pas ; des oreilles pour entendre et n’entendent pas ; un cœur pour comprendre et ils ne comprennent pas. Ils ne veulent pas se convertir, sinon, je les aurai guéris » (cf. Matthieu 13,14‑15 ; Marc 8,17-18 ; Jean 12,37-40 ; Isaïe 6,9-10).

Visage de JésusDieu veut, en effet, se révéler, se faire connaître grâce à la Présence et à l’action de l’Esprit Saint et il enverra son Fils Unique pour manifester son Mystère : « Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils Unique-Engendré, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1,18). Et tout à la fin de l’Evangile, le Christ promettra à ses disciples que, ressuscité, il continuera à « faire connaître le Nom du Père » : « Je leur ai fait connaître ton Nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux » (Jean 17,26). Alors, écrit St Paul, « le Christ habitera dans vos cœurs par la foi, et vous serez enracinés, fondés dans l’Amour » grâce à l’action du Père « qui vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Thessaloniciens 4,8). Et puisque « l’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains 5,5), « vous connaîtrez l’Amour du Christ qui surpasse toute connaissance et vous entrerez par votre Plénitude dans toute la Plénitude de Dieu » (Ephésiens 3,14-18).

Esprit SaintDieu se révèle donc par le don de l’Esprit Saint, et il a envoyé son Fils dans le monde pour nous le communiquer : c’est lui et lui seul qui « baptise dans l’Esprit Saint », dira Jean-Baptiste (Jean 1,33). Et la mission première de l’Esprit de Vérité sera de nous introduire dès maintenant dans la Vérité tout entière en nous donnant de participer, par notre foi et dans la foi, à la Vie de Dieu (Jean 16,13 ; Galates 5,25). Ce même Esprit était déjà à l’œuvre lorsque le Christ « rendait témoignage à la vérité » (Jean 18,37) : par sa Présence et son action dans les cœurs, il confirmait Sa Parole (Jean 15,26). C’est pourquoi, « jamais un homme n’avait encore parlé comme cet homme » (Jean 7,46), et « tous étaient en admiration devant les Paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Luc 4,22). Tel est le fruit de la Présence de l’Esprit dans les cœurs qui acceptent de s’ouvrir à la vérité, car seul l’Esprit de Dieu peut nous donner de connaître Dieu, de l’accueillir, Lui et tous les cadeaux qu’Il veut nous transmettre (1Corinthiens 2,9-12).

Ne pas reconnaître la Parole du Père dans la Parole du Fils (Jean 12,50 ; 14,10-11), ne pas discerner les signes des temps, est ainsi paradoxalement pour Jésus « le signe » d’un cœur fermé à la vérité, et donc à l’action de l’Esprit de Vérité. « Qui est de Dieu entend en effet les paroles de Dieu ; si vous n’entendez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu » (Jean 8,47 ; cf. 8,42-47). Cette attitude était d’autant plus grave pour les scribes et les Pharisiens qui prétendaient à l’époque être les garants de la foi en Israël ! Voilà pourquoi Jésus les appelle « Hypocrites » !

Dieu-AmourAussi va-t-il les inviter à nouveau à « faire la vérité » par une question qui renvoie encore au mystère de la liberté de l’homme face à son Dieu : « Pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? » (Luc 12,57). Dieu, qui n’est qu’Amour, ne cesse de les couvrir de ses bienfaits et pourtant, ils ne répondent pas et lui demeurent infidèles… « On les appelle en haut, pas un qui se relève !… En quoi vos Pères m’ont-ils trouvé injustes pour s’être éloignés de moi ? Pourtant, je vous avais conduits au pays du verger pour vous rassasier de ses biens » (Osée 11,7 ; Jérémie 2,5-7.29.31 ; 8,5…). « Pourquoi… ? » La question reste sans réponse… Mystère de la liberté des créatures face à leur Créateur. Mais ce dernier ne va pas cesser de les inviter à choisir dès maintenant le chemin de la Vie (Ezéchiel 18,31-32 ; 33,11 ; Deutéronome 30,15-20), en « faisant la vérité » tant qu’il en est encore temps. Pendant notre vie terrestre, nous sommes tous en effet « en chemin » vers « le magistrat » (Luc 12,58), Celui qui est Vérité et devant qui nous ne pourrons que « faire la vérité ». Mais cette démarche s’accomplira aussi dans l’atmosphère de sa Tendresse, de sa Douceur et de sa Compassion. En Lui, « Amour et Vérité se rencontrent » (Psaume 85(84),11 ; 25(24),10 ; 89(88),15), ils sont inséparables. Et Dieu s’est pleinement révélé en Jésus-Christ comme l’ami de l’homme dans son combat contre le péché (1Jean 2,1-2 ; Romains 5,6-11) et tout ce qui le détruit : l’injustice, la violence, le mensonge, la souffrance, la maladie, la mort… « L’adversaire », c’est « Satan », « le DiableVitail » « l’Accusateur », « le Prince de ce Monde », cette créature remplie de haine qui a choisi de dire « non » à l’amour et qui cherche à nous entraîner dans son refus alors que nous sommes « en chemin » vers « le magistrat ». C’est lui et lui seul qui nous juge au sens de « condamner » (cf. Jean 3,16-17 ; 8,10-11). Par une vérité sans amour et donc impitoyable sur la réalité de notre misère – « jusqu’au dernier sou » de notre dette (Luc 12,59) – il espère ainsi renforcer notre honte, nous décourager, et nous entraîner à tout laisser tomber dans le domaine de la vie spirituelle. « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps. » (Matthieu 10,28 ; Jean 10,10 ; 8,44).

prodigueAussi Jésus cherche-t-il à introduire ses interlocuteurs dans l’Amour de son Père, et là, ils pourront « faire la vérité » dans l’action de grâces envers Celui qui ne désire que « nous remettre toutes nos dettes » pour libérer notre conscience du fardeau de nos fautes (Matthieu 6,12 ; 11,28-30 ; Jean 8,31-36 ; Psaume 81(80),7). Alors Dieu accomplira son œuvre : « aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il mettra loin de nous nos péchés » (Psaume 103(102),12), et puisque l’accusateur n’a de prise sur nous que par nos fautes, nous serons libérés de ses filets (Psaume 116(114-115),1-9). Le Christ « doux et humble de cœur » nous invite ainsi à le rejoindre dans l’humilité de la vérité, et si nous lui offrons « en vérité » toutes nos misères, nous ne pourrons que faire l’expérience de la douceur de sa Miséricorde et de la délivrance apportée par son Pardon (Luc 4,18 ; 21,28). Oserons-nous accomplir cette démarche, notamment dans le sacrement de la Réconciliation ? Essayons de tout lui offrir, jusqu’à nos doutes. « Le Père de nos âmes m’enleva tous mes doutes comme avec la main et depuis je suis parfaitement tranquille » (Ste Thérèse de Lisieux ; cf. texte à la fin) …

Création nouvelleCet appel au repentir nous concerne tous. Nous sommes tous en effet, d’une manière ou d’une autre, blessés par le péché. C’est ce que St Paul s’est attaché à montrer au début de sa Lettre aux Romains (3,9-12) : « Juifs et Grecs, tous sont soumis au péché », et il cite le Psaume 14(13),1‑3 : « Tous, ils sont dévoyés, tous ensemble pervertis »… Celui qui penserait être meilleur que les autres (Luc 18,9-14) et ne pas avoir besoin de repentir (Luc 15,7) serait en fait dans l’illusion la plus totale et la plus terrible, celle de l’orgueil. Dans notre lutte contre le péché, nous sommes donc tous solidaires. Pour le souligner, Jésus prendra l’exemple d’un massacre perpétré par Pilate et celui de l’accident de la Tour de Siloé (Luc 13,1-5). On croyait en effet à cette époque que rien n’arrivait sans que Dieu n’intervienne d’une manière ou d’une autre (Lamentations 3,38 ; Isaïe 45,7). Un accident, une épreuve, la souffrance, la maladie et la mort étaient interprétés comme autant de punitions que Dieu envoyait en réponse aux fautes commises (1Rois 8,32). Avec un tel raisonnement, ceux et celles qui avaient été tués par Pilate ou la chute de la Tour de Siloé étaient considérés comme des pécheurs qui avaient reçu de Dieu le juste salaire de leurs actes. Et les survivants pouvaient interpréter leur actuel bien-être comme la récompense de leur bonne conduite… Dans un tel contexte social et religieux, même les disciples de Jésus pensaient ainsi. « Maître », lui demandèrent-ils un jour en croisant un aveugle né, « qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ». Et Jésus répondra sans détours : « Ni lui ni ses parents » (Jean 9,1-3). La logique est la même dans notre passage de St Luc : ceux que Pilate a massacrés ou ceux qui sont morts à Siloé n’étaient ni meilleurs ni pires que les autres… Ils sont passés par la mort comme nous tous un jour, nous passerons par la mort … Mais à ce moment-là, le temps du repentir sera passé, et malheur à celui qui sera mort dans son péché… « Si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés » (Jean 8,24). D’où l’invitation de Jésus à croire en Lui dès maintenant pour accueillir son Salut, son Pardon, sa Lumière et sa Vie …

Christ souriantEt ce temps actuel du repentir est celui de la Miséricorde inlassablement offerte par Celui qui n’est pas venu pour les justes mais pour les pécheurs (2Pierre 3,8-9)… Jésus le dira avec l’image du figuier (Luc 13,6-9). Le fait qu’il ne porte pas de fruit est le signe qu’il ne vit pas encore en relation de cœur avec Celui-là seul qui, par la grâce de son Esprit, peut nous donner de porter du fruit (Jean 15,1-5 ; Matthieu 3,8 ; 12,33-35 avec 13,44-46 ;13,23 ; Galates 5,25 ; Ephésiens 5,8-9 ; Philippiens 1,9‑11 ; Jacques 3,13-18). Et comment Dieu réagira-t-il face à ce figuier ? Par une patience sans limites… Aucune date n’est donnée, aucun délai n’est précisé… Une seule certitude est donnée : Dieu continuera de lui être proche. Jour après jour il s’occupera de lui et lui proposera tous ses dons dans l’espérance qu’un jour, « à l’avenir », il sera enfin accueilli… Alors, en puisant aux Sources d’Eau Vive qui jaillissent continuellement du cœur ouvert du Christ Ressuscité, le figuier donnera ses fruits (Jean 7,37-39; 19,33-35 ; 4,10-14 ; Ezéchiel 47,1-12 ; Psaume 1). Dans le cas contraire, il se condamnerait lui-même aux ténèbres, à l’insatisfaction permanente, au « mal-être » et ferait ainsi le jeu de l’adversaire qui cherche à nous couper de nos racines pour nous entraîner dans la mort (Matthieu 3,10 ; 7,19)…

Le signe accompli dans une synagogue le jour du Sabbat (Luc 13,10-17) sera encore une invitation lancée aux Scribes et Pharisiens « hypocrites » (Luc 13,15) à juger par eux-mêmes de ce qui est juste (Luc 12,57 ; Jean 7,24)… Peut-être se convertiront-ils en cette nouvelle occasion que Dieu leur offre ? Avec son Fils et par son Fils, il va en effet de nouveau se révéler comme Celui qui nous libère de tous ces liens mauvais qui nous oppriment et nous font souffrir. Il suffit de se laisser faire, de le laisser agir… Dans cet épisode, tout ne sera Sacré Coeur Vézelayqu’absolue gratuité. La femme était bien allée rencontrer Dieu dans la synagogue, mais surprise, c’est Lui qui en son Fils prendra l’initiative de la rejoindre d’une manière totalement imprévue. Elle ne demandera rien, elle ne lui adressera aucune prière. Et rien ne dit qu’elle a reconnu en cet homme d’apparence si simple le Fils Unique de Dieu envoyé dans le monde pour le sauver. Tout commence par un regard d’Amour, de Miséricorde et de Tendresse, celui que le Christ pose sur elle. Il l’interpelle et lui adresse une Parole d’autorité qui révèle le désir continuel de Dieu à notre égard : nous délivrer de tout mal, déposer le fardeau qui nous écrase. Et Jésus, par un geste concret, ici « l’imposition des mains », montrera qu’avec Lui et par Lui Dieu est effectivement à l’œuvre pour nous réconcilier avec Lui. Et cette femme ne lui opposera aucune résistance… Elle le laisse accomplir son Œuvre et ce que l’homme « ne peut absolument pas » faire par lui-même se réalisera par la Grâce et la Toute Puissance de l’Esprit Saint (Luc 13,11 ; Matthieu 19,26 ; Romains 9,16). Sa transformation corporelle sera alors le signe de cette transformation spirituelle que le Christ est venu nous offrir : libérée, elle se redresse et loue Dieu dans ce mystère de Communion, de Vie et de Paix qu’elle vient de retrouver avec le Christ. Les Pharisiens reconnaîtront-ils en elle l’action du Père ? S’ils peuvent, le jour du Sabbat, délier leurs bêtes « pour les mener boire », comprendront-ils que Dieu, en ce jour qui lui est consacré, désire plus que tout nous libérer de tous nos liens pour nous conduire à Lui, la vraie Source d’Eaux Vives (Jérémie 2,13) ? Alors, nous pourrons vraiment étancher notre soif et connaître dès ici-bas « quelque chose » de la Plénitude de la Vie… « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jean 7,37-39 ; 6,35)…

En Jésus-Christ, la Lumière de l’Amour et de la Miséricorde vient donc de se manifester. Ses adversaires sont « remplis de confusion », mais ils restent enfermés dans leur orgueil : ils refusent la Vérité et avec elle « de faire la vérité » en reconnaissant humblement leurs erreurs. Par contre, toute la foule est dans la joie, accueillant avec simplicité « les choses magnifiques qui arrivaient par Lui ». Et tel est le jugement : en Présence de la Lumière, les uns la refusent et demeurent enfermés dans leurs ténèbres tandis que les autres l’accueillent et reçoivent ainsi par leur foi cette Présence de Dieu, avec tous ses biens, qui s’offre à eux en Jésus-Christ …

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Certes, pour l’instant, cette Plénitude est cachée sous les apparences humbles et discrètes du charpentier de Nazareth. Mais, comme une toute petite graine de sénevé, sa Puissance est irrésistible, et si elle est accueillie, la petite graine deviendra un arbre que nul ne pourra déraciner (Jean 10,27-30). « Et les oiseaux du ciel s’abriteront dans ses branches », image de cette communion avec le Ciel et tous ses habitants qui est dorénavant devenue possible…

Accueillie, elle sera aussi comme du levain qui, enfoui en quantité minuscule au cœur de notre pâte humaine, la transformera tout entière. Elle la fera se lever en lui communiquant la Vie du Ressuscité. « Lève-toi, et marche », dira Jésus au paralytique étendu sur son brancard (Marc 2,9‑11). « Fillette, je te le dis, lève-toi ! », dira-t-il à la fille de Jaïre qui venait de mourir, et « aussitôt la fillette se leva et elle marchait » (Marc 5,41-42). « Les Paroles que je vous ai dites sont Esprit et elles sont Vie » (Jean 6,63), disait Jésus. Si nous les accueillons, nous recevrons avec elles le don de l’Esprit qui a ressuscité le Christ d’entre les morts, et petit à petit, cette Puissance de Vie nous fera sortir de tous nos tombeaux et nous donnera la force de nous lever pour vivre une vie nouvelle (Romains 8,11 ; Jean 5,24-25). « On enleva la pierre du tombeau de Lazare… Alors Jésus s’écria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le et laissez-le aller. » (Jean 11,41-44). A l’appel du Seigneur, Lazare se découvrait vivant et libre !

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Mais pour vivre ce cadeau, il nous faut accepter d’entrer par « la porte étroite » de la vérité, de l’humilité et d’une conversion sincère. Cela suppose de se tourner de tout cœur vers le Seigneur et d’être prêt avec le secours de sa grâce de renoncer effectivement au mal pour choisir le bien. Ce combat sera celui de toute notre vie, car, pécheurs, nous n’avons pu que constater avec St Paul : « Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais » (Romains 7,15)… Mais la grâce que nous avons reçue au jour de notre baptême est une grâce de « mort au péché » : « comprenons-le, notre vieil homme a été crucifié avec le Christ, pour que fût réduit à l’impuissance ce corps de péché, afin que nous cessions d’être asservis au péché… Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu. Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Romains 6,6.10-11). C’est donc par la grâce de Dieu et par elle seule que nous allons pouvoir, petit à petit, mourir au péché. Notre fidélité à Dieu apparaît ainsi comme un don de Dieu (cf. Jérémie 32,39-40 ; Ezéchiel 36,25-28) si nous acceptons de réellement mettre en œuvre la grâce qui nous est donnée (1Jean 3,5-10). Alors, nous demeurerons unis à Celui qui est venu s’unir à nos ténèbres pour que nous puissions l’être à sa Lumière et à sa Vie (1Thessaloniciens 5,9-10). « Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où Je Suis, vous aussi, vous Soyez » (Jean 14,3). Si nous demeurons vraiment « là où Jésus est », ce mystère de communion en un unique Esprit ne pourra que nous pousser à choisir le bien et à renoncer au mal (Galates 5,16-26 ; 1Jean 2,6). Mais si nous commettons l’injustice, notre acte manifestera que la communion a été blessée. Nous nous serons « éloignés de lui » qui est dans la Lumière… Puissions-nous ne jamais entendre : « Je ne sais d’où vous êtes »… Mais là encore, le mystère de notre liberté demeure entier : resterons-nous « dehors » dans les ténèbres, ou choisirons-nous d’être « dedans », dans la Lumière et dans la Paix, là où le Christ veut tous nous rassembler (Luc 13,28-29 ; 13,34) ?

                                                                                                                              D. Jacques Fournier

Humilité, vérité, ouverture de cœur… et le Christ nous libère !

Therese« La veille (de mon engagement définitif au Carmel) il s’éleva dans mon âme une tempête comme jamais je n’en avais vue… Pas un seul doute sur ma vocation ne m’était encore venu à la pensée, il fallait que je connaisse cette épreuve. Le soir, en faisant mon chemin de la Croix après matines, ma vocation m’apparut comme un rêve, une chimère… Je trouvais la vie du Carmel bien belle, mais le démon m’inspirait l’assurance qu’elle n’était pas faite pour moi, que je tromperais les supérieures en avançant dans une voie où je n’étais pas appelée… Mes ténèbres étaient si grandes que je ne voyais ni ne comprenais qu’une chose : Je n’avais pas la vocation !… Ah ! comment dépeindre l’angoisse de mon âme ?… Il me semblait (chose absurde qui montre que cette tentation était du démon) que si je disais mes craintes à ma maîtresse (des novices), elle m’empêcherait de prononcer mes Saints Vœux; cependant je voulais faire la volonté du bon Dieu et retourner dans le monde plutôt que rester au Carmel en faisant la mienne; je fis donc sortir ma maîtresse et remplie de confusion je lui dis l’état de mon âme… Heureusement elle vit plus clair que moi et me rassura complètement ; d’ailleurs l’acte d’humilité que j’avais fait venait de mettre en fuite le démon qui pensait peut-être que je n’allais pas oser avouer ma tentation. Aussitôt que j’eus fini de parler mes doutes s’en allèrent, cependant pour rendre plus complet mon acte d’humilité, je voulus encore confier mon étrange tentation à notre Mère qui se contenta de rire de moi.

colombe_677Le matin du 8 Septembre, je me sentis inondée d’un fleuve de paix et ce fut dans cette paix “surpassant tout sentiment” que je prononçai mes Saints Vœux (Ph 4,7; Is 66,12)… Mon union avec Jésus se fit, non pas au milieu des foudres et des éclairs, c’est-à-dire des grâces extraordinaires, mais au sein d’un léger zéphyr, semblable à celui qu’entendit sur la montagne notre père Saint Elie (1R 19,11-13)… Que de grâces n’ai-je pas demandées ce jour-là !… Je me sentais vraiment la REINE, aussi je profitais de mon titre pour délivrer les captifs, obtenir les faveurs du Roi envers ses sujets ingrats, enfin je voulais délivrer toutes les âmes du purgatoire et convertir les pécheurs »…

                                                                            Ste Thérèse de Lisieux, « Histoire d’une âme »

 

[1] WOLFF H.W., Anthropologie de l’Ancien Testament (Labor et Fides, Genève 1974) p. 64.

[2] LEVÊQUE J., Job et son Dieu Tome II (Paris 1970) p. 514. « Dieu demande à Job de se ceindre les reins comme pour un combat, un travail ou une mission importante qui requiert puissance et mobilité ».

[3] La Bible de Jérusalem précise en effet en note pour le verbe « fiancer » : « Ce verbe est utilisé dans la Bible uniquement à propos d’une jeune fille vierge. Dieu abolit ainsi totalement le passé adultère d’Israël, qui est comme une créature nouvelle. Dans l’expression “ je te fiancerai dans (la justice) ”, ce qui suit la préposition “ dans ” désigne la dot que le fiancé offre à sa fiancée. Ce que Dieu donne à Israël dans ces noces nouvelles ce ne sont plus les biens matériels de l’alliance ancienne, mais les dispositions intérieures requises pour que le peuple soit désormais fidèle à l’alliance. Nous avons déjà ici en germe tout ce qui sera développé par Jérémie et Ezéchiel : l’alliance nouvelle et éternelle (“ pour toujours ”, cf. Osée 2,21), la loi inscrite dans le cœur, le cœur nouveau, l’Esprit nouveau (Jr 31,31-34 ; Ez 36,26-27) ».

[4] « Heureux » intervient trois fois dans notre texte (12,37.38.43), et le chiffre « trois » dans la Bible renvoie à Dieu en tant qu’il agit. Telle est en effet l’œuvre par excellence de Celui qui désire plus que nous-mêmes que nous soyons là où il est (Jean 17,24), dans l’Amour de son Père, unis à Lui dans la communion d’un même Esprit grâce à la Toute Puissance de sa Miséricorde. « Et là où Je Suis, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12,26).

 

Fiche n°16 – Lc 12,35-13,35 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez à cet article en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Ressusciter avec le Christ (Jn 20,1-9) !

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.

Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.

Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,

ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.

C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.

Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts (Jn 20,1-9).

 

Christ Ressuscité cathédrale de Londres

La première lecture, extraite du Livre des Actes des Apôtres, nous a transmis l’annonce du Christ que St Pierre fit « à Césarée chez un centurion de l’armée romaine. » Il lui dit, en faisant allusion au baptême de Jean Baptiste : « Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. »

ESPRIT SAINTMais cette phrase renvoie à une réalité éternelle… Depuis toujours et pour toujours, le Père donne au Fils « l’onction d’Esprit Saint et de puissance », cet « Esprit qui est vie » (Ga 5,25), cet « Esprit qui vivifie » (2Co 3,6), cet « Esprit qui donne la vie » (Rm 8,2). Par ce Don de l’Esprit, le Père donne la vie au Fils : « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même » (Jn 5,26). Et c’est en donnant au Fils la vie, sa propre vie, que le Père « l’engendre en Fils », et que le Fils « naît du Père avant tous les siècles » (Crédo). Autrement dit, cette déclaration, « Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance », nous renvoie à une réalité éternelle : le Père donnant au Fils la Plénitude de son Esprit, un Esprit qui est Vie, et le Fils recevant du Père, par le Don éternel de cet Esprit, la Plénitude de son Être et de sa Vie… « Je vis par le Père », dit-il en St Jean (Jn 6,57), réalité éternelle, et nous pourrions rajouter : « Je Suis et je vis par le Don de l’Esprit Saint que le Père me fait depuis toujours et pour toujours »…

Annonciation - gros plan - LourdesRépétons-nous : Être Fils éternel du Père, c’est se recevoir tout entier du Père par le Don de l’Esprit Saint… Le Fils n’existe pas par Lui-même, il n’est rien par Lui-même, il vit par le Père. Tout ce qu’Il Est, il le reçoit du Père par le Don de l’Esprit… Et c’est bien ce qu’il s’est passé lors de son Incarnation : son humanité a été engendrée dans le sein de la Vierge Marie par le Don de l’Esprit qui jaillit du Père de toute éternité : « Voici que tu concevras dans ton sein », dit l’Ange Gabriel à Marie, « et tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus… L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». Nous retrouvons les mêmes termes que le Livre des Actes des Apôtres : « le Don de l’onction d’Esprit Saint et de puissance. » Et « c’est pourquoi l’être saint qui naîtra », poursuit l’Ange, « sera appelé Fils de Dieu » (cf. Lc 1,26-38). Ainsi, le Fils se reçoit tout entier du Père, son Être et sa Vie, par le Don éternel que le Père lui fait de la Plénitude de son Esprit…

Lumière dans les coeursEt cela sera encore vrai de sa résurrection : le Père va ressusciter son Fils en déployant en Lui la Plénitude de son Esprit de Lumière et de Vie. « Jésus Christ notre Seigneur a été établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts », écrit St Paul (Rm 1,4). « Dieu a ressuscité le Seigneur », « Dieu le Père a ressuscité des morts Jésus Christ », son Fils, écrit-il encore (1Co 6,14 ; Ga 1,1). Et cette résurrection se mettra en œuvre par le Don éternel de l’Esprit Saint que le Père ne cesse de faire au Fils. Cet « Esprit de Dieu, cet Esprit de Gloire », comme l’écrit St Pierre (1P 4,14), va alors « glorifier » l’humanité de Jésus, « l’exalter », « lui donner le Nom qui est au dessus de tout Nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre,  et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,9-11). Et ce sera la Résurrection… Et Thomas lui dira bien : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28).

tombeau vide1Nul n’était là, dans le tombeau, quand le Père a ressuscité son Fils. Mais la lecture d’aujourd’hui nous permet de percevoir quelque peu ce qu’il s’est passé : le Corps de Jésus a comme disparu, et tous les linges qui l’entouraient se sont affaissés, « se sont posés à plat », comme nous le dit ici St Jean par deux fois. Et en s’affaissant, ils ont gardé la place qu’ils avaient sur son corps. Ainsi « du suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ». Si le corps de Jésus avait été volé, enlevé, les linges qui liaient ses pieds, ses mains, sa tête, le grand drap dans lequel il était enveloppé tout entier, le tout étant encore lié par d’autres bandelettes, tous ces linges auraient été dénoués et éparpillés à droite et à gauche… Mais non, ils étaient tous là, à leur place, mais maintenant, « posés à plat »… Le Corps de Jésus a seulement disparu… Et en entrant dans le tombeau, Jean « vit et il crut »…

C’est donc par le Don de l’Esprit Saint, par la Puissance de l’Esprit Saint, que le Père a ressuscité son Fils d’entre les morts. Et ce qu’il a fait pour Lui, il désire le faire pour chacun d’entre nous si nous acceptons nous aussi de faire comme le Fils, c’est-à-dire de nous laisser aimer par Lui : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 24,46). Et St Paul écrit : « Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11).

Car telle est la vocation de tout homme sur cette terre. Nous sommes tous des fils et des filles d’un même Père, tous « créés à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), tous appelés à « reproduire l’image du Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29). Et c’est bien ce qu’il dira, ressuscité, à Marie Madeleine : « Va dire à mes frères : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17).

christ ressuscitéAinsi, le Fils s’est fait chair pour nous rejoindre dans notre chair et nous montrer le chemin qui conduit au Père : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14,6). Jésus, le Fils Unique, est toujours « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18) ? Il ne cessera de nous dire et de nous redire, avec une infinie patience : « Repentez-vous », « convertissez-vous », détournez-vous du mal, et tournez-vous avec moi vers le Père… « Quand vous priez dites : « Père » (Lc 11,2), « Notre Père » (Mt 6,9). Jésus demeure dans l’amour du Père, il se laisse aimer par le Père, il laisse le Père le combler de toute éternité de la Plénitude de son Esprit et de sa Vie ? Il nous invitera à adopter avec Lui la même attitude : « Le Père Lui-même vous aime » (Jn 16,27), demeurez en son Amour comme moi « je demeure en son Amour » (Jn 15,10)… Alors vous recevrez vous aussi avec moi ce que je reçois du Père de toute éternité : la Plénitude de l’Esprit, cet Esprit qui vivifie et qui m’engendre ainsi en « Fils né du Père Esprit Saintavant tous les siècles », en « Fils de même nature que le Père » (Crédo)… Alors, en reconnaissant en vous le Don du Père, « le monde reconnaîtra que tu les as aimés », Père, « comme tu m’as aimé » (Jn 17,23), en mettant en eux, comme tu le mets en moi depuis toujours et pour toujours, la Plénitude de ton Esprit et de ta Vie… « Recevez l’Esprit Saint », dit ainsi le Christ Ressuscité à ses disciples (Jn 20,22), comme il le dit toujours aujourd’hui à chacun d’entre nous… Et « celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11). Bonnes fêtes de Pâques à tous !

                                                                                                D. Jacques Fournier




La Passion et la Croix du Christ, Révélation de l’Amour infini de Dieu pour tous les hommes (D. Jacques Fournier)

« Cela peut paraître curieux », écrit Théophile Penndu dans son livre « Jésus Sauveur », « de proposer comme guide, à ceux qui veulent parvenir au bonheur, un homme qui a été rejeté, qui est mort comme un criminel sur une croix. Mais grâce à leur foi en la résurrection, les chrétiens affirment que Jésus nous sauve, que sa vie n’est pas un échec et qu’elle aboutit à une vie de bonheur sans fin également promise à ceux qui accepteront de vivre comme lui ».

Alors deux discours doivent sans cesse être présents à notre esprit, car avec le Christ, ils ne font qu’un… Jésus, en effet, parlera de « béatitude » tout en évoquant des situations de souffrance…

Joie en Christ

Lc 6,20-22 : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous.

21 – Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.

Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.

22 – Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront,

quand ils vous frapperont d’exclusion et qu’ils insulteront

et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme.

23 – Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d’allégresse,

car voici que votre récompense sera grande dans le ciel.

C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. »

… et il invitera ses disciples à prendre leur croix à sa suite pour trouver avec elle la joie du salut…

Christ Ressuscité - Lisieux

Christ Ressuscité – Basilique de Lisieux

Lc 9,23-24 : Jésus « disait à tous : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera ».

Lc 14,27 : « Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi

ne peut être mon disciple. »

Jn 15,11 : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète »…

Autant de situations paradoxales dont le point de convergence est à chercher dans la dynamique de Dieu Lui-même : celle de l’Amour… Et Jésus en fut le plus parfait exemple…

Therese

« Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux)…

Se donner, toujours et partout, pour le bien de l’autre, quelle que soit son attitude à notre égard… « Il est passé partout en faisant le bien » (Ac 10,36-43). Et c’est bien pour notre bonheur que Jésus nous a ainsi parlé, qu’il a vécu avec nous, agi pour nous, nous donnant ainsi l’exemple de l’amour jusqu’à la fin…

« Jésus n’est ni utopiste ni un doux rêveur. Il est l’incarnation d’un Dieu qui est Amour. Il est crédible car il a aimé jusqu’au bout, il a vaincu la haine. Aucune loi, même celle relative au Sabbat, n’a pu l’empêcher de sauver ceux qui en avaient besoin…

La liturgie chrétienne peut ainsi nous parler de « la passion qui nous sauve » car au cours de sa passion, au milieu des pires souffrances, Jésus s’est montré plus fort que toutes les méchancetés ou injustices. Aucune force hostile n’a pu avoir raison de son amour qui va Dieu-Amourjusqu’à pardonner à ses bourreaux ». « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). « C’est là surtout que nous pouvons vérifier qu’il est sauveur. Grâce à lui, nous savons que nous sommes aimés même si nous ne le méritons pas. Même si nous le renions, son amour à lui restera fidèle et nous permettra de nous relever. Sa manière de vivre est le chemin du salut pour tous les hommes de tous les temps. Ceux qui depuis vingt siècles se sont efforcés de marcher sur ses traces ont pu expérimenter, parfois à travers doutes et inquiétudes, qu’ils s’en trouvaient grandis et qu’ils contribuaient à rendre le monde plus humain ».

En effet, « être sauvé, c’est devenir humain en développant toutes ses potentialités, en refusant de s’enfermer sur soi-même pour s’ouvrir aux autres, en cherchant à progresser toujours davantage. Jésus est justement celui qui a su faire confiance et aimer assez les autres pour qu’ils puissent vivre debout. Au lieu de juger et d’enfermer les gens dans leur passé ou dans leur situation sociale ou religieuse, il a su voir en eux le positif, les possibilités de progrès. Les choix de vie de Jésus visent à libérer l’homme.

On est sauvé quand on se sait aimé. Jésus est habité par une force d’amour : la Présence de Dieu qu’il appelait « mon Père » ou plus familièrement « Abba » (Papa). Il a aimé jusqu’à en mourir. Il a accompli jusqu’au bout la mission de salut qui était la sienne. Croire en quelqu’un, c’est lui faire confiance sans arrière-pensée. Lui déclarer : « Je crois en toi », c’est lui dire : « Je suis sûr que je peux m’appuyer sur toi et que tu ne m’abandonneras jamais. » » C’est ce que Jésus, l’Agneau sans tâche, a vécu, dans la foi, avec son Père. C’est ce que nous sommes tous invités à vivre, nous pécheurs, marqués par la fragilité d’une volonté si souvent vacillante. Mais l’Amour Miséricordieux du Christ ne nous fera jamais défaut, toujours offert pour le meilleur de l’instant présent de notre vie…

Christ Rédempteur-Rio-de-JaneiroAinsi, « Jésus a indiqué la source du salut : l’amour gratuit et universel de Dieu. Il est des gens qui pensent que si le salut est un don de Dieu, l’homme n’a plus rien à faire. Le Dieu de Jésus n’est pas aliénant, au contraire ! Il est une force de transformation, de libération ; s’ouvrir à son action, c’est entrer dans un mouvement de salut. Le Dieu de Jésus n’est ni le supplément, ni encore moins le concurrent de l’homme. Il propose le salut en offrant son amour, mais pour porter des fruits de salut, cet amour doit être accueilli et mis en œuvre. Etre sauvé, c’est, comme Jésus, vivre avec et de ce Dieu source de toute vie et de tout amour »…

« Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » (Jn 17,1)… Père, fortifie ton Fils afin que ton Fils puisse être jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême du don de soi (Jn 13,1), le témoin de cet Amour gratuit et inconditionnel de Dieu pour tous les hommes, quels qu’ils soient, quoi qu’ils fassent, puissent-ils tuer sur une Croix le Fils, l’Unique Engendré…

saint-espritAnimé lui aussi par cette Force d’Amour qu’est l’Esprit Saint, Pierre pourra, après la Pentecôte, y puiser le courage d’être à son tour le témoin de cet Amour devant ceux-là mêmes qui ont contribué à faire mourir Jésus… Avec bienveillance, il commencera par les appeler « frères », et puis, il reprendra à son compte une des dernières paroles du Christ sur la Croix. Il avait dit en effet : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »… Et Pierre dira de son côté : « Frères, je sais que c’est par ignorance que vous avez agi ainsi »… Puis, il leur annoncera la Bonne Nouvelle de cet Amour de Miséricorde qui, envers et contre tout, ne désire et ne cherche que notre bien… Ils l’ont tué ? Le Père l’a ressuscité, et il l’a envoyé les bénir et leur offrir le pardon de toutes leurs fautes ! Mais pour le recevoir, ils devront bien sûr se détourner de tout mal… Alors, de ce pardon reçu, pourra renaître une humanité nouvelle où régnera non pas la haine, mais l’Amour, non pas la méchanceté, mais la Bonté… Car tous, par ce pardon, recevront d’avoir part à un Unique Amour, une Unique Bonté, un Unique Esprit qui leur donnera enfin, petit à petit, de s’aimer les uns les autres comme le Christ Lui-même nous a aimés (Jn 15,12)…

Ac 3,17-26 : «Cependant, frères,

je sais que c’est par ignorance que vous avez agi, ainsi d’ailleurs que vos chefs.

18 – Dieu, lui, a ainsi accompli ce qu’il avait annoncé d’avance

par la bouche de tous les prophètes, que son Christ souffrirait.

19 – Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés,

20 – et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit.

Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus…

25 – Vous êtes, vous, les fils des prophètes et de l’alliance

que Dieu a conclue avec nos pères quand il a dit à Abraham :

Et en ta postérité seront bénies toutes les familles de la terre.

26 – C’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur

et l’a envoyé vous bénir,

du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités. »

                                                                                         D. Jacques Fournier

 

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La Passion et la Croix du Christ, Révélation de l’Amour infini de Dieu pour tous les hommes

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Du bon usage des biens de ce monde (Luc 11,37-12,34)

En Luc 11,37, Jésus est invité à manger chez un Pharisien, une occasion qui permettra à St Luc d’insérer ici dans son Evangile une série de mises en garde du Christ vis-à-vis de ce mouvement religieux. Leur portée dépassera d’ailleurs le seul milieu des Pharisiens : les chrétiens eux-mêmes devront faire attention à ne pas adopter un tel comportement…

Les sections précédentes ont préparé ce discours de Jésus. En effet, en Luc 11,29, il mettait en garde ceux qui demandent un signe, alors qu’ils ont sous leurs yeux le plus beau signe qui soit : « le Fils de l’Homme » (Luc 11,30), « le Verbe fait chair » (Jean 1,14), ce Fils Unique et Eternel de Dieu qui s’offre au regard de notre foi en son humanité de chair et de sang. Son Corps devient alors « l’Image visible du Dieu Invisible » (Colossiens 1,15), « l’Effigie de sa substance » (Hébreux 1,3)… Par contre, ne pas discerner en Lui « le resplendissement de sa Gloire » (Hébreux 1,3 ; cf. 2Corinthiens 4,1-6) est le signe d’un cœur aveuglé, conséquence de ce péché dont nous sommes tous blessés. Mais la permanence de cet aveuglement en présence de Jésus est encore le signe d’un refus de se convertir. Le Christ est en effet « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29), Il est cette Lumière qui est marie-madeleinevenue nous rejoindre « pour que quiconque croit en lui ne demeure pas dans les ténèbres mais ait la Lumière de la Vie » (Jean 12,46 ; 8,12). Il est « l’Astre d’en Haut » qui a voulu « visiter » les habitants des « ténèbres et de l’ombre de la mort », pour que nous puissions retrouver avec Lui « le Chemin de la Paix », de la Lumière et de la Vie par « la rémission de nos péchés » (Luc 1,76-79 ; Jean 14,6 ; Actes 26,12-18). Mais pour que le Christ puisse agir, il attend que nous lui remettions de tout cœur toutes ces zones d’ombre qui nous habitent encore et ceci ne peut se faire qu’avec le désir sincère de changer, avec son aide, notre comportement. Ainsi, ceux et celles qui persistaient à ne pas reconnaître en Lui le Sauveur du monde (Matthieu 1,20-21 ; Marc 16,15‑18 ; Jean 3,16-17 ; 4,42 ; 10,9 ; 12,47 ; Luc 2,25-32 ; 3,1-6 ; 19,5‑10 ; Actes 2,21 ; 4,10‑12 ; 15,7‑11 ; 16,30-31 ; Romains 1,16-17 ; 10,9-13 ; Ephésiens 2,4-10 ; 1Thessaloniciens 5,9‑10 ; 2Thessaloniciens 2,13-14 ; 1Timothée 1,15-16 ; 2,3-7 ; 2Timothée 1,6-11 ; Tite 2,11-14 ; 3,4-7) manifestaient par leur attitude leur refus de se convertir. Autrement, en se confiant entre les mains du Médecin de nos âmes (Marc 2,13-17 repris par Matthieu 9,9-13 et Luc 5,27-32 ; cf. « l’œil malade » en Luc 11,34), ils seraient vite passés avec Lui de la nuit à sa Lumière, de la tristesse à sa Joie (Jean 15,11), de la mort à sa Vie (Jean 11,25-26). Alors s’ils ne voient pas « la clarté de la lampe », qu’ils s’interrogent pour savoir si « la lumière » qu’ils croient avoir en eux n’est pas en fait « ténèbres » (Luc 11,35)…

Beaucoup parmi les Pharisiens tomberont dans cette attitude que Jésus dénonce ici. Ils lui demanderont en effet « un signe » (Luc 11,16 ; Marc 8,11-12 ; Matthieu 12,38-39 ; 16,1-4 ; En St Jean, « les Juifs » sont les responsables religieux du Peuple Juif, et donc notamment certains Pharisiens : Jean 2,18 ; 6,30), alors qu’ils refuseront de reconnaître en son humanité le signe de la Présence de Dieu en ce monde (Matthieu 1,22 ; Jean 10,30 ; 14,10-11 ; 20,28). Ils prétendaient « voir » alors que leur cœur était plongé dans les ténèbres (Jean 9,40-41), ils se présentaient aux hommes sous une belle apparence, alors qu’ils n’étaient pas habités par le désir sincère d’aimer Dieu de tout leur cœur. Ils avançaient à visages couverts : « Hypocrites »[1], leur dira Jésus (Luc 12,1 ; Matthieu 6,2.5.16 ; 15,7-9 ; 22,18 ; 13,15.23.25.27.29)…

Mise en garde contre les Pharisiens et les Docteurs de la Loi (Luc 11,37-12,12)

Ablutions rituellesInvité par un Pharisien, Jésus entre donc chez lui et se met à table. Mais il omet sciemment les ablutions rituelles que les Pharisiens observaient avant de prendre leurs repas : en effet, « les Pharisiens, et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être lavé les bras jusqu’au coude, conformément à la tradition des anciens, et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s’être aspergés d’eau, et il y a beaucoup d’autres pratiques qu’ils observent par tradition » (Marc 7,3-4). Ils tenaient en effet pour pécheurs et donc impurs tous ceux et celles qui n’obéissaient pas parfaitement à la Loi de Moïse et à la Tradition des Anciens, un ensemble de 613 commandements à l’époque de Jésus. Et quiconque touchait un pécheur, même par mégarde, devenait impur à son tour… Or Jésus venait d’être en contact avec une foule et un démoniaque (Luc 11,14) ! Mais il aura toujours horreur de ces barrières que les hommes, dans leur orgueil, dressent entre eux. Et les Pharisiens le faisaient en se servant de la Loi de Moïse, une Loi pourtant « sainte, juste et bonne » (Romains 7,12). Mais leur vanité s’en était emparée : ils croyaient bien la connaître, ils se flattaient d’avoir une conduite exemplaire, d’être les guides des aveugles, les éducateurs des ignorants (Romains 2,17-20), Mépris Pharisienset pourtant, ils méprisaient tous ceux et celles qui ne pensaient pas ou qui ne vivaient pas comme eux (Jean 7,49). Dans la multitude de leurs pratiques, ils avaient oublié l’essentiel : la justice, la Miséricorde et la bonne foi (Matthieu 23,23 ; 12,7 ; 9,10-13). Aussi, le Christ va-t-il s’opposer à leur attitude : non, l’homme ne peut pas prétendre devenir juste par ses seuls efforts à bien pratiquer la Loi. D’ailleurs, s’il est honnête avec lui-même, il ne pourra que reconnaître que, tôt ou tard, il désobéit à cette Loi et fait ce qui est mal (Jean 7,19 ; Romains 2,21-24). Mais c’est là, en fait, que tout commencera pour lui : s’il accepte en vérité son impuissance et sa faiblesse, il découvrira alors que Dieu est avant tout Miséricorde (Romains 9,16) et que son seul désir est que nous devenions par sa grâce ce que nous sommes incapables de devenir par nous-mêmes : des femmes et des hommes « justes », vivants de sa Vie et habités par la Lumière et la Force de son Esprit…

Jésus RembrandtJésus supprimera donc « cette Loi des préceptes avec ses ordonnances » qui, mal comprise, contribuait à élever des barrières entre les hommes (Ephésiens 2,14-18) et pour bien le signifier, il accomplira des gestes que « la Tradition des Anciens » interdisait au nom d’une soi-disant ‘pureté’ (Une tradition qu’il dénoncera comme étant souvent contraire à la volonté de Dieu : Matthieu 15,1-9) : il touchera les malades considérés à l’époque comme des êtres impurs[2] (Marc 3,10 ; 6,56), les lépreux (Matthieu 8,3), les aveugles (Matthieu 9,27-29 ; 20,30-34), les sourds (Marc 7,32-35), une femme ayant des pertes de sang (Luc 8,43-48), une pécheresse (Luc 7,36-39), le cercueil d’un mort (Luc 7,12-15) et il se laissera toucher par les foules (Luc 6,17-19)… Pour lui, en effet, ce qui importe, c’est d’être le plus humain possible, ce qui ne peut se réaliser que si nous nous faisons proches les uns des autres : et les prisonniers et les malades seront visités, les affamés nourris, les pauvres habillés (Matthieu 26,34-40)…

Jésus va donc inviter ce Pharisien à une démarche de vérité. Et ce qui compte, aux yeux de Dieu, ce n’est pas l’extérieur, l’apparence, mais l’intérieur, le cœur, car c’est du cœur que naissent les désirs qui seront ensuite à la base des actions posées. Si un désir est bon, il entraînera une action bonne et elle manifestera aux yeux de tous que, de fait, ce désir était bon. Mais si un désir est mauvais et s’il n’est pas écarté et chassé tout de suite par la prière (Romains 8,13), il ne pourra qu’entraîner une action mauvaise (cf. Matthieu 7,15-20). Or beaucoup parmi les Pharisiens étaient des « hypocrites », « des docteurs de mensonge qui séduisaient le peuple par des faux-semblants de piété tout en poursuivant des fins intéressées »[3] avec un cœur « plein de rapacité et de méchanceté ». Ils étaient prisonniers de leur égoïsme : prendre pour soi au mépris de l’autre. Pour échapper à cette spirale infernale, Jésus proposera une dynamique inverse, celle de l’amour de l’autre dans la remise de soi à Dieu. « Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous », dit-il à ce Pharisien (Luc 11,41 ; 12,33), dans la certitude que notre Père du ciel sait de quoi nous avons besoin pour vivre. Et si, nous promet Jésus, nous cherchons d’abord son Royaume et sa justice, en donnant notamment à ceux qui sont dans le besoin, alors « tout le reste vous sera donné par surcroît » (Luc 12,29-30). C’est ainsi que du point de vue de l’égoïsme, il s’agira de « perdre notre vie ». Mais si nous acceptons de mourir à nous-mêmes, nous trouverons avec le Christ « la vraie Vie » du Royaume et des enfants de Dieu (Luc 9,23-25), celle que le Père nous donne par son Fils (Jean 5,26 et 5,39-40 ; 6,47) et l’action de l’Esprit Saint (Jean 6,63), en surabondance (Jean 10,10)…

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De plus, comme l’indique la TOB, il est aussi possible de traduire Lc 11,41 par : « Donnez plutôt en aumône ce qui est dedans, et alors tout sera pur pour vous ». L’expression « ce qui est dedans », peut donc aussi être comprise comme renvoyant à nos richesses intérieures que le Christ nous invite à mettre en œuvre pour le bien de tous ceux et celles qui nous entourent . Il s’agira alors de partager non seulement ce que nous pouvons avoir, mais encore ce que nous sommes. Comme l’écrit St Pierre : « Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez le au service des autres, comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes : si quelqu’un a le don de parler, qu’il dise la Parole de Dieu ; s’il a le don du service, qu’il s’en acquitte avec la force que Dieu communique. Ainsi en toute chose, Dieu recevra sa gloire par Jésus Christ » (1Pierre 4,10‑11)…

« Heureux alors celui qui gardera cette parole de Jésus et qui la mettra en pratique » (Luc 11,28 ; 6,20-24). Mais « malheureux ceux qui font le péché et le mal, car ils se font du tort à eux-mêmes » (Tobie 12,10) : « souffrance et angoisse en effet pour quiconque commet le mal » (Romains 2,9). « Comprends donc et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner le Seigneur ton Dieu » (Jérémie 2,19). Et c’est, hélas, ce que beaucoup de Pharisiens avaient fait. Jésus les regardera alors avec tristesse et compassion : « Malheureux[4] êtes-vous, Pharisiens »… Et il donnera quelques exemples qui manifestent leur abandon de Dieu…

Pressoir antiqueLe premier d’entre eux concerne « la dîme » : la Loi invitait en effet à donner « le dixième » de ses récoltes principales, notamment « de blé, de vin et d’huile » (Néhémie 13,5.10-13 ; Deutéronome 12,17 ; 14,22-24). Mais pour être sûrs de bien agir, les Pharisiens appliquaient ce principe à toute plante cultivée, même en quantité insignifiante, comme la menthe, allant jusqu’à discuter de la dîme sur les plantes sauvages dont on pouvait éventuellement se servir ! Ce scrupule sur le détail poussé à l’extrême manifestait leur ambition de ne jamais être pris en faute, et donc indirectement leur orgueil… Et tout en discutant de façon interminable sur ces questions, ils laissaient de côté l’essentiel : « la justice et l’amour de Dieu » (Luc 11,42) Eux qui se prenaient pour l’élite religieuse d’Israël, Jésus les qualifiera d’infidèles (Jean 8,31-47) ! Eux qui jugeaient si facilement telle ou telle personne en la qualifiant de « pêcheur » et donc « d’impure », ce sont eux en fait qui sont impurs, et de la pire impureté qui soit[5], car ils prétendent être des hommes religieux, ils se présentent comme tels, ils ont belle apparence, ils aiment à « occuper les premiers rangs dans les synagogues » (Matthieu 23,1-7 ; 1Timothée 1,7), et ils ne vivent pas l’amour de Dieu ! Pire, « ils chargent les hommes de fardeaux accablants » en enseignant les multiples obligations de leurs traditions, et « ils ne les touchent pas eux-mêmes d’un seul de leurs doigts » (Luc 11,46) ! Par contre, ceux qui essayent de porter ces fardeaux inhumains sont vite découragés et ils finissent par abandonner ce Dieu dont les exigences semblent impossibles à mettre en pratique. Ces Pharisiens leur ont ainsi fermé l’accès au Royaume des Cieux (Luc 11,52 ; Matthieu 23,13), alors qu’il leur est pourtant grand ouvert. Aussi, leur dira Jésus, « venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau (de la Loi), et vous trouverez le repos, car mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » (Matthieu 11,28-30 ; Jean 7,37-39 ; 17,24)… En effet, si nous acceptons de marcher à sa suite, notre joug, nous révèle-t-il, sera avant tout « son joug » au sens où Lui-même portera avec nous notre fardeau… Et l’impossible deviendra possible …

Le second comportement que Jésus dénonce fait appel « à une importante tradition orale juive concernant la persécution et le meurtre des prophètes par le Peuple d’Israël. L’ouvrage des « Vies des Prophètes » rapporte ainsi qu’Isaïe fut scié en deux, que Jérémie mourut lapidé par le peuple, Amos assommé » (cf. Hébreux 11,32-40)… En mentionnant le premier meurtre, celui d’Abel[6] (Genèse 4,8-10), et le dernier que la Bible nous transmet, celui de « Zacharie qui a péri entre l’autel et le sanctuaire » (Luc 11,51 ; 2Chroniques 24,20-22), Jésus fait allusion à toute cette histoire sanglante… Et ses interlocuteurs y entreront à leur tour en tuant « le prophète par excellence », ce Fils que le Père leur avait envoyé pour leur salut (Marc 12,1-12) ! Eux qui avaient pourtant reconnu la valeur des prophètes du passé en les Tombe d'Absalomhonorant par des tombeaux somptueux, ils agiront finalement comme leurs pères qui les ont tués… Et pourquoi ? Parce qu’ils auront refusé de se laisser remettre en question par Celui qui dénonçait leurs erreurs… Pourtant, son seul but n’était pas de les humilier ou de les écraser, mais de leur permettre à eux aussi de retrouver avec Lui le bon Chemin qui conduit par la vérité à la Lumière de l’Amour, au Salut et à la Vie (Matthieu 23,37)… Qu’ils profitent donc de ce temps que Dieu, dans sa patience, nous offre pour que nous puissions tous nous convertir (2Pierre 3,9 ; Romains 2,4). Qu’ils s’engagent dans une démarche de Vérité en Présence de ce Père des Miséricordes qui ne désire que notre bien ! Mais hélas, leur manque d’humilité les entraînera dans une logique opposée à celle du Christ, celle de la violence et de la mort (Luc 11,53-54)…

Jésus mettra donc en garde ses disciples contre l’hypocrisie, cette attitude double qui présente au dehors une belle apparence alors que la réalité du cœur est tout autre. Certes, ils auront toujours à se convertir, à renoncer au mal pour choisir le bien, à faire mourir les œuvres de péché par la force de l’Esprit (Romains 8,13). Ce sera leur chemin de Croix, à la suite du Christ… Mais qu’ils essayent de l’accepter avec courage, en reconnaissant en vérité leurs incapacités, leurs limites et leurs faiblesses. Avec le Christ, elles deviendront en effet les lieux privilégiés où se manifesteront sa Miséricorde, sa Force, son Soutien et sa Lumière (2Corinthiens 12,7-10)…

Mais si Jésus a été refusé, ses disciples le seront aussi… Si Jésus a été persécuté, ses disciples le seront aussi…Mais qu’ils ne craignent pas toutes ces souffrances qui leur arrivent du fait de leur foi en Lui : Dieu ne les oubliera pas (Luc 12,6-7)… Ils ont du prix à ses yeux (Isaïe 43,1-4). Il leur enverra le Saint Esprit qui viendra les soutenir, les consoler et les Bandeau-st-Espritaider à tenir bon au milieu des persécutions de toutes sortes (Luc 12,11-12). Et le Christ se déclarera ensuite pour eux devant les Anges de Dieu (Luc 12,8). Notons bien par contre que St Luc ne dit pas que ce même Jésus reniera celui qui l’aurait renié ici-bas : il emploie une forme passive, « sera renié », sans en préciser le sujet… Jésus en effet ne juge jamais, il ne condamne jamais (Jean 12,47). Dans la Lumière de la Vérité, ce sont les hommes qui se jugeront eux-mêmes et qui regretteront amèrement tous leurs manquements (Jean 3,16-21 ; Luc 13,28)… S’ils pouvaient donc dès maintenant tout offrir à la Miséricorde Toute Puissante et repartir avec elle dans la bonne direction !

Cette Miséricorde de Dieu, qui nous invite au repentir et à la conversion, est en effet sans limites : « Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis » (Luc 12,10) et ce pardon lui sera communiqué par l’Esprit Saint qui vient du Père, cet Esprit par lequel le Père accomplit toute chose dans nos vies… Mais celui qui refusera en toute conscience cette action de l’Esprit ne pourra pas, bien sûr, bénéficier du Pardon de Dieu qu’Il lui apporte… Tel est le péché le plus grave, « le blasphème contre le Saint Esprit », un péché rarissime, du moins, espérons le…

Faire confiance à la Providence de Dieu (Luc 12,13-34)

Jeune homme richeLa question d’un homme sur un partage de biens familiaux avec son frère amène Jésus à mettre en garde contre « la cupidité, l’avarice », ce désir insatiable d’accumuler pour soi sans penser aux autres et à leurs besoins. Et pour illustrer son propos, il prendra l’image « d’un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté ». Le pronom personnel « mon, ma, mes » intervient alors sans cesse : cet homme ne pense qu’à lui, il est enfermé dans son égoïsme… De plus, il croit que l’abondance des biens matériels peut être un fondement stable sur lequel il pourra construire une longue vie de bien-être et de bonheur… Mais il a oublié une donnée de base : personne ne peut, « en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie » (Luc 12,25). Il ne sait si, demain, il sera encore en vie ou en bonne santé… Et s’il meurt, qui aura ses biens ? Dans sa logique égoïste, tout sera perdu… Mais si, par contre, il avait aidé de ses biens ceux qui étaient dans le besoin, il aurait été « riche » de tous ces dons en se présentant devant Celui qui a dit : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25,40)… Ainsi « celui qui amasse pour lui-même perd tout », tandis que celui qui « cherche le Royaume et sa justice » en acceptant de vivre le partage « se fait un trésor inépuisable dans les cieux » (Luc 12,33-34). De plus, il goûtera, en aimant, à quel point « le Seigneur est bon » (Psaume 34(33),9) puisque tout amour authentique vient de ce Dieu qui est Amour (1Jean 4,8 ; 4,16) et qui s’offre déjà, dès maintenant, dans la foi, à nos cœurs…

Dieu-AmourMais ce détachement vis-à-vis des biens matériels, pourtant nécessaires à la vie, ne peut se vivre qu’à la lumière de l’Amour et de la proximité de Dieu (Matthieu 4,17 ; 6,8). Certes, il ne s’agit pas d’une invitation à tomber dans la paresse et l’oisiveté en attendant tout du ciel (2Thessaloniciens 3,10-12). Mais le Christ nous invite à faire de notre mieux dans la certitude que nous ne sommes pas seuls : Dieu s’occupe de nous (Philippiens 4,4-7) et il ne permettra pas que celui qui met toute sa confiance en lui manque du nécessaire… Le Christ va alors évoquer les deux besoins fondamentaux de tout homme : la nourriture et le vêtement. Et il va appeler ses disciples à s’abandonner avec confiance entre les mains de leur Dieu et Père : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement » (Luc 12,22-23). En effet, « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Deutéronome 8,3 ; Proverbes 9,1-5 ; Sagesse 16,26 ; Jean 6,32s). Le mystère de sa vie est à chercher avant tout en Dieu (Genèse 2,4b-7)…

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Pour illustrer ses paroles, Jésus va alors prendre deux exemples. Le premier visera la nourriture, avec ces oiseaux qui, contrairement à l’homme de la parabole précédente, « ne sèment pas, ne moissonnent pas, et n’ont ni cellier ni grenier » (Luc 12,24). Certes, ils ne restent pas sans rien faire, cherchant à droite à gauche de quoi manger, mais ils ne manquent de rien… « Dieu les nourrit »… Jésus avait déjà dit auparavant qu’aucun passereau « n’est en oubli devant Dieu. Soyez donc sans crainte, vous valez mieux qu’une multitude de passereaux » (Luc 12,7). Et ici, il conclut : « Combien plus valez-vous que les oiseaux » (Luc 12,24)…

Lys

Le second exemple concernera le vêtement, et il sera pris cette fois du monde végétal. « Les lis ne filent pas, ils ne tissent pas, pourtant Salomon dans toute sa gloire ne fut pas vêtu comme l’un d’eux ». Alors, « si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, combien plus le fera-t-il pour vous, gens de peu de foi ».

 

 

La conclusion est claire : « Ne cherchez pas ce que vous mangerez et ce que vous boirez, ne vous tourmentez pas … Votre Père sait que vous en avez besoin ». Une seule chose est en fait nécessaire en cette vie : « Cherchez le Royaume des Cieux et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Ainsi celui qui peut travailler collaborera par son courage et sa peine à ce que cette promesse de Dieu s’accomplisse pour lui, et s’il reçoit en surplus, il pourra partager avec celui qui est dans le besoin. Alors, il participera encore par son aumône à l’œuvre de Dieu « qui comble de biens les affamés » (Luc 1,53) par les hommes et les femmes de bonne volonté… Et dans la fragilité de cette existence, nous savons très bien que celui qui peut donner aujourd’hui sera peut-être demain celui qui remerciera son prochain de l’aider à passer un cap difficile… St Paul exhortait aussi les Corinthiens à l’entraide fraternelle : « Songez-y : qui sème chichement moissonnera aussi chichement ; qui sème largement moissonnera aussi largement. Que chacun donne selon ce qu’il a décidé dans son cœur, non d’une manière chagrine ou contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. Paris Surréalistes+annexesDieu d’ailleurs est assez puissant pour vous combler de toutes sortes de libéralités afin que, possédant toujours et en toutes choses tout ce qu’il vous faut, il vous reste du superflu pour toute bonne œuvre, selon qu’il est écrit : « Il a fait des largesses, il a donné aux pauvres ; sa justice demeure à jamais » » (2Corinthiens 9,6-9 ; cf. 8,13-15). Et à Timothée, il écrivait : « Aux riches de ce monde, recommande… de ne pas placer leur confiance en des richesses précaires, mais en Dieu qui nous pourvoit largement de tout, afin que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de belles œuvres, donnent de bon cœur, sachent partager ; de cette manière, ils s’amassent pour l’avenir un solide capital, avec lequel ils pourront acquérir la vie véritable » (2Timothée 6,17-19). Et par ces quelques lignes, nous découvrons à quel point St Paul résume tous les points principaux de notre passage en St Luc…

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)Ainsi, Jésus invite à mettre à la première place dans notre vie la recherche du Royaume. Et cette recherche, si elle s’accomplit sincèrement et de tout cœur, ne pourra qu’être comblée, car il ajoute juste après : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32). Et ce « Royaume est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17), un mystère de communion et de vie avec Celui qui, « de tout son cœur et de toute son âme » (Jérémie 32,40-41), veut nous combler de sa Vie et nous introduire ainsi auprès de Lui, dans l’Amour (Jean 14,1-3 ; 17,24)… Le message de Luc 12,32 est donc identique à celui de Luc 11,9-13 : « Cherchez et vous trouverez… Car celui qui cherche trouve… Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du Ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! ». Cherchez le Royaume, il vous sera donné… Demandez l’Esprit, il vous sera donné, et avec Lui, vous trouverez le Royaume, ce mystère de communion avec Dieu dans l’Unité de l’Esprit (Ephésiens 4,3 ; 2Corinthiens 13,13)…

Et ce cadeau n’est surtout pas réservé à une élite. Il est le don gratuit que le Christ, dans sa Miséricorde, est venu offrir aux pécheurs pour leur donner de trouver avec lui le vrai Bonheur (Luc 6,20-23 ; 9,33 ; 10,23-24 ; 11,28), la vraie Paix (Jean 14,27), le vrai Repos (Matthieu 11,28-30), la vraie Vie (Jean 14,6)… Nous le savons bien, nous ne sommes pas dignes de le recevoir (Matthieu 8,8 ; Luc 7,6-7). Mais nous découvrons chaque jour, avec une énorme gratitude, à quel point le Christ n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Et là où la misère abonde, la grâce surabonde, car rien, absolument rien, ne peut nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur (Romains 5,20 ; 8,31-39 ; 1Timothée 1,12‑17). Car qu’est-ce qu’un pécheur, sinon celui qui cherche le bonheur sur un chemin de déviance, ou fait la dure expérience de son esclavage dans le mal et de son impossibilité à s’en sortir tout seul. Dans les deux cas, il ne peut que connaître la déception, la souffrance, la tristesse… Et le Seigneur, de son côté, loin de le juger et de le condamner, se fera encore plus proche de lui pour lui redire son Amour, l’inviter à reprendre courage et à repartir à sa suite sur le chemin de la vraie Vie. Car Dieu ne désire qu’une seule chose pour chacun d’entre nous : que nous puissions connaître avec Lui la Plénitude de la Vie par le don de Esprit Saintl’Esprit (Ephésiens 5,18). Heureux alors celui qui acceptera de se lancer dans cette aventure… Telle était la certitude et le bonheur de St Paul : « Je me sens pris dans cette alternative : d’une part, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable ; mais de l’autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien » (Philippiens 1,23-24). Et que fera-t-il pour notre bien ? Il nous invitera à chercher avant tout « les réalités d’en haut », car là, est la vraie Joie : « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu : quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire » (Colossiens 3,1-4 ; cf. Romains 6,1-11 ; Jean 17,22-23).

Telle était aussi l’expérience de St Pierre qui tressaillait déjà de joie, dans la foi, en recevant les dons du Père des Miséricordes : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance…Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves » (1Pierre 1,3-7 ; cf. Jean 3,27-29). Puisse cette expérience être aussi la nôtre !

                                                                                                                 D. Jacques Fournier

[1] Un des sens d’hypocrite (upokrithé” en grec) est « acteur, comédien », car autrefois, tous les acteurs au théâtre jouaient avec un masque.

[2] On croyait en effet que toute maladie ou infirmité était « la punition » que Dieu, dans sa justice, envoyait aux hommes pécheurs (cf Jean 9,1-3) et donc impurs…

[3] Note de la Bible de Jérusalem pour Matthieu 7,15.

[4] Ce terme « malheur », ou « malheureux », reviendra ici six fois, et traditionnellement, le chiffre « six » est symbole d’imperfection !

[5] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 697 : « Une tombe est un objet particulièrement impur du fait du cadavre qu’elle recèle ; si rien ne signale sa présence à la surface du sol, le passant marche dessus sans le savoir et contacte une impureté grave (Nombres 19,11-16) ».

[6] Id. p. 698 : « Dans la tradition orale, c’est parce qu’il avait affirmé que Dieu était juste et ressusciterait les morts que Caïn, son frère, l’avait tué ».

Fiche n°15 – Lc 11,37-12,34 : cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.