Fiche N°22 : Le dernier repas de Jésus avec ses disciples ; le lavement des pieds (Jn 13).

Le lavement des pieds (Jn 13,1-20)

            Notre nouveau chapitre commence par « Avant la fête de la Pâque »… Nous allons rapidement revoir tous les passages de l’Evangile qui parlent de « la Pâque » pour retrouver la nuance particulière que St Jean attache à cette fête. « La Pâque » était donc déjà intervenue en Jn 2,13, lors de la purification du Temple. Et que préfigurait déjà la Parole de Jésus en Jn 2,19 (cf. Jn 2,18-22) ? Puis, nous retrouvons cette fête en Jn 2,23, cadre temporel du discours de Jésus avec Nicodème qui représente ici tout le Peuple Juif ; et que laissent présager Jn 2,24 ; 3,11 ; 3,14-15 ; 3,19-20 ? Puis la Pâque réapparaît en Jn 6,4, où peu après Jésus se présentera comme étant le Pain de Vie par sa Parole et par son Corps offert ; et qu’annoncent déjà Jn 6,41-42 ; 6,51 ; 6,70-71 ? Puis la Pâque intervient à nouveau en Jn 11,55 et 12,1 ; quel est l’épisode qui précède immédiatement (cf. Jn 11,49-54), et que lit-on en Jn 11,57 et Jn 12,10‑11 ? Et que dit Jésus en 12,7-8 à propos du geste que Marie vient d’accomplir à son égard ? Puis, la Pâque apparaît dans notre chapitre en 13,1, et finalement en 18,28.39 et 19,14. Conclusion : dans St Jean, à quoi cette fête de Pâque fait-elle sans cesse allusion ? Et de fait, que retrouve-t-on en Jn 13,1 juste après la mention de « la Pâque » ? Quel verbe intervient par deux fois dans la seconde moitié de ce verset ? Que manifestera donc avant tout la Passion de Jésus ? Et comment cela se manifestera-t-il (cf. Jn 15,13) ? Retrouver cette dernière réponse en Jn 10,17-18. Dans ces derniers versets, le mot « pouvoir » intervient par deux fois ; mais à la lumière du contexte général de l’Evangile de Jean, de qui vient tout « pouvoir », aussi bien pour Jésus (Jn 5,26-27 ; 17,2 ; voir aussi avec le verbe « pouvoir » : 5,19-20) que pour les hommes (Jn 1,12 ; 19,10-11 ; voir aussi avec le verbe « pouvoir » : Jn 3,2-5 ; 3,27) ? Ce mot « pouvoir » intervient d’ailleurs huit fois en St Jean, un chiffre qui symbolise « l’infinie perfection »… De qui Jésus tient-il donc « le pouvoir », la possibilité, la capacité de « se donner » pour le salut du monde ? Et de son côté, que fait le Père vis-à-vis de son Fils en Jn 3,16 et Jn 6,32-33 ? Les réponses à ces dernières questions apparaissent dans l’épisode de Jésus priant juste avant son arrestation, dans le jardin de Gethsémani (cf. Lc 22,39-46). Quelle est, d’après ce texte, la réaction de Jésus face aux souffrances et à la mort désormais imminentes ? Et pourtant, qu’avait-il dit autrefois (cf. Mt 10,28 ; Lc 12,4-5 ; et Jn 4,34) ? Jésus nous apparaît ici pleinement humain, et tout proche de chacun d’entre nous… Et le Père, comme toujours, va exaucer sa prière (cf. Jn 11,41-42), non pas selon ce désir si légitime qu’il crie de toute son humanité, « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! », mais en lui donnant le pouvoir, la possibilité, la capacité d’aller jusqu’au bout de sa mission qui est de manifester que l’Amour de Dieu envers nous est plus fort que tout… Rien, pas même les pires atrocités qu’il subira de la part des hommes, ne pourra l’empêcher de les aimer et de désirer pour eux le meilleur. Et c’est ainsi qu’il offrira d’abord sa vie pour tous ceux qui auront participé plus activement à sa Passion et à sa mort (cf. Ac 3,13-15 et 3,25-26). Quel est donc ce meilleur qu’il désire pour chacun d’entre nous d’après Jn 10,10 et Rm 6,23 ; d’après Rm 2,7-8 ; d’après Col 1,12-13 ; d’après Jn 14,1-3 et 17,24 ; d’après Jn 15,11 ? Dieu veut notre Plénitude et notre Bonheur éternels plus que nous-mêmes… Cette volonté est l’expression de tout son Être, et Il Est Amour (1Jn 4,8.16). Et cet Amour qu’il nous porte, infini, immense, ne peut que le pousser à « vouloir » être avec ceux et celles qu’Il Aime, « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20), à « vouloir » que ceux et celles qu’Il Aime soient les plus heureux possible, « heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu » (Ps 33(32),12 ; 144(143),15 ; 146(145),5)… Alors, « que ta volonté soit faite », que ce que désire ton Amour se réalise… C’est ce que Jésus veut mettre en œuvre de tout son être, lui aussi (cf. Jn 3,16-17 ; 4,34 ; 6,37-40 ; 14,31 avec 12,50). Aussi, « Jésus, ayant aimé les siens les aima jusqu’à l’extrême de l’amour », jusqu’à donner sa vie sur une Croix pour chacun d’eux, pour que nous soyons tous lavés, purifiés de tout mal, arrachés à toute forme de ténèbres et comblés de sa Lumière et de sa Vie… Telle est toute l’œuvre du Christ Serviteur du Père et des hommes, par amour du Père et des hommes… Accepterons-nous de nous laisser ainsi aimer ? « Je chanterai à jamais les miséricordes du Seigneur » (Ste Thérèse de Lisieux)…

            En quels termes pourrait-on parler, avec 2Tm 1,7, de ce Don que le Père fait à son Fils pour lui permettre d’avoir la force d’aimer « jusqu’à l’extrême de l’amour » (Voir les notes de la TOB et de la Bible de Jérusalem pour Jn 13,1) pour le salut du monde ? Quelle grande leçon nous laisse donc le Christ en cet épisode de Gethsémani, selon l’expression employée au tout début en Lc 22,40 et à la fin en Lc 22,46 ? Voilà donc la première attitude, de cœur, qui devrait être la nôtre dans toutes les circonstances de notre vie (cf. Ep 6,18)… « Recevoir » de tout cœur, pour « pouvoir » aimer « comme » il nous a aimés (Jn 15,12), et « il n’y a pas de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,12-13). Certains le vivent comme le Christ, jusqu’à l’extrême, jusqu’à mourir sous les balles au pied de l’autel, comme en Irak… Mais nous, nous sommes tous appelés à le vivre en supportant patiemment les adversités, les contrariétés… qui nous arrivent toujours au moment où nous nous y attendons le moins… « C’est pourquoi, je vous le dis, veillez et priez en tout temps » (Lc 21,36)…

            Jn 13,1 donne donc la clé d’interprétation de tout ce qui suivra : la Passion du Christ, par amour, le don de sa vie jusqu’à mourir, sa résurrection mise en œuvre par le Père dans la Puissance de l’Esprit… C’est ce que nous rappelons à chaque Eucharistie où Jésus nous invite à venir recevoir le fruit de l’offrande de sa vie : notre vie éternelle (cf. Mc 14,22-24 ; Lc 22,19-20 ; Mt 26,26‑28 ; Jn 6,51-58). St Jean ne nous rapporte pas ce récit de l’institution de l’Eucharistie, mais il nous offre, à la place, l’épisode du lavement des pieds qui n’apparaît par contre que chez lui… Conclusion : pour St Jean, que signifie « servir » pour le Christ ? Retrouver cette dernière réponse avec Mc 10,45 repris en Mt 20,28. Que signifie donc pour le Christ « vivre l’Eucharistie » ? Nous le reverrons par la suite…

            L’épisode du lavement des pieds donne sens au récit de la Passion qui suivra. Mais l’Amour donné supplie d’être accueilli…Et quelle est la première réaction de Pierre lorsque le Christ arrive à ses pieds ? Se souvenir d’une réaction semblable de Jean‑Baptiste au moment du baptême de Jésus (cf. Mt 3,13-15)… Dieu déroute en Jésus Christ : le Très Haut, le Très Grand, le Tout Puissant se présente à nous comme le Tout Petit qui vient se mettre à notre service et meurt, faible aux yeux du monde, dans les mains des puissants de ce monde… Ainsi, avant de donner, il s’agira pour nous d’apprendre à recevoir, à nous laisser « servir » par le Christ, ce qui n’est jamais facile pour notre orgueil, notre amour propre… Et cette étape est indispensable : que répond en effet Jésus à Pierre ? A l’époque, l’hospitalité voulait que le Maître de Maison qui accueillait un hôte envoie ses serviteurs lui laver les pieds pour lui permettre d’entrer à son aise dans la maison garnie de tapis et de coussins… Jésus apparaît ainsi comme le Serviteur du Père, envoyé par le Père pour accueillir tous les hommes appelés à entrer dans sa Maison, dans son Royaume, dans cette Vie de Communion dans l’Unité d’un même Esprit… Pour Jésus, ce geste est donc avant tout un geste d’hospitalité, d’accueil, un rituel de bienvenue où le Maître de Maison fait tout pour que son hôte se sente bien à l’aise…

            St Pierre, de son côté, va avant tout percevoir ce geste du lavement des pieds comme un rite de purification. Et c’est vrai : c’est le Christ qui, en nous purifiant de toutes nos fautes, de toutes nos souillures, nous donne d’entrer dans la Maison du Père… « Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez lavés de toutes vos souillures », dit le Seigneur (Ez 36,25). Cela suppose que nous prenions conscience d’avoir besoin d’être lavés, et que nous acceptions de nous laisser laver… C’est ce que fait ici St Pierre : que dit-il, en effet, en évoquant « non seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête » (cf. Lc 5,8 ; se souvenir de la même réaction de Jean-Baptiste en Mt 3,13-15) ? Mais que lui répond Jésus en Jn 13,10 ? Surprise ! St Pierre serait-il déjà « pur tout entier » alors qu’il vient d’exprimer au Christ la perception présente qu’il a de sa misère ? Cela nous amène à préciser de quelle « pureté » le Christ parle… Manifestement, il ne s’agit pas d’une perfection synonyme d’absence de misères, de faiblesses, d’imperfections, etc… St Pierre vient de les reconnaître… Mais la réponse est là… Que font en effet la plupart des scribes et des Pharisiens, et quel est le résultat de cette attitude (cf. Jn 9,40-41) ? Quelle en est la racine (cf. Is 9,8 ; Jr 13,9 ; 48,29 ; Os 5,5…) ? Et face à un tel état de fait, à quoi Dieu nous appelle-t-il (cf. Jr 2,22 ; 3,13) ? Que nous invite-t-il à rechercher avant tout (cf. Jr 5,1 ; 9,2 ; 9,4 : Za 8,16 et la fin de 8,19) ? Et où va celui qui répond à cet appel (cf. première moitié de Jn 3,21) ? Précisez la réponse en mettant en parallèle ce qui est dit du Père en Jc 1,17 et 2Co 1,3. Et quelle est la seule action que met en œuvre un tel Père en faveur d’un homme qui accepte de se reconnaître pécheur (Noter la perspective trinitaire que l’on découvre à travers tous ces versets : ¬ Ex 31,13 ; Lv 21,8 ; 22,32 ; Ez 20,12 ; 37,28 ; 1Th 5,23 ; Jn 17,17 ; ­ Jn 17,19 ; Hb 10,14 ; ® 2Th 2,13). Conclusion de toute la démarche avec 1P 1,22. Autrement dit, « la pureté » dont il est question ici n’est pas synonyme de perfection comprise comme une absence de défauts, de défaillances, etc… mais elle est synonyme de « vérité ». Le pécheur, aveuglé par ses fautes, et telle est leur conséquence inévitable, se met à « voir » dès lors qu’il accepte de reconnaître humblement son état (Se souvenir de Jn 9,39-41). St Pierre en est le plus bel exemple : il est pécheur, il le reconnaît humblement et de tout cœur devant Dieu ; en acceptant cette démarche de vérité, il s’ouvre à la Vérité de Celui qui n’est que Miséricorde, qui, face au pécheur n’a qu’un seul « réflexe », le sanctifier, le justifier… Il devient « pur », di Jésus à St Pierre. Même situation pour le Publicain de St Luc qui, dans le Temple de Jérusalem, « se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux au ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié » (Lc 18,13-14). Par contre, le Pharisien, pécheur comme tout le monde mais qui refuse de le reconnaître et se croit meilleur que les autres (cf. Lc 18,11-12), demeure dans l’aveuglement du plus grand péché qui soit, l’orgueil… D’ou la prière du Psalmiste (Ps 19(18),14) : « Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil, qu’il n’ait sur moi nul empire! Alors je serai irréprochable et pur du grand péché. »

            Un indice nous disait déjà que Pierre était sur le bon chemin, de tout cœur… Jésus vient de se présenter comme « le Pain de Vie » par sa Parole et par sa Chair offerte. « Mais comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger », s’offusquent bon nombre de ses disciples… Et ils le quittent… « Voulez-vous partir vous aussi », dit alors Jésus aux Douze. Pierre répond en leur nom à tous : « Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les Paroles de la Vie éternelle ». En écoutant Jésus, il a vécu une expérience de « Vie éternelle »… Or, vient de dire Jésus : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les Paroles que je vous ai dites sont Esprit et elles sont Vie » (cf. Jn 6,60-71). Et cet Esprit est aussi « l’Esprit de Vérité » (Jn 14,17 ; 15,26 ; 16,13). Seuls ceux qui sont dans la vérité peuvent donc l’accueillir… Or, pour Pierre comme pour chacun d’entre nous, notre vérité est celle d’hommes pécheurs, blessés, si vite déficients… Et la vérité de l’Esprit est celle du « Père des Miséricordes » qui sanctifie les pécheurs… En accueillant dans la vérité de son être pécheur la révélation de la vérité des « entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,78), Pierre a accueilli la vérité de l’Esprit donné sans mesure avec cette Parole (cf. Jn 3,34 BJ), cet Esprit Eau Vive qui purifie et vivifie… Alors, Jésus peut lui dire : « Déjà, vous êtes purs »… Et Pierre peut confesser : « Tu as les Paroles de la Vie éternelle »… Tel est « le service » que le Christ Serviteur du Père veut accomplir pour tout homme pécheur qui acceptera de s’abandonner en vérité entre ses mains (cf. Mt 28,18-20 ; Ac 2,37-40 ; 1Co 6,9-11 ; Ep 5,25-27 ; Tt 3,4-7). Il est « le Seigneur » et « le Maître », mais pour Dieu, être « Seigneur » et « Maître », c’est aimer et donc servir dans l’humilité et la douceur (cf. Mt 11,29)…

Quelle est donc la base sur laquelle se construit toute vie chrétienne (cf. 1Co 3,11 ; Rm 9,16 ; Tt 2,11-12) ? Et si l’homme s’ouvre vraiment à cette action du Christ en Lui, que recevra-t-il aussitôt avec elle (cf. 1Th 4,7-8) ? Quelle en sera la première conséquence d’après Rm 5,5 ? Quels fruits pourra-t-on alors porter (cf. Ga 5,22-23 ; Ep 5,5-11 ; 2Tm 1,6-11) ? Quel commandement pourrons-nous mettre en pratique (cf. Jn 15,12) ? Le retrouver en actes en Jn 13,14-15… Xavier Léon Dufour commente le lavement des pieds en écrivant que « Jésus ne le présente pas simplement au titre d’un modèle extérieur à imiter, mais d’un don qui génère le comportement à venir des disciples… On pourrait paraphraser : « En agissant ainsi, je vous donne d’agir de même » » (LÉON DUFOUR X., Lecture de l’Evangile selon Jean (Ed. du Seuil ; Paris 1993), vol. III p. 36-37). Et quelle sera « l’état de vie » de celui ou celle qui « fera » effectivement ce à quoi le Christ nous invite tous (cf. Jn 13,17 ; 15,11) ?

            Mais qu’annonce Jésus en Jn 13,18 ? Et pourquoi le fait-il d’après Jn 13,19 ? A la fin de ce verset 19, St Jean reprend le Nom divin tel qu’il fut autrefois révélé à Moïse en Ex 3,14. Que nous dit cette allusion sur l’identité profonde de Jésus ?

            Enfin, quel Mystère évoque la formulation employée en Jn 13,20 sur ce que vivent « les envoyés de Jésus » avec leur Maître (cf. Jn 20,21), et Jésus lui-même avec le Père « qui l’a envoyé » (cf. 1Co 1,9 ; 2Co 13,13 ; Ph 2,1s ; 1Jn 1,3.6.7) ? Quelle en est une des conséquences d’après Lc 10,16 (cf. 2Co 13,3) ? A quel regard de foi Lc 10,16 nous invite-t-il vis-à-vis des frères et sœurs qui constituent notre communauté, notre Eglise ? Et par quelle attitude ce regard de foi se traduira-t-il très concrètement dans nos relations les uns avec les autres (cf. Rm 1,5 ; 16,26 ; et donc Ep 5,21 illustré en Ep 5,22 ; 5,25 ; 6,1 ; 6,5-7 en faisant bien attention au début de 6,9) ? A quoi nous invite également St Paul en Ph 2,1-4 (cf. Ep 4,1-3) ? Et quel exemple prend-il en Ph 2,5-11 ? Ainsi, dans ce Mystère où « en définitive, l’amour extrême est le partage par Jésus de son union avec le Père », « l’action attendue des disciples » consiste « dans la disponibilité foncière et effective à être au service les uns des autres, un service sans réserve, exempt de la volonté de puissance » (X. Léon Dufour)…

L’annonce de la trahison de Judas (Jn 13,21-30)

            En Jn 13,21, Jésus est « troublé » comme il le fut en Jn 12,27 (voir les notes de nos Bibles), et en 11,33 : quel est le point commun à ces trois textes, quelle réalité « trouble » Jésus ?

            « En vérité, en vérité » apparaît 25 fois en St Jean, et jamais en Matthieu, Marc ou Luc… L’affirmation est donc solennelle… Jésus y avait fait déjà allusion en Jn 13,18 où il avait cité le Ps 41(40),10 ; relire ce verset en entier : comment « celui qui mange mon pain » est-il appelé dans la première partie de ce verset (lire les notes de nos Bibles données pour ce verset) ? Judas a entendu cette Parole de Jésus : en citant ce Psaume, que lui disait indirectement Jésus ? Et en lui donnant plus tard la bouchée, il y reviendra de nouveau, car ce geste permettra l’accomplissement littéral de la prophétie : « Celui qui mange mon pain »… De plus, en donnant cette bouchée à Judas, nous avons ici commente Raymond Brown « un acte tout spécial d’estime par lequel le Maître du repas distinguait un invité qu’il souhaitait honorer tout particulièrement ». Que lui disait donc Jésus une nouvelle fois ? Et puis au moment de son arrestation, que lui dira-t-il, cette fois directement, en Mt 26,50 ?

            Mais hélas, Judas n’ouvrira pas son cœur à l’Amour Miséricordieux de Jésus ; à qui plutôt ouvrira-t-il la porte (cf. Jn 13,27 ; 13,2) ? Dans quelle dynamique entre-t-il d’après Jn 10,10 ? La retrouver dans la première moitié de Jn 8,44… Et de fait, Jésus sera mis à mort sur une croix… Mais qu’adviendra-t-il également de Judas (cf. Ac 1,15‑19 ; autre tradition en Mt 27,3-10) ? Et d’après la seconde moitié de Jn 8,44, sur quel chemin Judas s’engage-t-il ? Le retrouver en Lc 22,48…

« Aussitôt la bouchée prise, il sortit : il faisait nuit ». Désormais, c’est « l’heure des ténèbres » (Lc 22,53).

Jacques Fournier

Correction de la fiche N°22 :

CV – 22 – Jn 13 correction




Fiche N°23 : Jésus, Chemin de Communion avec le Père (Jn 14,1-14)

« En vue de sa mort, maintenant si proche, Jésus résume la signification de sa vie et de son ministère, et explique que son départ vers le Père est au bénéfice de ses disciples. Il ne signifiera pas complète séparation, car ils continueront de goûter et de se réjouir de la divine Présence, mais d’une autre façon » (Barrett C.K.).

Jn 14,1 : appel à la foi, à la confiance…

Juste avant, qu’est-ce que Jésus a annoncé à ses disciples (cf. Jn 13,18.21-26) ? Et quelles sont les démarches qui, très concrètement, sont déjà en cours (cf. Jn 13,27-30 ; 13,2 ; Mt 26,14-16) ? Jésus le sait, que va-t-il se passer très bientôt, pour lui (cf. Mc 8,31-33 ; 8,30-32 ; 10,32-34) et pour ses disciples (cf. Mt 26,31) ? Alors, que désire-t-il pour eux au début de ce verset Jn 14,1 ? Mais cette réaction en une telle circonstance est normale, humaine… En effet, qu’est-ce que Jésus a déjà vécu en pensant à tous ces évènements d’après Jn 13,21 ? Nous retrouvons une situation semblable en Mc 14,32-42. Qu’avait dit Jésus en Mt 10,28 ? Et pourtant, que se passe-t-il en Mc 14,33 ? Qu’avait dit Jésus en Jn 4,34 ? Et pourtant, qu’a-t-il du mal à accepter d’après Mc 14,36 ? Beauté du Christ qui nous apparaît si humain. De son côté, le Père ne veut ni la souffrance ni la mort de son Fils, mais il l’encourage à poursuivre sa mission jusqu’au bout : manifester à tous les hommes que rien, absolument rien, ne peut empêcher Dieu de les aimer… Aussi va-t-il le consoler, le réconforter (Lc 22,43) et lui donner la force de continuer à aimer, envers et contre tout, ceux qui lui feront du mal. Il pourra ainsi donner sa vie pour eux, pour leur salut, pour qu’ils soient arrachés à leurs ténèbres, à leur haine, à leur méchanceté. Ils connaîtront alors la Paix, la Sérénité et la Plénitude dans la Lumière et la Douceur de l’Amour…

Cette force, Jésus aimerait que ses disciples en soient déjà revêtus… Qu’a-t-il fait pour la recevoir (cf. Lc 22,41.44-45) ? Qu’a-il fait aussi pour ses disciples (cf. Lc 22,32 ; Jn 17,15) ? Et quelle invitation leur lance-t-il en Lc 22,40.46 et ici en Jn 14,1 (la retrouver vers la fin du chapitre, en inclusion, en Jn 14,27.29) ? Relire d’ailleurs tout ce chapitre 14 et compter le nombre de fois où intervient le verbe « croire » ; si le chiffre 7 est symbole de perfection, quel est donc l’appel que Jésus ne va pas cesser de lancer à ses disciples ?

Jésus Chemin de Communion avec le Père (Jn 14,2-14)

Pourquoi le Fils est-il venu dans le monde (cf. Jn 3,17 ; 9,39 ; 10,10 ; 12,46-47 ; 18,37) ? Et pourquoi le quitte-t-il d’après Jn 14,2 ? En tout ce qu’Il Est, en tout ce qu’il dit, en tout ce qu’il fait, quel est donc l’unique but que poursuit Jésus (cf. Ac 10,38 ; Jr 32,40-41) ?

En Jn 14,3, après avoir évoqué son départ et le fait qu’il préparera une place pour ses disciples, Jésus leur fait une grande promesse : « A nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où je suis, vous aussi vous soyez ». Cette promesse se présente sous la forme de deux actions ((1) et (2)) posées pour atteindre un certain but (3) ; préciser ces trois étapes :

1 – La première peut être comprise de deux façons, à garder toujours ensemble, lesquelles :

  1. a) Jn 14,18 qui conduit à Mt 18,20 ; 28,20 avec aussi Ap 3,20 ; Ga 1,16 ; 2,20 ; 2Co 11,10 ; 13,3.

  2. b) Mt 24,29-31 ; 26,64 ; 1Th 4,15-17 ?

2 – Que signifie la seconde à la lumière de Lc 15,4-7 (Is 46,4 ; Ex 19,4 ; Dt 32,11) ? Que « prend » et « porte » Jésus d’après Mt 8,17 (Is 53,4.12) et 1P2,24 ? Et lorsque le Christ agit ainsi, que fait-il (cf. Jn 1,29 et donc Jn 12,46 avec 8,12 ; 2Co 5,17‑21) ? Nous retrouvons ces éléments en Is 63,9, et d’après 1Th 4,8, comment cela s’accomplit-il très concrètement dans nos vies (on retrouve la réponse indirectement, de façon négative, dans la première moitié d’Is 63,10, et de façon positive à la fin d’Is 63,11 et au début d’Is 63,14) ?

3 – C’est d’ailleurs par ce moyen concret, spirituel, que le but est atteint. Comment Jésus en parle-t-il au début de Jn 14,2 et à la fin de Jn 14,6 ? Retrouver l’image de Jn 14,2 en Jn 8,34-36. Mais en ce dernier texte, les notions « d’esclave » ou de « fils » renvoient aux hommes : en agissant pour chacun d’entre nous, en nous libérant jour après jour du péché, qu’est-ce que Jésus « le Fils » veut que nous soyons tous ? Que se passera-t-il alors dès maintenant d’après la fin de Jn 8,35 ? St Jean y emploie d’ailleurs une expression particulière qui peut se traduire par « à jamais », « pour toujours », « pour l’éternité » ; elle apparaît notamment en Jn 4,14 ; 6,51.58 ; 8,51-52 ; 10,28 ; 11,26 ; 14,16 ; que sous-entend-elle, notamment pour cet « aujourd’hui » de notre foi ?

Comment Jésus parle-t-il encore de ce but (3) en Mc 1,15 ; Mt 3,2. Précisez cette dernière expression avec Rm 14,17. Comment St Paul en parle-t-il en 1Co 1,9 ; 2Co 13,13 ; Ph 2,1 et St Jean en 1Jn 1,3 ? Quelles expressions St Jean choisit-il pour l’évoquer en Jn 14,10-11 ; 17,21 ? Le redire encore avec 1Th 5,10. Cette dernière perspective se retrouve en 1Co 6,17, mais elle est précisée à la fin du verset par une seconde expression, laquelle ? Et cette seconde expression permet de bien comprendre le Mystère décrit en Jn 10,30 et 17,20-23… Et il commence dès aujourd’hui, dans la foi et par notre foi, grâce à la Miséricorde de Dieu et à notre consentement toujours fragile et sans cesse à renouveler… Heureusement, qu’est-ce que Dieu le Père « veut » d’après 1Tm 2,3-6 ? Dieu le Fils « veut » bien sûr la même chose : comment en parle-t-il d’après Jn 17,24 ? Cette volonté de Dieu est inaltérable, inébranlable… Rien, absolument rien ne peut le faire changer d’avis… Alors, quand notre volonté défaille, il suffit, tels que nous sommes, de nous en remettre à Celle qui ne défaille jamais… Et tout ce que Dieu « veut », il le « fait »… Lc 15,4-7 s’accomplira…

Par rapport à ce but (3) que nous venons de voir avec de multiples expressions différentes qui renvoient toutes à une seule et même réalité spirituelle, comment Jésus se présente-t-il en Jn 14,4 et 14,6 ? Pour vivre cette réalité, quelle attitude le disciple de Jésus doit-il adopter d’après Jn 12,26 où intervient d’ailleurs à nouveau ce but (3) ? Préciser cette réponse avec Jn 13,15 et Jn 15,12, sans oublier la précision apportée par Rm 5,5 (Ga 5,22 ; 2Tm 1,7) ; en effet, sans l’accueil au plus profond de son être de ce Don de Dieu, l’homme est incapable d’accomplir par lui-même ce que Dieu lui demande…

Si Rm 5,5 se vérifie effectivement pour le disciple (cf. Ac 5,32 ; 1Th 4,8), il vivra aussi Rm 8,9-10 (regarder tout spécialement la deuxième partie du v. 9 et la première du v. 10). En reprenant l’expression employée en 1Co 1,9, quel Mystère vivra-t-il avec le Christ ? D’après la fin de Rm 8,10, ce Mystère est de l’ordre de la vie… Bien noter l’expression employée : quelle réalité, d’après elle, est Source de Vie ? Retrouver la réponse en Jn 6,63 (TOB) ; Ga 5,25 ; 2Co 3,6 ; Jn 4,10-14 avec Jn 7,37-39… Or aujourd’hui, dans la foi et par notre foi, par quelle Personne divine cette réalité nous est-elle transmise (reprendre le Nom employé par St Jean en Jn 14,17 (cf. Jn 14,15-17) ; 15,26 ; 16,13) ? Or, dans ce Nom, apparaît une nouvelle notion : était-elle aussi présente en Jn 14,6 ?

 

Conclusion : « Chemin », « Vérité », « Vie », « être là où est Jésus » sont autant d’expressions qui renvoient à un seul et unique « état de vie » : lequel ?

Et d’après la fin de Jn 14,6, peut-on y accéder par un autre chemin que le Christ ? Retrouver cette réponse en 1Tm 2,3-6. Jésus avait déjà évoqué tout cela en Jn 10,9 par une autre image, laquelle ? En reprenant les expressions de Jn 10,9, ‘de quoi’ « sort-on » pour « entrer » ‘où’ d’après Jn 12,46 ? A quoi renvoie alors à nouveau ce « pâturage » dont il est question (cf. Col 1,13-14 avec Rm 14,17 ; Ac 26,17-18 avec Ep 1,13-14 ; Jn 17,21) ?

D’après Jn 14,7, « si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ». Que signifie « connaître Dieu » pour St Jean (cf. Jn 17,3) ? Or quelle est la mission de Jésus d’après Jn 10,10 ; 6,33 ? Même question avec Jn 1,18 ; 17,26. En mettant en parallèle les deux réponses précédentes, retrouver le sens de « connaître Dieu » pour St Jean. Mais alors même que le Don de cette Vie est accueillie par le cœur, dans un contexte de prière (Ep 6,18) et de foi (Jn 6,47), l’intelligence est appelée à faire attention à ce qu’il nous est donné de « vivre » dès ici-bas… Par le Don de « l’Esprit qui vivifie » le disciple de Jésus vivra donc un Mystère de Communion avec Lui, et par Lui, avec le Père et tous ceux et celles qui, hier et aujourd’hui, ont accueilli le même Esprit. Comparer le vocabulaire des expressions employées en Jn 10,14-15, 15,9-10 ; 17,20-23 et constater que ce verbe « connaître » sous entend, en St Jean, ce Mystère de Communion avec le Christ dans « l’Esprit qui vivifie », un Mystère qu’il s’agit de « reconnaître » avec toute son intelligence, autant qu’il est possible ici-bas…

Se souvenir comment St Jean parle de la Vie de Dieu en Jn 1,4 et 8,12, une réponse que l’on retrouve en mettant en parallèle Jn 6,63 (« C’est l’Esprit qui vivifie »),  Jn 4,24 (« Dieu est Esprit ») et 1Jn 1,5 (« Dieu est Lumière »). Celui qui reçoit l’Esprit, reçoit avec lui la Vie et la Lumière, une Lumière qui permet à notre regard intérieur de découvrir, en le vivant, des réalités de foi invisibles à nos yeux de chair et insaisissables à notre intelligence laissée à ses seules capacités naturelles (Ep 1,17‑19 ; 3,4-5 ; 1Co 2,6-16 ; 2Co 4,3-6)… Certes, nous sommes toujours dans la foi, nous sommes toujours blessés, malades, en chemin vers la guérison, nous ne faisons « qu’entr-apercevoir quelque chose », mais il y a bien « quelque chose »… Souvenons-nous de Ste Thérèse de Lisieux : « « La vie est bien mystérieuse. Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, et pourtant, Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l’œil de l’homme n’a pas vu. Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensée pour exprimer un « je ne sais quoi » que nous sentons dans notre âme ». Telle est cette « connaissance de foi » qui est « vie »…

« Connaître Jésus » n’est donc possible qu’en acceptant d’accueillir tout d’abord la réalité spirituelle qu’il est venu nous communiquer, « l’Esprit qui vivifie », et qui, par sa Présence en nous, nous permet de « vivre quelque chose qui ne vient pas de nous ». Ce « vivre nouveau » s’offre alors à l’attention de notre intelligence pour être reconnu… C’est ainsi qu’il est Lumière. En écoutant ou en lisant la Parole qui évoque justement cette réalité spirituelle « vivante » qui s’offre à notre foi, et en « vivant » au même moment par le Don de l’Esprit un « quelque chose » qui correspond à ce que la Parole nous dit, nous pourrons, petit à petit, en reconnaissant ce vécu, grandir dans la certitude que cette Parole est vraie : « Nul ne peut dire « Jésus est Seigneur » sinon par (ou dans) l’Esprit Saint » (1Co 12,3). C’est ainsi que la Bible de Jérusalem écrit en note pour 1Jn 4,13, « A ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné de son Esprit » : « Ce don de l’Esprit, annoncé pour les derniers temps, a été répandu dans les cœurs, et y fait naître la certitude intime de ce que les apôtres annoncent extérieurement »…

Repartons maintenant de Jn 14,6… St Jean reprend ici, une nouvelle fois, le Nom divin d’Ex 3,14, « Je Suis », dans sa forme grecque particulière « Egô Eimi », pour l’appliquer à Jésus. Nous avons donc indirectement une affirmation du Mystère de sa Divinité… « Je Suis la Vie »… Mais si Jésus peut dire cela, c’est que Jn 5,26 s’accomplit pour lui, de toute éternité : « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la Vie en lui-même ». Cette Vie est celle de la Plénitude de l’Esprit que le Fils ne cesse de recevoir du Père, un Esprit qui « l’engendre » en Fils (Notre Crédo), un Esprit qui est Lumière et Vie… « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,34), tout ce qu’Il Est, par amour, et Il Est « Esprit » (Jn 4,24), « Lumière » (1Jn 1,5) et Vie… Et le Fils demeure en cet amour (Jn 15,10), tourné de cœur vers le Père (Jn 1,18), accueillant le Don du Père… « Rempli de l’Esprit » (Lc 4,1), « vivant par le Père » (Jn 6,57), Jésus peut donc dire tout simplement le « résultat » de cette action du Père en Lui : « Je Suis la Vie », « Je Suis la Lumière du monde » (Jn 8,12). Mais cette Vie qui est Lumière, il la reçoit du Père qui, bien sûr, est Lui aussi « Plénitude de Vie et de Lumière », la même Vie, la même Lumière… Alors, qui « voit » dans la foi la Lumière du Fils, « voit » au même moment la Lumière du Père. « Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; et dès à présent, vous le connaissez et vous l’avez vu… En effet, qui m’a vu a vu le Père »… « Qui me voit, voit celui qui m’a envoyé » (Jn 12,45). Et n’oublions pas qu’en St Jean, « connaître » c’est « vivre » de l’Esprit accueilli par la foi et dans la foi, un Esprit qui est Lumière et Vie et qui nous permet, par sa simple Présence en nos cœurs, de reconnaître cette Vie, en la vivant. Tel est ce « voir » de foi… Alors, le Ps 36 s’accomplit :

Ps 36,9-10 : « Au torrent », au Fleuve, « de tes délices, tu les abreuves ;

                                   En toi », Dieu, « est la Source de Vie,

                                   par ta Lumière, nous voyons la Lumière »…

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi ! » selon le mot de l’Ecriture : « de son sein couleront des Fleuves d’Eau Vive ». Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui » (Jn 7,37-39)…

En Jn 14,10-11, Jésus nous entraîne à nouveau au cœur de son Mystère… « Il est dans le Père et le Père est en Lui »… Il est uni au Père dans la communion d’un même Esprit, un Esprit qu’il reçoit du Père de toute éternité et qui l’engendre en Fils… Quand Jésus nous parle, il ne fait que rendre témoignage à ce Mystère de Communion qu’il vit avec le Père, qu’il reçoit du Père… C’est ainsi qu’il nous dit « la vérité », une vérité qui vient du Père… « Maintenant, vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité, que j’ai entendue de Dieu » (Jn 8,40), une Vérité qui est Vie… « Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité », vérité de cette Communion dans « l’Esprit de Vérité » et de Vie qu’il reçoit du Père, un Esprit qu’il est venu nous offrir, gratuitement, par amour, au Nom de son Père. « Quiconque est de la vérité écoute ma voix » (Jn 18,37), vérité de notre misère reconnue et offerte, vérité de la Miséricorde de Dieu qui désire faire en nous toute chose nouvelle en versant sur nous l’Eau pure de l’Esprit qui vivifie (Ez 36,25-28)…

Tourné de cœur vers le Père, uni au Père dans la Communion d’un même Esprit, d’une même Lumière, Jésus « voit » le Père, dans la foi. Il reconnaît sa Présence avec une acuité inégalée pour un homme : il est le Fils qui n’a jamais péché… « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5,8). C’est ce qu’il vit, dans la foi… «  En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait » (Jn 5,19-20)… Les œuvres du Fils sont donc avant tout les œuvres du Père qu’il accomplit, dans l’amour, en Serviteur du Père. Or, le disciple de Jésus est invité à vivre avec lui une relation semblable à celle que Jésus vit avec son Père (voir par exemple Jn 15,5 ; 15,10 ; 6,57 ; 20,21 ; 10,14-15). Que se passera-t-il alors vis-à-vis de la parole du disciple (cf. Lc 10,16 ; 2Co 13,3) ou des œuvres qu’il accomplira (cf. Ac 9,34) ? Qui sera donc le premier « Acteur » au cœur de la vie du disciple ? Quel titre pouvons-nous alors donner à ce disciple (cf. Rm 1,1 ; 1Co 4,1 ; Ga 1,10 ; Ph 1,1 ; Col 4,12 ; 1Tm 4,6) ? Et s’il en est effectivement ainsi, quelle perspective s’ouvre à lui et pourquoi (cf. Jn 14,12‑14) ? Et quel est le seul but qu’il s’agit de poursuivre d’après la fin de Jn 14,13 et Jn 15,8 (cf. Mt 5,14-16) ? C’est ce que Jésus n’a cessé de rechercher (cf. Jn 7,18 ; 8,49-50 ; 12,28 ; 13,31-32 ; 17,1 ; 17,4)…

Jacques Fournier

Correction de la fiche 23

CV – 23 – Jn 14,1-14 (2) Correction




Fiche N° 24 : L’œuvre de communion, d’enseignement et de paix de l’Esprit (Jn 14,15-31)

Rappelons-nous… Jésus sait que sa Passion et sa mort sont désormais toutes proches… Aussi va-t-il s’adresser à ses disciples pour consolider leur foi. Le chapitre 14 commence ainsi par : « Que votre cœur ne se trouble pas ; croyez en Dieu et croyez en moi ». Dans la foi et par leur foi, Jésus désire les introduire plus avant dans ce Mystère de Communion qu’il vit avec le Père dans l’unité d’un même Esprit… Et si dans les autres Evangiles il dit souvent « Suis-moi ! », ici il déclare : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie », un Chemin qui conduit jusqu’à « la Maison du Père ». Son seul désir, en effet, est que nous acceptions de nous mettre en marche avec Lui et à sa suite… Alors il nous conduira, non pas dans un lieu mais dans un « état de vie » commencé dès aujourd’hui au plus profond de notre être et qui s’achèvera pleinement par delà notre mort… Pour l’instant, notre foi accueille une Vie, une Paix, qui se déploie au cœur de notre fragilité grâce aux « richesses de bonté, de patience et de générosité du Père des Miséricordes » (Rm 2,4 ; 2Co 1,3)… Cette Vie est pour nous « Lumière de vie » (Jn 8,12), bien présente mais insaisissable et nous ne voyons rien de nos yeux de chair… Mais « notre cœur pressent », en le vivant, « ce que le cœur ne saurait comprendre » (Ste Thérèse de Lisieux).

Jésus est « le Chemin » qui conduit à « la Vérité » du Père, un Père qui est « Vie » et « Source de Vie » (Jr 2,13 ; 17,13 ; Ps 42-43,2-3) pour tous ceux et celles qui acceptent de s’ouvrir à Lui… Ainsi, Jésus, totalement accueillant, de cœur, au Don du Père, est-il ce vrai homme comblé par le Père qui s’offre au regard de ses disciples. Reconnaîtront-ils en Lui cette Vie qui l’anime, le soutient, le met en marche et lui donne la force du témoignage ? Poseront-ils sur lui ce regard du cœur capable de discerner cette réalité spirituelle qui échappe à nos yeux de chair ? « Qui m’a vu a vu le Père »… Car « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63) et que le Fils reçoit du Père de toute éternité habite bien sûr au même moment et avec la même Plénitude dans le Père, et cet « Esprit » est « Lumière » (Jn 4,24 avec 1Jn 1,5)… La verront-ils sans rien voir ? La reconnaîtront-ils dans la simplicité de son humanité ?

Pour cela, ils devront se laisser guider comme des petits enfants dans cet « univers spirituel » qui nous échappe du tout au tout mais qui porte en lui-même une cohérence telle que nous sommes capables de la reconnaître… Nous avons tous été créés pour elle, et nous en portons tous la trace au plus profond de nous-mêmes… S’ils acceptent cette démarche de foi, avec bonne volonté, persévérance et patience, le Christ Lui-même les introduira petit à petit dans son attitude de Fils « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18), ouvert au Père, comblé par le Père… Il les rejoindra, il leur adressera la Parole. S’ils l’accueillent, il ouvrira leurs tombeaux intérieurs par l’Esprit de Lumière et de Vie qui se joint toujours à sa Parole (Jn 5,25 ; 3,34 BJ). Et grâce à cette Présence de l’Esprit en leur cœur, ils passeront de la mort à la Vie et des ténèbres à la Lumière, dès maintenant, dans la foi. La Lumière de l’Esprit qui jaillira du plus profond de leur être leur donnera de voir ce que l’œil ne peut voir… Et comme cet Esprit est celui que le Fils reçoit du Père de toute éternité, ils commenceront à vivre, eux aussi, selon leur condition de créature, ce que le Fils vit avec le Père depuis toujours et pour toujours…

Le plan de la première partie de Jn 14 était le suivant :

Introduction (14,1) : Appel à la foi et à la confiance.

Première partie (14,2-14) : Jésus Chemin de communion avec le Père

1 – La grande Promesse de Jésus à tous ses disciples (14,2-3) : il va vers le Père,            mais il viendra à nouveau pour les prendre auprès de Lui

« afin que là où il EST, nous aussi nous SOYONS ».

            2 – Jésus, est le Chemin qui conduit vers le Père (14,4-11).

  1. a) « Je Suis le chemin, la vérité et la vie » (14,4-6).

  1. b) « Connaître » et « voir » Jésus,

c’est « connaître » et « voir » le Père (14,7-9).

  1. c) « Jésus est dans le Père, le Père est en Lui »,

                                   et le Père demeurant en lui fait ses œuvres (14,10-11).

            3 – Conclusion (14,12-14) : Jésus va vers le Père, mais celui qui croit en Jésus

            fera les mêmes œuvres que Jésus pour que le Père soit glorifié dans le Fils.

La seconde partie est construite ainsi :

Deuxième partie (14,15-26) : l’œuvre de communion et d’enseignement de l’Esprit.

            A – Pour ceux qui l’aiment, Jésus priera le Père

                                               qui leur donnera l’Esprit de Vérité (14,15-17).

                        1 – Promesse de la venue de Jésus

                                  en un mystère de communion avec lui et avec son Père (14,18-20).

                        2 – A ceux qui l’aiment, Jésus se manifestera (14,21).

                        3 – Auprès de ceux qui l’aiment,

                                   Jésus et son Père viendront faire leur demeure (14,22-24).

            A’ – L’action révélatrice de l’Esprit Saint,

                     cet artisan de la communion envoyé par le Père au nom de Jésus (14,25-26).

Conclusion (14,27-31) : le don de la paix, la consolidation de la foi.

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Jn 14,15-17 : L’Esprit de vérité donné par le Père à la prière du Fils…

             Le premier verbe de Jn 14,15 n’était encore jamais apparu dans ce chapitre 14. Lire Jn 14,15-31 et compter combien de fois il intervient. Interpréter ce résultat en se souvenant des « Dix Paroles », le cœur de la Loi juive (Ex 20,1-17) : quel sera donc maintenant le cœur de la révélation apportée par le Christ et la Loi nouvelle qui en découle (cf. 1Jn 4,8 et 4,16 ; Jn 15,12.17) ?

            Regarder si en Jn 14,15-31 intervient le substantif correspondant à notre verbe ; or un verbe décrit avant tout une action, une vie qui engage toute la personne, tandis qu’avec un substantif, nous sommes plutôt dans le monde des concepts et des idées. Quelle conclusion en tirez-vous pour le sujet qui nous intéresse ? On peut noter en passant que le substantif intervient sept fois en St Jean (Jn 5,42 ; 13,35 ; 15,9.10.13 ; 17,26), et sept dans la Bible est symbole de Perfection, de Plénitude. Son emploi est d’ailleurs instructif. Quel est Celui-là seul dont l’Amour est parfait ? Dans l’Evangile selon St Jean, il s’agit donc bien toujours de Son Amour… Or, souvenons-nous de cette phrase de Ste Thérèse de Lisieux (•) : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même », et appliquons là à la lettre à Dieu en pensant à 1Jn 4,8.16 : quel est donc le grand Don que Dieu ne cesse de faire à tous ceux et celles qu’il aime ? Cette vérité est avant tout celle du Fils, cet Unique Engendré que le Père aime de toute éternité, et qu’il engendre en se donnant totalement à Lui. Mais par notre foi en Jésus Christ, nous sommes tous invités à participer, selon notre condition de créature, à ce Don de l’ordre de l’Etre et de la Vie que le Fils reçoit du Père depuis toujours et pour toujours. Nous deviendrons alors des « enfants de Dieu » (Jn 1,12), à « l’image » et ressemblance du « Fils » Unique, « aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29). Quelle devrait donc être sans cesse notre attitude de base, de cœur (cf. Jn 1,12 ; attitude contraire en Jn 1,11), et quelle en serait la conséquence immédiate (Rm 5,5 et Jn 17,26) ? Quel fruit manifestera alors le Don reçu (cf. Jn 13,35 ; Ga 5,22) ? Nous allons retrouver tout cela avec un petit détail. Reprendre tous les versets de Jn 14,15-31 où intervient ce verbe « aimer » et compter le nombre de fois où il est employé à la forme négative « ne… pas ». En déduire toutes les fois où il est employé sous les formes positives ou conditionnelles… En se rappelant que le chiffre 3 renvoie à « Dieu en tant qu’il agit », quelle conclusion pouvons-nous en tirer ? Dans le cas où le verbe s’applique aux disciples, retrouver cette réponse avec Rm 5,5 et Ga 5,22 vus précédemment. On peut lire aussi 1Th 4,9 et 1Jn 4,7-12…

Remarquons maintenant que le verbe « garder » (Bible de Jérusalem ; TOB : « observer, rester fidèle ») intervient quatre fois en Jn 14,15‑24 : noter à chaque fois ce qu’il faut « garder ». De plus, en ce qui concerne « les commandements », Jésus n’en a donné formellement qu’un seul jusqu’à présent, lequel (cf. Jn 13,34 qui sera repris en Jn 15,12) ? Et quel est l’unique but que le Père poursuit à travers cet appel qu’il nous lance par son Fils (cf. Jn 12,49-50) ? Or, nous venons de le voir, c’est par le Don de Dieu accueilli dans le cadre d’une relation de cœur avec Celui qui nous aime et se donne Lui-même à nous que nous pouvons espérer mettre en œuvre ce « commandement » grâce au Don reçu. Jésus nous en donne l’exemple. En effet, quel était et quel est le fondement de sa vie (cf. Jn 5,19-20.26) ? Et quel devrait être à notre tour le fondement de notre vie (cf. Jn 15,5 ; 6,57) ? Jésus résume tout cela en Jn 15,10 : lu à la lumière du principe de Ste Thérèse de Lisieux (•), nous retrouvons en ce verset le fondement de la vie du Fils (cf. fin de Jn 15,10 ; exprimé du point de vue du Fils en Jn 14,31a) qui lui a permis de « garder les commandements de son Père » (cf. Jn 14,31b), et le fondement de la vie de tout chrétien ( fin de Jn 15,9 ; exprimé du point de vue de l’homme au début de Jn 14,15, en Jn 16,27 et Jn 21,15.16.17), seule possibilité pour lui de « garder ses commandements »… On voit bien que « garder les commandements » de Jésus n’est possible que si l’on « demeure dans son amour » ; autrement dit, « garder les commandements de Jésus », c’est garder Jésus Lui-même, par un simple et continuel regard du cœur, du moins autant qu’il nous est possible… Heureusement, l’Amour qu’il nous porte est Celui du Bon Pasteur Miséricordieux, qui, dès que nous nous perdons, part à notre recherche jusqu’à ce qu’il nous retrouve (Lc 15,4-7)… Grâce à Lui, nous voyons donc qu’il est possible de « demeurer en son Amour », de reprise en reprise, de pardon en pardon… Déduire d’ailleurs des versets suivant « les commandements », les appels qu’il nous lance :

            1 – Jn 1,29 que l’on pourrait lire avec Ez 36,25 ; Is 1,18 ; Ps 32(31),1 ; 51(50),3-4 avec le v. 9 ; Ps 103(102),3 avec les v. 10-13… Si donc Jésus est tel qu’il se présente en Jn 1,29, quel appel nous lance-t-il, quelle attitude attend-il de nous, jour après jour ?

            2 – Même question avec Mt 11,28-30.

            3 – Même question avec Lc 5,31-32.

            4 – Même question avec Jn 6,48-58

                        en faisant attention au verbe qui revient le plus souvent (10 fois !).

Faut-il donc être un « surhomme » parfait pour répondre à ses appels ? Ce qu’il nous demande est-il impossible, ou de l’ordre de l’humainement exceptionnel ? « Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » (Mt 11,30). « L’amour de Dieu consiste à garder ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pesants » (1Jn 5,3)…

Remarquons enfin qu’avec cette expression, « si vous m’aimez, vous garderez mes commandements », Jésus fait de nouveau allusion à la Loi de l’Ancienne Alliance et tout spécialement au Livre du Deutéronome, un nom qui signifie « la Loi donnée en un deuxième temps ». Il fut en effet, selon la tradition, rédigé à partir d’un rouleau retrouvé dans le Temple de Jérusalem en 622 av JC à l’occasion de travaux lancés par le roi Josias. « Le Deutéronome est un livre d’une profondeur religieuse étonnante. Véritable Bible dans la Bible, il propose une riche synthèse des prescriptions antérieures, qu’il met dans la perspective neuve d’une religion restaurée, celle de Moïse et de Yahvé. L’influence du Deutéronome est considérable, dans la tradition biblique d’avant et d’après l’exil, comme dans sa postérité tardive, juive et chrétienne » (André Paul ; « La Bible ; Histoire, Textes et Interprétations (Nathan)). Lorsque Jésus sera tenté au désert, il ne répondra au diable qu’en citant des versets du Livre du Deutéronome manifestant ainsi son unique désir : obéir à son Père qui, de son côté, ne recherche que le meilleur pour son Fils Bien-Aimé (cf. Mc 1,11 ; Lc 4,4 (Dt 8,3) ; 4,8 (Dt 6,13) ; 4,12 (Dt 6,16))… En Jn 14,15, Jésus reprend donc les expressions mêmes de ce Livre si important en Israël : les retrouver en Dt 5,9-10 (la deuxième version des Dix Paroles !), Dt 6,1‑9 (le Crédo d’Israël !), Dt 5,29 ; 6,25 ; 8,2 ; 10,12-13 ; 7,9.11-13 ; 11,13-15 ; 26,18 ; 28,13 ; 30,16… Ce parallèle dit ainsi indirectement ce que St Paul affirme explicitement en Rm 13,8-10…

Reprenons : « aimer Jésus », c’est en premier lieu « demeurer en son Amour »… « Dieu est Amour », Il aime et ne fait qu’aimer, et « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux), un principe à appliquer littéralement pour Dieu… Il se donne donc sans cesse lui-même… Il est Lumière (1Jn 1,5) et donne la Lumière… Il est Esprit (Jn 4,24) et donne l’Esprit… Il est Amour (1Jn 4,8.16) et donne l’Amour… Ce mouvement en Dieu ne dépend pas de nous mais de Lui… Il est ainsi de toute éternité… « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45).

Pour recevoir la Lumière de ce Dieu Soleil qui donne, donne et donne encore (Ps 84(83),12), il suffit de se tourner vers Lui de tout cœur, et donc au même moment de se détourner de tout ce qui lui est contraire… Si tel n’est pas encore le cas, sa Lumière touchera « de dos » le pécheur et elle sera, par sa simple Présence, un appel inlassable à se retourner vers elle en se détournant du mal… Et puisque cette Lumière est celle de l’Amour qui ne recherche que notre Bien à tous, sa première action sera alors de purifier, de « nettoyer » le pécheur qui accepte enfin de la recevoir… Avec elle et par elle, Dieu se tient à la porte de nos cœurs et il frappe… Si nous acceptons de lui ouvrir, il entrera, Lui, le Dieu Lumière et sa Lumière chassera nos ténèbres et nous établira en elle… « Je me tiens à la porte et je frappe… Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Ap 3,20). Voir en fin de fiche le texte de Ste Thérèse de Lisieux…

Poursuivons notre lecture de St Jean. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements », dit Jésus, « et moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît » (Jn 14,15-17).

Rappelons une précision en ce qui concerne le vocabulaire employé. « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Saint » (Lv 11,44-45 ; 19,2 ; 21,8). Ce que Dieu est en Lui‑même, sa nature divine, est donc « Esprit Saint ». Mais nous savons que cette même expression « Esprit Saint » est aussi le nom donné à la Troisième Personne de la Trinité. Et c’est Elle qui vient nous donner le Don de la grâce, cette participation à la nature divine qui est « Esprit » et qui est « Sainte »… Ainsi « l’Esprit Saint » Troisième Personne de la Trinité nous communique-t-il « l’Esprit Saint » nature divine… Les deux aspects sont indissociables. « L’Esprit se cache derrière ses dons », disait le P. Congar en parlant de l’Esprit Personne Divine.

Ceci étant dit, lorsque Jésus promet à ses disciples en Jn 14,16 « un autre Paraclet », cela suppose qu’il était Lui-même Paraclet pour eux, c’est-à-dire, selon le sens du mot grec « paraklétos » : « celui qui est appelé auprès de, le défenseur, l’avocat » ; le constater avec Jn 17,12 et 1Jn 2,1. Conclusion : si Jésus « paraclet » promet ici à ses disciples la venue après sa mort et sa résurrection « d’un autre Paraclet », « l’Esprit de Vérité », qu’évoque-t-il plutôt : « l’Esprit Saint » Personne divine ou « l’Esprit Saint » nature divine ? En pensant à Jésus demeurant lors de son ministère terrestre « avec » ses disciples, « auprès » d’eux, confirmer la réponse précédente avec la fin de Jn 14,16 (« Un autre Paraclet pour qu’il soit avec vous pour toujours ») et celle de Jn 14,17 (« Il demeure auprès de vous »).

Mais la fin de Jn 14,17 évoque le « comment » de la relation en Dieu… Le monde ne pourra pas « recevoir » l’Esprit Saint Personne divine dont nous parlons « parce qu’il ne le voit pas ». Mais nous aussi nous ne le voyons pas avec nos yeux de chair ; cependant, dans la foi, nous sommes invités à être attentifs à ce que nous vivons au plus profond de nous-mêmes… En effet, par la foi, nous acceptons de recevoir, de cœur, le Don de l’Esprit Saint « nature divine ». Pensons à Elisabeth « remplie de l’Esprit Saint » au moment où elle accueille la Vierge Marie (Lc 1,41), à Zacharie « rempli de l’Esprit Saint » juste après la naissance de son fils Jean Baptiste (Lc 1,67), à Jésus « rempli de l’Esprit Saint » et partant au désert pour être tenté par le diable (Lc 4,1), aux Apôtres et aux disciples « remplis de l’Esprit Saint » au jour de la Pentecôte (Ac 2,4). Cet Esprit est Vie (Jn 6,63 ; Ga 5,25), Paix (Rm 14,17 ; Ga 5,22). Celui ou celle qui le reçoit bénéficie de cette Vie et de cette Paix divines… En y étant attentif, dans le silence de la prière, il peut reconnaître cette Présence : c’est la connaissance de foi, ce « connaître » en St Jean qui s’enracine dans un « vivre » de cœur auquel l’intelligence est attentive… « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent » (Jn 17,3)… « Le monde », au sens où l’expression regroupe tous ceux et celles qui ne croient pas au Christ et qui ne peuvent donc pas accueillir le Don de l’Esprit qu’il est venu nous communiquer, ce « monde » ne pourra pas vivre de l’Esprit, goûter à sa douceur et à sa paix : il « ne le connaît pas »… Ce qui n’empêche pas Dieu de l’aimer, de lui être proche, de faire briller sur lui son soleil, de frapper par sa Lumière à la porte de son cœur et d’attendre patiemment son retour comme dans le père vis-à-vis de son fils prodigue (Lc 15,11-32).

Mais « vous », dit Jésus à ses disciples, « vous le connaissez, parce que » l’Esprit Saint Personne divine « demeure auprès de vous » et qu’il vous communique l’Esprit Saint nature divine qui « est alors en vous »… Et nous avons ici les deux aspects de la communion :

            1 – Le face à face avec l’autre dans une proximité qui s’exprime

                        par un « avec », un « auprès de »,

            2 – Alors même que les deux ont « en eux » le même Esprit ; ils vivent donc

                       de la même Vie, expérimentant la même Paix, la même Joie…

Tel est le Mystère de Communion que vivent les Trois Personnes divines de toute éternité… Et nous avons tous été créés pour y « entrer » (Mt 19,17) en participant à notre tour, selon notre condition de créature, à la même « nature divine » qui est Esprit, Amour, Vie, Joie, Paix … Eux sont des « Personnes divines non créées » qui existent de toute éternité… Nous, nous sommes des « personnes humaines créées à un instant du temps », mais nous sommes tous appelés à partager pleinement l’unique nature divine… L’Esprit Saint Personne divine apparaît ainsi comme le grand artisan de la communion (1Jn 1,3), toute son œuvre consistant à nous communiquer, au Nom du Père et par le témoignage du Fils, l’Esprit Saint nature divine (1Co 6,17).

Jn 14,18-20 : la promesse de la venue de Jésus

                                  en un mystère de communion avec lui et avec son Père.

            D’ailleurs, juste après avoir évoqué l’œuvre de cet Esprit Saint Personne divine, que dit Jésus en Jn 14,18 ? Cette promesse s’accomplira dans la mesure où le disciple de Jésus accueillera ce Mystère de Communion qui lui est proposé et que l’Esprit Saint Personne divine met en œuvre par le Don de l’Esprit Saint nature divine. Alors même qu’il ne voit pas le Ressuscité, le disciple sera avec Lui, tout près de Lui, la distance étant abolie puisqu’il aura part en son cœur à la Plénitude d’Esprit et de Vie qui remplit le cœur du Fils… Notre vocation à tous commencera alors à s’accomplir par la foi et dans la foi : être « enfant de Dieu » (Jn 1,12 ; 1Jn 3,1‑2), fils « à l’image du Fils » (Rm 8,29), frère du Christ (Hb 2,11.17), uni à Lui dans la communion d’un même Esprit nature divine reçu du Père par l’Esprit Saint Personne divine…

            « Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus » (Jn 14,19)… Pourquoi (cf. Jn 19,38-42) ? Mais quelle promesse Jésus fait-il en ce même verset à ses disciples, à ceux et celles qui croient en Lui ? Comment, pour certains, cette promesse s’est-elle accomplie (cf. Jn 20,14 ; 20,19-20 ; 20,26-28 ; 1Co 15,3-8) ? Mais ce texte de Jn 14,19 concerne tous les disciples de tous les temps ! Avons-nous vécu l’expérience évoquée précédemment ? Et pourtant, Jésus nous appelle tous, nous aussi, à le « voir »… Relisons bien ce qui suit cette affirmation : « vous, vous me verrez car moi je vis et vous aussi vous vivrez »… Commençons par noter que Jésus ne dit pas « car moi je vivrai »… Il ne fait pas allusion à sa résurrection d’entre les morts. Il évoque ici une réalité éternelle : quelle est-elle, qui en est à la source (cf. Jn 5,26 ; 6,57) et comment se met elle en œuvre dans le Fils de toute éternité (cf. Jn 6,63 (TOB : « Esprit ») ? Or, quel sera le grand cadeau du Christ ressuscité à chacun de ses disciples, fruit de son offrande sur la croix pour nous tous (cf. Jn 20,22 ; Ac 2,38 ; 5,32 ; 1Th 4,8) ? Et avec lui, que recevront-ils (cf. Jn 6,63 ; Ga 5,25 ; Rm 8,11 ; 2Co 3,6 ; réponse condensée en Jn 17,2) ?  A la lumière de tous ces textes, quelle sera donc l’expérience de foi du disciple de Jésus (cf. Jn 6,57) ? Or, en Jn 14,19, nous avons bien « vous me verrez, car moi, je vis, et vous aussi, vous vivrez ». En mettant une équivalence entre tous les verbes de cette citation, que signifie donc, pour les croyants que nous sommes aujourd’hui, ce « voir » Jésus en ce verset ? Retrouvons cette réponse autrement. Nul ne peut voir sans lumière ; quelle lumière sommes-nous donc tous invités à recevoir du Ressuscité (cf. Jn 8,12) ?

            La Bible de Jérusalem a traduit ce passage ainsi : « Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi vous vivrez ». Avec cette traduction, nous retrouvons qu’il ne s’agit pas de le voir Lui, comme Pierre, Jacques, Jean… ont pu le voir ressuscité… Mais il s’agit de « voir qu’il vit », de prendre conscience qu’il est Vivant par la Vie même qu’il nous donne d’expérimenter dans la foi. Autrement dit, c’est parce que vous, vous vivrez d’une vie nouvelle accueillie et reconnue dans la foi, que vous prendrez conscience que « je vis » de cette même Vie…

            Telle est l’expérience de foi à laquelle nous sommes tous appelés, alors même que nous ne voyons rien de nos yeux de chair dans l’ordre des réalités matérielles de ce monde… A quel Mystère sommes-nous une fois de plus renvoyés ? Au tout début de Jn 14,20, nous lisons : « Ce jour-là »… La Bible de Jérusalem écrit en note : « Le « jour » peut désigner ici tout le temps qui suivra la résurrection de Jésus ». Nous sommes donc en ce « jour », et ceci jusqu’à la fin des temps, un « jour » où la Lumière de la Résurrection, « la Lumière de la Vie » « brille déjà » au regard de notre foi (Jn 8,12 ; 1Jn 2,8)… Ce « jour-là », en cette « Lumière » vous « connaîtrez », et nous retrouvons ici ce verbe « connaître » qui, en St Jean, est la conséquence de ce vivre nouveau (cf. Jn 17,1-3). Et d’ailleurs, il s’agit de « connaître que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous »… Il s’agit de « connaître » un Mystère de Communion en vivant ce Mystère… Nous percevons à quel point la théologie de St Jean est une théologie de la vie…

            « Heureux alors les yeux qui voient ce que vous voyez » (Mt 13,16), à lire avec « heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20,29), car le fruit de l’Esprit est Vie (Jn 6,63), Amour, Joie, Paix (Ga 5,22)… Telle est « la manifestation » que Jésus promet en 14,21, dans l’amour… Et de fait quel Mystère retrouve-t-on à la fin de Jn 14,23 ? Jésus avait promis en Jn 14,18 : « Je viens vers vous »… Mais quel Mystère vit-il lui-même (cf. Jn 10,30 ; 14,10-11 ; 17,11) ? Conclusion : lorsque Jésus vient, Qui vient avec Lui ? Retrouver la réponse en Jn 14,23. Et tout ceci s’accomplit par le Don de l’Esprit Saint « nature divine » par lequel le Père, le Fils et l’Esprit Saint désirent faire leur demeure dans le cœur de tous les hommes qui consentiront à l’accueillir…

            Et cette section se termine comme elle avait commencé : quelle grande promesse retrouve-t-on en Jn 14,26 (cf. Jn 14,15-17) ? Jésus enseignait ses disciples en leur transmettant une Parole qui venait de son Père (Jn 14,24) ; désormais, qui sera « l’Enseignant » par excellence de l’Eglise ? Et d’après la fin de Jn 14,26, quelle est sa mission jusqu’à la fin des temps ? Le Père nous a tout dit par son Fils… L’Esprit Saint gardera vivante cette Parole au cœur de toutes les femmes et de tous les hommes de bonne volonté, ouverts à la vérité…

Conclusion (Jn 14,27-31)

            Quel est le grand cadeau que le Christ offre à tous ses disciples ? Par qui nous vient-il concrètement (cf. Ga 5,22 ; Rm 14,17) ? Comment en général « le monde » le donne-t-il ? Comme le Christ le donne-t-il (cf. Col 3,15) ? D’où la fin du verset 27 : le plus profond de notre cœur est dans « ses mains »…

            Quelle grande promesse de Jésus retrouve-t-on en Jn 14,28 ? Nous l’avons vu précédemment, comment s’accomplira-t-elle ?

            Le Fils est « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu »… Il est pleinement « Dieu » au sens où il « vit » la Plénitude de la nature divine, de toute éternité… Entendu ainsi, il est « égal » au Père (Jn 5,18)… Comment comprendre alors cette affirmation : « Le Père est plus grand que moi » (cf. Jn 3,35 ; 5,26 ; 6,57) ?

            Et quel est le grand souci de Jésus pour ses disciples d’après Jn 14,29 ?

            Le Prince de ce monde, dit Jésus, « n’a en moi aucune prise ». Qu’est-ce que cela signifie (cf. Jn 8,46 ; Ac 3,14 ; 1P 1,19 ; 2,21-25) ? La Bible de Jérusalem a traduit : « Sur moi, il n’a aucun pouvoir » (cf. Jn 1,5). Comment, pour nous, pécheurs, pouvons-nous espérer qu’il en soit de même (cf. Jn 17,22-23) ? Comment cette perspective s’accomplit-elle (cf. 1Th 4,8) ? En mettant ensemble Jn 4,24 et 1Jn 1,5, retrouver Jn 1,5, un verset qui se vérifiera alors dans nos cœurs, tout comme Jn 12,31 ; 1Jn 2,14 ; 4,4 ; 5,18… Et la conséquence sera Jn 8,12 ; Col 1,11-14 ; Ac 26,17-18…

            Enfin, que manifestera la Passion de Jésus d’après Jn 14,31 ? Noter la perspective missionnaire : « Il faut que le monde reconnaisse »… pour son salut… Cette réalité est exprimée du point de vue du Fils… Retrouver au début de Jn 5,20 l’expression complémentaire qui évoque cette même et unique réalité, car pour aimer, il faut être deux… Or « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même »… Qu’est-ce donc qui permettra à Jésus de « faire » jusqu’au bout « comme le Père le lui a prescrit » (cf. Lc 4,14) ? Mais avec 1Jn 4,8, de quelle force parle-t-on ? Donner des exemples tirés des récits de la Passion où cette force se manifeste, jusqu’au bout du Don de soi-même, pour notre salut à tous… Ainsi, quelles que soient les difficultés et les épreuves de notre vie, puissions-nous, nous aussi, « demeurer dans l’Amour du Fils », car « aimer c’est tout donner et se donner soi-même », et le Fils a reçu du Père le pouvoir de « donner » comme le Père lui-même « donne » (Jn 17,2)… Nous recevrons alors du Fils, comme autrefois le Fils l’a reçu de son Père, la force, le soutien, le réconfort, la consolation de l’Esprit Saint qui nous permettra de tenir bon dans nos épreuves et de réconforter à notre tour ceux et celles qui peuvent connaître des difficultés (cf. 2Co 1,3‑7 ; 7,4 ; 4,7-12)…

Jacques Fournier

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Correction de la fiche N° 24 :

CV – 24 – Jn 14,15-31 Correction




Fiche N° 25 : Jésus est la vraie vigne (Jn 15,1-17)

« Je Suis »… Une fois de plus dans l’Evangile selon St Jean, Jésus se présente ici, en Jn 15,1, en reprenant l’expression d’Ex 3,14 (Relire Ex 3,13-15). De plus, la notion de « véritable », de « vrai » a un poids tout particulier en St Jean : le retrouver avec Jn 17,3 ; 7,28 (La Bible de Jérusalem précise en note : « Littéralement : « il est véritable (var. : véridique), celui qui m’envoie. ») ; 1,9 ; 6,32 ; 1Jn 5,20. Qu’affirme donc ici Jésus, indirectement, avec ce « Je Suis », et ce terme de « véritable », « vrai » ?

Jésus déclare donc : « Je Suis la vigne véritable ». Or l’image de la vigne a déjà été utilisée dans l’Ancien Testament : qui donc est « la vigne » en Os 10,1-4 ; Jr 2,21 ; Is 5,1‑7 ; Ez 15,1-8 ; 19,10-14 et que dénoncent à chaque fois les prophètes ? Et pourtant, qu’était cette vigne au départ d’après le début d’Os 10,1 ; Jr 2,21 ; Is 5,2 ? Explicitez cette réponse avec Gn 1,26-27 et 2,7. Qu’avait-elle pour bien réussir d’après la fin d’Is 5,1 et le début d’Is 5,2 ; et Ez 19,10 ? Explicitez cette réponse avec le début de Gn 1,28 ; l’expliciter encore avec l’image employée en Ez 19,10 à la lumière de Jn 7,37‑39, une réponse qui rejoint alors Gn 2,7… Mais qu’est-ce que l’homme a fait (cf. Gn 3,1-7 ; Jr 2,13 ; 17,13) ? Quelle en est aussitôt la conséquence (cf. Ez 19,12-13) ? De quelle Plénitude s’est-il donc privé par suite de ses fautes (cf. Ep 5,18 ; Rm 6,27 avec le début de Jn 6,63 et Ga 5,25 ; Rm 3,23) ?

Mais ici, en Jn 15, qui donc est « la vigne » ? Et contrairement à nous, que peut-on dire de lui (cf. 1P 1,19 ; Jn 8,46 ; 8,29 ; Ac 3,14-15 ; 2Co 5,21 ; 1Jn 3,5 ; 1P 2,22) ? De quoi le Christ est-il donc « rempli » d’après Lc 4,1 ? Qu’est-ce qui « demeure sur lui » en Plénitude d’après Jn 1,32-33 ? Quel Mystère vit-il donc parfaitement avec Dieu son Père (cf. Jn 10,30 ; 10,38 ; 14,10-11 ; 17,21) ? Jésus vrai homme vit donc parfaitement la vocation à laquelle Dieu appelle tous les hommes (Gn 1,26-27 ; 2,7)… Or, quelle est la mission du Christ : la préciser avec les expressions qui apparaissent successivement en Jn 3,17 ; 2Co 5,18‑20 ; Jn 1,29 ; Lc 5,20 ; 1,77. Si les conséquences de nos désobéissances peuvent être décrites en termes de…

j – Rm 5,12 ;

k – début de Col 1,13 et de Mt 4,16 et de Lc 1,79 ;

l – Rm 3,23 ;

m – Rm 2,9 ;

n – Jn 15,6 ; Ez 19,12 ; Mc 3,1 ; 4,6.

… comment peut-on parler de ce que le Christ Sauveur est venu offrir à tous les hommes pécheurs :

j – Jn 10,10 ; 20,31 ;

k – Jn 12,46 ; 8,12 ;

l – Jn 17,22 ;

m – Jn 15,11 ; Mt 5,1-12 ; Jn 14,27 ; 20,19 ;

n – Jn 4,10-14.

Un Don résume tous ces dons, lequel (cf. 1Th 4,8) ?  En effet :

j – Jn 6,63 ; Ga 5,25 ;

k – Jn 4,24 avec 1Jn 1,5 ; Ep 1,17-18 ;

l – 1P 4,14 ;

m – 1Th 1,6 ; Ga 5,22 ;

n – Jn 7,37-39.

Et par ce Don, que sommes-nous tous appelés à vivre (cf. 1Co 1,9 ; 1Jn 1,1-3 ; 2Co 13,13 ; Ph 2,1) ?

            Ainsi, « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14). Il est ce Fils, qui possède de toute éternité la Plénitude de l’Esprit car il ne cesse de la recevoir de son Père qui est Amour, et qui n’est qu’Amour (1Jn 4,8 et 4,16). Or le fruit de l’Amour est par excellence de donner la vie en se donnant soi-même… C’est ce que fait le Père vis-à-vis de son Fils, depuis toujours et pour toujours : il se donne tout entier à son Fils, il lui donne tout ce qu’Il Est… Le Fils est ainsi « engendré » par l’Amour du Père, « de même nature » que son Père, « Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). Et lorsqu’il se fait homme, il vit toujours et pleinement ce Mystère de Communion et d’Amour, se recevant entièrement de son Père jusqu’en son humanité même, fruit dans le sein de la Vierge Marie de l’Esprit qui vient du Père (Lc 1,34-35)… Jésus vrai Dieu et vrai homme vit donc pleinement de cet Esprit « Souffle de Dieu » (Gn 2,4b-7), cette « Eau Vive » (Jn 7,37-39) qui jaillit du Père comme d’une Source (Jr 2,13 ; 17,13 ; Ps 42-43,2-3). Il est parfaitement « à l’image et ressemblance » de Dieu son Père (Gn 1,26-27). « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9). Qui a vu la Lumière du Fils a vu la Lumière du Père car si le Fils est Lumière, il le doit à son Père qui lui donne tout ce qu’Il est de toute éternité, et Il Est Lumière… Le Fils n’est pas le Père, mais la Lumière du Fils est identique à celle du Père. Le Fils n’est pas le Père, mais la nature divine du Fils est identique à celle du Père, et « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5). Cette affirmation s’applique donc tout à la fois au Père et au Fils. Car « le Père des Lumières » (Jc 1,17), en se donnant tout entier à son Fils depuis toujours et pour toujours, l’engendre en Lumière, de telle sorte que le Fils peut dire de Lui-même : « Je Suis la Lumière du monde » (Jn 8,12). Et il est venu nous rejoindre en notre humanité pour nous offrir inlassablement le pardon de toutes nos fautes afin que nous puissions un jour devenir comme Lui (Rm 8,28-30), grâce à ce Don de l’Esprit « nature divine », ce Don qui Est Lumière (Jn 4,24 avec 1Jn 1,5). « Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent, vous êtes lumière dans le Seigneur » (Ep 5,8). Nous sommes ainsi tous invités à recevoir de Lui, grâce à sa Miséricorde, tout ce dont nous étions privés par suite de nos fautes. Mais pour que sa volonté puisse s’accomplir, il ne demande à notre liberté qu’une seule chose : que nous consentions à nous laisser aimer tels que nous sommes, en acceptant de faire la vérité dans nos vies à la Lumière de sa Miséricorde et de sa Bonté (Jn 3,21)… Alors, il nous invitera à lui offrir de tout cœur toute notre misère, ce qui lui permettra d’agir en nos cœurs en « agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Nous expérimenterons alors, dans la foi, ces trésors de Paix, de Douceur, de Lumière et de Vie qu’il est venu nous offrir au Nom de « son Père et notre Père » (Jn 20,17).

            Alors, si pour Dieu « aimer c’est tout donner et se donner soi‑même », que ne cesserons-nous donc de recevoir envers et contre tout (cf. Jn 4,24 avec 1Th 4,8) ? Et si Dieu est tel que nous le découvrons…

                        j – en 1Jn 4,8 et 4,16,

                        k – en Rm 15,33,

                        l – en Mt 11,29 et 2Co 10,1,

            … que deviendrons-nous à notre tour petit à petit d’après…

                        j – Mt 5,7 ;

                        k – Mt 5,9 ;

                        l – Mt 5,4

            … une perspective résumée en résumé : Gn 1,26-27 et précisée en Rm 8,29

            Si donc « l’Esprit est Vie » (Ga 5,25), reçu en vérité, il ne peut que nourrir notre vie, s’unir à elle, la transformer et lui donner ainsi de porter du « fruit » (Jn 15,2 ; Ga 5,22 ; Mt 12,33). Il ne peut en être autrement… « La condition du disciple est dynamique : elle se réalise dans un agir où s’exprime son unité avec le Fils » (Xavier Léon Dufour). Si donc quelqu’un prétend être « dans le Christ », « en lui », « uni à lui dans la communion d’un même Esprit » (1Co 6,17), un « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63), et s’il « ne porte pas de fruit » dans sa vie (Jn 15,1), qu’est-ce que cela manifeste en fait ? Cette personne a-t-elle vraiment accueilli le Christ dans son cœur et dans sa vie, vit-elle une relation avec Lui, a-t-elle consenti à sa Présence, à son action ? Comment peut-on décrire en fait sa situation (cf. 1Jn 2,9) ? Et quelles ne peuvent qu’en être les conséquences (cf. Jn 15,6 et Ez 19,12-14) ? Préciser alors, à la lumière de tout ce que nous venons de voir, le sens spirituel de « être dehors », et donc par contraste celui « d’être dedans » (cf. Jn 14,10 ; 17,20-21). Préciser qui accomplit l’action de « jeter dehors » en 15,6 ; deux réponses sont possibles :

                        j – Jn 10,10 ; Hb 2,14 ; 1P 5,8 ; Ac 26,17‑18 ;

                        k – Jn 3,19 ; 1Jn 3,8-10.

            Et c’est à la lumière de ces deux réponses qu’il nous faut interpréter le « il l’enlève » de Jn 15,2. En effet, Dieu veut-il que nous soyons « dehors » (cf. 1Tm 2,3‑6 ; Jn 6,39 avec 3,16-17). Et que fait-il pour tous ceux et celles qui, justement, se retrouvent « dehors » (cf. Lc 15,4-7 ; 19,10) ? Interpréter également « il l’émonde » à la lumière de Tt 2,11-14. En quel autre terme pourrait-on parler de cette « grâce de Dieu » citée en ce dernier texte d’après Ep 4,30 ? Nous allons retrouver cette dernière réponse avec Jn 15,3. En effet, la TOB a traduit le début de ce verset par « déjà vous êtes émondés » ; la Bible de Jérusalem a « déjà vous êtes purs grâce à la Parole que je vous ai fait entendre ». Or la Bible de Jérusalem a pour Jn 3,34 : « Celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure ». En donnant la Parole de son Père, que nous donne donc Jésus ? En fait la Parole de Jésus, qui nous fait connaître le Père (Jn 1,18 ; 17,6.26), permet à celui ou celle qui la reçoit avec confiance d’accueillir le Père tel qu’Il Est depuis toujours et pour toujours : un Soleil qui rayonne la Lumière de l’Esprit (Ps 84(83),12), une Source d’Eau Vive (Jr 2,13 ; 17,13), une Source d’Esprit Saint (Jn 7,37-39 ; 4,10-14). Quelle réalité purifie donc le cœur de tous ceux et celles qui accueillent « la Parole que Jésus nous a fait entendre » ?

            Jésus en Croix (Jn 19,33) est encore une révélation visible, en chair et en os, de ce que Dieu est depuis toujours et pour toujours : l’Eau Vive de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63) coule de son cœur ouvert, le Sang (nouveau symbole de vie) de l’Homme-Dieu est répandu à profusion sur le monde. La mission de Jésus est accomplie : il a révélé jusqu’au bout, jusqu’en sa mort, « Qui » Est Dieu : un Amour sans cesse donné pour la vie de tous, même pour ceux qui viennent de le mettre à mort…

            Si Dieu est donc tel que nous le découvrons en Jésus Christ, quelle est la seule attitude qu’il espère de nos libertés défaillantes (cf. Jn 7,37-39 ; 1,12 ; 9,35 ; 20,31) ? Cette attitude, nous devons la renouveler jour après jour, heure après heure, instant après instant ; en quels termes St Paul en parle-t-il en Ep 6,18 ? Quel sera son premier effet au cœur de celui qui consentira à recevoir cet Amour sans cesse donné (cf. Ez 36,25 ; 1Co 6,11) ? Et que se passera-t-il ensuite d’après Jn 15,4-5 (cf. Ga 5,22-23 ; Ep 5,8-9) ? Et ce qui est vrai pour tout disciple avec le Christ l’est aussi pour le Fils vis-à-vis de son Père (cf. Jn 5,19‑20 ; 5,30)… Ainsi « le Fils demeure dans l’Amour du Père » (Jn 15,10) qui, par amour, se donne entièrement à lui pour le combler de tout ce qu’Il Est Lui-même : Amour, Lumière, Vie… Alors grâce à cette Vie reçue du Père, Jésus « vit par le Père » (Jn 6,57) en veillant à agir en harmonie avec le don reçu : « il garde les commandements de son Père » qui lui indiquent le chemin à suivre… Et quel est le seul but poursuivi par ces « commandements » d’après Jn 12,50. Nous retrouvons ainsi Jn 14,6

            Or, si le Père a la Vie en Lui-même, et s’il est Source, il a donné aussi au Fils d’avoir la Vie en Lui-même (cf. Jn 5,26) et d’être Source à son tour, c’est-à-dire de « pouvoir donner la vie éternelle à toute chair » (cf. Jn 17,2). Et nous sommes invités à notre tour à avoir la même attitude envers le Fils que celle que le Fils a envers son Père : demeurer en son amour, ouverts de cœur au jaillissement éternel de sa grâce, pour recevoir instant après instant le Don de « l’Esprit qui vivifie » et qui nous permettra à notre tour de porter un fruit de charité, de joie, de paix, de douceur et de bienveillance… Alors, Jn 15,12 pourra s’accomplir (cf. Rm 5,5)… « L’union réciproque Fils / disciples a son prototype dans la relation mutuelle du Père et du Fils… Il s’agit pour le disciple d’accueillir en soi l’activité de Jésus et de permettre ainsi à l’Amour, expansif par nature, de susciter la vie… Le disciple n’est pas alors seulement bénéficiaire de l’activité du Fils, il en devient participant, il est co-auteur du fruit. Et ce fruit ne sera porté que si les croyants demeurent profondément unis à Jésus… Ainsi, devenu, grâce à la Parole, un sarment de la vigne unique, le disciple ne demeure tel que par sa fidélité propre, toujours recommencée. Dépendant d’un Autre, sa vie nouvelle exige de lui un consentement qui lui est personnel et n’est jamais achevé » (Xavier Léon Dufour) ». Jacques Fesch, un des derniers condamnés à mort français, ne dit pas autre chose pour évoquer sa conversion : « La créature nouvelle qui a été greffée en moi implore de moi une réponse à laquelle je reste libre de me refuser »… D’où l’appel pressant de Jésus à « demeurer en lui », « dans son amour »… Et cet aventure est possible, pour nous pécheurs, car cet Amour est Miséricorde… Dieu ne cesse de nous aimer et il le fait avec une intensité toute particulière lorsque nous nous débattons dans « les filets du diable » 2Tm 2,26)… Or, « le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6,23), la mort spirituelle, l’absence de cette Plénitude de Vie qui seule peut combler nos cœurs… C’est pour elle que Dieu nous a créés, c’est elle qu’il veut voir régner en nous, pour notre joie qui fera sa joie… Alors, face au pécheur blessé, face à sa souffrance, à sa tristesse, à sa peine, Dieu n’a qu’un mouvement en son Cœur : le délivrer des filets du mal, le guérir petit à petit de ses blessures, pour le voir enfin rayonner de sa Lumière et de sa Vie et participer à sa Joie… « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » nous dit Jésus (Jn 15,11). Jean-Baptiste en a fait l’expérience (Jn 3,29). C’est ce que Jésus veut pour chacun d’entre nous, d’où son invitation répétée à « demeurer en lui », « dans son amour »… Compter d’ailleurs combien de fois intervient le verbe « demeurer » en Jn 15,1-10 ; or le chiffre « dix » renvoient aux Dix Paroles d’Ex 20,1‑17, c’est-à-dire à la Parole de Dieu par excellence. Quelle « Parole » nous adresse donc ici le Christ en Jn 15,1-10 ? Où serons-nous donc tous « établis » (Jn 15,16 ; Ep 3,17) ? Et souvenons-nous, « aimer c’est tout donner et se donner soi‑même » (Ste Thérèse de Lisieux)… Si tel est le cas, que recevrons-nous donc instant après instant de son amour (cf. Jn 4,24 ; Jn 20,22 ; 1Th 4,8), au prix de sa vie (Jn 15,13) ? Tel est le fondement de la vie chrétienne…

            Or, quel est le rôle de l’Esprit d’après Rm 8,26-27 ? S’il est bien là, présent à notre cœur, peut-il nous inviter à demander quelque chose qui soit contraire à la volonté de Dieu ? Or, si Dieu veut quelque chose, que se passera-t-il (cf. Ps 115(113B),3 ; 135(134),6) ? Que deviendra alors notre prière (cf. Ps 145(144),19) ? Est-ce bien ce que St Jean déclare en Jn 15,7 ? Et Jésus désire que nous recevions beaucoup (Jn 15,8 ; 15,16) pour que, par notre témoignage (Jn 15,27), nous puissions porter « beaucoup de fruit », et le tout dans quel but (cf. Jn 15,8) ? En effet, si ce but est atteint, de plus en plus de personnes connaîtront « qui » est Dieu ; qu’adviendra-t-il alors pour eux (cf. Jn 17,3 ; 15,11 ; 3,16-17) ? Et pour que cette volonté de salut qui ne vise que le bien et la vie de tous les hommes puisse s’accomplir le plus pleinement possible, quel est Celui qui travaille nos cœurs et nos vies pour nous permettre de porter « encore plus de fruit » (cf. Jn 15,2) ? Combien de fois intervient d’ailleurs le mot « fruit » en Jn 15,2 ? Or, le chiffre « trois » renvoie dans la Bible à Dieu en tant qu’il agit : « Qui » est donc à l’origine de tout « fruit » porté pour la vie éternelle… Compter combien de fois intervient ce mot « fruit » en Jn 15,1-17 ; si « sept » est symbole de perfection, « huit » est synonyme d’infinie perfection… Et quelle est l’infinie perfection à laquelle Dieu rêve depuis toujours et pour toujours (cf. Ep 1,4‑5 ; 1Tm 2,3‑6 ; Jn 6,39 avec 3,16-17 ; Jn 17,20-26) ? Ainsi, « la glorification du Père consiste dans l’aboutissement de son dessein, dans la manifestation plénière de son amour pour le monde ; cela coïncide avec le rassemblement, par le Fils, des croyants dans l’unité divine » (Xavier Léon Dufour), celle de l’Amour où chacun participera le plus pleinement possible, selon sa condition de créature, à une seule et unique « nature divine », dans un face à face éternel avec son Créateur… Ainsi, « la Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », disait St Irénée, c’est-à-dire l’homme « glorifié » (Jn 17,22 en réponse de Miséricorde à Rm 3,23), « rempli de l’Esprit Saint », participant à la Plénitude divine de Lumière et de Vie (Rm 6,23)…

Jacques Fournier

Correction de la fiche N° 25 :




Fiche N° 26 : Les disciples face à la persécution et à la haine ; la venue du Défenseur, « l’Esprit de Vérité » (Jn 15,18 – 16,15)

La haine du monde (Jn 15,18-16,4a)

            Nous allons commencer par nous rappeler les différents sens du mot « monde » en St Jean. Quel est-il en :

                        1 – Jn 1,10, au deuxième emploi du mot en ce verset. Son sens est alors

                                  identique à la perspective évoquée en 1,3.

                        2 – Jn 8,26 ; 3° emploi de Jn 1,10.

                        3 – Jn 1,29 ; 3,16-17 ; 4,42 ; 12,47 ; seule s’ajoute ici une nuance

par rapport au sens précédent…

                        4 – Jn 12,31 ; 15,18-19 ; 16,33 ; une notion intervenant en 1,5 ; 3,19 ; 12,35

                                   lui est alors presque synonyme…

            Quel sens prend donc le mot « monde » en Jn 15,18-19 ?

            Préciser le choix fait par la créature évoquée en Jn 12,31 ; Mt 4,1.5.8… vis à vis de Dieu. Retrouver ce choix possible pour les hommes en Jn 3,19. Que manifeste-t-il sur la condition que Dieu a voulue pour toutes ses créatures (cf. 2Co 3,17 ; 1Co 8,9 ; Ga 2,4) ? D’après Jn 15,25, qui cite les Ps 35(34),19 ou 69(68),5, peut-on rendre compte de ce choix ? D’après Jr 2,5-7 ; 2,13 ; 2,21 ; 2,31 ; 3,19-20 ; 8,5 ; Is 5,4, Dieu Lui-même le comprend-il ?

            Jésus a donc été confronté à « la haine »… Réponse incompréhensible à son amour pour tous, et notamment pour ceux qui le haïssent (cf. Jn 3,16-17 ; Ac 10,38). Et il ira jusqu’au bout de la manifestation et de la mise en œuvre de cet amour par sa passion et sa mort sur la croix… En réponse à toute cette haine qui se déchaînera contre lui, il ne répondra que par l’amour et par l’offrande de sa vie notamment pour ceux-là mêmes qui le mettaient à mort… Et cette haine n’arrivera pas à le faire changer d’avis : « Son amour envers nous s’est montré le plus fort » (Ps 117(116)). C’est en ce sens qu’il a vaincu la haine et manifesté au même moment l’intensité infinie de son amour pour chacun d’entre nous… « Il a supprimé en sa chair la haine… Par la croix, en sa personne, il a tué la haine » (Ep 2,14-16).

            D’après les quatre versets Jn 15,18.23.24.25, contre qui cette haine s’exerce-t-elle en premier lieu et pourquoi (cf. Jn 7,7) ? « Toi qui n’aime pas les reproches et rejette loin de toi mes paroles » (Ps 50(49),17)… Accepter de reconnaître en vérité que certaines de nos actions, de nos attitudes peuvent de pas être bonnes est donc le point de départ d’une ouverture de cœur à Dieu, à la Lumière de sa Vérité qui est tout en même temps Amour, Miséricorde, Tendresse, Plénitude de Vie et appel à la Vie… Tel est le seul but qu’il poursuit… Refuser d’accueillir ce trésor est en fait la pire chose qui puisse nous arriver (cf. Rm 6,23)… C’est ainsi que le mal détruit non seulement ceux qui en sont les victimes, mais encore celui qui le commet (cf. Tb 4,13). Et Dieu ne supporte pas de voir la destruction de ses enfants. Quelle est en effet sa réaction face à tout cela (cf. Jr 13,17 ; Lc 19,41-44) ? A La Salette, dans les Alpes, le samedi 19 septembre 1846, deux enfants, Mélanie et Maximin, virent la Vierge Marie, dans « un globe de feu » : « Les mots manquent aux deux enfants pour signifier l’impression de vie qui rayonne de ce globe de feu. Une femme y apparaît, assise, la tête dans les mains, les coudes sur les genoux, dans une attitude de profonde tristesse. La belle dame se lève. Eux n’ont pas bougé. Elle leur dit en français : « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle ». Alors, ils descendent vers elle. Ils la regardent. Elle ne cesse de pleurer. « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battu et qui se serait sauvée dans la montagne pour pleurer… Elle a pleuré tout le temps qu’elle nous a parlé » ». Comme une mère chassée par ses enfants… Et Dieu n’est-il pas un Père chassé par ses enfants ? Le prophète Baruch nous offre un texte étonnant où la Mère « Jérusalem » pleure le malheur de ses enfants provoqué par leur abandon de Dieu (cf. fin de fiche), un texte que l’on peut vraiment relire en pensant à la Vierge Marie…

            Telle est donc l’attitude du ciel tout entier devant les conséquences des péchés des hommes. Cette réaction souligne à nouveau l’importance de notre liberté… Dieu ne nous force pas, il ne s’impose pas, « il ne crie pas, ne force pas la voix » (Is 42,1-4 repris en Mt 12,18-21), il se lamente (Lc 6,24-26), il pleure… Mais quand un pécheur se repent et décide de repartir sur le chemin de la vie en mettant à la première place dans son cœur « le Père des Miséricordes », le « Dieu de Tendresse », quelle joie au ciel (Lc 15,7) ! En effet, dit Dieu, « je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit, oracle du Seigneur Dieu. Convertissez-vous et vivez !  Dis-leur : « Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir, maison d’Israël ? » (cf. Ez 18,32 ; 33,11). « Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant le Seigneur ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui ; car là est ta vie » (Dt 30,19-20). Jésus, venu en ce monde pour rejoindre les pécheurs, les blessés, les malades, ne dira pas autre chose… « Le salaire du péché, c’est la mort ? » (Rm 6,23). Lui qui était le plus souvent en compagnie des pécheurs (Lc 5,29-32 ; 15,1-3) disait : « Je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait surabondante » (Jn 10,10). Alors, il ne cessait d’offrir « le pardon des péchés » (Lc 1,76‑79 ; 3,3 ; 5,20…) en appelant au même moment à la conversion, au repentir, au rejet de toute forme de mal pour que les pécheurs cessent d’expérimenter en eux‑mêmes les conséquences du mal – « souffrance, tristesse » (Rm 2,9), mal-être – pour goûter, en le vivant là aussi, à quel point le Seigneur est bon, Lui qui ne désire que la Plénitude et le Bonheur profond de ses créatures : « Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon ; heureux qui s’abrite en lui » (Ps 34(33),9) !

            « Le monde m’a pris en haine »… Pourquoi cette haine atteint-elle ensuite les disciples d’après Jn 15,19 (Idée semblable en Col 1,11-14) ? Lorsque Jésus dit « mon choix vous a tirés du monde » (BJ), ou « c’est moi qui vous ai mis à part du monde » (TOB), précisez cette Parole avec Jn 5,19-20. Retrouver la réponse avec Jn 6,44 ; 6,65 ; Lc 6,12-16. Et comment tout ceci s’accomplit-il (cf. Lc 2,27) ? De fait, d’après Jn 3,34 (BJ), lorsque Jésus « prononce les Paroles de Dieu, il donne l’Esprit sans mesure ». Cet « Esprit » est l’Esprit de Lumière (Jn 4,24 avec 1Jn 1,5) qui vient nous appeler par sa Présence même à sortir de nos ténèbres, mais nous pouvons refuser… Cet « Esprit » est « l’Esprit de douceur » (Ga 5,22-23 ; Ps 90(89),17 ; Mt 11,29) qui vient se faire « douceur » au plus profond de nos cœurs, mais nous pouvons refuser… Cet « Esprit » est « l’Esprit de joie » qui vient nous combler de sa joie (1Th 1,6 ; Ac 13,52), mais nous pouvons refuser (Lc 18,23)… Pourtant, si nous consentons à accueillir cette Présence qui vient frapper à la porte de nos cœurs (Ap 3,20), quelle démarche nous demandera-t-il d’accomplir (cf. Mt 28,19 ; Ac 8,13 ; 16,33) ? Elle manifestera, dans toutes les dimensions de notre être – corps, âme, esprit (1Th 5,23) – notre libre réponse à Dieu. Que reçoit alors celui qui accepte de dire « Oui ! » à Dieu en toute liberté (cf. Ac 2,38). Il devient participant, par grâce, à ce que Dieu est par nature (Jn 4,24 et Ps 99(98),5)… Mais comment peut-on encore parler de cette nature divine d’après 1Jn 1,5 ? Que devient alors, grâce au Don reçu, celui qui a dit « Oui ! » à Dieu (cf. Ep 5,8 ; Mt 5,14) ? Souvenons-nous maintenant de Jn 3,20. Que se passera-t-il alors pour les disciples ? Telle est la racine de cette haine dont Jésus parle en Jn 15,18-19… Lui, il est le Fils « né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière » (Crédo)… Rejeter la Lumière du Fils qui se reçoit entièrement du Père depuis toujours et pour toujours, c’est rejeter la Lumière du Père… Conclusion avec Jn 15,23… Mais par leur foi, les disciples de Jésus accueillent ce que le Fils reçoit du Père. Ils deviennent « enfants de Dieu » (Jn 1,12-13), à « l’image » du Fils (Rm 8,29). Le projet de Dieu sur nous tous commence alors à s’accomplir avec le libre assentiment de notre foi. « Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur » (1Co 1,9). Conclusion avec Jn 15,20. La redire avec le verbe « haïr », dans une formulation semblable à Jn 15,23…

            C’est à nouveau ce Mystère de Communion qui transparaît en Jn 15,21, verset où Jésus explique la raison profonde de cette haine gratuite, de ces persécutions incompréhensibles (Voir aussi Jn 16,3) : « Tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé ». En effet, « le nom » dans la Bible renvoie à l’identité profonde de Celui qui le porte, ici Jésus, vrai homme et vrai Dieu, « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » en tant que le Père « l’engendre » de toute éternité en Fils « de même nature que le Père » en lui donnant la Plénitude de sa nature divine qui est Esprit, Lumière et Vie… Et c’est ce même Esprit, cette même Lumière, cette même Vie qu’il est venu communiquer à tous ceux et celles qui accepteront de croire en lui… Nous l’avons vu, tout ceci se met concrètement en œuvre par le sacrement du baptême où les nouveaux baptisés renaissent à une vie nouvelle (Jn 3,1-8) en recevant l’Esprit Saint, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Ils deviennent par grâce ce que Dieu est par nature… « Dieu est Lumière » ? Le Nom de Dieu est Lumière ? « Jadis, vous étiez ténèbres, maintenant, vous êtes Lumière dans le Seigneur » (Ep 5,8), par le « Oui ! » de la foi qui permet au pécheur de s’ouvrir à la Miséricorde de Dieu (Ac 5,31-32) et de recevoir de sa Tendresse le Don de l’Esprit de Lumière et de Vie… « Maintenant, vous êtes Lumière dans le Seigneur »…  Nous pourrions dire : « Votre nom est Lumière », comme le Nom du Christ… C’est pourquoi, dit Jésus, « ils feront tout cela contre vous à cause de mon nom » que je vous ai donné en partage en vous donnant l’Esprit de Lumière et de Vie… Et ce « Nom » de Jésus est aussi celui du Père, ce Père qui est Lumière et qui, de toute éternité, « l’engendre » en Fils « Lumière née de la Lumière »… C’est pourquoi Jésus priera en Jn 17,11-12 : « Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu »… Le Père est Lumière, tel est son Nom ? Par amour, il donne tout ce qu’Il Est à son Fils qui peut alors dire de lui-même grâce « à ton Nom que tu m’as donné » : « Je Suis la Lumière du monde » (Jn 8,12). Mais, nous l’avons vu, ce Nom que le Fils reçoit du Père de toute éternité, c’est cela même qu’il est venu nous offrir… « Jadis, vous étiez ténèbres. Maintenant vous êtes Lumière dans le Seigneur ». Et il nous aide, par sa Miséricorde toujours offerte, à nous tourner et à nous tourner encore avec Lui vers le Père (Jn 1,18) pour que nous puissions recevoir nous aussi ce que Lui-même reçoit du Père… « Je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné »… Je les gardais dans ton Esprit, dans ta Lumière, dans ta Paix et dans ta Vie… Telle est la merveille de ce Dieu toujours offert et qui n’attend que notre « Oui ! » pour nous combler de sa Lumière et de sa Vie. Et il le fait avec une intensité d’autant plus forte que nous pouvions en être privés par suite de toutes nos misères…

            Le Père est Lumière ? Il se donne au Fils, qui est Lumière à son tour… Le Fils est Lumière ? Le Père lui donne de pouvoir se donner (Jn 17,2) pour qu’à notre tour, nous qui étions « jadis ténèbres » par notre repli égoïste sur nous-mêmes, nous puissions devenir « Lumière dans le Seigneur »… L’expression « dans le Seigneur » renvoie en St Paul à ce Mystère de Communion que le Christ est venu construire avec tout homme par le Don de l’Esprit… Tout pécheur qui accepte ainsi d’offrir au Christ le « Oui » de sa foi, « n’est avec lui qu’un seul Esprit ». Il est « uni au Seigneur » (1Co 6,17 ; 1Th 5,10) dans « la communion de l’Esprit » (2Co 13,13), il est « dans le Seigneur »…

            Telle est l’aventure à laquelle le Dieu Communion appelle tous les hommes. « Moi et le Père, nous sommes un… Père, qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 10,30 ; 17,20-23). Tous ceux et celles qui ont consenti à se laisser retrouver par le Christ Bon Pasteur (Lc 15,1-7), qui ont accepté de lui donner le « Oui ! » de leur foi, qui ont reçu le Don de l’Esprit et qui, avec son aide et sa Miséricorde, essayent de lui rester fidèles, forment ce que St Paul appelle l’Eglise « Corps du Christ » (1Co 12,12-13 ; 12,27). Alors ce qui est vrai du Christ le sera aussi de l’Eglise unie au Christ dans la Communion d’un même Esprit, dans « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3). « S’ils m’ont persécuté, vous aussi, ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont ».

            « Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant, ils n’ont pas d’excuse à leur péché »… En effet, d’après Jn 3,34, « celui que Dieu a envoyé », le Fils, « prononce les Paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure ». Il « prononce les Paroles de Dieu » : souvenons-nous, quand Jésus parlait, de qui venaient en fait ses Paroles (Jn 7,17 ; 8,26-28.40 ; 12,49‑50 ; 14,24 ; 15,15 ; 17,8) ? De plus, avec elles, « l’Esprit est donné sans mesure », un Esprit qui est Lumière. Mais pour certains, « la lumière est venue dans le monde et ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises »… Jésus leur a parlé, « au grand jour » (Jn 18,20), l’Esprit leur a été donné, la Lumière a frappé à la porte de leur cœur et de leur vie, mais ils lui ont préféré les ténèbres… Conclusion avec Jn 8,47. De plus, quand Jésus agissait, qui en fait était à l’œuvre (cf. Jn 5,19-20 ; 14,10-11) ? Mais ils « buteront » sur ces œuvres comme ils ont « buté » sur ses Paroles, car « la Lumière » n’était pas en eux (cf. Jn 11,10).

            Quelle est la grande œuvre de l’Esprit Saint d’après Jn 15,26 (1) ? Et que fait-il d’après Jn 6,63 (« Esprit » avec un grand E, comme dans la TOB) ; Ga 5,25 ; Rm 8,10‑11 (2) ? Quand Jésus témoigne de ce qu’il vit avec le Père, quand il nous parle de la vie éternelle (le mot « vie » intervient 36 fois en St Jean !), comment l’Esprit accomplit-il l’action (1) à la lumière de la réponse (2) (L’expression intervient en Rm 8,2 et dans notre Crédo) ? Que dit alors Simon-Pierre en écoutant Jésus (cf. Jn 6,68) ? Au moment où il l’écoutait, « il vivait » quelque chose qu’il n’avait jamais vécu avec personne d’autre. Retrouver cette réponse avec 1Jn 5,6 (1) et 1Jn 5,11 (2)… Et comment Jn 15,27 s’accomplira-t-il (cf. Ac 1,8 ; 4,31 ; là aussi, Jésus fut le premier à le vivre : Lc 4,18) ? Conclusion : que devons-nous demander de tout cœur lorsque nous avons à rendre compte de « l’espérance qui est en nous » (1P 3,15) ? Serons-nous exaucés d’après Lc 11,9-13 ; Jn 4,10 lu avec Jn 7,37-39 ? D’ailleurs, si cette espérance est vraiment en nous, d’où vient-elle d’après Rm 15,13 ?

            Qu’annonce à nouveau Jésus en Jn 16,1-4 ? C’est une donnée constante dans tous les évangiles (cf. Mc 10,30 ; Mt 5,10-12 ; Lc 21,12-19). Mais que promet-il en de telles circonstances d’après Mt 10,17-20 ? Quelles en seront aussi les conséquences d’après Ac 13,52, 1Th 1,6 et Ac 5,41 ? En quels termes St Paul en parle-t-il d’après 2Co 1,3-7 ; 7,4 ? Que se passera-t-il alors d’après Mt 5,5 et 5,11-12 ? Et Jn 16,33 s’accomplira… Nous sommes ici au cœur de la Bonne Nouvelle (Jn 15,10), envers et contre tout, dans l’espérance d’Ap 20,1-4…

 

La venue du Défenseur (Jn 16,4b-15)

 

            Que manifeste l’attitude des disciples en Jn 16,5-6, pensent-ils d’abord à Jésus ? Mais il fallait que tout s’accomplisse ainsi (cf. Lc 17,25 ; 22,37 ; 24,7 ; 24,25-27.44)… Après son départ, que fera Jésus d’après Jn 16,7 ? Est-ce Jésus qui accomplit cette action en Jn 14,15-17 ; 14,26 ? Retrouver la réponse aux deux dernières questions en Lc 24,49 ; Ac 1,4 ; 2,33 ; Ga 3,14 ; Ep 1,13. Nous retrouvons ce principe inhérent au Mystère de la Trinité : toute action accomplie par Dieu engage, d’une manière ou d’une autre, les Trois Personnes divines… Et pour l’aujourd’hui de notre foi, comparer Jn 14,16 avec Mt 28,20, puis lire Jn 10,30 et Mt 6,6…

            St Jean aborde ensuite l’œuvre de l’Esprit Saint… Quelle expression générale emploie-t-il au début de Jn 16,8 vis-à-vis du « monde » ? Quel but Dieu poursuit-il d’après Rm 11,32 ? Bien noter que tout ceci se réalisera par sa venue, par sa présence… Il poursuivra vraiment l’œuvre du Fils dont le seule présence parmi les hommes était « jugement »… En effet, à sa présence, les hommes ont réagi : certains ont cru, d’autres ont refusé… Tel est « le jugement » (Jn 3,19)… Dieu, de son côté, ne juge pas au sens de condamner (Jn 8,11) : son seul désir est de faire la vérité pour sauver…

            « Par sa venue », « par sa Présence »… Avec et par l’Esprit, nous retrouvons à nouveau à quel point « le Royaume de Dieu est tout proche » (Mc 1,15), « déjà là » (Mt 12,28), déjà offert à notre foi comme une réalité « à vivre », de cœur, en attendant de « voir de nos yeux », par delà le voile de la mort (1Co 13,12)…

            « Par sa venue », « par sa Présence », l’Esprit Saint « établira la culpabilité du monde », « confondra le monde » sur trois points. Lesquels (cf. Jn 16,8) ? Les préciser à l’aide des notes de nos Bibles…

            1 – Pour le premier, quel but poursuit-il ? Se reconnaître « pécheur » est donc un Don de Dieu… Et tous les hommes sont pécheurs, tous, d’une manière ou d’une autre (Rm 3,9-20 ; 3,23). Ceux qui pensent échapper à ce sort commun des mortels sont certainement les plus touchés par la conséquence du plus grand des péchés : l’orgueil et son aveuglement (Jn 9,40-41). Mais il ne s’agit pas, pour Dieu, d’en rester là : que recevront donc tous ceux et celles qui consentiront à cette démarche (Lc 24,47) ? Quelle est la conséquence spirituelle du péché, et que sera donc la conséquence immédiate du pardon des péchés reçu par un cœur sincère (cf. Rm 6,23). Admirons la beauté et l’unité de la révélation : qui nous aide à faire la vérité dans nos vies (cf. Jn 14,17 ; 15,26 ; 16,13) ? Qui nous permet d’expérimenter au même moment la grandeur de l’Amour de Dieu pour chacun d’entre nous (cf. Rm 5,5 ; Ga 5,22 ; 2Tm 1,7 ; Jn 4,24 avec 1Jn 4,8 et 1Jn 4,16) ? Qui lave nos cœurs de toutes ses souillures (1Co 6,11 ; Ez 36,25 avec la clé de l’image donnée en Is 44,3 et le parallèle employé en Mc 1,8) ? Qui enfin leur communique la Vie de Dieu (Jn 6,63 ; Ga 5,25 ; Ap 22,17), sa Paix, sa Joie (cf. Ga 5,22 ; Rm 14,17) ?

Qui est donc le premier acteur dans toute démarche de repentir, de conversion (Ac 5,31) ? C’est ainsi que Dieu, le premier, part en personne à la recherche de chacun d’entre nous, « jusqu’à ce qu’il nous retrouve » (Lc 15,4-10). Il l’a fait par le Fils fait chair, il le fait maintenant par l’Esprit Saint… Quelle est alors la seule attitude qu’il attend de l’homme (cf. Jn 3,21) ? Et pour l’aider dans cette démarche qui n’est jamais facile, il commencera par lui révéler la grandeur de sa Miséricorde, de son Amour. Et ce n’est que dans le contexte de cet Amour, dans cette certitude d’être infiniment aimés tels que nous sommes, que nous pourrons trouver le courage de lui offrir en vérité toutes nos misères… Le Fils prodigue confesse ainsi sa faute alors qu’il est déjà enlacé par les bras du Père, expérimentant sa Tendresse avec le bonheur que l’on imagine (cf. Lc 15,18-24). De même, avant de regarder sa faute et d’implorer le pardon, le Psalmiste commence par regarder l’Amour de Dieu, sa Bonté, sa Tendresse (cf. Ps 51(50),3-6), Lui qui ne recherche, envers et contre tout, que notre Bien le plus profond…

2 – Pour la seconde, nous retrouvons en fait Jn 15,26. En effet, qu’est-ce que Jésus n’a cessé de dire (cf. Jn 8,40 ; 8,45-46 ; 16,7 ; 18,37). « Qui » était-il donc, en toutes ses paroles, en tous ses actes, en tout son être (cf. Jn 14,6) ? Que fera donc Celui ainsi nommé en Jn 14,17 ; 15,26 et 16,13 d’après Jn 15,26 ?

3 – Et à quoi correspond la troisième d’après Jn 12,31-32 ? S’il y a un « dehors », il y a un « dedans » : quel est-il d’après Jn 17,21 ? En quels termes en parle-t-on en 1Co 1,9 ; 2Co 13,13 ; Ph 2,1 ; 1Jn 1,3.6.7 ? Et comment ce « dedans » est-il évoqué en Jn 14,2 puis en Jn 3,3.5 ? Que vivra alors celui qui acceptera de « faire la vérité », de recevoir « le pardon de ses péchés », et donc d’entrer « dedans » (cf. Ps 4,9 ; Jn 14,27 ; Hb 4,1.3 ; Mt 11,29) ? La dernière prière du Notre Père s’accomplit : le pécheur est « délivré du mal », de tous ces liens qui le retenaient dans les ténèbres et dans la mort… Il est libre, vivant de la Vie de Dieu, comblé de sa Lumière et de sa Joie (Jn 11,43-44)… Ainsi, le jugement s’exerce sur le péché et sur l’instigateur du péché pour que le pécheur soit libéré et guéri en tout son être, comblé, sauvé…

            Jésus a déjà beaucoup parlé dans l’Evangile selon St Jean, mais que souhaite-t-il faire encore d’après Jn 16,12 ? Pourtant que se passera-t-il très bientôt (cf. Jn 16,5) ? Comment ce désir va-t-il donc s’accomplir d’après la suite de notre texte ?

            Nous nous souvenons que l’expression « Esprit Saint » peut être employée comme un nom propre pour désigner la Troisième Personne de la Trinité, mais aussi pour évoquer « la nature divine », c’est-à-dire ce que sont chacune des Trois Personnes de la Trinité. Les trois grandes affirmations de St Jean à ce sujet sont Jn 4,24 ; 1Jn 1,5 et 1Jn 4,8.16, auxquelles on peut rajouter la fin de Lv 11,45 ; 19,2… Alors, d’après le contexte, quelle réalité vise la notion de Paraclet en Jn 14,16 et ici en Jn 16,13-15 : « Personne divine » ou « nature divine » ?

            D’après Jn 16,13, « le Paraclet » parlera, mais « il ne parlera pas de lui-même : ce qu’il entendra, il le dira » : que dira-t-il donc d’après la fin de Jn 14,26 ? Préciser la réponse avec Jn 17,8… Devons-nous donc attendre des Paroles nouvelles, des révélations nouvelles, ou Dieu nous a-t-il déjà tout dit avec son Fils et par Lui ? Mais souvenons-nous : d’après Jn 3,34 (BJ), lorsque Jésus nous donne les Paroles qu’il a reçues de son Père, « il donne l’Esprit sans mesure », cet Esprit « nature divine » qui est Vie, Paix, Joie… et qui nous permet de « vivre » en nos cœurs ce que dit la Parole. C’est ce que fait aujourd’hui « l’Esprit de Vérité », cet « autre Défenseur » envoyé par le Père à la prière du Fils pour qu’il soit à jamais avec les disciples (Jn 14,16)… Comme le dit le Père Congar, « l’Esprit Saint se cache derrière ses dons »… L’Esprit Saint, Personne divine, nous communique « l’Esprit Saint nature divine », il nous donne d’avoir part à ce qu’Il Est… Il est le grand artisan de la communion…

            Comment cette mission première de l’Esprit Saint Personne divine est-elle évoquée en Jn 16,13 ? Préciser la réponse avec Is 65,16 ; Ps 31(30),6 ; 86(85),15 ; Jn 1,9 ; 14,6 ; 15,1 ; 17,3… Cette vérité tout entière peut être résumée par un des plus petits mots de la langue grecque des Evangiles, comme de la nôtre : quel est-il (cf. Jn 10,30 ; 17,22) ? Quel mystère évoque‑t‑il (cf. 1Co 1,9 ; 2Co 13,13 ; Ph 2,1) ? Telle est « la vérité tout entière » dans laquelle Dieu désire nous introduire dès maintenant par le Don de l’Esprit « nature divine » offert à notre foi, cet Esprit qui est Lumière, Paix, Vie (cf. 1Co 1,9 ; Ep 2,17-18 ; 1Jn 1,1-7)… Lorsque nous écoutons de tout cœur la Parole de Dieu que Jésus nous a transmise, l’Esprit Saint Personne divine nous communique la réalité spirituelle à laquelle Jésus ne cessait de rendre témoignage : la Vie de l’Esprit qu’il reçoit du Père, l’unité spirituelle qu’il vit avec le Père, le Mystère de Communion qui l’unit au Père dans l’unique Esprit… C’est ainsi que « l’Esprit Saint nous dévoile les choses à venir » lorsqu’il commence à nous introduire, dès maintenant, dans la foi, par le Don de « l’Esprit nature divine » dans ce Mystère de Communion auquel nous sommes tous appelés. « C’est de mon bien qu’il recevra », dit Jésus, lui qui est « rempli d’Esprit Saint nature divine » (Lc 4,1) de toute éternité par le Père. En effet, « tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15), tout ce qu’Est le Père est à moi, car le Père aime le Fils et se donne tout entier au Fils : il lui donne « tout ce qu’il a », tout ce qu’il est, et il l’engendre ainsi en Fils « Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père »… Toute la mission de l’Esprit Saint Personne divine est de nous communiquer ce même « Esprit Saint nature divine » pour que nous devenions nous aussi des fils et des filles de Dieu vivants de la Vie du Père, partageant sa Paix et sa Lumière… C’est ainsi que l’Esprit Saint nous « dévoile » (BJ), nous « annonce », nous « fait savoir » (anangélô en grec) la vérité tout entière : en nous « communiquant » (TOB) cette vérité tout entière qui n’est rien de moins que ce que Dieu est en lui-même, sa nature divine qui est Esprit, Lumière et Vie… Formidable aventure d’une communion de cœur déjà réalisée dès maintenant dans la foi et par notre foi, alors que nous sommes toujours ces femmes et ces hommes blessés, si souvent défaillants, remplis de misère mais infiniment aimés par ce Dieu et Père qui nous appelle tous à partager sa Vie par le Don de l’Esprit… A nous maintenant, avec le secours de « l’Esprit de Vérité », notre Défenseur, Celui qui veille sur chacun d’entre nous et nous garde dans l’Amour de Miséricorde qui ne cesse de nous être offert, à nous de consentir à nous laisser aimer, combler, jour après jour et cela gratuitement, par Amour…

  1. Jacques Fournier

Plaintes et espoirs de Jérusalem (Ba 4,5-5,9)

Courage, mon peuple, mémorial d’Israël !

(6)       Vous avez été vendus aux nations, mais non pour l’anéantissement.

Ayant excité la colère de Dieu, (cf. les conséquences du péché (P))

vous avez été livrés à vos ennemis.

(7)       Car vous aviez irrité votre Créateur en sacrifiant à des démons et non à Dieu.

(8)       Vous aviez oublié le Dieu éternel, votre nourricier !

Vous avez aussi attristé Jérusalem, votre nourricière ;

(9)       elle a vu fondre sur vous la colère venue de Dieu et elle a dit :

Écoutez, voisines de Sion : Dieu m’a envoyé grande tristesse.

(10)    J’ai vu la captivité de mes fils et filles, que l’Éternel leur amena.

(Imperfection de l’Ancien Testament qui, parfois, attribue tout à Dieu, le bien    comme le mal ; ici encore, ce sont les conséquences du péché des hommes (P).)

(11)    Je les avais nourris avec joie ; avec pleurs et tristesse je les vis partir.

(12)    Que nul ne se réjouisse sur moi, veuve et délaissée d’un grand nombre ;

je subis la solitude pour les péchés de mes enfants,

car ils se sont détournés de la Loi de Dieu,

(13)    ils n’ont point connu ses préceptes, ni marché par les voies de ses préceptes,

ni suivi les sentiers de discipline selon sa justice.

(14)    Qu’elles arrivent, les voisines de Sion !

Rappelez-vous la captivité de mes fils et filles, que l’Éternel leur amena (P) !

(15)    Car il amena sur eux une nation lointaine, une nation effrontée,

à la langue barbare, sans respect pour le vieillard, sans pitié pour le petit enfant ;

(16)    on emmena les fils chéris de la veuve, on la laissa toute seule, privée de ses filles.

(17)    Moi, comment pourrais-je vous aider ?

(18)    Celui qui vous amena ces malheurs, (P)

c’est lui qui vous arrachera aux mains de vos ennemis.

(19)    Allez, mes enfants, allez votre chemin ! Moi, je reste délaissée, solitaire ;

(20)    j’ai quitté la robe de paix et revêtu le sac de ma supplication ;

je veux crier vers l’Éternel tant que je vivrai.

(21)    Courage, mes enfants, criez vers Dieu :

il vous arrachera à la violence et à la main de vos ennemi ;

(22)    car j’attends de l’Éternel votre salut,

une joie m’est venue du Saint,

pour la miséricorde qui bientôt vous arrivera de l’Éternel, votre Sauveur.

(23)    Car avec tristesse et pleurs je vous ai vus partir,

mais Dieu vous rendra à moi pour toujours dans la joie et la jubilation.

(24)    Comme les voisines de Sion voient maintenant votre captivité,

ainsi verront-elles bientôt votre salut de par Dieu,

qui vous surviendra avec grande gloire et éclat de l’Éternel.

(25)    Mes enfants, supportez la colère qui de Dieu vous est venue.

(Supportez pour l’instant les conséquences du mal commis)

Ton ennemi t’a persécuté,

mais bientôt tu verras sa ruine et sur sa nuque tu poseras ton pied.

(26)    Mes enfants choyés ont marché par de rudes chemins,

enlevés, tel un troupeau razzié par l’ennemi.

(27)    Courage, mes enfants, criez vers Dieu :

Celui qui vous amena cela (P) se souviendra de vous.

(28)    Comme votre pensée fut d’égarement loin de Dieu,

revenus à lui, recherchez-le dix fois plus fort.

(29)    Car Celui qui vous amena ces malheurs (P) vous ramènera,

en vous sauvant, la joie éternelle.

(30)    Courage, Jérusalem : il te consolera, Celui qui t’a donné un nom.

(31)    Malheur à ceux qui t’ont maltraitée et se sont réjouis de ta chute !

(32)    Malheur aux cités dont furent esclaves tes enfants,

malheur à celle qui reçut tes fils !

(33)    Car de même qu’elle se réjouit de ta chute et fut heureuse de ta ruine,

ainsi sera-t-elle affligée pour sa propre dévastation.

(34)    Je lui ôterai son allégresse de ville bien peuplée,

son insolence se changera en tristesse,

(35)    un feu lui surviendra de l’Éternel pour de longs jours

(En fait, ce sera pour elle aussi les conséquences de ses fautes (P)),

elle sera la demeure de démons pour longtemps.

(36)    Jérusalem, regarde vers l’Orient, vois la joie qui te vient de Dieu.

(37)    Voici : ils reviennent, les fils que tu vis partir,

ils reviennent, rassemblés du levant au couchant,

sur l’ordre du Saint, jubilants de la gloire de Dieu.

(5,1)   Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère,

revêts pour toujours la beauté de la gloire de Dieu,

(2)       prends la tunique de la justice de Dieu,

mets sur ta tête le diadème de gloire de l’Éternel ;

(3)       car Dieu veut montrer ta splendeur partout sous le ciel,

(4)       et ton nom sera de par Dieu pour toujours : Paix de la justice et gloire de la piété.

(5)       Jérusalem, lève-toi, tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’Orient :

vois tes enfants du couchant au levant rassemblés sur l’ordre du Saint, jubilants,            car Dieu s’est souvenu.

(6)       Car ils t’avaient quittée à pied, sous escorte d’ennemis,

mais Dieu te les ramène portés glorieusement, comme un trône royal.

(7)       Car Dieu a décidé que soient abaissées toute haute montagne

et les collines éternelles,

et comblées les vallées pour aplanir la terre,

pour qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu.

(8)       Et les forêts, et tous arbres de senteur feront de l’ombre pour Israël,

sur l’ordre de Dieu ;

(9)       car Dieu guidera Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire,

avec la miséricorde et la justice qui viennent de lui.

Diacre Jacques FOURNIER

Correction de la Fiche N° 26 :

CV – 26 – Jn 15,18-16,33 correction




Fiche N°27 : La fin du discours d’adieux de Jésus à ses disciples (Jn 16,16-33)

Le discours d’adieux aux disciples s’achève et Jésus va le conclure en Jn 16,16-33 comme il l’avait commencé… En effet, souvenons-nous :

                       1 Au tout début, de manière voilée et progressive, quelle annonce Jésus avait-il faite à ses disciples (cf. dans l’introduction, avec la seconde moitié de Jn 13,33 ; 13,36 ; puis au début de la première partie Jn 14,2-6 ; en fin de Jn 14,12 et en Jn 14,28) ?

                        Et à la fin de ce discours d’adieux, quelle est la dernière phrase de Jésus, « claire et sans figures » cette fois, juste avant la réaction des disciples (cf. Jn 16,28) ? Noter que nous retrouvons cette affirmation au début de notre section, dans la bouche des disciples, en Jn 16,17.

                        2 – Puis, peu après le début du discours, qu’avait dit Jésus en Jn 14,19 ? Et peu avant la fin, que retrouvons-nous en Jn 16,16, une affirmation reprise avec insistance en Jn 16,17 et 16,19 ?

            Dans la dernière partie de son discours d’adieux, Jésus revient donc sur les deux points soulignés précédemment. Et tout se conclura par la réaction de foi des disciples en Jn 16,29-33.

            Il nous faut donc relire avec une attention toute particulière Jn 14,19-20, en nous souvenant des deux interprétations possibles de ce passage. La première lancera l’aventure de l’Eglise, la seconde renvoie à l’expérience de foi qui sera la sienne jusqu’à ce qu’enfin les disciples puissent voir leur Seigneur, soit lorsque leur heure sera venue, soit au dernier Jour de ce monde… Relisons donc Jn 14,19-20 :

                                   « Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus.

                                    Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez.

                                    Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père

                                    et vous en moi et moi en vous ».

            Jésus annonce sa mort prochaine. Bientôt, « le monde » qui ne se fie qu’aux apparences et qui ne « juge » que « sur l’apparence » (Jn 7,24), ne le verra plus. En effet, après sa mort, Joseph d’Arimathie et Nicodème prendront son corps et le déposeront dans un tombeau (Jn 19,38-42). Le temps du « voir Jésus » avec les seuls yeux de la chair sera fini… Ce temps fut celui de la visite de Dieu en personne (Mt 1,23 ; Lc 1,76-79), dans la chair : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14). Pendant tout ce temps, Jésus, « Dieu Fils unique » (Jn 1,18 TOB), « Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière » (Crédo), s’est offert en sa chair au regard des hommes pour qu’à travers ce regard qu’ils poseront sur Lui avec leurs yeux de chair, ils puissent discerner, percevoir, reconnaître cette Lumière de l’Esprit qui l’habite en Plénitude. « Je Suis la Lumière du monde » (Jn 8,12). Mais pour cela, il faut accepter de lui ouvrir son cœur, le plus profond de son être, dans la vérité de notre nature blessée… La vérité de notre misère consentie et offerte ne peut alors qu’accueillir et expérimenter la Vérité de Dieu qui n’est que Bienveillance, Amour et Miséricorde, Don éternel et gratuit de soi dans la seule recherche de notre vrai bien, car nous avons tous été créés pour participer à la Plénitude de sa Vie… Telle est la vocation commune à tout homme, par le simple fait qu’il existe ! Quiconque accepte ainsi de tout cœur cette démarche de vérité, ne peut que découvrir la Lumière du Soleil de Vérité qui ne cesse de briller au cœur de l’univers visible et invisible : « Celui qui fait la vérité vient à la Lumière » (Jn 3,21)… Jaillit alors dans ce regard de chair posé sur Jésus une Lumière invisible à nos seuls yeux de chair, la Lumière de sa Gloire, la Lumière spirituelle qui jaillit de son Être, car « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) et « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5). « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa Gloire » (Jn 1,14)… « Le Verbe s’est fait chair » pour cela, pour que nous contemplions sa Gloire, ce qui est synonyme pour St Jean de « connaître Dieu » : « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé » (Jn 1,18 TOB), nous « l’a fait connaître » (Jn 1,18 BJ). Or « contempler la Gloire de Dieu », voir sa Lumière, n’est possible qu’en recevant d’abord cette Lumière : « Par ta Lumière, nous voyons la Lumière » (Ps 36,10). Nous en étions privés par suite de notre égoïsme (Rm 3,23) qui, d’une manière ou d’une autre nous enferme en nous-mêmes. Si nous acceptons de reconnaître et d’offrir en vérité cette maladie spirituelle au Christ Sauveur, nous la retrouvons gratuitement, grâce à l’Amour de Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ. En effet, avec Lui et par Lui, Dieu en personne est venu frapper à la porte de nos cœurs blessés, souillés, malades… « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs, au repentir » (Lc 5,31-32). Et puisque cette démarche même de repentir nous est difficile, il se propose même de nous aider à l’accomplir par le Don de l’Esprit (cf. Ac 5,30-32 ; 11,18). Alors, si nous acceptons de lui ouvrir la porte en consentant à la vérité de notre vie blessée, « j’entrerai » (Ap 3,20), nous promet-il. Et Il Est Lumière, une Lumière qui brille dans nos ténèbres et rien ne peut l’empêcher de briller (Jn 1,5), une Lumière qui nous permet de voir la Lumière…

            Mais si « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), il est aussi « Esprit » (Jn 4,24). Cette Lumière est celle de l’Esprit donné (1Th 4,8) en surabondance (Jn 7,37-39), un Esprit qui est Vie, Plénitude de Vie (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Autrement dit, « contempler la Gloire de Dieu », et donc « connaître Dieu », c’est, en acceptant de s’ouvrir au Don de l’Esprit, vivre de la Plénitude de sa Vie, et tel est le seul but que Dieu ne cesse de poursuivre pour chacun d’entre nous. « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3).

            « Vous vivrez », promet alors Jésus à ses disciples, et par cette Vie de l’Esprit qui est Lumière, « vous verrez »… « En toi est la Source de Vie, par ta Lumière nous voyons la Lumière » (Ps 36(35),10). Cette expérience, les disciples ont commencé à la vivre au premier jour où ils ont rencontré le Christ. Sans l’avoir encore explicitement reconnue, ils expérimentaient avec Lui une réalité brûlante (Lc 24,32 ; Jn Jn 7,46), de l’ordre de la vie, incroyablement heureuse… Et ils ont tout quitté pour suivre ce bonheur, cette joie (Mt 13,44-46)… Puis, petit à petit, de jour en jour, ils apprendront à reconnaître la réalité invisible qui s’est offerte à leur cœur, une réalité de l’ordre de la vie, de la paix, une réalité que l’on peut nommer « Lumière » car elle donne sens à toute notre existence… Cette « Lumière », ils la verront rayonner du Christ avec une intensité toute particulière au jour de sa Transfiguration (Lc 9,28-36). L’expérience sera encore plus forte lorsqu’ils le verront ressuscité. Thomas sera même invité à toucher la plaie toujours ouverte de son côté (Jn 20,19-29). Telle est l’expérience qui a lancé l’Eglise… Ces manifestations exceptionnelles iront jusqu’à concerner « plus de cinq cents frères à la fois » (1Co 15,6)…

            Mais elles ne dureront pas… « Nous cheminons en effet dans la foi, non dans la claire vision » (2Co 5,7)… Tel fut le chemin qu’emprunta le Christ lui-même… Et tout ce qu’il disait, tout ce qu’il faisait n’avait qu’un seul but : approfondir la foi de ses disciples pour qu’ils soient enracinés, de cœur, comme lui, dans une relation spirituelle profonde avec « mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17), ce Dieu et Père qui, de toute éternité, est Vie et Source de Vie, Lumière et Source de Lumière… Et nous avons tous été créés pour être comblés de cette Lumière qui est Vie par le Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)… Autrement dit, l’expérience de foi promise à tous les disciples n’est pas de voir le ressuscité, comme cela fut le cas lorsque le Christ lança ses premiers témoins jusqu’aux extrémités de la terre… Le don qu’ils reçurent était à la mesure de cette aventure nouvelle qui commençait… Ils avaient besoin d’être forts, inébranlables, pour être les premiers témoins du Christ, en acceptant parfois de mourir « pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu » (Ap 6,9)… Ce qu’ils vécurent est donc exceptionnel, ce qui ne veut pas dire que l’expérience de foi promise à tous les disciples ne l’est pas ! Mais elle sera toute centrée sur cette Vie donnée, cette Vie de l’Esprit qui est Lumière… Le présent de la foi est celui où « les ténèbres s’en vont », mais elles sont toujours là, et le temps où « la lumière véritable brille déjà », et elle est bien là elle aussi (1Jn 2,8) ! En effet, Jésus ne dit pas en Jn 14,19 « vous me verrez », mais « vous verrez que je vis »… En vivant d’une Vie nouvelle, en prenant conscience que cette Vie reçue dans la foi habite le Fils en Plénitude de toute éternité, les disciples pourront affirmer, sans l’avoir jamais vu, que Jésus est Vivant de cette même Vie…

            Mais Jésus vit par le Père (Jn 6,57), il reçoit lui-même cette Vie du Père (Jn 5,26) par le Don de la Plénitude de l’Esprit que le Père lui fait de toute éternité. Cette Plénitude de l’Esprit du Père est ainsi dans le Fils. C’est pourquoi, le Fils, qui n’est pas le Père, peut dire : « Le Père est en moi » (Jn 14,10). Et réciproquement, la Plénitude de l’Esprit qui habite le Fils est dans le Père : « Je suis en mon Père », dit Jésus (Jn 14,20). Mais puisque nous sommes tous appelés à avoir part au même Esprit, Jésus peut aussi dire à ses disciples sur la base de cet Esprit commun : « Vous êtes en moi et moi en vous » (Jn 14,20).

            Nous constatons à quel point Jésus nous entraine au cœur de la foi et de ses conséquences avec cette affirmation reprise trois fois en quatre versets : « Encore un peu et vous ne me verrez plus, et puis un peu encore et vous me verrez »… Le chiffre trois renvoyant dans la Bible à Dieu en tant qu’il agit, nous retrouvons ainsi indirectement que tout ceci ne sera que le fruit de la seule action de Dieu librement accueillie par les disciples…

            Et une fois de plus, que constatons-nous en Jn 16,18 (cf. Jn 8,27 ; 10,6 ; 12,16) ? Jésus prendra donc le temps de développer à nouveau tout ce qu’il leur a déjà dit… Patience de Dieu à l’égard des disciples, patience de Dieu à notre égard…

            Jn 16,20 reprend la perspective d’ensemble de ce discours : la préciser. En se souvenant du début de la fiche précédente, quel sens prend ici le mot « monde » ?

            En Jn 16,21, Jésus utilise l’image d’une femme « sur le point d’accoucher », et il parle de « son heure » qui « est venue »… Ce thème de « l’heure » intervient fréquemment en St Jean :

                       1 – A qui s’applique-t-il en tout premier lieu et à quoi renvoie-t-il (cf. Jn 2,4 ; 7,30 ; 8,20 ; 12,23 ; 12,27 ; 13,1 ; 17,1) ?

                        2 – Mais tout ceci n’est pas un but en soi : quel est justement le but que Dieu poursuit (cf. Jn 3,16-17 ; 6,51 ; 10,10-11) ? Nous venons de voir à qui s’applique en premier lieu ce thème de l’heure ; mais à la lumière de la réponse précédente, qui concerne-t-il également ? Retrouver cette réponse avec Jn 4,21 ; 4,23 ; 5,25 ; 5,28. Nous la constatons à nouveau dans notre texte, en Jn 16,21. En effet, qui sont les personnages principaux des versets qui l’entourent immédiatement (Jn 16,20 et Jn 16,22) ? Et de fait, à qui Jésus a-t-il déjà appliqué ce thème de « naître » (cf. Jn 3,3-8) et de quoi s’agissait-il ? Par quel Don cette nouvelle naissance s’opèrera-t-elle ? Et quand sera-t-il donné à notre monde en Plénitude (Jn 19,33-34 avec Jn 7,37-39 ; Jn 20,22) ?

            Ainsi, « l’heure » de la Passion de Jésus, « l’heure » de sa mort qui sera suivie de sa Résurrection, est-elle aussi en St Jean « l’heure » où Dieu appelle tous les hommes à passer de la mort spirituelle à la Vie, des ténèbres à sa Lumière. C’est ainsi qu’il « donnera le jour à ses enfants » et se réjouira « qu’un homme soit venu au monde » dans son Royaume de Lumière et de Vie. Et tout ceci s’accomplira par le Don de l’Esprit qui s’écoulera en surabondance du cœur transpercé de Jésus pour la vie du monde… Tout est donné… A nous maintenant d’apprendre à recevoir ce qui nous est déjà donné…

            Toute la suite ne sera que la conséquence de ce Don de l’Esprit qui nous rejoint à l’initiative de Dieu, grâce à son action : « Je vous verrai de nouveau », dans la Lumière de l’Esprit, de cœur dans la foi, en attendant le face à face éternel…

                        – « Votre tristesse se changera en joie… Votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera ». De quelle joie parle-t-on (cf. Lc 10,21 ; Ac 13,52 ; Ga 5,22 ; 1Th 1,6 ; Rm 14,17) ? Dans l’affirmation « votre joie, nul ne vous l’enlèvera », quelle idée retrouve-t-on (Jn 1,5 BJ ; 14,30 BJ ; 1Jn 2,8 ; 4,4 ; 5,18) ? En quels autres termes Jésus en a-t-il parlé (cf. sa première parole en St Marc, Mc 1,15) ?

                        – « Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question ». Pourquoi (cf. Jn 14,26 ; 16,13) ? En mettant en parallèle l’affirmation des disciples en Jn 16,30, « tu sais tout », avec les affirmations de Jésus en Jn 7,29, 8,55 et Jn 10,15, en se souvenant que « connaître Dieu » pour St Jean c’est « vivre de sa vie » (Jn 17,3), nous constatons à quel point Jésus est venu nous partager « la connaissance » qu’il a de son Père en nous donnant d’avoir part à notre tour à cette Vie qu’il reçoit du Père de toute éternité… Telle était toute sa mission, « faire connaître » le Père (Jn 1,18)…

                        – « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom ». Comment cela se fera-t-il d’après Rm 8,26-27 ? Nous en avons une illustration avec Jésus en Lc 10,21-22 et en Lc 6,12-16 lu avec Ac 1,2 (BJ) : « Les Apôtres choisis sous l’action de l’Esprit Saint ». Prier « au nom du Christ » sera ainsi prier uni au Christ dans la Communion d’un même Esprit, prier en fils avec le Fils dans la seule recherche de la Gloire du Père (Jn 15,16 ; 15,8) et de l’accomplissement de sa volonté : que tous les hommes participent le plus pleinement possible à sa Vie, à sa Lumière et à sa Paix, c’est-à-dire à la Plénitude de son Esprit. « En lui », le Christ, « habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité », et « Dieu est Esprit ». « Et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude » (Col 2,9-10).

            Telle est donc la volonté du Père : que nous nous tournions vers Lui de tout cœur. Nous serons alors dans l’attitude du Fils qui, de toute éternité, « est tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18). Si tel est vraiment le cas, nous pourrons alors recevoir ce que le Fils reçoit du Père de toute éternité, cette Plénitude de l’Esprit qui l’engendre en Fils « né du Père avant tous les siècles » (Crédo). Cela suppose bien sûr que nous acceptions au même moment de renoncer à tout ce qui nous détourne de Dieu, autrement, nous ne pourrions plus recevoir ce Don qui ne cesse de jaillir de Lui. Nous le savons, pécheurs, blessés, si souvent défaillants, grande est notre faiblesse et nous avons besoin de la Force même de Dieu pour demeurer de tout cœur tournés vers Lui. D’où l’appel de St Paul à vivre dans une prière continuelle (Ep 5,18) pour que nous puissions recevoir ce que Dieu veut nous communiquer : son Esprit. Si nous le demandons avec honnêteté et sincérité, alors même que nous ne connaissons que trop bien notre misère, nous ne pourrons que le recevoir… Et la Force de l’Esprit habitera notre faiblesse, et la Lumière de l’Esprit brillera dans nos ténèbres… « Demandez et vous recevrez », nous dit Jésus (Jn 16,24), dans la mesure où, nous l’avons vu, cette demande rejoint bien sûr la volonté de Dieu… Et nous l’avons dit, la volonté de Dieu est que nous ayons part à la Plénitude de son Esprit, cet Esprit qui est déjà donné au Fils par le Père depuis toujours et pour toujours…

            Aussi, Jésus ne nous invite-t-il qu’à une seule attitude : « Repentez-vous » (Mt 4,17 ; Mc 1,15 ; Ac 2,38), détournez-vous de tout ce qui est contraire à Dieu pour vous tourner de tout cœur vers Lui…

            Et puisque le Père n’a qu’un seul désir, nous communiquer son Esprit, Jésus ne nous invitera qu’à lui adresser une seule demande, celle qui correspond à sa volonté, la demande de l’Esprit (Lc 11,9-13) : « Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

            Alors l’Amour de Dieu sera accompli… En effet, en nous rappelant ce principe de Ste Thérèse de Lisieux, « aimer c’est tout donner et se donner soi-même », et en l’appliquant littéralement au Père comme nous l’avons déjà fait si souvent, nous retrouvons les fondements de notre foi : de toute éternité, « le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), tout ce qu’Il Est et Il Est « Esprit » (Jn 4,24), « Lumière » (1Jn 1,5) et Vie… « Engendré » par le Père, « non pas créé », le Fils est alors « Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). Il vit par le Père (Jn 6,57). Tous créés à « l’image du Fils » (Rm 8,29), Dieu nous appelle à accomplir avec son aide notre vocation à « devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12) en acceptant de nous tourner de tout cœur vers Lui pour que nous puissions recevoir nous aussi ce que le Fils reçoit du Père depuis toujours et pour toujours : la Plénitude de l’Esprit…

            En regardant ses disciples, Jésus constatait que cette volonté du Père commençait à s’accomplir en eux : « Le Père lui-même vous aime », une vérité éternelle à laquelle ils s’ouvraient par le « oui » de leur foi… En se tournant de tout cœur vers Lui, ils recevaient eux aussi ce que le Fils reçoit du Père : l’Esprit qui est Amour (1Jn 4,8 ; 4,16) et dont le fruit ne peut qu’être de l’ordre de l’amour (Ga 5,22). Et de fait, ils se mettaient à aimer comme le Fils aime… Et Jésus savait bien que leur amour à son égard venait du Père… « Le Père lui-même vous aime parce que vous m’aimez »… « Bien-aimés », écrira St Jean dans sa première Lettre, « aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour… (Mais) si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli. À ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné de son Esprit » (1Jn 4,7-13).

            Et Jésus poursuit en disant : « Le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu ». La foi, en effet, est elle aussi est un fruit de l’Esprit : « Nul ne peut dire « Jésus est Seigneur », si ce n’est par l’Esprit Saint » (1Co 12,3).

Conclusion du discours d’adieux (Jn 16,29-33)

            Comme souvent en St Jean, le discours de Jésus se termine par le « oui » (ou le « non »…) de la foi de ses interlocuteurs (cf. Jn 6,60-71)… Néanmoins, ce « oui » des disciples apparaît encore fragile… Il ne semble basé que sur la constatation que Jésus « sait tout », ce qui fait de lui un Maître brillant. Mais reconnaître son intelligence et sa sagesse n’est pas encore synonyme d’enracinement dans ce Mystère de Communion qu’il vit avec son Père et qu’il est venu nous partager… La foi n’est pas seulement une question d’intelligence ou de connaissance purement intellectuelle… Elle est avant tout un Mystère de Vie dans l’Esprit que l’intelligence est invitée à scruter à la Lumière de ce même Esprit… Aussi, Jésus ne dit-il pas à ses disciples de manière affirmative et définitive : « Vous croyez ! ». Ces mots, il les leur adresse avec un point d’interrogation, « Vous croyez à présent ? », ce qui laisse la porte ouverte aussi bien à un oui qu’à un non, ou du moins à un « pas encore comme il faudrait »… Mais cette foi, telle qu’elle est, a le mérite d’exister et le Christ ne la rejette pas, bien au contraire… Après sa Résurrection, patiemment, jour après jour, il ne cessera de conduire ses disciples vers une foi plus profonde, ce qui est notre cheminement à tous…

            Pour l’instant, Jésus leur montre qu’effectivement, « il sait tout », et que leur annonce-t-il en Jn 16,32 ? Retrouver cette perspective pour Pierre en Lc 22,31-34… Et de fait, lors de son arrestation, « les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite » (Mt 26,56). Et Pierre, peu après, le reniera trois fois (Lc 22,54-62). Mais cette défaillance reconnue et offerte au Christ, dans « la peine » (Jn 21,15-17), sera l’occasion pour lui de prendre conscience de sa faiblesse et de la nécessité d’accueillir la Miséricorde et le soutien de Dieu (2Tm 1,7), pour espérer lui rester fidèle…

            Cette annonce de la désertion des disciples au moment de l’épreuve sera l’occasion pour le Christ de rappeler le fondement de sa vie, envers et contre tout, et quel est-il (cf. Jn 16,32 ; 8,29) ? Et quel sera plus tard le fondement de la vie des disciples, envers et contre tout (cf. Mt 28,20 ; Mc 16,20) ? Quelle réalité se cache derrière cet « envers et contre tout » (cf. Rm 8,38-39 ; 1Jn 4,8 et 4,16 ; d’où 2Tm 2,13) ? Et cette réalité se manifestera très concrètement au plus profond d’eux-mêmes, dans l’épreuve. Que leur dit Jésus à ce sujet en Jn 16,33 ? Cette perspective (voir aussi Mt 11,28-30) s’accomplira par le don évoqué en Mc 13,9-11, dont le fruit est la paix (Ga 5,22)… « Je vous ai dit ces choses pour que vous ayez la paix en moi » (Jn 16,33)…

Jacques Fournier

Correction de la Fiche 27 :

CV – 27 – Jn 16,16-33 Correction




Fiche N°28 : La dernière Prière de Jésus avant sa Passion… (Jn 17)

Jésus sait que le temps de sa Passion est désormais tout proche. Il n’a cessé durant ces dernières années d’annoncer le Royaume des Cieux (Mt 4,17), de faire connaître le Père (Jn 1,18) et son Amour inlassable pour tous les hommes qu’il veut sauver du mal et de ses conséquences dramatiques (1Tm 2,3-6 ; Jn 3,16-17 ; 4,42). « Rempli de l’Esprit Saint » (Lc 4,1) « et de puissance, il est passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable car Dieu était avec lui » (Ac 10,38). Il a ainsi manifesté la totale Bienveillance de Dieu à notre égard. Et il continuera de le faire en ne répondant que par l’Amour à toute cette violence qui, très bientôt, va se déchainer contre lui. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Mais il le sait, le combat sera rude, la difficulté sera à la mesure de l’enjeu : le salut du monde… Aussi commence-t-il par prier son Père pour lui demander de pouvoir aller jusqu’au bout de son offrande et de sa mission, pour le seul bien de tous les hommes qui accepteront d’accueillir la gratuité de son Amour…

Première partie : Jn 17,1-5 ; Jésus prie son Père pour que, grâce à Lui,

il puisse accomplir jusqu’au bout l’œuvre du Père…

  • Noter comment Jésus commence sa prière. Et comment nous a-t-il appris à prier en Lc 11,2 ? Si nous acceptons de reprendre ses paroles, que se passe-t-il d’après Rm 8,14-17 ? Dans quelle dynamique sommes-nous alors entraînés ?

  • Noter la demande exprimée en Jn 17,1 ; la comparer avec le premier vœu exprimé en Lc 11,2 : qu’en pensez-vous ? D’après Ez 36,22-28, qui est le premier à œuvrer à la réalisation de ce vœu, et que fera-t-il très concrètement pour qu’il en soit effectivement ainsi ? Comparer Ez 36,24 avec Jn 11,49-52 ; conclusion. Comparer Ez 36,25 avec Jn 19,34 ; puis lire Mt 26,28 avec Hb 9,14 et 1Jn 1,7 et Ap 7,14 ; lire encore Ac 2,38 avec Tt 2,4-7 et 1Co 6,11 et Ep 5,25-27 ; conclusion. Comparer Ez 36,26-27 avec 2Co 5,17 lu avec Jn 20,22 et Jn 1,29 et Ga 5,22.25 ; conclusion.

            Que confirme cette prière instante de Jésus à son Père (cf. Jn 5,19-20 ; 5,30) ? Il sait que cette dernière étape de sa vie sera humainement très dure ; que demande-t-il donc ici à son Père (cf. Ep 1,19‑20a ; 6,10-11 ; 2Tm 1,7‑8 ; 4,17 ; comparer aussi Rm 6,4 avec Rm 8,11 ; puis 2Co 13,4 avec Lc 4,14) et pourquoi (cf. Jn 13,1 ; 14,31 ; 19,30) ? Quel exemple Jésus nous donne-t-il ici : avant toute action pour Dieu, que devrions-nous faire et pourquoi (Jn 15,4-5 d’où Ep 6,18) ?

Mais Jn 17,1 éclaire en fait toute la vie de Jésus (cf. Jn 17,4) : dans quel contexte particulier nous a-t-il visités d’après Lc 1,78 (Lc 1,76-79 : « Et toi, petit enfant (Jean‑Baptiste), tu seras appelé prophète du Très-Haut; car tu marcheras devant le Seigneur (Jésus), pour lui préparer les voies, (77) pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés (78) grâce aux entrailles de miséricorde de notre Dieu, dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en haut, (79) pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, afin de guider nos pas dans le chemin de la paix. ») ? Qu’est-ce que Jésus a donc manifesté par tous ses actes et toutes ses Paroles, et cela jusqu’au bout, jusqu’à la Croix (cf. Ep 2,4 ; 2Co 1,3 ; Rm 9,16 ; 1P 1,3 ; 1Tm 1,15-16 ; Lc 23,34) ? En agissant ainsi, qu’a-t-il fait (répondre avec les expressions utilisées en  Jn 17,4 ;  Jn 17,6 avec 1Jn 4,8 ; ƒ Jn 1,18) ? Et qui lui donnait de pouvoir parler (Jn 17,8) et agir (Jn 10,37-38) comme il l’a fait ? Nous retrouvons Jn 5,19-20

  • Comparer le second vœu exprimé à la fin de Lc 11,2 avec Jn 17,2 : conclusion. Et tout ceci s’accomplit dans le contexte suivant :  Rm 6,23 ; ‚Jn 3,16‑17 ; ƒ Jn 10,10b ; „ Jn 1,4-5. Qu’est-ce donc que « le Royaume des Cieux » ( comparer les expressions utilisées en Mc 9,43 et Mc 9,45 avec celle de Mc 9,47 ; ‚ lire Rm 14,17 avec Ga 5,25 ; puis Ep 2,18 ; ƒ lire 1Jn 1,3) ? A la lumière de ces dernières réponses, que signifie donc « connaître Dieu » en Jn 17,3 ? Nous sommes ici à la fin de l’Evangile : comment la perspective annoncée au tout début en Jn 1,18 s’est-elle donc mise en œuvre (cf. Jn 3,16 ; 3,36a ; 10,10b ; 17,2) ? Et Jn 17,5 sera un nouveau clin d’œil au début de l’Evangile (cf. Jn 1,14 ; 1,1 ; 1,15), tout comme Jn 17,8 (cf. Jn 1,9-14)…

            La mission terrestre de Jésus « Sauveur du monde » (Jn 4,42) s’achève donc… Remarquons que l’expression « toute chair » de Jn 17,2 fait allusion à Gn 9,8-17 : comment Dieu se révèle-t-il en ce texte ? Noter combien de fois intervient le mot Alliance et l’expression « toute chair » ; se souvenir que sept est symbole de perfection et quatre d’universalité (les quatre points cardinaux) ; conclusion ? Et que permettra l’offrande de Jésus sur la croix (cf. Mt 26,28 et 1Co 11,25) ? Et d’après la conception de l’époque (cf. Lv 17,11), que recevront donc tous ceux et celles qui accepteront d’être les heureux bénéficiaires de cette offrande du Christ, de ce sang versé pour eux (cf. Jn 6,53‑58) ? Et comment tout cela se mettra-t-il très concrètement en œuvre au plus profond de notre être (cf. Jn 6,63 TOB ; Ga 5,25) ?

            Redire la mission universelle de Jésus avec les termes exprimés en Jn 17,2 ; qui sont « ceux que tu lui as donnés » d’après Jn 6,44 ; 6,65 et 17,6.9, en se souvenant du double sens de « venir à Jésus » (cf. le parallèle de Jn 6,35) ? D’après Jn 6,44, quelle attitude de l’homme apparaît alors primordiale pour que Jn 17,2 puisse s’accomplir (le contraire apparaît à la fin de chacun des versets suivants : Ep 2,2 ; 5,6 ; Col 3,6) ?

            Remarquons enfin que les versets 1 à 5 sont construits en inclusion, et l’on retrouve avec cette disposition une phrase célèbre de St Irénée (2° siècle ap JC)…

                        A – Glorifie ton Fils

                                   B – afin que le Fils te glorifie…                           « La Gloire de Dieu,

                                               C – afin qu’il donne la vie éternelle…    c’est l’homme vivant ».

                                   B’ – je t’ai glorifié…

                        A’ – Glorifie-moi, Père…

 

Deuxième partie : la prière de Jésus pour ses disciples (Jn 17,6-23)

 

  1. a) Rappel du cheminement des disciples (Jn 17,6-10)

 

            Nous retrouvons au tout début la mission première de Jésus : faire connaître le Père. Nous allons suivre les différentes étapes qui permettent d’atteindre ce but :

1 – Qui est le premier à agir et que fait-il (cf. Jn 17,6 ; Jn 6,44 ; 6,65) ?

2 – Que fait alors Jésus d’après Jn 17,8 ?

3 – Mais alors même que Jésus agit ainsi, quel Don vient frapper à la porte du cœur de ceux et celles qui l’écoutent avec bonne volonté (cf. Jn 3,34[1]) ?

4 – Grâce à ce Don, que pourront d’ailleurs dire tous ceux et celles qui l’ont accueilli (cf. deuxième moitié de 1Co 12,3 ; Jn 9,38) ?

5 – Où ce Don se trouve-t-il au même moment en Plénitude (cf. Lc 4,1).

6 – Et quel est Celui qui permet qu’il en soit ainsi de toute éternité ( à la lumière du lien établi en Jn 6,63 ; Rm 8,2 ; 8,6 (TOB) ; fin de 2Co 3,6 ; Ga 5,25 ; fin de Ga 6,8 ; fin de 1P 3,18 ; fin de 1P 4,6 ; Ap 11,11 ; ‚ les conséquences sont décrites en Jn 5,26 ; première moitié de Jn 6,57) ?

7 – Que permet aussi ce Don au cœur des disciples (1Co 2,12) ? Noter ce verbe qui intervient en ce verset mais aussi en Jn 17,3 et Jn 17,7

            Récapitulons : Par leur … (4)…, les disciples de Jésus ont reçu … (3)… en accueillant … (2)… que Jésus leur a données. … (3)… leur a permis alors de … (7) … que ce même … (3)… se trouve aussi en plénitude en … (5)… grâce à … (6)… C’est ainsi, dit Jésus, « qu’ils ont connu que tout ce que tu m’as donné vient d’auprès de toi » (Jn 17,7), et « qu’ils ont connu vraiment que je suis venu d’auprès de toi » (Jn 17,8)…

            Et pourquoi Jésus peut-il dire maintenant : « je suis glorifié en eux » ; que reconnaît-il à son tour en eux ?

  1. b) Prière de Jésus pour ses disciples (Jn 17,11-19)

                        Première intention (Jn 17,11-13)

             Dans la Bible « le Nom » renvoie au Mystère même de Celui qui le porte… Ici, pour Dieu, il renvoie à ce que Dieu est en Lui-même… Or, que peut-on en dire d’après Jn 4,24 ? En Jn 17,11, Jésus évoque d’ailleurs ce « Nom que tu m’as donné » ; à la lumière de Jn 4,24, que donne donc le Père au Fils de toute éternité ? Et c’est ainsi que le Fils est « engendré, non pas créé, de même nature que le Père. Il est Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu »… Quel mystère vivent alors le Père et le Fils, depuis toujours et pour toujours ? Comment St Jean en parle-t-il en Jn 10,30 ? Or, quel est justement le Don que Jésus, l’envoyé du Père, est venu nous communiquer (Ac 2,38 ; 10,45 ; 1Th 4,8) ? Ainsi, on peut dire que Jésus est venu donner aux hommes ce « Nom » qu’il reçoit de son Père de toute éternité… C’est comme cela qu’il nous le fait « connaître » (Jn 17,26), en nous le communiquant… Le Catéchisme de l’Eglise Catholique écrit ainsi (& 460) : « Le Verbe s’est fait chair pour nous rendre « participants de la nature divine » (2 P 1,4) : « Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu » (St. Irénée). « Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu » (St. Athanase). « Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu » (S. Thomas d’Aquin). »

Si ce Don est effectivement reçu par les disciples de Jésus, que vivront-ils alors à leur tour d’après la fin de Jn 17,11 ? Avec cette prière, « Père, garde les dans ton Nom », que demande en fait Jésus à son Père ? Mais il connaît bien la faiblesse des hommes : qu’est-ce qui permettra en fin de compte à cette demande d’aboutir (cf. Lc 1,50.54.78 ; Rm 9,16 ; 15,9 ; 2Co 1,3 ; Ep 2,4 ; 1Tm 1,16 ; Tt 3,5 ; Hb 4,16 ; 1P 1,3 ; 2,10 ; Jude 1,21) ? Encore faut-il bien sûr que nous acceptions, jour après jour, de tout lui offrir… Et quel est le seul but que Jésus poursuit en priant ainsi pour eux (cf. Jn 17,13) ?

 

                       Deuxième intention (Jn 17,14-16

             Le mot « monde » en Jn 17,14 et 17,16 a le même sens qu’en Jn 12,31 ; 14,30 et 16,11… Quelle difficulté Jésus souligne-t-il en Jn 17,14 (cf. Jn 15,18-16,4 ; Mc 10,29‑30 ; Mt 10,17-25) ? Et que demande-t-il pour ses disciples ? Que retrouve-t-on (cf. Mt 6,13) ? Comme toujours, inspiré par l’Esprit Saint (cf. Rm 8,26-27), Jésus demande à Dieu ce qu’il veut faire pour chacun d’entre nous : voir Jn 12,46 avec 8,12 ; Ac 26,17-18 ; Col 1,12-14

Les disciples seront-ils donc préservés de toute épreuve ? Mais qu’est-ce que Jésus leur avait déjà promis (cf. Jn 16,33 avec Mt 28,20) ? Nous sommes ici au cœur de la Bonne Nouvelle. Nous pouvons en effet relire 2Co 1,3-7 : «  Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, (4) qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous‑mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. (5) De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation. (6) Sommes-nous dans la tribulation ? C’est pour votre consolation et salut. Sommes-nous consolés ? C’est pour votre consolation, qui vous donne de supporter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons, nous aussi. (7) Et notre espoir à votre égard est ferme : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation»

Et la Bible de Jérusalem donne en note : « La consolation est annoncée par les prophètes comme caractéristique de l’ère messianique (Is 40,1) et devait être apportée par le Messie (Lc 2,25). Elle consiste essentiellement dans la fin de l’épreuve et dans le début d’une ère de paix et de joie (Is 40,1s ; Mt 5,5). Mais, dans le NT, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance, (2 Co 1,4‑7 ; 7 4 ; cf. Col 1,24). Cette consolation n’est pas reçue passivement, elle est en même temps réconfort, encouragement, exhortation (même mot grec paraklèsis). Sa source unique est Dieu (2 Co 1,3-4) par le Christ (2 Co 1,5), et par l’Esprit (Ac 9,31), et le chrétien doit la communiquer (2 Co 1,4.6 ; 1 Th 4,18). Parmi ses causes, le NT cite : le progrès de la vie chrétienne, (2 Co 7,4.6.7), la conversion (2 Co 7,13), l’Ecriture (Rm 15,4). Elle est source d’espérance (Rm 15,4).

            Dans sa deuxième Lettre aux Corinthiens, Paul insiste constamment sur la présence de réalités antagonistes, voire contradictoires, dans le Christ, l’apôtre et le chrétien : souffrance et consolation (1,3-7 ; 7,4) ; mort et vie (4,10-12 ; 6,9) ; pauvreté et richesse (6,10 ; 8,9) ; faiblesse et force (12,9-10). C’est le mystère pascal, la présence du Christ ressuscité au milieu du monde ancien de péché et de mort (1 Co 1-2). »

            Et puisque Dieu est « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13 ; 17,13), c’est-à-dire Source d’Esprit Saint (cf. Jn 7,37‑39), la prière est avant tout ouverture du cœur, accueil de cette Eau Vive et donc de l’Esprit qui sanctifie… L’Esprit donné s’unit en effet à celui ou celle qui accepte de le recevoir et le transforme ainsi en Lui… Christ Ressuscité apparaît alors, par la Présence de son Esprit donné gratuitement dans nos cœurs, au milieu du monde ancien de péché et de mort dont nous faisons tous partie, car nous sommes tous des êtres blessés par le mal, d’une manière ou d’une autre…

 

                        Troisième intention (Jn 17,17-19)

             Littéralement, Jésus demande : « Sanctifie-les dans la vérité »… Quel principe retrouvons-nous ici (cf. Ex 31,13 ; Lv 21,8 ; Ez 20,12 ; 37,28 ; 2Mac 1,24-25 ; 1Th 5,23‑24), comment s’accomplit-il (cf. Rm 15,16 ; 1Co 6,11 ; 2Th 2,13) et quelle attitude réclame-t-il de nous (1P 1,22 ; Jn 3,21 ; 2Co 7,1) ? Et la vérité de notre misère rencontrera la vérité de la Miséricorde qui nous sanctifiera par le Don de l’Esprit de Vérité. Il s’agira ensuite, jour après jour, de lui obéir pour avancer à la suite du Christ, sur le Chemin de la Vérité qui conduit à la Vie (Jn 14,6)… Pourquoi d’ailleurs, après avoir dit « sanctifie-les dans la vérité », le Christ déclare-t-il juste après : « ta parole est vérité » (cf. Jn 3,34 dans la traduction de la Bible de Jérusalem vue précédemment, puis Jn 15,3 ; même idée supposant une logique semblable en 1Tm 4,5[2]) ? Et le Fils obéira de tout cœur et jusqu’au bout à la vérité (cf. Jn 18,37) pour que, par son offrande, le projet du Père s’accomplisse : que nous soyons sanctifiés dans la vérité… De quoi, d’après Jn 17,18, cette œuvre de Dieu sera ensuite le fondement ? En effet, que devront faire par la suite les disciples (cf. Lc 24,48 éclairé par le verset précédent ; Ac 1,8 ; 5,32) ?

 

                        Quatrième intention

             Jésus envoie ses disciples dans le monde comme Lui-même fut envoyé dans le monde (Jn 20,21). Et il prie maintenant pour tous les nouveaux disciples que feront ses disciples, c’est-à-dire pour l’Eglise, jusqu’à la fin des temps…

            Quelle fut l’activité missionnaire par excellence de Jésus (cf. Jn 17,8 ; Lc 4,15.31 ; 5,3 ; 6,6 ; 13,10 ; 20,1…) ? Celle des disciples d’après Jn 17,20 sera-t-elle différente ? De quelle Parole Jésus s’est-il fait le Serviteur (Jn 17,8 ; 3,34 ; 7,16-17 ; 8,26.28.40 ; 12,49-50 ; 14,10.24 ; 15,15) ? De quelle Parole ses disciples seront-ils les serviteurs (cf. Mt 28,18-20) ? Et qui les aidera dans cette tâche (cf. Jn 14,26 ; 1Co 2,13) ? Et quel est le but final recherché (cf. Jn 17,21 ; 11,49-52 ; Ep 1,9-10 ; 2,18) ? Et par quel moyen tout ceci se réalisera-t-il (Ep 4,3 ; 2Co 13,13) ? En quel autre terme pourrait-on en parler d’après le parallèle entre Jn 4,24 et 1Jn 1,5 ? Que se passera-t-il alors dans les ténèbres de ce monde ? Et quel en sera le résultat pour tous ceux et celles qui accepteront de le reconnaître (fin de Jn 17,21 ; deuxième moitié de Jn 17,23) ? A la même question, Mt 5,16 apporte une réponse différente, laquelle ? Que retrouvons-nous ainsi indirectement (cf. Jn 10,30 ; 14,9) ? Si « le monde » atteint ce but décrit à la fin de Jn 17,21, qu’en sera-t-il pour lui (cf. j Jn 6,47 ; 20,31 ; k et donc Jn 3,16-18 ; 1Tm 2,3-6) ? Si toute la mission de Jésus est résumée en Jn 17,2 et la fin de Jn 4,42, quelle ne peut qu’être la mission de l’Eglise ? Et avec elle et par elle, qui continue d’agir (cf. Mc 16,20 ; 2Co 2,14-15 ; 5,20 ; 1Co 3,5-9) ?

            Et d’ailleurs, nous retrouvons cette dernière réponse dans la logique même de Jn 17,20-23. En effet, en Jn 17,20-21 qui agit et en donnant « quoi » pour que « le monde croie » que le Père a envoyé le Fils ? Et en Jn 17,22-23, qui agit et en donnant « quoi » pour que « le monde reconnaisse » que le Père a envoyé le Fils ? Les deux actions sont donc simultanées… Nous retrouvons en fait la dynamique même de la mission de l’Eglise. En effet, ce n’est qu’animée par l’Esprit Saint qu’elle peut rendre témoignage au Christ (Ac 1,8 ; 1Co 2,13 ; 1Co 12,7-8). Or, la Gloire de Dieu n’est que la manifestation, d’une manière ou d’une autre, de ce que Dieu est en Lui-même. Il n’existe donc pas de « Gloire de Dieu » sans la nature divine qui en est comme la source. Donner la gloire, c’est donc donner la nature divine… Or Dieu est Esprit (Jn 4,24). Quand l’Eglise, au fil des siècles, donne au monde la Parole du Fils, Celui-ci, au même moment, lui donne l’Esprit pour lui permettre d’accomplir sa mission. Or cet Esprit est aussi « Lumière » (1Jn 1,5)… Le monde est ainsi invité à « voir », à « reconnaître » cette Présence qui habite l’Eglise. La démarche est alors la même que celle des disciples de Jésus qui étaient invités à « voir », à « reconnaître » (Jn 6,40 : « Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » Et la Bible de Jérusalem explique en note : « “ Voir ” le Fils, c’est discerner et reconnaître qu’il est réellement le Fils envoyé par le Père, cf. 12,45 ; 14,9 ; 17,6 ».) cette même Présence qui l’habitait en Plénitude, signature de ce Mystère de Communion qui l’unit au Père dans l’unité d’un même Esprit. Et ce « voir » qui est un don de Dieu, car nul ne peut voir la Lumière sans la Lumière (Ps 36(35),10), débouche alors sur un « croire » (Fin de Jn 17,21, et deuxième moitié de Jn 17,23)… St Paul dit la même chose quand il présente l’Eglise comme « le Corps du Christ »… « Voir » l’Eglise vivante rassemblée par sa foi au Christ dans l’unité d’un même Esprit, c’est comme « voir » le Christ uni à son Père dans l’unité de ce même Esprit…

            Et d’après la fin de Jn 17,23, quelle est la seule réalité qui rend possible cette aventure ? Et « qui » la met en œuvre ? En se souvenant de ce principe de Ste Thérèse de Lisieux, pris au pied de la lettre pour Dieu, « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même », noter la comparaison établie en cette fin de Jn 17,23. Qu’implique-t-elle pour les disciples de Jésus (¯)?

Conclusion : prière ultime pour tous…

 

            Cette conclusion est constituée de deux parties : Jn 17,24 et Jn 17,25-26 ; comment chacune d’entre elles commence-t-elle et se termine-t-elle ? Comparer la fin de chacune de ces deux parties, et la fin du verset qui précède immédiatement Jn 17,24-26 ; conclusion : dans quel contexte doit être placée toute l’aventure humaine, depuis sa création jusqu’à la fin ? Et que sommes-nous tous appelés à vivre (cf. ¯) ?

            D’après Jn 3,13-17 ; 4,13-14 ; 4,42 ; 6,39-40.45 ; 11,25-26 ; 12,46 ; 18,37, « qui » sont ceux que le Père a donnés au Fils pour les sauver ? Mais cette base étant établie, quelle autre démarche est maintenant nécessaire (cf. Os 11,7 ; Mi 6,3 ; Jn 1,11-12) ? Et qu’est-ce que Jésus « veut » de toutes les fibres de son être ? Conclusion à la lumière de Ps 115(113B),3 ; 135(134),6 et de Lc 15,4-7 ; Jn 14,1-4… Cette volonté du Fils, qui est bien sûr la même que celle du Père (1Tm 2,3-6), est à l’origine du Mystère de la Création : Dieu nous a tous en effet créés pour que nous participions à la Plénitude de sa vie : « Tu peux manger à satiété de tous les arbres du jardin », et notamment de « l’arbre de vie » planté « au milieu du jardin » (Gn 3,16 et 3,9), symbole de la vie éternelle, précise la Bible de Jérusalem en note… Et si l’homme a perdu la Plénitude de cette vie par sa désobéissance, la volonté de Dieu, elle, n’a pas changé : et il a envoyé son Fils dans le monde pour nous donner gratuitement, par amour, ce que nous avions perdu par suite de nos fautes (cf. Rm 6,23 ; Jn 10,10 ; Ep 2,1-10)… Il s’est fait chair, il a vécu notre vie d’homme, il a souffert, il est mort et ressuscité pour cela : nous donner la Plénitude de sa Vie… Et maintenant, c’est par l’Eglise qu’il veut continuer sa Mission. Toute la prière de Jn 17, juste avant sa Passion et sa Résurrection, est orientée en ce sens. Retrouver cette « dynamique de fond » en reprenant tous « les cœurs » ou toutes « les conclusions » des différentes parties de cette prière (voir mouvement littéraire en fin de document ; Jn 17,2 ; 17,6 (en se souvenant de Jn 3,34 vu précédemment, d’où Jn 6,68-69) ; 17,11 et 17,14 pour le bon accomplissement de 17,18 dont le but est la fin de 17,21 et 17,23 ; alors 17,24 et la fin de 17,26 pourra être vraiment vécu !).

            Alors, « que ta volonté soit faite » (Mt 6,10) : première moitié de Jn 17,24 et deuxième moitié de Jn 17,26… Et cela « sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10), car ce Mystère de communion avec Dieu commence dès maintenant, sur la terre, par la foi et dans la foi… Mais là, « on ne voit bien qu’avec les yeux du cœur » (Antoine de St Exupéry)… Et, disait Jésus à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ; bien des prophètes et des rois ont voulu le voir et ne l’ont pas vu » (Mt 13,16-17). Oui, « heureux », dès maintenant, « ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jn 20,29)…

Jacques Fournier

Jean 17 : la Prière de Jésus pour la Vie du monde…

(1)       Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :

Jésus prie son Père pour qu’il puisse accomplir jusqu’au bout sa mission…

A – « Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils,

B – afin que ton Fils te glorifie

(2)                                         C – et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair,

   il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés !

(3)                                               Or, la vie éternelle,

           c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu,

et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

(4)                              B’ – Je t’ai glorifié sur la terre,

en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire.

(5)                  A’ – Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi

de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde.

Rappel du cheminement de ses disciples

(6)                  A – J’ai manifesté ton Nom aux hommes,

que tu as tirés du monde pour me les donner.

Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole.

(7)                              B – Maintenant ils ont (re)connu

que tout ce que tu m’as donné vient de toi ;

(8)                                   C – car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données,

           et ils les ont accueillies

B’ – et ils ont vraiment (re)connu que je suis sorti d’auprès de toi,

et ils ont cru que tu m’as envoyé.

(9)                  A’ – C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde,

mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi,

(10)                            et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi,

et je suis glorifié en eux.

Première intention de prière pour eux

(11)                A – Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde,

et moi, je viens vers toi.

B –       Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné,

C – pour qu’ils soient un comme nous.

(12)                            B’ –     Quand j’étais avec eux,

je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné.

J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu,

sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie.

(13)                A’ – Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde,

afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète.

Deuxième intention de prière pour eux

(14)                A – Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs,

           parce qu’ils ne sont pas du monde,

comme moi je ne suis pas du monde.

(15)                            B – Je ne te prie pas de les enlever du monde,

mais de les garder du Mauvais.

(16)                A’ – Ils ne sont pas du monde,

comme moi je ne suis pas du monde.

Troisième intention de prière pour eux

(17)                A – Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.

(18)                            B – Comme tu m’as envoyé dans le monde,

moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.

(19)                A’ – Pour eux je me sanctifie moi-même,

afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.

Quatrième intention pour les disciples que feront les disciples…

(20)                A – Je ne prie pas pour eux seulement,

mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi,

(21)                            B – afin que tous soient un.

C – Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi,

qu’eux aussi soient en nous,

D – afin que le monde croie que tu m’as envoyé.

(22)                A’ – Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée,

B’ – pour qu’ils soient un

(23)                                        C’ – comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi,

afin qu’ils soient parfaits dans l’unité,

D’ – et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé

et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.

Conclusion : prière ultime pour tous…

(24)    I – Père, ceux que tu m’as donnés,                                                           (17,6.9)

je veux que là où je suis,                           (Auprès de toi 17,5.8(11.13) ; en toi 17,21)

eux aussi soient avec moi,

           afin qu’ils contemplent ma gloire,

que tu m’as donnée                                                                                    (17,5.22)

parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.             (17,23)

(25)    II – Père juste, le monde ne t’a pas connu,

mais moi je t’ai connu

et ceux-ci ont (re)connu que tu m’as envoyé.                                       (17,3.7-8)

(26)    Je leur ai fait connaître ton nom                                                             (17,6)

et je le leur ferai connaître,

pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. »       (17,23)

[1] Jn 3,31-34 : « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous ; celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre. Celui qui vient du ciel (32) témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l’accueille. (33) Qui accueille son témoignage certifie que Dieu est véridique ; (34) en effet, celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure. »

[2] Et puisque Dieu est « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13 ; 17,13), c’est-à-dire Source d’Esprit Saint (cf. Jn 7,37‑39), la prière est avant tout ouverture du cœur, accueil de cette Eau Vive et donc de l’Esprit qui sanctifie… L’Esprit donné s’unit en effet à celui ou celle qui accepte de le recevoir et le transforme ainsi en Lui…

Correction de la fiche 28 :

CV – 28 – Jn 17 Correction

 

 




Fiche N°29 : La Passion de Jésus (1) : Jn 18,1-19,16.

Jésus se laisse arrêter (Jn 18,1-11)

 

            Jésus avait une mission : laquelle d’après Jn 1,18 et Jn 17,6, en se souvenant que le nom, dans la Bible, renvoie à l’identité profonde de celui qui le porte et dit « quelque chose » de son Mystère ? Préciser la réponse précédente avec 1Jn 4,8 et 1Jn 4,16. Si Dieu est ainsi, quelle est donc, envers et contre tout, son unique attitude vis-à-vis des hommes qu’il a créés (cf. Jr 24,6 ; 32,40‑41 ; 33,9) ? Jésus sera fidèle à cette mission jusqu’au bout… « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs ». Il va « beaucoup souffrir » de leur part, « être rejeté, tué » (Mt 26,45 ; Mc 8,31), mais face à toute cette violence, cette méchanceté, cette cruauté, Jésus ne répondra que par l’amour. Il ne cessera d’aimer ceux qui lui font tant de mal, ne cherchant et ne désirant que leur bien le plus profond… La Passion est ainsi le sommet de la Révélation du Mystère de ce Dieu Amour qui, de toute éternité, n’est qu’Amour et recherche continuelle du bien le plus profond de tous les hommes qu’il aime, quels qu’ils soient…

            « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux). Retrouver ce principe pour Jésus en Jn 15,13 et Rm 5,6-8. Et quels sont « ses amis » d’après Jn 3,16‑17 ? Mais si Dieu est, depuis que le monde existe, « ami des hommes » (Sg 1,6 ; 7,23), ami de tous les hommes, quels qu’ils soient, toute amitié, pour être réellement vécue, demande, espère, implore la libre réciprocité… Voilà donc tout ce que Dieu attend de nous : reconnaître son Amour indéfectible et sans réserve, l’accepter, l’accueillir, et lui répondre dans le même registre. « Ses disciples » ont commencé à le faire (1Jn 4,19), une réponse que Dieu désire et attend de tout homme…

            La Passion sera donc le sommet de la révélation de Dieu « Amour ». Telle était toute la mission de Jésus. Il lui sera fidèle jusqu’au bout, non sans difficultés ni combats (Lc 22,39-46), ce qui nous montre une fois de plus, et à quel point, il était humain ! A tout ce mal que les pécheurs lui feront, et quel mal, il ne répondra que par l’Amour, et la recherche continuelle de leur bien, acceptant de mourir sur une croix pour qu’un jour, ils soient tous sauvés, s’ils l’acceptent !

            Cette attitude demande une force qui dépasse nos capacités humaines… Jésus l’implora de son Père : qu’il soit fidèle jusqu’au bout à manifester que « Dieu est Amour » et qu’Il n’Est qu’Amour… « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » (Jn 17,1 ; cf. Jn 12,27-28) en ne répondant au mal que par l’Amour et la recherche continuelle du Bien de tous, et notamment de ceux qui le tueront… Et de fait, une fois ressuscité, que se proposera-t-il de faire à leur égard (cf. Ac 3,25-26) ?

            Marie, la Mère de Jésus, ne vivra pas la Passion… Mais elle sera « auprès de la Croix de Jésus » (Jn 19,25), toute proche, le soutenant par sa prière, son acceptation, son offrande, par amour de Dieu et des hommes… « Toi-même, une épée te transpercera l’âme », lui avait annoncé Syméon, prophète en cet instant, lui « sur » qui « reposait l’Esprit Saint » (Lc 2,35 ; 2,26). Ce qui nous est dit ici sur Marie, peut nous aider à percevoir, tant soit peu, ce que Dieu le Père a vécu en son cœur… Et il l’a accepté par amour pour tous les hommes… « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16).

            « De l’autre côté du torrent du Cédron, il y avait là un jardin dans lequel Jésus entra ainsi que ses disciples »… St Jean ne nomme pas le jardin où il se rend ; quel est-il d’après les autres évangiles (Mt 26,36 ; Mc 14,32) ? D’après Jn 18,4, est-ce que ce sont les soldats qui viennent vers Jésus et mettent la main sur lui ? Que se passe-t-il en réalité (cf. Jn 10,17-18 : « Je dépose ma vie, pour la recevoir. Personne ne me l’enlève ; mais je la dépose de moi-même. J’ai pouvoir de la déposer et j’ai pouvoir de la recevoir de nouveau ; tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. »). Et quelle en est la raison profonde (1 – Jn 14,31 ; 2 – Jn 13,1) ?

            Souvenons-nous… Au tout début de son ministère terrestre, deux disciples de Jean-Baptiste s’étaient mis à suivre Jésus. Que leur avait-il demandé (cf. Jn 1,38) ? Et il leur avait répondu : « Venez et voyez », c’est-à-dire, dans le vocabulaire de St Jean, « croyez » et « posez sur moi un regard de foi » qui vous permettra de reconnaître que « je suis dans le Père et que le Père est en moi » (Jn 14,10-11), « un » avec le Père (Jn 10,30), uni au Père dans la communion d’un même Esprit (Jn 4,24), d’une même Lumière (1Jn 1,5), d’un même Amour (1Jn 4,8.16)…

            Jésus est donc « l’Unique Engendré » du Père (Jn 1,14 ; 1,18 ; 3,16 ; 3,18), « le Fils bien-aimé » du Père (Mt 3,17 ; 12,18 ; 17,5 ; cf. Jn 3,35 ; 5,20 ; 10,17 ; 15,9 ; 17,23-26), « le Fils de Dieu » (Jn 1,49), Celui qui est auprès du Père avant tout commencement (Jn 1,1-2). Et à la fin de son ministère, Jésus pose une question semblable, mais cette fois à ceux qui viennent l’arrêter (Jn 18,4). Et que répondent les gardes ? Quel est en fait le contenu de leur réponse (cf. Jn 6,42 ; Mt 13,53-58 ; Mc 6,1-6) ? Et Jésus, lui, que répond-il ? Derrière nos traductions, qui tiennent compte du contexte relationnel dans lequel Jésus s’exprime, quel grand Mystère s’offre en fait aux gardes (se souvenir de Jn 4,26 ; 6,20 ; 8,24 ; 8,58 ; Ex 3,14) ? Et combien de fois cette expression intervient-elle dans notre passage (Se souvenir que le chiffre « trois » dans la Bible renvoie souvent à Dieu en tant qu’il agit) ? On peut supposer qu’en cet instant, au moment où Jésus prononçait ces paroles, « quelque chose » de l’épisode raconté en Mc 9,2-8 s’est réalisé pour ces gardes ; un élément supplémentaire, allant dans le même sens, leur est d’ailleurs offert en Jn 18,6 : quel est-il et que signifie-t-il ? Mais pour reconnaître ce Mystère, quel regard doivent-ils porter sur Jésus (cf. Jn 6,40 avec la note de la Bible de Jérusalem : « “ Voir ” le Fils, c’est discerner et reconnaître qu’il est réellement le Fils envoyé par le Père, cf. Jn 12,45 ; 14,9 ; 17,6 » ; situation semblable en Jn 9,35-38) ? Mais que suppose en fait ce regard (De tout cœur : 1Is 45,22 ; 2Mt 3,2 ; 4,17 ; Ac 2,38 ; 3,19 ; 17,30 ; 20,21 ; 26,20Ap 2,21 ; 16,9-11 ; 3Ac 16,14 ; 14,27) ? Et si tel est le cas, puisque Dieu est tel qu’il est décrit en Jr 2,13 et 17,13 lu avec Jn 7,37-39, que se passera-t-il aussitôt (cf. Lc 1,15 ; 1,40 ; 1,67 ; 4,1 ; Ac 2,4 ; 4,8) ? Et en mettant ensemble Jn 4,24 et 1Jn 1,5, qu’est-ce qui pourra alors être vécu (cf. Ep 1,18 ; Ps 36(35),10) et donc affirmé (cf. 1Co 12,3) ? Mais ces gardes ouvrent-ils leur cœur à Dieu et au témoignage qu’il ne cesse de rendre à son Fils par l’Esprit Saint (Jn 15,26 ; 1Jn 5,5‑12) ? Et pourtant, que se passera-t-il encore par la suite (Jn 18,10) d’après Lc 22,50-51 ? Si autrefois leur cœur s’était entrouvert, s’ils avaient perçu « quelque chose » de son Mystère, s’ils n’avaient pas pu alors l’arrêter (Jn 7,45-47), maintenant, hélas, « son heure est venue » (Jn 7,30 ; 8,20 ; 12,23-24.27 ; 13,1 ; 17,1)… Ils vont mettre la main sur lui (Mt 26,50), se saisir de lui, l’arrêter et l’emporter… Mais ce ne sont pas les pécheurs qui, à travers Jésus, mettent la main sur Dieu… C’est Dieu qui se donne à eux tout entier, pour leur salut…

            Jésus accepte donc la volonté du Père, mais en s’exprimant comme il le fait en Jn 18,11, à quel épisode fait-il allusion (cf. Lc 22,39-44) ? Si St Jean ne rapporte pas « l’agonie de Jésus à Gethsémani », nous constatons une fois de plus qu’il y fait souvent allusion (cf. Jn 12,27-28 ; 14,31 avec Mt 26,46)…

Jésus devant Anne et Caïphe. Reniements de Pierre (Jn 18,12-27).

 

            D’après les tableaux chronologiques de nos Bibles, quand Anne et Caïphe furent-ils « grands prêtres » ?

            Jn 18,14 rappelle Jn 11,45-54. Ainsi, avant même que le procès n’ait commencé, en connaît-on déjà l’issue (∆) ? Et d’après ce dernier texte, pour quel but Jésus accepte-t-il toute cette mascarade (voir aussi Jn 14,1-3 ; 17,24 avec la perspective de Jn 3,16-17 ; 1Tm 2,3-6 ; Ep 1,9-10 ; 2,18 ; 1Th 5,9-10 ; 1Jn 1,1-4) ?

            D’après les notes de nos Bibles, qui est très certainement cet autre disciple nommé en Jn 18,15 (cf. Jn 19,25-27 ; 13,23 ; 20,2 ; 21,7.20) ? Qu’indique sa présence en ce lieu et en une telle circonstance ? Et il fera entrer Pierre qui « se tenait près de la porte, dehors » en disant « un mot à la portière ». Qu’avait dit autrefois ce dernier (cf. Jn 13,37-38 ; Mt 26,30-35 ; Mc 14,26-31) ? En quoi se trompait-il ? Quelle douloureuse expérience fera-t-il par la suite (Mt 26,75 ; Lc 22,62) ? Mais à la lumière de Mc 10,21, que découvrit Pierre dans le regard de Jésus en Lc 22,61 ? En accord avec la prédiction de Jésus en Jn 13,38, combien de fois Pierre déclare-t-il ne pas le connaître en Jn 18,12-27 ? Or, « trois » dans la Bible, est le chiffre de Dieu en tant qu’il agit… Quelle interprétation le symbolisme de ce chiffre apporte-t-il donc à la scène (cf. Lc 1,51-52) ? Qu’apprend donc ici St Pierre (cf. 1P 5,5) ? Or, d’après cette dernière citation, quelle attitude de cœur est absolument nécessaire à l’accueil de cette grâce dont Dieu veut combler tous les hommes ? Quel but Dieu poursuivait-il donc à travers cette épreuve vécue ici par St Pierre ? Et quels fruits portera-t-elle encore en lui d’après 1P 3,8 ; Col 3,12 ; Ep 4,2 ? Noter particulièrement Ph 2,3 ; or, quelle était la vocation à laquelle Pierre était appelée (cf. Mt 16,18-19) ? Et de fait, en quelle position intervient-il dans les Evangiles chaque fois qu’il est nommé avec les autres disciples (cf. Mt 10,2-4 ; Mc 3,16‑19 ; Lc 6,13-16 ; puis Mc 4,18-22 ; Mt 17,1 ; 26,37…) ? Mais, tout en étant à cette place, comment devait-il se comprendre de cœur vis-à-vis de tous (cf. Mt 20,24-28 ; Mc 10,41-45 ; Lc 22,24-27 ; voir aussi Mt 11,11 ; Lc 9,48) ? En effet, « qui » est celui qui se proposait d’agir au cœur de sa vocation pour lui donner de porter du fruit (relire Mt 16,18-19) ? Et ceci est valable pour tous, quelque soit le service que nous pouvons accomplir en Eglise (cf. Jn 15,5)…

            « Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine »… Pourquoi Jésus ne répond-il pas (cf. (∆) ; Jn 8,37.43-47 ; Mt 13,15 ; Ac 7,57) ? Et c’est lui qui va se mettre à interroger le grand prêtre (Jn 18,21) ! Dans ce contexte, à quoi renvoie sa question (cf. Jn 7,51 ; car Jn 3,20 ; et de fait n’oublions pas Mc 11,18 ; et pourtant, les Grands Prêtres et tous les responsables religieux auraient dû être les premiers à mettre en pratique Ex 20,13 !).

Jésus devant Pilate (Jn 18,28-19,16)

 

Ces « autorités religieuses » vont livrer Jésus à Pilate, l’autorité romaine en place. Mais ils ne vont pas entrer dans son palais « pour ne pas souiller »… En effet, quiconque ne pratique pas la Loi est considéré comme un être impur, lequel transmet son impureté à tout ce qu’il touche… C’est pourquoi il fallait pratiquer soigneusement toutes sortes d’ablutions rituelles au retour du marché, car on avait pu, sans la savoir, toucher quelqu’un d’impur… Ils n’entrent donc pas cher Pilate « pour ne pas se souiller ». Nous retrouvons ici un trait de cette « hypocrisie religieuse » dont le cœur n’est en fait qu’une recherche de soi par la mise en pratique des prescriptions religieuses… J’agis bien, donc je suis quelqu’un de bien… Une telle attitude intérieure ne peut que pousser à mépriser tous ceux et celles qui n’agissent pas de la même manière… « Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères… Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers » (Lc 18,11-12). « Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! » (Jn 7,49). Mais, « malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi; c’est ceci qu’il fallait pratiquer, sans négliger cela » (Mt 23,23). « Si vous aviez compris ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné des gens qui sont sans faute » (Mt 12,7). Et ces « guides aveugles » vont condamner Jésus de la même condamnation avec laquelle ils méprisaient tous ceux et celles qui ne pratiquaient pas leurs multiples préceptes « religieux »… « Guides aveugles » car « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16). La seule chose qu’il attend de nous, c’est que nous nous aimions les uns les autres, quelles que soient nos origines, notre couleur de peau, notre condition sociale… Tous les hommes en effet sont d’égales dignité, et Dieu ne regarde pas aux apparences, mais au cœur… La plus grande richesse en cette vie est ainsi faite de toutes les petites attentions et délicatesses que nous pouvons nous porter les uns envers les autres…

Que retrouvons-nous ici en Jn 18,31 (cf. (∆)) ? Mais les Romains avaient retiré aux Juifs le droit de mettre à mort. Si tel n’avait pas été le cas, comment Jésus serait-il mort (cf. Jn 8,59 ; 10,31 ; Ac 7,55-60) ? Mais était-ce ce que prédisaient les Ecritures (cf. Ps 22(21),17-19 : Si le texte hébreu a « comme pour déchiqueter », la traduction liturgique a suivi la traduction latine de St Jérôme (« la Vulgate ») : « Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure. Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement »…) ? Et Jésus les connaissait par cœur (Jn 3,14 ; Mt 21,42 ; 22,29 ; 26,30 ; 26,54 ; Lc 20,42 ; 24,44 ; Jn 5,39)… Il savait donc par quelles mains il allait mourir et de quelle mort (Mt 26,2 ; Lc 24,7), même s’il a découvert toutes les circonstances précises au moment où il les vivait…

            Quel moyen les Chefs d’Israël avaient-ils trouvé pour accuser Jésus auprès des Romains (cf. Jn 19,12) ? Et en effet, s’il en avait bien été ainsi, quel aurait été le motif de sa condamnation (cf. Mc 15,7 ; Lc 23,18) ? Voilà ce que Pilate, responsable de l’ordre public et de la souveraineté de Rome sur la Palestine, va chercher à mettre en évidence ; quelle question pose-t-il donc immédiatement à Jésus (cf. Jn 18,33) ? A nouveau Jésus répond par une question ; et avec elle, que cherche-t-il, lui, à mettre éventuellement en évidence (cf. Jn 1,49-50 tout en se souvenant de Jn 6,44 ; 6,65 ; 1Co 12,3) ? Une réponse personnelle de Pilate aurait alors manifesté sa bonne volonté, son cœur ouvert à la vérité. Dans des circonstances normales, était-ce la peine pour lui de poser une telle question (cf. Jn 2,25) ? A travers cette question à Pilate, que pressentons-nous ici (cf. Jn 12,27 ; 13,21) ? Voilà ce que Jésus vit en cet instant au plus profond de lui‑même, et pourtant, que ne cesse-t-il de désirer pour ses disciples (cf. Jn 14,1.27) ?

            Une fois de plus, Jésus va se montrer fin diplomate… Répond-il directement à la question que lui pose Pilate en Jn 19,35 ? Que lui dit-il aussitôt ? Se présente-t-il comme un éventuel concurrent à l’autorité romaine ? Par contre, que s’était-il passé pour Barabbas (cf. Mc 15,7) ? Et qui finalement sera relâché ? Comble de l’injustice… Noter en passant combien de fois intervient le mot « royaume » dans la réponse de Jésus… Nous sommes ici à la fin de son ministère, et ce même mot était intervenu seulement deux fois auparavant, au tout début de son ministère, en Jn 3,3 et 3,5… A la lumière de Rm 14,17 et de Jn 6,63, redire ce qu’est « le Royaume des Cieux » pour St Jean (cf. 1Jn 1,3).

            Telle est « la vérité » à laquelle Jésus rend témoignage (Jn 18,37), une vérité qui prend sa Source dans le Père, « le seul véritable Dieu » (Jn 17,3), et qui est mise en œuvre dans le Fils (cf. Jn 5,26) par le Don que le Père lui fait de toute éternité de la Plénitude de l’Esprit, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Le Père Est « Dieu », et à ce titre, il « Est Esprit » (Jn 4,24). En donnant au Fils cette Plénitude de l’Esprit qui le constitue, il l’engendre « avant tous les siècles ». Le Fils est ainsi « Dieu Fils Unique » (Jn 1,18), « de même nature que le Père »… Il n’est pas le Père, mais cette même Plénitude de l’Esprit qu’il reçoit du Père depuis toujours et pour toujours le constitue lui aussi « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). Le Fils est ainsi le témoin de cette Communion qu’il vit avec le Père en tant qu’il la reçoit du Père par le Don de « l’Esprit qui vivifie ». Et il nous appelle tous à nous tourner nous aussi avec Lui vers le Père (Jn 1,18 ; Mt 3,2 ; 4,17) pour que nous puissions recevoir nous aussi ce que Lui reçoit du Père : « l’Esprit qui vivifie » et qui, seul, peut combler nos cœurs de la Vie (Jn 10,10), de la Paix (Jn 14,27) et de la Joie même de Dieu (Jn 15,11)… « Dieu Est Esprit », « Dieu est Amour »… « Le fruit de l’Esprit est Amour, Joie, Paix »…

            D’après Jn 18,38, Pilate a-t-il compris que Jésus ne représente aucun danger pour Rome ? Que désire-t-il pour lui ? Cela rejoint-il le désir des autorités d’Israël (∆) ? Pourquoi, à votre avis, Pilate va-t-il faire flageller Jésus ? Et nous retrouvons en cet épisode le motif de condamnation avancé par les autorités juives… Le mot « roi » intervient en St Jean en 1,49 ; 6,15 ; 12,13.15 ; 18,33.37.39 ; 19,3.12.14.15.19.21… En quelle circonstance est-il donc le plus souvent employé ? Conclusion : quand Jésus manifeste-t-il en toute clarté le Mystère de sa Royauté ? Que veut donc dire pour lui « être roi », de quelle royauté parle-t-on (cf. Ps 117(116)) ? Nous allons retrouver cette réponse à travers la présentation que Pilate fait de Jésus en Jn 19,5. A la lumière de Mt 8,17 qui cite Is 52,13-53,12 (cf. Is 53,4 d’une part, et Is 53,5-6.11-12), que voyons-nous ici à travers cet homme meurtri, souffrant, écrasé ? Quelle solidarité Jésus a-t-il donc voulu vivre et pourquoi (cf. 2Co 5,21 ; 1P 2,21-25) ? Voilà ce qu’est pour lui « être roi » et il ne l’est que « pour nous » (Rm 4,24-25 ; 5,8 car 8,31-32 ; 8,34 ; 1Co 1,30 ; 15,3-4 ; 2Co 5,21 ; Ga 1,3-5 ; 3,13 ; Ep 5,2 ; 1Th 5,9-10 ; Tt 2,11-14)… Sa résurrection manifestera sa victoire totale et définitive, une victoire qu’il veut mettre en œuvre dans notre vie (cf. Ap 2,7.11.17.26 ; 3,5.12.21 ; 21,6-7) si nous acceptons de nous abandonner entre ses bras tels que nous sommes, faibles, fragiles, pécheurs, blessés… Alors s’accomplira « pour nous » Jn 1,4-5 ; 16,33 ; Rm 5,20 ; 6,23 ; 8,35-39 ; 2Co 2,14 ; Ep 2,4-10 ; 1Jn 2,13‑14 ; 4,4 ; 5,3‑5 ; Ap 12,10-12 ; 17,14…

            Noter la condamnation portée par les autorités juives à Jésus en Jn 19,7 ; est-elle exacte (cf. Jn 8,54-55 ; 12,28 ; 3,16-18.35-36 ; 5,19-20 ; 5,21-23.26-27 ; 6,27.40 … et aussi Jn 1,49 ; noter aussi comment Jésus parlait de lui-même en Jn 1,51 ; 3,13-14 ; 8,28… une expression que nous pourrions tous reprendre à notre compte comme Ezéchiel : Ez 2,1.3.6.8…) ? Pilate posera alors en Jn 19,9 « la » question centrale de l’Evangile… La Bible de Jérusalem donne en note : « C’est-à-dire non pas : “ de quel pays es-tu ? ” mais : “ quelle est ta mystérieuse origine ? qui es-tu ? ”. Après les gens de Cana, 2,9, la Samaritaine, 4,11, les apôtres, la foule, 6,5, les chefs juifs, 7,27s ; 8,14 ; 9,29s, Pilate se trouve lui aussi face au mystère de Jésus, 16,28 ; 17,25, sujet de tout l’évangile »… Et pourquoi Pilate a-t-il en cet instant « pouvoir » sur Jésus (cf. Jn 8,20 ; se souvenir de Jn 18,6 et pourtant 18,12) ? A nouveau Pilate cherche à le relâcher… A nouveau, l’accusation de « se faire roi » lui est lancée… Mais la haine se déchaîne, poussant les autorités juives à aller jusqu’à la reconnaissance de l’autorité romaine, et donc celle de Pilate (Jn 19,15)… Le reste lui importe peu… « Alors il le leur livra pour être crucifié »…

D. Jacques Fournier.

 

Correction de la fiche N° 29

CV – 29 – Jn 18,1-19,16 Correction




Fiche N° 30 : La Passion de Jésus (Jn 19,16-42)…

Le crucifiement (Jn 19,16-22)…

            « Alors, il (Pilate) le leur livra pour être crucifié »… Mais ce n’est pas Pilate qui « livre » Jésus… Plus profondément, c’est le Père qui le livre, au sens où il le donne aux pécheurs, par amour des pécheurs et pour leur salut, « Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous » (Rm 8,32). Nous l’avons vu précédemment : « Un glaive te transpercera le cœur » (Lc 2,35). Combien cette parole, adressée par Syméon à Marie, la mère de Jésus, est-elle valable elle aussi pour son Père, à un degré dont nous n’avons pas conscience puisque nous parlons ici d’une Personne divine dont l’Amour Eternel est infini… Le Père « donne » ainsi son Fils : « Le Pain qui vient du ciel, le Vrai, c’est mon Père qui vous le donne… Je Suis le Pain de Vie » (Jn 6,32-35). C’est donc le Père qui donne son Fils aux hommes, pour leur salut, et en le donnant, il lui donne de pouvoir se donner… Souvenons-nous : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne » et si Jésus la donne, c’est qu’il a « pouvoir de la donner » (Jn 10,18), un pouvoir qu’il a reçu de son Père… « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » (Jn 17,1)… Et Jésus, de son côté, adhère totalement et de tout cœur à ce désir du Père de « sauver le monde » (Jn 3,16-17)… Le Père se donnera ainsi tout entier au Fils, pour lui donner de pouvoir se donner, et le Fils, porté par le Père, se donnera tout entier aux hommes, pour leur salut… Il va accepter de mourir de leurs mains, dans des souffrances atroces… Et alors même qu’il y sera plongé, il ne cessera de dire à ceux-là mêmes qui le tuent : « Je vous aime… Ce que vous me faîtes ne m’empêche pas de vous aimer… Si vous agissez ainsi, vous qui avez été créés « à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,27-27), un Dieu qui n’Est qu’Amour (1Jn 4,8.16), c’est que vous êtes profondément, spirituellement, malades… Et je ne cesserai pas de désirer votre guérison, de m’offrir pour elle, en un mot, de vous aimer. » Car, habités pour l’instant par la haine, ils ne peuvent participer à cette Plénitude de l’Amour qui est tout en même temps Paix, Vie, Joie et donc Bonheur indescriptible… Qu’ils puissent passer de la haine à l’Amour, de la mort, au sens de privation de la Plénitude de Vie, à cette Plénitude, de la tristesse à la Joie, la Joie même de Dieu (Jn 15,11), tel est tout le sens de l’offrande du Christ sur la Croix… Accepter de telles souffrances, indescriptibles, pour le bien même de ceux qui vous les affligent, et cela jusqu’à en mourir… Existe-t-il une révélation de l’Amour qui pourrait être plus forte ? « Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis » (Jn 15,11). Et Dieu appelle tout homme « son ami », jusqu’à Judas (Mt 26,50)… « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit ? Cesse-t-elle de montrer sa tendresse au fils de ses entrailles ? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains » (Is 49,15-16), une prophétie qui prendra tout son sens avec le Christ crucifié… Ses poignets transpercés l’ont été pour nous… Il a vécu tout cela pour nous, et Il Est Dieu ! Peut-il exister une offrande plus grande ?

            Par amour des hommes, « le Père a donc livré son propre Fils pour nous tous » (Rm 8,32), et par amour du Père et des hommes, le Fils « s’est livré lui-même pour nos péchés afin de nous arracher à ce monde actuel et mauvais, selon la volonté de Dieu notre Père » (Ga 1,4)… Il s’est ainsi « livré en rançon pour tous » (1Tm 2,6)… Oui, « le Christ vous a aimés, et il s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur » (Ep 5,2)… Et St Paul acceptera, avec joie, d’être l’heureux bénéficiaire de cette offrande. Il l’accueillera avec reconnaissance, et nous invitera tous à faire de même… Pardonnés de peu ou de beaucoup, nous avons tous besoin de ce pardon sans lequel nous ne pouvons atteindre cette Plénitude que Dieu veut nous communiquer, que nous soyons retenus par le fil le plus mince ou par les chaines les plus lourdes… Dorénavant, écrit St Paul, « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,20). « Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Tm 1,16). Et toute l’humanité est appelée à cette Plénitude de Vie, sans aucune exception…

            Le Père « livre » donc son Fils pour le salut du monde, par amour, et le Fils se « livre » lui aussi, gratuitement, par amour, pour que cette volonté de salut du Père s’accomplisse. Tous les hommes sont pécheurs (Rm 3,9), une vérité que chacun est appelé à reconnaître pour lui-même… Si nous l’acceptons de tout cœur, autant qu’il nous est possible, nous ne pourrons que découvrir, en le vivant, que Jésus Christ est vraiment « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) par « la rémission des péchés » qu’il est venu nous offrir au Nom de son Père (Lc 1,76-79 ; 5,20)… Et avec ce pardon, nous retrouverons aussitôt le Trésor que nous avions perdu par suite de nos fautes : cette Plénitude de Vie qui est en même temps Lumière, Paix et Joie… « Bienheureux alors ceux qui auront cru » (Jn 20,29)…

            « Alors, il (Pilate) le leur livra pour être crucifié »… Ce verbe « livrer » se dit, dans le grec des Evangiles, « parad…dwmi, paradidômi ». Or la préposition « para, para » signifie « auprès de, contre », et le verbe « d…dwmi, didômi » se traduit par « donner ». Etymologiquement, « livrer » signifie donc « donner auprès de, contre »… Et Jésus s’est tellement « donné » aux pécheurs, tout « contre » eux, qu’il s’est « uni » à eux, partageant pleinement leur condition de fils blessés alors que lui-même n’avait jamais commis de faute… Il a ainsi vécu par amour nos ténèbres, conséquences de nos fautes, cet état où nous pensons que Dieu nous a abandonnés, alors qu’il n’a jamais cessé d’être tout proche… « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » (Mc 15,34)… Et il a expérimenté ce qu’est la mort « spirituelle » (cf. Rm 6,23) dans le seul but de nous en délivrer ! « Sur le bois, dans son corps, il a porté lui-même nos fautes », c’est-à-dire toutes leurs conséquences, « afin que morts à nos fautes, nous vivions pour la justice » (1P 2,24). « Celui qui n’avait pas connu le péché », celui qui n’avait jamais fait l’expérience du mal (cf. 1P 2,22), « Il l’a fait péché pour nous », au sens où il a vécu en son cœur toutes les conséquences de nos fautes, « afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu », des femmes et des hommes tels que Dieu les veut, remplis en leur cœur par sa Plénitude de Lumière et de Vie (2Co 5,21)…

            Relire Jn 19,16-18 à la lumière de Ph 2,8 ; Hb 5,8 ; quelle valeur essentielle Jésus a-t-il vécue une nouvelle fois en cet instant ? La retrouver avec Jn 14,31 ; et d’après ce dernier verset, quelle est la réalité ultime qui la motive (1) ? En la vivant, quel but poursuit-il (cf. Rm 5,19) ? De fait, d’après Jn 13,1, quelle est ici la réalité ultime qui la motive, en donnant à l’expression « les siens » une valeur universelle (2) ? En comparant les réponses (1) et (2), quelle équivalence retrouvons-nous (cf. Mt 22,34-40) ? Mais pour que l’offrande de Jésus puisse pleinement porter ses fruits, que nous demande-t-il à notre tour (cf. Hb 5,9 ; Rm 1,5 ; 6,16-17 ; 16,26 ; 2Co 10,5-6) ? Et « obéir » au Christ sera très concrètement lui offrir jour après jour nos misères (Jn 1,29), écouter sa voix, le suivre sur le Chemin de la Vie, accueillir ce Don de la Vie éternelle qu’il ne cesse de nous faire (Jn 6,47 ; 10,10 ; 10,27-28 ; 17,2 ; 20,31 ; 1Jn 5,13) par le Don de l’Esprit Saint (1Th 4,8) « Eau vive » (Jn 7,37-39) qui, jour après jour, nous lave (Hb 10,22 ; Ap 7,14 avec Jn 6,63) et nous communique la Vie……

            Que demande Jésus à ses disciples en Mt 10,38 et 16,24 ? Bien comprendre cette dernière invitation et la préciser à la lumière de Rm 6,13 ; 6,19 ; 12,1 ; 1Co 10,24 ; 10,33 ; 13,5. Et que fait-il ici en Jn 19,17 et d’après Ep 5,2 ? Conclusion : que fait toujours Jésus avant de nous demander quoique ce soit ? Nous retrouvons ce principe dans l’ordre des verbes employés en Mt 5,19 : conclusions pour chacun d’entre nous ? De plus, quand Jésus nous invite à « porter notre croix », qu’a-t-il déjà fait d’après Mt 8,17 ? Cette seule réponse pourrait être un résumé de tout l’Evangile (cf. Is 53,4‑5.8.11-12 ; 1P 2,24 ; 2Co 5,21 ; 1,3-7)…

            Souvenons-nous d’Is 53,12 : qui entoure Jésus sur la croix ? Quel sens cela prend‑il en cet événement central pour notre foi (cf. Lc 5,29-32 ; 15,1-7) ?

            Au cœur de cette scène du crucifiement, culmine l’écriteau : « Jésus le Nazôréen, le Roi des Juifs ». Compter le nombre de fois où apparaît ce mot « roi », ainsi que le nombre de langues mentionnées : le chiffre « trois » renvoyant à Dieu en tant qu’il agit, quelle interprétation Jean donne-t-il ainsi à cette scène ? Et, répétons-nous, quelle royauté Jésus manifeste-t-il sur la Croix (cf. Ps 117 ; 145,13) ? Notre salut en sera le fruit, si nous acceptons que Dieu ait toujours le dernier mot dans nos cœurs et dans nos vies… Et quel est-il (Is 43,3 ; voir aussi Os 3,1 ; Ps 18,20 ; Jn 3,16-17 ; Rm 5,8 ; Ga 2,20 ; 1Jn 4,10 ; Ap 1,5) ?

 

Le partage des vêtements (Lc 19,23-24)

            Ce passage évoque les vêtements de Jésus… Avant d’aller plus loin, rappelons-nous que dans la Bible, le vêtement dit quelque chose du mystère de la personne qui le porte. « Je suis plein d’allégresse en Yahvé, mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de justice » (Is 61,10), autrement dit, il m’a sauvé, il m’a justifié… « La tunique sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » renvoie donc symboliquement au Mystère de Jésus Lui-même, à ce qu’Il Est… « Tissée d’un pièce » évoque l’idée d’unité, centrale en St Jean : « Moi et le Père, nous sommes un » nous dit Jésus, c’est-à-dire unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit (Jn 4,24) qui est tout à la fois Amour (1Jn 4,8.16), Lumière (1Jn 1,5) et Vie (Jn 1,4 ; 8,12). Par cet Esprit commun, « je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14,10-11 ; 17,20-23), nous dit-il, alors même que le Fils n’est pas le Père et réciproquement… Mais la Plénitude de la nature divine qui les constitue tous les deux est la même… Le Fils est « Dieu » « de même nature que le Père » (Crédo)… Si « Dieu est Lumière », toute la Lumière du Père est dans le Fils et toute la Lumière du Fils est dans le Père. Autrement dit, le Fils Est Lumière tout comme le Père Est Lumière.

            Cette tunique du Fils est tissée « à partir du haut » car le Fils se reçoit entièrement du « Très Haut », le Père, qui, pour Jésus, dans l’Amour, « est plus grand que lui » (Jn 14,28). Le Père a en effet la primauté dans la vie du Fils car c’est de Lui que le Fils se reçoit de toute éternité en « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Cette primauté d’amour n’enlève rien au fait que le Fils est pleinement « Dieu » comme le Père est « Dieu » car il est « de même nature que le Père » (Crédo). Mais le Fils reçoit éternellement cette nature divine du Père qui, dans son Amour, lui donne tout ce qu’Il Est, et Il Est Esprit (Jn 4,24), « un Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Et c’est en recevant du Père cette Plénitude de l’Esprit qui vivifie, que le Fils a la Vie en lui-même comme le Père a la vie en lui-même (Jn 5,26)…

            « La tunique sans couture du Fils, tissée d’une pièce à partir du haut » évoque donc cette Plénitude d’Être et de Vie que le Fils reçoit du Père depuis toujours et pour toujours, une Plénitude qui Est au même moment Mystère de Communion avec le Père dans l’unité d’un même Esprit (Jn 4,24), d’un même Amour (1Jn 4,8.16), d’une même Lumière (1Jn 1,5), d’une même Vie… Et cette tunique, indivisible en elle-même, est donnée aux hommes… A travers ce geste si concret, nous retrouvons ainsi, avec le symbolisme propre au vêtement dans la Bible, le grand Don que le Fils est venu faire à tout homme au Nom de son Père : l’Esprit Saint « nature divine » (2P 1,4), « l’Esprit qui vivifie » et qui nous établit avec le Père dans un Mystère de Communion semblable à Celui que le Fils vit avec Lui de toute éternité. « Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur » (1Co 1,9), la communion que le Fils vit avec le Père et qu’il est venu nous partager par le Don de l’Esprit. « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie – car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1Jn 1,3).

            Mais la tunique de Jésus n’était pas son seul vêtement… Il avait assez de linges sur lui pour que les soldats en fassent « quatre parts »… Or le chiffre « quatre » dans la Bible est symbole d’universalité… Tout homme est donc appelé à avoir part au vêtement de Jésus, c’est-à-dire à son Mystère de Communion avec le Père dans l’unité d’un même Esprit. Tel est par excellence le fruit du baptême, un Mystère dont St Paul rendra compte en reprenant cette image du vêtement : « Vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,26-28). La même idée est évoquée dans le Livre de l’Apocalypse par l’image de la couleur blanche qui, dans cet ouvrage, renvoie à « la nature divine ». « Le vainqueur sera revêtu de blanc ; et son nom, je ne l’effacerai pas du livre de vie, mais j’en répondrai devant mon Père et devant ses Anges »… « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? (…) Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve », cette vie sur la terre : « ils ont lavé leurs robes », c’est-à-dire leur cœur, leur vie, « et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 3,5 ; 7,13-17).

            Notons aussi que, dans ce partage des vêtements de Jésus, St Jean y a vu l’accomplissement littéral du Ps 22(21),19… Que tout se passe selon les Ecritures est important pour lui : cf. Jn 19,28 avec Ps 69(68),22 et Jn 19,36-37 avec Ps 34(33),21 + Ex 12,46 et Za 12,10. Pourquoi, à votre avis, St Jean insiste-t-il autant sur l’accomplissement des Ecritures ? on peut lire à ce sujet : Mt 21,42 ; 26,54.56 ; Mc 14,49 ; Lc 24,27 ; 24,44-49 ; Ac 17,11-12 ; 18,28 ; Rm 1,1-4 ; 16,25-27 ; 1Co 15,3‑4 ; 1P 1,10-12 ; Ep 1,3-14 (selon le plan préétabli), d’où 1Co 1,17-25

 

Jésus et sa mère (Jn 19,25-27)

             Littéralement, en tenant compte de la présence ou non des pronoms possessifs grecs auprès du mot « mère », le texte peut se traduire ainsi :

(25)                            D’autre part, se tenaient auprès de la croix de Jésus

                                               sa mère

                                               et la sœur de sa mère, Marie, (femme) de Clopas

                                               et Marie de Magdala.

(26)                            Jésus donc, voyant la mère

                                                et se tenant auprès (d’elle), le disciple qu’il aimait,

                                               dit à la mère:

                                                           « Femme, voici ton fils ».

(27)                            Puis il dit au disciple : « Voici ta mère ».

                                   Et à partir de cette heure-là, le disciple la reçut chez lui.

            Noter, dans l’ordre d’apparition, les pronoms possessifs ou les articles définis employés devant ce mot « mère » : cette succession a du sens, lequel ?

            On se souvient que Nicodème représentait le Peuple Juif (Jn 3), la Samaritaine les Samaritains (Jn 4,1-42), le fonctionnaire royal les païens (Jn 4,46-54). Les personnages en St Jean ont donc souvent une portée représentative. Si « le disciple bien-aimé » renvoie très certainement à St Jean lui-même, quel ensemble plus vaste évoque-t-il ici ? Et dans cet ensemble, quelle caractéristique prend alors une valeur universelle (cf. Jn 15,9) ? Quelle vocation Marie reçoit-elle donc de son Fils ? Après avoir été « la mère de Jésus, le Fils Unique », assiste-t-on ici à un rétrécissement ou à un élargissement de la perspective ? Et à la lumière de Ga 4,19, peut-on parler de rupture ou de continuité ? Marie est ainsi « la Nouvelle Eve », Eve en hébreu signifiant « mère de tout vivant »… Jésus veut qu’il en soit ainsi : « Voici ta mère » ; mais pour que ce désir s’incarne dans notre vie, quelle valeur première de la vie chrétienne retrouvons-nous ici (cf. cf. Hb 5,9 ; Rm 1,5 ; 6,16-17…) ? Et de fait, quelle est la réaction du disciple en Jn 19,27 ? Nous retrouvons, dans la traduction de la Bible de Jérusalem, le même verbe qu’en Jn 1,12 ; conclusion : « croire » en ce Dieu qui est Soleil (Ps 84(83),12) et qui donne la Lumière, en ce Dieu qui est « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13 ; 17,13) et qui donne l’Eau Vive de l’Esprit Saint, c’est avant tout ……… ?

La vocation première d’une femme est de donner la vie, d’être mère… Marie est donc pleinement « femme » : elle a donné au monde « le Prince de la vie » (Ac 3,15), celui qui dira de lui-même « Je Suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6), « Je Suis la résurrection et la vie » (Jn 11,25)… Et il dira aussi, « Je Suis le pain de vie », « le pain vivant descendu du ciel… pour la vie du monde » (Jn 6,35.48.51). Or il appartient à la mère de nourrir ses enfants : quelle « nourriture » ne cesse donc de nous proposer Marie, notre Mère ? Dès que nous mettons Marie au cœur de notre vie que recevons-nous donc aussitôt d’elle ? Et en agissant ainsi, à quel accomplissement, en chacun d’entre nous, Marie ne cesse-t-elle de travailler, avec toute la tendresse, l’amour et l’affection d’une mère (cf. Jn 1,12 ; Jn 10,10b ; 6,47 ; 6,57 ; 10,28…) ?

 

La mort de Jésus (Jn 19,28-30)

En lisant les Ecritures d’Israël, notre Ancien Testament, de quoi Jésus a-t-il petit à petit pris conscience, qu’a-t-il découvert (cf. Hb 10,7 ; Rm 2,17-18 ; Sg 6,4) ? Préciser le contenu de cette réponse avec 1Tm 2,3-6 ; Jn 3,16-17 ; 6,39-40 (∆). Or, d’après Jn 19,28, pourquoi Jésus dit-il « J’ai soif » ? D’après les notes de nos Bibles, à quel texte de l’Ancien Testament fait-il ici allusion ?

En disant ce « J’ai soif », quel ardent désir Jésus manifeste-t-il (cf. Jn 4,34 ; 5,30 ; 6,38-40) ? Un désir inséparable d’un autre désir, lequel : cf. le point précédent (∆) ; Jn 17,24 ; 12,47… Nous retrouvons l’équivalence exprimée en Mt 22,34-40

Lire Ps 115(113b),3 et 135(134),6 ; puis 1Tm 2,3-6 ; puis Jn 14,1-3 ; qui est donc, très concrètement, le premier à agir pour que tout l’humanité se retrouve un jour « au ciel », « sainte et immaculée en Présence de Dieu dans l’amour » (cf. Ep 1,3-14) ? Qu’est-ce que Dieu attend donc, une fois de plus, de l’homme (cf. Rm 1,5 ; 6,16-17) ? Ce qui se traduit par quelle attitude d’après l’agir du Christ évoqué en Jn 14,3 ?

En Jn 19,30, St Jean emploie le même verbe étudié précédemment qu’en 19,16 : « parad…dwmi, paradidômi » : « Et inclinant la tête, il livra l’esprit ». Comment peut-on l’interpréter à la lumière de Lc 23,46. Mais dans le grec des Evangiles, aucune majuscule n’est employée… Il serait donc aussi possible de comprendre ce verset en lisant : « Et inclinant la tête, il livra l’Esprit »… Par amour, le Fils s’est « livré » entre les mains des pécheurs pour leur « livrer » l’Esprit d’Amour qu’il reçoit du Père de toute éternité… La Bible de Jérusalem fait allusion à cette double possibilité de comprendre ce texte : « Le dernier soupir de Jésus prélude à l’effusion de l’Esprit ».

 

Le coup de lance (Jn 19,31-37)

             D’après les notes de nos Bibles, qu’est-ce que « la Préparation » : que préparait-on et que faisait-on de particulier en ce jour ? Pourquoi les responsables religieux du Peuple d’Israël demandent-ils à Pilate d’enlever les corps des croix (cf. Dt 21,22-23) ?

            St Paul fait allusion à ces circonstances dans sa Lettre aux Galates : quel texte cite-t-il en Ga 3,13, et à qui est-il appliqué ? Mais en Ga 3,10, il cite un autre passage : lequel et à qui s’applique-t-il ? Un homme pécheur, et nous sommes tous pécheurs, laissé à ses seules forces d’homme, peut-il appliquer toujours et partout tous les préceptes de la Loi et faire toujours ce qui est bien (cf. Rm 7,14-23 ; 2,17-24 ; Mt 23,1-4 ; 23,25-28) ? Conclusion : qu’est-il d’après Ga 3,10 ? Et le Christ, lui, a-t-il toujours fait ce qui plaît au Père (cf. Jn 8,29 ; 8,46 ; Ac 3,14 ; 1P 1,19 ; 2,22) ? Conclusion : qu’a-t-il pris sur lui en se laissant clouer sur la croix ? Et dans quel but (cf. Ga 3,14) ? Quel sera le premier effet de ce Don pour celui qui acceptera de le recevoir (cf. 1Co 6,11 ; Ez 36,25) ? Que pourra-t-on dire alors de lui (cf. Col 1,21-22 ; Ep 5,25-27 ; 2P 3,14 avec Ep 4,30) ?

Nous allons conclure avec Rm 2,9, « souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui s’adonne au mal », et Rm 8,35 : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La souffrance, l’angoisse… ? Mais en tout cela, nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés ». En effet, « il a pris sur lui nos faiblesses (même terme en 2Co 12,7-10) et s’est chargé de nos maladies », du corps comme de l’âme (Mt 8,17)… Conclusion : les conséquences mêmes de nos misères peuvent-elles encore nous séparer de l’amour du Christ ? Et pourquoi ? Quel devrait donc être notre réflexe chaque fois que nous constatons qu’il existe encore des zones d’ombre dans notre vie ?

Nous allons redire autrement ce que nous venons de voir avec les circonstances mêmes de la mort de Jésus. Pour bien célébrer la fête de Pâque, que devait-on faire d’après la Loi de Moïse (cf. Ex 12,3-6), et où (cf. Dt 16,2) ? Et c’est ce que l’on faisait le jour de la Préparation… Dans quel but accomplissait-on ces offrandes d’après Ez 45,21-23 ? Or que dit Jean-Baptiste de Jésus à deux de ses disciples en Jn 1,36 ? Et quel en sera le fruit d’après Jn 1,29 ? Conclusion : quel sacrifice unique s’est-il accompli sur la Croix et pourquoi (cf. Hb 9,26 ; 10,12 ; 1Jn 3,5 ; Hb 9,14) ? Cela correspond-il bien à l’annonce qu’en fit le prophète Isaïe des siècles avant le Christ (cf. Is 53,7 puis 53,10 puis 53,4-6 et 53,11-12) ? Alors, si nous constatons que le péché habite encore notre vie, quel devrait être notre réflexe encore et toujours (cf. 2P 3,9 pour Lc 1,77) ? Relire 2Co 5,19-21 ; d’après ce dernier texte, qu’est-ce que le Christ a pris sur lui en cette circonstance, et que nous donne-t-il en retour ? Nous retrouvons, avec un autre vocabulaire, ce que le Christ, librement, par amour, a voulu vivre (Ga 3,13), alors que cette situation est en fait la nôtre (Ga 3,10) ! Mais c’était pour que nous recevions de lui Ga 3,14, ce Don de Dieu qui fait « toutes choses nouvelles » (Is 43,19 ; 2Co 5,17 ; Jn 3,1‑8 ; Tt 3,4-7) et « prépare la Rédemption du peuple que Dieu s’est acquis pour la louange de sa Gloire » (Ep 1,13‑14 ; Ap 21,1-7) !

Tout ceci est encore dit et redit avec les symboles bibliques inhérents au sang et à l’eau. « L’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. » En effet, qu’est-ce que le sang pour un Juif (cf. le début de Lv 17,11 et 17,14) ? Que signifie donc ce sang qui s’écoule du côté ouvert de Jésus (cf. Jn 10,11 ; 10,27-28 ; 10,10b ; 6,47 ; 6,51-58…) ? Et comment ceci se réalise-t-il très concrètement dans nos vies d’après Jn 6,63 (cf. Ga 5,25) ? Et que représente « l’eau » en St Jean (cf. Jn 7,37-39) ? Quel en sera donc à nouveau « l’effet » au cœur de celui ou celle qui acceptera de la recevoir ((1) Ez 36,25 ; (2) Ez 37,14) ? Or quelle est la conséquence du péché d’après Rm 5,12 ? Voilà ce que le Christ a pris sur lui, voilà ce qu’il a vécu, et que nous donne-t-il en retour ?

St Jean regarde le Christ transpercé avec un regard de foi, comme Jean-Baptiste au tout début de l’Evangile (Cf. Jn 1,29). Ce sang et cette eau qui coulent de son cœur ouvert lui semblent tellement importants qu’il scelle solennellement son témoignage en Jn 19,35. A nous maintenant d’accueillir jour après jour ce « merveilleux échange » où le Christ, par amour, prend toutes nos misères pour nous donner en retour ce dont nous aurions dû être privés à cause d’elles : sa Sainteté, sa Lumière, sa Vie, sa Paix, sa Joie…

 

L’ensevelissement (Jn 19,38-42)

             Nicodème, « un notable des Juifs », « un maître », était intervenu en Jn 3,1-9. Jésus lui avait parlé du « Royaume de Dieu », un thème très important pour les Juifs (Les expressions « royaume des cieux » et « royaume de Dieu » apparaissent respectivement 32 fois et 5 fois en St Matthieu, ce scribe juif qui écrit pour des Juifs…) et qui n’interviendra d’ailleurs qu’en ce passage dans tout l’Evangile de Jean. Mais noter la dernière parole de Nicodème en Jn 3,9 lors de cette entrevue : est-ce une déclaration de foi ? Puis Nicodème réapparaît en Jn 7,50-52 : se déclare-t-il explicitement en faveur de Jésus ? Même si ensevelir un mort était considéré comme une œuvre bonne (Tb 12,12‑13 ; 2M 5,10), Jésus avait été condamné pour blasphème (Mt 26,65 ; Mc 14,64 ; Jn 10,36), et on le regardait comme un « maudit ». Or, que fait ici Nicodème en faveur de Jésus : est-ce une démarche « en secret » ou publique ? De plus, quelle fête très importante devait-on célébrer le lendemain ? Souvenons-nous de la demande des responsables Juifs à Pilate (cf. Jn 19,31) : à quoi s’expose donc Nicodème en « enlevant le corps de Jésus » (cf. Nb 9,16 ; 9,6) ? Enfin, il apporte avec lui une quantité énorme d’aromates : « environ 100 livres », soit presque 33 kilos ! A quoi fait penser cette surabondance, ainsi que le tombeau neuf utilisé pour Jésus (cf. 2Ch 16,13-14) ? La mention du « jardin » peut aller dans le même sens (cf. 2R 21,18.26)… En rassemblant tous les éléments abordés précédemment, que suggère donc maintenant cette démarche de Nicodème (Se souvenir de la déclaration de Nathanaël, au tout début de l’Evangile : Jn 1,49) ?

            « C’est là qu’ils déposèrent Jésus » (Jn 19,42)… En grec, le même verbe intervient en Jn 10,11 ; 10,15 ; 10,17-18 ; 15,13

Jacques Fournier

 

Corriger de la fiche 30 :

 

 

 




Fiche 31 : La Résurrection de Jésus (Jn 20).

Le tombeau trouvé vide (Jn 20,1-10)

             Préciser quel est ce « premier jour de la semaine » dont il est question au premier verset ; à quel jour correspond-il aujourd’hui (Ap 1,10) ? Ce jour-là, il était possible pour un Juif de recommencer ses activités habituelles dès les toutes premières lueurs du jour ; que nous dit cette venue « de bonne heure au tombeau, comme il faisait encore sombre », de l’attitude de cœur de Marie de Magdala vis-à-vis de Jésus (cf. aussi Jn 20,11) ? Où était-elle d’ailleurs au moment de sa Passion, alors que tous les disciples ou presque l’avaient abandonné (cf. Jn 19,25) ? D’après Lc 8,2 et Mc 16,9, qu’est-ce que Jésus avait fait autrefois pour elle ? « Celui à qui on remet peu montre peu d’amour » (Lc 7,47), celui à qui on remet beaucoup montre beaucoup d’amour… Or, dans le Royaume des Cieux, seul compte l’amour … C’est pourquoi, « les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu » (Mt 21,31), dit Jésus aux Grands Prêtres, aux Anciens et aux Pharisiens, les personnalités religieuses de l’époque (Mt 21,23.45)…

Après avoir constaté que « la pierre a été enlevée du tombeau », Marie de Magdala court trouver Simon-Pierre : que nous révèle cette démarche sur le rôle que jouait ce dernier dans l’Eglise primitive (cf. Mt 16,15-19) ? Retrouver cette réponse avec l’attitude du disciple « que Jésus aimait » lorsqu’il arrive, avant Pierre, au tombeau (Jn 20,3-6)…

            « On a enlevé le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis ». Les quatre évangélistes s’accordent sur le fait que le tombeau de Jésus a été trouvé ouvert et vide (Mt 28,1-8 ; Mc 16,1-8 ; Lc 24,1-10 ; Jn 20,1.11-18). Matthieu nous précise que c’est « l’Ange du Seigneur », c’est-à-dire Dieu Lui-même (Comparer Ex 3,2 avec Ex 3,4), qui, descendant du ciel « vint rouler la pierre sur laquelle il s’assit » (Mt 28,2), comme on s’assoit sur un ennemi vaincu… « On a enlevé le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis ». A la lumière de Mt 28,1, Mc 16,1-4 et Lc 23,55-24,3, que suggère ce « nous » ? Nommer, autant que possible, les personnes concernées et préciser ce qu’elles venaient faire au tombeau ; la précipitation évoquée en Jn 19,42 le suggère également… « On a enlevé le Seigneur… où on l’a mis »… L’imprécision de ces deux formules laisse la porte ouverte à deux réponses possibles : lesquelles (1 – Mt 28,11-15 ; 2 – Ac 2,24.32 ; 3,15.26 ; 4,10 ; 5,30 ; 10,40 ; 13,30.33.34.37) ? Dans le deuxième cas, où donc Jésus a-t-il été « mis » et par qui (cf. 1 – Jn 14,10-11 ; 17,21 ; 2 – Jn 17,5 ; Ac 7,56 ; Rm 8,34 ; Ep 1,20 ; Ph 2,9‑11 ; Col 3,1 ; Hb 1,1-5) ? Nous retrouvons un principe qui est à la base du Mystère du Fils, de son Être, de sa vie, de ses paroles, de ses actes, lequel (cf. Jn 5,19–20 ; 5,30 ; 5,26 ; 6,57 ; 3,35 ; Ps 57(56),3 ; 138(137),8) ? Mais là «  » il a été « mis », n’y était-il pas déjà, de cœur ? Et, nous promet Jésus, «  » sera également, dès maintenant dans la foi, celui ou celle qui acceptera de le suivre de tout cœur (cf. Jn 12,26 ; 1Jn 1,3 ; 1Co 1,30 ; le contraire en Jn 7,34-36 car Jn 8,24) ? Qui fera en sorte qu’il en soit ainsi (cf. Jn 14,1-3) ? Du côté des hommes, est-il question de « mérite », de « récompense » après des bonnes actions (cf. Rm 9,16 ; Ep 2,4‑10) ? Quel principe à la base de la vie de tout disciple de Jésus retrouvons-nous ici (cf. Jn 15,5) ?

            Jean vit « le suaire qui avait recouvert sa tête ; non pas avec les linges, mais roulé à part dans un endroit. Alors entra aussi l’autre disciple », St Jean lui-même… « Il vit et il crut ». La discussion sur le sens exact de l’expression « roulé à part dans un endroit » est délicate, mais le soin apporté par l’évangéliste pour décrire comment était ce « suaire » suffit à nous montrer que le simple fait qu’il était ainsi l’a amené à croire que le Christ était ressuscité… La seule explication satisfaisante est qu’il n’aurait pu être dans la configuration où Jean l’a vu si quelqu’un avait enlevé le corps. Le corps de Jésus a donc du disparaître lors de la résurrection, et tous les linges se sont affaissés, conservant le « souvenir » de la forme qu’ils avaient sur le corps… Si le « suaire » est la mentonnière qui entourait la tête de Jésus pour maintenir sa mâchoire fermée, celle-ci avait conservé la forme arrondie qu’elle avait, une position impossible à reproduire si quelqu’un avait touché au corps…

            « En effet, ils ne savaient pas encore que, d’après l’Écriture, il devait ressusciter d’entre les morts ». Pour les disciples de Jésus, une résurrection d’entre les morts était inconcevable… Lorsque Jésus, après sa transfiguration, leur annonça sa résurrection prochaine, ils ne comprirent rien du tout à ce qu’il leur disait  : « Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, si ce n’est quand le Fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts. Ils gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait  ressusciter d’entre les morts » (Mc 9,9-10). Ce n’est que lorsqu’ils le verront ressuscité qu’ils comprendront… Alors, dans la Lumière de l’Esprit Saint, ils découvriront à quel point l’Ancien Testament avait de fait prophétisé sa mort et sa résurrection. C’est d’ailleurs le Ressuscité Lui-même qui leur ouvrira « l’esprit à l’intelligence des Ecritures ; et il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins » » (Lc 24,46-48).

 

L’apparition de Jésus Ressuscité à Marie de Magdala (Jn 20,11-18)

            Marie de Magdala aimait son Seigneur de tout son être… Trois jours seulement après sa mort, il lui apparaît, ressuscité, et elle ne le reconnaît pas ! Retrouver un cas de figure semblable en Lc 24,15-16 ; Jn 21,4 et 21,12. En Lc 24,30, que fait Jésus ? Or, qu’est-ce que « ses disciples » (Lc 22,11) avaient vécu avec lui juste avant sa Passion (cf. Lc 22,19-20) ? En se rappelant ces instants, aidés par l’Esprit Saint, un déclic se produit, « leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent » (Lc 24,31)… De même pour les disciples qui sont repartis pêcher comme autrefois (cf. Mc 1,16-20) « et cette nuit-là, ils ne prirent rien » (Jn 21,3)… Mais que leur dit le Christ Ressuscité, alors même qu’ils ne l’ont pas encore reconnu (cf. Lc 21,4-6) ? Et qu’avaient-ils vécu avec lui autrefois (cf. Lc 5,4-7) ? A la lumière de ce qu’ils avaient vécu, quel déclic se produit aussitôt en St Jean (cf. Jn 21,7) ? Et pourtant, cette « reconnaissance », quelque part, n’était toujours pas si évidente que cela d’après Jn 21,12… Ici, pour qui Marie de Magdala prend-elle, dans un premier temps, le Christ Ressuscité (cf. Jn 20,14-15) ? A priori, elle voit cet homme pour la première fois… Et pourtant, que lui dit-il en Jn 20,16 ? Et aussitôt que se passe-t-il en elle ? Conclusion : à quel type de regard le Christ ressuscité se laisse-t-il percevoir (cf. 2Co 4,18 ; Lc 18,8) ? Quelle porte désire‑t‑il ouvrir à ses disciples (cf. Ac 14,27) ? Et de fait, que se passe-t-il en Lc 24,31 dès qu’ils le reconnaissent ? Car … Mt 28,20 ! En effet, quelle œuvre Dieu accomplit-il par son Fils en ceux et celles qui lui accordent leur foi (cf. Ac 15,9 ; Jn 15,3 ; Ez 36,25) ? Quel est alors le résultat de cette œuvre de Dieu d’après Mt 5,8 ? Voilà alors ce qui commence à être vécu par les disciples dès maintenant, dans la foi (cf. Ac 26,18 en Ac 26,15-18)… Alors, Jn 12,46 et Jn 8,12 s’accomplissent, et… 1Jn 1,5 est reconnu !

            Quel message Marie de Magdala devra-t-elle transmettre aux disciples de la part du Christ Ressuscité (cf. Jn 20,17)? Comment le Christ les appelle-t-il (cf. aussi Hb 2,9‑12) ? Comment le disciple doit-il donc maintenant se comprendre (cf. Rm 8,14 ; 8,29 ; Ga 4,6-7 ; Hb 2,10) ? Or, tout l’Evangile selon St Jean nous présente le Mystère du Fils dans le cadre de sa relation fondatrice avec le Père. Nous découvrons donc avec Lui ce que « être fils » veut dire… Or, à quoi sommes-nous tous appelés ? Conclure en terminant la phrase : tout ce qui est dit de Jésus dans les Evangiles peut donc, d’une certaine manière, être dit de …… Ste Thérèse de Lisieux l’avait bien compris… Voir, à la fin, comment elle relisait Jean 17…

 

Le Christ Ressuscité apparaît à ses disciples (Jn 20,19-29)

            Dans quelle situation se trouvent très concrètement les disciples et pourquoi ? Ils n’ont pas encore vécu l’événement de la Pentecôte (Ac 2,1-13). Que se passera-t-il alors (cf. Ac 3,12-26 ; 4,1-22) : seront-ils toujours tenaillés par la peur face à ceux qui avaient fait mourir le Christ ? Attention : « les Juifs » désignent ici, en Jn 20,20, les responsables religieux du Peuple Juif qui ont comploté la mort de Jésus, eux et eux seuls… Toute la communauté chrétienne primitive en effet était juive…

            Quel grand cadeau Jésus offre-t-il par deux fois à ses disciples ? C’est vraiment le grand cadeau du Christ à tous ceux et celles qui lui offriront leur foi : Lc 1,76-79 ; Jn 14,27 ; 16,33 ; Ac 10,36 ; Rm 15,13 ; 2Co 13,11 ; Ep 2,17-18 ; 4,3 ; 6,15 ; Ph 4,7 ; Col 3,15 ; 2Th 3,16… De quelle Présence sera-t-elle le fruit dans leur cœur, tout comme cette joie qu’ils expérimentent ici en Jn 20,20 (cf. Ga 5,22) ?

            Puis que leur dit Jésus en Jn 20,21 ? Le « comme » est important… Comment Jésus a-t-il vécu tout son ministère (cf. Jn 5,19-20.30 ; 4,34 ; 14,10-11 ; noter le titre employé en Mt 12,18 ; Ac 3,13.26 ; 4,27.30) ? Comment les disciples devront-ils vivre le leur (cf. Jn 15,5 ; 15,9-10 ; noter le titre employé en Rm 1,1 ; 1Co 4,1 ; Ga 1,10 ; Ph 1,1 ; Col 4,12 ; 1Tm 4,6 ; 2Tm 2,24…) ?

            Puis que fait Jésus en Jn 20,22 ? Le projet créateur de Dieu est parfaitement accompli (cf. Gn 2,4b-7) : Jn 10,10 est répandue largement sur le monde par le don de l’Esprit Saint, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; cf. 2Co 5,17-21 ; Tt 3,4-7)… Quelle sera d’après Jn 20,23 la première œuvre de l’Esprit au cœur de ceux et celles qui accepteront de le recevoir ? Nous retrouvons Lc 24,47 ; Ac 2,38 ; Ez 36,25 lu avec Jn 7,37-39… Et seul celui qui refusera d’accueillir ce pardon, et donc de se convertir de tout cœur en mettant sa vie en accord avec sa foi, ne pourra que voir ses péchés « retenus »…

            « Huit jours après » (Jn 20,26)… En incluant dans le calcul ce « premier jour de la semaine » où le Christ Ressuscité s’était manifesté à ses disciples, quel jour sommes-nous ? Or que fait habituellement la communauté chrétienne en ce jour ? Quel message ce texte adresse-t-il donc à tout croyant par la seule mention des jours où surviennent ces évènements ? A nouveau le Christ Ressuscité « se tint au milieu de ses disciples »… Que leur dit-il de nouveau ? Combien de fois cette expression sera-t-elle donc intervenue en tout dans notre passage ? Conclusion (« Trois » est le chiffre de Dieu en tant qu’il agit : quelle est donc l’action de Dieu par excellence dans nos cœurs blessés ? Ne jamais oublier Lc 5,31-32) !

            Le Ressuscité porte donc toujours les traces de sa Passion sur son corps glorifié : qu’est-ce que cela signifie pour chacun d’entre nous (cf. 1P 2,21.24 ; Rm 4,24‑25 ; 8,31‑32 ; 1Co 15,3-5 ; 2Co 5,14-15 ; Ga 1,3-4 ; Ep 5,1-2 ; Col 1,21-23 ; 1Th 5,9-10 ; 1Tm 2,3-6 ; Tt 2,13-14 ; voir aussi le début d’Is 49,16) ? Thomas le constate… Que lui déclare le Christ ? D’après le verbe qu’il emploie, est-on un homme « de foi » tout de suite, instantanément, ou la foi est-elle une réalité qui mûrit et grandit petit à petit avec le temps ? Le même verbe était intervenu en Jn 1,12 et dans la question de Jésus à l’infirme en Jn 5,6 : « Veux-tu devenir bien-portant ? »

            Noter la réponse de Thomas… Que confesse-t-il vis-à-vis de ce Christ vrai homme qu’il a si bien connu ? De telles affirmations directes et explicites sont rares dans le Nouveau Testament : voir la fin de Jn 1,1 et noter que l’Evangile se termine comme il avait commencé… Puis Jn 1,18 (« un Dieu Fils Unique ») ; Rm 9,5 ; Hb 1,1,8 ; 13,21 ; Tt 2,13 ; 2P 1,1. Enfin, notre passage se termine par une affirmation qui concerne tous les croyants de tous les temps, et que dit-elle (cf. Jn 15,11 ; 16,20-24 ; Mt 5,1-11 ; 13,44 ; 28,8 ; Ac 2,28 ; 8,8 ; 13,52 ; Rm 14,17 ; 15,13 ; Ga 5,22 ; Col 1,11-14 ; 1Th 1,6 ; 1P 1,3-9…) ? Enfin, bien relire la conclusion de l’Evangile (Jn 20,30-31) : la foi pour la vie !       DJF

 

Jean 17 avec Ste Thérèse de Lisieux

 Jésus, mon Bien-Aimé, je ne sais pas quand mon exil finira… plus d’un soir doit me voir encore chanter dans l’exil vos miséricordes, (Ps 89,2) mais enfin, pour moi aussi viendra, le dernier soir ; alors je voudrais pouvoir vous dire, ô mon Dieu :

« Je vous ai glorifié sur la terre ; j’ai accompli l’œuvre que vous m’avez donnée à faire ; j’ai fait connaître votre nom à ceux que vous m’avez donnés ; ils étaient à vous et vous me les avez donnés. C’est maintenant qu’ils connaissent que tout ce que vous m’avez donné vient de vous ; car je leur ai communiqué les paroles que vous m’avez communiquées, ils les ont reçues et ils ont cru que c’est vous qui m’avez envoyée. Je prie pour ceux que vous m’avez donnés parce qu’ils sont à vous, [34v°] Je ne suis plus dans le monde ; pour eux, ils y sont et moi je retourne à vous. Père Saint, conservez à cause de votre nom ceux que vous m’avez donnés. Je vais maintenant à vous, et c’est afin que la joie qui vient de vous soit parfaite en eux, que je dis ceci pendant que je suis dans le monde. Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont point du monde, de même que moi je ne suis pas du monde non plus. Ce n’est pas seulement pour eux que je prie, mais c’est encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu’ils leur entendront dire. Mon Père, je souhaite qu’où je serai, ceux que vous m’avez donnés y soient avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m’avez aimée moi-même. » Jn 17,4-24

Oui, Seigneur, voilà ce que je voudrais répéter après vous, avant de m’envoler en vos bras. C’est peut-être de la témérité ? Mais non, depuis longtemps vous m’avez permis d’être audacieuse avec vous. Comme le père de l’enfant prodigue parlant à son fils aîné, vous m’avez dit : « TOUT ce qui est à moi est à toi » (Lc 15,31).  Vos paroles, ô Jésus, sont donc à moi et je puis m’en servir pour attirer sur les âmes qui me sont unies les faveurs du Père Céleste. Mais, Seigneur, lorsque je dis qu’où je serai, je désire que ceux qui m’ont été donnés par vous y soient aussi, je ne prétends pas qu’ils ne puissent arriver à une gloire bien plus élevée que celle qu’il vous plaira de me donner, je veux demander simplement qu’un jour nous soyons tous réunis dans votre beau Ciel. Vous le savez, ô mon Dieu, je n’ai jamais désiré que vous aimer, je n’ambitionne pas d’autre gloire. [35r°] Votre amour m’a prévenue dès mon enfance, il a grandi avec moi, et maintenant c’est un abîme dont je ne puis sonder la profondeur. L’amour attire l’amour, aussi, mon Jésus, le mien s’élance vers vous, il voudrait combler l’abîme qui l’attire, mais hélas ! ce n’est pas même une goutte de rosée perdue dans l’océan !… Pour vous aimer comme vous m’aimez, il me faut emprunter votre propre amour, alors seulement je trouve le repos. O mon Jésus, c’est peut-être une illusion, mais il me semble que vous ne pouvez combler une âme de plus d’amour que vous n’en avez comblé la mienne ; c’est pour cela que j’ose vous demander d’aimer ceux que vous m’avez donnés comme vous m’avez aimée moi-même (Jn 17,23).  Un jour, au Ciel, si je découvre que vous les aimez plus que moi, je m’en réjouirai, reconnaissant dès maintenant que ces âmes méritent votre amour bien plus que la mienne ; mais ici-bas, je ne puis concevoir une plus grande immensité d’amour que celle qu’il vous a plu de me prodiguer gratuitement sans aucun mérite de ma part (Rm 3,24).

 Ma Mère chérie, enfin je reviens à vous ; je suis tout étonnée de ce que je viens d’écrire, car je n’en avais pas l’intention, mais puisque c’est écrit, il faut que ça reste, et avant de revenir à l’histoire de mes frères, je veux vous dire, ma Mère, que je n’applique pas à eux, mais à mes petites sœurs (du noviciat), les premières paroles empruntées à l’Évangile : Je leur ai communiqué les paroles que vous m’avez communiquées (Jn 17,8 ) etc. car je ne me crois pas capable d’instruire des missionnaires, heureusement je ne suis pas encore assez orgueilleuse pour cela ! je n’aurais pas davantage été capable [35v°] de donner quelques conseils à mes sœurs, si vous, ma Mère, qui me représentez le bon Dieu, ne m’aviez donné grâce pour cela.

 C’est au contraire à vos chers fils spirituels qui sont mes frères que je pensais en écrivant ces paroles de Jésus et celles qui les suivent : « Je ne vous prie pas de les ôter du monde… je vous prie encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu’ils leur entendront dire » (Jn 17,15-2O).  Comment, en effet, pourrais-je ne pas prier pour les âmes qu’ils sauveront dans leurs missions lointaines par la souffrance et la prédication ?

Diacre Jaques Fournier :