Le don de l’Esprit Saint et le combat spirituel (Luc 11,5-36)

Alors que Jésus est en marche vers Jérusalem (Luc 9,51), St Luc ouvre au début de ce chapitre 11 une nouvelle section consacrée à la prière.

Elle est structurée en trois points :

             1 – Lc 11,1-4 : Jésus donne à ses disciples la prière du « Notre Père ».

             2 – Lc 11,5-13 : Puis il les invite, avec beaucoup d’insistance, à demander au Père

                                                    le don de l’Esprit Saint ; et il les assure qu’ils seront exaucés.

             3 – Luc 11,14-26 : Jésus est vainqueur de Satan par l’Esprit Saint ;

                                                                                              à nous maintenant d’être vigilants…

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Cette section est encadrée par deux invitations à écouter la Parole de Dieu et à la mettre en pratique (Luc 10,38-42 ; 11,27-28) : « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui l’observent ». Marie, la sœur de Marthe, en est un bel exemple : « assise aux pieds du Seigneur, elle écoutait sa Parole ». Et Jésus dira à son sujet : « Elle a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée ».

L’écoute de la Parole de Dieu et la prière sont en effet indissociables, car dans les deux cas, il s’agit avant tout d’ouvrir son cœur à Dieu, une attitude intérieure qui engage toute la vie. Et c’est l’Esprit Saint, l’Enseignant par excellence, qui sera toujours au cœur de l’action :

                      1 – C’est Lui en effet qui nous ouvre aux mystères évoqués par la Parole de Dieu et qui nous permet d’en comprendre le véritable sens (Jean 14,26[1]). Grâce à Lui et à sa Présence vivifiante (Jean 6,63 ; Galates 5,25), nous découvrons, en le vivant, le projet de Dieu tel qu’il nous est décrit par sa Parole : devenir pleinement ses enfants vivants de sa Vie (Jean 1,12-13)…

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                      2 – C’est Lui qui est notre Maître de prière. Il nous donne de pouvoir dire le « Notre Père », de tout cœur, en enfants du Père vivants de sa Vie. Et il nous inspire des désirs conformes à la volonté de Dieu (Romains 8,14-17 ; 8,26-27)…

 

                           3 – Enfin, c’est toujours Lui qui est le Maître d’œuvre de notre combat spirituel (Ephésiens 6,10-17). La Vie reçue de Lui sera en effet Lumière brillant au cœur de nos ténèbres, une Lumière sur laquelle les ténèbres n’ont aucune emprise (Jean 1,4-5). Et petit à petit, de miséricorde en miséricorde, elle purifiera nos désirs et les unifiera en Elle (Romains 8,13)…

La parabole de l’ami importun (Luc 11,5-8)

Avec cette parabole, Jésus agit comme un artiste devant sa toile : il commence par mettre la couleur de fond sur laquelle il peindra ensuite son sujet principal. Et ici, cette couleur est volontairement sombre pour que la Lumière éblouissante du Mystère de Dieu ressorte mieux juste après…

Remarquons également que Jésus n’arrêtera pas de prendre pour exemples nos relations humaines afin de nous aider à vivre le mieux possible, et le plus simplement possible, notre relation avec « Notre Père » du ciel :

Luc 11,1-4 : Notre Père.                               Ciel

Luc 11,5-8 : L’ami importun.                                   Terre

Luc 11,9-10 : Principe général sur la prière.                       Ciel

Luc 11,11-13a : Tout père donne de bonnes choses à son fils.       Terre

Luc 11,13b : Le Père donne l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.       Ciel

Toute notre vie devrait donc se déployer sous le regard de notre « Papa du ciel » comme nous pourrions le faire envers le meilleur des papas de cette terre… « Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? » (Matthieu 6,26).

Avec « la Parabole de l’ami importun », Jésus nous entraîne donc avec lui sur les chaudes routes de Palestine, où il vaut mieux marcher le matin de très bonne heure ou en fin de journée, jusqu’à la tombée de la nuit… Ici, la marche s’est prolongée jusque fort tard puisque ce voyageur n’hésite pas à réveiller l’un de ses amis « au milieu de la nuit » (Luc 11,5) pour lui demander l’hospitalité… Mais ce dernier n’a rien à lui offrir. Il aurait pu attendre le lever du jour… Mais non, il va agir à son tour avec une certaine « impudence » (Luc 11,8 Bible de Jérusalem) pour aller demander « sans vergogne » (Luc 11,8 TOB) du pain à quelqu’un qu’il considère à son tour comme « un ami » (Luc 11,5). Certes, il a des circonstances atténuantes, mais St Luc veut insister ici sur le manque de qualité, parfois, de nos relations humaines, et il emploie volontairement un terme assez péjoratif. Les dictionnaires donnent en effet pour éna€deia (‘anaïdéia’) : « absence de retenue ; insistance déplacée » ; « impudence, manque de pitié, ressentiment implacable »…

Diapositive12Son voisin et ami est donc dans un profond sommeil. Or, à l’époque, dans les familles pauvres, tous dormaient dans une seule et même pièce. Le soir, on déroulait les nattes et chacun s’étendait à côté de son voisin. Pour aller chercher du pain et ouvrir la porte, cet homme devait donc réveiller tous les siens : « mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour t’en donner ». Même s’il a lui aussi des circonstances atténuantes, son refus d’être dérangé manifeste son égoïsme et le peu de cas qu’il fait de la gêne de celui qui l’appelle « mon ami ». Il dit en effet : « Je ne puis me lever »… C’est faux, et la suite montrera le contraire : il se lèvera pour lui donner tout ce dont il a besoin. Notons bien que lui n’emploie pas le mot ‘ami’ : l’égoïsme (penser à soi : « Ne me cause pas de tracas ») est bien le contraire de l’amour qui pense avant tout à l’autre…

St Luc veut donc nous présenter ici une circonstance peu favorable à l’exaucement d’une demande, et pourtant, un égoïste donnera tout ce dont il a besoin à un « impudent»… Le décor est posé… L’ambiance est sombre, mais la demande, elle, est exaucée… Alors combien plus celui qui demande l’Esprit Saint au Père du Ciel sera-t-il exaucé, lui qui s’adresse alors à « l’Ami des hommes » par excellence (Sagesse 1,6-7 ; 7,22-23), Celui qui est Amour en tout son Etre (1Jean 4,8.16), Celui qui s’est révélé en son Fils comme étant « Notre Père » (Jean 20,17) infiniment proche de chacun d’entre nous (Matthieu 4,17)… Et ce Père qui pense avant tout à nous et à notre salut donnera ce qu’Il a de plus cher, son Fils, qui mourra sur la croix pour que nous ayons part à sa Vie par le don de l’Esprit qui vivifie (Jean 6,32-33.51.63)…

La demande de l’Esprit Saint (Luc 11,9-13)

Ce paragraphe est directement relié au précédent, sans aucune transition : « Et moi je vous dis »… Nous l’avons dit : le contraste est posé… Jésus a pris l’exemple d’une relation humaine entre un impudent et un égoïste : le premier demande quelque chose au second et il est malgré tout exaucé … Jésus aborde maintenant la relation entre l’homme et son Père du Ciel sur le même registre : « Demandez et l’on vous donnera »…

L’insistance est ici très forte car en deux versets, Jésus va nous inviter par six fois à « demander », « chercher », « frapper à la porte »… Et à chaque invitation, il va nous assurer du bon aboutissement de la démarche, en se répétant et en insistant à nouveau… En effet, « demandez et l’on vous donnera » est repris peu après sous une autre forme, mais cette fois le deuxième verbe est au présent pour bien souligner l’actualité du don de Dieu dans l’aujourd’hui de notre foi : « Car quiconque demande reçoit ». Le « cherchez et vous trouverez » sera lui aussi repris de la même façon : « qui cherche trouve », tout comme, « frappez, la porte vous sera ouverte » : « et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre » (traduction liturgique)[2]

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)

En effet, une démarche de tout cœur ne peut qu’aboutir, car :

           1 – Avant même que nous demandions à Dieu quoique ce soit, Lui, déjà, nous donne, et notamment la vie, instant après instant… « Si Dieu tournait vers Lui son cœur, s’il concentrait en Lui son souffle (symbole de l’Esprit Saint) et son haleine, toute chair expirerait à la fois et l’homme retournerait à la poussière » (Job 34,14-15 ; cf. Genèse 2,4b-7). Et cette vie que nous recevons de Lui est appelée à s’ouvrir librement et toujours davantage à la Vie qui jaillit sans cesse de Celui qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16) et Don (Siracide 11,17)[3], Soleil (Psaume 84(83),12), Source d’Eau Vive (Jérémie 2,13 ; Jean 4,10-14 ; Romains 6,23)…

     2 – Avant même que nous nous mettions à chercher Dieu, Lui nous cherche inlassablement jusqu’à ce qu’Il nous ait trouvés (Luc 15,4-10 ; Jean 4,23)… Et heureusement qu’il en est ainsi, car la conséquence la plus grave du péché est « l’oubli de Dieu » (Isaïe 17,10 ; Jérémie 2,32 ; 3,21 ; 13,25 ; 18,15 ; 23,27 ; Ezéchiel 22,12 ; 23,35 ; Osée 2,15 ; 13,6 ; Psaume 106(105),21) et donc « la non recherche de Dieu » (Romains 3,9-10) : « Juifs et Grecs, tous sont soumis au péché, comme il est écrit : Il n’est pas de juste, pas un seul, il n’en est pas de sensé, pas un qui recherche Dieu ». Mais Dieu, Lui, ne nous oublie jamais (Isaïe 49,13-16). Il se souvient toujours de l’Alliance qu’il a conclue avec toute chair, c’est-à-dire avec tout homme quel qu’il soit, cette Alliance qu’il a voulu mettre en œuvre avec et par Israël (Genèse 9,12-17 ; Lévitique 26,45 ; 2Maccabées 1,1-2 ; Ezéchiel 16,60 ; Psaume 111(110),5 ; Luc 1,72). Et il est parti à notre recherche par ses prophètes puis par son Fils qu’il a envoyé dans le monde pour que nous soyons tous rassemblés auprès de Lui dans l’Amour (Jean 12,51-52) : Jésus bon berger« Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10). Et puisque « Jésus‑Christ est le même hier et aujourd’hui, comme il le sera à jamais » (Hébreux 13,8), Ressuscité, il continue de chercher et de chercher encore, d’une manière ou d’une autre, tous les hommes qui, tous, sans exception, sont appelés à vivre éternellement de la Vie de Dieu, en sa Présence… Et ce mystère commence dès aujourd’hui pour les cœurs de bonne volonté qui s’ouvrent à cette Lumière qui, de toute façon, nous éclaire tous (Jean 1,1-5.9), et qui s’est tout spécialement manifestée en Jésus Christ, « le Sauveur du monde » (Jean 4,42 ; 8,12). Ainsi, celui qui cherche Dieu de tout son cœur ne pourra que le trouver, car il est déjà là, illuminant sa vie. « Cherchez le Royaume des cieux et sa justice », nous dit Jésus, pour ajouter juste après : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,31‑32)…

           3 – Enfin, avant même que nous nous mettions à frapper à la Porte du Royaume, Dieu depuis longtemps frappait à la porte de nos cœurs : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Apocalypse 3,20 ; Luc 19,5 avec Zachée qui nous représente tous). Celui qui répondra et ouvrira la porte, ne pourra donc que rencontrer le Seigneur, comme nous pouvons le lire dans le Livre de la Sagesse, où la figure de la Sagesse renvoie à Dieu Lui-même (Sagesse 6,12-16) :

    Esprit Saint « La Sagesse est brillante,

                               elle ne se flétrit pas.

   Elle se laisse facilement contempler

                               par ceux qui l’aiment,

     elle se laisse trouver

                              par ceux qui la cherchent.

     Elle prévient ceux qui la désirent en se faisant connaître la première.

     Qui se lève tôt pour la chercher n’aura pas à peiner : il la trouvera assise à sa porte.

     La prendre à cœur est en effet la perfection de l’intelligence,

     et qui veille à cause d’elle sera vite exempt de soucis.

     Car ceux qui sont dignes d’elle, elle-même va partout les chercher

     et sur les sentiers elle leur apparaît avec bienveillance,

     à chaque pensée elle va au-devant d’eux ».

Mais avec le Christ, « ceux qui sont dignes d’elle » sont avant tout « les publicains et les pécheurs » (Luc 15,1 ; 5,8) qui, de par leur misère, sont « dignes » de se laisser combler par la Miséricorde de Celui qui leur fera toujours bon accueil (Luc 15,2). A Sr Faustine, Jésus disait : « Ecris : Plus grande est la misère, plus grand est le droit à ma Miséricorde. Appelle toutes les âmes à la confiance en l’incroyable abîme de ma Miséricorde, car je désire les sauver toutes. La Source de ma Miséricorde a été grande ouverte par la lance quand j’étais sur la Croix. C’était pour toutes les âmes, je n’ai exclu personne ». Ainsi, le Christ ne condamne pas, il offre à chaque fois son pardon et nous invite à ne plus pécher mais plutôt à vivre selon sa Parole (Jean 8,10-11.51 ; 12,47 ; 14,15). Alors, heureux ceux et celles qui l’écouteront, « car celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui… Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui, et nous nous ferons une demeure auprès de lui » (Jean 14,21-23). Tel est « le ciel », ou encore « le Royaume des Cieux », une réalité déjà offerte dès ici-bas à notre foi…

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Ainsi, quoique nous fassions, Dieu, dans nos vies, nous devance toujours : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous as aimés le premier et qui a envoyé son Fils en victime offerte pour nos péchés » (1Jean 4,10)… Et grâce à ce pardon offert, il nous a été donné de connaître Celui qui, de son côté, nous connaît depuis toujours (Jérémie 31,34 ; Galates 4,8-9).

« Celui qui demande » ne pourra donc que recevoir tout ce qui nous est déjà donné en Jésus-Christ, et ce n’est rien de moins que Dieu Lui-même ! Le Père en effet nous a donné son Fils (Jean 6,32-33) « plein de grâce et de vérité » (Jean 1,14) pour qu’en recevant de Lui par la foi cette grâce et cette vérité qui l’habitent en plénitude (Jean 1,17), nous devenions à notre tour des fils et des filles de Dieu (Jean 1,12-13 ; 1Jean 3,1 ; Romains 8,14-17), à l’image et ressemblance du Fils Unique (Romains 8,29), vivants comme Lui de l’Esprit qui vient du Père…

prodigue« Celui qui cherche » ne pourra que trouver ce Fils que le Père a envoyé dans le monde pour « chercher et sauver ce qui était perdu »… Ainsi, ce n’est pas nous qui allons à Lui, mais c’est Lui qui vient à nous et nous devrions toujours être prêts, de cœur, à l’accueillir… « Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où Je Suis vous Soyez vous aussi »… Et Jésus est auprès du Père, uni au Père dans la communion d’un même Esprit, d’une même Paix, d’un même Amour… « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous »… « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui » (Jean 14,3.18.23)… Puisque Jésus est toujours Celui qui d’une manière ou d’une autre vient à nous, nous ne pourrons que le trouver si nous le cherchons de tout cœur et si nous acceptons de le recevoir non pas tel que nous voudrions qu’il soit mais tel qu’il veut se donner à nous dans l’instant présent de notre foi… De temps en temps, nous pourrons le sentir ou le pressentir, le plus souvent il échappera à notre emprise, mais toujours, il nous comblera de sa Paix qui est calme et silence au fond du cœur…

Feuille lumière vieEt Dieu réalise très concrètement tout ceci par le don de l’Esprit Saint qui récapitule et résume tous les dons qu’il veut nous communiquer (Galates 4,6 ; 5,22-23). En effet, Dieu qui, de toute façon, est à la source de tout ce qui existe, ne peut pas nous donner plus en nous donnant l’Esprit Saint car, en agissant ainsi, Il se donne Lui-même ! En effet, « Dieu est Esprit » (Jean 4,24) et « Il est Saint » (Psaume 99(98)). En nous offrant la grâce de l’Esprit Saint, Il nous donne de participer par grâce à ce qu’il est par nature (2Pierre 1,4)… Et c’est ainsi que les pécheurs sont « lavés, sanctifiés, justifiés, par le nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Corinthiens 6,11). « Les plus grands pécheurs pourraient devenir de très grands saints s’ils se fiaient à ma Miséricorde », a dit Jésus à Sr Faustine. « Mon cœur déborde d’amour pour tout ce que j’ai créé. Je trouve mes délices à justifier les âmes. Mon Royaume ici-bas, c’est ma Vie dans les âmes », une Vie qui nous est transmise par « l’Esprit qui vivifie » (Jean 6,63)…

Le Père a ainsi envoyé son Fils dans le monde pour lui communiquer toutes les richesses de son Esprit. Dieu veut donc, de toute la force de son cœur, que nous, pécheurs, nous devenions petit à petit, grâce à sa Patience et à son inépuisable Bonté, des femmes et des hommes « remplis » de son Esprit (cf. Luc 1,15.41.67 ; 2,40 avec Ephésiens 1,17 ; 4,1 ; Actes 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3.5.8 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9.52). C’est pour cela que Jésus insiste autant ici pour que nous demandions l’Esprit à notre Père du ciel. « Demander l’Esprit » sera en fait répondre à l’attente de Dieu et lui manifester notre désir libre et conscient de recevoir ce que Lui-même, en premier, veut nous donner. Voilà pourquoi cette prière ne peut qu’être exaucée, et l’Esprit se fera Présence humble, discrète mais souveraine et toute puissante de Celui qui est tout à la fois « doux et humble de cœur » mais aussi « miséricorde toute puissante » (Matthieu 11,29; Luc 1,49-50). Après avoir lu ce passage de St Luc, Ste Thérèse de Lisieux entra dans le bureau de sa Supérieure, et s’exclama : « Ma Mère ! Ma Mère ! Pour recevoir l’Esprit Saint, il suffit de le demander »…

Paris Surréalistes+annexesEt pour nous aider à grandir encore dans la confiance en l’exaucement d’une telle demande, Jésus prendra l’exemple très concret et très humain d’un père et de son fils. Certes, nous n’avons peut-être pas tous eu la chance d’avoir un bon « papa », mais lorsque tout se passe bien, nous savons qu’un père n’a qu’un seul désir : l’épanouissement de son fils. Et il fera tout pour qu’il en soit effectivement ainsi. Si, par exemple, ce dernier a faim et lui demande un poisson ou un œuf pour nourrir sa vie, son père lui donnera-t-il ce qui le conduirait à la mort : un scorpion ou un serpent venimeux ? Certainement pas ! Si donc « vous qui êtes mauvais », impudents ou égoïstes comme les deux hommes de la Parabole, « vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient », écrit St Matthieu (7,11), « car sa bonté est sans commune mesure avec celle des parents terrestres » (Hugues Cousin). Et en comparant ce dernier verset avec Luc 11,13, nous constatons à nouveau que « la bonne chose » par excellence que le Père du Ciel désire offrir à tous les hommes, ses enfants, est le don de l’Esprit Saint…

colombe_677Ainsi, au jour de notre baptême, nous avons tous été abreuvés par cet Unique Esprit (1Corinthiens 12,9.13 ; Ephésiens 4,1-6) déjà présent à notre cœur et à notre vie puisque c’est lui qui nous fait vivre (Genèse 2,4b-7) ! Mais cet Esprit, reçu librement, est appelé à s’épanouir dans toutes les dimensions de notre être pour devenir la Vie de notre vie, la Paix de nos cœurs, la Lumière de notre esprit, la force de notre faiblesse… Cet Esprit remplit les cœurs du Père, du Fils et du Saint Esprit[4]… Si, par notre « oui » tout simple à Dieu, il remplit aussi le nôtre, nous serons alors en communion avec le Père, le Fils et le Saint Esprit, et avec tous ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre, auront ouvert leur cœur à Dieu… Cet Esprit nous invitera tous à développer et à mettre en œuvre les dons que nous avons reçus pour le bien de tous ceux et celles qui nous entourent. Il pourra aussi nous communiquer tel ou tel « charisme » particulier pour le service de nos frères (1Corinthiens 12,4‑11). Ainsi, d’une manière ou d’une autre, chacun manifestera un aspect de l’insondable richesse de l’Esprit qui est tout à la fois celle du Père (Ephésiens 2,4‑10 ; 3,14-21 ; Philippiens 4,19 ; Romains 2,3-4 ; 11,33), du Fils (Ephésiens 3,8 ; 2Corinthiens 8,9) et du Saint Esprit… Et cette richesse est abondamment versée dans nos cœurs de pécheurs, ces vases qui, abandonnés à eux-mêmes, étaient voués à la perdition… Mais avec le Christ, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, « ces vases dignes de perdition » deviennent des « vases de miséricorde » remplis gratuitement et par amour des trésors de sa gloire (Romains 9,20-24 ; Ephésiens 1,7-8 ; 2Corinthiens 4,5-7 ; Matthieu 13,44-46)…

Jésus est vainqueur de Satan par l’Esprit Saint (Luc 11,14-26)

Ombre et lumièreJésus parle ? Ses auditeurs sont dans l’admiration (Luc 4,22 ; Jean 7,46)… Jésus agit ? Les foules sont dans l’admiration (Luc 11,14) et dans la joie (Luc 13,17) car partout où il passait, « il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui » (Actes 10,38). Mais face à cette Lumière de Dieu qui se révélait et agissait avec lui et par lui (Jean 3,2 ; Actes 2,22-24), si beaucoup l’acceptaient, certains lui résistaient comme c’est le cas ici… Et tel est le jugement : ce n’est pas Dieu qui juge (Jean 5,22), mais ce sont les hommes qui, par leur « oui » ou leur « non », se jugent eux-mêmes en sa Présence (Jean 3,16-21). Et puisque les ténèbres ne sont qu’un refus de la Lumière de Dieu qui éclaire tout l’univers visible et invisible, face au Christ Lumière du monde, elles ne peuvent que se manifester (Marc 1,21-24 ; Luc 8,26-28) et le refuser, le rejeter…

Et c’est bien ce qui se passe ici… Elles réagissent face au signe accompli par le Christ et jouent leur jeu habituel en accusant la vérité de mensonge, « en appelant le mal bien et le bien mal, en faisant des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, de l’amer le doux et du doux l’amer » (Jean 8,42-47 ; Isaïe 5,20). Elles jettent ainsi la confusion, la suspicion et le doute dans les esprits…

Tentation-de-Jésus-3Aussi Jésus qui chasse les démons grâce à l’action de Dieu son Père est-il accusé injustement de les chasser non pas par la Lumière mais par les ténèbres : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons » (Luc 11,15)… Notons aussi tout de suite que le fait de « réclamer à Jésus un signe venant du ciel » est apparenté à la même attitude de refus de la Lumière, un refus qui entraîne l’aveuglement des cœurs (2Corinthiens 4,3-4). En effet, ils demandent « un signe venant du ciel » et ils ont sous leurs yeux le plus beau signe qui soit : Jésus, le Verbe fait chair, le Fils de l’Homme, celui qui est « descendu du ciel pour donner la Vie au monde » (Jean 1,14 ; 3,13.31-32 ; 6,32-33.38-40.50-51.58). Mais Jésus répondra plus tard à cette demande de signe (Luc 11,29-32)…Remarquons malgré tout que là encore se vérifie à la fois l’invitation de Jésus, « demandez et l’on vous donnera », et le fait que Dieu nous précède toujours car au moment même où ils demandent « un signe venant du ciel » ils ont sous les yeux « le signe venant du ciel » que Dieu a voulu leur donner, Jésus de Nazareth, le fils de Marie… Mais ils l’attendaient autrement, ils se l’imaginaient autrement, et ils n’arrivent pas à reconnaître ce que Dieu leur donne… Puissions-nous donc accueillir et reconnaître la Présence de Dieu dans nos vies, non pas telle que nous voudrions qu’elle soit, mais telle qu’elle est déjà effectivement, dans la foi…

tentation jésus au désertEn parlant ainsi, « c’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons », les sceptiques accusent Jésus d’être un faux prophète qui accomplit des signes non pas pour ramener les cœurs à Dieu mais au contraire pour les tromper et les détourner de Lui. « Si quelque prophète ou faiseur de songes surgit au milieu de toi, s’il te propose un signe ou un prodige et qu’ensuite ce signe ou ce prodige annoncé arrive, s’il te dit alors : « Allons à la suite d’autres dieux (que tu n’as pas connus) et servons-les », tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète ni les songes de ce songeur… Ce prophète a prêché l’apostasie (« la révolte » (TOB), le reniement) envers Le Seigneur ton Dieu… et il t’aurait égaré loin de la voie où le Seigneur ton Dieu t’a ordonné de marcher » (Deutéronome 13,2-6). « Ainsi donc le critère ultime pour juger d’un prophète n’est pas la grandeur des miracles qu’il accomplit », aussi beaux soient-ils, « c’est la fidélité de son enseignement à la foi au Dieu unique ; un exorcisme qui détournerait le peuple de cette foi ne peut en aucun cas provenir de Dieu » (Hugues Cousin). Et on peut se souvenir par exemple des magiciens de Pharaon qui accomplissaient des signes semblables à ceux que Dieu faisait par Moïse, ou encore, dans les Actes des Apôtres, de « Simon, qui exerçait la magie et jetait le peuple de Samarie dans l’émerveillement. Il se disait quelqu’un de grand, et tous, du plus petit au plus grand, s’attachaient à lui. « Cet homme, disait-on, est la Puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande. » Ils s’attachaient donc à lui, parce qu’il y avait longtemps qu’il les tenait émerveillés par ses sortilèges » (Exode 7,11-12.22; 8,3 ; Matthieu 24,23-25, Actes 8,9-11).

Face à ces attaques, Jésus va tout d’abord faire appel au bon sens : si c’est par le Prince des démons qu’il chasse les démons, ce dernier va vite se retrouver tout seul et son royaume devenir une peau de chagrin… Et pourquoi acceptent-ils d’un côté les exorcismes pratiqués par leurs fils, tout en refusant de l’autre ceux accomplis par Jésus, le fils de Marie dont peut-être certains connaissent ses cousins, « Jacques, Joseph, Simon et Jude » (Matthieu 13,53-58) ? Cette agressivité vis-à-vis de Jésus ne manifeste-t-elle pas indirectement la vérité de son Mystère ? S’attaque-t-on à ce qui n’en vaut pas la peine ? Cherche-t-on à démolir ce qui est sans importance ? Aujourd’hui encore l’Eglise « Corps du Christ » est attaquée, méprisée… Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps… « Du moment qu’ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de sa maisonnée ! » (Matthieu 10,25 ; 24,9-13 ; Luc 21,12‑19 ; Jean 15,18-16,4.33). Et ceci est d’autant plus vrai que l’Eglise est une communauté de pécheurs avançant difficilement sur les chemins de la conversion… Si certaines fautes sont inacceptables et exigent d’être corrigées le plus rapidement possible, il n’en demeure pas moins que l’Eglise sera marquée jusqu’à la fin des temps par les limites et les faiblesses de ses membres, c’est-à-dire de nous tous… Mais elles sont autant Dieu-Amourd’occasions de témoigner de la Miséricorde et de la Patience infinie de notre Dieu qui révèle toute sa Tendresse au cœur de nos difficultés et toute sa force dans notre faiblesse (2Corinthiens 12,7-10). Bénéficiaires de cette Miséricorde qui nous permet, envers et contre tout, de poursuivre notre chemin à la suite du Christ, nous deviendrons à notre tour de plus en plus miséricordieux pour tous ceux et celles qui nous entourent (Luc 6,36 ; Matthieu 5,7 ; 18,21-22). Car il s’agit d’être « parfait » non pas d’une perfection humaine qui serait exempte de toute forme de limite ou de faiblesse, mais « comme Dieu est parfait ». Or la perfection de Dieu est celle de l’Amour et de la Miséricorde (Comparer Luc 6,36 et Matthieu 5,48 précédé par une invitation à l’amour des ennemis !). La mort du Christ en croix en fut la plus belle démonstration (Luc 23,33-34 ; Romains 5,6-8 ; Actes 3,13-16.25-26)…

Non, Jésus ne cherche pas à détourner de Dieu, bien au contraire. Toute sa prédication est centrée sur la Présence actuelle, mais offerte à la foi, du Royaume des Cieux: « Le Règne, l’action agissante de Dieu n’est plus seulement à venir pour ceux qui entourent Jésus, elle œuvre parmi eux ». Et les signes que Jésus accomplit en sont une démonstration éclatante pour les hommes et les femmes de bonne volonté : « Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Luc 11,20). Et tel est le grand cadeau que le Christ est venu nous révéler. Il est en effet le Fils Unique et Eternel de Dieu venu en ce monde pour que nos yeux s’ouvrent à cette Lumière (Jean 9,39 ; 12,46 ; 8,12) qui de toute façon nous éclairait déjà puisqu’elle éclaire tout homme venant en ce monde (Jean 1,9). Il est donc venu nous révéler une réalité qui existe depuis toujours et pour toujours, mais à laquelle nous étions devenus aveugles par suite du péché (Jean 12,40 qui cite Isaïe 6,9-10 ; cf. Jérémie 5,21). Et cette réalité apparaît dans toute sa pain de vivantsplendeur en sa personne puisqu’elle concerne avant tout cette relation de cœur que Dieu veut vivre avec chacun d’entre nous. En Jésus-Christ, en effet, elle est parfaite, car avec elle et par elle, le Fils reçoit tout de son Père, tout ce qu’Il Est, tout ce qu’Il vit (Jean 3,35 ; 5,26 ; 6,57) dans l’Amour de l’Esprit Saint. Reconnaissons donc cette Lumière qui jaillit du cœur du Christ, car il désire nous la communiquer à nous aussi. Alors, en relation avec Lui et par Lui avec le Père, nous vivrons comme Lui les mystères du Royaume : une relation de cœur avec Dieu notre Père par laquelle nous recevrons le don de sa Vie dans l’Amour de l’Esprit Saint. Et dans la foi, l’Esprit se fera la Lumière de nos cœurs pour que nous puissions « voir » et reconnaître ce que l’œil seul ne peut voir (Ephésiens 1,17-20). « En toi est la Source de Vie ; par ta Lumière, nous voyons la Lumière » dit le Psalmiste (Psaume 36(35),10 ; cf. Jean 1,4-5 ; 8,12 ; 6,63) et la Bible de Jérusalem donne en note : « A la “ lumière de la face ” de Dieu (Psaume 27(26),1 ; 89 16 ; Job 29, 2), expression de sa bienveillance (cf. Psaume 4,7), l’homme trouve la lumière du bonheur ». Or cette Lumière s’est pleinement manifestée en Jésus-Christ… C’est pourquoi il disait à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Bien des prophètes et des rois ont voulu le voir et ne l’ont pas vu » (Matthieu 13,16-17)…

Bandeau-st-Esprit
Et nous pouvons noter que L’Esprit Saint apparaît à nouveau ici comme le Maître d’œuvre par lequel la volonté de Dieu s’accomplit. En St Luc, nous lisons en effet que « c’est par le doigt de Dieu » que Jésus expulse les démons (Luc 11,20). En St Matthieu, il le fait « par l’Esprit de Dieu » (Matthieu 12,28). Le parallèle entre les deux invite à appeler L’Esprit Saint « le doigt de Dieu », une expression qui renvoie au Livre de l’Exode où Dieu écrit sa Loi sur les deux tables de pierre avec « son doigt » (Exode 31,18). St Paul reprendra cette image en disant que la Loi Nouvelle de l’Amour, dans le cadre de la Nouvelle Alliance, n’est plus écrite par Dieu sur des tables de pierre, mais par le Christ, « sur des tables de chair, sur les cœurs », « non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant » (2Corinthiens 3,3). C’est donc toujours par « son doigt », par « l’Esprit » que Dieu accomplit cette œuvre, comme toutes les autres œuvres d’ailleurs. Ainsi, lorsque les magiciens de Pharaon voient les moustiques s’abattrent sur le pays d’Egypte, une plaie contre laquelle ils ne peuvent rien faire, ils reconnaissent que tout se passe comme Moïse l’avait annoncé (cf. Exode 7,14-18.26-29 ; 8,16-19…) et ils disent à Pharaon : « C’est le doigt de Dieu » (Exode 8,15), ou encore, cette action porte la signature de Dieu… « Cette expression de l’Ancien Testament désigne l’intervention concrète et directe de Dieu dans le monde »[5]. Ainsi, quelque soit « l’intervention concrète et directe de Dieu dans le monde », elle sera toujours mise en œuvre par l’Esprit Saint…

Ce principe général s’applique au combat spirituel. Ainsi, lorsque Jésus était avec ses disciples, il veillait sur eux et les gardait du Mauvais (Jean 17,12.15). Ressuscité, il continue de le faire par l’Esprit Saint, cette Troisième Personne de la Trinité que le Père nous envoie à la prière de son Fils pour qu’il soit pour toujours avec nous. Le Fils défendait ses disciples ? Dorénavant, l’Esprit Saint fera de même (Matthieu 10,17-20). Mais l’influence bienfaisante de cette Présence ne peut que s’accueillir dans l’amour, c’est-à-dire dans le désir sincère de vivre le mieux possible selon la Parole du Christ. C’est pour cela qu’avant de parler à ses disciples de la venue « d’un autre Défenseur », qui le remplacera auprès d’eux après sa mort, sa Résurrection et son Ascension auprès du Père, Jésus met en premier le fait de « garder ses commandements » (Jean 14,15-17) :

     « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ;

     et je prierai le Père

     et il vous donnera un autre Paraclet[6], pour qu’il soit avec vous à jamais,

     l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir,

     parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît.

     Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera ».

Et c’est cet Esprit Saint qui se battra avec nous et pour nous contre tout ce qui s’oppose à ce que nous vivions le mieux possible en relation de cœur avec Dieu. Ainsi « les armes de notre combat ne sont pas charnelles » (2Corinthiens 10,4), mais spirituelles : ce sont « les armes de Lumière » que nous communique, par l’Esprit Saint, Celui-là seul qui est Lumière (1Jean 1,5). Et il s’agit de les « revêtir » (Romains 13,12) comme on revêt une armure pour tenir bon face aux attaques de l’adversaire (Ephésiens 6,10-17 ; 1Thessaloniciens 5,8). Mais cette armure est en fait le Christ Lui-même, Celui que nous avons « revêtu » au jour de notre bapteme - remise du vetement blanc-2baptême et que le vêtement blanc des nouveaux baptisés symbolise (Galates 3,26-28). C’est vers Lui désormais qu’il faut se tourner de tout cœur en se détournant du mal (Romains 13,14 ; Ephésiens 4,17-24) et en lui demandant qu’il vienne à notre aide par la force de l’Esprit (2Timothée 1,7 ; 1Corinthiens 10,13). Alors le Christ règnera dans nos cœurs et dans nos vie par son Esprit. Unis à Lui dans la communion de cet Esprit, si le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir sur le Christ, il n’aura aussi aucun pouvoir sur nous (Jean 14,30). Si la Lumière du Christ brille dans les ténèbres sans que celles-ci puissent la retenir (Jean 1,4-5), elle brillera aussi en nos cœurs et remportera la victoire sur tout ce qui s’oppose à elle (Colossiens 1,13-14). Notre première préoccupation devrait donc être notre relation au Christ. C’est vers Lui qu’il s’agit de tourner toute notre attention, et c’est Lui qui nous protègera de toutes les influences mauvaises et nous gardera dans sa Paix (Philippiens 4,4-7). En nous abandonnant entre ses mains et en le laissant agir, plus rien ne nous troublera, ou du moins à tous nos troubles offerts au Christ dans le combat de la foi succèdera la Paix, sa Paix (Jean 14,1.27). Mais il nous faut pour cela grandir dans la confiance en luttant contre la peur, car c’est par elle que le Prince de ce monde a prise sur nous. Mais nous la vaincrons par la prière en acceptant le plus possible de lâcher prise pour laisser le Christ agir en nous selon sa Parole (Matthieu 8,23-27 ; 14,22-33 ; Jean 6,16-21)… Cette attitude devrait être pour nous continuelle (Ephésiens 6,18-20), comme une « manière de vivre », car « le démon comme un lion rugissant va et vient à la recherche de sa proie » (1Pierre 5,8). Il s’agit donc de veiller et de lui résister avec le Christ, « fermes dans la foi »… Car il nous prévient : lorsque notre maison intérieure est balayée et bien en ordre, l’esprit mauvais qu’il a chassé peut prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui, entrer de nouveau si l’on y prend garde, et l’état final serait pire qu’au début (Luc 11,24-26), un état pitoyable car le mal ne peut pas apporter la vraie joie ni le vrai bonheur… Mais une telle perspective ne doit pas nous effrayer par avance : elle n’échapperait pas au pouvoir de Jésus. Il suffit de se rappeler le cas de Marie Madeleine qui avait été libérée de « sept démons » (Luc 8,1-2)…

marie-madeleine

Le signe de Jonas (Luc 11,29-32)

Jésus répond maintenant à ceux qui, dans leur aveuglement, lui demandaient un signe alors qu’ils avaient sous les yeux le Fils Unique de Dieu en son humanité, le plus beau signe qui soit de la Présence vivante et agissante de Dieu… Mais à la Lumière du Fils Unique de Dieu, le jugement se fait aussitôt : ceux qui croyaient voir et se flattaient de voir restent dans les ténèbres de leur cœur aveuglé par l’orgueil. Tandis que ceux qui, pleins de bonne volonté, acceptaient humblement de faire la vérité en disant simplement les choses telles qu’elles étaient, passaient aussitôt des ténèbres à la Lumière (Jean 9,39-41). Mais remarquons que ceux qui acceptaient ainsi de suivre leur conscience étaient déjà sans le savoir « en Dieu » (cf. Jean 3,21). C’est Lui en effet qui a donné à l’homme une conscience, ce foyer de lumière qui participe déjà quelque part à sa Lumière. En étant docile à leur conscience, ils étaient dociles à la Lumière de la Vérité, et donc déjà à Celui qui se présentait à eux comme « le Chemin, la Vérité et la Vie », « la Lumière du monde », cette même « Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jean 14,6 ; 8,12 ; 1,9) au plus profond de son cœur…

 Coeur de Jésus- Paray le Monial

En St Matthieu (Matthieu 12,38-42), « le signe de Jonas » renvoie à cet épisode où le prophète « fut dans le monstre marin durant trois jours et trois nuits. De même, le Fils de l’Homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits ». Le parallèle avec la Passion, la mort, la mise au tombeau et la Résurrection de Jésus est alors claire… Et Dieu ne laissera alors aux incrédules que le signe du tombeau vide… Mais St Luc ne fait pas du tout allusion à cet épisode. « Le signe de Jonas » peut alors être interprété différemment comme renvoyant à l’activité du prophète qui appela Ninive à la conversion. Et la réussite, une surprise pour lui, fut totale (Jonas 3) : « le roi, les hommes et même les bêtes firent pénitence en jeûnant et en se couvrant de sacs. De même cette génération n’aura pas d’autre signe que le Fils de l’Homme et sa prédication : le seul signe, c’est l’invitation à la conversion. N’allons pas trop vite juger que Dieu et son Christ ont été avares de signes. La parabole du riche et de Lazare soulignera justement que celui qui ne se convertit pas en écoutant la Parole de Dieu ne le ferait pas plus en voyant un mort ressusciter (Luc 16,31) »[7].

Lumière dans les coeursJésus prend ensuite comme exemple « la Reine du Midi », la « Reine de Saba » qui avait entendu parler de la Sagesse de Salomon, une Sagesse qui est toujours présentée dans la Bible comme étant un don de Dieu (1Rois 3,4-15 ; 5,9-14 ; Sagesse 9,1-18). Mais elle n’avait pas « voulu croire ce qu’on disait avant de venir et de voir de ses yeux ». Elle vint donc « éprouver Salomon par des énigmes » et « Salomon l’éclaira sur toutes ces questions : aucune ne fut pour le roi un secret qu’il ne put élucider ». Et la Reine de Saba sut reconnaître humblement la vérité : « Vraiment, on ne m’en avait pas appris la moitié : tu surpasses en sagesse et en prospérité la renommée dont j’ai eu l’écho » (1Rois 10,1-13). En reconnaissant la vérité de la sagesse de Salomon, elle reconnaissait, sans le savoir, la vérité de la Sagesse de Dieu : son cœur était ouvert à la vérité, et donc à Dieu Lui-même qui Est Vérité… Sans en avoir explicitement conscience, elle disait « Oui ! » à Dieu en disant « Oui ! » à la vérité présente en Salomon… Aussi, dit Jésus, « elle se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera[8] » en continuant de faire la vérité avec Celui qui n’est que Vérité… Et « les hommes de Ninive » feront de même car en croyant à ce que disait le prophète Jonas, et ils avaient reconnu humblement que leur conduite était mauvaise… Et là encore, croire en Jonas c’était croire en Dieu qui mettait sa Parole dans la bouche de son prophète. Le texte dit d’ailleurs, juste après la proclamation de Jonas : « Ils crurent en Dieu ». Et le roi de Ninive écrira : « On se couvrira de sacs, on criera vers Dieu avec force, et chacun se détournera de sa mauvaise conduite et de l’iniquité que commettent ses mains » (Jonas 3,5.8). Ainsi, bien avant la venue du Verbe fait chair, des femmes et des hommes païens qui vivaient dans un contexte religieux tout autre que celui d’Israël, étaient-ils déjà du côté de Dieu en étant de tout cœur ouverts à la vérité… Et Jésus nous les présente toujours ainsi au ciel, parmi les « sauvés »… La perspective est universelle, dépassant non seulement les frontières géographiques, mais encore celles du temps…

Visage de JésusNotons enfin que ceux qui se croyaient « sauvés » de par leur seule appartenance religieuse se retrouvent en fait parmi « les condamnés » : « Il ne suffit pas de me dire « Seigneur ! Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des Cieux, mais il faut faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux ! » (Matthieu 7,21-23). Et aujourd’hui encore, tant d’hommes et de femmes, sans appartenance religieuse ou d’une autre appartenance religieuse que la nôtre, l’accomplissent en étant fidèles à ce qu’ils ont perçu de la vérité !

Jésus conclut enfin par deux images qui se rejoignent (Luc 11,33-36) : il est cette Lumière que Dieu a envoyée au milieu des hommes pour qu’ils puissent en percevoir la clarté. Mais seul le cœur de bonne volonté, ouvert à la vérité, saura la reconnaître et l’accueillir. Heureux alors sera-t-il car toute sa vie en sera illuminée, et lui-même sera lumineux tout entier (Ephésiens 5,8-9)…

                                                                                                                D. Jacques Fournier

 

[1] La Bible de Jérusalem donne en note pour ce verset : « Après le départ du Christ, c’est l’Esprit qui le remplace auprès des fidèles (Jean 14,16-17 ; 16,7). Il est le “ Paraclet ”, l’avocat qui intercède auprès du Père (1 Jean 2,1), ou qui plaide devant les tribunaux humains (Jean 15,26-27 ; cf. Luc 12,11-12 ; Matthieu 10,19-20 ; Actes 5,32) ; il est l’Esprit de vérité (Jean 8,32) qui mène à la vérité tout entière (Jean 16,13), faisant comprendre la personnalité mystérieuse du Christ : comment il accomplit les Ecritures (Jean 5,39), quel était le sens de ses paroles (Jean 2,19), de ses actes, de ses “ signes ” (Jean 14,16 ; 16,13 ; 1 Jean 2,20s ; 2,27 ; Romains 8,16), toutes choses que les disciples n’avaient pas comprises auparavant (Jean 2,22 ; 12,16 ; 13,7 ; 20,9). Par là, l’Esprit rendra témoignage au Christ (Jean 15,26 ; 1 Jean 5,6-7), et confondra l’incrédulité du monde (Jean 16,8-11 ; Luc 24,49 ; Romains 5, 5) ».

[2] Le texte grec officiel du Nouveau Testament a un futur, repris par la TOB et la Bible de Jérusalem (« et à qui frappe on ouvrira »). Mais il signale qu’il existe « un considérable degré de doute » car beaucoup de manuscrits anciens, dont R75, un papyrus du début du troisième siècle après Jésus-Christ, ont bien un présent…

[3] La traduction grecque de l’Ancien Testament (la Septante) pourrait être traduite ainsi : « le fait que le Seigneur donne demeure pour les (hommes) pieux », c’est-à-dire ceux qui de leur côté demeurent tournés de cœur vers Celui qui n’est que Don…

[4] Attention à la difficulté de notre vocabulaire : « Père », « Fils » et « Saint Esprit » sont ici des noms propres employés pour désigner les Trois Personnes divines. Mais le mot « Esprit » est aussi utilisé pour décrire la nature divine : dans un tel cas, nous dirons que le Père est Esprit, le Fils est Esprit et l’Esprit Saint est Esprit. Cette nature divine « Esprit » correspond alors à ce que nous appelons aussi « la grâce » que Dieu communique à notre esprit… Chaque fois que nous rencontrons l’expression « Esprit Saint », nous devons donc nous demander si nous parlons de « l’Esprit Saint » Troisième Personne de la Trinité (Jean 14,15-17) ou de « l’Esprit Saint » nature divine (Matthieu 3,11)… Mais le plus souvent, les deux sens se rejoignent car c’est « l’Esprit Saint Personne divine » qui vient nous communiquer « l’Esprit Saint nature divine » et nous donner de participer ainsi à ce qu’Il Est selon notre condition de créature… Comme l’écrit le P. Congar : « L’Esprit Saint se cache derrière ses dons »…

[5] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 692.

[6] « Paraclet » du grec paravklhto” « celui qui est appelé auprès de », comme peut l’être un avocat, un défenseur, un consolateur, un intercesseur, un conseiller…

[7] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 694.

[8] Ceci n’est qu’une manière de parler, car Dieu ne condamne personne (Jean 3,16-18 ; 5,22 ; 8,10-11), tout comme ceux et celles qui se sont ouverts en vérité à la Lumière de sa Miséricorde et vivent en communion avec Lui (Colossiens 3,13 ; Philippiens 2,1-5 ; Luc 6,36-38 ; Matthieu 5,7). Mais face à Dieu, c’est-à-dire face à la Vérité, ce sont les hommes qui se jugeront eux-mêmes. En l’acceptant, ils s’ouvriront du même coup à la Miséricorde et au Pardon, car la Vérité de Dieu en est indissociable. Alors, tout ce qui n’a pas été accompli dans la Vérité de l’Amour disparaîtra, et eux seront sauvés « comme à travers le feu » (cf. 1Corinthiens 3,10-15). Mais s’ils refusent cette Vérité, ils se condamneront eux-mêmes…

 

Fiche n°14 – Lc 11,5-36 : cliquez sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Vivre du Dieu “Source de Vie”…

« Dieu est Esprit » nous dit St Jean (Jn 4,24) et il a créé l’homme « esprit » pour lui donner de pouvoir participer à ce qu’Il Est Lui-même. Notre « esprit » peut ainsi être comparé à une « capacité spirituelle » que Dieu désire « remplir » de ce qu’Il Est Lui‑même : son Esprit qui est Vie…

Le prophète Jérémie présente ainsi deux fois « Dieu » comme étant « une Source d’Eau Vive » :

Jr 2,13 : « Mon peuple a commis deux crimes :

Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive,

pour se creuser des citernes,

citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau. »

Source 3

Jr 17,13 : « Espoir d’Israël, Yahvé,

tous ceux qui t’abandonnent seront honteux,

ceux qui se détournent de toi seront inscrits dans la terre,

car ils ont abandonné la source d’eaux vives, Yahvé. »

Le Psaume 36 présente également Dieu comme une Source :

Ps 36,10 : « En toi (Seigneur) est la source de vie,

par ta lumière nous voyons la lumière. »

St Jean reprendra l’image de l’Eau Vive en expliquant qu’elle représente l’Esprit de Dieu, et donc ce que Dieu Est en Lui-même :

Jésus Miséricordieux

 Jn 7,37-39 : « Le dernier jour de la fête, le grand jour,                                                     Jésus, debout, s’écria :

Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive,                                                      

              celui qui croit en moi !  

selon le mot de l’Écriture :                                                                                        

             De son sein couleront des fleuves d’eau vive.

Il parlait de l’Esprit                                                                                          

             que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui »…

Et puisque Dieu nous a tous créés pour être remplis de l’Eau Vive de son Esprit, tous les hommes ont un désir spirituel, une faim spirituelle, une soif spirituelle… Comme image, nous pouvons prendre notre corps qui a été créé pour vivre de ce qu’il reçoit : nourriture et boisson… Pour cela il dispose d’un « estomac » qui est « capacité corporelle » destinée à être remplie de ce pour quoi elle a été faite… Et lorsque notre « estomac » est vide, tout le corps réclame de la nourriture : nous avons faim, nous ne pouvons plus vivre pleinement, nous expérimentons une souffrance, un mal-être général… Par contre, quand il est plein, nous ressentons une impression de bien-être. Il en est de même de notre dimension spirituelle… Lorsque notre esprit ou notre cœur est vide des réalités spirituelles pour lesquelles il a été créé, nous expérimentons un manque, une faim, une soif de plénitude, le désir d’un bonheur profond qui n’est pas au rendez-vous, un mal-être difficile à exprimer, une tristesse générale mêlée de souffrance et d’angoisse… Et pourtant, Dieu n’a qu’un seul désir : le remplir, car il nous a tous créés pour cela…

C’est pourquoi le psalmiste exprime ce désir avec l’image de « la soif de Dieu », car il est une révélation indirecte de ce pour quoi nous avons tous été créés : pour être remplis de l’Esprit de Dieu, cette « Eau Vive » qui est Plénitude de Vie, de Paix et donc Bonheur profond, la seule qui peut combler notre soif profonde…

Cerf altéré - St Clément RomePs 42,2-3 :

« Comme un cerf altéré cherche l’eau vive,

        ainsi mon âme te cherche, toi, mon Dieu.

Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant.

Quand pourrai-je m’avancer,

          paraître face à Dieu ? »

Or, comme le disait le prophète Jérémie, en abandonnant Dieu « Source d’Eau Vive », l’homme se prive par lui-même de la Plénitude de cette Eau Vive, la Plénitude de la Vie éternelle… Mais comme nous avons tous été créés pour être comblés, pour être heureux, l’homme va se lancer dans une quête éperdue de bonheur… Et il le cherchera dans une recherche effrénée des plaisirs de la vie, du pouvoir, de l’argent, des réalités matérielles… Mais s’il est sincère avec lui-même, il ne pourra que constater que le vrai bonheur n’est toujours pas au rendez-vous… Alors, faut-il « avoir » plus ? Il essaiera, sans résultats… Peut-être faut-il être plus haut placé dans la société ? Il essaiera, sans résultats… Toutes ces quêtes sont comme des citernes qu’il prend beaucoup de peine à creuser en espérant qu’un jour elles seront pleines d’eau, et donc de vie, de promesses de vie, de rassasiement, de bonheur… Mais comme l’écrit Jérémie, elles sont fissurées dès le départ … Elles ne peuvent retenir l’eau et offrir le vrai bonheur, la vraie vie… L’espérance de plénitude ne peut qu’être déçue… Pire, le fait qu’elles soient à sec est synonyme de mort…

Le Père va donc envoyer le Fils dans le monde pour donner aux hommes de pouvoir retrouver avec Lui le chemin qui conduit à Dieu et donc à l’Eau Vive de l’Esprit qui ne cesse de jaillir de Lui pour combler ses créatures… « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait St Augustin. Le Christ est ainsi venu offrir aux hommes, gratuitement, par amour, cette Plénitude d’Esprit et donc de Vie pour laquelle nous avons tous été créés…

Jésus et la SamaritaineDans l’Evangile selon St Jean, au chapitre 4, Jésus est présenté comme étant assis près d’un puits… Cette image visible est la révélation invisible de ce qu’Il Est de toute éternité : le Fils qui est tourné vers le Père « Source d’Eau Vive ». Voilà ce qu’il reçoit de Lui depuis toujours et pour toujours : l’Eau Vive de l’Esprit. Or, si Dieu est Esprit (Jn 4,24), ce mot « Esprit » suffit à lui seul pour évoquer le mystère de la nature divine, c’est-à-dire ce que Dieu Est en Lui-même. St Jean dira également « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) et deux fois « Dieu est Amour » (1Jn 1,4,8.16). Ces trois mots expriment donc des aspects d’une seule et unique réalité : cette nature divine que le Père donne au Fils de toute éternité. Et nous confessons du Fils dans notre Crédo : « Il est Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré non pas créé, de même nature que le Père »…

Ainsi, Jésus assis près du puits est une image du Fils toujours près du Père, tourné de cœur vers le Père (Jn 1,18), recevant du Père la Vie que le Père a en lui-même (Jn 5,26). Et il va dire « J’ai soif » à une femme samaritaine… En effet, il est « fatigué par la marche » et « c’était environ la sixième heure, c’est-à-dire midi ». La Samaritaine va s’étonner que Jésus lui adresse la Parole car la Loi interdisait à un homme d’aborder une femme seule, et les Juifs n’entretenaient pas de relations avec les Samaritains, leurs ennemis « héréditaires »… Mais Jésus fait tomber toutes ces barrières car il a, lui, le désir de partager avec elle ce Don de la Plénitude de l’Esprit qu’il ne cesse de recevoir de son Père et qui comble son cœur… Alors, il va lui mettre « l’eau à la bouche » et lui parler de cette Eau Vive en espérant que viendra le moment où elle aussi lui dira « J’ai soif » de recevoir cette Vie dont tu me parles…

Jn 4,10 : Jésus lui dit :

A – Si tu savais le don de Dieu                         Le Don de Dieu est évoqué

                   B – et qui est celui qui te dit :        Jésus demande à la femme

                                    C – Donne-moi à boire,                                      Donne-moi à boire

                   B’ – c’est toi qui l’aurais prié          La femme aurait demandé à Jésus

A’ – et il t’aurait donné de l’eau vive.                Le Don de Dieu est précisé : l’Eau Vive

Le texte est très bien construit : Jésus dit à la Samaritaine « Donne-moi à boire » pour qu’un jour la Samaritaine lui dise « Donne-moi à boire »… Jésus lui révèle ainsi le Don qu’il est venu offrir à tous les hommes : l’Eau Vive de l’Esprit, la seule réalité capable de remplir nos cœurs et donc de nous offrir la vraie Vie, le vrai Bonheur… Voilà pourquoi il nous invite à le demander en St Luc avec une incroyable insistance :

Lc 11,9-13 : « Et moi, je vous dis :

A – demandez et l’on vous donnera ;

         B – cherchez et vous trouverez ;

                  C – frappez et l’on vous ouvrira.

 A’ – Car quiconque demande reçoit ;

           B’ – qui cherche trouve ;

                   C’ – et à qui frappe on ouvrira.

Exemple I – Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson,

                             et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ?

Exemple II – Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ?

Conclusion : A – Si donc vous, qui êtes mauvais,

                                  B – vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,

                        A’ – combien plus le Père du ciel       (qui est infiniment bon)

                                    B’ – donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Demander, librement, manifestera alors notre désir de recevoir… Et nous ne pourrons qu’être exaucés car la Source n’a pas attendu notre demande pour couler : elle coule de toute éternité… Le Psalmiste exprime également ce Mystère de l’Amour de Dieu avec l’image du Soleil… Dieu est un Soleil, il ne cesse de briller, il ne cesse de donner la Lumière et il est Lumière… Autrement dit, il ne cesse de donner ce qu’il est en Lui‑même… Dieu est Esprit ? Il est Source, et ne cesse de donner l’Eau Vive de l’Esprit… Se tourner de tout cœur vers Lui, c’est déjà recevoir, gratuitement, par amour… Nous retrouvons cette phrase de Ste Thérèse de Lisieux, à appliquer littéralement à Dieu qui est Amour, et tout spécialement au Père : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». Dieu est Esprit ? Il donne l’Esprit… Dieu est Lumière, Soleil ? Il donne la Lumière…

Dieu Soleil

Ps 84,12 : « Le Seigneur Dieu est un Soleil…

                             Il donne la grâce,

                                    il donne la gloire »…

Alors, si nous répondons à l’appel de Dieu, « repentez-vous, tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, tous les lointains de la terre » (Is 45,22), en tournant notre cœur vers la Source d’Eau Vive, nous serons intérieurement comme un jardin tout irrigué :

jardin arroséIs 58,11 : « Le Seigneur sans cesse te conduira,

il te rassasiera dans les lieux arides,

il donnera la vigueur à tes os,

et tu seras comme un jardin arrosé,

comme une source jaillissante 

                       dont les eaux ne tarissent pas.»

                                                                                   

C’est ce que dit Jésus à la Samaritaine :

Jn 4,13-14 : « Jésus lui dit :

Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ;

mais qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ;

l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. »

Herbe-arrosée-300x183Et comme « un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a été donné du ciel » (Jn 3,27), celui qui a, c’est qu’il a reçu… S’il a reçu, c’est qu’il est tourné vers Dieu et ouvert à Dieu. Et comme Dieu est Source, il recevra et recevra encore : « C’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein » (Lc 6,38)…

Et le Christ va mourir sur la croix pour que nous puissions recevoir cette Eau Vive de l’Esprit. Là encore, le corporel est signe visible du spirituel. Un soldat romain va transpercer son cœur d’où s’écouleront sur la terre toute « l’eau et le sang » qui le remplissaient (Jn 19,33-35). Or dans la Bible, les deux sont symbole de vie. Ainsi, le cœur « spirituel » est désormais ouvert à tous les hommes et de lui s’écoule pour eux la Plénitude de l’Eau Vive de l’Esprit qui le remplit et qu’il reçoit de son Père de toute éternité… Avec Lui et par Lui, une Source a jailli en ce monde pour combler notre soif intérieure…

Waterfall

Joël 4,18 :

« Une source jaillira de la maison de Yahvé

et arrosera le ravin des Acacias »…

Deux images de l’Ancien Testament sont accomplies. Celle du Rocher :

Ex 17,1-7 : Toute la communauté des Israélites partit du désert de Sîn, sur l’ordre de Yahvé,

            et ils campèrent à Rephidim. Or il n’y avait pas d’eau à boire pour le peuple.

( 2)             Celui-ci s’en prit à Moïse; ils dirent : Donne-nous de l’eau, que nous buvions !

            Moïse leur dit : Pourquoi vous en prenez-vous à moi ?

            Pourquoi mettez-vous Yahvé à l’épreuve ?

( 3)             Le peuple y souffrit de la soif, le peuple murmura contre Moïse et dit :

            Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ?

            Est-ce pour me faire mourir de soif, moi, mes enfants et mes bêtes ?

( 4)             Moïse cria vers Yahvé en disant : Que ferai-je pour ce peuple ?

            Encore un peu et ils me lapideront.

( 5) Yahvé dit à Moïse : Passe en tête du peuple et prends avec toi quelques anciens d’Israël ;

            prends en main ton bâton, celui dont tu as frappé le Fleuve, et va.

( 6)             Voici que je vais me tenir devant toi, là sur le rocher (en Horeb),

            tu frapperas le rocher, l’eau en sortira et le peuple boira.

            C’est ce que fit Moïse, aux yeux des anciens d’Israël.

( 7)             Il donna à ce lieu le nom de Massa et Meriba,

            parce que les Israélites cherchèrent querelle

            et parce qu’ils mirent Yahvé à l’épreuve en disant :

            Yahvé est-il au milieu de nous, ou non ?

Ce texte sera très souvent repris par la suite (Nb 20,1-13 ; Is 48,21 ; Ps 78,15-16 ; 105,41 ; 114,8 ; Sg 11,4). Et l’image du rocher renvoie dans la Bible au Mystère de Dieu (Ps 18,3 ; 18,32 ; 18,47 ; 19,15 ; 28,1 ; 31,4…).

St Paul dira que ce rocher dans le Livre de l’Exode, c’était le Christ…

Jésus Miséricordieux1Co 10,1-4 : « Je ne veux pas que vous l’ignoriez, frères :

nos pères ont tous été sous la nuée,                                                                                          

tous ont passé à travers la mer,

tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer,

tous ont mangé le même aliment spirituel

et tous ont bu le même breuvage spirituel

ils buvaient en effet à un rocher spirituel                                                                                               

qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ. »

Avec le Christ et par le Christ, vrai homme et vrai Dieu, c’est Dieu Lui-même qui a été frappé et l’Eau Vive de sa Vie s’écoule en Plénitude sur les hommes pécheurs qui l’ont frappé pour les guérir petit à petit de leur méchanceté et leur donner enfin d’aimer…

La deuxième image est celle du Temple.

            Ez 47, 1-12 : « Il me ramena à l’entrée du Temple,

            et voici que de l’eau sortait de dessous le seuil du Temple, vers l’orient,

            car le Temple était tourné vers l’orient.

            L’eau descendait de dessous le côté droit du Temple, au sud de l’autel.

(2)             Il me fit sortir par le porche septentrional et me fit faire le tour extérieur,

            jusqu’au porche extérieur qui regarde l’orient,

            et voici que l’eau coulait du côté droit.

(3)             L’homme s’éloigna vers l’orient, avec le cordeau qu’il avait en main,

            et mesura mille coudées;

            alors il me fit traverser le cours d’eau :

                        j’avais de l’eau jusqu’aux chevilles.

(4)             Il en mesura encore mille et me fit traverser le cours d’eau

                        j’avais de l’eau jusqu’aux genoux.            

            Il en mesura encore mille et me fit traverser le cours d’eau :

                        j’avais de l’eau jusqu’aux reins.

(5)             Il en mesura encore mille,

                        et c’était un torrent que je ne pus traverser,

                        car l’eau avait grossi pour devenir une eau profonde, un fleuve infranchissable.

Fleuve abondant

(6)             Alors il me dit : As-tu vu, fils d’homme?  

            Il me conduisit puis me ramena au bord du torrent.

(7)             Et lorsque je revins, voici qu’au bord du torrent

            il y avait une quantité d’arbres de chaque côté.

(8)             Il me dit : Cette eau s’en va vers le district oriental, elle descend dans la Araba

et se dirige vers la mer ; elle se déverse dans la mer en sorte que ses eaux deviennent saines.

(9)             Partout où passera le torrent, tout être vivant qui y fourmille vivra.

            Le poisson sera très abondant, car là où cette eau pénètre, elle assainit,

            et la vie se développe partout où va le torrent.

Réplique de la mosaïque de Madaba

Réplique de la mosaïque de Madaba (6° s) : le Jourdain (et ses poissons) se jette dans la Mer Morte, la Araba…

(10)             Sur le rivage, il y aura des pêcheurs.

            Depuis En-Gaddi jusqu’à En-Églayim des filets seront tendus.

  Les poissons seront de même espèce que les poissons de la Grande mer, et très nombreux.

(11)       Mais ses marais et ses lagunes ne seront pas assainis, ils seront abandonnés au sel.

(12)      Au bord du torrent, sur chacune de ses rives, croîtront toutes sortes d’arbres fruitiers

            dont le feuillage ne se flétrira pas et dont les fruits ne cesseront pas :

            ils produiront chaque mois des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire.

            Les fruits seront une nourriture et les feuilles un remède. »

oranger

Le Christ en se présentant comme le vrai « Sanctuaire de Dieu » (Jn 2,13-22), car « le Père est en lui » (Jn 14,11 ; 17,21), accomplira ce texte… Et de son côté ouvert sur la Croix, le côté droit (Ez 47,2) d’après le Linceul de Turin, coulera en surabondance l’Eau Vive de l’Esprit qui purifie et rend la vie aux cœurs blessés par la mort du péché. Ce même Esprit nourrit et donne de porter du fruit en tout temps, des fruits pour la vie des autres… Et même les feuilles deviennent des remèdes pour guérir les malades. Ainsi, grâce à l’Esprit, ceux et celles qui le reçoivent contribuent à la vie du monde en tout ce qu’ils sont et en tout ce qu’ils font… Telle est l’Eglise qui, en témoignant de ce qu’elle a reçu elle-même de la Miséricorde de Dieu, travaille à ce que le plus possible de pécheurs puissent eux aussi vivre ce qu’elle a vécu. «  Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour », dit le Ressuscité à ses disciples, « et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins » (Lc 24,46-48), les heureux témoins…

                                                                                                                      D. Jacques Fournier

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La Prière du « Notre Père » (Luc 11,1-4)

   Une nouvelle section commence ici avec un enseignement sur la prière. L’entrée en matière est des plus vagues : Jésus est « quelque part » à prier. Mais ses disciples en le regardant prier sont subjugués. Ils pressentent une Beauté, une Vie, une Joie discrète et profonde et ils aimeraient eux aussi vivre ce que Jésus vit… « Seigneur, apprends-nous à prier »… Leur question rejoint son désir : le Fils est en effet venu en ce monde pour donner à tous ceux et celles qui croiront en lui de pouvoir vraiment devenir comme Lui, des fils et des filles de Dieu (Jean 1,11-12), à l’image et ressemblance du Fils Unique (Romains 8,28-30). Ils vivront ainsi avec le Fils une relation semblable à celle que le Fils vit avec son Père (Comparer Jean 8,29 et Matthieu 28,20 ; Jean 14,10-11 et Jean 6,56 ; Jean 1,14 et Jean 1,17 ; Jean 5,19-20 et Jean 15,5 ; Jean 17,8 et Jean 17,20 ; noter aussi tous les « comme », ou les « de même » en Jean 6,57 ; 10,14-15 ; 15,9-10 ; 17,18 ; 17,21). Et puisque le Fils est UN avec le Père, c’est-à-dire uni à Lui dans la communion d’un même Esprit (Jean 4,24), d’une même Lumière (1Jean 1,5), d’un même Amour (1Jean 4,8.16), unis au Fils ils seront eux aussi unis au Père. Regardant le Fils, ils verront la gloire du Père (Jean 14,9 ; 1,14). Ecoutant le Fils, ils écouteront le Père (Jean 12,50)… Le Fils est ainsi le Chemin qui nous mène vers son Père et notre Père (Jean 14,6 ; 20,17), et c’est l’Esprit du Fils, reçu par notre foi au Fils, qui nous pousse à prier comme le Fils et à appeler Dieu : « Abba, Père » (Romains 8,14-17 ; Galates 4,4-7)…

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)

Jésus va donc inviter ses disciples à entrer dans le mystère de sa prière, et pour les guider (Il est le Chemin), il va leur donner les mots justes qui les aideront à se tourner vers le Père en toute vérité. Et l’Esprit de Vérité se joindra toujours à ces Paroles de Vérité pour entraîner ceux et celles qui les reprendront de tout cœur dans un mystère de communion et de Vie avec le Père, en un seul Esprit (Ephésiens 2,18 ; Jean 6,63.68 ; 16,13). Ainsi, grâce à la Présence et à l’œuvre de l’Esprit Saint, les mots cessent de n’être que des mots : ils deviennent « vie », la « vie » des enfants de Dieu qui, à la suite de Jésus, appellent leur Créateur : « Papa » (Marc 14,35-36 ; Matthieu 11,25-27)…

La structure du Notre Père

Deux évangélistes nous ont transmis « la » Prière du Chrétien : St Matthieu (6,9-13) et St Luc (11,1-4). Dans les deux cas, le Notre Père se divise en deux parties. Dans la première, le croyant est invité à se tourner vers Dieu pour souhaiter le plein accomplissement de son projet sur l’humanité tout entière (pronom personnel « ton, ta » ; deux souhaits pour St Luc, trois pour St Matthieu). Dans la seconde, il adresse à Dieu son Père trois demandes pour le bien fondamental de tout homme (pronom personnel « nous »).

Ainsi, « le Notre Père nous apprend à porter d’abord notre regard vers Dieu, vers son Nom, son Règne, sa Volonté, avant de le porter sur notre communauté terrestre. Notre situation concrète et nos véritables besoins ne peuvent être compris que si nous envisageons d’abord notre Père, ses objectifs, son oeuvre” (J. Delorme). Jésus enseigne là, en quelque sorte, toute une pédagogie de la prière : avant de demander à Dieu de combler ses propres besoins, le croyant se met devant Lui dans une attitude d’humble adoration, donnant la priorité à la réalisation du dessein d’amour de Dieu sur le monde »[1].

 

Matthieu 6,9-14

Luc 11,2-4

Invocation

Notre Père qui est aux cieux,

 

Trois souhaits

           1 – que ton Nom soit sanctifié ;

(10) 2 – que ton règne vienne ;

           3 – que ta volonté soit faite

                     sur la terre comme au ciel 

Trois demandes

(11) 1 – donne nous aujourd’hui

                            notre pain quotidien,

(12) 2 – et remets-nous nos dettes

  comme nous aussi nous avons remis

                                     à nos débiteurs ;

(13) 3 – et ne nous introduis pas

(traduction littérale) (+)

                                 dans la tentation,

     mais délivre-nous du mal (du Mauvais).

 Invocation

Père,

 

Deux souhaits

     1 – que ton Nom soit sanctifié ;

     2 – que ton règne vienne ;

 

 

Trois demandes

(3) 1 – donne nous chaque jour

                              notre pain quotidien

(4) 2 – et remets-nous nos péchés car nous-mêmes nous pardonnons aussi

à tous ceux qui ont une dette envers nous

     3 – et ne nous introduis pas

(traduction littérale) (+)

                                dans la tentation.

(+) (Nous verrons plus loin pourquoi il vaut mieux traduire cette expression par : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».)

 

Nous remarquons que le « Notre Père » de St Matthieu est plus long que celui de St Luc (cf. texte supplémentaire en italique) : l’invocation initiale est plus solennelle, et des éléments nouveaux apparaissent à la fin de chacune des deux parties. De plus, n’oublions pas que St Matthieu est un Juif qui écrit pour des Juifs, contrairement à St Luc qui, païen, s’adresse à des païens. Or, pour un Juif, Dieu est « le Dieu du Ciel » (Jonas 1,9 ; Psaume 136 (135),25-26 ; Néhémie 1,4-11), « le Dieu qui est au ciel » (Lamentations 3,41 ; Qohélet (Ecclésiaste) 5,1 ; Psaume 123(122),1 ; 1Rois 8,30.32.34.36.39.43.45.49). Il est donc tout à fait normal qu’il l’appelle ainsi. De plus, avec cette Loi qu’il a donnée à Moïse au sommet du Mont Sinaï (Exode 20,1‑17), tout se résume pour Israël à « faire la volonté de Dieu », c’est-à-dire à « garder ses commandements », à les « mettre en pratique » (Deutéronome 4,40 ; 5,29-31 ; 6,1-2). Alors, pour St Matthieu, « que ta volonté soit faite » est un élément incontournable de toute prière.

St LucToutes ces remarques laissent donc supposer que St Luc nous a transmis la forme primitive du Notre Père, un texte auquel St Matthieu a rajouté méthodiquement à la fin de chacune des deux parties les éléments qui lui sont propres… Nous retrouvons ici un fait constant de la révélation : la Parole que Dieu a voulu nous transmettre par son Fils a été rédigée par des hommes avec le soutien et la lumière de l’Esprit Saint. Ces derniers vivaient à une époque donnée, dans une communauté déterminée, et ils avaient chacun une éducation, une personnalité, une sensibilité différentes… Tous ces éléments se retrouvent dans leurs œuvres vis-à-vis desquelles ils ont agi en vrais auteurs. Mais l’Esprit de Dieu aussi était là, éclairant le tout de sa lumière et faisant en sorte que le message qu’il désirait nous communiquer nous parvienne effectivement… Dieu veut en effet nous associer à son œuvre, et il le fait par le don de cet Esprit qui l’habite en plénitude, Lui et son Fils. Et puisque nous avons tous part à ce même Esprit, que nous pouvons appeler notamment « l’Esprit du Christ », nous formons tous ensemble « le Corps du Christ » (Ephésiens 4,1-6 ; 1Corinthiens 12,12-30), cette communauté de croyants qui essaye de vivre le mieux possible ce mystère de communion avec le Christ qui lui est gratuitement offert, jour après jour, par ce Dieu qui n’est que Miséricorde ! Avec elle et par elle, le Christ ressuscité continue d’annoncer au monde d’aujourd’hui la Bonne Nouvelle du Salut (2Corinthiens 2,14-3,3 ; 13,2-3 ; 1Corinthiens 15,9-10 ; Galates 2,20). Ce regard de foi nous invite à la confiance vis-à-vis de l’Eglise, malgré toutes les imperfections, les faiblesses et les limites de ceux et celles qui la constituent, c’est-à-dire… de nous tous ! Et c’est de cette Eglise « Corps du Christ », que nous avons reçu la Prière du Christ, la prière du Fils qui nous invite à la dire et à la redire à sa suite pour que, tous ensemble, nous devenions avec lui des fils et des filles de Dieu.

Jésus christJésus nous invite donc tous à mettre « le Père » à la première place dans notre prière et dans notre vie. C’est vers Lui que doivent se tourner notre regard et notre cœur, car c’est Lui qui nous a tous créés à son image et ressemblance (Genèse 1,26-28), c’est Lui qui nous a fait devenir des êtres vivants en nous donnant d’avoir part à son Souffle de Vie (Genèse 2,4b-7), l’Esprit Saint. Et c’est toujours Lui qui veut faire grandir en chacun d’entre nous cette vie de l’Esprit, la vie des fils et des filles de Dieu (Jean 1,12-13 ; 3,3-8 ; 20,19-23). La perspective est alors universelle, et St Luc y est particulièrement attentif. En effet, si l’expression initiale de St Matthieu, « notre Père », renvoie plus particulièrement à la communauté chrétienne qui se tourne vers Dieu en l’appelant ainsi, celle de St Luc, « Père », plus sobre, plus dépouillée, s’ouvre implicitement à l’humanité tout entière appelée à former une seule et même famille autour de Dieu, son Créateur et Père. Le chrétien apparaît alors comme celui que Dieu appelle par son Fils à vivre pleinement sa vocation d’enfant de Dieu, en communion avec tous ceux et celles qui partagent sa foi en appelant Dieu « Notre Père », et dans un regard de bienveillance et de fraternité vis-à-vis de tous les hommes, ses frères …

Therese noviceLa prière du « Notre Père » doit aussi nous rappeler la proximité de Dieu et de son action au cœur de notre vie. Jésus ne cessait de proclamer : « Le Royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 4,17). Et il disait aussi : « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton père qui est là dans le secret » (Matthieu 6,6). Lorsque nous disons « Notre Père qui est aux cieux », nous nous adressons donc à quelqu’un qui est tout en même temps « tout proche », « dans notre chambre », et « aux cieux ». Ste Thérèse de Lisieux écrivait : « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai, mais pour être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur cette terre. »

En fait, « le ciel » ne désigne pas pour un chrétien un lieu, mais un état, et par suite « une manière d’être »[2]… Il est « l’état » de celui qui s’est ouvert tout entier à l’action réconciliatrice, purificatrice, vivifiante et bienfaisante de Dieu… Grâce à Lui, nos péchés sont pardonnés, et plus rien désormais ne peut nous séparer de son amour manifesté dans le Christ (Romains 8,35-39). Par le baptême, « Dieu nous a arrachés à l’empire des ténèbres et il nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé en qui nous avons la rédemption et le pardon des péchés » (Colossiens 1,13-14)… Car « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés ! Avec lui, Il nous a ressuscités ; avec Lui, il nous a fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus » (Ephésiens 2,4-6).

Dans la foi, « le ciel » est donc déjà commencé ici-bas, sur cette terre… Certes, Dieu reste le Tout Autre, l’Insaisissable, l’Incomparable. Mais Il est là, Présent à notre cœur et à notre vie, tout proche de chacun d’entre nous… Lorsque nous prions le « Notre Père » seuls, dans le secret de notre « chambre », nous nous ouvrons à cette Présence, nous consentons à son action, et nous découvrons aussitôt un mystère de Tendresse, de Miséricorde, de Vie et de Paix. Et dans la foi, nous rejoignons tous ceux et celles qui, de par le monde, lui adressent la même prière dans un même mystère de proximité et de communion dans l’Unique Esprit…

Dieu-Amour

De plus, cette prière que le Fils nous a apprise vient en fait du Père Lui-même, car tout ce que dit Jésus est Parole du Père (Jean 17,7-8). Si Dieu, par son Fils, a mis ces mots sur nos lèvres, c’est donc que Lui, le premier, désire que nous l’appelions « Père » car, de son côté, il l’est déjà, de toute éternité, et pour tous. De plus, Il désire aussi que nous nous ouvrions à Lui et à son œuvre car dans son Amour, il veut nous donner notre pain de chaque jour, nous pardonner nos offenses et nous délivrer de tout mal. Mais comme il a un infini respect pour notre liberté – et telle est la logique de l’amour qui ne peut contraindre l’autre à aimer – il nous offre par son Fils ces paroles qui nous font demander ce qu’il veut nous donner. Les reprendre avec confiance sera donc lui dire « Oui ! » comme Marie, un « Oui ! » qui ne pourra que déboucher sur la louange et l’action de grâces face à tous ces bienfaits qui ne pourront que nous combler… Et Dieu sera le premier à être heureux de pouvoir nous communiquer ce qu’il sait être à la source de notre vraie Vie…

prodigueSi nous acceptons de nous engager sur le chemin régulier de la prière, nous prendrons mieux conscience de cette réalité, et nous grandirons, jour après jour, dans la confiance en ce Dieu qui est avant tout un Père plein de tendresse et d’amour (Psaume 103(102),1-13 ; Jérémie 3,19 ; 31,20 ; Osée 2,20-22 ; Psaume 25(24),4-10 ; 116(114-115),5-12), un Père qui prend soin de chacun de ses enfants (Osée 11,1-4 ; Isaïe 49,13‑16 ; 66,12‑13) et qui désire que leur vie soit la plus belle possible. Appeler Dieu « Notre Père » nous invite ainsi à retrouver un cœur d’enfant (Marc 10,13-16 ; Matthieu 18,1-4) dans la certitude que le Père s’occupe très concrètement de chacun d’entre nous (Matthieu 6,7-8 ; 6,25-34) avec la Toute Puissance de sa Tendresse, de son Amour et de sa Miséricorde.

« Un jour, j’entrai dans la cellule de notre chère petite Sœur (Ste Thérèse de Lisieux) et je fus saisie par son expression de grand recueillement. Elle cousait avec activité et cependant semblait perdue dans une contemplation profonde : « A quoi pensez-vous ? », lui demandai-je. « Je médite le Notre Père », me répondit-elle. « C’est si doux d’appeler le bon Dieu « Notre Père »… » Et des larmes brillèrent dans ses yeux ».

Comme l’écrit le Catéchisme de l’Eglise Catholique, « nous pouvons invoquer Dieu comme “Père” parce qu’Il nous est révélé par son Fils devenu homme et que son Esprit nous Le fait connaître. Ce que l’homme ne peut concevoir ni les puissances angéliques entrevoir, la relation personnelle du Fils vers le Père, voici que l’Esprit du Fils nous y fait participer, nous qui croyons que Jésus est le Christ et que nous sommes nés de Dieu. Quand nous prions le Père, nous sommes en communion avec Lui et avec son Fils Jésus-Christ. C’est alors que nous Le connaissons et le reconnaissons dans un émerveillement toujours nouveau »[3]

Que ton Nom soit sanctifié…

“Que soit magnifié et sanctifié son grand Nom dans le monde qu’il a créé selon sa volonté” (Prière juive du Qaddish).

Le Nom, dans le langage biblique, renvoie au mystère de la personne qui le porte. Ainsi, dans le Magnificat « Saint est son Nom » (Luc 1,49) signifie « Saint est le Seigneur ».

Quant au mot « saint », il vient, en hébreu, d’un verbe dont le sens premier est « couper, séparer, mettre à part ». Dieu est « saint » en tant qu’Il est « à part » de tout, « séparé » de tout, unique, le seul qui peut pleinement s’appeler « JE SUIS » (Exode 3,13-15), le seul à Etre ce qu’Il Est. Mais attention, parler ainsi ne veut pas dire que le Tout Autre n’est pas aussi le Tout Proche. C’est même justement parce qu’il est le « Tout Autre » qu’il peut aussi être « le Tout Proche », s’occupant particulièrement et en même temps de chacune de ses créatures comme si elle était unique à ses yeux… La notion de sainteté renvoie donc à ce que Dieu Est en Lui‑même, à sa nature divine, à ce qui fait que Dieu est Dieu (Osée 11,9).

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Remarquons maintenant que dans l’expression « Que ton Nom soit sanctifié », la forme passive du verbe sanctifier ne précise pas qui est le sujet de l’action. Et nous allons voir, à la lumière de quelques textes de l’Ancien Testament, que le premier à sanctifier le Nom de Dieu est Dieu Lui-même ! Et il le fait en agissant selon ce qu’il Est… Il manifeste alors le mystère de sa Sainteté[4] : une Miséricorde infinie et toute Puissante (Luc 1,49-50). Les bénéficiaires de cette action de Dieu seront alors invités à dire autour d’eux toutes les merveilles que Dieu a faites pour eux, et quel est le « visage de Dieu » qu’ils ont perçu à travers ses œuvres. Ils contribueront ainsi pour leur part à ce que « le Nom de Dieu soit sanctifié »…

Le Dieu Saint va donc commencer par sanctifier son peuple en étant au milieu de lui (Exode 33,12-17) et en lui donnant sa Loi (Exode 20,1-17). Par elle, il désire le maintenir au cœur de son Alliance et l’aider à vivre jour après jour en sa présence… Alors, ils seront son peuple, et Lui sera leur Dieu (Deutéronome 26,16-19)…

Israël, de son côté, « se sanctifiera » en prenant à cœur d’obéir fidèlement aux commandements du Seigneur (Lévitique 20,7-8)… En se sanctifiant, il sanctifiera le Nom de son Dieu aux yeux des nations païennes (Lévitique 22,31-33) qui constateront à quel point le Peuple de Dieu est un Peuple comblé par toutes sortes de bénédictions sur cette terre que le Seigneur lui a donnée (Deutéronome 2,7 ; 7,12-14 ; 11,26-28[5] ; 12,4-7 ; 28,1-14 ; 30,19-20) …

Fleurs...

Mais hélas, l’histoire d’Israël, au lieu d’être une « sanctification du Nom de Dieu », sera plutôt une profanation de ce Nom qui est invoqué sur eux… La multitude de leurs infidélités les a conduits à être la risée de toutes les nations… De plus, ils se sont souillés par toutes sortes de pratiques idolâtriques, par lesquelles ils ont renié ouvertement le Nom de leur Dieu à la face du monde… Aussi, plutôt que de rester dans cette Terre Promise que Dieu leur avait donnée, une Terre qui ruisselle de lait et de miel – symbole de l’abondance des dons de Dieu – (Exode 3,8.17), ils ont été dispersés parmi les nations… Mais Dieu annonce qu’il va « sanctifier son Nom » (Ezéchiel 36,22-28), c’est-à-dire manifester le Mystère de sa Sainteté, montrer Qui Il Est… Et que fera-t-il pour cela ? Il ira tout d’abord Lui-même à la recherche de ceux et celles que le péché a égarés, dispersés. Il les prendra un à un (Ezéchiel 34,11-16 ; cf Luc 15,4-7; Jean 14,1-3), il les rassemblera autour de Lui (cf. Jean 11,49-52 ; 17,24) et les ramènera en ce Royaume d’où ils n’auraient jamais dû partir. Puis il répandra sur eux une eau pure et les purifiera de toutes leurs souillures, de toutes leurs ordures… Pas une n’échappera à la Toute Puissance de sa Miséricorde, aussi énorme soit-elle… Il enlèvera « leur cœur de pierre », ce cœur dur et froid, et il leur donnera « un cœur de chair » pour qu’ils soient plus humains les uns envers les autres. Et il leur donnera d’avoir part à « son propre Esprit » qui les gardera dans la fidélité à son Nom…

OLYMPUS DIGITAL CAMERATout ceci, il l’accomplira finalement par son Fils Jésus Christ et par l’Esprit Saint qu’il mettra en eux (Jean 14,15-17). Cet Esprit sera « l’eau pure » annoncée par le prophète Ezéchiel (36,22-28) : elle les lavera, les justifiera, les sanctifiera (1Corinthiens 6,9-11) et les guérira petit à petit de leurs blessures (Jérémie 3,22). Elle les fortifiera, les affermira (Ephésiens 3,16 ; 2Timothée 1,7), les invitera à se relever et à changer leurs comportements d’autrefois (Galates 5,25 ; 5,16-24 ; Ephésiens 5,1-11). L’Esprit sera en eux le principe d’une création nouvelle (Tite 3,4-7 ; Jean 3,3-8 ; 2Corinthiens 5,17-21), enfin libre (2Corinthiens 3,17). Sa Présence leur apportera un dynamisme de Vie qui les poussera à un agir nouveau. Mais cette guérison intérieure, œuvre de l’Esprit, demandera du temps, de la patience, et une remise continuelle et incessante de leur vie entre les mains de Sa Miséricorde. Et il faudra accepter, jour après jour, de recommencer et de recommencer encore, en s’appuyant sur cette Présence invisible et bienveillante de l’Esprit toujours offerte à notre foi…

Miséricorde Toute Puissante de Dieu : tel est pour Marie le mystère de sa Sainteté (Luc 1,49-50). Logo année de la MiséricordeAinsi, lorsque Dieu « sanctifie son Nom », il agit selon son incroyable Miséricorde et manifeste ainsi l’infini de sa Patience, de sa Tendresse et de son Amour. Reconnais que « l’infinie bonté de Dieu, sa patience, sa générosité te poussent au repentir » (Romains 2,4)… Ce désir d’agir pour chacun d’entre nous en mettant en œuvre les inépuisables richesses de sa Miséricorde sont si fortes, que Dieu nous a donné ce qu’il avait de plus cher (Jean 3,16-17; 6,32-33) : son Fils Unique, Celui qui fait sa Joie de toute éternité, cet Astre d’en Haut qui nous a visités « dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Luc 1,76-79). Tout, dans sa vie, ne fut que manifestation, en actes et en Paroles, de la Miséricorde de Dieu qui n’a qu’un seul désir : notre guérison profonde, notre retour des ténèbres à son admirable Lumière (Jean 12,46), de l’esclavage du péché à la liberté d’une vie en sa Présence (Jean 8,31-36 ; Luc 1,68-75 ; Ephésiens 1,3-6).

Et puisque ce désir de notre salut est le désir premier qui habite le cœur de Dieu, son vœu le plus cher, le Père va mettre en notre bouche par son Fils les Paroles qui susciteront en nous le désir de nous ouvrir à son action, et de découvrir ainsi grâce à elle et par elle « Qui » Il Est : Miséricorde et Bonté infinie… Alors répondons à son attente, et prions avec ses mots à Lui. « Que ton Nom soit sanctifié », c’est-à-dire que tous les hommes découvrent vraiment « Qui » tu Es, en faisant l’expérience au plus profond d’eux-mêmes de ta Miséricorde et de ta Tendresse… Et si nous acceptons de recevoir jour après jour ce pardon gratuit qui nous relève, nous arrache à nos ténèbres et nous transfère auprès de Lui dans sa Lumière et dans sa Paix, alors notre vie tout entière changera, de pardon en pardon. Et nous serons heureux de pouvoir offrir à notre tour autour de nous, pour en avoir bénéficié tant et tant de fois, un pardon qui relève et redonne l’espérance et la joie, la joie de Vivre … Nous voudrons pour les autres ce que nous avons nous-mêmes vécu (1Timothée 1,12-17). Nous deviendrons des artisans de Miséricorde et de Paix (Matthieu 5,7-9).

 

Que ton Règne vienne

Cette seconde demande rejoint en fait la précédente, car Dieu ne peut qu’agir selon ce qu’Il Est. Or Il n’Est qu’Amour, Miséricorde, Tendresse et Paix. Lorsque nous disons « Que ton Règne vienne », nous souhaitons que « l’Amour, la Miséricorde, la Tendresse et la Paix de Dieu règnent au cœur des hommes ». Si tel est le cas, ils seront les premiers à en être profondément heureux. Mais pour qu’il en soit vraiment ainsi, il faudra qu’ils se fassent « pauvres de cœur » et qu’ils acceptent de recevoir gratuitement les dons de Dieu que nul ne mérite (Matthieu 5,3)… Et si vraiment Dieu règne en leur cœur, son Amour règnera sur la haine (Ephésiens 2,13-18), sa Douceur et sa Paix sur la violence (Matthieu 11,29 ; 2Corinthiens 10,1 ; Galates 5,22-23 et donc Ephésiens 4,26 ; Galates 6,1-2 ; Ephésiens 4,1-6 ; Colossiens 3,12-15 et enfin Matthieu 5,4 !), sa Vérité sur le Mensonge (Jean 14,6 ; 14,15-17 et grâce à lui, ce qui est vrai du Christ sera aussi vrai pour chacun d’entre nous : Jean 14,30 ; 8,44 avec 12,31 ; Ephésiens 4,25), sa Justice sur l’injustice (Romains 3,21-26)… Et petit à petit, ceux et celles qui s’ouvriront à cette action de Dieu dans leur vie deviendront plus humains, plus doux, plus vrais, plus justes… Et la vie en ce monde sera moins difficile et plus belle pour tous, en attendant cette Jérusalem d’en haut où il n’y aura plus du tout cette fois « de pleurs, de cris, de peines, car l’ancien monde s’en sera allé » (Apocalypse 21,1-4)…

foule

Ce « Règne de Dieu » s’est concrètement manifesté dans l’histoire d’Israël à l’occasion de la catastrophe nationale que fut, en 587 avant JC, la défaite face à Nabuchodonosor, Roi de Babylone. Le prophète Jérémie avait pourtant prévenu, de la part de Dieu, qu’il ne fallait pas chercher à lui résister. On l’avait alors accusé de trahison, de collaboration avec l’ennemi, pour ensuite le persécuter… Aussi, lorsque beaucoup d’entre les Israélites se retrouvèrent déportés à Babylone, ils regrettèrent amèrement leur désobéissance (cf Psaume 137(136)) : tout ce qu’ils vivaient n’était en fait que la conséquence de leurs fautes (Jérémie 3,25 ; 14,7-9 ; 14,20‑22). Et maintenant que le Temple était détruit, les fils du roi assassinés et le pays anéanti, leur espérance aussi était morte… Mais Dieu ne va pas les abandonner … Dans leur souffrance, dont ils sont pourtant responsables, il va leur envoyer ses prophètes pour qu’ils leur adressent de sa part des paroles de consolation : « Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur, parlez au cœur de Jérusalem » (Cette dernière expression appartient au langage de l’amour : cf. Genèse 34,1‑3). Et si autrefois il fallait acheter tel ou tel animal et l’offrir en sacrifice pour recevoir le pardon (cf. Lévitique 4-5), Isaïe est chargé d’annoncer au Peuple « qu’ils ont reçu de la main du Seigneur deux fois le prix » qu’il aurait fallu débourser pour toutes « leurs fautes » : Dieu leur offre donc son pardon en surabondance… St Paul dira beaucoup plus tard la même chose : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5,20). De plus, Isaïe affirme que Dieu en Personne va venir et il sauvera son Peuple de la main de ses ennemis. BonPasteurEn ce jour-là, « Il portera les agneaux sur son cœur et conduira doucement les brebis mères ». Il ramènera tout son troupeau sur sa terre (Isaïe 40,1-11 ; 41,8-14 ; 43,1-7)… Les messagers doivent donc crier la Bonne Nouvelle : « Voici votre Dieu ! » (Isaïe 40,9), « Ton Dieu règne ! ». Et cette dernière expression est synonyme en Isaïe 52,7-12 de « paix », de « bonté » (TOB), de « salut », de « joie », « d’acclamation » (TOB), de « consolation », de « réconfort » (TOB), et de Présence de Dieu au milieu de son Peuple pour « marcher à sa tête » et être tout en même temps « son arrière-garde ». Il veut en effet les conduire du pays de l’esclavage, de l’oppression et de la souffrance en ce pays où Il sera pour eux « Source d’Eau Vive » (Jérémie 2,13 ; Isaïe 41,17‑18), de Paix et de Joie (Isaïe 54,10 ; 55,12 ; 57,18-19 ; 66,12-13).

Jean-BaptisteJean-Baptiste se présentera, dans tous les Evangiles, en reprenant les premières paroles du chapitre 40 d’Isaïe : il est « la Voix de celui qui crie dans la désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Matthieu 3,3 ; Marc 1,3 ; Luc 3,4-6 ; Jean 1,23). Avec cette citation, il renvoie à tout le contexte de ce chapitre d’Isaïe : le temps de la consolation est arrivé pour tous les pécheurs que nous sommes. En Jésus-Christ, Dieu Lui-même vient marcher au milieu de nous pour nous proposer le Règne de sa Miséricorde, de son Pardon, de sa Tendresse et de sa Paix. Avec et par son Fils, il se fera notre Bon Pasteur pour que nous tous, brebis égarées, nous puissions retrouver avec Lui le chemin qui conduit à la Maison du Père (Luc 15,4-7 ; Jean 10,11‑15 ; 14,1-6).

« Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ». Telles sont, de fait, les toutes premières paroles de Jean-Baptiste dans l’Evangile de Matthieu (3,1-2). Et en St Marc, celles de Jésus sont : « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (1,15). En effet, « le Verbe s’est fait chair » (Jean 1,14). Par son Incarnation, le Fils nous a rejoints dans notre condition humaine, et puisqu’il vit de toute éternité uni à son Père dans la communion d’un même Amour, avec Lui et par Lui, Dieu le Père s’offre à chacun d’entre nous pour que sa Lumière règne sur nos ténèbres, et sa Vie dans notre vie… Alors, grâce à Jésus dont le nom signifie « Dieu sauve », il nous sera donné de participer à ce que le Fils vit en Plénitude (Colossiens 2,9). Lui-même est en effet l’exemple parfait d’un homme vivant pleinement les mystères du Royaume, c’est-à-dire une vie en communion avec Dieu dans l’unité de l’Esprit. Avec Lui et par Lui, nous découvrons ce qu’est le Règne de Dieu pour y entrer à notre tour par le « Oui ! » de notre foi : « nous avons libre accès auprès du Père en un seul Esprit » (Ephésiens 2,18 ; 1Jean 1,1-4)…

Jesus et les Douze Apôtres

Lorsque Jésus, en St Luc, commencera son ministère public, il présentera son programme d’action en citant à nouveau le prophète Isaïe : « L’Esprit du seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Luc 4,18-19). Et tout ceci sera résumé un peu plus loin par la seule formule de « l’annonce de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu » (Luc 4,43). Cette Bonne Nouvelle est donc avant tout celle du Règne inconditionnel, illimité et toujours offert de la Miséricorde sur nos misères qui nous emprisonnent, nous rendent esclaves, nous oppriment, nous aveuglent et nous défigurent… Mais par l’Amour et le Pardon de Dieu offerts gratuitement en Jésus-Christ, tous les captifs et les opprimés que nous sommes sont appelés à faire dès maintenant l’expérience de la vraie liberté (Jean 8,31-36), une expérience qui est synonyme de Plénitude de Vie… Puissions-nous tous accueillir de tout cœur cette Bonne Nouvelle, et jour après jour, le Christ se fera le compagnon de nos luttes pour nous aider à demeurer en cette liberté, grâce à son soutien, à son pardon et à la force de son Esprit (Galates 5,1 ; Romains 6,1-14 ; 8,13)…

coeur blanc

Et tous les signes accomplis par le Christ dans les Evangiles ne sont destinés qu’à nous aider à croire que le Règne de Dieu est vraiment arrivé jusqu’à nous : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Matthieu 12,28 ; Jean 10,36-38). Avec le Fils de Dieu présent au milieu des hommes, la Lumière de Celui qui n’est que Lumière (1Jean 1,5) est déjà à l’œuvre, et c’est elle qui chassera toutes nos ténèbres (Jean 1,5 ; 12,46). Elle s’est révélée en plénitude sur le visage du Christ Transfiguré (Matthieu 17,1-2), et au Jour de sa Résurrection (Actes 9,3-6 ; 22,6-9 ; 26,12-15). Maintenant, dans la foi, elle frappe à la porte de nos cœurs (Apocalypse 3,20 avec Jean 8,12), notamment par la Parole de Vie que proclame l’Eglise (2Pierre 1,19 avec Luc 1,78‑79), une Parole à laquelle se joint toujours l’Esprit Saint pour lui rendre témoignage (Jean 15,26) en illuminant les cœurs par sa Présence (Ephésiens 1,17-19). Et sa Lumière est Vie (Jean 8,12)…

Parole-de-Dieu

Le Règne de Dieu est donc déjà là, tout proche, offert à notre foi, mais il doit encore venir dans le cœur de tous ceux et celles qui ne l’ont pas encore accueilli. Il doit aussi venir dans nos cœurs pour éclairer toutes ces zones d’ombre qui nous habitent encore. Alors, il viendra aussi très concrètement dans ce monde par les actes que poseront tous ceux et celles qui lui auront ouvert leur cœur… Il viendra enfin en Plénitude, lorsque le Christ Ressuscité reviendra au dernier Jour pour l’établir de façon définitive. Alors, la Communion sera parfaite, communion avec Dieu et communion entre les hommes en un unique Esprit (Ephésiens 4,1-6 ; 2Corinthiens 13,13). Dieu sera tout en tous (1Corinthiens 15,24-28), et toute l’humanité sauvée, nous l’espérons, pourra lui rendre grâce pour ce Royaume des Cieux qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17).

Mais pour l’instant nous ne pouvons que prier pour que ce Royaume déjà présent, déjà offert à notre foi, soit accueilli encore et encore, qu’il grandisse dans les cœurs de ceux et celles qui ont commencé à le recevoir, que tous puissent enfin en bénéficier… « Que ton Règne vienne », « Viens, Seigneur Jésus » (Apocalypse 22,20)…


Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Nous retrouvons, avec ce troisième souhait propre à St Matthieu, un trait caractéristique de sa culture juive. Pour un Juif en effet, la religion est avant tout un « faire » ou un « ne pas faire », en accord avec la Loi que Dieu a donnée à Moïse. Dans ce contexte, « que ta volonté soit faite » vise avant tout l’agir de l’homme en accord avec la volonté de Dieu exprimée par la Loi.

Mais dans l’Evangile, St Matthieu n’utilise pas ici ce verbe « faire » qu’il connaît pourtant si bien. Il écrit littéralement « qu’advienne ta volonté », un verbe repris dans toutes les expressions où Jésus répond à ceux et celles qui le prient : « Qu’il t’advienne selon ta foi » (Matthieu 8,13 ; 9,29 ; 15,28). Nous le retrouvons aussi dans la prière qu’il adresse à son Père juste avant sa Passion : « Si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, qu’advienne ta volonté » (Matthieu 26,42), une expression strictement identique à celle du « notre Père ». Jésus nous invite donc vraiment à prier comme lui-même priait… Et l’emploi de ce verbe « advenir » suggère, dans tous les textes cités, une action non pas des hommes mais de Dieu… « Qu’il advienne selon ta foi », et Dieu agira pour qu’il en soit effectivement ainsi : le fils du centurion sera guéri, les aveugles verront et la fille de la Cananéenne sera délivrée du mal… L’expression du Notre Père, « que ta volonté advienne », peut donc aussi être interprétée comme précédemment : que Dieu Lui‑même agisse de telle sorte que sa volonté puisse vraiment se réaliser dans notre monde… Et la TOB traduira de fait : « Que ta volonté se réalise ! » Et quelle est la volonté de Dieu ? St Paul y répond clairement : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Timothée 2,3-6). Et déjà, de son côté, il a agi avec son Fils et par Lui : « tout est accompli » (Jean 19,30), c’est-à-dire, comme l’explique la Bible de Jérusalem en note : « L’œuvre du Père, telle qu’elle était annoncée par l’Ecriture : le salut du monde par le sacrifice du Christ ».

Croix Alain Dumas

Ainsi, « le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau » (Apocalypse 7,10 ; 21,6 ; Ephésiens 2,4-10). Il reste maintenant, du côté des hommes, à l’accueillir, à y croire et à le mettre en œuvre… Et tout ceci sera encore le résultat d’une initiative gratuite de Dieu qui, par l’action de l’Esprit Saint, attire les hommes à son Fils (Jean 6,44.65), leur donne de croire en Lui (1Corinthiens 12,3), et les soutient jour après jour pour qu’ils puissent emprunter le bon chemin (Galates 5,22-25). Comme le disait St Bernard, il suffit de consentir à cette action pour être sauvé, de se laisser faire, de s’abandonner activement entre ses mains en collaborant le mieux possible à son œuvre…

Nous constatons donc combien ce troisième souhait, « que ta volonté soit faite », rejoint les deux précédents. Le projet de Dieu de sauver tous les hommes par son Fils, se réalisera en effet dans la mesure où « son Nom sera sanctifié », c’est-à-dire dans la mesure où, grâce à son action, tous comprendront, en l’expérimentant par eux-mêmes, que le Dieu Saint est un Dieu de Miséricorde et de Tendresse, dont la Bienveillance nous entoure sans cesse. Alors grâce à son Pardon offert continuellement en Jésus-Christ, « son Règne » de Paix, de Lumière et de Vie pourra enfin « venir sur la terre comme au ciel », et sa volonté de salut s’accomplir…

Christ Rédempteur-Rio-de-Janeiro

Cette volonté universelle de salut apparaît également dans la parabole de la brebis perdue à laquelle St Matthieu donne comme conclusion : « Ainsi, on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ces petits se perde » (Matthieu 18,14). Et chez lui, la figure du « petit » renvoie tout d’abord à celle du « petit enfant » que Jésus donne en exemple à tous ses disciples : « En vérité, je vous le dis, si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux »(Matthieu 18,1-4 ; 19,13-15). Si tel est le cas, ils seront alors « ces petits qui croient en moi » (Matthieu 18,6 ; Jean 13,33 ; 1Jean 2,1.12.14.18.28 ; 3,7.18 ; 4,4 ; 5,21 ; Galates 4,19). Le Christ Lui-même se compare d’ailleurs à « un petit enfant » (Matthieu 18,5). Et puisque nous sommes tous appelés à reproduire l’Image du Fils (Romains 8,28-30 ; Genèse 1,26-27), Dieu nous regarde tous comme ses enfants, et il nous appelle tous à devenir, par la foi en son Fils, ce que nous sommes déjà à ses yeux (Jean 1,12)…

Paris Surréalistes+annexes

Dieu ne veut donc pas qu’un seul de ses petits se perdent… La portée de ce texte est universelle, et elle rejoint ce que St Jean affirme au début de son Evangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jean 3,16-17). Dieu a donc donné à son Fils le monde à sauver, et le Christ ira jusqu’au don de sa vie pour que la volonté de son Père se réalise… « Tout ce que me donne le Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors ; car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6,37-40).

jésus enseignant 2Le Père a donc donné au Fils le monde à sauver, et le Christ se donnera tout entier pour qu’il en soit ainsi (Jean 4,34 ; 14,30-31). Si la volonté de Dieu est notre salut, et si le Christ est le seul et unique Sauveur du monde (Jean 4,42 ; Actes 4,8-12 ; 1Timothée 2,3-6), la volonté de Dieu pour chacun d’entre nous sera donc aussi que nous croyons en celui qu’il a envoyé dans le monde pour notre salut : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » demandait-on à Jésus, tout en sachant qu’à l’époque, « travailler aux œuvres de Dieu » c’était avant tout mettre en pratique la Loi donnée par Moïse, et accomplir ainsi la volonté de Dieu. Et Jésus répondra : la première volonté de Dieu que vous avez à mettre en œuvre, « l’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jean 6,29)…

Mais « comment croire en Lui si personne ne nous l’a annoncé », dira St Paul en repartant de cette volonté universelle de salut qui habite le cœur de Dieu : « Il n’y a pas en effet de distinction entre Juif et Grec[6] : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? selon le mot de l’Écriture : Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles ! » (Romains 10,12‑15).

Sacré Coeur Vézelay 2La volonté de Dieu est donc que nous croyons en son Fils venu en ce monde nous offrir le salut, et que ce salut puisse s’épanouir dans toutes les dimensions de notre vie. Et en accueillant vraiment l’Amour de Dieu qui nous pardonne toutes nos fautes, cet Amour nous poussera aussi à nous aimer les uns les autres comme il nous aime, ce qui est là encore, sa volonté (Romains 5,5 ; Galates 5,22 ; Jean 14,12 ; 1Jean 4,7-14). Mais dès que nous aurons découvert en Jésus Christ l’Unique Sauveur du monde, nous aurons aussi à accomplir la volonté de Dieu en collaborant, là où nous sommes, à l’accomplissement de sa volonté : que tous les hommes soient sauvés. Et c’est ainsi que les dernières paroles du Christ ressuscité à ses disciples seront : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,18‑20). Et de même en St Marc : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Marc 16,15-16), non pas parce que Dieu l’aura condamné, lui qui ne condamne personne (Jean 5,22 ; Romains 8,31-39 ; 1Jean 2,1-2 ; 3,18-20), mais parce qu’en refusant de croire en Celui-là seul qui pouvait le sauver, il s’est condamné lui-même (Jean 3,18)… Mais nous avons toujours l’espoir que cette situation ne sera que temporaire : le Christ ressuscité, le Bon Pasteur, cherche en effet sa brebis perdue « jusqu’à ce qu’il la retrouve » (Luc 15,4), et il est hors de question pour lui d’abandonner sa recherche tant qu’il ne l’aura pas effectivement retrouvée… Ainsi, si par malheur quelqu’un refuse de croire au Christ, ce dernier, de son côté, ne cessera de le chercher…

 

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour

« Le pain constituait l’aliment de base au temps de Jésus »[7]. Ce que nos traductions expriment souvent par « prendre son repas », se dit en effet dans le grec des Evangiles : « manger du pain » (Matthieu 15,1-2 ; Luc 14,1.15 ; Marc 3,20 ; cf. Luc 11,5-6). « Le pain » est donc habituellement synonyme de « nourriture » qui permet de prendre son « repas »…

Two fish and five loaves of bread with candle-light and an antique wine jar

La prière du « Notre Père » met donc dans la bouche du disciple une demande concernant la nourriture quotidienne nécessaire à sa vie… Par l’intermédiaire de Jésus, le Père nous invite à le prier ainsi car Lui, l’auteur de toute vie, sait bien ce qui est nécessaire à notre vie. Et son premier désir est que cette vie, qu’il a voulue et créée telle qu’elle existe, puisse s’épanouir le mieux possible sur la base de ce dont elle a naturellement besoin[8]… C’est ainsi que le Peuple d’Israël, conduit par Dieu au désert, recevait de lui chaque jour la manne dont ils avaient besoin pour vivre (Exode 16). Et pour leur apprendre la confiance envers Celui qui venait de les libérer de l’oppression des Egyptiens et qui les accompagnait sans cesse, il leur était interdit de mettre de la manne de côté pour le lendemain (Exode 16,19) : Dieu s’engageait à leur donner chaque jour « le pain » dont ils avaient besoin. ..

En priant le Notre Père, et en demandant à Dieu « le pain de ce jour », nous sommes invités aujourd’hui à la même confiance. Dieu est toujours présent à notre vie (cf. Matthieu 6,6 ; 28,20 ; Jean 14,16), il nous accompagne sans cesse, et il œuvre pour que chacun d’entre nous puisse atteindre la Plénitude de Vie à laquelle nous sommes tous appelés. Et il s’occupe très concrètement de nous, jusques dans les moindres détails de notre vie quotidienne (Matthieu 6,25‑34 ; 7,7-11). Jésus, lui qui n’avait pas même une pierre où reposer sa tête (Matthieu 8,20) et qui s’abandonnait jour après jour entre les mains du Père, nous invite au même regard de foi et à la même confiance envers ce Père du ciel qui sait de quoi nous avons vraiment besoin avant même que nous le lui ayons demandé (cf. contexte du “Notre Père”, Matthieu 6,8). Notre première préoccupation devrait être alors de « chercher le Royaume des Cieux et sa justice », c’est-à-dire de chercher à vivre en Présence de ce Dieu qui de toute façon est déjà là, et d’essayer de faire en sorte que notre vie lui soit agréable. Et elle le sera dans la mesure où nous apprendrons à rejeter le mal pour choisir le bien (Isaïe 1,16), et trouver ainsi le chemin de la vraie Paix, de la vraie Joie, de la vraie Vie… Nous en serons alors les premiers bénéficiaires !

ThereseSi nous vivons dans cette confiance, nous trouverons le repos et la paix même au cœur des épreuves les plus dures… « On éprouve une si grande paix d’être absolument pauvre, de ne compter que sur le bon Dieu », disait Ste Thérèse de Lisieux. Et le Catéchisme de l’Eglise catholique écrit de son côté : « Jésus insiste sur cette confiance filiale qui coopère à la Providence du Père. Il ne nous engage à aucune passivité, mais veut nous libérer de toute inquiétude entretenue et de toute préoccupation » (cf. Philippiens 4,6-7). Dieu est bon, « au-delà de toute bonté ». Cette bonté est un fait : si nous sommes à Dieu, Lui de son côté désire « être à nous, et pour nous »[9]. ‘Coopérer à la Providence du Père’, sera donc d’abord s’abandonner à elle le plus possible vis-à-vis de notre propre vie, dans la foi et la confiance. Puis, dans l’assurance que Dieu veille effectivement sur chacun d’entre nous, ce sera aussi travailler à la faire connaître pour que le plus de monde possible puisse trouver la Paix du cœur en vivant dans cette confiance (Matthieu 11,28-30). Enfin, nous collaborerons à cette Providence divine en entrant dans cette dynamique d’amour et de partage à laquelle Dieu nous appelle. Alors, avec nous et par nous, « notre Père qui est aux cieux » fera en sorte que tous, sur cette terre, puissent recevoir « le pain de ce jour »…

Cette demande du « Notre Père » peut aussi être interprétée en termes de « nourriture spirituelle ». Jésus, en effet, s’est présenté Lui-même comme étant le vrai Pain que Dieu nous donne : « En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c’est mon Père qui vous donne le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Jean 6,32-33). Et juste après, Jésus se présentera comme étant « le Pain de Vie » par sa Parole, une Parole qu’il s’agit d’accueillir avec foi (Jean 6,35-47). L’Esprit Saint, qui se joint toujours à elle, nous apportera avec elle la Vie de Dieu, et nous découvrirons comme St Pierre que Jésus a effectivement « les Paroles de la Vie éternelle » (Jean 6,63), des Paroles qui nous ouvrent à l’expérience de la Vie éternelle, dès maintenant, dans la foi… Mais Jésus s’est aussi présenté comme étant « le Pain de Vie » par sa chair offerte (Jean 6,48-58) et il visait directement en jésus pain vivantcet instant le Pain Eucharistique : « Prenez et mangez, ceci est mon Corps » (Luc 22,19-20). Et là encore, c’est l’Esprit Saint qui communiquera la Vie de Dieu à quiconque aura répondu avec foi à l’invitation de Jésus de venir manger sa chair : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi ». Et Jésus précisera juste après : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien » (Jean 6,53-54.63)…

Mais pour que Dieu nous donne chaque jour notre Pain de Vie de ce jour, l’Eglise a besoin de prêtres. La prière du Notre Père rejoindra alors cette invitation de Jésus : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Matthieu 9,37-38 ; Luc 10,2), et notamment des prêtres pour que le Peuple de Dieu ne manque jamais de ce Pain de Vie dont il a besoin…

Pardonne-nous nos offenses,

comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés…

Nous pouvons être surpris par la tournure de la phrase : Dieu prendrait-il exemple sur nous pour « pardonner comme nous, nous pardonnons » ? Si tel était le cas, nous pourrions vraiment vivre dans la crainte et l’angoisse vis-à-vis du pardon de nos offenses… Mais non, Jésus emploie ici un langage pédagogique pour nous montrer l’importance de tous ces pardons que nous pouvons décider d’offrir ou non…

dieu vous aimeDieu, de son côté, est « Amour » (1Jean 4,8.16). Il ne sait qu’aimer, et l’Amour face au péché ne peut que prendre le visage de la Miséricorde (Deutéronome 4,30-31 ; 1Chronique 21,13 ; 2Chroniques 7,14 ; Isaïe 63,7 ; Jérémie 3,12) et du Pardon (Nombres 14,19-20 ; 2Samuel 12,13 ; Isaïe 55,7 ; Jérémie 31,34 ; 33,8 ; 50,20 ; Ezéchiel 16,62-63 ; Michée 7,18 ; Daniel 9,9.15-19 ; Psaume 32(31),5 ; 86(85),5 ; 103(102),1-13 ; 130(129),3-4). Telle est la Bonne Nouvelle que le Christ a proclamée jusqu’en ses derniers instants sur la Croix (Luc 23,34), et que l’Eglise doit à son tour annoncer jusqu’aux extrémités de la terre (Marc 5,19 ; Luc 24,46-48 ; Romains 9,16 ; 11,32 ; Ephésiens 2,4-10 ; 4,32 ; Colossiens 2,13 ; 3,13 ; 1Timothée 1,16 ; Tite 3,4-7 ; Hébreux 4,16 ; 1Jean 1,9 ; 1Pierre 1,3‑7 ; 2,10 ; Jude 1,21 ; Jacques 5,11).

Pour l’illustrer, St Matthieu nous rapporte la parabole du débiteur impitoyable (Matthieu 18,23-35). Un Roi, qui renvoie ici à Dieu, avait un serviteur (nous tous…) qui lui devait 10.000 talents, soit environ 10 millions d’Euros, une somme folle à cette époque comme à la nôtre ! L’impôt que devait payer chaque année la Judée à l’Empire romain était en effet de 600 talents ! Ce serviteur est totalement inconscient de son état :Débiteur impitoyable 1 il demande à son roi de patienter et il lui promet de tout rembourser, ce qui est matériellement impossible… Mais devant sa détresse, le Roi va être bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même : il comprend sa souffrance et son désarroi, et il va agir non pas selon la froide mathématique des comptes, mais selon l’amour qui remplit son cœur : il va effacer gratuitement la dette de son serviteur… Il est fou ? Non, il aime… Le Christ, en exagérant le montant de cette dette, voulait mettre en lumière la profondeur inimaginable de la Miséricorde de Dieu. Pour Lui tout est vraiment possible (Matthieu 19,26)… Ste Thérèse de Lisieux l’avait bien perçu : « On pourrait croire que c’est parce que je n’ai pas péché que j’ai une confiance si grande dans le bon Dieu. Dites bien, ma Mère, que si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent ».

Débiteur impitoyable 2Mais ce serviteur, libéré du poids de sa dette, ne va hélas pas agir de la même façon pour un de ses amis qui ne lui devait que 15 Euros… Le contraste est saisissant : ici, pas « d’entrailles remuées jusqu’au plus profond de soi-même », pas de compassion, de compréhension ni de tendresse… Loin de « libérer » son ami, le serviteur va le faire jeter en prison… En l’apprenant, le Roi le convoquera et lui dira ce qui constitue la pointe de la parabole : « Ne devais-tu pas toi aussi faire miséricorde à ton compagnon comme moi je t’ai fait miséricorde » (Matthieu 18,33)?

Nous l’avons bien remarqué : la dynamique est ici contraire à celle du Notre Père. Si nous reprenons le verbe « pardonner », le serviteur aurait dû pardonner comme son Roi lui avait pardonné, et c’est bien ce qui est conforme à la réalité : « Devenez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6,36). « Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour » (Colossiens 3,13). « Montrez-vous bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (Ephésiens 4,32).

Mais encore une fois, la formulation inverse du Notre Père n’a d’autre but que d’insister sur l’importance de nos pardons donnés, car ils sont le signe que notre relation à Dieu est vraie et vivante. En effet, nous sommes tous pêcheurs devant Lui, et c’est dans le pardon de nos offenses que nous sommes invités à faire l’expérience de la miséricorde de Dieu et du salut (Luc 1,77‑79). Si nous lui offrons en vérité toutes nos misères, nous ne pourrons que rencontrer en vérité « le Sauveur du monde » (Jean 4,42), « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,28), Celui qui est venu nous réconcilier avec Dieu en nous offrant le pardon de toutes nos fautes (2Corinthiens 5,17-21). Et puisque Dieu est Source d’Eau Vive, continuellement jaillissante, si nous nous laissons réconcilier avec lui par le Christ, nous nous découvrirons les heureux bénéficiaires de cette Eau Vive, l’Esprit Saint qui lave toutes nos souillures et nous communique la Vie de Dieu (Jérémie 2,13 ; Ezéchiel 36,25 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39). Mais Dieu est aussi Amour. Pour Lui, Vivre c’est Aimer. Sa Vie sera donc elle aussi Amour, un Amour que nous communiquera encore ce même Esprit : « l’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains 5,5). Cet prodigueAmour en nous ne pourra alors que nous entraîner, petit à petit, sur les chemins de l’Amour, un Amour inconditionnel, toujours offert et qui, face au péché, prend le visage de la miséricorde et du pardon. Ainsi, grâce à l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ, nous commencerons à répondre à l’appel du Christ : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres comme moi je vous ai aimés » (Jean 15,12), c’est-à-dire d’un Amour qui est tout à la fois Vérité, exigence de Justice, mais aussi Bienveillance, Miséricorde et Compassion…

Aussi, celui qui refuse de pardonner refuse du même coup de mettre en œuvre cette Vie d’Amour que Dieu veut nous communiquer instant après instant : « Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme et sa dureté le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père. »[10] En agissant ainsi, il se sépare donc du « Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3) qui ne peut que nous entraîner avec Lui sur des chemins de Miséricorde. Or se séparer du Christ, l’Unique Sauveur du monde, c’est se condamner soi-même… Et si nous quittons Celui-là seul qui est la Lumière, une Lumière d’Amour, de Miséricorde et de Tendresse, nous ne pourrons que nous retrouver dans les ténèbres de l’adversaire, de « l’accusateur » (« Satan » en hébreu signifie : accusateur, calomniateur, adversaire, ennemi ; Apocalypse 12,10). Là, pas de miséricorde, mais la seule vérité incontournable de notre misère qui, dans un tel contexte, recevra en écho non pas des paroles de réconfort et de pardon (Romains 5,15-21 ; 8,1), mais une sentence implacable de condamnation (Marc 16,16 : sauvé par Dieu, mais condamné par celui qui ne sait que condamner, le Prince de ce Monde ; Dieu, Lui, ne condamne jamais (Jean 5,22 ; 8,10-11)).

7ième Dimanche de paquesCertes, pardonner est difficile et cela suppose que la personne en face soit dans les meilleures conditions possibles de repentir. Mais accepter d’essayer de pardonner de tout cœur, c’est dire « Oui » au Christ, c’est choisir d’être vraiment son disciple, c’est prendre sur soi son joug, ce joug que Lui-même porte avec nous (Matthieu 11,28-30). Et en une telle circonstance, il le fera en nous donnant la force d’aimer et de pardonner comme Lui le fait… « Pour le disciple de Jésus, être prêt à pardonner, c’est en quelque sorte tendre les mains vers le pardon de Dieu »[11] : l’amour reçu sera tout en même temps miséricorde pour soi-même et force pour pardonner aux autres… Et « s’il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense, le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession »[12]. Alors, et alors seulement, grâce à la présence de l’Esprit Saint, force d’amour, nous pourrons commencer à faire la volonté de Dieu : « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices (Matthieu 9,7 ; 12,7) ». Comme l’écrit encore le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « Observer le commandement du Seigneur est impossible s’il s’agit d’imiter de l’extérieur le modèle divin. Il s’agit d’une participation vitale et venant « du fond du cœur », à la Sainteté, à la Miséricorde, à l’Amour de notre Dieu. Seul l’Esprit qui est « notre Vie » (Galates 5,25) peut faire « nôtres » les sentiments qui furent dans le Christ Jésus (Philippiens 2,1-5). Alors l’unité du pardon devient possible, « nous pardonnant mutuellement ‘comme’ Dieu nous a pardonnés dans le Christ (Ephésiens 4,32) »[13]. Et « heureux sont les miséricordieux » (Matthieu 5,7), car en acceptant de faire miséricorde à leurs frères, en actes et en vérité (1Jean 4,20), ils témoignent que la Plénitude du Christ commence à habiter leur cœur et leur vie, une Plénitude qui seule peut nous apporter le vrai Bonheur…

Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal.

Là encore, nous pouvons être surpris par cette manière de s’exprimer… Dieu pourrait-il avoir un lien quelconque avec la tentation ? Certainement pas ! St Jacques le dit clairement (1,12‑15) : « Heureux l’homme qui supporte l’épreuve avec persévérance, car, une fois vérifiée sa qualité, il recevra la couronne de la vie comme la récompense promise à ceux qui aiment Dieu. Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu en effet ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. Mais chacun est tenté par ses propres désirs qui l’entraînent et le séduisent. Puis le désir engendre et met au monde le péché, et le péché, parvenu à sa maturité, enfante la mort ».

ligne fleurs

Longtemps, la traduction du Notre Père fut : « Ne nous soumets pas à la tentation ? » Mais le Pape François nous a invités à dire: “Ne nous laisse pas entrer en tentation“… Pourquoi?

Littéralement, le texte grec a “Καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν, et ne nous introduis pas (ou ne nous conduis pas… ou encore ne nous emporte pas…) dans la tentation ». Le P. Tournay[14] explique que Jésus parlait habituellement en araméen, une langue très proche de celle de l’Ancien Testament, l’hébreu. Or l’araméen et l’hébreu ont des formes verbales particulières qu’il est difficile de traduire en grec. Le P. Tournay a ainsi étudié une forme dite « causative » dont la nuance la plus fréquente est celle de « faire faire », mais qui peut aussi se traduire parfois par « laisser faire, permettre de faire ». Et il a remarqué que la traduction grecque de l’Ancien Testament ne prend jamais en compte la seconde nuance. Ainsi par exemple, le Psaume 119(118),10 demande comme traduction de l’hébreu la nuance « laisser faire » (cf. TOB) : « De tout mon cœur je t’ai cherché, ne me laisse pas errer loin de tes commandements ». Or le texte grec réalisé à Alexandrie entre le 1° et le 3° siècle avant Jésus Christ a : « De tout mon cœur je te cherche, ne me repousse pas loin de tes commandements », ce qui correspond à la nuance « faire faire » : « ne me fais pas errer loin de tes commandements »… Comme deuxième exemple, nous pouvons prendre le Psaume 141(140),4 qui, là encore, demande en hébreu comme traduction : « Ne laisse pas mon cœur pencher vers une parole (ou une chose) mauvaise ». Et la traduction liturgique de nos missels a bien : « Ne laisse pas mon cœur pencher vers le mal ». Mais là encore, la traduction grecque de l’Ancien Testament a choisi non pas la nuance du « laisser faire », mais celle du « faire faire » : « Ne fais pas pencher mon cœur vers des paroles mauvaises »…

Visage de JésusLe P. Tournay suggère donc que Jésus a employé, en araméen, cette forme verbale particulière qui demandait, dans un tel contexte, de la comprendre en termes de « laisser faire », c’est-à-dire : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Mais lorsque toutes ces paroles furent transcrites en grec, la nuance de « faire faire » supplanta une fois de plus celle du « laisser faire », ce qui a donné notre « ne nous fais pas entrer en tentation », ou « ne nous introduis pas en tentation » ou encore « ne nous soumets pas à la tentation »…

Si nous choisissons donc « ne nous laisse pas entrer en tentation », une nuance en parfait accord avec le contexte général de la Révélation biblique, Dieu apparaît alors comme étant une fois de plus notre compagnon de route et de combat face ce que nous appelons « le péché ». Et tel est bien son Mystère : quelles que soient les circonstances, bonnes ou mauvaises, de fidélité ou d’infidélité, le Dieu de l’Alliance est toujours Celui qui, dans sa Bienveillance éternelle, est avec nous tous et pour nous tous (1Jean 2,1-2 ; Romains 8,31-39)…

Quant au « péché », il renvoie à un mystère de désobéissance de cœur vis-à-vis de Dieu, à un manque d’amour à son égard. Et il est destructeur pour l’homme, car il abîme la relation vitale qui, de toute façon, l’unit à son Créateur. Que nous le voulions ou pas, et cela fait partie de notre statut de créature, nous vivons tous en effet de Dieu qui nous a créés à son image et ressemblance (Genèse 1,26-28), et qui, instant après instant, nous maintient dans l’existence par son propre Souffle, l’Esprit Saint (Genèse 2,4b-7 ; Job 34,14-15 ; Isaïe 42,5). Le mystère de notre vie est donc tout entier entre ses mains, que nous pensions à lui ou pas, que nous croyions en Lui ou pas, que nous lui soyons fidèles ou pas… Mais en nous créant ainsi, Dieu a aussi voulu que nous soyons des êtres libres appelés à développer et à faire fructifier toutes les potentialités de cette Vie divine qui, de toute façon, nous habite tous. La lumière de Dieu-lumierenotre conscience, qui participe à la Lumière même de Celui qui n’est que Lumière (1Jean 1,5), est là pour nous aider, comme un signal perpétuellement offert à notre liberté de choisir. Sans cesse, elle nous rappelle la direction du Vrai, du Beau, du Bon, du Juste (Romains 2,14-15)… L’écoutons-nous ? Y faisons-nous attention ? Le premier enjeu est là, et il est loin d’être facile car l’homme se découvre habité par toutes sortes de désirs contraires, mystérieusement attisés par une créature qui, de son côté, a fait le choix du « non » à Dieu et qui cherche à nous entraîner dans son refus. Nous l’avons vu, la Bible l’appelle Satan, « l’adversaire, l’ennemi » de Dieu et donc des hommes créés à son Image et Ressemblance… Or se laisser entraîner, d’une manière ou d’une autre, sur la pente d’un désir contraire à Celui de notre Créateur, c’est toujours abîmer, occulter, mettre de côté notre relation de cœur à Dieu, une relation qui est vitale pour nous et qui détermine la qualité même de notre « vivre ». Dieu, en effet, est Vie, Vie toujours offerte (Jean 6,35.48 ; 10,10), foisonnement de Vie, Soleil de Vie (Psaume 84(83),12 (TOB et Traduction Liturgique) ; Jean 1,4 ; 8,12), Source d’Eau Vive (Jérémie 2,13 ; Psaume 42(41),2 ; Isaïe 12,3 ; 55,1 ; 66,12-13 ; Ezéchiel 47,1-12 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39 ; 19,33-35). Que la relation avec Lui ne soit plus ce qu’elle devrait être, et aussitôt l’homme ne reçoit plus la Vie comme il devrait la recevoir… Il ressent un manque, il est intérieurement blessé, il vit une souffrance… « Heureux l’homme qui m’écoute, qui veille jour après jour à mes portes pour en garder les montants ! », dit la Sagesse, une figure féminine qui personnifie Dieu Lui-même… « Car celui qui me trouve trouve la vie, il obtient la faveur du Seigneur ; mais qui pèche contre moi blesse son âme » (Proverbes 8,34-36)… L’homme pécheur est donc un être blessé, et par suite un souffrant… Et Dieu le regarde ainsi : il ne s’attarde pas à l’offense, mais il voit seulement la souffrance de celui ou celle qu’Il aime… Son cœur en est bouleversé (Osée 11,7-9), et il va agir par ses prophètes, puis par son Fils Jésus, pour appeler ses enfants à revenir avec Lui sur le Chemin de la Vie…

miséricorde de dieuDieu désire donc de tout son Etre que nous retrouvions tous la Vie en Plénitude, sa Vie. Pour celui qui l’accueille, il sera toujours son compagnon de route pour l’aider et le guider sur des chemins de Vie où il pourra expérimenter dès maintenant, dans la foi, quelque chose de cette Vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés. Alors, quelle Joie au ciel (Sophonie 3,17‑18 ; Luc 15,7) comme sur la terre (Jean 15,11) ! Mais nous avons à collaborer avec Lui à cette œuvre de Vie qui nous concerne, par les multiples choix que nous avons à faire tout au long de nos journées…

Dieu nous invitera donc tout d’abord à « veiller », à « faire attention » à toutes ces sollicitations qui nous rejoignent, soit par nos désirs intérieurs, soit par les circonstances extérieures : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible » ; oui, « plus que sur toute chose, veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie » (Matthieu 26,41 ; Proverbes 4,23 ; 16,17 ; Josué 1,7-8 ; Siracide (Ecclésiastique) 32,23 puis 1Timothée 4,16 ; Hébreux 12,14-15 ; Marc 13,33-37 ; Luc 12,35‑40). Et s’il s’agit de « veiller » pour éviter le mal, combien plus devrions-nous le faire pour accueillir et reconnaître Celui qui parsème notre vie de ses visites ! « Je dors, mais mon cœur veille… J’entends le Seigneur qui m’appelle : ouvre-moi mon ami ! » (Cantique 5,2 ; Apocalypse 3,20 ; Sagesse 6,12-16). Elles seront toujours Salut offert (Luc 1,76-79) et donc Vie, Plénitude de Vie…

veillez_et_priezEt si Dieu nous invite à « veiller », il est comme toujours le premier à mettre en pratique ce qu’Il nous demande : Il « veille » sur chacun d’entre nous, toujours et partout (cf. Job 10,9‑12 ; 29,2-3 ; Exode 23,20-22 ; Deutéronome 2,7 ; 32,7-14 ; Proverbes 2,6-13 ; Esther 5,1 ; 2Maccabées 15,2 ; Ezéchiel 34,15-16). C’est ce que fit Jésus vis-à-vis de ses disciples (Jean 17,12). Or, Ressuscité, Il est toujours avec nous (Matthieu 28,18‑20 ; Jean 14,3.18.23) et Il continue de veiller sur chacun d’entre nous en nous envoyant la Lumière de l’Esprit qui nous permet de discerner entre ce qui est bon et ce qui ne l’est pas (1Thessaloniciens 5,19-22). Et elle sera au même moment « force » offerte pour renoncer au mal et choisir le bien (2Timothée 1,7). Et cette sollicitude, il l’exerce encore par ceux qu’Il a appelés à devenir les Pasteurs de son troupeau (1Thessaloniciens 5,12-13 ; Hébreux 13,17 ; 1Pierre 5,2-3). Le Pape Jean-Paul II en fut un magnifique exemple…

Et si la tentation devient plus pressante, St Paul nous assure que la grâce se fera plus forte encore : « Aucune tentation ne vous est survenue, qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter » (1Corinthiens 10,13). Cette idée de « supporter » nous invite à la patience. La tentation, qui a toujours quelque part prise sur nous, ne disparaîtra pas comme par un simple coup de baguette magique… mais « Dieu nous encourage puissamment, nous qui avons trouvé un refuge (avec Lui et en Lui), à saisir fortement l’espérance qui nous est offerte. En elle, nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide » (Hébreux 6,18-19)… Cette espérance s’enracine et se nourrit dans le don de l’Esprit Saint (Romains 15,13 ; 1Pierre 1,3), qui est l’ancre véritable lancée au cœur de tout chrétien, le roc sur lequel il peut ensuite construire toute sa vie (Matthieu 7,24-25)…

Et si, hélas, la chute survient, « si nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle » (2Timothée 2,13)… La grâce surabondera là où le péché a abondé (Romains 5,20) et avec elle, le Bon Pasteur cherchera sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve (Luc 15,4-7)… Il consolera celui qui s’est fait mal en tombant, et il l’invitera à se relever le plus vite possible : « Fait-on une chute sans se relever ? Se détourne-t-on sans retour ?… Reviens, rebelle Israël, car Je Suis miséricordieux. Je veux guérir vos rébellions » et toutes leurs conséquences (cf. Jérémie 8,4 ; 3,11.22)…

Therese novice
Ste Thérèse de Lisieux nous donne quelques conseils dans notre combat de tous les jours :

– Tout d’abord, elle ne désespérait jamais de la Miséricorde de Dieu, car elle avait découvert à quel point elle s’était révélée et offerte en Jésus-Christ, Lui qui, par amour, a voulu descendre au plus profond de la misère humaine : « En descendant ainsi le Bon Dieu montre sa grandeur infinie »…

– Elle essayait de « rester un petit enfant devant le Bon Dieu », et qu’est-ce que cela veut dire ? « C’est », disait-elle « reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son Père ; c’est aussi ne s’inquiéter de rien … Enfin, c’est ne pas se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal… Voyez les petits enfants : ils ne cessent de casser, de déchirer, de tomber, tout en aimant beaucoup, beaucoup leurs parents. Quand je tombe ainsi, cela me fait voir encore plus mon néant et je me dis : « Qu’est-ce que je ferais, qu’est-ce que je deviendrais si je m’appuyais sur mes propres forces ? » »

3 – Une mauvaise pensée survient ? Elle essaye de ne pas s’y arrêter : « Faut-il tant aimer le bon Dieu et la Sainte Vierge et avoir ces pensées-là !… Mais je ne m’y arrête pas ».

4 – Elle regrette un geste, une attitude, une parole ? « Quand j’ai commis une faute qui me rend triste, je sais bien que cette tristesse est la conséquence de mon infidélité. Mais croyez-vous que j’en reste là ? Oh non ! Pas si sotte ! Je m’empresse de dire au Bon Dieu : Mon Dieu, je sais que ce sentiment de tristesse, je l’ai mérité, mais laissez-moi vous l’offrir tout de même comme une épreuve que vous m’envoyez par amour. Je regrette mon péché, mais je suis contente d’avoir cette souffrance à vous offrir ». En agissant ainsi, elle mettait alors en œuvre cet autre conseil : « Aimer, c’est tout donner », le bien comme le mal… Et en offrant au Seigneur ce qui n’avait peut‑être pas été totalement conforme à sa volonté, elle se retrouvait aussitôt dans les bras de Celui dont l’unique désir est de nous « délivrer du mal » et de tous ses liens pour nous arracher aux ténèbres et nous transférer dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé, en sa Lumière, sa Présence et son Amour (Colossiens 1,12-14 ; Actes 26,15‑18 ; Jean 8,31-36 ; Ephésiens 1,3-6)… « Le Dieu que nous avons est un Dieu de délivrances ». Aussi, Seigneur, puisque « je suis pauvre et malheureux », puisque « mon cœur est blessé au fond de moi », « agis pour moi selon ton Nom, délivre-moi, car ton amour est bonté » (Psaume 68(67),21 ; 109(108),21-22 ; 6,5 ; 18(17),17-20)…

                                                                                                                  D. Jacques Fournier

[1] POUILLY J., Dieu notre Père (Cahiers Evangile 68, Saint-Etienne 1989) p. 36.

[2] Catéchisme de l’Eglise catholique & 2794.

[3] Catéchisme de l’Eglise catholique & 2780-2781 p. 568.

[4] C’est ainsi que la TOB traduit en Ezéchiel l’expression « sanctifier le Nom de Dieu » par « montrer la sainteté du Nom de Dieu ».

[5] « La malédiction » en soi n’existe pas ; Dieu ne sait que bénir. Ce mot de « malédiction » ne fait que traduire l’état de celui qui, s’étant séparé de Dieu, est devenu étranger à toutes ces bénédictions qu’il ne cesse pourtant de vouloir lui offrir.

[6] A l’époque, pour St Paul, si on n’était pas Juif, on était Grec ou de culture grecque… L’expression « Juifs et Grecs » englobe donc toute l’humanité…

[7] DURRWELL F.-X., Le Père. Dieu en son mystère (Paris 1998) p. 235.

[8]Catéchisme de l’Eglise catholique p. 573: “Le Père, qui nous donne la vie, ne peut pas ne pas nous donner la nourriture nécessaire à la vie, tous les biens “convenables”, matériels et spirituels ».

[9] Catéchisme de l’Eglise catholique p. 573.

[10] Catéchisme de l’Eglise Catholique & 2840 p. 580.

[11] JEREMIAS J., Paroles de Jésus (Paris 1963) p. 75. Cité par POUILLY J., Dieu notre Père (Cahiers Evangile 68) p. 48.

[12] Catéchisme de l’Eglise catholique & 2843 p. 580.

[13] Catéchisme de l’Eglise catholique & 2842 p. 580.

[14] TOURNAY R.J., “Ne nous laisse pas entrer en tentation”, Nouvelle Revue Théologique n° 120 (1998).

Fiche n°13 – Lc 11,1-4 : cliquer sur le titre précédent pour accéder au fichier PDF pour lecture ou éventuelle impression




Jésus, en marche vers sa Passion, prépare ses disciples à la mission (Luc 9,51-10,42)

Ici commence la deuxième grande partie de l’Evangile selon St Luc. Jusqu’à présent, Jésus annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu (Luc 4,42-44; 6,20 ; 8,1-3.9-10 ; 9,10‑11.27) dans la région de la Galilée, au nord de la Palestine. Maintenant – et St Luc emploie une tournure grecque unique pour le décrire[1] – il va prendre gravement, avec courage, le chemin de Jérusalem, cette ville où il s’offrira sur le bois de la Croix pour le salut du monde. Les termes choisis suggèrent la difficulté de la démarche : le Christ, si humain, ne voit pas s’approcher avec joie l’heure de la souffrance et de la mort. Il prendrait bien un autre chemin si cela lui était possible : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! », dira-t-il au mont des Oliviers, juste avant son arrestation. Mais son amour du Père et des hommes, qu’il est venu arracher aux griffes du mal pour leur donner de connaître avec Lui la Vie, la Paix et la Joie, lui donnera le courage d’aller jusqu’au bout : « Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais ta volonté, qui se fasse »… « Allons, il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé » (Luc 22,42-44 ; Jean 14,31). Alors, « louez le Seigneur, tous les peuples ; fêtez-le, tous les pays ! Son amour envers nous s’est montré le plus fort » (Psaume117(116))…

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)

Notons aussi que St Luc a déjà employé plusieurs fois le verbe « s’accomplir » pour bien montrer que le projet de Dieu annoncé dans les Ecritures d’Israël s’accomplissait parfaitement avec le Christ (Luc 1,20 ; 4,21). Nous le retrouvons en Luc 9,51 (cf note 1), puis il disparaît de l’Evangile pour réapparaître seulement au moment de la Passion (Luc 21,24 ; 22,16) et dans la bouche du Ressuscité expliquant les Ecritures à ses disciples (Luc 24,44). Toute la seconde partie de l’Evangile est donc tout entière tendue vers cet accomplissement du projet de Dieu pour le salut du monde : Jésus prend ici avec courage le chemin de Jérusalem, les yeux fixés sur la Croix qui l’attend… Son souci, désormais, sera de bien préparer ses disciples à la mission qui sera la leur après sa mort et sa Résurrection…

Un village de Samaritains refuse d’accueillir le Christ

Le début du ministère de Jésus avait commencé par l’accueil éphémère (Luc 4,22) puis le rejet des habitants de Nazareth (Luc 4,28-30). Cette seconde étape commence elle aussi par un rejet, celui d’un village samaritain[2]. Certes, ses habitants ne savent pas « qui » est Jésus. Ils refusent de le recevoir pour la seule raison qu’il va à Jérusalem, une ville qui centralisait pour eux toutes leurs rancœurs vis-à-vis des Juifs. Jacques et Jean se proposent alors de réagir comme Elie le fit autrefois face à ses adversaires (2Rois 1,1-18). Mais Jésus n’est pas ainsi. L’amour seul l’anime, un amour universel, offert même à ceux qui le rejettent (Luc 6,27-35 ; 23,34 ; Romains 5,6-8)… Il respectera donc leur décision et partira pour un autre village… Bien sûr, il ne leur gardera pas rancune de ce refus, bien au contraire… Un peu plus tard, il donnera même à un Juif Maître de la Loi, l’exemple d’un « bon Samaritain » qui sut se faire le prochain d’un homme dans le besoin, alors qu’un prêtre et un Lévite[3] venaient de passer à ses côtés sans réagir (Luc 10,29‑37). Il guérira aussi dix lépreux, dont un samaritain (Luc 17,11-19) que Jésus donnera à nouveau en exemple : il sera en effet le seul à revenir sur ses pas pour lui dire « Merci ! »… Et St Jean nous rapportera de son côté le bon accueil que lui réserva tout un village de Samaritains (Jean 4,1-42). Plus tard, après sa Résurrection, Jésus demandera à ses disciples de retourner en Samarie pour leur annoncer la Bonne Nouvelle du Salut et de la Vie (Actes 1,8 ; 8,4-8 ; 8,14-15 ; 8,25 ; 9,31). Lui-même sera avec eux (Matthieu 28,18-20), agissant avec la Toute Puissance de l’Esprit Saint, pour que sa Parole de Vérité soit accueillie (Ephésiens 1,13-14 ; Jean 15,26 ; 1Thessaloniciens 1,4-6 ; Luc 24,32 ; Jean 8,40 avec 17,7-8.20)… Et s’ils ouvrent la porte de leur cœur, il sera encore le premier à être heureux de pouvoir établir avec eux une communion de Vie et d’Amour (Apocalypse 3,20 ; Jean 14,21-23 ; Luc 15,7.10) qui débouchera au ciel dans la Plénitude même de Dieu (Ephésiens 1,3-6)…

 

Les conditions pour suivre Jésus (Luc 9,57-62)

 

Ces trois petits épisodes, regroupés juste avant l’envoi en mission des « soixante douze » disciples, soulignent l’urgence de la mission à laquelle il ne faut rien préférer… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Jésus donnera plus tard comme consigne : « N’échangez de salutations avec personne en chemin ». Et a la TOB précise en note : « Les salutations orientales sont interminables. Or le message est urgent (cf 2Rois 4,29[4]) »…

figuier stérile 3

Le Christ invite donc ses disciples à faire des choix radicaux, pour Lui et pour l’Evangile. Le suivre n’est donc pas toujours facile, et il le sait bien (Actes 9,15-16) ! St Paul en a fait l’expérience, mais il a aussi constaté combien le Seigneur était toujours présent au cœur de son épreuve pour l’encourager, le soutenir, le consoler : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des Miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos souffrances »… (2Corinthiens 1,3-4 ; 1,8-10 ; 4,6-12 ; 6,4‑10 ; 11,21b-33 ; 1Corinthiens 4,9-13). St Luc insiste ici par trois fois sur l’aspect humainement exigeant de l’appel de Jésus, sans décrire, semble-t-il, les grâces, sources de joie, que le Christ donne toujours à ceux et celles qu’il appelle. Il le fera plus tard, insistant là aussi par trois fois sur la joie des disciples « d’être inscrits au Livre de Vie », sur la joie de Jésus « sous l’action de l’Esprit Saint », et à nouveau sur le bonheur de ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! » (Luc 10,17-24). La joie de Jésus rejoint d’ailleurs celle de ses disciples, car il leur promet, s’ils acceptent de le suivre, « d’être là où Lui, il est » : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où Je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12,26). Et où est Jésus ? « Dans le Père » (Jean 14,10-11), c’est-à-dire uni au Père dans la communion d’un même Esprit, cet Esprit qui est Source de Vie (Jean 6,63 TOB ; Galates 5,25), de Paix (Galates 5,22-23) et de Joie (1Thessaloniciens 1,6) ! « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jean 15,11). Et il sait de quoi il parle, Lui qui est le Serviteur du Père, Lui qui « suit » le Père en accomplissant parfaitement sa volonté : là est toute sa Vie (Jean 4,34), toute sa Paix, toute sa Joie (Luc 10,21-22)…

suis-moi

A l’occasion de la première rencontre, Jésus va souligner son aspect missionnaire : il passe de villes en villages (Luc 4,42-44) pour annoncer à tous combien Dieu est tout proche (Actes 17,26-28 ; Matthieu 3,2), offert à notre bonne volonté et à notre foi… Il n’a donc pas « d’endroit où reposer la tête »… Il sait ce que cela signifie « dormir à la belle étoile », au Mont des Oliviers par exemple (Luc 21,37 ; 22,39). Il savait aussi accepter l’hospitalité avec simplicité : chez Pierre, à Capharnaüm, où il revenait souvent (Matthieu 4,12-13 ; Marc 2,1 et 9,33 où l’expression « à la maison », renvoie à la maison de Pierre. Elle a été retrouvée par des Franciscains à l’occasion de fouilles archéologiques), chez Marthe et Marie (Luc 10,38), chez Simon le lépreux (Matthieu 26,6), chez St Matthieu son tout nouveau disciple (Luc 5,27-32)… Plus tard, Jésus invitera ses disciples à accepter avec la même simplicité l’hospitalité qui leur sera offerte, mangeant ce qui leur sera servi (Luc 10,5-8)…

Dans le second épisode, l’homme que Jésus appelle lui répond : « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon Père ». Comme l’indique en note la Bible des Peuples, « cela signifie très probablement qu’il voulait s’occuper de son père âgé jusqu’au moment où il l’aurait enterré (cf Tobie 6,14-15) ». Répondre « oui » dans la foi et la confiance à l’appel de Jésus sera alors lui manifester la même confiance vis-à-vis des proches que nous devrons quitter : le Christ Lui-même s’occupera aussi très concrètement d’eux, d’une manière ou d’une autre, pour que tout se passe le mieux possible, et cela jusqu’à la fin… A tout appel correspond une grâce, et nous sommes tous appelés : les uns à tout quitter pour suivre le Christ, les autres à accepter cette séparation demandée par le Seigneur, dans la certitude qu’Il s’occupera aussi bien des uns et des autres pour que tous ne manquent de rien (Luc 12,22-32). Il est en effet inconcevable qu’il n’en soit pas ainsi. Le Seigneur pourrait-il en effet nous inviter à faire le contraire de la Loi de Moïse (Exode 20,12), lui qui n’est pas venu pour abolir, mais pour accomplir (Matthieu 5,17) ? Lui qui nous demande « d’aimer notre prochain comme nous-mêmes » (Matthieu 22,34-40 ; cf 19,16-22), pourrait-il nous pousser à ne pas aimer nos parents, ces tout premiers « prochains » que Dieu nous a donnés ? Lui qui a su prendre soin de sa Mère, jusque sur la Croix, en la confiant à son disciple bien-aimé, pourrait-il nous interdire de faire de même (Jean 19,25-27) ? Non… Par ces paroles qui peuvent sembler dures en première lecture, Jésus invite tout simplement ses disciples à lui faire confiance : confiance pour eux-mêmes, et confiance pour leurs parents qu’ils doivent quitter pour le suivre…

Saint Jean

Le troisième et dernier épisode insiste sur l’urgence de la mission et le don sans retour que Jésus attend de ses disciples. Elisée, avant de suivre Elie, lui avait demandé « d’aller embrasser son père et sa mère » (1Rois 19,19-21). Jésus, ici, semble encore plus exigeant, mais là encore cette position extrême n’est qu’insistance sur la détermination à le suivre que Jésus attend de ses disciples, et il sait que les « au revoir » ne sont jamais faciles… Que les cœurs ne vacillent donc pas pour répondre avec courage et chaque jour à l’appel reçu… En dehors de ce contexte immédiat, la Parole de Jésus a aussi une portée plus grande. « Suivre le Christ » est tout d’abord, et cela est valable pour toutes les vocations, « mettre le Christ en premier dans son cœur et dans sa Vie » en essayant, avec Lui, de renoncer à tout ce qui est contraire à la dynamique du Royaume des Cieux. Sans cette conversion permanente, le danger serait grand de retourner à ses fautes et à ses erreurs passées. Et celui qui agirait ainsi se détournerait du Christ « Source de Vie » et il lui serait alors impossible d’accomplir « les œuvres de Dieu ». Il deviendrait stérile comme la femme de Lot transformée en « colonne de sel » (Genèse 19,23-26 ; cf. Jean 15,4-5 ; Matthieu 5,13-16 où le sel a un autre sens symbolique, positif cette fois, de « donner du goût et de la saveur » à la vie…). Il s’agira donc désormais de faire comme St Paul : « Oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là‑haut, dans le Christ Jésus… C’est ainsi qu’il nous faut penser ; et si, sur quelque point, vous pensez autrement, là encore Dieu vous éclairera. En attendant, quel que soit le point déjà atteint, marchons toujours dans la même ligne » (Philippiens 3,13-16)…

La mission des soixante douze disciples (Luc 10,1-16)

« Jésus désigna 72 autres disciples et les envoya deux par deux en avant de lui dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller »…

Jésus avait d’abord envoyé les Douze apôtres en mission (Luc 9,1-6), ceux-là qui plus tard seront appelés à devenir les colonnes de l’Eglise naissante (Galates 2,7-10), le fondement de l’édifice étant le Christ Jésus Lui-même (1Corinthiens 3,10-15). Maintenant, Jésus envoie également en mission « 72 autres disciples » en des termes quasiment identiques … Or « 72 » est le résultat de « 6 x 12 ». En rajoutant les Douze Apôtres, on a donc « 6 x 12 + 1 x 12 » soit en tout « 7 x 12 », et le chiffre « sept » est, dans la Bible, synonyme de perfection et de plénitude. Toute l’Eglise est donc envoyée en mission[5]… Nous retrouvons la même logique à la fin de l’Evangile où le Christ Ressuscité donnera ses consignes missionnaires « aux Onze et à leurs compagnons » (Luc 24,33-36). Aujourd’hui, la mission de l’Eglise ne concerne donc pas seulement les Evêques, successeurs des Douze, et les prêtres qui collaborent avec les Evêques pour le bon accomplissement de leur ministère de Pasteur, mais aussi les laïcs… Nous sommes tous envoyés par le Christ, pour annoncer, là où nous sommes, dans nos familles, dans notre travail…, la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur. Et le Christ invite ici à partir « deux par deux », c’est-à-dire accompagnés et soutenus par un autre[6]… Nous ne serons pas seuls : en Eglise, nous pourrons compter sur quelqu’un ou même, sur un petit groupe… De plus, le chiffre « deux » renvoie à la notion de « témoignage » : il fallait en effet au moins deux ou trois témoins pour qu’un témoignage soit recevable en justice (Deutéronome 19,15). Les disciples envoyés par le Christ seront donc avant tous les témoins de ce qu’ils auront vu, entendu et vécu avec Lui. Ils seront ainsi comme Jean-Baptiste qui invitait à « préparer les chemins du Seigneur » (Luc 3,1-6 ; cf. Isaïe 40,1-11 ; 52,6-10) où « Lui-même devait aller »… Et après la mort et la résurrection du Christ, cette dernière indication s’accomplira, dans la foi, avec la Présence même du Ressuscité qui sera là où ses disciples seront (Matthieu 28,18-20). Par son Esprit, il les aidera à trouver les mots justes pour rendre témoignage à la Bonne Nouvelle du Salut (1Corinthiens 2,13 ; cf. Luc 21,12-15 et Matthieu 10,17-20). Par son Esprit, il agira aussi au cœur de ceux et celles qui les écouteront pour que ces Paroles de Vérité soient bien accueillies (1Corinthiens 2,1-5 ; 1Thessaloniciens 1,6 ; Jean 15,26), comme l’explique une note de la Bible de Jérusalem (cf. Esprit Saint1Jean 4,13) : « Ce don de  l’Esprit annoncé pour les derniers temps a été répandu dans les cœurs et y fait naître la certitude intime de ce que les apôtres annoncent extérieurement »… La mission devient alors un acte de foi en Celui qui est en fait « le Missionnaire » par excellence : le Christ Ressuscité qui continue invisiblement, mais avec la Puissance, la Douceur, la Lumière et le Feu de l’Esprit Saint, à annoncer le Dieu d’Amour par son Eglise qui est « son Corps » (Romains 12,4-13 ; 1Corinthiens 10,16‑17 ; 12,12-30)… Mais encore faut-il que des « ouvriers » se lancent dans l’aventure. Ils sont « peu nombreux » ; le Seigneur les attend, les désire, et nous invite tous à « prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson »…

Notons que ces « ouvriers » reçoivent, comme les Apôtres, mais bien sûr en lien avec eux (Actes 20,28), « autorité (ou pouvoir) sur tous les démons » (Luc 9,1), c’est-à-dire « l’autorité (ou le pouvoir) de fouler aux pieds toute la puissance de l’ennemi » (Satan) de telle sorte que « rien ne pourra leur nuire » (cf. Marc 16,15-18). Jésus les invite également à « guérir les malades » (Luc 9,1-2 ; 9,6 ; 10,9), une invitation qui est toujours en lien avec « la proclamation de la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux » : ces guérisons seront en effet les signes visibles de la Présence invisible et efficace de Dieu qui se propose à notre foi pour nous offrir le pardon de toutes nos fautes, et avec lui, le don de la vie éternelle… St Paul écrivait : « C’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc – nous les ouvriers envoyés à sa moisson – en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Corinthiens 5,19-20). Et les fruits de cette réconciliation seront un mystère de communion avec Dieu (Ephésiens 2,18 ; Galates 3,27-28 ; 1Jean 1,1-4 ; Jean 14,23 ; 17,20-23) où chacun trouvera, dans le don de l’Esprit Saint, le repos du cœur (Matthieu 11,28-30), la Paix intérieure (Jean 14,27), la Vie (Jean 6,47), la Joie (Jean 15,11)… Tel est ce « Royaume de Dieu qui est tout proche de nous » (Luc 10,9.11), frappant inlassablement à la porte de nos vies et de nos cœurs…

jésus frappe à la porte

Les ouvriers envoyés à la moisson doivent d’ailleurs dire en entrant dans une maison : « Paix à cette maison ! » En agissant ainsi, ils annonceront déjà « l’Evangile de la Paix » (Ephésiens 6,15), cette Paix étant synonyme en hébreu de Plénitude, « don divin qu’ils apportent dans la demeure où ils pénètrent. Qui est « fils de la paix », c’est-à-dire ouvert et réceptif à la Bonne Nouvelle du Règne et à ce don, le recevra effectivement. Et lorsque quelqu’un se ferme et ne croit pas que la paix lui vienne par la bouche du missionnaire, ce « cadeau » n’est pas perdu pour autant : ayant fait ce qu’il devait, le missionnaire demeure en paix »[7].

Enfin, la Loi de Moïse distinguait entre les animaux purs que l’on pouvait manger, et les impurs qu’il fallait proscrire (Lévitique 11). De plus, tous ceux qui n’obéissaient pas à toutes les prescriptions de la Loi, et notamment les païens, étaient considérés comme des êtres impurs : il était alors interdit d’entrer chez eux et de manger avec eux (cf. Luc 5,29-32 ; 15,1-2 ; Jean 18,28). Mais le disciple de Jésus est libéré de toutes ces prescriptions et il n’existe plus pour lui de barrières entre les hommes (1Corinthiens 10,25-27; cf. Ephésiens 2,14-18 où la barrière séparant les deux peuples, les Juifs et les païens, est la Loi ; le Christ l’a supprimée pour que ceux qui étaient loin (les païens) et ceux qui étaient proches (les Juifs) ne fassent plus qu’un seul et même Peuple, une Humanité Nouvelle rassemblée par le Christ, dans l’Esprit, autour du Père. Voir également Actes 10,9-16; à la suite de cette vision, Pierre, qui logeait déjà chez un homme impur de par son métier, Simon le corroyeur (Actes 10,6), n’aura plus de scrupules à accueillir chez lui des païens (Actes 10,19‑23), à marcher avec eux (Actes 11,12) et à entrer chez eux (Actes 10,23-29)). Toute l’humanité, sans exception, est aimée par Dieu et appelée au salut (cf. 1Timothée 2,3-6 ; Jean 3,16-17 ; 6,39 et le Père lui a donné le monde à sauver ; 17,1-3). L’ouvrier envoyé à la moisson peut donc dire, comme St Paul (1Corinthiens 9,18-22) : St Paul« En annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans pleinement user du droit que me confère l’Évangile[8]. Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre. Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi – moi, qui ne suis pas sujet de la Loi – afin de gagner les sujets de la Loi. Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi – moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ – afin de gagner les sans-loi. Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns ». Puissions-nous faire de même…

Cet épisode se termine sur l’éventualité d’un refus d’accueillir « les ouvriers envoyés à la moisson ». Comme en Luc 9,5, le geste manifestant la rupture est sans équivoque. Mais le Christ invite une nouvelle fois à annoncer cette Bonne Nouvelle, envers et contre tout : « Pourtant, sachez-le, le Royaume de Dieu est tout proche »… Si aujourd’hui, ils le refusent, peut‑être finiront-ils un jour par lui ouvrir leur cœur… Mais attention, ils seront responsables des conséquences de leur refus… Et s’ils se ferment à l’Amour, à la Miséricorde, à la Justice, au Pardon, à la Vérité et à la Paix, ils risquent de laisser le champ libre à la haine, la jalousie, l’injustice, la vengeance, le mensonge et la guerre… Autant de forces de destructions qui ne pourront laisser derrière elles qu’un immense champ de ruines. Il ne sera pas question alors de « jugement divin » ou de « châtiment de Dieu » : seuls les hommes, par leur refus de l’Amour, auront été les artisans de leur propre malheur (Jérémie 2,15-19 ; 4,18). Aussi le Christ se lamente‑t-il par avance sur eux (Matthieu 23,37-38). S’ils avaient pu accueillir celui qui, par ses envoyés, était susceptible de leur donner la Paix et la Joie…

Diapositive12« Premier lieu pourtant où Jésus avait guéri et prêché (Luc 4,23.31), Capharnaüm a fait montre d’un endurcissement du cœur » hors du commun. « Au moyen d’une allusion à Isaïe 14,13-15, le Maître signifie à l’orgueilleuse cité qu’elle va tomber de haut de façon catastrophique ; en rejetant l’Envoyé de Dieu, elle a signé son propre rejet »[9]. Comment, en effet, pourrait-être sauvé celui qui refuse de se laisser saisir par l’unique Sauveur ? Même si ce dernier le presse d’accepter son amour et son aide, son refus est synonyme pour lui de condamnation (Jean 3,16-18). Mais encore une fois, qui condamne ? Dieu ? Certainement pas (Jean 8,11 ; 1Jean 1,8-2,2 ; Romains 8,31-39) ! Il ne désire que nous sauver… C’est l’homme qui, par son refus de Dieu, se condamne lui-même…

Enfin, Jésus conclut son discours en ces termes : « Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m’a envoyé ». Jésus en effet a donné à ses disciples la Parole qu’il avait lui-même reçue de son Père (Jean 17,6-8), et l’Esprit Saint aidera l’Eglise jusqu’à la fin des temps à garder intact ce dépôt (2Timothée 1,14 ; Jean 14,26 ; 1Corinthiens 2,9-13)… saint_paulSt Paul prêche ainsi « dans le Christ », c’est-à-dire « uni au Christ dans la communion d’un même Esprit » (2Corinthiens 2,17; 12,19; Romains 9,1 ; Philémon 1,8-9), « miséricordieusement investi de ce ministère » (2Corinthiens 4,1 ; 1Timothée 1,12-17), et il a ainsi conscience que le Christ parle avec Lui et par Lui (2Corinthiens 13,3). Tel est le mystère de l’Eglise « Corps du Christ », unie au Christ dans la communion d’un même Esprit, et qui ne cesse d’offrir au monde « la Parole du Christ » pour inviter tous les hommes au Salut et à la Vie…

Le retour de mission des Soixante-Douze (10,17-24)

Les Soixante-Douze reviennent « joyeux », de cette Joie simple et discrète qui jaillit du cœur à cœur avec Jésus, le Ressuscité, le Vainqueur du mal, des ténèbres et de la mort. Et voici qu’ils se découvrent eux aussi, par leur union au Christ, « vainqueurs » (2Corinthiens 2,14 ; Romains 8,35-39 ; 1Jean 5,4-5 ; Apocalypse 3,20-21 ; 21,5-7 ; Jean 10,27-30)… Mais c’est l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ, cet Esprit qu’ils reçoivent instant après instant du Christ dans une relation de cœur humble et confiante, qui leur donne de remporter la victoire (Matthieu 12,28 ; Luc 11,20). Qu’ils ne se glorifient donc pas de tout ce que le Christ leur a donné : ils risqueraient de tomber dans l’orgueil, et par là-même de se séparer de Lui. Ils seraient alors à la merci de celui qui, pour l’instant, leur est soumis !

Feuille lumière vie« Le vrai motif de la joie des représentants de Jésus n’est pas à chercher dans leur pouvoir sur les forces infernales, mais dans le fait que Dieu a inscrit leurs noms dans le Livre de Vie : ils ont la promesse d’hériter de la Vie qui ne finit pas », une Vie qu’ils commencent dès maintenant à recevoir dans la foi et par leur foi (Jean 6,47)[10]

Mais la joie des disciples fait la joie de Jésus ! Et lui aussi tressaille de joie dans ce même Esprit qu’il reçoit de son Père. Un mystérieux renversement se réalise : ceux qui croient tout savoir sont en fait aveuglés par l’orgueil, et ils demeurent étrangers aux réalités d’en haut (Jean 9,39‑41 ; 1Corinthiens 1,18-31 ; 2,14 où, comme l’indique en note la Bible de Jérusalem, « l’homme psychique » est l’homme laissé aux seules ressources de sa nature)… Par contre, les simples et les tout-petits ont su ouvrir leur cœur à l’action du Père qui leur a donné, grâce à l’action de l’Esprit Saint, d’entrer dans le mystère de Jésus (1Corinthiens 2,9-12 ; Ephésiens 1,17-21 ; Jean 16,12-15) … Ils sont alors « heureux » comme Jésus lui-même est « heureux » (Matthieu 16,15-17). Eclairés de l’intérieur, « leurs yeux illuminés du cœur » (Ephésiens 1,18 ; Matthieu 4,16) savent percevoir en Jésus et dans ses Paroles « quelque chose » de sa Gloire (Jean 6,40[11] ; 6,67‑69 ; 7,45-46 ; 1Jean 1,1-4 ; Luc 9,28-32… Le Christ apparaît pleinement ici comme « l’unique Médiateur » (1Timothée 2,5-6), le seul « Chemin » (Jean 14,6) par qui il nous est donné, dès maintenant, dans la foi et par notre foi, « d’oser nous approcher du Père en toute confiance » (Ephésiens 3,11‑12), et de « le connaître » (Jean 1,18) en ayant part à sa Vie (Jean 17,1-3). Il est pleinement ce « Fils » -et il en a conscience (cf. Luc 10,22 où le mot « Fils » intervient trois fois)- venu en ce monde pour que nous devenions nous aussi, et le plus pleinement possible, des fils et des filles de Dieu par notre foi en Lui (Jean 1,12-13)…

L’amour de Dieu et du prochain (Luc 10,25-42)

Mais « devenir fils et fille de Dieu » engage toute la vie, car il s’agit avant tout de recevoir dans la foi une grâce qui est de l’ordre de la Vie, la Vie même de ce Dieu qui est Amour et qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16)… Cette Vie sera donc tout en même temps dynamisme d’amour et force pour aimer (Jean 6,63 avec Romains 5,5 et Galates 5,22-25)… Elle ne pourra donc que nous entraîner à vivre comme Dieu vit de toute éternité, et sa Vie n’est qu’Amour… Dès lors, le seul et unique commandement ne peut être que Celui de l’amour : un cœur tourné tout entier vers Celui qui, de son côté, est tourné tout entier vers chacun d’entre nous pour nous combler de ses dons (Jérémie 32,40-41). Et ces grâces seront « amour ». Elles nous aideront et nous soutiendront pour mettre en pratique ce que Jésus attend de chacun d’entre nous : « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15,12)… Ainsi, avec le Christ, le commandement de l’Amour de Dieu (Deutéronome 6,4-5) et celui de l’amour du prochain (Lévitique 19,18) ne peuvent plus faire qu’un seul et unique commandement. Celui qui aime vraiment Dieu en lui ouvrant son cœur ne peut pas, au même moment, témoigner de la haine ou du mépris vis-à-vis de son prochain. Si son ouverture de cœur est vraie, totale et sincère, la grâce qu’il recevra de Celui qui n’est que Source de Vie et d’Amour ne pourra que l’entraîner sur des chemins de Vie et d’Amour envers tous ceux et celles qui l’entourent…

Le bon Samaritain, Van GoghPour illustrer ce commandement de l’amour, Jésus donnera deux exemples. Le premier, la parabole du « Bon Samaritain », pose la question : « Qui est mon prochain ? » Jésus évite de répondre de manière trop précise : l’amour ne peut que renverser les barrières qui existent entre les hommes . Il est universel… Aussi donnera-t-il l’exemple « d’un homme », sans préciser sa nationalité ou ses origines, tombé aux mains de brigands qui le laissent « à demi-mort »… Or la Loi de Moïse interdisait de toucher un cadavre sous peine de devenir impur (Nombres19,11‑13). Le Lévite (serviteur du Temple) et le Prêtre, pour qui la Loi était encore plus exigeante (Lévitique 21,1-4 ; Ezéchiel 44,25-27) ne veulent donc pas prendre un tel risque : ils passent leur chemin… Ils n’ont pas su dépasser la barrière de la Loi et mettre à la première place la détresse et le besoin de cet homme… Par contre, un Samaritain, ennemi juré des Juifs à cette époque (Siracide 50,25‑26 ; Jean 4,9 ; 8,48 ; Luc 9,52-55), saura se laisser toucher par la souffrance de cet homme et lui ouvrir son cœur, même s’il pouvait, à priori, le considérer comme un ennemi. Et là, Jésus renverse la perspective : il ne s’agit plus de savoir « qui » est mon prochain, mais plutôt de se faire le prochain de tous ceux et celles qui nous entourent, fussent-ils nos ennemis (cf. Luc 6,27-38) !

Marthe et Marie, Jean VermeerLe deuxième exemple (Luc 10,38-42) soulignera la dynamique qui devrait être celle de tout disciple de Jésus : mettre à la première place l’amour de Dieu, « de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit », puis l’amour du prochain qui ne sera que l’expression vivante de notre amour pour Dieu (1Jean 4,7-8 ; 4,12 ; 4,19-20)… Dès lors, Marie, « assise aux pieds du Seigneur », dans la position du disciple qui écoute son Maître, « a choisi la meilleure part » en se mettant à l’écoute de la Parole de Dieu. Douce comme le miel (Ezéchiel 3,1-3), elle est la nourriture qui demeure en vie éternelle (Jean 6,27), le Pain de Vie offert à tous (Jean 6,35-47). Marthe aurait dû se préoccuper d’abord de ce Pain là avant de se laisser « absorber par les multiples soins du service »… Elle aurait alors compris « qu’elle se donnait beaucoup de soucis et qu’elle s’agitait pour beaucoup de choses », alors que le Christ recherche avant tout la simplicité du cœur et la paix… A nous maintenant d’essayer de privilégier notre relation de cœur avec le Seigneur, avant de nous laisser accaparer par les multiples soucis de la vie (cf. Luc 8,14). Comme l’écrivait St Paul aux Philippiens : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. N’entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Philippiens 4,4-7)…

                                                                                                                          D.Jacques Fournier

[1] Luc 9,51, littéralement : « Et il advint, comme s’accomplissaient entièrement les jours de son enlèvement (allusion à l’Ascension de Jésus auprès du Père ; le même mot est employé en Ac 1,2.11.22), qu’il fixa (affermit, fortifia) sa face pour aller à Jérusalem »… Peut-être est-ce une allusion au troisième chant du Serviteur en Isaïe 50,5-9 : « Le Seigneur Yahvé m’a ouvert l’oreille, et moi je n’ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé. J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats. Le Seigneur Yahvé va me venir en aide, c’est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Qui est mon adversaire ? Qu’il s’approche de moi ! Voici que le Seigneur Yahvé va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait ? » Notons combien ce texte insiste sur le fait que « le Seigneur va venir en aide » à son Serviteur… Telle est la certitude qui devait habiter le cœur de Jésus au cœur de toutes les difficultés et de toutes les souffrances qu’il a rencontrées…

[2] A la mort de Salomon (970-931 av. JC), fils du roi David (1010-970 av. JC), le Royaume d’Israël se scinda en deux, avec le Royaume du Nord et sa capitale Sichem, et le Royaume du Sud et sa capitale Jérusalem. On peut imaginer sans peine les tensions qui devaient exister entre les deux royaumes suite à cette division. Omri, roi du Royaume du Nord de 881 à 841 av. JC, acheta pour 68 Kg d’argent (2 talents) une colline située à une dizaine de km au nord-ouest de Sichem à un certain Chémer qui devait donner son nom à la nouvelle capitale qu’Omri y construisit : Samarie. Puis, après la chute du Royaume du Nord conquis en 722 par le roi assyrien Sargon II, ce dernier fut transformé en province assyrienne qui prit le nom de sa capitale : la Samarie. Toute cette zone ne cessera ensuite de s’appeler ainsi, tout comme ses habitants, « les Samaritains »…

Une étape marquante de la coupure entre les Juifs et les Samaritains fut la construction d’un Temple sur le Mont Garizim, au sud-est de Samarie, sans doute vers 330 av JC. Ce Temple faisait donc concurrence à celui de Jérusalem. Vers 180 av JC, le Livre du Siracide (appelé aussi “l’Ecclésiastique ») parle des Samaritains en terme de “peuple stupide qui habite à Sichem” (Siracide 50,26)… La destruction par Jean Hyrcan en 129/128 av JC de Sichem, du Temple du Mont Garizim, puis de Samarie peu de temps après, achèvera de consommer la rupture entre les Juifs et les Samaritains (cf Jean 4,9 ; 8,48).

[3] Un membre de la tribu de Lévi, une tribu à qui le service du Temple de Jérusalem avait été confié : « Le Seigneur mit alors à part la tribu de Lévi, pour porter l’arche de l’alliance du Seigneur, se tenir en présence du Seigneur, le servir et bénir en son nom jusqu’à ce jour » (Deutéronome 10,8).

[4] La Bible de Jérusalem écrit en note pour ce dernier texte : « Ne saluer personne : signe d’une mission pressante ».

[5] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires (Collection Bayard Compact, 2001) p. 677. Un double symbolisme est très certainement attaché à ce chiffre 72 qui représente en Gn 10,2-31, dans la version grecque, « la table des 72 peuples de la terre ». La mission, visée ici par St Luc, annoncerait déjà celle de l’Eglise naissante envoyée par le Christ Ressuscité dans le monde entier. Il nommera en effet en 10,13-14 deux villes païennes situées au nord d’Israël, « Tyr et à Sidon ». La première mission, celle des Douze (9,1-6) était donc plutôt dans la continuité de celle du Christ envoyé tout d’abord « aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24 ; 10,6 en notant le parallèle entre 10,1-16 et Luc 9,1-6). Et de fait, juste après, la symbolique des chiffres employés dans la multiplication des pains (Luc 9,10-17) renverra au Peuple d’Israël (5 : les cinq livres de la Loi ; 5000 : la multitude du Peuple d’Israël appelé à mettre cette Loi en pratique ; 12 : les douze tribus d’Israël).

[6] Exemples de paires dans le Livre des Actes des Apôtres : Paul et Barnabé (13,2-4), Barnabé et Marc, Paul et Silas (15,39-40).

[7] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires p. 678.

[8] Si « l’ouvrier mérite son salaire », « mangeant et buvant ce qu’on lui servira » (Luc 10,7), St Paul, lui, n’usait pas de ce droit que lui offrait l’Evangile. La Bible de Jérusalem écrit en note pour Actes 18,3 : « Bien qu’il reconnaisse le droit des missionnaires à leur subsistance (1Corinthiens 9,6-14 ; Galates 6,6 ; 2Thessaloniciens 3,9 ; cf. Luc 10,7), Paul a toujours tenu à travailler de ses mains (1Corinthiens 4,12) pour n’être à charge de personne (1Thessaloniciens 2,9 ; 2Thessaloniciens 3,8 ; 2Corinthiens 12,13s) et prouver son désintéressement (Actes 20,33s ; 1Corinthiens 9,15-18 ; 2Corinthiens 11,7-12). « Je m’efforce de plaire en tout à tous, ne recherchant pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés » (1Corinthiens 10,33)…

[9] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires p. 678-679.

[10] Id. p. 680.

[11] Et la Bible de Jérusalem précise en note : « “ Voir ” le Fils, c’est discerner et reconnaître qu’il est réellement le Fils envoyé par le Père, cf. Jean 12,45 ; 14,9 ; 17,6 ». Et cette action n’est possible que grâce à celle du Père qui attire à Jésus (Jean 6,44.65) et donne de croire en Lui en envoyant l’Esprit de Lumière et de Vie dans les cœurs (1Corinthiens 12,3)….

 

Fiche n°12 – Lc 9,51-10,42 : cliquez sur le titre précédent pour accéder au fichier PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Jésus suscite, éclaire et affermit la foi de ses disciples (Luc 9,1-50)

La mission des Douze (Luc 9,1-6)

 

Jésus rassemble autour de lui les Douze disciples qu’il avait choisis (Luc 6,12-15) pour être ses apôtres, c’est-à-dire ses envoyés (sens du mot grec « apostolos »). Lui-même est l’envoyé du Père : le Père est toujours avec Lui (Jean 8,28-29), et Jésus, uni à son Père dans la communion d’un même Esprit (Jean 10,30) dit les Paroles du Père (Jean 12,49-50) et accomplit les œuvres du Père (Jean 14,8-11). Autrement dit, le Père agit avec lui et par lui pour le salut du monde…

Jésus appelle ici les Douze pour leur donner de participer à sa mission et de l’exercer comme lui l’exerce. La relation qui les unira à lui sera semblable à celle qui l’unit à son Père. Jésus les enverra comme lui-même fut envoyé (Jean 20,21 ; Luc 9,2), il sera toujours avec eux comme le Père était toujours avec lui (Marc 3,14 ; Matthieu 28,20), il leur sera uni dans la communion d’un même Esprit (Jean 17,20-23 ; 1Thessaloniciens 5,9-10 ; Romains 8,9-10), il les revêtira de l’autorité et de la puissance de l’Esprit Saint (Luc 9,1 ; 1,35 ; en plénitude au moment de la Pentecôte : Luc 24,49; Actes 1,8; 2,1-4), comme lui-même en fut revêtu par le Père (Luc 3,21-22 ; 4,14.18-19 ; 5,17). Alors les apôtres proclameront la Parole (Jean 17,8.20 ; Luc 10,16), et ils accompliront les œuvres du Christ : ils guériront les malades et chasseront les esprits impurs (Luc 9,1-2.6). Autrement dit, le Christ agira avec eux et par eux pour le salut du monde…

Communion des saints avec le Christ

Nous constatons combien, dans notre vie de chrétien, la relation au Christ doit être première : Jésus ne pouvait rien faire sans son Père (Jean 5,19-20), nous ne pouvons rien faire sans Lui (Jean 15,5). Cette relation de cœur avec le Christ exige de chacun d’entre nous une conversion qui soit aussi réelle et sincère que possible (Marc 1,14-15 ; Matthieu 21,28-32). Nous savons à quel point cela n’est pas facile, et nous ne connaissons que trop bien notre faiblesse. Et pourtant, nous sommes invités à la confiance car cette œuvre de conversion est avant tout celle du Père des Miséricordes (2Corinthiens 1,3 ; Colossiens 2,13 ; 3,13 ; Psaume 32(31),5 ; 86(85),5 ; 103(102),1-4 ; Jérémie 31,34 ; Ezéchiel 16,63 ; Michée 7,18) : c’est Lui qui se propose de nous purifier (Ezéchiel 36,24-28 ; Jérémie 33,8 ; 1Jean 1,9), de nous transformer (Sophonie 3,9-10), d’arracher de notre cœur toutes les idoles (Osée 2,18-19) pour que nous puissions revenir à lui (Psaume 80(79),4.8.20 ; 85,2.5 ; Isaïe 43,5 ; Jérémie 15,19 ; 24,6 ; 30,3 avec Luc 15,4-7) nous tourner vers Lui, le prier, l’adorer, le craindre au sens de lui demeurer fidèles (Jérémie 32,37b-41 ; Psaume 130(129),4)… Et puisque tout est don, tout est grâce, à nous de nous abandonner avec confiance entre ses mains en étant les plus souples et les plus dociles possible à son action en nos cœurs…

Bapteme

Jésus va ensuite envoyer ses disciples en mission en leur demandant de ne rien prendre pour la route : ni bâton pour se protéger ou s’en servir comme appui, ni sac pour y mettre des provisions ou des vêtements, enfin ni argent pour acheter l’un ou l’autre, ou pour se loger. Il veut qu’ils fassent l’expérience de la Providence divine. Dieu sera là, avec eux ; il les protègera, il sera leur appui, il veillera sur eux, et d’une manière ou d’une autre, ils ne manqueront jamais de rien et trouveront toujours quelqu’un pour bien les accueillir (Luc 12,22‑31 ; Actes 16,11-15). Ils verront ainsi par eux-mêmes combien Dieu agit dans le monde par les femmes et les hommes de bonne volonté. Plus tard, juste avant sa Passion qui précèdera leur grand envoi en mission, il leur rappellera cet épisode : « « Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose? » – «De rien», dirent-ils ». Puis il les invitera cette fois à prendre « bourse » et « sac à provisions » : « Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, de même celui qui a une besace » (Luc 22,35‑36)… L’aventure ne sera pas facile, et ils auront besoin de toutes leurs ressources humaines pour cette mission qui les attend : ressources matérielles, mais aussi prudence, sagesse et réflexion (Matthieu 10,16-24[1])… Et lorsqu’ils auront fait tout leur possible, qu’ils n’oublient jamais ce qu’ils ont vécu autrefois sur les routes de Palestine : ils ne sont pas seuls. Dieu est là, présent, avec eux, et il s’occupe très concrètement de chacun d’entre eux … Ils auront alors à être les plus simples possible, allant là où ils seront accueillis et mangeant ce qui leur sera proposé (Luc 9,4 ; 10,7). Eux qui avaient l’habitude d’être soumis par la Loi de Moïse à toutes sortes d’interdits alimentaires (cf Lévitique 11), qu’ils comprennent bien que « le Royaume des cieux n’est pas une affaire de nourriture et de boisson : il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17 ; cf Marc 7,14-23). Voilà ce qu’ils devront vivre et annoncer (Luc 9,2.6), en paroles et en actes, en disant notamment aux familles qui les accueilleront: « Paix à cette maison » (Luc 10,5)… Et « la Paix », en hébreu, est synonyme de Plénitude, cette Plénitude que Dieu veut communiquer à chacun d’entre nous (Psaume 16(15),11 ; Romains 15,13 ; Ephésiens 3,14-21) en lui donnant, par le Christ (Jean 1,16-17 ; Colossiens 1,18-19 et 2,9-10) d’avoir part à son Esprit Saint (Ephésiens 5,18)…

Esprit Saint

Hélas, parfois, ils ne seront pas accueillis (cf pour le Christ Marc 5,17; Luc 9,53 ; 4,28-30 ; Jean 3,11.31-32 ; 5,43)… Une porte pourra se fermer, mais une autre s’ouvrira… « La Bonne Nouvelle ne saurait en effet être imposée. Elle sera seulement proposée à la liberté des gens. Si une ville ou un village la refusent, on passera outre en respectant ce refus. Le rite ici décrit relève d’un antique usage oriental : on secouait la poussière de ses pieds en quittant un lieu hostile pour marquer la rupture (cf Actes 13,50-52) »[2]. Ils refusent d’accueillir le Christ ? Pour l’instant, qu’ils assument, la responsabilité de leurs actes. Dieu leur a quand même offert la possibilité d’entendre la Bonne Nouvelle : « Pourtant, sachez-le, le Royaume de Dieu est tout proche » (Luc 10,11). La semence a été semée (Luc 8,5‑8). Peut-être lèvera-t-elle un jour… Mais de toute façon, d’une manière ou d’une autre, Dieu reviendra frapper à la porte de leur cœur…

 

Hérode et Jésus (Luc 9,7-9)

Les opinions sur le Christ étaient nombreuses et variées. Certains croyaient être en présence de Jean le Baptiste, autrefois décapité par Hérode (Luc 9,9 ; Marc 6,17-29), et aujourd’hui ressuscité. D’autres pensaient que la prophétie de Malachie sur le retour d’Elie s’était accomplie (Malachie 3,23-24)[3]. D’autres enfin pensaient que Jésus était « un des anciens prophètes qui est ressuscité » (Luc 9,8), ou encore ce prophète promis autrefois par Moïse (Deutéronome 18,15.18‑19; cf Jean 1,21 où des prêtres venus de Jérusalem pensent que Jean Baptiste pourrait être ce « prophète »). Certes, Jésus était bien un prophète (Jean 6,14 ; 7,40) portant au monde la Parole de Dieu (cf. Jérémie 1,9), mais il était bien plus qu’un prophète…

Visage de Jésus

Jeanne, la femme de Chouza, l’intendant d’Hérode[4] était une des disciples du Christ (Luc 8,3). Hérode avait donc très certainement entendu parler de Jésus par son intendant, et « il cherchait à le voir » (Luc 9,9). De fait, il le verra… Lorsque Jésus fut arrêté, il fut d’abord conduit devant l’assemblée des responsables religieux du Peuple d’Israël, le Sanhédrin (Luc 22,66-23,1). Puis ils l’emmenèrent devant Pilate[5] (Luc 23,2-7) qui l’envoya à son tour devant Hérode (Luc 23,8-12) : « Hérode, en voyant Jésus, fut tout joyeux ; car depuis assez longtemps il désirait le voir, pour ce qu’il entendait dire de lui; et il espérait lui voir faire quelque miracle ». Comme d’autres avant lui, il demande un signe à Jésus (Luc 11,16.29), un acte merveilleux, un prodige… Mais Jésus n’est ni un magicien, ni un prestidigitateur… Il n’est pas venu pour « en mettre plein la vue » (Luc 4,9-12) comme peuvent le faire parfois les vedettes de ce monde. Hérode est donc pour l’instant rempli de l’esprit du monde : il n’a pas les dispositions intérieures qui lui permettraient de s’ouvrir à cette Présence de Dieu venue s’offrir en Jésus-Christ dans la discrétion et l’humilité. Il est aveugle de cœur (2Corinthiens 4,3-6). Il demande un signe, alors qu’il a devant lui le plus beau signe qui soit de la Présence et de l’action de Dieu en ce monde : l’humanité de Jésus, qu’il peut voir, toucher, entendre, ce Jésus qui est le Fils Unique du Père en Personne, vrai Dieu de toute éternité. Mais il ne perçoit rien ; aussi Jésus se tait devant lui.

Cet esprit du monde va ensuite pleinement se manifester en actes : on reconnaît l’arbre à ses fruits (Luc 6,43-45)… Hérode, blessé dans son orgueil, va le bafouer, le traiter avec mépris, le revêtir par dérision d’un habit de prince, et le renvoyer à Pilate…

 

Au retour des Apôtres, Jésus rassasie une foule (Luc 9,10-17)

Les apôtres reviennent de mission et racontent tout simplement à Jésus ce qu’ils ont vécu. Il va alors les emmener à l’écart, avec peut-être l’intention de leur offrir un peu de repos (Marc 6,31). Mais les foules partent à sa suite, et comme d’habitude, Jésus leur fait bon accueil ; le repos sera pour plus tard… Comment va-t-il combler leur attente ? En leur parlant à nouveau du Royaume des Cieux, une Parole à laquelle l’Esprit de Vérité rend toujours témoignage (Jean 15,26). S’ils ouvrent leur cœur à cette Parole, ils l’ouvriront aussi à cet Esprit dont la seule Présence suffit à combler toutes nos attentes… Notons également la simplicité avec laquelle Jésus répondait aux requêtes qui lui étaient faites : « Il guérissait ceux qui en avaient besoin »…

Paralytique

Puis, « le jour commença à baisser », clin d’œil en direction du repas d’Emmaüs (Luc 24,29) où le Christ Ressuscité, non encore reconnu par ses deux disciples, accomplira une fois encore les gestes de l’Eucharistie (Luc 24,30). Et le déclic se produira : ils le reconnaîtront dans cette fraction du pain, « leurs yeux s’ouvriront », et lui disparaîtra, les laissant à cette connaissance de foi dans laquelle, pour l’instant, il veut se donner à chacun d’entre nous… Plus tard nous le verrons, par-delà notre mort …

Le soir tombe… Les disciples invitent donc Jésus à renvoyer la foule « dans les villages et les fermes d’alentour pour y trouver logis et provision » et tous pourraient se retrouver ensuite le lendemain matin. Mais Jésus a une autre solution : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Peut-être leur serait-il possible, avec l’aide matérielle que pouvaient apporter certains disciples (Luc 8,1-3), d’aller dans ces villages et ces fermes pour acheter de la nourriture (Luc 9,13), « même si ce serait là une dépense considérable »[6]. Mais Jésus a encore une autre idée. Il va prendre l’initiative et agir d’une manière totalement imprévue pour donner gratuitement à cette foule tout ce dont elle a besoin… En le suivant, ils cherchaient avant tout « le Royaume des Cieux et sa justice », laissant de côté les préoccupations matérielles pour se tourner de tout cœur vers les réalités d’en haut (Colossiens 3,1-3). Et c’est Jésus Lui-même qui va se soucier pour eux de ces questions matérielles (cf Matthieu 15,32), en leur donnant au moment où ils en avaient besoin tout ce dont ils avaient besoin, en surabondance, alors même qu’ils ne lui avaient encore rien demandé ! L’invitation à se confier en la Providence divine est ici, une fois de plus, illustrée (Luc 12,22-32).

2ième dimanche de pâques2

Dans un premier temps, le Christ devait d’abord annoncer la Bonne Nouvelle du salut « aux brebis perdues de la maison d’Israël », le Peuple de l’Alliance (Matthieu 15,24 ; 10,6). Et de fait, la symbolique des chiffres désigne ici le Peuple d’Israël comme étant le premier destinataire de ce miracle. Le chiffre « cinq » renvoie en effet aux cinq premiers livres de la Bible, appelés en hébreu « la Torah » (hr:/T, la Loi), car ils renfermaient tous les textes de Loi réglant la vie quotidienne d’Israël. Le chiffre « mille » désigne souvent « la multitude » ; « cinq mille » renvoie donc au Peuple hébreu en son ensemble appelé à mettre en pratique la Loi de Moïse pour vivre en Alliance avec Dieu… Et St Luc précise bien à la fin du récit qu’il restait « douze » corbeilles pleines, un clin d’œil lancé vers « les douze tribus d’Israël ». Mais le chiffre douze ne peut que renvoyer ici aussi aux Douze apôtres choisis par le Christ : ils seront la base nouvelle du nouveau Peuple de Dieu appelé à vivre avec lui le mystère de l’Alliance Nouvelle… Et chacun des Douze repartira avec une corbeille pleine de cette « nourriture qui demeure en vie éternelle » (Jean 6,27), l’Eucharistie, qu’ils partiront offrir au monde entier (Matthieu 28,16‑20 ; Marc 16,15-18 ; Actes 1,8 ; Luc 13,29). St Luc y fait en effet très fortement allusion lorsqu’il reprend au v. 16 tous les verbes qui apparaîtront de nouveau lors du récit de son institution (Luc 22,19-20) :

Luc 9,16

Luc 22,19-20

Prenant alors les cinq pains

et les deux poissons,

il leva les yeux au ciel, les bénit,

les rompit (ou les fractionna)

et il les donnait aux disciples

pour les servir à la foule.

 

 

 

Puis, prenant du pain,

 

il rendit grâces (en grec, « eucharistéo »),

le rompit (ou le fractionna)

et le leur donna, en disant :

« Ceci est mon corps, donné pour vous ;

faites cela en mémoire de moi. »

Il fit de même pour la coupe après le repas, disant : «Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous ».

 

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Ce signe renvoie donc à cette nourriture que Jésus donnera à son Eglise juste avant sa mort et sa résurrection : « son corps et son sang » offerts pour le salut de la multitude des hommes. Il se donnera tout entier pour cela : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15,13). Jésus va donc nous aimer de tout son être, corps, âme, esprit et cela « jusqu’à la fin » (Jean 13,1), « jusqu’à l’extrême de l’amour », comme le précise en note la Bible de Jérusalem. Et il va s’offrir pour les pécheurs que nous sommes, afin de nous donner d’avoir part à sa Vie, une Vie qui nous guérira petit à petit de toutes nos blessures et qui s’épanouira par delà notre mort dans la Vie éternelle… Le sang est en effet symbole de vie dans la Bible, puisque les anciens croyaient que la vie était dans le sang (Lévitique 17,11.14). En nous offrant son sang, Jésus veut nous faire comprendre qu’il désire nous communiquer sa Vie, sa propre Vie, une Vie qu’il reçoit lui-même de son Père : « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi » (Jean 6,57). Et cette Vie nous sera concrètement communiquée en nos cœurs  par l’action de l’Esprit Saint : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien » (Jean 6,63). Chacun est ainsi appelé par le Christ à recevoir et à vivre de la Vie Bienheureuse du « Dieu Bienheureux » (1Timothée 1,11), une Vie qui comblera tous les désirs de son cœur (Jean 6,35) et lui apportera la Paix. Et puisque cette Vie habite en plénitude le Père, le Fils et l’Esprit Saint, il vivra en communion avec eux et avec tous ceux qui, comme lui, se seront ouverts au don de Dieu (1Jean 1,1-4)… Tel est le mystère de l’Eglise, un mystère de communion offert inlassablement aux pécheurs que nous sommes par le Père des Miséricordes…

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Notons aussi que St Luc n’emploie pas dans ce récit le mot « multiplication » des pains, mais plutôt celui de « fraction des pains », un terme qu’il reprendra dans les Actes des Apôtres pour désigner l’Eucharistie (Actes 2,42-46). Dieu est « don », « source ». Il se donne en demeurant pleinement lui-même. Aussi, dès que les hommes se mettent à donner, à partager, leur action rejoint la sienne : avec eux et par eux, Dieu agit dans le monde… « Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour » (Luc 6,38).

Enfin, aucune réaction de la foule ne nous est rapportée, comme si elle ignorait ce qui vient de se passer. Nous retrouvons ici cette totale gratuité de Jésus… Souvenons-nous par exemple de cet infirme paralysé depuis 38 ans : il sera guéri alors même qu’il ne connaissait pas Celui qui lui parlait, et qu’il attendait sa guérison des dieux païens de la médecine (Jean 5,1-9) ! Il en fut de même pour cette veuve de Naïn qui partait enterrer son fils unique : elle ne le connaissait pas, elle ne lui demandait rien, et Jésus lui rendra son fils (Luc 7,11-17). jésus christ angelicoOn peut encore citer cette noce à Cana où les mariés ne se sont même pas rendu compte qu’ils allaient manquer de vin, et Jésus, qu’ils ne connaissaient pas et à qui ils n’ont rien demandé, va leur offrir plus de 700 litres de « bon vin » (Jean 2,1-12; cf 1,26-27).
Et le Christ est le même aujourd’hui comme il le sera à jamais (Hébreux 13,8). Aussi, plutôt que de lui demander ceci ou cela – d’autant plus que Dieu sait de quoi nous avons besoin avant même que nous ne lui demandions (Matthieu 6,7-8 ; Luc 12,30) – demandons lui la grâce de reconnaître sa Présence et son action bienveillante dans nos vies : Il est déjà là, tout près de chacun d’entre nous (Matthieu 3,2 ; 4,17 ; 10,7), et il agit pour nous, pour notre bien, avant même que nous n’en ayons conscience…

 

La profession de foi de Pierre, au nom de tous les disciples, et la première annonce par Jésus de sa Passion désormais toute proche (Luc 9,18-22)

 

La foule n’a, semble-t-il, pas réalisé ce qu’il s’est passé, mais les disciples, eux, l’ont compris… Ce signe donné et reconnu va faire grandir en eux la foi et les conduire, par la bouche de Pierre, à une première « profession de foi ».

Christ donne la clé à Pierre

Les disciples sont seuls avec le Christ, à l’écart… Ils prennent du recul par rapport à tout ce qu’ils viennent de vivre avec lui, et Jésus, par ses questions, « Qui suis-je au dire des foules ? », « Mais pour vous, qui suis-je ? », va les amener petit à petit à en tirer les conclusions… Nous retrouvons ici toutes les opinions au sujet du Christ rencontrées précédemment (Luc 9,7-8), et Pierre, au nom de tous, va répondre à la question que se posait Hérode (Luc 9,9) : « Quel est-il donc, celui dont j’entends dire de telles choses ? » Il est « le Christ de Dieu » (Luc 9,20)…

« Christ » vient du grec « kristos » qui signifie « l’oint du Seigneur », celui qui a reçu l’onction. Dans l’Ancien Testament, le roi était « l’Oint du Seigneur » par excellence, celui que Dieu avait « élu » pour gouverner son Peuple. L’onction d’huile lui était appliquée par un homme de Dieu, un prophète ou un prêtre. Le roi David fut, par exemple, oint par le prophète Samuel (1 Samuel 16,1-13) qui versa de l’huile sur sa tête : elle était le signe visible de la grâce invisible de Dieu donnée à David pour lui permettre de bien accomplir sa mission. Pour Jésus, cette onction lui sera donnée par le prophète Jean-Baptiste (Luc 1,76) dans les eaux du Jourdain (Luc 3,21-22). Dieu manifesta ce jour-là que la Plénitude de l’Esprit Saint repose sur Lui de toute éternité, un Esprit qui le guidera dans sa mission et lui donnera de pouvoir porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (Luc 4,18-19).

jésus enseignant 2

Par Samuel, Dieu avait aussi promis à David que sa lignée subsisterait à jamais (2 Samuel 7,12-17). Mais la royauté disparut en Israël lorsque Nabuchodonosor, roi de Babylone, envahit la Palestine et détruisit Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ. Elle ne se rétablira que très ponctuellement par la suite, la Palestine devenant tour à tour province assyrienne, grecque et romaine, selon les différentes invasions qu’elle dut subir. En s’appuyant sur cette promesse faite à David, les Israélites attendaient donc à l’époque de Jésus un Roi de sa lignée, « un fils de David » (Matthieu 1,1 ; 1,20 ; 12,23 ; 15,22 ; 20,30-31 ; 21,9.15) qui saurait redonner à leur pays son indépendance, sa liberté et sa souveraineté. Voilà ce que St Pierre pense avoir reconnu en Jésus. Certes, il est bien Roi, mais son royaume n’est pas de ce monde. Si tel était le cas ses gens auraient combattu pour qu’il ne soit pas livré aux mains des responsables d’Israël qui, par jalousie, cherchaient sa perte (Jean 18,33-37 ; 18,10-11 ; 12,19).

Aussi, pour couper court à tout malentendu, Jésus va annoncer tout de suite sa Passion et sa résurrection (Luc 9,22). Il est bien Roi, mais sa Royauté se manifestera surtout à l’Heure de la Croix où, par amour, il se laissera crucifier pour le salut du monde. Le Prince de ce monde et tous ceux qu’il avait sous sa coupe vont se déchaîner contre lui (Jean 13,2.27), et Jésus va tout subir sans apparemment réagir : il ne cessera de répondre au mal par le bien en offrant sa vie pour ceux-là même qui lui faisaient du mal (Luc 6,27-35 ; Romains 5,6-8)… Mais ressuscité le troisième jour, il manifestera à ses disciples que la lumière de l’Amour et de la Vie est finalement victorieuse, contre toute attente, des ténèbres de la haine et de la mort… Dorénavant, avec lui, le Prince de ce monde est déjà jugé et jeté dehors (Jean 12,31-32), hors de ce mystère de communion que Jésus va construire avec tous ceux et celles qui consentiront à l’accueillir. Désormais, ils vivront unis à Lui dans la communion d’un même Esprit, d’une même Vie ; aussi, puisque le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir sur Jésus, il n’aura aucun pouvoir sur eux (Jean 14,30 ; 2Thessaloniciens 3,3 ; Jean 17,15). Qu’ils s’abandonnent donc avec confiance entre ses mains, même si pour l’instant, notre temps est toujours celui du combat spirituel (Ephésiens 6,10-20 ; 1Timothée 6,12 ; 2Timothée 4,7-8)… Mais le Christ se révèlera finalement vainqueur par sa puissance qui agit dans notre faiblesse (2Corinthiens 12,9), par sa lumière qui brille dans nos ténèbres sans que celles-ci ne puissent la saisir (Jean 1,4-5), par sa miséricorde que nos misères n’arriveront jamais à épuiser…

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Et les disciples du Roi crucifié ne pourront que marcher à sa suite en devenant comme leur maître (Luc 6,40) : des agneaux envoyés au milieu des loups (Matthieu 10,16) pour témoigner de la victoire finale de l’agneau immolé (Apocalypse 5,11-14). Christ a porté sa croix ? Ils porteront la leur… Christ a perdu sa vie ? Ils perdront la leur… Christ est ressuscité ? Eux aussi ressusciteront grâce à l’Amour du Père et à la Toute Puissance de son Esprit (Romains 8,11).

 

La Transfiguration (Luc 9,27-36)

 

Ce langage est dur à entendre ? Jésus le sait et il va tout faire pour réconforter ses disciples. Il va d’abord leur promettre que « certains, présents ici même, ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu » (Luc 9,27), ce Royaume dont il a proclamé « heureux » ceux et celles qui sauront l’accueillir (Luc 6,20-22 ; Matthieu 13,16-17)… Et que verront, juste après, Pierre, Jean et Jacques ? Jésus transfiguré, Jésus dans la Lumière, cette Lumière qui est celle de Dieu lui-même (1Jean 1,5)… Le mystère de son entière communion avec le Père se révèle aux yeux éblouis des disciples : tel est le Royaume que Jésus leur promet. Eux aussi sont appelés à vivre par leur foi en Lui ce mystère de communion avec le Père dans l’Esprit… Eux aussi partageront sa Vie, sa Lumière et sa Joie… Pierre, Jacques et Jean en font l’expérience : « Maître, il est heureux que nous soyons ici »…

Mais dans cette Joie et ce Bonheur, les disciples sont confirmés vis-à-vis de la perspective tragique que le Christ vient de leur révéler : « Moïse et Élie, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Luc 9,30). Moïse représente la Loi, et Elie les Prophètes. Avec eux, toutes les Ecritures rendent témoignage à Jésus (Luc 24,25-27)… Et le Père lui aussi va lui rendre témoignage en se manifestant à son tour par une voix : « Celui-ci est mon fils, l’Elu, écoutez‑le » (Luc 9,35). Il les invite donc à bien faire attention à ces paroles si dures qu’ils viennent d’entendre… Qu’ils n’aient pas peur de la croix : la gloire qu’ils viennent de percevoir en Jésus sera aussi en eux… Elle les soutiendra, elle les consolera dans leur épreuve, de telle sorte qu’ils en arriveront à être malgré tout heureux au cœur des persécutions endurées pour le nom de Jésus (Actes 5,40-41 ; Luc 6,22-23 ; 2Corinthiens 7,4) !

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Les épisodes suivants confirment la logique de tout ce passage. Dans le contexte de l’époque, un enfant épileptique était compris comme possédé par un esprit mauvais… De toute façon, voilà un mal qui s’attaque à l’homme, le blesse, l’empêche d’être pleinement lui-même… Et le Père de l’enfant va le conduire aux disciples du Christ qui ne pourront rien faire pour lui : leur foi commence à éclore (Luc 9,20), mais elle est encore fragile, chancelante (Luc 9,41)… Elle demande à être affermie et éclairée…

Et pour éviter le plus possible que les disciples ne comprennent mal son statut de Messie, le Christ va leur annoncer une deuxième fois sa Passion (Luc 9,44). Cet épisode sera de fait très dur pour eux car ils « espéraient toujours qu’il allait délivrer Israël » des Romains (Luc 24,21). Et il arrivera tout le contraire ! Il sera « livré aux mains des hommes » (Luc 9,45), aux mains des Romains, et ces derniers le crucifieront ! Et que peut-on encore espérer d’un mort ? Ils n’avaient toujours pas compris le sens de ces annonces de sa Passion et de sa Résurrection…

L’homme est « lent à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes » (Luc 24,25). Comme tout le monde, les disciples ont « l’esprit bouché » (Marc 8,17-18), ils n’arrivent pas à entrer dans la perspective que leur ouvre le Christ : elle est si contraire à toute logique humaine (1Corinthiens 1,17-31) ! Et le passage qui suit cette deuxième annonce de la Passion manifestera bien leur aveuglement !

TRANFIGURATION 1

Depuis quelques années déjà, ils suivent le Fils Unique de Dieu, Celui par qui tout fut créé, le Roi de l’Univers mais un Roi qui, par amour pour les hommes, est venu les rejoindre en prenant la dernière place : « le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Marc 10,45) ; moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22,27) ! Et eux discutent toujours entre eux pour savoir qui est le plus grand, à qui doit revenir la place de « chef »… Manifestement, ils n’ont toujours pas compris la logique de l’amour, et cet aveuglement durera jusqu’aux derniers jours de la vie terrestre de Jésus (Luc 22,24-27). Et ce n’est qu’à la Lumière de la Résurrection, avec le secours de l’Esprit Saint, qu’ils entreront petit à petit dans cette logique, jusqu’à offrir à leur tour leur vie pour le Christ et son œuvre de salut (Jean 21,18)…

 

En conclusion, soulignons la dynamique de ce passage :

 

– 9,10-17: la multiplication des pains, un signe destiné à stimuler et à faire grandir le regard de foi des disciples.

– 9,18-21: Question de Jésus : à quelles conclusions sur son mystère leur regard de foi les a-t-il conduits ?

– 9,22: Jésus corrige leur réponse : attention, il est bien le Messie, mais il ne sera pas ce roi glorieux et triomphant que peuvent attendre les hommes. Il sera un Messie crucifié, mais finalement victorieux de tout mal, ressuscité et glorieux de la Gloire de Dieu…

– 9,23-26 : Mise au clair, difficile à entendre pour les hommes : les disciples du Messie crucifié doivent eux aussi prendre leur croix à sa suite…

– 9,27-36 : Cette Parole est dure à entendre ; Jésus le sait et il va les encourager en leur montrant le but : sa Gloire qui est Joie, Paix, Bonheur…

– 9,37-43: Mais leur foi se montre à nouveau défaillante ! Elle est encore à consolider…

 9,44 : Nouvelle correction : attention, il est bien le Messie, mais un Messie crucifié…

– 9,45-48 : les disciples ne comprennent toujours pas et ils cherchent à savoir qui, parmi eux, est le plus grand ! Et Jésus est comme un petit enfant ! Le plus grand est le plus petit…

                                                                                                     D. Jacques Fournier

[1] Comme St Luc, St Matthieu présente aussi au chapitre 10 une première mission des Douze ; mais comme l’indique la Bible de Jérusalem en note : « Les enseignements des versets 17-39, dépassent manifestement l’horizon de cette première mission des Douze et ont dû être prononcés plus tard. Matthieu les a groupés ici pour composer un bréviaire complet du missionnaire ».

[2] HERVIEUX J., « L’Evangile de Marc », dans Les Evangiles, textes et commentaires (Collection Bayard Compact, 2001) p. 387. Et la Bible de Jérusalem explique ce geste rapporté aussi en St Matthieu (10,14), par la note suivante : « Locution d’origine judaïque. Est regardée comme impure la poussière de tout pays qui n’est pas la Terre Sainte, ici de tout pays qui n’accueille pas la Parole ».

[3] D’après 2Rois 2,9-13, Elie avait été emporté au ciel sur un char de feu. Il pouvait donc un jour en revenir, un retour qu’ils espéraient sur la base de cette déclaration de Malachie. Mais Jésus expliquera que cette prophétie s’est en fait réalisée avec Jean-Baptiste (Matthieu 11,13-14 ; 17,9-13). Certes, Jean Baptiste n’était pas Elie, mais l’Esprit qu’il a reçu dès le sein de sa mère était ce même Esprit qui, autrefois, remplissait le cœur d’Elie (Luc 1,13-17 où St Luc cite également la prophétie de Malachie (3,23-34) pour bien montrer qu’elle s’accomplit avec Jean Baptiste). Avec lui, tout se passe donc « comme si » Elie lui-même était revenu. C’est pour cela que St Matthieu et St Marc le présentent au début de leur Evangile habillé comme Elie (Matthieu 3,4 ; Marc 1,6 ; cf 2Rois 1,8)…

[4] Hérode fut tétrarque de Galilée et de Pérée de l’an 4 avant Jésus-Christ à l’an 39 après Jésus Christ.

[5] Pontius Pilatus fut préfet de la Judée de 26 à 36 après Jésus Christ.

[6] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires, p. 656.

Fiche n°11 – Lc 9,1-50 : cliquer sur le titre précédent pour accéder au fichier en PDF pour lecture ou éventuelle impression.




La Bonne Nouvelle du Royaume proclamée en Parole et en actes (Luc 8,1-56).

Les compagnons de Jésus (Luc 8,1-3)

Nous retrouvons ici Jésus dans son activité principale : « proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu », c’est-à-dire la Présence offerte à notre foi de ce Dieu qui est tout proche de chacun d’entre nous (Luc 10,8-11 ; Matthieu 3,2 ; 4,17 ; 10,7) et qui désire régner dans nos cœurs et dans nos vies pour nous donner de trouver avec Lui une Paix profonde synonyme de Plénitude et de vrai bonheur…

TRANFIGURATION1

« Les Douze étaient avec Lui »… Dans un premier temps, Jésus ne leur demande que de le suivre, d’ouvrir leurs yeux, leurs oreilles et surtout leur cœur. Ils écouteront sa Parole, ils verront les signes qu’il accomplit, et ils reconnaîtront petit à petit cette Présence de Dieu qui, en Jésus, se manifeste à eux pour les inviter à la foi, à la confiance, et à une vie de cœur à cœur avec Lui (Jean 14,18-23). Plus tard, ils témoigneront de ce qu’ils ont vu et entendu (Luc 7,22 ; Actes 4,20 ; Jean 1,6-8 ; 1,32-34 ; 3,11 ; 15,26-27 ; 19,35), et ils annonceront ce mystère de communion, invisible à nos yeux de chair, que Dieu désire construire avec chacun d’entre nous (lJean 1,1-4) en nous donnant d’avoir part à ce même Esprit qui remplit son cœur. « Croire qu’un Etre qui s’appelle l’Amour habite en nous à tout instant du jour et de la nuit, et qu’il nous demande de vivre avec Lui, cela élève l’âme au-dessus de ce qui se passe, et la fait reposer dans la paix. Ah ! Je voudrais pouvoir dire à toutes les âmes quelles sources de force, de paix, et aussi de bonheur, elles trouveraient si elles consentaient à vivre en cette intimité. Seulement, elles ne savent pas attendre. Si Dieu ne se donne pas d’une façon sensible, elles quittent sa sainte Présence, et quand il vient à elles, armé de tous ses dons, il ne trouve personne. L’âme est au‑dehors, dans les choses extérieures. Elle n’habite pas au fond d’elle même » (Ste Elisabeth de la Trinité).

P1010619  Basilique de Vézelay : reliques de Ste Marie Madeleine

P1010622

Avec les Douze, de nombreux disciples suivaient Jésus (Luc 6,17), et parmi eux, St Luc cite trois femmes, « Marie, appelée Madeleine » (ou Marie de Magdala), « Jeanne », « Suzanne », et il précise qu’il y en avait « beaucoup d’autres ». A une époque où la femme n’avait aucun droit, où elle était considérée comme la propriété de son mari, « la présence de ces femmes autour de Jésus, confirmée par Matthieu 27,55-56 et Marc 15,40-41 est un fait exceptionnel dans le monde palestinien » (Note TOB). Il leur était interdit de témoigner en justice ? Jésus fera d’elles les premiers témoins de sa résurrection (Matthieu 28,1-10 ; Marc 16,1-8). Il commencera d’ailleurs par se manifester à Marie Madeleine (Marc 16,9 ; Jean 20,11-18), celle que St Luc nous présente comme ayant connu les pires difficultés : elle avait été « libérée de sept démons ». Sept étant dans la Bible un symbole de Plénitude, l’emprise du Prince de ce monde était donc, d’une manière ou d’une autre, très forte sur elle.

Mais c’est justement à de telles personnes que le Christ se manifeste avec le plus de prédilection, car il est venu avant tout pour « chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10): « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent » (Luc 5,31-32). Ainsi, Marie Madeleine, Pierre (Luc 5,8 ; Matthieu 26,34.75), Paul (lTimothée 1,12-17), la femme pécheresse (Luc 7,36-50), tous ont fait l’expérience de la Miséricorde du Seigneur. « Qu’il est bon aux jours où l’on ne sent que sa misère d’aller se faire sauver par Lui » (Ste Elisabeth de la Trinité). Ils se découvraient aimés au cœur même de leur misère par ce Dieu qui n’a d’autre désir que de nous libérer de tout ce qui nous entrave, nous opprime et nous fait souffrir (Luc 4,18-19 ; Romains 2,9). Et ce qu’ils ont vécu grâce au Christ, ils l’annonceront avec reconnaissance pour que le plus grand nombre possible de personnes puissent faire, elles aussi, la même expérience. ..

Accueillir la Parole avec un cœur bon et généreux (Luc 8,4-21)

« Le semeur est sorti pour semer la semence »… Le semeur est le Fils Unique du Père, celui qui vit depuis toujours et pour toujours uni à son Père dans la communion d’un même Amour (Jean 1,1-2; 10,30). Envoyé par le Père (Jean 3,17 ; 3,34; 4,34; 5,23-24), il est « sorti du Père » (Jean 8,42; 13,3; 16,27-30; 17,8), il est « descendu du ciel » (Jean 3,13; 6,33; 6,38; 6,41-42 ; 6,50 ; 6,51; 6,58), il est « venu dans le monde » (Jean 1,9 ; 3,17-19; 6,14 ; 9,39 ; 11,27) et il « s’est fait chair » (Jean 1,14) dans le sein de la Vierge Marie grâce à l’action du Père et à la Toute Puissance de l’Esprit Saint (Luc 1,30-35). C’est ainsi que le Fils Unique, vrai Dieu (Jean 1,1 ; 1,18; 20,26-28; Tite 2,11-14) est né aussi vrai homme de la Vierge Marie, et l’Ange a demandé à ce qu’il soit appelé « Jésus » (Luc 1,31), un nom qui dans la langue maternelle du Christ signifie « Dieu sauve ». Avec Lui (Matthieu 1,23 ; Jean 8,28-29) et par Lui (Jean 14,8‑11 ; 2Corinthiens 5,19), Dieu le Père est intervenu dans le monde pour le sauver (Jean 3,17-18 ; 4,42)… Et cette oeuvre du Père (Jean 4,34) s’accomplira tout spécialement lorsque Jésus communiquera aux hommes les Paroles du Père (Jean 17,7-8 ; 12,49-50), cette bonne semence répandue dans le monde pour le faire renaître à la Vie de Dieu. En effet, l’Esprit Saint, l’Esprit de Vérité (Jean 14,15-17) se joint toujours à la Parole de Vérité (Jean 18,37) que Jésus proclame (Jean 15,26). Ainsi, Celui qui ouvre son cœur à cette Parole l’ouvre en même temps à l’Esprit Saint (lThessaloniciens 1,6) dont l’action première est de communiquer la Vie de Dieu (Jean 6,63 (TOB) ; 2Corinthiens 3,6). Ainsi, accueillir de tout cœur la Parole de Jésus, c’est aussi accueillir « l’Eau Vive » de l’Esprit (Jean 7,37-39), et donc passer de la mort à la Vie, des ténèbres à la Lumière, de la peur et de l’angoisse à la Paix (Jean 14,27).

saint-esprit

L’important est donc d’ouvrir son cœur à Jésus, de l’accueillir, de le laisser agir en nous par l’Esprit Saint, de s’abandonner avec confiance entre ses mains, en un mot, de croire en Lui… Aussi Jésus va-t-il insister très fortement, dans cette Parabole du Semeur, sur l’accueil que les hommes réservent à la Parole de Dieu.

La première impression laissée par les versets suivants est celle d’une incroyable générosité : la Parole est semée partout, à profusion. Le semeur ne semble pas se préoccuper de la qualité du sol sur lequel il envoie ses semences. Il donne, donne et donne encore, de telle sorte qu’aucune partie de l’espace ne semble privée de ses dons… Et Dieu est bien ainsi. Lui qui a tout créé par amour (Sagesse 11,24 ; Genèse 1,31), il prend plaisir à combler tous les vivants de ses biens (Psaume 65(64),10-14 ; 104(103),24.27-28 ; 127(126),2 ; 145(144),15-16 ; 146(145),7; Siracide ( ouEcclésiastique) 32,13; Luc 1,28; 1,53; Actes 9,31; 1Corinthiens 1,4‑5; 2Corinthiens 9,8 ; Philippiens 4,19) qu’ils soient bons ou méchants, justes ou injustes (Matthieu 5,43-45), car « éternel est son amour » (Psaume 136(135) et spécialement le v. 25). Il est en effet comme un Soleil qui brille sans jamais aucune interruption (Psaume 84(83),12 ; Isaïe 60,19-20; 1Jean 1,5), comme une Source d’Eau Vive continuellement jaillissante (Isaïe 66,12-13; Jérémie 2,13), de telle sorte que celui qui a ne pourra que recevoir encore et il sera comblé (Luc 8,18 ; 6,38 ; Jean 10,10) de toutes ses bénédictions (Ephésiens 1,3; Romains 15,29 ; Hébreux 6,14 avec Galates 3,8.13-14 et Actes 3,24-26 adressé à ceux qui venaient de crucifier Jésus ; Luc 24,51[1]). Et pour celui qui, par malheur, vit dans les ténèbres du péché, privé de la Paix et de la Tendresse du Père, sa Lumière toujours offerte sera comme un appel continuel lancé à la porte fermée de son cœur pour qu’il lui ouvre enfin. « Je me tiens à la porte et je frappe, si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Apocalypse 3,20). Et si la porte s’ouvre, chacun se réjouira de la présence de l’autre, à commencer par Dieu lui-même (Luc 15 ; Sophonie 3,14-18 ; Jérémie 32,40-41 ; Isaïe 62,5 ; 65,19). Heureux en tout cas celui qui, dès à présent, se confie en Lui et compte sur son Amour : il ne sera jamais déçu (Psaume 84(83),13 ; 22(21),4-6 ; 70(69),5 ; 84(83),13 ; 52(51),10)…

 Dieu-Amour

Mais pour que tous ces dons de Dieu puissent atteindre leur but, il ne suffit pas que Dieu donne, il faut encore que nous les recevions en nous tournant vers Lui, le plus simplement possible, en lui offrant notre pauvreté. Jésus va alors présenter, en image, plusieurs cas de figures :

                 – 1 – Du grain tombe au bord du chemin, il est foulé aux pieds, écrasé, détruit, ou bien les oiseaux du ciel viennent tout manger. Quoi qu’il en soit, l’important est que ce grain semé ne pénètre même pas la terre ; comment pourrait-il donc porter du fruit ? « Ma Parole ne pénètre pas en vous », disait Jésus à ses adversaires (Jean 8,37 ; cf 5,38). ..Jésus nous invite donc ici à ne pas avoir peur, et à accepter de nous laisser toucher intérieurement par sa Parole (cf. Hébreux 4,12). Petit à petit, elle nous purifiera (Jean 15,3 ; Psaume 119(118),9.107), elle nous éclairera (2Pierre 1,19; Psaume 119(118),130), elle guidera nos choix (Psaume 119(118),101), et elle nous conduira vers la vraie Vie (Psaume 119(118),25.28.37; Jean 5,24 ; 6,63; 6,68). Qu’elle puisse vraiment atteindre le plus profond de nous-mêmes, dans la certitude que Dieu ne désire que notre bien : tout ce qu’il fera ou nous demandera n’aura comme objectif que notre salut (Luc 8,12).

Et tout de suite, Jésus nous met en garde indirectement contre le Prince de ce monde qui, d’une manière ou d’une autre, essaiera « d’enlever cette Parole de nos cœurs » et de nous entraîner sur les chemins de l’oubli ( cf Isaïe 17,10 ; Jérémie 2,32-33 ; 3,21 ; 18,15 ; 23,27 ; Ezéchiel 22,12; 23,35)[2]. Le meilleur moyen de revenir à Lui sera donc de lire souvent sa Parole[3] et de travailler à se souvenir de tous ses bienfaits (cf Luc 2,19). Alors, heureux sera celui qui gardera cette Parole (Luc 11,28 ; 10,38-42), car avec elle, il aura dans son cœur la Source de tous les biens (Jean 14,21-23; 15,10-11).

 Dieu-lumiere

                – 2 – Mais accueillir la Parole en un instant de joie et d’exaltation ne suffit pas… Jésus sait que marcher à sa suite en essayant de faire avec lui les bons choix, est un chemin rempli d’obstacles et d’épreuves (Actes 14,21-22 ; Matthieu 7,13-14; Luc 9,23; 14,27). Et lorsque la marche est trop dure, il est facile de lâcher pied… St Pierre en a fait la douloureuse expérience : à l’heure de la Passion, « il fera défection » (Luc 8,13) par trois fois (Luc 22,31-34; 22,54-62). Mais lorsque nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle (2Timothée 2,13). Jésus priera pour que la foi de Pierre tienne bon (Luc 22,32) et tout en lui rappelant cet instant de faiblesse, il le confirmera dans sa vocation (Jean 21,15-17). Et plus tard, lorsque St Pierre verra quelqu’un tomber, il se rappellera ce qu’il a lui-même vécu, et il fera tout pour le relever, l’encourager, le réconforter, et l’inviter à repartir (Même attitude pour St Paul : 2Corinthiens 11,29-30). Jésus, ici, nous prévient donc : les souffrances et les épreuves sont inévitables en cette vie[4]. Lorsqu’elles surgissent, puissions-nous rester fidèles à Celui qui est notre meilleur allié dans les difficultés : il sera toujours là avec nous, pour nous aider et nous donner de surmonter l’épreuve (Jean 16,33 ; 2Corinthiens 1,3- 7 ; 4,5-11 ; 11,23-29)…

 jésus enseignant 2

              – 3 – Jésus nous invite ensuite à une réelle conversion, ce qui, là encore, n’est pas facile pour les pécheurs que nous sommes, et Jésus le sait bien (Matthieu 26,41). Mais s’il est impossible d’éviter complètement ici-bas toute erreur ou toute faiblesse, Jésus nous presse de ne pas accepter de façon durable dans notre vie des situations qui seraient contraires à ses attentes. La lumière ne peut s’allier avec les ténèbres: il y a incompatibilité entre elles. De même, il n’est pas possible de vouloir vivre une relation avec le Christ tout en commettant volontairement et durablement le mal. La relation avec le Christ est en effet de l’ordre de la communion : une même Vie unit de cœur le disciple à son Seigneur (Jean 6,57). Or cette Vie Bienheureuse, qui est appelée à prendre toute la place en nous (lCorinthiens 15,28; Galates 2,20), est tout en même temps Lumière, Amour, Vérité, Paix… Elle ne peut donc que nous pousser à vivre dans la vérité, la justice, l’amour et la paix (Ephésiens 5,1-11)…

Le Christ évoque à cette occasion trois situations susceptibles de mettre la foi en péril. La première consisterait à se laisser envahir par « les soucis de la vie » au risque d’oublier que nous ne sommes pas seuls pour les affronter: le Christ Sauveur est là, avec nous (Matthieu 28,20), et il s’occupe très concrètement de chacun d’entre nous (Luc 12,22-32 ; Actes 27,9-26 ; 2Timothée 3,10-11; 4,14-18). St Paul nous exhorte d’ailleurs à « n’entretenir aucun souci » (Philippiens 4,4-7), dans la certitude que Dieu ne saurait abandonner celui qui compte sur lui (Psaume 37(36),3-6). L’épisode où le Christ invite St Pierre à marcher avec lui sur les eaux en est un exemple. Après avoir répondu à son invitation à venir auprès de Lui sur la mer, Pierre détourna les yeux du Christ pour ne plus regarder que le vent et les vagues. Il prit peur et commença à couler. Mais à son appel, le Seigneur le sauva aussitôt… Que les soucis ou la peur ne prennent donc jamais la première place en nos cœurs, et si un jour le combat se fait trop fort, crions comme St Pierre vers le Seigneur, et faisons-lui confiance, il agira…

st jean

Après les « soucis de la vie », le Christ évoque le danger des richesses qui risquent elles aussi d’accaparer le cœur de l’homme par de multiples soucis. De plus, celui qui rentre dans leur logique qui consiste à vouloir accumuler toujours plus, risque de perdre la notion de partage pour s’enfermer dans l’égoïsme (Luc 16,19-31), et « ce que vous n’avez pas fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait » (Matthieu 25,41-45). Enfin, l’apparente sécurité qu’elles proposent est illusoire : tant d’aléas de la vie peuvent les anéantir (Matthieu 6,19-21), et quelle sera leur utilité au moment de la mort (Luc 12,13-21) ? Jésus nous invite donc à ne pas faire de la richesse notre première préoccupation : « Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matthieu 6,33 ; Luc 12,22-32 ; cf Colossiens 3,1-4). Cette recommandation, Jésus l’a vécue avec la plus grande radicalité, lui qui n’avait rien où reposer la tête (Luc 9,58), tout comme la pauvre veuve qui donna un jour au Temple tout ce qu’elle avait pour vivre (Luc 21,1-4). Mais Dieu s’occupera d’elle et saura lui donner son pain quotidien (Luc 11,3). Les femmes qui le suivaient ont su, elles aussi, mettre Dieu à la première place dans leur vie : elles assistaient le Christ et ses disciples de leurs biens (Luc 8,3 ; cf Matthieu 10,42)… Mais comme il est difficile à un riche d’entrer dans cette logique de l’amour (Luc 18,24-27 ; mais pas impossible : Matthieu 27,57 ; Luc 19,1-2) où tout est accueil (Luc 12,32 ; Matthieu 7,11 ; 10,8), don (Luc 6,38) et joie (Luc 19,1-10 où Zachée accueille Jésus avec joie et décide de donner la moitié de ses biens aux pauvres. Exemple du contraire en Luc 18,18-23)…

Enfin, la dernière mise en garde concerne « les plaisirs de la vie », dans la mesure où, comme précédemment, leur recherche occuperait la première place. Là encore, l’égoïsme risquerait de l’emporter sur le don de soi, à Dieu et aux autres. Mais Jésus n’interdit pas toute joie humaine ou tout plaisir humain, bien au contraire ! N’a-t-il pas donné plus de 700 litres de vin pour une noce à Cana (Jean 2,1-12), nourri à satiété les foules (Luc 9,17) ? N’a-t-il pas été traité lui-même de glouton et d’ivrogne parce qu’il mangeait et buvait comme tout le monde (Luc 7,34) ? Le Christ nous invite à la même simplicité: accueillir, à son exemple et dans l’action de grâces, les joies de la vie, mais aussi savoir prendre notre croix lorsque les circonstances l’exigent. ..

                 – 4 – Enfin, le Christ évoque « la bonne terre » de ceux qui accueillent la Parole « avec un cœur noble et généreux », « loyal et bon » (Luc 8,15) : ils la retiennent, ils la gardent fidèlement, avec persévérance, et d’elle même cette Parole produira du fruit (Marc 4,26-29). En effet, l’Esprit ,Saint se joint toujours à elle : qui l’accueille accueille en même temps l’Esprit dans son cœur, un Esprit qui est Amour (Romains 5,5), Joie, Paix. ..Et cet Esprit nous invitera sans cesse à aimer, à chercher le bien de ceux et celles qui nous entourent, à être des artisans de paix (Galates 5,22-23)… Si quelqu’un aime ainsi, écrit St Jean, alors « l’amour de Dieu est accompli » (1Jean 2,5) au sens où l’Amour qu’il a reçu de Dieu est passé en actes dans sa vie…

 Christ, chapelle Ste Bernadette, Cité St Pierre, Lourdes

Accueillir avec la Parole de Jésus la Vie et la Lumière de Dieu (Luc 8,16-21)

Dans la parabole suivante (Luc 8,16), nous constatons que si la Parole est Vie, la vie de celui ou celle qui l’accueille devient aussi Parole pour tous ceux et celles qui l’entourent. Et le plus bel exemple que nous pouvons avoir est celui du Christ Lui-même : tous ses actes étaient autant de Paroles nous révélant la Compassion, la Tendresse, la Miséricorde du Père. ..Lui seul a vraiment été « la Lumière des nations » (Isaïe 42,6- 7), « la Lumière du monde » (Jean 8,12). Il était « Feu », « le Feu de l’Amour », un Feu qu’il est venu jeter sur la terre (Luc 12,49) en baptisant ceux et celles qui l’accueilleront « dans l’Esprit Saint et le feu » (Matthieu 3,11). Il est donc Feu venu nous communiquer ce Feu et nous inviter à aimer comme Lui a aimé (Jean 15,12), Il est Lumière venu nous communiquer cette Lumière (Jean 8,12 ; 12,46) et nous inviter à nous comporter en enfants de lumière (Ephésiens 5,8-9). La communauté chrétienne, renouvelée par les eaux du baptême, est donc appelée à vivre de la Vie même de Dieu, une Vie qui est Lumière (Jean 1,4), la Lumière d’un Feu, le Feu de l’Amour… Et si tel est vraiment le cas, elle sera alors dans le monde comme un foyer de lumière (Philippiens 2,14-16) qui rendra témoignage à la Lumière par l’amour mutuel, source d’unité (Jean 17,22-23) :

« Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée,

pour qu’ils soient un comme nous sommes un :

moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité,

et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé

et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ».

 shining dove with rays on a darkDans la Bible, « la gloire de Dieu » renvoie à Dieu Lui-même en tant qu’il se manifeste. La gloire de Dieu n’est donc que la manifestation de la nature divine : pas de gloire sans nature divine. Lorsque le Christ déclare à ses disciples qu’il leur a donné la gloire qu’il a reçue du Père, il affirme leur avoir donné d’avoir part à sa propre nature divine par le don de l’Esprit Saint (2Pierre 1,3-4 ; cf Jean 4,24 ; Psaume 99(98),5). Comme cet Esprit est Amour (1Jean 4,8.16), c’est Lui qui, présent en tous, sera le fondement de leur unité. Mais cet Esprit d’Amour est aussi Lumière (1Jean 1,5) : sa Présence au sein de la communauté ne pourra que briller et attirer à Lui tous ceux et celles qui sont encore dans les ténèbres (Luc 8,16). Elle rendra témoignage au Christ Lumière du monde, mort et ressuscité pour notre salut, et toujours présent au milieu de ses disciples dès que deux ou trois sont réunis en son Nom (Matthieu 18,20). C’est Lui, en effet, que le Père a envoyé dans le monde pour que tous les hommes puissent avoir « la Lumière de la Vie » (Jean 8,12). Le rayonnement de cette Lumière manifestera donc à quel point le Père aime les pécheurs que nous sommes, nous accueillant sans cesse dans son Amour de Miséricorde, et nous donnant toujours gratuitement la possibilité de nous convertir et de vivre de sa Vie…

L’union du Christ avec son Eglise est donc si étroite que St Paul l’appellera « le Corps du Christ » : « Aussi bien est-ce en un seul Esprit que tous nous avons été baptisés pour former un seul Corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres ; tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit… Vous êtes donc, vous, le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part » (lCorinthiens 12,13.27; cf 12,12-27). Or, le corps est l’élément de notre être par lequel nous entrons en relation les uns avec les autres. Si l’Eglise est « le Corps du Christ », elle est donc un des moyens privilégiés par lesquels le Christ ressuscité vient encore aujourd’hui à la rencontre des hommes pour leur révéler et leur donner sa Lumière et sa Vie (2Corinthiens 2,14‑17; 3,3 ; 5,17-21 ; 13,3; Jean 12,46 ; 8,12; 10,10).

christ-souriant-04En Luc 8,17, le Christ affirme que « rien n’est caché qui ne deviendra manifeste, rien non plus n’est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour ». Dieu Lui-même est par excellence celui qui nous apparaît comme « caché » : « Vraiment, tu es un Dieu qui se cache, Dieu d’Israël Sauveur! » (Isaïe 45,15 ; 8,17). Mais est-ce Dieu qui se cache ? Celui qui est Lumière et qui n’est que Lumière (1Jean 1,5) peut-il se cacher ? Ne serait-ce pas plutôt l’homme qui se cache, à l’exemple d’ Adam et Eve qui, après leur faute, « se cachèrent devant le Seigneur Dieu au milieu des arbres du jardin » (Genèse 3,8-10) ? En fait, que Dieu nous apparaisse comme caché, est une conséquence de nos fautes: nos péchés ont blessés nos cœurs qui sont devenus aveugles et sourds aux réalités spirituelles (Isaïe 6,9-10; 5,21; Marc 8,17-18; Jean 12,39-40). Dieu est-il caché ? Non, nous sommes aveugles… Dieu ne parle pas ? Non, nous sommes sourds (Isaïe 59,2 ; Ezéchiel 39,23-24[5]). Aussi Dieu a-t-il envoyé son Fils dans le monde pour enlever notre péché (Jean 1,29), guérir nos cœurs aveugles et sourds (Luc 5,31‑32 ; Actes 26,12-18). Enfermés dans leur orgueil, ceux qui se croient « sages et intelligents » resteront dans les ténèbres de leur aveuglement (Jean 9,40-41). « Les tout-petits », par contre, offriront avec simplicité leurs misères au Sauveur du Monde, et ils découvriront avec Lui les Trésors de l’Amour et de la Miséricorde infinie de Dieu qu’il est venu nous révéler (Luc 10,21-24 ; Jean 1,18 ; 17,6 ; Romains 16,25-27; Colossiens 1,25-28; Ephésiens 1,17-22; 3,2-12). Aussi, le Christ nous invite en St Luc à bien écouter sa Parole, d’un cœur simple et ouvert. Si tel est le cas, nous accueillerons avec elle le don de Dieu, cet Esprit Saint qui nous établira en communion avec Celui qui n’est que Don. Alors, si quelqu’un a quelque chose pour l’avoir reçu de Dieu, il ne pourra que recevoir et recevoir encore, en surabondance (Luc 8,18 ; Jean 1,16) et il entrera par sa Plénitude dans toute la Plénitude de Dieu (Ephésiens 3,14-21 ; 5,18). Alors, « heureux le pauvre de cœur, car le Royaume des Cieux est à lui » (Matthieu 5,3), un Royaume qui n’est que Vie[6], Paix et Joie profonde dans l’Esprit Saint (Romains 14,17).

Enfin, avant d’aborder la série des quatre signes qui suivent, St Luc nous rapporte la Parole que Jésus adressa à ceux qui venaient l’informer que « sa mère et ses frères voulaient le voir » : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. »

De fait, Marie en est un parfait exemple, mais Jésus élargit ici les frontières de sa famille aux dimensions de l’humanité tout entière: quiconque accueille sa Parole et la fait vraiment passer dans sa vie, accueille en même temps sa propre Vie, la Vie de l’Esprit Saint. Il existe alors entre le Christ et son disciple comme « un lien du sang »[7]: une même Vie les unit. Et cette Vie est en fait celle du Père: le Fils vit par Lui (Jean 6,57a), il a reçu du Père d’avoir la Vie en Lui-même (Jean 5,26), et il a encore reçu du Père le pouvoir de la communiquer à toute chair (Jean 17,1-2). Un lien vital unit alors le Père, le Fils et celui qui ouvre son cœur au Fils : une famille nouvelle se construit (Jean 20,17 ; Hébreux 2,11-12)… Le projet du Père sur toute l’humanité s’accomplit : que nous soyons tous vraiment ses enfants, vivants de sa Vie…

 Croix Alain Dumas

La Parole de Jésus en actes : la Vie de Dieu remporte la victoire sur toute forme de mort

              1 – La tempête apaisée (Luc 8,22-25).

Jésus a, une fois de plus, l’initiative : il invite ses disciples à monter dans la barque et à passer sur l’autre rive. La mer était comprise autrefois comme le lieu d’habitation des forces du mal (Isaïe 27,1 ; 51,9-10 ; Psaume 74(73),12-14)… Ici, elles se déchaînent et mettent la barque et ses occupants en péril : « ils faisaient eau »… Et Jésus est endormi… II se taît, il n’intervient pas, il ne semble pas se préoccuper de leur sort. Alors, les disciples crient et le réveillent. Jésus agira aussitôt, en écartant le danger, mais sa première parole à leur égard sera un reproche pour leur manque de foi : « Où est votre foi ? ». Celle de Jésus s’est manifestée dans son sommeil au cœur de la tempête, abandon total et confiant entre les mains de son Père : il sait qu’il est toujours avec lui (Jean 8,29) et qu’il s’occupe de Lui. Les disciples auraient dû avoir la même attitude à son égard: il était là avec eux, endormi certes, silencieux, mais tant qu’il était là, avec eux, ils n’avaient rien à craindre (Jean 17,12)…

jésus dans la barque

Cet épisode est aussi l’occasion de manifester l’autorité su Christ sur la création : il fait ce que, seul, le Dieu Créateur peut faire (Psaume 107,23-30). Qui est-il donc ?

En deuxième lecture, ce texte est aussi une invitation à la confiance pour nous aujourd’hui. L’Eglise, notre famille, ou nous-mêmes, nous pouvons connaître à certains jours de grandes épreuves, et le Christ ne semble pas réagir… Il est comme endormi, silencieux, apparemment absent et indifférent… Mais nous sommes invités à un regard de foi pour aller au-delà des apparences : le Christ n’est pas indifférent à tout ce que nous pouvons vivre. Il est toujours avec nous, c’est lui qui nous l’a promis (Matthieu 28,20), et grâce à Lui, les puissances du mal et de la mort n’auront jamais le dernier mot (Matthieu 16,15-19; Jean 16,33). Il nous aime (Jean 15,9), Il désire toujours notre bien, et il agit mystérieusement pour chacun d’entre nous. Saurons-nous nous abandonner avec confiance entre ses mains ? Avec Lui, tout est toujours possible (Marc 9,23 ; 10,27).

 

          2 – La libération d’un homme de l’influence du démon (Luc 8,26-39).  

Après avoir apaisé la tempête, Jésus et ses disciples arrivent de l’autre côté du lac de Tibériade, dans la région des Géraséniens. Jésus est donc en pays païen, ce que confirmera la présence des porcs. Les Juifs considéraient en effet que cet animal était impur, notamment « parce qu’il était associé au culte d’Adonis à qui on le sacrifiait pour activer les forces vitales souterraines. Il était donc banni de la terre d’Israël »[8]. En terre impure, cet homme est habité par « un esprit de démon impur » (Luc 4,33; Marc 5,1-2), et il vit en un lieu impur, au milieu des morts (cf Nombres 19,11). Avec lui, Jésus est ici en plein cœur de « l’impureté », un mot qui, dans la mentalité juive, renvoie à tout ce qui s’oppose au Dieu Saint.

 

Démoniaque 4

Mais telle est justement la dynamique de la Miséricorde : aller jusqu’au plus profond des ténèbres pour y faire briller la Lumière de l’Amour et du Pardon (Matthieu 4,16 citant Isaïe 9,1‑6 ; Luc 1,76-79), descendre au cœur de « l’impureté » pour sanctifier les pécheurs (1Corinthiens 6,9-11; Ezéchiel 36,22-28), s’unir à ceux qui sont pris dans les griffes du mal et de la mort pour les arracher à leur emprise (1Pierre 3,18-20 ; « Allusion probable à la descente du Christ aux enfers entre sa mort et sa résurrection » (Note Bible de Jérusalem) ; 2,9 ; Jean 1,5; 12,46; Actes 26,17-18; Colossiens 1,13). La libération de cet homme Gérasénien en sera le plus bel exemple…

Sous l’influence du mal, sa situation n’avait plus rien d’humaine : Satan, l’adversaire de Dieu, est bien l’adversaire de l’homme créé « à l’image et ressemblance de Dieu » (Genèse 1,26-27). S’attaquer à la créature est un moyen pour lui de toucher le créateur. Aussi, en usant de toute son influence sur les hommes qui accepteront de l’écouter (Jean 13,27), il se déchaînera contre Jésus, vrai homme parfaitement réussi (2Corinthiens 4,3-4 ; Colossiens 1,15) et vrai Dieu. Frappé, fouetté, torturé, il n’aura plus figure humaine (Isaïe 52,14), mais le troisième jour, il ressuscitera dans toute son intégrité et dans toute sa beauté. ..

Ici aussi, cet homme n’avait plus figure humaine : exclu du monde des vivants, il habitait parmi les morts, sans vêtement ni maison, hors de sens (cf Luc 8,35), « poussant des cris et se tailladant avec des pierres » ajoute St Marc (Marc 5,5)… Telle est bien l’œuvre du démon sur l’humanité: la séduire, lui faire suggérer un bonheur dans l’abandon et la désobéissance à son Créateur, pour finalement la conduire à la déception, au malheur et à l’autodestruction…

Toutes les tentatives des hommes pour maîtriser ce possédé ont été vaines : « l’esprit impur » s’est révélé le plus fort… Mais face à ce Jésus qu’il connaît bien (Luc 8,28), il sait qu’il n’est rien devant Lui : il apparaît aussitôt comme anéanti, le suppliant de ne pas le tourmenter et de ne pas le faire retourner dans l’abîme, répondant à ses questions, lui demandant la permission de quitter cet homme pour aller dans un troupeau de porcs voisin. Et Jésus accèdera à sa demande. Mais les porcs iront de suite se jeter dans l’abîme, précisément là où ces démons ne voulaient pas retourner. ..

Feuille lumière vieLe résultat est immédiat : libéré par le Christ, cet homme est rendu à sa dignité d’homme, ce que symbolise le vêtement qui, de nouveau, le recouvre. Il est « dans son bon sens », à nouveau maître de lui-même : plus personne ne lui impose sa loi. Et il est assis aux pieds de Jésus, dans la position du disciple qui écoute les Paroles de son Maître (Luc 10,38-39). Il a découvert en lui la Présence de Celui qui ne désire que son bien : il l’aime et veut rester avec lui. Mais il est païen, et l’heure n’est pas encore venue pour Jésus d’appeler des païens à sa suite. Il doit pour l’instant s’occuper avant tout des brebis perdues de la Maison d’Israël. Mais déjà, comme en précurseur, Jésus l’invite à rentrer chez lui et à témoigner de ce qu’il a vécu avec lui : « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu[9] a fait pour toi » (Luc 8,39) « dans sa miséricorde » (Marc 5,19)… Dans leur peur, les Géraséniens prient Jésus de partir ; il leur obéit aussitôt, mais il laisse sur place un témoin de l’Amour et de la Miséricorde de Dieu qui proclamera en son Nom la Bonne Nouvelle « dans la ville entière » (Luc 8,39) …

3 – Guérison d’une hémoroïsse et résurrection de la fille de Jaïre (Luc 8,40-56)

Jaïre, chef de la synagogue, prie Jésus de venir guérir sa petite fille de douze ans qui se meurt : Jésus obéit aussitôt. ..Dans la foule, une femme avait des pertes de sang depuis douze ans. Elle était donc impure (Lévitique 15,25-27), et n’avait pas le droit de toucher qui que ce soit. Mais elle était sûre que si elle touchait Jésus, un geste qui exprimait la prière de son cœur, elle serait guérie. Aussi s’approche-t-elle par derrière, en secret… Mais Jésus sent ce cœur à cœur qui vient de s’établir dans la prière : une force est sortie de lui… « Qui m’a touché ? » demande‑t‑il ? Se sachant découverte, toute tremblante, elle se jette aux pieds de Jésus et avoue sa transgression de la Loi. Mais tous ces préceptes n’étaient que « préceptes humains » (Marc 7,7) : Jésus la rassure… Qu’il soit devenu soi disant « impur » à son contact est le dernier de ses soucis. Il la conforte dans sa démarche, reconnaît et loue sa foi, sa confiance, puis l’invite à repartir dans la paix. Notons que le verbe qu’emploie Jésus va bien plus loin que la simple constatation d’une guérison physique: « Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix. » Cette guérison est avant tout le signe que cette femme a su ouvrir son cœur à l’action du Seigneur qui apporte toujours avec Lui le pardon de toutes nos fautes, un pardon qui nous réintroduit dans le mystère de sa communion qui n’est que Vie et Paix. Dans l’Ancien Testament, le sang, c’est la vie (Lévitique 17,11.14 ; Deutéronome 12,23). Cette femme perdant son sang était donc blessée jusqu’au cœur de sa vie même, une blessure qui pouvait l’entraîner jusqu’à la mort. Mais elle a su ouvrir son cœur à Dieu qui aussitôt est venu lui communiquer la Plénitude de sa Vie. Sa guérison physique est devenue le signe visible de sa guérison spirituelle : la Vie de Dieu a fait irruption dans sa vie, la sauvant du péché et de la mort (cf Luc 7,50), et lui donnant de vivre désormais dans la Paix de sa Présence (2Corinthiens 13,11 ; Philippiens 4,9 ; Colossiens 3,12‑15 ; 2Thessaloniciens 3,16)…

jésus guérit 4

Tel sera aussi le message central de l’épisode suivant. Alors que Jésus parlait encore à la femme, quelqu’un arrive de chez Jaïre pour le prévenir: « Ta fille est morte à présent ; ne dérange plus le maître ». Mais Jésus, qui a entendu, se souvient de la prière pressante de Jaïre, et il l’invite à la foi, envers et contre tout : « Sois sans crainte, crois seulement, et elle sera sauvée »… Seule la foi jusqu ‘à l’audace peut accueillir la folie de l’Amour de Dieu pour qui tout est toujours possible… Jaïre ne dit plus rien : il laisse Jésus agir… « Enfant, lève-toi ! » A sa Parole, dans la puissance de l’Esprit Saint qui se joint toujours à elle, l’enfant se lève. St Luc emploie ici le même verbe qui, plus tard, servira à proclamer la Bonne Nouvelle : « Il est ressuscité ! » (Luc 24,34). Une fois de plus, la Vie du Christ a remporté la victoire sur tout ce qui s’oppose à la vie,et Jésus, très humain, ordonnera tout de suite à ses parents de donner à manger à leur enfant… Puissions-nous aujourd’hui encore, laisser la Vie de Jésus remporter la victoire sur tout ce qui, en nous, s’oppose à la vie, cette vie humaine que Dieu désire la meilleure possible pour chacun d’entre nous, une vie où nous serons toujours plus « humains » les uns envers les autres…

D. Jacques Fournier

[1] Jésus, au moment de son Ascension, passe de la terre au ciel, du temps à l’éternité, en bénissant : il est celui qui nous bénit toujours ; se tourner vers Lui de tout cœur, c’est donc aussitôt recevoir sa bénédiction.

[2] Dieu, Lui, de son côté, ne nous oublie jamais (Isaïe 44,21 ; 49,13-15)…

[3] Et tout spécialement les Evangiles, et les autres écrits du Nouveau Testament.

[4] « Ne croyez pas que lorsque je serai au Ciel je vous ferai tomber des alouettes rôties dans le bec. .. Ce n’est pas ce que j’ai eu ni ce que j’ai désiré avoir. Vous aurez peut-être de grandes épreuves, mais je vous enverrai des lumières qui vous les feront apprécier et aimer. Vous serez obligés de dire comme moi : « Seigneur, vous nous comblez de joie par tout ce que vous faites » (Ste Thérèse de Lisieux).

[5] Dans l’Ancien Testament, Dieu est souvent présenté, à tort, comme étant la cause de tout. Un homme désobéit et se blesse par suite de sa désobéissance. l’Ancien Testament dira que c’est Dieu qui l’a blessé. Dans ce texte d’Ezéchiel, comme dans beaucoup d’autres, ce n’est pas Dieu qui cache sa face, ou livre Israël à ses ennemis, ou les traite comme le méritaient leurs transgressions… Toutes ces conséquences malheureuses ne sont que le résultat de la désobéissance d’Israël qui a refusé d’écouter son Seigneur.

[6] En Jean3,3, Jésus dit à Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu ». La Bible de Jérusalem précise en note : « Seul exemple en St Jean avec le verset 5 de cette expression « Royaume de Dieu », fréquente dans les autres évangiles. Au Royaume correspond chez St Jean « la Vie » ou « la Vie éternelle » »…

[7] Le sang est dans la Bible un symbole de la vie ; et nous pouvons penser au Christ donnant à boire à ses disciples son sang, symbole du don de sa vie (Jean 6,53-58).

[8] PELLETIER A.-M., Lectures bibliques (Editions Nathan/Cerf, 1996) p. 282-283.

[9] Remarquons que Jésus attribue à Dieu son Père sa libération : c’est en effet le Père qui agit avec et par Jésus (Jean 14,10-11)…

 

Fiche n°10 – Lc 8,1-56 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au fichier PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Avec le Christ, la Vie triomphe de la mort et l’Amour du péché (Luc 7,1-50).

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Fiche n°9 – Lc 7,1-50




Avec le Christ, la Vie triomphe de la mort et l’Amour du péché… (Luc 7,1-50)

79_Chemin_de_veriteJésus victorieux de la mort, par la foi d’un centurion romain (Luc 7,1-10)

Comme l’indique une note de la TOB, ce récit commence par l’expression : « Quand il eut accompli toutes ces paroles aux oreilles du Peuple, il entra à Capharnaüm »… Or les Paroles qui précèdent avaient comme cœur « les Béatitudes » (Luc 6,20-23), suivies par des appels à aimer comme Dieu aime (Luc 6,27-38). Et le Christ avait conclu par une forte invitation à mettre sa Parole en pratique (Luc 6,46-49 ; cf 6,43-45 avec comme « trésor » au cœur le don de Dieu, le don de son Esprit (2Corinthiens 4,6-10 ; 1Thessaloniciens 4,8 ; Tite 3,4-6 ; Jean 20,19-22). Comment comprendre cet « accomplissement de la Parole aux oreilles du Peuple » ? L’expression pointe vers le mystère même de la Parole de Dieu… Jésus, « le Verbe fait chair », est tout d’abord ce Fils Unique qui, depuis toujours et pour toujours, vit en parfaite communion avec son Père, uni à Lui dans l’Esprit d’Amour, de telle sorte que Lui et le Père, bien que différents l’un de l’autre, sont UN (Jean 10,30 avec 8,29 ; 17,20-23). Le Fils et le Père agissent alors toujours ensemble : « ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement » (Jean 5,19-20). Dès lors, ce que le Père dit, le Fils lui aussi le dit (Jean 8,28-29 ; 12,49-50 ; 17,8), et nous pourrions rajouter encore l’Esprit Saint, cette Troisième Personne divine unie au Père et au Fils dans la communion d’un même Amour, de telle sorte que les Trois, bien que différents l’un de l’autre, sont UN. Lorsque Jésus parle, l’Esprit Saint vient donc dire lui aussi cette Parole au cœur de celui qui l’écoute avec bonne volonté (2Corinthiens 3,3 ; 1Jean 2,27 où l’onction renvoie au don de l’Esprit ; 1Thessaloniciens 1,6) : il rend ainsi témoignage au Fils (Jean 15,26) par une action qui est de l’ordre de la Vie (Jean 6,63 ; 2Corinthiens 3,4-6). Ainsi, avec Lui, les Paroles de Jésus deviennent Vie (Jean 6,68) : elles sont alors « accomplies » (Luc 7,1), puisque le but de ces Paroles est de nous communiquer la Vie, et avec elle le salut. Le Fils Unique est en effet venu en ce monde pour frapper à la porte de nos cœurs par sa Parole : si nous l’accueillons, si nous lui ouvrons, l’Esprit nous sera donné sans mesure avec cette Parole (Jean 3,34 traduction Bible de Jérusalem ; voir la note de la TOB), un Esprit dont la Présence sera Vie en nos cœurs. Et Jésus en sera le premier heureux, Lui qui est venu pour que nous ayons la Vie de Dieu en surabondance (Jean 10,10). Cette Vie éternelle triomphe de la mort ; elle constitue les arrhes de ce qui nous sera donné en plénitude par-delà notre vie terrestre. Voilà pourquoi Jésus peut dire à celui qui l’accueille : « Va, ta foi t’a sauvé ! » (Luc 7,50 ; 8,48 (et parallèles : Matthieu 9,22 et Marc 5,34) ; Luc 17,19 ; 18,42 (et parallèles Marc 10,52)), car il vient d’accueillir par sa foi cette Vie (Jean 6,47) qui le fera traverser victorieusement la mort (Jean 11,25-26)

lumière1Un centurion romain avait justement un esclave malade, sur le point de mourir (Luc 7,2). Jésus va agir à sa prière : sa guérison sera le signe de sa victoire sur la mort. Remarquons que la prière du centurion lui sera transmise par les responsables de la communauté juive de Capharnaüm. Dans un premier temps, il fallait en effet que le Peuple d’Israël, le Peuple Élu, reçoive en premier l’annonce de la Bonne Nouvelle (Matthieu 10,6). Puis elle devait être proclamée au monde entier par ceux-là mêmes qui l’avaient accueillie, car le salut vient des Juifs (Jean 4,22). Voilà ce que préfigure ici le déroulement de notre histoire : à Capharnaüm, « les anciens des Juifs » avaient bien accueilli Jésus, et par eux, l’esclave d’un centurion romain sera lui aussi l’heureux bénéficiaire de la Bonne Nouvelle…

Notons quelques traits de la personnalité de ce centurion :

– 1 – Il est très certainement un « craignant Dieu » (Actes 10,1-2 ; 10,22), c’est à dire « un de ces nombreux païens qui croient au Dieu unique d’Israël, mais ne font pas le pas décisif de la circoncision et de l’observance de toute la Loi » . Mais sa foi était déjà si vive, que lui, représentant de l’Empire Romain, avait décidé de construire la synagogue, une maison de Dieu… Notons que son amour pour Dieu se traduisait par un amour pour la nation d’Israël (Luc 7,5)… Et nous, aujourd’hui, notre amour pour Dieu se traduit-il par un amour de l’Église ?

– 2 – Sa délicatesse est grande. Il sait qu’en tant que païen, il est, vis-à-vis de la Loi juive, un « être impur » qui souille tout ce qu’il touche, et notamment le lieu où il habite… La Loi interdisait donc d’entrer dans la demeure d’un incirconci (cf Actes 10,28 ; 11,3). Aussi, pour éviter tout problème à Jésus, il l’invite à agir à distance, sans entrer sous son toit …

– 3 – Il est humble… Il accepte en effet cette étiquette « d’homme impur », et il en est même intimement persuadé : au regard de sa vie, il le sait, il le reconnaît, il est pécheur et à ce titre, il ne s’est même pas jugé digne de venir trouver Jésus en personne (Luc 7,7). Il est comme ce publicain, qui se tenait à distance dans le Temple de Jérusalem, n’osant même pas lever les yeux vers le ciel. Et il disait : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ». Et Dieu, dans son amour et sa miséricorde, répondra avec joie à sa prière : il descendit chez lui justifié, c’est-à-dire purifié, pardonné, réconcilié avec son Dieu et Père (Luc 18,9-14)…

la foi– 4 – Il a une foi extraordinaire dans le Christ… Cette attitude manifeste la beauté de son cœur, grand ouvert à Dieu, car cette confiance lui est inspirée par Dieu lui-même, dans l’action de l’Esprit Saint (1Corinthiens 12,9 ; cf 12,4-11 ; Romains 8,26 27)… Dieu veut donc agir ainsi pour lui : il est hors de question qu’il puisse être déçu… Jésus le reconnaît, et, en St Matthieu, il lui dit : « Va ! Qu’il t’advienne selon ta foi ! » (Matthieu 8,13).

– 5 – Notons enfin son humanité. Certes, nous sommes toujours dans le régime insoutenable de l’esclavage, mais ce centurion est à l’opposé du maître cruel, profiteur et tyrannique. Dès le début du récit, St Luc souligne son estime pour ce serviteur « qu’il appréciait beaucoup » (Luc 7,2 ; TOB) : il lui était « cher » (Bible de Jérusalem ; Osty), et même « très cher » (Traduction en Français courant). Pour le souligner, la Bible de Jérusalem est allé jusqu’à traduire au verset 7 le mot grec pa›w par son sens premier « enfant » , alors que la grande majorité des autres traductions ont choisi un deuxième sens possible, plus proche du contexte réel du récit : « serviteur » (TOB ; Osty ; Traduction en Français courant…). St Paul invitera Philémon à avoir une attitude semblable vis-à-vis de son serviteur en fuite, Onésime ; il l’a rencontré en prison, il lui a annoncé le Christ comme il l’avait fait autrefois pour Philémon, son maître, et Onésime a su lui aussi se repentir et ouvrir son cœur au Seigneur. Aussi St Paul le renvoie-t-il à son maître avec une lettre de recommandation (La Lettre à Philémon) : « Je te le renvoie, et lui, c’est comme mon propre cœur… Peut-être Onésime ne t’a-t-il été retiré pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité, non plus comme un esclave, mais bien mieux qu’un esclave, comme un frère très cher : il l’est grandement pour moi, combien plus va-t-il l’être pour toi, et selon le monde et selon le Seigneur »… A une époque où l’esclavage n’avait pas encore été aboli, cette Lettre contient tous les éléments susceptibles de le faire exploser de l’intérieur…

Jésus victorieux de la mort : la résurrection du fils de la veuve de Naïn (Luc 7,11-17)

Le serviteur du centurion était sur le point de mourir, mais il aura suffi d’une Parole de Jésus pour qu’il recouvre la santé (Matthieu 8,8) … Ce second épisode va nous présenter un deuxième exemple de la victoire du Christ sur la mort, et là encore, il suffira d’une seule Parole de sa part pour qu’un jeune homme revienne à la vie…
La scène est toute simple. Jésus, accompagné par ses disciples et une grande foule, arrive à la ville de Naïn. Mais au moment où il allait en franchir la porte, une autre foule s’apprêtait à les croiser, accompagnant une veuve qui allait mettre en terre son fils unique… Connaissaient-ils le Christ ? Il semble bien que non : personne ne s’approche de lui pour lui demander quoi que ce soit. Et pourtant, de sa propre initiative et de manière totalement gratuite, Jésus va agir et donner ce qu’ils n’auraient jamais osé lui demander. Or, il l’a promis, ressuscité, Il est avec nous « tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20). Et comme l’affirme la Lettre aux Hébreux, « Jésus Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais » (Hébreux 13,8). Ce qu’il a fait hier, par amour, pour une veuve de Naïn, il le fait encore aujourd’hui pour chacun d’entre nous.

maindeDieu-800Tout s’enracine ici dans son cœur… Littéralement, St Luc a écrit : « En la voyant, Jésus fut bouleversé jusqu’au plus profond de Lui-même »… Le mot grec correspondant au verbe employé ici a un sens premier très « cru » : « entrailles ; viscères principaux de l’homme ou des animaux ». « Or autrefois », écrit le Père Spicq, « on localisait les sentiments dans les entrailles, puisqu’elles sont ce qu’il y a de plus intime et caché ; elles sont alors synonymes de ce que nous appelons aujourd’hui « le cœur ». Ainsi, « les entrailles du père sont bouleversées à chaque cri de son fils » (Siracide, ou Ecclésiastique 30,7)… Dans la Bible, les entrailles sont le siège de la compassion… Dans les Évangiles, cette compassion est attribuée trois fois à Dieu (Matthieu 18,27 ; Luc 1,78 ; 15,20) et neuf fois au Christ (Matthieu 9,36 ; 14,14 ; 15,32 (parallèle en Marc 8,2) ; Matthieu 20,31-34 ; Marc 1,40-42 ; 6,34 ; 9,21-27 ; Luc 7,12-15 ; 10,29-37) , presque toujours pour rendre compte de son intervention miraculeuse ». Il s’agit alors pour Jésus « d’une émotion physique, d’une authentique compassion devant l’état misérable du prochain, littéralement d’un mouvement des entrailles provoqué par la vue… Le sens exact est : « il ressentit une viscérale compassion » » .

Miséricorde dieu1Telle est donc la réaction du Père et du Fils face à toute souffrance et pour tout homme, quel qu’il soit, même si cette souffrance a pu être provoquée par son péché… Leur seul désir est alors de consoler (Luc 7,13 : « Ne pleure pas. »), de réconforter, de sauver, de ramener sur le bon chemin où il sera donné à chacun de vivre en son cœur la Paix de Dieu (Luc 1,76-79 ; 2,14 ; 2,29 32 ; 7,50 ; 8,48 ; 10,5-6 ; 19,42 ; 24,36 ; Jean 14,27 ; 16,33 ; 20,19-21.26 ; Actes 10,36) grâce au don de l’Esprit Saint (Romains 14,17 ; Galates 5,22).

« D’autre part, Luc multiplie les références avec l’un des deux seuls miracles analogues dans l’Ancien Testament, la résurrection du fils de la veuve de Sarepta par Elie (1Rois 17,17-24 ; Luc 7,15 cite 1Rois 17,23), cette veuve déjà mentionnée par Jésus à Nazareth pour un autre miracle d’Elie dont elle avait bénéficié (Luc 4,26) » . Ce parallèle avec l’Ancien Testament permet de présenter indirectement Jésus comme un prophète (Luc 7,16) comparable à Elie et à Elisée. Mais attention, il est en fait bien plus que cela, et les circonstances du récit le suggèrent. Elie avait dû en effet « s’allonger par trois fois sur l’enfant » (1Rois 17,21), et Elisée sept fois en pratiquant sur lui la respiration artificielle . Pour Jésus, une seule Parole suffira (Luc 7,14 : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi. »), car sa Parole est celle de Dieu Lui-même, Celui qui, au commencement, créa le monde par sa Parole : « Dieu dit : « Que la lumière soit ! ». Et la lumière fut » (cf Genèse 1,1 2,4a)… Par son Fils, le Verbe, Dieu a tout créé par sa Parole (Jean 1,1-3), et par ce même Fils, il vient tout sauver par sa Parole… « Sauver » pour Lui, c’est donc « faire du nouveau » pour permettre à sa Création d’atteindre le but qu’il lui avait fixé dès les origines : que nous soyons tous à son image et ressemblance (Genèse 1,26-27) grâce au don de son Souffle (Genèse 2,4b-7), cet Esprit qui vivifie (Jean 6,63 (TOB) ; 2Corinthiens 3,6 ; Galates 5,25).
Comme en Luc 5,23-24 et Luc 6,8, cette création nouvelle est évoquée ici par St Luc avec le verbe « §ge€rv », « Lève-toi », que l’on pourrait aussi traduire par « Ressuscite ! ». On le retrouve ainsi dans le récit du retour à la vie de la fille de Jaïre (Luc 8,54), dans les évocations de la résurrection des morts (Luc 7,22 ; 20,37), et dans les grandes proclamations finales de l’Évangile : « Christ est ressuscité ! » (Luc 24,6.34). L’action du Christ vise donc à nous donner d’avoir part à sa propre Vie de Ressuscité : cette Vie commence à germer dans nos cœurs dès maintenant, dans la foi et par notre foi, et ce n’est que par delà notre mort que nous pourrons l’expérimenter en Plénitude. Notre vie de croyant sur terre est donc une marche vers un accomplissement, mais ce cheminement est habité de l’intérieur par cette réalité même qui nous attend : la Vie du Christ Ressuscité. Ainsi, notre temps est celui où « les ténèbres s’en vont », et où « la véritable lumière », celle de la foi, « brille déjà » (1Jean 2,8)… St Paul décrit cet état de transition, de maturation, de croissance, tantôt en pointant sur « l’obscurité de la foi », cette marche à tâtons, (Actes 17,26-28 ; 1Corinthiens 13,12 ; 2Corinthiens 5,7 ; Romains 8,22-25) tantôt en décrivant le chrétien comme un « enfant de lumière » déjà « ressuscité » « avec le Christ » et assis à sa droite, dans les cieux (Ephésiens 2,4-6 ; 5,8 ; Colossiens 2,12-13 ; 3,1-4)… Ces deux aspects, le « déjà » et le « pas encore », doivent toujours être conservés ensemble. Au jour de son baptême, le croyant est né de l’eau et de l’Esprit. L’Esprit Saint souffle en son cœur et en sa vie, il en est sûr, « il entend sa voix », même si cette Présence reste insaisissable… Et pourtant, « il ne sait toujours pas ni d’où il vient ni où il va » (cf Jean 3,5-8)…

dieu prend soin de son peupleLes foules reconnaissent donc en Jésus un « grand prophète », c’est-à-dire un homme avec qui et par qui Dieu parle et agit. En effet, face à lui, « ils rendent gloire à Dieu » et reconnaissent qu’avec lui, « Dieu a visité son Peuple » (cf Exode 4,31 ; Ruth 1,6 ; Luc 1,68.78)… Et cette Bonne Nouvelle se diffusera « dans toute la Judée et dans les pays voisins ». On reconnaît ici un thème cher à St Luc, le païen, heureux bénéficiaire et missionnaire de l’Évangile : Jésus est le Sauveur du monde entier, des Juifs comme des païens (Actes 1,8 ; 26,14-18). Et il en est convaincu, c’est le Ressuscité en personne qui, par son Église, continue d’annoncer au monde la Bonne Nouvelle du salut (Actes 26,22 ; cf Actes 14,27 ; 15,4 ; 21,19)…

Les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres (Luc 7,18-30)

Cela faisait des siècles que le Peuple d’Israël attendait le Messie, et voici… Il est là ! Certains s’étaient demandé s’il n’était pas Jean le Baptiste (Luc 3,15-18 ; Jean 1,19-20). Jean, de son côté, emprisonné par Hérode (Luc 3,19-20), est en pleine interrogation sur Jésus. Peut-être pensait-il qu’il se comporterait différemment ? Avec lui, « la cognée » ne devait-elle pas « se trouver à la racine des arbres » pour que « tout arbre qui ne produit pas de bon fruit soit coupé et jeté au feu » (Luc 3,9 ; cf 3,17) ? Mais dans sa bouche, pas de violence contre les violents, pas de dureté contre les méchants… Lit-il un passage du prophète Isaïe, il s’arrête juste avant que le texte ne parle de « la vengeance de Dieu » (Luc 4,18-19 à comparer avec Isaïe 61,1-2)… Est-il rejeté d’un village de Samarie, il réprimande ses disciples qui voulaient faire tomber sur lui le feu du ciel (Luc 9,51-56)… Ne devait-il pas être pourtant « plus fort que lui » (Luc 3,16 18) ? Mais comment Jean-Baptiste comprenait-il cette notion de « force » ? Si sa conception était trop humaine, il a dû être surpris de ne pas voir le Christ intervenir pour le libérer de sa prison. Ne pouvait-il pas tenter « un coup de force » avec ses disciples ? Peut-être lui rapportait-on aussi ce que le Christ enseignait : « Ne ripostez pas aux méchants. Au contraire, quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau » (Matthieu 5,39-40). « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. À qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre ; à qui t’enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique » (Luc 6,27-29).

luc 6 27Et le Christ ira jusqu’au bout de cette logique en acceptant d’être livré aux mains des pécheurs : ils l’arrêteront, le frapperont, le couvriront d’injures, le tortureront, le crucifieront… mais finalement il ressuscitera d’entre les morts, manifestant ainsi que « ce qui est apparemment faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Corinthiens 1,25)…
Quoiqu’il en soit, Jean-Baptiste est pour l’instant troublé et il envoie deux de ses disciples pour poser « la » question que tout Israélite devait un jour se poser face à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

Pour l’aider à surmonter ses doutes, le Christ va commencer par agir en accomplissant de nombreux signes devant les yeux des disciples de Jean : « A ce moment-là, Jésus guérit beaucoup de malades, d’infirmes, de possédés, et il rendit la vue à beaucoup d’aveugles ». Nous retrouvons ici une des caractéristiques premières des signes : ils sont donnés pour faire grandir la foi (Jean 4,48 ; Luc 5,24). Ils n’ont pas de raison d’être en eux-mêmes ; l’important est d’arriver, avec eux et grâce à eux, à cette certitude tranquille que le Christ Ressuscité est bien le Fils Unique envoyé à tout homme par le Père pour le sauver, être sa Lumière, sa Paix, sa Vie et son inébranlable appui grâce à l’indéfectible fidélité de son Amour et de sa Miséricorde. Une fois reconnu, le signe est donc appelé à s’effacer, à se mettre en retrait pour laisser toute la place à celui qui vient de l’accomplir : le Christ qui nous invite tous à une relation de foi et d’amour avec Lui (Jean 14,1-3 ; 14,18 ; 14,23 ; 15,9-10) dans ce mystère de communion mis en œuvre par l’Esprit Saint (2Corinthiens 13,13).

Jésus bergerDe plus, par ces signes, Jésus renvoyait à des textes de l’Ancien Testament qui annonçaient la venue du Messie comme étant justement celui qui accomplirait de telles actions : « Dites aux cœurs défaillants : « Soyez forts, ne craignez pas ; voici votre Dieu…. C’est lui qui vient vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet criera sa joie. Parce qu’auront jailli les eaux dans le désert et les torrents dans la steppe. La terre brûlée deviendra un marécage, et le pays de la soif, des eaux jaillissantes »(Isaïe 35,4-7 ; cf 42,7). « En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre et, délivrés de l’ombre et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. Les malheureux trouveront toujours plus de joie en Yahvé, les plus pauvres des hommes exulteront à cause du Saint d’Israël » (Isaïe 29,18-19). Tous ces signes renvoient donc à « cette eau vive » (cf Jean 4,10-14) que le Seigneur est venu verser au cœur de nos existences de pécheurs comparables à des déserts sans vie, des steppes, des pays de la soif ou à des terres brûlées par la violence des hommes… Or cette eau est le symbole du don de l’Esprit Saint donné en surabondance (1Thessaloniciens 1,5 ; Jean 10,10 avec Galates 5,25 ; 1Pierre 1,1-2 ; 2Pierre 1,1-2 ; Jude 1,1-2 ; 2Corinthiens 9,14, 1,5 avec Actes 9,31 ; Romains 5,15.17.20 ; 15,13 ; 1Timothée 1,14) : du cœur transpercé de Jésus jaillissent des fleuves d’eau vive (Jean 7,37-39 ; 19,33-34) de telle sorte que des torrents apparaissent dans nos steppes, des eaux jaillissantes dans le pays de la soif. Et notre terre brûlée, submergée par les dons de Dieu, devient un marécage ! A lui seul, le don de l’Esprit vient donc répondre à toutes les attentes de l’homme en comblant son cœur de toutes les richesses de Dieu Lui-même. Alors, les malheureux que nous sommes trouveront toujours plus de joie dans le Seigneur (Jean 15,11 ; Luc 6,38), les pauvres exulteront à cause de lui (Matthieu 5,3) car ils passeront avec Lui du désert au vert pâturage (Psaume 23(22) ; Jean 10,9-11), du pays de la soif aux sources d’eau vive, de la souffrance de l’insatisfaction à la Plénitude d’un cœur comblé (Jean 6,35), en un mot de la mort à la vraie Vie : « Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront. Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière, car ta rosée est une rosée lumineuse » (Isaïe 26,19). Telle est « la Bonne Nouvelle » de « la Vie Nouvelle », « ce cadeau », ce « don de Dieu » (Jean 4,10) que le Christ est venu nous offrir. Mais comme il s’accueille par la foi, il accomplira de nombreux signes pour faire naître notre foi, afin que grâce à elle, nous puissions dès maintenant recevoir cette Vie (Jean 6,47) et goûter avec elle à « quelque chose » de la vraie Joie…

saint-esprit

Et de fait, si Jean-Baptiste accueille le témoignage de ses disciples et s’abandonne avec confiance entre les mains du Seigneur, il en sera le premier « heureux » : « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi », c’est-à-dire « heureux celui qui saura m’accueillir tel que je suis, en acceptant de se laisser dérouter par mon attitude si souvent contraire aux habitudes des hommes. Si tel est le cas, il entrera vraiment dans l’univers d’Amour, de Bonté, de Gratuité et de Miséricorde du Père, et en m’accueillant il accueillera avec moi tous les dons de grâce que Dieu veut communiquer à l’humanité par le don de l’Esprit Saint » (Luc 7,23)…saint-jean-baptisteJésus rend ensuite témoignage à Jean-Baptiste en disant à son sujet : « il est plus qu’un prophète ». Et pour expliquer cette affirmation, il cite Malachie (3,1) qui annonçait la venue de Dieu en personne : « Voici que je vais envoyer mon messager, pour qu’il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez »… Jean Baptiste est donc ce messager annoncé, et avec Jésus s’accomplit cette incroyable promesse : Dieu a visité son Peuple (Luc 1,68.78)… En effet, Il est bien « l’Emmanuel » (Matthieu 1,23), un nom hébreu qui signifie « Dieu avec nous », car Il est ce Fils Unique, vrai homme et vrai Dieu, qui vit un mystère de parfaite communion avec le Père dans l’unité de l’Esprit (Jean 10,30). Jean Baptiste est donc « à la charnière entre le monde ancien et l’ère nouvelle qui s’ouvre » , une ère où Dieu veut plonger toute l’humanité « dans l’Esprit Saint » (Jean 1,32-33 ; Luc 3,16 ; Marc 1,8 ; Matthieu 3,11) pour qu’elle soit Une comme le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont Un (Jean 17,20-23) : unis les uns aux autres dans la possession d’un même Être, d’une même Vie, d’un même Amour…

bapteme Tous, à l’exemple du Fils et par le Fils, se recevront alors totalement du Père (Jean 6,55)… Dans cette dynamique, le plus grand sera le plus petit, c’est-à-dire celui pour qui l’Autre sera tout : il sera comme un enfant qui attend tout de ses parents (Matthieu 18,1-4). Jésus en est Lui-même le plus parfait exemple : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne le voie faire au Père… Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur… Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert! » (Jean 5,19.30 ; Matthieu 11,29 ; Luc 22,24). L’échelle des valeurs est donc renversée (Luc 1,52). C’est ainsi que le peuple, souvent méprisé par ses dirigeants (Jean 7,49), ainsi que les publicains exclus des synagogues, ont su accueillir le prophète Jean Baptiste en acceptant humblement de se reconnaître pécheurs : ils recevaient alors « le baptême de Jean-Baptiste », une aspersion d’eau qui n’avait d’autre but que de manifester leur désir sincère de se convertir (Marc 1,5-6). C’est ainsi que Jean les préparait à accueillir le Sauveur du monde : qu’ils fassent de même devant lui, et ils seront sauvés par « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jean 1,29) » en baptisant dans l’Esprit Saint !

En acceptant la démarche proposée par Jean-Baptiste, Jésus déclare qu’ils « ont justifié Dieu », au sens où par leur attitude, ils l’ont reconnu à l’œuvre en son prophète et par lui. Il en sera de même avec Jésus : il sera pleinement le Serviteur du Père, en accomplissant son œuvre (Jean 4,34), en manifestant ses actes (Jean 10,37-38), en proclamant ses Paroles (Jean 12,48-50 ; 17,7-8). Et le Père, de son côté, ne cessera de rendre témoignage à son Fils, « le Chemin, la Vérité et la Vie », (Jean 14,6) par l’action de l’Esprit de Vérité (Jean 15,26). Ainsi, celui qui accueille le témoignage de Jésus certifie que Dieu le Père « est véridique » (Jean 3,33), « il justifie Dieu »… et manifeste du même coup que son cœur est rempli de bonne volonté et ouvert à la vérité. En effet, nul ne peut reconnaître et dire que Jésus est Seigneur sans la Lumière intérieure de l’Esprit Saint (1Corinthiens 12,3). Dans le cas contraire, la lumière de la vérité n’est pas en lui : son cœur est dans les ténèbres (Luc 11,35), il fait nuit (Jean 13,30)… Aussi, quelle que soit l’œuvre de Dieu, « un air de flûte » ou « un chant funèbre », elle sera rejetée. C’est bien ce qui arriva à Jean Baptiste, lui qui ne mangeait pas et ne buvait pas : beaucoup de scribes et de Pharisiens dirent de lui qu’il était possédé (Matthieu 11,18)… Et c’est ce qui arrivera aussi à Jésus, lui qui, tout simplement, mangeait et buvait (Luc 7,33-35) ; ils diront de lui : « Il a un démon » (Jean 10,20) .

Jésus victorieux du péché : la pécheresse pardonnée et aimante (Luc 7,36-50)

femme pécheresseCet épisode donne un nouvel exemple de ce qui vient d’être développé : « les publicains et les pécheurs » ont su reconnaître en Jean-Baptiste et en Jésus des prophètes (Luc 7,16.26), c’est à-dire des hommes avec qui et par qui Dieu est à l’œuvre, tandis que de nombreux Pharisiens en doutent. C’est le cas de Simon (Luc 7,39) qui a invité Jésus à manger chez lui, et une fois de plus, le Christ répondra avec simplicité à une telle invitation.

St Luc ne s’attarde pas à nous décrire les circonstances du repas ; il nous présente aussitôt une femme connue pour être une « pécheresse » sans que la nature de ses fautes nous soit expliquée. Elle aussi a reconnu en Jésus Celui qui vient révéler et apporter au monde la Miséricorde de Dieu. Elle lui a ouvert son cœur, et elle a reconnu, en le vivant, combien Jésus était vraiment celui qui donne aux hommes « la connaissance du salut par la rémission de ses péchés » (Luc 1,77). Et à cette « connaissance » succède « la reconnaissance », immense… Mais cette femme est « impure » aux yeux de Simon, et si Jésus était un prophète selon ses vues, il saurait qu’elle est impure et il refuserait de se laisser toucher par elle, pour ne pas devenir impure comme elle… Mais Jésus va lui répondre en manifestant pleinement sa qualité de prophète, non pas selon les critères humains de Simon, mais selon le cœur de Dieu. Simon a murmuré en son cœur : Jésus le sait. Une femme, sans rien lui dire, vient de lui témoigner beaucoup d’amour : Jésus, à nouveau, sait pourquoi. Le Père lui a déjà pardonné toutes ses fautes. Aussi vient-elle dire son merci par des gestes remplis de tendresse. Alors que Jésus mange ici « à la romaine », étendu sur un canapé ou sur des coussins, elle s’approche de lui humblement, par derrière, puis « elle baigne ses pieds de ses larmes, les essuie de ses cheveux, et verse sur eux du parfum »…

Le Christ, par sa Parole, ne fera ensuite que manifester une réalité déjà accueillie et vécue par cette femme : « Tes péchés sont remis ». Et pour convaincre Simon de revoir son jugement, il va lui offrir la possibilité de bien juger en le conduisant pas à pas grâce à une parabole qu’il va construire en partant des convictions de Simon. Cette femme est pour lui une grande pécheresse ? Jésus comparera son péché à une dette qui équivaut à 18 mois de salaire… Comme beaucoup de Pharisiens aveuglés par leur orgueil (Jean 9,39-41 ; Luc 18,9-14 ; « le péché » en fait de tous les hommes : Romains 8,19-21), Simon croit qu’il est quelqu’un de bien, un homme juste qui met en pratique tous les commandements de la loi et n’a rien à se reprocher ? Jésus va ouvrir une petite brèche dans ses certitudes en lui déclarant indirectement qu’il est lui aussi un pécheur ; certes, son péché est comparé à une somme beaucoup plus petite, dix fois moins que celle de la femme, mais ce n’est pas rien tout de même ! Et face à leur Maître, les deux sont en fait dans une situation identique : ils n’ont pas de quoi rembourser, ils ne peuvent se libérer de leur dette par eux-mêmes (Matthieu 19,25-26 ; Marc 10,26-27 ; Luc 18,26-27 ; Ephésiens 2,4-10). Ils méritent donc tous les deux une condamnation … Mais si leur Maître leur fait grâce, qui l’en aimera davantage ? « Celui-là, je pense, auquel il a fait grâce de plus » répond Simon. « Tu as bien jugé », lui dit Jésus, et en lui parlant ainsi il l’encourage à aller plus loin, à continuer de bien juger en repensant aux multiples aspects de cette parabole… Simon lui aussi serait-il un homme pécheur ? Mais alors, il ne pourrait plus condamner cette femme en la regardant de haut avec mépris… Il serait comme elle, appelé à recevoir gratuitement le don de Dieu qui le conduirait à la vie éternelle… « Va, ta foi t’a sauvé » lui dirait alors le Christ …

Jésus vient de lui présenter indirectement l’amour gratuit et inconditionnel de Dieu qui veut pardonner leurs fautes à tous les hommes, ses enfants, et leur donner ainsi de connaître la vraie Vie, la vraie Joie, et « quelque chose » du vrai bonheur qui les attend auprès de Lui par-delà leur mort. De plus, son attitude envers Simon est foncièrement bienveillante : il a répondu à son invitation et mange avec lui à sa table, un geste qui, à l’époque, manifestait la communion entre les personnes. Aussi va-t-il lui adresser maintenant quelques reproches, qui ébranleront, du moins l’espère-t-il, sa conviction d’être quelqu’un qui agit toujours bien. Et le critère de Jésus sera celui de l’amour… Il va comparer tous les gestes de la femme à des gestes d’hospitalité qu’un maître de maison peut accomplir pour ses hôtes, et manifestement, Simon n’en a fait aucun pour lui ! Se croyait-il supérieur à cette femme ? Aux yeux de Jésus, ce serait plutôt elle qui l’a bien accueilli… L’échelle habituelle des valeurs est à nouveau renversée (Matthieu 21,31-32) … Dieu regarde au cœur, à l’amour ; il ne juge pas sur les apparences, comme le font trop souvent les hommes (Jean 7,24)… Simon comprendra-t-il la leçon ? St Luc ne le dit pas, le souvenir de Nicodème le fait espérer (cf Jean 3,1-10 ; 7,45-52 ; 19,38-42)…

D. Jacques Fournier

L’amour reconnaissant de Ste Thérèse de Lisieux

A l’occasion de commentaires de cet épisode de « la pécheresse pardonnée et aimante » (Luc 7,36-50), Ste Thérèse de Lisieux avait entendu dire « qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante ». Et elle ajoutera aussitôt : « Ah! que je voudrais faire mentir cette parole ! ». Elle avait en effet conscience d’avoir reçu la grâce d’être « une âme pure », mais elle avait aussi compris qu’elle le devait à l’Amour Miséricordieux du Seigneur qui avait pris soin d’elle dès sa plus tendre enfance, par ses parents, par ses sœurs… Elle affirmait donc avec force pouvoir témoigner autant de reconnaissance et d’amour au Seigneur qu’une âme qui aurait retrouvé sa pureté première après avoir été pardonnée de ses nombreuses fautes…
« Ah! je le sens, Jésus me savait trop faible pour m’exposer à la tentation… Je reconnais que sans Lui, j’aurais pu tomber aussi bas que Sainte Madeleine et la profonde parole de Notre Seigneur à Simon retentit avec une grande douceur dans mon âme… Je le sais: « Celui à qui on remet moins, AIME moins » (Luc 7,40-47). Mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à Sainte Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber.
Ah! que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens!… Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. Je suppose que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre ; aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire, sans être vu de personne. Certainement, ce fils objet de sa prévoyante tendresse, ne SACHANT pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui… mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne l’aimera-t-il pas davantage? Eh bien, c’est moi qui suis cette enfant, objet de l’amour prévoyant d’un Père qui n’a pas envoyé son Verbe « pour racheter les justes mais les pécheurs » (Matthieu 9,13). Il veut que je l’aime parce qu’il m’a remis, non pas beaucoup, mais TOUT (Luc 7,47). Il n’a pas attendu que je l’aime beaucoup comme Sainte Madeleine, mais il a voulu que JE SACHE comment il m’avait aimée d’un amour d’ineffable prévoyance, afin que maintenant je l’aime à la folie… J’ai entendu dire qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante, ah! que je voudrais faire mentir cette parole! »…

 

Fiche 2M n°16 – Lc 7,1-50 : cliquer sur le titre précédent pour ouvrir ou imprimer le document PDF




« Les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Conseil Diocésain de Pastorale ; 14/01/2016)

Cette expression nous vient directement de St Luc quand il nous rapporte ce que Zacharie déclara au jour de la circoncision de son fils, Jean‑Baptiste.

I – Nous commencerons donc par relire ces lignes du « Cantique de Zacharie » que nous connaissons tous et nous verrons le sens de ce mot « entrailles ».

II – Puis, à partir de quelques textes de l’AT, nous redirons avec le Pape François le cœur de notre foi : « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16 ; NT !).

III – Nous verrons que cet Amour inconditionnel et éternel ne cesse de prendre le visage de la Miséricorde, pour nous, pécheurs…

IV – Et nous terminerons, en constatant à l’aide de quelques textes du NT, que non seulement Dieu ne cesse d’aimer ceux qui font le mal, mais qu’en plus, leur situation personnelle le bouleverse au plus profond de lui-même : en effet, celui qui fait le mal ne peut que se plonger lui-même dans la souffrance, et voir un seul de ses enfants souffrir, voilà ce qui bouleverse le cœur de Dieu… Dans le respect de notre liberté, il ne pourra alors que nous presser à cesser de faire ce mal qui nous détruit, pour nous inviter à apprendre, petit à petit, avec Lui et grâce à Lui, de Miséricorde en Miséricorde, à faire ce bien qui nous construit, et qui ne peut en fait qu’être l’expression d’un cœur comblé par ce « Dieu Amour », « qui se donne gratuitement » (Pape François). Le fruit de ce Don gratuit, pour celles et ceux qui accepteront de le recevoir, sera alors un cœur comblé, renouvelé, ‘recréé’, enfanté à une vie nouvelle par ce Dieu Père qui nous aime, infiniment, avec toute la tendresse d’une Mère…

  I – Commençons donc par relire ces lignes de ce Cantique que Zacharie adresse à son fils Jean-Baptiste :

« Et toi petit enfant, tu seras appelé prophète du Très‑Haut ; car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut, par le pardon de ses péchés, grâce aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu (διὰ σπλάγχνα ἐλέους θεοῦ ἡμῶν) dans lesquelles nous a visités l’Astre d’en Haut, pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour redresser nos pas au chemin de la paix » » (Lc 1,76-79).

Le mot « entrailles » traduit le grec « σπλάγχνα », pluriel de « σπλάγχνon ». Le dictionnaire Grec – Français « Bailly » donne pour “σπλάγχνon” (BAILLY M.A., “σπλάγχνon“, Dictionnaire Grec-Français (Paris 1930) p. 1779) :

“les entrailles” : 

I – Au propre :

                      1 – Les viscères principaux – cœur, poumon, foie – de l’homme ou des animaux (Il s’agit donc, très, très concrètement… des tripes…).

                       2 – Le sein de la mère (Soulignons cette connotation maternelle, et le fait que ce « sein de la mère » est le lieu de l’enfantement, de la création).

II – Au figuré :

                        1 – Le cœur, l’âme, comme siège des affections.

                         2 – Entrailles, cœur, âme, terme de tendresse.

red rose

  Le P. Ceslas Spicq écrit à ce sujet : « Dès le Vè-IVè siècle av JC, les σπλάγχνα désignent les « intérieurs » d’une victime immolée, que les règlements cultuels mentionnent parmi le casuel des prêtres, si bien que le verbe correspondant signifiera « consommer les entrailles ». Il s’agit, bien entendu, des parties nobles, car le mot s’applique aussi à l’homme, où l’on compte sept viscères : « l’estomac, le cœur, le poumon, la rate, le foie et les deux reins » (Philon d’Alexandrie, 25 av JC – 50 ap JC). Mais le mot s’étend aux intestins, au ventre, sans aucune précision physiologique ». En Ac 1,18, Luc rapporte la mort de Judas : « Cet homme est tombé la tête la première et il a éclaté par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues, καὶ ἐξεχύθη (de ἐξ-χέω, verser hors de…, répandre) πάντα τὰ σπλάγχνα αὐτοῦ. ».

« On localise les sentiments dans les entrailles – puisqu’elles sont ce qu’il y a de plus intime et caché (Pr 26,22 ; Ps 22,15) – et elles sont alors synonymes de ce que nous appelons aujourd’hui “le cœur”. Ainsi, « les entrailles du père sont bouleversées à chaque cri de son fils » (Si 30,7)… Dans la Bible, les entrailles (hébreu : rahamîm) sont le siège de la compassion (Gn 43,30 ; 1R 3,26). Le singulier réhém en effet, désigne l’utérus, le sein maternel » ; de sorte que les entrailles sont d’abord le siège de la pitié de la mère pour ses enfants (Is 49,15), et l’on dit qu’elles frémissent (Is 16,11), résonnent et font du bruit (Is 43,15), bouillonnent (Lam 1,20) ou sont en ébullition (Job 30,27).

 

Soulignons trois textes de l’Ancien Testament :

1 – Is 63,15-17 : « Regarde du ciel et vois, depuis ta demeure sainte et glorieuse.

Où sont ta jalousie et ta puissance ?

Le frémissement de tes entrailles et tes tendresses (rahamîmH) pour moi

se sont-ils contenus ?

(LXX : ποῦ ἐστιν τὸ πλῆθος τοῦ ἐλέους σου καὶ τῶν οἰκτιρμῶν σου

Où sont la plénitude de ta miséricorde et tes compassions)

Paris Surréalistes+annexesPourtant tu es notre Père… (Hqui aime d’un amour maternel)

Toi, Yahvé, tu es notre Père, notre rédempteur,

tel est ton nom depuis toujours. »

 

 2 – Jr 31,20 : « Je l’aime, oui je l’aime, oracle du Seigneur » (avec une nuance de tendresse maternelle).

3 – Ex 34,6 (TOB) :

Moise-buisson-ardent« Le Seigneur passa devant Moïse et proclama :

Le Seigneur, le Seigneur, Dieu miséricordieux (H) et bienveillant,

lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté ».

LXX (34,6; la Septante, traduction grecque de l’AT (3° s ac JV ; Alexandrie):

Κύριος ὁ θεὸς οἰκτίρμων καὶ ἐλεήμων,

Seigneur Dieu compatissant (ou miséricordieux, les deux sens du Bailly) et

miséricordieux (ou compatissant, à nouveau les deux sens du Bailly).

μακρόθυμος καὶ πολυέλεος καὶ ἀληθινὸς.

           patient et « plein de miséricorde » et vrai (Bailly : véridique, sincère, vrai, réel).

Le Pape François fait allusion à ce dernier texte lorsqu’il écrit au tout début de la Bulle d’indiction de l’année Jubilaire de la Miséricorde (11 avril 2015) :

« Jésus Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, « riche en miséricorde » (Ep 2, 4), après avoir révélé son nom à Moïse comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34, 6) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments ».

 

II – Le cœur de notre foi : « Dieu est Amour »

 « Il n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine », c’est-à-dire ce qu’Il Est en Lui-même de toute éternité. Et nous retrouvons ici le cœur de notre foi. Le Pape François écrit d’ailleurs un peu plus loin (& 8): « Le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux, nous pouvons accueillir l’amour de la Sainte Trinité. La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude. L’évangéliste Jean affirme pour la première et unique fois dans toute l’Ecriture : « Dieu est amour » (1 Jn 4,8.16). Cet amour est désormais rendu visible et tangible dans toute la vie de Jésus. Sa personne n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les relations avec les personnes qui s’approchent de Lui ont quelque chose d’unique et de singulier. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pécheurs, les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde. Tout en Lui parle de miséricorde. Rien en Lui ne manque de compassion. »

Dieu-Amour« Dieu est amour », « un amour qui se donne gratuitement » pour le seul bien de la personne aimée. En tout ce qu’Il Est, « Dieu est amour » depuis toujours et pour toujours. Il ne sait donc faire qu’une seule chose : « aimer ». Or, aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et tout mettre en œuvre pour l’atteindre. « La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix » (Pape François & 9). Voilà ce que Dieu veut pour tout homme sur cette terre, quel qu’il soit, car tous ont été créés par Lui « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), tous sont filles et fils d’un seul et même Père… « Nous sommes aussi de sa race », dit St Paul aux philosophes d’Athènes en citant l’un d’entre eux, Aratus, poète du 3° s av JC, originaire de Cilicie.

Jr 31,37-41 : « Je vais les rassembler (…), et je les ferai demeurer en sécurité… Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien… Je trouverai ma joie à leur faire du bien,… de tout mon cœur et de toute mon âme. »

Et comment Dieu se propose-t-il de « nous faire du bien » ? En nous comblant de ses bienfaits. Et quels sont-ils ? Rien de moins que ce qu’Il Est en Lui-même… La volonté de Dieu sur toute l’humanité, sans aucune exception, est que nous partagions tous sa Plénitude de vie, de paix, et de joie… C’est ce que Jésus, vrai Dieu et vrai homme, ne cesse de nous dire : « De même le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi… Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix… Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 6,57 ; 14,27 ; 15,11).

Esprit SaintEt Dieu ne peut pas nous donner plus que ce qu’Il Est en Lui-même… « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24) ? « Recevez l’Esprit Saint » dit le Ressuscité à ses disciples (Jn 20,22), et « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22).

« « Dieu est amour » (1 Jn 4,8.16), un amour qui se donne gratuitement », dit le Pape François. Et un peu plus loin, il ajoute : « Dans la miséricorde, nous avons la preuve de la façon dont Dieu nous aime. Il se donne tout entier, pour toujours, gratuitement, et sans rien demander en retour » (& 14). Ce que Dieu donne gratuitement, par amour, c’est en effet ce qu’Il Est tout entier, depuis toujours et pour toujours. Et « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et « Dieu est Saint » (Lv 11,44-45 ; 17,1 ; 19,2). Il s’agit donc du Don de l’Esprit Saint, le Don de ce qu’il Est en Lui-même. Et par ce Don de « l’Esprit qui sanctifie » (2Th 2,13), nous sommes tous appelés à devenir pleinement, selon notre condition de créature, ce que Dieu Est de toute éternité ! Il ne peut y avoir de vocation plus grande, plus belle… Et c’est ce que Dieu veut pour tout homme… Or, nous dit le Psalmiste : « Tout ce que veut le Seigneur, il le fait » (Ps 135(134),6 ; 115(114),3). Et comment le fait-il ? En donnant gratuitement, par amour, ce qu’il Est en Lui-même depuis toujours et pour toujours : le Don de l’Esprit Saint…

III – Pour nous, pécheurs, l’Amour prend le visage de la Miséricorde

Ez 36,24-27 : (Vous qui avez profané mon Nom et qui avez été dispersés par suite de vos fautes), « je vous rassemblerai, je vous ramènerai vers votre sol…

Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ;

de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.

Et je vous donnerai un cœur nouveau,

je mettrai (En hébreu comme en grec : je donnerai…) en vous un esprit nouveau,

j’enlèverai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.

Je mettrai (je donnerai) mon Esprit en vous

et je ferai que vous marchiez selon mes lois

et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes. »

BaptemeLe Don de l’Amour, répété ici quatre fois, devient donc, pour le pécheur souillé, « une Eau Pure » qui le « purifie de toutes ses ordures »… Toutes, sans aucune exception, dès lors que l’on accepte de les présenter à Dieu, et de le laisser agir…

Et si le pécheur, privé du Don de l’Amour, et donc d’une Plénitude de Vie, fait l’expérience d’un état de mort intérieure, ce Don qui lui est toujours fait, envers et contre tout, sera pour lui « Eau Vive » « qui vivifie »… C’est ce qu’affirme Ezéchiel au chapitre suivant, en montrant Dieu agissant pour des morts enfermés dans leurs tombeaux, réduits à l’état de squelette, et donc, ne pouvant vraiment plus rien faire par eux-mêmes ! Tout ce qui arrivera pour eux ne pourra donc qu’être le fruit de l’initiative gratuite de l’Amour, et du Don tout aussi gratuit de l’Amour :

Ez 37,4-14 : « Ossements desséchés (et donc en manque d’eau), écoutez la parole du Seigneur.

Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements.

Voici que je vais faire entrer en vous l’Esprit et vous vivrez…

Ainsi parle le Seigneur Dieu. Voici que j’ouvre vos tombeaux ;

je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple,

et je vous ramènerai sur votre sol.

resurrection2Vous saurez que je suis le Seigneur,  

lorsque j’ouvrirai vos tombeaux 

et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, mon peuple.          

Je mettrai (Je donnerai) mon Esprit en vous et vous vivrez,        

et je vous installerai sur votre sol, et vous saurez que moi, le Seigneur,

j’ai parlé et je fais, oracle du Seigneur » (cf. (Ps 135(134),6 ; 115(114),3).

 

Cette gratuité, nous la retrouvons dans le discours de Jésus sur la Montagne, lorsqu’il disait aux foules rassemblées autour de lui :

Mt 5,43-45 : « Vous avez entendu qu’il a été dit :

Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.

Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs,

afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux,

car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,

et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. »

Fleurs...« Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ? « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) ? « Le Seigneur fait donc lever son soleil sur les méchants et sur les bons » en donnant la Lumière de l’Esprit aux méchants comme aux bons… « Le Seigneur Dieu est un soleil, il est un bouclier ; le Seigneur donne la grâce », « l’Esprit de la grâce » (Hb 10,29), « il donne la gloire », « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14) . « Jamais il ne refuse le bonheur à ceux qui vont sans reproche » (Ps 84(83),12), c’est-à-dire à ceux qui demeurent, de cœur, tournés vers Lui, dans la force comme dans la faiblesse… En effet, « heureux les pauvres de cœurs, car le Royaume des Cieux est à eux ». Pourquoi ? « Parce que votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32). Et quelle réalité se cache derrière ce mot « Royaume » ? Un Mystère de Communion « dans l’unité d’un même Esprit » (Ep 4,3 ; 2Co 13,13), cet Esprit donné gratuitement à tous par l’Amour : « Le règne de Dieu », le Royaume des Cieux, « n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17).

Césarée de PhilippeNous avons vu comment Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Et lorsque Jésus ajoute « et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes », il redit la même chose avec, cette fois, non plus l’image de la lumière, mais celle de l’eau. En effet, Dieu est souvent évoqué dans la Bible avec l’image d’une source : « Ils m’ont abandonné, moi, la Source d’Eau vive », dit-il en Jérémie (Jr 2,13 ; 17,13). Dieu est ainsi « Source d’Eau Vive », Don de l’Eau Vive et Pure de son Esprit (Jn 7,37-39), une Eau Vive qui « tombe en pluie sur les justes » pour les vivifier, les combler, leur offrir la Plénitude même de Dieu, une Eau Pure qui « tombe en pluie sur les injustes » pour les inviter, en frappant à la porte fermée de leur cœur (Ap 3,20), à lui ouvrir, à se tourner vers Lui de tout cœur. Alors, cette Eau Pure les purifiera de toutes leurs ordures, et leur permettra d’accueillir à leur tour la Plénitude de la vie éternelle… Notons avec ces images que nul homme sur cette terre n’est « juste » au sens de « sans péché »… « Tous sont soumis au péché… Il n’est pas de juste, pas un seul… Il n’est donc pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » Ainsi, nous sommes tous « des vases de miséricorde que Dieu a d’avance préparés pour sa Gloire » en les appelant à se tourner vers Lui de tout cœur, tels qu’ils sont, avec toutes leurs blessures et leurs misères, pour se laisser remplir par le Don de Dieu, le Don de « l’Esprit de Gloire, l’Esprit de Dieu » (Rm 3,9-26 ; 9,16 ; 9,23 ; 1P 4,14).

Nous sommes tous, en effet, des pécheurs qui avons continuellement besoin d’être pardonnés, lavés, relevés, fortifiés, soutenus… « La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché », écrit notre pape François (&2). Et souvenons-nous du jour de son élection, le 13 mars 2013. Le Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, écrit ainsi dans la préface du Livre du Pape François, « Amour, Service et Humilité » : « Aussitôt connus les résultats du cinquième scrutin du Conclave que nous venons de vivre, le Cardinal Bergoglio avait à répondre aux deux questions rituelles qui marquent la fin du Conclave et la levée du secret : « Acceptes-tu ton élection ? » et « Quel nom choisis-tu ? ». A la première, il a répondu : « Je suis pécheur et j’en ai conscience, mais j’ai une grande confiance dans la Miséricorde de Dieu. Puisque vous m’avez élu ou, plutôt, puisque Dieu m’a choisi, j’accepte. » »

Logo année de la Miséricorde

Ainsi, « Dieu veut faire miséricorde à tous » (Rm 11,32), « il veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4), « et tout ce que veut le Seigneur il le fait » (Ps 115,3 ; 135,6). « Il le fait », très concrètement, en donnant la Plénitude de son Esprit à tout homme, pour son seul bien, gratuitement, par amour… Et c’est ainsi que le Dieu qui, éternellement, est Amour, prend pour nous, pécheurs, le visage de la Miséricorde, car au cœur de notre misère, nous sommes tous invités à faire l’expérience que Dieu, de son côté, n’a jamais cessé de nous aimer, et donc de se donner à nous, gratuitement, par amour…

 

IV – Ces entrailles de Miséricorde sont aussi « compassion » pour le pécheur.

En effet, si Dieu nous a tous créés pour être remplis par ses bienfaits, connaître la Plénitude de sa Vie, participer à sa Lumière et à sa Gloire, le péché qui est abandon de Dieu, fermeture à Dieu, repli sur soi, ne peut que nous priver de tous ces dons… « Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu » (Rm 3,23).

Or, être privé de ce pour quoi nous avons été faits ne peut qu’être synonyme de souffrance, de mal être, de pleurs, de tristesse… « Souffrance et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal » (Rm 2,9).

Et le cœur de Dieu est bouleversé de compassion lorsqu’il voit un homme, un de ses enfants, souffrir, et cela quelque soit l’origine de sa souffrance, qu’il en soit responsable ou pas…

Logo année de la Miséricorde - détailOs 11,7-8 : « Mon peuple est cramponné à son infidélité.

On les appelle en haut, pas un qui se relève !

Comment t’abandonnerais-je, Éphraïm, te livrerais-je, Israël ?

Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent ».

Et la Bible de Jérusalem écrit en note : « Le mot « bouleversé » est très fort ; précisément celui qui est employé à propos de la destruction des cités coupables, (Gn 19,25; Dt 29,22) », conséquence de leurs péchés… Osée laisse entendre que ces conséquences désastreuses sont « comme vécues d’avance dans le cœur de Dieu. Cf. le cri de David à la mort d’Absalom, son fils (2S 19, 1) », qui pourtant s’était réjoui à l’avance de la mort de son père en accueillant le piège qu’Ahitophel voulait lui tendre (2S 17,1-4).

prodigueNous l’avons vu avec Osée, si l’homme est responsable de ses souffrances par suite du mal qu’il commet, Dieu, dans son Amour, ne peut que le presser à abandonner ce qui, en fait, malgré les apparences peut-être contraires, le plonge dans le mal être et la souffrance… Son seul désir est alors de tout nous pardonner, car Dieu ne regarde pas la faute en elle même, mais les conséquences de cette faute dans le cœur et la vie de celui qui l’a commise. Et encore une fois, son seul désir est de voir sa créature comblée par sa propre Plénitude. Alors, le premier cadeau qu’il fera au pécheur, sera le pardon de toutes ses fautes, et cela dans une attitude de Joie ( Lc 15 ; Rm 12,8) qui sera au même moment consolation (2Co 1,3-7 avec notes BJ), réconfort, encouragement pour celui qui accepte de répondre ainsi à l’Amour… En Lc 15, « Dieu est toujours présenté comme rempli de joie, surtout quand il pardonne » écrit le Pape François, car il ne poursuit que le bien de tous les hommes qu’il aime (Lc 2,14), et il se réjouit de voir ce « bien » triompher dans leur cœur et dans leur vie. « Nous y trouvons le noyau de l’Evangile et de notre foi », poursuit le Pape François, « car la miséricorde y est présentée comme la force victorieuse de tout, qui remplit le cœur d’amour, et qui console en pardonnant ».

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée, qu’elle a reçu de la main du Seigneur deux fois le prix de toutes ses fautes » (Is 40,1), deux fois le prix de tout ce qu’elle aurait dû dépenser à l’époque pour acheter les animaux prescrits par la Loi et les offrir en sacrifices pour le pardon de ses péchés… Déjà, avec cette image d’Isaïe, nous avons la réalité de la surabondance de la Miséricorde de Dieu si bien exprimée par St Paul : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). « En lui », le Christ, « nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence » (Ep 1,7)… « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance » (Jn 10,10).

 

st jeanFace à toute souffrance, fut-elle provoquée par le mal, la seule attitude de Dieu est donc de consoler, réconforter, encourager, et inviter au repentir si cela est nécessaire… « J’entendis alors une voix clamer, du trône : Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu‑avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21,3-4 ; cf. 2Co 1,3-7).

 Et cette réaction de Dieu est très concrètement manifestée dans les Evangiles chaque fois que le Christ est en relation avec des personnes qui souffrent… Notre verbe correspondant à “σπλάγχνα”, écrit le P. Ceslas Spicq, est ainsi employé « trois fois pour Dieu (Mt 18,27 ; Lc 1,78 ; 15,20), une fois pour le bon Samaritain, et neuf fois pour le Christ, et cela presque toujours pour rendre compte de son intervention miraculeuse… Il s’agit d’abord d’une émotion physique, d’une authentique compassion devant l’état misérable du prochain (Lc 10,33), littéralement d’un mouvement des entrailles, suscité par la vue (Lc 7,13 ; 10,33 ; 15,20). Traduire le passif ™splagcn…sqh : « il eut pitié » serait donc presque un contre-sens ; « il fut pris (ou saisi) de pitié » serait meilleur ; le sens exact est : « il ressentit une viscérale compassion »[2]. Le Pape François écrit : « La miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux mêmes par leur fils. Il est juste de parler d’un amour « viscéral ». Il vient du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon » (& 6).

Regardons les textes où le Christ intervient. « Ce qui animait Jésus en toute circonstance n’était rien d’autre que la miséricorde avec laquelle il lisait dans le cœur de ses interlocuteurs et répondait à leurs besoins les plus profonds » (Pape François &8).

1 – Mc 1,40-45 (v. 41) : « Un lépreux vient auprès de lui ; il le supplie et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » (41) Saisi de compassion, Jésus (Ἰησοῦς σπλαγχνισθείς) étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » (42) À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. (43) Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt (44) en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » (45) Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui. »

Pape François embrasse un malade

2 – Mc 6,30-44 (v. 34) : « Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. (31) Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. (32) Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. (33) Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. (34) En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, καὶ ἐσπλαγχνίσθη ἐπ’ αὐτοῖς, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. »

Jésus voit « qu’ils étaient comme des brebis sans berger ». Alors, « bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même », il agit en Pasteur qui guide son troupeau par sa Parole, au son de sa voix, « et il se mit à les enseigner longuement ». Ce « longuement » souligne sa générosité. Il répond toujours à tous nos besoins en surabondance… « Mon Dieu comblera tous vos besoins, selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus » écrivait St Paul (Ph 4,19). C’est pourquoi, il invitait à se tourner vers lui « en tout besoin » : « N’entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Ph 4,6-7).

Mais à parler longuement, l’heure avancera… La nuit tombe, et les endroits où l’on peut se ravitailler sont loin… Alors là aussi, les besoins de cette foule ne laisseront pas son cœur insensible, et ce sera la multiplication des pains…

Pape François CompassionEn St Matthieu (Mt 14,14), dès qu’il descend de la barque, Jésus voit des infirmes et leur situation le bouleverse : il les guérira tous… « En débarquant, il vit une foule nombreuse et il fut saisi de compassion envers eux, Ἰησοῦς εἶδεν πολὺν ὄχλον, καὶ ἐσπλαγχνίσθη ἐπ’ αὐτοῖς ; et il guérit leurs infirmes, καὶ ἐθεράπευσεν τοὺς ἀρρώστους αὐτῶν ». « Face à la multitude qui le suivait », écrit le Pape François, « Jésus, voyant qu’ils étaient fatigués et épuisés, égarés et sans berger, éprouva au plus profond de son cœur, une grande compassion pour eux (cf. Mt 9,36 : ἐσπλαγχνίσθη περὶ αὐτῶν). En raison de cet amour de compassion, il guérit les malades qu’on lui présentait et il rassasia une grande foule avec peu de pains et de poissons (cf. Mt 15,37). »

3 – Mc 8,1-10 (v. 2 ; cf. Mt 15,32) : « En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule, et que les gens n’avaient rien à manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : (2) « J’ai de la compassion pour cette foule, Σπλαγχνίζομαι ἐπὶ τὸν ὄχλον, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger. (3) Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin, et certains d’entre eux sont venus de loin. » Et ce sera à nouveau une multiplication des pains…

Pape François bénit un infirme4 – Mc 9,22 :ici, c’est le père d’un enfant épileptique qui fait appel à la compassion de Jésus.  Il s’est d’abord adressé à ses disciples, mais ils n’ont rien pu pour lui… Alors, il vient voir directement Jésus et lui dit : « Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par compassion envers nous, σπλαγχνισθεὶς ἐφ’ ἡμᾶς » « Jésus lui déclara : « Pourquoi dire : “Si tu peux”… ? Tout est possible pour celui qui croit. » Aussitôt le père de l’enfant s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » » (Mc 9,23‑24).

5 – Mt 20,29-34 (v. 34) : « Tandis que Jésus avec ses disciples sortait de Jéricho, une foule nombreuse se mit à le suivre. (30) Et voilà que deux aveugles, assis au bord de la route, apprenant que Jésus passait, crièrent : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » (31)

Pope Francis kisses a child upon his arrival for his installation Mass at the St. John in Lateran Basilica, in Rome, Sunday, April 7, 2013. Pontiffs are also the bishop of Rome, and a traditional installation ceremony at the basilica formally recognizes that Francis is Rome's bishop as well as the leader of the worldwide Roman Catholic church. (AP Photo/Gregorio Borgia)/GB105/270950401688/1304071732

La foule les rabroua pour les faire taire. Mais ils criaient encore plus fort : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » (32) Jésus s’arrêta et les appela : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » (33) Ils répondent : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent ! » (34) Saisi de compassion, Σπλαγχνισθεὶς δὲ ὁ Ἰησοῦς, Jésus leur toucha les yeux ; aussitôt ils retrouvèrent la vue, et ils le suivirent. »

6 – Lc 7,11-17 (v. 13) : « Par la suite, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. (12) Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. (13) Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » Καὶ ἰδὼν αὐτὴν ὁ κύριος ἐσπλαγχνίσθη ἐπ’ αὐτῇ, καὶ εἶπεν αὐτῇ, Μὴ κλαῖε. (14) Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »

VATICAN CITY, VATICAN - MARCH 24: Pope Francis kisses 8-month-old Victoria Maria Marino from Sicily after delivering his blessing to the palms and to the faithful gathered in St. Peter's Square during Palm Sunday Mass on March 24, 2013 in Vatican City, Vatican. Pope Francis lead his first mass of Holy Week as pontiff by celebrating Palm Sunday in front of thousands of faithful and clergy. The pope's first holy week will also incorporate him washing the feet of prisoners in a youth detention centre in Rome next Thursday, 28th March. (Photo by Dan Kitwood/Getty Images)

(15) Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. (16) La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » »

(17) Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région. »

« Lorsqu’il rencontra la veuve de Naïm qui emmenait son fils unique au tombeau, il éprouva une profonde compassion pour la douleur immense de cette mère en pleurs, et il lui redonna son fils, le ressuscitant de la mort (cf. Lc 7, 15) » (Pape François &8).

Nous concluerons en deux points :

 

1 – « Après avoir libéré le possédé de Gerasa, il lui donna cette mission : « Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19). L’appel de Matthieu est lui aussi inscrit sur l’horizon de la miséricorde. Passant devant le comptoir des impôts, Jésus regarda Matthieu dans les yeux. C’était un regard riche de miséricorde qui pardonnait les péchés de cet homme, et surmontant les résistances des autres disciples, il le choisit, lui, le pécheur et le publicain, pour devenir l’un des Douze » (Pape François &8), ces Douze que Jésus avait choisi « pour être avec lui et pour les envoyer prêcher » la Bonne Nouvelle de l’Amour (Mc 3,13-19).

Coeur de Jésus- Paray le MonialEn accueillant pour nous mêmes le pardon de toutes nos fautes donné en surabondance par Jésus, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), « l’Astre d’en haut qui nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,76-79), en découvrant l’absolue gratuité de l’Amour qui comble d’autant plus, par amour, ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire les plus grands pécheurs (Lc 5,31-32), ceux qui, à leurs propres yeux et aux yeux des hommes, ne méritent surtout pas ce qu’ils ont reçu, nous sommes ensuite invités à travailler le plus possible avec le Christ pour que le plus grand nombre puisse aussi bénéficier gratuitement, par amour, de tous ces bienfaits… Car là se cache la vraie vie, la vraie joie, la vraie paix, un trésor devant lequel tout le reste ne peut que faire pâle figure… « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. (45) Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. (46) Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle » (Mt 13,44-46).

Les disciples de Jésus sont donc avant tout invités à être les heureux témoins de cette Miséricorde infinie qu’ils ont accueillie pour eux-mêmes… Apparaissant à ses disciples, le Christ ressuscité leur dit (Lc 24,46-48) : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, (47) et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. (48) À vous d’en être les témoins » (Lc 24,46-48). Témoins de la Résurrection, mais aussi témoins qu’une « conversion » sincère est aussitôt comblée par « le pardon des péchés » donné en surabondance… « Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19).

2 – Nous sommes tous invités à faire miséricorde à tous ceux et celles qui nous entourent, comme le Seigneur lui-même nous a faits miséricorde… Reprenons cet extrait de la Bulle d’Indiction du Pape François pour ce Jubilé extraordinaire de la Miséricorde que nous avons déjà cité peu après le début du second point, mais que nous allons reprendre en allant plus loin, jusqu’à nous, jusqu’à notre agir qui devrait être « à l’image et ressemblance » (Gn 1,26-27) de celui de Dieu :

FILE PHOTO 27DEC83 - Pope John Paul II meets with his would-be assasin, Turkish gunman Mehmet Ali Agca in his prison cell in December 1983. Italy granted Agca clemency June 13, the presidential palace said. Agca has still to serve part of a sentence in Turkey for killing a journalist in 1978. PH

« La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix. L’amour miséricordieux des chrétiens doit être sur la même longueur d’onde. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres » (& 9). « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36 ; Nouvelle Traduction Liturgique). « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant » (Lc 6,36 ; BJ). « Soyez généreux comme votre Père est généreux » (Lc 6,36 ; TOB). Telle est l’invitation que Jésus nous lance avec ce seul texte du Nouveau Testament où la notion « d’entrailles » de miséricorde et de compassion est appliquée à un homme, un Samaritain :

Lc 10,25-37 (v. 33) : « Et voici qu’un docteur de la Loi se leva

et mit Jésus à l’épreuve en disant :

« Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

(26) Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »

(27) L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »

(28) Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »

 

(29) Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »

(30) Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. (31) Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. (32) De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.

(33) Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion, καὶ ἰδὼν ἐσπλαγχνίσθη. (34) Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. (35) Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”

(36) Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? »

(37) Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

Pape François et l'Esprit Saint

« En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde.  Le pardon des offenses devient l’expression la plus manifeste de l’amour miséricordieux, et pour nous chrétiens, c’est un impératif auquel nous ne pouvons pas nous soustraire. Bien souvent, il nous semble difficile de pardonner ! Cependant, le pardon est le moyen déposé dans nos mains fragiles pour atteindre la paix du cœur. Se défaire de la rancœur, de la colère, de la violence et de la vengeance, est la condition nécessaire pour vivre heureux. Accueillons donc la demande de l’apôtre : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Ep 4, 26). Ecoutons surtout la parole de Jésus qui a établi la miséricorde comme idéal de vie, et comme critère de crédibilité de notre foi : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). C’est la béatitude qui doit susciter notre engagement tout particulier en cette Année Sainte » (Pape François &9).

                                                                                                                      D. Jacques Fournier

[2] SPICQ C., “σπλάγχνon, Lexique théologique du Nouveau Testament (Paris 1991) p. 1409s.

« Les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » : cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.




Le choix des Douze, l’appel à l’Amour et au Bonheur (Lc 6,12-49)

En Luc 5,27-6,11, Jésus s’est heurté à l’opposition des scribes et des Pharisiens qui n’arrivent pas à s’ouvrir à ce vin nouveau qu’Il est venu nous offrir. « C’est le vieux qui est bon », disent-ils avant même de l’avoir goûté (Luc 5,37-39). Il est vrai que le Christ est venu accomplir l’Ancienne Alliance, ce qui suppose pour les institutions et les hommes, des changements radicaux… Certains les accepteront, d’autres s’y refuseront. Jésus va maintenant construire l’avenir avec ceux qui lui ont ouvert leur cœur en se choisissant parmi eux « Douze apôtres ». Ce sont eux qui, après sa mort et sa résurrection, recevront la charge de poursuivre son œuvre, avec l’aide et la collaboration active de tous les autres disciples…

Le choix des Douze (Luc 6,12-16)

Les épisodes précédents nous ont montré Jésus appelant à lui ses disciples : Simon, et les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean (Luc 5,1-11), Lévi (Luc 5,27-29) appelé aussi Matthieu en Matthieu 9,9. Puis nous le voyons manger chez Lévi avec « une foule nombreuse de publicains et d’autres gens », et à la fin de cet épisode, Jésus déclare de manière générale : « Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent » (Luc 5,32) et qu’ils vivent (Ezéchiel 3,18 ; 33,11). Tout un groupe de disciples « suit » donc maintenant Jésus sur les routes de Palestine (Luc 5,11)… Ce verbe « suivre » est d’ailleurs typique de la vie chrétienne qui commence toujours par une rencontre avec le Christ et c’est lui qui a l’initiative (Jean 9,35-38) : Il vient à nous (Jean 14,18), Il nous attire à Lui (Jean 12,32), Il frappe à la porte de notre cœur (Apocalypse 3,20), il nous touche intérieurement (Luc 24,32), et il nous donne de percevoir quelque chose de son mystère (Jean 14,21), de son Amour, de sa Lumière, de sa Vie (1Jean 1,1-4)… Nous comprenons alors, dans la foi, que nous ne sommes pas seuls : Jésus accomplit sa promesse « d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20) pour être notre « Bon Pasteur » (Jean 10,14-15), Celui qui ne cesse de nous conduire sur des chemins de Vie (Jean 14,6) et de Paix, les siennes (Jean 6,57 ; 1,4 ; 14,27)…

BonPasteur

Psaume 23 (22)

(1) Le Seigneur est mon berger :

je ne manque de rien.

(2) Sur des prés d’herbe fraîche,

il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles

(3) et me fait revivre ;

il me conduit par le juste chemin

pour l’honneur de son nom.

(4) Si je traverse les ravins de la mort,

je ne crains aucun mal,

car tu es avec moi :

ton bâton me guide et me rassure.

(5) Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ;

tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

(6) Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ;

j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

jésus enseignant 2

Le Christ Bon Pasteur, Prince de la Vie et Source de Vie (Jean 19,33-34 avec 4,10-14 et 7,37-39) est donc tout proche de chacun d’entre nous pour nous communiquer sa Vie et sa Paix, nous conduire, nous guider, nous encourager au cœur de nos vies. Et chacun a son chemin, unique… L’essentiel, là où nous sommes, sera de « le suivre » (Luc 5,27-28 ; 9,23 ; 9,59-60 ; 18,22 ; 18,43 ; Jean 1,43 ; 10,1-5 ; 10,27-30 ; 21,18-19 ; 21,22 ; Marc 2,15 ; 15,40-41 ; Matthieu 19,27-30) avec sa Paix comme lumière intérieure pour guider nos choix. En effet, « si quelqu’un me sert », dit Jésus, « qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12,26). Or, dans l’Evangile selon St Jean, Jésus nous révèle qu’il est « dans le Père » (Jean 14,10-11 ; 17,20-23), « dans son amour » (Jean 15,10), uni au Père dans la communion d’un même Esprit (Jean 10,30), et cet Esprit est tout en même temps « amour, joie, paix » (Galates 5,22-23)… Voilà donc «  » Jésus veut nous conduire, au plus profond de notre cœur, pour que nous puissions vivre notre vie avec Lui, dans sa Vie (cf Jean 14,1-3).

ElisabethSte Elisabeth de la Trinité écrivait : « Je vais vous donner mon secret. Pensez à ce Dieu qui habite en vous, dont vous êtes le Temple. C’est Saint Paul qui parle ainsi (cf. 1Corinthiens 3,16-17 ; 6,19), nous pouvons le croire. Petit à petit, l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie, elle comprend qu’elle porte en elle un petit ciel où le Dieu d’Amour a fixé son séjour. Alors, c’est comme une atmosphère divine en laquelle elle respire »…

Parmi donc tous ces disciples qui commencent à le suivre, Jésus va en choisir Douze. Autrefois, le Peuple d’Israël était structuré en Douze tribus, chacune s’étant constituée autour d’un des douze fils de Jacob (Genèse 35,22b-26 ; 49,1-28). Maintenant, le Peuple de Dieu, ouvert à la fois aux Israélites et aux païens, se construira à partir de ces Douze disciples : plus tard, Simon sera « la Pierre » sur laquelle le Christ bâtira son Eglise (Matthieu 16,18-19), et tous les autres, à l’exception de Judas remplacé par Matthias (Actes 1,15-26), en seront « les colonnes » (Galates 2,7-9 ; 1Corinthiens 3,9 ; Ephésiens 2,19-22)…

Mais avant de faire ce choix, Jésus « va aller dans la montagne pour prier, et il passera toute la nuit à prier Dieu » (Luc 6,12). Cette insistance nous permet de percevoir l’importance de l’instant : l’Eglise, telle que nous la connaissons aujourd’hui est en train de naître. Et pour cette œuvre, comme pour toutes les autres, Jésus n’a qu’un seul désir : que la volonté du Père s’accomplisse (Jean 6,38) ! Aussi va-t-il passer la nuit à se consacrer entièrement à Lui, et le Père, au matin, accomplira son œuvre (Jean 4,34 ; 14,10) : avec son Fils et par Lui, Il se choisira Douze disciples … St Luc aime d’ailleurs nous présenter Jésus en prière, à la fois pour nous l’offrir en exemple, mais aussi pour bien montrer qu’avec Lui, c’est le Père Lui-même qui est à l’œuvre dans le monde, pour le salut des hommes… Nous le voyons ainsi « en prière » au jour de son baptême par Jean-Baptiste (Luc 3,21), dans l’exercice quotidien de son ministère (Luc 5,15-16), juste avant sa Transfiguration (9,29) et le don de la prière du Notre Père (11,1), et enfin dans le combat de l’acceptation de sa mort prochaine sur la Croix (22,39-46)…

Visage de Jésus

Les Douze sont appelés ici « apôtres », un mot qui vient du grec épost°llv (apostéllô), un verbe qui signifie « envoyer ». Jésus Lui-même est le Fils Unique que le Père a « envoyé » (Jean 5,36-37 ; 6,44 ; 8,18) dans le monde pour le sauver (Jean 3,17 ; 6,38-39) en lui communiquant les Paroles de la vie éternelle (Jean 8,26 ; 14,24 ; 6,67-69 ; 6,47), des Paroles qui viennent du Père lui-même (Jean 12,49-50). Et Jésus « enverra » ses disciples dans le monde (Jean 17,18 ; 20,21) pour qu’ils transmettent à leur tour ces Paroles qu’ils auront reçues de Lui (Jean 17,6-8 ; 17,20-21). Et si le Père était toujours avec ce Fils qu’il avait envoyé (Jean 8,28-29), agissant avec Lui et par Lui (Jean 14,10), le Christ ressuscité a promis à ses disciples d’être toujours avec eux (Matthieu 28,20), agissant avec eux et par eux (Romains 15,18-19 ; 2Corinthiens 3,3) pour que la Bonne Nouvelle du salut soit accueillie. Tous les baptisés sont ainsi appelés à être eux aussi, là où ils vivent et travaillent, des apôtres « envoyés » par le Christ pour rendre témoignage à cette Vie qu’il est venu nous donner (1Jean 1,1-4). Dans le Nouveau Testament, le mot « apôtre » n’est d’ailleurs pas réservé uniquement aux Douze ou à St Paul (Romains 1,1 ; 11,13 ; 1Corinthiens 1,1 ; 9,1‑2 ; 15,9 ; 2Corintthiens 1,1 ; Tite 1,1). Sylvain, Timothée et Barnabé, les collaborateurs de St Paul, sont eux aussi appelés « apôtres »[1]. Mais si nous sommes tous invités à être « apôtres de Jésus Christ » en lui rendant témoignage, le Seigneur a choisi quelques uns de ses disciples pour organiser avec eux l’Eglise missionnaire (Ephésiens 4,7-13; Jean 15,16), veiller sur elle et sur la rectitude du message qu’elle annonce (2Timothée 1,14). Simon Pierre reçut ainsi la charge de l’Eglise Universelle, et les autres membres du groupe des Douze furent appelés à l’assister. Maintenant, notre Pape a succédé à St Pierre, et nos Evêques aux Douze… Avec eux et par eux, le Christ envoie toujours son Eglise jusqu’aux extrémités du monde (Luc 24,44-49) pour porter à tous les hommes, avec le secours du St Esprit (Actes 1,8), la Bonne Nouvelle de ce Dieu d’Amour qui nous invite tous à sa Vie…

Et maintenant que ce Groupe des Douze est constitué, Jésus va aller avec eux à la rencontre des foules pour leur annoncer l’Evangile, ces Paroles de Vérité (Ephésiens 1,13-14) qu’ils proclameront eux aussi plus tard…

Les Béatitudes

L’Eglise vient de naître… Le Christ est là, entouré des Douze. Puis vient « la grande foule de ses disciples » (Luc 6,17), qui ont déjà entendu la Bonne Nouvelle et cru en elle. Enfin, intervient « une grande multitude de gens » que les signes accomplis par Jésus attirent : ils viennent pour « l’entendre et se faire guérir de leurs maladies » ou « être libérés des esprits impurs » qui les oppriment (Luc 6,18). Eux sont au tout début de leur cheminement de foi qui les conduira petit à petit des signes à Celui qui les accomplit : le Christ, le Fils Unique de Dieu envoyé par le Père pour que notre vie soit remplie de l’intérieur par sa Vie, dans la foi (Galates 2,20) …

foulePour St Luc, cette « multitude » représente l’humanité tout entière appelée à recevoir en Plénitude la Vie de Dieu : elle est constituée des Juifs qui viennent de « toute la Judée », au sud de la Palestine, et notamment de Jérusalem, leur capitale, et aussi des païens originaires de « Tyr et de Sidon », au nord… Le monde entier se rassemble autour de Jésus pour l’écouter…

Luc 6,19 est comme un résumé en actes de toute la vie chrétienne : l’important est la relation avec le Christ, le contact avec Lui, symbolisé ici par l’action de « toucher ». Et le geste des mains traduit le désir du cœur… Si nous cherchons vraiment « le contact » avec Jésus, il est inconcevable que nous puissions être déçus (Psaume 9,11 ; 22(21),4-6). Le Christ en effet nous désire bien plus que nous ne pouvons le désirer Lui-même. Avant même que nous pensions à Lui, Il est là, car en fait, Il ne nous a jamais quittés (Sagesse 6,12-14). Lui nous cherche (Luc 19,10), et il est hors de question qu’il s’arrête avant de nous avoir trouvés (Luc 15,4-7). C’est vrai, nous sommes dans la foi : nous ne voyons rien, nous n’entendons rien, et la Présence de Dieu est si discrète en nos vies… Mais grâce à sa Parole, nous sommes sûrs qu’Il fait vraiment ce qu’Il dit, qu’il en est vraiment comme il le dit… Au delà de tout ce que nous pouvons percevoir, il est donc là, présent à nos côtés, faisant ce qu’il y a de mieux pour nous selon les circonstances de nos vies… Il ne nous reste plus qu’à nous abandonner avec confiance entre ses mains, recevant notre cœur comme ce qu’Il veut nous donner aujourd’hui, maintenant… Alors, quelques soient les événements, heureux ou malheureux, nous trouverons la Paix… « Mon cœur est plein de la volonté du Bon Dieu », écrivait Ste Thérèse de Lisieux ; « aussi, quand on verse quelque chose par dessus, cela ne pénètre pas à l’intérieur ; c’est un rien qui glisse facilement, comme l’huile qui ne peut se mélanger avec l’eau. Je reste toujours au fond dans une paix profonde que rien ne peut troubler ». Et encore, dans son poème « Ma Joie » :

Therese novice

« Lorsque le ciel bleu devient sombre

et qu’il semble me délaisser,

ma joie c’est de rester dans l’ombre,

de me cacher, de m’abaisser.

Ma joie, c’est la volonté sainte,

de Jésus, mon unique amour.

Aussi, je vis sans nulle crainte :

j’aime autant la nuit que le jour ».

Les foules cherchaient donc à toucher Jésus… Et Lui, de son côté, cherchait à « toucher » leur cœur, pour établir un lien vital de cœur à cœur avec chacun d’entre eux… Que ces deux désirs se rencontrent, et la Vie de Dieu pourra enfin couler du cœur de Jésus vers le nôtre… Cette Vie sera en même temps « une force qui sortira de Lui » et viendra nous soutenir dans les circonstances si souvent difficiles de nos vies (Luc 6,19 ; Romains 1,16-17). Elle nous apportera aussi « la guérison profonde » dont nous avons besoin, une guérison dont le premier fruit sera le repos intérieur et la Paix (Matthieu 11,28-30 ; Philippiens 4,6-7).

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« Je sens tant d’amour sur mon âme ! C’est comme un océan en lequel je me plonge, je me perds ; c’est ma vision sur la terre, en attendant le Face à Face en la Lumière. Il est en moi, je suis en Lui, je n’ai qu’à l’aimer, qu’à me laisser aimer et cela tout le temps, à travers toutes choses, s’éveiller dans l’amour, se mouvoir dans l’amour, s’endormir dans l’amour, l’âme en son âme, le cœur en son cœur, afin que par son contact Il me purifie, me délivre de ma misère » (Ste Elisabeth de la Trinité).

Au désert, Moïse était montée au sommet de la montagne du Sinaï (Exode 19,20). Il avait reçu de Dieu les Dix Paroles, cœur de la Loi en vigueur dans le cadre de l’Ancienne Alliance (Exode 20,1-17), puis il était redescendu pour transmettre au Peuple d’Israël « toutes les Paroles du Seigneur et toutes les Lois » (Exode 24,3). Ils avaient alors promis solennellement : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons, nous y obéirons » (Exode 24,7). L’Alliance était conclue…

Ici, toute cette scène est écrite en parallèle avec le Livre de l’Exode. Jésus, le nouveau Moïse annoncé dans l’Ancien Testament (Deutéronome 18,15.18), monte lui aussi sur la montagne et passe toute la nuit à prier Dieu. Puis il choisit les Douze Apôtres et redescend pour transmettre au Peuple de Dieu, élargi maintenant à tous les hommes, la Loi Nouvelle de la Nouvelle Alliance. Notons qu’elle sera constituée de quatre Béatitudes. Or le chiffre quatre renvoie aux quatre points cardinaux (est, ouest, sud, nord) : il est un symbole d’universalité. Tous les hommes, de tous les horizons, sont appelés à vivre ces Béatitudes, pour trouver avec elles le vrai bonheur et la vraie joie (Jean 15,11) ! De plus, le Christ conclura son discours par une forte invitation à mettre ses Paroles en pratique (Luc 6,46-49), dans l’espoir que tous ceux et celles qui les auront entendues diront au plus profond d’eux-mêmes : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons, nous y obéirons »… Alors ils entreront dans cette Alliance Nouvelle que Dieu est venu instituer avec son Fils et par Lui : ils demeureront en son Amour (Jean 15,10), et vivront unis à Lui dans la communion d’un même Esprit (1Thessaloniciens 5,9-10 ; 1Corinthiens 1,9 ; 1Jean 1,1-4).

Christ souriant

Tel est donc le message que Dieu adresse au monde entier par son Fils : une invitation au bonheur ! L’accumulation des soucis et des épreuves de toutes sortes, souvent gratuites, injustes et incompréhensibles, ainsi que les nouvelles de l’actualité, parfois atroces, peuvent nous faire oublier que Dieu veut, de toute la force de son cœur, notre vrai bonheur. Avec son Fils et par Lui, Il s’est révélé comme un Dieu tout proche qui peine avec nous, souffre avec nous, lutte avec nous, mais aussi se réjouit avec nous de notre joie (Sophonie 3,14-18; Jérémie 32,40-41 ; Isaïe 61,10-62,5 ; 2Corinthiens 1,3-7 avec les notes de la Bible de Jérusalem) … Telle est « La Bonne Nouvelle » par excellence… Alors, aurons-nous le cœur assez pauvre pour reconnaître que nous avons besoin de Lui ? Allons-nous accepter de nous remettre en cause, à la lumière de sa Parole, pour regarder en vérité tout ce qui ne va pas dans notre vie ? Allons-nous répondre de tout cœur à l’appel du Christ : « Le Royaume des Cieux est tout proche : convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Marc 1,15). Si tel est le cas, nous ne pourrons qu’être « heureux » car « votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Luc 12,32). Alors heureux ceux qui l’accueillent, « heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Matthieu 5,3; Luc 6,20), un Royaume qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14,17). Notons bien qu’en Matthieu 5,3 et Luc 6,20, Jésus emploie le verbe « être » au présent : le Royaume s’accueille dès maintenant, par la foi et dans la foi… Ste Elisabeth de la Trinité écrivait ainsi : « Qu’importe l’occupation en laquelle il me veut, puisqu’Il est toujours avec moi… Je n’ai qu’à me recueillir pour le trouver au‑dedans de moi, et c’est cela qui fait tout mon bonheur »…

Création nouvelleJésus pense aussi bien sûr en cette béatitude « aux pauvres » de ce monde, qui souffrent de conditions de vie inhumaines, « ceux qui sont sans défense et sans droits, méprisés, et qui n’ont de salut à attendre que de Dieu seul »[2]. « Jésus a souvent manifesté sa prédilection pour eux (Marc 10,21 ; 12,43… », écrit la TOB en note, « et Luc leur porte un intérêt particulier (Luc 14,13.21; 16,19-26 ; 19,8). Quand Jésus adresse son message d’abord aux pauvres (Luc 4,18 ; 7,22), il vise aussi les petits (Luc 10,21), les humbles (Luc 14,11 ; 18,14) au milieu desquels il est né lui-même. Cette préférence accordée aux pauvres et aux petits est la marque de la libéralité souveraine de Dieu ; elle est invitation à tout attendre de sa grâce ; elle appelle aussi, et Luc y est sensible, à la compassion pour les malheureux ».

Dieu prend donc fait et cause pour les pauvres, et il ne peut, bien sûr, en être autrement pour l’Eglise. St Luc décrit d’ailleurs l’Eglise idéale, celle vers laquelle nous tendrons toujours, celle que nous essayons de construire jour après jour par nos petits gestes de solidarité, comme la communauté où « la multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun… Parmi eux nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins » (Actes 2,42-47). St Paul témoignera aussi de la solidarité existante dans l’Eglise primitive en nous décrivant la collecte qui fut organisée pour venir en aide à la communauté de Jérusalem (2Corinthiens 8-9). « Ce partage avec les pauvres doit être réalisé dans la communauté ecclésiale. Sinon cette dernière serait dans l’incapacité de proclamer les Béatitudes et de signifier la réalité du salut déjà commencé »[3].

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Les deux Béatitudes suivantes, « Heureux vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés ! Heureux vous qui pleurez maintenant : vous rirez ! » sont construites sur le même schéma. Elles évoquent les souffrances actuelles (« maintenant »), toujours scandaleuses et toujours à combattre, et elles tournent le regard vers l’au-delà de cette vie que Dieu nous prépare, nous invitant à l’espérance : « Je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle – car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus. Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. » (Apocalypse 21,1-4).

Pour l’instant, Dieu invite toutes les bonnes volontés à travailler à un monde plus juste et plus humain, à partager, à venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin, à l’exemple de Mère Thérésa. Avec elles et par elles, il s’occupe de chacun d’entre nous. Et lorsque tout le possible a été fait, et que la souffrance demeure, il vient « la remplir de sa Présence » (Paul Claudel). « Le Christ veut être uni à tous les hommes, et il est uni d’une façon particulière à ceux qui souffrent » (Jean‑Paul II). « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des Miséricordes et le Dieu de toute consolation ; il nous console dans toutes nos détresses » (2Corinthiens 1,3-4).

Saint Jean

Enfin, dans la droite ligne de ce que nous venons de voir – un Dieu présent dans nos épreuves – le Christ invite à la joie tous ceux et celles qui seront persécutés « à cause du Fils de l’Homme » (Luc 6,22). Tel était bien le cas des chrétiens d’origine juive à l’époque de St Luc, exclus des synagogues (cf Luc 6,22 ; 21,12 ; Matthieu 10,17 ; Jean 9,22 ; 12,42 ; 16,1-2). Ils connaissent les souffrances du Christ : ils connaîtront, dès maintenant, « quelque chose » de la joie de sa résurrection (cf 2corinthiens 1,5 ; 4,6-12 ; Philippiens 3,10). « L’Esprit du Père », ce même Esprit qui a ressuscité le Christ d’entre les morts (Romains 8,11), viendra à leur secours: « Heureux, si vous êtes outragés pour le nom du Christ, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous » (1Pierre 4,13). Ce jour-là, « ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Matthieu 10,19-20 ; Jean 15,26-27). C’est ainsi que, « rempli de l’Esprit Saint », l’Esprit du Père mais aussi l’Esprit du Fils[4], St Pierre rendait témoignage au Christ en face de ceux-là même qui, quelques jours auparavant, venaient de le crucifier (Actes 2,22-24 ; 2,36)…

Coeur de Jésus- Paray le Monial

Par contre, tous ceux qui n’ont pas mis Dieu à la première place dans leur vie sont en fait malheureux. « Il ne s’agit nullement ici de malédictions, mais plutôt de lamentations : Jésus plaint ceux qui courent ainsi à la catastrophe »[5]. Ils se sont en fait détournés du Seigneur pour chercher la joie et le bonheur en dehors de cette relation de cœur avec Lui qui, seule, peut nous combler. Leurs richesses sont comparables à des citernes lézardées, qui trompent l’espérance de ceux qui les ont construites en ne leur apportant pas cette eau, symbole de vie et de bonheur. Quel dommage, alors que Dieu, Source d’Eau Vive, ne cesse de les inviter à venir à Lui (Jérémie 2,12-13)… S’ils savaient le don de Dieu (Jean 4,10-14)…

Aimer comme Jésus nous aime, pour devenir fils comme le Fils (Luc 6,27-49)

Après avoir proclamé les Béatitudes, Jésus en décrit maintenant les conséquences inéluctables. Dieu est Amour (1Jean 4,8.16) et il n’est qu’Amour… Chacun de ses actes est un acte d’amour. Aussi, à celui qui fait le mal, Dieu répondra toujours par l’Amour car Il est ce Père qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5,45 ; Luc 6,35). Dans sa Lettre aux Romains, St Paul compare les pécheurs à des « ennemis de Dieu » et il écrit : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous »… (Romains 5,8-10 ; Actes 2,36-41 et 3,13-26 adressé à ceux qui avait crucifié Jésus ; cf Luc 23,34).

Dieu-Amour

Dieu est donc Amour, et cet Amour face au péché prend le visage de la Miséricorde et de l’appel au repentir. Et Il est heureux de pardonner quand il voit le résultat du pardon reçu (Luc 15,7) : un homme qui quitte les chemins du mal, ces chemins qui ne peuvent qu’être semés d’embûches et de souffrances, pour s’engager dans une vie nouvelle où, lui, le premier, trouvera en Dieu la Plénitude de la Vie… Il sera désormais un fils réconcilié, enveloppé de la tendresse du Père, restauré dans son intégrité et sa dignité premières, invité à la fête et à la joie (Luc 15,18-24). Par le don de l’Esprit qui vivifie, il recevra en son cœur, de la bonté de son Père, la Vie même de Dieu, une Vie qui est Amour (Romains 5,5), force pour aimer, Paix… Tel est le Royaume des Cieux, ce trésor (Luc 6,45 ; 2Corinthiens 4,3-11) que Dieu dépose sans cesse au plus profond de notre être (Luc 6,48). C’est là que nous sommes invités à puiser la force nécessaire pour accomplir ce que nous ne pourrions jamais faire tout seul (Jean 15,5) : « aimer nos ennemis » (Luc 6,27), répondre au mal par le bien (Romains 12,21 ; 1Thessaloniciens 5,15), à la violence par la patience et la paix (Luc 6,29 ; Ephésiens 4,1-5), à l’offense par le pardon (Colossiens 3,12‑15), être toujours prêt à donner, même à celui qui nous vole (Luc 6,29), dans la certitude que Dieu ne nous laissera jamais manquer du nécessaire (Luc 12,22-31). Cet amour gratuit n’a de raison d’être qu’en Dieu seul : il ne s’appuie que sur Lui, sans rien attendre en retour (Luc 6,32-35). Voilà notamment comment les chrétiens, à l’époque de St Luc, étaient invités à répondre aux persécutions de certains parmi les Juifs (Luc 6,27-28)…

coeur blanc

Bien sûr, nous sommes profondément incapables d’agir ainsi tout seul, et nombreux sont les exemples où manifestement, nous n’avons pas su aimer comme il le fallait ! Mais Jésus connaît notre faiblesse, nos blessures et nos limites ; il nous invite à tourner notre regard vers Lui (Psaume 34(33),6) pour découvrir et redécouvrir sans cesse le Visage de Celui qui, de son côté, nous regarde toujours avec Amour. Pardonnés, relevés, fortifiés, il nous invitera à repartir … Jour après jour nous bénéficierons de sa patience, de sa tendresse, de sa compassion, de sa miséricorde… Nous comprendrons mieux les faiblesses et les défauts de ceux et celles qui nous entourent, pour avoir bien expérimenté les nôtres ! Nous apprendrons alors à les regarder comme Jésus nous regarde, sans jugement, ni condamnation, mais avec compassion (Luc 6,39‑42). Et tout ceci ne sera possible qu’avec ce regard du cœur qui devrait toujours être tourné vers Jésus : telle est l’attitude continuelle de prière à laquelle St Paul nous invite (1Thessaloniciens 5,16-24).

                                                                                                  D.Jacques Fournier

[1] Voir 1Thessaloniciens 2,7 en notant le pluriel qui renvoie à 1,1 1Corinthiens 9,5-6 en notant le « nous » qui renvoie à Paul et à Barnabé ; en Actes 14,4 et 14,14, « les apôtres » sont Paul et Barnabé.

[2] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires (Collection Bayard Compact, 2001) p. 620.

[3] Id p. 621.

[4] Remarquer en Romains 8,11 le parallèle entre « l’Esprit de Dieu » (du Père) et « l’Esprit du Christ » : si « l’Esprit de Dieu » habite en quelqu’un, « il a l’Esprit du Christ ». En fait la Plénitude de l’Esprit qui habite le Père habite en même temps le Fils ; bien que différents, Il sont UN en cet Esprit d’Amour (Jean 10,30) qu’ils veulent nous communiquer à nous aussi pour que nous soyons UN comme eux sont UN (Jean 17,20,23 ; 11,51-52). Aussi, nous dit St Paul, « cherchons dans l’Esprit notre Plénitude » (Ephésiens 5,18 ; cf Colossiens 2,9-10).

[5] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires p. 619.

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