Homélie du Père Pascal CHANE TENG (Messe télévisée du Dimanche des Rameaux, 5 avril 2020)

Commençons par une petite histoire pour les enfants

afin de vous présenter cette Semaine Sainte qui commence,

puis nous dirons quelques mots aux adultes :

Un auteur chrétien nous raconte qu’une nuit,

il eut un beau rêve.

Il vit une foule d’oiseaux qui volaient dans tous les sens,

Sous un énorme filet tendu au-dessus du sol.

Sans cesse, ces oiseaux s’envolaient, heurtaient le filet et retombaient à terre.

Un spectacle triste.

Or, voici qu’un oiseau, apparemment comme tous les autres,

S’élança à son tour. Il s’obstina à lutter contre le filet,

A pincer du bec une maille qu’il ne lâchait plus.

Il se blessait et le sang coulait.

Mais soudain, il réussit à casser le filet en ce point précis

et s’élança aussitôt vers le ciel.

Alors, tout le peuple des oiseaux poussa un grand cri,

Et dans un bruissement d’ailes innombrables,

ils se précipitèrent tous par le trou.

Et cela fit tant de bruit que je me suis réveillé.

Vous l’avez sûrement compris : cet oiseau libérateur, c’est Jésus.

Le filet, c’est tout ce qui veut nous rendre triste.

Ce qui était impossible est devenu possible : le filet du mal a été cassé.

Ce que Jésus a fait, c’est pour nous sauver par amour.

En cette Semaine Sainte qui commence avec la messe des Rameaux,

2 événements d’amour vont attirer notre attention,

c’est là le cœur et l’originalité de notre foi.

1erévénement d’amour : le Vendredi Saint, le combat de Jésus sur la Croix.

Pourquoi ? Dieu sait que 2 malédictions veulent nous détruire :

La mort et la violence.

Dieu choisit de batailler en personne contre ces 2 malédictions

Pour les renverser et les transformer en vie éternelle et en bénédiction.

Notre vie, qu’elle soit santé ou maladie, n’est jamais pour la mort,

Mais pour la gloire de Dieu.

Toute la Bible raconte ce défi de Dieu pour libérer, consoler, guérir.

Ce combat va atteindre son sommet avec Jésus qui va finalement gagner.

C’est pourquoi le chrétien est foncièrement optimiste,

car Dieu est plus fort que le mal.

D’autre part, il y a une originalité : qui entre dans ce combat ?

C’est Dieu en personne.

Si Jésus n’est pas Dieu, il ne peut pas nous sauver, il ne sert à rien.

Dans notre foi, Jésus n’est pas seulement l’envoyé de Dieu le Père.

Il est Dieu lui-même qui s’engage en personne à nos côtés.

D’ailleurs, dans le chapelet, nous disons « Sainte Marie Mère de Dieu, priez pour nous »

Dieu se rabaisse à notre niveau pour affronter le mal qui veut nous détruire.

En devenant homme, Dieu partage notre mort sur la Croix.

C’est de la folie de croire cela, mais c’est la folie de l’amour de Dieu :

aimer jusqu’à l’extrême.

Ste-Thérèse de Lisieux traduit ce don absolu de Dieu ainsi :

aimer, c’est tout donner, et se donner soi-même.

Ce don total de Jésus nous met en lien direct avec toutes les personnes qui

Accomplissent une mission de service public ou privé dans la crise actuelle,

parfois avec risque.

Pour nous, ces personnes sont d’autres Jésus Christ

Car elles font comme Jésus : se donner corps et âme.

Quand nous voyons ces héros du quotidien,

Nous pouvons dire que nous avons vraiment Jésus en face de nous !

 

2eévénement d’amour pour cette Semaine : le Jeudi Saint.

Jésus crée la messe. Autre folie d’amour de Dieu.

Dans la messe, Jésus nous donne sans cesse la puissance de la Parole de Dieu

Pour nous soutenir et nous sauver aujourd’hui.

La communion se vit déjà dans la communication et dans le contact avec la Parole de Dieu.

Puis la communion se poursuit dans l’hostie où

Jésus donne réellement sa chair à manger.

Nous ne faisons pas de la dînette dans la 2epartie de la messe.

Nous ne mangeons pas un pain béni souvenir, ni un pain symbolique.

Rappelons la phrase de Ste-Thérèse de Lisieux :

Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.

Alors Dieu-Jésus invente une méthode révolutionnaire pour agir et nous sauver :

Donner réellement sa chair à croquer, il entre ainsi dans nos corps et dans nos âmes.

D’où les miracles que Dieu donne à travers l’hostie.

C’est ce que nous essayons de faire découvrir aux parents et aux enfants

Qui se préparent à la 1èrecommunion.

Nous pouvons relire St Jean chapitre 6 pour mieux découvrir cette méthode de Jésus.

Pour résumer, cette Semaine, entrons dans le combat et dans l’amour de Jésus !

 

 

 

 P. Pascal CHANE TENG




Dimanche des Rameaux – Francis COUSIN

Dimanche 5 avril 2020 –  Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année A

 

Évangile selon Saint Matthieu 21, 1-11 – 26,14-27,66

 

« Joie … Peur … Espérance … »

 

En ce dimanche, deux passages d’Évangile, dans des tons très différents.

L’un en dehors de l’église, en préambule, avec la procession des rameaux, joyeux, voire triomphal.

L’autre, à sa place habituelle dans la célébration, méditatif, triste.

Circonstance particulière cette année, nous n’aurons pas la bénédiction des rameaux, et nous participerons à la célébration devant notre poste de télévision …

Et il sera sans doute bien difficile de manifester et montrer cette joie de l’entrée de Jésus à Jérusalem.

« Montant alors à Jérusalem, Jésus prit à part les Douze disciples et, en chemin, il leur dit :  ’’Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mortet le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient’’ … » (Mt 20,17-19).

Mais les apôtres n’ont pas fait un compte avec cette annonce ! Pire, ils cherchaient ils cherchaient même les places d’honneur ! Jésus est obligé de rectifier : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur (…). Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20,26-28).

Aussi, quand Jésus fait venir une ânesse et son petit pour entrer dans Jérusalem, ils se sont souvenus de la prophétie de Zacharie et de l’humilité demandée par Jésus, … mais ils ont oublié la fin de la phrase !

Et c’était la fête, la joie. Tout le monde chantait « Hosanna au fils de David ! ». On mettait de manteaux par terre devant l’ânesse ! On agitait des branches d’arbres ! Les foules des disciples de Jésus marchaient devant lui, d’autres foules le suivaient … et Jésus était au milieu d’eux !Déjà ! « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » (Mt 18,20). « Et moi, je suis avec voustous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20).

Par contre, les gens de Jérusalem ne semblaient pas le connaître : « Qui est cet homme ? », ce qui n’étaient pas le cas des scribes et des grands prêtres …

Dans le récit de la Passion, on peut remarquer qu’il est pétri par la peur des différents participants, de manière différente pour chacun, mais toujours une peur, une inquiétude … avec des résultats différents.

À commencer par Jésus qui « commença à ressentir tristesse et angoisse. » : « il tomba face contre terre en priant, et il disait : ’’Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi !’’ », et par trois fois il reprit cette même prière à son Père. Mais cette peur de ce qui va advenir fait le cœur de sa prière, et l’amour réciproque entre son Père et lui lui permet de dire : « Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux.». Jésus n’a pas fui devant sa peur, confiant dans l’amour de son Père, et il a accepté de la traverser, d’aller au-delà de sa peur humaine pour accepter sa mission divine.

Les grands prêtres qui voulaient tuer Jésus, mais « pas en pleine fête, de peurqu’il n’y ait pas des troubles dans le peuple » et qu’il n’y ait des représailles des Romains.

Peur du gouverneur romain, Ponce Pilate, à cause des songes de sa femme, qui propose un échange entre Jésus et Barabbas, mais finalement est obligé de condamner Jésus par peurd’un mouvement de foule orchestré par les grands prêtres, ce qui serait mal vu de l’empereur à Rome. Il s’en lave les mains.

Peur des apôtres d’être arrêtés en même temps de Jésus : « Alors tous les disciples l’abandonnèrentet s’enfuirent. ».

Peur de Pierre que refuse d’être assimilé à l’un des apôtres de Jésus, et qui le renie par trois fois : « Je ne connaît pascet homme. ».

Peur de Judas qui reconnaît son erreur, mais qui ne sait comment en sortir : « il se retira et alla se pendre. »

Peur des soldats romainsqui gardaient Jésus : « Ils furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

La peur est partout.

Et l’Espérance ?

On ne la trouve pas vraiment dans les textes de ce jour.

Et pourtant, elle aurait pu y être … et peut-être y est-elle, mais cachée, insoupçonnée, dans le tréfonds du cœur de certains, principalement des femmes : « Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre. », présentes jusqu’au bout du jour … Et sans doute aussi dans le cœur de la vierge Marie, mère de Jésus …

Peut-être avaient-elles été plus attentives aux paroles de Jésus : « Et le troisième jour, il ressuscitera. » (Mt 20,19)

Joie … Peur … Espérance …

Ces trois mots semblent aussi s’appliquer à la situation que nous vivons aujourd’hui avec la pandémie du Covid-19, même s’il serait préférable de remplacer le mot ’’espérance’’ par le mot ’’espoir’’.

Trois mots… trois temps … avant, pendant, après …

Avant : la joie, l’insouciance … « En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ;les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le délugequi les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. » (Mt 24,38-39). On pourrait remplacer ’’déluge’’ par ’’Covid-19’’ …

Pendant : La peur ! elle est partout, on se confine, on a peur d’attraper le virus, on se replie sur soi … et en même temps on voit des gestes de solidarité qui se mettent en place un peu partout, on voit les personnels de santé, de maintien de l’ordre, qui, malgré leur peur, continuent à se mettre au service des personnes … d’autres qui mettent leur ingéniosité ou leur savoir-faire au service des autres …

Même peur … et résultats différents …

Et on voit aussi des irresponsables : « Hein ! Virus-là y fait pas peur à moins ! Mi crase à lu ! ».

Après ? On n’en est pas encore sorti, mais tout le monde à un espoir : ne pas être pris par le virus, ou d’autres personnes dans sa famille ou de ses amis, que les disfonctionnements apparus se résolvent, que l’on arrive à trouver un médicament ou un coquetel de médicaments pour contrer le virus, que la vie économique, sociale, familiale puisse revivre comme avant … ou mieux qu’avant …

Comme nous sommes toujours dans la période de peur, il y a un remède pour sortir de cette peur, et c’est Jésus qui nous le donne : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation », tentation du désespoir, tentation de pensées égoïstes, …

Priez Dieu, … Priez Marie :

En la suivant, on ne dévie pas.

En la priant, on ne désespère pas.

En pensant à elle, on ne se trompe pas.

Si elle te tient par la main, tu ne tomberas pas.

Si elle te protège, tu ne craindras pas.

Si elle est avec toi, tu es sûr d’arriver au but.

Marie est cette noble étoile dont les rayons illuminent le monde entier,

dont la splendeur brille dans les cieux et pénètre les enfers.

Elle illumine le monde et échauffe les âmes.

Elle enflamme les vertus et consume les vices.

Elle brille par ses mérites et éclaire par ses exemples.

Ô toi qui te vois ballotté au milieu des tempêtes,

ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre si tu ne veux pas sombrer.

Si les vents de la tentation s’élèvent, si tu rencontres les récifs des tribulations,

regarde l’étoile, invoque Marie.

                                                                     Saint Bernard (Extraits)

                                                                                                    Francis Cousin

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Image Dimanche des Rameaux A




Dimanche des Rameaux (Mt 21,1-11) – D. Jacques FOURNIER

Jésus Sauveur, Roi Doux et Humble de cœur (Mt 21,1-11)

Par tout son comportement, Jésus va se manifester ici tout à la fois comme le Nouveau Roi tant attendu de la lignée de David, le Messie, et comme le Prophète annoncé autrefois par Moïse (Dt 18,15-18), ce que les foules reconnaîtront bien à la fin : « Hosanna au fils de David…au prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

Lui-même s’était déjà présenté comme un prophète lorsqu’il avait lu dans la Synagogue de Nazareth, au tout début de son ministère, un extrait du Livre d’Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction » (Lc 4,16-22). Mais, lorsque ceux-là mêmes qui s’étonnaient du « message de grâce  qui sortait de sa bouche », le rejetteront peu après, Jésus leur dira : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison » (Mt 13,57). Et c’est ce qui arrivera aussi à Jérusalem. Les foules « le tenaientbienicipour un prophète » (Mt 21,46), et pourtant, quelques jours après, beaucoup d’entre eux crieront : « Qu’il soit crucifié ! » (Mt 27,23-24).

Or, un prophète est quelqu’un qui a reçu de Dieu un Don tout particulier de l’Esprit Saint qui l’établit en communion de cœur avec Lui, « dans l’unité d’un même Esprit » (Ep 4,3). Et c’est dans ce Mystère d’Union, de Communion, d’Harmonie profonde avec Dieu, que la Parole de cet homme va recevoir un poids tout particulier : ce qu’il dira sera aussi en harmonie profonde avec Dieu, à tel point que Dieu pourrait Lui aussi dire la même chose… Dans l’Esprit, sa parole devient Parole de Dieu…

Vrai homme parmi les hommes, Jésus, « rempli d’Esprit Saint » (Lc 4,1) par le Père, est donc bien un prophète, et de cette Communion dans l’Esprit va jaillir ici une parole de connaissance : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : « Le Seigneur en a besoin, mais il les renverra aussitôt. » » Et c’est exactement ce qu’il va se passer… On imagine sans peine la stupéfaction et l’émerveillement des disciples qui ont vécu tout cela… Notons au passage que rien de particulier ne leur a été demandé, sinon d’écouter et d’obéir… Et il en est toujours de même pour nous aujourd’hui puisque, nous dit Jésus Ressuscité, « je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Et « Jésus Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais » (Hb 13,8). Ce qu’il a fait hier, il continue donc de le faire aujourd’hui, notamment avec son Eglise et par elle. Et c’est toujours le Don de l’Esprit qui, accueilli, établit l’unité et l’harmonie que ce soit entre Dieu et son prophète, ou entre Dieu et son Eglise : « Tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul Corps. Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit… Or, vous êtes le Corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce Corps » (1Co 12,13).

Les disciples écoutent Jésus, lui obéissent et lui ramènent l’ânesse et son ânon. Or « cela s’est passé pour accomplir la parole transmise par le prophète » Zacharie. Tel est donc le seul but poursuivi par Jésus. Or Zacharie n’a fait que transmettre une Parole qui, finalement, dans l’Esprit, ne venait pas de lui mais de Dieu. Le seul souci de Jésus est donc lui aussi, comme pour les disciples précédemment, d’obéir à Dieu son Père. Dans ce Mystère d’obéissance à Dieu, tout est possible car c’est Dieu Lui‑même qui agit pour que sa Parole s’accomplisse… Or, cette Parole ne fait qu’exprimer sa volonté, ce qu’il veut, ce qu’il désire… La seule préoccupation de Jésus est donc d’obéir à Dieu son Père pour que sa volonté s’accomplisse… « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin » (Jn 4,34). Père, « que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10). « Mon Père », priera-t-il juste avant sa Passion, « si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt 26,42). Et quelle est la volonté du Père ? St Paul la résume en quelques lignes : « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes » (1Tm 2,3-6), pour que la volonté de Dieu soit faite : « que tous les hommes soient sauvés »…

Tel est donc le seul but poursuivi ici par Jésus… Oui, en vérité, il est bien ce roi annoncé par les Ecritures, non pas un roi dominateur, assoiffé de pouvoir, ne poursuivant que son seul intérêt personnel, comme hélas tant de « grands » de ce monde, mais un roi « juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune » (Za 9,9). On peut d’ailleurs remarquer que les disciples avaient ramené une ânesse, dans la force de l’âge, accompagnée de son petit ânon… La logique aurait voulu que Jésus s’asseye sur l’ânesse… Mais non, c’est bien sur le petit ânon qu’il va s’asseoir, ce qui, humainement parlant, n’est pas vraiment une image de force, de puissance et de prestige. C’est plutôt un enfant, un tout petit, que l’on mettrait sur un ânon… Et pourtant, c’est bien cela qui est arrivé, en parfait accord avec la prophétie de Zacharie : « Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s’assoit dessus » (Mc 11,7 ; Lc 19,35). Jésus est donc bien le Roi Messie « fils de David » annoncé par Zacharie, mais un Roi « humble », « doux » (Mt 11,29), « pauvre de cœur » (Mt 5,1), venu non pas pour dominer en Maître mais pour servir (Lc 22,27), non pas pour commander ses disciples mais pour leur laver les pieds (Jn 13,1-17)… « Vous le savez », disait-il, « les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; et celui qui veut être le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20,25-28).

Le titre de Roi donné à Jésus pouvait donc prêter à confusion, et c’est la raison pour laquelle St Matthieu ne le lui applique pas sinon dans la bouche des Mages lorsqu’ils demandent à Hérode : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2,2). Puis, ce titre disparaît de son Evangile pour ne revenir, clairement appliqué à Jésus, qu’ici : « Voici que ton Roi vient à toi »…Mais ensuite, il interviendra souvent dans le récit de la Passion, car lorsque Jésus sera battu, humilié, crucifié (Mt 27,10.29.37.42), il ne sera plus possible de se méprendre sur sa royauté. Oui, vraiment, Jésus est Roi, mais dans l’humilité, la discrétion, la douceur, la non violence, l’apparente faiblesse qui se révèle en fait « Toute Puissance » de l’Amour, capable de dire « je t’aime » à celui qui cherche à le tuer, et qui, sur la Croix, offrira sa vie pour le salut de ceux-là même qui la lui enlèvent…

                                                                                               D. Jacques Fournier




Homélie du Père Sébastien PAYET (Messe télévisée du Dimanche 29 mars)

Homélie pour le 5ème dimanche de Carême – Année A.

“Moi, je suis la résurrection et la vie” (Jn 11, 25).

“Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.” (Jn 11, 21 et 32) Cette affirmation reprise par les deux soeurs, Marthe et Marie, nous interpelle et nous rejoint, peut être plus particulièrement encore en ces temps de pandémie de coronavirus. Toutes les deux en effet avaient interpellé plusieurs jours auparavant Jésus, elles l’avaient informé de la maladie de leur frère Lazare, l’ami de Jésus. Mais celui-ci s’est attardé deux jours de plus à l’endroit où il se trouvait, se contentant d’affirmer que cette maladie ne conduirait pas à la mort. Or, Lazare est mort. Jésus se serait-il donc trompé ? Aurait-il menti à ses disciples ? Non, évidemment. Mais alors, pourquoi n’a-t-il rien fait ? Comme certains des Juifs venus auprès des soeurs pour les consoler, nous pourrions nous demander : “Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ?” (v.37). Si, bien évidemment il l’aurait pu. N’a-t-il pas à d’autres occasions guéri des malades en danger de mort ? Oui, Jésus pouvait très bien empêcher Lazare de mourir. 

Mais il ne l’a pas fait et il s’en réjouit, non pas de ce que Lazare soit mort en tant que tel, mais que cette mort devienne l’occasion pour lui d’affirmer la victoire de la vie sur la mort et d’annoncer déjà ce que lui-même va accomplir dans les prochains jours, lors de sa Passion sur la Croix et sa Résurrection le troisième jour. Oui, “cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié” (v.4). Devant le drame de la mort, nous pourrions être tentés de remettre en question notre foi, en nous demandant : “Que fait Dieu ?”, “Pourquoi n’intervient-il pas ? “, “Pourquoi ne stoppe-t-il pas la maladie, le virus ?”, “Pourquoi n’a-t-il pas empêché tel accident ou catastrophe naturelle de se produire ?”… c’est la question du mal et de la souffrance, question à laquelle nous sommes tous tôt ou tard confrontés. Mais Jésus affirme que toutes ces épreuves, aussi terribles soient-elles, ne sont pas là pour que nous perdions la foi, mais bien au contraire pour que nous nous tournions vers Dieu, pour que nous croyions ! (Cf. v. 15)

Mais alors, Jésus serait-il insensible à la détresse de tant d’hommes et de femmes qui souffrent ? Non, d’ailleurs, il compatit à la souffrance des deux soeurs, en particulier de Marie, il est saisi d’émotion, il pleure. (Cf. v. 35). En Jésus, Dieu pleure. Dieu n’est pas indifférent au mal qui nous atteint, à la souffrance, à la mort. Bien au contraire. Dieu souffre avec nous. Il n’empêche pas toujours le mal, et il n’en est pas l’auteur, mais il le combat et il en est vainqueur. Car Jésus est venu pour la vie et non pour la mort ; il est venu nous donner la vie et celle-ci découle de notre foi. Car nous dit-il, “ton frère ressuscitera” (v.23), celui ou celle que tu as perdu, cet être cher qui te manque tant, ressuscitera. Oui, nous dit Jésus : “Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?” (v. 25-26). Et un peu plus tard, à Marthe qui doute encore un peu parce que son frère est mort depuis quatre jours et qu’il “sent déjà”, Jésus réaffirme : “Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu.” (v. 40). Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. La foi, la foi qui déplace les montagnes, la foi qui ressuscite les morts, la foi qui nous donne d’avoir accès à la vie éternelle, à la vie en Dieu, à la vie divine. 

Car dans cet Evangile, comme dans les autres lectures que nous avons entendues tout-à-l’heure, il est question de deux morts et par conséquent de deux types de vie. Car il y a mort et mort, vie et vie. Il y a la mort physique, biologique, celle à laquelle nous sommes tous confrontés, la mort de Lazare, par exemple, suite à sa maladie. De celle-ci Paul nous dit dans sa lettre aux Romains : “le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché” (Rm 8, 10). Le péché, le mal auquel nous pensons, que nous disons, que nous faisons, le bien que nous omettons, c’est cela qui est la cause de la mort, nous dit Paul, et donc de la souffrance. C’est ce qu’il appelle être sous l’emprise de la chair. Mais de cela, Jésus nous a libéré, nous qui étions liés par le péché, Jésus nous a déliés pour nous faire entrer dans la vie de l’Esprit qui nous fait vivre et devenir des justes. Car Jésus a souffert sur la Croix, il a porté le poids de nos péchés et de nos souffrances, il est mort et il est ressuscité. Et, nous dit Paul, “si l’Esprit de celui (c’est-à-dire Dieu le Père) qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels selon son Esprit qui habite en vous” (v. 11). Et le Seigneur de dire par son prophète Ezéchiel : “Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez” (Ez 37, 14). Nous qui croyons, nous ne sommes pas sous l’emprise de la chair, mais de l’Esprit, et l’Esprit de Dieu, le Saint Esprit, nous fait vivre. Celui, dit Jésus, “qui croit en moi, même s’il meurt vivra” (Jn 11, 25). Vivra de la vie éternelle. C’est pourquoi, nous dit Jésus :  “Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais” (v. 26). 

La mort dont il s’agit ici, c’est ce que Saint Jean, dans son livre l’Apocalypse, qualifie de “seconde mort”, “d’étang embrasé de feu” (Ap 20, 14-15), c’est-à-dire l’enfer, la damnation éternelle, ce choix, ce péché contre l’Esprit, qui consiste à rejeter définitivement la miséricorde de Dieu, à refuser de croire et d’espérer en son Amour infini qui relève toute personne qui se tourne vers Lui, et cela quelque soit son péché. Or, si nous croyons en Jésus, si nous gardons sa Parole, si nous vivons sous l’onction du Saint Esprit, en faisant les oeuvres de l’Esprit, nous sommes assurés de passer de la mort à la vie et de vivre à jamais dans l’éternité de Dieu. Car “Voyez comme il l’aimait” (Jn 11, 36) disent les Juifs venus consoler Marthe et Marie. Oui, Jésus aimait Lazare, ainsi que Marthe et sa soeur Marie (Cf. v. 5). 

Dieu nous aime, chacun d’entre nous, qui que nous soyons. Il veut faire de nous tous ses enfants bien-aimés, partageant sa vie divine pour l’éternité. Dieu le Père t’aime, Jésus t’aime, le Saint Esprit t’aime, tu es aimé de Dieu, n’en doute pas. Crois seulement. Et tu verras alors la gloire de Dieu ! Oh, marcher à la suite de Jésus et vivre par lui, avec lui et en lui, ne t’épargnera pas les épreuves de la vie, le combat, la souffrance et, au terme de ta route ici bas, la mort ; mais sache qu’au milieu de tout cela tu n’es pas seul, Dieu est avec toi, il souffre et combat avec toi, il te donne la victoire et te fait entrer dans la vie véritable, celle qui ne passera jamais. Tu n’es pas seul car d’autres frères et soeurs en Christ, en humanité, sont là aussi pour te soutenir, t’encourager, au besoin te consoler et te soigner. Jésus agit à ton égard aussi à travers eux tout comme il agit à leur égard à travers toi. Alors, ouvre-toi à l’amour de Dieu, à sa miséricorde ; aime ton prochain comme toi-même, comme Jésus nous a aimés : il a donné sa vie pour toi, pour nous tous, pour tous les hommes. Dans cette Eucharistie, offrons-nous nous-mêmes, offrons-nous les uns les autres à Celui qui nous a tant aimé, qui nous fait passer de la mort à la vie, à la vie éternelle !

Aux Makes, le mercredi 25 mars 2020,

En la solennité de l’Annonciation.

Père Sébastien PAYET.




5ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (Jn 11, 1-45).

« Lazare, viens dehors ! »

Le Covid-19, comme Dieu, n’est pas visible … mais c’est sans doute la seule chose qu’ils ont en commun.

Et la réaction des gens à ce virus est forte, et quasi unanime : on le craint, on fait tout pour ne pas l’attraper (ou qu’il nous attrape), on reste chez soi, entre soi, et pour beaucoup d’entre nous, on pense d’abord à soi (razzia sur les conserves, les pâtes et autres …), mais pas pour tous, heureusement.

Il y a des gens qui se donnent à fond : personnel médical, pompier, police … ainsi que des bénévoles dans des associations, ou dans leur immeuble ou auprès de leurs voisins, pour leur venir en aide, au risque d’être contaminés … et d’en mourir, comme bon nombre de prêtres en Italie.

Le Covid-19 est apparu il y a peu, quelques mois … il existe, mais n’a aucune volonté propre. C’est un être vivant, mais sans âme …

Dieu, lui, a une âme, n’est qu’âme …

Il existe depuis toute éternité, bien avant qu’il ne crée ’’le monde et tous ses habitants’’ …

Les réactions vis-à-vis de lui ne sont pas les mêmes pour tous : certains n’en ont rien à faire, ou milite contre lui, d’autres pensent à lui de différentes manières, dans différentes religions. Et ceux-là ont la crainte de Dieu : non pas une crainte-peur (comme pour le Covid-19), mais une crainte-respect devant celui qui les dépasse, devant qui ils se reconnaissent petits en toutes choses, et principalement en amour !

Et le message de Dieu ne conduit pas à nous refermer sur nous-mêmes, à nous confiner, mais au contraire à nous faire serviteur des autres, à penser d’abord à eux avant de penser à nous : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi. » (Mt 7,12).

Pensons à nos voisins, notre famille. Le confinement ne veut pas dire arrêter toute activité sociale, et un petit coup de fil aux anciens ou aux enfants, à un voisin seul, ou autre personne, peut faire du bien, rompre l’isolement ; ou faire quelques courses pour un voisin sans moyen de transport … tout en respectant la réglementation et les ’’gestes barrières’’.

Dans l’évangile de ce jour, on a une situation qui peut paraître paradoxale pour nous en ce moment. On annonce à Jésus – qui se trouve au-delà du Jourdain, en Transjordanie, par peur des juifs – que son ami Lazare est malade … et curieusement il ne fait rien : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »

On a entendu une phrase semblable dimanche dernier : « Mais [il est né aveugle] pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. » (Jn 9,3) : la guérison, qui amène à la foi de l’ancien aveugle.

On retrouve les mêmes dispositions ici : la guérison de la mort = le retour à la vie de Lazare, qui amène les disciples (v 15) ainsi que la foule (v 45) à la foi.

Et Jésus attend deux jours pour dire aux disciples : « Revenons en Judée. ». Incompréhension des disciples : « On est venu ici, en dehors de la Judée car les juifs veulent te lapider, veulent ta mort, et toi tu veux y revenir ! ». Après une digression sur la lumière et les ténèbres, qui n’est pas sans rappeler aussi l’évangile de dimanche dernier avec les aveugles qui parviennent à la lumière et les pharisiens qui restent dans les ténèbres, Jésus dit aux disciples : « Lazare, notre ami, s’est endormi; mais je vais aller le tirer de ce sommeil… Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez»

Les pauvres disciples ont bien du mal à suivre : La maladie de Lazare ne conduit pas à la mort, … il est endormi, … il est mort … et en plus, Jésus s’en réjouis !

Quel est le but de Jésus ?

On peut penser que Jésus ait attendu le nombre de jours nécessaires pour être sûr que Lazare soit bien mort et qu’il n’y ait aucune contestation possible sur ce fait (Jésus savait que Lazare était mort, il est omniscient !) avant de décider de son retour en Judée, afin de préparerles disciples à sa propre résurrection en ayant la possibilité de redonner vie à Lazare.

Quand le groupe arrive à Béthanie, cela fait quatre jours que Lazare est dans le tombeau.

L’attitude des deux sœurs est différente, même si elles ont les mêmes mots d’accueil vis-à-vis de Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. ».

Marthe, vive et empressée, n’ayant pas peur de dire son fait aux gens qu’elle rencontre, va à la rencontre de Jésus dès qu’elle apprend son arrivée, et après les mots d’accueil, elle ajoute aussitôt : « Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.», ce qui est une manière implicite de dire « Je sais que tu peux redonner vie à mon frère si tu le demandes à ton Père ». A la réponse de Jésus, elle affirme : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. », et Jésus répond : « Moi, je suis la résurrectionet la vie. Celui qui croiten moi, même s’il meurt, vivra; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?», ce qui ne présuppose rien de ce qui arrivera par la suite … mais le suggère fortement !

Marie, elle, plus calme, reste prostrée à la maison, comme il se doit quand on est en deuil, priant et/ou se lamentant de la perte de son frère. Quand Marthe vient la prévenir que Jésus l’appelle, elle part rapidement vers lui, suivie de la foule des juifs présents, et dit la même chose que sa sœur, mais elle pleure. Jésus alors, montrant sa sensibilité humaine, « saisi d’émotion » pleureavec elle la perte de son ami. Il est rare de voir ainsi Jésus montrer ouvertement ses sentiments !

Quand arrivé au tombeau Jésus demande d’enlever la pierre, Marthe, toujours aussi vive et vindicative s’exclame : « Oh ! ça va pas ! ça fait quatre jours qu’il est là, il sent déjà ! ».

Jésus répliqua : « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu.», en corrélation avec le verset 4 : « Cette maladie (…) est pour la gloire de Dieu ».

Jésus lève les yeux au ciel et rend grâce à son Père, lui demandant d’exaucer sa demande, « à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croientque c’est toi qui m’as envoyé. ». Il est rare de voir Jésus demander à son Père de l’exaucer avant de faire un miracle ; On le voit avant la multiplication des pains. Et ces deux cas sont en lien avec la fin de la vie terrestre de Jésus : l’institution de l’Eucharistie, pain de vie pour la vie éternelle, et la résurrection de Jésus qui nous ouvre la voie à la vie éternelle !

« Lazare, viens dehors !»

Et Lazare le fit ! Et beaucoup de juifs crurent en Jésus.

Et les apôtres étaient bien préparés à la résurrection de Jésus qui devait survenir peu après. Mais ils eurent quand même du mal à y croire ! Ce qui aurait aussi été notre cas si nous avions été à leur place !

Prions Dieu avec tous ceux qui le craignent, qui le respectent, pour qu’il puisse faire en sorte que le monde ne soit pas contaminé par le Covid-19 et que les différents pays puissent revivre normalement.

Demandons à Marie d’intervenir auprès de son fils pour cela, elle qui a dit : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1,50)

Dieu veille sur ceux qui le craignent,

qui mettent leur espoir en son amour,

pour les délivrer de la mort,

les garder en vie aux jours de famine (de virus).

Nous attendons notre vie du Seigneur :

il est pour nous un appui, un bouclier.

La joie de notre cœur vient de lui,

notre confiance est dans son nom très saint.

Que ton amour, Seigneur, soit sur nous

comme notre espoir est en toi !

Psaume 32, 18-22

Francis Cousin

 

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Prière dim carême A 5°




5ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 11, 1-45).

La victoire de l’Amour et de la Vie

En ce temps-là,  il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.  Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit :« Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade,
il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.  Puis, après cela, il dit aux disciples :
« Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »    Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »    Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »    Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement :« Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là,
à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

    À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.  Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »  Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;  quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

    Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »  Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.  Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,  et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? »
Ils lui répondirent  : « Seigneur, viens, et vois. »  Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »    Mais certains d’entre eux dirent :
« Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

    Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit :« Seigneur, il sent déjà ;
c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »     Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »  Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

St Jean nous dit ici quatre fois (symbole d’universalité) que Lazare est malade… De plus, le mot grec employé, « asthéneia », décrit plus largement l’homme en état de faiblesse… « Le péché m’a fait perdre mes forces, il me ronge les os » (Ps 31,11)… Et la conséquence ultime du péché, c’est la mort, la mort spirituelle… Lazare représente donc ici toute l’humanité affaiblie par le péché et blessée « à mort » en son être profond… Mais si « le salaire du péché c’est la mort, le don gratuit de Dieu c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). Voilà ce que Jésus va dire ici, en acte, en faisant revenir Lazare à la vie…

            Des messagers viennent annoncer à Jésus que Lazare est malade : premier jour… Mais il apprend du Père, en son cœur, non seulement qu’il vient de mourir mais encore qu’il doit aussi le relever d’entre les morts, « pour la gloire de Dieu », en signe ultime de la victoire de la Miséricorde sur le péché et sur toutes ses conséquences… Et le Fils, envoyé par le Père pour sauver tous les hommes, en sera glorifié… C’est pourquoi, Jésus, qui « aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare », va pourtant attendre encore deux jours avant de partir ! En ajoutant une dernière journée pour le voyage, il ne rejoindra donc les deux sœurs de Lazare que quatre jours après sa mort. Mais il l’a fait exprès, pour eux tous, afin que le signe que le Père l’invitait à accomplir soit encore plus éclatant. En effet, la croyance populaire affirmait que ce n’est qu’à partir du quatrième jour que l’âme, qui voletait jusque là auprès du cadavre, ne pouvait plus y rentrer… Lazare était donc vraiment mort, plus aucun doute à ce sujet…« Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là ! » lui dit Marthe…

            « Ton frère ressuscitera » lui avait déjà dit Jésus… Oui, « je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour », avait-elle répondu. Nous l’affirmons aussi dans notre Crédo… Mais Jésus va poursuivre en passant du futur du Crédo au présent de nos vies : « Je Suis la Résurrection et la Vie(Présent éternel de Dieu). Qui croit en moi, même s’il meurt vivra » (futur du Crédo). « Et quiconque vit et croit en moi » (présent de nos vies), « ne mourra jamais. » La Vie nouvelle et éternelle est donc offerte gratuitement, dès maintenant, dans l’aujourd’hui de nos vies, par « le Père des Miséricordes », à nous qui sommes pécheurs, faibles, blessés à mort… Seule la foi en l’Amour, la confiance en cet Amour, et l’abandon entre ses mains peuvent l’accueillir : « Le crois-tu ? »          DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 5ième Dimanche de Carême

« Moi, je suis la résurrection et la vie ;

et tout homme qui vit

et qui croit en moi ne mourra jamais. »

 

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Jn 11, 1-45)

Jésus revient en Judée après avoir échappé durant quelque temps aux juifs qui voulaient l’arrêter. (Jn10, 39)

Faire lire le texte à plusieurs en répartissant les passages selon les personnages.

 

 Et soulignons les mots importants

Relevons dans ce passage les mots qui expriment « l’humanité » de Jésus, qui montrent combien il est proche de nous.

Cette maladie est pour la gloire de Dieu : que veut dire Jésus ?

Lazare s’est endormi : Pourquoi Jésus parle-t-il de la mort comme d’un sommeil ?

Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà : pourquoi cette précision ?

Relever dans le récit les phrases qui expriment la foi de Marthe ?

Ton frère ressuscitera : Quelle différence entre la mort de Lazare et celle de Jésus ?

« Je suis » la résurrection et la vie, celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais : Quelle est la force de cette parole de Jésus ?

Père, je te rends grâce…Je savais que tu m’exauces toujours : comment Jésus se situe –t-il par rapport à son Père ?

Enlevez la pierre : Jésus manifeste son autorité

Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu : Que veut dire Jésus ?

Il cria d’une voix forte : Que peut signifier ce cri de Jésus ?

Pour l’animateur

– Jésus a des amis qu’il aime profondément. Il est très affecté par la mort de son ami Lazare. L’évangéliste Jean souligne qu’il est bouleversé d’une émotion profonde et qu’il pleure. Cette humanité de Jésus le rend proche de nous. A Béthanie, Jésus a donné une valeur divine aux larmes de l’amitié. Jésus était fraternel et fidèle. Sensible et délicat. Il a savouré les joies de l’amitié.

– Pourtant, quand il apprend que Lazare est gravement malade, il tarde deux jours avant d’aller auprès de ses amis.

– Jésus interprète par avance que la maladie de Lazare n’est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu et de son Fils

Devant l’incompréhension des disciples, Jésus affirme que la mort de Lazare est pour lui un sommeil, ce qui laisse entendre qu’il peut « s’éveiller » s’il entend la voix de Jésus.

– Si l’évangéliste précise que le cadavre est depuis quatre jours au tombeau et qu’il sent déjà, c’est bien pour souligner que Lazare est bien mort et pour mettre en valeur le miracle de Jésus.

– Lazare qui sort du tombeau pieds et mains liés montre ainsi qu’il reste un être mortel. Jésus, à sa résurrection, a fait voler en éclats ce pouvoir de la mort. « Jésus ressuscité ne meurt plus. » Sa victoire sur la mort, il l’a remportée pour nous tous : à condition de lui faire confiance (Celui qui vit et croit en moi…)

La foi de Marthe, c’est d’abord sa confiance en Jésus : sa conviction que Jésus a pouvoir sur la mort. «Si tu avais été là… ».En présence de Jésus, elle confesse sa foi en disant : « Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Elle reconnaît en Jésus un homme de Dieu, qui seul peut faire vivre. Puis elle adhère à la foi d’Israël : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour ». Et surtout, quand Jésus se présente comme « la résurrection et la vie », elle affirme : « Je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu. » C’est le sommet de la foi.

Marthe est présentée comme la figure du croyant qui reconnaît qu’en Jésus, c’est Dieu qui vient parmi les vivants. Tandis que Marie reste du côté du deuil dans son comportement et ses paroles : « Si tu avais été là ». Il manque la profession de foi. Elle fait corps avec le groupe des juifs en deuil. Elle joue le rôle de « pleureuse ». Marie est le symbole de l’homme abattu par la séparation de la mort.

– Jésus manifeste qu’il est en communion avec son Père pour ressusciter Lazare et il crie, pour tout le monde l’entende. C’est un signe public. Un cri aussi que tous les morts doivent entendre.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Tu es la Résurrection et la vie, Seigneur Jésus. Celui qui croit en toi ne mourra jamais.

Quand nous sommes dans le deuil, tu n’es pas loin de nous. Nous sommes tristes, mais nous ne sommes pas accablés comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Quand tu es là, la mort n’est pas victorieuse. Donne-nous de croire fermement à ta Résurrection et de croire aussi fermement que nous aussi nous allons ressusciter en Toi.

TA PAROLE DANS NOS MAINS :

Tu es la Résurrection et la vie, Seigneur Jésus. Celui qui croit en toi ne mourra jamais.

Quand nous sommes dans le deuil, tu n’es pas loin de nous. Nous sommes tristes, mais nous ne sommes pas accablés comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Quand tu es là, la mort n’est pas victorieuse. Donne-nous de croire fermement à ta Résurrection et de croire aussi fermement que nous aussi nous allons ressusciter en Toi.

PRIONS

Seigneur Jésus Christ, toi qui as ordonné à Lazare de sortir vivant de son tombeau, toi qui en ressuscitant, as libéré tout homme de la mort, nous te prions humblement pour tes serviteurs qui se préparent avec joie au baptême et au festin de la vie : ne permets pas que la mort retienne en son pouvoir ceux qui, grâce à leur foi, vont prendre part à la victoire de ta Résurrection.

 

 

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Homélie du Père Sébastien VAAST (Messe télévisée du dimanche 22 mars)

Depuis la crise sanitaire provoquée par le coronavirus Covid 19, Réunion La Première retransmet le dimanche à 10h 00 la célébration de l’Eucharistie en la chapelle de l’Eglise 2.0 à Ste Marie (https://www.facebook.com/Eglise2.0/). Nous sommes heureux de pouvoir vous communiquer l’homélie que le Père Sébastien VAAST, Jésuite, donna à cette occasion dimanche 22 mars…

Qu’elle puisse être le support d’un moment avec Jésus, Lui qui met dans nos coeurs “plus de joie que toutes leurs vendanges et leurs moissons” (Ps 4), une “joie” que St Paul appelle “consolation” en ces temps d’épreuves et de souffrances pour beaucoup… “Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit.De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation” (2Co 1,3-5). Et la Bible de Jérusalem de préciser en note : “La consolation est annoncée par les prophètes comme caractéristique de l’ère messianique (Is 40,1), et devait être apportée par le Messie, (Lc 2,25). Elle consiste essentiellement dans la fin de l’épreuve et dans le début d’une ère de paix et de joie, (Is 40,1s ; Mt 5,5). Mais, dans le Nouveau Testament, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance, (2Co 1,4-7 ; 7 4 ; cf. Col 1,24). Cette consolation n’est pas reçue passivement, elle est en même temps réconfort, encouragement, exhortation (même mot grec paraklèsis). Sa source unique est Dieu (2Co 1,3-4), par le Christ (2Co 1,5) et par l’Esprit (Ac 9,31), et le chrétien doit la communiquer (2Co 1,4.6 ; 1Th 4,18)… Elle est source d’espérance (Rm 15, 4)”.

 

Tout commence par un regard, celui que Jésus pose sur l’aveugle. Tout a commencé pour nous par le regard de tendresse posé par Dieu sur l’humanité. Cette humanité aveugle de naissance, qui cherche à tâtons son chemin. Et le Fils est venu pour être la lumière du monde…

Jésus a fait un geste sur les yeux de l’aveugle. Il lui a dit un mot. Puis, il a disparu. Il n’était même pas là quand les deux yeux de l’homme se sont ouverts à la Lumière. Il a créé l’événement et puis il laisse les hommes se débrouiller avec.

Et les réactions vont bon train. Ces réactions ce sont les nôtres, celles des hommes d’aujourd’hui, chaque fois qu’il est question du Christ et de son Eglise.

Il y a les amateurs de sensationnel, comme les voisins, qui veulent savoir comment ça s’est passé. Mais ils ne vont pas plus loin. L’actualité va vite et, bientôt, un autre fait-divers va défrayer la chronique, et bonjour les ladi lafé !

Il y a ceux qui ne veulent pas se mouiller, comme les parents. Cette histoire pourrait bien susciter des ennuis. Alors on ne sait rien, on a rien vu. La vie est assez difficile pour ne pas se rajouter des problèmes supplémentaires. Et l’on repart vers ses petits soucis sans se rendre compte qu’on est passé à côté de la Lumière.

Et puis, il y a les pharisiens qui possèdent la vérité et qui n’acceptent pas d’être remis en question. Si les faits ne cadrent pas avec leurs propositions, ce sont les faits qui ont tort. Défense à Dieu d’intervenir hors des chemins qu’ils ont prévus. Plus grave que la cécité naturelle, l’aveuglement du cœur.

Mais Dieu n’impose pas sa Lumière…Il est bien trop respectueux pour cela. Libre à moi de garder mes volets fermés. Il n’ouvrira pas les yeux de force.

Au milieu de tous ces gens qui se laissent aveugler par la paresse et le superficiel, par la peur, par la suffisance intellectuelle… il y a le témoin, cet aveugle guéri qui se débat comme il peut avec ses yeux fraîchement ouverts et qui visiblement gênent tout le monde.

Au début, il n’y voit pas beaucoup plus clair que les autres. Il sait seulement que le nommé Jésus lui a dit d’aller se laver à la piscine de Siloë. Et il sait mieux encore qu’il est passé des ténèbres à la Lumière. Cela, il ne peut le nier, et qu’on ne lui demande pas de dire le contraire ! Quant à expliquer pourquoi ou comment, ça il en laisse le soin aux savants. Seulement, toutes les explications que donnent ces messieurs ne tiennent pas devant ce que lui, il vient de vivre. Et plus on lui ordonne de rendre compte de son expérience, plus on lui demande des comptes sur son aventure, plus il réalise que lui, le mendiant aveugle qui n’est même pas parti à l’école, il est témoin d’une expérience formidable, exceptionnelle, incroyable…

Plus la clarté se fait en lui, plus il découvre l’origine de cette Lumière Nouvelle qui l’habite : c’est Dieu lui-même qui est venu le visiter.

C’est le dialogue difficile avec tous ces incroyants finalement qui l’amène à pouvoir dire, avec tout son être, dès qu’il rencontre à nouveau Jésus : “Je crois, Seigneur !”

Mais celui qui s’enferme dans ses certitudes ne peut même plus ouvrir les yeux…

Et pour moi, à quel moment a commencé le passage des ténèbres à la Lumière ? Certains peuvent le dater avec précision parce que ça a été comme un éclair : soudain il y a eu une clarté nouvelle sur leur vie. Pour d’autres, l’illumination a été progressive. Tellement progressive qu’elle est difficilement repérable. Et si ce moment c’était le jour où leurs yeux d’enfants ont été lavés dans l’eau du baptême ?

Mais quelle qu’en soit l’origine, ma foi s’affermit toujours dans la mesure où j’essaie de la dire en réponse aux questions qu’on me pose : celles de mes amis, de mes enfants, de mes petits-enfants… celles des incroyants. En quoi tu crois ? En qui tu crois ? Pourquoi tu crois cela ? Parfois j’ai peur et je me sens bien maladroit pour répondre. Et pourtant, ces questions m’obligent à remonter jusqu’à la source de ma foi, jusqu’à l’intime de moi-même. Car les autres attendent. Ils attendent une réponse. Et ce qu’ils attendent, ce n’est pas que je récite ce que j’ai appris dans le catéchisme, non ! Ce que les autres attendent de moi c’est que je rende compte d’une expérience, de mon expérience de vie avec le Seigneur Jésus ; que je parle de ce que je vis avec Lui. Ainsi, poussé par leurs questions, poussé par eux, je prends conscience d’être moi aussi porteur d’une Lumière, d’une Lumière qui ne vient pas de moi, mais d’un Autre, de Dieu lui-même qui a posé son regard d’amour sur moi.

Alors je deviens témoin devant les autres de ce passage du Christ dans ma vie.

                                                                                   P. Sébastien VAAST, SJ




4ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (St Jean 9, 1-41)

L’aveugle-né, témoin de Jésus-Christ.

 

« Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. »

Aussitôt, Jésus crache à terre et fait de la boue. « Puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle ».

Quelle a dû être la surprise de l’aveugle de sentir qu’on lui mettait de la boue sur ses yeux ! Il n’avait rien demandé ! Qui se permet de ’’jouer’’ avec lui !

C’est la deuxième fois dans l’évangile de Jean que Jésus prends l’initiative de guérir quelqu’un. La première fois, c’était pour le paralytique de la piscine de Bethzata, et c’était aussi un jour de sabbat !

Et voici qu’il entend une voix : « ’’Va te laver à la piscine de Siloé’’ – ce nom se traduit : Envoyé. »

On ne sait pas comment était la voix de Jésus. Mais elle devait sans doute être persuasive, car l’aveugle y alla sans rechigner. Et ce n’était pas à côté, il y avait du chemin à faire … Et peut-être y avait-il d’autre point d’eau plus proche … Pourquoi Siloé ? À cause de son nom : l’envoyé. Avec peut-être deux explications possible : L’envoyé peut s’appliquer à Jésus, qui est l’envoyé de Dieu son Père. Mais on peut aussi l’appliquer à l’aveugle qui, une fois guéri, deviendra l’envoyé de Jésus, le témoin de Jésus, d’abord auprès des pharisiens, et ensuite … on ne le dit pas, mais il est certainement resté disciple de Jésus.

Cette obéissance de l’Aveugle à la Parole de Jésus est une démarche de foi, celle qui précède habituellement les miracles de Jésus. En allant se laver dans la piscine de Siloé, c’est comme s’il allait vers la cuve baptismale pour y être lavé de ses péchés, et devenir un homme nouveau, témoin de Jésus, de sa miséricorde et de son amour pour les plus petits, les plus faibles …

« Quand il revint, il voyait »

Et c’est là que commencent les problèmes avec les autres : ses voisins et les autres mendiants pour commencer, puis avec les pharisiens : est-ce qu’il était vraiment aveugle ou qu’il faisait semblant ? Et puis comme c’était le sabbat, comment Jésus avait-il osé le guérir ? Avec cette autre question : Jésus est-il de Dieu ou un pécheur ? « Ainsi donc, ils étaient divisés. »

Pour l’ancien aveugle, pas de problème : « C’est un prophète. »

Après la convocation des parents pour certifier qu’il était véritablement aveugle, les pharisiens, bien remontés contre Jésus, reconvoquent l’ancien aveugle pour lui dire : « Rends gloire à Dieu ! ». Comme si l’ancien aveugle les avait attendu pour cela ; le fait d’affirmer que Jésus est un prophète, un envoyé de Dieu, était déjà une manière de rendre gloire à Dieu.

Mais en plus, ils disent : « Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »

Une certitude ’’aveugle’’ qui ne repose sur rien, sinon leurs a-priori.

À laquelle réponds l’ancien aveugle : « Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. », ce qui est un fait absolument vérifiable, … et vérifié par tous.

Ce à quoi les pharisiens demandent de nouveau comment Jésus a fait pour le guérir.

La réponse de l’ancien aveugle est pour le moins plaisante et donne l’impression qu’il se moque de ces pharisiens : « Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »

Réponse furieuse des pharisiens : « C’est de Moïse que nous sommes les disciples. ». Ce à quoi Jésus avait déjà répondu : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c’est à mon sujet qu’il a écrit. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » (Jn 5,46-47).

L’ancien aveugle, qui n’était pas sot, leur répondit de manière claire, terminant par : « Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. », montrant bien ce qu’il pensait de Jésus, et qu’il confirmera quand celui-ci lui demanda s’il croyait au fils de Dieu : « – Qui est-il ? … – C’est moi qui te parle … – Je crois, Seigneur ! »

Résumons la relation entre Jésus et l’aveugle, du point de vue de l’aveugle, qui n’est pas sourd ; ce qui ne représente que quelques lignes dans ce long récit :

– Quand Jésus dit : « Va à la piscine de Siloé, et lave-toi », il écoute et obéit

– S’étant lavé : il voit physiquement.

– Quand Jésus le retrouve et dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? C‘est moi. », il écoute

– Et il comprend : il croit, c’est-à-dire qu’il voit avec son cœur.

Écouter, voir, croire … C’est tout ce que le Père disait aux trois apôtres sur le mont Thabor dans l’évangile d’il y a quinze jours …

L’aveugle était devenu un témoin de Jésus-Christ.

Puissions-nous en faire autant …

Seigneur Jésus,

quelle force morale dans cet aveugle

qui retrouve la vue :

il t’écoute sans broncher,

il fait ce que tu dis,

et il devient un formidable témoin

de ce que tu es …

Que nous sachions t’écouter

comme lui en tout ce que tu dis !

Francis Cousin

  

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Prière dim carême A 4°




4ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

 L’aveugle né

Jn 9, 1-41

Essayons d’imaginer ce que peut être l’univers intérieur, l’imagination et les phantasmes d’un aveugle  : jamais il n’a rien vu, il ne sait pas ce que c’est qu’une couleur. Rouge, vert ou jaune : cela ne lui dit rien ; il ne peut s’appuyer sur aucun souvenir visuel. Il n’a jamais rien vu auparavant.  Jamais il n’a pu apprécier la beauté d’une fleur, d’un coucher de soleil, la bonté d’un visage, une larme ou le sourire d’un enfant, ni le relief d’un paysage de montagne, ni le reflet de la lumière sur un cours d’eau, ni même la décoration de son gâteau d’anniversaire surmonté de bougies qui, pour lui, ne signifient rien.

 A la différence de beaucoup de guérisons, celle-ci n’est pas due à une demande. C’est Jésus qui prend personnellement l’initiative : « Jésus vit un aveugle » = Jésus me voit, tel que je suis, avec mes épreuves, mes difficultés.

Tout ce récit, savamment construit, nous fait parcourir l’itinéraire de la foi : depuis les ténèbres les plus épaisses jusqu’à la lumière la plus diffuse. Cet itinéraire, c’est celui de notre Baptême qui nous fait passer du monde des ténèbres aux fils de lumière capables de voir et de témoigner.  Cet itinéraire est progressif, gradué. C’est peu à peu que la lumière, celle de la foi va inonder l’âme de cet aveugle même si sa guérison physique est rapide. Ce miracle, ce ” signe ” comme dit St-Jean, va révéler qui est Jésus : il est « “la lumière du monde ” » et va contraindre chacun à prendre position à son égard à travers quatre procès successifs, où, à chaque fois, l’aveugle va y voir un peu plus clair en contemplant celui qui l’a guéri.

  • 1er procès: L’aveugle a recouvré la vue, mais il est isolé (Jésus a disparu avec ses disciples) et débute un débat sur son identité.  Tout d’abord avec ceux qui l’entourent : ses voisins, ceux qui étaient habitués à le rencontrer.

 « N’est-ce-pas celui qui était mendiant ? » 

Les uns disaient : « C’est lui ! ».

Les autres : «   Non ! Mais c’est quelqu’un qui lui ressemble ».

Et lui dit : « C’est bien moi » et il raconte comment l’homme qu’on appelle Jésus (il n’en sait pas plus actuellement) a fait de la boue, lui a frotté les yeux, lui a dit d’aller à la piscine de Siloé.

« Et lui, où est-il ? »

« Je ne sais pas ».

Pour le moment, ce n’est qu’un mouvement de curiosité sympathique.

Pour beaucoup de nos contemporains, la religion, c’est ça ; on s’intéresse à Jésus jusque- là : un miracle, ça pique au vif, ça intrigue, ça fait poser des questions, mais on ne veut pas se compliquer la vie et on ne va pas plus loin.  Quant à l’aveugle guéri, notons en passant qu’il ne sait rien du Christ : si, il sait son nom, on l’appelle et on le nomme Jésus.

Procès d’une foi superficielle : nous demeurons à la surface de l’évènement, comme des badauds qui s’attroupent après que quelque chose vient de se passer ; on s’arrête et on continue son chemin, sans plus penser à rien.

  • 2e procès : On amène l’aveugle devant les pharisiens, procès du soupçon: « Il a fait ce miracle un jour de sabbat », cela ne peut donc venir de Dieu.

« Oui, répondent les autres, mais un signe pareil ne peut pas être accompli par un pécheur ».

Divisés, ils interrogent l’aveugle, qui lui, dans sa réponse va déjà beaucoup plus loin :

« Que dis-tu de lui ? »

Il répond: « C’est un prophète ».

Procès où les uns sont pour, les autres sont contre, mais où l’homme de bonne volonté commence à progresser : « C’est un prophète ».

« Seigneur, aide-nous à progresser dans la foi ».

  • 3e procès : On fait venir ses parents. Pour nier un miracle, le meilleur moyen, c’est de dire qu’il n’a pas eu lieu : « Faisons venir les parents », sans doute n’était-il pas vraiment aveugle, il faisait semblant pour mendier. 

« Mais non, disent les parents, c’est bien notre fils ; il était bel et bien aveugle : comment cela se fait-il ? »

Ça, c’est une autre affaire : ils ne veulent pas se mouiller, prendre parti. « Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer ». 

Ils avaient peur, autre attitude devant Jésus : la dérobade. On n’a pas la foi parce qu’on refuse de se poser des questions et leurs réponses pourraient nous entrainer trop loin.  Si, un jour, ma foi devait changer ma vie, vous vous rendez compte ? Quelle histoire ! Et que ne ferait-on pas pour ne pas avoir d’histoires !

  • 4e procès: Pour la 2e fois, les pharisiens convoquent notre homme et pour le faire mentir, ils mentent eux-mêmes.

« Rends gloire à Dieu, nous savons que cet homme est un pécheur » : c’est curieux, à partir de ce moment-là, ce sont les voyants qui deviennent aveugles et l’aveugle qui voit de plus en plus clair et il se met à défendre Jésus, son bienfaiteur, qui est attaqué !

 « Nous savons », disent les pharisiens avec assurance, en fait, ils ne savent plus rien. 

« Je n’en sais rien », dit l’aveugle : en fait, il commence à savoir et à deviner et les pharisiens commencent à l’injurier.  Plus ils savent, moins ils croient ; suffisance de celui qui refuse d’évoluer, qui s’accroche à la tradition. 

Admettre la nouveauté serait mettre en péril leur système doctrinal : alors, ils se mettent à nier l’évidence et ils commettent ainsi le seul péché qui existe dans l’Evangile de St-Jean : refuser la foi, être volontairement incroyant, se boucher les yeux sur le mystère de Jésus.

Ils savent et parce qu’ils savent, ils ne veulent pas savoir : blocages de l’incroyant, installé dans son système de pensée et qui ne veut pas en sortir. 

Et nous, frères et sœurs, sommes-nous toujours à la recherche de la vérité ?  Sommes-nous bloqués  sur nos ‘’ savoirs ‘’ ?  Sommes-nous avides de connaitre davantage, d’ouvrir nos yeux aveugles ?

Cet homme guéri est expulsé, seul, rejeté parce qu’il a soutenu sa foi et n’a pas voulu en démordre.  Jésus l’apprend et vient le trouver.  Après ces quatre procès successifs, il vient à son secours et lui permet d’aboutir à une magnifique profession de foi !

« Crois-tu au Fils de l’homme ? »

Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

Jésus lui dit : « Tu le vois : c’est lui qui te parle ».

Il dit : « Je crois, Seigneur », et il se prosterne devant lui.

 

 Alors que les pharisiens se sont enfermés dans leur incroyance, lui, n’a cessé d’avancer dans la foi. Au début, il dit : « Cet homme   qu’on appelle Jésus »   et puis, il découvre   que   c’est   unprophète“, “quelqu’un qui vient de Dieu” et enfin pour lui, c’est le “Fils de l’homme” : “le Seigneur”.

Il est passé du fait noir à la lumière alors que les pharisiens ont fait le trajet inverse, eux qui affirmaient ” savoir “, qui croyaient ” voir “, n’ont cessé de s’enfoncer dans leur aveuglement. C’est le renversement des situations.  Les vrais aveugles, les vrais pécheurs ne sont justement pas ceux à qui l’on pense : ils ont préféré les ténèbres à la lumière. 

Devant Jésus, il faut choisir, il faut prendre parti : ou bien s’enfermer dans un système qui va l’exclure ou bien aboutir à une rencontre personnelle avec lui.  Cette rencontre, elle est toujours à faire, à refaire : est-ce-que notre foi progresse à l’imitation de cet aveugle qui, peu à peu, s’ouvre, ouvre ses yeux au mystère de Dieu ? La foi ne tombe pas toute faite du ciel… elle nous rejoint dans notre propre histoire. Elle peut être une lente gestation.

Le fait d’avoir été baptisé tout bébé ou d’être arrivé tard à la foi ne change rien fondamentalement.

Pour ” naître à la foi “, il s’agit de s’engager personnellement à la suite du Christ, passer des ténèbres à son admirable lumière.  AMEN