16ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 13, 24-43) – Francis COUSIN)

« L’ivraie … »

 

L’ivraie, qui est une céréale de mauvaise qualité et qui apparemment n’existe plus à notre époque, est écrite dans l’évangile de Matthieu, en grec, ζιζανιον, qui a donné en français le mot zizanie.

Dans la parabole, le maître du champ, celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme, c’est-à-dire Jésus. Il fait tout ce que son Père fait : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. » (Jn 5,19). Or Dieu est amour et miséricorde, « lent à la colère et plein d’amour » (Psaume) …

Quand l’ennemi de Dieu, le Malin, sème dans son champ de l’ivraie, le semeur, toujours miséricordieux, préfère attendre le temps qu’il faut pour que cette ivraie, cette zizanie semée par le Diable, puisse se transformer de mauvais esprit en bon esprit. Dieu pense toujours que l’homme peut devenir bon.

C’est pourquoi le maître demande à ses ouvriers d’attendre la moisson : « Au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” »

Dieu veut laisser à l’homme le temps de changer d’état d’esprit.

Mais il ne faut pas attendre que ce changement ne vienne que de celui qui est ’’mauvais’’. Tout seul, il ne peut pas y arriver, le Mal est trop fort … et encore faut-il qu’il se rende compte qu’il est dans le mal …

Il faut aussi que ceux qui sont ’’bons’’ (tout est relatif … il ne faut pas non plus s’enorgueillir …) fassent ce qu’il faut pour les aider, en leur parlant ainsi que le conseille Jésus : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. » (Mt 18,15), mais aussi en priant pour eux, comme l’a demandé la Vierge Marie à Lourdes : « Priez Dieu pour la conversion des pécheurs. » ou comme l’a fait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus pour Pranzini. La prière, quand elle est pure, est le plus puissant des remèdes contre les maux du monde.

Nous qui sommes dans le monde, comme semés dans le champ … sommes-nous sûrs que nous soyons du bon grain ?

Sommes-nous sûrs que ceux que nous n’aimons pas ou qui nous semblent mauvais soient vraiment du mauvais grain, de l’ivraie, qui sèment la zizanie … ?

Que n’entendons-nous pas souvent, ou même que nous le disions … « Celui-là, c’est un bon à rien ! », … « Il n’y a rien à en tirer ! », … « Avec ce qu’il a fait, on ferait mieux de le tuer !! » … ou d’autres choses aussi innommables … et in-évangéliques.

Dire des choses comme celles-là, n’est-ce pas se prendre pour Dieu, pour le maître de la moisson ? Celui qui dira, au jour venu, « Viens à ma droite, toi qui est béni de mon Père, car tu as fait œuvre de miséricorde … et toi, maudit, pars loin de moi dans le feu éternel. » (cf Mt 25,31ss). « [les anges] les jetterons dans la fournaise, là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. ».

Prenons plutôt l’attitude du pape François qui disait : « Qui suis-je pour te juger ? ».

Nous sommes tous à certains moments du bon grain, et à d’autres de l’ivraie, nous mettons de la zizanie.

À chacun de nous de brûler dès maintenant cette zizanie, cette ivraie qui est en nous, de manière à faire apparaître le bon grain, la semence d’amour que le Père a mis en nous.

 « Mes frères, si l’un de vous s’égare loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, alors, sachez-le : celui qui ramène un pécheur du chemin où il s’égarait sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés. » (Jc 5,19-20)

Et prions pour la conversion des pécheurs !

Seigneur Jésus,

comme il est difficile de vivre ton évangile !

Trop souvent, nous nous comparons aux autres,

et bien sûr, nous nous considérons

comme meilleurs qu’eux …

Donne-nous l’humilité de nous reconnaître

pécheurs tout comme eux,

et aide-nous à prier pour eux !

Francis Cousin

 

 

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Prière dim ordinaire A 16°




Rencontre autour de l’Évangile – 16ième Dimanche du Temps Ordinaire

“Le bon grain et l’ivraie,

la graine de moutarde et le levain…”

 

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mt 13, 24-43)

Trois petites paraboles permettent à Jésus de présenter le Royaume de Dieu comme une force de vie qui fait pousser, qui fait grandir, qui fait monter…Mais le Royaume de Dieu, puissance de vie et de croissance, commence ‘petit’, modeste…Il rencontre aussi les forces du mal…Le croyant est invité à la patience et à s’en remettre à Dieu qui seul peut faire le tri, c’est à dire de juger

 

Soulignons les mots importants

Le Royaume des cieux : Cette expression revient souvent dans l’évangile de Matthieu.

Peut-on la remplacer par d’autres expressions ?

Le bon grain et l’ivraie (une mauvaise herbe qui gêne la croissance des céréales)  

Que représente cette ivraie ?

Un ennemi : En disant que c’est un ennemi qui a  semé l’ivraie, que nous apprend Jésus ?

Laissez-les pousser : En disant cela, qu’est-ce que Jésus nous apprend de Dieu ?

La Moisson : Que signifie le temps de la moisson dont parle Jésus ?

Les fils du Royaume et les fils du Mauvais : de qui parle Jésus ?

Graine de moutarde : que devient cette si petite graine ?

Les oiseaux du ciel : « Les oiseaux » sont le symbole du monde païen.( Dn4, 7-19)

Du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures : Trois « mesures » comprenaient 40 litres. Que veut nous faire comprendre Jésus en disant qu’une pincée de levure fait monter une si grande quantité de pâte ?

 

Pour l’animateur   

Le Royaume des cieux : l’évangile parle aussi du « Royaume de Dieu ». Saint Jean parle surtout de la « vie éternelle ». C’est aussi « le ciel » : En bon juif, Matthieu ne prononce pas le nom de « Dieu ». Il le remplace par « les cieux ». Quand nous disons : « Notre Père qui es aux cieux », cela veut dire exactement « notre Père qui est Dieu ». Ce Royaume du Père des cieux, ou la vie éternelle, ou le ciel commence ici-bas quand nous accueillons Jésus comme l’Envoyé du Père et que nous vivons de sa vie. Jésus, dans ces paraboles, nous aide à le comprendre.

L’ivraie représente tous les obstacles à l’avènement du Royaume de Dieu. Mais Dieu est patient. Mieux vaut supporter la présence du mal que d’arracher le bien lorsqu’on n’a pas les moyens d’un véritable discernement.  Il laisse chacun le temps de se convertir. Parfois nous aimerions que Dieu intervienne pour nettoyer notre monde et remettre de l’ordre dans son champ. L’ennemi, pas seulement le diable ! Hélas, il peut être chacun des nous !

Le Christ, en se faisant homme, a été solidaire de notre humanité de faiblesse et de péché : il a subi les conséquences du mal jusqu’à en être victime sur la croix. Dieu n’a pas fait de miracle pour sauver le Christ de la violence des hommes. En fait Dieu respecte notre liberté : c’est à nous de faire bon usage de notre liberté. 

Fils du Royaume et fils du Mauvais : Il ne faut surtout pas se représenter le monde avec d’un côté les gens parfaits et de l’autre les mauvais. Personne ne peut se vanter d’être totalement bon et personne n’est non plus totalement mauvais. En chacun de nous, il y a du Royaume et de l’anti-Royaume. Le bon grain et l’ivraie qui poussent ensemble, c’est l’image des hommes toujours partagés entre le mal et le bien qui coexistent en chacun de nous.

Le champ où l’ivraie et le bon grain poussent ensemble, nous aide à comprendre aussi que l’Eglise est un peuple mélangé de forts et d’infirmes, de bons et de méchants… le temps de l’Eglise, c’est le temps de la patience de Dieu qui veut laisser à chacun le temps de changer de vie.

Le grain de moutarde qui devient un arbre et qui abrite les oiseaux, signifie que le Royaume de Dieu qui commence petitement va pouvoir rassembler tous les hommes.

Le levain, qui, lui, reste enfoui, est un produit, imperceptible, mais particulièrement puissant. Jésus nous révèle l’extraordinaire puissance du Royaume de Dieu (la présence du Christ Ressuscité agissant par son Esprit-Saint) qui est à l’œuvre dans l’immensité de l’humanité pour la faire monter vers le Père. Le Royaume est une force cachée de croissance, trésor caché offert à tous ceux qui cherchent Dieu.

Dans ces petites paraboles, c’est le grand projet du Père que Jésus nous révèle.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS :

Seigneur Jésus, c’est vraiment un grand secret que ce Royaume des cieux ! Mais tu nous le révèles en employant des images toute simples : tu nous demandes d’accepter que sur terre ce Royaume soit une communauté où se mêlent le bien et le mal. Le jugement dernier, ce sera l’affaire de Dieu. Nous acceptons les débuts humbles et parfois difficiles de ce Royaume. Nous admirons aussi à quel point il est une force de croissance et de fécondité pour faire monter notre monde vers le Père.

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS :

La Parole aujourd’hui dans notre vie

* Ne sommes-nous pas tentés de vouloir une Eglise de purs, de chrétiens engagés…et de vouloir écarter les faibles, les ignorants,  les ‘pécheurs’ ?

Peut-être que nous oublions qu’en chacun de nous il y a du bon et du moins bon, le bon grain et l’ivraie poussent souvent ensemble : quels moyens prenons-nous pour laisser le Seigneur purifier notre cœur ?

* La parabole de l’ivraie et du bon grain nous révèle la patience et la miséricorde de Dieu à notre égard : qu’en faisons-nous ? Peut-être nous ne sommes pas pressés de répondre à ses appels à changer.

Ne sommes-nous pas portés à juger, à vouloir faire nous-mêmes le « nettoyage » des situations ? 

* Cependant n’avons-nous pas le devoir d’appeler « bien » ce qui est bien, et « mal » ce qui est mal ? Est-ce que nous ne manquons pas de courage parfois pour dénoncer ce qui est mal, sous prétexte que « tout le monde le fait » ou « pense comme ça » ?

Donc il ne faut pas ne pas confondre le blé et l’ivraie :

Si on n’arrache pas l’ivraie, est-ce qu’il ne faut pas cependant la repérer et la maintenir à sa place ? Cette parabole de la patience, n’est-elle pas aussi la parabole du courage ? 

Devant des « petits succès » de la Parole de Dieu, devant les débuts modestes de conversion que nous constatons, quelle est notre attitude : Patience ? Découragement ? Espérance ? Pessimisme ?

 

Ensemble prions

Chant :

Dans le soleil ou le brouillard p.318

 

 

 

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16ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

“Un appel à la conversion”

(Mt 13,24-43)

En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.
Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire : “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?”
Il leur dit : “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?”
Il répond : “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps.
Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” »
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ.
C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole,
accomplissant ainsi la parole du prophète : ‘J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.’
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;
le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ;
ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »  

 

            « Il en va du Royaume des Cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ »… « Nul n’est bon que Dieu seul » (Lc 18,19) ? Ce Dieu « bon » ne peut donc que créer du « bon ». Et de fait, « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la »… Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1,27-31). Et pourtant, un mystérieux « ennemi », dit ici Jésus, va « semer à son tour de l’ivraie au milieu du blé »… Et sous son influence, cet homme « bon » et toujours « bon » en tant que créature du Dieu « Bon », ne va pas utiliser sa liberté comme il le faudrait, et il va poser des actes « mauvais » qui ne correspondent pas à cette bonne réalité qu’il est toujours au plus profond de lui-même… Et voilà l’homme brisé, cassé, blessé, torturé… « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9). Et que son enfant souffre, cela Dieu ne le supporte pas… Il enverra ses prophètes pour inviter à la conversion : « Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien. Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir », du Royaume des Cieux, de la Maison du Père, ces « produits » qui sont Plénitude de vie, joie, paix, bonheur profond… « Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée » que vous maniez « qui vous mangera »…

            Et comme Dieu, de son côté, ne cesse de vouloir le meilleur pour tous les hommes qu’il aime, il va inlassablement, avec une incroyable patience, leur lancer cet appel auquel se joint toujours la promesse d’effacer, par son pardon, par sa Miséricorde infinie, toutes les erreurs et les fautes qui ont pu être commises. « Allons, discutons, dit le Seigneur… Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront ; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront… Fais-moi me souvenir, et nous jugerons ensemble, fais toi‑même le compte afin d’être justifié » (Is 1,16-20 ; 43,26).

            Nous sommes tous pécheurs (Rm 3,9-26). Mais « par ma vie, oracle du Seigneur, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir » (Ez 33,11) ? St Paul invite ainsi à ne pas mépriser « ses richesses de bonté, de patience, de générosité », en reconnaissant « que cette bonté de Dieu nous pousse à la conversion » (Rm 2,1-4). « L’Amour en effet prend patience, il ne cherche pas son intérêt mais le nôtre. Il supporte tout, endure tout, espère tout », et notamment notre repentir… DJF




16ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 Le bon grain et l’ivraie

Mt 13, 24-43

« Si Dieu existe, j’aurais des comptes à lui demander » : cette phrase, je l’ai lue dans le journal d’un peintre contemporain. Mais, tous, nous l’avons entendue un jour ou l’autre, sous une forme ou sous une autre. Devant les souffrances, la mort, les injustices quotidiennes, nous nous demandons ce qui peut bien faire Dieu. Pourquoi son silence, son inaction ? Ne voit-il pas la souffrance de son peuple ? La question du mal est la plus grave de toutes… Si Dieu est bon et puissant, pourquoi y-a-t-il un tel déchainement de violence, de souffrances ?

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus nous donne sa réponse toute simple, et merveilleusement limpide : tout d’abord, on s’en doutait, le mal ne vient pas de Dieu qui n’a semé que du bon grain dans le champ du monde mais tout le mal ne vient pas non plus du cœur de l’homme. Le mal existe avant, et plus profond.

Pour Jésus, c’est clair et net, l’homme lui-même est victime de ce qu’il appelle le “mauvais”, le mal du “Notre père” « Délivre-nous du mal ! ». Comme il nous est bon d’apprendre cette révélation : au-delà de nos faiblesses, à la racine de nos péchés, il y a une puissance dont nous ne sommes pas totalement responsables et qui agit sournoisement : « pendant que les gens dorment » dit Jésus. Alors que le blé a été semé en pleine clarté du jour, l’ivraie est semée en cachette, en profitant lâchement d’un moment d’inconscience.

N’est-ce pas une expérience que nous faisons souvent ? Le mal s’infiltre sournoisement dans notre vie et souvent à notre insu ; nous ne nous en apercevons qu’après coup. C’est Jésus qui nous le dit et ainsi il réhabilite notre dignité profonde. Nous ne sommes pas si mauvais que nous en donnons parfois l’image. Le pécheur est d’abord une victime.

 Et puis, nous avons une fâcheuse tendance à répartir l’humanité en deux catégories très tranchées : c’est ce qu’on appelle le manichéisme : d’un côté, les bons ; de l’autre, les mauvais. C’est le principe un peu simplet des films américains, des westerns et des bandes dessinées.

Jésus, lui, là encore, n’est pas d’accord avec cette vision simpliste du monde. Pour lui, vous l’avez entendu, le bon grain et l’ivraie sont mélangés, comme en un écheveau impossible à démêler. Dans notre propre cœur, germes de vie et semences de mort cohabitent : telle action commencée dans l’amour s’achève dans l’angoisse, telle entreprise de générosité se transforme en affaire “très intéressée”.

« Je ne fais pas le bien que je voudrais faire, avoue le grand St-Paul, et je commets le mal que je ne voudrais pas faire ».

Ce mélange inextricable de bien et de mal en nous-mêmes devrait nous rendre prudents contre tous les jugements trop hâtifs ou trop intolérants envers les autres. « Seigneur, guéris-nous de l’intransigeance et du sectarisme ». Nous avons beaucoup de mal à accepter l’état naturel du monde. Nous sommes comme les fils de Zébédée qui, après avoir été mal reçus dans un village, disent au Seigneur : « Ne vas-tu pas envoyer le feu du ciel sur cette bourgade pour qu’on en parle plus ». Soyez justes, mais ne vous faîtes pas justiciers !

Nous sommes impatients de mettre de l’ordre avant le temps, un peu comme Pierre qui avec son épée, coupe l’oreille de Malchus. Remettons l’épée au fourreau : la vengeance ne nous appartient pas. « C’est moi, dit le Seigneur, qui rendrai à chacun selon son dû ». Pas de justice expéditive.

Si Dieu n’extermine pas les méchants, c’est qu’il garde au fond du cœur l’espoir qu’ils vont finir par se convertir. Dieu est plus patient que nous. Ce temps de longue patience, c’est le délai qu’il nous offre : il faut attendre le temps de la moisson, le jour du jugement pour séparer le bien du mal, en nous rappelant qu’il y a deux catégories d’hommes qui n’existent pas : “ceux qui sont entièrement bons” et ” ceux qui sont entièrement mauvais”.

« Celui qui se dit ‘’sans péché, dit Jean, celui-là est dans l’illusion et ceux qui se reconnaissent pécheurs ne le sont déjà plus ».

           Un des passages les plus étonnants de l’Evangile n’est-il pas celui-ci : « Il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de pénitence ». « Celui qui se glorifie d’être juste, ne l’est déjà plus ! »

 

 

Sans oublier que ce tri, nous le faisons avant l’heure, celle où nous jugeons, avant Dieu lui-même, le seul qui connait vraiment “les reins et les cœurs”. Ce tri, donc, peut être l’occasion de faire naître en nous le racisme, un des maux importants de notre société ; et qui peut dire qu’il ne l’est pas un peu, en face de certaines catégories humaines ?

A côté des racismes spectaculaires, foisonnent une multitude de petits racismes. Lorsque Jésus priait pour que nous devenions unis : « Père, qu’ils soient un comme toi et moi nous sommes un », il priait pour que disparaissent les castes, les ghettos, les clans, les égoïsmes qui privilégient des hommes vis-à-vis d’autres hommes. Il demandait que nous arrivions tous ensemble chez le bon Dieu, quels que soient nos liturgies, nos peaux, nos couleurs, nos âges, nos biens, nos pauvretés. Dès que nous nous intitulons juges de la conduite des autres, nous devenons racistes. On veut bien faire de l’œcuménisme avec les protestants mais pas avec les voyous !

Rappelez-vous ce racisme des bonnes gens « qui ne sont pas comme le reste du monde – voleurs, adultères ». C’est celui du pharisien debout devant l’autel qui est tout content de n’être pas comme ce publicain qui se frappe la poitrine en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, je ne suis qu’un pécheur ».

Pour Dieu, il n’y a pas de bons fils et d’autre part de mauvais fils : ils sont tous ses fils aimés de lui. Ne faisons pas de différence où Dieu n’en met pas.

Ce qui ne signifie pas que le bien est mal et que le mal est bien ! Mais non seulement je ne dois pas juger, mais je dois accueillir tous les hommes, sans acception de personne. Comme elles sont malheureuses ces querelles où l’on se condamne pour des riens ! C’est du christianisme rapetissé. Parfois, tout le zèle que nous mettons à convertir les autres serait mieux employé à nous convertir nous-mêmes… Mieux vaut une moisson difficile que pas de moisson du tout.

En supprimant tout au début, il n’y aurait plus d’ivraie, bien plus, il n’y aurait plus rien du tout ! Il faut attendre le temps de la moisson pour séparer le bien du mal, et à ce moment-là, nous aurons sans doute bien des surprises ! Pour le moment, il faut les laisser croître ensemble. Nous voudrions tant que l’Eglise soit propre, libérée de tout ce qui ne nous semble pas dans la bonne ligne. A tout moment, des voix s’élèvent pour réclamer que l’on fasse le ménage, que l’on interdise, que l’on pousse vers la sortie ceux qui ne nous conviennent pas, dans la plus modeste des chapelles comme dans l’église universelle. Cela voudrait-il dire que nous sommes plus attentifs au mal qu’au bien qui se fait ?

Serions-nous plus rapides à dénoncer qu’à encourager ? Plus disposés à juger qu’à aimer ? Il nous est tout à fait légitime d’attendre le ciel c’est-à-dire l’état de grâce définitif en communion avec Dieu. « Nous attendons, nous dit St-Pierre, des nouveaux cieux, une terre nouvelle où la justice habitera ».

Avec Jésus, nous rêvons avec joie de ce Royaume où le mal n’existera plus, où tout ne sera que vérité, amour, bonheur sans fin et sûrs de ce résultat final, nous y travaillons ici-bas, chaque jour, de notre mieux, en faisant une confiance totale au maitre du champ.

En attendant, il ne nous reste plus qu’à imiter la patience aimante de Dieu. AMEN




15ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 13, 1-23) – Francis COUSIN)

« Vous donc, écoutez … »

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous parle de la parabole du semeur, bien connue ; et il termine en disant : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! ».

Sans doute les apôtres n’avaient pas bien compris le sens de celle-ci puisqu’ils demandent à Jésus : « Pourquoi leur parles-tu en parabole ? », et Jésus de répondre : « Parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. (…) Le cœur de ce peuple s’est alourdi. », et il leurs explique la parabole en commençant par « Vous donc, écoutez … ».

C’est ce que disait déjà Moïse au peuple hébreux avant de leur dire les dix commandements : « Écoute Israël … » (Dt 6,4).

L’écoute de Dieu demande que l’on prenne quelques dispositions. On ne l’écoute pas comme on écoute quelqu’un au bar d’un café. Il faut se préparer à sa rencontre, à sa présence.

Quand j’étais jeune, le prêtre commençait la prière en disant : « Mettons-nous en présence de Dieu. », qui était une démarche de nous vers Dieu. Plus tard, chez les Frères des Écoles Chrétiennes, on disait : « Souvenons-nous que nous sommes en la sainte présence de Dieu, et adorons-le ! » ce qui me semble préférable car cela montre que Dieu est toujours présent avec nous (et en nous), et qu’il nous suffit de ’’mettre le contact’’.

« Vous donc, écoutez … » la parole de Dieu par l’intermédiaire du Verbe.

Le semeur, c’est Dieu, ou Jésus son fils, ou des prophètes qui parlent en son nom. Ils sèment à profusion, sans regarder où ils sèment, généreusement … sur toute la création …

Mais en face d’eux se trouvent les forces du Mal : « Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. » (Deuxième lecture).

Et ces forces du mal entrainent l’homme à faire de mauvaises actions en contradiction avec la Parole de Dieu vis-à-vis de la création, vis-à-vis de la terre.

La terre, le lieu qui accueille la semence, lieu de l’aventure de la foi de chacune et de chacun.

Ce lieu s’est formé pour chacun de nous en plusieurs étapes. C’est un lieu évolutif, où rien n’est jamais définitif et dont il faut à chaque instant prendre soin.

C’est un lieu qui se forme avant même que nous existions. Il dépend de notre histoire, de l’environnement géographique, de ceux qui nous ont précédé : nos parents qui nous ont préparé une terre (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et toutes ses sœurs ne seraient pas devenues ce qu’elles ont été si leurs parents n’avaient pas préparé une bonne terre) ; puis de nous-mêmes à partir de l’âge de raison, puis de l’adolescence, et puis de l’âge adulte, avec toutes les interférences de ceux qui nous entourent …

À partir de cette terre préparée par nos parents, nous avons pu la laisser à l’abandon, y déposer des pierres, laisser pousser les mauvaises herbes … ou nous avons pu l’améliorer, l’amender …

Nous avons pu aussi faire les deux actions, dans des ordres différents … ou même faire plusieurs changements … en fonction des évènements, de l’âge, de nos groupes de relations … et bien sûr de notre relation à Dieu, plus ou moins distante …

Il n’est jamais trop tard pour travailler ’’notre’’ terre, pour enlever les pierres ou les mauvaises herbes qui s’y trouvent, amenées là par le Malin qui profite de notre faiblesse vis-à-vis du monde … pour la bêcher avec la Bible … pour lui fournir de l’engrais avec les auteurs spirituels, dont les textes des papes récents … pour l’arroser avec les sacrements … et la mettre sous le soleil de Dieu dans la prière …

Nous pouvons le faire avec l’aide de l’Esprit Saint, pour que la Parole de Dieu de revienne pas vers lui « sans résultats, sans avoir fait ce qui [lui] plaît, sans avoir accompli sa mission. » (Première lecture).

Alors notre terre sera prête pour donner du fruit, le fruit donné par Dieu à travers nous par notre vie, envers tous eux qui nous entourent, nos enfants, nos amis, nos collègues et relations diverses … et envers nous-mêmes … en nous accueillant dans son Paradis.

Seigneur Jésus,

pour devenir des témoins de ton amour,

 il nous faut commencer par t’écouter,

pour que ta Parole soit bien comprise,

qu’elle pénètre notre cœur.

Alors seulement nous pourrons te suivre …

jusqu’en ton paradis.

Francis Cousin

 

 

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Prière dim ordinaire A 15°




15ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Effets de la Parole de Dieu

 Mt 13, 1-23

 Dominante qui sort de cette liturgie de la parole que ce soit la 1ère lecture ou l’Evangile : c’est l’extraordinaire profusion de la grâce de Dieu. La “pluie de Dieu” dans le texte d’Isaïe : cette pluie qui tombe, cette neige qui tombe, qui imprègne le terrain et abreuve le sol et fait peu à peu germer tout ce qu’elle contient pour donner plus tard le pain à celui qui mange « Ainsi, ma Parole, dit Dieu, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission ».

Et voici, à son tour, la parabole du Semeur qui est avant tout une merveilleuse nouvelle : « Le Semeur, le Seigneur, est sorti pour semer ».

Voilà le temps de la grâce qui est venu : Dieu sème largement. J’allais dire “à tort et à travers”, sans regarder, sans économiser, jusqu’à gaspiller ; nul ne peut échapper, nul ne peut être oublié ; la semence tombe partout : à droite, à gauche, sur le chemin, dans les pierres, dans les ronces, dans la bonne terre aussi. Dieu donne sans compter : c’est la bonne mesure dont il parle ailleurs dans l’Evangile ; mesure tassée, secouée, débordante. Aussi n’est-il plus possible d’être découragé !

Combien de fois, le peuple de la Bible, et nous-mêmes, (nous aussi, n’est-il pas vrai ?) avons été découragés, déçus ! Dieu nous fait des promesses, mais nous ne les voyons pas s’accomplir.

Combien de fois, dans l’épreuve, n’avons-nous pas mis en doute la Parole de Dieu !

Combien de fois n’avons-nous pas eu confiance ! Ce Créateur qui fait tomber la pluie fécondante, qui sème à tous vents, serait-il moins efficace pour accomplir ses promesses?

Aussi, le premier message de cette parabole est un message de confiance à ceux qui se plaignent de la lenteur de l’intervention divine : tout ce temps apparemment perdu ! Le Seigneur répond qu’elle ne se mesure pas avec des critères humains sinon peut-être ceux du paysan : semant en octobre, il sait qu’il ne récoltera sa moisson qu’en juillet suivant, qu’il va falloir des mois et des mois de pourrissement, de germination, de croissance invisible pour qu’un jour, il voit sortir de terre, de petites feuilles toutes fragiles qui sont la promesse des tiges, des fleurs, des fruits à venir.

A nous aussi, comme à Dieu, le Semeur, il faut du temps, beaucoup de temps pour que sa grâce opère en nous, qu’elle murisse, qu’elle germe, qu’elle donne du fruit.

« Dieu écrit droit avec des lignes courbes», disait un proverbe chinois.

Déjà, pour faire un corps humain : il faut neuf mois pour le mettre au monde, vingt-cinq ans pour le faire parvenir à la vie adulte, et nous voudrions que Dieu gâche son travail lorsqu’il s’agit du mûrissement et de la croissance de sa vie divine en nous ! Une vie promise à l’éternité ! Peut-être n’avons-nous pas trop de toute notre vie humaine simplement pour laisser Dieu s’implanter en nous, y prendre corps et s’épanouir sur notre pauvre terrain. Oui, Dieu travaille et le jour de la moisson viendra en son temps.

Il faut aborder maintenant, non plus le travail de Dieu, mais celui du Semeur, travail généreux. Nous sommes la terre de ce semeur impénitent, offert à ses semences, criblé de grâces. Personne n’y peut rien, c’est son style à lui. Dieu est comme cela, on ne le changera pas ! Ces grains, ces grâces qui ruissellent et qui rebondissent, à quoi ressemblent-ils ?

Le semeur, c’est Jésus Les grains, c’est la Parole de Dieu La terre, c’est nos coeurs!

Ce ne sont pas seulement des dons, des charismes, pas seulement des paroles, ce sont des semences divines devenues chair, devenues vie de Dieu en nous, comme celle d’un époux. Mais cette semence tombe-t-elle ? Sur des terrains extrêmement divers et c’est là encore que nous constatons le respect de Dieu pour la liberté de l’homme : sans une libre adhésion humaine, Dieu ne peut rien. Quelle est la qualité du terrain où tombe cette semence de Dieu ? Quelle est la qualité de l’accueil que nous réservons à cette Parole qui doit féconder notre cœur ?

Il y a le terrain : le bord du chemin, dur comme de la pierre sur lequel l’homme passe et repasse en écrasant, en piétinant la Parole de Dieu qui n’a aucune chance, alors, de s’implanter ; la terre manque.

Combien en avons-nous vu autour de nous, de ces personnes au cœur de pierre, durs avec les autres, durs en affaires, l’âme martelée par les pas pesants de tous ceux qui piétinent les sensibilités, l’affectivité et qui ne connaissent pas d’autres terrains que ceux où l’on pose ses gros sabots.

La semence, elle, est bien trop petite, bien trop modeste pour qu’ils y fassent attention ! Ils passent dessus allègrement.

Aussi sont-ils aussi peu respectueux de ceux qui les entourent : ils avancent comme des bulldozers, sans rien voir de ce qu’ils écrasent, « ils regardent sans regarder, ils entendent sans écouter » et surtout sans comprendre vraiment. Ainsi s’accomplit pour eux la parole du prophète Isaïe : « Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas », « leur cœur s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouchés les yeux. Leur cœur ne comprend rien et ils ne se convertissent pas ».

En fait d’accueil à la grâce de Dieu, certains sont des blockhaus non seulement impénétrables à cette vie divine mais ils ont tout fait pour s’en défendre et s’en protéger, car, sans rien comprendre, ils ont pourtant réalisé que si Dieu pénétrait dans leur vie, ce ne serait plus eux, les maitres, mais bien Dieu lui-même qui va les embarquer dans une aventure qu’ils ne désirent surtout pas : tous ont le droit de pénétrer dans leur existence, sauf la semence de Dieu, la vie de Dieu, qui, seule, pourtant, pourrait un jour les féconder.

Parole de Dieu piétinée sur le chemin de la vie – Parole de Dieu séchée, asséchée, desséchée dans un terrain pierreux où il manque la terre c’est-à-dire l’accueil : il entend la Parole plus qu’il ne l’écoute mais il n’a pas de racine.

Comment dans ce cas-là, la Parole de Dieu va-t-elle à son tour prendre racine en lui ? La catégorie de tous les superficiels, les gens de surface, qui font plus attention à la vie extérieure : société, apparences, façades, modes, look, poudre aux yeux, frime, un magasin tout en vitrine où il n’y a rien dans les rayons…

Parole de Dieu piétinée – Parole de Dieu en terrain pierreux – semence aussi qui tombe dans les ronces : « Oh ! Seigneur, nous voudrions bien t’accueillir mais vois-tu nous avons tellement de soucis, tellement d’occupations de toutes sortes, notre emploi du temps est tellement chargé et tu n’as pas la priorité, alors on te donne une petite place provisoire, vite étouffée, vite invivable au milieu de tout ce fracas et ce foisonnement uniquement humain ». La Parole est étouffée, couverte par les hauts parleurs des médias, des courants d’idées, du vacarme, des modes et des airs du temps.

Frères et sœurs, finissons par la bonne terre car elle existe, elle aussi, c’est la terre d’accueil qui reçoit la pluie et la neige de Dieu afin de pouvoir féconder la semence et faire germer un monde nouveau.

« Toute Parole qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission ».

La bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et qui la comprend, c’est-à-dire qu’il la prend avec lui. AMEN




Rencontre autour de l’Évangile – 15ième Dimanche du Temps Ordinaire

“Voici que le semeur est sorti pour semer.”

 

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mt 13, 1-23)

Dans une série de paraboles, Jésus va révéler les secrets du Royaume. La première, qui est célèbre, la parabole de semeur va en quelque sorte introduire toutes les autres. Une parabole est un récit imagé qui décrit une situation qui permet à l’auditeur de réfléchir et de s’interroger. Quand on applique chaque terme d’une parabole à une situation (comme dans l’explication qui suit), la parabole devient une « allégorie ». Cela est clair dans l’allégorie de « la vigne » : Jésus est le cep, nous les sarments, le Père le vigneron.)

 

Soulignons les mots importants

 Le semeur est sorti.

Bord du chemin…sol pierreux…les ronces…bonne terre : Il est étonnant que le terrain n’ait pas été d’abord labouré ?

Cent, soixante, trente pour un : Qu’est-ce qui est mis en valeur avec ces chiffres ?

Celui qui a des oreilles, qu’il entende : quel est le sens de cet avertissement ?

« A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux (aux foules) ce n’est pas donné » : Comment comprendre cette parole de Jésus concernant ses auditeurs ?

Le Mauvais survient.

La parole du Royaume : qui est-ce qui dit cette parole ?

« comprendre » : Que veut dire comprendre la parole ?

Pas de racines : C’est quoi ne pas avoir de racines ?

La bonne terre : Celui qui entend la Parole et la comprend.

 

Pour l’animateur   

+ Dans la Palestine d’autrefois, on semait d’abord, on labourait ensuite pour que la terre recouvre la graine. Cela explique ces différents terrains de la parabole. A noter également que le chemin dont il est question n’est pas un chemin qui borde le champ, mais un raccourci qui traverse le champ avant les semailles. Cela peut donner l’impression d’un gaspillage. Et pourtant, malgré cette impression d’échec massif, il y a au bout une belle récolte.

C’est là le message : pour celui qui regarde dans l’immédiat, l’expérience des semailles peut engendrer un sentiment de découragement. Le vrai paysan sait que la récolte est plus forte que l’apparent gaspillage.

Jésus a prononcé cette parabole à l’adresse de ses proches disciples lorsqu’ils avaient l’impression que son ministère ne rencontrait que des échecs répétés. Dans la parabole prononcée par Jésus, c’est sur la semence qu’il veut faire porter notre attention : la semence est porteuse de fécondité.

+ Dans l’explication de la parabole, qui sans doute a été ajoutée plus tard, l’attention se porte sur la qualité des terrains.

C’est le but de l’avertissement : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ». Autrement dit : attention ! Il y a à tirer de cette parabole bien plus que vous ne pensez !

Avant l’explication, Jésus distingue les auditeurs qui sont engagés à sa suite (ses disciples) : ils sont de la famille, et comprennent le sens profond des paraboles, alors que ceux du dehors, ne comprennent pas, parce qu’il leur manque une disposition fondamentale de disponibilité et d’ouverture. Dieu respecte les choix de l’homme. Les premiers chrétiens s’interrogeaient sur la fermeture des juifs face à l’Evangile.

L’explication de la parabole.

Un « prophète » chrétien composa un jour une homélie sur le semeur, en centrant sa réflexion sur les conditions d’accueil de la parole de Dieu. Pour ce faire, il prit dans un sens allégorique chacun des terrains mentionnés par le récit. Les évangélistes transmirent cette homélie, avec leurs propres retouches, comme explication de la parabole. Celle de la parabole s’adresse donc aux disciples, qui apparaissent disponibles à l’enseignement du maître.

La parole du Royaume, c’est la parole de Jésus, qui annonce et instaure le Royaume. Comprendre cette Parole, (pas de manière intellectuelle) c’est se savoir concerner par le message entendu, c’est s’ouvrir et se soumettre à ce qu’elle demande de faire.

L’homme sans racines personnelles, « l’homme d’un moment », qui ne prend pas le temps de laisser la Parole entrer profondément dans sa vie, craque à la moindre persécution ou opposition.

La bonne terre : c’est le coeur disponible au message, qui se laisse transformer par lui ; c’est faire que la Parole, selon les capacités de chacun, porte des fruits de bonté, d’amour, de justice…dans la vie de tous les jours.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS :

Jésus, tu es le semeur du Royaume. Tu es sorti de Dieu pour ensemencer notre terre des semences de vie éternelle. Tu sèmes en abondance. Tu es venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Que d’obstacles à ta Parole dans notre vie et dans le monde ! Le train-train de la vie, la recherche du confort, la course à l’argent, les doutes entretenus, l’indifférence qui nous entoure…

Viens à notre secours.

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS :

La Parole aujourd’hui dans notre vie

La parole de Dieu, l’Evangile, est une semence de qualité que Jésus sème : quelle est l’importance de la Parole de Dieu pour moi ? Quelle place je lui donne à la lecture de l’évangile dans ma semaine ? Quelle attention je porte à la lecture de la Parole à la messe ? Est-ce que j’essaie de retenir quelque chose pour ma vie ?

Proposer aux participants de redire de mémoire une parole de Jésus, une phrase d’évangile qui revient souvent à notre cœur : ce sont des semences de vie que Jésus a semées dans nos coeurs et qui nous font vivre. Partageons-les.

Qu’est-ce qui risque d’ôter de nos cœurs la Parole de Dieu ?

Quelles épines risquent de l’étouffer ?

Quelles épreuves risquent de la déraciner ?

Quels moyens prenons-nous pour « comprendre » la Parole ?

Le terrain où germe la Parole de Dieu, c’est aussi le cœur de nos frères. Avons-nous le souci de cultiver ce terrain ?

 

Ensemble prions

Chant : Sur les chemins du monde p.182 c.1 et 2

Pour que ta parole en nous Seigneur,

ne tombe pas sur le bord du chemin,

de peur que Satan ne l’enlève de notre cœur,

nous te prions.

 

 Ref : Seigneur, écoute-nous, Seigneur exauce-nous.

 

Pour que ta Parole en nous, Seigneur,

Ne tombe pas sur un sol pierreux,

De peur que nous ne soyons inconstants

Dès la première tentation, nous te prions.

Pour que ta Parole en nous, Seigneur,

Ne tombe pas dans les épines

De peur que ne l’étouffent les soucis de la vie

Et les séductions de la richesse, nous te prions.

Pour que ta Parole en nous, Seigneur,

Tombe dans une terre belle et féconde

Afin que nous portions des fruits en abondance, nous te prions

Seigneur Jésus semeur de tout le bien qui est dans le monde,

fais en nous des semailles de bonté et de justice.

Que se lève sur notre terre une moisson d’amour fraternel. Amen

 

 

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15ième Dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

 

 

 

 




15ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

 

“Accueillir et bien comprendre la Parole.”

 (Mt 13, 1-23)

 

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer.
Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer.
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde.
Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là.
À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a.
Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : ‘Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.’
Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent !
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »
Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin.
Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ;
mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt.
Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »

   

   Jésus se présente ici comme « le semeur » « sorti » de la Maison du Père « pour semer » le plus largement possible une « Parole qui n’est pas de moi », dit-il en St Jean, « mais du Père qui m’a envoyé » (Jn 14,24). Et elle peut se résumer en quelques mots : « Le Père lui-même vous aime » (Jn 16,27). Peu avant sa Passion, dans une perspective qui englobe en fait l’humanité tout entière, il priera son Père en disant : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée (…) pour que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17,23). Mais comment le Père aime-t-il le Fils ? En se donnant à Lui, gratuitement, par amour, et cela de toute éternité, « avant tous les siècles », disons-nous dans notre Crédo. « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35). Et c’est en lui donnant « tout ce qu’il a » (Jn 16,15 ; 17,10), tout ce qu’il est, qu’il l’engendre en Fils « de même nature que le Père, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière ». Tel est le fondement de tout, le cœur de la Révélation chrétienne : « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16) depuis toujours et pour toujours, et le propre de l’Amour en Dieu est de « donner » tout ce qu’il a, tout ce qu’il est, gratuitement, par amour…

            Tout homme sur cette terre, et cela depuis que l’humanité existe, a ainsi été créé par amour. Le Dieu « Amour » et « Esprit » (Jn 4,24) a en effet « insufflé » dans sa pâte humaine de chair et de sang (Gn 2,4b-7) son Souffle de Vie, son Esprit de Vie, ce qu’Il Est en Lui-même, et il lui a ainsi donné gratuitement, par amour, d’être lui aussi « esprit », « corps, âme et esprit » (1Th 5,23). Et ce même Amour ne cesse d’environner, de se donner à tout homme… « Toute la terre, Seigneur, est remplie de ton amour » (Ps 33(32),5). « Votre Père qui est aux cieux fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5,45). Gratuité du Don de l’Amour « à tous les hommes qu’il aime » (Lc 2,14), car entre tous les hommes, ses enfants, « Dieu ne fait pas acception des personnes » (Rm 2,11 ; Ac 10,34).

            Mais si l’Amour se donne gratuitement, encore faut-il accepter de le recevoir en se tournant vers Lui de tout cœur, et donc en renonçant au même moment à tout ce qui lui est contraire… D’où l’appel de Jésus au repentir, à la conversion, jour après jour, autrement, si « les épines » ne sont pas éliminées au fur et à mesure, « elles vont monter et étouffer la Parole », et avec elle le Don gratuit de l’Amour, « qui demeurera sans fruit »…        DJF

 




14ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 11, 25-30) – Francis COUSIN)

 « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »

           

On peut être surpris de cette prière de Jésus, car Dieu aime tous les hommes de la même façon, il ne fait pas de différence entre eux, « car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5,45). On comprend donc mal qu’il fasse des différences entre ’’les sages et les savants’’ et ’’les tout-petits’’.

En fait, la différence ne vient pas de Dieu, mais des humains.

Dieu n’a jamais rien caché aux sages et aux savants, mais ce sont eux qui n’ont pas accepté (ou pas compris) ce qu’ils reçoivent de Dieu. Ils se construisent un Dieu à leur manière, ils parlent de Dieu, sur Dieu, mais ils ne parlent pas à Dieu, comme Dieu. Ils se parlent à eux-mêmes. Voir la parabole du pharisien et du publicain, qui lui, parle à Dieu et se reconnaît petit face à lui.

Les tout-petits, qui sont-ils ? On pense aux pauvres, à ceux qui n’ont rien (ou presque), dans différents domaines : financier, travail, affection, famille, intelligence intellectuelle (mais pas pratique …) … mais cela, c’est notre vision humaine.

Le vrai pauvre est celui qui attend tout de Dieu. Non pas celui qui reste à ne rien faire et qui tends la main, mais celui qui reconnaît son état de ’’faiblesse’’, celui qui est doux et humble de cœur, et qui est prêt à s’en sortir avec ce que Dieu lui donne en utilisant l’adage « Aide-toi et le ciel t’aidera. ». Ceux qui suivent l’enseignement de Jésus : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » (Mt 18,3).

Rien à voir avec la richesse matérielle :

– Un riche peut être tout petit devant Dieu, et s’occuper des autres. Cela existe.

– Un pauvre peut demander des comptes à Dieu et être un parfait égoïste. Cela existe.

Tout est une question de comportement.

Et si nous nous regardons bien, nous sommes bien obligés de reconnaître que nous sommes, selon les jours ou les circonstances, comme les ’’sages ou les savants’’, et d’autres fois comme les ’’tout-petits’’, selon la manière que nous avons de considérer Dieu, et surtout de la manière dont nous l’écoutons, de la manière dont nous le recevons, dont nous recevons ce qu’il nous donne …

Un chant disait : « Tout vient de toi, ô Père très bon … ».

C’est vrai, mais nous aimerions que ce soient toujours des choses que nous considérons comme bonne pour nous, et nous avons du mal à accepter ce que nous ne voulons pas, ce qui ne nous plaît pas … mais qui sont bonnes pour nous dans le dessein de Dieu.

Dieu ne veut que notre bonheur, mais sans doute un bonheur différent de celui que nous aimerions (beaucoup d’argent, grosse voiture, grande maison, grands voyages …) qui peut nous être suggéré par le Malin …

Nous avons un choix à faire, chaque jour, entre Dieu et le Malin …

Écoutons Jésus qui nous dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. »

Et il insiste en précisant de quel repos il s’agit : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. », c’est-à-dire pour la vie éternelle … qui commence maintenant !

Mais le joug nous fait un peu peur : c’est un objet lourd, encombrant, contraignant, qui laisse peu de place à l’initiative, surtout s’il est pour deux animaux …

Mais Jésus ajoute aussitôt : « Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger » … , car il n’est constitué que d’amour !

Seigneur Jésus,

ceux que tu aimes davantage

sont ceux qui te ressemblent,

doux et humble de cœur,

qui mettent leur confiance

entre les mains de leurs parents,

de leur Père, comme toi.

Cela nous est parfois difficile.

Aide-nous à te ressembler.

Francis Cousin

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 14°




14ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

 

“Accueillir en son cœur, par le Don de l’Esprit, le Christ doux et humble (Mt 11,25-30).”

 

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

                 « Les sages et les savants » mettent souvent leur confiance dans leur savoir, leurs connaissances, leurs capacités, leur rang social. Ils pensent qu’ils n’ont de leçon à recevoir de personne puisque ce sont eux qui les donnent ! Ils ont tout ce qu’il faut pour bien mener leur vie et atteindre le bonheur. Ils se suffisent à eux-mêmes… Mais ils oublient leur condition de créatures et ne prennent donc pas en compte le projet initial du Créateur qui nous a tous faits pour que nous vivions de sa vie dans le cadre d’une relation librement consentie avec lui.

            Or, accepter de se mettre en vérité en Présence de Dieu, ne peut que nous conduire à reconnaître notre petitesse, nos limites, notre  faiblesse et notre incapacité à découvrir par nous-mêmes « Qui » Est Dieu (Is 55,8). Mais cette pauvreté est en fait notre vraie richesse, car Dieu désire se révéler à nous par le Don de l’Esprit Saint, « l’Esprit de Connaissance, de Conseil, de Sagesse et d’Intelligence » (Is 11,1‑3), « l’Esprit de Gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14) qui « illumine les yeux du cœur » (Ep 1,17-19) et permet de reconnaître en Jésus « le Seigneur de la Gloire » (1Co 2,8) venu nous révéler « le Père de la Gloire » (Ep 1,17).

            Et qui est-il ? « Le Bienveillant » par excellence, nous dit ici Jésus, Celui qui ne cherche, ne désire et ne poursuit que notre bien… Tel est le Mystère de ce Dieu Amour qui s’est pleinement révélé en Jésus, le Fils, cet « Astre d’en haut qui nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort », c’est-à-dire les pécheurs, « et redresser nos pas au chemin de la paix » (Lc 1,76-79), une paix qui, dans la Bible, est synonyme de plénitude…

            Inlassablement, Jésus se propose donc de « redresser nos pas », en « Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve » (Lc 15,4-7). Et son seul but est que nous retrouvions avec lui, grâce à lui, cette plénitude intérieure que nous avions perdue par nos multiples errances, une plénitude spirituelle où se cache le seul vrai bonheur.

            « Venez donc à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos », le calme intérieur, la paix du cœur… « Il m’entraîne dans des silences d’où je voudrais ne jamais sortir » (Elisabeth de la Trinité). « Je m’arrange, même au milieu de la tempête, de façon à me conserver bien en paix au dedans » (Ste Thérèse de Lisieux).

            Et puisque c’est le Christ lui-même qui, par le Don de l’Esprit, se propose de porter avec nous, en nous, tous les fardeaux de cette vie, avec lui, nous promet-il, ils seront « plus faciles à porter », et d’écrasant, ils deviendront « légers »…                                      DJF