29ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 18, 1-8)

 

« Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus,

Qui crient vers lui jour et nuit ? »

Pour être sûr que les lecteurs comprennent bien le sens de la parabole que Jésus va donner juste après, Luc commence par préciser celui-ci : « Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager ».

Rien que cette première phrase nous interpelle, parce que pour la plupart d’entre nous, ce n’est pas la grande quantité de nos prières qui risque d’importuner Dieu, mais bien au contraire le faible nombre de celles-ci.

Oh, bien sûr, nous prions Dieu : la messe du dimanche, une petite prière le matin, une autre le soir … et le reste du temps, on fait relâche, ou laisse Dieu tout seul là-haut dans le ciel, et nous, on s’occupe de nos affaires sur la terre.

Et on ne fait pas le lien entre nos affaires et Dieu. Comme si cela n’intéresse pas Dieu.

Pourtant, Jésus nous a dit : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20). Et si Jésus est avec nous, Dieu aussi est avec nous. Comment donc Dieu pourrait-il être avec nous sans s’intéresser à ce que nous faisons, sans qu’il n’écoute nos prières ?

Comment alors « Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? »

Crier vers Dieu jour et nuit … Prier vers Dieu jour et nuit …

C’est la même chose, à une lettre près …

Cela montre la nécessité de prier tout le temps. C’est ce que saint Luc met en exergue de l’évangile d’aujourd’hui : « La nécessité pour eux de toujours prier … ». Saint Paul le rappelait aux Thessaloniciens : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance » (1 Th 5,16-18).

Mais saint Luc ajoute : « sans se décourager ». C’est sans doute ce qui nous manque généralement : la persévérance dans la prière. Ou plutôt dans une prière ; ne pas avoir peur de faire plusieurs fois la même prière … jusqu’à ce qu’on ait une réponse de Dieu.

Trop souvent, nous voulons une réponse tout de suite. C’est un peu le mal du siècle. Comme si Dieu était à nos ordres. Mais le temps de Dieu n’est pas notre temps ; il attend le moment favorable pour nous, le temps peut-être que nous murissions notre projet, le temps que nous réitérions notre prière, une fois, deux fois, … x fois, pour être vraiment sûr que c’est cela que nous voulons, avant de nous donner une réponse.

C’est ce qui se passe avec la veuve de l’évangile. À force de réclamer la même chose au juge, celui-ci lui donne raison.

Saint Luc avait déjà parlé de l’insistance dans la prière, avec cet homme qui reçoit à l’improviste un ami en pleine nuit et qui n’a pas de pain à lui offrir. Il demande à un voisin de lui en donner, mais celui-ci refuse : « “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.” Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut » (Lc 11,7-8).

N’ayons donc pas peur de demander une chose à Dieu avec insistance, sans se décourager, persévérant envers et contre tout. C’est en faisant comme cela que va se manifester notre foi, l’épaisseur de notre foi.

Mais quand on voit le niveau général de notre persévérance dans la prière, on ne peut que comprendre l’inquiétude de Jésus : « le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? »

Seigneur Jésus,

Tu veux que nous te prions sans cesse,

que nous soyons toujours en relation avec toi.

Mais nous ne pensons à toi

que de temps en temps.

Nous t’oublions, souvent par paresse

plus que par rejet de toi.

Nous avons peur de te déranger,

alors que tu ne demandes que cela !

Parce que tu nous aimes.

 

Francis Cousin

  

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Prière dim ordinaire C 29°




29ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 La prière 

Lc 18, 1-8

Le geste de Moïse dont on tient les bras levés vers Dieu pour la prière, durant une bataille, peut nous paraître naïf et proche de la magie. En fait, il contient une profonde vérité de foi : tout ce que nous faisons, c’est Dieu qui nous donne le pouvoir de le faire. Et Jésus ne nous dira pas autre chose : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ».

Moïse en était convaincu, il persévérait dans la prière tandis que Josué combattait dans la plaine, car la prière ne dispense pas d’agir, mais l’action ne dispense pas de prier.

 « Laisser tomber les bras ». Voilà une expression que nous employons encore pour parler de quelqu’un qui n’y croit plus, qui renonce : « Il a baissé les bras ». Moïse, lui, n’a pas baissé les bras, il a tenu dans la foi, il a persévéré dans la prière jusqu’au bout… Aussi, à travers ce geste de Moïse, c’est la question de la foi qui nous est posée.

Sur qui comptons-nous ? Sur Dieu ? Ou seulement sur nous-mêmes ? Est-ce-que nous nous estimons assez forts pour nous passer de lui ? Et c’est tout le sens de la dernière phrase de l’Evangile d’aujourd’hui. Une question à laquelle Jésus ne répond pas parce qu’il ne peut pas répondre à notre place.

« Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »

A voir le petit nombre que nous sommes à prier, chaque dimanche, la question se pose en effet et nous-mêmes, dans nos journées, quelle place laissons-nous à la prière ?

Il faut avoir vécu en pays musulman, avoir été témoin de la prière d’un peuple, pour mesurer avec honte à quel point nos sociétés  occidentales  sont  des “déserts  de  Dieu”. Psichari, un officier français, écrivait  après  un voyage au  Maroc : « Tu ne sais  pas ce que c’est que de vivre dans un pays où tout le monde prie ». Et vous connaissez peut-être la maxime de Gandhi : « La prière est la clé du matin et le verrou du soir ».

Frères chrétiens, avons-nous un rendez-vous quotidien avec Dieu ? Oh ! Je sais, on dit « Je n’ai pas le temps », ayons plutôt le courage de reconnaitre « Je ne prends pas le temps ». Prier, c’est d’abord “prendre du temps pour Dieu”, lui accorder un peu de notre temps parce que nous estimons que c’est vital pour notre foi. Vous le savez bien, si on aime quelqu’un, on prend le temps d’être avec lui, de l’écouter, de lui parler, de l’aimer.

La prière est ce “Rendez-Vous” avec Dieu. Elle nous rend présents à Dieu, elle nous expose au rayonnement de son amour. On prend bien des “bains de soleil”. Certaines personnes passent des heures et des heures sur la plage pour bronzer-idiot. Il serait plus utile de prendre des “bains de Dieu”. Notre âme n’en sera pas bronzée, mais plus forte, plus solide dans sa foi.

 Au milieu de l’agitation trépidante de notre vie, la prière est également un “bain de silence” qui permet une décantation de nous-mêmes, comme une eau qui lorsqu’elle est au repos, se clarifie peu à peu, et alors, mais alors seulement, nous pouvons entendre Dieu qui nous parle doucement.
Son Esprit nous souffle la direction à prendre, nous éclaire sur la voie à suivre, purifie notre regard et notre cœur, pour mieux voir et mieux juger ce que nous faisons et aussi ce que nous devons faire, en nous-mêmes et avec les autres. Nous découvrons alors l’action de Dieu  à travers les événements, à travers notre histoire à nous. La prière apaise notre cœur, nous remplit d’indulgence pour nos proches, fortifie notre volonté à les servir, la vraie prière nous relie à Dieu mais aussi aux autres…

 

Souvent nous avons une fausse idée de la prière : nous adressant à Dieu, nous croyons que notre prière va le fléchir, le faire changer d’avis, le mettre à notre service comme ce juge avec cette veuve qui insiste. En fait, ce n’est pas nous qui mettons Dieu à notre service, c’est le contraire qui se produit dans la vraie prière : nous nous mettons au service de Dieu. Nous ne changeons pas Dieu, c’est Dieu qui nous change, qui nous modifie, qui nous modèle à son image comme pour une nouvelle création intérieure. Ce n’est pas nous qui agissons sur Dieu, c’est Dieu qui agit sur nous, en nous, pour nous rendre un peu mieux, un peu plus : fils du Père. Si bien que dans une vraie prière, nous avons moins à parler qu’à écouter. « Parle Seigneur, ton serviteur écoute », disait Samuel à Dieu.

C’est à lui de parler, ce n’est pas tellement à nous ! Et Dieu n’attend que cette ouverture pour nous remplir de sa lumière, de son amour, de sa force. Julien Green, dans son journal, compare Dieu à l’eau arrêtée par le barrage de notre égoïsme et qui, dès que le barrage cède, s’engouffre avec force, avec fougue, dans la vallée de nos existences.
Mais c’est peut-être cela qui nous fait peur : n’être plus le maître de nos vies pour laisser le Seigneur l’envahir d’abord et ensuite la diriger : « Celui qui veut protéger sa vie la perdra, celui qui consent à l’exposer la sauvera ». Il sait de quoi nous avons besoin tout comme il savait pourquoi Moïse avait les bras levés tandis que Josué combattait mais il désire notre persévérance, notre insistance, notre foi dans la prière  comme cette veuve  avec ce juge qui pourtant n’est pas comme Dieu, puisque lui, c’est par lassitude qu’il consent à rendre justice à cette veuve, tandis que notre Père ne nous fera pas attendre pour nous rendre justice.

La prière est à la mesure de notre foi : elle se prolonge et dans ce cas, elle a raison du cœur de Dieu, comme pour Moïse qui avait bien de la peine à maintenir ses bras tendus vers Dieu. Dans la difficulté de la prière, aurions-nous tendance à baisser les bras ? Savons-nous nous ménager des moments de prière, seul, en foyer, mari et femme, en famille aussi avec les enfants ? Car ne l’oublions pas, il y a une grâce spéciale à prier ensemble : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ».

Chaque dimanche, l’Eglise nous rassemble pour la prière par excellence, celle de la messe, celle de l’Eucharistie où c’est Jésus-Christ lui-même qui vient au milieu de nous pour prier pour nous son Père du ciel. Prière variée que celle de la messe qui nous rassemble aussi pour le pardon, la louange, l’action de grâces, l’adoration.

Chaque semaine, l’Eglise nous apprend à donner du temps à Dieu dans une prière communautaire : que cela nous entraîne à une prière personnelle chaque jour.  AMEN




29ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 18, 1-8)

Confiance en l’Amour (Lc 18,1-8) !

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes.
Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : “Rends-moi justice contre mon adversaire.”
Longtemps il refusa ; puis il se dit : “Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne,
comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.” »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice !
Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ?
Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

        

            « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), un Amour infini, sans limite… Et « c’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour » (Ste Thérèse de Lisieux).

            Pour nous inviter à cette confiance, le Seigneur va prendre ici l’image d’un juge « qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes ». Malgré sa fonction, rendre la justice était donc le dernier de ses soucis ! Mais une veuve, c’est-à-dire quelqu’un qui, dans sa vulnérabilité et sa fragilité, avait tout particulièrement besoin de justice, saura insister et insister encore pour que justice lui soit rendue. Et ce juge répondra finalement à sa demande, non pas pour être fidèle à sa charge, mais par pur égoïsme. Plus personne en effet ne viendra lui casser les oreilles, il sera enfin tranquille…

            Or Jésus emploie ici la technique du contraste pour faire grandir en nous la confiance en notre Dieu et Père. Si la justice a finalement été rendue dans un tel contexte, combien plus le sera-t-elle dans le cadre de notre relation à Dieu, Lui le seul vrai Juge, Lui qui n’est que Justice et qui n’a qu’un seul désir : accomplir toute justice. Or, ce qui est juste pour l’Amour, c’est que l’Être aimé soit bien, au sens fort du terme. Quelle que soit en effet la situation dans laquelle nous nous trouvons, l’Amour ne poursuit toujours qu’un seul et même but : notre bien le plus profond, un bien dont nous n’avons peut-être pas vraiment conscience et que nous découvrirons au fur et à mesure que nous l’expérimenterons. Et là nous comprendrons à quel point il est le fruit gratuit de l’Amour !

Le Seigneur nous invite donc ici à la confiance en son Amour : Lui sait mieux que nous mêmes ce qui est vraiment bon pour nous. Si nous demandons et demandons encore dans la prière ce qui nous semble bien pour nous ou pour un proche, et si ce que nous demandons n’arrive pas, osons nous remettre en question… Osons alors faire confiance en l’Amour : sa solution ne peut qu’être meilleure que la nôtre. Nous ne voyons souvent en effet que le bout de notre nez, alors que Dieu lui voit au-delà du temps et de l’espace… « Je vais prier pour que la Sainte Vierge diminue votre oppression », dit une Sœur à Thérèse de Lisieux, malade de la tuberculose. Réponse immédiate : « Non, il faut les laisser faire là haut »…

« À Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir, à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen » (Ep 3,20-21).

                                                                                                                                  DJF

 

 




28ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 17, 11-19)

« Suivre la loi … ou rendre grâce. »

Une bande de dix lépreux : neuf juifs et un samaritain.

Les lépreux, du fait de la contagion possible, ne pouvaient pas vivre avec les autres gens ; et pour s’aider les uns les autres, et peut-être se soutenir le moral, ils avaient l’habitude de se rassembler. Ce qui peut expliquer qu’on trouve un samaritain dans le groupe, car habituellement, « les juifs ne fréquentent pas les samaritains » (Jn 4,9). C’est la maladie, leur exclusion de la société qui a fiat qu’ils se retrouvent ensemble.

Le groupe arrive devant Jésus, et lui demande de l’aide. Alors Jésus les envoie se présenter aux prêtres, donc à Jérusalem, dans le temple. En leur donnant cet ordre, Jésus ne fait que suivre la loi de Moïse qui donne aux prêtres seuls le pouvoir d’attester de la guérison de la lèpre et rendre aux anciens malades toute leur dignité (cf. Lev 14,2-32).

Confiant dans la parole de Jésus, tous partent vers Jérusalem. En cours de route, tous sont purifiés. Les neuf juifs continuent leur route vers Jérusalem afin que leur guérison soit attestée. Ce faisant, ils obéissent à la loi et à l’ordre de Jésus, tout heureux de pouvoir être reconnus comme en bonne santé et enfin suivre une vie normale au sein de la société. Ils ne pensent qu’à eux-mêmes.

Quant au Samaritain, ayant été guéri et ayant donc retrouvé sa dignité, il ne continue pas vers Jérusalem où il aurait été sans doute malvenu. Il revient donc vers Jésus pour le remercier, « en glorifiant Dieu à pleine voix. ». Mais il ne va pas remercier Jésus à la sauvette, il se jette vers lui face contre terre en lui rendant grâce. Ce faisant, il reconnaît en Jésus le Dieu qui l’a guéri, il rend grâce à Jésus.

Bien sûr, Jésus est déçu que tous ne soient pas venus le remercier, et le fait savoir. Les neuf juifs auraient pu revenir en arrière pour le remercier et ensuite seulement partir à Jérusalem, … Ils n’étaient pas à quelques heures près vu le cadeau qu’ils avaient reçu …

Alors Jésus relève le Samaritain et lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. »

Quelle chance pour le Samaritain : non seulement il a été guéri, mais Jésus lui annonce que, dès maintenant, une place lui est réservée dans le Royaume des Cieux.

Tout ça, simplement pour un merci. Appuyé, certes, mais quand même …

Et nous, comment nous situons-nous ?

Ne sommes-nous pas trop souvent dans le groupe de ceux qui estiment normal que Dieu nous ait donné tout ce que nous avons : la naissance, la santé, divers dons : le chant, la danse, la peinture, nos capacités intellectuelles … et qui ne pensent pas à remercier Dieu pour ses bienfaits, ou si peu …

Ne considérons-nous pas souvent tous ces dons comme étant le fruit de notre travail : Si je chante bien, c’est parce que je m’entraîne, je prends des cours … si j’ai réussi mes examens, c’est parce que j’ai travaillé … et on oublie de se demander pourquoi j’ai une belle voix, pourquoi j’ai des facilités intellectuelles …

Comme nous avons du mal à dire merci, un vrai merci, pas un merci-par-habitude ! Que ce soit entre nous les humains d’abord … et aussi à Dieu !

Et pourtant, un merci peut changer tellement de choses ! La preuve avec le Samaritain !

Seigneur Jésus,

Tu es tellement généreux

que tu donnes sans compter,

à tous les humains …

et nous pensons que cela vient d’un tel,

ou même de notre travail, de nous-même.

Et nous oublions de te remercier !

Pardon Seigneur !

 

Francis Cousin

  

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Prière dim ordinaire C 28°




28ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Les  dix  lépreux

Lc 17, 11-19

Les miracles de Jésus ne sont pas à mettre tous sur le même pied. Jésus ne veut jamais en faire une manifestation spectaculaire destinée à nous en mettre plein les yeux pour amener notre adhésion au Christ. Chacune des guérisons est opérée dans un contexte particulier. Le miracle, c’est d’abord une action à travers laquelle Dieu se révèle, à travers laquelle Dieu nous parle.

* Allons donc jusqu’à la signification profonde, théologique de ce miracle.

* Que signifie “la lèpre” ? Que signifie ce “retour” vers Jésus d’un seul des guéris ?

* Et  de  quelle  foi s’agit-il lorsque  Jésus  dit  « Ta foi t’a sauvé » ?

Aujourd’hui, il s’agit de dix hommes, lépreux, qui implorent leur guérison. La lèpre est une maladie comme les autres, aujourd’hui “assez facile à guérir”.

Mais attention, cette maladie est tout un symbole : dans la Bible, la lèpre est le symbole terriblement expressif du péché, ce mal qui défigure l’homme : plaies purulentes de la peau, membres rongés peu à peu, visages déformés. Elle a souvent été vue comme un signe du jugement de Dieu pour une faute grave. La lèpre excommunie le malade, il est obligé de s’isoler, de se mettre au ban de la société, obligé de crier “impur, impur” si quelqu’un se dirige vers lui, obligé aussi de vivre en bande, pour ne  pas mourir dans un coin. Dieu, en  créant l’homme, avait rêvé d’un être  beau, merveilleux, « à son  image et ressemblance ». Le vrai visage de l’homme, c’est de ressembler à Dieu qui est amour.

. Hélas ! Ces yeux faits pour s’ouvrir aux autres, les voici obscurcis par la lèpre du péché.

. Hélas, ces mains faites pour travailler et pour donner, les voici rongées par la lèpre de la paresse et de l’avidité.

. Hélas, ce cœur fait pour aimer, le voici défiguré par le hideux égoïsme et l’orgueil.

Le lépreux est un paria dans tous les sens : guérir un lépreux, ce sera donc le réintégrer dans la société, lui redonner ses droits de citoyen, c’est aussi l’absoudre : car cette maladie est le symbole d’un mal spirituel.

Plutôt que de les guérir tout de suite, Jésus va mettre leur foi à l’épreuve : tout comme Naaman, en la 1ère lecture, à qui il est demandé de se laver sept fois dans le Jourdain, Jésus leur dit : « Allez  vous montrer aux prêtres ».

Notez bien qu’ils ne sont pas guéris ! C’est donc un pur acte de foi que de quitter Jésus et d’aller vers Jérusalem, en étant toujours lépreux. Or, “en cours de route”, ils furent purifiés.

Au lieu de les guérir instantanément, il demande à ces pauvres malheureux de partir, comme ils sont, avec leur affreuse maladie. Jésus met leur foi à l’épreuve.

Souvent, pour nous aussi, nous demandons une grâce au Seigneur, mais tout ne vient pas tout de suite ! Il y a une mise à l’épreuve, traversée de nuits de souffrance, sans rien comprendre. A ces lépreux, que Jésus envoie sans les guérir encore, il semble dire : « Croyez-vous en moi ? » « Etes-vous capables de me faire confiance “sur parole” ? »

Il nous faut, nous aussi, poursuivre notre chemin avec “la seule” promesse de Dieu.

« L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en le remerciant ».

Ce geste de grande prostration, nous voyons le faire en Orient ou par des jeunes à Taizé par exemple. Nous, Occidentaux, nous avons perdu l’habitude de le faire et pourtant, c’est le geste typique de l’adoration. Dans  notre  société  sécularisée, technicisée, nous  finissons  par  penser  que  c’est  par nous-mêmes et grâce à notre compétence, à nos calculs, que nous devons ces biens dont nous regorgeons.

Le prosternement jusqu’à terre, dans la Bible, signifie qu’on reconnaît la gloire de Dieu et sa grandeur. Or, ici, le lépreux fait ce geste « devant Jésus » : il a senti qu’un grand mystère se cache derrière l’humanité si attachante de Jésus ; l’aurions-nous oublié ?

La seule chose qui comptait vraiment pour Jésus, c’est ce geste-là, aussi lui dit-il: « Ta foi t’a sauvé » et Jésus, remarquons- le, semble tout triste de constater que neuf sur dix de ces hommes n’ont  pas  accédé  à  cette  foi. « Les  lépreux  n’avaient-ils  pas  tous la foi ? » C’étaient  des  Juifs : ils  croyaient certainement “en Dieu” comme on dit, mais sur ces dix croyants, il n’y en a eu qu’un, un seul, à venir adorer Jésus, Dieu en Jésus. On ne le dira jamais assez, la foi chrétienne n’est pas seulement une foi en Dieu : les Juifs, les Musulmans et tant d’hommes qui ont une religion naturelle croient aussi en Dieu. Pour nous, chrétiens, ce qui fait le centre de notre foi et son originalité, c’est que nous croyons au “Corps du Christ” en qui habite corporellement la plénitude de la divinité.

Sommes-nous capables de nous mettre “la face contre terre” devant  l’apparence  d’une  petite  hostie ? « Mon  Seigneur et mon Dieu », geste humiliant pour nos suffisances humaines : geste de foi qui nous sauve, qui nous purifie de notre lèpre. « Les neuf autres, on ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ». N’est-on pas en train de perdre actuellement tout ce sens de ce qui s’appelle “le culte”, l’adoration, la glorification de Dieu, la louange de Dieu. On a tellement insisté, et c’était nécessaire de le faire, sur l’amour du prochain, l’amour de l’autre, que l’on ne pense plus à la louange de Dieu lui-même. Cet abandon massif des chrétiens à la messe du dimanche n’est-il pas le signe de la perte de la louange  de Dieu ?

Il est vrai que nos liturgies ont encore beaucoup de progrès à faire pour être, ou essayer d’être, une louange digne de Dieu. Mais ce n’est pas la vraie raison. On dit encore : « Oh ! Les non-pratiquants sont meilleurs que nous ». Excellente raison, n’est-ce-pas pour faire nombre avec eux : cela nous dispensera de la messe du dimanche. Derrière tout cela, quelle ignorance de l’importance du culte et de la louange de Dieu ! Cette eucharistie à laquelle nous participons  est  devenue  l’action  de  grâce  par  excellence :

« Par lui, avec lui, en lui, par lui », Jésus devient la louange parfaite du Peuple de Dieu.

Merveille : nous avons été créés par Dieu.

Merveille : nous avons été recréés, sauvés par lui.

Alors, où est notre reconnaissance ? De quelle façon allons-nous l’exprimer ? On a dit que le concile avait renouvelé la liturgie, a négligé l’essentiel : c’est mal comprendre l’importance de l’action de grâces. Cette messe est la source et le sommet de toute vie chrétienne, c’est le cœur du message de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi ».

La   perte   du  sacré  est  tout  simplement  une  catastrophe : elle signifie  que  l’homme  ne  sait  plus  s’émouvoir  devant  la magnificence des dons de Dieu et quand on ne sait plus admirer son Seigneur, on n’est pas loin de l’indifférence, du mépris, de l’ingratitude.

Devant le petit nombre de chrétiens qui vivent de l’eucharistie, de 6 à 12% à la Réunion, on est tenté de dire, comme Jésus « Et les neuf autres où sont-ils ? N’ont-ils pas été tous guéris ? Rachetés ? »

« Oui, Seigneur, tous ont été sauvés, mais il ne s’en est trouvé qu’un, quelques-uns, pour faire demi-tour pour venir manifester leur reconnaissance, pour t’adresser leur louange ».

Sommes-nous de ceux qui reconnaissent tout ce que Jésus a fait  pour nous ? Faisons-nous demi-tour pour venir l’adorer ? AMEN




28ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 17, 11-19)

Jésus révèle « le Père des Miséricordes » (Lc 17,11-19)…

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance
et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. »
À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.
L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain.
Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ?
Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »
Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

        

           A l’époque de Jésus, les Samaritains, lointains descendants des Israélites du Royaume du Nord, étaient les ennemis jurés des habitants de la Galilée et de la Judée. Et nous voyons ici le Juif Jésus « traverser la Samarie » pour aller à Jérusalem ! « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) et l’Humanité n’a qu’un seul Créateur et Père. Tout homme est enfant de Dieu, par le simple fait qu’il existe, et Jésus est venu reconstruire cette immense Famille pour lui donner de pouvoir se retrouver « là » où elle est si fortement attendue : dans la Maison du Père, conviée à s’asseoir à la table du Père pour une éternelle Fête de Famille…

            La maladie était regardée autrefois comme la conséquence du péché. Ces dix lépreux nous représentent donc tous. Ils s’approchent d’ailleurs de Jésus et lui disent, non pas « Guéris-nous », mais : « Jésus, Maître, fais-nous miséricorde ». Une telle prière ne peut qu’être exaucée : Jésus est venu pour cela, aussi grave que puisse être notre état. La Miséricorde de Dieu, en effet, est infinie, sans limite, inépuisable. Et ce sont les plus grands pécheurs, les plus grands blessés de la vie, qui, dans l’Amour, sont appelés à recevoir le plus. Les derniers sont déjà, pour Dieu, les premiers.

            Jésus ne va leur demander qu’une seule chose : la confiance. En effet, ils ne sont pas guéris tout de suite, et pourtant il va les inviter à partir vers les prêtres chargés de constater leur guérison (Lv 14) ! Et les dix vont croire et partir… Mais quel est l’objet de leur foi ? Croient-ils simplement que Jésus est un formidable guérisseur comme nous, nous pouvons faire confiance en tel médecin, en tel chirurgien ?

            « En cours de route, ils furent purifiés ». Jésus est réellement formidable, et l’aventure va s’arrêter là pour neuf d’entre eux… Un seul, un Samaritain – donné ici en exemple à un auditoire Juif ! – va revenir vers cet homme appelé Jésus « en glorifiant Dieu à pleine voix ». Avec lui, nous ne sommes donc plus dans la seule confiance humaine, mais dans celle qui, adressée à Dieu, s’appelle « la foi ». Et il se prosterne devant Jésus « la face contre terre » comme on le fait devant Dieu seul… A-t-il reconnu en Jésus ce Dieu Fils Unique venu nous rejoindre en notre humanité ? Le texte ne le dit pas… Mais quoi qu’il en soit, à travers sa relation avec le Christ, sa vie est maintenant tout entière tournée vers Dieu dans l’action de grâce. Il l’a reconnu à l’œuvre dans sa vie, il a été l’heureux bénéficiaire de sa Tendresse et de sa Bienveillance, il se tourne maintenant de tout cœur vers Lui pour lui dire : « Merci ! ». Et c’est dans cette attitude de cœur qu’il sera le seul parmi les dix lépreux guéris à entendre une parole qui va bien plus loin que la seule guérison physique : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. » Dorénavant, la Vie de Dieu, par sa foi et dans la foi, sera aussi quelque part la sienne, en attendant le plein accomplissement promis, au Ciel, dans la Maison du Père…            DJF




27ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 17, 5-10)

« Augmente en nous la foi. »

 

Voilà une demande bien surprenante, car comment peut-on augmenter quelque chose que ne peut pas se mesurer, parce qu’elle est du domaine abstrait.

Certains pensent avoir la foi … mais ceux qui les voient vivre ne s’en rendent pas compte !

D’autres pensent avoir perdu la foi, un peu comme on perd ses clefs. Est-ce toujours vrai ?

La réponse de Jésus est extraordinaire : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi’’. ». Il dit aux apôtres : « Si vous aviez la foi aussi petite que la plus petite graine, une foi minuscule, vous pourriez faire un miracle énorme, que nul homme ne peut faire ! »

En gros, il ne s’agit pas d’augmenter la foi. Car quel miracle pourrait-on faire avec plus de foi ? La foi, on l’a ou on ne l’a pas.

Au père d’un enfant envahi par un esprit mauvais qui lui demandait s’il pouvait faire quelque chose, Jésus a répondu : « Si tu peux”… ? Tout est possible pour celui qui croit. » (Mc 9,23).

Il est vrai que dans la vie courante on utilise souvent cette expression. Mais peut-être qu’on se trompe de vocabulaire. Avoir foi en Jésus, c’est croire en lui ; et comment se manifeste cette croyance, cette foi ? Dans la confiance qu’on a en Jésus, en Dieu.

La question de la foi se pose pour nous généralement quand il nous arrive des difficultés, et on se dit : « Pourquoi m’arrive-t-il cette chose ? », « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 22,2), « Dieu oublierait-il d’avoir pitié ? » (Ps 76,10).

Et ces questions-là portent davantage sur la confiance qu’on a envers Dieu. Et on pourrait les remplacer par : « Mon Dieu, aide-moi à te faire confiance malgré tout. »

C’est ce que Jésus reproche à ses apôtres, le manque de confiance, lors de la tempête apaisée : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4,40).

Marie, « celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Lc 1,45), a permis un grand miracle : la conception de Jésus parle Saint Esprit.

D’autres saints ont été à l’origine de grands miracles par leur totale confiance en Dieu.

Confiance en Dieu, mais pas seulement : aussitôt après, Jésus parle du service comme une habitude à prendre : « Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir. ».

Qui sommes-nous devant Dieu ? Pas grand chose ! Nous devons accepter l’humilité de se reconnaître petit devant Dieu, et nous mettre à son service.

Croire, c’est avoir confiance en Dieu, et se mettre totalement au service de Dieu.

C’est ce qu’ont fait la plupart des missionnaires, ceux qui ont permis l’implantation de la Parole de Dieu dans de nouvelles contrées.

Ils ont mis leur confiance en Dieu pour oser partir dans ces régions inconnues, vers des gens qu’ils ne connaissaient pas, avec des langues inconnues et des manières de vivre inconnues.

Et une fois sur place, ils se sont fondus dans la vies des gens, en leur rendant service, au niveau sanitaire (création de dispensaires, puis d’hôpitaux), au niveau éducation (création d’écoles), et puis ils ont pu leur parler de Dieu, de celui qui les faisaient vivre, de celui qu’ils priaient, de celui qu’ils aimaient …

Confiance en Dieu, service des autres, amour de Dieu et des autres : c’est tout ce qu’il faut pour être missionnaire … même encore maintenant, dans nos familles, dans nos quartiers … parce que la mission n’est jamais terminée.

Seigneur Jésus,

Souvent nous crions comme les apôtres :

augmente en nous la foi !

Mais ce n’est pas toi qui peut le faire pour nous.

C’est à nous de faire les efforts

pour avoir une confiance totale en toi,

pour nous mettre à ton service,

pour t’aimer comme tu nous as aimés.

Nous allons essayer !

 

Francis Cousin

 

 

PRIONS: Père Céleste, Toi qui sonde les reins et les cœurs, Tu sais que bien souvent, même si notre orgueil nous pousse loin de Toi, nous voulons t’aimer.

   

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Prière dim ordinaire C 27°




27ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Augmente en nous la foi

Lc 17, 5-10

Il semble bien que cette fois, les apôtres, qui pourtant ne comprennent pas toujours les paroles de Jésus, aient tapé dans le mille. Souvent, ils posent des questions à côté, souvent, ils interprètent mal. Souvent, ils ne comprennent pas et là, j’allais dire,  “pour une fois”, ils semblent poser la bonne question, la bonne demande : « Seigneur, augmente en nous la foi ! » Voilà le point central de notre vie chrétienne : tout dans notre vie devrait être régi, suscité, conduit par la foi.  A tel point qu’un chrétien qui baisse les bras, avoue aux autres : «  Je n’ai plus la foi », tandis qu’un autre qui redécouvre le Christ va dire : «  J’ai retrouvé la foi ». Seule la foi nous ouvre à cet autre monde dont nous sentons bien qu’il est déjà présent en nous et autour de nous. Elle nous ouvre à ces réalités divines et transcendantes, au-delà de toute rationalité scientifique et cette foi-là, il faut bien le reconnaître, elle n’est pas facile, elle n’est pas évidente et même telle ou telle personne de bonne volonté que nous avons rencontrée à côté de nous, nous a dit parfois : « Je cherche, je suis en recherche, mais je n’ai pas encore la foi ».

Car, voyez-vous, cette foi-là, elle ne vient pas de nous. Elle est un don, un don gratuit de Dieu. Elle ne peut être que la réponse de Dieu à une prière humaine : « Seigneur, donne- nous la foi », « augmente en nous la foi ». Regardez ces apôtres, comme dans l’évangile, ils nous paraissent lamentables ! Arrivistes, jaloux les uns des autres, peu intuitifs, lourdauds, pleins de dérobades et de reniements! Qui, sinon Dieu, les a rendus “témoins courageux”  jusqu’au  martyr ?

La  foi  n’est  pas  une évidence, la foi n’est pas non plus une conquête, c’est l’humble accueil d’un don, d’une grâce : cela ne veut pas dire que l’homme n’a rien à faire, mais l’essentiel, pour lui, c’est être accueil. Accueillir est un acte humain éminemment actif. L’homme n’est pas la lumière, mais s’il ouvre les volets, la lumière viendra jusqu’à lui. Si au contraire, il décide de laisser les volets fermés, il n’y aura pas de lumière en lui, le soleil n’y peut rien. Il ne peut entrer dans une pièce que si on lui ouvre, tout grand, portes et fenêtres.

La foi, c’est d’abord l’humble accueil d’un don, d’une grâce. La foi est un soleil : il faut simplement s’y ouvrir, qu’elle puisse pénétrer, nous envahir, nous éclairer, nous faire voir toute chose dans sa vraie dimension, sous sa vraie couleur : un don de Dieu toujours offert à tous, mais il faut s’y ouvrir. Voilà pourquoi, la foi doit être sollicitée : « Seigneur, augmente en nous la foi », « donne-nous plus de lumière pour nous mettre dans la vérité, pour nous faire voir avec les yeux de la foi, tout ce monde spirituel dans lequel nous vivons, dans lequel nous sommes immergés, mais que nous ne soupçonnons parfois même pas ! » C’est vrai que la lumière, on ne la voit pas, c’est elle qui nous fait voir.  Entre une pièce qui est dans le noir et une pièce qui est dans le jour, il n’y a aucune différence, elles sont toutes deux semblables, mais l’une, on la voit, l’autre pas ! C’est la lumière qui nous fait voir qu’elle existe. De même, c’est la lumière de Dieu qui nous fait voir Dieu dans le cœur des hommes, dans les événements, dans la beauté des choses.

Nous vivons souvent comme des aveugles : nous sentons, nous palpons, nous devinons, mais nous ne voyons pas vraiment. Avec la lumière de la foi, au contraire, nous ne voyons plus le monde tel qu’il nous apparaît avec nos yeux de chair, mais tel qu’il est, en réalité, avec la lumière de Dieu qui nous fait voir les choses et les gens : autrement.

« Seigneur, augmente en nous la foi, mets en nous et autour de nous cette lumière qui nous fera voir toutes choses, non pas dans son apparence, mais dans sa réalité ».

La foi est le soleil et la prière est la fenêtre que l’on ouvre à la lumière de Dieu. C’est  pourquoi  les apôtres font cette prière :

« Augmente en nous la foi ». Il faut nous ouvrir au don de Dieu : « Seigneur, donne-moi la foi ! » A celui qui n’a pas la foi ou qui n’en a pas assez, on ne peut que lui conseiller la prière : « Seigneur, faites que je voie », « Va ta foi t’as sauvé » et Jésus nous répond comme aux apôtres : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde (c’est-à-dire une des plus petites graines qui existent) vous diriez au sycomore que voici (le sycomore étant l’arbre le plus difficile à déraciner), déracine-toi et va te planter dans la mer et il vous obéirait ».

Jésus, bien sûr, ne nous conseille pas ici, de demander des miracles sensationnels, il n’a jamais, lui, transplanté des sycomores dans la mer et il a souvent refusé les signes merveilleux qu’on lui demandait. Mais il nous rappelle, avec force, par cette image, que la foi nous ouvre à l’impossible, que la foi nous ouvre à Dieu, autrement : le plus petit bout de foi est plus fort que toutes les entreprises humaines et nous vérifions cela avec les apôtres justement, après Pâques, après la Pentecôte. Eux, ces pauvres gens sans influence, sans pouvoir, sans moyens financiers, sans organisation, sans journal, sans télévision, sans rien, ils ont, de fait, changé le cours de l’histoire et transformé définitivement la mentalité du monde, en s’appuyant sur la seule foi, à laquelle on s’ouvre, par la prière.

* Regardez tout est changé par la foi : la Vierge attend un enfant, un homme est né de Dieu, le ciel est parmi nous, le peuple n’est plus seul.

* Il ne faudrait qu’”un brin de foi” et vous verriez les arbres dans la mer, les mendiants qui sont rois, les puissants renversés, les trésors qu’on partage.

* Regardez : l’eau se change en vin, le vin devient du sang, les pains se multiplient, le peuple n’a plus faim ; il ne faudrait qu’un brin de foi.

* Regardez : l’infirme peut marcher, l’aveugle voit le jour, les sourds entendent, le peuple n’a plus mal et vous verriez les arbres dans la mer, les bourreaux sans travail, les menottes rouillées, les prisons inutiles…

*  Il ne faudrait qu’un brin de foi, gros comme une graine de moutarde, pour voir les découragés qui reprennent espoir, les pécheurs qui se redressent, les chemins sans issues qui s’ouvrent, les guerres qui s’arrêtent, l’amour qui renaît, les montagnes déplacées : nos montagnes de peur, d’égoïsme, d’anxiété et de lâcheté.

*  Le monde est en crise, l’Eglise est en crise, la famille est en crise, l’école est en crise, l’économie est en crise ; la mort triomphe, mais la Croix est vide et nue, mais le tombeau du Christ est vide et nos tombes, un jour aussi, et l’homme se tient debout, le peuple n’a plus peur.

*  Il ne faudrait qu’un brin de foi et vous verriez les arbres dans la mer, les fusils enterrés, les armes au rebut et les montagnes qui dansent.

*  Si nous avions un brin de foi, nous en ferions des choses ! Les trésors du monde seraient pour tous, les bombes et les fusées inutiles. “Utopie” dira-t-on ! A quoi ça sert de dire cela ?

Alors que devant moi, pillages et violence, disputes et discordes se déchaînent !

« Si vous aviez un peu de foi ! » A quoi bon la foi ? Combien de temps faudra-t-il encore croire sans voir ? Appeler au secours sans que rien n’arrive. On le comprend : les lectures de ce jour lèvent de lourdes questions. Mais ce que dit le Seigneur, ce ne sont pas seulement des mots ; ce qu’il dit, c’est Jésus fait chair.

Je comprends que cet arbre planté dans la mer, c’est d’abord l’arbre de la Croix dressé au milieu des souffrances de l’homme (la mer, chez les juifs, c’est l’empire du mal). Si nous avions un peu de foi, nous verrions déjà que cet arbre de mort a refleuri et qu’il est le signe d’une victoire annoncée sur le mal.

Si nous avions un peu de foi, à la suite du Christ, nous aussi, nous planterions au milieu de ce monde ces signes faibles, mais nécessaires qui annoncent la victoire de Jésus sur le mal.

29« Ce n’est pas un Esprit de peur »  que Dieu nous a donné, nous rappelle  St-Paul, « mais un Esprit  de force, d’amour et de raison ».  Alors, animé par un tel Esprit, l’Eglise peut planter, au cœur des puissances de mort, la victoire pascale de Jésus : l’Arbre de vie dressé sur la mer du péché.  AMEN




27ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 17, 5-10)

Oser la confiance en l’Amour Tout Puissant (Lc 17,5-10)…

En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi. »
« Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ?
Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour” ?
Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ?
De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” »

        

« Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait ». Mais cela, Jésus ne l’a jamais dit, et rien de tel n’est jamais arrivé dans sa vie ! Un arbre est fait pour pousser dans la terre, et l’action de Dieu ne peut aller contre la nature qu’il a Lui-même créée, avec ses lois qu’il lui a données et que nous découvrons petit à petit… Cette parabole n’est donc pas à prendre au pied de la lettre ! Son message rejoint ce qu’il disait un jour au père d’un enfant épileptique : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9,23).

            « Tout est possible », mais pas n’importe quoi ! « Tout est possible » par l’Amour Tout Puissant, et cela pour le « meilleur » de la personne aimée… Le démon, lui, comprend autrement cette Toute Puissance, notamment dans la seule perspective ‘d’en mettre plein la vue’, et cela pour la seule gloire, orgueilleuse, de la personne concernée… « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi du haut de ce Temple, car il est écrit : « Il donnera pour toi des ordres à ses anges, afin qu’ils te gardent ». Et encore : « Sur leurs mains ils te porteront » » (Lc 4,9-11 ; Ps 91,11-12).

            De plus, nous dit Jésus, « le Fils ne peut rien faire de Lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement… Moi, je ne peux rien faire de moi-même » (Jn 5,19-20.30). Jésus vivait donc parfaitement la foi au Père, il avait une totale confiance en Lui (Jn 11,41-42), il le laissait accomplir ce qui ne pouvait qu’être le meilleur pour cette mission qu’il ne s’était d’ailleurs pas donnée à lui-même, mais qu’il avait aussi reçue de son Père. Et, dans le contexte de l’époque, le Père a accompli des merveilles pour rendre témoignage à son Fils : « Les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11,5).

            Et Jésus, uni au Père dans la communion d’un même Esprit, dit à tous ses disciples, appelés à vivre le même Mystère de Communion : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais » (Jn 14,12). En effet, ce qui est vrai pour le Fils l’est d’autant plus pour le disciple : c’est le Père qui agira de la meilleure façon qui soit pour le bien de tous…

            Et Jésus termine son invitation à la foi, à la confiance, par un appel à l’humilité. Que les disciples ne s’enorgueillissent pas de tout ce qui peut se faire avec eux et par eux ! Qu’ils n’oublient jamais qu’ils ne sont que les serviteurs de Celui-là seul qui peut accomplir de telles merveilles… « Nous sommes des serviteurs quelconques »…                                DJF




26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 16, 19-31)

 

« Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent. »

La parabole d’aujourd’hui nous parle encore de riche (et donc d’argent) et de pauvre. Et elle nous parle encore de l’au-delà, mais pas de la même manière que la semaine dernière.

Deux parties :

La première, sur cette terre. On a un riche qui vit dans l’opulence, qui festoie, qui ’’profite’’ de la vie. Et on a un pauvre, que Jésus appelle Lazare, c’est-à-dire ’’Dieu a aidé, qui git devant chez le riche et qui n’intéresse personne, hormis les chiens.

La seconde se passe dans l’au-delà : le riche va en enfer, et le pauvre se retrouve auprès d’Abraham, donc dans le paradis.

Une analyse un peu trop rapide pourrait nous amener à dire que, quand nous mourrons, on a un retournement de situation :

– celui qui vit bien et est heureux sur terre se retrouve en enfer,

– celui qui vit mal et qui est malheureux sur terre se retrouve au paradis.

Et donc qu’il vaut mieux être pauvre et malheureux pour aller au paradis.

Cette analyse pourrait aussi s’appuyer sur une fausse interprétation des béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.» (Mt 5,3) « Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! » (Lc 6,24).

Ce serait une erreur, car la richesse n’est pas un péché, et donc ne mérite aucun châtiment, car elle permet à certains de faire du bien vis-à-vis des autres, notamment des pauvres. Et la pauvreté n’est pas en soi une vertu, et donc ne mérite rien de particulier d’autant que certains pauvres peuvent être amenés à faire beaucoup de mal, et de biens mauvaises choses.

D’autant que cette manière de penser pourrait amener certains à une autre conclusion qui n’est certainement pas bonne : Puisque les pauvres sont sûrs d’aller au paradis, ne faisons rien pour eux car on risquerait de leur ôter le paradis !!

Alors, que faut-il retenir de cette parabole ?

Il peut nous arriver, quand nous pensons à nos aïeux qui sont morts, de nous demander s’ils sont en enfer ou au paradis, ou peut-être plus souvent de nous demander où nous irons après notre mort.

Et c’est peut-être cela le but de cette parabole : nous faire nous poser des questions, non pas tant sur le lieu de notre vie future (ce n’est pas nous qui jugeons, mais le fils de l’homme), mais sur la manière dont nous vivons sur cette terre : « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! » (Mt 25,35-36).

Parce que c’est la manière dont nous vivons maintenant et jusqu’à notre mort qui va influencer le jugement nous concernant.

Qu’est-ce qui est reproché au riche ? Certainement pas sa richesse ! mais le fait qu’il n’ait jamais fait attention au pauvre qui était à sa porte !

Il vivait sa vie, avec ses amis. Mais sa richesse ne lui permettait pas de voir le pauvre qui était à sa porte, tout près de lui !

Sa richesse l’avait rendu aveugle !

Alors nous : Est-ce que nous sommes attentifs aux pauvres qui sont à côté de nous ? À tous les pauvres qui nous entourent, de toutes les pauvretés : pécuniaires, morales, familiales, au niveau du travail, de la santé, de la solitude, du logement …

Cela en fait du monde … qu’on ne voit pas, ou qu’on ne cherche pas à voir …

N’oublions pas ce que dit Abraham à la fin du texte : « Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! ». Et nous, nous en plus l’évangile de Jésus, tout le nouveau testament, les saints et les papes, dont le dernier, le pape François, qui a choisi son nom parce que son voisin lui avait dit : « N’oublie pas les pauvres ! » et qui nous dit à nous aussi : « N’oubliez pas les pauvres ! »

Seigneur Jésus,

encore une fois tu nous rappelles

que l’argent que nous avons doit être partagé

avec ceux qui sont dans le besoin,

mais aussi que nous devons être attentifs

à toutes les sortes de pauvreté.

’’Chaque fois que vous avez fait quelque chose

 pour l’un de ces plus petits de mes frères,

c’est à moi que vous l’avez fait.’’

 

Francis Cousin

   

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Prière dim ordinaire C 26°