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26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

Commentaire du samedi 25 et Dimanche 26 septembre 2021

 

Nb 11,25–29 ; Jacques 5,1–6 ; Marc 9.38–43, 45, 47–48

Dans le premier texte d’aujourd’hui, Dieu descend de la nuée, parle à Moïse et prend l’Esprit qui repose sur lui pour le partager avec ceux qui accompagnaient Moïse, les soixante-dix anciens. Et, « quand l’Esprit reposa sur eux, ils prophétisèrent ». Pierre (2P 1,21) nous dit : « Ce n’est pas d’une volonté humaine qu’est jamais venue une prophétie, c’est poussé par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu ». Cet Esprit, reçu de Dieu le Père, est nécessaire pour une mission, pour porter la Parole de Dieu, pour annoncer la Bonne Nouvelle. Au sein de la communauté chrétienne et particulièrement dans l’Eglise catholique, n’importe qui ne peut pas décider, tout seul, de se charger lui-même d’une mission importante. Généralement c’est l’évêque du diocèse qui décide, en accord avec le curé, ou un directeur ou un responsable d’une organisation chrétienne, d’envoyer en mission une personne qu’ils jugent compétente. Pour une mission, il faut donc être envoyé, et c’est l’évêque qui envoie en mission. C’est pourquoi, avant d’aller écouter une personne faire un enseignement, ou des prières collectives, ou encore un exorcisme, il faut bien se renseigner auprès des autorités compétentes catholiques : évêque ou curé de la paroisse. Il ne suffit pas que la personne qui donne un enseignement soit catholique pour l’écouter, il faut absolument qu’il soit reconnu et désigné par l’évêque, en accord avec un curé de paroisse, ou un responsable d’une organisation diocésaine. Cela évite de tomber dans les mains d’une secte.

 Mais l’Esprit Saint, qui est Dieu, n’a pas besoin de l’aval de la hiérarchie catholique pour agir où Il veut et avec qui Il veut. Il est Dieu, et choisit la personne qu’Il veut, qu’il soit catholique ou non, qu’il soit croyant ou non, qu’il soit gentil ou méchant. Pour avoir dit du bien du Christ en Croix, le « bon larron » devait être animé de l’Esprit de Dieu. Personne ne peut dire du bien de Jésus s’il n’est pas lui-même animé de l’Esprit Saint: «…nul ne peut dire : «Jésus est Seigneur», s’il n’est avec l’Esprit Saint » (1Co 12,3). Paul lui-même, anti-chrétien et bourreau des chrétiens, a été choisi par Dieu pour une mission nouvelle, à l’antipode de ce qu’il faisait : il ne sera plus le bourreau des chrétiens mais sera en quelque sorte « apôtre » et annoncera la Bonne Nouvelle, formera des disciples de Dieu et mettra en place des églises sur son passage. Moïse lui-même a souhaité que tout le peuple de Dieu soit aussi prophète (Nb 11,29) après avoir reçu l’Esprit Saint. Et l’Esprit Saint, nous l’avons non seulement au baptême, à la Confirmation, à la Pentecôte, mais encore tous les jours lorsque nous prions dans l’Esprit Saint comme nous le dit Saint Jude (1,20). Tout chrétien est appelé à être « apôtre », c’est-à-dire à être « envoyé » et appelé à être « prophète », pour « annoncer la Bonne Nouvelle ». Tel est le cas pour les catéchistes, choisis pour éduquer, annoncer, expliquer la Parole de Dieu.

Le cas envisagé dans le texte d’Evangile est celui d’un exorciste qui, sans être disciple, se sert du nom de Jésus pour chasser les démons. Le cas devait être fréquent au premier siècle : « … quelques exorcistes juifs ambulants s’essayèrent à prononcer, eux aussi, le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits mauvais » (Ac 19,13). De nos jours, ces cas de possession sont extrêmement rares. La croyance populaire sur la possibilité que certaines personnes puissent être possédées fait le bonheur des charlatans de toutes sortes qui vous font croire qu’ils peuvent guérir telle ou telle maladie incurable. Rien ne dit que c’est l’Esprit de Dieu qui les anime. Il vaut mieux aller voir le médecin en cas de maladie et en cas de nécessité formelle   d’un exorcisme, il n’y a que l’évêque qui puisse exorciser ou un prêtre nommé par lui, si c’est nécessaire.

Mais même sans faire allusion aux guérisseurs ou aux exorcistes, l’Esprit Saint agit sur les non-chrétiens dans leur vie courante car Il n’est pas lié uniquement à l’Eglise, aux seuls chrétiens, aux seuls sacrements. L’Esprit de Dieu souffle où il veut (Jn 3,8), se répand sur toute chair ( Ac 2,17) et renouvelle la face de la terre (Ps 104,30). Voici ce que nous dit Vatican II en LG 16 sur les non-chrétiens : « …pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu » (ils sont unis au peuple de Dieu) et, en premier lieu, les juifs et les musulmans qui adorent le même Dieu que les chrétiens….Mais le dessein de salut de Dieu enveloppe également ceux …. qui cherchent encore, dans les ombres et sous des images, un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là même, Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17, 25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut (cf. 1 Tm 2, 4). En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel [33]. À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, avec la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie ». GS 22,5 : « …cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, …nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal ». Autrement dit, si dans la forêt amazonienne, ou ailleurs, en un lieu où Dieu est inconnu des êtres humains, se trouve un groupe de personnes, où des hommes droits s’aiment les uns les autres, pratiquent l’entraide, la solidarité, la fraternité, cherchent le chemin de la paix, de la vérité, de l’amour, de la vie sans savoir que l’amour, la vérité, la paix et la vie, c’est Dieu (Jn 14,6 : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »), ces personnes sont des chercheurs de Dieu et sont animées de l’Esprit de Dieu, alors même qu’elles ne connaissent ni le Dieu des chrétiens, ni Jésus-Christ, ni l’Eglise, ni missionnaire. Elles peuvent donc être sauvées comme nous le dit Paul en 1 Tm 2,4 : 3 « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, 4 lui qui veut que tous les hommes soient sauvés… ». « Cela concerne donc tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce » (Th. Rey-Mermet, « Croire, vivre la foi dans les sacrements, Droguet & Ardant, p.68). Certains, comme le Père Théodule Rey-Mermet, appellent cela le « baptême de désir » appelé encore « baptême de sincérité » (Ibid. p.66) : « C’est le baptême de l’Esprit seul, qui souffle où Il veut et inspire à qui il veut un commencement de bonne volonté. Il atteint tous ceux qui ne se refusent pas obstinément ce qui leur parvient de lumière ».

 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense ». Toute personne qui aide, qui soutient, qui prend la défense d’un disciple du Christ sera récompensée. C’est le cas du « bon larron » qui se retrouve le jour même au Paradis car il a eu l’honneur de défendre le Christ en personne. Ce qui est valable pour le Christ le sera aussi pour son disciple.

A l’opposé, la deuxième partie du texte de l’Evangile traite du péché commis par l’homme. « Les petits qui croient » désignent les plus faibles, les plus humbles des chrétiens, disciples du Christ et dont la foi naissante est encore fragile. « Les scandaliser », c’est les pousser à faire des bêtises, c’est leur dresser des obstacles, les empêcher d’avancer à la suite du Christ ou de servir l’Eglise, c’est les entrainer dans la chute, les amener à pécher, et donc ne pas faire la volonté de Dieu. C’est tout l’inverse de l’évangélisation qui a pour but de les conduire au salut. Réfléchissez bien avant d’inciter des chrétiens à ne pas servir Dieu, à ne pas servir l’Eglise, à ne pas aider les gens dans le besoin, à ne pas assister les malades en leur mettant des bâtons dans les roues etc…« Si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la ; si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le ; si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le », toutes ces expressions ne sont pas à prendre à la lettre car « jamais, nous dit Jacques Hervieux, l’Eglise n’a lu dans ce texte d’évangile un appel à la mutilation physique ( il ne s’agit pas de couper réellement une main, un pied ou arracher réellement un œil), mais c’est juste une invitation à se détacher de ce qui est mauvais en lui-même pour en assurer son salut ». C’est pourquoi, il nous faut lutter contre « les occasions de péché », c’est-à-dire contre toutes les tentations qui amènent aux actions mauvaises, au péché. Padre Pio nous raconte ce que Jésus lui a dit (Padre Pio de Pietrelcina – Transparent de Dieu – P.82) :  « Les hommes lâches et faibles ne se font aucune violence pour se vaincre dans les tentations, bien plus, ils se complaisent dans leur péché ». Mais pour pouvoir lutter contre les tentations, encore faut-il être capable de les reconnaitre rapidement afin de lutter contre elles. C’est la raison pour laquelle, il faut prier le Seigneur pour qu’il nous donne la grâce de discerner les tentations et la force de lutter immédiatement contre elles. Ainsi, dès les premières secondes d’une tentation, on aura, de manière spontanée, recours à Marie, comme un enfant qui court dans les bras de sa mère, chargée de défendre ses enfants des dangers de l’Esprit du Mal et de nous diriger vers son Fils bien-aimé. En se tournant vers le Christ par Marie, et avec l’aide de Marie, c’est le Christ qui devient alors le point de mire de notre attention et non plus les tentations, profitez alors de ce moment pour lui dire que nous l’aimons pour tous les bienfaits qu’il nous offre depuis le début de la journée, parlez à Jésus comme à un ami, louez-le dans votre cœur. « La tentation ne peut pas mordre sur une âme occupée à dire son amour à l’unique Ami. Quand tu es uni (au Christ) , “le mal n’arrive pas jusqu’à toi” dit le psaume  (Ps 90 [91], 10) (Œuvres complètes – Saint Jean de la Croix – Tome I – p.44). L’Esprit du Mal s’enfuira de lui-même et vous laissera tranquille et la paix de Dieu reposera sur vous. Remerciez alors le Seigneur ! « Nous devons apprendre comment engager de manière efficace notre combat spirituel contre les puissances des ténèbres » (Pape François – “Le diable existe vraiment”- p.7). Méditez les textes de l’Evangile, en particulier les passages où l’on parle de l’Esprit du Mal, des combats contre le péché, mieux encore sur l’amour et la miséricorde de Dieu pour que soit encré dans notre esprit que Dieu ne nous abandonne jamais à travers toutes les épreuves que nous pouvons subir. Que Marie nous accompagne sur ce chemin de la méditation et du combat spirituel.




26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Mc 9, 38-48)

« Retournement. »

 

« Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. »

Généralement, on a plutôt tendance à dire la phrase autrement : « Celui qui n’est pas pour nous est contre nous. », parce qu’on recherche l’adhésion des autres … à nos pensées, … à nos projets …

Orgueil !

Chacun sait que cette dualité ’’pour-contre’’ ne représente pas la réalité, car bien souvent on oublie que la grande majorité des gens sont indifférents … pour plusieurs raisons … par manque d’intérêt, … parce qu’ils ne sont pas (ou ne se sentent pas) concernés par la question, … parce que cela leur est égal …

On pourrait dire la même chose pour la phrase de Jésus !

Sauf que, s’il l’a dite comme cela, c’est que cela a un sens. Pour Jésus, si on ne se déclare pas opposé à ce qu’il dit, cela veut dire implicitement qu’on est d’accord avec lui, soit immédiatement, soit à un autre moment, plus tard … qui peut être les derniers instants de vie sur terre … et les nombreuses conversions ’’à l’article de la mort’’ le prouvent … quand ce ne sont pas des conversions au purgatoire … mais là, nul n’en sait quelque chose … mais elles doivent être nombreuses car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. » (1 Tim 2,4)

« Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. »

Pourquoi Jésus a-t-il dit cela ?

Suite à l’intervention de l’apôtre Jean : « Nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »

On peut comprendre la réaction de l’apôtre, … car nous l’avons souvent, sans nous en rendre compte !

Deux choses :

1- Parler, et ici guérir de la possession démoniaque, au nom de Jésus.

Qui peut le faire ? Faut-il une attestation pour cela ? Signée par qui ?

Il n’est pas nécessaire d’être prêtre pour cela, et tous les chrétiens doivent parler de Jésus et au nom de Jésus. Et même des non-chrétiens peuvent le faire … car l’Esprit « souffle où il veut » et peut très bien se servir de non-chrétiens pour faire passer un message.

Bien sûr, on peut penser à certains qui utilisent le nom de Jésus, non pour la gloire de Dieu, mais à des fins personnelles, se faisant les gourous de ceux qui les écoutent. Et Jésus nous a prévenu : « Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis. » (Mt 7,15), mais il ajoute :« c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » (Mt 7,20).

Et si le démon est sorti de l’esprit de cet homme, c’est bien par l’action de Jésus, même si on le la voit pas !

2- « Il n’est pas de ceux qui nous suivent. »

C’est la tentation de faire des chrétiens des gens à part, de faire un ghetto, pour les meilleurs ! Il fut un temps où l’on disait : « Hors de l’Église, point de salut ! ». Ce qui revient à dire : « Faites-vous baptiser, sinon vous n’aurez pas la vie éternelle ! ».

Mais faut-il être chrétien, être baptisé, pour appartenir à Jésus ? Peut-on suivre les enseignements de Jésus sans en avoir entendu parler ? pourquoi pas ! L’esprit de Dieu peut parler à nos cœurs sans que nous le sachions ! Et Dieu qui veut le meilleur pour les hommes peut se servir de n’importe qui sans que celui-ci ne le sache !

« L’Esprit souffle où il veut », sur les chrétiens et sur les autres personnes, et ce que nous devons reconnaître, c’est si l’action des gens est en conformité ou non avec l’enseignement de Jésus, et non si ils ont leur ’’certificat de baptême’’, qui n’a jamais été une garantie de ’’bon chrétien’’ !

On n’est pas chrétien parce qu’on est baptisé, mais on est chrétien parce que, étant baptisé, on vit en conformité avec l’enseignement de Jésus, avec son Évangile.

Et ce n’est pas toujours facile à vivre !

Reprenons la prière de Moïse : « Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! » (Première lecture).

Alors, nous pourrions faire un retournement de notre phrase, à nous les humains, pour la mettre en conformité avec celle de Jésus, c’est-à-dire faire une conversion de notre pensée … conversion que nous avons à faire tous les jours.

Seigneur Jésus,

parce que nous sommes chrétiens,

nous pensons souvent

être supérieur aux autres personnes.

Mais c’est bien à tort,

car l’Esprit souffle où il veut,

sur les bons, comme sur les moins bons !

Donne-nous l’humilité de reconnaître

que nous ne sommes pas meilleurs

que les autres.

                                     Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le lien suivant :

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26ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Une Eglise sans frontières

Mc 9, 38-48

Vous avez pu le constater autour de vous, mes frères, les hommes sont très forts, souvent très habiles pour tracer entre eux des lignes de démarcation soit entre les races, entre les classes sociales, entre les idées politiques et même, parfois surtout, entre les religions. Ils décident, qu’ici triomphe le bien et que, , règne le mal. Ici, c’est la vérité et , l’erreur ; de ce côté-là, c’est le ciel et de l’autre, l’enfer. C’est un monde en noir et blanc, où tout est bon d’un côté, où tout est mauvais de l’autre. Ils en viennent même à incorporer Dieu, lui-même, dans leur camp. Ils le réquisitionnent à leur service. Les soldats allemands portaient un ceinturon, pendant la guerre, où était gravé « Dieu avec nous », tandis que les français chantaient « Sauvez, sauvez la France au nom du Sacré-Cœur », et les soldats s’entre-tuaient avec ardeur en se réclamant du même Dieu, lui demandant de les soutenir dans leurs “justes” combats.

Mais ne faudrait-il pas demander son avis à Dieu ? Or, justement, cet avis, il nous le donne aujourd’hui par deux textes de la liturgie.

Tout d’abord celui de l’Ancien Testament : Moïse s’est retiré pour prier avec soixante-dix Anciens et voici que l’Esprit vient sur eux et qu’ils se mettent à prophétiser, mais horreur ! On vient prévenir Moïse que deux anciens qui ne se sont pas joints à eux, se mettent à prophétiser eux aussi ! Il faut les arrêter ! Et Moïse intervient : « Seriez-vous jaloux ? » « Ah, si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur tous, pour faire de tout son peuple, un peuple de prophètes ! »

Le 2e texte est tiré de l’Evangile de Marc : cette fois, c’est un apôtre qui réagit violemment : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser les esprits mauvais en ton nom, alors que cet homme n’est pas de ceux qui nous suivent et nous avons voulu l’en empêcher ».

Jésus, lui, se réjouit : « Ne l’empêchez pas ! Car celui qui n’est pas contre nous, est avec nous ».

Nul ne peut prétendre posséder, confisquer, monopoliser l’Esprit. « L’Esprit, il souffle où il veut », rappelle Jésus à Nicodème. « Nul ne sait, ni d’où il vient, ni il va » et ceux qui agissent par lui ne sont pas nécessairement des disciples patentés, des apôtres désignés, des chrétiens baptisés et mandatés.

 

Grâce à Dieu, l’Esprit n’est pas enfermé dans les registres de nos sacristies. « Dans l’Eglise catholique, écrivait St-Augustin, se trouve des non-catholiques, mais on peut trouver aussi du “catholique” en dehors de l’Eglise ». Beaucoup de ceux qui semblent être dehors sont dedans. Beaucoup de ceux qui paraissent être “en dedans” sont “en dehors”. Personne ne peut prétendre posséder tout seul la vérité de Dieu.

Les frontières du Royaume ne sont pas balisées et nul n’est assuré d’en être le citoyen !

Nous avons parfois, en face tel homme non-chrétien qui a forcé notre admiration et qui a eu une réaction plus évangélique que celle que nous aurions eue, la tentation de poser au Seigneur cette question : « Seigneur, dis-nous, “de quel camp tu es “? Le camp du Seigneur ? » Frères, il n’est pas ici ou  : il est partout. Il n’est pas avec telle ou telle catégorie d’hommes. Il est avec tous les hommes ! Mais, rassurez-vous, j’ajoute immédiatement qu’il y a, en effet, des lieux ou des moments où l’Esprit du Christ agit, et d’autres où il n’agit pas. Oui, il y a des lignes de démarcation, des rideaux de fer, des ghettos, des clans… que sais-je.

Mais ces frontières-là ne sont pas nous les dressons. Elles ne se situent pas entre tel groupe et tel autre, pas même entre tel homme et tel autre. Cette frontière-là, elle passe dans le cœur de chacun et de tous les hommes sans exception !

 Le bien et le mal, il est dans notre cœur à nous. Nous le savons par expérience quotidienne : nous sommes partagés, divisés et si nous sommes loyaux, nous reconnaissons que si l’Esprit est capable de faire le bien par nous, un autre esprit, celui du mal, est aussi capable de nous entraîner vers le mal, vers l’égoïsme, vers l’orgueil, vers la haine et St-Paul avouait avec un rien de découragement : « Le bien que je désire, je n’arrive pas à le réaliser, tandis que le mal que je hais, je tombe dedans régulièrement ». St-Jean est catégorique : « Tout amour vient de Dieu : celui qui n’aime pas demeure dans la mort ». « S’il n’aime pas et qu’il prétend être dans la lumière, il se fait illusion : il est encore dans les ténèbres ».

Enfin, Jésus lui-même, nous rappelle dans l’Evangile du jugement dernier, que chacun de nous sera jugé sur son amour, son attitude envers les autres et spécialement les plus petits, les plus pauvres, et cela, qu’ils sachent ou non, qu’en les servant, c’est ce Jésus, lui-même, qu’ils servent.

Alors, frères, je vois déjà votre question sur vos lèvres : « Chrétiens ou non ? ».

Quelle est la différence ? Nous sommes un peu comme le fils aîné de la parabole du prodigue qui s’étonne que son fêtard de frère, qui a tout dépensé, soit aussi bien reçu par le père. Nous avons du mal à admettre que tous ces gens qui ne sont pas invités au festin soient installés les premiers à la table du Royaume et nous réagissons devant ces ouvriers de la onzième heure qui sont payés autant que nous, qui travaillons depuis la 1ère heure !…

Alors, pourquoi être chrétien ? Essayer péniblement de suivre Jésus-Christ sur cette terre, si certains qui ne le connaissent pas, vivent aussi bien que nous, sont quelquefois meilleurs que nous et qu’ils risquent de nous précéder au Royaume des cieux ? « Ce n’est pas juste ! Il y a sûrement une différence ! »

 Frères, rassurez-vous. Oui, il y a une différence ! Pour vous la faire sentir, permettez-moi une image : vous avez peut-être vu à la télévision, je ne sais plus quelle émission, un jardinier aveugle ; c’était impressionnant ! On le voyait, semant, plantant, faisant pousser des fleurs et des fruits et on ne nous disait pas que ces fleurs ou ces fruits étaient de moins bonne qualité que ceux que plantaient des jardiniers aux yeux ouverts.

La seule différence entre lui et les autres, terrible différence, c’est que l’aveugle, lui, travaillait dans la nuit totale !

Frères, nous, chrétiens, nous sommes des voyants. Que nous apporte la foi ? Un regard :

   * foi qui nous permet de reconnaître en Jésus de Nazareth, le fils du Dieu Vivant

   * foi qui nous permet de voir au cœur du monde, l’Esprit de Jésus ressuscité qui travaille au cœur des hommes

   * foi qui nous permet de voir, à travers les sacrements de l’église, Jésus, qui continue de s’offrir, vivant.

Parfois, hélas, notre vue baisse. Nous devenons des malvoyants et c’est encore notre foi qui nous permet de faire confiance à l’Eglise qui nous dit : « Ici travaille l’Esprit de Jésus, , non ».

Chrétiens, nous avons le privilège de travailler “les yeux ouverts”… Alors, nous sommes davantage responsables ? Oui, d’une certaine façon, mais tout homme, quel qu’il soit, est responsable de sa vie et de celle de ses frères. La vraie différence, c’est que, nous, nous voyons celui avec qui nous travaillons et, croyant en lui, nous ne pouvons pas nous décourager.

Aussi, nous devrions être, dans la paix et dans la joie parce que le phare de l’Evangile éclaire notre vie. AMEN




26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 9,30-37)

« Etre bienveillants les uns

envers les autres »

(Mc 9,38-43.45.47-48)

 

    En ce temps-là, Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ;
celui qui n’est pas contre nous est pour nous. »
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
« Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas.
Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds.
Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.

     

            Conséquences de notre humanité blessée, la communauté chrétienne n’est pas comme le Christ voudrait qu’elle soit : « Père, qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17,22)… Et pourtant, catholiques, orthodoxes, protestants, anglicans, tous, nous avons reconnu en Jésus Christ le Fils Unique du Père, celui qui, en vrai homme et vrai Dieu, est « le Sauveur du monde », « l’unique médiateur entre Dieu et les hommes » (Jn 4,42 ; 3,16-171Tm 2,3-6). Et chacun d’entre nous, dans la barque qui est la sienne, peut être tenté de regarder les autres avec méfiance… « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas », disent ici les disciples. « Ne l’en empêchez pas », leur répond Jésus, « car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après mal parler de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous ».

            L’important est donc avant tout la bienveillance mutuelle… En effet, nul homme ne peut « faire un miracle » par lui-même : c’est Dieu et Dieu seul qui l’accomplit… Et Jésus nous entraîne encore plus loin : Lui, qui est vrai homme et vrai Dieu, il ne peut rien par Lui-même ! « En vérité, en vérité, je vous le dis », dit-il solennellement, « le Fils ne peut rien faire de lui même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait… Je ne puis rien faire de moi-même » (Jn 5,19-20.30). Les miracles de Jésus sont donc « les œuvres de mon Père », dit-il (Jn 10,37). Combien plus ce principe, vrai pour lui, le Serviteur du Père, est-il vrai pour tout disciple de Jésus ! Et c’est bien ce qu’il dira : « Je suis la vigne, et vous les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5).

            C’est donc clair… Tout miracle authentique est l’œuvre de Dieu… Alors si quelqu’un, qui n’appartient pas « socialement » au groupe des disciples, accomplit une œuvre bonne, c’est Dieu en fait qui l’accomplit avec lui et par lui. Et c’est avant tout cela qu’il s’agit de reconnaître, de discerner : est-il, oui ou non, vraiment, un serviteur de Dieu et des hommes ? Si c’est « oui », alors tout va bien, dit ici Jésus… La communauté des serviteurs de Dieu est donc bien plus large que le seul petit cercle qui l’accompagnait alors… Et ce principe, là encore, est toujours valable aujourd’hui…                         DJF




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Mc 9, 30-37)

« Qui est le plus grand ? »

 

Il faut bien le dire : dès que deux ou trois personnes sont réunies se pose souvent cette question : Qui est le plus grand ? Qui est le plus important ? Qui est le leader ?

Tentation bien humaine ! …

Pourquoi cette question ? Désir de pouvoir, désir de puissance … dû à l’orgueil de chacun, à la jalousie entre les personnes … qu’on rencontre bien souvent, dans tous les milieux : politique, économique, social, sportif … etc …

Tout le monde, ou presque, veut être le premier en quelque chose …

C’est presque inscrit dans la ’’formation’’ (?) humaine … et dès le plus jeune âge : Les parents ne cessent de pousser leurs enfants à être les meilleurs … à l’école, en sport, dans les activités artistiques …

Après, c’est la société qui prend le relais, avec les championnats, les médailles d’or ou d’argent, les concours divers avec leurs premiers prix dont on fait la publicité, la télévision qui n’a de cesse de créer de nouveaux ’’jeux’’ pour trouver le meilleur de la catégorie … jeux où parfois de mêlent des intrigues, des bassesses qui sont moralement indignes (comme dans Koh Lanta par exemple) … et que l’on retrouve aussi dans la vie de tous les jours …

Qui est le plus grand ?

C’est une question qui ne date pas d’hier !…

On le voit dès le début de la Genèse, initiée par le Satan qui prend la forme d’un serpent : « Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (Gn 3,4-5) … Tentation du pouvoir

Qu’on retrouve aussi un peu plus loin : « Au temps fixé, Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur. De son côté, Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais vers Caïn et son offrande, il ne le tourna pas. Caïn en fut très irrité et montra un visage abattu (…) Caïn dit à son frère Abel : « Sortons dans les champs. » Et, quand ils furent dans la campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. » (Gn 4,3-5.8). Jalousie

C’est ce que dit saint Jacques : « Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. » (Deuxième lecture). Mais il donne le remède : « La sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. ».

Jésus nous explique ce que la sagesse propose : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. ».

Les douze n’ont pas compris qu’en disant cela, il parlait aussi de lui comme un exemple … Pourtant, il venait pour la deuxième fois d’annoncer sa mort et sa résurrection … lui, le saint de Dieu … « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2,5-8).

Et si les douze n’ont pas compris, il n’est pas sûr que nous aussi nous l’ayons compris. Chaque fois que nous voulons être le meilleur, le premier, pour notre satisfaction personnelle ou pour ’’se faire voir’’, nous ne pensons plus qu’à nous … et nous oublions Dieu et le prochain … nous n’agissons plus en chrétiens … nous ne sommes que des pêcheurs … qui attendons la miséricorde de Dieu.

Alors, pour essayer de mieux se faire comprendre, Jésus prend un enfant et le met au milieux d’eux : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. ».

Cela a dû être un choc pour les douze : mettre un enfant au milieu d’une discussion d’adulte, l’embrasser … cela ne se faisait pas … Les enfants n’étaient pas considérés comme importants à l’époque, et n’avaient pas voix au chapitre …

Alors, dire qu’accueillir un enfant, c’est accueillir Jésus … mieux, c’est accueillir le Père … cela a dû les choquer …

Quelle humiliation ont-ils ressenti !

Alors qu’en fait … il fallait comprendre « Quelle humilité faut-il avoir pour vivre vraiment en chrétien ! »

Et c’est encore pire si on prend la phrase que rapporte saint Matthieu : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » (Mt 18,3)

Et c’est encore valable pour nous aujourd’hui !

 

Me voici Seigneur,

comme un enfant qui marche sur la route,

(…) que n’effleure aucun doute. (…)

Comme un enfant [qui] tient la main de son Père,

sans bien savoir où la route conduit. (…)

Comme un enfant qui s’est rendu coupable

mais qui sait bien qu’on lui pardonnera, (…)

 [et qui] vient se jeter dans vos bras.

Odette Vercruysse    P 125

 

                                     Francis Cousin

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25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 9,30-37)

« La grandeur du serviteur »

(Mc 9,30-37)

 

    En ce temps-là, Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache, car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger.
Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »               Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

     

         Jésus annonce de nouveau sa Passion et sa Résurrection prochaines… Mais dès qu’il parle de résurrection, les disciples ne comprennent pas… Comment est-il possible de revenir de la mort ? « Je vous le dis maintenant, avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez » (Jn 14,29). Et en effet, après le bouleversement provoqué par les évènements de la Passion, « quand il fut relevé d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à la parole qu’il avait dite » (Jn 2,22). Jésus construit donc ici la foi future de ses disciples, car ils auront à vivre toute leur mission dans la foi…

            Pour l’instant, ils ne comprennent pas et pensent toujours que Jésus sera le prochain roi d’Israël… Qui donc, parmi eux, aura alors la meilleure place ? « Qui est le plus grand », se demandent-ils ? Voilà bien l’échelle de valeurs qui règne dans le monde… Mais « mon Royaume n’est pas de ce monde », dira Jésus… Certes, « je suis Roi » (Jn 18,33-37), mais « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mc 10,45). Or « le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Il suffit pour le disciple qu’il devienne comme son maître » (Mt 10,24-25). C’est pourquoi, dit-il ici, « si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ». C’est ce qu’il fit Lui-même tout au long de sa vie, touchant un lépreux, l’être le plus impur qui soit à l’époque (Mc 1,40-45), mangeant au milieu des pécheurs (Mc 2,15-17), pour finalement mourir au milieu de deux « brigands » (Mc 15,27), à la dernière place… Jésus est en effet « l’Astre d’en haut qui nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,78), se mettant tout entier au service des hommes, et tout spécialement des pécheurs, ces « perdus » (Lc 15,1-7), ces souffrants (Rm 2,9), avec comme unique but, leur bien, leur salut…

            « Si donc quelqu’un me sert, qu’il me suive et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26). Ici, nous le voyons avec un « petit enfant », qu’il embrasse. Or, à l’époque, l’habitude des « bien pensants », des « sages », des « intelligents » (Lc 10,21-22), était de les mépriser. Mais non… Bien au contraire, « ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 26,40), dira Jésus. Il nous montre ainsi le Chemin de la vraie Vie… A nous maintenant de le suivre… DJF




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Qui est le plus grand ?

Mc 9, 30-37

 

Pour la deuxième fois, mes frères, Jésus annonce sa Passion et sa Résurrection. Dimanche dernier déjà, il l’avait dit bien haut aux disciples et Pierre s’était rebiffé : « Seigneur, à Dieu ne plaise ».

 

Jésus, voyant que ses disciples ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre : ils sont encore dans l’euphorie des miracles et des succès de Jésus et ne veulent pas entendre parler de difficultés, encore moins d’échecs… aussi Jésus insiste-t-il : « Le Fils de l’homme sera livré, ils le tueront et trois jours après sa mort, il ressuscitera ».

Toutes ces mauvaises futures nouvelles gênent les apôtres : « Ils ne comprennent pas ces paroles (souvent on ne comprend que ce que l’on veut bien comprendre) et ils avaient peur de l’interroger ». Quand on a peur de savoir la vérité, on n’ose pas poser de questions.

Ces apôtres sont tellement peu dans la perspective de la Passion que, sur la route, (Jésus est devant eux, et eux discutent derrière), non seulement ils ne discutent pas de la Passion du Christ, mais déjà ils s’attribuent les places dans la cour d’un Jésus triomphant. C’est à qui sera le plus grand, et à qui s’attribuera le plus de pouvoir : « Moi, je serai le 1er ministre, doit dire en substance Pierre ; et moi ministre des finances, assure Judas. Moi, je serai son secrétaire particulier, interrompt St-Jean ; et moi ministre du budget, dit Matthieu, l’ancien percepteur ».

Et les altercations s’élèvent. Les différents points de vue s’affrontent et Jésus, qui marche toujours devant, écoute, ne dit rien. Bientôt, ils arrivent à la maison, à Capharnaüm (vraisemblablement la maison de Pierre).

« De quoi discutiez-vous sur le chemin? », leur demande Jésus. Les apôtres ont tellement bien compris que leurs soucis n’étaient pas ceux du Christ qu’ils se taisent comme des enfants pris en faute.

Le Seigneur alors va prendre exactement le contre-pied de leur ambition : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».

C’est le monde à l’envers : être le dernier, c’est sentir le regard de mépris de tous ceux qui sont au-dessus de soi.

Etre le serviteur, c’est se faire le plus petit, se mettre au plus bas de l’échelle sociale.

Nous avons tous notre honneur, nos ambitions, notre rang à tenir, notre dignité à faire respecter, notre personnalité à affirmer et chacun, dans notre société, réclame ses droits d’où la multiplication de ces défilés, de ces manifestations, de ces revendications, du plus haut au plus bas de l’échelle sociale : “Avoir plus”, “être plus”, “avoir sa place au soleil”, “être considéré”, comme on dit dans le lyonnais.

Les paroles de Jésus sont à ce point choquantes qu’il craint à juste titre de ne pas se faire assez comprendre. Dans ce cas, il illustre, par un geste, son enseignement : il place un enfant au milieu d’eux.

L’enfant, dans ce temps-là, n’était pas le modèle de la simplicité ou de l’innocence, mais plutôt de l’insignifiance. Il est le type de celui qui n’a pas d’importance, qui ne compte pas, qui n’a pas de place dans le monde social, dont l’avis est négligeable, et cet enfant, il l’embrasse devant tous ceux qui s’étaient déjà attribués les portefeuilles de la royauté du Messie.

Cet enfant, dépouillé de grandeur, de prestige, c’est Jésus-Christ, c’est Dieu lui-même :

« Si vous l’accueillez, c’est-à-dire si vous tenez compte, non pas de son rang, de son honorabilité ou de son importance, c’est moi que vous accueillez et aussi celui qui m’envoie : Dieu, mon Père ».

Oui, c’est “le monde à l’envers” que nous propose le Christ, c’est un monde qui va à contre-courant de nos mentalités d’arrivistes et de promotion sociale. Non seulement on ne se pousse pas et on ne joue pas des coudes pour essayer de se glisser au 1er rang, mais on fait avancer les autres devant soi, en s’effaçant et en essayant de se mettre à leur disposition, de devenir leur serviteur.

Convenons-en, mes frères, tout cela va à l’encontre de tous nos instincts, de tous nos désirs et nous avons du mal, comme les apôtres, à avaler cela ! Et pourtant, il faut nous rendre à l’évidence, les paroles de Jésus, et plus encore son comportement, nous démontrent que la valeur ne dépend pas du rang, des honneurs, de la considération mais de la pauvreté, du dénuement, de l’insignifiance.

« Cette dernière place que vous fuyez de toute la force de vos vanités, moi, le Christ, je l’ai occupée à Bethléem, à Nazareth, je l’ai occupée à la Passion, rejeté, humilié, bafoué, méprisé, traité même, non plus comme un enfant qu’on écoute, mais dont on sourit, comme un objet sur lequel on crache avant de le clouer sur une Croix ».

 

Cette Croix du Christ qui est sur nos murs, nous rappelle que Jésus, lui, a choisi la dernière place mais nous continuons toujours, comme les disciples, à nous habiller de nos petites vanités, à oublier l’ordre véritable des valeurs. A notre époque, où chaque pays joue à être le plus grand, grâce à son niveau économique, technique, culturel, où les titres sont enviés, aussi bien dans les médailles d’or des sportifs, les oscars des acteurs de cinéma ou les prix Nobel de littérature, qui le Christ a-t-il envoyé pour donner deux messages au monde ?

 

 

Deux petites filles, elles n’avaient pas quinze ans, ni l’une ni l’autre : Bernadette de Lourdes et Thérèse de Lisieux. Deux enfants appartenant à des milieux différents, sinon opposés, mais dont la société ne peut que relever l’insignifiance, mais elles avaient plus à apprendre à notre époque que des experts, des agrégés, des savants ou des leaders de mouvements : deux poids, deux mesures, ceux de Dieu et ceux des hommes. Pour le christianisme, il y a des saints, il n’y a pas de grands hommes…

Seule une conversion, c’est-à-dire un retournement du cœur, peut nous permettre d’accueillir ce “monde à l’envers” qui est celui de l’Evangile et dont St-Paul nous disait qu’il est “folie aux yeux des hommes” mais “sagesse aux yeux de Dieu”.

Frères, devant la crèche, devant la Croix, reprenons nos vraies mesures :

– Avons-nous le sens des petits, des humbles, des faibles ?

– Sont-ils grands à nos yeux de la grandeur du Christ ?

– Notre action fait-elle place à la défense des petits : personnes âgées, travailleurs, sans travail, immigrés, handicapés physiques, mentaux, sociaux ?

– Acceptons-nous nos limites, nos faiblesses ?

– Avons-nous surtout conscience de cette dépendance essentielle à l’égard de celui à qui nous devons tout ?

– Savons-nous nous effacer, recherchant le service discret, anonyme?

– Recherchons-nous cette dernière place, celle du Christ, serviteur de l’Humanité ?

Laissons à Dieu le soin de nous placer lui-même :

c’est beaucoup plus sûr ! AMEN




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Mc 8, 27-35)

« La foi et les œuvres. »

 

Le passage de la lettre de saint Jacques qui constitue la deuxième lecture de ce dimanche est tout à fait décapant !

Et c’est un passage qui est à relire … à relire … souvent.

Souvent on a une idée faussée de la foi.

« Je crois en Dieu, … je crois en Jésus-Christ, … je crois en l’Esprit-Saint … »

On connaît notre credo par cœur …

On ’’fait’’ ses prières régulièrement, on ’’va’’ à la messe chaque dimanche, parfois en semaine …

Mais, qu’est-ce que Jésus pour nous ? (C’est la question de l’évangile).

C’est le Christ, bien évidemment, … le Messie que les juifs attendaient, …

Celui qui a donné sa vie pour nous sur la croix, …

Celui qui nous a donné son corps à manger dans le pain de l’eucharistie, …

Celui que Dieu a ressuscité et qui nous ouvre le chemin du Paradis …

On a tout bon ! … On peut être fier ! …

Comme le pharisien de la parabole qui disait : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes … Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. » (Lc 18,11-12)

Saint Jacques nous dit : « Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? ».

Le problème est que bien souvent, on ne dit pas la première partie de la phrase … on ne voit pas que les gens ont froid … on ne voit pas que les gens ont faim … on ne dit rien, on ne fait rien.

Bien sûr, ’’on ne peut pas soulager toute la misère du monde’’ … mais on peut essayer de faire quelque chose …

Mais souvent, on reste indifférent … (quand on ne dit pas : ’’Ils n’ont qu’à travailler’’ ! …).

A l’inverse, il ne s’agit pas de mettre en valeur ce que l’on fait … Comme Jésus l’a dit : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. » (Mt 6,1).

Faire quelque chose pour les autres … les œuvres dont parle Jacques, qu’elles soient matérielles (corporelles) ou spirituelles (voir les quatorze œuvres de miséricorde), cela fait partie aussi de ce que Jésus appelle « prendre sa croix » …

Et ce n’est pas une croix trop difficile à porter …

Si nous ne faisons rien, on risque fort de se faire interpeller par Jésus comme l’a fait avec Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Essayons, à tout le moins, de dire avec foi, comme le publicain de la parabole : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !” » (Lc 18,13) … car alors Jésus pourra dire : « [Celui-là est] devenu un homme juste ! ».

Seigneur Jésus,

aide-nous à renoncer à nous-même,

et à penser aux autres.

Aide-nous à porter nos croix,

certaines sont faciles à porter,

d’autres beaucoup moins …

Alors nous pourrons te suivre

en vérité !

                                     Francis Cousin

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Prière dim 24° TOB




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Gagner sa vie

Mc 8, 27-35

En cette période de fin d’hiver, alors que nous voyons les platanes de la Plaine-des-Palmistes se couvrir de feuilles et les fruits en train de se former, en ce temps de rentrée où de nombreux visages rayonnent encore du bienfait des vacances, j’aimerais chanter la douceur de vivre et vous offrir, au nom de Dieu, un bouquet de souhaits pour la rentrée. Mais les temps sont durs et l’Evangile d’aujourd’hui est dur : il nous livre une parole austère et je crains d’apparaitre dans cette église comme un trouble-fête à plus d’un : « Celui qui veut sauver sa vie doit la perdre, celui qui la perd pour l’Evangile la sauvera, dit Jésus » Parole qui ne doit trahir ni Dieu ni l’homme, alors qu’en est-il ?

Tout en nous aspire à vivre et nous passons notre temps dans le dérisoire et puis, n’est-il pas légitime de vouloir sauver sa vie de la tristesse, de l’ennui, de la solitude, de la maladie, de la pauvreté… quand ce n’est pas de la misère ?

Qu’est-ce-que veut dire « sauver sa vie », par exemple pour un chômeur, sinon peut-être d’abord trouver un emploi et pour cette femme dont le foyer ne marche pas, garder son mari ?

Et pour tout le monde, qu’est-ce-que “sauver sa vie” sinon la défendre, “sauvegarder” ses intérêts ?

Or, ce matin, ce qu’il faut bien regarder en face, c’est que personne n’est jamais totalement désintéressé et qu’en même temps, nous avons besoin de gratuité. L’intérêt, c’est le ressort de toute activité humaine. Il va dans le sens de notre instinct de conservation et de notre dynamisme : il ne faut pas s’en désoler, c’est normal, mais cela risque aussi de tout empoisonner par le profit.

 Aussi, quand Jésus, aujourd’hui, nous demande de perdre notre vie pour lui, il nous invite à tendre vers le désintéressement qui ne peut venir que de lui, car lui seul est “amour désintéressé”, lui seul est pure gratuité. C’est ce que nous appelons “la grâce”.

En face de ce Dieu qui se perd pour nous sauver, qui s’offre, qui aime, qui se donne et cela sans rien exiger en retour, en pure perte et sans même un espoir de retour, chacun de nous doit se poser cette question pratique : « Sur quoi misez-vous votre vie ? Est-ce le confort, l’argent, les biens matériels, la sécurité, le sexe, la réputation, le pouvoir?

Je vous entends répondre : « Oh non, bien sûr ! Ce à quoi nous aspirons, c’est la tendresse, l’amitié, l’amour, la joie, la beauté, la paix sur la terre et la justice ».

Comme vous avez raison ! C’est bien là ce qui donne un sens à la vie ! Mais alors que faites-vous pour atteindre ce but ? Autrement dit, quel est votre “style de vie” ? N’y a-t-il pas dans votre vie de tous les jours une contradiction entre ce que vous désirez devenir et ce que vous faites pratiquement ?

Cet homme, par exemple, bon père de famille, qui s’esquinte à faire des heures supplémentaires pour construire sa maison, par amour pour les siens, or, cet homme, le soir, est tellement épuisé et nerveux qu’il devient “impossible à vivre” pour sa femme et ses enfants. Il n’a plus le temps de vivre ni le temps de la tendresse et finalement il obtient l’inverse de ce qu’il désirait au départ. Ce n’est qu’un exemple, mais chacun pourrait transposer dans son domaine. Nous nous laissons tous engluer dans le matériel avec les meilleures intentions.

« Perdre sa vie pour la gagner », c’est alors que ça veut dire :

 « Es-tu capable de dominer ta vie quotidienne de telle sorte que tu puisses trier entre ce qui est indispensable à ta vie et ce qui est superflu ? »

 Le Seigneur ne veut pas être un rabat joie en nous rappelant cela. Il désire simplement nous libérer de l’inessentiel, de l’accessoire. Il désire nous recentrer. Il veut nous désengluer du matériel inutile dans lequel nous sommes si souvent enlisés ! Certes, la vie aujourd’hui, n’est pas facile. Les conditions de vie, mêmes matérielles, sont dures et on ne peut passer dans la vie, avec seulement une fleur au chapeau et à la bouche une chanson et il faut travailler, il faut se battre.

Mais ne sommes-nous pas comme Marthe dans l’Evangile, à nous agiter, à en rajouter, à nous créer des soucis qui n’en valent pas la peine, à être esclaves de nos désirs ? Ainsi, “perdre sa vie” pour Jésus, cela commence modestement à sauver en nous cette source de liberté qu’est la gratuité qui va de pair avec l’intériorité.

En cette société de consommation, la tentation n’a jamais été aussi vive, ni aussi forte que de vivre à l’extérieur de soi-même, à la surface de soi-même, de modeler son existence sur la mode, la publicité et nous devenons, peu à peu, sans nous en rendre compte, le produit d’un certain “type de société” qui ne cherche que son profit. On n’est plus alors qu’un consommateur et c’est bien là-dessus que l’Evangile d’aujourd’hui nous alerte : on ne sauve pas une vie creuse en compensant son vide intérieur par l’accumulation de choses, d’objets, de gadgets, de vêtements.

Lisez, ceux qui ont le temps, le livre “Les choses” de Georges Perec. Il s’agit d’un couple qui croit pouvoir remplacer la vie, par le cadre de vie. Le cadre est magnifique  mais il n’y a rien dedans : il y manque la gratuité, l’intériorité, la vie elle-même. Notre monde est un peu comme un mauvais film d’Hollywood où tous les décors en carton-pâte sont grandioses.

Les personnages y magnifiquement habillés, mais  incapables d’exprimer les sentiments humains qui font vibrer le cœur humain : gratuité, intériorité de notre vie. Je n’aurais rien dit si tout cela n’était qu’une sagesse humaine à la manière du bouddhisme qui, en fin de compte, nous dit la même chose.

Mais avec l’Evangile, qui n’est pas seulement une sagesse, mais un travail de l’Esprit Saint qui essaie de nous rendre semblables au Christ afin “d’être dans le monde sans être du monde” alors, là, c’est tout un art : l’art de vivre en chrétien.

« Acceptons-nous de perdre pour gagner? » Option radicale qui nous fait poser la question : non plus “sur quoi misez-vous votre vie mais sur qui ?”, car seul l’attachement au Christ et au Christ “mort sur la Croix” peut nous donner cette force de préférer la liberté de l’Evangile aux intérêts du monde.

Que Jésus ne soit pas seulement notre “Maître à penser”, mais notre “Maitre de vie” pour qu’il nous donne cette force incroyable : la force de l’amour, seule capable de nous faire perdre notre vie pour Jésus, car si la gratuité et l’intériorité s’enracinent dans l’amour de Dieu, nous sommes alors entrainés plus fondamentalement à nous demander :

« Qu’est-ce-que je dis quand je dis “J’aime Dieu”, et qu’est-ce-que je fais avec lui ? » AMEN




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 8, 27-35)

«Tu es le Messie»

(Mc 8,27-35)

 

    En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? »
Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »
Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. »
Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.
Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.

     

          

           Jésus a longuement enseigné, il a guéri quantité de malades… L’heure est venue de faire un premier bilan. Maintenant que ses disciples ont vécu tout cela avec lui, « pour vous, qui suis-je ? », leur demande-t-il…

            Pierre prend alors la parole au nom de tous : « Tu es le Messie », c’est-à-dire « celui qui a reçu l’Onction du Seigneur ». Tout nouveau roi en Israël recevait en effet de la main d’un prophète ou d’un prêtre une onction d’huile qui symbolisait la grâce donnée pour le bon accomplissement de sa mission royale (1Sm 16,1-13)… Et tous attendaient, à l’époque de Jésus, un nouveau Roi, ce « Messie » promis par les Ecritures. Certes, les Romains avaient envahi la Palestine depuis plus de 80 ans. Mais Dieu avait promis à David, le premier grand roi d’Israël (1010 – 970 av JC) : « Je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles. Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais » (2Sm 7,4-17).

            Les disciples étaient donc convaincus que cette prophétie s’accomplissait sous leurs yeux avec Jésus. Mais ils croyaient qu’il serait un jour roi d’Israël comme le fut autrefois le roi David : un roi terrestre semblable à tous les autres rois terrestres…

            Jésus était conscient de ce malentendu. Aussi va-t-il commencer à leur révéler « pour la première fois » qu’il lui faudra beaucoup souffrir, être rejeté, mourir pour finalement ressusciter… C’est ainsi qu’il manifestera sa Royauté, celle de l’Amour sur toute forme de mal, car il offrira toutes ses souffrances pour le salut du monde, et notamment pour ceux qui lui ont fait tant de mal. « Père, pardonne-leur » (Lc 24,34)…

Les rêves des disciples s’effondrent… Pierre lui fait de vifs reproches. Et comme Jésus, qui est si humain, aurait voulu qu’il ait raison ! Mais la perspective d’une mission facile et humainement glorieuse en ce monde blessé par le péché est plutôt de l’ordre de la tentation : sans le savoir, Pierre tente Jésus comme Satan le fit autrefois au début de son ministère (Lc 4,1-13) : « Passe derrière moi, Satan ! », lui dit Jésus. Mais accepter la croix ne sera pas facile pour lui : « Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi. Cependant, non pas ce que moi je veux, mais ce que toi tu veux ! » (Lc 22,42). Et tout disciple devra lui aussi « renoncer à lui-même », « prendre sa croix » et suivre Jésus sans jamais oublier sa Parole : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5)…  DJF