Dimanche des Rameaux – Francis COUSIN

Dimanche 5 avril 2020 –  Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année A

 

Évangile selon Saint Matthieu 21, 1-11 – 26,14-27,66

 

« Joie … Peur … Espérance … »

 

En ce dimanche, deux passages d’Évangile, dans des tons très différents.

L’un en dehors de l’église, en préambule, avec la procession des rameaux, joyeux, voire triomphal.

L’autre, à sa place habituelle dans la célébration, méditatif, triste.

Circonstance particulière cette année, nous n’aurons pas la bénédiction des rameaux, et nous participerons à la célébration devant notre poste de télévision …

Et il sera sans doute bien difficile de manifester et montrer cette joie de l’entrée de Jésus à Jérusalem.

« Montant alors à Jérusalem, Jésus prit à part les Douze disciples et, en chemin, il leur dit :  ’’Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mortet le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient’’ … » (Mt 20,17-19).

Mais les apôtres n’ont pas fait un compte avec cette annonce ! Pire, ils cherchaient ils cherchaient même les places d’honneur ! Jésus est obligé de rectifier : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur (…). Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20,26-28).

Aussi, quand Jésus fait venir une ânesse et son petit pour entrer dans Jérusalem, ils se sont souvenus de la prophétie de Zacharie et de l’humilité demandée par Jésus, … mais ils ont oublié la fin de la phrase !

Et c’était la fête, la joie. Tout le monde chantait « Hosanna au fils de David ! ». On mettait de manteaux par terre devant l’ânesse ! On agitait des branches d’arbres ! Les foules des disciples de Jésus marchaient devant lui, d’autres foules le suivaient … et Jésus était au milieu d’eux !Déjà ! « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » (Mt 18,20). « Et moi, je suis avec voustous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20).

Par contre, les gens de Jérusalem ne semblaient pas le connaître : « Qui est cet homme ? », ce qui n’étaient pas le cas des scribes et des grands prêtres …

Dans le récit de la Passion, on peut remarquer qu’il est pétri par la peur des différents participants, de manière différente pour chacun, mais toujours une peur, une inquiétude … avec des résultats différents.

À commencer par Jésus qui « commença à ressentir tristesse et angoisse. » : « il tomba face contre terre en priant, et il disait : ’’Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi !’’ », et par trois fois il reprit cette même prière à son Père. Mais cette peur de ce qui va advenir fait le cœur de sa prière, et l’amour réciproque entre son Père et lui lui permet de dire : « Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux.». Jésus n’a pas fui devant sa peur, confiant dans l’amour de son Père, et il a accepté de la traverser, d’aller au-delà de sa peur humaine pour accepter sa mission divine.

Les grands prêtres qui voulaient tuer Jésus, mais « pas en pleine fête, de peurqu’il n’y ait pas des troubles dans le peuple » et qu’il n’y ait des représailles des Romains.

Peur du gouverneur romain, Ponce Pilate, à cause des songes de sa femme, qui propose un échange entre Jésus et Barabbas, mais finalement est obligé de condamner Jésus par peurd’un mouvement de foule orchestré par les grands prêtres, ce qui serait mal vu de l’empereur à Rome. Il s’en lave les mains.

Peur des apôtres d’être arrêtés en même temps de Jésus : « Alors tous les disciples l’abandonnèrentet s’enfuirent. ».

Peur de Pierre que refuse d’être assimilé à l’un des apôtres de Jésus, et qui le renie par trois fois : « Je ne connaît pascet homme. ».

Peur de Judas qui reconnaît son erreur, mais qui ne sait comment en sortir : « il se retira et alla se pendre. »

Peur des soldats romainsqui gardaient Jésus : « Ils furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

La peur est partout.

Et l’Espérance ?

On ne la trouve pas vraiment dans les textes de ce jour.

Et pourtant, elle aurait pu y être … et peut-être y est-elle, mais cachée, insoupçonnée, dans le tréfonds du cœur de certains, principalement des femmes : « Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre. », présentes jusqu’au bout du jour … Et sans doute aussi dans le cœur de la vierge Marie, mère de Jésus …

Peut-être avaient-elles été plus attentives aux paroles de Jésus : « Et le troisième jour, il ressuscitera. » (Mt 20,19)

Joie … Peur … Espérance …

Ces trois mots semblent aussi s’appliquer à la situation que nous vivons aujourd’hui avec la pandémie du Covid-19, même s’il serait préférable de remplacer le mot ’’espérance’’ par le mot ’’espoir’’.

Trois mots… trois temps … avant, pendant, après …

Avant : la joie, l’insouciance … « En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ;les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le délugequi les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. » (Mt 24,38-39). On pourrait remplacer ’’déluge’’ par ’’Covid-19’’ …

Pendant : La peur ! elle est partout, on se confine, on a peur d’attraper le virus, on se replie sur soi … et en même temps on voit des gestes de solidarité qui se mettent en place un peu partout, on voit les personnels de santé, de maintien de l’ordre, qui, malgré leur peur, continuent à se mettre au service des personnes … d’autres qui mettent leur ingéniosité ou leur savoir-faire au service des autres …

Même peur … et résultats différents …

Et on voit aussi des irresponsables : « Hein ! Virus-là y fait pas peur à moins ! Mi crase à lu ! ».

Après ? On n’en est pas encore sorti, mais tout le monde à un espoir : ne pas être pris par le virus, ou d’autres personnes dans sa famille ou de ses amis, que les disfonctionnements apparus se résolvent, que l’on arrive à trouver un médicament ou un coquetel de médicaments pour contrer le virus, que la vie économique, sociale, familiale puisse revivre comme avant … ou mieux qu’avant …

Comme nous sommes toujours dans la période de peur, il y a un remède pour sortir de cette peur, et c’est Jésus qui nous le donne : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation », tentation du désespoir, tentation de pensées égoïstes, …

Priez Dieu, … Priez Marie :

En la suivant, on ne dévie pas.

En la priant, on ne désespère pas.

En pensant à elle, on ne se trompe pas.

Si elle te tient par la main, tu ne tomberas pas.

Si elle te protège, tu ne craindras pas.

Si elle est avec toi, tu es sûr d’arriver au but.

Marie est cette noble étoile dont les rayons illuminent le monde entier,

dont la splendeur brille dans les cieux et pénètre les enfers.

Elle illumine le monde et échauffe les âmes.

Elle enflamme les vertus et consume les vices.

Elle brille par ses mérites et éclaire par ses exemples.

Ô toi qui te vois ballotté au milieu des tempêtes,

ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre si tu ne veux pas sombrer.

Si les vents de la tentation s’élèvent, si tu rencontres les récifs des tribulations,

regarde l’étoile, invoque Marie.

                                                                     Saint Bernard (Extraits)

                                                                                                    Francis Cousin

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Image Dimanche des Rameaux A




Dimanche des Rameaux (Mt 21,1-11) – D. Jacques FOURNIER

Jésus Sauveur, Roi Doux et Humble de cœur (Mt 21,1-11)

Par tout son comportement, Jésus va se manifester ici tout à la fois comme le Nouveau Roi tant attendu de la lignée de David, le Messie, et comme le Prophète annoncé autrefois par Moïse (Dt 18,15-18), ce que les foules reconnaîtront bien à la fin : « Hosanna au fils de David…au prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

Lui-même s’était déjà présenté comme un prophète lorsqu’il avait lu dans la Synagogue de Nazareth, au tout début de son ministère, un extrait du Livre d’Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction » (Lc 4,16-22). Mais, lorsque ceux-là mêmes qui s’étonnaient du « message de grâce  qui sortait de sa bouche », le rejetteront peu après, Jésus leur dira : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison » (Mt 13,57). Et c’est ce qui arrivera aussi à Jérusalem. Les foules « le tenaientbienicipour un prophète » (Mt 21,46), et pourtant, quelques jours après, beaucoup d’entre eux crieront : « Qu’il soit crucifié ! » (Mt 27,23-24).

Or, un prophète est quelqu’un qui a reçu de Dieu un Don tout particulier de l’Esprit Saint qui l’établit en communion de cœur avec Lui, « dans l’unité d’un même Esprit » (Ep 4,3). Et c’est dans ce Mystère d’Union, de Communion, d’Harmonie profonde avec Dieu, que la Parole de cet homme va recevoir un poids tout particulier : ce qu’il dira sera aussi en harmonie profonde avec Dieu, à tel point que Dieu pourrait Lui aussi dire la même chose… Dans l’Esprit, sa parole devient Parole de Dieu…

Vrai homme parmi les hommes, Jésus, « rempli d’Esprit Saint » (Lc 4,1) par le Père, est donc bien un prophète, et de cette Communion dans l’Esprit va jaillir ici une parole de connaissance : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : « Le Seigneur en a besoin, mais il les renverra aussitôt. » » Et c’est exactement ce qu’il va se passer… On imagine sans peine la stupéfaction et l’émerveillement des disciples qui ont vécu tout cela… Notons au passage que rien de particulier ne leur a été demandé, sinon d’écouter et d’obéir… Et il en est toujours de même pour nous aujourd’hui puisque, nous dit Jésus Ressuscité, « je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Et « Jésus Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais » (Hb 13,8). Ce qu’il a fait hier, il continue donc de le faire aujourd’hui, notamment avec son Eglise et par elle. Et c’est toujours le Don de l’Esprit qui, accueilli, établit l’unité et l’harmonie que ce soit entre Dieu et son prophète, ou entre Dieu et son Eglise : « Tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul Corps. Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit… Or, vous êtes le Corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce Corps » (1Co 12,13).

Les disciples écoutent Jésus, lui obéissent et lui ramènent l’ânesse et son ânon. Or « cela s’est passé pour accomplir la parole transmise par le prophète » Zacharie. Tel est donc le seul but poursuivi par Jésus. Or Zacharie n’a fait que transmettre une Parole qui, finalement, dans l’Esprit, ne venait pas de lui mais de Dieu. Le seul souci de Jésus est donc lui aussi, comme pour les disciples précédemment, d’obéir à Dieu son Père. Dans ce Mystère d’obéissance à Dieu, tout est possible car c’est Dieu Lui‑même qui agit pour que sa Parole s’accomplisse… Or, cette Parole ne fait qu’exprimer sa volonté, ce qu’il veut, ce qu’il désire… La seule préoccupation de Jésus est donc d’obéir à Dieu son Père pour que sa volonté s’accomplisse… « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin » (Jn 4,34). Père, « que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10). « Mon Père », priera-t-il juste avant sa Passion, « si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt 26,42). Et quelle est la volonté du Père ? St Paul la résume en quelques lignes : « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes » (1Tm 2,3-6), pour que la volonté de Dieu soit faite : « que tous les hommes soient sauvés »…

Tel est donc le seul but poursuivi ici par Jésus… Oui, en vérité, il est bien ce roi annoncé par les Ecritures, non pas un roi dominateur, assoiffé de pouvoir, ne poursuivant que son seul intérêt personnel, comme hélas tant de « grands » de ce monde, mais un roi « juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune » (Za 9,9). On peut d’ailleurs remarquer que les disciples avaient ramené une ânesse, dans la force de l’âge, accompagnée de son petit ânon… La logique aurait voulu que Jésus s’asseye sur l’ânesse… Mais non, c’est bien sur le petit ânon qu’il va s’asseoir, ce qui, humainement parlant, n’est pas vraiment une image de force, de puissance et de prestige. C’est plutôt un enfant, un tout petit, que l’on mettrait sur un ânon… Et pourtant, c’est bien cela qui est arrivé, en parfait accord avec la prophétie de Zacharie : « Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s’assoit dessus » (Mc 11,7 ; Lc 19,35). Jésus est donc bien le Roi Messie « fils de David » annoncé par Zacharie, mais un Roi « humble », « doux » (Mt 11,29), « pauvre de cœur » (Mt 5,1), venu non pas pour dominer en Maître mais pour servir (Lc 22,27), non pas pour commander ses disciples mais pour leur laver les pieds (Jn 13,1-17)… « Vous le savez », disait-il, « les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; et celui qui veut être le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20,25-28).

Le titre de Roi donné à Jésus pouvait donc prêter à confusion, et c’est la raison pour laquelle St Matthieu ne le lui applique pas sinon dans la bouche des Mages lorsqu’ils demandent à Hérode : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2,2). Puis, ce titre disparaît de son Evangile pour ne revenir, clairement appliqué à Jésus, qu’ici : « Voici que ton Roi vient à toi »…Mais ensuite, il interviendra souvent dans le récit de la Passion, car lorsque Jésus sera battu, humilié, crucifié (Mt 27,10.29.37.42), il ne sera plus possible de se méprendre sur sa royauté. Oui, vraiment, Jésus est Roi, mais dans l’humilité, la discrétion, la douceur, la non violence, l’apparente faiblesse qui se révèle en fait « Toute Puissance » de l’Amour, capable de dire « je t’aime » à celui qui cherche à le tuer, et qui, sur la Croix, offrira sa vie pour le salut de ceux-là même qui la lui enlèvent…

                                                                                               D. Jacques Fournier




Homélie du Père Sébastien PAYET (Messe télévisée du Dimanche 29 mars)

Homélie pour le 5ème dimanche de Carême – Année A.

“Moi, je suis la résurrection et la vie” (Jn 11, 25).

“Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.” (Jn 11, 21 et 32) Cette affirmation reprise par les deux soeurs, Marthe et Marie, nous interpelle et nous rejoint, peut être plus particulièrement encore en ces temps de pandémie de coronavirus. Toutes les deux en effet avaient interpellé plusieurs jours auparavant Jésus, elles l’avaient informé de la maladie de leur frère Lazare, l’ami de Jésus. Mais celui-ci s’est attardé deux jours de plus à l’endroit où il se trouvait, se contentant d’affirmer que cette maladie ne conduirait pas à la mort. Or, Lazare est mort. Jésus se serait-il donc trompé ? Aurait-il menti à ses disciples ? Non, évidemment. Mais alors, pourquoi n’a-t-il rien fait ? Comme certains des Juifs venus auprès des soeurs pour les consoler, nous pourrions nous demander : “Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ?” (v.37). Si, bien évidemment il l’aurait pu. N’a-t-il pas à d’autres occasions guéri des malades en danger de mort ? Oui, Jésus pouvait très bien empêcher Lazare de mourir. 

Mais il ne l’a pas fait et il s’en réjouit, non pas de ce que Lazare soit mort en tant que tel, mais que cette mort devienne l’occasion pour lui d’affirmer la victoire de la vie sur la mort et d’annoncer déjà ce que lui-même va accomplir dans les prochains jours, lors de sa Passion sur la Croix et sa Résurrection le troisième jour. Oui, “cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié” (v.4). Devant le drame de la mort, nous pourrions être tentés de remettre en question notre foi, en nous demandant : “Que fait Dieu ?”, “Pourquoi n’intervient-il pas ? “, “Pourquoi ne stoppe-t-il pas la maladie, le virus ?”, “Pourquoi n’a-t-il pas empêché tel accident ou catastrophe naturelle de se produire ?”… c’est la question du mal et de la souffrance, question à laquelle nous sommes tous tôt ou tard confrontés. Mais Jésus affirme que toutes ces épreuves, aussi terribles soient-elles, ne sont pas là pour que nous perdions la foi, mais bien au contraire pour que nous nous tournions vers Dieu, pour que nous croyions ! (Cf. v. 15)

Mais alors, Jésus serait-il insensible à la détresse de tant d’hommes et de femmes qui souffrent ? Non, d’ailleurs, il compatit à la souffrance des deux soeurs, en particulier de Marie, il est saisi d’émotion, il pleure. (Cf. v. 35). En Jésus, Dieu pleure. Dieu n’est pas indifférent au mal qui nous atteint, à la souffrance, à la mort. Bien au contraire. Dieu souffre avec nous. Il n’empêche pas toujours le mal, et il n’en est pas l’auteur, mais il le combat et il en est vainqueur. Car Jésus est venu pour la vie et non pour la mort ; il est venu nous donner la vie et celle-ci découle de notre foi. Car nous dit-il, “ton frère ressuscitera” (v.23), celui ou celle que tu as perdu, cet être cher qui te manque tant, ressuscitera. Oui, nous dit Jésus : “Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?” (v. 25-26). Et un peu plus tard, à Marthe qui doute encore un peu parce que son frère est mort depuis quatre jours et qu’il “sent déjà”, Jésus réaffirme : “Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu.” (v. 40). Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. La foi, la foi qui déplace les montagnes, la foi qui ressuscite les morts, la foi qui nous donne d’avoir accès à la vie éternelle, à la vie en Dieu, à la vie divine. 

Car dans cet Evangile, comme dans les autres lectures que nous avons entendues tout-à-l’heure, il est question de deux morts et par conséquent de deux types de vie. Car il y a mort et mort, vie et vie. Il y a la mort physique, biologique, celle à laquelle nous sommes tous confrontés, la mort de Lazare, par exemple, suite à sa maladie. De celle-ci Paul nous dit dans sa lettre aux Romains : “le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché” (Rm 8, 10). Le péché, le mal auquel nous pensons, que nous disons, que nous faisons, le bien que nous omettons, c’est cela qui est la cause de la mort, nous dit Paul, et donc de la souffrance. C’est ce qu’il appelle être sous l’emprise de la chair. Mais de cela, Jésus nous a libéré, nous qui étions liés par le péché, Jésus nous a déliés pour nous faire entrer dans la vie de l’Esprit qui nous fait vivre et devenir des justes. Car Jésus a souffert sur la Croix, il a porté le poids de nos péchés et de nos souffrances, il est mort et il est ressuscité. Et, nous dit Paul, “si l’Esprit de celui (c’est-à-dire Dieu le Père) qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels selon son Esprit qui habite en vous” (v. 11). Et le Seigneur de dire par son prophète Ezéchiel : “Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez” (Ez 37, 14). Nous qui croyons, nous ne sommes pas sous l’emprise de la chair, mais de l’Esprit, et l’Esprit de Dieu, le Saint Esprit, nous fait vivre. Celui, dit Jésus, “qui croit en moi, même s’il meurt vivra” (Jn 11, 25). Vivra de la vie éternelle. C’est pourquoi, nous dit Jésus :  “Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais” (v. 26). 

La mort dont il s’agit ici, c’est ce que Saint Jean, dans son livre l’Apocalypse, qualifie de “seconde mort”, “d’étang embrasé de feu” (Ap 20, 14-15), c’est-à-dire l’enfer, la damnation éternelle, ce choix, ce péché contre l’Esprit, qui consiste à rejeter définitivement la miséricorde de Dieu, à refuser de croire et d’espérer en son Amour infini qui relève toute personne qui se tourne vers Lui, et cela quelque soit son péché. Or, si nous croyons en Jésus, si nous gardons sa Parole, si nous vivons sous l’onction du Saint Esprit, en faisant les oeuvres de l’Esprit, nous sommes assurés de passer de la mort à la vie et de vivre à jamais dans l’éternité de Dieu. Car “Voyez comme il l’aimait” (Jn 11, 36) disent les Juifs venus consoler Marthe et Marie. Oui, Jésus aimait Lazare, ainsi que Marthe et sa soeur Marie (Cf. v. 5). 

Dieu nous aime, chacun d’entre nous, qui que nous soyons. Il veut faire de nous tous ses enfants bien-aimés, partageant sa vie divine pour l’éternité. Dieu le Père t’aime, Jésus t’aime, le Saint Esprit t’aime, tu es aimé de Dieu, n’en doute pas. Crois seulement. Et tu verras alors la gloire de Dieu ! Oh, marcher à la suite de Jésus et vivre par lui, avec lui et en lui, ne t’épargnera pas les épreuves de la vie, le combat, la souffrance et, au terme de ta route ici bas, la mort ; mais sache qu’au milieu de tout cela tu n’es pas seul, Dieu est avec toi, il souffre et combat avec toi, il te donne la victoire et te fait entrer dans la vie véritable, celle qui ne passera jamais. Tu n’es pas seul car d’autres frères et soeurs en Christ, en humanité, sont là aussi pour te soutenir, t’encourager, au besoin te consoler et te soigner. Jésus agit à ton égard aussi à travers eux tout comme il agit à leur égard à travers toi. Alors, ouvre-toi à l’amour de Dieu, à sa miséricorde ; aime ton prochain comme toi-même, comme Jésus nous a aimés : il a donné sa vie pour toi, pour nous tous, pour tous les hommes. Dans cette Eucharistie, offrons-nous nous-mêmes, offrons-nous les uns les autres à Celui qui nous a tant aimé, qui nous fait passer de la mort à la vie, à la vie éternelle !

Aux Makes, le mercredi 25 mars 2020,

En la solennité de l’Annonciation.

Père Sébastien PAYET.




5ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (Jn 11, 1-45).

« Lazare, viens dehors ! »

Le Covid-19, comme Dieu, n’est pas visible … mais c’est sans doute la seule chose qu’ils ont en commun.

Et la réaction des gens à ce virus est forte, et quasi unanime : on le craint, on fait tout pour ne pas l’attraper (ou qu’il nous attrape), on reste chez soi, entre soi, et pour beaucoup d’entre nous, on pense d’abord à soi (razzia sur les conserves, les pâtes et autres …), mais pas pour tous, heureusement.

Il y a des gens qui se donnent à fond : personnel médical, pompier, police … ainsi que des bénévoles dans des associations, ou dans leur immeuble ou auprès de leurs voisins, pour leur venir en aide, au risque d’être contaminés … et d’en mourir, comme bon nombre de prêtres en Italie.

Le Covid-19 est apparu il y a peu, quelques mois … il existe, mais n’a aucune volonté propre. C’est un être vivant, mais sans âme …

Dieu, lui, a une âme, n’est qu’âme …

Il existe depuis toute éternité, bien avant qu’il ne crée ’’le monde et tous ses habitants’’ …

Les réactions vis-à-vis de lui ne sont pas les mêmes pour tous : certains n’en ont rien à faire, ou milite contre lui, d’autres pensent à lui de différentes manières, dans différentes religions. Et ceux-là ont la crainte de Dieu : non pas une crainte-peur (comme pour le Covid-19), mais une crainte-respect devant celui qui les dépasse, devant qui ils se reconnaissent petits en toutes choses, et principalement en amour !

Et le message de Dieu ne conduit pas à nous refermer sur nous-mêmes, à nous confiner, mais au contraire à nous faire serviteur des autres, à penser d’abord à eux avant de penser à nous : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi. » (Mt 7,12).

Pensons à nos voisins, notre famille. Le confinement ne veut pas dire arrêter toute activité sociale, et un petit coup de fil aux anciens ou aux enfants, à un voisin seul, ou autre personne, peut faire du bien, rompre l’isolement ; ou faire quelques courses pour un voisin sans moyen de transport … tout en respectant la réglementation et les ’’gestes barrières’’.

Dans l’évangile de ce jour, on a une situation qui peut paraître paradoxale pour nous en ce moment. On annonce à Jésus – qui se trouve au-delà du Jourdain, en Transjordanie, par peur des juifs – que son ami Lazare est malade … et curieusement il ne fait rien : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »

On a entendu une phrase semblable dimanche dernier : « Mais [il est né aveugle] pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. » (Jn 9,3) : la guérison, qui amène à la foi de l’ancien aveugle.

On retrouve les mêmes dispositions ici : la guérison de la mort = le retour à la vie de Lazare, qui amène les disciples (v 15) ainsi que la foule (v 45) à la foi.

Et Jésus attend deux jours pour dire aux disciples : « Revenons en Judée. ». Incompréhension des disciples : « On est venu ici, en dehors de la Judée car les juifs veulent te lapider, veulent ta mort, et toi tu veux y revenir ! ». Après une digression sur la lumière et les ténèbres, qui n’est pas sans rappeler aussi l’évangile de dimanche dernier avec les aveugles qui parviennent à la lumière et les pharisiens qui restent dans les ténèbres, Jésus dit aux disciples : « Lazare, notre ami, s’est endormi; mais je vais aller le tirer de ce sommeil… Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez»

Les pauvres disciples ont bien du mal à suivre : La maladie de Lazare ne conduit pas à la mort, … il est endormi, … il est mort … et en plus, Jésus s’en réjouis !

Quel est le but de Jésus ?

On peut penser que Jésus ait attendu le nombre de jours nécessaires pour être sûr que Lazare soit bien mort et qu’il n’y ait aucune contestation possible sur ce fait (Jésus savait que Lazare était mort, il est omniscient !) avant de décider de son retour en Judée, afin de préparerles disciples à sa propre résurrection en ayant la possibilité de redonner vie à Lazare.

Quand le groupe arrive à Béthanie, cela fait quatre jours que Lazare est dans le tombeau.

L’attitude des deux sœurs est différente, même si elles ont les mêmes mots d’accueil vis-à-vis de Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. ».

Marthe, vive et empressée, n’ayant pas peur de dire son fait aux gens qu’elle rencontre, va à la rencontre de Jésus dès qu’elle apprend son arrivée, et après les mots d’accueil, elle ajoute aussitôt : « Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.», ce qui est une manière implicite de dire « Je sais que tu peux redonner vie à mon frère si tu le demandes à ton Père ». A la réponse de Jésus, elle affirme : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. », et Jésus répond : « Moi, je suis la résurrectionet la vie. Celui qui croiten moi, même s’il meurt, vivra; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?», ce qui ne présuppose rien de ce qui arrivera par la suite … mais le suggère fortement !

Marie, elle, plus calme, reste prostrée à la maison, comme il se doit quand on est en deuil, priant et/ou se lamentant de la perte de son frère. Quand Marthe vient la prévenir que Jésus l’appelle, elle part rapidement vers lui, suivie de la foule des juifs présents, et dit la même chose que sa sœur, mais elle pleure. Jésus alors, montrant sa sensibilité humaine, « saisi d’émotion » pleureavec elle la perte de son ami. Il est rare de voir ainsi Jésus montrer ouvertement ses sentiments !

Quand arrivé au tombeau Jésus demande d’enlever la pierre, Marthe, toujours aussi vive et vindicative s’exclame : « Oh ! ça va pas ! ça fait quatre jours qu’il est là, il sent déjà ! ».

Jésus répliqua : « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu.», en corrélation avec le verset 4 : « Cette maladie (…) est pour la gloire de Dieu ».

Jésus lève les yeux au ciel et rend grâce à son Père, lui demandant d’exaucer sa demande, « à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croientque c’est toi qui m’as envoyé. ». Il est rare de voir Jésus demander à son Père de l’exaucer avant de faire un miracle ; On le voit avant la multiplication des pains. Et ces deux cas sont en lien avec la fin de la vie terrestre de Jésus : l’institution de l’Eucharistie, pain de vie pour la vie éternelle, et la résurrection de Jésus qui nous ouvre la voie à la vie éternelle !

« Lazare, viens dehors !»

Et Lazare le fit ! Et beaucoup de juifs crurent en Jésus.

Et les apôtres étaient bien préparés à la résurrection de Jésus qui devait survenir peu après. Mais ils eurent quand même du mal à y croire ! Ce qui aurait aussi été notre cas si nous avions été à leur place !

Prions Dieu avec tous ceux qui le craignent, qui le respectent, pour qu’il puisse faire en sorte que le monde ne soit pas contaminé par le Covid-19 et que les différents pays puissent revivre normalement.

Demandons à Marie d’intervenir auprès de son fils pour cela, elle qui a dit : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1,50)

Dieu veille sur ceux qui le craignent,

qui mettent leur espoir en son amour,

pour les délivrer de la mort,

les garder en vie aux jours de famine (de virus).

Nous attendons notre vie du Seigneur :

il est pour nous un appui, un bouclier.

La joie de notre cœur vient de lui,

notre confiance est dans son nom très saint.

Que ton amour, Seigneur, soit sur nous

comme notre espoir est en toi !

Psaume 32, 18-22

Francis Cousin

 

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Prière dim carême A 5°




5ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 11, 1-45).

La victoire de l’Amour et de la Vie

En ce temps-là,  il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.  Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit :« Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade,
il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.  Puis, après cela, il dit aux disciples :
« Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »    Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »    Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »    Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement :« Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là,
à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

    À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.  Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »  Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;  quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

    Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »  Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.  Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,  et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? »
Ils lui répondirent  : « Seigneur, viens, et vois. »  Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »    Mais certains d’entre eux dirent :
« Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

    Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit :« Seigneur, il sent déjà ;
c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »     Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »  Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

St Jean nous dit ici quatre fois (symbole d’universalité) que Lazare est malade… De plus, le mot grec employé, « asthéneia », décrit plus largement l’homme en état de faiblesse… « Le péché m’a fait perdre mes forces, il me ronge les os » (Ps 31,11)… Et la conséquence ultime du péché, c’est la mort, la mort spirituelle… Lazare représente donc ici toute l’humanité affaiblie par le péché et blessée « à mort » en son être profond… Mais si « le salaire du péché c’est la mort, le don gratuit de Dieu c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). Voilà ce que Jésus va dire ici, en acte, en faisant revenir Lazare à la vie…

            Des messagers viennent annoncer à Jésus que Lazare est malade : premier jour… Mais il apprend du Père, en son cœur, non seulement qu’il vient de mourir mais encore qu’il doit aussi le relever d’entre les morts, « pour la gloire de Dieu », en signe ultime de la victoire de la Miséricorde sur le péché et sur toutes ses conséquences… Et le Fils, envoyé par le Père pour sauver tous les hommes, en sera glorifié… C’est pourquoi, Jésus, qui « aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare », va pourtant attendre encore deux jours avant de partir ! En ajoutant une dernière journée pour le voyage, il ne rejoindra donc les deux sœurs de Lazare que quatre jours après sa mort. Mais il l’a fait exprès, pour eux tous, afin que le signe que le Père l’invitait à accomplir soit encore plus éclatant. En effet, la croyance populaire affirmait que ce n’est qu’à partir du quatrième jour que l’âme, qui voletait jusque là auprès du cadavre, ne pouvait plus y rentrer… Lazare était donc vraiment mort, plus aucun doute à ce sujet…« Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là ! » lui dit Marthe…

            « Ton frère ressuscitera » lui avait déjà dit Jésus… Oui, « je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour », avait-elle répondu. Nous l’affirmons aussi dans notre Crédo… Mais Jésus va poursuivre en passant du futur du Crédo au présent de nos vies : « Je Suis la Résurrection et la Vie(Présent éternel de Dieu). Qui croit en moi, même s’il meurt vivra » (futur du Crédo). « Et quiconque vit et croit en moi » (présent de nos vies), « ne mourra jamais. » La Vie nouvelle et éternelle est donc offerte gratuitement, dès maintenant, dans l’aujourd’hui de nos vies, par « le Père des Miséricordes », à nous qui sommes pécheurs, faibles, blessés à mort… Seule la foi en l’Amour, la confiance en cet Amour, et l’abandon entre ses mains peuvent l’accueillir : « Le crois-tu ? »          DJF




4ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (St Jean 9, 1-41)

L’aveugle-né, témoin de Jésus-Christ.

 

« Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. »

Aussitôt, Jésus crache à terre et fait de la boue. « Puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle ».

Quelle a dû être la surprise de l’aveugle de sentir qu’on lui mettait de la boue sur ses yeux ! Il n’avait rien demandé ! Qui se permet de ’’jouer’’ avec lui !

C’est la deuxième fois dans l’évangile de Jean que Jésus prends l’initiative de guérir quelqu’un. La première fois, c’était pour le paralytique de la piscine de Bethzata, et c’était aussi un jour de sabbat !

Et voici qu’il entend une voix : « ’’Va te laver à la piscine de Siloé’’ – ce nom se traduit : Envoyé. »

On ne sait pas comment était la voix de Jésus. Mais elle devait sans doute être persuasive, car l’aveugle y alla sans rechigner. Et ce n’était pas à côté, il y avait du chemin à faire … Et peut-être y avait-il d’autre point d’eau plus proche … Pourquoi Siloé ? À cause de son nom : l’envoyé. Avec peut-être deux explications possible : L’envoyé peut s’appliquer à Jésus, qui est l’envoyé de Dieu son Père. Mais on peut aussi l’appliquer à l’aveugle qui, une fois guéri, deviendra l’envoyé de Jésus, le témoin de Jésus, d’abord auprès des pharisiens, et ensuite … on ne le dit pas, mais il est certainement resté disciple de Jésus.

Cette obéissance de l’Aveugle à la Parole de Jésus est une démarche de foi, celle qui précède habituellement les miracles de Jésus. En allant se laver dans la piscine de Siloé, c’est comme s’il allait vers la cuve baptismale pour y être lavé de ses péchés, et devenir un homme nouveau, témoin de Jésus, de sa miséricorde et de son amour pour les plus petits, les plus faibles …

« Quand il revint, il voyait »

Et c’est là que commencent les problèmes avec les autres : ses voisins et les autres mendiants pour commencer, puis avec les pharisiens : est-ce qu’il était vraiment aveugle ou qu’il faisait semblant ? Et puis comme c’était le sabbat, comment Jésus avait-il osé le guérir ? Avec cette autre question : Jésus est-il de Dieu ou un pécheur ? « Ainsi donc, ils étaient divisés. »

Pour l’ancien aveugle, pas de problème : « C’est un prophète. »

Après la convocation des parents pour certifier qu’il était véritablement aveugle, les pharisiens, bien remontés contre Jésus, reconvoquent l’ancien aveugle pour lui dire : « Rends gloire à Dieu ! ». Comme si l’ancien aveugle les avait attendu pour cela ; le fait d’affirmer que Jésus est un prophète, un envoyé de Dieu, était déjà une manière de rendre gloire à Dieu.

Mais en plus, ils disent : « Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »

Une certitude ’’aveugle’’ qui ne repose sur rien, sinon leurs a-priori.

À laquelle réponds l’ancien aveugle : « Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. », ce qui est un fait absolument vérifiable, … et vérifié par tous.

Ce à quoi les pharisiens demandent de nouveau comment Jésus a fait pour le guérir.

La réponse de l’ancien aveugle est pour le moins plaisante et donne l’impression qu’il se moque de ces pharisiens : « Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »

Réponse furieuse des pharisiens : « C’est de Moïse que nous sommes les disciples. ». Ce à quoi Jésus avait déjà répondu : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c’est à mon sujet qu’il a écrit. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » (Jn 5,46-47).

L’ancien aveugle, qui n’était pas sot, leur répondit de manière claire, terminant par : « Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. », montrant bien ce qu’il pensait de Jésus, et qu’il confirmera quand celui-ci lui demanda s’il croyait au fils de Dieu : « – Qui est-il ? … – C’est moi qui te parle … – Je crois, Seigneur ! »

Résumons la relation entre Jésus et l’aveugle, du point de vue de l’aveugle, qui n’est pas sourd ; ce qui ne représente que quelques lignes dans ce long récit :

– Quand Jésus dit : « Va à la piscine de Siloé, et lave-toi », il écoute et obéit

– S’étant lavé : il voit physiquement.

– Quand Jésus le retrouve et dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? C‘est moi. », il écoute

– Et il comprend : il croit, c’est-à-dire qu’il voit avec son cœur.

Écouter, voir, croire … C’est tout ce que le Père disait aux trois apôtres sur le mont Thabor dans l’évangile d’il y a quinze jours …

L’aveugle était devenu un témoin de Jésus-Christ.

Puissions-nous en faire autant …

Seigneur Jésus,

quelle force morale dans cet aveugle

qui retrouve la vue :

il t’écoute sans broncher,

il fait ce que tu dis,

et il devient un formidable témoin

de ce que tu es …

Que nous sachions t’écouter

comme lui en tout ce que tu dis !

Francis Cousin

  

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Prière dim carême A 4°




4ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

 L’aveugle né

Jn 9, 1-41

Essayons d’imaginer ce que peut être l’univers intérieur, l’imagination et les phantasmes d’un aveugle  : jamais il n’a rien vu, il ne sait pas ce que c’est qu’une couleur. Rouge, vert ou jaune : cela ne lui dit rien ; il ne peut s’appuyer sur aucun souvenir visuel. Il n’a jamais rien vu auparavant.  Jamais il n’a pu apprécier la beauté d’une fleur, d’un coucher de soleil, la bonté d’un visage, une larme ou le sourire d’un enfant, ni le relief d’un paysage de montagne, ni le reflet de la lumière sur un cours d’eau, ni même la décoration de son gâteau d’anniversaire surmonté de bougies qui, pour lui, ne signifient rien.

 A la différence de beaucoup de guérisons, celle-ci n’est pas due à une demande. C’est Jésus qui prend personnellement l’initiative : « Jésus vit un aveugle » = Jésus me voit, tel que je suis, avec mes épreuves, mes difficultés.

Tout ce récit, savamment construit, nous fait parcourir l’itinéraire de la foi : depuis les ténèbres les plus épaisses jusqu’à la lumière la plus diffuse. Cet itinéraire, c’est celui de notre Baptême qui nous fait passer du monde des ténèbres aux fils de lumière capables de voir et de témoigner.  Cet itinéraire est progressif, gradué. C’est peu à peu que la lumière, celle de la foi va inonder l’âme de cet aveugle même si sa guérison physique est rapide. Ce miracle, ce ” signe ” comme dit St-Jean, va révéler qui est Jésus : il est « “la lumière du monde ” » et va contraindre chacun à prendre position à son égard à travers quatre procès successifs, où, à chaque fois, l’aveugle va y voir un peu plus clair en contemplant celui qui l’a guéri.

  • 1er procès: L’aveugle a recouvré la vue, mais il est isolé (Jésus a disparu avec ses disciples) et débute un débat sur son identité.  Tout d’abord avec ceux qui l’entourent : ses voisins, ceux qui étaient habitués à le rencontrer.

 « N’est-ce-pas celui qui était mendiant ? » 

Les uns disaient : « C’est lui ! ».

Les autres : «   Non ! Mais c’est quelqu’un qui lui ressemble ».

Et lui dit : « C’est bien moi » et il raconte comment l’homme qu’on appelle Jésus (il n’en sait pas plus actuellement) a fait de la boue, lui a frotté les yeux, lui a dit d’aller à la piscine de Siloé.

« Et lui, où est-il ? »

« Je ne sais pas ».

Pour le moment, ce n’est qu’un mouvement de curiosité sympathique.

Pour beaucoup de nos contemporains, la religion, c’est ça ; on s’intéresse à Jésus jusque- là : un miracle, ça pique au vif, ça intrigue, ça fait poser des questions, mais on ne veut pas se compliquer la vie et on ne va pas plus loin.  Quant à l’aveugle guéri, notons en passant qu’il ne sait rien du Christ : si, il sait son nom, on l’appelle et on le nomme Jésus.

Procès d’une foi superficielle : nous demeurons à la surface de l’évènement, comme des badauds qui s’attroupent après que quelque chose vient de se passer ; on s’arrête et on continue son chemin, sans plus penser à rien.

  • 2e procès : On amène l’aveugle devant les pharisiens, procès du soupçon: « Il a fait ce miracle un jour de sabbat », cela ne peut donc venir de Dieu.

« Oui, répondent les autres, mais un signe pareil ne peut pas être accompli par un pécheur ».

Divisés, ils interrogent l’aveugle, qui lui, dans sa réponse va déjà beaucoup plus loin :

« Que dis-tu de lui ? »

Il répond: « C’est un prophète ».

Procès où les uns sont pour, les autres sont contre, mais où l’homme de bonne volonté commence à progresser : « C’est un prophète ».

« Seigneur, aide-nous à progresser dans la foi ».

  • 3e procès : On fait venir ses parents. Pour nier un miracle, le meilleur moyen, c’est de dire qu’il n’a pas eu lieu : « Faisons venir les parents », sans doute n’était-il pas vraiment aveugle, il faisait semblant pour mendier. 

« Mais non, disent les parents, c’est bien notre fils ; il était bel et bien aveugle : comment cela se fait-il ? »

Ça, c’est une autre affaire : ils ne veulent pas se mouiller, prendre parti. « Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer ». 

Ils avaient peur, autre attitude devant Jésus : la dérobade. On n’a pas la foi parce qu’on refuse de se poser des questions et leurs réponses pourraient nous entrainer trop loin.  Si, un jour, ma foi devait changer ma vie, vous vous rendez compte ? Quelle histoire ! Et que ne ferait-on pas pour ne pas avoir d’histoires !

  • 4e procès: Pour la 2e fois, les pharisiens convoquent notre homme et pour le faire mentir, ils mentent eux-mêmes.

« Rends gloire à Dieu, nous savons que cet homme est un pécheur » : c’est curieux, à partir de ce moment-là, ce sont les voyants qui deviennent aveugles et l’aveugle qui voit de plus en plus clair et il se met à défendre Jésus, son bienfaiteur, qui est attaqué !

 « Nous savons », disent les pharisiens avec assurance, en fait, ils ne savent plus rien. 

« Je n’en sais rien », dit l’aveugle : en fait, il commence à savoir et à deviner et les pharisiens commencent à l’injurier.  Plus ils savent, moins ils croient ; suffisance de celui qui refuse d’évoluer, qui s’accroche à la tradition. 

Admettre la nouveauté serait mettre en péril leur système doctrinal : alors, ils se mettent à nier l’évidence et ils commettent ainsi le seul péché qui existe dans l’Evangile de St-Jean : refuser la foi, être volontairement incroyant, se boucher les yeux sur le mystère de Jésus.

Ils savent et parce qu’ils savent, ils ne veulent pas savoir : blocages de l’incroyant, installé dans son système de pensée et qui ne veut pas en sortir. 

Et nous, frères et sœurs, sommes-nous toujours à la recherche de la vérité ?  Sommes-nous bloqués  sur nos ‘’ savoirs ‘’ ?  Sommes-nous avides de connaitre davantage, d’ouvrir nos yeux aveugles ?

Cet homme guéri est expulsé, seul, rejeté parce qu’il a soutenu sa foi et n’a pas voulu en démordre.  Jésus l’apprend et vient le trouver.  Après ces quatre procès successifs, il vient à son secours et lui permet d’aboutir à une magnifique profession de foi !

« Crois-tu au Fils de l’homme ? »

Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

Jésus lui dit : « Tu le vois : c’est lui qui te parle ».

Il dit : « Je crois, Seigneur », et il se prosterne devant lui.

 

 Alors que les pharisiens se sont enfermés dans leur incroyance, lui, n’a cessé d’avancer dans la foi. Au début, il dit : « Cet homme   qu’on appelle Jésus »   et puis, il découvre   que   c’est   unprophète“, “quelqu’un qui vient de Dieu” et enfin pour lui, c’est le “Fils de l’homme” : “le Seigneur”.

Il est passé du fait noir à la lumière alors que les pharisiens ont fait le trajet inverse, eux qui affirmaient ” savoir “, qui croyaient ” voir “, n’ont cessé de s’enfoncer dans leur aveuglement. C’est le renversement des situations.  Les vrais aveugles, les vrais pécheurs ne sont justement pas ceux à qui l’on pense : ils ont préféré les ténèbres à la lumière. 

Devant Jésus, il faut choisir, il faut prendre parti : ou bien s’enfermer dans un système qui va l’exclure ou bien aboutir à une rencontre personnelle avec lui.  Cette rencontre, elle est toujours à faire, à refaire : est-ce-que notre foi progresse à l’imitation de cet aveugle qui, peu à peu, s’ouvre, ouvre ses yeux au mystère de Dieu ? La foi ne tombe pas toute faite du ciel… elle nous rejoint dans notre propre histoire. Elle peut être une lente gestation.

Le fait d’avoir été baptisé tout bébé ou d’être arrivé tard à la foi ne change rien fondamentalement.

Pour ” naître à la foi “, il s’agit de s’engager personnellement à la suite du Christ, passer des ténèbres à son admirable lumière.  AMEN




4ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 9, 1-41).

Le Don de l’Eau Vive de l’Esprit

 

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.
Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.
Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,
et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

                      La situation corporelle, concrète, de cet homme dit, dans notre condition humaine de chair et de sang, ce que nous sommes tous spirituellement : des aveugles de cœur qui ont perdu le sens de ce « Dieu qui est Esprit » (Jn 4,24) et « Lumière » (1Jn 1,5). « Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne la crèche de son maître, mais eux ne me connaissent pas, ils ne comprennent pas. Fils pervertis… Ils ont abandonné le Seigneur » (Is 1,2-4).

            Mais comme Dieu est Soleil de Vie (Ps 84,12 ; 36,10), Soleil qui rayonne la Vie, qui donne la Vie, se détourner de Lui c’est se priver au même moment de « la Lumière de la Vie » (Jn 8,12) et donc devenir, petit à petit, spirituellement aveugle et comparable, dans ce domaine, à un mort… « Mon peuple périt, faute de connaissance » (Os 4,6), sans oublier que « connaître », dans la Bible, est avant tout un « vivre avec… en relation avec… ». La « connaissance » est juste l’aspect « prise de conscience » lié à cette relation… En se détournant de Dieu, les hommes ne reçoivent plus, de cœur, la Lumière vivifiante de son Esprit (Jn 6,63) qui rayonne sans cesse de Lui. Leurs cœurs sont plongés dans les ténèbres… Ils ne « voient » plus, ils n’imaginent même plus que cette Lumière puisse exister… « Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. C’est que le cœur de ce peuple s’est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et que je les guérisse » (Is 6,9-10 cité en Mt 13,14-15 ; Jn 12,40, Ac 28,26‑27). Telle est la situation du pécheur « aveugle-né », fermé sur lui même, prisonnier de son égoïsme et de son orgueil…

            Le Christ va donc prendre l’initiative de se rapprocher de cet « aveugle-né » qui, répétons-nous, nous représente tous… Il va établir le contact, lui parler… Pour l’aider à percevoir ce qu’il désire faire pour lui, il va employer le langage des médecins de l’époque qui appliquaient toutes sortes de baumes sur les blessures… Mais cette boue qu’il lui met sur ses yeux fermés renvoie à la boue de nos souillures qui englue nos cœurs… « Va-te-laver à la piscine de Siloé », lui dit-il ensuite, Siloé signifiant en hébreu « envoyé », et Jésus ne cesse de se présenter en St Jean comme l’Envoyé du Père… L’aveugle-né fait preuve de bonne volonté : il obéit tout simplement, et il va se laver… « Quand il revint, il voyait »… Sa guérison corporelle renvoie à sa guérison spirituelle… Il voyait de cœur, il vivait de cœur d’une Vie nouvelle ! Puissions vivre la même expérience…                              DJF




3ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (St Jean 4, 5-42)

La Samaritaine,

missionnaire sans le savoir.

 

Traversant la Samarie, Jésus s’arrête au puits de Jacob, près de Sykar, fatigué par la voyage. Il envoie ses apôtres jusqu’à la ville pour aller chercher des victuailles. C’est leur mission du jour.

Arrive une samaritaine, en plein midi, pour puiser de l’eau. Suite à la discussion avec Jésus, toute bouleversée, elle retourne à la ville en s’interrogeant : « Serait-ce le Messie ? », et elle en parle à tout le monde. Elle s’est faite missionnaire, sans la savoir.

Les deux parties vont à la ville, mais pas pour les mêmes raisons. Les premiers, pour satisfaire leurs besoins ; la seconde, pour partager avec les gens une bonne nouvelle, ou une interrogation.

A priori, ce n’est pas ce qu’on attend d’eux : on attend des apôtres qu’ils annoncent la Bonne Nouvelle, et de la femme qu’elle s’occupe de sa maison, fasse ses courses … même si au départ elle était partie pour chercher de l’eau au puits …

On a une inversion des attentes.

On peut trouver des raisons à cela. Si l’on s’en tient à la chronologie de l’apôtre Jean, les apôtres en sont au tout début de leur enseignement par Jésus, et ils ne sont pas encore ’’affûté’’ pour annoncer la Parole de Dieu. Il leur faudra encore pas mal de temps pour qu’ils soient au point, après la Pentecôte.

La femme, elle, commence par s’insurger de l’attitude de Jésus : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? », puis s’étonne des réponses de Jésus : « D’où as-tu donc cette eau vive ? », puis elle va l’appeler Seigneur, Prophète, puis poser une question sur le Messie qui doit venir … « Je le suis, moi qui te parle » répond Jésus. C’en est trop pour elle : Déjà ce que Jésus avait dit de sa situation matrimoniale l’avait déstabilisée, … il faut qu’elle parle, qu’elle fasse connaître cet homme à ceux qu’elle connaît … et qui la connaissent, elle, connue comme une femme de mauvaise vie …

Alors, quand ils l’entendent leur parler, elle qui s’était isolée du groupe, pour dire : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? », ils accourent auprès de Jésus. La Samaritaine a pu être missionnaire parce qu’elle connaissait les gens de la ville, et qu’elle était connue d’eux.

Elle a été missionnaire sans le savoir, puisque les gens de la ville, après avoir entendu Jésus, crurent en lui.

On pourrait penser qu’il y a en gros deux dimensions dans la mission des baptisés :

– Une dimension intellectuelle et spirituelle : connaissance des écritures, de la Parole de Dieu, animation de la prière, célébrations et liturgie des sacrements, établissement de projet pastoraux, répartition des rôles …

– Une dimension matérielle : construire et entretenir les églises, les salles d’accueil diverses, prévoir le logement, la nourriture, le nettoyage, le lavage etc …

Ces deux dimensions étaient auparavant assurées par le clergé, surtout dans les ’’pays de mission’’ ou dans les paroisses pauvres de campagne.

Avec le concile Vatican II, et le rôle plus important donné aux ’’fidèles laïcs’’, et dans nos pays avec la raréfaction des vocations sacerdotales, on constate une redistribution des rôles entre les deux dimensions : on voit de plus en plus de ’’fidèles laïcs’’ qui s’engagent dans l’animation liturgique, qui lisent la bible, qui suivent des formations exégétiques, théologiques, sur l’histoire de l’Église, etc, données par divers organismes, qui font le catéchisme, qui animent des mouvements religieux … on voit la mise en place des Conseils Paroissiaux d’Animation Pastorale et des Conseils Économiques Paroissiaux dans les différentes paroisses … et qui aident dans la dimension matérielle …

Quant au clergé, s’il garde bien évidemment la responsabilité des sacrements, l’animation de la paroisse, et est le garant de la catholicité des différents mouvements, il n’oublie pas les tâches ménagères, comme l’on fait les apôtres à Sykar.

Cependant, en fait, s’il y a plusieurs manières de vivre notre mission de baptisés, quelle qu’elle soit, il y a toujours des moments plus spirituels et d’autres plus matériels.

Reprenons ce que disait le pape François au n° 14 de ’’La joie de l’Évangile’’ : « Remarquons que l’évangélisation est essentiellement liée à la proclamation de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ ou l’ont toujours refusé. Beaucoup d’entre eux cherchent Dieu secrètement, poussés par la nostalgie de son visage, même dans les pays d’ancienne tradition chrétienne. Tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais ’’par attraction’’. »

C’est ce qu’a fait, sans le savoir, la Samaritaine.

Puissions-nous le faire, nous aussi, mais en le sachant, et ’’par attraction’’.

Seigneur Jésus,

cette samaritaine,

qui était pourtant assez hostile au départ,

a su t’écouter,

et elle a compris qui tu étais.

Grâce à elle,

les gens de la ville sont venus à toi,

ils t’ont entendu,

et ils ont cru à ta Parole.

Que nous ayons la joie et l’enthousiasme

de cette femme

quand nous parlons de toi.

Francis Cousin

  

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Prière dim carême A 3°




3ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

La Samaritaine

Jn 4, 5-42

Ces jours-ci, il a fait chaud, très chaud et souvent il nous est arrivé d’avoir soif : la soif, ce besoin et ce manque de ‘’quelque chose’’, qui, nous le sentons bien, est vital pour notre organisme.  Vous savez qu’on peut faire la grève de la faim pendant plusieurs jours, mais on continue à boire car la grève de la soif, elle, serait très vite insupportable et dangereuse.

Boire = besoin vital, la soif est le signe physique de ce besoin. Elle nous dit : « Attention, il faut te désaltérer, ton organisme est en manque, tu en as besoin ».  Les biologistes nous le disent : un corps humain est d’abord composé de plus de 80% d’eau allié à des matières minérales, à des cellules vivantes qui ne se renouvellent que dans un liquide. L’eau, c’est la vie : pas de vie sans eau.

Pourquoi les déserts ? Parce qu’à ces endroits-là, il n’y a pas d’eau. Par contre, si au milieu de ce désert, vous apercevez une oasis, vous conclurez tout de suite : « Tiens, il y a un point d’eau, il y a des palmiers, l’homme peut y vivre ».

Mais l’homme intérieur, l’homme spirituel, a aussi d’autres soifs : des désirs, des rêves, des projets, des ambitions. Même s’il est comblé matériellement, il aura toujours soif d’autre chose comme cette Samaritaine qui demande au Christ : « Seigneur, donne-moi à boire », alors que c’est elle qui a le récipient et qu’elle se trouve au bord du puits.

« Si tu savais qui je suis, dit Jésus, c’est toi qui me donnerai à boire » et c’est ce qu’elle fait.

Parce qu’il n’a pas qu’un corps, mais aussi une âme, un esprit, un cœur, l’homme a d’autres soifs, bien plus impérieuses encore que la soif physique. On a trouvé, auprès des vêtements d’un homme qui s’était noyé volontairement, ce papier : « Je me noie avec de l’eau ordinaire, faute d’avoir pu trouver ce qui aurait désaltéré ma soif intérieure. Les hommes n’ont pas pu me fournir cette eau d’amour qui aurait pu désaltérer mon cœur ».

Sur la table de nuit de Marylin Monroe, à côté des cachets qu’elle avait absorbés pour s’en aller, il y avait un petit papier griffonné : « Tout le monde m’admire, chacun me désire mais personne ne m’aime ».

Oui, il nous faut une autre eau, une eau qui puisse satisfaire nos autres soifs. Comment l’appeler cette eau ? Le Christ lui a donné un nom. Il la nomme : ” l’eau vive “, c’est-à-dire l’eau qui fait vivre, l’eau qui donne la vie, toute la vie, qui comble totalement celui qui la boit, à tel point que le Christ, parlant de cette eau-là, déclare :

« Celui qui boira de cette eau n’aura plus jamais soif ».

 Alors, nous aussi, nous disons avec la femme de Samarie :

 « Seigneur, donne-la nous, tout de suite, cette eau-là !  »

Cette eau-là, elle a jailli en nous, le jour de notre Baptême. Dieu a versé en nous son Esprit Saint, son Esprit d’amour pour qu’il devienne, en chacun d’entre nous, une source de vie éternelle et de conversion. Cette eau-là, cette eau vive, elle est capable de désaltérer toutes nos soifs d’amour, tous nos désirs de connaissance, tous nos rêves les plus ambitieux et les plus fous, capable de désaltérer et de calmer toutes nos frustrations, toutes nos envies d’aimer et d’être aimé, tout ce qui nous laisse insatisfaits.

Parfois, nous oublions que cette eau vive est à notre portée.  A tous ces frustrés que nous rencontrons, à tous ces insatisfaits de la société de consommation, à tous ceux qui ont soif d’ailleurs et d’au-delà et d’autre chose, nous leur disons :

« Fais comme la Samaritaine, rencontre le Christ : il est l’eau vive. Avec lui, tu seras comblé définitivement ». Oui, comblé définitivement.

L’homme, tant qu’il n’a pas rencontré le Christ (regardez autour de vous), est un perpétuel insatisfait. Plus il se paganise, plus il a soif d’autre chose ; plus il s’éloigne de la source, plus il dit qu’il a soif. C’est normal ; il est créé à l’image de Dieu, il lui faut donc les mêmes besoins que Dieu : un Dieu de vérité, un Dieu de liberté, un Dieu de justice, un Dieu d’amour.

Il a soif de ce bonheur-là : il lui faut, à tout prix, en trouver la source et il va la chercher dans les biens matériels, le confort, la consommation. Il ne tombera là que sur une citerne crevassée et sans eau.

Il va donc chercher ailleurs, dans le domaine intellectuel : des théories, des idéologies, des philosophies. Là encore, c’est la steppe et le sable malgré tous les mirages.  Il aura beau consulter Marx, Freud, Nietzsche, Sartre, quelle sécheresse ! Que de désespoir !

On a dit que Sartre avait provoqué plus de suicides qu’il n’avait apporté de gouttes d’eau aux gorges desséchées ; philosophie du désespoir et du soupçon qui réduit l’homme à une caricature de lui-même et qui jette dans le sable toute l’eau vive de sa vocation, en niant son avenir divin, sa familiarité avec Dieu. On lui indique un puits, il se penche au-dessus de la margelle et n’y trouve que quelques cailloux.

Alors cette soif, avec quoi va-t-il l’étancher ? Pas avec des choses, pas avec des idées, peut-être avec l’amour ? Oui, mais avec quel amour ? Celui qu’on nous présente à la radio, à la télé, dans certaines revues ou dans certains films ? Amour d’épiderme : amour de rencontre ? Ou de location ? Amour d’instinct ? Amour de basse-cour ou de cour ? Ou bien celui que nous présente le Christ : un amour de cœur, amour d’oubli de soi, de service de l’autre, amour de fidélité, amour d’éternité ? Celui-là seul est porteur d’eau vive qui pourra combler intérieurement celui qui se donne : « Celui qui boira de cette eau-là, celle que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif ».

            Soif de vérité : en face de toutes les questions essentielles que se pose l’homme, on ne lui répond que par des slogans, des mensonges, de la pub, de la désinformation et de la propagande.  Qui peut se vanter aujourd’hui de penser par lui-même ? D’être indépendant des idées toutes faites qu’on veut lui faire avaler ?

Soif de liberté : nous sommes paralysés par nos habitudes, esclaves de nos routines et de nos facilités, enchaînés par nos lâchetés, sous le carcan du péché.  Qui brisera nos chaînes ? Qui nous fera avancer librement vers la vraie source ? Sinon le seul vrai libérateur qui offre l’eau vive et non de la boue.

Soif de justice : dans le monde dur et sans pitié que le nôtre, dans lequel le fort écrase le faible…  Parce que nous sommes fils de Dieu, nous avons soif d’une égalité, d’une fraternité et d’une liberté dont nous pouvons lire les mots sur les façades de nos mairies mais bien peu dans le cœur des hommes !

Comme la Samaritaine, murmurons au Seigneur :

« Donne-nous cette eau vive ». Alors, elle s’engouffrera en nous comme un barrage qui se brise pour nous faire vivre de la vie même de Dieu : l’eau vive.  AMEN