2ième Dimanche du Temps Ordinaire (Jean 2, 1-5) : « Écouter … Obéir … » (Francis Cousin)

« Écouter … Obéir … »

 Dans le récit de ce jour, les noces de Cana, on assiste à une succession de réponses positives, même si la première réponse de Jésus à sa mère semble être négative.

Si on prend le fil du récit, on voit dès le départ une intervention surprenante de la part de Marie, alors qu’elle est invitée à une noce, avec son fils Jésus et ses premiers disciples qui, selon saint Jean, ne sont alors que cinq : André et son compagnon, Simon-Pierre, Philippe et Nathanaël.

Marie remarque qu’il n’y a plus de vin !

Mais pourquoi s’inquiéter du vin quand on est invité ! On serait tenté de se dire : « Ce n’est pas son problème ! »

Mais Marie connaît les écritures : Elle sait aussi l’importance des repas sacrificiels ou sacrés pour renouveler ou commémorer une alliance entre Dieu et les hommes, comme le repas pascal, et les promesses faites par les prophètes : Dieu qui accueille ses invités en un lieu choisi par lui : « Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. » (Is 25,6). Elle sait aussi que son fils est le Fils de Dieu par sa rencontre avec l’ange Gabriel : elle l’a écouté et elle a obéi : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1,38).

Et elle sait ainsi que Dieu ne peut permettre qu’une alliance, même si ce n’est qu’entre deux personnes, soit gâchée.

Marie a été à l’écoute de Dieu (en latin : audire, écouter), mieux elle a « prêté l’oreille » aux écritures ( en latin : obaudire ou  oboedire, qui se traduit par obéir). Elle a suivi la parole de Dieu : « [la voix du Seigneur ton Dieu] est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. » (Dt 30,10.14).

Dans un premier temps, Jésus a entendu la remarque de sa mère, mais n’a pas voulu faire quoi que ce soit : « Mon heure n’est pas encore venue. ». Mais par la suite, quand il comprendra la démarche de sa mère, il se tournera vers les serviteurs.

Marie ne s’inquiète pas de cette rebuffade ; elle a confiance en Jésus. Elle va voir les serviteurs et leur dit, en montrant son fils : « Faites tout ce qu’il vous dira. ».

Ils auraient pu se dire : « Qui est cette femme-là ? On ne la connaît pas ! Nous n’avons pas à recevoir des ordres des invités ! ». Ils ne l’ont pas fait.

Ils ont écouté Marie, et seront prêts à faire comme elle l’a demandé (à obéir) quand Jésus leur demandera de remplir les six cuves de purification. Là encore, ils auraient pu dire : « Non, mais ça va pas ! six cents litres d’eau à aller chercher à la fontaine ! On a d’autres choses à faire avec cette noce ! Et puis c’est fatigant ! ». Ils obéiront à la parole de Jésus, même si cela leur semble irréaliste, sans même savoir pourquoi on leur demande de remplir les cuves. Écoute, obéissance !

Alors, quand Jésus leur demande de porter de l’eau au maître du repas, ils ne disent pas : « Non, mais quoi encore ! Porter de l’eau au maître du repas ? C’est lui faire insulte ! Vous voulez nous faire renvoyer ?! ». Non, ils ont simplement écouté et obéi.

Suite à cette cascade d’écoute et obéissance successive, on constate que le but est atteint : « [Jésus] manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

Qu’est-ce qu’on peut retenir pour nous ?

Souvent, nous entendons la Parole de Dieu. Et il arrive qu’au début d’un passage d’évangile, on se dit : « Ah oui, celui-là, je connais ! ». Et on n’y fait pas trop attention. Alors que la Parole de Dieu est vivante, en ce sens qu’elle dépend de ce que je vis à l’instant présent : ce que je vis maintenant n’est pas ce que j’ai vécu il y a un mois, et la Parole de Dieu ne retentit pas en moi de la même manière qu’il y a un mois. Elle est toujours la même, mais je ne la reçois pas de la même façon, elle ne parle pas pareillement à mon cœur.

C’est pourquoi il ne suffit pas d’entendre, mais d’écouter la Parole de Dieu.

Et en tirer les conséquences : « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » (Lc 11,28). Et la mettre en pratique, c’est obéir à cette parole.

On peut avoir un tas de ’’raisons’’ ou d’excuses pour ne pas bouger, ne rien faire. « C’est trop dur ! », « On n’a pas que cela à faire ! », « Cela n’a pas de sens ! ».

Cela n’a pas de sens … peut-être pour nous, qui avons une vision à court terme, … mais pour Dieu, oui, cela a du sens. Aurions-nous mis les six cents litres d’eau dans les cuves ? …

Savoir écouter … et obéir à cette Parole de Dieu, même si nous ne comprenons pas tout … Faire confiance à Dieu …

Les chemins de Dieu ne sont pas nos chemins !

Seigneur Jésus,

tes Paroles ne sont pas toujours compréhensibles

à notre intelligence humaine,

parce qu’on n’en voit pas le sens.

Mais toi, tu sais ce que tu dis,

le meilleur pour le bien de tous.

Ayons confiance en toi :

tu as les Paroles de la vie éternelle.

 Francis Cousin

 

 

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Prière dim ord C 2° A6

 




2ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 2, 1-12).

” Le bon vin de l’Esprit “

(Jn 2,1-12)

En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là.
Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples.
Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. »
Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. »
Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres).
Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord.
Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent.
Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

 

       Dans l’Evangile selon St Jean, le récit du miracle des noces de Cana inaugure le ministère public de Jésus. Et il ne cesse de faire allusion à sa fin : « Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée », un clin d’œil à la Résurrection, « le troisième jour selon les Ecritures » (1Co 15,4). « Femme, que me veux-tu ? », demande ici Jésus à Marie. Et elle disparaît ensuite de l’Evangile pour ne réapparaître qu’au pied de la Croix, où Jésus l’appelle à nouveau « Femme ». Mère du Fils, elle sera désormais la Mère de l’humanité que Dieu appelle au salut : « Femme, voici ton fils… Voici ta Mère » (Jn 19,25-27).

            Le Don de Jésus à Cana est donc un signe visible, matériel, du Don spirituel invisible qu’il est venu offrir au Nom de son Père à l’humanité toute entière, un Don qui sera à nouveau évoqué par le signe visible du sang et de l’eau jaillissant de son cœur ouvert sur la Croix : « L’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau » (Jn 19,31-37). Or, on croyait à l’époque que « la vie de la chair est dans le sang » (Lv 17,11). Le sang versé de Jésus renvoie donc à sa Vie éternelle de Fils, qu’il est venu offrir gratuitement à tout homme pour que sa vocation de « fils » puisse également s’accomplir. « Je suis venu pour qu’on ait la Vie, et qu’on l’ait surabondante… Va dire à mes frères : je monte vers mon Dieu et votre Dieu, vers mon Père et votre PèreAyant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » » (Jn 10,10 ; 20,17-22)…

            Au moment du baptême de Jésus, « le ciel s’ouvrit » et du ciel « descendit » du Père sur le Fils la Plénitude de « l’Esprit Saint », en révélation de ce Don éternel que le Père ne cesse de faire au Fils, un Don par lequel il « l’engendre » en Fils, « né du Père avant tous les siècles. » « Comme le Père a la Vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la Vie en Lui-même », par ce Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 5,26 ; 6,63). Et sur la Croix, le cœur de chair de Jésus « s’ouvrit », et il en jaillit « du sang et de l’eau » en signe visible de ce cœur spirituel toujours ouvert du Fils d’où jaillissent des « fleuves d’eau vive » pour laver, purifier, vivifier et combler l’humanité tout entière (Jn 7,37-39)…

            « Cherchez donc dans l’Esprit votre plénitude » (Ep 5,18), car « c’est par elle », comblés par le Don de l’Esprit, « que vous entrerez dans toute la Plénitude de Dieu » (Ep 3,18). Et cela ne pourra qu’être synonyme de bonheur profond, de paix, de joie… « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22), une joie annoncée ici par ce « bon vin » de l’Esprit, donné en surabondance : plus de six cents litres !                                                      DJF




2ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Cana

Jn 2, 1-11

Avez-vous remarqué, frères et sœurs, que le 1er miracle accompli par Jésus, fut précisément un miracle non utile, non nécessaire, non rentable, mais simplement un petit geste pour que la vie soit agréable et heureuse.  Le 1er miracle eut lieu au cours d’un repas de noces : il ne s’agit nullement d’un accident grave, d’un malade à sauver ou d’un mort à ressusciter. Non ! Tout simplement : « Tiens ! Il n’y a plus de vin ! ». C’est tout… avouez que pour le salut du monde, c’est une bricole, un détail sans importance.

Jésus, vous êtes tous bien d’accord, est venu sur la terre pour des affaires autrement plus sérieuses… alors ? Un grand miracle, ce 1er miracle ? Peut-être le plus grand et le plus significatif ! Le plus lourd de sens pour faire voir et expliquer ce que Jésus est venu faire parmi nous. Et le Christ, sur la demande de Marie, va le faire, pour que, dans une petite noce de campagne, les convives, ayant déjà bu, un peu plus qu’on n’avait prévu, puissent être dans la joie jusqu’au bout, sans histoire, sans regrets, sans ombre au tableau de cette journée de fête… pour que l’ambiance y règne jusqu’à la fin.

Si nous sommes un peu surpris, c’est que nous nous faisons parfois une idée fausse de notre religion et des désirs du Christ pour nous. Pour beaucoup, en effet, souvent parmi les jeunes qui n’ont pas eu encore le temps d’approfondir : religion est synonyme d’embêtant, d’ennuyeux, de sérieux, il faut “bien se tenir”, il ne faut  pas  sourire !

Ils s’imaginent qu’être chrétien, c’est entrer dans un vaste réseau d’obligations, de menaces, de commandements, avec du “permis” et du “défendu”, participer à une entreprise de salut où la joie et la fête ne sont pas de mise, et puis… il doit s’agir d’abnégation, de renoncement. Bref, “du pas drôle du tout”. Quant au bonheur, il n’en est guère question pour aujourd’hui… ce sera peut-être pour demain… ou pour après-demain, et encore, si tout va bien !… pour le ciel, mais pas pour la terre !

Or, nous avons envie, et c’est normal, de vivre cette vie sur la terre de la façon la plus agréable qui soit : pourquoi ne pas se distraire ? S’amuser ? Etre en vacances et se divertir, organiser des fêtes ? Rarement, j’ai entendu des jeunes dire que la vie chrétienne, c’était le “pied”.

Et toutes ces personnes se font une fausse idée de leur christianisme : ils choisissent de se réjouir, de se réunir et de faire la fête en dehors même de toute religion, tout comme ils ont choisi de servir Dieu, sans joie.

C’est justement ce que Jésus attaque par ce miracle. Il ne veut pas cette séparation absurde, sacrilège entre le bonheur et Dieu, entre la joie et la vie chrétienne, entre la vie d’ici-bas et la vie divine. Dieu me donne tout, tout à la fois : mon âme et mon corps, le ciel et la terre, la nature et la grâce, le plaisir et le bonheur et il veut et il désire notre bonheur et il n’est jamais plus heureux lui-même que lorsqu’il nous voit heureux, épanouis à notre tour et lui rendant grâce, dans la joie, de tout ce qu’il nous a offert.

St-Irénée ne se trompait pas quand il affirmait : « La gloire de Dieu, c’est-à-dire sa joie, sa plus grande satisfaction, c’est l’homme vivant », vivant :

– en plein épanouissement de son corps,

– en plein épanouissement de son esprit,

– en plein ouverture de son cœur,

– en plein accueil de la vie spirituelle.

Un homme “bien dans sa peau” et content de sa condition d’homme et de tout ce que son Créateur et Sauveteur lui a donné. C’est nous, parfois, qui nous nous privons de la meilleure partie de notre vie en considérant, à tort, les plaisirs de la vie comme des vols, comme des tranches que l’on prélève indûment et avec une sorte de revanche au lieu de les accueillir comme des dons de l’amour de Dieu. Nous sommes encore imprégnés d’une religion doloriste, grave, tendue et sans joie telle que le jansénisme d’hier et d’avant-hier nous l’avait transmis !

Sommes-nous de ceux, qui, parce qu’ils savent qu’ils sont sauvés par Jésus-Christ, que Jésus-Christ les a tirés de la mort, et qu’ils sont promis à un avenir magnifique, nagent dans la joie, sont plein d’espérance et d’optimisme et n’hésitent pas à fêter et à célébrer, et pas seulement à l’église, cette foi au Christ qui est le secret de leur joie et de leur bonheur le plus profond ?

Si le monde devient triste, morose et qu’il montre un visage qui ressemble à une porte de prison, c’est parce que le monde se paganise, qu’il n’a pas de véritable espérance et qu’il va chercher dans les horoscopes ou chez des tireurs de cartes, une joie qui ne peut se trouver qu’en Jésus-Christ !

Sommes-nous de ceux qui ont le courage de vivre une vie pleinement humaine et pleinement religieuse, sans séparer les deux ? Jésus a vécu cela, lui, sans faire de séparation. Il a été pleinement homme et pleinement Dieu. Notre tort, c’est de croire que pour lui ressembler, il faudrait devenir tout autre que ce que nous sommes : devenir plus célestes, plus angéliques. Nous n’avons pas à jouer les bêtes que nous n’en sommes pas, pas plus que les anges que nous ne sommes pas non plus !

         Le vrai moyen pour nous de ressembler davantage à Jésus (car dans notre vie chrétienne, il ne s’agit que de cela), c’est de devenir plus homme, incarné comme Jésus l’a été.

 

Et si quelqu’un vient dire « J’aime trop la vie de famille, les joies de ce monde, je suis plus heureux dans la nature qu’à l’église, donc  je ne suis pas assez religieux parce que je suis trop humain !», je lui répondrai simplement qu’il a mal compris ce qu’était sa vie chrétienne et que c’est tout simplement parce qu’il n’est pas assez humain, c’est-à-dire pas assez ressemblant à Jésus, le prototype de tout homme, qu’il n’a pas encore senti en lui, cette unité profonde de l’humain et du divin.

Si nous étions, comme le Christ, plus humains, plus généreux, plus tendres, plus attentifs aux autres, plus délicats comme le fut Jésus aux noces de Cana, nous aurions en commun avec lui tous ces sentiments, qui créent en nous notre valeur intime, et avec les autres, une fraternité, une amitié, source de toute vie communautaire qui nous ferait dire : « Le ciel, c’est les autres », alors que Sartre, lui, coupé du Christ, affirmait : « L’enfer, c’est les autres ».

Jésus, lui, n’attend pas la mort des gens pour les rendre heureux : il désire que nous le soyons déjà, maintenantà présent, cette année, aujourd’hui. Il a souffert à la pensée que deux jeunes gentils mariés allaient être ennuyés le jour de leurs noces. Il a pensé au dépit de tous ces braves invités obligés de baisser le coude et de cesser de boire en plein milieu du repas !

Il change l’eau en vin avec la même tendresse avec laquelle pour nous, pendant cette messe, il va changer le vin en son Sang et le pain en son Corps, pour que nous puissions davantage être unis à lui et participer à sa vie.

Jésus se soucie de l’homme : il sait que ce sont nos petits bonheurs terrestres qui nous permettent d’entrevoir et de goûter à l’avance cette joie totale que nous vivrons demain.

Nous aussi, soucions-nous des autres, de leurs petits problèmes, afin que maintenant notre vie soit déjà plus heureuse, plus humaine. En le faisant, nous participons au travail et au bonheur de Dieu.  AMEN




Fête du Baptême de Notre Seigneur – par le Diacre Jacques FOURNIER (Lc 3, 15-16 ; 21-22).

“Les fruits du baptême”

(Lc 3,15-16.21-22)

En ce temps-là, le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ.
Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.
L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

 

         « Moi, je vous baptise avec de l’eau », dit Jean-Baptiste. « Lui », le Christ « vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ». Jean-Baptiste invitait à se reconnaître pécheur, et à exprimer ainsi un besoin de purification. Son baptême dans l’eau s’inscrivait dans la continuité avec tous les rituels de purification en usage à l’époque. Le baptême proposé par Jésus aura donc lui aussi cette dimension mais il sera le seul à être réellement efficace car le seul à pouvoir rejoindre le cœur profond de l’homme, ‘là’ où tout se joue : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur » (Mc 7,21-23).

            Nous les hommes, nous ne pouvons voir que les apparences, mais Dieu, lui, « sonde tous les cœurs et pénètre tous les desseins qu’ils forgent » (1Ch 28,9). « Tu sondes mon cœur » (Ps 17,3), et c’est ce cœur qui compte pour lui… Il le connaît déjà, et il le veut pur. Mais Lui seul peut le purifier… Ce travail nous dépasse… Mais pour qu’il se réalise vraiment, il a simplement besoin de notre coopération sincère, car Dieu nous respecte infiniment… Il ne fera rien pour nous sans notre accord… Il ne nous contraindra jamais à recevoir ses trésors… Certes, il insistera et déploiera tous ses talents pour vaincre nos résistances, mais rien ne se fera sans notre consentement profond à notre vérité de pécheurs acceptée dans l’Amour et offerte à l’Amour… Alors l’Amour accomplira son œuvre : « Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez lavés de toutes vos souillures… Je vous purifierai », et « heureux les cœurs purs », car purifiés : « Ils verront Dieu » (Mt 5,8)… Et comment fera-t-il ? « Je mettrai en vous mon Esprit », l’Esprit Saint, eau pure, spirituelle, qui purifie, eau vive, spirituelle, qui vivifie, éclaire et apaise nos cœurs…

            A nous de jouer, maintenant, jour après jour, en acceptant, avec son aide, Lui qui est toujours bienveillant, de faire la vérité dans nos vies et de lui offrir toutes nos misères… « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29… « Il n’y a qu’un mouvement au cœur du Christ : effacer le péché et emmener l’âme à Dieu… Nous sommes bien faibles, je dirais même que nous ne sommes que misère, mais Il le sait bien, Il aime tant nous pardonner, nous relever, puis nous emporter en Lui, en sa pureté, en sa sainteté infinie. C’est comme cela qu’Il nous purifiera, par son contact continuel » (Elisabeth de la Trinité), par ce Don toujours offert, gratuitement, par Amour, de l’eau pure de l’Esprit…

                                                     DJF




Baptême du Seigneur (Luc 3, 15-16.21-22) : « Toi, tu es mon fils bien-aimé … » (Francis Cousin)

 

« Toi, tu es mon fils bien-aimé … »

 

La lecture de l’évangile de ce dimanche, courte (4 versets), est composée de deux passages accolés qui ont semblés suffisamment importants par l’Église pour qu’ils ne soient pas dilués dans un texte plus long.

Dès le début, Jean-Baptiste montre qu’il n’est pas le Messie. Lui-même ne baptise que dans l’eau. Mais pas n’importe quelle eau : celle du Jourdain, et à un lieu qui semble proche de celui utilisé par les hébreux pour quitter les errances de quarante années dans le désert pour entrer en terre promise ; utilisant ainsi le symbole du passage d’une vie d’esclave en Égypte à une vie nouvelle, comme celle qu’il annonce avec la venue du Messie. Ce n’est qu’un baptême de purification, comme d’autres le faisaient ailleurs, notamment les esséniens de Qumran, comme le font les musulmans avant d’entrer dans la mosquée, comme le faisaient les juifs avant le repas reprochant à Jésus de ne pas le faire : « Le pharisien fut étonné en voyant qu’il n’avait pas fait d’abord les ablutions précédant le repas. Le Seigneur lui dit : ’’Bien sûr, vous les pharisiens, vous purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, mais à l’intérieur de vous-mêmes vous êtes remplis de cupidité et de méchanceté.’’ » (Lc 11,38-39).

Jean-Baptiste annonce un baptême par Jésus « dans l’Esprit Saint et le feu ». Le feu est aussi un élément de purification, tout comme l’eau : « L’or, l’argent, le bronze, le fer, l’étain, le plomb, bref toute chose qui supporte le feu, vous la passerez par le feu, et elle sera pure (…) Mais toute chose qui ne supporte pas le feu, vous la passerez par l’eau. » (Nb 31,22-23). Mais Jésus dit aussi : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12,49), parce que ce feu, c’est justement le feu de l’Esprit qu’il enverra après sa montée auprès de son Père. Mais à Nicodème, il dit : « Personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » (Jn 3,5), et cette eau dont il parle c’est l’eau vive, que Jésus propose à la Samaritaine (cf Jn 4,10), eau symbolique qui représente la Parole de Jésus rappelée par l’Esprit (cf Jn 14,26).

Finalement, le baptême proposé par Jésus n’est pas obligatoirement un baptême physique (même si, pour marquer le passage vers la vie de Dieu, il semble important de mettre en place des rites comme le baptême que nous connaissons) mais avant tout un baptême spirituel. C’est sans doute pourquoi dans les évangiles on ne voit jamais Jésus ou les apôtres baptiser. Pour Jésus, l’important est de croire en sa Parole, qui est Parole de Dieu, et de la mettre en pratique : « celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. » (Mt 7, 24), manière de vivre beaucoup plus importante que de respecter les lois sans les comprendre, ainsi que nous le dit saint Paul : « Vous qui cherchez la justification par la Loi, vous vous êtes séparés du Christ, vous êtes déchus de la grâce. Nous, c’est par l’Esprit, en effet, que de la foi nous attendons la justice espérée. Car, dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, ce n’est pas que l’on soit circoncis ou non, mais c’est la foi, qui agit par la charité. » (Gal 5,4-6).

Dans la deuxième partie de l’évangile d’aujourd’hui, nous voyons la manifestation de la Trinité : l’Esprit qui descend sur Jésus, alors qu’il priait, et surtout la voix du Père qui vient du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. », comme une réponse à la prière de Jésus que nous ne connaissons pas. Quelle joie pour Jésus de se savoir reconnu comme le fils bien-aimé de son père du ciel et de ressentir la présence discrète mais efficace de l’Esprit de Dieu auprès de lui.

« Je t’aime, tu es tout mon amour. ». Qui peut rester insensible à une telle déclaration, que l’on soit homme ou femme ? Si en plus, elle vient de Dieu, alors, tout est possible ! Et pour Jésus c’est important ; la joie ressentie ce jour-là restera gravée en lui pour toute sa vie terrestre, même aux pires moments, sur la croix : Dieu son Père ne peut l’abandonner, même s’il en a l’impression, car aussitôt il se reprend : « Entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23,46).

Et cette joie nous concerne nous aussi : cette joie reçue au baptême de Jésus sera aussi la nôtre quand Jésus dira à saint Jean, en parlant de sa mère : « Voici ta mère. » (Jn 19,27) : nous devenons frère de Jésus, et nous pouvons, nous aussi, nous adresser à Dieu en disant : « Notre Père ». Ainsi, à notre baptême, à nous aussi Dieu nous dit : « Toi, tu es mon fils (fille) bien-aimé(e) ; en toi, je trouve ma joie. ».

Avons-nous vraiment conscience de l’amour que Dieu notre Père a pour nous ? Saint Jean nous le disait il y a quinze jours : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. » (1 Jn 3,1). Mais depuis, est-ce que cela a changé quelque chose en nous ?

Notre baptême nous a rapproché de Jésus, mais pensons-nous vraiment que nous sommes proches de Jésus ? Ou sans nous en rendre compte, peut-être pensons-nous que c’est une position immuable et que nous n’avons rien à faire pour rester proche de Jésus ?

Notre baptême nous engage, vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis des autres, vis-à-vis de l’Église …

Avons-nous l’impression d’être frère de Jésus ? Quelle est notre relation vis-à-vis de lui ?

C’est peut-être le moment de se rappeler ce que saint Jean-Paul II nous disait, à nous qui sommes français, au début de son pontificat : « Il n’y a qu’un seul problème qui existe toujours et partout : le problème de notre présence auprès du Christ. De notre permanence dans le Christ. De notre intimité avec la vérité authentique de ses paroles et avec la puissance de son amour. Il n’existe qu’un problème, celui de notre fidélité à l’alliance avec la sagesse éternelle, qui est source d’une vraie culture, c’est-à-dire de la croissance de l’homme, et celui de la fidélité aux promesses de notre baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit !

Alors permettez-moi, pour conclure, de vous interroger :

France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » (Jean-Paul II au Bourget, le 1 juin 1980).

Et nous, sincèrement, sommes-nous fidèles aux promesses de notre baptême ?

Seigneur Jésus,

Toi qui es sans péché,

tu as voulu, comme les autres humains,

recevoir le baptême de Jean-Baptiste …

et tu as reçu l’Esprit de Dieu,

et l’assurance de l’amour de Dieu ton Père.

À notre baptême,

nous avons reçu la même chose,

mais nous n’en avons pas toujours conscience.

Et pourtant,

Dieu nous aime comme un Père…

 

Francis Cousin

 

 

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Prière dim Baptême de Jésus C A6

 




Fête du Baptême de Notre Seigneur – Homélie du Père Louis DATTIN

BAPTÊME DE JESUS

Devenir des fils

Lc 3, 15-16 ; 21-22

En cette fête du Baptême du Seigneur, nous pouvons, frères, réfléchir sur notre Baptême. Une fois par mois, nous avons, au presbytère, une réunion pour les parents qui demandent le Baptême pour leur enfant, et, à chaque fois, nous leur posons ces questions :

« Qu’est-ce qui vous pousse à faire baptiser cet enfant ?

 Quelles sont les raisons qui vous font demander le Baptême pour votre bébé et ce Sacrement, quel sens a-t-il pour vous ?

Vous rendez-vous compte à quoi vous vous engagez pour votre avenir ? Pour l’avenir de votre enfant ?

Est-ce une démarche grave et importante pour vous et votre fils, ou n’est-ce seulement qu’une habitude familiale, un rite d’enfance auquel il faut se sacrifier et qui, d’ailleurs, est une bonne occasion de faire une fête de famille ?

 Le Baptême n’est-il qu’un événement du passé, une date inscrite sur mon livret de famille, bien utile parfois pour avoir un extrait de Baptême à l’occasion d’une 1ère communion ou d’un mariage ? »

            Tout d’abord, frères, on ne devrait jamais dire « J’ai été baptisé » mais plutôt « Je suis un baptisé » car la grâce de mon Baptême, ce que j’ai reçu ce jour-là, je l’ai toujours. C’est une marque définitive qui me change et me fait changer pour toute ma vie.

Mon Baptême agit en moi, aujourd’hui. Il agira encore demain et tout au long de ma vie.

Mon Baptême n’est pas une cérémonie du passé, c’est une vie d’aujourd’hui.

Parce que je suis baptisé, j’ai en moi une nature différente qui va me faire vivre différemment de ceux qui ne sont pas baptisés. Il y a une “actualité” de mon Baptême qui influe et doit exercer une action aujourd’hui dans ma vie présente.

Rappelez-vous  Jean-Paul II  dire, sur le  parvis de Notre-Dame, le  1er jour de son voyage à Paris en France : « France, qu’as-tu fait de ton Baptême ? »

Et nous, frères, nous pouvons nous reposer la même question : « Qu’avez-vous fait de votre Baptême ? »

Vivez-vous en baptisés c’est-à-dire en “fils de Dieu” ? Car le Baptême, ce n’est pas rien, ce n’est pas moins que ceci : c’est entendre Dieu me dire, à moi aussi, comme au Christ, sur les rives du Jourdain :

 « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour ».

C’était vrai pour le Christ qui se voit, à partir de ce moment décisif, investi par le Père et par l’Esprit-Saint, pour sa mission auprès des hommes, mais c’est aussi vrai pour nous.

A notre Baptême, à nous aussi, Dieu a dit publiquement :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour ».

Rien moins que cela ! Fils de Dieu, fils du Père, animés par l’Esprit-Saint, aimés de Dieu comme des fils, considérés par lui comme ses enfants ! »

Est-ce-que nous réalisons, frères et sœurs, l’importance, la grandeur de ce moment décisif qui a tout changé dans notre vie, lorsque ces quelques gouttes d’eau qui coulaient sur notre front nous ont fait subitement devenir, non plus de simples créatures  pécheresses, non plus des enfants naturels, mais des enfants de Dieu lui-même, reconnus par lui, aimés infiniment par l’amour infini ! Oui, “fils de Dieu” !

Ce qui faisait crier d’admiration St-Jean dans sa 1ère lettre : « Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don ! Que nous soyons appelés “enfants de Dieu” et nous le sommes vraiment ! »

Voilà qui change tout, qui bascule et bouscule tout dans une vie. On parle parfois de la bergère qui épouse un prince, d’un vendeur d’allumettes qui devient milliardaire : le Baptême dans notre vie a fait bien plus que cela. Il nous a donné et il continue chaque jour, à épanouir, en nous, cette vie même de Dieu.

Loin d’anéantir notre vie humaine, il la valorise totalement et lui donne une dimension et une portée que nous avons du mal à réaliser. Nous sommes étonnés devant ce geste d’Origène, qui, après le Baptême de son enfant, se met à genoux devant lui et répète les paroles de St-Thomas devant le Christ ressuscité :

« Mon Seigneur et mon Dieu », et pourtant c’est lui qui avait raison !

Depuis notre Baptême, la vie de Dieu coule dans nos veines. Mais ce trésor, nous le portons en nos corps “comme dans des vases d’argile”, nous dit St-Paul afin que ce soit la vie de Dieu qui soit manifestée par nos vies. Oui, nous pouvons maintenant nous reposer cette question que Jean Paul II adressait à chacun d’entre nous :

« Qu’avons-nous fait de notre Baptême ? » Le laissons-nous végéter en nous comme une plante mal soignée, comme un enfant dont on ne s’occuperait jamais ou bien avons-nous pris conscience que ce Baptême, cette vie baptismale qui nous habite est la vie de notre vie, l’âme de mon âme, qui donne sens et signification à toute mon  existence, qui nous confère une mission, celle même de Jésus : annoncer au monde le salut, que les hommes sont aimés de Dieu, qu’ils peuvent être sauvés par lui ?

C’est à partir de son Baptême dans les eaux du Jourdain que Jésus a commencé sa mission. C’est après avoir vu l’Esprit descendre sur lui, après avoir entendu la voix de son Père dire à la foule : « C’est toi, mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » que Jésus partit d’abord pour le désert y prier et vaincre les tentations successives, puis, ensuite, parcourir toutes les villes et les villages de Palestine et proclamer :

« Aujourd’hui, le salut est parmi vous. Convertissez-vous, croyez à la Bonne Nouvelle ».

Vous aussi, consacrés au Baptême par l’Esprit-Saint et remplis de sa force, nous avons, en “fils de Dieu”, à accomplir notre mission dans notre famille, dans notre quartier, notre village.

« Là où il passait, il faisait le bien et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du mal car Dieu était avec lui ».

Nous aussi, en fils de Dieu, nous avons à faire le bien là où nous passons et à lutter contre le mal et toutes ses causes : l’injustice, la haine, la jalousie, la méchanceté, car Dieu est aussi avec nous. Cette vie que Dieu nous a donnée au Baptême, sa propre vie, il nous l’a donnée pour que nous en vivions nous-mêmes, mais aussi pour que nous en fassions vivre les autres : faire de tous les hommes une Eglise, un corps vivant de baptisés, une Famille vivant de l’Esprit de Dieu que Jésus puisse présenter à son Père avec les mots qu’il lui adressait juste avant sa mort :

« Père, je désire que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et eux en moi ».  AMEN




Épiphanie du Seigneur (Mt 2,1-12; Jacques Fournier)

La Loi est claire : « On ne trouvera chez toi personne qui pratique la divination, l’incantation ou la magie » (Dt 18,10). En effet, « idolâtrie et magie, voilà ce que produit le péché » (Ga 5,20), car ces réalités prennent la place de Dieu. En effet, à travers elles, l’homme cherche à maîtriser son destin… Dieu et ses imprévus n’y ont plus leur place…

Ces mages païens qui viennent d’Orient sont peut-être dans l’erreur, mais ils n’en ont pas encore conscience… Ils cherchent la vérité, ils sont de bonne volonté, et c’est cela que Dieu regarde. Aussi va-t-Il leur parler, dans un premier temps, ce langage des astres qu’ils connaissent si bien : « Nous avons vu se lever une étoile »… Et Il les guidera avec elle jusqu’à Jérusalem… Merveille de la Miséricorde de Dieu…

Mais l’étoile ne peut donner le lieu précis de la naissance du Messie. Seule la Parole de Dieu, avec ses prophéties, pourra le leur dire. Mais eux ne l’ont jamais lue ! Les scribes de Jérusalem, par contre, la connaissent par cœur. Le roi Hérode, brutalement inquiet pour son pouvoir à l’annonce de la naissance d’un possible rival, va les convoquer pour « leur demander en quel lieu devait naître le Messie ». Et ils vont bien répondre en citant le prophète Michée (vers 750 av JC) : « Et toi, Bethléem en Judée, c’est de toi que sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple » (Mi 5,1). Et les mages partiront aussitôt à Bethléem. Les scribes, eux, ne bougeront pas…

Avec toute leur bonne volonté, ils avaient obéi à ce qu’ils avaient compris grâce à l’étoile. Avec la même bonne volonté, ils vont obéir maintenant à la Parole de Dieu… Et l’étoile la confirmera en « s’arrêtant au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant ». Ils en éprouvèrent « une très grande joie », comme plus tard celles et ceux qui « accueilleront la Parole de Jésus avec la joie de l’Esprit Saint » (1Th 1,6).

« Ils virent l’étoile »… « Ils virent l’enfant avec Marie sa Mère »… Et grâce à la Lumière de ce même Esprit que Dieu donne à ceux qui lui obéissent, ils virent aussi, de cœur, « l’Astre d’en Haut venu nous visiter dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu pour nous donner de connaître le salut par la rémission de nos péchés. Il est apparu à ceux qui demeuraient dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour guider nos pas sur le chemin de la paix. » Ils étaient autrefois dans les ténèbres, mais ils n’en avaient pas conscience. Maintenant, ils vont rentrer chez eux « par un autre chemin », non plus en suivant une étoile mais guidés par leur foi en Jésus « Lumière du monde »…

D. Jacques Fournier




Épiphanie du Seigneur (Mt 2,1-12) : “Une étoile…” (Francis Cousin)

 « Une étoile … »

 

Nous en avons tous vu, en vrai (même si elles nous paraissent de petites tailles), mais nous en avons vu aussi au figuré : de personnes qui nous parlent, des évènements qui nous interrogent, des textes qui appellent à la réflexion …

Et devant ces ’’étoiles’’, nous pouvons avoir plusieurs réactions …

Comme dans la parabole du semeur, hormis le chemin puisque nous sommes interpellés. Nous pouvons être tout feu tout flamme sur l’instant, mais cela ne dure pas … Nous pouvons commencer notre réflexion, chercher un peu …, mais sans suite, pris par les activités du monde …

Enfin, nous pouvons nous faire interpeller plus profondément, au tréfonds de nous, dans nos entrailles …, et nous mettre en route, comme les mages …

Sans trop savoir où nous allons …

Mais nous suivons ’’l’étoile’’ qui nous guide … et qui a un allié puissant : l’Esprit Saint qui nous fait nous mouvoir comme les apôtres pour annoncer l’évangile de Jésus-Christ (cf 2° lecture).

Oh, bien sûr, il peut y avoir des ratés.

On peut prendre un raccourci qui s’avère être mauvais.

On peut perdre le but que nous suivons …

Mais l’Esprit Saint est là pour nous remettre sur le droit chemin, nous faire rencontrer des personnes qui pourront nous aider, même si elles sont hostiles ou que leurs motivations ne soient pas claires … Comme Hérode …

Et ces rencontres nous remettent en forme et en force, nous retrouvons ’’l’étoile’’, même si elle n’est pas tout à fait la même, plus brillante, plus grande …, ou plus petite …

Peut-être faudra-t-il plusieurs ’’étoiles’’successives pour atteindre notre but …

Peut-être que le but que nous atteindrons ne sera pas tout-à-fait celui que nous pensions au départ …

Les chemins de Dieu sont impénétrables, ou plutôt ils se découvrent au fur et à mesure de notre avancée, sous l’action de l’Esprit Saint : « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. » (Jn 3,8).

Et au bout du chemin, quel que soit l’endroit, nous rencontrons Jésus-Christ. Pour de vrai, dans notre cœur …

Pas le « petit Jésus » gentillet de la crèche, mais Jésus, Fils de Dieu, mort sur la croix pour nous, ressuscité par Dieu son Père, et qui est à sa droite dans les cieux.

Alors on pourra lui dire : « De l’argent et de l’or,de l’encens, de la myrrhe, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne » (Ac 3,6), « Fais de moi ce qu’il te plaira ! » (Charles de Foucauld).

Le chemin peut être long, ou court. Cela dépend de chacun … et non pas de Dieu … et il faut aller jusqu’au bout !

Au bout … qui n’est qu’une étape. Ce n’est pas la mort !

Il faut revenir dans le monde, pour partager cette rencontre et tout ce qui va avec …

Comme les mages, qui « regagnèrent leur pays par un autre chemin. », non pas tellement par peur d’Hérode et de ses gardes, mais parce que la rencontre avec Jésus les avait illuminés, avaient changé leur cœur, et qu’ils ne pouvaient plus vivre comme avant.

Il s’agit plus d’un chemin spirituel que géographique.

On ne peut que penser à ce chant :

Ne rentrez pas chez vous comme avant,

Ne vivez pas chez vous comme avant,

Changez vos cœurs, chassez vos peurs,

Vivez en hommesnouveaux.

Seigneur Jésus,

tu as parsemé le monde

avec des étoiles de toutes sortes,

gens, faits, textes,

pour nous permettre de te rencontrer.

Et tu attends notre visite …

Encore faut-il que nous les observions,

et que nous les suivions …

 

Francis Cousin

 

Pour télécharger la prière illustrée correspondant à cette fête de l’Epiphanie, cliquer sur le titre suivant:

Prière pour l’Epiphanie

 




Épiphanie du Seigneur, Solennité – Homélie du Père Louis DATTIN

EPIPHANIE 

Suivre l’étoile

Mt 2, 1-12

Là ! Elle est là ! Regardez ! Et les trois savants, avec les instruments de l’époque, situent cette étoile nouvelle et stupeur, ils la voient avancer ! Or ces savants, comme c’était le cas à l’époque, n’étaient pas que des astronomes, c’étaient aussi des astrologues : ils savaient lire la signification de ces constellations, un peu comme ceux qui actuellement font votre horoscope. Passionnés comme ils sont, il n’en faut pas plus pour les mettre en marche. Ils savent qu’un jour une étoile doit se lever et qu’un Messie, c’est-à-dire un “Sauveur des hommes”, doit naître à l’endroit où se dirigera cette étoile.

  • Aussitôt, c’est la “marche à l’étoile” qui commence. Venus d’Orient, ils arrivent à Jérusalem. On ne nous dit pas la durée de leur voyage et ils demandent, encore harassés par la route :

« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile en Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ».

A Jérusalem, c’est la stupeur. On n’a entendu parler de rien ! C’est même l’inquiétude : un roi ? Nous en avons déjà un : c’est Hérode ! Il est là. Sur place, on convoque une réunion : tous les savants, les exégètes, ceux qui connaissent la Bible.

–  « Voyons, ce roi, où doit-il naître ? »

–  « A Bethléem, répondent les spécialistes, car de cette ville doit naître un chef qui sera le “Berger d’Israël” mon peuple ».

Hérode ne se dérange même pas. Il fait venir ceux qui sont déjà fatigués par le voyage et sans bouger lui-même il les envoie à Bethléem avec l’ordre de revenir pour le renseigner :

« Trouvez-le et avertissez-moi ».

Et c’est de nouveau le départ pour les mages : ils n’en sont plus qu’à quelques kilomètres près.

  • Et de nouveau l’étoile s’avance devant eux et les conduit jusqu’à l’endroit où le Sauveur se trouve. Là, entrant dans la maison, ils se prosternent devant l’enfant, l’adorent et lui offrirent leurs cadeaux.

  • Cette histoire est, vous l’avez remarqué certainement, celle d’une Eglise qui bouge et celle d’une Eglise immobile.

Celle qui bouge : ces gens en route, en recherche, à la suite d’une étoile c’est-à-dire en quête d’idéal, de quelqu’un qui doit venir. Ils n’hésitent pas à sortir de chez eux, à se mettre en route, à aller d’étape en étape, sans but précis, se contentant de suivre une étoile qui leur donne seulement une direction. Arrivés à Jérusalem, les voilà obligés de repartir encore pour Bethléem.

En face d’eux, il y a l’Eglise immobile, statique, stagnante, celle qui est installée dans le palais d’Hérode qui se dit aussi « Roi des juifs », Eglise du temple où Noël n’a fait aucun commentaire ; Eglise immobile, paralysée, ankylosée, incapable de changer, d’évoluer, où l’on n’a même pas soupçonné que le Messie (qu’ils attendaient depuis des siècles) venait de naître à trente km d’ici, qu’il allait changer la face du monde !

  • Cette fête de l’Epiphanie et ce récit sont pour nous, aussi, mes frères, plein d’enseignements. Parmi les chrétiens, et dans l’Eglise catholique, il y a souvent deux catégories :

  1. Ceux qui bougent, ceux qui sont capables de se déplacer, de se déranger, de changer quelque chose dans leur vie, ceux pour qui la foi est une  aventure, un voyage  qui va d’étape en étape, un itinéraire qui, peu à peu les conduit vers celui qu’ils recherchent : le Christ-Messie-Sauveur!

Mais malheureusement, il y a aussi :

  1. Ceux pour qui la religion, leur religion, c’est l’immobilisme, le statique. On fait comme on a toujours fait, sans rien changer, sans rien déplacer, sans rien déranger. Leur vie chrétienne est figée, fidèle à ce qu’ils appellent une “tradition” et qui n’est finalement qu’une paresse ! Au lieu d’aller de l’avant, ils vivent, réfugiés dans leurs souvenirs, enfermés dans un réseau d’habitudes, de gestes sans signification et d’idées toutes faites. Alors, mes frères, en ce jour de l’Epiphanie, où nous voyons arriver devant la crèche, trois hommes, harassés de fatigue, mais rayonnants de joie parce qu’ils sont arrivés au but ; et de l’autre côté, un roi Hérode ignorant et qui ne se déplace même pas, entouré de gens qui savent quelque chose, mais qui ne font rien.

En face de ces deux Eglises : une qui se met en marche à la recherche de son Sauveur et l’autre qui reste sur place, persuadée qu’elle n’a plus rien à chercher ni à trouver, laquelle allons-nous choisir ?

Il est certes plus facile de rester chez soi et d’envoyer les autres aller voir, pour nous “avertir” ensuite. C’est ce qu’a fait Hérode et plus tard il préfèrera faire massacrer des innocents plutôt que d’aller lui-même sur place, vérifier qui était Jésus… et reconnaitre en lui, le vrai roi, le seul roi, celui dont en haut de sa croix, le Vendredi Saint, il sera dit sur un écriteau : « Celui-ci est le roi des Juifs ».

  • De toutes façons, quel que soit le choix que nous ferons, nous prenons des risques : si nous sommes de ceux qui font partie de l’Eglise qui bouge, de l’Eglise qui avance dans la direction donnée par l’étoile, il nous faudra :

  – déranger nos habitudes,

  –  nous fatiguer en chemin,

  –  nous mettre en recherche,

  –  nous poser des questions,

  –  sans cesse avoir des doutes, des incertitudes

  –  mais avancer progressivement vers celui qui nous a mis en  route…

  –  pour un jour, le trouver et pouvoir enfin se trouver en sa présence et l’adorer.

Nous aurons pris des risques certes, mais, en fin de compte, nous serons rayonnants de joie comme les mages à la crèche.

Si nous sommes de ceux pour qui la religion n’est qu’un oreiller inconfortable, un “opium”, disait Karl Marx, une situation douillette qui nous fige définitivement dans nos idées et qui nous empêche d’évoluer, le risque est encore plus grand, surtout dans notre société  en plein dérangement. Nous risquons gros :

   –  risque d’être à côté de tout ce qui se vit,

   –  risque de vivre dans le passé et d’être exclus de l’avenir.

Le chrétien est celui qui est chargé de bâtir le monde futur, celui du vrai Royaume : non pas celui d’Hérode, mais celui de Dieu !

Alors, comme Abraham, comme Moïse, comme le peuple de Dieu dans le désert, comme les mages venus d’Orient, faisons de notre vie chrétienne, un départ, une marche, un cheminement, une aventure qui nous fera trouver le Christ grâce à l’étoile de l’Evangile. Alors, nous aussi, nous pourrons l’annoncer au monde et l’adorer.  AMEN




Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu (Lc 2, 16-21), et bonne année à tous (DJF et toute l’équipe du Sédifop).

Marie, Mère du Sauveur

(Lc 2,16-21)

En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.

 

            Un peu plus de neuf mois se sont écoulés depuis la visite de l’Ange à Marie, chez ses parents, à Nazareth… « Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus », un nom qui, en araméen, signifie « Dieu sauve »… Cette rencontre fut, pour Marie, un moment intense de Lumière et de Joie. Elle s’en souviendra avec sa cousine Elisabeth en disant : « Mon esprit a tressailli de joie en Dieu mon Sauveur ». Et elle le louera, car il lui a été donné de percevoir « Qui » Il Est : « Miséricorde Toute Puissante » (Lc 1,46-55)…

            Mais maintenant, cet instant de Lumière est fini, et Marie chemine comme nous tous, « dans la foi et non dans la claire vision » (2Co 5,7)… En toute liberté, elle a dit « Oui ! » à l’Ange et Dieu a commencé son œuvre… Avec elle et par elle, le Fils, présent au monde depuis qu’il existe, est entré dans l’histoire en vrai homme, et Marie, fidèle servante du Seigneur, a obéi aux Paroles transmises par l’Ange et l’a appelé « Jésus », « Dieu sauve »… Maintenant, son cœur est brûlé d’attention, ses yeux sont tournés vers ce Mystère de Salut qui, pas à pas, s’accomplira avec son enfant et par lui. Mais elle le découvrira au fur et à mesure qu’elle le vivra. Et l’aventure tout commence tout de suite avec les bergers…

            Voici donc des bergers qui viennent la visiter. Les Pharisiens les méprisaient car ils les considéraient comme des voleurs. Ils disent avoir vu eux aussi un Ange qui leur a dit : « Voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le Peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur »… Cette fois, Marie n’a rien vu, rien entendu, mais elle se souvient de la joie qu’elle a vécue elle aussi en accueillant l’Ange, et de ce nom qu’il fallait donner à l’enfant à naître : « Jésus, Dieu sauve »… Alors, « elle médite dans son cœur »… Littéralement, elle « met ensemble tous ces éléments » : déjà, alors même que son Fils vient de naître, et qu’il n’est encore qu’un tout petit bébé dans ses bras, des bergers viennent à lui et commencent à vivre en leur cœur la lumière et joie du salut. Oui, vraiment, Dieu le Père est déjà à l’œuvre avec et par son Fils, pour sauver tous les hommes qu’il aime. Plus tard, Jésus dira : « Nul ne peut venir à moi si mon Père qui l’a envoyé ne l’attire » (Jn 6,44). Et lorsque Pierre lui dira : « Tu es le Christ », le Messie, le Sauveur, Jésus lui répondra : « Bienheureux es-tu Pierre, car cette révélation ne t’est pas venue de la chair et du sang mais de mon Père qui est dans les Cieux » (Mt 16,17). Et « c’est bien la volonté de mon Père que quiconque », Pierre, les bergers, « voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle » (Jn 6,40). Il aura suffi aux bergers de voir ce petit bébé qui ne pouvait encore que gazouiller, de lui ouvrir leur cœur, et la joie du salut les inondait… Joie des bergers, joie de Marie qui constate déjà à quel point son Fils est « le Sauveur du monde »…

Dans cette certitude, bonne année à tous et à toutes, car “Dieu veut que tous les hommes soient sauvés “(1Tm 2,4-6). Nous l’avons chanté pour Noël : “Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre à tous les hommes que Dieu aime” (cf. Lc 2,14) car “son Amour envers nous s’est montré le plus fort” (Ps 116), plus fort que tout ce qui pouvait nous empêcher d’être pleinement en relation avec Lui : nos péchés, nos faiblesses, nos misères… Puissions-nous tous, tout lui offrir, et la Paix règnera…

                                                     DJF