16ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

“Un appel à la conversion”

(Mt 13,24-43)

En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.
Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire : “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?”
Il leur dit : “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?”
Il répond : “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps.
Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” »
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ.
C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole,
accomplissant ainsi la parole du prophète : ‘J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.’
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;
le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ;
ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »  

 

            « Il en va du Royaume des Cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ »… « Nul n’est bon que Dieu seul » (Lc 18,19) ? Ce Dieu « bon » ne peut donc que créer du « bon ». Et de fait, « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la »… Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1,27-31). Et pourtant, un mystérieux « ennemi », dit ici Jésus, va « semer à son tour de l’ivraie au milieu du blé »… Et sous son influence, cet homme « bon » et toujours « bon » en tant que créature du Dieu « Bon », ne va pas utiliser sa liberté comme il le faudrait, et il va poser des actes « mauvais » qui ne correspondent pas à cette bonne réalité qu’il est toujours au plus profond de lui-même… Et voilà l’homme brisé, cassé, blessé, torturé… « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9). Et que son enfant souffre, cela Dieu ne le supporte pas… Il enverra ses prophètes pour inviter à la conversion : « Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien. Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir », du Royaume des Cieux, de la Maison du Père, ces « produits » qui sont Plénitude de vie, joie, paix, bonheur profond… « Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée » que vous maniez « qui vous mangera »…

            Et comme Dieu, de son côté, ne cesse de vouloir le meilleur pour tous les hommes qu’il aime, il va inlassablement, avec une incroyable patience, leur lancer cet appel auquel se joint toujours la promesse d’effacer, par son pardon, par sa Miséricorde infinie, toutes les erreurs et les fautes qui ont pu être commises. « Allons, discutons, dit le Seigneur… Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront ; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront… Fais-moi me souvenir, et nous jugerons ensemble, fais toi‑même le compte afin d’être justifié » (Is 1,16-20 ; 43,26).

            Nous sommes tous pécheurs (Rm 3,9-26). Mais « par ma vie, oracle du Seigneur, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir » (Ez 33,11) ? St Paul invite ainsi à ne pas mépriser « ses richesses de bonté, de patience, de générosité », en reconnaissant « que cette bonté de Dieu nous pousse à la conversion » (Rm 2,1-4). « L’Amour en effet prend patience, il ne cherche pas son intérêt mais le nôtre. Il supporte tout, endure tout, espère tout », et notamment notre repentir… DJF




16ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 Le bon grain et l’ivraie

Mt 13, 24-43

« Si Dieu existe, j’aurais des comptes à lui demander » : cette phrase, je l’ai lue dans le journal d’un peintre contemporain. Mais, tous, nous l’avons entendue un jour ou l’autre, sous une forme ou sous une autre. Devant les souffrances, la mort, les injustices quotidiennes, nous nous demandons ce qui peut bien faire Dieu. Pourquoi son silence, son inaction ? Ne voit-il pas la souffrance de son peuple ? La question du mal est la plus grave de toutes… Si Dieu est bon et puissant, pourquoi y-a-t-il un tel déchainement de violence, de souffrances ?

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus nous donne sa réponse toute simple, et merveilleusement limpide : tout d’abord, on s’en doutait, le mal ne vient pas de Dieu qui n’a semé que du bon grain dans le champ du monde mais tout le mal ne vient pas non plus du cœur de l’homme. Le mal existe avant, et plus profond.

Pour Jésus, c’est clair et net, l’homme lui-même est victime de ce qu’il appelle le “mauvais”, le mal du “Notre père” « Délivre-nous du mal ! ». Comme il nous est bon d’apprendre cette révélation : au-delà de nos faiblesses, à la racine de nos péchés, il y a une puissance dont nous ne sommes pas totalement responsables et qui agit sournoisement : « pendant que les gens dorment » dit Jésus. Alors que le blé a été semé en pleine clarté du jour, l’ivraie est semée en cachette, en profitant lâchement d’un moment d’inconscience.

N’est-ce pas une expérience que nous faisons souvent ? Le mal s’infiltre sournoisement dans notre vie et souvent à notre insu ; nous ne nous en apercevons qu’après coup. C’est Jésus qui nous le dit et ainsi il réhabilite notre dignité profonde. Nous ne sommes pas si mauvais que nous en donnons parfois l’image. Le pécheur est d’abord une victime.

 Et puis, nous avons une fâcheuse tendance à répartir l’humanité en deux catégories très tranchées : c’est ce qu’on appelle le manichéisme : d’un côté, les bons ; de l’autre, les mauvais. C’est le principe un peu simplet des films américains, des westerns et des bandes dessinées.

Jésus, lui, là encore, n’est pas d’accord avec cette vision simpliste du monde. Pour lui, vous l’avez entendu, le bon grain et l’ivraie sont mélangés, comme en un écheveau impossible à démêler. Dans notre propre cœur, germes de vie et semences de mort cohabitent : telle action commencée dans l’amour s’achève dans l’angoisse, telle entreprise de générosité se transforme en affaire “très intéressée”.

« Je ne fais pas le bien que je voudrais faire, avoue le grand St-Paul, et je commets le mal que je ne voudrais pas faire ».

Ce mélange inextricable de bien et de mal en nous-mêmes devrait nous rendre prudents contre tous les jugements trop hâtifs ou trop intolérants envers les autres. « Seigneur, guéris-nous de l’intransigeance et du sectarisme ». Nous avons beaucoup de mal à accepter l’état naturel du monde. Nous sommes comme les fils de Zébédée qui, après avoir été mal reçus dans un village, disent au Seigneur : « Ne vas-tu pas envoyer le feu du ciel sur cette bourgade pour qu’on en parle plus ». Soyez justes, mais ne vous faîtes pas justiciers !

Nous sommes impatients de mettre de l’ordre avant le temps, un peu comme Pierre qui avec son épée, coupe l’oreille de Malchus. Remettons l’épée au fourreau : la vengeance ne nous appartient pas. « C’est moi, dit le Seigneur, qui rendrai à chacun selon son dû ». Pas de justice expéditive.

Si Dieu n’extermine pas les méchants, c’est qu’il garde au fond du cœur l’espoir qu’ils vont finir par se convertir. Dieu est plus patient que nous. Ce temps de longue patience, c’est le délai qu’il nous offre : il faut attendre le temps de la moisson, le jour du jugement pour séparer le bien du mal, en nous rappelant qu’il y a deux catégories d’hommes qui n’existent pas : “ceux qui sont entièrement bons” et ” ceux qui sont entièrement mauvais”.

« Celui qui se dit ‘’sans péché, dit Jean, celui-là est dans l’illusion et ceux qui se reconnaissent pécheurs ne le sont déjà plus ».

           Un des passages les plus étonnants de l’Evangile n’est-il pas celui-ci : « Il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de pénitence ». « Celui qui se glorifie d’être juste, ne l’est déjà plus ! »

 

 

Sans oublier que ce tri, nous le faisons avant l’heure, celle où nous jugeons, avant Dieu lui-même, le seul qui connait vraiment “les reins et les cœurs”. Ce tri, donc, peut être l’occasion de faire naître en nous le racisme, un des maux importants de notre société ; et qui peut dire qu’il ne l’est pas un peu, en face de certaines catégories humaines ?

A côté des racismes spectaculaires, foisonnent une multitude de petits racismes. Lorsque Jésus priait pour que nous devenions unis : « Père, qu’ils soient un comme toi et moi nous sommes un », il priait pour que disparaissent les castes, les ghettos, les clans, les égoïsmes qui privilégient des hommes vis-à-vis d’autres hommes. Il demandait que nous arrivions tous ensemble chez le bon Dieu, quels que soient nos liturgies, nos peaux, nos couleurs, nos âges, nos biens, nos pauvretés. Dès que nous nous intitulons juges de la conduite des autres, nous devenons racistes. On veut bien faire de l’œcuménisme avec les protestants mais pas avec les voyous !

Rappelez-vous ce racisme des bonnes gens « qui ne sont pas comme le reste du monde – voleurs, adultères ». C’est celui du pharisien debout devant l’autel qui est tout content de n’être pas comme ce publicain qui se frappe la poitrine en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, je ne suis qu’un pécheur ».

Pour Dieu, il n’y a pas de bons fils et d’autre part de mauvais fils : ils sont tous ses fils aimés de lui. Ne faisons pas de différence où Dieu n’en met pas.

Ce qui ne signifie pas que le bien est mal et que le mal est bien ! Mais non seulement je ne dois pas juger, mais je dois accueillir tous les hommes, sans acception de personne. Comme elles sont malheureuses ces querelles où l’on se condamne pour des riens ! C’est du christianisme rapetissé. Parfois, tout le zèle que nous mettons à convertir les autres serait mieux employé à nous convertir nous-mêmes… Mieux vaut une moisson difficile que pas de moisson du tout.

En supprimant tout au début, il n’y aurait plus d’ivraie, bien plus, il n’y aurait plus rien du tout ! Il faut attendre le temps de la moisson pour séparer le bien du mal, et à ce moment-là, nous aurons sans doute bien des surprises ! Pour le moment, il faut les laisser croître ensemble. Nous voudrions tant que l’Eglise soit propre, libérée de tout ce qui ne nous semble pas dans la bonne ligne. A tout moment, des voix s’élèvent pour réclamer que l’on fasse le ménage, que l’on interdise, que l’on pousse vers la sortie ceux qui ne nous conviennent pas, dans la plus modeste des chapelles comme dans l’église universelle. Cela voudrait-il dire que nous sommes plus attentifs au mal qu’au bien qui se fait ?

Serions-nous plus rapides à dénoncer qu’à encourager ? Plus disposés à juger qu’à aimer ? Il nous est tout à fait légitime d’attendre le ciel c’est-à-dire l’état de grâce définitif en communion avec Dieu. « Nous attendons, nous dit St-Pierre, des nouveaux cieux, une terre nouvelle où la justice habitera ».

Avec Jésus, nous rêvons avec joie de ce Royaume où le mal n’existera plus, où tout ne sera que vérité, amour, bonheur sans fin et sûrs de ce résultat final, nous y travaillons ici-bas, chaque jour, de notre mieux, en faisant une confiance totale au maitre du champ.

En attendant, il ne nous reste plus qu’à imiter la patience aimante de Dieu. AMEN




15ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 13, 1-23) – Francis COUSIN)

« Vous donc, écoutez … »

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous parle de la parabole du semeur, bien connue ; et il termine en disant : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! ».

Sans doute les apôtres n’avaient pas bien compris le sens de celle-ci puisqu’ils demandent à Jésus : « Pourquoi leur parles-tu en parabole ? », et Jésus de répondre : « Parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. (…) Le cœur de ce peuple s’est alourdi. », et il leurs explique la parabole en commençant par « Vous donc, écoutez … ».

C’est ce que disait déjà Moïse au peuple hébreux avant de leur dire les dix commandements : « Écoute Israël … » (Dt 6,4).

L’écoute de Dieu demande que l’on prenne quelques dispositions. On ne l’écoute pas comme on écoute quelqu’un au bar d’un café. Il faut se préparer à sa rencontre, à sa présence.

Quand j’étais jeune, le prêtre commençait la prière en disant : « Mettons-nous en présence de Dieu. », qui était une démarche de nous vers Dieu. Plus tard, chez les Frères des Écoles Chrétiennes, on disait : « Souvenons-nous que nous sommes en la sainte présence de Dieu, et adorons-le ! » ce qui me semble préférable car cela montre que Dieu est toujours présent avec nous (et en nous), et qu’il nous suffit de ’’mettre le contact’’.

« Vous donc, écoutez … » la parole de Dieu par l’intermédiaire du Verbe.

Le semeur, c’est Dieu, ou Jésus son fils, ou des prophètes qui parlent en son nom. Ils sèment à profusion, sans regarder où ils sèment, généreusement … sur toute la création …

Mais en face d’eux se trouvent les forces du Mal : « Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. » (Deuxième lecture).

Et ces forces du mal entrainent l’homme à faire de mauvaises actions en contradiction avec la Parole de Dieu vis-à-vis de la création, vis-à-vis de la terre.

La terre, le lieu qui accueille la semence, lieu de l’aventure de la foi de chacune et de chacun.

Ce lieu s’est formé pour chacun de nous en plusieurs étapes. C’est un lieu évolutif, où rien n’est jamais définitif et dont il faut à chaque instant prendre soin.

C’est un lieu qui se forme avant même que nous existions. Il dépend de notre histoire, de l’environnement géographique, de ceux qui nous ont précédé : nos parents qui nous ont préparé une terre (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et toutes ses sœurs ne seraient pas devenues ce qu’elles ont été si leurs parents n’avaient pas préparé une bonne terre) ; puis de nous-mêmes à partir de l’âge de raison, puis de l’adolescence, et puis de l’âge adulte, avec toutes les interférences de ceux qui nous entourent …

À partir de cette terre préparée par nos parents, nous avons pu la laisser à l’abandon, y déposer des pierres, laisser pousser les mauvaises herbes … ou nous avons pu l’améliorer, l’amender …

Nous avons pu aussi faire les deux actions, dans des ordres différents … ou même faire plusieurs changements … en fonction des évènements, de l’âge, de nos groupes de relations … et bien sûr de notre relation à Dieu, plus ou moins distante …

Il n’est jamais trop tard pour travailler ’’notre’’ terre, pour enlever les pierres ou les mauvaises herbes qui s’y trouvent, amenées là par le Malin qui profite de notre faiblesse vis-à-vis du monde … pour la bêcher avec la Bible … pour lui fournir de l’engrais avec les auteurs spirituels, dont les textes des papes récents … pour l’arroser avec les sacrements … et la mettre sous le soleil de Dieu dans la prière …

Nous pouvons le faire avec l’aide de l’Esprit Saint, pour que la Parole de Dieu de revienne pas vers lui « sans résultats, sans avoir fait ce qui [lui] plaît, sans avoir accompli sa mission. » (Première lecture).

Alors notre terre sera prête pour donner du fruit, le fruit donné par Dieu à travers nous par notre vie, envers tous eux qui nous entourent, nos enfants, nos amis, nos collègues et relations diverses … et envers nous-mêmes … en nous accueillant dans son Paradis.

Seigneur Jésus,

pour devenir des témoins de ton amour,

 il nous faut commencer par t’écouter,

pour que ta Parole soit bien comprise,

qu’elle pénètre notre cœur.

Alors seulement nous pourrons te suivre …

jusqu’en ton paradis.

Francis Cousin

 

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 15°




15ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Effets de la Parole de Dieu

 Mt 13, 1-23

 Dominante qui sort de cette liturgie de la parole que ce soit la 1ère lecture ou l’Evangile : c’est l’extraordinaire profusion de la grâce de Dieu. La “pluie de Dieu” dans le texte d’Isaïe : cette pluie qui tombe, cette neige qui tombe, qui imprègne le terrain et abreuve le sol et fait peu à peu germer tout ce qu’elle contient pour donner plus tard le pain à celui qui mange « Ainsi, ma Parole, dit Dieu, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission ».

Et voici, à son tour, la parabole du Semeur qui est avant tout une merveilleuse nouvelle : « Le Semeur, le Seigneur, est sorti pour semer ».

Voilà le temps de la grâce qui est venu : Dieu sème largement. J’allais dire “à tort et à travers”, sans regarder, sans économiser, jusqu’à gaspiller ; nul ne peut échapper, nul ne peut être oublié ; la semence tombe partout : à droite, à gauche, sur le chemin, dans les pierres, dans les ronces, dans la bonne terre aussi. Dieu donne sans compter : c’est la bonne mesure dont il parle ailleurs dans l’Evangile ; mesure tassée, secouée, débordante. Aussi n’est-il plus possible d’être découragé !

Combien de fois, le peuple de la Bible, et nous-mêmes, (nous aussi, n’est-il pas vrai ?) avons été découragés, déçus ! Dieu nous fait des promesses, mais nous ne les voyons pas s’accomplir.

Combien de fois, dans l’épreuve, n’avons-nous pas mis en doute la Parole de Dieu !

Combien de fois n’avons-nous pas eu confiance ! Ce Créateur qui fait tomber la pluie fécondante, qui sème à tous vents, serait-il moins efficace pour accomplir ses promesses?

Aussi, le premier message de cette parabole est un message de confiance à ceux qui se plaignent de la lenteur de l’intervention divine : tout ce temps apparemment perdu ! Le Seigneur répond qu’elle ne se mesure pas avec des critères humains sinon peut-être ceux du paysan : semant en octobre, il sait qu’il ne récoltera sa moisson qu’en juillet suivant, qu’il va falloir des mois et des mois de pourrissement, de germination, de croissance invisible pour qu’un jour, il voit sortir de terre, de petites feuilles toutes fragiles qui sont la promesse des tiges, des fleurs, des fruits à venir.

A nous aussi, comme à Dieu, le Semeur, il faut du temps, beaucoup de temps pour que sa grâce opère en nous, qu’elle murisse, qu’elle germe, qu’elle donne du fruit.

« Dieu écrit droit avec des lignes courbes», disait un proverbe chinois.

Déjà, pour faire un corps humain : il faut neuf mois pour le mettre au monde, vingt-cinq ans pour le faire parvenir à la vie adulte, et nous voudrions que Dieu gâche son travail lorsqu’il s’agit du mûrissement et de la croissance de sa vie divine en nous ! Une vie promise à l’éternité ! Peut-être n’avons-nous pas trop de toute notre vie humaine simplement pour laisser Dieu s’implanter en nous, y prendre corps et s’épanouir sur notre pauvre terrain. Oui, Dieu travaille et le jour de la moisson viendra en son temps.

Il faut aborder maintenant, non plus le travail de Dieu, mais celui du Semeur, travail généreux. Nous sommes la terre de ce semeur impénitent, offert à ses semences, criblé de grâces. Personne n’y peut rien, c’est son style à lui. Dieu est comme cela, on ne le changera pas ! Ces grains, ces grâces qui ruissellent et qui rebondissent, à quoi ressemblent-ils ?

Le semeur, c’est Jésus Les grains, c’est la Parole de Dieu La terre, c’est nos coeurs!

Ce ne sont pas seulement des dons, des charismes, pas seulement des paroles, ce sont des semences divines devenues chair, devenues vie de Dieu en nous, comme celle d’un époux. Mais cette semence tombe-t-elle ? Sur des terrains extrêmement divers et c’est là encore que nous constatons le respect de Dieu pour la liberté de l’homme : sans une libre adhésion humaine, Dieu ne peut rien. Quelle est la qualité du terrain où tombe cette semence de Dieu ? Quelle est la qualité de l’accueil que nous réservons à cette Parole qui doit féconder notre cœur ?

Il y a le terrain : le bord du chemin, dur comme de la pierre sur lequel l’homme passe et repasse en écrasant, en piétinant la Parole de Dieu qui n’a aucune chance, alors, de s’implanter ; la terre manque.

Combien en avons-nous vu autour de nous, de ces personnes au cœur de pierre, durs avec les autres, durs en affaires, l’âme martelée par les pas pesants de tous ceux qui piétinent les sensibilités, l’affectivité et qui ne connaissent pas d’autres terrains que ceux où l’on pose ses gros sabots.

La semence, elle, est bien trop petite, bien trop modeste pour qu’ils y fassent attention ! Ils passent dessus allègrement.

Aussi sont-ils aussi peu respectueux de ceux qui les entourent : ils avancent comme des bulldozers, sans rien voir de ce qu’ils écrasent, « ils regardent sans regarder, ils entendent sans écouter » et surtout sans comprendre vraiment. Ainsi s’accomplit pour eux la parole du prophète Isaïe : « Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas », « leur cœur s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouchés les yeux. Leur cœur ne comprend rien et ils ne se convertissent pas ».

En fait d’accueil à la grâce de Dieu, certains sont des blockhaus non seulement impénétrables à cette vie divine mais ils ont tout fait pour s’en défendre et s’en protéger, car, sans rien comprendre, ils ont pourtant réalisé que si Dieu pénétrait dans leur vie, ce ne serait plus eux, les maitres, mais bien Dieu lui-même qui va les embarquer dans une aventure qu’ils ne désirent surtout pas : tous ont le droit de pénétrer dans leur existence, sauf la semence de Dieu, la vie de Dieu, qui, seule, pourtant, pourrait un jour les féconder.

Parole de Dieu piétinée sur le chemin de la vie – Parole de Dieu séchée, asséchée, desséchée dans un terrain pierreux où il manque la terre c’est-à-dire l’accueil : il entend la Parole plus qu’il ne l’écoute mais il n’a pas de racine.

Comment dans ce cas-là, la Parole de Dieu va-t-elle à son tour prendre racine en lui ? La catégorie de tous les superficiels, les gens de surface, qui font plus attention à la vie extérieure : société, apparences, façades, modes, look, poudre aux yeux, frime, un magasin tout en vitrine où il n’y a rien dans les rayons…

Parole de Dieu piétinée – Parole de Dieu en terrain pierreux – semence aussi qui tombe dans les ronces : « Oh ! Seigneur, nous voudrions bien t’accueillir mais vois-tu nous avons tellement de soucis, tellement d’occupations de toutes sortes, notre emploi du temps est tellement chargé et tu n’as pas la priorité, alors on te donne une petite place provisoire, vite étouffée, vite invivable au milieu de tout ce fracas et ce foisonnement uniquement humain ». La Parole est étouffée, couverte par les hauts parleurs des médias, des courants d’idées, du vacarme, des modes et des airs du temps.

Frères et sœurs, finissons par la bonne terre car elle existe, elle aussi, c’est la terre d’accueil qui reçoit la pluie et la neige de Dieu afin de pouvoir féconder la semence et faire germer un monde nouveau.

« Toute Parole qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission ».

La bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et qui la comprend, c’est-à-dire qu’il la prend avec lui. AMEN




15ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

 

“Accueillir et bien comprendre la Parole.”

 (Mt 13, 1-23)

 

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer.
Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer.
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde.
Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là.
À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a.
Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : ‘Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.’
Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent !
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »
Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin.
Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ;
mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt.
Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »

   

   Jésus se présente ici comme « le semeur » « sorti » de la Maison du Père « pour semer » le plus largement possible une « Parole qui n’est pas de moi », dit-il en St Jean, « mais du Père qui m’a envoyé » (Jn 14,24). Et elle peut se résumer en quelques mots : « Le Père lui-même vous aime » (Jn 16,27). Peu avant sa Passion, dans une perspective qui englobe en fait l’humanité tout entière, il priera son Père en disant : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée (…) pour que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17,23). Mais comment le Père aime-t-il le Fils ? En se donnant à Lui, gratuitement, par amour, et cela de toute éternité, « avant tous les siècles », disons-nous dans notre Crédo. « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35). Et c’est en lui donnant « tout ce qu’il a » (Jn 16,15 ; 17,10), tout ce qu’il est, qu’il l’engendre en Fils « de même nature que le Père, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière ». Tel est le fondement de tout, le cœur de la Révélation chrétienne : « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16) depuis toujours et pour toujours, et le propre de l’Amour en Dieu est de « donner » tout ce qu’il a, tout ce qu’il est, gratuitement, par amour…

            Tout homme sur cette terre, et cela depuis que l’humanité existe, a ainsi été créé par amour. Le Dieu « Amour » et « Esprit » (Jn 4,24) a en effet « insufflé » dans sa pâte humaine de chair et de sang (Gn 2,4b-7) son Souffle de Vie, son Esprit de Vie, ce qu’Il Est en Lui-même, et il lui a ainsi donné gratuitement, par amour, d’être lui aussi « esprit », « corps, âme et esprit » (1Th 5,23). Et ce même Amour ne cesse d’environner, de se donner à tout homme… « Toute la terre, Seigneur, est remplie de ton amour » (Ps 33(32),5). « Votre Père qui est aux cieux fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5,45). Gratuité du Don de l’Amour « à tous les hommes qu’il aime » (Lc 2,14), car entre tous les hommes, ses enfants, « Dieu ne fait pas acception des personnes » (Rm 2,11 ; Ac 10,34).

            Mais si l’Amour se donne gratuitement, encore faut-il accepter de le recevoir en se tournant vers Lui de tout cœur, et donc en renonçant au même moment à tout ce qui lui est contraire… D’où l’appel de Jésus au repentir, à la conversion, jour après jour, autrement, si « les épines » ne sont pas éliminées au fur et à mesure, « elles vont monter et étouffer la Parole », et avec elle le Don gratuit de l’Amour, « qui demeurera sans fruit »…        DJF

 




14ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 11, 25-30) – Francis COUSIN)

 « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »

           

On peut être surpris de cette prière de Jésus, car Dieu aime tous les hommes de la même façon, il ne fait pas de différence entre eux, « car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5,45). On comprend donc mal qu’il fasse des différences entre ’’les sages et les savants’’ et ’’les tout-petits’’.

En fait, la différence ne vient pas de Dieu, mais des humains.

Dieu n’a jamais rien caché aux sages et aux savants, mais ce sont eux qui n’ont pas accepté (ou pas compris) ce qu’ils reçoivent de Dieu. Ils se construisent un Dieu à leur manière, ils parlent de Dieu, sur Dieu, mais ils ne parlent pas à Dieu, comme Dieu. Ils se parlent à eux-mêmes. Voir la parabole du pharisien et du publicain, qui lui, parle à Dieu et se reconnaît petit face à lui.

Les tout-petits, qui sont-ils ? On pense aux pauvres, à ceux qui n’ont rien (ou presque), dans différents domaines : financier, travail, affection, famille, intelligence intellectuelle (mais pas pratique …) … mais cela, c’est notre vision humaine.

Le vrai pauvre est celui qui attend tout de Dieu. Non pas celui qui reste à ne rien faire et qui tends la main, mais celui qui reconnaît son état de ’’faiblesse’’, celui qui est doux et humble de cœur, et qui est prêt à s’en sortir avec ce que Dieu lui donne en utilisant l’adage « Aide-toi et le ciel t’aidera. ». Ceux qui suivent l’enseignement de Jésus : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » (Mt 18,3).

Rien à voir avec la richesse matérielle :

– Un riche peut être tout petit devant Dieu, et s’occuper des autres. Cela existe.

– Un pauvre peut demander des comptes à Dieu et être un parfait égoïste. Cela existe.

Tout est une question de comportement.

Et si nous nous regardons bien, nous sommes bien obligés de reconnaître que nous sommes, selon les jours ou les circonstances, comme les ’’sages ou les savants’’, et d’autres fois comme les ’’tout-petits’’, selon la manière que nous avons de considérer Dieu, et surtout de la manière dont nous l’écoutons, de la manière dont nous le recevons, dont nous recevons ce qu’il nous donne …

Un chant disait : « Tout vient de toi, ô Père très bon … ».

C’est vrai, mais nous aimerions que ce soient toujours des choses que nous considérons comme bonne pour nous, et nous avons du mal à accepter ce que nous ne voulons pas, ce qui ne nous plaît pas … mais qui sont bonnes pour nous dans le dessein de Dieu.

Dieu ne veut que notre bonheur, mais sans doute un bonheur différent de celui que nous aimerions (beaucoup d’argent, grosse voiture, grande maison, grands voyages …) qui peut nous être suggéré par le Malin …

Nous avons un choix à faire, chaque jour, entre Dieu et le Malin …

Écoutons Jésus qui nous dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. »

Et il insiste en précisant de quel repos il s’agit : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. », c’est-à-dire pour la vie éternelle … qui commence maintenant !

Mais le joug nous fait un peu peur : c’est un objet lourd, encombrant, contraignant, qui laisse peu de place à l’initiative, surtout s’il est pour deux animaux …

Mais Jésus ajoute aussitôt : « Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger » … , car il n’est constitué que d’amour !

Seigneur Jésus,

ceux que tu aimes davantage

sont ceux qui te ressemblent,

doux et humble de cœur,

qui mettent leur confiance

entre les mains de leurs parents,

de leur Père, comme toi.

Cela nous est parfois difficile.

Aide-nous à te ressembler.

Francis Cousin

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 14°




14ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

 

“Accueillir en son cœur, par le Don de l’Esprit, le Christ doux et humble (Mt 11,25-30).”

 

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

                 « Les sages et les savants » mettent souvent leur confiance dans leur savoir, leurs connaissances, leurs capacités, leur rang social. Ils pensent qu’ils n’ont de leçon à recevoir de personne puisque ce sont eux qui les donnent ! Ils ont tout ce qu’il faut pour bien mener leur vie et atteindre le bonheur. Ils se suffisent à eux-mêmes… Mais ils oublient leur condition de créatures et ne prennent donc pas en compte le projet initial du Créateur qui nous a tous faits pour que nous vivions de sa vie dans le cadre d’une relation librement consentie avec lui.

            Or, accepter de se mettre en vérité en Présence de Dieu, ne peut que nous conduire à reconnaître notre petitesse, nos limites, notre  faiblesse et notre incapacité à découvrir par nous-mêmes « Qui » Est Dieu (Is 55,8). Mais cette pauvreté est en fait notre vraie richesse, car Dieu désire se révéler à nous par le Don de l’Esprit Saint, « l’Esprit de Connaissance, de Conseil, de Sagesse et d’Intelligence » (Is 11,1‑3), « l’Esprit de Gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14) qui « illumine les yeux du cœur » (Ep 1,17-19) et permet de reconnaître en Jésus « le Seigneur de la Gloire » (1Co 2,8) venu nous révéler « le Père de la Gloire » (Ep 1,17).

            Et qui est-il ? « Le Bienveillant » par excellence, nous dit ici Jésus, Celui qui ne cherche, ne désire et ne poursuit que notre bien… Tel est le Mystère de ce Dieu Amour qui s’est pleinement révélé en Jésus, le Fils, cet « Astre d’en haut qui nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort », c’est-à-dire les pécheurs, « et redresser nos pas au chemin de la paix » (Lc 1,76-79), une paix qui, dans la Bible, est synonyme de plénitude…

            Inlassablement, Jésus se propose donc de « redresser nos pas », en « Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve » (Lc 15,4-7). Et son seul but est que nous retrouvions avec lui, grâce à lui, cette plénitude intérieure que nous avions perdue par nos multiples errances, une plénitude spirituelle où se cache le seul vrai bonheur.

            « Venez donc à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos », le calme intérieur, la paix du cœur… « Il m’entraîne dans des silences d’où je voudrais ne jamais sortir » (Elisabeth de la Trinité). « Je m’arrange, même au milieu de la tempête, de façon à me conserver bien en paix au dedans » (Ste Thérèse de Lisieux).

            Et puisque c’est le Christ lui-même qui, par le Don de l’Esprit, se propose de porter avec nous, en nous, tous les fardeaux de cette vie, avec lui, nous promet-il, ils seront « plus faciles à porter », et d’écrasant, ils deviendront « légers »…                                      DJF

 

 




Quatorzième dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Triomphe de l’amour

Mt 11, 25-30  

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous soulagerai. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ».

 

 

Beaucoup de personnes s’imaginent que les chrétiens sont entravés par toutes sortes d’obligations pesantes :

. qu’ils sont les esclaves d’une loi

. qu’il y a toutes sortes de commandements, des choses permises et des tas de défendues

. qu’ils ont un code minutieux de ce qui est à faire et surtout de ce qu’il ne faut pas faire

. et que la liberté, ce n’est pas pour eux.

Rien n’est plus faux : le chrétien est avant tout un homme libéré, un homme allégé et qui n’a plus de contraintes, ni de commandements sinon ceux que lui suggère l’amour.

C’est aussi ce que nous rappelle St-Paul dans la seconde lecture : vous, les chrétiens, vous n’êtes plus sous l’emprise de la chair, du matériel, de la lettre, d’un code extérieur. Maintenant vous êtes dirigés par l’Esprit seul, Esprit d’amour et vous n’avez plus à faire que ce que vous inspire cet Esprit d’amour qui vient du Père et que vous donne le Christ.

Comment la vie de ceux qui regardent Jésus, alors qu’elle devrait être si légère, a-t-elle pu s’alourdir ainsi ? Et devenir pour certains, un poids, un pesant fardeau ?

Eh bien ! La réponse est simple. Le christianisme est une religion d’amour basée sur l’amour de Dieu et des autres : s’il me manque cet amour-là, si je deviens chrétien sans être aimant, s’il me manque cette affection profonde de Dieu et des autres, alors elle devient ce que nous venons de décrire, “un cahier des charges”, un devis, un règlement sans âme, et nous sommes alors empêtrés et asservis par des prescriptions et des ordonnances.

Sur le marché, une jeune femme toute menue portait son bébé dans ses bras ; l’enfant était beau et pesant et la maman toute fluette semblait bien fragile pour transporter ce gros bébé. Mais elle passait, toute guillerette, toute allègre, le visage fervent, comme si c’était le petit qui la soulevait.

En réalité, qui portait l’autre ? Il n’y avait qu’une seule explication : c’était l’amour qu’elle portait et qui la portait et si on l’avait abordée en le plaignant, elle aurait eu un grand sourire : « Lourd, mon bébé ? Oui, lourd de toute l’affection que je lui porte et qu’il me porte ; mais le poids physique, matériel… je le sens à peine. C’est l’amour qui me le fait porter ».

Un chrétien qui aime vraiment, pour qui Dieu est vraiment un père, pour qui Jésus-Christ est vraiment un frère, pour qui l’Esprit Saint est l’âme de son âme, qui est, comme dit St-Paul « sous l’emprise de l’Esprit », celui-là, il ne porte pas sa religion, c’est sa religion qui le porte, il ne plie pas sous un joug : c’est son idéal chrétien qui le redresse.

Le chrétien est un homme debout, un homme libre, parce que tout ce qu’il fait, il le fait avec amour et ce que nous faisons avec amour ne nous paraît pas pénible.

Nous en avons tous fait l’expérience : quand on aime vraiment quelque chose, on le fait bien volontiers et nous ne nous faisons pas prier pour le faire. Ce n’est que lorsque nous répugnons à faire tel ou tel effort que nous n’aimons pas que cela nous devient pénible, ennuyeux et que nous le faisons en trainant les pieds et que nous avançons avec des semelles de plomb : cela devient alors une obligation sans amour, bref, une corvée.

Or, notre christianisme est avant tout basé, fondé sur l’amour :

– pour celui qui aime, il sera un merveilleux moteur de toute mon activité humaine

– pour celui qui n’aime pas, il ne sera qu’une entrave, un fil à la patte et Dieu sera perçu comme un “empêcheur de tourner en rond” :

« Celui qui aime a les pieds légers », dit-on. Voilà ce que veut nous dire St-Paul en opposant “la chair et l’Esprit” : l’esclavage du matériel, la liberté du spirituel ; “l’amour donne des ailes’’.

Allez dire à une fiancée que sa prochaine rencontre avec son bien-aimé est une corvée et qu’elle ferait mieux de ne pas y aller ! Elle vous dira que vous ne devez pas aller très bien !

Allez dire à un coureur du tour de France, en pleine montée dans un col : « Ne te donne donc pas tant de mal ; tu peux ralentir ». Non, il est pris par la compétition, il l’aime et il mobilise toutes ses forces. Il est porté et entrainé par le désir de gagner.

Et regardez une famille où l’on s’aime : l’enfant transfigure la vie de ses parents et la vie de cet enfant est portée par l’amour de ses parents. Avez-vous vu la détresse du regard d’un enfant de 3 ou 4 ans qui a perdu ses parents dans une grande surface ? L’amour donne aux parents et aux enfants : force et vie… et si, par malheur, cet enfant est malade ou handicapé, alors se multiplie d’autant plus : amour, dévouement, oubli de soi.

            Oui, c’est l’amour qui soulève notre existence. C’est l’amour qui fait surgir le meilleur de nous-mêmes et puisque le christianisme est avant tout, un amour, et non pas un code, il devrait être et il l’est pour beaucoup, le moteur de nos vies, celui qui nous fait aller au-delà de nous-mêmes.

Parce que nous aimons, “notre joug est facile à porter et notre fardeau léger”. Comme il est facile de faire plaisir à quelqu’un qui nous aime et que nous aimons. Les termes de “devoir”, de “commandements”, “d’obligations” sont oubliés pour faire place à ceux de ‘’don de soi’’, de’’ faire plaisir’’, de rencontre, de cadeaux, d’offrande : les actions sont les mêmes, mais transformées par un dynamisme intérieur qui les transfigure et les sublime.

 Si, au lieu de dire : « Ah ! La barbe ! C’est dimanche ; il faut que j’aille à la messe », je disais : « C’est aujourd’hui, mon jour de rendez-vous avec le Seigneur, je vais à sa rencontre. Ce sera un moment privilégié de contact et de communion avec lui… », « Je l’aime et je vais le voir » et il me redonnera sa force et son esprit pour que je vive mieux et plus, pendant la semaine qui vient.

Dès lors que “l’amour” est présent, nos actions quotidiennes sont transformées : le fardeau devient léger, facile à porter. Tout cela parce qu’on le fait “de bon cœur”…

Pour suivre le Christ, il ne s’agit pas de s’astreindre à respecter une multitude de règlements tatillons, comme ceux que prescrivaient les scribes et les pharisiens : “Il suffit d’aimer” et le secret, le voici : « Nul fardeau n’est lourd pour celui qui aime ».

Pèsent-elles le même poids les pierres transportées :

  • par le prisonnier dans un camp de concentration

  • celles transportées par l’ouvrier qui gagne sa vie en construisant des maisons pour les autres et

  • celles transportées par le père de famille qui prépare un toit pour sa femme et ses enfants ?

Ce sont les mêmes pierres : elles n’ont pas le même poids !

Frères et sœurs, suivre Jésus-Christ pour bâtir le Royaume avec lui, ce n’est pas “être condamné aux travaux forcés”, ce n’est même pas être “astreint à remplir un devoir”, c’est donner une réponse d’amour à un autre amour qui s’offre, celui de Dieu. Alors, oui, si nous avons bien compris cela et que nous avons un peu de cœur, “le fardeau devient léger “, même s’il est exigeant ! Et il le sera toujours, car lorsqu’on aime quelqu’un, on ne veut pas le laisser croupir dans la médiocrité. C’est ce que demande l’Esprit en nous : loin de vouloir nous asservir, il veut nous libérer, pour nous faire aller au-delà de nous-mêmes, faire naître en nous “l’Homme nouveau”, “celui qui vit selon l’Esprit et selon le cœur”. C’est ce nouveau type d’homme dont Jésus-Christ ressuscité est le modèle.

St-Augustin avait l’audace de dire :

« Aime et tu peux faire ce que tu voudras ». AMEN




13ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

Homélie du samedi 27/6/20 et dimanche 28/6/20

2Rois 4 8–11, 14–16 ; Romains 6 3–4, 8–11 ; Matthieu 10 37–42

Il est normal que chaque être humain, s’il a toute sa raison et un cœur, aime son père et sa mère ; que ceux qui nous ont mis au monde, qui ont pris soin de nous, qui ont travaillé durs pour nous élever, soient aimés de leurs enfants. Pendant trente ans, Jésus a vécu avec ses parents, Marie et Joseph. Ils lui ont appris à lire et à écrire. Ils l’ont éduqué religieusement en l’emmenant au temple. Joseph lui a appris le métier de charpentier. En honorant ceux qui nous ont donné la vie, on honore Dieu. Car toute vie est don de Dieu qui ne cesse de nous donner son souffle de vie. Le quatrième commandement de Dieu nous dit « Honore ton père et ta mère ». C’est dire l’importance que Dieu lui-même accorde aux pères et mères de famille et à la place qui leur revienne dans la société. La famille est, en général, une église en miniature, le lieu où les uns et les autres s’aiment : présence de l’amour, présence de Dieu. Malgré toutes les difficultés qu’une famille peut avoir : infidélité, division, dispute, mésentente, problèmes d’argent ou de travail, nous avons tous en pensée les mots répétés du Christ qui nous reviennent sans cesse : fidélité, réconciliation, pardon, amour.

Et voilà que Jésus nous dit : « 37 Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Jésus ne dit pas qu’il ne faut pas aimer son père, sa mère, ses enfants, il dit qu’il ne faut pas aimer sa famille plus que Lui. Aimer les membres de la famille plus que Jésus, au point de les élever au-dessus de Dieu – la famille d’abord, Dieu après – cela relève presque de l’idolâtrie et la définition de l’idolâtrie c’est justement adorer une créature à la place de Dieu et cela peut devenir un obstacle pour aimer Dieu. Les prophètes de l’Ancien Testament n’ont jamais cessé de mettre le peuple de Dieu en garde contre l’idolâtrie. Si vous aimez Dieu en premier lieu, Dieu sera aussi présent dans votre famille. Il fera que cette famille reçoive toutes sortes de grâces divines dont l’amour au sein de nos familles. – Padre Pio, jeune séminariste, par son obéissance absolue à sa hiérarchie, nous montre qu’il aime Dieu bien plus que son propre père. Don Grazio, père de Padre Pio, vient rendre visite à son fils (Padre Pio – Saint Pio de Pietrelcina, transparent de Dieu”- P.36-37) : “Frère Pio, une visite pour toi”. Frère Pio arpente lentement les corridors sombres, il s’approche du parloir. Peut-être est-ce sa maman. Mais non! C’est papa, papa qui est entré d’Amérique (où il est allé travailler pour nourrir sa famille restée en Italie). Don Grazio voudrait jeter ses bras autour de son cou. Il est comme intimidé par le froc brun, par la barbe noire qui encadre le jeune visage de son fils.  Frère Pio ne parle pas. Il reste à deux pas de lui, les yeux baissés. Don Grazio a mal en lui-même. Est-ce que cela valait vraiment la peine de faire cette longue route pour recevoir un accueil aussi froid? Alors, intervient le Maître des novices (supérieur hiérarchique de frère Pio): ” Frère Pio, je vous délie de l’obéissance. Levez les yeux. Vous pouvez parler librement avec votre père.  – Avec un geste tendre, frère Pio jette soudain les mains autour du cou de son papa : “Papa, mon papa”. « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ».  A ceux qui sont réellement à la suite du Christ, et pour aller encore plus loin, Thérèse d’Avila, dans son livre « Chemin de la Perfection » nous dit qu’il faut se détacher de la famille : « si…nous comprenions bien quels dommages nous sont causés par les rapports fréquents avec nos proches… nous les fuirions. Elle ajoute : « Je suis toujours étonnée de voir les dommages qu’entraînent les fréquents rapports avec les parents. A mon avis, on ne saurait le croire, à moins d’en avoir fait l’expérience…Je ne sais ce que nous avons laissé du monde, quand nous déclarons que nous avons tout quitté pour Dieu, si nous ne nous sommes pas détachées du principal, c’est-à-dire des parents. Les choses en sont venues à tel point que les religieux, ou les chrétiens, croiraient manquer de vertu s’ils n’aimaient beaucoup leurs parents et n’avaient de fréquents entretiens avec eux (ce qui est faux, bien sûr).…. Ayons un soin particulier de recommander à Dieu nos parents; c’est justice. Mais ensuite, éloignons-les le plus possible de notre souvenir, parce que notre volonté s’attache naturellement à eux plus qu’à tous les autres. (Chemin de la Perfection P.88) Sainte Thérèse insiste : « Quand tous les saints ne cessent de nous conseiller la fuite du monde, ils proclament évidemment une chose salutaire. Croyez-moi, ce qui, je le répète, s’attache le plus à nous et ce dont nous avons le plus de difficulté à nous détacher, ce sont les parents. Voilà pourquoi ceux qui vont loin de leur pays font bien, si cela les aide au détachement; mais le détachement ne dépend pas, à mon avis, de l’éloignement corporel; il consiste à s’unir généreusement au bon Jésus, Notre Seigneur ». Ainsi, selon Sainte Thérèse, c’est en s’unissant au Christ qu’on se détache des parents ou de ses enfants. Et c’est cette union au Christ qui nous permet d’avoir la paix, une vie sereine, une vie de prières, quel que soient les malheurs des membres de la famille : père, mère, enfants, petits-enfants. Toujours s’attacher au Christ en toutes circonstances. Et Sainte Thérèse continue : « Pour moi, j’ai été beaucoup aimée des miens comme ils me le disaient d’ailleurs, et je les aimais tant…que je ne les laissais point m’oublier. Mais voici ce que j’ai appris par mon expérience et celle des autres…Il est juste d’avoir des rapports avec nos pères et mères quand ils ont besoin de consolation; n’ayons donc pas une conduite étrange à leur égard… Nous pouvons les voir et conserver cependant un détachement complet. J’en dis autant des frères et sœurs ». Ce détachement s’obtient par une grande union au Christ, une confiance totale en Jésus Christ et en Marie. On peut donc fréquenter père, mère, frères et sœurs, nos enfants et petits-enfants tout en restant détaché d’eux. Saint Thérèse d’Avila va encore plus loin quand elle nous dit : « il ne suffit pas de se détacher des proches, si nous ne nous détachons pas de nous-mêmes ». C’est néanmoins chose difficile que de nous détacher de nous-mêmes et de lutter contre notre nature, car nous sommes fort unies à nous-mêmes et nous nous aimons beaucoup. La porte est ouverte ici à la véritable humilité. Cette vertu et celle du renoncement marchent tou­jours ensemble », et sont nécessaires si on veut rester à la suite du Christ.

Il y a une situation qu’il faut bien comprendre lorsque les créoles disent : « mi manque pas ma messe » comme pour bien dire que l’on met effectivement Dieu en premier dans sa vie. D’abord la messe n’est à personne, elle est universelle, ouverte à tous sans exception, mais en disant « mi manque pas ma messe », c’est une façon de dire que je ne dois pas manquer la messe parce que c’est un rendez-vous nécessaire avec Dieu, et c’est très important pour nous. C’est une manière de dire que Dieu doit être au centre de notre vie. Pourtant, il y a des circonstances où il est normal de ne pas y aller, c’est le cas, par exemple, lorsqu’un membre de la famille est gravement malade et a besoin de soins en permanence. En restant auprès du malade au lieu d’aller à la messe, vous ne péchez pas puisque vous faites preuve d’amour, de patience, de dévouement à l’exemple du Christ lui-même qui a toujours pris soin des malades. Il dit lui-même « J’ai été malade et vous m’avez visité ». Etre auprès d’un malade, c’est être auprès du Christ.

« Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi ». Ce sont là des paroles difficiles à comprendre. Père Sesboüé (« Croire ») nous dit que « Porter sa croix apparaît ici comme la manière nécessaire de « suivre Jésus ». Le faire exige un renoncement à soi-même, même éventuellement aux devoirs familiaux prioritaires et conduit à « perdre sa vie ». Et on perd sa vie quand on reste attaché à son ancienne vie, celle du monde, du plaisir, du monde sans Dieu et qu’on ne désire pas vraiment la vie que le Christ nous propose….On pourrait dire, en termes plus modernes, que suivre le Christ est une invitation exigeante à renoncer aux images illu­soires de nous-mêmes qui sont le fruit de notre imagination (et à cause de l’imaginaire, on se croit être quelqu’un dans la vie, quelqu’un d’important, on se croit être au centre des regards, au centre du monde, comme si tous les regards étaient fixés sur soi, et qu’on est meilleur que tout le monde etc…). Nous cherchons tous plus ou moins à nous dérober à notre vérité (et la vérité est que nous sommes pécheurs, plein de faiblesses et beaucoup d’imaginations pour nous relever dans notre propre estime). Notre culture développe un réseau d’images dans les­quelles nous voulons paraître. Vivre comme Jésus, c’est renoncer à toute illusion sur soi-même et se donner aux autres ».

Saint Ignace nous dit la même chose quand il dit : « Il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées ». « Chez saint Ignace, nous dit la revue numérique Aleteïa, l’indifférence n’est pas synonyme de désintérêt, ni de mépris. Elle est une manière de se détacher, provisoirement, d’un choix A ou d’un choix B pour permettre à l’Esprit-Saint de souffler et de faire pencher la balance vers le côté qui est le mieux pour soi. L’acte d’oublier, de mettre de côté, durant quelques heures, ses préférences personnelles, ses ambitions, ses craintes, (sa colère), de ne pas s’attacher à une solution plutôt qu’à une autre, permet de laisser émerger la volonté de Dieu en soi. « Ignace savait que, en quelqu’un qui a complétement renoncé à ses volontés propres, le désir qui lui reste alors dans le cœur coïncide exactement avec la volonté de Dieu sur lui ».

La plupart des saints, et c’est normal puisque c’est le même Esprit Saint qui les anime, font les mêmes réflexions que Padre Pio, Saint Ignace ou sainte Thérèse. Cette dernière insiste en affirmant que « tout notre mal vient de ce que nous n’avons pas notre regard fixé sur le Christ; nous nous trompons de route parce que nous ne tenons pas…notre regard fixé sur le chemin véritable » et cela quoi qu’il arrive dans notre vie. Nous devons tous essayer de mettre d’abord le Christ en premier dans notre vie pour que nos familles soient aussi un lieu de vie nouvelle dans le Christ. Que Marie, notre Sainte Mère, nous aide constamment à avoir le regard fixé sur le Christ.




13ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Accueil

Mt 10,37-42

Les lecteurs de ce 13e dimanche nous offrent l’occasion de réfléchir sur l’accueil, sur la “vertu d’accueil”.

La 1ère lecture nous a fait admirer la délicatesse de l’accueil de la Sunamite à l’égard du prophète Elysée. Dans la 3e lecture, celle de l’Evangile, nous entendons le Christ nous dire:

« Qui vous accueille, c’est moi qu’il accueille ».

En ce début de vacances, époque de migrations et de déplacements, nous aurons sans doute l’occasion, soit d’accueillir quelqu’un, soit d’être accueilli à notre tour.

Dans notre quartier, dans notre église, dans nos contacts, nous allons voir des têtes nouvelles, revoir des personnes, parents ou amis que nous avions perdus de vue, et toute cette nouveauté peut provoquer 2 attitudes extrêmes :

   – celle de l’égoïste dérangé dans ses habitudes, avec une attitude de rejet « ils n’ont qu’à rester chez eux », « ce n’est pas moi qui ai été les chercher » : attitude de méfiance et de repli sur soi, voire d’agressivité.

  –   à l’opposé, il y a celui qui est incapable de fermer sa maison, son esprit, son cœur à une demande, une question, un accueil, et sa vie, loin d’en être dérangée, en sera épanouie, dilatée.

Par le partage avec l’autre, sa vie sera illuminée et prendra une autre dimension.

1 – Il y a tout d’abord l’accueil de la porte. C’est l’hospitalité, un art qui est bien caractéristique de cette disposition du cœur de celui qui accueille vraiment : la porte est ouverte et le cœur aussi. Les Orientaux excellent dans cet art, comme cette  Sunamite dont on vient de nous raconter l’histoire. Cet accueil de la porte concerne non seulement l’hébergement des hôtes, mais aussi les multiples services que l’on peut rendre à ceux qui s’adressent à nous : un outil à prêter, un coup de main à donner, un conseil à suggérer, une plainte à entendre, une démarche à faire, un renseignement à fournir. Cela suppose déjà que l’on ne pense plus tellement qu’à soi, mais que l’on soit capable de se mettre à la place de l’autre pour désirer avec lui ce qu’il nous demande. On sort de soi, on se dévoue pour essayer de contenter l’autre, ce qui rejoint l’exigence du Christ dans ce même évangile :

« Celui qui veut garder sa vie, la perdra… celui qui accepte de la perdre à cause de moi, la gardera » et « Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche à l’un de ces petits, en sa qualité de disciple, vraiment, je vous le dis, il lui en sera tenu compte ».

2 – Il y a aussi, et ici, nous allons plus loin : l’accueil de l’esprit. Cet accueil-là, on l’appelle souvent “la sympathie” : on essaye d’entrer dans la mentalité de l’autre, de comprendre ses réactions, différentes des nôtres, sa mentalité qui n’est pas la nôtre, sa manière de juger ou d’agir qui ne correspond pas forcément à la mienne. Nous sommes tous différents et pourtant nous avons tous nos qualités : les gens du nord ne sentent pas les choses comme les méridionaux, un musulman ne vit pas et n’a pas les mêmes réactions qu’un chrétien, un noir sera plus sensible à une autre valeur qu’un blanc.

Un jeune n’a pas la même vision du monde que son grand-père, un chrétien ne  réagira pas de le même façon qu’un athée, en telle ou telle occasion et c’est normal et il ne faut pas s’en offusquer.

En face de cette diversité, ce que l’on nomme maintenant “le pluralisme”, certains veulent avant tout affirmer leur identité et se poser en s’opposant. Nous avons alors tendance à rejeter tout ce qui n’est pas conforme à notre manière de penser, à nos manières de faire. Nous sommes normaux et tous ceux qui ne font pas comme nous, qui ne pensent pas comme nous, sont des anormaux. Nous les rejetons, les excluons de notre vie. Nous rejoignons ce refrain de Brassens qui chante « Les gens bien-pensants n’aiment pas que l’on fasse autre chose       qu’eux ». Ils sont la règle universelle et tout le monde devrait s’aligner sur eux : cette attitude s’appelle “le sectarisme”. Nous voudrions mettre tout le monde au même pas : sectarisme qui mène au totalitarisme qui ne veut pas admettre la différence, totalitarisme de droite ou de gauche, comme en Corée de Nord ou en URSS, où il y a un parti unique, une école unique, une presse unique et où l’on n’a, en fin de compte qu’un seul droit : celui de se taire !

Cette étroitesse d’esprit est le contraire de cette ouverture de Dieu qui nous a créés si différents, si dissemblables les uns des autres : diversité de races, de caractères, même les enfants, élevés par les mêmes parents sont si différents ! Et ces différences sont une chance ! Quel ennui, quel drame même si nous étions tous pareils ! Un monde en uniforme !

Opposé au sectarisme, Dieu désire de nous la tolérance. C’est peut-être la qualité dont nous avons le plus besoin à notre époque : savoir accueillir les autres, différents de moi, essayer de les comprendre, les  écouter, même  si je ne partage pas leur

opinion ou leur genre de vie. C’est cela l’accueil de l’esprit. Nous cherchons à découvrir les raisons qui expliquent leur attitude et nous passons de l’uniformité à l’unité. L’uniformité appauvrit, l’unité enrichit car elle me fait découvrir chez les autres des richesses que je ne soupçonnais pas et me donne une  sympathie  à priori pour tout ce qui  est nouveau, différent, insolite, étonnant.

3 – Accueil de la porte, accueil de l’esprit : il nous faut passer au 3e degré de l’accueil, celui du cœur. L’accueil de la porte et celui de l’esprit ne se comprennent et ne s’exercent pleinement que s’il y a accueil du cœur car, en définitive, accueillir :

   c’est donner, se donner,

   c’est, dans son cœur, faire une place à l’autre,

   c’est se gêner, se déranger pour partager avec l’autre,

   c’est donc : savoir renoncer à ses aises, à sa tranquillité, à son confort pour que, celui que l’on accueille puisse aussi bénéficier de ses aises, d’une tranquillité, d’un confort que souvent il n’a pas. Un égoïste n’est jamais accueillant. Vous êtes-vous demandé parfois si vous êtes égoïste ?  Le meilleur test est de vous demander à vous-même : « Serais-je capable d’accueillir, dans ma maison, dans mes idées, dans mon cœur quelqu’un d’autre qui ne me plait pas particulièrement mais qui en a grand besoin ? » Si vous pensez répondre : « oui », c’est bon signe. Tout cet accueil des autres, nous fait rejoindre l’accueil du Christ lui-même dans nos vies.

« Qui vous accueille, m’accueille. Celui ou celle qui accueille un autre, c’est moi, le Christ, qu’il accueille ».

 4 -. Que dire de celui qui, à l’église, dit au Seigneur : «  Seigneur, entrez, venez dans ma vie » et qui, quelques minutes plus tard, va fermer sa porte à celui qui a besoin de lui ?

. Que dire de celui qui, à la communion, tout à l’heure va dire : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison » et qui, dans la même journée, va mettre à la porte de sa maison une personne qui lui demande un service. « Celui qui dit “J’aime Dieu”, nous rappelle St-Jean, et qui n’aime pas son frère qui est à côté de lui, n’est qu’un menteur ».

Accueillir l’autre, l’idée de l’autre, la race de l’autre, l’âge de l’autre, la foi de l’autre, c’est accueillir Dieu dans sa totalité, dans sa diversité et aussi dans son unité : celle de l’amour.

. Non seulement Dieu a accueilli l’homme en détresse mais il a été au-devant de lui, s’est fait homme lui-même, s’est identifié à lui pour pouvoir mieux l’accueillir. Nous chantons aux sépultures « Sur le seuil de sa maison, notre Père t’attend et les bras de Dieu s’ouvriront pout toi ».

Sur le seuil de notre maison à nous, attendons-nous les autres ? Nos bras vont- ils s’ouvrir pour eux ?  AMEN