Christ Roi de l’Univers – par le Diacre Jacques FOURNIER

” Accueillir l’Amour, pour soi et pour les autres ...”

  (Mt 25, 31-46)

  En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire.
Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs :
il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.
Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;
j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”
Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?
tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?
tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?”
Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.
Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;
j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.”
Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?”
Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

                         

           

            Nous sommes ici à la fin du monde. Toute l’humanité est ressuscitée et rassemblée autour du Christ en gloire. Voilà déjà une formidable bonne nouvelle, pleine d’espérance. En effet, dit le Christ en St Jean, « l’heure vient, où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu et sortiront »… Tous les morts ressusciteront donc. « Ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie » (Jn 5,28‑29). C’est ce que dit ici Jésus : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparés depuis la fondation du monde »… Or le Père bénit tous les hommes, tous, sans aucune exception, depuis leur création « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28 : « Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds » »…), et ensuite tout au long de leur vie : « Votre Père qui est aux cieux fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes ». « Le Seigneur Dieu est » en effet « un soleil : il donne la grâce » en donnant l’Esprit Saint, « l’Esprit de la grâce » (Hb 10,29), « il donne la gloire » (Ps 84(83),12) en donnant encore et toujours l’Esprit Saint,  « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14). « Les bénis du Père » sont donc toutes celles et ceux qui lui ont ouvert leur cœur, et ont effectivement reçu ce Don de Dieu offert à tous. « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22). Or, « le fruit de cet Esprit » reçu gratuitement de l’Amour est « amour, joie, paix » (Ga 5,22). Amour pour Dieu bien sûr, mais aussi au même moment pour tous ceux et celles qui cheminent eux aussi sur cette terre, et tout spécialement ceux qui en ont le plus besoin : « les affamés, les assoiffés, les étrangers, les malades, les prisonniers ». En contribuant à leurs besoins, les « bénis du Père » manifestent bien qu’ils sont dans ce courant d’amour et de vie qui ne pourra que s’épanouir dans l’éternité auprès de Dieu, « à sa droite »…

            « On reconnaît l’arbre à ses fruits » (Mt 7,16). Les autres, qui n’ont rien fait, manifestent qu’ils ne vivent pas sous l’impulsion de l’Amour : ils n’ont pas accueilli en leur cœur la bénédiction du Père, le Don de l’Esprit d’amour et de vie. Pour eux, que se passera-t-il ? « Ceux qui auront fait le mal sortiront pour une résurrection de jugement » (Jn 5,28-29). Or Dieu ne juge jamais au sens de « condamner » (cf. Rm 8,31-39). « Dieu en effet a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16‑17). Au pécheur, il ne cesse de donner son Amour et sa bénédiction, et cela avec d’autant plus de force qu’il est bouleversé par sa souffrance, sa détresse. Car le mal ne peut qu’engendrer « souffrance et angoisse pour quiconque le commet » (Rm 2,9). Alors, quelle sera la réaction « des méchants, des injustes » ? Accepteront-ils enfin de se repentir, de faire la vérité dans leur vie, comme le fils prodigue (Lc 15,11-32) ? Espérons-le, car avant même qu’ils aient commencé à dire « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi », ils se retrouveront dans ses bras, couverts de baisers et de tendresse…                                                                                                            DJF




33ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 25, 14-30) – Francis COUSIN)

« Je savais que tu es un homme dur …

J’ai eu peur … »

 

Le passage d’évangile de ce jour est ce qu’on pourrait appeler une parabole eschatologique, qui nous fait penser à la fin des temps, comme chaque mois de novembre.

On y voit un maître, un chef d’entreprise (grosse entreprise si on considère la valeur monétaire d’un talent) qui part en voyage et qui confie ses biens à ses serviteurs …

Fallait-il que ce maître ait confiance en ses serviteurs, si l’on pense qu’un talent vaut environ à l’heure actuelle 1,5 million d’euros ! …

Ce maître, c’est Dieu, plus précisément Jésus qui reviendra, « longtemps après », pour juger les hommes, et les faire entrer « dans la joie de [leur] Seigneur ».

Il est important de remarquer que le maître confie ses biens, tout comme Dieu avait confié la terre à Adam et Ève (Gn 1,28-29), ce qui veut dire qu’il faudra rendre des comptes par la suite.

Et peut-être qu’il faudrait utiliser ce verbe pour les ’’talents’’ que nous avons (ou que nous pensons avoir), et que nous considérons comme des dons innés, comme la musique, la danse, l’écriture, la peinture, … mais aussi la patience, l’amour des autres, la bonne humeur, la volonté, le courage, la pertinence … et qui nous sont confiés, pour lesquels nous devrons rendre compte, au temps voulu …

Car la parabole nous le dit bien : il faudra faire fructifier ces ’’talents’’, pas seulement pour soi, pour notre bien-être personnel ou celui de notre famille, mais pour l’ensemble des communautés dans lesquels nous vivons, que ce soit la famille élargie, mais aussi les communautés de travail, sociales, économiques ou politiques … en « ouvrant nos doigts en faveur du pauvre, et en tendant la main au malheureux. » (première lecture).

Certains pourraient se dire : « Oui, mais moi, je n’ai pas de talent particulier, je suis quelqu’un de tout à fait ordinaire. Qu’est-ce que je vais pouvoir faire fructifier ? ». Dieu a donné des talents, comme le dit la parabole, « à chacun selon ses capacités ». Il ne nous demande pas plus que ce que nous pouvons supporter. Et à tous, il a donné son amour … Donner son amour aux autres, c’est déjà plus que bien … et cela peut se faire dans des petites choses …

C’est ce que n’avait pas compris le troisième serviteur.

Il a peur du maître, de Dieu … alors il cache son talent … dans la terre.

Il l’enfuit … le rend invisible pour lui … et pour les autres. Comme s’il n’existait pas …

Il occulte totalement la confiance que Dieu a envers lui …

Pourtant il n’a qu’un seul talent !

Il a peu … parce que Dieu lui a donné selon ses capacités

Mais même s’il a peu … il a peur … il a peur de Dieu …

Il enterre son talent alors qu’il est vivant !

Vis-à-vis de Dieu, c’est comme un suicide : il vit, mais sans avoir la Vie en lui, cette Vie que Dieu lui propose avec son talent. Et s’il n’a qu’un seul talent, ce ne peut être que ce qui est le plus important pour Dieu : l’amour. L’amour que Dieu ne cesse de donner à tout le monde. En refusant l’amour de Dieu, il s’interdit l’amour (agapé) des autres et envers les autres …

En enterrant son talent, il s’enterre lui-même, et se trouve donc dans les « ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents ! », ce qui est la phrase habituelle pour parler de la géhenne de feu, c’est-à-dire l’enfer.

Il faut reconnaître que bien souvent, nous nous trouvons dans la situation de ce troisième serviteur. Nous sommes prêts à utiliser nos talents pour notre satisfaction personnelle, et souvent nous en sommes fiers, … et nous le montrons aux autres … mais ce n’est pas ce que veut Dieu. Dieu nous veut serviteurs, et même serviteurs inutiles.

Pourquoi en sommes-nous là ?

Souvent par manque de confiance en Dieu, ou plutôt par la non-reconnaissance que Dieu à confiance en nous … peut-être par manque de prières, ou de relations à Dieu … ou parce que nous avons des relations faussées avec lui.

Nous sommes bien souvent davantage prêts à utiliser Dieu à notre profit plutôt qu’à ’’être utilisés par lui’’ (= être à son service) pour le bien de tous.

Utilisons nos talents. N’ayons pas peur de nous salir les mains …

Le père François Varillon écrivait : « Ce n’est pas être vigilant que d’éviter seulement de se salir les mains. Il y a en effet un moyen efficace de garder les mains propres, c’est de ne toucher aucun objet. Le soir, on s’endort dans la tranquillité d’une conscience pure, et l’on ne voit pas qu’on est en pleine illusion, s’il est vrai que ne rien faire n’est pas synonyme de bien faire, et que ne rien risquer ne grandit pas. La fausse pureté est aussi une impureté. Celui qui ne fait rien ne commet pas d’erreur, mais toute sa vie est une erreur. »

Seigneur Jésus,

en attendant ton retour, à la fin des temps,

tu nous as confié la terre

et tout ce qu’elle contient.

Et tu nous as confié aussi les autres humains,

pour les aimer comme tu nous aimes,

pour les aider avec les talents que tu nous as donnés

pour que grandisse notre humanité,

pour le bien de tous.

Fais que nous puissions te rendre

la confiance que tu as mise en nous.

Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 33°




33ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

” Aimer, c’est recevoir et se donner soi-même ...”

  (Mt 25, 14-30)

  En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt,
celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres.
De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.
Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes.
Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.”
Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”
Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.”
Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”
Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.
J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.”
Son maître lui répliqua : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.
Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.
Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix.
À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a.
Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !” ».

                           

La mort de Jésus est désormais toute proche. Très bientôt, « il partira en voyage », l’ultime voyage, en confiant à ses disciples le soin de continuer sa mission : annoncer la Bonne Nouvelle de ce Dieu Père, plein d’amour et de tendresse pour tous les hommes. Pour cela, il leur « confiera ses biens », tous ses biens, en leur donnant cet Esprit Saint (Ac 1,8) qu’il reçoit Lui-même du Père, un Esprit qui communiquera à chacun ses Dons différents (1Co 12,7-11), pour le bien de tous…

Le disciple de Jésus, en croyant en Lui, s’est ouvert à l’Amour de Dieu, à son infinie Miséricorde. Avec Lui, il a découvert « où » se trouve la vraie Plénitude, et du même coup, tout ce qui lui est contraire. Aidé par la Force de cet Amour, il va apprendre petit à petit à s’aimer lui-même en rejetant tout ce qui le souille, le blesse, le fait souffrir, le détruit, et l’empêche finalement d’accueillir cette Plénitude de Vie que Dieu veut voir régner au cœur de tous les hommes. Entraîné dans cette logique d’Amour, il ne pourra aussi qu’apprendre petit à petit à aimer tous ceux et celles qui l’entourent, à désirer le meilleur pour eux, ce meilleur qu’il a expérimenté en accueillant le Christ et le Don de sa Vie. Aimer son prochain ne pourra alors qu’être synonyme de travailler à son bien pour qu’il puisse accueillir lui aussi cette Plénitude de Vie offerte gratuitement à tous.

Dans cette parabole, deux disciples reçoivent l’un cinq Dons de l’Esprit, l’autre deux. Ils les accueillent vraiment et entrent donc dans cette dynamique d’Amour qui ne peut que chercher le bien de l’autre, de tous les autres. Et en puisant dans ce Trésor dont ils sont eux-mêmes les premiers heureux bénéficiaires, ils travaillent activement à l’annonce de l’Evangile…

Le Maître donne aussi un talent à un troisième, mais contrairement aux deux premiers, il ne le reçoit pas vraiment et il enterre ce Don de Lumière et de Vie, comme on le fait pour un mort. Son cœur ne peut qu’être dans les ténèbres. « Si la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! » (Mt 6,23). Et c’est à « la lumière » de ces « ténèbres » qu’il va regarder son Maître. Sa perception ne pourra qu’en être faussée… Il est « doux et humble de cœur », « bouleversé » devant la souffrance des hommes ? « Tu es un homme dur ! » Il n’est que Bonté ? « Tu moissonnes là où tu n’as pas semé », comme le pire des voleurs… Autrement dit, ce n’est pas la Lumière qu’il voit, mais ces ténèbres qui l’habitent : tout pour lui devient ténèbres. Hélas, il est bien sous « l’empire de Satan », ce « voleur qui ne vient que pour voler, égorger et faire périr » (Ac 26,18 ; Jn 10,10). Aurait-il quelque chose ? Avec un tel maître, de toute façon, « il se fera enlever même ce qu’il a ». S’il avait choisi la Vérité et la Lumière de l’Amour, n’aurait-il rien eu au départ, sinon sa misère et son péché, la Miséricorde infinie de Dieu aurait eu vite fait de tout lui pardonner pour le combler, car l’Amour ne sait que donner et donner encore. C’est pourquoi, « celui qui a », pour l’avoir reçu de l’Amour, ne pourra que recevoir et recevoir encore, pour sa plus grande joie !    DJF

           




33ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Talents

Mt 25, 14-30

Aujourd’hui, frères et sœurs, nous sommes appelés à prendre conscience de ce qu’exige notre vocation de chrétien.

Être chrétien, ce n’est pas rien : nous avons beaucoup, beaucoup reçu. Au départ, il y a eu le Baptême, devenus fils de Dieu, nourris ensuite par l’Eucharistie, nous sommes aussi confirmés, pardonnés à chaque fois que nous avons péché, réconfortés alors que nous étions malades, fortifiés pour vivre une vie conjugale ou sacerdotale : sans oublier la Parole de Dieu, le soutien de l’Église, … Oui, c’est vrai, ce que nous avons reçu est énorme : d’ailleurs, un “talent”, dans le temps, c’était aussi une somme énorme, environ “35 kg d’or” qui correspondait au salaire de 6 000 journées de travail d’un ouvrier.

« Il leur confia ses biens, à chacun, selon ses capacités ». Dieu nous a beaucoup donné : Dieu espère beaucoup de nous ! Il fait confiance, nous laisse un capital conséquent et il va même partir en voyage, nous laissant le soin du domaine. Bien sûr, il reviendra et nous demandera des comptes : c’est dans l’ordre des choses. Mais, en attendant, c’est nous, les chrétiens, c’est nous, qui devenons responsables de la fortune de Dieu.

Dieu me confie ses biens : il ne suffit pas de veiller les bras croisés ou les mains jointes. Il faut être actifs, entreprenants.

Deux serviteurs font fructifier ce que le Seigneur leur a donné, le troisième enterre l’unique talent qui lui a été remis. Après tout, ce 3e, il est honnête : il va rendre à son maitre ce que son maitre lui a confié. Il est même prudent : il va enterrer, ce trésor de 6 000 francs or. Honnête, prudent : ce ne sont pas des qualités chrétiennes prioritaires. Avec tout ce qu’il a reçu, le chrétien, lui, doit être avant tout dynamique, constructif, productif. Dieu ne nous a pas confié sa création, son amour, l’Évangile, le message de son Fils, pour le garder pour nous, à notre profit personnel : nous devons rendre compte, un jour de la façon dont nous aurons mis en valeur tout ce que Dieu m’a donné.

Autrement dit, nous devenons  responsables, responsables non pas comme un gardien de coffre-fort, mais responsable comme un entrepreneur, comme un architecte.

Au départ, Dieu nous donne les matériaux : à chacun de nous de les utiliser au mieux pour en faire un chef-d’œuvre qui sera celui de notre vie.

Ma vie chrétienne n’est pas quelque chose à garder soigneusement, à veiller jalousement, un trésor à cacher. Elle est, au contraire, un capital à multiplier, une somme à placer pour la faire produire et fructifier : le chrétien ne se contente pas de conserver et de restituer.

Dieu nous a dotés en plus, chacun également, de qualités et aussi d’une liberté d’initiatives qui va nous permettre de mettre en œuvre toute une créativité, une participation qui ne sera d’ailleurs pas uniquement extérieure à nous, mais dont nous serons, nous-mêmes, les premiers bénéficiaires.

On a souvent confondu christianisme avec conservation. Il fallait “garder”, “protéger”, “veiller sur”, observer les commandements, conserver la foi qui nous a été transmise comme un précieux dépôt. Dans les banques, il y a deux sortes de capitaux : ceux qui dorment, enfermés dans la salle des coffres, improductifs et ceux qui travaillent sur le marché ; investis, ils alimentent le marché du travail, de la production, de l’entreprise. Il y a l’argent qui travaille et l’argent qui dort.

Eh bien, dans l’Eglise aussi, il y a la grâce de Dieu qui travaille et celle qui ne travaille pas. Dieu donne à chacun sa grâce, sa vie, ses biens : qu’en faisons-nous ? Est-ce-que nous capitalisons ce que Dieu nous a donné et qui ne servira jamais à rien parce que nous ne le communiquons pas aux hommes de notre temps ? Un capital qui dort parce que son propriétaire est un chrétien assoupi ou au contraire, une somme de grâces qui va, comme dit le monde financier, “faire des petits” parce qu’il est lancé sur le marché des hommes, placé à bon escient, investi par des chrétiens actifs, avisés, entreprenants, qui se risquent et qui se lancent dans le monde de l’évangélisation, de la charité, de l’apostolat.

Ce capital de ma foi, va-t-il donner de la foi aux autres ? Cet amour de mon cœur va-t-il être partagé et se répandre ? Cette espérance qui est mienne, va-t-elle soulever l’espoir des hommes autour de moi ?

            Ne pas garder pour moi ce dont les autres ont tant besoin : ils ont droit à notre foi, droit à notre amour, ils réclament notre espérance. Rappelez-vous cette affiche d’une banque où l’on voyait un homme au regard vif qui disait : « Votre argent m’intéresse ».

Les hommes les plus conscients des besoins de notre époque disent aux chrétiens la même chose : « Vos talents, votre foi, votre espérance, votre charité nous intéressent ». Ce que vous avez reçu, c’est la clé qui ouvre la vraie porte, le mot de passe qui nous fait aller plus loin, le passeport qui nous permet de passer dans le pays VRAI : celui de Dieu.

Ces clés, ces mots de passe, ces passeports, ces messages qui ne doivent pas rester secrets : les garderons-nous pour nous ? Allons-nous les enterrer, les mettre au coffre ou bien les mettre à disposition de tous ?

Oui, c’est vrai, nous avons reçu un trésor, nous avons, depuis notre Baptême, notre Confirmation, dans notre Evangile, un véritable trésor : qu’en faisons-nous ? Sert-il à quelque chose ?

Ces “talents”, nous ne devons pas les garder pour nous en disant : « Moi, je fais mon salut. Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver. Que les autres se débrouillent, c’est leur problème ».

Dieu ne nous donne que pour distribuer à notre tour, pour partager, pour rayonner. Un don gardé pour soi est une valeur qui pourrit parce qu’elle n’est pas utilisée, comme une nourriture gardée trop longtemps au frigidaire. Tout ce que Dieu nous donne est offert par Dieu pour que je l’offre aux autres.

Rappelez-vous les dernières paroles de Jésus avant l’Ascension : « Maintenant, allez, évangélisez ; de toutes les nations faites des disciples ». Evangéliser, c’est faire fructifier les talents confiés. Posons-nous la question : « Est-ce-que je suis un secours pour les autres ? Est-ce-que je porte aux autres une espérance ? Peuvent-ils compter sur mon partage ? Bénéficient-ils, eux aussi, de tous les talents que j’ai reçus du maître ?

En cette période de crise monétaire, toutes les bourses de New-York, Londres, Paris, Tokyo peuvent s’affoler, toutes les monnaies peuvent perdre des points et les courbes plonger. Les valeurs évangéliques, elles, celles qui justement sont toujours stables et actuelles, ces valeurs-là, ont-elles “la côte” aux yeux des hommes grâce à des chrétiens qui les lancent sur le marché et les font apprécier comme étant les seules qui ne peuvent pas se dévaluer, s’écrouler, ces valeurs qui, dit la liturgie, « ne passent pas » mais « demeurent » ?

Frères et sœurs, nous sommes les gérants de cette fortune, ne la cachons pas dans l’oreiller sur lequel nous dormirons. Lançons la aux quatre coins du monde afin qu’elle puisse fructifier. N’ayons pas “peur” comme le 3e serviteur, mais usons de l’audace que la liberté de Dieu nous accorde, afin que le maître, à son retour, puisse nous dire, à nous aussi : « Très bien ». AMEN




32ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

Homélie du samedi 7/11/20 et dimanche 8/11/20

32e dimanche ordinaire – Année A

Sagesse 6 12–16 ;  1Thessaloniciens 4 13–18 ;  Matthieu 25 1–13

« Il en sera du Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s’en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l’époux », ainsi commence la parabole dans la Bible de Jérusalem. La Bible Osty, elle, commence ainsi « le Royaume des Cieux ressemblera à dix jeunes filles qui, prenant leurs lampes, sortirent au-devant de l’époux ». Comparer le Royaume des Cieux à dix vierges qui vont à la rencontre de l’époux, c’est une manière de nous faire comprendre que le Royaume des Cieux commence bien sur terre. C’est dans cette manière d’être d’aller à la rencontre de l’époux, c’est-à-dire du Christ, dans notre vie quotidienne que se bâtit le Royaume de Dieu. Et bâtir ce Royaume, c’est difficile pour beaucoup d’entre nous, parce que nous avons nos faiblesses, nos défauts, nos découragements, mais surtout le manque de volonté ou encore l’ignorance des choses spirituelles, et puis comme diraient les plus récalcitrants, « on n’a pas que cela à faire ». Alors, on fait comme on peut, on essaie de suivre tant bien que mal le chemin tracé par Jésus. Cette parabole s’adresse surtout à ceux qui suivent le Christ, et en premier lieu, aux chrétiens qui font sincèrement de leur mieux mais qui se trompent en pensant qu’ils le font de bonne manière. Ce n’est pas parce qu’on essaie de faire de son mieux qu’il faut avoir la conscience tranquille en se disant qu’ainsi, on aura assuré parce qu’on prie beaucoup, parce qu’on vient à la messe, parce qu’on fait le rosaire, parce qu’on lit la Bible. Et lorsque l’on regarde les choses de plus près, on s’aperçoit que bien des choses, en réalité, peuvent ne pas plaire à Dieu. Prenons l’exemple de la messe. Que font, en général, les chrétiens quand ils viennent à la messe ? Quand on va rencontrer un personnage important, on se prépare à le recevoir avec toute la dignité due à son rang. Certaines personnes arrivent assez tôt à l’église, une heure ou trente minutes avant le début de la messe, ce qui leur permet de se préparer intérieurement à rencontrer ou à recevoir en leur cœur la Sainte Trinité, c’est le recueillement et c’est très bien. Mais il arrive que certaines personnes entrent dans l’église sans faire un signe de croix, sans génuflexion, sans prière et vont directement s’asseoir sur les bancs. Elles donnent l’impression de venir assister à un spectacle. Tout cela, c’est déjà de l’imprévoyance comme nous le raconte la parabole des dix vierges. D’autres personnes attendent la dernière seconde pour se mettre dans les bancs. Jésus dit alors à Catalina, une Bolivienne qui a reçu les stigmates du Christ en 1994 : « Tu arrives à la dernière minute quand la procession du célébrant est déjà en route pour célébrer la messe… et tu vas participer sans t’être préparée… ».

Et la Sainte Vierge Marie lui dit également : « Pourquoi devez-vous tous arriver à la dernière minute : tu aurais dû arriver plus tôt pour être capable de prier et demander au Seigneur d’envoyer son Esprit Saint pour qu’Il t’accorde un esprit de paix et te purifie de l’esprit du monde, de tes préoccupations, tes problèmes et tes distractions afin de te permettre de vivre ce moment si sacré. Pourtant, tu arrives presqu’au moment où la célébration est sur le point de commencer et tu participes comme s’il s’agissait d’un événement ordinaire, sans aucune préparation spirituelle. Pourquoi ? C’est ici le plus grand des Miracles. Tu vas vivre le moment où le Dieu Très Haut donne son plus grand cadeau et tu ne sais pas comment l’apprécier ». Au lieu de bavarder en attendant le début de la messe, il est donc recommandé de prier le Seigneur de nous envoyer son Esprit Saint afin que nous soyons purifier de l’esprit du monde.  Certaines personnes arrivent parfois très en retard, par exemple au moment de l’homélie ou même après. A ce moment, elles auront alors manqué le pardon de Dieu, l’enseignement donné par la lecture de la Parole, l’homélie du prêtre. Elles n’auront donc rien entendu de ce que Dieu nous dit à travers sa Parole. Non seulement, il y a des retardataires mais en plus il y en a qui quittent l’église avant la fin de la messe. Ils communient et direction directe en dehors de l’église. Alors que Catalina nous dit (P.48-49) : « Jésus me demande de rester avec Lui quelques minutes après la fin de la Messe : « Ne vous hâtez pas de partir lorsque la Messe est terminée. Restez quelques instants en ma compagnie, profitez-en et laissez-moi profiter de la vôtre ».  – Au moment de l’homélie, pour nombre de personnes c’est davantage un moment de repos que d’écoute de la parole de Dieu. « Dis au Seigneur, nous dit la Sainte Vierge, que tu es ici pour l’écouter, que tu veux qu’Il parle à ton cœur aujourd’hui » et Notre Dame continue : « Je veux que tu portes attention aux lectures et à toute l’homélie du prêtre. Souviens-toi que la Bible dit que la Parole ne revient pas sans avoir porté des fruits. Si tu portes attention, quelque chose de tout ce que tu as entendu restera en toi. Tout au long du jour, tu devrais essayer de te rappeler ces mots qui t’auraient particulièrement frappée. Parfois, ce peut être deux versets. D’autres fois, la lecture de tout l’Evangile ou peut-être seulement un mot. Savoure-les tout au long de la journée et ils feront ainsi partie de toi, car c’est ainsi que l’on arrive à changer sa vie, en permettant à la Parole de Dieu de te transformer ».

C’est parce qu’on ignore toutes ces petites choses spirituelles que nous devenons comme les cinq vierges folles, des imprévoyants, des inconscients, des négligents, des insensés. – Au moment de la Consécration, Catalina nous dit : « Cela me peine de vous dire que plusieurs hommes ou femmes, se tiennent debout, les bras croisés, comme s’ils rendaient au Seigneur comme étant égal à eux. La Vierge Marie dit à Catalina : « Dis aux gens qu’un homme n’est jamais autant homme que lorsqu’il s’agenouille devant Dieu ». Saint Paul lui-même nous dit (Ep 3,14) : « je fléchis les genoux en présence du Père » ; Rm 11,14 : « Par ma vie, dit le Seigneur, tout genou devant moi fléchira ». Peut-être peut-on faire exception pour des gens qui ont très mal aux genoux ou des personnes très âgées qui sont réellement dans l’impossibilité de le faire et d’autres pour des raisons de santé. Et puis arrive le moment de la communion, là aussi nous sommes loin d’avoir la bonne attitude. Voici ce que Catalina voit (P.42s) : « Lorsque le prêtre plaça l’hostie sacrée sur la langue d’une dame qui venait de se confesser avant la messe, un flash de lumière, comme une lumière blanche très dorée passa au travers de cette personne, d’abord dans son dos, puis l’entourant à partir du dos, autour des épaules et ensuite la tête. Le Seigneur dit : « C’est ainsi que Je me réjouis d’enlacer une âme qui vient Me recevoir avec une âme propre ». Là aussi les cinq vierges sensées auraient prévu d’avoir une âme pure avant d’aller recevoir l’hostie, ce que ne feront pas les vierges folles. Et après la communion, Catalina raconte : « Quand je suis retournée à ma place, alors que je m’agenouillais, le Seigneur me dit : « Ecoute… ». Un instant plus tard, je commençai à entendre les prières de la dame qui était assise devant moi et qui venait de recevoir la communion. Ce qu’elle dit sans ouvrir la bouche ressemblait à ceci : « Seigneur, souviens-Toi que nous sommes à la fin du mois et que je n’ai pas d’argent pour payer le loyer, les paiements pour la voiture ou l’école des enfants. Il faut que tu fasses quelque chose pour m’aider…Je T’en prie, fais que mon mari arrête de tant boire. Je ne peux plus supporter son intoxication si fréquente et mon plus jeune garçon va recommencer son année encore, si Tu ne viens pas à son aide. Il a des examens cette semaine…Et n’oublie pas notre voisin qui doit déménager. Fais que cela se fasse tout de suite. Je ne peux plus le supporter…etc… ». Jésus me dit d’un ton triste : « As-tu remarqué sa prière ? Elle ne m’a pas remercié une seule fois. Pas une seule fois, elle m’a dit qu’elle M’aimait pour le cadeau je venais de lui faire en abaissant ma divinité jusqu’à sa pauvre humanité pour pouvoir l’élever jusqu’à Moi. Pas une seule fois elle a dit : « Merci Seigneur ». C’était une litanie de requêtes…et ainsi font presque tous ceux qui viennent me recevoir. Je suis mort par amour et Je suis ressuscité, par amour J’attends chacun de vous et par amour Je reste avec vous…Mais vous ne réalisez pas que J’ai besoin de votre amour. Rappelez-vous que je suis le Mendiant d’Amour dans cette heure sublime pour l’âme ». Non seulement, après la communion, certains ne remercient pas le Seigneur, ce qu’on appelle « faire une prière d’action de grâce », c’est-à-dire avoir une attitude de reconnaissance envers Dieu pour le plus beau cadeau qu’Il vient de nous faire en nous donnant son Fils et toutes les grâces reçues, mais vont s’asseoir tranquillement sur leur banc, tandis que d’autres sortent directement de l’église juste après avoir reçu l’hostie. Et ceux ou celles qui ne peuvent communier à l’hostie, ils peuvent avoir ce qu’on appelle la « communion spirituelle » en ayant, dans leur prière, un très grand désir de s’unir au Christ. – Quelle misère de croire que l’on est sauvé parce qu’on assiste à la messe régulièrement, alors qu’on a presque tout faux de A à Z, en arrivant en retard, en quittant la messe juste après la communion ou avant la fin de la messe, en n’écoutant pas la parole de Dieu, en bavardant, ou en se laissant distraire et bien d’autres attitudes qui peuvent déplaire au Seigneur tout au long de la messe…

Il ne s’agit pas d’assister à la messe mais bien de participer à la messe. Il faut « vivre » la messe – et cela se prépare par la prière du lundi au samedi – car la messe est un moment de rencontre avec un personnage très important : Dieu… qui nous offre gratuitement, par sa Miséricorde infinie, la vie éternelle. Et la parabole d’aujourd’hui consiste à dire justement qu’il faut être prêt, à tout moment, pour recevoir le Seigneur qui vient souvent nous visiter à l’improviste. Vient quand Il veut, on doit être prêt à l’accueillir et l’accueillir comme il se doit, comme Seigneur et Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ».  Et pour cela il faut être prévoyant, ne rien oublier car chaque rendez-vous avec Dieu est important : que ce soit les différentes célébrations liturgiques, les sacrements, la lecture de la Parole de Dieu, les temps de prière ou les rencontres diverses qu’on peut avoir avec les gens. La vie entière est prière et pour être prêt, il faut vivre notre vie entière comme un long temps de prière permanente, ou prière continuelle. Ce qui nous permet d’être vigilant à chaque instant de notre vie et malgré tout, nous aurons encore des faiblesses à découvrir et à remédier. La vigilance doit être de chaque instant. Et c’est ainsi que se bâtit, à chaque instant de la vie, le Royaume de Dieu sur terre. Chaque chrétien doit faire des efforts pour se tourner constamment vers le Christ sans qui nous ne pouvons absolument rien. Une fois tourné vers le Christ, c’est Lui qui fera le reste. En cette période de pandémie avec la Covid 19, on ne peut rien trouver de mieux pour éviter le stress que de se réfugier constamment dans le Christ et rester dans les bras de notre Sainte Mère, Marie. Si la porte du Royaume se ferme, c’est nous-mêmes qui la fermons à cause de nos propres bêtises et nos manques de vigilance en préférant d’autre remède que le Christ lui-même. C’est pour cela qu’il nous faut veiller, car nous ne savons ni le jour, ni l’heure. Et c’est la Vierge Marie, qui nous aime tant, qui nous apprend tout cela par Catalina. Merci Marie de mieux nous faire comprendre ce que le Christ attend de nous : être comme les vierges sensées capables d’attendre la venue du Fils de Dieu à tout moment.




32ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 25, 1-13) – Francis COUSIN)

« Prêts pour le repas de noce ? »

 

Novembre, dernier mois de l’année liturgique, qui commence par la Toussaint … et la fête de tous les défunts …

C’est un mois qui nous amène à penser davantage à l’au-delà, à notre fin dernière … sur la terre … , et surtout à notre possibilité d’entrer dans le paradis … de manière simultanée, ou en retrait … après un temps d’attente, dans notre temps terrestre …

Parce qu’après la mort, il n’y a plus de temps terrestre, le temps n’existe plus … Plus besoin de montre, il n‘y a que le temps présent. Plus de passé, plus de futur, seul l’instant est.

Sur cette terre, nous sommes tous dans l’attente de notre mort. Certains avec peur et angoisse … D’autres sans faire un compte avec cela : ça viendra quand ça viendra (les jeunes filles insouciantes) … D’autres en se préparant spirituellement et humainement, quelle que soit leur religion (les jeunes filles prévoyantes), … si tant est qu’on puisse y arriver parfaitement …

Pour nous Chrétiens, nous sommes dans l’attente de cette rencontre avec Jésus-Christ, avec Dieu, … avec tous les saints qui sont déjà auprès de lui, … avec, on peut l’espérer et le souhaiter, des membres de notre famille … et peut-être quelques surprises d’y voir des gens qu’on ne pensait pas trouver là, … ou de ne pas y voir des gens qu’on aimait et dont la présence nous semblait évidente …

Mais cela, c’est la volonté de Dieu, car « Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » (1 S 16,7).

Dans l’évangile de ce jour, on voit deux types de jeunes filles, mais ce peut être n’importe quelle personne : Les prévoyantes, celles qui ont de l’huile en réserve, et les insouciantes qui elles n’en ont pas. Avec des conséquences importantes : les premières entrent au banquet de noce, et les autres sont exclues : « Je ne vous connais pas ! ».

Mais quelle est donc cette huile, qui est un peu le sésame pour entrer dans la salle du banquet, dans le royaume des cieux ? Cette huile que nous devrions, nous aussi, avoir en réserve ?

Jésus ne le précise pas … mais on peut penser que c’est ce qui est l’essentiel de Dieu : l’amour. Ce qu’il est depuis toujours, qu’il a donné à son Fils et à l’Esprit, ce qui est à la base de l’enseignement de Jésus …

C’est ce que nous avons vu il y a quinze jours, avec les deux commandements de l’amour : l’amour pour Dieu, et l’amour entre les hommes : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt 22,37-39).

Pour le confirmer, saint Jean de la Croix nous dit : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ».

Mais l’époux tarde, … et nous risquons, comme les jeunes filles de la parabole, de trouver le temps long … et de nous endormir … pas seulement physiquement, mais spirituellement … de laisser tomber ce Dieu qui nous attend … comme les apôtres à Gethsémani, quand Jésus priait le Père d’éloigner la coupe du sacrifice …

Les portes du festin de noce sont encore fermées … Jésus que les premiers chrétiens attendaient pour bientôt n’est pas encore revenu … et les portes ne seront ouvertes qu’à la fin des temps, à la parousie de Jésus … et on ne sait ni le jour ni l’heure de son retour.

Alors les trompettes sonneront et un héraut criera : « Voici l’époux, sortez à sa rencontre ».

Serons-nous prêts ? avec suffisamment d’huile, d’amour, pour aller vers lui sans baisser la tête ?

Saint François d’Assise priait : « Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur notre mort corporelle, à laquelle nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels. Heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés, car la seconde mort ne leur fera pas mal. »

Prions pour qu’à cette heure de notre mort nous ayons encore suffisamment d’huile, d’amour vrai dans notre cœur, pour que nous puissions allumer notre lampe, que notre cœur inonde de lumière, de cette lumière qui brille dans les ténèbres du monde, et que les ténèbres ne peuvent pas arrêter, et que nous puissions entrer dans la lumière éternelle de Dieu.

 

Seigneur Jésus,

Nous voulons tous

nous retrouver dans ton paradis,

mais l’attente est longue

et nous risquons de t’oublier,

et ton commandement d’amour avec …

à cause des attraits du monde,

de notre égoïsme, de notre suffisance …

Aide-nous à rester vigilants.

Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 32°




32ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

” Veillez à demeurer dans l’Amour…”

(Mt 25,1-13)

  En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole :
« Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes :
les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile.
Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe.
Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.”
Les prévoyantes leur répondirent : “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.”
Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !”
Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.”
Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

         

                   « Vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel », dira Jésus pendant sa Passion, peu après notre passage (Mt 26,64). Ce retour glorieux du Christ ressuscité marquera la fin de notre monde… «  Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel… Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous savez très bien, frères, que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit » (1Th 4,16 ; 5,1‑2)… Et il en est de même pour la mort de chacun d’entre nous, qui sera aussi pour nous, « le Jour du Seigneur », le Jour du face à face avec Lui dans la Lumière…

            Avec cette parabole des dix vierges, Jésus nous invite ici à nous préparer à cette rencontre. Chacune a une lampe, que nous pourrions regarder comme notre cœur… Cette lampe n’est rien en elle-même : pour être lumière, elle a besoin d’huile… Or, l’huile dans la Bible renvoie souvent au Don de Dieu, l’Esprit Saint. Ainsi, Samuel entendit un jour Dieu lui dire : « Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! Je t’envoie auprès de Jessé de Bethléem, car j’ai vu parmi ses fils mon roi. » Et en rencontrant le jeune David, « Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là » (1Sm 16,1-13)…

            Or « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) et le propre de l’Amour est de donner, gratuitement, tout ce qu’Il Est en Lui-même (Jn 3,35). Si « Dieu est Esprit  » (Jn 4,24) et si « Dieu est Saint » (Ps 99(98)), il ne cesse donc de donner « l’Esprit Saint ». Mais pour le recevoir, encore faut-il se tourner de tout cœur vers lui, et donc au même moment renoncer à tout ce qui lui est contraire. Tel est l’appel au repentir, à la conversion que Jésus lance en St Marc dès ses premières paroles (Mc 1,15). Que cet appel soit entendu, et aussitôt, le Don de l’Esprit pourra trouver le chemin du cœur qui s’ouvre ainsi à lui, et il accomplira son œuvre purificatrice, vivificatrice, illuminatrice… Et il s’agira ensuite de « se tenir sur nos gardes, de peur que nos cœurs ne s’appesantissent dans la débauche, l’ivrognerie, les soucis de la vie » (cf. Lc 21,34). « N’éteignez donc pas l’Esprit », dira St Paul, « mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » (1Th 5,19-22). Autrement, privés du Don de Dieu, nous ne serions plus en communion avec lui, une situation qu’évoque Jésus avec l’époux qui dit ici aux vierges folles: « Je ne vous connais pas »…

                                                                                                                                              DJF

           




32ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Les 10 Vierges

 Mt 25, 1-13

 

Pour bien comprendre cette comparaison choisie par Jésus, il faut savoir comment se passait une noce à son époque et dans son pays. Pendant les fiançailles, les jeunes gens restaient séparés chacun dans leur maison, chez leurs parents respectifs. Le jour de la noce, les parents de la jeune fille allaient chez ceux du jeune homme pour mettre au point les derniers détails au sujet de la dot. Ces palabres orientaux duraient parfois fort longtemps. D’ailleurs, on n’était pas pressé puisque c’est le soir, tard, à cause de la chaleur, que commençait la fête proprement dite.

Pendant ce temps-là, la mariée attendait dans sa maison, en compagnie de ses demoiselles d’honneur, jusqu’à ce que le futur mari arrive et vienne chercher sa fiancée pour la conduire dans sa maison. C’était alors un cortège joyeux, une procession aux flambeaux qui se déplaçait d’une maison à l’autre.

Mais une fois le cortège introduit dans la maison du mari, on fermait les portes, tout de suite, pour éviter que ne s’introduisent de faux invités, des pique-assiettes et aussi de mauvais plaisants toujours prêts à faire des farces de plus ou moins mauvais goût pendant une nuit de noces.

Et voilà une histoire joliment commencée. Les dix jeunes filles du cortège se préparent : la robe, le maquillage, les bijoux.

C’est le grand jour, ça n’arrive pour elles que deux ou trois fois dans leur vie ! Et, vous savez ce que c’est, un jour de fête ; on est plus ou moins affolé, il règne un climat fiévreux, les autres amies qui arrivent déjà, alors on se dépêche : « Ah ! Ma lampe, où est-elle ? Ouf ! La voilà ! Vite, allons rejoindre les autres ».

Les palabres pour le contrat de mariage ont dû être longs, ce soir-là, un peu plus longs que d’habitude. On attend.

L’époux ne vient toujours pas, alors, on s’allonge, et comme toute la nuit, on va danser, il serait sage de prendre un peu de sommeil à l’avance. Pendant ce temps-là, les lampes continuèrent à brûler, car le fiancé peut arriver d’un moment à l’autre. Et tout à coup, dans la nuit, pas loin de la maison, on entend un cri : « Voici l’époux, sortez à sa rencontre ! »

Dès lors, entre les demoiselles d’honneur, qui, toutes, se sont assoupies, s’opère un tri décisif. Cinq d’entre elles sont dites ‘’prévoyantes’’, sages, avisées : un qualificatif qui traduit moins une sagesse humaine qu’une intelligence active et efficace du projet de Dieu. Celles-là se trouvent immédiatement prêtes à prendre part, ‘’ lampes allumées’’, au cortège qui s’avance à la rencontre de l’époux.

Par contre, les cinq autres, dites ‘’insensées’’ : c’est plus qu’une simple distraction, c’est une attitude spirituelle ‘’d’oubli de Dieu’’. Est ‘’insensé’’ selon la Bible, « celui qui s’égare sur des chemins qui ne sont pas ceux de Dieu ». Celles-là, n’ayant pas su prévoir une quantité d’huile suffisante, se trouvent prises au dépourvu par l’arrivée soudaine de l’époux, le temps de courir chez le marchand, le cortège a déjà pénétré dans la maison nuptiale et la porte de la salle des fêtes s’est définitivement refermée.

Le sens de cette parabole, vous l’avez compris. Un soir, une nuit : la nuit est dans la Bible le symbole du péché. Le sommeil, lui, est le signe de l’engourdissement spirituel.

Un cri retentira : ‘’Jésus !’’ Il est là ! Il vient te chercher ! Il vient t’emmener, te prendre dans son cortège nuptial qui va célébrer éternellement les noces de Dieu avec l’humanité, noces du Christ avec son Église.

Es-tu prêt ? Es-tu capable de te lever immédiatement avec ta lampe allumée, c’est-à-dire avec une vie intérieure éclairée et nourrie par la pratique évangélique, pour aller à la rencontre de celui, qui, nous le savons, doit venir.

 

Tous les dimanches à la messe, nous disons : « Nous attendons ton retour » et « nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ notre sauveur ».

L’attendons-nous vraiment ? Car là est le problème : « Nous ne savons ni le jour ni l’heure » et nous risquons, nous aussi, de nous endormir, d’être pris à l’improviste.

Sommes-nous vraiment prêts à rencontrer Jésus-Christ quel que soit le moment où il se présente à nous, pas seulement à la fin de notre existence dont nous ne savons pas d’ailleurs, quand elle aura lieu, mais aussi rencontre de lui, avec lui, dès ici-bas, à travers telle personne, tel événement, telle parole de l’Évangile ?

Dans nos moments d’obscurité et de doutes, quand c’est la nuit et que le sommeil ou la lassitude nous gagne, sommes-nous prêts à nous dresser et à dire au Seigneur :

«Tu es là, je t’attendais. Dis-moi ce que je dois faire pour t’accompagner, faire partie de ton cortège : j’ai préparé pendant ma vie, assez de force, assez de lumière, assez de foi pour te tenir compagnie jusqu’à ce que nous arrivions ensemble à la salle du Royaume ?»

Sincèrement, nous préparons-nous à sortir avec joie à la rencontre du Christ qui vient nous chercher chaque jour pour vivre avec lui dans le quotidien, et un jour, celui de notre passage vers lui, quand il viendra nous chercher définitivement.

Pourrai-je dire simplement :

« Mais, bien sûr, Seigneur, je t’attendais, je savais que j’avais rendez-vous avec toi ; aussi tout est prêt ; j’ai eu assez de foi, assez d’amour, assez d’espérance pour ne vivre qu’en toi, pour toi, avec toi ».

Le Seigneur nous rappelle aujourd’hui : « Attention ! Une rencontre, ça se prépare ». Il faut, comme dit la rose au petit prince, « s’habiller le cœur ».

 Notre cœur est-il assez habillé ? A-t-il revêtu la tenue des noces auxquelles nous sommes invités ? Avons-nous préparé assez d’huile spirituelle pour devenir lumière pour les autres ?

‘’Vous êtes la lumière du monde’’. Une lumière, on ne la met pas sous la table, mais dessus, pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.

Chrétiens, nous sommes des porte-lumière : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes pour que, voyant vos bonnes actions, ils puissent, eux aussi, être éclairés et rendre gloire à votre Père qui est aux Cieux ».

Cette rencontre : il faut, et c’est là la leçon de cette parabole, la PREPARER. Nous pouvons la redouter ou la désirer. Peu importe, elle est inéluctable. Il s’agit de la préparer avec soin. Comment ? Par un désir toujours plus ardent d’aller vers Dieu et ceci dès maintenant . Nous avons chanté : « Mon âme a soif du Dieu Vivant ; quand le verrai-je face à face ? » En avons-nous si soif que ça ? Si oui, libérons-nous progressivement de tout ce qui nous détourne de lui et ceci, dans la droiture, la simplicité, la pureté du cœur : on ne met pas de l’eau à la place de l’huile !

Je vous livre pour finir cette belle prière de St-Augustin, elle est l’expression de ce que devrait dire notre cœur aujourd’hui :

« Seigneur mon Dieu, Père, Fils et Esprit Saint,

je t’ai cherché autant que je l’ai pu.

J’ai désiré te voir, j’ai beaucoup travaillé à te rencontrer.

Dieu, mon unique espoir,

permets que je ne me lasse jamais de te chercher ;

mais fais que je cherche ardemment ta face.

Donne-moi la force de te chercher,

toi qui m’as trouvé,

toi qui m’as donné, de plus en plus, l’espoir de te trouver ». AMEN




Solennité de Tous les saints – par Père Rodolphe EMARD

Homélie :

Lectures : Ap 7, 2-4. 9-14 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a.

 

Chaque année, la liturgie nous offre l’occasion de célébrer tous ceux et celles qui nous ont précédés sur cette terre et que nous considérons comme des saints dans « la cité du ciel, notre mère la Jérusalem d’en haut »[1]. Les textes bibliques présentent très bien ce qu’est cette solennité de tous les saints qu’on nomme aussi la communion des saints.

Dans la première lecture, les saints sont cette « foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. » Ils se tiennent « debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. », pour reprendre les mots du texte.

Il s’agit d’une foule universelle, une assemblée de saints de partout et de toujours, connus et inconnus et qui se tiennent devant l’Agneau, le Christ. Ils sont « vêtus de robes blanches » : ils dans la pleine lumière de Dieu, dans sa gloire éternelle, totalement purifiés du péché… Ils sont « avec des palmes à la main », symbole de la victoire.

Jean dans sa vision rappelle un point majeur : ces saints « viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » Ce qui nous rappelle un point majeur frères et sœurs, les saints sont ceux et celles que Jésus a sauvés par sa mort et Résurrection. Ceux et celles qui se sont remis à lui et qui ont pris au sérieux sa Parole. Ceux et celles qui ont persévéré dans le combat chrétien…

Saint Jean rappelle dans la deuxième lecture que « nous sommes enfants de Dieu » et en même temps, il annonce une folle espérance : « nous lui serons semblables [à Dieu] car nous le verrons tel qu’il est. » Les saints ont pris au sérieux leur dignité d’enfant de Dieu reçu dans le Baptême et ils ont vécu fermement dans cette espérance d’être un jour semblables à Dieu et de le voir tel qu’il est.

Dans l’Évangile, nous avons les neuf béatitudes de Jésus : « Heureux… » Les saints sont ces bienheureux qui ont vécu réellement ces béatitudes. Ces saints ont fait le choix de la charité, celui d’aimer les pauvres et ceux qui souffrent. Ils ont également revêtu la douceur et la miséricorde. De même, ils ont opté pour un cœur pur. Ils ont été encore des artisans de paix et de justice. Et les saints ont su tenir bon dans les épreuves et les persécutions et face aux insultes, au nom de leur foi en Jésus-Christ.

Cette solennité de tous les saints nous invite à purifier certaines fausses pensées populaires. Les saints sont sauvés de Jésus-Christ, ils guideront toujours et uniquement vers Jésus-Christ : ils se tiennent « devant l’Agneau ». Ils sont entièrement purifiés du péché, en aucun cas, ils ne peuvent attribuer le mal. Ce qu’ils sont, ils le doivent au Christ !

Les saints sont vénérés dans la tradition de l’Église comme des intercesseurs auprès du Christ. Ils nous sont solidaires ! Ils sont des aides fraternelles précieuses dans notre vie de foi. Et leurs témoignages de vie nous stimulent, ils nous montrent la route à suivre pour atteindre la cité du ciel. Ils sont les mieux placés parce qu’ils ont suivi cette route et parce qu’ils sont parvenus au terme de cette route.

N’oublions pas cet essentiel : les saints nous tournent toujours vers le Christ ressuscité. Il nous arrive parfois de dire que : « Tel saint m’a exaucé ». Il serait plus juste de dire : « Le Christ m’a exaucé par l’intercession de tel saint… »

Cette solennité nous rappelle aussi que notre destinée c’est de rejoindre la communion des saints. Le risque serait de croire que la sainteté est seulement réservée à des êtres exceptionnels et l’affaire d’une autre vie. Chacun de nous est appelé à vivre la sainteté.

 

C’est dans notre histoire humaine que les saints ont vécu pleinement l’Évangile. Il me semble que les saints nous invitent à deux actions dans notre contexte d’aujourd’hui :

 

  • Que nous prenions au sérieux cet appel à la sainteté, pour aujourd’hui ! Cela a réellement commencé pour nous depuis notre Baptême… C’est bien aujourd’hui qu’il faut se décider pour le Christ et son É Les béatitudes forment la « carte d’identité » du chrétien.

  • Que nous puissions aussi percevoir les signes de sainteté en ce monde. Le monde entier est terriblement touché par la Covid-19. La France vit des heures sombres… L’actualité pointe beaucoup les points noirs, tout ce qui ne va pas. Mais que cela ne nous empêche pas de percevoir les signes de sainteté que l’Esprit-Saint sème dans ce monde ébranlé.

Le pape François nous invite à découvrir la sainteté “de la porte d’à côté”, ceux de nos quartiers, ceux qui vivent concrètement leur Baptême, là où ils sont insérés, et ne soyons pas trop vite pessimistes, ils sont plus nombreux que nous croyons. Nous pensons plus particulièrement au personnel soignant. 

Que tous les saints intercèdent pour nous. Ils nous rappellent que la sainteté est le plus beau visage de l’Église. Que les saints nous obtiennent une plus vive espérance en ce monde, qu’un jour, nous aussi, nous verrons Dieu tel qu’il est. Je termine en reprenant la prière d’ouverture de la messe : « Dieu éternel et tout puissant, tu nous donnes de célébrer dans une même fête la sainteté de tous les élus ; puisqu’une telle multitude intercède pour nous, réponds à nos désirs, accorde-nous largement tes grâces. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur ».  Amen.

 Père Rodolphe Emard.

 

[1] Cf. Préface.

 

 

 




Toussaint (Matth 5, 1-12) – Francis COUSIN)

« Appelés à la Sainteté. »

 

La fête de la Toussaint que nous célébrons ce jour est l’occasion de penser à tous ceux qui sont auprès de Dieu dans le Paradis, et ils sont nombreux : il y a ceux qui sont connus et reconnus comme saints par les hommes … et il y a tous ceux qui ont été reconnus par Dieu comme saintes ou saints, mais que nous ne connaissons pas …

Mais si on peut se réjouir de la sainteté de ceux qui sont déjà auprès de Dieu, c’est aussi pour nous tous un appel à prendre le même chemin, celui de la sainteté … non pas en essayant d’imiter tel saint ou telle sainte, car « il ne s’agit pas d’appliquer des recettes ni de répéter le passé, puisque les mêmes solutions ne sont pas valables en toutes circonstances, et ce qui sera utile dans un certain contexte peut ne pas l’être dans un autre. » (Pape François, GE n° 173), mais en vivant l’évangile que Jésus nous a enseigné, lui qui est « le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14,6).

Et tous les textes de ce jour nous invitent à regarder vers l’avenir, vers après la mort, tout en nous donnant des conseils pour arriver au bout du « chemin », pour « gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint. » (Psaume).

La première lecture nous offre la vision de ce monde futur : « une foule immense, (…) de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. (…) Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! ». Et la robe blanche, le vêtement de noce leur a été donné « par le sang de l’Agneau », par le don de Jésus s’offrant en sacrifice pour nous sur la croix.

Qui peut être auprès de Dieu, « sur la montagne du Seigneur » ? l’humain « au cœur pur, aux mains innocentes » : avoir la pureté dans son cœur, et dans ses actes, et ainsi être béni de Dieu, être reconnu comme juste par Dieu.

La deuxième lecture nous dit que nous sommes dès à présent « enfants de Dieu » par notre adhésion à sa personne, mais que plus tard, à la parousie de Jésus, « quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur. ». Ayons en nous cette espérance de la rencontre avec Jésus.

Le passage de l’évangile, qui est bien connu et que nous appelons les Béatitudes, commence ce qu’on appelle le sermon sur la montagne. C’est un chemin de vie, de manière de vivre, mais qui est loin des dix paroles données par Dieu à Moïse sur la montagne du Sinaï : c’était alors des commandements qu’il fallait respecter, alors que les béatitudes sont des indications pour une vie nouvelle, qui nous semblent parfois impossible à vivre, et dont les bienfaits nous semblent bien lointains pour nous-mêmes, dans la vie éternelle ; Mais c’est oublier tous les bienfaits que cela peut procurer à notre entourage, proche ou lointain, dans ce monde même. Il est donc important que nous essayons, chacun à notre manière, de les vivre du mieux que nous pouvons, avec l’aide de l’Esprit Saint. « Les béatitudes ne sont nullement quelque chose de léger ou de superficiel, bien au contraire ; car nous ne pouvons les vivre que si l’Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous libère de la faiblesse de l’égoïsme, du confort, de l’orgueil. » (Pape François, GE n° 65).

Ce dimanche pourrait être l’occasion de nous inciter à relire le troisième chapitre de l’exhortation apostolique ’’Gaudete et Exsultate’’ du pape François, notamment les numéros 67 à 94. Vivre selon l’esprit des Béatitudes est quelque chose de difficile, d’ardu, est qui est tout à l’opposé de ce que le monde dans lequel nous vivons nous incite à faire.

Dieu veut nous rendre heureux, il veut notre bonheur. Pas seulement maintenant, mais surtout pour la vie éternelle, que nous soyons auprès de lui, pour le louer, avec tous les saints qui sont déjà près de lui.

Il est sûr que c’est un bonheur parfois à l’opposé du bonheur immédiat que nous propose, voire parfois veut nous imposer la société dans laquelle nous vivons.

C’est un choix à faire …

Seigneur Jésus,

Les béatitudes que tu nous as proposées

comme chemin d’accès à la vie éternelle

sont très exigeantes

et nous semblent impossibles

 à réaliser par nous-mêmes,

sauf à se laisser aller

à l’action de l’Esprit Saint.

Francis Cousin

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