1

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur – Homélie du Père Louis DATTIN (Mt 26, 14-27)

 Entrée de Jésus à Jérusalem

Mt 26, 14-27

Au début de cette liturgie, nous voyons Jésus entrant dans les murs de Jérusalem : il est acclamé par une foule enthousiaste « Hosannah ! Béni celui qui vient ! ». Les branches agitées disent la création toute entière qui exulte : « Elle aussi, nous dit St-Paul, est libérée de la servitude ». Les manteaux et les châles sont étalés sur son passage. Tous crient : « Voici ton roi ! »

 

Quelques jours plus tard, cependant, voici Jésus. Il sort des murs de Jérusalem. L’âne n’est plus là pour le porter, au contraire, c’est Jésus qui porte sa croix, dépouillé de ses vêtements, il va mourir au milieu d’une foule haineuse ou indifférente.

Que s’est-il passé entre cette entrée triomphale et cette sortie misérable ? Voilà ce que la liturgie d’aujourd’hui nous force à revivre, bon gré mal gré, car aujourd’hui, nous aussi, nous avons fait entrer Jésus dans nos murs. C’était à nos risques : quelle bêtise ! Aucun de nous n’en sortira intact. Aucun de nous ne pourra supporter le regard et le silence de ce condamné. Nous le renierons, nous le tuerons, nous aussi, c’est sûr.

Nous serons à la fois tous les personnages de la Passion et nous le savons bien et nous le sentons bien ! Nous avons été les hommes de main qui ont arrêté Jésus, les grands prêtres et le Sanhédrin qui se sont permis de le juger.

Nous sommes aussi Ponce Pilate qui n’ose pas se compromettre et qui laisse faire et aussi Hérode, à la fois curieux et voulant lui faire faire des miracles comme un prestidigitateur.

Nous sommes Pierre, qui suit Jésus, de loin, et qui le renie trois fois : « Je ne connais pas cet homme ».

Nous sommes les valets et les soldats qui l’affublent comme un roi de comédie, le soufflètent et se moquent de lui et se mettent à genoux devant lui : « Salut, roi des juifs, devine qui t’a frappé ? »

Nous sommes cette foule qui a crié : « Hosannah ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » et qui maintenant réclame sa mort.

₋ « Vais-je le libérer ? »

₋ « Non ! Libère plutôt Barrabas ! »

₋ « Et lui ? Que vais-je en faire ? »

₋ « Crucifie-le ! », « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ».

Ils ne croyaient pas si bien dire. C’est le Baptême et l’Eucharistie qui sont annoncés.

Nous sommes Judas, qui, pendant ce temps-là, n’a pu survivre à sa trahison. Il n’a plus osé croiser le regard de Jésus, il savait, dès lors, que sa vie était finie, sans objet… A-t-on jamais été plus bas dans le désespoir ? Comme il a dû souffrir ! « Il eut mieux valu pour lui ne pas naître ».

Pierre, lui, a osé revoir Jésus et la miséricorde est venue sur lui à gros sanglots. Jésus est dans nos murs et nous n’allons pas nous en tirer à si bon compte. Judas, Pierre, Caïphe ou Pilate mais peut-être aussi ce drame va-t-il, non pas nous enfoncer mais nous promouvoir : pécheur libéré comme Barrabas, porteur de croix derrière Jésus comme Simon de Cyrène peut-être y a-t-il parmi nous des bons ou des mauvais larrons. Celui qui est sauvé : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis », « Seigneur, souviens-toi de moi », « Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même et nous avec toi ! », il ne croyait pas si bien dire, lui aussi !

Peut-être aussi pendant cette Sainte Semaine, serons-nous au pied de la croix, en compagnie de Madeleine qui comprend maintenant pourquoi elle a pu être pardonnée, en compagnie de Jean, le seul à avoir suivi Jésus jusqu’au bout, en compagnie de Marie qui se rappelle la prophétie de Siméon :

« Un glaive te transpercera le cœur », « Cet enfant causera la chute et le relèvement de beaucoup ».

Nous entendons les injures et les moqueries des passants, les soldats qui se partagent ses vêtements tandis que leur chef, en regardant Jésus, déclare : « Vraiment, cet homme est le Fils de Dieu ».

« Qu’il descende de la croix maintenant, crient certains, et nous croirons en lui » et c’est justement parce qu’il n’en est pas descendu, que nous croyons en lui, parce qu’il nous a aimés jusqu’au bout, jusqu’à la mort… et la mort de la croix !

 « Eh bien, voyons si Dieu va le sauver » ; oui il le sauvera, il le ressuscitera et nous avec lui ; c’est le sauvetage collectif de la mort et du péché.  Ce sera Pâques : le passage de la mort à la vie.  « Seigneur, laisse-moi malgré tout, t’acclamer aujourd’hui. Hosannah ! »

Cette semaine qui vient sera dure. Mon péché sera mis à nu ; ce sera l’agonie au Mont des Oliviers ; ce sera Vendredi Saint. Mais, mieux loti que Pierre ou Judas, je sais que ta miséricorde en moi, aura le dernier mot ; ce sera le dimanche de Pâques.

D’ici là, avec tous mes frères, je crie :

« Hosannah, au plus haut des cieux ! », « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ».

Le Royaume entrevu aujourd’hui sera mon espérance tout au long de cette semaine de descente aux enfers, avant de voir se lever le petit matin du soleil levant : celui de Pâques.  AMEN




Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur (Mt 26, 14-66) par le Diacre Jacques FOURNIER

En Jésus Christ,

Dieu est mort pour que nous vivions !

En ce temps-là, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui remirent trente pièces d’argent. Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : ‘Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.’ » Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. » Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? Prenant la parole, il dit : « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! » Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » Prenant la parole, Pierre lui dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples dirent de même.
Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. » Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » De nouveau, il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois ; il disait : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. Les laissant, de nouveau il s’éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. Voici qu’elle est proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné un signe : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. » Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! » Et il l’embrassa. Jésus lui dit : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. L’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. Alors Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges.
Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? » À ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, dans le Temple, j’étais assis en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. » Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent.
Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort. Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux, qui déclarèrent : « Celui-là a dit : ‘Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.’ » Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »
Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. » Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups en disant : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »
Cependant Pierre était assis dehors dans la cour. Une jeune servante s’approcha de lui et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! » Mais il le nia devant tout le monde et dit : « Je ne sais pas de quoi tu parles. » Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. » De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : « Je ne connais pas cet homme. » Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux !
D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. » Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. Alors Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.
Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mettre à mort. Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate, le gouverneur. Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! » Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. » Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C’est toi-même qui le dis. » Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas. Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? » Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus. Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! » Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? » Ils répondirent tous : « Qu’il soit crucifié ! » Pilate demanda : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! » Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! » Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.
Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus. Arrivés en un lieu-dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire), ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire. Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder. Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : ‘Je suis Fils de Dieu.’ » Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.
À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! » Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire. Les autres disaient : « Attends ! Nous verrons bien si Élie vient le sauver. » Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)
Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette. Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé, et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.
Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : ‘Trois jours après, je ressusciterai.’ Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : ‘Il est ressuscité d’entre les morts.’ Cette dernière imposture serait pire que la première. » Pilate leur déclara : « Vous avez une garde. Allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez ! » Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.

 

L’Heure de la Passion est arrivée… Jésus a dit « Oui ! »… Il ira jusqu’au bout de sa mission : manifester l’Amour Pur et toujours offert du Dieu Père pour tous les hommes, ses enfants, quels qu’ils soient, quoi qu’ils fassent…

Judas a déjà reçu les trente pièces d’argent, le salaire de sa trahison… « Malheur à cet homme par qui le Fils de l’Homme est livré », et plus largement encore, « malheur à quiconque fait le mal ! » Car le mal, non seulement fait des ravages autour de lui, mais il finit toujours par détruire celui qui le commet (cf. Rm 2,9) ! « Tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive » et cela, Dieu ne le supporte pas…

  Jérusalem n’a pas accueilli son Messie, son Sauveur ? Jésus regarde la ville et pleure sur elle en pensant à tous ces malheurs qui ne peuvent que la frapper et qu’elle aura elle-même déclenchés (Lc 19,41-44)… Mais Dieu ne cessera de guetter son retour, d’attendre sa conversion, d’espérer son repentir… Alors, il pourra déverser sur elle les flots de sa Tendresse et de sa Miséricorde pour l’arracher aux griffes du mal et la sauver de toutes ses conséquences dramatiques… Tel est « l’Amour Toujours, envers et contre tout, prêt à tout supporter et à aller jusqu’au Don total de lui-même pour le Bien de tous » que Jésus va manifester ici dans sa Passion et sa mort sur une Croix…

Judas le trahit par un baiser ? Jésus lui répond : « Ami »… Pierre frappe le serviteur du Grand Prêtre et lui coupe l’oreille ? « Rengaine ton glaive », et « lui touchant l’oreille, il le guérit » (Lc 22,51). « Insulté sans rendre l’insulte, maltraité sans faire de menace, c’était nos péchés qu’il portait dans son corps, sur le bois », en silence, pour ces pécheurs même qui le frappaient, « afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice » (1P 2,21-25).

Et sur la Croix, il reprendra la prière du pécheur que ses fautes ont plongé dans les ténèbres jusqu’à lui faire croire que Dieu l’avait abandonné (Ps 22(21)) ! Mais non, Dieu ne nous a jamais abandonnés… « Jérusalem disait : « Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. » Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49,14-15). Et Dieu en Jésus Christ ira jusqu’à nous rejoindre dans nos ténèbres, pour les vivre avec nous et pour nous, afin que grâce à Lui, gratuitement, par Amour, nous puissions retrouver sa Lumière et entrer dans sa Vie…

Jacques Fournier




5ième Dimanche de Carême – par Claude WON FAH HIN (St Jn 11, 1-45)

Commentaire du  Dimanche 26 Mars 2023

 

Ézéquiel 37.12–14 ; Romains 8.8–11 ; Jean 11.1–45

Lazare est malade. Les deux sœurs, Marthe et Marie font passer la mauvaise nouvelle à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade ». Pourtant Jésus attendra encore deux jours avant de venir voir Lazare et il ne l’a pas guéri pour autant. Plus loin, au verset 36, les Juifs dirent : « Voyez comme il l’aimait » et d’autres faisaient la remarque (v.37) : Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, faire aussi que celui-ci ne mourût pas? Jésus qui aimait pourtant Lazare au point de verser des larmes, ne l’a ni guéri, ni empêché de mourir. Bien sûr que cela fait mal de voir un membre de la famille mourir. Bien sûr que c’est dur de vivre cela. Nous connaissons tous des gens qui se révoltent parce que Dieu leur a pris un membre de leur famille, parfois un bébé, ou un jeune qui avait tout l’avenir devant lui et on se pose alors des questions : qu’avons-nous fait de mal au Bon Dieu ? Pourquoi faire mourir un innocent si jeune ? Et résultat : ils finissent par être très en colère contre Dieu au point de quitter l’Eglise, et de ne plus croire en Dieu. Perte de foi à cause de la mort d’un jeune membre de la famille ou d’un compagnon de vie. Marie et Marthe ont continué, elles, à croire en Jésus et à le suivre.Et voici ce que nous dit Sagesse 4 à propos de la mort des jeunes : 7 Le juste, même s’il meurt avant l’âge, trouvera le repos. 8 La vieillesse honorable n’est pas celle que donnent de longs jours, elle ne se mesure pas au nombre des années; 9 c’est cheveux blancs pour les hommes que l’intelligence, c’est un âge avancé qu’une vie sans tache. 10 Devenu agréable à Dieu, il a été aimé, et, comme il vivait parmi des pécheurs, il a été transféré. 11 Il a été enlevé, de peur que la malice n’altère son jugement ou que la fourberie ne séduise son âme;  12 car la fascination de ce qui est vil obscurcit le bien et le tourbillon de la convoitise gâte un esprit sans malice. 13 Devenu parfait en peu de temps, il a fourni une longue carrière. 14 Son âme était agréable au Seigneur, aussi est-elle sortie en hâte du milieu de la perversité. Les foules voient cela sans comprendre, et il ne leur vient pas à la pensée 15 que la grâce et la miséricorde sont pour ses élus et sa visite pour ses saints. 16 Le juste qui meurt condamne les impies qui vivent (à cause de la noblesse de sa vie et la beauté de sa mort puisqu’il se retrouve au Ciel selon la note de Osty), et la jeunesse vite consommée (sous-entendu : condamne) la longue vieillesse de l’injuste. 17 Ils voient la fin du sage, sans comprendre les desseins du Seigneur sur lui, ni pourquoi il l’a mis en sûreté (en sûreté au Ciel). Et voici ce que nous disent les notes de la Bible des Peuples : « …(Il donne) Il est donné à certains de mûrir plus vite et d’arriver (très tôt) à la perfection que d’autres n’atteignent qu’après de longues années. Il était droit et il a plu à Dieu qui l’aimait. La personne ou le fils que Dieu a pris ne nous appartenaient pas. Des liens d’amour s’étaient établis entre eux et nous, liés à mille circonstances et souvenirs, mais un amour plus fort les unissait au Seigneur : ils étaient d’abord à Lui ». Il ne faut donc pas renier Dieu lors de la perte d’un membre de la famille. Dieu l’a pris dans son Royaume, c’était pour la gloire de Dieu comme nous le dit Jésus (v.4) : « Cette maladie…, elle est pour la gloire de Dieu : afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle », pour que la puissance, que le Fils tient du Père, éclate aux yeux du monde. – « Notre ami Lazare repose, leur dit-il; mais je vais aller le réveiller. 12 Les disciples lui dirent : Seigneur, s’il repose, il sera sauvé. 13 Jésus avait parlé de sa mort, mais eux pensèrent qu’il parlait du repos du sommeil. 14 Alors Jésus leur dit ouvertement :  Lazare est mort ». Jésus parle de la mort comme d’un sommeil. La mort ne signifie pas un anéantissement à zéro, car la personne vit toujours après la mort. Quand Dieu crée, c’est pour l’éternité, éternité au Paradis ou éternité en enfer, mais il crée pour l’éternité. Ne nous focalisons pas seulement sur notre vie terrestre, voyons toujours plus loin. C’est ce qu’on appelle l’espérance du chrétien. Rm 5,1.2 : « « Par la foi, nous sommes devenus justes et saints, et nous sommes en paix avec Dieu par Jésus-Christ. 2 Par lui, nous avons accès à cet état de grâce (de la Paix de Dieu) et nous devenons assez hardis pour espérer la gloire de Dieu ».

Notre vie en Dieu nous donne l’espérance et l’espérance, c’est selon une note de la Bible de Jérusalem, c’est l’attente des biens que l’on aura à la fin des temps : l’héritage des saints, la résurrection du corps, la vie éternelle, la gloire, Dieu lui-même, en un mot l’attente du salut. CEC 1818 « La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes ; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux ; elle protège du découragement ; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité ». – Jésus assure à Marthe que Lazare ressuscitera. Et Marthe répond (v.24) : « je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ». Et quand on parle de résurrection, il s’agit bien de faire revivre le corps, même décomposé en poussière et ce corps ressuscité rejoindra son âme à la fin des temps. Nous nous demandons alors : s’il faut attendre la fin des temps pour que notre corps s’unisse à notre âme, que devient l’âme en attendant la fin des temps? Gabriel Amorth, prêtre paulinien mort en 2016 à Rome nous amène cette réflexion : « Si nous pensons aux saints – qui jouissent déjà du paradis, mais dont les corps ne sont pas encore unis à leurs âmes, ce qui n’adviendra qu’à la fin des temps -, nous pouvons être certains qu’ils vivent déjà heureux sans le corps, mais aussi qu’ils ne parviendront à la béatitude suprême que lorsque leur corps et leur âme se rejoindront ». Il y aurait comme une sorte de résurrection en deux temps. Premier temps : à la mort, les saints vont au Paradis et jouissent déjà de la vie éternelle et deuxième temps, ce sera seulement à la fin des temps que leurs corps seront de nouveau réunis à leur âme, ce sera alors la plénitude de la vie éternelle. Père Sesbouë, prêtre jésuite mort en 2021, a la même idée. Une question se pose : « Mais, dira-t-on encore, avant la fin des temps (nous ne serons pas encore ressuscités. N’y a-t-il pas quelque contradiction à parler du bonheur immédiat de la vision de Dieu après la mort de chacun et de remettre à la fin des temps la résurrection ? On peut répondre à cette question en disant qu’il y aura deux temps dans la résurrection: un premier encore inachevé et invisible pour nous (mais jouissant réellement de la présence de Dieu), et un second temps d’accomplissement de la résurrection de tous au regard de tous ». Et pourquoi la résurrection des corps est-elle importante ? Parce que, nous dit Gabriel Amorth, « ce n’est que lorsque l’âme et le corps seront réunis, lorsque les temps seront accomplis, qu’il y aura la véritable plénitude de vie. Pour le moment, les saints ont ce pourcentage de bonheur qui peut être « contenu », pour le dire simplement, par la seule âme ».

Saint Bernard de Clairvaux (XIIè siècle) avait déjà la même idée (Saint Bernard – Chemin d’Eternité – Philippe Barthelet – P.82) : « Le degré suprême de perfection, Bernard doute qu’on puisse l’atteindre en cette vie, sinon par éclairs, retenus que nous sommes par les soins de notre corps mortel. Nous pourrons l’atteindre facilement quand nous serons « libérés des charmes et des embarras de la chair ». 2è texte d’aujourd’hui (R8,8) : « ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu ». Pourtant les âmes séparées (de leurs corps), celles qui sont dans « l’océan de lumière éternelle et d’éternité lumineuse » (c’est-à-dire les âmes déjà au Ciel sans leurs corps), ne connaîtront pas encore cette « défection (c’est-à-dire cette plénitude de vie avec Dieu) qui est comme la perfection suprême de leur état »; elles ne l’éprouveront qu’à la restauration glorieuse de leur corps. L’âme séparée du corps ne peut en effet s’oublier tout entière en Dieu, elle a la nostalgie de son corps et de la gloire où il est recréé, et désire ardemment se réunir à lui ». Ainsi, l’âme séparée du corps et qui se trouve déjà au Ciel a la nostalgie de son corps et voudrait se réunir à lui et donc cette âme ne peut se perdre entièrement à Dieu, même au Ciel. – Dieu qui connaît tout cela n’a pas fait la résurrection pour rien. Il est bon de rappeler ces paroles de Jésus-Christ (v. 26-26) : « Moi, je suis la Résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». Encore une fois, ne nous tournons pas vers d’autres dieux (avec un petit « d »), parce que ces dieux sont appelés dans la Bible des « idoles ». Le 2è texte d’aujourd’hui, Rm 8,9 nous dit « Qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas ». Ne croyez qu’en Jésus-Christ, parce que se tourner vers des idoles, c’est avoir un doute que Jésus est Dieu. « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu », tu verras la gloire de Dieu pour l’éternité, dans la plénitude de vie avec Dieu. – « Jésus versa des larmes ». Cela montre qu’il est vrai homme, sans péché. « Verser des larmes » peut être une consolation divine. Dans une communauté de prières, il arrive parfois de voir des fidèles pleurer. N’interprétez pas ces larmes ! Thérèse d’Avila (Chemin de la Perfection – P.117) nous dit: « Les âmes qui sont privées de telles consolations (les fidèles qui ne versent pas de larmes) se tiennent dans l’humilité. Elles craignent qu’il n’y ait eu de leur faute et elles s’appliquent toujours à réaliser des progrès. Voient-elles les autres répandre une seule larme, elles s’imaginent que, n’en répandant point elles-mêmes, elles sont fort en retard dans le service de Dieu; mais peut-être seront-elles beaucoup plus avancées que les autres. Les larmes, quelque bonnes qu’elles soient, ne sont pas toutes parfaites. L’humilité, la mortification, le détachement et les autres vertus offrent toujours plus de sécurité, et n’exposent à aucun danger. Soyez donc sans crainte; vous pouvez arriver à la perfection comme les plus hauts contemplatifs ». – Lazare est ressuscité, mais il va mourir une deuxième fois. La résurrection de Jésus est différente puisque le corps de Jésus ne sera plus tout à fait le même à sa résurrection. Jésus pouvait apparaitre sous forme de jardinier, d’un promeneur sur la plage, de pèlerin, et les gens avaient du mal à le reconnaître. Le même problème se rencontre aujourd’hui. Il apparaît sous forme d’hostie et bon nombre de gens ont du mal à le reconnaître. Alors qu’il affirme lui-même : ceci est mon corps (Jn 2,21), …Dans l’histoire de l’Eglise, il y a eu de nombreux miracles concernant les hosties: des hosties volées et retrouvées des années plus tard sont toujours intactes et parfois gardées comme reliques; des infirmes guéries en recevant l’hostie; des hosties « volantes » qui passent des doigts du prêtres à la bouche du fidèle alors que la main du prêtre est à quelques centimètres de la bouche du fidèle ; des hosties transformées en chair vivante (le plus connu est le miracle de Lanciano). Pour ceux qui ne connaissent pas ce miracle, on en parle sur Internet ou dans Youtube. Raison de plus pour recevoir cette hostie, ce corps du Christ avec respect et cœur propre de toute souillure.  Il faut prier dans la semaine afin de bien recevoir cette hostie le samedi ou dimanche car c’est le Christ ressuscité que nous recevons. Il ne faut pas que la réception de cette hostie soit mécanique, mais toujours après la prière, sans oublier de remercier le Seigneur après avoir reçu cette hostie. Recevons le Christ dans notre cœur et pas seulement dans notre corps.  – « Lazare, viens dehors ». Jésus commande aux morts (il les resuscite), il commande aussi aux malades, aux handicapés (il les guérit), à la nature (il calme les tempêtes), il commande encore aux démons (il chasse les démons des possédés), rien ne lui résiste…à part les hommes, parce que, par amour pour les hommes, Jésus leur laisse la liberté de le suivre ou non. Et les hommes lui résistent par leur désobéissance à ses commandements, par leur manque d’amour, par leur orgueil. Lorsqu’un homme a la richesse, les honneurs ( recherche du prestige, de la reconnaissance), le pouvoir, il a réuni en lui tous les vices du monde. Le pouvoir pour lutter contre tout cela, c’est la prière de l’humilité : « Jésus, doux et humble de cœur, délivre-moi de l’esprit de critique et de jugement, du désir d’être honoré, du désir d’être distingué, du désir d’être loué et félicité, du désir d’être préféré à d’autres, du désir de briller et d’être admiré, du désir d’exercer la puissance ». Une prière que chacun devrait dire tous les jours, chacun à sa manière. « Ceux qui sont dans la chair, nous dit Saint-Paul aux Romains, ne peuvent plaire à Dieu », et ceux qui sont dans la chair justement sont ceux qui recherchent la richesse (avec le sentiment de sécurité dans la richesse, le sentiment de supériorité), les honneurs, la reconnaissance ( le plaisir d’être félicité, d’être choyé par beaucoup de personnes), la recherche du  pouvoir ( le plaisir de commander, de se sentir « chef », celui qui prend les décisions), tout cela fait partie de la panoplie de ceux qui vivent dans la chair. Mais nous dit Paul, « vous, chrétiens, vous n’êtes pas dans la chair mais dans l’esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Qui n’a pas l’Esprit du Christ (donc celui qui vit dans la chair) ne lui appartient pas ». Il nous faut vivre dans l’Esprit de Dieu. Et c’est Marie, pleine de grâces, qui nous aidera à vivre dans l’Esprit de Dieu qui nous mène au Christ et à son Père.




5ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (Jn 11, 1-45)

 Croire en Jésus, Fils de Dieu. » 

 

L’évangile de ce jour relate la résurrection de Lazare, qui va être selon saint Jean, l’élément déclencheur de la mise à mort de Jésus (cf Jn 11,53), et tout au long de ce passage on va voir des personnes qui croient que Jésus est le Fils de Dieu, d’autres non, d’autres qui doutent …

Jésus était reparti « de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où, au début, Jean baptisait ; et il y demeura. Beaucoup vinrent à lui en déclarant : ’’Jean n’a pas accompli de signe ; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai.’’ Et là, beaucoup crurent en lui. » (Jn 10,40-42).

Arrive un messager pour lui dire, de la part de Marthe et Marie de Béthanie : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. ». Une simple information, aucune demande d’aucune sorte …

Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. ». Cela nous rappelle l’évangile de dimanche dernier où Jésus disait de l’aveugle-né qu’il était né ainsi « pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. » (Jn 9,3).

Le Fils de Dieu est glorifié quand il meurt sur la croix … et qu’il ressuscite. Ce qui va arriver suite à la résurrection de Lazare : « Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là, leur dit : « Vous n’y comprenez rien ; … il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas. » (…) Il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation » (Jn 11,49-51).

Deux jours passent. En comptant les temps de trajets, cela fait le nombre de jours nécessaires (4) pour être sûr que le mort soit vraiment mort. Jésus dit : « Revenons en Judée. ». Ce retournement de situation non seulement surprend les disciples, mais aussi leur fait peur : « les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? ».

Jésus leur dit d’abord que Lazare s’est endormi, puis il précise : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. ».

La guérison de l’aveugle-né n’était-il pas un signe suffisant pour que les disciples croient ?

Les disciples sont bien des humains. Des fois ils sont enthousiastes, d’autres fois plus dubitatifs. Tout comme nous.

Là, il leur faut un signe fort pour qu’ils croient vraiment en Jésus. Ils ont hâte de le voir !

Et c’est Thomas, celui dont on dit qu’il doutait de la résurrection de Jésus, qui rameute tout le monde : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! ».

Thomas est un être primaire : il s’emballe vite, mais aussi déchante vite. Il lui faut des preuves. « Si je ne mets pas mon doigt … ».

Et les autres disciples ne feront guère mieux : Au jardin de Gethsémani, tous s’endormiront, et quand arrive Judas avec les gardes de Temple, tous s’enfuiront … La peur de mourir … Jésus n’est pas encore mort, mais les ténèbres arrivent … sauf deux : Pierre et Jean, qui suivirent Jésus de loin, jusqu’au palais du grand prêtre. Une fois entré grâce à Jean, Pierre renie Jésus … à cause encore de la peur de mourir … La lumière de Jésus n’était pas en lui … (cf Jn 18,16-17).

Mais ce sont les deux mêmes qui courront vers le tombeau de Jésus le jour de Pâques (cf Jn 20,3) pour retrouver Jésus … pour retrouver la lumière de Jésus … L’espérance en Jésus …

Arrivé vers Béthanie, Jésus rencontre Marthe qui lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. ». Elle ne dit rien de plus … mais on comprend bien qu’elle espère un signe de Jésus.

 « Ton frère ressuscitera. ». « Oui, je sais : à la fin des temps, au dernier jour. » …

Jésus reprend : « Moi, je suis la résurrection et la vie. ? … quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Marthe répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. ».

Acte de foi complet …

Arrive Marie … Elle commence comme sa sœur … Elle pleure … ses amis aussi …

Et Jésus pleure, pris de compassion …

Jésus, vrai Dieu et vrai homme

Certains dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? ».

Ceux qui disent cela ne sont sans doute pas des opposants à Jésus, mais ils se posent des questions, surtout après l’avoir vu pleurer. Est-il vraiment Fils de Dieu ? Ils doutent un peu …

Mais les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes. Jésus voit plus loin, il sait ce qui va se passer … comme quand les gens disaient au calvaire : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » (Mt 27,39) … Dans les deux cas, c’est la résurrection … immédiate pour Lazare … le troisième jour pour Jésus …

« Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. ».

Et Jésus prie. Il se tourne vers son Père : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé …  je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. ».

« Lazare, viens dehors ! »

Et le mort sortit.

« Beaucoup de Juifs, qui … avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. »

Seigneur Jésus,

comme il est difficile

de croire en toi tout le temps.

Certains croient, d’autres hésitent,

d’autres doutent, d’autres ne savent pas trop,

et d’autres ne croient pas que tu es le Fils de Dieu.

Et pourtant,

si tu n’étais pas Fils de Dieu,

tu n’aurais pas pu faire

tout ce que tu as fait …

et que tu continues de faire.

 

Francis Cousin    

 

Pour accéder à l’image illustrée, cliquer sur le titre suivant : 

Image dim Carême A 5°




5ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN (Jn 11, 1-45)

 Lazare

Jn 11, 1-45

Il n’y a pas à sortir de là : c’est un problème sans solution ; que nous soyons riches ou pauvres, grands ou petits, savants ou ignorants, jeunes ou vieux, nous avons beau nous débattre et raisonner, en rire ou en pleurer, la mort, oui, toujours elle, que nous la désirions ou que nous la refusions : elle est toujours là, présente, inévitablement à l’horizon de notre vie. Pas d’issue de secours, pas de faux-fuyants ; un jour, elle sera là, pas pour le voisin, mais pour nous, chacun de nous. Un jour viendra où l’on dira de moi : « Il est mort ».

Un humoriste à qui l’on disait que « la mort est un passage difficile à faire » : « Pas si difficile que ça, dit-il, on n’a jamais vu personne rater cette épreuve » et de tous ceux qui y sont passés, aucun d’entre eux n’est venu nous dire comment ça s’est passé.  Il y a bien des livres qui ont parlé de « la vie après la mort » : c’était tous des vivants qui avaient cru mourir, mais qui n’avaient pas fait le pas définitif.

Si nous ne sommes pas maîtres de la vie, au moins nous pouvons la transmettre, nous pouvons l’interrompre : par avortement, par suicide, par homicide. La mort, elle, n’est pas maitrisée et si une personne, par bonheur, est sauvé d’un accident ou d’une grave opération, elle n’en est pas moins assurée de mourir un jour… C’est simplement « remis à plus tard » et même, dans cet Evangile que nous venons d’écouter : Lazare, l’ami de Jésus, le Ressuscité, devra, un jour ou l’autre, mourir une seconde fois ! Ce n’est que partie remise.

En fait, cette résurrection de Lazare, quelques jours avant la mort de Jésus, est l’annonce, le signe avant-coureur, d’une autre résurrection, qui, celle-là, sera la bonne parce qu’elle sera définitive et qu’elle sera une victoire sur la mort qui, cette fois-ci, sera vaincue une fois  pour  toutes : la  Résurrection du Christ  écrase  la  mort, qui  n’est plus, pour celui qui a cette vie du Christ Ressuscité en lui, qu’un passage vers une autre vie dont la précédente n’a été qu’un avant-goût, une préparation, un vestibule.

Depuis Jésus-Christ, pour celui qui a la foi en lui et qui a reçu en lui cette vie du Christ Ressuscité par le Baptême, il n’est plus question d’une mort toute puissante et victorieuse : la mort est vaincue.

« Ô mort où est ta victoire ? » s’écrie St-Paul. Elle n’est plus que la servante qui ouvre la porte à celui qui frappe à la maison du Père. Vous avez entendu ce qu’a dit Jésus à Marthe :

« Moi, je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais ». « Crois-tu cela ? »

C’est à nous qu’il pose cette question, quinze jours avant sa mort et sa résurrection : « Crois-tu cela ? » Qu’allons-nous répondre ? Comment allons-nous vivre Pâques ? Allons-nous seulement pleurer le Vendredi Saint avec les femmes de Jérusalem, résignés et désolés en disant : « Ah ! Comme c’est dommage ! »  Et retourner chez nous démoralisés, en ayant entendu Jésus pousser le grand cri final le Samedi Saint ? Ce Samedi sera-t-il seulement le simple lendemain du Vendredi Saint ? Un lendemain de deuil : « Tout est fini ! » ou bien sera-t-il, ce jour, tout frémissant de ce qui se prépare et qui sera ‘’la Grande Nouvelle’’ qui a fait basculer l’humanité dans l’espérance et dans la joie : « Christ est ressuscité et nous aussi avec lui ! »

Ce n’est plus à la vie d’avant que nous revenons, comme Lazare, tout empêtré dans ses bandelettes, mais à une vie nouvelle où nous pourrons sauter et bondir de joie en criant « Alléluia ! »

Il y a eu un jour déterminant dans notre vie, le jour le plus important de notre existence. Ce n’est pas le jour de notre naissance, ce n’est pas le jour de ma 1ière communion ou celui de mon mariage, c’est celui de notre Baptême : ce jour-là, je suis devenu un être éternel, immortel. Ce jour-là, j’ai été greffé sur la vie de Dieu : une vie qui ne connaît qu’une mort soumise à la Résurrection du Christ en moi parce que sa vie de Ressuscité est déjà en moi, et que cette vie-là est la plus forte, et que le jour de Pâques elle a triomphé définitivement !

 « Tu es baptisé ? Alors tu es immortel ! ». Tu deviens un être définitif parce que la vie de Dieu ne peut pas être vaincue. Elle est inaltérable, inusable. Rappelez-vous le psaume « Le Seigneur est mon berger » :

 « Si je passe au ravin de la mort, je ne crains aucun mal car tu es avec moi, ton bâton, ta houlette me rassurent ; grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ».

Les chrétiens forment un peuple nouveau, nés avec la Résurrection du Christ : « Je vais ouvrir vos tombeaux, dit le Seigneur et je vous en ferai sortir ». « Je mettrai en vous mon Esprit et vous vivrez ». C’est ce formidable message d’espérance que nous sommes chargés de transmettre aux autres.

Si nous sommes habités par l’Esprit de Dieu, nous appartenons au Christ et la mort n’a plus aucune prise sur nous. Cet Esprit, présent en nous depuis le Baptême, nous ressuscite comme il a ressuscité le Christ puisqu’il est présent en nous.

St-Louis de Gonzague, alors qu’il avait une douzaine d’années jouait avec ses camarades au ballon dans la cour de récréation à la mi-temps, la conversation tomba sur la mort :

« Et toi, qu’est-ce-que tu ferais si on t’annonçait que tu meurs dans dix minutes ? »

« Oh ! Moi, j’irais tout de suite me confesser », dit l’un.

« Moi, je me mettrais à genoux et je dirais avec ferveur mon acte de contrition » dit un autre.

« Moi, je courrai à la chapelle », dit un troisième.

« Moi, dit Louis de Gonzague, je continuerais à jouer. Je suis baptisé et je suis tellement sûr de l’amour de mon Dieu qu’il n’y a pas à s’en faire ! »

Un père aime son fils ; depuis mon Baptême, je suis fils  du Père ; il m’aime, alors qu’ai-je à craindre ? « Lazare, notre ami, s’est endormi, mais je vais le tirer de ce sommeil ».

Les disciples dirent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé ».

Ils ne croyaient pas si bien dire… En parlant de sommeil, Jésus nous invite à changer notre idée sur la mort : la mort physique, pour Jésus, est un simple et provisoire sommeil. Le tombeau est un lieu où l’on se repose en attendant le réveil. C’est d’ailleurs ce que des chrétiens ont gravé sur la pierre tombale de leurs êtres chers : ici,  » repose  » et St-Paul chantera : « “Ô, toi qui dors, éveille-toi d’entre les morts, relève-toi, sois illuminé », et il dit aussi : « Ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les amènera avec lui », « Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ».

Vrai ou pas vrai ? Tu crois cela ou tu n’y crois pas ? Notre credo est simple et court : « Jésus de Nazareth, mort et ressuscité ». C’est simple et lumineux comme un matin de Pâques.

« Si tu devais mourir ce soir, comment voudrais-tu passer cette dernière journée avant d’embrasser Dieu ? La vie du baptisé est pleine de Résurrection, pleine de vie, pleine de joie. Qui pourra l’empêcher, à Pâques, de crier « “Alléluia’’ » ?!   AMEN




5ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 11, 1-45).

La victoire de l’Amour et de la Vie

En ce temps-là,  il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.  Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit :« Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade,
il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.  Puis, après cela, il dit aux disciples :
« Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »    Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »    Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »    Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement :« Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là,
à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

    À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.  Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »  Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;  quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

    Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »  Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.  Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,  et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? »
Ils lui répondirent  : « Seigneur, viens, et vois. »  Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »    Mais certains d’entre eux dirent :
« Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

    Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit :« Seigneur, il sent déjà ;
c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »     Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »  Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

St Jean nous dit ici quatre fois (symbole d’universalité) que Lazare est malade… De plus, le mot grec employé, « asthéneia », décrit plus largement l’homme en état de faiblesse… « Le péché m’a fait perdre mes forces, il me ronge les os » (Ps 31,11)… Et la conséquence ultime du péché, c’est la mort, la mort spirituelle… Lazare représente donc ici toute l’humanité affaiblie par le péché et blessée « à mort » en son être profond… Mais si « le salaire du péché c’est la mort, le don gratuit de Dieu c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). Voilà ce que Jésus va dire ici, en acte, en faisant revenir Lazare à la vie…

            Des messagers viennent annoncer à Jésus que Lazare est malade : premier jour… Mais il apprend du Père, en son cœur, non seulement qu’il vient de mourir mais encore qu’il doit aussi le relever d’entre les morts, « pour la gloire de Dieu », en signe ultime de la victoire de la Miséricorde sur le péché et sur toutes ses conséquences… Et le Fils, envoyé par le Père pour sauver tous les hommes, en sera glorifié… C’est pourquoi, Jésus, qui « aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare », va pourtant attendre encore deux jours avant de partir ! En ajoutant une dernière journée pour le voyage, il ne rejoindra donc les deux sœurs de Lazare que quatre jours après sa mort. Mais il l’a fait exprès, pour eux tous, afin que le signe que le Père l’invitait à accomplir soit encore plus éclatant. En effet, la croyance populaire affirmait que ce n’est qu’à partir du quatrième jour que l’âme, qui voletait jusque là auprès du cadavre, ne pouvait plus y rentrer… Lazare était donc vraiment mort, plus aucun doute à ce sujet…« Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là ! » lui dit Marthe…

            « Ton frère ressuscitera » lui avait déjà dit Jésus… Oui, « je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour », avait-elle répondu. Nous l’affirmons aussi dans notre Crédo… Mais Jésus va poursuivre en passant du futur du Crédo au présent de nos vies : « Je Suis la Résurrection et la Vie(Présent éternel de Dieu). Qui croit en moi, même s’il meurt vivra » (futur du Crédo). « Et quiconque vit et croit en moi » (présent de nos vies), « ne mourra jamais. » La Vie nouvelle et éternelle est donc offerte gratuitement, dès maintenant, dans l’aujourd’hui de nos vies, par « le Père des Miséricordes », à nous qui sommes pécheurs, faibles, blessés à mort… Seule la foi en l’Amour, la confiance en cet Amour, et l’abandon entre ses mains peuvent l’accueillir : « Le crois-tu ? »          DJF




4ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (Jn 9, 1-41)

« Voir … et entendre. » 

 

L’évangile de ce jour est très long, tout un chapitre … et beaucoup de choses seraient à dire. Alors, contentons-nous de deux verbes : voir et entendre … mis que l’on peut pour certains des personnages transformer en : observer et écouter

Mais peut-être faire d’abord un petit rappel de ce qui s’est passé auparavant.

D’abord avec le récit de la femme adultère où Jésus prend le contre-pied des pharisiens en allant dans un sens différent de celui préconisé par la loi de Moïse.

Puis le texte où Jésus s’affirme être la lumière du monde, et où il se retrouve encore en opposition aux pharisiens.

Enfin la querelle sur l’identité de Jésus.

La polémique avec les juifs radicaux, et surtout avec les pharisiens est de plus en plus forte, au point que Jésus a dû échapper à des jets de pierre et sortir du Temple en se cachant. (Jn 8, 59).

C’est en sortant du Temple que, « en passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. ». Et même s’il s’enfuyait, il a eu le temps de poser son regard sur lui, de voir qu’il était aveugle, et de naissance. Il y a de fortes chances que, si nous étions à la place de Jésus dans ces conditions, nous serions passé en vitesse sans le voir … en n’y faisant pas attention …

A-t-il fait une remarque à son sujet ? Sans Doute, puisque les apôtres l’interrogent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ».

En effet, selon la croyance de l’époque, on pensait que quelqu’un de malade l’était parce qu’il avait péché, ou sinon lui, ses parents (cf Dt 5,9).

La réponse de Jésus est claire : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. », et il faut faire vite, « tant qu’il fait jour ; la nuit vient … » où Jésus va mourir, lui « la lumière du monde ».

Alors Jésus prends les choses en main. Il ne demande pas l’avis de l’aveugle, s’il veut voir, comme il le fit avec Bartimée : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10,51).

Non. Directement il crache par terre et fait de la boue avec sa salive, et il en met sur les yeux de l’aveugle, sans lui demander son accord … un peu comme Dieu avait fait pour créer l’homme avec de l’argile (Gn 2,7), comme s’il préparait pour l’aveugle une nouvelle-création … et s’en fut une …

L’aveugle ne voit pas Jésus, mais il entend, et il comprend bien qu’on parle de lui, qu’on lui met comme un cataplasme sur les yeux … mais il ne dit rien … il est docile … il se laisse faire.

Et Jésus lui parle : « Va te laver à la piscine de Siloé », la piscine de l’envoyé

L’envoyé, c’est Jésus, mais pourquoi aller à cette piscine ? N’y avait-il pas de point d’eau plus proche ?

Une explication complémentaire pour ce choix : lors de la fête des Tabernacles, les prêtres allaient puiser de l’eau à la piscine de Siloé et le peuple remontait en procession avec joie jusqu’au temple, comme il est écrit en Isaïe : « Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut. » (Is 12,3).

Effectivement, pour l’aveugle, se laver dans ces eaux-là lui permettra d’accéder aux sources du salut.

L’aveugle a bien entendu, et il part. Il n’a encore rien dit ! Et il fait ce qu’on lui a demandé de faire. Il obéi.

Est-ce que nous, nous aurions ainsi obéi ? sans demander d’explication ?

Comment a-t-il trouver son chemin ? Sans doute un de ses compagnons d’infortune l’a-t-il guidé.

Il revient, il voit.

Mais Jésus n’est plus là !

S’ensuit une polémique : Est-ce vraiment lui, ou quelqu’un qui lui ressemble ? Et pourtant, beaucoup le côtoyaient, les mendiants comme lui, ou les habitués du Temple …

« Mais lui disait : ’’C’est bien moi.’’ ». En grec « Ἐγώ εἰμι », la manière de parler de Jésus quand il affirme sa divinité.

Sans doute faisait-il partie du décor … il était là … mais peu le voyait … on passait devant lui sans le voir, sans y prêter attention …

Seul Jésus l’avait vu !

Et son action lui a permis que « les œuvres de Dieu se manifestent en lui. » de manière physique …

Et à la fin de l’évangile de ce jour, quand Jésus le retrouve et lui demande s’il croit au fils de l’homme, l’aveugle lui dit « Qui est-il pour que je croie en lui ? », et Jésus répond : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »

Et l’aveugle dit : « ’’Je crois, Seigneur !’’, Et il se prosterna devant lui. ».

Alors « les œuvres de Dieu se manifestent en lui. » de manière spirituelle …

Pourquoi rester sur vos ornières,

Baissant vos fronts d’aveugles-nés ?

Vous avez été baptisés !

L’amour de Dieu fait tout renaître.

Croyez Jésus : c’est l’Envoyé !

Vos corps à son corps sont branchés :

Prenez à lui d’être lumière.

                                          Didier Rimaud

 

Francis Cousin    

   

Pour accéder à l’image illustrée, cliquer sur le titre suivant : 

Image dim Carême A 4°




4ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN (Jn 9, 1-41)

 L’aveugle né

Jn 9, 1-41

Essayons d’imaginer ce que peut être l’univers intérieur, l’imagination et les phantasmes d’un aveugle  : jamais il n’a rien vu, il ne sait pas ce que c’est qu’une couleur. Rouge, vert ou jaune : cela ne lui dit rien ; il ne peut s’appuyer sur aucun souvenir visuel. Il n’a jamais rien vu auparavant.  Jamais il n’a pu apprécier la beauté d’une fleur, d’un coucher de soleil, la bonté d’un visage, une larme ou le sourire d’un enfant, ni le relief d’un paysage de montagne, ni le reflet de la lumière sur un cours d’eau, ni même la décoration de son gâteau d’anniversaire surmonté de bougies qui, pour lui, ne signifient rien.

 A la différence de beaucoup de guérisons, celle-ci n’est pas due à une demande. C’est Jésus qui prend personnellement l’initiative : « Jésus vit un aveugle » = Jésus me voit, tel que je suis, avec mes épreuves, mes difficultés.

Tout ce récit, savamment construit, nous fait parcourir l’itinéraire de la foi : depuis les ténèbres les plus épaisses jusqu’à la lumière la plus diffuse. Cet itinéraire, c’est celui de notre Baptême qui nous fait passer du monde des ténèbres aux fils de lumière capables de voir et de témoigner.  Cet itinéraire est progressif, gradué. C’est peu à peu que la lumière, celle de la foi va inonder l’âme de cet aveugle même si sa guérison physique est rapide. Ce miracle, ce  » signe  » comme dit St-Jean, va révéler qui est Jésus : il est « “la lumière du monde ” » et va contraindre chacun à prendre position à son égard à travers quatre procès successifs, où, à chaque fois, l’aveugle va y voir un peu plus clair en contemplant celui qui l’a guéri.

  • 1er procès: L’aveugle a recouvré la vue, mais il est isolé (Jésus a disparu avec ses disciples) et débute un débat sur son identité.  Tout d’abord avec ceux qui l’entourent : ses voisins, ceux qui étaient habitués à le rencontrer.

 « N’est-ce-pas celui qui était mendiant ? » 

Les uns disaient : « C’est lui ! ».

Les autres : «   Non ! Mais c’est quelqu’un qui lui ressemble ».

Et lui dit : « C’est bien moi » et il raconte comment l’homme qu’on appelle Jésus (il n’en sait pas plus actuellement) a fait de la boue, lui a frotté les yeux, lui a dit d’aller à la piscine de Siloé.

« Et lui, où est-il ? »

« Je ne sais pas ».

Pour le moment, ce n’est qu’un mouvement de curiosité sympathique.

Pour beaucoup de nos contemporains, la religion, c’est ça ; on s’intéresse à Jésus jusque- là : un miracle, ça pique au vif, ça intrigue, ça fait poser des questions, mais on ne veut pas se compliquer la vie et on ne va pas plus loin.  Quant à l’aveugle guéri, notons en passant qu’il ne sait rien du Christ : si, il sait son nom, on l’appelle et on le nomme Jésus.

Procès d’une foi superficielle : nous demeurons à la surface de l’évènement, comme des badauds qui s’attroupent après que quelque chose vient de se passer ; on s’arrête et on continue son chemin, sans plus penser à rien.

  • 2e procès : On amène l’aveugle devant les pharisiens, procès du soupçon: « Il a fait ce miracle un jour de sabbat », cela ne peut donc venir de Dieu.

« Oui, répondent les autres, mais un signe pareil ne peut pas être accompli par un pécheur ».

Divisés, ils interrogent l’aveugle, qui lui, dans sa réponse va déjà beaucoup plus loin :

« Que dis-tu de lui ? »

Il répond: « C’est un prophète ».

Procès où les uns sont pour, les autres sont contre, mais où l’homme de bonne volonté commence à progresser : « C’est un prophète ».

« Seigneur, aide-nous à progresser dans la foi ».

  • 3e procès : On fait venir ses parents. Pour nier un miracle, le meilleur moyen, c’est de dire qu’il n’a pas eu lieu : « Faisons venir les parents », sans doute n’était-il pas vraiment aveugle, il faisait semblant pour mendier. 

« Mais non, disent les parents, c’est bien notre fils ; il était bel et bien aveugle : comment cela se fait-il ? »

Ça, c’est une autre affaire : ils ne veulent pas se mouiller, prendre parti. « Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer ». 

Ils avaient peur, autre attitude devant Jésus : la dérobade. On n’a pas la foi parce qu’on refuse de se poser des questions et leurs réponses pourraient nous entrainer trop loin.  Si, un jour, ma foi devait changer ma vie, vous vous rendez compte ? Quelle histoire ! Et que ne ferait-on pas pour ne pas avoir d’histoires !

  • 4e procès: Pour la 2e fois, les pharisiens convoquent notre homme et pour le faire mentir, ils mentent eux-mêmes.

« Rends gloire à Dieu, nous savons que cet homme est un pécheur » : c’est curieux, à partir de ce moment-là, ce sont les voyants qui deviennent aveugles et l’aveugle qui voit de plus en plus clair et il se met à défendre Jésus, son bienfaiteur, qui est attaqué !

 « Nous savons », disent les pharisiens avec assurance, en fait, ils ne savent plus rien. 

« Je n’en sais rien », dit l’aveugle : en fait, il commence à savoir et à deviner et les pharisiens commencent à l’injurier.  Plus ils savent, moins ils croient ; suffisance de celui qui refuse d’évoluer, qui s’accroche à la tradition. 

Admettre la nouveauté serait mettre en péril leur système doctrinal : alors, ils se mettent à nier l’évidence et ils commettent ainsi le seul péché qui existe dans l’Evangile de St-Jean : refuser la foi, être volontairement incroyant, se boucher les yeux sur le mystère de Jésus.

Ils savent et parce qu’ils savent, ils ne veulent pas savoir : blocages de l’incroyant, installé dans son système de pensée et qui ne veut pas en sortir. 

Et nous, frères et sœurs, sommes-nous toujours à la recherche de la vérité ?  Sommes-nous bloqués  sur nos ‘’ savoirs ‘’ ?  Sommes-nous avides de connaitre davantage, d’ouvrir nos yeux aveugles ?

Cet homme guéri est expulsé, seul, rejeté parce qu’il a soutenu sa foi et n’a pas voulu en démordre.  Jésus l’apprend et vient le trouver.  Après ces quatre procès successifs, il vient à son secours et lui permet d’aboutir à une magnifique profession de foi !

« Crois-tu au Fils de l’homme ? »

Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

Jésus lui dit : « Tu le vois : c’est lui qui te parle ».

Il dit : « Je crois, Seigneur », et il se prosterne devant lui.

 

 Alors que les pharisiens se sont enfermés dans leur incroyance, lui, n’a cessé d’avancer dans la foi. Au début, il dit : « Cet homme   qu’on appelle Jésus »   et puis, il découvre   que   c’est   un « prophète« , « quelqu’un qui vient de Dieu » et enfin pour lui, c’est le « Fils de l’homme » : « le Seigneur ».

Il est passé du fait noir à la lumière alors que les pharisiens ont fait le trajet inverse, eux qui affirmaient  » savoir « , qui croyaient  » voir « , n’ont cessé de s’enfoncer dans leur aveuglement. C’est le renversement des situations.  Les vrais aveugles, les vrais pécheurs ne sont justement pas ceux à qui l’on pense : ils ont préféré les ténèbres à la lumière. 

Devant Jésus, il faut choisir, il faut prendre parti : ou bien s’enfermer dans un système qui va l’exclure ou bien aboutir à une rencontre personnelle avec lui.  Cette rencontre, elle est toujours à faire, à refaire : est-ce-que notre foi progresse à l’imitation de cet aveugle qui, peu à peu, s’ouvre, ouvre ses yeux au mystère de Dieu ? La foi ne tombe pas toute faite du ciel… elle nous rejoint dans notre propre histoire. Elle peut être une lente gestation.

Le fait d’avoir été baptisé tout bébé ou d’être arrivé tard à la foi ne change rien fondamentalement.

Pour  » naître à la foi « , il s’agit de s’engager personnellement à la suite du Christ, passer des ténèbres à son admirable lumière.  AMEN




4ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 9, 1-41).

Le Don de l’Eau Vive de l’Esprit

 

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.
Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.
Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,
et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

      La situation corporelle, concrète, de cet homme dit, dans notre condition humaine de chair et de sang, ce que nous sommes tous spirituellement : des aveugles de cœur qui ont perdu le sens de ce « Dieu qui est Esprit » (Jn 4,24) et « Lumière » (1Jn 1,5). « Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne la crèche de son maître, mais eux ne me connaissent pas, ils ne comprennent pas. Fils pervertis… Ils ont abandonné le Seigneur » (Is 1,2-4).

         Mais comme Dieu est Soleil de Vie (Ps 84,12 ; 36,10), Soleil qui rayonne la Vie, qui donne la Vie, se détourner de Lui c’est se priver au même moment de « la Lumière de la Vie » (Jn 8,12) et donc devenir, petit à petit, spirituellement aveugle et comparable, dans ce domaine, à un mort… « Mon peuple périt, faute de connaissance » (Os 4,6), sans oublier que « connaître », dans la Bible, est avant tout un « vivre avec… en relation avec… ». La « connaissance » est juste l’aspect « prise de conscience » lié à cette relation… En se détournant de Dieu, les hommes ne reçoivent plus, de cœur, la Lumière vivifiante de son Esprit (Jn 6,63) qui rayonne sans cesse de Lui. Leurs cœurs sont plongés dans les ténèbres… Ils ne « voient » plus, ils n’imaginent même plus que cette Lumière puisse exister… « Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. C’est que le cœur de ce peuple s’est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et que je les guérisse » (Is 6,9-10 cité en Mt 13,14-15 ; Jn 12,40, Ac 28,26‑27). Telle est la situation du pécheur « aveugle-né », fermé sur lui même, prisonnier de son égoïsme et de son orgueil…

      Le Christ va donc prendre l’initiative de se rapprocher de cet « aveugle-né » qui, répétons-nous, nous représente tous… Il va établir le contact, lui parler… Pour l’aider à percevoir ce qu’il désire faire pour lui, il va employer le langage des médecins de l’époque qui appliquaient toutes sortes de baumes sur les blessures… Mais cette boue qu’il lui met sur ses yeux fermés renvoie à la boue de nos souillures qui englue nos cœurs… « Va-te-laver à la piscine de Siloé », lui dit-il ensuite, Siloé signifiant en hébreu « envoyé », et Jésus ne cesse de se présenter en St Jean comme l’Envoyé du Père… L’aveugle-né fait preuve de bonne volonté : il obéit tout simplement, et il va se laver… « Quand il revint, il voyait »… Sa guérison corporelle renvoie à sa guérison spirituelle… Il voyait de cœur, il vivait de cœur d’une Vie nouvelle ! Puissions vivre la même expérience…                              DJF




3ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Rodolphe EMARD (Jn 4, 5-42)

 

Textes bibliques : Ex 17, 3-7 ; Jn 4, 5-42

Frères et sœurs, en ce troisième dimanche de Carême, la liturgie de la Parole nous donne deux textes qui évoquent le thème de l’eau.

L’eau est l’un des quatre éléments qui composent le monde, avec la terre, l’air et le feu. L’eau est indispensable pour la suivie de l’être humain, des animaux et de toute la création. L’eau : un élément important et qui est très symbolique pour les chrétiens.

Revenons aux deux textes dans lesquels la thématique de l’eau apparaît. Quels enseignements pouvons-nous en tirer pour aujourd’hui ?

  • 1ère lecture : Livre de l’Exode

Lorsque le peuple Hébreux a été libéré par Dieu de l’esclavage en Égypte, il a dû traverser le désert pour rejoindre la terre promise. Les Hébreux ont été confrontés à toutes sortes d’épreuves : la faim, l’insécurité et dans notre récit, la soif.

Ce récit nous permet deux souligner deux points :

  • Dieu nous assiste dans chacune de nos difficultés. Dieu n’abandonne personne ! Ce temps de Carême nous invite vraiment à entrer dans cette confiance.

  • Cependant, nous devons le reconnaître, comme les Hébreux, nous pouvons avoir des manques de foi : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

Nos doutes ne portent pas forcément sur l’existence de Dieu mais davantage sur sa présence dans nos vies. La plainte des Hébreux est bien la nôtre parfois.

Nous devons nous rappeler que la foi est avant tout un don de Dieu. On n’acquiert pas la foi par ses propres efforts. Ce n’est pas un mérite… Néanmoins, Dieu compte sur nos efforts pour que cette foi soit vive. Quels moyens nous donnons-nous pour faire grandir ce don de la foi que nous avons reçu de Dieu ?

Si la foi est un don de Dieu, il faut aussi demander au Seigneur de la faire grandir en nous : « Seigneur, augmente en nous la foi ! » Efforts et prières sont de mise pour que grandisse le don de la foi que Dieu nous a fait. Ne perdons pas ces deux axes durant notre Carême.

  • Évangile de Jean

Dans l’Évangile, Jésus se révèle comme « l’eau vive », celui qui peut vraiment étancher notre soif. Jésus est le vrai « don de Dieu », une source d’eau d’où jaillit la Vie éternelle : « l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »

Aujourd’hui, l’homme a tendance à se désaltérer par le matériel qui le satisfait pour un temps… la soif n’est jamais étanchée… Certes, l’homme a besoin d’un minimum de confort matériel pour le bien être de son corps mais son âme a besoin aussi d’être désaltérée. Comment ? En venant puiser dans la Parole de Dieu et dans les sacrements.

Nous avons besoin de cette source spirituelle qui ne s’épuisera jamais. Personne n’est exclue de cette source ! Le Christ ne rejette personne !

  • Eau : symbole du Baptême

Comme je l’écrivais plus haut, la symbolique de l’eau est forte pour les chrétiens. L’eau est symbole de vie et de purification. Par le Baptême, nous avons été plongés dans les eaux du Salut. Nous avons été plongés dans la mort et la Résurrection du Christ.

 

 

Que le Seigneur renouvelle en nous la grâce de notre Baptême durant notre marche vers Pâques. Sachons nous donner les moyens pour que le Seigneur puisse agir en nous.

********

Seigneur Jésus, toi l’eau vive, viens étancher notre soif. Montre-nous le chemin à suivre…

Rodolphe Emard