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3ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (Jn 4, 5-42)

« J’ai soif ! » 

Jésus est fatigué, il marche depuis le matin, et il est presque midi … Il a besoin de repos … et il a soif.

Il s’assieds sur la margelle d’un puits, le puits de Jacob, en territoire samaritain … et il attend que quelqu’un lui propose à boire …

Mais il est midi … et ce n’est plus l’heure de venir au puits … il est trop tard pour venir puiser de l’eau dans le puits pour le repas … et puis le soleil est trop fort …

Jésus a soif …

Il ne joue pas les super héros …

Il est comme nous … après une longue marche sous le soleil … épuisé et assoiffé …

Il a besoin d’aide …

Arrive quelqu’un, malgré l’heure … C’est une femme, seule … une femme du village voisin … Or, il n’était pas correct de parler à une femme seule … et en plus à une samaritaine, des personnes qui s’étaient détournés de la foi juive …

Jésus, le Fils de Dieu, la supplie quand même : « Donne-moi à boire. »

Réaction indignée de la femme : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? ».

C’est vrai, il a soif … mais quand même, … il ne respecte même pas les conventions !

« D’où il sort, celui-là ? »

« Il est né de la Vierge Marie, … vrai Dieu né du vrai Dieu … »

Alors Jésus lui répond : « Si tu savais le don de Dieu »

Rien que cela aurait dû mettre en alerte la samaritaine …

Et nous, Est-ce que cela nous met en alerte ? Est-ce qu’on se pose la question : C’est quoi le don de Dieu ?

De l’eau ? … C’est vrai que dans la première lecture, Dieu donne de l’eau à son peuple sorti de l’esclavage des Égyptiens, par l’intermédiaire de Moïse frappant le rocher de l’Horeb … Mais est-ce vraiment cela ?

Non. C’est une conséquence du don premier de Dieu …

Alors, quelle est le don premier, quelle est la cause première de l’action de Dieu, et donc de Jésus ?

L’amour de Dieu pour sa création, et spécialement pour les humains … tous les humains … « Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5,45). La lumière et la pluie (l’eau), tout ce qu’il faut pour faire pousser les plantes …

L’amour de Dieu est pour tous, y compris les Samaritains … et les Samaritaines, même celles qui ont une vie pas très orthodoxe, comme celle qui est devant Jésus …

La preuve, quand le groupe des disciples fut refusé dans un village samaritain, à Jacques et Jean qui demandaient d’envoyer le feu du ciel sur le village, « Jésus, se retournant, les réprimanda. » (Lc 9,54).

L’amour de Dieu est pour tous, y compris les Russes et les Ukrainiens, et tous les mercenaires utilisés dans cette guerre … et dans les autres guerres ou systèmes de pression …

Et cela on a du mal à l’accepter, même si on ne le dit pas … On préférerait qu’il prenne parti pour l’un ou pour l’autre … comme nous le faisons …

Mais Dieu est au-dessus de tout cela. Ses pensées ne sont pas les nôtres. Il ne fait pas de préférence. Il laisse à chacun le temps de la conversion … à nous aussi, car nous ne sommes pas parfaits …

L’amour de Dieu est toujours premier …

Et Jésus lui-même ira jusqu’au bout de cet amour en donnant sa vie pour nous sauver, pour nous permettre de parvenir à la Vie Éternelle, auprès de son Père.

Et juste avant de mourir, il s’écria : « J’ai soif. » …

Comme ce jour-là devant la samaritaine …

Seigneur Jésus,

tu as connu la faim,

la fatigue et la soif…

tout comme nous, pauvres humains.

Tu as toujours réussi à les supporter

parce que tu avais en toi

la certitude de l’amour de ton Père

envers toi …

et envers nous !

Mais nous, il nous arrive de douter.

Fortifie notre foi !

 

Francis Cousin    

   

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Image dim Carême A 3°




3ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

La Samaritaine

Jn 4, 5-42

Ces jours-ci, il a fait chaud, très chaud et souvent il nous est arrivé d’avoir soif : la soif, ce besoin et ce manque de ‘’quelque chose’’, qui, nous le sentons bien, est vital pour notre organisme.  Vous savez qu’on peut faire la grève de la faim pendant plusieurs jours, mais on continue à boire car la grève de la soif, elle, serait très vite insupportable et dangereuse.

Boire = besoin vital, la soif est le signe physique de ce besoin. Elle nous dit : « Attention, il faut te désaltérer, ton organisme est en manque, tu en as besoin ».  Les biologistes nous le disent : un corps humain est d’abord composé de plus de 80% d’eau allié à des matières minérales, à des cellules vivantes qui ne se renouvellent que dans un liquide. L’eau, c’est la vie : pas de vie sans eau.

Pourquoi les déserts ? Parce qu’à ces endroits-là, il n’y a pas d’eau. Par contre, si au milieu de ce désert, vous apercevez une oasis, vous conclurez tout de suite : « Tiens, il y a un point d’eau, il y a des palmiers, l’homme peut y vivre ».

Mais l’homme intérieur, l’homme spirituel, a aussi d’autres soifs : des désirs, des rêves, des projets, des ambitions. Même s’il est comblé matériellement, il aura toujours soif d’autre chose comme cette Samaritaine qui demande au Christ : « Seigneur, donne-moi à boire », alors que c’est elle qui a le récipient et qu’elle se trouve au bord du puits.

« Si tu savais qui je suis, dit Jésus, c’est toi qui me donnerai à boire » et c’est ce qu’elle fait.

Parce qu’il n’a pas qu’un corps, mais aussi une âme, un esprit, un cœur, l’homme a d’autres soifs, bien plus impérieuses encore que la soif physique. On a trouvé, auprès des vêtements d’un homme qui s’était noyé volontairement, ce papier : « Je me noie avec de l’eau ordinaire, faute d’avoir pu trouver ce qui aurait désaltéré ma soif intérieure. Les hommes n’ont pas pu me fournir cette eau d’amour qui aurait pu désaltérer mon cœur ».

Sur la table de nuit de Marylin Monroe, à côté des cachets qu’elle avait absorbés pour s’en aller, il y avait un petit papier griffonné : « Tout le monde m’admire, chacun me désire mais personne ne m’aime ».

Oui, il nous faut une autre eau, une eau qui puisse satisfaire nos autres soifs. Comment l’appeler cette eau ? Le Christ lui a donné un nom. Il la nomme :  » l’eau vive « , c’est-à-dire l’eau qui fait vivre, l’eau qui donne la vie, toute la vie, qui comble totalement celui qui la boit, à tel point que le Christ, parlant de cette eau-là, déclare :

« Celui qui boira de cette eau n’aura plus jamais soif ».

 Alors, nous aussi, nous disons avec la femme de Samarie :

 « Seigneur, donne-la nous, tout de suite, cette eau-là !  »

Cette eau-là, elle a jailli en nous, le jour de notre Baptême. Dieu a versé en nous son Esprit Saint, son Esprit d’amour pour qu’il devienne, en chacun d’entre nous, une source de vie éternelle et de conversion. Cette eau-là, cette eau vive, elle est capable de désaltérer toutes nos soifs d’amour, tous nos désirs de connaissance, tous nos rêves les plus ambitieux et les plus fous, capable de désaltérer et de calmer toutes nos frustrations, toutes nos envies d’aimer et d’être aimé, tout ce qui nous laisse insatisfaits.

Parfois, nous oublions que cette eau vive est à notre portée.  A tous ces frustrés que nous rencontrons, à tous ces insatisfaits de la société de consommation, à tous ceux qui ont soif d’ailleurs et d’au-delà et d’autre chose, nous leur disons :

« Fais comme la Samaritaine, rencontre le Christ : il est l’eau vive. Avec lui, tu seras comblé définitivement ». Oui, comblé définitivement.

L’homme, tant qu’il n’a pas rencontré le Christ (regardez autour de vous), est un perpétuel insatisfait. Plus il se paganise, plus il a soif d’autre chose ; plus il s’éloigne de la source, plus il dit qu’il a soif. C’est normal ; il est créé à l’image de Dieu, il lui faut donc les mêmes besoins que Dieu : un Dieu de vérité, un Dieu de liberté, un Dieu de justice, un Dieu d’amour.

Il a soif de ce bonheur-là : il lui faut, à tout prix, en trouver la source et il va la chercher dans les biens matériels, le confort, la consommation. Il ne tombera là que sur une citerne crevassée et sans eau.

Il va donc chercher ailleurs, dans le domaine intellectuel : des théories, des idéologies, des philosophies. Là encore, c’est la steppe et le sable malgré tous les mirages.  Il aura beau consulter Marx, Freud, Nietzsche, Sartre, quelle sécheresse ! Que de désespoir !

On a dit que Sartre avait provoqué plus de suicides qu’il n’avait apporté de gouttes d’eau aux gorges desséchées ; philosophie du désespoir et du soupçon qui réduit l’homme à une caricature de lui-même et qui jette dans le sable toute l’eau vive de sa vocation, en niant son avenir divin, sa familiarité avec Dieu. On lui indique un puits, il se penche au-dessus de la margelle et n’y trouve que quelques cailloux.

Alors cette soif, avec quoi va-t-il l’étancher ? Pas avec des choses, pas avec des idées, peut-être avec l’amour ? Oui, mais avec quel amour ? Celui qu’on nous présente à la radio, à la télé, dans certaines revues ou dans certains films ? Amour d’épiderme : amour de rencontre ? Ou de location ? Amour d’instinct ? Amour de basse-cour ou de cour ? Ou bien celui que nous présente le Christ : un amour de cœur, amour d’oubli de soi, de service de l’autre, amour de fidélité, amour d’éternité ? Celui-là seul est porteur d’eau vive qui pourra combler intérieurement celui qui se donne : « Celui qui boira de cette eau-là, celle que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif ».

            Soif de vérité : en face de toutes les questions essentielles que se pose l’homme, on ne lui répond que par des slogans, des mensonges, de la pub, de la désinformation et de la propagande.  Qui peut se vanter aujourd’hui de penser par lui-même ? D’être indépendant des idées toutes faites qu’on veut lui faire avaler ?

Soif de liberté : nous sommes paralysés par nos habitudes, esclaves de nos routines et de nos facilités, enchaînés par nos lâchetés, sous le carcan du péché.  Qui brisera nos chaînes ? Qui nous fera avancer librement vers la vraie source ? Sinon le seul vrai libérateur qui offre l’eau vive et non de la boue.

Soif de justice : dans le monde dur et sans pitié que le nôtre, dans lequel le fort écrase le faible…  Parce que nous sommes fils de Dieu, nous avons soif d’une égalité, d’une fraternité et d’une liberté dont nous pouvons lire les mots sur les façades de nos mairies mais bien peu dans le cœur des hommes !

Comme la Samaritaine, murmurons au Seigneur :

« Donne-nous cette eau vive ». Alors, elle s’engouffrera en nous comme un barrage qui se brise pour nous faire vivre de la vie même de Dieu : l’eau vive.  AMEN




3ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 4, 5-42).

Le Don de l’Eau Vive de l’Esprit

 

En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.
Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
– En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ?
Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ;
mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari :
des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !…
Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »
À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.
Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.
Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,
le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.
Il est bien vrai, le dicton : “L’un sème, l’autre moissonne.”
Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui,
et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

            Jésus est sur les routes pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux, même aux frères ennemis d’Israël, les Samaritains. Il fait chaud et il a marché toute la matinée. A midi, alors que le soleil est au plus haut, il a soif et s’arrête au bord d’un puits. Mais ce dernier est profond et il n’y a rien sur place pour y puiser de l’eau…

            Arrive une femme Samaritaine avec sa corde et son seau… Il est interdit à un Juif de parler à un Samaritain ? Tout comme à un homme d’engager la conversation avec une femme seule ? Qu’importe… Le seul souci de Jésus est son bien, son bonheur, la Plénitude de sa vie. « J’ai soif », lui dit-il pour créer le contact… Et nulle part le texte ne dira par la suite qu’il boira…

            « Si tu savais le Don de Dieu », commence-t-il par lui dire, pour lui « mettre l’eau à la bouche », pour éveiller en elle le désir de découvrir, de recevoir ce Don de Dieu… Si tu savais aussi « qui est celui qui te dit « Donne-moi à boire » »… Elle a en effet sous ses yeux « le Verbe fait chair », « le Fils unique » et éternel du Père (Jn 1,14), Celui que le Père engendre en Fils de toute éternité par le Don de l’Esprit Saint… Il le connaît donc, Lui, le Fils, le Don de Dieu, car c’est grâce à lui et par lui qu’Il Est ce qu’Il Est. Et toute sa mission  consiste à proposer aux pécheurs que nous sommes, à nous dont le cœur ressemble à un désert aride et desséché, ce Don gratuit de l’Amour : l’Eau Vive de l’Esprit Saint (Jn 7,37-39), cet Esprit qui est Vie, « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Et si le Père engendre le Fils de toute éternité par ce Don de l’Esprit, ce même Don aura en nous, si nous consentons à l’accueillir, les mêmes effets… Nous serons alors tous « fils à l’image du Fils » (Rm 8,29), des créatures resplendissantes de Lumière et de Gloire pour avoir accepté de recevoir le Don de « l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Gloire » (1P 4,14).

            « Si tu savais le Don de Dieu et qui est Celui qui te dit « Donne-moi à boire », c’est toi qui lui aurais demandé » poursuit-il, « et il t’aurait donné de l’eau vive »… Autrement dit, Jésus a dit à cette Samaritaine « Donne-moi à boire » en espérant qu’elle lui demandera à son tour « Donne-moi à boire »… Et il fait tout pour qu’elle lui adresse effectivement cette demande, en toute liberté. Alors, il pourra la combler. « Demandez, et vous recevrez… Car quiconque demande reçoit… Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Lc 11,9-13), car telle est sa volonté : nous combler par son Esprit.     DJF




2ième Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (Mat 17, 1-9)

  « Il est bon que nous soyons ici ! » 

Nous avons tous connus des moments où nous nous trouvions dans un bonheur extrême, dans des situations diverses et différentes, où l’amour ou la satisfaction sont toujours présents, que ce soit une rencontre amoureuse, la naissance d’un enfant, ou une promotion professionnelle inattendue, ou … et on aurait aimé que ce moment dure longtemps …

Et cela se voit sur notre visage, où le bonheur transparait …

Malheureusement, cela ne dure pas tellement longtemps … parce qu’il faut revenir à la réalité humaine … et reprendre la vie de tous les jours !

C’est un peu ce qui est arrivé aux trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, montés avec Jésus sur « une haute montagne », assimilée le plus souvent avec le mont Thabor …

Avec quand même une grosse différence, c’est que là, dans l’évangile, ce ne sont pas les apôtres qui sont « transfigurés », mais le Seigneur Jésus, qui se montre tel qu’il est dans sa réalité.

Et cette vision de Jésus transfiguré, éblouissant de lumière, accompagné de Moïse et d’Elie, représentant la Loi et les Prophètes, eux qui avaient rencontré Dieu sur le mont Sinaï et le mont Horeb, permet de faire le lien entre Jésus et ce qu’il y avait avant, ce qu’on appelle l’ancien testament : Les paroles de Dieu transmises à Moïse sont à écouter au même titre que celles de Jésus, qui vient pour accomplir la Loi, et les enseignements ou les reproches faits par Jésus aux « croyants », pharisiens ou docteurs de la loi, ou aux publicains, sont à prendre pour nous au même titre que ceux faits par les prophètes en leur temps.

Devant un tel spectacle, ils tombent comme en extase … et voudraient que cela dure toujours : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. ».

Mais aussitôt, une nuée lumineuse, comme pendant l’exode, survint, et une voix leur dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! ».

C’est Dieu qui parle ! Mais nul ne peut voir Dieu sans mourir.

Alors ils se prosternent devant lui, « face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. ».

Ils n’ont pas vu Dieu, seulement entendu …

Qu’importe : ils ont peur de mourir !

Une réaction qui peut nous paraître puérile, à notre époque, car nous savons combien Dieu est bon et aimant, mais pas à ce moment-là.

Pourtant, ce ne sont pas les apôtres qui ont voulu voir Dieu, … mais c’est lui-même qui s’est fait connaître, … lui qui s’est approché d’eux … dans son amour …

Alors Jésus s’approche d’eux … calmement, doucement, … et furtivement les touche, comme une mère qui prend soin de ses enfants apeurés : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! », dans le sens de « n’ayez pas peur ! ».

Il faut dire que la Transfiguration a lieu dans un moment difficile pour Jésus et les apôtres : Pierre venait de reconnaître en Jésus « le Christ, le Fils du Dieu vivant ! », Jésus avait fait la première annonce de sa passion, avait prévenu les apôtres qu’il leur faudrait prendre leur croix pour le suivre, et que malgré tout, ils se dirigeaient fermement vers Jérusalem …

Si pour les trois apôtres, cela leur a permis d’avoir une petite idée de la Vie Éternelle, il n’en était pas de même pour les autres. C’est pourquoi « Jésus leur donna cet ordre : ’’Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts’’. »

Pour tous, en effet, il leur faudrait chacun traverser leur Pâque, porter leur(s) croix, mourir pour enfin ressusciter … et pouvoir planter leur tente auprès de Jésus dans la vie éternelle …

Seigneur Jésus,

tout le monde aurait voulu

être présent avec toi sur le mont Thabor,

te voir dans la lumière du  ressuscité …

Mais il nous faudra,

comme pour les trois apôtres,

d’abord porter nos croix à ta suite

pour être admis auprès de toi

dans le bonheur de la vie éternelle.

 

Francis Cousin    

   

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Image dim Carême A 2°




2ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 17, 1-9).

Jésus transfiguré, révélation vivante

du Royaume des Cieux

 

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

 

             Jésus vient d’annoncer pour la première fois à ses disciples sa Passion, sa mort et sa résurrection désormais toute proches (Mt 16,21-23). Eux qui croyaient siéger un jour à droite et à gauche de son trône dans le palais royal de Jérusalem (Mc 10,37) ! Et pour ce qui est de la résurrection, ils n’y comprennent rien (Mc 9,32) ! De plus, Jésus les a invités à prendre eux aussi leur croix à sa suite ! Et il a ajouté juste après : « Il en est d’ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venant avec son Royaume » (Mt 16,24‑28). Jésus est donc bien Roi, avec un Royaume, mais quel est-il ?

            L’épisode de la Transfiguration répond à toutes ces questions. La Lumière qui semble jaillir de son visage et de ses vêtements est celle-là même qui resplendira dans les ténèbres du tombeau au jour de la Résurrection. Elle est la Lumière de l’Esprit qui, au sommet de cette « haute montagne », « a resplendi aussi dans le cœur des disciples pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ » (2Co 4,6). « Par ta Lumière, nous voyons la Lumière » (Ps 36,10)…

« Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), et le Fils est « de même nature que le Père » en tant que « Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). De toute éternité, il est « engendré » par le Père, il reçoit du Père la Plénitude de la nature divine qui est « Esprit » et « Lumière ». Au moment de la Transfiguration, le Père comble également les disciples de ce même Esprit qui va alors « illuminer les yeux de leur cœur pour leur faire voir ces trésors de gloire » (Ep 1,17-21) qui sont dans le Fils mais aussi, en cet instant, en eux… Ils voient « le Fils de l’homme venant avec son Royaume », ils le voient, ils le vivent, car ils sont unis à Lui dans la communion d’un même Esprit… Et « le Royaume des Cieux est » justement « paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17).

« Le fruit de l’Esprit est joie » (Ga 5,22). « Il est donc heureux que nous soyons ici », de cœur, expérimentant, en le vivant, cette unité d’Esprit avec Dieu… Et c’est toujours ce même Esprit qui, au moment de la Passion, donnera à Jésus la force de vaincre le mal par le bien (Rm 12,21), en répondant à la haine par l’Amour et le Don de soi pour ceux-là même qui le tuaient… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Et c’est ce même Esprit qui se proposera à la foi des disciples pour les soutenir aux jours où, eux aussi, devront porter leur croix à la suite de leur Maître (Mt 10,17-20)… Avec lui et grâce à lui, le temps de la croix sera aussi celui de la Lumière, de la Gloire et de la Joie…         DJF




2ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Transfiguration

 Mt 17, 1-9

En repensant à ce qu’était la religion de mon enfance, je pense aussi aux plus anciens parmi nous : que nous avait-on appris ? Que « vivre en chrétien », c’était essentiellement de ne pas faire de péché mortel pour pouvoir aller au ciel après la mort.   Notre vie sur la terre avait comme but essentiel de nous préparer à aller au ciel après la mort.

Pourquoi faisait-on baptiser les enfants ? Parce que, sans Baptême, ils ne pouvaient pas aller au ciel après la mort. Le Baptême était comme le ticket d’entrée pour le ciel. Si on allait à la messe tous les dimanches, c’était pour nous rappeler que nous ne sommes sur la terre que pour mériter le ciel après la mort. On nous disait même qu’il fallait pour cela se résigner aux souffrances de ce monde puisqu’elles seraient récompensées par le bonheur du ciel après la mort.

Et puis, peu à peu, on a pris conscience que la vie sur terre n’était pas simplement faite pour parvenir au ciel après la mort mais qu’elle avait déjà une grande valeur en elle-même et pour elle-même. Notre vie familiale, notre vie professionnelle, notre vie de loisirs : c’est à travers tout cela que nous nous construisons nous-mêmes et que nous contribuons à construire le monde, à le faire progresser, à le rendre plus beau, plus amical, plus heureux.

Que notre société progresse vers plus de justice et de solidarité entre nous, entre tous, n’est-ce-pas à cela que Dieu nous appelle ? De là, les engagements que les chrétiens ont pris dans la politique, le syndicalisme et les activités culturelles ou caritatives de toutes sortes : « Le Royaume de Dieu, il doit être déjà parmi vous ».

Mais alors, ne risque-t-on pas de tomber dans un excès opposé au premier ! Ne plus vivre que pour cette vie terrestre ?

Ce récit de la Transfiguration que nous venons d’entendre, alors que pendant ce Carême, nous essayons de monter vers Pâques, nous rappelle que si notre vie sur terre a une immense valeur, elle n’est pas pour autant le tout de la vie. Notre vie de maintenant ne trouvera jamais son épanouissement définitif sur la terre. Nous sommes faits pour une plénitude, pour un accomplissement que nous n’atteindrons jamais ici-bas.  Bien sûr, nous devons nous battre pour une vie meilleure pour tous, mais notre vie sur terre restera toujours fragile et limitée.

Cet Evangile d’aujourd’hui nous rappelle donc le grand dessein de l’amour de Dieu : c’est qu’au-delà de la vie terrestre, nous parvenions à une vie totalement transfigurée dans la plénitude de la vie de Dieu.  Il ne s’agit pas, comme le désirait St-Pierre, de s’installer : « Une tente pour Jésus, une pour Elie, une pour Moïse et une quatrième pour nous” », il s’agit d’avancer, il s’agit de partir comme Abraham, aller planter sa tente ailleurs.

Comme les trois apôtres de Jésus, nous partons, nous cheminons avec le Seigneur vers cette plénitude de gloire et d’amour.  Mais ce cheminement ne se fait qu’à travers les imprévus et les péripéties de notre vie.

Jésus va bientôt rencontrer l’opposition des autorités religieuses de son temps qui le condamneront à mort et nous-mêmes, nous affronterons les problèmes quotidiens avec des échecs peut-être et finalement la mort. Mais au-delà du Calvaire, il y aura Pâques ; la Résurrection de Jésus ! De même, au-delà de notre mort, il y aura la vie en plénitude avec Dieu, avec Jésus.

Il n’est pas étonnant que les disciples se sentent bien au moment de la Transfiguration, dans cette lumière, dans cette douceur, et tous les hommes sont tentés d’arrêter leur vie au moment où elle prend un visage glorieux comme c’est le cas, sur le mont Thabor, ce soir-là.  Mais les apôtres sont vite ramenés à la réalité parce que les haltes de la vie ne sont jamais permanentes et les gens qui s’assoient sur leur bonheur se trompent de paradis.

Plus qu’un spectacle, la Transfiguration de Jésus est un appel au monde à se transfigurer, à se laisser illuminer par le divin qui l’habite.  C’est ce que St-Paul exprimait : « Et nous tous, qui, le visage découvert, réfléchissons, comme un miroir, la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, toujours plus glorieuse ».

La vie du chrétien devrait refléter la beauté de l’œuvre de Dieu, la grandeur de la gloire de Dieu. Sommes-nous des miroirs de Dieu ?  Vous savez comment font les opérateurs de cinéma pour mettre de la lumière dans la scène qu’ils vont filmer : ils utilisent de grandes plaques de métal qui captent le soleil et font dévier cette lumière sur le visage des personnages.

Captons-nous assez de soleil de Dieu pour que nos visages soient assez lumineux, assez illuminés, pour qu’on puisse dire : « Ce n’est pas sa lumière à lui, c’est la lumière de Dieu, en lui, sur lui ».

Sommes-nous, aux yeux des autres, assez transfigurés pour que les autres, en nous voyant, puissent deviner au-delà de nous-mêmes, qu’il y en a un Autre qui nous illumine et dont la lumière est capable d’éclairer les autres ? Trop souvent, nous donnons une image d’une croix sans espérance, comme si la Passion était un idéal de vie et nous sommes rejetés à cause de notre passivité.

Un chrétien, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il vit son carême, devient toujours vainqueur de la mort. Il est un ressuscité tout de suite parce qu’il est un baptisé c’est-à-dire un vainqueur de la mort.  La terre n’est pas une espèce de purgatoire attendant je ne sais quelle espérance dans un monde à venir.

Le chrétien est déjà un homme libéré et libérateur. Bien sûr, il y a toutes les difficultés de la vie, mais ces épreuves n’en font pas un vaincu qui crie au secours dans une perpétuelle prière plaintive.

Le chrétien vivant possède en lui la vie capable de vaincre toutes les morts, y compris celle de son égoïsme et de son orgueil.
Un chrétien, lui aussi, doit entendre la voix de Dieu proclamer : « Celui-ci est aussi mon Fils bien-aimé ». Le Fils bien-aimé du Père et cela doit transparaitre, étonner, irradier !

Notre vie chrétienne n’est pas pour plus tard, elle est pour maintenant et aussi pour demain.  La vie de Dieu devrait déjà nous transfigurer, nous illuminer, éclairer notre entourage. Nous devons être déjà les plus beaux des enfants des hommes, non pas par l’harmonie des traits de notre visage, mais par ceux de la beauté que donne la paix, la certitude d’être aimé superbement.

Notre présence aux autres devrait être si tonifiante qu’elle donne aux hommes qui nous côtoient le goût de dire comme St-Pierre : « Il fait bon chez vous. Nous voudrions y construire notre maison ». C’est cette espérance-là, une espérance pas pour demain, mais pour aujourd’hui, qui doit illuminer notre vie.

Il n’y a pas opposition entre notre vie quotidienne (notre travail, notre vie de famille et tous nos engagements) et la vie avec Dieu après la mort. Pas d’opposition, mais continuité et transfiguration éternelle de tout ce que nous aurons réalisé
ici-bas : rien ne sera perdu, tout sera transfiguré ! AMEN




1er Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Tentations au désert

Mt 4, 1-17

Ce récit des tentations, que nous venons d’entendre est comme un trousseau de clés, qui nous permet d’ouvrir à la fois la porte la plus secrète des faiblesses dans le cœur de l’homme et la porte la plus secrète des forces de Dieu dans le cœur de Jésus.

Ce récit-là, c’est déjà tout l’Evangile en abrégé : il est comme un guide de vie spirituelle. Si cet Evangile est le premier pour le 1er dimanche de notre entrée en Carême, il est comme un panneau-guide, en début du « parcours spirituel » qui nous indique à l’avance les embûches à éviter, les obstacles à franchir et les bonnes pistes à adopter.

Nous aussi, comme Jésus, pendant 40 jours, nous pouvons être poussés par l’Esprit, conduits par lui pour aller dans le désert : ce lieu de silence, de recueillement, où Dieu parle au cœur. Il ne s’agit pas pour nous d’un désert matériel : inutile d’aller jusqu’à la Plaine des Sables. C’est en nous qu’il faut le créer, ce désert : recueillant silence, prière pendant 40 jours, comme Jésus, uni à son père, réalisant mieux ce qui va devenir sa mission, prenant davantage conscience de la volonté du Père ; faire de votre carême, une véritable ‘’retraite’’ intérieure pendant 40 jours, jusqu’à Pâques, unis à Jésus, unis à son père, où le Seigneur lui-même nous parlera au cœur, où il nous dira de façon plus claire quelle est notre mission : la volonté du Père sur nous.

Dès qu’il y a désert, retraite, prière, vie plus intérieure, et plus spirituelle, apparait tout de suite et en même temps : la tentation. C’est normal ! Satan s’attaque en priorité à ceux qui essaient de chercher Dieu. Pour les autres, ceux qui ne cherchent pas Dieu, Satan n’a pas besoin de s’occuper d’eux.

Si bien, voyez-vous, que la tentation est plutôt un bon signe ! Si vous êtes tentés, si vous avez des tentations, j’allais dire : ‘’réjouissez-vous’’, car Satan n’attaque que ceux où Dieu est présent.

« Mon Père et moi, nous ferons chez lui notre demeure ».

Satan ne va pas assiéger des villes qui lui sont déjà acquises : il va d’abord attaquer les places fortes de Dieu, ce qui explique que les saints ont souvent été soumis à des tentations bien plus fortes et bien plus dures que les nôtres.  Alors, avec Jésus-Christ au désert, à l’écoute de son Père qui va lui faire découvrir sa mission, le mauvais va frapper fort. Devant Jésus, il joue son va-tout et il ne va plus le laisser tranquille jusqu’à Gethsémani, jusqu’à la croix, jusqu’au dernier moment où le Seigneur va crier : « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». « Père, je remets mon âme entre tes mains ».

C’est la Résurrection du Christ qui signera définitivement la défaite finale du mal et du malin.  Pour le moment, Satan va déployer toute sa panoplie de tentations, depuis les plus grossières jusqu’aux plus subtiles.  Comme tout ennemi, il va d’abord chercher sont les points faibles de son adversaire.

  • Jésus jeûne : il a donc faim, c’est son point faible. Il faut donc l’attaquer par là.

« Si tu es le fils de Dieu » : admirez le « si ». Satan sait très bien que Jésus est le Fils du Père : mais cela fait partie de sa tactique,  » mettre en doute « , dans le flou, on ne sait plus très bien où est la vérité… qui on est ? Quelle est notre mission ? Satan passe à l’attaque de cet homme affamé : « Ordonne que ces pierres deviennent des pains ».

Rappelez-vous c’était la même tentation alimentaire et matérielle à l’égard des hébreux dans le désert : « Ah ! Si nous avions au moins les oignons que nous mangions en Egypte tandis qu’ici, nous crevons de faim » … et Dieu leur offre la manne.

Tentation de sensualité qui s’adresse aux instincts de conservation, de protection ; instincts physiques qui sont bons mais que Satan veut détourner : « Que ces pierres deviennent des pains ».

Tentation de facilité si présente dans notre monde.

Tentation du « tout et tout de suite ».

Le désert est le lieu des mirages. Dans une tentation, Satan se sert

de notre imaginaire pour nous faire croire possible ce qui ne l’est pas.  Jamais des pierres ne sont devenues ‘’pains’’ et Jésus répond par une citation de l’écriture. Nous aussi, nous ne trouverons les véritables « réponses » à nos tentations que dans la Parole de Dieu : notre Bible, notre Evangile sont le réservoir de nos forces contre Satan, contre ses insinuations.

 « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre : mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Ecouter ce que dit Dieu, au lieu de prêter l’oreille à ce qu’insinue Satan. Jésus l’appelle « le prince du mensonge ».

  • Attention, ce n’est pas parce qu’une tentation est repoussée que Satan s’avoue vaincu : il attaque dans un autre secteur de votre vie si le précédent s’est montré assez fort. Il remet ça d’une façon différente dans une 2e tentation :

« Jette-toi en bas du temple » et puisque Jésus a utilisé l’Ecriture Sainte, eh bien, lui aussi, Satan, va l’employer :

« Les anges vont te porter sur leurs bras, ton pied ne heurtera pas la pierre » (psaume 90). « Si tu arrives, entouré d’anges, au pied du temple : inutile d’aller ensuite comme un vagabond, de village en village, annoncer que le Royaume de Dieu est proche.

Tout de suite, ils verront que tu es le Messie : un tour de magie ou deux, et voilà ! Le tour est joué, ils sont à tes ordres ».

Prestige immédiat, pas de contestations possibles :

« Ils auront vu sans avoir cru  » !

A quoi bon ces trois années de mission ? Un miracle spectaculaire n’est-il pas plus payant que des mois et des mois de prédication au milieu d’une foule qui croit bien plus aux miracles d’un jour qu’au dévouement quotidien ?

L’homme n’est pas fait pour demander des miracles à Dieu, il est fait pour vivre avec Jésus, en communion quotidienne, comme un fils avec son père et non pas comme un apprenti avec son patron sorcier.

Tentation du prestige facile, « de la poudre aux yeux », d’en mettre « plein la vue ».

 Tentation d’une Résurrection sans Passion préalable :

  . Evacuer le pénible

  . Réussir sans efforts

  . Devenir une idole et non pas un compagnon de vie

  . Admirer plutôt qu’aimer

  . L’artificiel au lieu du naturel

  . Le clinquant au lieu du vrai

  . Le paraitre au lieu de l’être

Non pas demander des miracles à Dieu, mais, lui demander assez de forces, assez d’amour pour vivre à plein mon existence ordinaire, celle de tous les jours.

            Ne pas tenter Dieu en lui demandant des signes mais le prier en lui demandant notre « pain quotidien ».

  • 3e tentation : « Je te donnerai le monde si tu m’adores ». Satan offre à Jésus ce qui lui appartient déjà ! Il continue à mentir.

Tentation de domination, du pouvoir : être maitre du monde : Jésus adorant Satan ! Vous vous rendez compte ? Alors que Jésus est tout et que Satan n’est rien et qu’il a été définitivement vaincu à la mort et à la Résurrection du Christ.

Il joue simplement son va-tout avant de disparaitre mais il reviendra et Jésus le trouvera toujours présent, à côté de lui jusqu’au Calvaire.

Il sera aussi toujours à côté de nous jusqu’à notre mort. Toute notre vie chrétienne est faite de choix successifs.  A chaque fois, j’ai à opter : les pierres ou le pain, le miracle ou la foi, le pouvoir ou le service.

 Le Carême, c’est ce même choix à refaire pour tout croyant : opter pour Jésus ou pour ses adversaires, pour la mort de Jésus en moi ou pour sa vie avec moi !

Se convertir, dans notre vie, c’est lutter, c’est combattre, c’est contredire Satan par la Parole de Dieu, par des actes contraires à ceux qu’il nous suggère.

A chaque fois, avoir le courage d’opter pour les valeurs de l’Evangile. Dieu seul est Dieu et il n’y a pas d’autres dieux que lui : ce Carême nous est donné pour nous libérer des faux dieux. AMEN




Mercredi des cendres – Homélie du Père Rodolphe EMARD (Mt 6, 1-6.16-18)

Ce mercredi des Cendres marque le temps d’un nouveau Carême.

Le Carême est souvent perçu comme un temps d’efforts, de bonnes résolutions que nous avons du mal à tenir. Aussi, quand arrive la Semaine sainte, nous avons le sentiment que le Carême a passé à toute vitesse et que, du coup, une fois de plus, nous n’avons pas tenu toutes les promesses que nous nous étions faites. Il y a comme un sentiment de frustration qui pourrait nous donner à croire que le Carême ne servirait à rien. Loin de là !

Cette impression « d’échec », « de ne pas y arriver » est le signe qu’il y a des choses à faire pour changer nos habitudes de faire le Carême. Certaines résolutions ou certains efforts sont peut-être à revoir. Il convient aussi de bien comprendre quel est le sens du Carême.

Nous réduisons trop le Carême qu’à de simples privations, aussi importantes qu’elles soient. Dans le Carême, il y a bien la dimension du jeûne, nous y reviendrons. Le Carême est important, ne le doutons pas ! Des grâces peuvent découler si nous nous donnons les moyens de le vivre vraiment.

Le Carême nous prépare à célébrer le mystère pascal du Christ, sa mort et sa Résurrection pour le Salut du monde. Le Carême est avant tout un temps de conversion, un moment favorable pour rencontrer Dieu :

  • Le prophète Joël : « Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! »

  • Saint Paul : « Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

Le Carême est un temps de conversion qui nous invite à nous reconnaître pécheur, personne n’est parfait ! C’est un temps où nous sommes invités à considérer nos propres péchés avant de voir ceux de notre prochain : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. » (Psaume 50).

Nous ne sommes pas toujours mieux que les autres… quels sont ces obstacles, ces péchés qui nous empêchent de revenir à Dieu, de tout notre cœur ? Nous voyons que le Carême engage chacun personnellement et il exige persévérance et un vrai acte d’abandon au Christ. Sans lui, nous ne pouvons rien faire.

Le rite des cendres est un rite pénitentiel qui nous rappelle que nous sommes des êtres fragiles, pécheurs et que nous avons besoin de nous convertir. Pour l’imposition des cendres, deux versets sont proposés :

  • « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15).

  • « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière » (cf. Gn 3, 19).

Le Carême est aussi un temps pour mieux nous centrer sur notre prochain, retisser les liens blessés, compliqués avec certains de nos frères et sœurs. Si le Carême est un chemin de conversion, il s’agit bien d’entreprendre le chemin du pardon et de la réconciliation. Le sacrement du pardon peut nous aider à entreprendre ce chemin. Des célébrations pénitentielles seront proposées dans les paroisses, allons-nous y participer ?

Le Carême est encore un temps pour nous recentrer sur nous-même, pour mieux entrevoir nos priorités, ce qui est finalement essentiel dans notre vie. Cela est nécessaire au cours de ce tourbillon de la vie, avec nos rythmes effrénés, nos différentes préoccupations, sans doute légitimes, mais quel temps prenons-nous vraiment pour Dieu et notre prochain ? Quel temps prenons-nous pour nous ressourcer spirituellement pour être mieux disponible pour Dieu et pour les autres ? Il nous faut apprendre à  distinguer les choses importantes et les choses prioritaires…

Voilà le sens du Carême. Et l’Évangile nous donne trois moyens pour le vivre :

  • Prier, se tourner vers Dieu. Ce n’est pas sans rappeler l’importance de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie dans ce pilier de la prière.

  • Jeûner, c’est-à-dire se priver de ce qui n’est pas essentiel pour mieux nous centrer sur Dieu et sur notre prochain.

Quels seront ces efforts, ces gestes, ces attentions que nous prendrons pour soigner nos relations humaines (familiales, professionnelles, associatives, dans nos quartiers…) ? N’oublions pas trop vite nos relations humaines des plus « houleuses » …

  • L’aumône (ou le partage) va de pair avec le jeûne. Vivre la charité pour mieux nous rapprocher de Dieu et de notre prochain. Le partage nous invite à redécouvrir le sens de la gratuité, du désintéressement, comme nous l’enseigne Jésus : « Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.»

Il ne s’agit pas de voir la récompense de l’homme, ce que nous pouvons avoir en retour… mais voir, considérer la récompense que Dieu nous donnera pour l’éternité : « ton Père qui voit dans le secret te le rendra. »

Que le Seigneur nous donne la grâce de pouvoir vivre ce nouveau Carême. Que chacun puisse le demander sincèrement au Seigneur. Je termine avec cet appel de saint Paul : « Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. » C’est maintenant et pour quarante jours ! Bon et saint Carême à tous !




1° Dimanche de Carême – par Francis COUSIN (Mat 4, 1-11)

« Tentation au désert. »

Le désert, lieu de solitude, lieu de ressourcement, où on est seul face à soi-même … C’est le moment de réfléchir à sa vie … celle qui est passée … et celle qui va suivre …

Et arrivent inévitablement les questions existentielles … qu’ai-je fait de ma vie … qu’est-ce qui est important … qu’est-ce qui me fait vivre … Et apparaît la question de Dieu …

Une question qui devait tarauder Jésus depuis son récent baptême … avec l’Esprit qui descend sur lui … et surtout les cieux qui se déchirent et la voix du Très-Haut qui annonce à tous ceux qui sont là : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui je trouve ma joie. » (Mt 3,17).

Et l’Esprit conduit Jésus au désert … « pour être tenté par le diable. » …

On peut être surpris par cette affirmation volontariste « pour être tenté »,  comme si c’était le but … On aurait pu s’attendre à « Et là, il fût tenté par le diable. » ; ce qui semble plus réaliste, parce que dès que l’on se pose la question de Dieu, inévitablement le diable apparaît pour essayer de nous attirer à lui plutôt qu’à Dieu …

« Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. »

Je crois que la plupart d’entre nous n’aurait pas attendu quarante jours pour avoir faim !…

Mais l’essentiel est dans le nombre quarante : c’est le nombre de jours et de nuits que Moïse passât sur le mont Sinaï quand il reçut les dix paroles : « Moïse demeura sur le Sinaï avec le Seigneur quarante jours et quarante nuits ; il ne mangea pas de pain et ne but pas d’eau. Sur les tables de pierre, il écrivit les paroles de l’Alliance, les Dix Paroles. » (Ex 34,28).

Moïse n’a pas eu faim, et ne fût pas tenté par le diable … du moins, on ne nous le dit pas.

Cela permet de nous indiquer que Jésus est le nouveau Moïse, celui dont il faut entendre les Paroles comme étant des Paroles de Dieu.

Première tentation : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. ». Le diable parle de besoins terrestres, immédiats, vitaux.

On est au ras du sol : faire des pierres du désert des pains à manger. Avoir ce qui nous manque …

Réponse de Jésus : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (cf Dt 8,3). Jésus passe du pain matériel au pain spirituel : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim. (…) Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6,35-54).

Deuxième tentation : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » (cf Dt 6,16).

On est cette fois-ci au sommet du temple de Jérusalem, on est monté en altitude, au-dessus de la maison de Dieu de l’ancien testament … C’est un défi qui est lancé à Jésus, et à Dieu. C’est vrai que sauter du haut du temple et atterrir en douceur, à la vue de tout le monde, on se fait tout de suite remarquer, ça fait « classe », … c’est la tentation du paraître, du prestige … du tape à l’œil … C’est la volonté de réduire la religion à du merveilleux, qu’on admire peut-être, mais qui n’a rien à voir avec Dieu, avec son amour pour les hommes, sa proximité …

Réponse de Jésus : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. ».

Troisième tentation : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. ».

On est monté encore plus haut, au sommet d’une montagne permettant de voir toute la terre. Le diable veut atteindre Dieu dans son œuvre de création … et le mettre à néant. C’est le sommet de la volonté de pouvoir, se croire supérieur à Dieu …

Réponse de Jésus : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » (cf Dt 6,13).

« Alors le diable le quitte. »

Ces trois tentations que Jésus a subies sont un peu les archétypes de toutes les tentations, dans leur gradualité.

La première, c’est la tentation de l’avoir, … de plus en plus … et alors apparaît la deuxième tentation, celle du paraître, … de plus en plus … qui amène à la tentation du pouvoir, … de plus en plus … et on arrive à l’injustice et toutes ses dérives …

Toutes ces tentations étant alimentées par l’égoïsme … entre autres …

Ce n’est pas ce que nous voulons, en tant que chrétiens …

« À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35).

Seigneur Jésus,

tu t’es fait homme, et comme nous aussi,

tu as été tenté par le diable.

Mais toi, tu as pu lui clouer le bec facilement.

Aide-nous à résister à ses assauts,

et à ne pas entrer en tentation.

 

Francis Cousin    

   

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Image dim Carême A 1°




1° Dimanche de Carême – par Claude WON FAH HIN (St Mt 4, 1-11)

Commentaire du  Dimanche 26 Février 2023

 

Genèse 2.7–9; 3.1–7 ; Romains 5.12–19 ; Matthieu 4.1–11

Les textes d’aujourd’hui nous parlent de grâces divines, de tentation, de péché et de leurs conséquences. La Genèse nous dit que Dieu a créé Adam et Eve. Il a créé Adam en état de sainteté avant qu’il ne pèche. Pour avoir une idée de l’importance des actes d’Adam avant son péché, voici ce que nous dit Luisa Piccarreta qui a écrit 36 volumes de son œuvre, un dialogue avec Jésus, intitulé « le Livre du Ciel », dont le contenu a été vérifié en 1997 par deux théologiens hautement qualifiés et intégralement approuvé en 2010. Dès Janvier 1996, le cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, devenu Pape Benoit XVI en 2005, signe le document du Vatican permettant l’ouverture de la Cause de Béatification de Luisa Piccarreta. Tout cela, pour vous donner une idée du sérieux de ses écrits. Avant son péché, Dieu a donc donné à Adam ce qu’il voulait donner à chaque créature humaine : le don de la « Divine Volonté ». Jésus dit à Luisa :  « Notre Volonté s’est mise à sa disposition (à la disposition d’Adam) pour lui donner toute l’aide dont il aurait besoin. Nous lui avons communiqué notre Volonté comme vie première et acte premier de toutes ses œuvres. Afin de grandir en grâce et en beauté, il avait besoin d’une Volonté Suprême qui allait non seulement coopérer avec sa volonté humaine, mais suppléer aux œuvres de toutes les âmes…Adam possédait une sainteté telle, lorsqu’il fut créé par Dieu, que ses actes, même les plus petits, avaient une valeur telle qu’aucun saint, ni avant ni après ma venue sur la terre, ne peut se comparer à sa sainteté. Et tous les actes de tous les saints n’ont pas la valeur d’un seul acte d’Adam, car il possédait, dans ma Divine Volonté, la plénitude de la sainteté, la totalité de tous les biens divins. Si Adam avait un tel don avant son péché, imaginez les dons que Marie peut avoir. Saint Louis-Marie Grignion de Monfort nous dit que Jésus a donné à Marie, par grâce, tous les mêmes droits et privilèges qu’il possède en nature. – Le texte de la Genèse nous montre combien le serpent est menteur, et il essaiera de tromper Le Christ comme il a trompé Adam et Eve. Le serpent vient discuter avec Eve. Il lui dit : « Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? ».

La première erreur d’Eve est de répondre à l’Esprit du Mal. On ne discute pas avec le démon. Lorsque dans un foyer, éclate une dispute, il y a toujours un qui commence en premier à dire du mal de l’autre. L’idéal est de ne pas répondre parce que celui qui dit du mal, son esprit n’est pas celui de Dieu mais de l’Esprit du Mal. On ne discute pas avec le démon qui dit toutes sortes de mots mortifères, contraires à la Vie et capables de provoquer la mort. La mort est le but premier de l’Esprit du mal, mort provoquée par le péché. Et pour nous amener au péché, le mensonge est l’arme absolu du l’Esprit du Mal. Et voilà qu’Eve lui répond : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. 3 Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort ». Réponse du serpent qui continue de mentir : « Pas du tout, vous ne mourrez pas…vous serez comme des dieux ». Et Eve se met à écouter et en quelque sorte à obéir au serpent. Elle va commettre son péché : désobéir à Dieu. Le but du serpent est d’amener Eve au péché, celui de la désobéissance à Dieu. Tout péché est une désobéissance à Dieu. Et faisons attention à notre propre imagination qui agit comme la télévision dans notre tête avec toutes sortes de films : violence, révolte, mensonge, cupidité, sexualité, désunion, le chacun pour soi, dureté de cœur, écrasement des autres etc…Adam et Eve devaient nous transmettre cette plénitude de la sainteté, mais c’est finalement le péché que l’humanité va hériter. La Divine Volonté dont nous parle Luisa Piccarreta n’est rien d’autre que l’obéissance à Dieu toujours et partout, qui permet d’accomplir en permanence la volonté de Dieu parce que nous dit Luisa Piccarreta « La Divine Volonté, c’est Dieu qui vit dans l’humain non seulement de façon spirituelle, mais charnelle » comme nous le dit Saint-Paul : « Ce n’est plus moi qui vis mais le Christ qui vit en moi ».

Le don de la Divine Volonté, Marie l’a aussi puisqu’elle a les mêmes dons que son Fils par grâce de Dieu alors que le Fils les a par nature. Et nous voyons les capacités de Marie dans nos vies et ses actions dans le monde entier. Paul l’explique bien quand il dit : « il n’en va pas du don comme de la faute. Si, par la faute d’un seul (Adam), la multitude est morte (l’humanité connait la mort par le péché), combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude ». Il suffit de lire la vie des saints pour comprendre l’importance de la grâce que Dieu leur a offerte. « Et il n’en va pas du don comme des conséquences du péché d’un seul : le jugement venant après un seul péché aboutit à une condamnation », autrement dit, un seul péché peut ruiner toutes nos bonnes œuvres, un peu comme Judas qui a perdu sa vie pour avoir trahi Jésus-Christ, et ainsi donc, un seul péché peur suffire à notre condamnation et à l’inverse, un seul pardon de Dieu suffit pour effacer tous nos péchés et nous conduire au Royaume de Dieu : « l’œuvre de grâce à la suite d’un grand nombre de fautes aboutit à une justification », c’est ce que nous dit aussi Sœur Faustine quand elle dit : «§1697. J’accompagne souvent les âmes agonisantes et je leur obtiens la confiance en la miséricorde divine, …. La miséricorde divine atteint parfois le pécheur au dernier moment, d’une manière étrange et mystérieuse. A l’extérieur c’est comme si tout était perdu, mais il n’en est pas ainsi ; l’âme éclairée par un puissant rayon de la grâce suprême, se tourne vers Dieu avec une telle puissance d’amour, qu’en un instant elle reçoit de Dieu le pardon et de ses fautes et de leurs punitions, et à l’extérieur elle ne nous donne aucun signe de repentir ou de contrition, car elle ne réagit plus aux choses extérieures. …Mais il y a aussi des âmes, qui volontairement et consciemment rejettent cette grâce et la dédaignent. Bien que cela soit déjà l’agonie, Dieu miséricordieux donne à l’âme ce moment de clarté intérieure, et si l’âme le veut (il faut donc choisir volontairement de suivre Dieu, pas de faux dieux ou des idoles), elle a la possibilité de revenir à Dieu. Mais parfois, il y a chez les âmes un tel endurcissement, qu’elles choisissent consciemment l’enfer (ou les faux dieux) ; elles font échouer toutes les prières que d’autres dirigent vers Dieu à leur intention, et même les efforts de Dieu… « Ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice (pour qu’ils soient purifiés, alignés, ajustés sur Dieu en permanence) régneront dans la vie par le seul Jésus Christ ».

C’est pourquoi, Jésus Christ doit être au centre de notre vie de tous les jours. Et il nous donne l’exemple pour ne pas être complice de l’Esprit du Mal lors des tentations. Une tentation n’est pas un péché, mais elle risque de nous mener au péché. Elle vient de manière subtile dans notre vie et toujours sous forme de bonnes choses, comme lorsque l’on met du miel pour attraper les mouches. Jésus est emmené au désert par l’Esprit Saint pour être tenté par le diable. Autrement dit, la tentation peut être une bonne chose puisque voulu par Dieu le Saint-Esprit. C’est une épreuve pour chacun de nous, appelé à rester fidèle au Christ, comme le Christ est resté fidèle à son Père, en luttant contre le démon qui nous tente en permanence.

Première tentation venant juste après que Jésus ait jeûné pendant quarante jours et qu’il eut faim: « le tentateur lui dit : Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains ». En disant « si tu es Fils de Dieu », alors qu’il sait parfaitement bien qu’Il est Dieu, le tentateur veut amener Jésus à douter de sa condition divine, et l’amener à fournir une preuve qu’il est bien Fils de Dieu. Et Jésus ne lui donnera aucune preuve qu’Il est bien le Fils de Dieu, car s’il le faisait, cela signifiera que Jésus aura fait ce que le tentateur lui a demandé, qu’il lui a en quelque sorte « obéi » en voulant lui donner cette preuve, et donc qu’Il aura obéi au démon. On n’obéit pas au démon sinon c’est le péché assuré. Et Jésus lui répond en citant une parole de la Bible : « Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Et en même temps, c’est une invitation qui nous est faite : nous nourrir de la parole de Dieu, c’est-à-dire du Christ lui-même. Ne laissons pas nos bibles se couvrir de poussière: Parole de Dieu, parole de vie dont nous avons besoin pour vivre de la vie de Dieu. Et prenez au sérieux la Parole de Dieu : quand Il dit qu’il n’y a qu’un seul Dieu, c’est qu’Il n’y en a qu’un seul et il n’y a pas d’autres dieux à aller voir ailleurs. Dieu a condamné ceux qui, dans l’Ancien Testament, sont allés adorer d’autres dieux ( avec un petit « d »), dieux qui n’existent pas, et c’est de l’idolâtrie. Le pain c’est de la matière pour le corps, mais nous avons surtout besoin de la parole de Dieu pour notre âme, et Dieu, s’il le veut, comme il l’a déjà fait pour plusieurs saints ou saintes, peut nous enlever ce besoin de nous nourrir le corps: Marthe Robin a vécu cinquante-trois ans (1928-1981) sans manger sauf une hostie par jour ; à 17 ans (1882), Luisa Piccarreta a commencé à ne plus être capable de garder sa nourriture et elle a été obligée de garder le lit ; Thérèse Neumann, une stigmatisée aussi, cesse de manger en 1922 à l’âge de 24 ans, et en 1926, elle ne pouvait plus boire également. Jusqu’à la fin de sa vie, c’est-à-dire pendant trente-cinq ans, elle n’absorba aucune nourriture, ni solide, ni liquide mais comme les autres stigmatisées, elle ne vivait que par le Christ. Jésus-Christ est bien plus important que de boire et manger. Il est Vie et nous donne la vie. – A la deuxième tentation du Christ, le tentateur lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges (de te garder en toutes tes voies), et sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre ». Là aussi, le démon qui connait bien la Bible cite le Ps 91,11-12, tout en falsifiant un peu le verset 11 en omettant l’expression « 11 il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies  ». Ce psaume est un psaume de confiance, de protection divine accordée au juste: si le juste connaît l’épreuve, Dieu l’en délivrera. C’est la parole de Dieu que l’on n’a pas à mettre en doute. Or le diable demande à Jésus de se jeter en bas, juste pour vérifier si Dieu va tenir ses engagements. En fait c’est un piège tendu à Jésus: Si Jésus se jette en bas, non seulement, il obéit à Satan, mais encore il met en doute la parole même de Dieu puisqu’il va essayer de voir si la parole de Dieu va être vraiment appliquée à cette situation, ce sera un moyen de vérifier la parole de Dieu, et donc on ne fait pas confiance en Dieu. Cette seconde tentation est la plus grave de toutes les tentations car il s’agit d’une perversion de notre relation à Dieu, d’une dégradation, d’un dérèglement de notre relation à Dieu. Cela s’appelle « tenter Dieu », c’est une manière de vérifier s’Il va réellement mettre en pratique ce qu’il a promis, vérifier si Dieu nous aime réellement, et c’est un manque de confiance en Dieu. De même, quand le catholique dit « je crois en un seul Dieu » du symbole de Nicée-Constantinople et qu’ensuite il va voir d’autres soi-disant « dieux » ailleurs, il y a manifestement un manque de foi en ce Dieu unique que Jésus-Christ nous a fait connaître. Ne pas croire en une seule parole de Jésus, c’est ne rien croire en la parole de Dieu tout court. On ne peut pas dire qu’on ne croit qu’à certaines paroles du Christ, ce n’est pas possible. Réponse du Christ : « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu » – Dans la troisième tentation, le diable dit à Jésus : « je te donnerai tous les royaumes du monde si tu te prosternes à mes pieds ». C’est ainsi que Lucifer a péché : en voulant prendre la place de Dieu. Il voudrait que Jésus se prosterne devant lui, se prenant ainsi pour un « dieu », mais il n’est pas Dieu. Et ceux qui lui obéissent, les dirigeants du monde, les malfaiteurs, les violents, les ennemis de la paix vont finir par massacrer le monde puisque Satan amène toujours à la mort, à la division, alors que le Christ, Lui, ne donne que la Vie parce qu’il est Amour. Le diable veut qu’on désobéisse au Dieu unique et qu’on l’adore, lui, le diable, voulant ainsi amener le Christ au péché : d’abord, le premier commandement est « Tu adoreras Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout », et le diable demande qu’on se prosterne devant lui ; ensuite, c’est Dieu qui donne tout à son Fils, pas le diable qui ne fait que mentir. Lc 10,22 : Tout m’a été remis par mon Père, …Ps 2,8 : Demande, et je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre. Le diable n’a aucun pouvoir, il n’a rien sinon que le mensonge, c’est Dieu qui a tous les pouvoirs du monde. Rappelons ce que Jésus disait à Luisa Piccarreta sur la sainteté d’Adam avant qu’il ne pèche : « Adam possédait une sainteté telle, lorsqu’il fut créé par Dieu, que ses actes, même les plus petits, avaient une valeur telle qu’aucun saint, ni avant ni après ma venue sur la terre, ne peut se comparer à sa sainteté. Et tous les actes de tous les saints n’ont pas la valeur d’un seul acte d’Adam, car il possédait, dans ma Divine Volonté, la plénitude de la sainteté, la totalité de tous les biens divins ». Remercions le Seigneur de donner à Marie d’être l’« Immaculée Conception », la plus grande sainte du monde et de tous les temps.