25ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 Les ouvriers de la 11e heure

Mt 20, 1-16

Vous vous en doutez bien, frères et sœurs, cette page d’Evangile n’est pas pour nous dire comment un chef d’entreprise doit payer son personnel. S’il en était ainsi, l’entreprise en question aurait vite fait de se mettre en faillite et d’envoyer au chômage tous ses employés avec l’accord unanime de tous les syndicats.

Le but de Jésus, dans cette parabole est tout autre : elle veut nous faire comprendre l’immense bonté de Dieu pour les pauvres, les déshérités, les marginaux et son amour gratuit, désintéressé à l’égard de ceux qui n’ont aucun mérite à faire valoir. « Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui embauche des ouvriers pour les vendanges ».

– Le Royaume des cieux : c’est Dieu lui-même ; les ouvriers : c’est nous, les humains.

– Il embauche le matin puis à midi, à trois heures, à cinq heures du soir ! Il n’y a pas d’heure pour travailler à l’œuvre du Père : quel que soit le moment de la journée, Dieu embauche et ce n’est pas tant l’urgence du travail que la vision de ces gens affalés, oisifs, démobilisés et pauvres par voie de conséquence qui va inciter le maître à les envoyer à sa vigne : les ouvriers, c’est nous, les humains ; tous, quel que soit notre âge, notre condition, nos forces, nos capacités, nous sommes embauchés au travail du Père. A la fin de la journée, c’est la paye : et, surprise ! Indignation ! Il donne aux derniers embauchés le salaire d’une journée, comme à ceux qui avaient travaillé dès le matin alors que les derniers n’ont fait qu’une heure. Qu’est-ce-que ça veut dire ?

– Ces derniers embauchés représentent les paumés, les pauvres types, ceux qui n’ont pas eu de chance dans leur vie, ceux que l’on a envie d’ignorer : voyous, clochards, cagnards et vauriens de toutes sortes, ceux que l’Evangile appelle souvent « les publicains et les pécheurs ». Eh bien ! Ceux-là, Jésus nous dit que Dieu les aime autant que les autres. Ils gardent toute leur valeur à ses yeux : d’ailleurs, Jésus, non seulement les fréquente, mais il mange avec eux, comme avec des amis.

« La volonté de mon Père, dit-il, c’est que pas un seul d’entre eux ne se perde ! » Eh bien oui ! Dieu est comme ça ! Il ne pose aucune condition discriminatoire à l’amour qu’il porte aux pauvres et aux pécheurs. Tout homme, quel qu’il soit, est précieux à ses yeux.

Attention, frères et sœurs, à ne pas nous tromper de Dieu ! Le vrai Dieu révélé par Jésus-Christ, c’est celui qui nous a aimé le premier, sans initiative de notre part alors que nous ne le connaissions même pas ! C’est le Dieu généreux qui n’attend pas que l’on ait fait un premier geste à son égard, mais qui met son point d’honneur à offrir son salut à tous les pécheurs, à tous les malchanceux. L’obtention de la présence de Dieu n’est pas due à nos mérites, mais à sa miséricorde : Dieu est tellement différent de ce que nous pensons de lui ! Ses réactions, ses penchants sont si dissemblables des nôtres !

Rappelez-vous aussi la parabole de l’enfant prodigue : ce garnement, égoïste et ingrat qui quitte la maison familiale pour aller faire la noce dans un pays lointain et qui finit par revenir, non pas à cause de son père ! Mais parce qu’il n’avait rien à manger ! Son Père, notre Dieu, court au-devant de lui, dès qu’il l’aperçoit sur la route du retour, il l’embrasse, il lui a déjà tout pardonné : on fait la fête pour l’accueillir !

A travers ces paraboles, Jésus nous dit 3 choses :

– la 1ère, vous aussi, faites de même : ne soyez pas mesquins, vengeurs ; soyez généreux, magnanimes, miséricordieux comme votre Père du ciel ; ne calculez pas comme Pierre qui fait des comptes : « Combien de fois devrais-je pardonner ? Jusqu’à 7 fois ? »

« Mais non, répond Jésus, pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 77 fois sept fois ! Cesse donc de calculer ! Est-ce-que, moi, Dieu, je calcule le nombre de fois où je vous pardonne ? »

Rappelez-vous Jésus, avec Pierre justement, après la Résurrection : Pierre l’avait renié ; non seulement Jésus lui pardonne mais il lui redonne toute sa confiance, il en fait le premier pape de l’Eglise :

« Sois le pasteur de mon troupeau tout entier ». Folie de l’amour de Dieu !

– 2e chose à retenir : si Dieu regarde avec amour, comme ses enfants bien aimés, les plus pécheurs, les plus malchanceux, les plus voyous, à plus forte raison les étrangers, comoriens ou autres mahorais, sachons les regarder, nous aussi avec amour, avec respect et les considérer comme des frères, sans les juger ? Ce n’est pas facile d’avoir, à notre tour, sur eux, le même regard que Dieu.

– 3e chose à retenir surtout : souvenons-nous que nos rapports avec Dieu, ne sont pas des rapports de serviteurs à maître. Jésus nous a dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais ‘’ AMIS ’’ ».
Le serviteur attend de son patron un salaire pour le travail fourni, peut-être même un peu plus… un treizième mois, toujours prêt s’il est, en plus, un bon syndicaliste, à réclamer davantage, il va comparer son salaire avec celui des autres par jalousie, par dépit de voir ceux qui n’ont travaillé qu’une heure recevoir autant que lui. C’était la mentalité de ces bien-pensants du temps de Jésus, les pharisiens, puisqu’ils pratiquaient la loi, ils s’estimaient être quittes envers Dieu et Dieu se devait de les récompenser !

 

« J’ai fait ceci, tu me dois ça ! », « J’ai dit cette prière, j’ai fait cette neuvaine, j’ai fait plaisir à mon voisin ; maintenant, à mon tour : Paye-moi ! ».

Non ! Dieu n’est pas un commerçant dont nous sommes les clients.

 

 

Il n’est pas derrière un comptoir avec un grand livre où il fait le total de ce que j’ai fait pour lui. Il me prend dans ses bras et me dit : « Mais toi, tu es mon fils ».

Si nous avons cette mentalité du ” donnant-donnant ” avec le Père, nous sommes de ceux qui se croient ” les premiers ” et qui seront ” les derniers ” dans le Royaume des cieux, après les publicains et les prostituées qui se sont convertis au dernier moment. L’explication, voyez-vous, c’est que nous ne sommes plus sous le régime du droit et de la loi mais sous le régime de l’amour et de la grâce. Nous ne serons jamais quittes envers Dieu et jamais nous ne pourrons l’aimer comme il nous a aimés ! Alors ? Que faut-il faire ?

Il nous traite comme des fils parce qu’il est Père : aimons-le d’un cœur filial. Aimons Jésus de toutes nos forces puisqu’il nous a choisis comme Amis ! Passons d’une mentalité juridique à une mentalité affectueuse et nous serons dans le “vrai “.

A travers ces paraboles qui nous choquent parce que notre mentalité n’est pas celle de Dieu, nous n’aurons jamais fini de découvrir Dieu ! Isaïe, tout à l’heure, nous disait :

« Cherchez Dieu, cherchez le Seigneur, cherchez-le dans la prière filiale, cherchez-le dans la méditation de l’Evangile : vous verrez

 Dieu n’est pas celui que vous croyez, cherchez-le avec votre intelligence et aussi et surtout avec votre cœur… Et plus vous le chercherez, plus vous constaterez qu’il est différent de nos réactions humaines, mesquines, égoïstes, juridiques ».

« Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant ses chemins sont élevés au-dessus de vos chemins et ses pensées au-dessus de vos pensées ».

 Dieu nous dépassera toujours… heureusement pour nous ! AMEN




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

« La logique de l’Amour »

(Mt 20,1-16)

  En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne.
Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire.
Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.”
Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?”
Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.”
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.”
Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier.
Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier.
En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
“Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !”
Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?
Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi :
n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?”
C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

                    

             Deux logiques s’affrontent dans notre parabole : celle du mérite, et celle de la bonté.    Dans la première, l’homme est au centre, avec ses froids critères de justice qui ne laissent aucune place à la bonté, à la générosité. « Je travaille, je fais des efforts et des sacrifices : je mérite donc de recevoir le salaire qui correspond à ma peine. » Dans cette logique, l’homme est seul : il se contemple dans un miroir, lui et son œuvre, et il juge, il se juge, il apprécie, il s’apprécie. Dieu n’a rien à dire sinon à lui donner ce qu’il mérite, ce qui est juste à ses yeux… En fait, ici, c’est l’homme qui décide de tout : Dieu n’a plus qu’une seule chose à faire, obéir…

         Cette recherche de « soi », ne peut que déboucher sur l’autosatisfaction, l’amour propre, l’orgueil et le jugement des autres, sur la base des mêmes critères, des jugements rarement élogieux, souvent méprisants (Lc 18,11-12 ; Jn 7,49)… Loin de rassembler, ils ne font que creuser le fossé et marquer la distance : « Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure », et ils reçoivent le même salaire, disent, scandalisés, ceux qui avaient été « embauchés dès le matin ». En fait, ils sont jaloux… « Ils ont travaillé moins que moi, et ils reçoivent autant que moi ! Ce n’est pas juste ! » Ce qui revient à dire à Dieu : « Tu n’es pas juste ! » Et voilà l’homme qui se place au-dessus de Dieu…

          La logique de la bonté ne recherche, elle, que le bien, le bonheur, la joie de l’autre (Jr 32,37-41). Les derniers embauchés n’étaient pas responsables de leur inactivité : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?… Parce que personne ne nous a embauchés ! » Leur bonne volonté est bien là, ils n’ont pas cherché à s’esquiver… Et lorsque vient l’heure de la paye, ils ne réclament rien car ils savent qu’ils ne méritent rien ! Mais voilà qu’ils reçoivent comme les premiers ! Bonté du Maître ! Joie !

          Voilà comment agit ce Dieu et Père qui est Amour (1Jn 4,8) en tout son être, et qui ne recherche que le bien le plus profond de tous ceux et celles qu’il aime, envers et contre tout (Mt 5,43-48) et il aime tous les hommes qu’il a créés (Sg 11,24 ; Jn 3,16-17 ; 1Tm 2,3-6) ! Heureux celui qui se tournera de tout cœur, et le plus tôt possible, vers Lui : il ne pourra qu’être comblé et comblé encore (Lc 19,26). Et dans cette logique de l’amour, où nul ne mérite rien, où tout se reçoit gratuitement (Ep 2,4-10 ; Rm 6,23), où chacun ne recherche pas son propre intérêt mais celui de l’autre (1Co 10,24), il se réjouira lui aussi du bonheur de ceux qui, peut-être après lui, à la dernière heure, ont enfin dit « Oui ! » à l’Amour !  DJF




24ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 18, 21-35) – Francis COUSIN)

« C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur.»

 

Attention à ne pas nous tromper dans l’interprétation de cette phrase.

Elle ne veut pas dire, comme on pourrait le croire au premier abord, que, si nous voulons être pardonné par Dieu, il faut que nous pardonnions nous aussi, et donc que le pardon que nous donnons est prioritaire (en ce sens qu’il est le premier) pour nous permettre d’être pardonné, et donc d’être sauvé.

Ce n’est pas ce que nous dit l’évangile.

Le pardon, celui que nous donnons, ne peut pas être une obligation nécessaire.

Dieu, qui est amour, nous laisse toujours libre !

Et puis, cette obligation nous donnerait comme une sorte d’avantage sur Dieu : « J’ai pardonné, donc tu dois me pardonner ».

Cela n’est pas possible … nous ne pouvons pas avoir ’’la main’’ sur Dieu.

Cela ressemblerait à un marchandage que nous ferions avec Dieu … ce qui ne peut se faire.

C’est une mauvaise interprétation de la parabole, car il ne faut pas oublier le début : le roi, c’est-à-dire Dieu, a commencé par donner son pardon, à remettre sa dette, une dette énorme, à son serviteur (qu’il nommera par la suite le serviteur méchant) … et ce qui est reproché à celui-ci est de ne pas avoir remis à son compagnon une dette de beaucoup inférieure à la sienne.

Ce serviteur n’a regardé que les faits : mon compagnon a une dette envers moi, donc il doit me rembourser ! Mais il ne l’a pas mise en relation avec sa propre dette annulée …

Comme toujours, Dieu est le premier à agir, et il nous demande de faire comme lui.

Il aime tout le monde, et comme il aime, il pardonne les fautes que ceux qui se reconnaissent pécheurs.

Cela demande de l’humilité de reconnaître ses fautes !

Et l’humilité nous permet de reconnaître que nous ne sommes pas meilleurs que les autres, ou que les autres ne sont pas moins bons que nous !

Se reconnaître pécheurs nous permet aussi de reconnaître que les autres peuvent aussi être pécheurs, tout comme nous, … et à leur pardonner.

Mais le pardon est une chose qui peut être difficile à faire.

Dans la vie courante, il arrive souvent, quand on bouscule quelqu’un, quand malencontreusement on lui marche sur les pieds, ou quand on passe devant lui, qu’on utilise simplement le mot « pardon ! », sans qu’on sache exactement si c’est une excuse ou une demande de pardon … D’ailleurs, on ne demande pas de réponse et la personne à laquelle on s’adresse n’en donne généralement pas non plus. C’est un pardon qui n’en est pas vraiment un, et qui ne ’’coûte’’ rien.

La plupart du temps, il faut se forcer pour demander (ou pour donner son) pardon … et il faut mettre une croix sur son orgueil … et se reconnaître humble …

Mais il arrive parfois (et c’est peut-être le plus souvent) que certains faits soient très difficiles à pardonner … et qu’ils soient même parfois qualifiés d’« impardonnables », comme les meurtres, les atteintes à la vie (physique, sociale, spirituelle …) par ceux qui les subissent, directement ou indirectement, … et même par le droit international, la presse, et tous ceux qui en ont connaissance …

Et pourtant, à la demande de Pierre de savoir s’il faut pardonner jusqu’à sept fois, Jésus nous dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. ».

Or le nombre sept, dans la Bible, représente la plénitude, la perfection. Pierre demandait donc s’il faut aller jusqu’à la perfection dans le pardon. Jésus lui, demande d’aller au-delà de la perfection, au-delà de la limite humaine, ce qui n’est possible que dans le surnaturel, dans ce qui est divin, donc seulement avec la grâce de Dieu. Le véritable pardon ne peut se faire qu’avec l’aide de Dieu.

Jésus, lui, est allé jusqu’au bout et il a demandé le pardon quand, humilié, bafoué, calomnié, outragé, « obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix » (Ph 2, 8), il demande à son Père : « Pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34).

Pour nous, quand le pardon devient difficile, on ne peut le demander (ou l‘accorder) qu’en demandant l’aide de Jésus.

Certains ont réussi à le faire … Pourquoi pas nous ?

Et si Jésus a pu dire : « C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » (Lc 15,7), on pourrait aussi ajouter, car cela me semble aussi vrai : « Et qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui est pardonné par celui à qui il a fait du tort … »

Seigneur Jésus,

tu nous invites à toujours pardonner …

mais bien souvent,

c’est au-dessus de nos forces,

car nous sommes humains,

trop fiers, pas assez humbles.

Donne-nous la grâce du pardon !

 

Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 24°




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

“Pardonner comme Dieu pardonne”

(Mt 18, 21-35)

  En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »
Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.
Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.”
Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.
Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : “Rembourse ta dette !”
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai.”
Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.
Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : “Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié.
Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?”
Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.
C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

                    

           Dans sa question à Jésus, Pierre met une limite maximale au pardon : pas plus de « sept fois »… Et cela doit lui apparaître énorme… Mais Jésus lui répond « soixante dix fois sept fois », c’est-à-dire toujours… Le contraste entre la petitesse de nos visions humaines et l’infini de Dieu est ici saisissant… Et nous retrouverons ces proportions dans la parabole que Jésus donnera pour illustrer ce principe.

            Un serviteur devait 10 000 talents à son roi, soit environ 280 millions d’Euros… Bien sûr, il ne peut pas rembourser. S’applique alors la règle de l’époque : le vendre, lui, ses biens et toute sa famille en remboursement de sa dette. Il était libre, il sera esclave… Il vivait avec sa femme et ses enfants : ils seront séparés, dispersés, chacun étant promis à un avenir de souffrances et d’oppression… Cet homme est brutalement plongé dans la détresse : tout s’écroule autour de lui, et lui-même s’effondre aux pieds de son roi… Ce vocabulaire de la dette sera repris par Jésus dans le Notre Père (Mt 6,12) : « Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs ». Nous avons donc ici une belle image du péché et de ses conséquences souvent dramatiques : il détruit l’homme, et c’est cela que Dieu ne supporte pas…

            « Prends patience envers moi, et je te rembourserai »… Il a vraiment tout perdu, même son bon sens… A une époque où un employé agricole gagnait une pièce d’argent par jour (Mt 20,2), il faudrait qu’il reverse intégralement son salaire au roi pendant 165 000 ans ! Mais face à lui, le roi est « bouleversé jusqu’au plus profond de ses entrailles », il ressent « une viscérale compassion ». Il le comprend, il se met à sa place, sa détresse devient la sienne ; il a du cœur et il agit selon son cœur : « il lui fit remise de sa dette ». L’énormité de cette dette témoigne de l’infini de sa générosité…

            Mais en sortant, le serviteur rencontre un compagnon qui lui devait 100 deniers, soit 415 €. La somme est importante et correspond bien aux montants de nos échanges, mais quelle comparaison possible avec la précédente ? L’homme se montrera pourtant intraitable… Il n’a pas « remis à son débiteur comme Dieu lui avait remis ». Il n’a pas fait preuve de compréhension, de compassion, de miséricorde. Il n’a pas su donner un peu, alors qu’il avait reçu infiniment… En agissant ainsi, il se condamne en fait lui‑même en s’excluant de la logique de l’Amour, de la Lumière et de la Vie… DJF

             




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 Le pardon

 Mt 18, 21-35

A la fin d’une réunion publique, l’orateur donne souvent la parole à la salle. Alors, quelques fois, des auditeurs posent des questions, parfois longues et compliquées, auxquelles l’orateur répond aussi de manière longue et compliquée. Résultat : un ennui poli dans la salle.

Et puis, parfois, surgit une question si simple, si naïve qu’elle fait sourire et voilà que le conférencier, pour rester dans le ton, donne une réponse, si simple, si limpide, qu’on se dit que ce naïf a rendu service à toute l’assemblée. Merci donc à St-Pierre, aujourd’hui, d’avoir posé cette question à Jésus. Pour nous, chrétiens de vieille souche, la question prête à sourire :

« Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? »

Quelle idée de compter les pardons ! Mais la question n’est pas sotte, puisque nous-mêmes, sans vouloir calculer, nous disons à l’autre : « C’est la dernière fois que je te le dis ! », « Pour une fois, je passe, mais gare à toi maintenant ».

Autrement dit, dans notre langage, nous donnons au pardon une chance, peut-être deux. Mais notre patience a des limites. Nous ne voulons pas passer pour des poires. Nous ne voulons pas être des dupes. Il arrive, comme on dit “que le vase déborde” : « Non, c’est assez. Je t’avais prévenu, tu vas me payer ça ! »

Il m’est arrivé, à propos des absences au catéchisme, de dire « une fois ça passe ; deux fois, ça lasse ; trois fois, ça casse ». Je n’ai pas été jusqu’à trois fois !

Alors, « oui, Seigneur, jusqu’où devons-nous aller ? » Ce serait facile d’avoir un règlement et un compteur à pardons… au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable. Or, Jésus nous répond : « Soixante-dix-sept sept fois sept fois ! » autant dire « encore et encore, sans cesse et sans limite, indéfiniment ».

L’énormité de la somme qu’il remet totalement à celui qu’il convoque : 10 000 talents = 60 millions de francs or, somme fantastique, extravagante. Pour vous donner un point de repère, l’historien Flavius Joseph estime qu’au temps de Jésus, les deux provinces de Galilée et de Pérée payaient 200 talents d’impôts, c’est-à-dire le 50e du chiffre cité par Jésus.

Quel est donc ce roi pour avoir des débiteurs d’une telle somme ? Avec de telles dettes, il n’y a plus qu’une chose à faire, selon la loi païenne du temps : qu’on le vende lui-même, sa femme, ses enfants, ses biens ; l’enfer, quoi ! Le serviteur, inconscient, on ne sait, ou bien renseigné sur la bonté de son maitre, demande et obtient grâce ! Remise totale : « C’est fini ! On n’en parle plus ! »

Deuxième acte : voici notre homme libéré, pardonné, qui rencontre un homme qui lui doit cent pièces, une broutille ! Parlons en euros : 0 million d’un côté, 100 euros de l’autre.

On voit le rapport ! L’autre ne peut pas rembourser : en prison !

Troisième acte : le scandale éclate. On va dire au roi ce qui vient de se passer. Le coupable est châtié après avoir été gracié :

 « Ainsi fera Dieu à l’égard de celui qui ne pardonne pas à son frère ».

Qui donc est Dieu qui exige le pardon de l’autre pour pardonner à son tour et à tout coup ? Il est celui qui peut annuler la dette aussi considérable soit-elle, aussi énorme que soit la faute.

Pour Dieu, il n’y a de faute qu’il ne consente à remettre, qui ne reçoive pas son pardon : encore faut-il le demander, encore faut-il surtout montrer soi-même sa capacité de pardonner aux autres.

« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ” ».

Dans la première lecture, Sirac le sage disait la même chose : « Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait, alors, à ta prière, tes péchés te seront remis » et il nous explique cela par l’alliance, cette Alliance nouée entre nous et Dieu :

« Pense à l’Alliance du Très-Haut et oublie l’erreur de ton prochain ».

Curieuse alliance, si l’on y réfléchit bien: habituellement, une alliance est un traité d’assistance et de défense mutuelles. Mais Dieu n’a nul besoin d’être assisté ni défendu mais il a besoin que l’amour qu’il donne soit répercuté. Les termes de l’Alliance sont donc les suivants :

« Je t’aime, et toi, si tu m’aimes, prouve-le en aimant ton prochain ».

« Je te pardonne, et toi, prouve ta reconnaissance en pardonnant à ton tour, aux autres ».

Au fond, dans cet Evangile, il n’est question que de 2 vérités essentielles : le pardon de Dieu et le pardon des autres.

* Tout d’abord : le pardon de Dieu. La 1ère vérité est que l’homme a besoin du pardon de Dieu, comme nous le disons au début de chaque messe :

« Reconnaissons que nous sommes pécheurs »,

« Seigneur, prends pitié ! »,

« O Christ, prends pitié ! »,

« Dis seulement une parole et je serai guéri ».

Devant le Seigneur, prêt à nous pardonner, est-ce que nous reconnaissons notre péché ? Est-ce-que nous connaissons même notre péché ? Ou bien est-ce-que nous vivons de compromis louches : « Les affaires sont les affaires », ou bien « Y’a pas de mal à ça », « Les autres en font autant, pourquoi pas moi », « Dieu n’en demande pas tant » ?

Dans un mouvement de réconciliation, allons-nous vers le Seigneur lui demander son pardon dans la prière, dans le Sacrement de Pénitence ? Le péché abaisse, le remords tue, mais le repentir libère et le pardon remet debout. Pour retrouver la paix et la liberté intérieure, nous avons besoin du pardon de Dieu.

* 2e vérité aussi importante que la précédente : si l’homme a besoin du pardon de Dieu, il a aussi besoin du pardon des autres. Le pauvre malheureux, avec sa petite dette de 100 euros, a besoin, lui aussi, d’être pardonné. S’il n’a pas obtenu, à son tour, le pardon de l’autre, il reste enchaîné et sa vie est brisée : nécessaire pardon d’homme à homme, de créature à créature.

Est-ce-que nous le pratiquons avec la même générosité que Dieu ? Cherchons-nous à pardonner comme Dieu pardonne à nous-mêmes ? Savons-nous répercuter sur les autres, sur nos proches, la grâce que Dieu nous a faite ?

 Voyez-vous, avoir été pardonné par Dieu (et cela vous est arrivé combien de fois ? Plus de sept fois ?), c’est, pour vous, devenir responsable du pardon des autres parce que nous avons été pardonnés nous-mêmes, nous sommes porteurs de pardon pour l’autre.

Si un jour ou un autre, vous consultez en vous-même pour décider si vous ne calez pas ou si vous pardonnez, à ce moment-là, rappelez-vous tout ce qu’a fait le Père pour vous !

Rappelez-vous la Croix de Jésus pour vous : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Rappelez-vous toutes ces absolutions reçues, à chaque fois que vous êtes allés vous réconcilier avec Dieu… et alors, que nous pardonnions « comme nous sommes pardonnés », nous qui avons beaucoup plus à nous faire pardonner par Dieu qu’à pardonner aux autres.

C’est vrai, ce n’est pas facile car ce n’est pas humain, c’est divin. « Soyez bons, vous autres, parce que moi je suis bon ! » Adoptons, peu à peu, les mœurs de Dieu. Entrons dans sa mentalité, c’est le meilleur moyen de devenir comme lui.

Comme lui, ayons plus d’amour que de mémoire.

Aimons assez pour tout oublier comme lui. AMEN




23ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

Ézékiel 33 7–9 ; Romains 13 8–10 ; Matthieu 18 15–20

 

Les textes d’aujourd’hui ont en commun de parler de la communauté qu’est l’Eglise, et des petits groupes de chrétiens au sein de l’Eglise. Et dans une communauté ou même des groupes, il y a des règles du vivre ensemble. Ces règles sont établies par les responsables hiérarchiques quand il s’agit de l’Église, et il y a tout simplement des règles du savoir-vivre ensemble que les gens d’une même région ou du même quartier connaissent sans que cela soit clairement indiqué. En tout cas, concernant les chrétiens qui se rassemblent, toutes les règles n’ont qu’une fin : union, solidarité, entre aide, paix, bonne entente et tout cela, en toile de fond, le commandement du Christ : « aimez-vous les uns les autres ». Et c’est en suivant les commandements de Dieu qu’on reconnaît celui qui aime Jésus. Jn 14,21 : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui ». Et c’est parce qu’on oublie les commandements de Dieu et les enseignements du Christ que l’on finit par ne regarder que ses propres intérêts. On finit alors par s’éloigner du Christ, à commettre des fautes, à semer la mésentente. Le fait d’oublier le Christ, d’oublier ses commandements, d’oublier l’Eglise, nous amène à ne s’occuper que de nous-mêmes, bien égoïstement. Egoïstement parce qu’on est toujours bien attaché au monde et non pas à Dieu ou au Christ. Grignion de Monfort : §75 – « Cette sagesse du monde (qui concerne ceux qui délaissent Dieu) est une conformité parfaite aux maximes et aux modes du monde; c’est une tendance continuelle vers la grandeur et l’estime; c’est une recherche continuelle et secrète de son plaisir et de son intérêt, non pas d’une manière grossière et criante, en commettant quelque péché scandaleux, mais d’une manière fine, trompeuse et politique; autrement ce ne serait plus selon le monde une sagesse, mais un libertinage. §76 – Un sage du siècle (c’est-à-dire quelqu’un qui semble ne pas avoir besoin de Dieu) est un homme qui sait bien faire ses affaires, et faire réussir tout à son avantage temporel, sans quasi paraître vouloir le faire; qui sait l’art de déguiser et de tromper finement sans qu’on s’en aperçoive; qui dit ou fait une chose et pense l’autre; qui n’ignore rien des airs et des compliments du monde; qui sait s’accommoder à tous pour en venir à ses fins, sans se mettre beaucoup en peine de l’honneur et de l’intérêt de Dieu; qui fait un secret mais funeste accord (ou un mélange) de la vérité avec le mensonge, de l’Evangile avec le monde, de la vertu avec le péché, de Jésus-Christ avec Bélial (2Co 6,15 :  c’est-à-dire avec le diable); qui veut passer pour un honnête homme, …. Enfin, un sage mondain est un homme qui, ne se conduisant que par la lumière des sens et de la raison humaine, ne cherche qu’à se couvrir des apparences de chrétien et d’honnête homme, sans se mettre beaucoup en peine de plaire à Dieu, ni d’expier, par la pénitence, les péchés qu’il a commis contre sa divine Majesté ». Voilà pourquoi dans une communauté, et particulièrement dans une communauté chrétienne, des règles sont là pour que le « vivre ensemble » se passe au mieux. Mais parce que l’homme est souvent encore attaché aux choses du monde et pas assez à Dieu, les règles du « vivre ensemble » de la communauté peuvent ne pas être respectées. C’est alors le trouble au sein même de l’Eglise. En cas de conflit, une procédure est à observer. La première démarche consiste à rencontrer en tête à tête la personne conflictuelle et qui pose problème au sein du groupe. Le but est de se comprendre. Dans tous les cas, il faut être diplomate et y aller avec douceur.

Premier cas : Si la personne pêche directement contre Dieu et que l’on soit au courant, il faut essayer d’accompagner, seul à seul, le pécheur avec suffisamment de tact et d’intelligence pour qu’il prenne conscience de son péché et puisse s’en sortir. Des textes tirés de la Bible ou des exemples pris dans la vie courante peuvent fortement contribuer à faire prendre conscience de la gravité du péché. Là encore, la formation biblique peut aider le pécheur à progresser dans son union au Christ et par conséquent dans son attitude à avoir dans la communauté ou dans un groupe.

Deuxième cas, si la personne pêche contre nous, c’est-à-dire nous fait du tort. Là aussi, de manière diplomate, on sera amené à faire comprendre, seul à seul, avec douceur, à la personne le tort qu’il nous a fait personnellement ou au groupe de manière. Si cette première démarche se montre infructueuse, on aura alors recours à la communauté ou au groupe pour corriger fraternellement le fautif. Si, même dans ce cas, ce dernier ne se corrige pas, alors cela peut aller jusqu’à la coupure de certains liens d’ordre social pour que le groupe puisse continuer sereinement sa mission, ou, à un autre niveau si les cas est extrêmement grave, aller jusqu’à l’excommunication par la hiérarchie. C’est ce qui s’est passé il y a quelques années lorsque l’évêque de la Réunion a fait afficher dans chaque église un communiqué pour dire qu’à la Réunion une personne a été excommuniée de l’Église. Dans tous les cas, comme tout péché, c’est toujours une affaire en rapport avec les commandements de Dieu : aimer Dieu et aimer son prochain, mais aussi d’obéissance de la foi. Parce que nous avons foi en Dieu, cette foi nous amène à l’obéissance des commandements de Dieu. Et tout péché est une désobéissance. Ne pas aimer son prochain c’est une manière aussi de dire qu’on ne pense pas aux autres et qu’on pense surtout à soi-même. Comme dit le créole : « A moins même mon maître ». Or, tout l’enseignement du Christ est de nous dire qu’il faut aimer Dieu et son prochain. Il ne nous demande pas d’être amoureux de tout le monde mais d’aimer tout le monde. Et aimer, cela commence souvent par « des petits riens » qui peuvent faire plaisir aux autres : un regard, un bonjour, un petit signe de la main, ne pas se mettre en colère alors même qu’il y aurait toutes les raisons de l’être, éviter la critique, ne rien dire à ceux qui vous regardent de travers, etc…Dans tous les cas, le chrétien peut toujours se conduire en chrétien, et il le pourra à la seule condition d’avoir le regard fixé sur le Christ. Mi 6,8 : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de t’appliquer à marcher avec ton Dieu ». Accomplir la justice, c’est se comporter de manière à rester en accord avec les commandements de Dieu tout en vivant dans le monde, dans une communauté ou dans un groupe de chrétiens. Ce qui signifie que Celui qui est à la suite du Christ doit être capable de garder son sang-froid, son calme, avec une paix intérieure qui ne le quitte pas parce son regard intérieur est fixé sur le Seigneur alors même, qu’il subit toutes sortes de vexations ou de critiques et être capable de reconnaître qu’il a tort dans certains cas.  “Le Seigneur ne demande rien d’extraordinaire à l’homme, mais seulement d’agir de manière droite en évitant le péché (c’est le sens de l’expression “pratiquer le droit”), aimer et pratiquer la miséricorde (hesed), et enfin vivre humblement avec Dieu. Voilà la conduite de l’homme qui plait à Dieu. On n’a pas besoin de tout retenir de la Bible, mais une seule expression : « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la Loi », ce qui signifie que tant que vous aimez le prochain, quel qu’il soit, vous ne péchez pas et tout ce qui est dit dans la Bible vous êtes en train de l’accomplir parce que vous avez de l’amour pour les autres. L’amour ou la charité c’est la même chose, et « la charité est la Loi dans sa plénitude ». Saint Augustin nous dit : « aime et fais ce que tu veux ».

Autrement dit, en aimant le prochain, vous accomplissez toutes les lois qui se trouvent dans la Bible et donc les dix commandements dont certains ont été repris par le deuxième texte d’aujourd’hui : « Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude ». Et la correction fraternelle dont parle l’Evangile, contrairement à ce qu’on pourrait penser, est une manière d’exercer la charité, l’amour, pour aider le pécheur à rectifier sa conduite de manière à plaire à Dieu. Le 1er texte d’aujourd’hui s’adresse au prophète qui doit avoir un rôle de guetteur. Le prophète n’est pas quelqu’un qui prédit l’avenir, son rôle est de dire la parole de Dieu. Tout chrétien, d’une certaine manière, est capable de dire la parole de Dieu, et donc d’être prophète à son niveau. Dieu donne donc la parole aux prophètes que sont les chrétiens pour faire passer ses lois, ses messages d’amour et de paix. Au prophète Jérémie (Jr 1,9) voici ce que Dieu lui dit : 9 … Voici que j’ai placé mes paroles en ta bouche ». Cet homme que Dieu inspire a le devoir de dire la parole de Dieu lorsque c’est nécessaire. Ézékiel nous dit: « Si je dis au méchant :  Méchant, tu vas mourir, et que tu ne parles pas pour avertir le méchant d’abandonner sa conduite, lui, le méchant, mourra de sa faute, mais c’est à toi que je demanderai compte de son sang. 9 Si au contraire tu as averti le méchant d’abandonner sa conduite pour se convertir et qu’il ne s’est pas converti, il mourra, lui, à cause de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie ». L’Évangile d’aujourd’hui dit la même chose : 15 « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère ». S’il n’écoute pas, cela retombera sur lui-même, il mourra de sa faute mais le chrétien qui l’aura conseillé sera quitte devant Dieu parce qu’il aura fait un geste d’amour envers le fautif pour essayer de le ramener à Dieu. C’est ce qu’on appelle la « correction fraternelle ». Et la correction fraternelle » est un devoir pour tout chrétien. Jc 5,20 : « celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ». 1P4,8 : « conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés ». Que Marie nous aide à répandre autour de nous l’amour de Dieu.




23ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 18, 15-20) – Francis COUSIN)

 « Si ton frère a commis un péché contre toi … »

 

Dans l’évangile de ce jour, Jésus nous montre, non seulement l’importance du pardon, de la réconciliation, mais aussi une manière de faire pour obtenir cette réconciliation, en trois étapes :

– D’abord seul à seul, discrètement, sans grand bruit. Et si cela fonctionne, « Tu as gagné ton frère ».

– Ensuite, avec « un ou deux témoins » qui pourront certifier que la réconciliation est faite.

– Enfin, devant toute « l’assemblée de l’Église », afin que chacun soit témoin du tort effectué et de la réparation éventuelle. (La plupart des traductions actuelles parle de l’Église, ce qui un peu anachronique, et il semble préférable de traduire par communauté ou assemblée)

Et si aucun accord ne se fait, il faut considérer que la personne s’exclut de la communauté et doit être mise au rang des païens.

L’intérêt de ce passage est de montrer la dimension collective de la faute, qui est pourtant individuelle, et ce de deux manières. Dans la faute, il y a celui qui fait la faute, le pécheur, et celui qui subit la faute, la victime.

La faute établie une injustice entre deux membres de la communauté, ce qui fait que les liens entre tous les membres ne sont plus les mêmes : il y a un dés-accord qui joue sur l’harmonie de la communauté toute entière.

Pour ré-accorder l’harmonie entre les membres, il y a donc nécessité que chacun participe, au final, à la mise en œuvre de la réconciliation à l’intérieur de la communauté.

Pécheurs, nous le sommes tous. C’est pourquoi au début de nos célébrations nous nous reconnaissons pécheurs, en pensée, en paroles, par action et par omission, chacun pour soi, mais nous demandons aussi à la communion des saints et à tous nos frères présents de prier pour [nous] le Seigneur notre Dieu. C’est la dimension collective de la réparation des fautes.

Mais cette dimension collective n’exclut pas la dimension individuelle de prier pour les pécheurs, ainsi que le demandait Notre-Dame à Bernadette, à Lourdes : « Priez pour la conversion des pécheurs ».

Et ce que Dieu dit à Ézéchiel dans la première lecture peut aussi s’appliquer à chacun de nous : « Si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sangAu contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Pourtant, cette manière de penser n’est pas vraiment entrée dans les mœurs.

Quand on parle d’un pécheur, la première réaction est bien souvent de l’exclure … et de dire du mal de lui. Et peut-être d’en rajouter … surtout si on n’est pas concerné par la faute …

C’est ce qu’on appelle ici des ladi-lafé, ailleurs des commérages, des cancanages …

Ce à quoi le pape François disait : « Nous sommes habitués aux commérages, aux ragots, et souvent nous transformons nos communautés et même notre famille en un « enfer » où se manifeste cette forme de criminalité qui conduit à « tuer son frère et sa sœur avec sa langue » (Sainte Marthe, 2/9/2013), en s’appuyant sur le texte de saint Jean : « Quiconque a de la haine contre son frère est un meurtrier, et vous savez que pas un meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. » (1 Jn 3,15).

Peut-être que nous devrions nous poser la question : Est-ce que, dans nos communautés, paroissiales ou de mouvements, nous laissons courir les ragots, voire même nous les alimentons en en rajoutant une couche ? Ou est-ce que nous faisons, avec les autres, tout notre possible pour atténuer au maximum les différents qui peuvent se faire jour parmi nous en essayant de réconcilier les personnes concernées ?

Jésus a dit, en parlant de nos communautés : « Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35). Mais on pourrait dire aussi : « Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous êtes capables de vous pardonner les uns les autres ».

Car c’est dans ces conditions-là, le pardon de tous dans la communauté, que l’amour se fera montrer.

En effet, on pourrait dire :

Le pardon est la condition de la réalisation de l’amour, et

L’amour est la condition de la réalisation du pardon.

Les deux sont indissolublement liés.

Seigneur Jésus,

tu nous invites à aller vers les autres

pour proposer le pardon,

mais tu insistes aussi

sur la responsabilité collective de la communauté

pour que le pardon soit effectif entre tous,

et qu’ainsi l’amour règne entre tous.

Mais on l’oublie souvent.

 

Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 23°




23ième dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

La communion des Saints

Mt 18, 15-20

Le plus souvent, frères et sœurs, lorsque nous écoutons l’Évangile, nous avons l’impression que Jésus s’adresse à chacun d’entre nous, que c’est ” personnellement ” qu’il nous adresse tel conseil ou tel enseignement et c’est encore personnellement que nous réfléchissons et que nous prenons décision de modifier tel ou tel aspect de notre vie.

Aujourd’hui, Jésus s’adresse à la communauté, en tant que telle, à l’Église, famille de Dieu, au groupe de chrétiens qui vit ensemble et il nous rappelle tout d’abord que le chrétien est quelqu’un qui “vit ensemble”, avec d’autres, dans une communauté, qu’il est solidaire de ceux qui vivent avec lui et qu’il doit se sentir responsable de ceux qui sont à côté de lui. Jamais un chrétien ne peut et ne doit se sentir un isolé ; s’il l’est, c’est :

– soit de sa faute parce qu’il se coupe des autres ;

– soit de la faute de sa communauté qui ne le considère pas assez comme un membre à part entière du groupe dont il fait partie.

Nous sentons-nous responsables des autres dans toutes les communautés dont nous faisons partie : travail, quartier, immeuble, famille, paroisse, associations ou activités dans lesquelles nous sommes engagés ? Attention : ce n’est pas facultatif pour un chrétien.

Depuis notre Baptême, depuis que, ensemble, si souvent, nous communions au Christ : nous sommes tous branchés sur le Christ et nous sommes tous branchés les uns sur les autres, même ceux qui l’ignorent, même ceux qui n’y croient pas !

« Nul n’est une île ». Cette solidarité spirituelle, cette fraternité qui nous lie parce que nous sommes tous de la même famille par notre Baptême, que nous vivons de la même vie et de la même nourriture par l’Eucharistie, cela s’appelle la ” communion de Saints “. Vous le dîtes chaque dimanche dans le “Je crois en Dieu” : « “Je crois à la communion des Saints” ». Le pécheur donne la main au Saint et le Saint donne la main au pécheur et tous ensemble, l’un tirant l’autre, ils remontent jusqu’à Jésus : “Celui qui ne donne pas la main n’est pas chrétien”. Autrefois, vous avez chanté : « Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ».

Non ! C’est faux ! Nous n’avons pas qu’une âme à sauver, la nôtre, mais aussi celle des autres, autour de nous. C’est ensemble, en groupe, en famille, en Église que nous nous sauverons, ou pas du tout ! Un chrétien ne peut pas retirer son épingle du jeu : il fait partie d’une famille qu’il doit aider et qui doit l’aider : les deux à la fois.

Je dois pouvoir compter sur l’aide des autres, tout comme ils peuvent compter sur la mienne.

– Il ne faut pas sauver son âme comme on sauve un trésor. Il faut se sauver ensemble et faire arriver le bateau jusqu’au port malgré la tempête, grâce à l’énergie et au concours de tout l’équipage, depuis le capitaine jusqu’au plus jeune des mousses.

– Le chrétien ne se définit pas par le niveau de ses vertus ou de ses mérites, mais par sa faculté de communion avec les autres dans tous les groupes dont il fait partie. Notre rôle n’est pas de juger nos frères, encore moins de les condamner, mais de leur tendre la main. 

Un jour, le Seigneur ne me demandera pas « Est-ce-que tu t’es assez isolé des méchants et des mauvais pour ne pas te contaminer et garder ta vertu intacte ? ». Par contre, il me dira : « Qu’as-tu fais de ton frère ? »

Ai-je le souci d’aider les autres, plus encore que de progresser moi-même ? C’est ensemble, avec les autres, en communion, en communauté avec toute l’Église que j’ai quelque chance d’accéder à cet amour de Dieu qui est d’abord ‘’oubli de soi’’, “vie offerte”, au profit de son peuple. Jésus n’hésite pas à mourir seul pour tous.

« Il y a plus de joie dans le ciel pour un homme qui retrouve l’Église, c’est-à-dire la communauté que pour les 99 qui s’y trouvent déjà ».

Avons-nous la hantise des autres à sauver, à aider ? Ce souci-là est-il plus fort en nous que le souci de notre propre salut ?

 

Écoutons de nouveau ce que Dieu dit à Ézéchiel : « Je fais de toi ‘’un guetteur ’’ pour la maison d’Israël ». Oui, nous devons devenir des guetteurs, être à l’affût, des hommes et des femmes clairvoyants sur ce qui se passe autour de nous, des chrétiens attentifs à toute souffrance à soulager, attentifs au voisin qui a besoin d’aide, au collègue de travail qui subit une injustice ; un homme prêt à discerner les pièges où l’on risque de se laisser prendre et il y en a tant à notre époque, tant d’occasions de se laisser piéger :

 

  • par les médias,

  • par les slogans,

  • par les idées toutes faites,

  • par une mentalité païenne à laquelle on ne réagit plus parce qu’on oublie les exigences de l’Évangile.

Très souvent, nous manquons d’esprit critique à propos de tout ce qui se dit autour de nous, à propos du racisme, à propos des victimes du chômage, de la drogue ou du sida, par rapport à cette mentalité individualiste qui actuellement se répand partout et qui nous pousse au ‘’chacun pour soi’’.

Être un guetteur, c’est sentir tout cela et avoir le courage d’avertir les autres, de rappeler la direction à prendre, d’apporter un peu de lumière à ceux qui n’y voient plus.

« Si tu ne dis rien au pécheur, si tu ne l’avertis pas, si tu n’as pas le courage de lui rappeler où est le bon chemin, il mourra de son péché. Mais, à toi aussi, je demanderai compte de sa vie. Par contre, si tu as eu le courage et assez d’amour pour le mettre en garde, tu pourras le sauver et, toi aussi, tu auras sauvé ta vie ».

N’oublions pas ce qu’est le péché “d’omission” : tout ce que nous aurions pu faire pour les autres, pour les aider, pour les sauver et que nous n’avons pas fait en bien pèsera peut-être plus lourd devant Dieu que ce que nous avons fait de mal.

C’est sur ce positif de notre vie et le bien que nous avons pu faire aux autres que nous serons sauvés, beaucoup plus que par le mal que nous n’avons pas fait et qui nous a gardé, peut-être aseptisés, mais sans rien à présenter au Seigneur qui soit “actes d’amour”. Surtout ne croyons pas que ce souci des autres soit facultatif. St-Paul dans la 2e lecture nous rappelle que c’est un devoir, et il dit plus : « C’est une dette », c’est même la seule dette que nous devons avoir avec les autres.

« Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel », « car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la loi ».  AMEN

 




23ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

Travailler, ensemble, à “gagner nos frères”

(Mt 18, 15-20)

  En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.
S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.
S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.
En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

                    

             « Libre à l’égard de tous », écrivait St Paul, « je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre… Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns » (1Co 9,19‑22), car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4-6)…

            Alors, « si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul », pour lui éviter d’être humilié devant les autres, « et montre lui sa faute » sans jamais oublier que nous sommes tous pécheurs, d’une manière ou d’une autre. Et « s’il t’écoute » avec simplicité et humilité, « tu auras gagné ton frère », et alors quelle joie ! Et un jour peut-être, c’est lui qui, à son tour, viendra te « gagner »…

            Aussi, « frères, même dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ. Car si quelqu’un estime être quelque chose alors qu’il n’est rien, il se fait illusion » (Ga 6,1-3)…

            Et « s’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes » en espérant que le poids « plus lourd » de votre charité commune pourra percer l’écorce de son cœur… S’il refuse encore, que « toute l’Eglise » unisse ses forces et sa prière, car, « nous tous qui avons été abreuvés d’un même Esprit, nous ne formons qu’un seul Corps » (1Co 12,13). C’est pourquoi, si un membre est malade, c’est le Corps tout entier qui souffre (1Co 12,26). Et si un membre manque à l’appel, il manque à tous, car nous avons tous besoin les uns des autres pour que l’Eglise soit pleinement elle-même…

            En effet, cette Eglise, du point de vue de Dieu, a en fait la dimension de l’humanité tout entière, cette famille incroyablement nombreuse de ses enfants « créés à son Image et Ressemblance » (Gn 1,26-28). Qu’un seul manque à l’appel, et Dieu « s’en ira après celui qui est perdu jusqu’à ce qu’il le retrouve » (Lc 15,4-7). Puisque l’Eglise est « le Corps du Christ », il est impossible qu’elle n’adopte pas la même attitude envers tous, et surtout envers les plus petits… C’est pourquoi Jésus a repris cette parabole de la brebis perdue pour l’appliquer, juste avant notre passage, à l’Eglise car «  on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ces petits se perde » (Mt 18,14). Quiconque prie le « Notre Père » en disant « que ta volonté soit faite », ne peut donc que travailler, d’une manière ou d’une autre, au salut de tous, sans aucune exception… DJF




22ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Père Rodolphe EMARD

Homélie (Mt 16, 21-27)

Frères et sœurs, le passage d’Évangile que nous venons de proclamer est la suite de celui de dimanche dernier. Souvenons-nous de cette belle profession de foi de Pierre en Jésus :

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16) ; Et ce que Jésus a déclaré de Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16, 18-19).

Dans l’Évangile de ce jour, le ton change, Jésus rabroue Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Il y a un contraste ! Pierre a très certainement tiré des leçons de cette réprimande de Jésus.

« Passe derrière moi, Satan ! » : Jésus ne rejette pas Pierre mais par cette injonction, il l’invite à reprendre sa juste place de disciple, à sa suite. Il lui demande de ne pas être un Satan, c’est-à-dire un adversaire de Dieu qui s’oppose à sa volonté. Jésus appelle à nouveau Pierre à le suivre, celui-ci est appelé à être une pierre de fondation et non pas une pierre qui fait trébucher.

Et pour suivre le Christ, Pierre doit convertir sa mentalité. Comme la plupart des Juifs de l’époque, Pierre pensait que le Messie annoncé dans les Écritures renverserait les romains qui étaient au pouvoir. Une conception purement terrestre !

Nous aimons beaucoup l’apôtre Pierre car il nous est si proche dans son côté zélé et fougueux. Comme lui, nous pouvons également avoir notre propre conception du Christ. Le risque est réel de créer un Christ selon nos idées, selon ce que nous voudrions qu’il soit… Dans la piété populaire réunionnaise, nous devons aussi relever certaines pratiques magico-spirituelles qui ne sont pas toujours bien ajustées à la foi chrétienne.

Jésus échappe à nos conceptions terrestres. Pierre nous l’a bien annoncé :  il est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Il est bien le Messie mais un Messie qui devra passer par la souffrance et par la mort pour sauver l’humanité de la mort et du péché. Le disciple n’étant pas plus grand que le Maître, il doit prendre le même chemin.

Suivre le Christ c’est renoncer à soi-même, c’est-à-dire renoncer à nos projets et nos ambitions purement terrestres (la recherche exclusive du profit ou des biens matériels). Suivre le Christ, c’est aussi prendre sa croix, c’est accepter de passer par les souffrances et les épreuves qu’engendre le combat chrétien. Suivre le Christ, c’est s’engager à lutter, avec lui, contre le péché et cela ne se fait pas sans heurt.

Suivre le Christ, c’est enfin perdre sa vie à cause de lui, parce qu’il nous ouvre à l’espérance de la Vie éternelle. Le Messie souffrant et crucifié triomphera de la mort par la force de sa Résurrection.

Suivre le Christ, c’est vivre cette espérance que nos souffrances et nos épreuves n’auront pas le dernier mot. Pour accéder au Royaume des cieux, il n’y a pas d’autre chemin que celui du Christ.

Un dernier point que j’aimerais vous exposer. Avant de se faire reprendre par Jésus, Pierre avait invoqué Dieu de façon maladroite : « Dieu t’en garde, Seigneur ! » Dieu lui sert rapidement d’échappatoire. Invoquer Dieu ne signifie pas que Dieu va résoudre aussitôt nos problèmes, sans notre engagement. L’invoquer ne signifie pas qu’il va gommer ou effacer ce qui relève de la responsabilité humaine.

Là encore, nous sommes comme Pierre : on invoque Dieu pour bien des situations et on aimerait bien qu’il puisse tout résoudre sans notre implication. Dieu ne fera rien sans nous ! La prière est une réelle force mais elle n’est pas magique. Pour qu’elle puisse porter ses fruits, nous devons aussi nous impliquer.  Si nous souhaitons qu’une situation change, nous devons donner de nous-même.

Et bien frères et sœurs, demandons au Seigneur que nous puissions mieux comprendre sa volonté afin de pouvoir mieux le suivre. C’est l’appel même de saint Paul dans la deuxième lecture : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. » (Rm 12, 2).

Que le Seigneur lui-même nous éduque, qu’il nous bénisse et qu’il nous garde dans son amour.

 

Père Rodolphe Emard.