27ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 17, 5-10)

Oser la confiance en l’Amour Tout Puissant (Lc 17,5-10)…

En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi. »
« Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ?
Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour” ?
Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ?
De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” »

        

« Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait ». Mais cela, Jésus ne l’a jamais dit, et rien de tel n’est jamais arrivé dans sa vie ! Un arbre est fait pour pousser dans la terre, et l’action de Dieu ne peut aller contre la nature qu’il a Lui-même créée, avec ses lois qu’il lui a données et que nous découvrons petit à petit… Cette parabole n’est donc pas à prendre au pied de la lettre ! Son message rejoint ce qu’il disait un jour au père d’un enfant épileptique : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9,23).

            « Tout est possible », mais pas n’importe quoi ! « Tout est possible » par l’Amour Tout Puissant, et cela pour le « meilleur » de la personne aimée… Le démon, lui, comprend autrement cette Toute Puissance, notamment dans la seule perspective ‘d’en mettre plein la vue’, et cela pour la seule gloire, orgueilleuse, de la personne concernée… « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi du haut de ce Temple, car il est écrit : « Il donnera pour toi des ordres à ses anges, afin qu’ils te gardent ». Et encore : « Sur leurs mains ils te porteront » » (Lc 4,9-11 ; Ps 91,11-12).

            De plus, nous dit Jésus, « le Fils ne peut rien faire de Lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement… Moi, je ne peux rien faire de moi-même » (Jn 5,19-20.30). Jésus vivait donc parfaitement la foi au Père, il avait une totale confiance en Lui (Jn 11,41-42), il le laissait accomplir ce qui ne pouvait qu’être le meilleur pour cette mission qu’il ne s’était d’ailleurs pas donnée à lui-même, mais qu’il avait aussi reçue de son Père. Et, dans le contexte de l’époque, le Père a accompli des merveilles pour rendre témoignage à son Fils : « Les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11,5).

            Et Jésus, uni au Père dans la communion d’un même Esprit, dit à tous ses disciples, appelés à vivre le même Mystère de Communion : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais » (Jn 14,12). En effet, ce qui est vrai pour le Fils l’est d’autant plus pour le disciple : c’est le Père qui agira de la meilleure façon qui soit pour le bien de tous…

            Et Jésus termine son invitation à la foi, à la confiance, par un appel à l’humilité. Que les disciples ne s’enorgueillissent pas de tout ce qui peut se faire avec eux et par eux ! Qu’ils n’oublient jamais qu’ils ne sont que les serviteurs de Celui-là seul qui peut accomplir de telles merveilles… « Nous sommes des serviteurs quelconques »…                                DJF




26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 16, 19-31)

 

« Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent. »

La parabole d’aujourd’hui nous parle encore de riche (et donc d’argent) et de pauvre. Et elle nous parle encore de l’au-delà, mais pas de la même manière que la semaine dernière.

Deux parties :

La première, sur cette terre. On a un riche qui vit dans l’opulence, qui festoie, qui ’’profite’’ de la vie. Et on a un pauvre, que Jésus appelle Lazare, c’est-à-dire ’’Dieu a aidé, qui git devant chez le riche et qui n’intéresse personne, hormis les chiens.

La seconde se passe dans l’au-delà : le riche va en enfer, et le pauvre se retrouve auprès d’Abraham, donc dans le paradis.

Une analyse un peu trop rapide pourrait nous amener à dire que, quand nous mourrons, on a un retournement de situation :

– celui qui vit bien et est heureux sur terre se retrouve en enfer,

– celui qui vit mal et qui est malheureux sur terre se retrouve au paradis.

Et donc qu’il vaut mieux être pauvre et malheureux pour aller au paradis.

Cette analyse pourrait aussi s’appuyer sur une fausse interprétation des béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.» (Mt 5,3) « Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! » (Lc 6,24).

Ce serait une erreur, car la richesse n’est pas un péché, et donc ne mérite aucun châtiment, car elle permet à certains de faire du bien vis-à-vis des autres, notamment des pauvres. Et la pauvreté n’est pas en soi une vertu, et donc ne mérite rien de particulier d’autant que certains pauvres peuvent être amenés à faire beaucoup de mal, et de biens mauvaises choses.

D’autant que cette manière de penser pourrait amener certains à une autre conclusion qui n’est certainement pas bonne : Puisque les pauvres sont sûrs d’aller au paradis, ne faisons rien pour eux car on risquerait de leur ôter le paradis !!

Alors, que faut-il retenir de cette parabole ?

Il peut nous arriver, quand nous pensons à nos aïeux qui sont morts, de nous demander s’ils sont en enfer ou au paradis, ou peut-être plus souvent de nous demander où nous irons après notre mort.

Et c’est peut-être cela le but de cette parabole : nous faire nous poser des questions, non pas tant sur le lieu de notre vie future (ce n’est pas nous qui jugeons, mais le fils de l’homme), mais sur la manière dont nous vivons sur cette terre : « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! » (Mt 25,35-36).

Parce que c’est la manière dont nous vivons maintenant et jusqu’à notre mort qui va influencer le jugement nous concernant.

Qu’est-ce qui est reproché au riche ? Certainement pas sa richesse ! mais le fait qu’il n’ait jamais fait attention au pauvre qui était à sa porte !

Il vivait sa vie, avec ses amis. Mais sa richesse ne lui permettait pas de voir le pauvre qui était à sa porte, tout près de lui !

Sa richesse l’avait rendu aveugle !

Alors nous : Est-ce que nous sommes attentifs aux pauvres qui sont à côté de nous ? À tous les pauvres qui nous entourent, de toutes les pauvretés : pécuniaires, morales, familiales, au niveau du travail, de la santé, de la solitude, du logement …

Cela en fait du monde … qu’on ne voit pas, ou qu’on ne cherche pas à voir …

N’oublions pas ce que dit Abraham à la fin du texte : « Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! ». Et nous, nous en plus l’évangile de Jésus, tout le nouveau testament, les saints et les papes, dont le dernier, le pape François, qui a choisi son nom parce que son voisin lui avait dit : « N’oublie pas les pauvres ! » et qui nous dit à nous aussi : « N’oubliez pas les pauvres ! »

Seigneur Jésus,

encore une fois tu nous rappelles

que l’argent que nous avons doit être partagé

avec ceux qui sont dans le besoin,

mais aussi que nous devons être attentifs

à toutes les sortes de pauvreté.

’’Chaque fois que vous avez fait quelque chose

 pour l’un de ces plus petits de mes frères,

c’est à moi que vous l’avez fait.’’

 

Francis Cousin

   

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Prière dim ordinaire C 26°




26ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Le riche et Lazare

Lc 16, 19-31

Si on lisait superficiellement ce récit, on pourrait simplement dire «  l’homme riche a eu tort de ne pas porter secours à Lazare  ».

Mais vous sentez bien que Jésus n’aurait pas raconté cette longue histoire tout simplement pour nous dire de nous occuper des malheureux…

Elle va beaucoup plus loin, cette parabole.  Je pense que la phrase-clé de ce récit est celle-ci : « Un grand abîme a été mis entre vous et nous » et qui l’a creusé ce grand abîme ? C’est le riche.

Jésus, lorsqu’il est venu sur la terre, n’avait qu’un désir : que tous les hommes soient “frères”, qu’ils soient tous sur le même pied. Il voulait établir une nouvelle alliance entre lui et nous, mais aussi entre nous : devenir des frères. Il a voulu faire œuvre de rassemblement et les prières de la messe nous le rappellent :

« Conduis-nous vers l’unité parfaite » dans une communion de cœur et d’esprit toujours plus profonde.

Si Jésus est le Rassembleur, l’argent, lui, est le diviseur.

La recherche perpétuelle du gain, du confort, du bien-être, nous rend sourds aux appels des autres et nous rend étrangers et même hostiles les uns aux autres.  Tenez : un petit exemple significatif. Dans une commune du Limousin, le maire a interdit le ramassage des champignons à ceux qui ne sont pas de la commune… les bagarres et les conflits que ça a pu faire ! Parce que ça rapporte… Dans cette commune, un homme a dénoncé son propre frère aux gendarmes, oui, son propre frère, et pour des  champignons, ça n’a pas de sens !

Oui, l’amour de l’argent est le grand diviseur, au point que, pour Jésus, c’est un peu comme un “anti dieu”. « Vous ne pouvez pas servir en même temps Dieu et l’argent ». Le “mur de l’argent” : obstacle à la fraternité.

Dans la parabole, on nous parle plutôt d’un fossé : un fossé permet de voir… mais empêche de passer et ce sera la conclusion dramatique  de l’existence  du riche. Pendant  sa vie, il y a eu les murs de sa belle maison, avec en plus, un barreau derrière lequel se tenait Lazare, mais il empêchait de voir.

On ne dit pas du riche qu’il était mauvais, on dit simplement qu’il n’a pas vu Lazare. Aveuglé par sa richesse, ses soucis d’argent, il n’avait pas remarqué, à sa porte, le pauvre qui souffrait. Sans s’en rendre compte, il vivait, enfermé dans son milieu social, c’était son univers.

Un abîme le séparait du reste du monde ; mais loin de l’excuser, c’est précisément cela qui le condamnait car cet abîme creusé entre lui et les autres était en même temps un abîme creusé entre lui et Dieu… C’est ce double abîme qui le jugeait… Ce n’est pas Dieu, (relisez la parabole), qui l’a condamné : Dieu ne fait que prendre acte de cette distance infranchissable que cet homme avait laissé s’établir entre lui et les autres.

Sans doute allait-il chaque Sabbat à la synagogue écouter Moïse et les prophètes. “Ça ne suffit pas”. Si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts et revenait pour le leur dire… peut-être se convertirait-il ? C’est ce qu’a fait Jésus-Christ : il est ressuscité. Croyez-vous que pour autant, depuis la Résurrection du Christ, la richesse aveugle moins les hommes ?

A la messe, nous entendons Moïse et les prophètes, le Christ et ses apôtres témoins de sa résurrection : ne restons-nous pas encore aveuglés par notre souci d’avoir plus, notre profit, nos aises ; richesses, pas  seulement  de  notre  argent,  mais  aussi  de notre culture, de nos amis, de nos relations, alors que nous rencontrons, sans les voir vraiment, tant de “Lazares” autour de nous ? Lazare, aujourd’hui : c’est plus du tiers de l’humanité couchée à notre porte occidentale : tous ces migrants…Que faisons-nous ? Quel cri d’alerte poussons-nous ? Quel partage de nos biens avons-nous entrepris ?

            Pour ne pas rester sur une note pessimiste, je voudrais vous citer quelques gestes faits par des chrétiens pour les autres et qui nous feront voir qu’il ne nous est pas impossible, nous aussi, de nous  occuper des autres :

. Voici un faire-part de Baptême reçu, il y a quelques mois, de l’un de mes amis : « Nous sommes très heureux de vous annoncer la naissance de notre fils Pierre. Pierre est bien habillé, il a tout ce qu’il lui faut. Aussi, si vous aviez l’intention d’offrir un cadeau, vous pouvez en verser le prix à des enfants comme Pierre, dont la vie ne commence pas si bien. Au bas du faire-part, il y avait le N° du CCP de l’UNICEF, l’Organisation Mondiale qui s’occupe des enfants en détresse ».

. Voici une lettre reçue par le CCFD d’un chanteur assez connu et qui touche de gros cachets : « Je vous envoie une somme de 9 000 euros pour la campagne de Carême. Cette somme correspond à ce que j’ai reçu pour avoir donné deux récitals de mes chansons à Grenoble. Si mes chansons servent déjà à ça, ce n’est pas si mal ? »

. Le propriétaire d’une entreprise anglaise “Scott Bader Commonwealth” a mis toute son usine en copropriété avec tous les  ouvriers  et  employés ; elle  se  porte  bien, elle dégage  des bénéfices : une partie est réinvestie.

Tout le reste distribué non seulement en salaires, mais à des organisations extérieures. Ils refusent que les bénéfices soient attribués à un tout petit nombre de personnes : c’est aller à contre-courant mais c’est possible.

. J’ai lu l’histoire d’un homme, en Vendée, qui apprend, qu’une femme veuve et ayant trois enfants à charge, allait être licenciée, alors qu’elle n’avait aucune ressource : il a offert sa démission pour permettre à cette femme de continuer à travailler à sa place.

. Paul, marié, deux enfants de cinq ans et quatre mois, avec une maison neuve sur le dos à payer pendant vingt ans ; il a eu un double salaire puisque sa femme travaille elle aussi. Il réfléchit puis, à 14 heures, il téléphone à sa femme et, un peu ému, lui dit ce qu’il désire faire. Elle savait que ça le travaillait depuis quelques jours ; elle lui a simplement répondu : « Si tu es sincère, fais-le ». Paul va chercher un autre travail, même temporaire en attendant un stage de formation professionnelle.

. Dernier fait : deux jeunes mariés des “Deux-Sèvres” ont fait part récemment à leurs parents et amis qu’ils refusaient leurs cadeaux  de  mariage, mais que chacun pouvait mettre dans une enveloppe la somme qu’il comptait consacrer à cet heureux événement. Il était précisé que le montant des cadeaux serait affecté à ceux qui ne possédaient rien. Ce jeune ménage a adressé au Secours catholique de Niort, un chèque de 2 500 euros.

Ce sont tous ces gestes qui fondent une véritable fraternité. Dans tous ces cas, il n’y a plus d’abîme, de distance entre nous et les autres, plus de fossé, plus de mur. Alors, nous serons tous ensemble dans le Royaume où le Seigneur accueillera, non seulement tous les “Lazares” du monde, mais aussi tous ceux qui auront lié solidarité avec eux.

AMEN




26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 16, 19-31)

Aimer son frère, c’est aimer Dieu

(Lc 16,19-31)

En ce temps-là,  Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux.
Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance.
Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

        

           En invitant à « se faire des amis avec l’Argent trompeur » (Lc 16,1-13), Jésus s’adressait juste avant aux « Pharisiens, amis de l’argent » (Lc 16,14). Et pourtant, ils avaient la réputation d’être des hommes religieux : « Vous êtes, vous, ceux qui se donnent pour justes aux yeux des hommes ». Mais tout cela n’était qu’apparence : « Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis à la chaux : à l’extérieur ils ont une belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures. C’est ainsi que vous, à l’extérieur, pour les gens, vous avez l’apparence d’hommes justes, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal » (Lc 16,15 ; Mt 6,2 ; Mt 23,27-28).

            Pourtant, ces Pharisiens étudiaient la Loi de Moïse et les Prophètes tous les soirs, après leur travail… Et il est pourtant bien écrit, dans le Livre du Deutéronome, le Livre de la Loi par excellence : « Se trouve-t-il chez toi un pauvre, d’entre tes frères, dans l’une des villes de ton pays que le Seigneur ton Dieu t’a donné ?  Tu n’endurciras pas ton cœur ni ne fermeras ta main à ton frère pauvre, mais tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras ce qui lui manque ». Notons que le texte ne parle ici que de « prêter », mais peu après, il lance une invitation libre à aller plus loin, à donner, avec la perspective d’une récompense, pour encourager à l’action : « Quand tu lui donnes, tu dois lui donner de bon cœur, car pour cela le Seigneur ton Dieu te bénira dans toutes tes actions et dans tous tes travaux ». Quoiqu’il en soit : « Tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays » (Dt 15,7-11).

            Or Jésus met ici en scène « un homme riche », nouvelle allusion aux Pharisiens, « qui portait des vêtements de luxe  et faisait chaque jour des festins somptueux. » Et « couché devant son portail, couvert de plaies », gisait « un pauvre Lazare » que cet « homme riche » ne pouvait que voir et revoir lorsqu’il sortait de chez lui ou y rentrait. Et il ne lui donna jamais rien ! Fermé à son prochain, son cœur ne pouvait qu’être aussi fermé à Dieu, une attitude qui demeure au moment de la mort… Incapable de recevoir cette Plénitude que Dieu veut donner à tout homme, il souffre terriblement : il lui manque le vrai Bonheur, d’autant plus que dès lors, il n’a plus accès à ses « vêtements de luxe » et à ses « festins somptueux »… Et pourtant, s’il avait vraiment écouté Moïse et les Prophètes (Am 6,1-7 ; Ez 16,49 ; Za 7,10), des Paroles de Dieu reprises par Jésus, il serait avec le pauvre Lazare, tous les deux comblés par cette Joie que le Père veut voir régner en tous ses enfants !                                                DJF




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 16, 1-13)

 

« Faites-vous des amis

avec l’argent malhonnête. »

On peut être surpris de cette consigne de Jésus. En effet, comment comprendre que Jésus nous encourage à faire des choses malhonnêtes ?

Il ne s’agit pas pour Jésus d’utiliser des mauvaises manières pour arriver à ses fins, qui, elles, sont bonnes puisqu’il s’agit de permettre à des personnes de pouvoir aller au Paradis, dans les demeures éternelles, pour pouvoir y être accueillis par eux.

Il y a un adage qui dit : « La fin justifie les moyens ».

On pourrait croire que Jésus est d’accord avec cela.

Mais je ne pense pas que ce soit vrai. Jésus ne peut pas nous encourager à faire des choses mauvaises dans un but bon.

Ce qu’il demande, c’est d’être aussi ingénieux que l’intendant malhonnête pour faire le bien, de trouver les moyens nécessaires pour pouvoir réaliser ce qui est bien, mais toujours dans le respect de l’éthique chrétienne et de la loi humaine. « En effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière ».

Et quand Jésus parle de bien, ce n’est pas comme pour l’intendant malhonnête pour son bien personnel futur, mais pour le bien pour tous, pour les autres, le bien commun.

Jésus ne nous demande pas d’être malhonnête. Surtout pas.

Il ne nous donne pas en exemple le gérant, qui n’est pas vraiment un voleur puisque lui ne gagne rien, mais ses agissements nous montre qu’il est véritablement un mauvais gestionnaire puisqu’il dilapide les biens qui ne lui appartiennent pas.

S’il en est un qui fait son éloge, c’est son maître. Mais cela ne l’empêche pas de vouloir se séparer de lui.

Mais Jésus ne le fait pas. Par contre, il dit : « Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. »

Et il ajoute : « Si donc vous n’avez pas été digne de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? »

Quel est donc ce bien véritable ?

Le bien véritable, c’est la parole de Dieu, c’est le service pour le bien commun. C’est tout ce qui peut nous permettre d’entrer dans le Paradis.

Ce qui veut dire clairement que si on trafique avec de l’argent malhonnête, on ne peut pas aller dans le Paradis (sauf à se convertir in extremis).

La fin de la lecture de ce jour est encore plus claire : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent ».

Et on pense automatiquement au jeune homme riche qui voulait suivre Jésus : « Va, vends tout ce que tu as et donnes-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. » grâce à « ces amis [qui t’]accueilleront dans les demeures éternelles ».

Mais lui a préféré avoir son trésor sur la terre.

Seigneur Jésus,

tu nous demandes d’être attentifs

à notre rapport à l’argent,

et que celui-ci ne soit pas utilisé

seulement à notre propre profit,

mais pour le bien de tous,

surtout ceux qui en ont le plus besoin.

Restons attentifs à eux.

 

Francis Cousin

 

  

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Prière dim ordinaire C 25°




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Dieu ou l’argent

Lc 16, 1-13

            Cette manière de raconter une histoire crapuleuse, dans le but de nous donner à penser, est tout à fait d’actualité et  devrait nous convenir : en effet, la télévision, le cinéma, les romans nous ont habitués à ces récits de truanderie où l’argent, l’amour et les calculs ne s’embarrassent pas de considérations morales, encore moins spirituelles. Pour bien comprendre cette histoire, il faut d’abord nous souvenir qu’une parabole est une histoire destinée à proposer une leçon et une seule.

Tous les auditeurs, comme nous-mêmes aujourd’hui, avons entendu cette histoire : un gérant magouilleur qui essaie de s’en sortir par des combines malhonnêtes. Alors, maintenant, nous  attendons la morale de l’histoire : la condamnation de cet homme et la nécessité de se montrer honnête. Aussi quelle est notre étonnement quand nous entendons Jésus faire son éloge ! Quoi ! Cet escroc, Seigneur, tu l’approuves, mais alors où va-t-on ? Non, rassurez-vous, le Seigneur n’approuve pas sa malhonnêteté, mais plutôt son “astuce” pour se tirer d’un mauvais pas. Effectivement, il s’est montré habile : placé devant une situation critique, exigeant une décision rapide, il a su, sans retard, faire son choix pour assurer au mieux son avenir. Jésus veut faire comprendre à ses auditeurs la gravité, l’urgence de la situation et du choix pour le chrétien : que l’on se décide tout de suite, sans attendre qu’il soit trop tard, votre bonheur et votre avenir en dépendent.

Attention, nous rappelle Jésus, vous disposez sur la terre, de biens matériels : ces biens-là, vous ne les aurez pas toujours. Alors  qu’allez-vous en faire ? Les consommer pour vous, sans souci de l’avenir, sans perspective du futur ou bien, avant qu’il ne soit trop tard, dépêchez-vous d’employer cet argent habilement, en vue de l’avenir, « faites-en un instrument au service de la relation fraternelle, de la solidarité, au lieu d’en faire un moyen de domination ou d’asservissement », « Donnez le à d’autres qui pourront vous être plus utiles au moment où l’argent n’aura plus aucune valeur, au moment où vous devrez quitter ce monde ».

L’argent que j’ai gardé pour moi me portera malheur. Qu’en as-tu-fait ? L’as-tu accumulé ou bien l’as-tu partagé, distribué au service de l’amour, du partage, de la solidarité ? Si tu as su bien l’utiliser, c’est-à-dire le mettre au service de l’amour, donné à de plus pauvres que toi, alors, il peut devenir le gage de ton bonheur dans les demeures éternelles. Tu seras jugé plus tard sur l’argent que tu as gardé et sur l’argent que tu as donné : celui que tu as gardé pour toi, te condamnera ; celui que tu as donné aux autres, te sauvera !

Autrement dit : plus tard, je serai pauvre de l’argent que j’ai gardé et je serai riche de l’argent que j’ai donné. C’est exactement le contraire du discours que vous tiennent les économistes et les financiers.

C’est pourquoi, le Seigneur, qui est parfaitement conscient de cette différence entre l’esprit du monde et l’esprit de Dieu à l’égard de l’argent, nous dit tout de suite après : « Vous ne pouvez pas, à la fois, servir Dieu et l’argent ». Ce sont deux valeurs contraires.

« Si vous vous attachez à l’argent, vous mettrez Dieu de côté ; si vous vous attachez à Dieu, vous mépriserez l’argent. Vous n’en ferez qu’un moyen secondaire au service de la charité, du partage, de la  solidarité. Aucun  serviteur  ne  peut  servir  deux maîtres : ou bien il détestera le premier et aimera le second ou bien il s’attachera au premier et méprisera le second ».

Je ne sais plus qui a dit : « L’argent peut être un bon serviteur mais il est toujours un mauvais maître ».

Oui, si  votre  argent  ne  joue pour vous qu’un rôle de service, un moyen, et non pas un but, alors il est non seulement utile, mais il peut être pour vous l’occasion de faire beaucoup de bien. Mais si cet argent devient pour vous un maître, c’est vous qui devenez son serviteur. Vous êtes motivés par l’argent, vous ne pensez plus qu’à lui, vous vous mettez à son service, alors vous devenez peu à peu son esclave : ce n’est plus vous qui tenez l’argent, c’est l’argent qui vous tient.

Dans notre société où l’argent est roi, nous ne voyons autour de nous que des esclaves de l’argent-roi : on fait  tout  pour  l’argent. On  est  prêt  à  toutes  les  combines, à  tous  les  dessous  de  tables, pots  de vin, revendications, prêt à écraser son collègue et lui passer dessus, prêt à jouer au loto et ruiner sa famille, au casino, au tiercé.

Je me rappelle encore, cet homme sur son lit de mort, épuisé par toutes ses heures supplémentaires, il voulait gagner plus, mais son organisme avait craqué. Il me disait : « Mon père, à quoi bon tous ces efforts pour gagner une prime de plus à la fin du mois ! » Rappelons-nous encore une fois, que nos faux amis : Mr “coffre-fort”, Mr “compte en banque”, Mme  “valeur boursière”, ni même Mr “loto” ne seront pas là pour suivre notre corbillard et qu’ils ne pourront jamais intervenir auprès de Dieu.

Et toi, quel est ton maître ? Que préfères-tu : Dieu ou ton portefeuille ? Que répondez-vous : « Les deux, j’aime bien l’argent, mais je t’aime toi aussi, Seigneur! » et vous entendez le Seigneur vous répondre : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent ».

Alors l’argent à quoi sert-il ? (le Seigneur nous répond par cette parabole) « Se faire des amis, développer l’amitié, faire de l’amitié, mettre de l’amour dans les relations ». Voilà un aspect révolutionnaire de l’Evangile : faire de l’argent un instrument de partage et d’amitié. Vous le savez bien : l’argent n’est pas mauvais en soi, ce qui est mauvais ou bon, c’est l’usage que l’on en fait et si tu as bon cœur, ton argent risque d’être une bonne chose, mais si tu es égoïste, mauvais cœur, ton argent risque d’être un moyen détestable. St-François d’Assise l’appelait le “crottin du Diable”.

En fait, tout dépend de notre cœur, de notre détachement ou de notre attachement. Et toi, que fais-tu de ton argent ? Crées-tu du bonheur avec ou pourris-tu le cœur des autres et le tien avec ? Cet Evangile peut être une bonne nouvelle pour les riches, riches ou pauvres, pour tous. Il y a moyen  de se sauver  à  condition  de ne pas tomber dans le piège de l’argent “trompeur” comme dit Jésus. “Trompeur”, il l’est parce qu’il donne une fausse sécurité provisoire, il ne faut pas s’y fier.

En soi, voyez-vous, l’argent est neutre, il n’est ni bon ni mauvais, tout dépend de notre cœur à son égard, tout dépend de l’usage que l’on en fait : il peut être puissance maléfique ou puissance bénéfique.

Bien avant Karl Marx, Jésus avait mis en garde contre cette aliénation de l’homme par l’argent :

« Rappelez-vous : l’argent n’est pas votre vrai bien. La richesse ne fait pas qu’un homme devienne bon, intelligent, heureux. La valeur véritable est ailleurs : nous pouvons posséder de l’argent à condition de ne pas nous laisser posséder par lui, ce qui est vite fait ».

La vraie richesse de l’homme est au-delà de l’homme, elle est en Dieu. A nous, comme cet intendant de l’Evangile, de nous montrer habiles, clairvoyants, en discernant les vraies valeurs, celles qui ne passent pas, celles dont il nous sera demandé compte, de celles qui passent et qui ne nous seront d’aucune utilité dans l’avenir divin : faisons de nos biens un bon usage.

Le partage est plus qu’un mode de vie :

il est témoignage de foi.  AMEN




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 16, 1-13)

Dieu, seule Source du Bien Véritable

(Lc 16,1-13)

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux,
et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !”
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. »
Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !”
Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”
Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”
Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.
Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.
Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.
Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !”
Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »

        

        Formidable liberté de Jésus. Il prend ici un de nos si nombreux faits divers, un cas de malhonnêteté financière, pour inviter ses disciples à être « habiles ». Mais c’est clair, ce « gérant » est « trompeur » au même titre que « l’Argent trompeur » qu’il a servi au mépris de toute justice. Et l’appel de Jésus est sans équivoque : « Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ». L’argent appartient à ce monde qui passe, et il passera avec lui… Par contre, l’amitié vraie est appelée à durer éternellement. L’argent doit donc être un instrument d’amitié au service de l’homme, car ici-bas, lui seul a « une âme immortelle » (CEC 990 ; 1022). Et si « tout passe, l’amour seul demeure » (Ste Thérèse d’Avila).

            Contrairement à ce gérant qu’il a pourtant pris en exemple, Jésus invite ensuite à « être digne de confiance » aussi bien dans « une toute petite affaire » que « dans une grande ». En effet, ce n’est pas « l’affaire » en elle-même qui est importante, mais la manière, l’état d’esprit, le cœur avec lequel elle est traitée. « Qui vole un œuf, vole un bœuf ». Dans l’un ou l’autre cas, il s’agit toujours d’un vol…

            « Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? » « Le bien véritable » est en définitive ce qui appartient au « Dieu véritable » (Jn 17,3 ; 1Th 1,9 ; 1Jn 5,20), ce qui lui est propre : la Plénitude de son Esprit qui Est Lumière et Vie. Dieu, qui « Est Esprit » (Jn 4,24), a en effet créé tout homme « esprit », lui donnant ainsi de partager sa condition éternelle et donc immortelle. Et il l’a créé « esprit » pour le combler de la Plénitude de son Esprit, gratuitement, par Amour. Puisque tel est le projet de Dieu, on peut dire que, de son côté, cet Esprit nous est déjà donné. Et il est déjà pleinement « nôtre » au sens où nous avons tous été faits pour Lui… Mais ce Trésor qui fera notre Bonheur éternel ne vient pas de nous : il est un Don de Dieu que nous sommes appelés à recevoir… Et ceci ne pourra se réaliser que si nous acceptons, en toute liberté, de nous tourner de tout cœur vers Lui et de nous laisser aimer, de nous laisser combler… Or, se tourner vers Dieu, c’est au même moment se détourner du mal, se convertir. Il ne peut en être autrement. D’où cette si belle formule de Jésus : « Si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers », en ne gérant pas correctement les biens de ce monde, et donc en se détournant de cœur de Dieu,  « le vôtre », ce Bien véritable qui est appelé à être pleinement vôtre, celui qui, du côté de Dieu vous est déjà donné, « qui vous le donnera ? »

   DJF




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 15, 1-32)

« Mon fils que voilà était mort,

et il est revenu à la vie. »

 

L’évangile de ce jour, un peu long, nous parle de trois paraboles.

A quelle occasion Jésus donne-t-il ces trois paraboles ?

Les pharisiens et les scribes jasaient au sujet de Jésus parce que les publicains et les pécheurs venaient à lui pour l’écouter, et même parfois l’invitaient à manger, ce que Jésus acceptait volontiers (comme avec les pharisiens d’ailleurs). Ou du moins ceux que les pharisiens disaient qu’ils étaient pécheurs : « Pourquoi s’occupe-t-il des pécheurs ?! Ils ne valent rient ! Dieu ne peut que les rejeter ! Ils sont définitivement perdus ! ». …

Oui ! Cela, c’était au temps de Jésus ; les bien-pensants ( ?! ) ne savaient pas que Dieu est amour ( Euh ? « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour … » Ps 102,8.  Ils ont dû oublier).

Mais maintenant, avec Jésus, tout le monde le sait ! …

Oui ! On le sait …

Mais est-ce qu’on a véritablement changé d’attitude vis-à-vis de certains qu’on qualifie de pécheurs ?

Lors de la dernière session des Assises, il y a peu, que n’a-t-on pas dit envers ceux qui étaient accusés de meurtre, de viols, de violences familiales ?

J’ai entendu les mêmes réactions que celles des pharisiens à l’époque de Jésus !

Maintenant on le sait ? Intellectuellement, peut-être, mais pratiquement … ??

Alors Jésus s’exprime, pour nous aussi, concrètement.

Les deux premières paraboles montrent des personnes qui cherchent ce qu’elles ont perdu … et quand elles le retrouvent, tout à leur joie, elles invitent leurs voisins et font la fête, car « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé [ce] que j’avais perdue ! », et Jésus conclut : « Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

La troisième parabole est bien connue. Avant, on l’appelait ’’le fils prodigue’’, maintenant, de plus en plus, on l’appelle ’’Le père et ses deux fils’’, ce qui est mieux car les trois personnes sont importantes :

– le plus jeune fils, qui trouve l’atmosphère familiale trop ringarde, qui s’ennuie chez lui (comme bon nombre d’adolescents qui s’ennuient à la messe …), il en a assez de son père, alors il décide de prendre la liberté, non sans oublier de prendre en passant son ’’héritage’’. Quand il n’a plus d’argent, il essaie de se débrouiller, mais ça lui pèse trop ; alors il prépare un discours bidon pour revenir chez son père.

– l’ainé, lui, reste chez lui. Il travaille pour son père, jusque tard le soir. Il n’a pas l’air non plus très heureux … et quand son frère revient et qu’il entend la fête, il fait une crise de jalousie : « Pourquoi pour lui, et pas pour moi ? »

– le père, qui continue de s’occuper de sa maison, mais qui attend toujours le retour de son fils … et quand il le voit, il oublie tout ce que celui-ci lui a fait subir pour l’accueillir avec joie : « Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie. ». Et qui sort de sa maison pour aller voir l’ainé qui ne veut pas rentrer. Il veut que tout le monde soit avec lui, dans la joie des retrouvailles …

La question pour nous est de savoir à quel personnage on ressemble le plus ?

Le cadet avec son désir de liberté, qui fait ce qu’il veut ? … (comme les pécheurs)

L’ainé avec sa jalousie, et sa certitude de tout bien faire pour son père …, d’être irréprochable … ? (comme les pharisiens)

C’est à chacun de voir … Sans doute aux deux, selon les moments …

Le père … ? Celui qui veut le bien de tous, qui se réjouit du retour de son fils ?

Peut-être aussi, parfois, mais épisodiquement … du moins je pense …

Mais nous ne sommes pas Dieu, nous n’arrivons pas à toujours aimer, à aimer tout le monde, sans arrière-pensées … Nous n’arrivons pas toujours à faire la différence entre la faute, le péché … et la personne qui a fait la faute … et souvent on mélange les deux … et on condamne le pécheur et pas seulement la faute … parce que nous sommes des humains, et donc nous aussi pécheurs … et en réagissant ainsi, on se condamne aussi …

Mais nous savons une chose que Jésus nous enseigne, nous qui nous considérons souvent comme des bien-pensants, des bien-faisants : si jamais nous tombons (ou plutôt quand nous tombons …), nous sommes sûr que Dieu ne nous laissera pas tomber, qu’il viendra nous chercher dans le plus profond de notre être, jusqu’à ce que nous retournions vers lui … et que ce sera la fête dans le ciel !! avec nous !

« Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?!! »

Dieu notre Père,

Tu aimes tellement tous tes enfants,

quels qu’ils soient,

que tu veux qu’ils soient toujours près de toi.

Et quand l’un s’égare, tu pars à sa recherche.

Quand tu le trouves,

c’est la joie pour tous ceux qui t’entourent.

Je sais donc que, si je m’éloigne de toi,

tu feras tout pour me ramener à toi.

Et cela m’arrive si souvent de m’éloigner de toi …

 

Francis Cousin

 

  

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Prière dim ordinaire C 24°




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Le fils prodigue

Lc 15, 1-32

Parmi les trois paraboles admirables qui nous montrent jusqu’où peut aller l’amour de Dieu, attardons-nous, si vous le voulez bien, sur la dernière: « Un homme avait deux fils ». Elle semble tellement d’actualité cette histoire : il n’arrive pas de semaines où l’on ne me raconte des conflits entre des jeunes et leurs parents, où un jeune homme s’en va en claquant la porte, ou cet autre reste à la maison, mais en feignant d’ignorer ses parents qu’ils considèrent comme déphasés, ringards, dépassés, de ces familles qu’il faudrait plutôt appeler “Pension de famille” tant ceux qui vivent sous le même toit s’ignorent, vivent chacun de leur côté, juxtaposés, mais bien peu unis, encore moins, aimants. Combien de pères ou de mères n’arrivent plus à établir des relations d’amour avec des enfants, pourtant très différents de tempérament, un amour mal accueilli, mal compris.

Et derrière cette histoire, nous nous souvenons de la 1ère lecture, l’histoire de l’alliance du Sinaï : Dieu, respectueux de la liberté humaine qui n’arrive plus, lui aussi, à établir des liens d’amour avec son peuple choisi. Si bien que la mission du Christ sera de partir à la recherche des brebis égarées et d’essayer de nouer des relations nouvelles : une nouvelle alliance entre Dieu et ses fils, tous les hommes.

Jésus, aujourd’hui, veut provoquer notre réflexion et nous amener à nous demander si nous ne ressemblons pas à l’un de ces deux fils, dans notre attitude envers Dieu.

 

Voyons d’abord le plus jeune : celui que l’on appelle le “Prodigue”. Il a  l’esprit  aventureux, portant  en  lui, une “fureur de vivre”. Il  est  comme  certains  des  jeunes d’aujourd’hui, « Il veut tout et tout de suite ». Ses illusions vont d’ailleurs tomber très vite au contact de l’égoïsme des autres… Il va découvrir très vite le désert de l’amour. Laissons-nous attendrir par ces retrouvailles et l’accueil chaleureux de son père.

« Lorsqu’on a été père une fois, on ne peut plus cesser d’être Père ». Rien ne compte. Tout est oublié, effacé, aboli : c’est la fête de l’amour et l’amour n’a pas de prix. Et par là, nous comprenons mieux l’appel pressant de Jésus à tous ceux qui ont pris vis-à-vis de Dieu beaucoup de distance : toute la gamme des négligents, des insouciants, des mal-croyants, ceux que nous appelons aujourd’hui “les non-pratiquants” et encore de tous ces marginaux, ces exclus, ces révoltés, un peu dans le genre du malfaiteur qui se trouvait crucifié à côté de Jésus. Lui aussi se tourne vers le Christ, peut-être en souvenir de cette parabole de miséricorde ?

Et nous, qui sommes ici, rassemblés dans cette église, qu’en est-il de nos relations avec Dieu ? Lorsque nous disons “Notre Père”, voulons-nous chanter tout l’amour qui est dans le cœur de Dieu ? Voulons-nous exprimer toute la confiance qui est dans le nôtre ? Cette histoire du fils fugueur nous invite encore à l’espérance : oui, des êtres chers semblent éloignés de Dieu, ils cherchent ailleurs un autre chemin de bonheur. Ne les jugeons pas. Croyons solidement que le Père des cieux reste toujours prêt à les accueillir au jour de leur retour car Dieu est riche en miséricorde.

Passons au fils aîné : il nous apparaît, au premier abord, comme un fils exemplaire : fidèle à la loi, plein de soumission et d’obéissance,  mais il a si peu d’affection, si peu de confiance qu’il n’a jamais osé demander un chevreau à son père, pour faire une boum avec les jeunes de son âge… la fête de quoi ?

Il n’y a peut-être jamais pensé : peu d’amour dans le cœur, peu d’esprit de fête.  Avez-vous assez de fêtes en famille ? Si oui, c’est bon signe, c’est qu’il y a de l’amour entre vous.

Le retour inattendu de son frère va éclairer tout cela ! « C’est un comble, c’est un scandale ! », se dit-il. N’est-ce pas approuver, encourager la rébellion, le gaspillage ? Cette fête est insensée, ridicule et de fait, elle le serait, si justement, elle n’était le signe d’un amour fou et sans mesure, celui de Dieu.

Judas, aussi, trouvera ridicule le geste de la pécheresse qui va verser sur les pieds de Jésus, un parfum de grand prix, répandu sans retenue, avec exubérance. A quoi donc serviraient les richesses matérielles sinon justement à exprimer des gestes d’amour : c’est le sens même du cadeau, et de la fête !

Au travers de cette histoire, Jésus s’adresse aux pratiquants et leur dit : « Attention, votre amour du Père doit s’exprimer certes par un culte rendu à Dieu, mais aussi soyez des pratiquants de l’amour fraternel :

. fidélité à votre prière

. fidélité à votre messe, très bien

. fidélité à votre conscience et à l’éducation que vous avez reçue.

Oui, mais ouvrez les yeux autour de vous, soyez compréhensifs et pleins d’attention à l’égard de ceux qui se sont éloignés du Père et soyez avec eux, comme des frères, de vrais frères, de toutes façons, issus d’un même Père, prêts à se pardonner les uns les autres.

A notre tour de réfléchir sur nos comportements de baptisés.

La vie chrétienne, c’est la découverte de plus en plus complète, à l’école de Jésus, de l’amour infini du Père des cieux.

 « Il fallait bien faire la fête et se réjouir, car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie… il était perdu et il est retrouvé ».

Ce retour des fils vers le père qui les accueille avec joie et dans la fête, essayons, nous aussi, de le vivre avec sincérité, ce retour vers le Père, et cet amour de nos frères.

Nous aussi, essayons d’aimer et de pardonner de la même façon que Dieu puisqu’il nous pardonne à chaque fois que nous faisons retour vers lui.  AMEN

 8




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 15, 1-32)

Consentir à ce Dieu et Père qui nous cherche tous (Lc 15,1-32)…

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux,
et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !”
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. »
Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !”
Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”
Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”
Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.
Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.
Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.
Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !”
Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »

        

              Trois récits s’enchaînent ici : la brebis « perdue » et « retrouvée » (Lc 15,4-7), la pièce de monnaie « perdue » et « retrouvée » (Lc 15,8-10), puis l’épisode de ce plus jeune fils qui, ayant choisi au début un chemin de perdition, décide de se repentir et de revenir chez son Père (Lc 15,11-32). Et ce dernier dira en l’accueillant les bras grands ouverts : « Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ».

            Trois récits, et pourtant, juste avant le premier, St Luc écrit : « Jésus leur dit cette parabole », au singulier… Autrement dit, tout ce qui suit est comme une seule parabole. Ces trois récits renvoient donc à une seule et même réalité…

            Or, dans les deux premiers, le pasteur et la femme sont deux images qui renvoient à Dieu, ce « Père » qui nous aime avec des « entrailles » de Mère (Is 63,15‑17). Entre Dieu et l’homme pécheur qui l’a abandonné et si souvent offensé, c’est Dieu qui a l’initiative et qui, le premier, le « cherche avec soin, jusqu’à ce qu’il le retrouve ». Voilà comment il se comporte envers tout homme sur cette terre, car  « il veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4) ! Nous sommes donc tous des « cherchés par Dieu », des « voulus par Dieu », car il est notre Père à tous, un Père qui aime infiniment chacun de ses enfants. Non, « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés ». (1Jn 4,10). « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Rm 5,8).

            « Je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien, je trouverai ma joie à leur faire du bien » (Jr 32,40-41). Voilà ce que fait Dieu vis-à-vis de l’homme, quel qu’il soit, qui se perd dans les ténèbres de son péché… Et quand ce dernier dresse enfin l’oreille de son cœur, il ne peut qu’entendre la Voix de Celui qui n’a cessé de le suivre pour lui offrir toute sa Tendresse, son Amour et sa Miséricorde infinie… S’il accepte de se laisser rejoindre, de se laisser aimer tel qu’il est, il s’entendra dire alors : « Je t’ai suivi jusqu’à maintenant dans tous tes errements. Maintenant, lève-toi, détourne-toi de tout ce qui en fait te détruit, et suis-moi ! ». Et au même moment Dieu lui offrira la Force de son Esprit sans laquelle il ne peut rien… Avec Elle et par Elle, c’est Lui qui le portera et le ramènera à la Maison (les deux premiers récits). Mais rien ne se fera sans le consentement libre et responsable de ce fils perdu (le troisième récit), qui, une fois retrouvé par son Dieu et Père, décide de consentir à cet Amour qui le précède : « Je vais retourner chez mon Père, et je lui dirai : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi »… Et il se retrouvera aussitôt dans les bras de son Père, « couvert de baisers », et vite revêtu de « la plus belle robe » de la Maison du Père, celle du Père Lui-même, une Robe de Splendeur, de Majesté, de Lumière et de Gloire…       DJF