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6ième Dimanche de Pâques – Homélie du Père Louis DATTIN

Préparation à la Pentecôte

 Jn 14, 15-21

Pour cette homélie, je ne retiendrai cette semaine que la 2e phrase de la 2e lecture : celle de St-Pierre. Elle aborde une question capitale : le problème n° 1 du chrétien d’aujourd’hui. Cette phrase je la répète : « Vous devez toujours être prêts à expliquer votre foi à tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect ».  En ce temps liturgique de l’attente de l’Esprit Saint qui doit relancer notre foi par la fête de la Pentecôte, St-Pierre nous rappelle que cette foi, ce trésor inestimable, qui est encore bien plus le fruit de l’Esprit Saint que celui de notre mérite personnel, cette foi-là, n’est pas d’abord destinée à notre confort spirituel, à nous assurer intérieurement, à légitimer notre conduite mais qu’elle est en nous comme un cadeau que je dois partager, communiquer, répandre autour de moi, diffuser.

Depuis que je suis confirmé, je n’ai pas la foi « pour moi« , j’ai la foi « pour les autres« . Je suis dépositaire, plus promoteur, diffuseur et l’Esprit Saint ne me communiquera cette force que dans la mesure où j’en fais bénéficier les autres.  C’est toute la différence qu’il y a entre les sacrements de Baptême et de Confirmation.

Au Baptême, c’est vrai, j’ai reçu l’Esprit de Dieu pour être adopté par lui, pour vivre de sa vie, pour faire partie de l’Église, corps mystique du Christ. C’est un esprit de famille, une grâce de croissance spirituelle intérieure qui va construire en moi et établir cette vie relationnelle avec Dieu.  « Nous demeurons en lui, et lui en nous ».  « Nous ferons chez lui notre demeure ».

Par le sacrement de Confirmation, l’Esprit Saint m’est donné, non plus pour mon édification personnelle mais pour la mission, pour l’apostolat, pour l’annonce de la bonne Nouvelle aux autres, autour de moi.  Je ne me contente plus d’être éclairé intérieurement par la foi, je deviens capable maintenant d’éclairer les autres, à mon tour, en rendant compte de cette foi qui m’habite, qui me fait vivre certes mais qui est capable d’en faire  » vivre d’autres  » autour de moi, si je suis capable de la faire passer, de la communiquer.

Mais voilà que nous arrivons à la vraie question, au problème qui est presque toujours le nôtre : cette foi qui nous habite, cette vie intérieure qui vous anime, cette espérance qui vous fait vivre, êtes-vous capables d’en rendre compte aux autres, d’expliquer à ceux qui vous le demandent ? Quel est le contenu de cette foi ? Sommes-nous capables d’en faire l’exposé, de passer cette bonne Nouvelle de manière à ce qu’elle soit acceptable auprès des autres, séduisante, enviable par eux ?

Soyons concrets : si quelqu’un de votre entourage, un ami, une relation, tout de go, vous demande : « Dis donc, tu es chrétien, toi, je l’ai senti plusieurs fois à cause de ta conduite mais peux-tu m’expliquer ce qui te fait agir ainsi, quel est le contenu de ta foi ? Quel est ton idéal, qu’est-ce-qui est le ressort de ta vie ? ». Alors qu’allez-vous répondre ? Quels mots allez-vous employer ? Qu’est-ce-que vous allez aborder en premier, avec quelles expressions ? Est-ce que vous allez répondre :

« Oh ! Moi, tu sais, oui, bien sûr, je suis chrétien mais de là à te dire pour quoi… Il y a de la distance… Je vis cela au jour le jour, à la petite semaine sans trop savoir les raisons. C’est un peu comme ma voiture ; elle me traine à tel ou tel endroit mais je n’ai jamais mis le nez dans le moteur ».

A la rigueur pour le domaine mécanique : c’est possible, un jour ou l’autre mon véhicule ira à la casse… mais moi ? Et les autres personnes humaines qui sont autour de moi ?  J’ai besoin, et les autres ont besoin de savoir pourquoi ils vivent de telle ou telle façon, d’où la nécessité urgente, pour tout chrétien, pour chaque chrétien adulte et confirmé, d’éclairer sa foi, de la justifier, de l’étayer, de pouvoir en rendre compte.

« Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent compte de l’espérance qui est en vous ! »

 Sur certaines portes, il y a écrit « Privé », ce qui veut dire que l’on entre ici dans un domaine personnel, que l’accès en est réservé, que n’entre pas n’importe qui… J’ai peur que sur la porte de la foi de certains chrétiens, beaucoup n’y lisent que ce petit mot :  » foi privée  » comme  » domaine privé « , « entrée privée  » et de ce fait, dans ce cas-là, on en prive les autres. Oh ! Pas forcément par égoïsme mais faute d’avoir pu rendre communicable et à la disposition des autres, ce qui est mon bien le plus  précieux  et qui ne m’est donné que pour être distribué.

« Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai enseigné ».

 

Tout ce que nous avons reçu depuis notre Baptême, notre vie chrétienne, en famille, au catéchisme, notre 1ière Communion, notre Profession de Foi, notre Confirmation, toutes ces grâces accumulées au long des années sont-elles faites pour être entreposées au fin fond de ma vie intérieure ? Ou bien répandues, diffusées, à la libre disposition de tous ceux qui ont justement faim et soif, eux aussi, de ce qui fait notre nourriture spirituelle ?

 

N’oublions pas l’image employée pour illustrer l’amour de Jésus pour les hommes : un cœur, mais un cœur ouvert par la lance du soldat, un cœur par où s’écoulent l’eau et le sang de la vie de Dieu pouvant irriguer toute la soif et la faim spirituelle de l’humanité = de notre cœur, à nous aussi, parce que nous sommes animés de la même ambition que celle du cœur de Jésus. Couleront l’eau et le sang de la grâce, à condition cependant que notre cœur, à nous aussi, soit ouvert aux autres, ouvert sur les autres…

Ma foi n’est pas une affaire privée, elle doit devenir communicative, si elle veut s’épanouir. Mais pour cela, nous devons, par la prière, par la lecture, par la réflexion, par les sacrements, par le dialogue avec les autres, en prendre connaissance, en prendre conscience, afin de pouvoir ensuite la dire aux autres, pouvoir la communiquer, non seulement par notre exemple, notre conduite ce qui est déjà beaucoup mais aussi par notre témoignage.

 « Soyez prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous interrogent. Soyez prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous ». AMEN

 




Homélie de la messe télévisée de ce 5° Dimanche de Pâques (Jn 14,1-12 ; P. Sébastien Vaast S.J.).

Paumés. Nous voyons que les disciples sont complètement paumés. Et encore, ils n’ont pas touché le fond car le pire reste à venir, puisque nous sommes à quelques heures de l’arrestation de Jésus. Ils ressentent ce que nous nous ressentons quand nous devons laisser partir un proche, un être cher… Quand nous sommes remplis d’interrogation, de peur, d’anxiété…

Et Jésus a bien senti que les disciples étaient inquiets puisqu’il commence par leur dire « Ne soyez donc pas bouleversés ». Oui les disciples sont complètement désemparés… On peut les comprendre, eux qui avaient laissé leur cœur s’attendrir par Jésus, eux qui s’étaient attaché à lui…  Ce que Jésus veut leur dire leur parait totalement incompréhensible. Et Thomas, le jumeau, celui qui nous ressemble ose dire son incompréhension sans chercher à la cacher : « Seigneur, on sait même pas où tu vas ; comment on pourrait connaitre le chemin ? ». Cette réaction de Thomas nous touche. Et elle rejoint nos propres doutes et interrogations. Oui, les disciples sont bien comme nous devant la promesse de Jésus. Une promesse difficile à recevoir pour celui qui souffre, qui n’a plus d’espoir, qui est seul et qui ne comprend pas.

Cette page d’Evangile peut, nous aussi, nous laisser déboussolés aujourd’hui, et nous faire nous poser beaucoup de questions… Par exemple, quand Jésus dit « Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ». Qu’est-ce que ça peut vouloir dire ?

De même quand Jésus dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie (…) Personne ne va vers le Père sans passer par moi ». Est-ce que ça veut dire que seuls ses disciples iront au ciel ?

Moi aussi je suis perdu, je ne comprends pas, je suis comme mon jumeau Thomas. Et devant cet enseignement de Jésus je suis déconcerté comme les disciples. Alors quand on est perdu, déboussolé, angoissé, une seule solution : revenir à l’école du maître et tenter de rentrer dans sa logique, dans ses pensées car « mes pensées ne sont pas vos pensées, dit le Seigneur, et mes chemins ne sont pas vos chemins ».

Et la seule pensée, la seule logique de Jésus, c’est celle de l’Amour…

Nous savons que nous n’aurons jamais fini d’apprendre jusqu’où va l’amour, et particulièrement l’amour tel que Jésus l’a manifesté tout au long de sa vie…

Alors, cela nous invite nous, disciples du XXIème siècle, à revenir sans cesse à ce qu’a dit et fait Jésus, à constamment méditer ses paroles et contempler sa vie. Car Jésus est habité par un seul raisonnement : celui de l’Amour. Il nous dit une seule chose : Dieu est Amour. Il fait une seule chose : nous montrer son Amour. Il nous donne un seul commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. ». Il nous laisse un seul signe : « A ceci tous reconnaitront que vous êtes mes disciples, à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. »

Jésus qui vient de Dieu et qui retourne à Dieu, connaît la profondeur du cœur du Père. Et cet amour du Père qu’il porte pleinement en lui, lui permet déjà de voir plus loin que sa Passion et que sa mort. Grâce à cet amour il est déjà capable d’annoncer son retour après les évènements douloureux qu’il va vivre : « Quand je serai allé, je reviendrai vous prendre avec moi ». Promesse d’un futur…

Il sait que dans ce cœur de Père il y a toujours de la place, c’est pourquoi Jésus nous invite à une très grande et paisible confiance… « Quand je serai allé, je reviendrai vous prendre avec moi ». Cette parole nous promet une place auprès du bon Dieu. Elle sème en nous espérance et consolation, surtout chez ceux qui ont le sentiment de ne pas trouver leur place en ce monde.

Et pour ne pas laisser ses disciples perdus et désemparés, Jésus leur donne 3 mots, 3 clés : chemin, vérité, Vie. Au moment où les disciples sont bouleversés, ces 3 mots-clés sont pour eux, comme pour nous aujourd’hui, révélateurs de l’identité de Jésus, et message d’espérance pour tous. Ces 3 mots-clés sont sa signature et résument tout son témoignage d’amour : Jésus est le chemin qui conduit vers Dieu ; il est la vérité qu’est Dieu ; il est la vie de Dieu, et cette vie il nous la donne.

Chemin, Vérité, Vie, le programme de toute une existence.

Dit autrement, si Jésus était une fleur, l’amour en serait le cœur, et ces 3 mots-clés en seraient les pétales.

A tous ceux qui reconnaissent qu’ils ne savent pas aimer ou se laisser aimer, Jésus dit : je suis le chemin. À tous ceux qui craignent de se tromper en choisissant l’amour, Jésus dit : je suis la vérité. À tous ceux qui s’inquiètent que l’amour puisse ne pas avoir le dernier mot, même sur la mort, Jésus dit : je suis la vie. À tous ceux qui croient que le paradis ce n’est pas pour eux, Jésus dit : je vais vous préparer une place et je reviendrai vous prendre avec moi. À tous ceux qui doutent que leur foi puisse changer le monde, Jésus dit : celui qui croit en moi accomplira des œuvres encore plus grandes que moi.

Que ces 3 mots-clés du maître : Je suis le chemin, la vérité et la vie, nous permettent de faire l’expérience de l’amour de Dieu dans nos vies. L’expérience d’un Dieu qui nous a tout donné en son Fils. Ainsi nous pourrons passer, de la peur à la confiance, de la désespérance à la joie, et de la mort à la Résurrection. Amen

                                                                                                           P. Sébastien VAAST




« Je vous prendrai près de moi afin que là où je suis, vous aussi vous soyez » (Jn 14,1-12 ; 5° Dimanche de Pâques – D. Jacques FOURNIER)…

Sa Passion approche… Jésus sait que face à ces évènements tragiques, ses disciples seront complètement désorientés, bouleversés… Alors il va leur parler longuement pour les encourager… Plus tard, ils se rappelleront ses paroles, et cela les aidera : « Je vous le dis maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez » (Jn 14,29). Aussi leur dit-il ici : « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi »… Mais il le sait bien, ils seront troublés ! Rien que de penser à tout ce qui va arriver, il l’est lui-même : « Maintenant mon âme est troublée. Et que dire ? Père, sauve-moi de cette heure ! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure. Père glorifie ton nom ! » (Jn 12,27). Et c’est bien ainsi qu’il commencera sa prière juste avant d’être arrêté : « Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie » (Jn 17,1)… Mais si ses disciples prient, eux aussi, ils ne pourront que constater à quel point ce qu’il va leur dire est vrai…

Ces versets sont certainement parmi les plus beaux des Evangiles. Nous qui n’avons jamais vu Jésus dans sa chair, il nous promet ici qu’il est possible de le connaître, dans la foi certes, mais bien réellement, bien concrètement, dans une relation vivante que Lui-même rend possible et construit, jour après jour : « Je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où je suis, vous aussi vous soyez »…

Comment aller vers celui que nous ne voyons pas ? « Nous ne savons pas où tu vas, comment saurions-nous le chemin ? » lui dit Thomas… Heureusement, ce n’est pas à nous d’aller à lui, mais c’est d’abord Lui qui vient à nous et qui agit pour que, petit à petit, dans l’invisible de la foi, nous puissions reconnaître tout à la fois et sa Présence et son Action… Si nous y sommes attentifs, de tout cœur, alors nous pourrons dire avec St Jean : « ça », « c’est le Seigneur » (Jn 21,7)…

Certes, nous sommes dans l’insaisissable et l’invisible pour nos seuls sens matériels, corporels. Mais Jésus ne fait pas de promesses en l’air. Et avec Lui, paradoxalement, nous découvrons la réalité la plus forte et la plus dense qui soit cer elle concerne notre vie même… C’est ce qu’il déclare un peu plus loin en reprenant cette même promesse, et s’il se répète, s’il insiste, c’est pour nous aider à accueillir cette réalité si déconcertante – il n’y a rien à voir ! – mais en fait si simple, très simple, trop simple peut-être : « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus ». De fait, il sera bientôt déposé dans un tombeau, et on roulera la pierre devant la porte… « Mais vous, vous me verrez car moi je vis et vous aussi vous vivrez » (Jn 14,18-19).

On peut noter qu’il n’a pas dit : « Vous me verrez » tout court… Non… Ce qui suit permet de préciser le sens qu’il donne à ce « vous me verrez ». La Bible de Jérusalem, pour l’exprimer tout de suite, a traduit : « Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi vous vivrez » (Jn 14,19). Autrement dit, il nous donnera de pouvoir prendre conscience qu’il est vivant… Mais comment ? En nous donnant tout simplement de vivre de sa vie : « Vous aussi, vous vivrez. » Autrement dit, c’est par ce que le Christ nous donnera de vivre que nous pourrons reconnaître qu’il est vivant… Telle est l’expérience de foi : vivre de la vie même de Jésus, une vie expérimentée, une Plénitude reconnue très concrètement dans la foi…

 

Tout ceci est son œuvre, et non la nôtre… Il s’agit donc de l’inviter dans son cœur et dans sa vie, de consentir à son action, jour après jour, de le laisser faire, et, dans cette attitude d’abandon, d’être attentifs à ce qu’il nous donne de vivre… Il n’est pas question de se regarder soi-même… Non, c’est tout le contraire : il s’agit d’ouvrir notre regard intérieur à un autre que nous-mêmes pour percevoir ce qui se révèle au cœur de notre vie, alors même que nous le vivons… Cette aventure nous engage tout entiers… Nous le chantons dans la liturgie : « Un cœur brûlé d’attention, les yeux tournés vers ton Mystère »…

Un des plus beaux témoignages qui soit est celui de Ste Thérèse de Lisieux, entrée au Carmel à quinze ans en 1888, décédée à 24 ans de cette tuberculose que l’on ne savait pas soigner à l’époque, et déclarée « Docteur de l’Eglise » par Jean Paul II en octobre 1997 : « La vie est bien mystérieuse », écrivait-elle dans son cahier avec un crayon de papier. « Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, et pourtant, Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l’œil de l’homme n’a pas vu. Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensée pour exprimer un « je ne sais quoi » que nous sentons dans notre âme ». Ce « je ne sais quoi », c’est la vie de Jésus qui se déploie dans les cœurs, sans bruit…

Et Jésus la met en œuvre, c’est encore Lui qui nous le dit, par une Troisième Personne divine, « l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » (Crédo). Toute notre vie spirituelle, intérieure, est le fruit direct de son action en nous… Et il nous donne cette vie nouvelle en nous communiquant ce qu’il est lui-même de toute éternité, « Esprit » (Jn 4,24), un « Esprit qui est vie » (Ga 5,25), et qui, donné, « vivifie » tous ceux et celles qui consentent à le recevoir (Jn 6,63 ; 2Co 3,6). Et cette Plénitude communiquée habite tout à la fois les cœurs du Père, du Fils et bien sûr du Saint Esprit dont toute la mission consiste justement à nous la communiquer (Jn 16,4b-15 (TOB)). C’est ainsi que tous les trois vivent de toute éternité dans « la communion d’un même Esprit » (2Co 13,13), « dans l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3), vivant de la même vie, étant Lumière de la même Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5), etc… En nous donnant cet « Esprit » qui est « vie », Jésus, par l’action de l’Esprit Saint, nous introduit nous aussi dans cette même communion. Certes, ici-bas, nous ne voyons rien de nos seuls yeux de chair, mais dans les cœurs, cette communion qu’il construit est bien réelle. C’est ce qu’il déclare juste après la phrase citée précédemment : « Ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et moi en vous et vous en moi » (Jn 14,20), « dans l’unité » d’un même « Esprit »… C’est « là » où est Jésus de toute éternité… C’est « là » où il veut nous introduire : « Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez » (Jn 14,3). Et tout se fera « ce jour-là », une expression, précise en note la Bible de Jérusalem, qui « peut désigner ici tout le temps qui suivra la résurrection de Jésus », et donc cet « aujourd’hui » de l’Eglise qui est le nôtre, comme il le sera demain, et cela jusqu’à la fin des temps (cf. Hb 13,8)…

Et tout ceci n’est pas notre œuvre à nous, pécheurs blessés, fragiles et inconstants, mais l’œuvre de Dieu qui, Lui, est éternellement ce qu’il est : Amour Pur toujours offert pour notre seul bien… Nous sommes tombés ? Il nous relève… Souillés ? Il nous lave… Affaiblis ? Il nous fortifie… Enténébrés ? Il nous éclaire… et cela inlassablement, comme si c’était toujours la première fois ! Et c’est par son pardon, offert chaque jour en surabondance aux brebis continuellement blessées et si souvent perdues que nous sommes, que cette aventure peut se mettre en œuvre (Lc 15,4-7) :

« Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? Et, quand il l’a retrouvée », il la prend, « je vous prendrai près de moi » (Jn 14,3), et par le Don de l’Esprit Saint, « il la met, tout joyeux, sur ses épaules », avec lui, sur lui, et il la ramène « chez lui », « là où il est » (Jn 14,3), « dans cette maison du Père » (Jn 14,2) qui est aussi la sienne depuis toujours et pour toujours… Cette « maison », dont il est « le chemin » qui y mène (Jn 14,6) et « la porte » qui en donne accès (Jn 10,7-10) est aussi son « Royaume », un Royaume qui est Mystère de Communion dans l’unité d’un même Esprit (Rm 14,17)… C’est « là » où Ste Thérèse de Lisieux, dans son Carmel, avait reconnu « être » : « « Je ne vois pas bien ce que j’aurai de plus après la mort que je n’ai déjà en cette vie. Je verrai le Bon Dieu, c’est vrai ! Mais pour être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre »…

                                                                                        D. Jacques Fournier

 




« Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas … » (Jn 14,1-12 ; 5° Dimanche de Pâques – Francis COUSIN)

Un reproche de Jésus à ses disciples, … mais un reproche plein de tendresse et d’amour, mais qui montre malgré tout une certaine tristesse en ce soir du jeudi saint … la fin de la vie terrestre de Jésus est très proche, et les apôtres n’ont pas encore compris qui il est malgré trois ans passés avec lui …

Ils en restent à l’image physique de Jésus qui est là devant eux … et à un Père lointain qui est dans les cieux … différent de Jésus …

Pourtant, Jésus avait déjà parlé des liens étroits entre son Père et lui : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. » (Jn 5,19), « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. » (Jn 6,38), « Je ne suis pas venu de moi-même ; c’est lui (le Père) qui m’a envoyé. » (Jn 8,42), « Le Père et moi, nous sommes UN. » (Jn 10,30) …

Alors Jésus est encore plus clair : « Celui qui m’a vu a vu le Père (…) Je suis dans le Père et le Père est en moi ! », et pour bien insister, il reprend cette dernière phrase une deuxième fois.

Nous qui vivons maintenant, pouvons-nous voir le Père ? Non bien sûr, puisqu’il est un être spirituel …

Mais nous pouvons comme les apôtres le voir par l’intermédiaire de Jésus.

Vous allez dire : « Mais nous, on n’a jamais vu Jésus ! »

Sans doute, mais si nous croyons en Jésus, si nous croyonsqu’il est le Fils de Dieu, alors nous pouvons le voir, car croire, c’est voir.

Bien sûr, ce n’est pas une ’’vision’’ réelle, physique, touchable …

Ce n’est pas non plus une ’’vision’’ comme un rêve, irréelle …

Mais c’est une ’’vision’’, une ’’vue’’, une ’’image’’ qui se fait dans notre cœur, … une image qui commence à se former quand on entend parler de Jésus la première fois, pour certains il y a longtemps, pour d’autres moins, … et qui évolue petit à petit, au fur et à mesure que l’on apprend à connaître Jésus, …

– Par la lecture de son Évangile, connu par quatre récits qui présentent des différences, qui insistent sur un point plus que sur d’autres, qui donnent des renseignements qu’on ne trouve pas chez les autres, tout cela en fonction de la personnalité de l’auteur, de l’image qu’il avait lui-même de Jésus, et en fonction de la communauté à laquelle il s’adresse …

– Par la prière, cette rencontre entre nous et Dieu, nous et Jésus, nous et l’Esprit, nous et Marie, Joseph, et … qu’elle soit personnelle ou collective …

– Par les sacrements qui sont une rencontre forte entre chaque personne et l’une des personnes de la Trinité …

– Par les témoignages que l’on peut recevoir, qu’ils soient écrits, oraux, factuels, artistiques (peintures, chants, danses, films …) …

Et qui se terminera avec ’’notre’’ vision au moment où nous seront au bout du chemin de notre vie, le chemin de Jésus, quand nous arriverons à la porte du Paradis …

C’est seulement alors que nous pourrons … ou pas … comparer notre ’’image’’ de Jésus avec ce qu’il est en réalité …

Et, à mon avis, on sera vraiment en dessous de la ’’réalité’’ …

Cette image de Jésus, dans la foi, en notre cœur, est une image personnelle. Chacun a la sienne, et sans doute il n’y en a pas deux pareilles. Elle dépend de l’histoire de notre vie, spirituelle, mais aussi notre vie humaine, avec tous ses aspects, familiaux, économiques, sociaux, politiques ; tout ce qui fait ce que nous sommes.

Et quelle que soit la manière dont nous ’’voyons’’ l’image de Jésus, nous sommes capables de reconnaître l’image de Jésus quand elle se fait voir, principalement dans les œuvres d’arts :

– en peinture : l’image de Jésus n’est pas la même chez Philippe de Champaigne, Rembrandt, Utrillo, Chagall, Arcabas, ou chez Hé Qi, mais on le reconnaît toujours … et on le reconnaît aussi quand il s’agit d’une caricature outrageante …

– en musique : Bach n’est pas Mozart, Gianadda n’est pas Gelineau ou Glorious …

– en sculpture : l’art roman est différent de l’art gothique, de l’art de la Renaissance ou de l’art contemporain …

– en poésie : Rimbaud ou Verlaine ne sont pas Marie Noël ; ou en littérature Victor Hugo n’est pas Amélie Nothomb …

Mais cette image que nous avons dans notre cœur se fait voir aussi dans nos propres actions, dans la manière que nous avons de voir et d’agir avec les autres : les petits, les humbles, les pauvres, ceux qui ont besoin d’aide, et ceux qui pensent qu’ils n’ont jamais besoin d’aide ou de Dieu …

Et la manière dont nous vivons de Jésus peut aussi être, et est même, un témoignage pour les autres, et modifier l’image qu’ils ont de Jésus, en bien … ou en mal …

On ne se rend souvent pas compte à quel point notre façon d’agir est un témoignage ou un contre-témoignagevis-à-vis de Jésus.

Seigneur Jésus,

nous vivons souvent

sans faire vraiment attention

à l’importance de notre foi

dans nos manières d’agir,

à l’image que nous donnons de toi

pour les autres.

Fais que nous y soyons attentifs.

 

                                                                                           Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim Pâques A 5°




Ecouter la Voix du Christ pour connaître la Vie (Jn 10,1-10 ; ; 4° Dimanche de Pâques – D. Jacques FOURNIER))…

Jésus est tout en même temps le Chemin qui nous mène à la Maison du Père, car « personne ne va vers le Père sans passer par lui » (Jn 14,6), le Bon Pasteur qui nous y conduit et la Porte par laquelle nous y entrons… Il est la Porte car il s’agit à nouveau « d’entrer en passant par lui »… St Jean affirme ainsi, à sa manière, « qu’il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné en rançon pour sauver tous les hommes » (1Tm 2,5-6). Mais pour que cette offrande porte ses fruits, il faut que nous acceptions, de notre côté, de faire la vérité dans notre vie, la vérité de notre misère. En effet, « celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3,21), celle du « Père des lumières » (Jc 1,17), « le Père des Miséricordes » (2Co 1,3) qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi, tout homme qui croit en lui ne périra pas mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3,16-17). Quiconque accepte ainsi de faire la vérité par une démarche de repentir accomplie de tout cœur vient à Celui que le Père a envoyé dans le monde en « Sauveur du monde ». Il est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 4,42 ; 1,29), et donne gratuitement, par amour, à tout pécheur repentant, d’être lavé de toutes ses fautes par l’Eau Pure de l’Esprit, et d’entrer ainsi dans la Plénitude de la Vie grâce à ce même Esprit, car c’est « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)…

Lorsque Jésus nous lance ainsi cet appel à revenir à Dieu de tout notre être, ce même Esprit de Miséricorde, d’Amour et de Tendresse vient frapper à la porte de nos cœurs pour nous aider à accepter de nous laisser aimer tels que nous sommes, « malades », blessés et si souvent défaillants (Lc 5,29-32)… Cette action intérieure de l’Esprit correspond en St Jean au thème de « la voix ». « L’Esprit en effet souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas ni d’où il vient ni où il va ». Or, « celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,8.34). Lorsque Jésus nous transmet les Paroles qu’il a reçues du Père, l’Esprit, par sa Présence en nos cœurs, est « la voix » qui fait de ces Paroles « les Paroles de la Vie éternelle », disait St Pierre (Jn 6,68). Il vivait avec Jésus une réalité qu’il n’avait jamais perçue auparavant… Il écoutait « la voix » de Jésus, « la voix » de l’Esprit, « il connaissait sa voix », il faisait l’expérience d’une Vie nouvelle, il respirait cette « bonne odeur du Christ, une odeur qui de la vie conduit à la vie » (2Co 2,14-16)…




« Les brebis écoutent sa voix… » (Jn 10,1-10 ; 4° Dimanche de Pâques – Francis COUSIN)

À l’époque de Jésus, chaque berger possédait un certain nombre de brebis qu’il confiait pour la nuit à un gardien qui les rassemblait dans un enclos pouvant contenir plusieurs troupeaux. Le matin, le berger se faisait reconnaître par un mot de passe, et le gardien lui ouvrait la porte de l’enclos. A la voix du berger, les brebis se rapprochaient de la porte, sachant que c’est leur maître qui est là.

Quand j’étais jeune, je me souviens de la fermière qui disait : « Ah, René arrive. », « comment le savez-vous ? », « Le chien s’excite, jappe et tire sur sa laisse ». Le chien était capable de reconnaître le bruit de la voiture ou du tracteur alors qu’il était à plus de cinq cents mètres, même s’il y avait plusieurs voitures ou tracteurs identiques dans le village, alors que nous, humains, nous n’entendions rien.

Les brebis écoutent et reconnaissent sa voix. Et elles ne se trompent pas !

Et le berger appelle chacune par son nom. Les troupeaux qu’on peut encore voir en ce moment en Palestine, souvent des chèvres, ont en général entre vingt et trente animaux. Rarement plus ; cela devait être la même chose au temps de Jésus. Et donner un nom n’est pas surprenant : à la ferme, chaque vache avait son nom commençant par la lettre de son année de naissance … maintenant elles ont un numéro matricule sur l’oreille … C’est le progrès, dit-on … mais ça montre surtout un changement dans les rapports entre l’humain et les animaux … et ce n’est pas un progrès ! L’animal devient une bête, réduit à un capital !

Être appelé par son nom montre une certaine familiarité, une connivence entre les concernés. Que chaque brebis soit appelée par son nom lui donne le sentiment d’être la préférée du berger du troupeau. Il en est de même pour nous : nous sommes tous les préférés de Jésus !

Cela peut paraître paradoxal, mais Dieu ne fait pas de différence entre les siens. Même le dernier des mécréants est considéré au même niveau que le saint par Dieu. Et encore : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus quepour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » (Lc 15,7). Et même si parfois on a l’impression que Dieu nous a oublié, c’est faux « car je t’ai gravé sur les paumes de mes mains » (Is 49,16).

La connaissance et la reconnaissance des brebis par le berger et du berger par les brebis montre l’amour qu’il y a entre eux. Mais un amour bien plus fort pour le berger, puisque c’est lui qui vient chaque matin chercher ses brebis, et surtout qui est prêt à donner sa vie pour elles.

« Je suis la porte des brebis. ». La porte a deux fonctions : garantir la sécurité des personnes dans la maison ou des brebis dans l’enclos : fonction passive ; permettre de sortir et de rentrer : fonction dynamique. Mais Jésus ne parle que de la fonction dynamique pour les brebis. Pour être sauvé, il faut passer par Jésus, et aller vers les pâturages, c’est-à-dire vers le paradis, vers le Père. « Personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jn 14,6). Et Jésus est aussi le chemin où il précède ses brebis qui le suivent, partout où il ira, … et Jésus est passé par la croix… Il nous faut donc aussi passer par la croix, ou par une croix… : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croixet qu’il me suive. » (Mt 16,24). Parce que les brebis, c’est nous …

Ainsi, chaque matin, comme les brebis, Jésus vient vers nous, et nous devons l’écouter, et le reconnaître … et passer par la porte de Jésus …

Mais parfois, il nous arrive de trouver cette porte un peu basse pour nous, parce qu’il nous faut nous abaisser pour être serviteur, ou trop étroite … et si on nous propose une porte bien large, haute, qui ouvre sur un chemin qui nous semble bien plus agréable et aisée à suivre … on peut être tenté, et même succomber à la tentation … et au bout d’un moment, on se rend compte qu’on ne va nulle part … sinon à la perdition …

Parce qu’on n’a pas écouté la voix de Jésus, … entendu peut-être, mais pas écouté … et cette voix, on la trouve dans les évangiles …

C’est dans ces moments-là que l’on s’aperçoit de l’amour de Dieu pour les siens, qui va « aller chercher [la brebis] qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve. » (Lc 15,4).

Dieu ne nous oblige pas ; il nous laisse libre … mais il est toujours à côté de nous, prêt à nous aider, si nous le voulons. Parce qu’il veut « que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

Dans ce passage de l’évangile, on voit que les brebis sortent de l’enclos, pour suivre Jésus … partir sur les chemins … vers les pâturages, … vers le Père …

C’est la dynamique du chrétien. Il ne doit pas rester dans son enclos, sans bouger, … sans rien faire (peut-être un peu prier dans sa chambre ?!) … en restant confiné chez lui … comme nous le sommes en ce moment, physiquement, mais pas intellectuellement ou spirituellement …

Le chrétien doit sortir de chez lui, … sortir de son soi … passer par la porte qu’est Jésus … le suivre, lui, le Bon Berger, …pour aller vers Dieu en allant vers les autres …

Le chrétien doit être un nomade dans sa tête …

Comme le disait le pape François aux jeunes des JMJ de Cracovie (mais c’est valable aussi pour les plus âgés) : « Chers amis, Jésus est le Seigneur du risque, il est le Seigneur du toujours ‘‘plus loin’’. Jésus n’est pas le Seigneur du confort, de la sécurité et de la commodité. Pour suivre Jésus, il faut avoir une dose de courage, il faut se décider à changer le divan contre une paire de chaussures qui t’aideront à marcher, sur des routes jamais rêvées et même pas imaginées, sur des routes qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons, capables de propager la joie, cette joie qui naît de l’amour de Dieu, la joie que laissent dans ton cœur chaque geste, chaque attitude de miséricorde.  ( … ) Dieu attend quelque chose de toi, Dieu veut quelque chose de toi, Dieu t’attend. Dieu vient rompre nos fermetures, il vient ouvrir les portes de nos vies, de nos visions, de nos regards. Dieu vient ouvrir tout ce qui t’enferme. Il t’invite à rêver, il veut te faire voir qu’avec toi le monde peut être différent. »

Seigneur Jésus,

tu ne veux pas que nous restions

enfermés chez nous.

Tu nous veux mobiles,

allant vers les autres,

mettant en pratique la Parole de Jésus.

 En faisant ainsi,

nous nous approchons de ton Père

qui nous attend, dans son paradis,

avec Toi.

 

                                                                                       Francis Cousin

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Prière dim Pâques A 4°




« Christ est Ressuscité ! Le crois-tu ? » (Lc 24,13-35 ; 3° Dimanche de Pâques – D. Jacques FOURNIER)

Après les évènements de la Passion et de la mort de Jésus, deux disciples quittent Jérusalem pour un village appelé Emmaüs, distant d’environ une douzaine de kilomètres. Ils sont « tout tristes ». Mais le Christ Ressuscité les rejoint, et il entame la conversation avec eux… C’est bien lui, mais dans une condition « tout autre », insaisissable par nos seuls sens corporels. Pour le reconnaître, il faut un regard de foi, un regard du cœur…

Pour l’instant, ce n’est pas le cas… Ils ont pourtant bien entendu le témoignage des « femmes de leur groupe » qui les « ont remplis de stupeur. Dès l’aurore, elles sonten effet allées au tombeau et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont ensuite venues leurdire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant ». Mais ils ne les ont pas crues… Les Apôtres eux aussi avaient trouvé leurs propos « délirants » !

« Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau », lui disent-ils, « et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Et comme eux, ils n’ont toujours pas cru…

Le Christ « leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait ». Et pendant qu’il leur parlait, l’Esprit Saint, « l’Esprit de Vérité, lui rendait témoignage » (Jn 16,26), en communiquant à leur cœur un « quelque chose » propre à Dieu, un « quelque chose » de l’ordre de sa Vie, de sa Paix, de son Amour (1Jn 5)… Plus tard, ils s’en souviendront en disant : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »

            Mais pour l’instant, s’ils vivent bien ce « quelque chose », ils ne le comprennent pas encore… Et pourtant quel bonheur d’être avec lui… Aussi, quand Jésus fit mine d’aller plus loin, ils le supplièrent : « Reste avec nous, le soir tombe »… Jésus n’attendait que cela… Comme lors de son dernier repas, juste avant sa Passion, « il prit le pain, prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. » Cette fois, « leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards ». Qu’importe ! Ils ont reconnu l’impensable : Christ est Ressuscité, il est avec eux jusqu’à la fin du monde. Et leur regard de foi, leur regard du cœur, désormais bien ouvert, saura reconnaître dorénavant sa Présence à leurs côtés, bien au delà des seules apparences…

                                                                        D. Jacques Fournier




« Dieu était là, et … » (Lc 24,13-35 ; 3° Dimanche de Pâques – Francis COUSIN)

L’évangile de ce jour est bien connu, et tout le monde a en tête des phrases entières de celui-ci. Mais souvent, on en reste à une histoire qui s’est passée il y a deux mille ans … il y a bien longtemps …

Alors, essayons de l’actualiser, en tenant compte de l’individualisme de la plupart des gens de notre époque, et mettons-nous à la place des deux personnes qui quittent Jérusalem pour rentrer chez eux à Emmaüs. En ce temps actuel, c’est-à-dire avec le problème du confinement et des règles barrières qui rendent les choses encore plus compliquées … en prenant les trois temps principaux de cet épisode.

  • Sur le chemin

Nous sommes donc en train de cheminer avec un ami, à un mètre de distance l’un de l’autre, tout en discutant, sans joie, ressassant les événements récents, et nous posant bien des questions au sujet de la mort de Jésus, et ce que nous allions devenir …

Et puis voilà qu’un inconnu nous rattrape, et au lieu de passer rapidement, à distance, en nous disant : « Bonjour ! ça va ? » auquel on aurait répondu « Bonjour ! ça va ! » même si cela n’allait pas du tout, voilà-t-il pas qu’il se permet de demander : « De quoi discutez-vous en marchant ?».

J’ai bien peur que notre réaction intérieure serait quelque chose du genre : « Mais de quoi se mêle-t-il celui-là ! Cela ne le regarde pas ! », et qu’on aurait répondu poliment « Oh, de choses et d’autres … » en espérant que cela s’arrête là !

Et on serait passé à côté de toute cette catéchèse que Jésus leur a donnée.

On n’aurait pas écouté Jésus.

« Dieu était là, et je ne l’ai pas écouté. »

  • Arrivés à Emmaüs

« Ah, nous voilà arrivés ! Il était temps, le soir tombe déjà ! »

« Jésus fit semblant d’aller plus loin. »

« Oh là là, je suis fatigué ! Allez, bonne soirée ! … On t’aurait bien invité, mais avec le Covid-19 … hein … », et nous serions rentrés chez nous bien tranquillement, nous installant devant la table déjà préparée …

Et on serait passé à côté du fait de voir Jésus renouveler pour la première fois depuis le jeudi saint le partage du pain !

On n’aurait pas vu Jésus.

« Dieu était là, et je ne l’ai pas vu. »

  • Une fois Jésus disparu

« Ho, dis donc ! T’as vu ? »

« Oui … c’était Jésus !? »

« Oui, je crois … Oh ben çà alors !»

« Ho … alors … il est ressuscité ?! »

« On dirait bien … de toute façon, il l’avait dit … »

« Ah oui, c’est vrai ! »

« Bon, il est temps d’aller dormir ! »

Peut-être certains auraient pensé à envoyer un texto aux apôtres … et encore ! Mais retourner à Jérusalem, deux heures de marche en allant vite … Non, faut pas rêver !

Et on serait passé à côté de la joie partagée avec les apôtres … et Jésus.

On n’aurait pas partagé la nouvelle de la résurrection de Jésus.

« Dieu n’était plus là, et je ne suis pas retourné vers lui … et les autres.»

 

Combien de fois passons-nous à côté de Jésus sans le voir… ?

Combien de fois les chrétiens, dont je suis, disent-ils du mal des autres … en oubliant que Dieu est en chacun d’eux ?

On remarquera qu’on retrouve les mêmes trois mots dont on avait parlé pour le dimanche de Pâques : écouter, voir, partager, qui, quand on les suit font de nous des témoins. Avec l’aide de l’Esprit Saint …

Sans doute oublions-nous souvent de demander cette aide à l’Esprit-Saint, ne comptant que sur nos propres forces, sur nos capacités, notre intelligence … et c’est pas toujours terrible !

« Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,8).

La route est courte, ce s’rait dommage
de se croiser sans s’regarder
La route est courte, ce s’rait dommage
de se croiser sans s’rencontrer.

Je t’ai reconnu
Après un long temps de chemin
Au geste de tes mains
Quand tu as pris le pain.

La route est courte, ce s’rait dommage
de se croiser sans s’rencontrer.

                                      Jean Humenry

                                                          Francis Cousin

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Prière dim Pâques A 3°




Dernier message de St Jean Paul II pour la fête de la Miséricorde divine.

Le Pape Jean Paul II est entré dans la Vie le samedi 2 avril 2005 à 21h 37… Or, depuis la fin de l’après midi, avec la Prière des Vêpres, l’Eglise était entrée dans la célébration de la Fête de la Miséricorde divine qu’il avait instituée le 30 avril 2000, jour où il avait canonisé Sr Faustine Kowalska. Le Christ lui était apparu le 22 février 1931, et il lui avait dit qu’il désirait que le premier dimanche après Pâques soit la Fête de la Miséricorde… St Jean Paul II exauça ce désir…

Et peu avant de mourir, il fait laissé des indications sur une déclaration à faire en ce dimanche 3 avril 2005… Ces mots résonnent maintenant comme son Testament spirituel.

Le Pape Jean-Paul II en effet avait indiqué le thème de la méditation pour la prière du « Regina Caeli » du IIe Dimanche de Pâques, Dimanche de la Divine Miséricorde. En conclusion de la concélébration eucharistique présidée sur la Place Saint-Pierre par le Cardinal Angelo Sodano, S.Exc. Mgr Leonardo Sandri a prononcé les paroles suivantes, avant de donner lecture du texte du Saint-Père : « J’ai été chargé de vous lire le texte préparé, sur ses indications explicites, par le Saint-Père Jean-Paul II. Je le fais en ressentant profondément cet honneur, mais également avec une grande nostalgie ».


Très chers frères et sœurs !

1. Le joyeux Alleluia de la Pâque retentit également en ce jour. La page de l’Évangile de Jean d’aujourd’hui souligne que le Ressuscité, le soir de ce jour, apparut aux Apôtres et « leur montra ses mains et son côté » (Jn 20, 20), c’est-à-dire les signes de la passion douloureuse imprimés de façon indélébile sur son corps, également après la résurrection. Ces plaies glorieuses, qu’il fit toucher huit jours plus tard à Thomas, incrédule, révèlent la miséricorde de Dieu, qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16).

Ce mystère d’amour se trouve au centre de la liturgie d’aujourd’hui du Dimanche in Albis, dédié au culte de la Divine Miséricorde.

2. Le Seigneur ressuscité offre en don à l’humanité, qui semble parfois égarée et dominée par le pouvoir du mal, par l’égoïsme et par la peur, son amour qui pardonne, qui réconcilie et ouvre à nouveau l’âme à l’espérance. C’est l’amour qui convertit les cœurs et qui donne la paix. Combien le monde a besoin de compréhension et d’accueillir la Divine Miséricorde !

Jean Paul II offre son pardon à Mehmet Ali Ağca qui a tenté de l’assassiner le 13 mai 1981

Seigneur, Toi qui par ta mort et ta résurrection révèles l’amour du Père, nous croyons en Toi et nous te répétons aujourd’hui avec confiance : Jésus, j’ai confiance en Toi, aies pitié de nous et du monde entier.

3. La solennité liturgique de l’Annonciation, que nous célébrerons demain, nous pousse à contempler avec les yeux de Marie l’immense mystère de cet amour miséricordieux qui naît du cœur du Christ. Aidés par Elle, nous pouvons comprendre le sens véritable de la joie pascale, qui se fonde sur cette certitude : Celui que la Vierge a porté dans son sein, qui a souffert et qui est mort pour nous, est véritablement ressuscité. Alleluia !  




Recevoir le Don du Ressuscité (Jn 20,19-31 ; 2° Dimanche de Pâques – D. Jacques FOURNIER).

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

 

Nous sommes le premier jour de la semaine, le lendemain du sabbat (samedi), ce qui correspond à notre Dimanche. Jésus est mort deux jours avant, dans un déchainement de haine et de violence. Ses disciples ont peur qu’il ne leur arrive la même chose. Ils se sont donnés rendez-vous quelque part à Jérusalem, et ils ont bien verrouillé les portes…

Et l’impensable se produit : « Jésus vint et se tint au milieu »… C’est Lui qui prend l’initiative de venir vers eux. Au tout début de l’Evangile, il était entré en scène exactement de la même manière : « Jean Baptiste voit Jésus venir vers lui » (Jn 1,29). Dieu désire rencontrer l’homme, et c’est toujours Lui qui fait les premiers pas… Mais comme il ne veut pas s’imposer, si nous y consentons, il nous invite à lui dire : « Viens, Seigneur Jésus »… C’est la toute dernière prière de la Bible (Ap 22,20)…

« Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : « Paix à vous ! » » Cette paix est le grand cadeau qu’il est venu apporter aux hommes, à tous les hommes : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jn 14,27), avec des mots si souvent contredits par les actes. Avec lui, cette paix est d’abord un acte, un don, qui nous rejoint au plus profond du cœur, sans parole, en silence… Dans la langue de Jésus, l’araméen, le mot est synonyme de Plénitude : Dieu veut que notre cœur soit rempli comme le sien ! Il veut nous donner d’avoir part à sa Plénitude, d’être nous aussi « Plénitude » tout comme Lui est Plénitude de toute éternité… C’est toute sa mission : « En lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude » (Col 2,9). Un seul mot suffit à résumer cette Plénitude : Esprit… En effet, « Dieu est Esprit », nous dit Jésus (Jn 4,24). Dieu nous associera ainsi à sa Plénitude en nous la donnant, tout simplement : « Il vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). Voilà ce qui se cache derrière ce « Paix à vous ! » car « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22)… Au moment où il leur dit « Paix à vous ! », il leur donne l’Esprit Saint…

« Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur »… Il ne peut en être autrement, puisque, nous venons de le dire avec St Paul, « le fruit de l’Esprit est joie »… « Quant aux disciples, ils étaient remplis de joie et de l’Esprit Saint », écrit St Luc dans les Actes des Apôtres (Ac 13,52).

De plus, si « Dieu est Esprit », St Jean écrit aussi : « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5). Et le Psaume déclare : « En toi, Seigneur, est la source de vie, par ta lumière nous voyons la lumière » (Ps 35(35),10). Ainsi, tout comme nos yeux de chair ont besoin de la lumière du soleil, d’un feu ou d’une lampe pour voir, notre cœur a aussi besoin d’une Lumière venue d’en haut pour « voir » les réalités spirituelles invisibles à nos seuls yeux de chair. Cette Lumière est donnée avec le Don de l’Esprit, puisque cet Esprit est Lumière : « Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un Esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître ! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux » (Ep 1,15-20). C’est donc grâce à la Lumière de l’Esprit Saint qui règne dans leurs cœurs que les disciples peuvent « voir » le Ressuscité, « le Seigneur de la Gloire » (1Co 2,8), le Seigneur dans sa Gloire…

Autrement dit, quand Jésus leur dit plus loin « Recevez l’Esprit Saint », ils l’ont déjà depuis le tout début de leur rencontre ! Cette Parole ne leur est donnée que pour qu’ils puissent prendre conscience, avec elle et grâce à elle, de cette réalité spirituelle qui les habite déjà, et qui leur est donnée, gratuitement, en surabondance, par ce « Père des Miséricordes » (2Co 1,3), et par cet « Astre d’en Haut », Jésus, le Fils, « qui nous a visités dans les entrailles de miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,76-79)…

Et avec ce Don de l’Esprit, notre vocation s’accomplit… Dieu nous a en effet tous créés « en soufflant en nous » (Gn 2,4b-7) : « Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant ». Or le Souffle de Dieu est une image qui, dans la Bible, renvoie à l’Esprit Saint : « Ainsi parle Dieu, Yahvé, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite, et l’Esprit à ceux qui la parcourent » (Is 42,5). Dieu nous a donc tous créés par un Don de l’Esprit qui nous a donnés d’être « esprit », « corps, âme et esprit » (1Th 5,23). Et notre vocation s’accomplira lorsque, ouverts de tout cœur à Dieu, dans l’Amour, notre esprit sera « rempli » par le Don de Dieu, le Don de l’Esprit Saint… C’est ce que le Christ suggère dans notre Evangile, en reprenant le geste créateur de Dieu dans le Livre de la Genèse, juste avant de dire une Parole, qui, à travers les disciples, s’adresse à l’humanité tout entière, à chacun d’entre nous : « Il souffla et leur dit : Recevez l’Esprit Saint »… « Hâte-toi », donc, « de devenir participant de l’Esprit Saint » (Grégoire de Naziance, 4° s)… car il est le Don gratuit de l’Amour, de ce Dieu qui « est Amour » (1Jn 4,8.16), un Amour qui face à notre misère ne cesse pas de prendre le visage d’une Miséricorde infinie… « Ne jamais désespérer de la Miséricorde de Dieu », disait St Benoît… Alors, « béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit » (2Co 1,3-4)…

                                                                                               D. Jacques Fournier